CHRISTIANISME, COMMENT LES CHRETIENS SONT DEVENUS CATHOLIQUES, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARIE-CHRISTINE BASLEZ

Comment les chrétiens sont devenus catholiques

Comment les chrétiens sont devenus catholiques : Ier siècle-Vè siècle

Marie-François Baslez

Paris, Tallandier, 2019. 308 pages.

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Présentation de l’éditeur

L’histoire de la fondation et de l’installation du christianisme dans l’ensemble du monde romain en quelques siècles à peine, la conversion de plusieurs dizaines de millions de personnes font aujourd’hui l’objet d’une très grande curiosité dans le public. C’est depuis ses tout premiers siècles d’existence que le christianisme a connu la division et que sont apparues des divergences sur la manière de suivre les préceptes évangéliques et d’organiser les communautés chrétiennes. Dès la reconnaissance de la nouvelle religion par l’empereur Constantin au début du IVe siècle, il fallut proclamer que celle-ci était « catholique », c’est-à-dire, en grec, universelle, tant les pratiques et les croyances étaient diverses. C’était l’aboutissement de très longs débats spirituels, intellectuels mais aussi politiques, sous-tendus par la division du monde méditerranéen entre Orient et Occident, bientôt entre deux empires (puis deux aires culturelles) le plus souvent opposés.

 

Quatrième de couverture

On imagine volontiers que l’Église, depuis ses origines, est une, catholique (universelle), apostolique (organisée par les apôtres de Jésus) et romaine (sous l’autorité de l’évêque de Rome), que les Églises orientales sont restées indépendantes pour des raisons intellectuelles ou historiques, que le culte a toujours été rendu de la même manière et le dogme fixé de toute éternité. Essaimage, dissidences et persécutions n’auraient-ils donc changé en rien le devenir des communautés chrétiennes durant leurs quatre ou cinq premiers siècles d’existence ? La construction de l’identité catholique aurait-elle été aussi linéaire qu’on le croit encore souvent ?  

Au contraire, la réalité est que la marche vers l’universalisme se déroule sous le signe de tensions continuelles. Au commencement, il n’y a pas de doctrine, mais seulement un message, l’évangile. Il n’y a pas non plus d’organisation, sinon locale. Les communautés développent une conscience collective, l’enseignement et la discipline se construisent au fil des siècles sous l’effet de contraintes extérieures, notamment politiques, tout autant que des évolutions de la pensée antique dans un perpétuel bouillonnement d’idées.  

Appuyé sur une connaissance intime des sources chrétiennes et non chrétiennes et nourri des recherches les plus récentes, ce livre riche et suggestif décrit un long processus de construction qui se clôt avec la transformation du christianisme en religion impériale à partir du règne de Constantin, le concile de Nicée (325) et finalement celui de Chalcédoine (451). Il renouvelle profondément l’histoire concrète des quinze ou vingt premières générations de chrétiens.

 

Biographie de l’auteur

Professeur émérite à l’université de Paris IV-Sorbonne, historienne de la Grèce antique et spécialiste du christianisme ancien, Marie-Françoise Baslez est l’auteur d’une biographie de Saint Paul, devenue un grand classique (1991, nouv. éd. 2008) et d’ouvrages pionniers sur le christianisme des premiers siècles.

 

ACTES DES APÔTRES, ACTES DES APOTRES, ASSEMBLEE DE JERUSALEM, CHJRISTIANISME, CONCILE DE JERUSALEM, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, NOUVEAU TESTAMENT

L’Assemblée de Jérusalem ou le Concile de Jérusalem

L’ASSEMBLEE DE JERUSALEM : 

Le premier concile de l’histoire de l’Eglise

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LIVRE DES ACTES DES APÔTRES

CHAPITRE 15

01 Des gens, venus de Judée à Antioche, enseignaient les frères en disant : « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. »

02 Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question.

03 L’Église d’Antioche facilita leur voyage. Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie en racontant la conversion des nations, ce qui remplissait de joie tous les frères.

04 À leur arrivée à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les Apôtres et les Anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux.

05 Alors quelques membres du groupe des pharisiens qui étaient devenus croyants intervinrent pour dire qu’il fallait circoncire les païens et leur ordonner d’observer la loi de Moïse.

06 Les Apôtres et les Anciens se réunirent pour examiner cette affaire.

07 Comme cela provoquait une intense discussion, Pierre se leva et leur dit : « Frères, vous savez bien comment Dieu, dans les premiers temps, a manifesté son choix parmi vous : c’est par ma bouche que les païens ont entendu la parole de l’Évangile et sont venus à la foi.

08 Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous ;

09 sans faire aucune distinction entre eux et nous, il a purifié leurs cœurs par la foi.

10 Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter ?

11 Oui, nous le croyons, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux. »

12 Toute la multitude garda le silence, puis on écouta Barnabé et Paul exposer tous les signes et les prodiges que Dieu avait accomplis grâce à eux parmi les nations.

13 Quand ils eurent terminé, Jacques prit la parole et dit : « Frères, écoutez-moi.

14 Simon-Pierre vous a exposé comment, dès le début, Dieu est intervenu pour prendre parmi les nations un peuple qui soit à son nom.

15 Les paroles des prophètes s’accordent avec cela, puisqu’il est écrit :

16 Après cela, je reviendrai pour reconstruire la demeure de David, qui s’est écroulée ; j’en reconstruirai les parties effondrées, je la redresserai ;

17 alors le reste des hommes cherchera le Seigneur, oui, toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué, – déclare le Seigneur, qui fait ces choses

18 connues depuis toujours.

19 Dès lors, moi, j’estime qu’il ne faut pas tracasser ceux qui, venant des nations, se tournent vers Dieu,

20 mais écrivons-leur de s’abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang.

21 Car, depuis les temps les plus anciens, Moïse a, dans chaque ville, des gens qui proclament sa Loi, puisque, dans les synagogues, on en fait la lecture chaque sabbat. »

22 Alors les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas.

23 Voici ce qu’ils écrivirent de leur main : « Les Apôtres et les Anciens, vos frères, aux frères issus des nations, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut !

24 Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi,

25 nous avons pris la décision, à l’unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul,

26 eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ.

27 Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit :

28 L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent :

29 vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »

30 On laissa donc partir les délégués, et ceux-ci descendirent alors à Antioche. Ayant réuni la multitude des disciples, ils remirent la lettre.

31 À sa lecture, tous se réjouirent du réconfort qu’elle apportait.

32 Jude et Silas, qui étaient aussi prophètes, parlèrent longuement aux frères pour les réconforter et les affermir.

33 Après quelque temps, les frères les laissèrent repartir en paix vers ceux qui les avaient envoyés.

35 Quant à Paul et Barnabé, ils séjournaient à Antioche, où ils enseignaient et, avec beaucoup d’autres, annonçaient la Bonne Nouvelle de la parole du Seigneur.

36 Quelque temps après, Paul dit à Barnabé : « Retournons donc visiter les frères en chacune des villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir où ils en sont. »

37 Barnabé voulait emmener aussi Jean appelé Marc.

38 Mais Paul n’était pas d’avis d’emmener cet homme, qui les avait quittés à partir de la Pamphylie et ne les avait plus accompagnés dans leur tâche.

39 L’exaspération devint telle qu’ils se séparèrent l’un de l’autre. Barnabé emmena Marc et s’embarqua pour Chypre.

40 Paul, lui, choisit pour compagnon Silas et s’en alla, remis par les frères à la grâce du Seigneur.

41 Il traversait la Syrie et la Cilicie, en affermissant les Églises.

 

 

Début d’une série retraçant deux mille ans d’histoire de l’Église : les lendemains de la Pentecôte, et la résolution des conflits internes à la première communauté chrétienne, d’origine juive.

Le jour de la fête juive de Pentecôte, à Jérusalem, les Apôtres, remplis de l’Esprit Saint, adressent à la foule des juifs venus de tout l’Empire romain la bonne nouvelle de Jésus ressuscité. Le succès est immédiat. Baptisés, un certain nombre de juifs forment la première communauté. Mettant leurs biens en commun, ils prient dans le Temple, convaincus que la foi au Christ est l’accomplissement parfait du judaïsme et de ses rites. Parmi eux se trouvent des juifs de langue grecque appelés hellénistes.

Les besoins matériels des pauvres de la communauté augmentant, ils obtiennent la nomination de sept diacres. L’un d’eux, Étienne, veut démontrer dans sa prédication que la prière dans le Temple est désormais inutile puisque le Christ est le Temple de Dieu… Il est lapidé par une foule de juifs non chrétiens qui l’accusent d’apostasie du judaïsme. C’est le premier martyr.

Cette tragédie a pour résultat l’exil des hellénistes hors de Jérusalem, et leur séparation d’avec les chrétiens issus du judaïsme, qui restent fidèles au culte dans le Temple. Une situation aggravée lorsque Pierre, arrêté puis évadé, baptise dans le port de Césarée Maritime un païen, le centurion romain Corneille ; d’autres conversions de païens ont lieu en Judée et en Syrie.

Ainsi apparaissent deux communautés : les judéo-chrétiens et les pagano-chrétiens. Seuls ces derniers ne sont pas circoncis. Leur principale communauté, autour de Pierre, est celle d’Antioche. C’est là que les nouveaux adeptes sont appelés « chrétiens », c’est-à-dire partisans de l’Oint, le Christ, allusion au baptême.

Mais les choses se corsent. L’un des groupes politico-religieux qui agitent le monde juif, les zélotes (qui identifient les rites juifs avec la liberté politique d’Israël), veut rendre obligatoire la circoncision pour les pagano-chrétiens. Les Apôtres, après de laborieuses négociations, décident un compromis lors du concile de Jérusalem de 49 : tous les hommes étant appelés au salut, les pagano-chrétiens s’abstiendront seulement de manger des viandes sacrifiées aux dieux.

Les judéo-chrétiens, par leur fidélité intransigeante, espèrent convertir tous les juifs. Et c’est le contraire qui se produit : le grand prêtre Hannan fait décapiter l’apôtre Jacques le Majeur, chef de l’Église de Jérusalem. L’échec de la mission auprès des juifs n’allait pas tarder

 

https://www.famillechretienne.fr/foi-chretienne/histoire-de-l-eglise/49-le-concile-de-jerusalem-47816

 

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Assemblée de Jérusalem

Les Actes des Apôtres : l’assemblée de Jérusalem (Ac 15)

 Pour devenir chrétien, faut-il d’abord être juif, comme Jésus et les Apôtres ?

Le chapitre 15 des Actes, qui raconte l’assemblée de Jérusalem, est le nœud du livre et une véritable charnière : c’est l’aboutissement de ce qui précède et l’ouverture de toute la suite. Il répond au problème majeur de l’Église primitive: pour devenir chrétien, faut-il d’abord être juif, comme Jésus et les Apôtres ?

Il s’agit de régler un conflit doctrinal essentiel, qui risque de diviser l’Église primitive. Luc a développé le récit de cet événement capital en rappelant les événements précédents et en solennisant la décision prise à Jérusalem, avec les autorités Apôtres et Anciens et avec une lettre de mission.

Pierre et l’expérience de Césarée

Devant l’assemblée de Jérusalem, Pierre est le porte-parole des Apôtres et des Anciens. Il intervient alors que la discussion s’envenime (v.7) et en quelques mots il va clarifier la situation et ramener le calme qui permettra la décision finale. Si Pierre a tant d’importance, ce n’est pas seulement parce qu’il a été choisi par Jésus comme responsable du groupe des Douze, mais aussi parce qu’il a déjà inauguré la mission vers les païens, en allant baptiser le centurion Corneille à Césarée (Ac 10).

À ce moment-là un pas décisif a été franchi : Dieu a donné à des païens l’Esprit Saint (10,44), comme aux Apôtres à la Pentecôte. Désormais, dit Pierre, ce serait défier Dieu lui-même que de contredire ce fait accompli… par Dieu lui-même. Le peuple juif reste le premier destinataire du message, mais ce message, désormais, concerne aussi les païens. Personne ne conteste cela. Mais ce qui fait problème c’est la manière d’intégrer les païens convertis comme Corneille. Pour certains judéo-chrétiens, impossible d’être chrétien sans d’abord devenir juif, comme Jésus et les Apôtres. Pierre, au contraire, rappelle que ni les juifs ni les judéo-chrétiens n’ont été capables d’observer la Loi qu’ils voudraient maintenant imposer aux païens. Croire en Jésus est la seule chose qui sauve les Juifs comme les païens.

Paul au premier plan

Le discours de Pierre rappelant la conversion de Corneille a calmé l’assemblée. Celle-ci peut maintenant écouter Paul et Barnabas raconter comment Dieu a accompli des miracles lors de leur mission chez les païens. Leur témoignage justifie la position de Pierre. D’ailleurs il faut noter que celui-ci va « disparaître » du livre des Actes dès la fin de son discours du ch. 15. A partir du ch. 16 le chef de file de la mission sera Paul. Le v. 2 est une transition vers le second grand discours de l’assemblée : celui de Jacques, le chef de la communauté de Jérusalem, qui va décréter l’ouverture aux païens et envoyer Paul pour cette mission.

Les décisions prises

Luc insiste beaucoup sur l’aspect normatif et universel de l’assemblée. Toute l’Église, en la personne des Apôtres et des Anciens, est présente. Il ne s’agit pas d’une simple décision locale. Les discours de Pierre et de Jacques ont amené la décision attendue : l’Évangile peut être annoncé aux païens sans qu’il leur soit demandé de se faire juifs (15,21). C’est une décision de l’Esprit Saint; nul ne peut la contester. Notons au passage qu’à partir de cette décision le centre de gravité de l’Église va se déplacer : Jérusalem ne sera plus le centre; c’est le monde gréco-romain qui va accueillir l’Évangile annoncé par Paul.

Quel est le contenu exact de la décision ? En 15,19 Jacques décide de ne pas obliger les païens à observer une Loi qui leur est étrangère. Mais il va leur proposer quatre règles, énoncées au v. 20, tirées des lois du Lévitique (ch. 17-18) : « s’abstenir de l’idolâtrie, de l’immoralité, de la viande étouffée et du sang ». Ces règles ne sont pas des obligations morales : elles interdisent les viandes offertes aux idoles, les viandes non saignées et les mariages consanguins. Elles ont pour but de permettre aux judéo-chrétiens et aux pagano-chrétiens de se fréquenter, de manger ensemble et donc de célébrer ensemble l’eucharistie. La mise par écrit de cette décision (v. 29) souligne son aspect normatif. Le fait que la lettre soit confiée à Paul et Barnabas ouvre la suite des Actes, qu’on peut donc intituler : « l’Évangile aux païens ».

© SBEV. Maurice Autané

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/200116.html

CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, NOUVEAU TESTAMENT, PAUL (saint ; Apôtre)

Saint Paul, l’apôtre des nations

DANS LES PAS DE SAINT PAUL, L’APÔTRE DES NATIONS

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Saint Paul, aventurier de Dieu .

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  1. LA PISTE DU DÉSERT.

C’était un jour d’été, aux abords de midi. Sur la piste sablonneuse qui menait à Damas, une petite caravane se hâtait : quelques gardes, deux ou trois secrétaires, accompagnant un jeune homme de peu de mine, à qui, cependant, tous marquaient beaucoup de respect. A leur costume, à leur langage, on reconnaissait des Israélites, et le petit homme roux appartenait à la classe des « Docteurs de la Loi », qui enseignaient la religion. Tous semblaient pressés d’arriver à la capitale syrienne. De temps en temps, le petit homme parlait à ses compagnons de voyage, et l’on sentait, à l’entendre, qu’il était possédé d’une étrange fureur.

Cette scène se passait en l’année 36 de notre ère. Trois ans plus tôt, à Jérusalem, sur le Golgotha, un homme était mort, crucifié entre deux bandits. On l’appelait Jésus de Nazareth. Pendant plus de trente mois, il avait parlé à des foules, enseignant une doctrine d’amour, de miséricorde, guérissant les malades, faisant de grands miracles, et parmi ceux qui l’avaient accompagné, beaucoup avaient proclamé qu’il était le Messie, le Dieu fait homme, et que ce serait lui le Sauveur d’Israël. Or, c’était cela que ne voulaient pas admettre les Princes du Peuple Juif et les prêtres : qu’un homme sorti de rien, fils d’un charpentier de Nazareth, fût vraiment le Porte-Parole du salut, non, non, cela ne leur paraissait pas possible. Et puis, que deviendraient-ils, eux, si ce Jésus et sa bande triomphaient ? Et c’était pourquoi un complot avait été monté ; des pièges avaient été tendus au soi-disant Messie ; un traître même avait été payé pour qu’il le fît arrêter. Condamné par les prêtres, on avait bien vu que ce Jésus n’était pas le Messie ! Il était mort sur la croix comme un malfaiteur, et les siens n’avaient même pas levé un doigt pour le sauver.

Et, cependant, un bruit étrange s’était répandu dans tout Jérusalem. Les disciples de Jésus avaient proclamé que, trois jours après sa mort, il était ressuscité ! Le tombeau où l’on avait placé son corps avait été trouvé vide. Quarante jours de suite, certains l’avaient vu paraître, et non pas un seul, mais des dizaines, des centaines peut-être ; l’un de ses anciens disciples l’avait même touché ! Du coup, relevant la tête, ses partisans se répandaient sur les places, triomphants. Si Jésus était ressuscité, alors tout ce qu’il avait dit était vrai ; il était réellement le Christ, le Dieu fait homme. Les Princes du Peuple et les prêtres avaient commis un crime abominable, en le condamnant à mort. Il fallait répéter son message au monde. Et, ainsi, des noyaux de fidèles de Jésus se constituaient dans la Palestine et même au dehors.

A Damas, par exemple. Et il va de soi que tout le clan des ennemis de Jésus considérait avec fureur les progrès de ses partisans. Il fallait détruire cette secte ! Ayant appris que, dans la capitale de la Syrie, ils commençaient à former une petite communauté, le Grand Conseil avait décidé d’y envoyer un représentant pour les écraser. Le petit homme qui avançait sur la piste du désert, était précisément ce délégué du Grand Conseil.

Il touchait presque au but. Bientôt l’oasis apparaîtrait, grise de ses platanes et verte de ses palmiers. L’air était lourd, opaque, comme il est au désert vers l’aplomb de midi. Tout à coup, une lumière fulgurante tomba du ciel, droit sur le voyageur : elle dépassait en éclat celle du soleil. Le petit homme roula à terre. Une voix retentit à ses oreilles.

— Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ?

Écroulé sur le sol, il murmura :

— Qui es-tu donc, Seigneur ?

— Je suis Jésus de Nazareth, celui, que tu persécutes.

— Seigneur, que veux-tu que je fasse ?

— Relève-toi, va à Damas. Là tu seras averti de ce que tu devras faire. Mais sache-le : je t’ai choisi pour mon serviteur et mon témoin.

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La voix mystérieuse s’était tue ; la lumière avait disparu. Mais Saül demeurait à terre. Ses compagnons étaient stupéfaits ; ils l’avaient vu rouler, faire des gestes, se débattre. Mais eux, ils n’avaient pas entendu la voix. Ils sautèrent de leur monture, se précipitèrent au secours de Saül, le relevèrent croyant à quelque coup de soleil. Debout, le petit homme étendit les bras, fit quelques gestes maladroits comme s’il tâtonnait dans les ténèbres. Saül était devenu aveugle. En silence, sans rien expliquer de ce qui venait de se produire, il se laissa conduire vers la porte de Damas ; il entra dans la ville. Il savait bien, lui, que ce qu’avait dit la voix de Jésus allait se produire. Quoi ? Il l’ignorait encore. Mais, jusqu’au fond de son âme, où tout avait en un clin d’œil changé, il savait que, désormais et jusqu’à sa mort, il appartenait à Celui qui l’avait assez aimé pour le frapper au cœur.

  1. LE PETIT JUIF DE TARSE

Presque à la pointe de l’angle que dessinent la Syrie et l’Asie Mineure, Tarse était, il y a deux mille ans, une ville riche, centre de caravanes et port florissant. La plus grande partie des habitants étaient des Grecs. Mais il s’y mêlait d’autres peuples, de toutes sortes d’origine, comme on voit encore aujourd’hui dans les grands ports. Parmi eux les Juifs étaient nombreux.

Saül, que nous avons vu s’écrouler sur la piste de Damas, appartenait à une famille juive de Tarse ; son père avait un atelier, où il fabriquait, avec la laine des moutons noirs d’Asie Mineure, des étoffes très solides, qui servaient à faire des tentes et des manteaux pour les bergers des plateaux. C’était à Tarse, ville grecque, qu’il avait grandi, mais sa famille était très fidèle aux commandements de la Loi sainte, c’était dans la Bible que Saül avait appris à lire, mais, bien entendu, il parlait grec avec les autres garçons de la rue. Il faut bien observer cela, cette double éducation qu’il reçut dans son enfance : quand plus tard, nous le verrons porter l’Évangile à travers toute la Grèce ‚nous nous en souviendrons.

Et puis un autre fait, très important aussi, doit être souligné : son père était « citoyen romain ». Depuis que, au siècle précédent, Rome avait englobé dans son empire tous les bords de la Méditerranée orientale, elle accordait ce titre de « citoyen » à certains étrangers qui lui avaient rendu des services. Être citoyen romain, c’était avoir les mêmes droits que les vainqueurs.

A quatorze ou quinze ans, Saül était donc un jeune garçon juif, qui avait étudié dans la langue de son peuple, mais qui connaissait aussi le monde des Grecs et des Romains. Son père, pour compléter sa formation, l’envoya à Jérusalem, auprès de quelque savant « Docteur de la Loi ». Ils étaient nombreux dans la Ville Sainte, ces hommes graves qui passaient leur vie à analyser, commenter, expliquer le texte saint, source inépuisable de toute sagesse. On les appelait « les Rabbis », c’est-à-dire les Maîtres. Auprès de Rabbi Gamaliel, Saül acheva de devenir un jeune homme sérieux, passionné pour tout ce qui regarde les choses religieuses. Extrêmement pieux, il appartint même à la secte des Pharisiens, ceux qui pratiquaient la religion la plus sévère, jeûnaient plus que les autres, et, par leurs vêtements austères, montraient à tous qu’ils se considéraient comme des hommes de Dieu.

Or, on s’en souvient, l’Évangile le rapporte : le clan des Pharisiens avait été parmi les pires adversaires de Jésus. Bien souvent, d’ailleurs, le Christ les avait accusés publiquement d’être, au fond de leur âme, bien différents de ce que semblaient montrer leurs attitudes : hypocrites, violents et pleins d’orgueil. Élève des Rabbis, Saül, naturellement, détestait les fidèles de Jésus. Il les considérait comme des fous dangereux, des menteurs qui avaient inventé l’histoire de la résurrection de leur Maître, des agitateurs qui se déclaraient partisans d’un homme que les autorités avaient condamné à mort. Il était encore étudiant qu’il participait déjà à des attaques contre les disciples du Christ et il croyait sincèrement bien faire en agissant ainsi.

Une fois même, il avait assisté à une affaire terrible où un de ces amis de Jésus avait perdu la vie. Celui-là se nommait Étienne. Dans la communauté des disciples, il occupait une place importante : il était « diacre », c’est-à-dire un auxiliaire des Apôtres pour l’administration. C’était un garçon plein de foi et de courage. L’Église le vénère comme le premier de tous les martyrs. Accusé de répandre une doctrine contraire à la religion d’Israël, Étienne, superbement, avait répondu en criant sa foi dans Jésus, vrai Messie, Sauveur du Monde, et en ajoutant que c’étaient eux, ses ennemis, qui, en refusant de reconnaître Jésus comme Messie, désobéissaient à Dieu et trahissaient la Loi.

Condamné à mort, le diacre Étienne avait été conduit dans un sinistre terrain vague où se faisaient les exécutions capitales. Son supplice avait été celui de la lapidation : sur le martyr, agenouillé à terre, des fanatiques avaient jeté de vrais quartiers de rocs, aussi pesants qu’un homme pouvait les soulever. Lui, cependant que les projectiles meurtriers s’abattaient sur lui, avait murmuré des mots sublimes : « Je vois les Cieux ouverts et le Christ debout à la droite du Père. » Puis, avant de mourir, il avait formulé cette prière : « Seigneur, pardonnez-leur ce péché ! » A vingt pas de l’héroïque victime, Saül s’était tenu tout le temps du supplice ; il s’était offert pour garder les vêtements des bourreaux… Qu’avait-il pensé en voyant le courage, la foi tranquille, la charité de cet homme, qui, au nom du Christ, pardonnait à ceux qui le tuaient ? Bouleversé, la gorge sèche, il avait continué à remâcher sa haine, ne pensant pas qu’un jour, lui aussi, il verserait son sang pour le Christ.

Tel était donc Saül au moment où, avec sa petite escorte de gardes, il s’était mis en route pour Damas. La mission dont il avait été chargé, d’aller dans la capitale syrienne détruire la petite communauté naissante de fidèles du Christ ; c’était lui-même qui en avait réclamé la charge.

— J’irai ! je les arrêterai tous ! Je les ramènerai enchaînés à Jérusalem !

Telles avaient été ses promesses. Il ignorait encore qu’on n’échappe pas à Dieu et que les plus puissants de la terre sont bien faibles devant sa Puissance. Sur la piste du désert, le Christ attendait…

III. ANANIAS GUÉRIT SAUL

Pendant que se passait l’événement étrange que nous avons dit, à Damas, un autre homme eut aussi une vision. Il se nommait Ananias. C’était précisément un des membres de cette communauté de fidèles du Christ que Saül avait juré de détruire. Très sage, très pieux, il avait une réputation de sainteté bien établie. Comme il se reposait dans un demi-sommeil, il s’entendit appeler par une voix qu’il reconnut aussitôt pour celle du Maître.

— Ananias !

— Me voici, Seigneur.

— Pars sur-le-champ. Tu iras dans la rue Droite et tu demanderas, dans la maison de Jude, un homme natif de Tarse qui se nomme Saül. Tu le trouveras en prière. Lui aussi, il a eu une vision, il t’attend. Pour l’instant, il est aveugle, mais tu poseras les mains sur ses yeux et il recouvrera la lumière…

Stupéfait de recevoir un ordre pareil, Ananias osa répondre :

— Mais, Seigneur, j’ai entendu dire que cet homme avait fait énormément de mal à tes fidèles de Jérusalem. Et s’il est ici, c’est qu’il a reçu mission du Grand Conseil de venir arrêter tous ceux qui invoquent Ton Nom !

La voix avait repris, sur un ton qui n’admettait pas de réplique :

— Va ! obéis ! car cet homme est l’instrument que je me suis choisi.

Dans la rue Droite, en effet, qui était la rue principale de Damas, il y avait bien un boutiquier du nom de Jude. C’était là que les compagnons de Saül avaient amené l’aveugle. On eut dit qu’en même temps que la vue, il avait perdu la parole. Accroupi dans un coin de la cour, ses yeux sans vie fixés dans le vide, il demeurait prostré, comme un homme qui a reçu un coup. Ses lèvres semblaient murmurer des prières ; il refusait de boire et de manger.

Lorsque Ananias entra dans la maison et que sa voix se fit entendre, l’aveugle Saül tressaillit et, en vacillant, se dressa.

— Saül, mon frère, dit Ananias, c’est le Seigneur qui m’envoie vers toi, le même qui t’est apparu sur la route, alors que tu marchais contre nous la haine au cœur. Je suis ici afin que tu recouvres la vue et que l’Esprit-Saint emplisse ton être.

En parlant, il posait la paume des mains sur les paupières de l’aveugle. Aussitôt des sortes d’écailles s’en détachèrent. Le miracle promis s’était accompli : Saül, le vaincu du Christ, avait recouvré la vue en son nom.

Mais ce n’était pas seulement la lumière de la terre que l’envoyé du Grand Conseil possédait de nouveau. C’était aussi une autre lumière, celle qui illumine les âmes et qu’on nomme la foi. Le miracle accompli, il allait tenir la promesse qu’au plus profond de son âme, il avait faite : il entrerait dans la communauté des disciples de Jésus.

Le signe de cette entrée était le baptême : comme Jésus lui-même est descendu dans l’eau pure du Jourdain, afin d’apprendre aux hommes que par là est effacé le péché qui pèse sur leur tête, tout homme qui veut appartenir au Christ doit observer le rite et être baptisé ; ainsi Saül entra-t-il lui aussi dans l’eau sainte, afin que ses lourds péchés fussent effacés.

Cependant, — la chose est facile à comprendre, — dans la communauté de Damas, on était dans le Messie Jésus. Enfin, on le crut, on l’admit parmi l’assemblée des fidèles !

Mais lui, il ne cessait de méditer la bouleversante aventure. « Je t’ai choisi pour que tu sois mon serviteur et mon témoin. » Qu’attendait-il donc de lui, le Seigneur, pour l’avoir arraché à ses erreurs ? Il se souvint que Jésus lui-même, avant de commencer sa grande action publique, s’était retiré quarante jours dans une montagne sauvage pour réfléchir et pour prier. Quittant donc Damas, le miraculé s’enfonça dans la solitude des pierres et du sable, couchant dans quelque creux de rocher, se nourrissant de figues sèches, de sauterelles. Il resta ainsi longtemps, deux années peut-être, sans cesse méditant sur ce qu’il aurait à faire pour obéir à Dieu. Quand il revint à la ville, il était comme un autre homme. Désormais, il parlerait au nom du Christ, répandrait son message. Comme Jésus le lui avait dit, il serait son témoin.

 

Saint Paul, L’apôtre des nations

 

  1. LE CHRIST EST VENU POUR TOUS

Être le témoin du Christ est chose difficile et dangereuse. Saül allait en faire bientôt l’expérience. Quand il revint à Damas, il y trouva la situation très mauvaise pour les fidèles. Les juifs avaient obtenu des autorités arabes, de qui dépendait la ville, qu’elles missent fin à leur propagande. Et quand le gouverneur apprit que Saül recommençait à parler du Christ dans les rues, il décida de le faire arrêter. Mais Saül l’apprit et il s’enfuit.

Son évasion de Damas fut extrêmement pittoresque. La grande ville était tout entière ceinturée de hauts murs, percés de portes fortifiées, gardées avec soin. Comment déjouer cette surveillance ? Heureusement, parmi les amis de Saül, il y en avait un dont la maison, construite sur le rempart, avait un balcon au-dessus du vide. On fit asseoir Saül, qui était de petite taille, dans un de ces larges paniers dont on se servait au marché pour apporter les poissons ou les légumes. Le panier fut attaché à une corde et glissa le long de la muraille avec son précieux paquet ! Saül trouvait cela peu glorieux, mais il était libre.

Après cette fuite mouvementée, l’évadé se demanda où il irait. Il pensa à Jérusalem ; c’était évidemment dangereux, car il risquait fort, dans la Ville Sainte, de tomber sur un de ses anciens amis Pharisiens qui le considérerait comme un traître et le ferait arrêter. Mais Saül, s’il voulait vraiment se consacrer au service du Christ, devait prendre contact avec les Apôtres, ceux que Jésus lui-même avait chargés d’évangéliser le monde en son nom.

A Jérusalem, il fut tout d’abord fort mal reçu, aussi mal qu’il l’avait été dans la communauté de Damas. Parmi les fidèles du Christ, on avait gardé le souvenir du jeune fanatique qui avait joué un rôle dans le martyre d’Étienne. Les Apôtres commencèrent par s’arranger pour ne pas le voir. Cette histoire d’apparition, d’aveuglement et de vue retrouvée semblait incroyable.

Heureusement, parmi la petite troupe d’amis qui entouraient les Apôtres, se trouvait un homme de grande sagesse : Barnabé. Au cours d’un voyage, il était passé par Damas, et il y avait entendu raconter ce qui concernait Saül. Il put donc assurer que tout était vrai de l’étonnante histoire, et que l’ancien persécuteur avait courageusement donné témoignage au Christ dans la ville syrienne. Ainsi Saül fut-il admis dans la communauté des fidèles et vit-il les Apôtres. Ce fut alors que se posa une grave question. Le Seigneur, avant de remonter auprès du Père, a dit à ses disciples : « Allez et évangélisez tous les Peuples ! » Mais, pour les Apôtres, il était très difficile d’obéir à cet ordre. C’étaient des petites gens de Palestine, des ouvriers, des pêcheurs. Ils n’étaient jamais sortis de leur pays et, pour la plupart, ne devaient pas parler le grec, la langue usuelle d’alors. Comment feraient-ils pour s’en aller dans de lointains pays enseigner la doctrine du Maître ? Aussi certains d’entre eux se disaient-ils : « Commençons par prêcher l’Évangile parmi nos frères de race. Faisons-leur comprendre que Jésus est le Messie… »

Saül, lui, n’était pas de cet avis. L’ordre du Maître était formel, il avait dit : « Évangélisez tous les Peuples ! » Lui, Juif de Tarse et fils de citoyen romain, il connaissait bien mieux le monde ; il parlait grec couramment et sans doute latin aussi. Il avait voyagé. Qu’on essayât d’apprendre l’Évangile au peuple d’Israël, sans doute, mais il fallait aussi porter la Parole au reste des hommes. Saül se sentait inquiet ; que devait-il faire ? Alors, Jésus, une seconde fois, lui apparut :

— Pars d’ici, lui ordonna-t-il, va au loin ! car c’est vers les païens que je vais t’envoyer.

Il partit donc. Quelque temps il retourna dans sa ville natale de Tarse, attendant avec confiance que le Seigneur lui fît comprendre ce qu’il avait à faire. Un jour qu’il méditait dans la campagne, il vit venir à lui un homme qui lui fit de grands gestes d’amitié. C’était Barnabé qui avait été chargé par les Apôtres d’aller porter l’Évangile dans une autre grande ville de Syrie nommée Antioche : il avait besoin d’un aide, il venait chercher Saül.

Antioche était alors une des capitales du monde : la troisième ville de l’Empire romain, après Rome et Alexandrie d’Égypte. Installée sur le fleuve Oronte, pas très loin de la mer, c’était un centre commerçant d’une richesse extrême. Sa population, qui comptait plus d’un million d’âmes, était formée de tous les peuples, et l’on y parlait toutes sortes de langues. Quel beau champ d’action pouvait trouver là Saül ! A Antioche, il y avait déjà une petite communauté de fidèles de Jésus. On en parlait tellement que c’était là que, pour la première fois, on avait donné à ceux qui croyaient en le Christ, le nom de Chrétiens. Saül et Barnabé furent admirablement reçus parmi leurs frères, mais, bien vite, la question qui tourmentait Saül se posa. Fallait-il rester entre soi, entre anciens Juifs convertis, ou bien ne devait-on point aller parler du Christ à tous ces gens de toutes races qui s’entassaient dans la grande ville ? Eux aussi, les païens, n’avaient-ils pas droit à la Vérité et à la Lumière ?

Et alors, une troisième fois, le Christ intervint pour diriger son « instrument ». Saül et Barnabé revenaient de Jérusalem, où la communauté d’Antioche les avait envoyés porter des secours à leurs frères chrétiens, alors persécutés et très malheureux. Dans la Ville Sainte, ils avaient compris, mieux encore, que l’avenir du Christianisme n’était pas là, dans cette cité petite, dominée par le clan des Prêtres juifs, mais que c’était le monde entier qui devait recevoir la Parole. Ils répétèrent cela à leurs amis. Soudain l’Esprit-Saint se fit entendre :

— Mettez à part Saül et Barnabé pour la Mission à laquelle je les destine !

C’en était fait, Saül savait que tout ce qu’il pensait était voulu par le Christ. La parole de Dieu s’adresse à tous les hommes. Et lui, il serait le porteur de cette Parole à toutes les nations.

  1. L’APÔTRE DES NATIONS

C’est sous ce titre, « l’Apôtre des Nations » qu’il devait être connu dans l’histoire et que l’Église le vénère. De nos jours, on donne le nom de « Missionnaires » aux prêtres courageux qui, dans les pays les plus sauvages, de l’Afrique ou de l’Asie, vont enseigner le Christianisme aux païens. Saül fut le premier des Missionnaires, le plus héroïque, le plus infatigable. Le Christianisme lui a dû de se lancer à la conquête du Monde…

Regardez-le, le petit homme, au moment où il va partir pour ses grandes expéditions. Il a quarante ans, il est dans la pleine force de l’âge ; mais, en fait, il est souvent malade ; il sent comme « une écharde dans sa chair ». Court de taille, le dos courbé, chauve et le nez fort, il ne paie pas de mine ; mais, quand il vous regarde, une puissance singulière semble jaillir de ses yeux, pour combattre et pour convaincre. Quand il parle, ses mots sont brûlants, magnifiques et terribles, et l’on ne résiste guère à son rayonnement.

Vingt ans durant ! Voilà ce que va durer sa tâche de porte-parole du Christ ! Jusqu’à la fin, jusqu’à sa mort ! Par les routes, par les mers, il s’en ira, sans que ni les obstacles de la nature ni ceux des hommes ne l’arrêtent. Ce qu’a été son existence de Missionnaire, il l’a raconté dans une lettre :

« Les fatigues, les prisons, les coups, les périls mortels, j’ai connu tout cela plus que quiconque. Cinq fois les Juifs m’ont infligé la flagellation : Quarante coups moins un. Trois fois, j’ai été roué de coups. Une fois, on m’a accablé de pierres. J’ai fait naufrage trois fois ; j’ai même passé un jour et une nuit sur la mer en furie, menacé par l’abîme. Voyages sans nombre : dangers pour franchir les fleuves, dangers de la mer. Et dangers du côté des traîtres, oui, tout cela je l’ai connu ! Et travailler jusqu’à l’épuisement, et veiller bien des jours de suite, et manquer de nourriture et de boisson, et n’avoir pas de vêtements pour les grands froids. Tel fut mon destin de témoin du Christ !

Bien peu d’hommes, on le voit, auraient été capables de mener, vingt ans de suite, une telle existence. Quarante mille kilomètres de terre et autant de mer ! deux fois le tour de la terre ! Et, à cette époque, les moyens de communication n’étaient pas ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. Pauvre missionnaire, Saül dut être bien souvent obligé d’aller à pied, par longues étapes, dans la chaleur ou le grand froid. Sur mer, les bateaux étaient petits, inconfortables, peu sûrs, en cas de mauvais temps. Et si l’on songe encore que, dans tous les lieux où il arrivait, l’Apôtre était sans cesse menacé d’être arrêté, jeté en prison, flagellé, et peut-être pis encore, on admire le courage qu’il lui fallut déployer pour demeurer fidèle à sa mission.

Et encore, ces qualités magnifiques n’étaient pas les seules qu’eût cet homme extraordinaire. Son intelligence comprenait tous les problèmes et, immédiatement, leur donnait une solution. Non seulement, par son audace, il allait fonder. des communautés chrétiennes dans un grand nombre de villes. Mais, excellent administrateur, il continuerait, après son départ, à les diriger de loin comme un véritable chef. Ah, Jésus ne s’était pas trompé, quand, en choisissant Saül, il avait fait de lui son « instrument » !

 

  1. COMMENT SAUL DEVINT PAUL

Sur le môle de Séleucie de l’Oronte, le port d’Antioche, à l’automne de l’année 46, les voyageurs qui embarquaient sur le courrier de Chypre, regardaient un petit groupe d’hommes vêtus à la juive qui, avec de grands gestes, souhaitaient bonne mer à trois partants. L’un était malingre, court de jambes, mais sa face rayonnait d’ardeur et d’intelligence ; le second était grand et beau, plus réservé ; le troisième, un très jeune homme encore était visiblement aux ordres des deux premiers. Pouvaient-ils soupçonner, ces commerçants syriens qui s’en allaient à Chypre acheter du cuivre et des parfums, que ces trois voyageurs modestes partaient à la conquête du monde ?

Les trois ‚voyageurs étaient Saül, Barnabé et le neveu de ce dernier, le jeune Marc, celui-là même qui, plus tard, écrirait le second évangile. Ils partaient pour Chypre, parce que Barnabé en était originaire. L’île était gouvernée par les Romains qui y exploitaient les mines de cuivre, — c’était Chypre, cupros, qui avait donné son nom au métal.

Le gouverneur romain se nommait Sergius Paulus : sa famille appartenait à la noblesse de Rome. C’était un homme de grande intelligence, préoccupé des questions religieuses. En apprenant l’arrivée sur son domaine de ces personnages bizarres, qui annonçaient une doctrine nouvelle, il voulut les entendre, et ce que les trois chrétiens lui dirent l’intéressa au plus haut point.

Or, dans l’entourage du gouverneur romain, il y avait un prétendu magicien, astrologue et faiseur de tours : « Elymas le Sage ». Inquiet de voir les nouveaux venus prendre de l’influence, il essaya de les faire chasser. Alors Saül l’interpella en public, devant le Proconsul romain.

— Homme plein de ruses et de scélératesses, fils du Diable, ennemi de la vérité, est-ce que tu vas cesser de te mettre en travers du chemin de Dieu ? Maintenant la main du Tout-Puissant va s’abattre sur toi. Tu vas être aveugle et, pour un temps, tu seras privé de la vue du soleil !

Au même moment, d’épaisses ténèbres s’abattirent sur le prétendu « sage ». Il se mit à tourner sur lui-même de tous côtés, cherchant une main pour le guider. Ce miracle impressionna le gouverneur. Il vit que son fameux Elymas n’était qu’un charlatan, mais que Saül parlait réellement au nom du Dieu Tout-Puissant. Aussi lui marqua-t-il la plus grande sympathie, accueillant les messagers du Christ chez lui, les écoutant lui parler de leur Maître et de son message. Pour eux, c’était là une belle réussite : un Romain de haute naissance entendait leur enseignement. Tant et si bien que Saül résolut d’abandonner son nom israélite pour celui de Paulus, dont en français on a fait Paul. Pour aller parler dans les divers pays de l’Empire, ce changement de nom était très commode. Et il marquait aussi la gratitude de l’Apôtre des païens pour le premier païen qui lui avait donné son amitié.

VII. AVENTURES EN ASIE

Quittant l’île aimable où il avait fondé les premières églises, Paul, — nous l’appellerons désormais ainsi, — se lança à la conquête des plateaux d’Asie Mineure. C’était une entreprise pleine de difficultés ; les passes des montagnes étaient infestées de brigands ; les populations de l’intérieur parlaient des langues incompréhensibles et elles passaient pour peu commodes. Mais Paul n’était pas homme à se laisser arrêter par les obstacles.

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Les trois voyages qu’il fit en Asie Mineure furent de véritables aventures. Dans beaucoup d’endroits, il y avait des colonies juives, qui, bientôt renseignées par des messages venus de Jérusalem, traitèrent Paul comme un adversaire, et cherchèrent par tous les moyens à l’empêcher de parler. Une fois, il avait enseigné le nouveau message avec tant de flamme que, le samedi suivant, il y avait foule pour l’entendre. Alors, les Juifs, furieux, organisèrent un tel vacarme que toute discussion devint impossible. Pis encore : ils dénoncèrent Paul et Barnabé comme de dangereux agitateurs publics, afin que les autorités romaines les missent en prison. Heureusement, prévenus à temps, les deux missionnaires purent s’éclipser de justesse.

Pourtant tout n’était pas aussi dramatique dans leur voyage. Une fois même, il leur arriva une aventure extrêmement comique. Cela se passait à Lystres, capitale de la Lycaonie. Paul vit, parmi ceux qui l’écoutaient parler du Christ un homme boiteux de naissance. Se souvenant alors que Jésus a promis à ceux qui parleraient en son nom de faire par leurs mains des miracles, il s’approcha de l’infirme et lui cria : « Au nom de Jésus le Christ, je te l’ordonne : lève-toi ! » D’un bond, l’homme se dressa et se mit à marcher. Le bruit de ce miracle se répandit dans toute la ville. Qui pouvaient bien être ces deux personnages bizarres qui possédaient la force surnaturelle de guérir les infirmes ? Nul doute : c’étaient des dieux ! Le plus grand, avec sa belle barbe et son air grave, c’était certainement Zeus, le père de tous les dieux ; et le petit maigre, c’était Hermès. Et voilà toute la cité en fièvre pour faire une grande fête aux deux dieux ! Le prêtre païen arrive avec des couronnes, traînant derrière lui deux taureaux blancs qu’il se propose d’offrir en sacrifice à nos deux immortels. C’est tout juste si on ne les juche pas sur l’autel pour les adorer ! Et comme cette foule parle le dialecte lycaonien, auquel Paul et Barnabé ne comprennent goutte, il leur faut pas mal de temps pour discerner la méprise, s’expliquer, et persuader ces braves gens qu’ils ne sont pas des dieux !

L’aventure eut son bon et son mauvais côté. Une communauté de chrétiens naquit à Lystres, extrêmement fervente : c’est parmi ces convertis que Paul distingua le jeune Timothée qui, plus tard, sera le compagnon de ses dernières années. Mais les Juifs organisèrent un véritable guet-apens contre les missionnaires, traînèrent Paul en dehors des murs et là le rouèrent de coups si affreusement que ses amis le retrouvèrent blessé et perdant son sang.

La dernière aventure de ces grands voyages missionnaires en Asie fut aussi une des plus étranges. Paul était arrivé pas bien loin de l’endroit où jadis se dressait la célèbre ville de Troie que, dix siècles plus tôt, les guerriers grecs avaient prise, — grâce à la ruse du cheval de bois inventé par Ulysse, — et dont les malheurs ont servi de sujet à l’un des plus célèbres poèmes de l’Antiquité : l’Iliade. Il était tout près de l’Europe, séparé par le simple bras de mer de l’Hellespont, que nous nommons les Dardanelles. Il se demandait ce qu’il devait faire : retourner en Asie ? ou bien se lancer à la conquête de ce monde inconnu qu’était l’Europe ? Barnabé l’avait quitté, et il continuait seul, de son côté, le bon travail d’évangélisation en Asie. Pour remplacer ses compagnons, Paul avait désormais toute une petite troupe de fidèles : Silas, le jeune Timothée et surtout un médecin grec, intelligent et artiste, du nom de Luc, celui-là même à qui nous devons le troisième évangile. Tous étaient prêts à le suivre, mais aucun ne pouvait le conseiller.

Or, une nuit, alors que Paul méditait sur sa conduite future, il eut une vision. Un homme était devant lui, portant un costume qu’il reconnut : c’était celui des Grecs de Macédoine, c’est-à-dire de la province qui était juste en face de lui. Et cet homme, avec de grands gestes d’appel, lui criait :

— Viens à notre secours ! arrive vite en Macédoine ! L’ordre était clair. L’Europe aussi devait recevoir l’Évangile, et c’était lui, Paul, qui avait à le lui apporter.

 

VIII. A LA CONQUÊTE DE L’EUROPE

Ce fut donc par la Macédoine que le grand Apôtre entra en Europe. La première ville où il enseigna le Christ fut Philippes. A la façon des philosophes grecs, il s’installa sur les bords de la rivière et se mit à parler à tous les passants, répondant à toutes leurs questions. Des femmes, converties par lui, lui offrirent une hospitalité généreuse. Et Paul commençait peut-être à se dire que conquérir l’Europe à l’Évangile était beaucoup moins difficile qu’il ne croyait, quand un incident, mi-burlesque, mi-dramatique, mit soudain fin à cette confiance.

Un jour que les Apôtres s’en allaient à leur endroit habituel pour parler, une femme se mit à pousser des cris. Était-ce une folle ? Pas tellement, car ce qu’elle criait était fort juste : « Ces hommes sont vraiment envoyés par le Ciel : ce qu’ils enseignent est le salut ! » Mais il est facile de comprendre que Paul ne tenait pas tellement à ce qu’on le signalât ainsi à l’attention des autorités, surtout par la voix d’une détraquée. Il devina, d’un coup, que dans cette jeune esclave se cachait un redoutable démon, qui la faisait crier ainsi pour les faire connaître et les perdre. S’arrêtant donc, il cria :

— Démon, sors aussitôt de cette femme ! Je te le commande au nom de Jésus-Christ !

A l’instant même, la femme redevint tout à fait normale : le démon l’avait quitté. Mais qui fut très mécontent ? Le patron de cette jeune esclave. Tant qu’elle était à demi-folle, il lui faisait raconter aux badauds la bonne aventure, expliquer leurs songes. Et cela lui rapportait beaucoup. Furieux, il alla dénoncer Paul et les siens. Et voilà nos missionnaires jetés en prison non sans avoir été sérieusement rossés. Mais au milieu de la nuit, la ville entière est secouée par un tremblement de terre d’une violence extrême. Les portes du cachot s’effondrent : Paul est libre ! Lui et ses compagnons partirent de Philippes avec toutes sortes d’égards, et les excuses des autorités !

Il n’en fut point partout de façon aussi agréable. Bien au contraire ! En combien de lieux, les mêmes ennuis qui avaient obligé l’apôtre à quitter précipitamment les villes d’Asie Mineure, se reproduisirent en Grèce… Les Juifs, — il y en avait partout, — dès que les chrétiens commençaient à parler, organisaient des manifestations, les dénonçaient aux magistrats et les contraignaient ainsi à reprendre au plus vite leur route. A Thessalonique, le port de la Macédoine, un certain Jason, qui bravement avait pris le parti des chrétiens, faillit payer fort cher son dévouement à la bonne cause. Mais, malgré ces résistances et ces difficultés, Paul continuait son œuvre ; partout où il passait des communautés naissaient, de fidèles du Christ, décidés à vivre selon ses commandements et à répandre ensuite son message dans toute la contrée.

Après bien des mois dans la Grèce du Nord, Paul arriva à Athènes. Ce n’était plus alors la capitale prestigieuse du temps où elle imposait la gloire, de ses artistes et de ses penseurs, mais une ville de luxe, peuplée d’oisifs, de gens qui ne croyaient à rien. Bien mauvais terrain pour essayer d’y semer l’Évangile ! Paul essaya quand même, mais sans succès. Lorsqu’il voulut raconter à ses auditeurs la Résurrection du Christ, ces Athéniens éclatèrent de rire : « Ça va ! on t’écoutera là-dessus une autre fois ! » Tant il est vrai que ce ne sont pas les riches de l’argent et de la culture qui comprennent le mieux le message du Dieu d’humilité, mais les pauvres, les petits…

Paul s’en rendit compte en arrivant à Corinthe. Le grand port, installé sur l’isthme, comptait une énorme population de dockers, marins, artisans, de toutes races et de toutes langues. Ce n’était sans doute pas toujours des gens bien élevés, bien habillés, mais il y avait parmi eux beaucoup de cœurs généreux. Paul entreprit de fonder une communauté chrétienne. Il y réussit admirablement. Très vite, de nombreux hommes et femmes de ce petit peuple, demandèrent à recevoir le baptême, et cette église de Corinthe devint même une des plus vivantes de toute la chrétienté. Les chefs en étaient deux excellents chrétiens arrivés de Rome, Aquilas et Priscille, qui avaient donné à l’apôtre l’hospitalité la plus généreuse. Au total, donc, un beau succès !

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  1. LES CÉLÈBRES LETTRES DE S. PAUL

L’éternel voyageur du Christ allait repartir une fois de plus : à peine avait-il bien planté une église dans un endroit qu’il sentait le besoin d’entreprendre de nouveau ce même labeur difficile, de persuader, de convertir, défricher, telle était sa vraie mission. Mais cela ne veut pas dire qu’une fois éloigné de ces communautés chrétiennes qu’il avait fait naître, il les oubliât et s’en désintéressât. Durant ses voyages, pendant ses haltes en un point ou un autre, il trouvait le temps de penser à ses amis lointains, et il leur écrivait des lettres, longues, détaillées, à la fois pleines d’affectueuses paroles et de sages conseils : ce sont les célèbres « épîtres » dont, aux messes du dimanche, on entend lire un fragment.

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Représentons-nous Paul composant une de ses lettres. Il ne les écrit pas de sa main, bien qu’il sache parfaitement écrire, mais probablement parce que sa vue est devenue, très vite, mauvaise. Il les dicte à un secrétaire. La scène se passe dans un atelier de tisseur de tentes, car, tout au long de sa vie de missionnaire, Paul a tenu à gagner son pain afin de n’être à charge à personne. C’est le soir : les métiers à tisser ont cessé de battre et, sur la trame de l’étoffe, la navette ne tire plus le fil luisant. La flamme d’une lampe à huile dessine un rond de lumière jaune, dans lequel le secrétaire maintient la feuille de papier. Debout, tantôt se promenant de long en large, tantôt s’appuyant au métier, parfois bondissant quand le feu de sa pensée l’emporte, l’apôtre dicte, très tard dans la nuit. C’est ainsi que sont rédigés ces textes qui ont tant contribué à mieux faire comprendre le message du Christ et sa doctrine.

Car, évidemment, ce qu’il enseigne, lui, le témoin du Christ, ce n’est rien d’autre que ce que Jésus lui-même a appris au monde. Mais Paul était un homme d’une intelligence merveilleuse, qui avait réfléchi profondément sur les moindres paroles du Maître et qui, les ayant comprises mieux que personne, les expliquait comme on n’avait jamais fait avant lui. Et comme, en outre, son style était admirable, ces lettres familières, adressées à des groupes d’amis, sont en même temps parmi les plus grands chefs-d’œuvre de toute la littérature du monde. On aura une petite idée de la beauté de ces textes en lisant ces quelques lignes écrites à ses amis de Corinthe :

« Frères, voici un mystère que je vous révèle : tous, nous ne mourrons pas : tous nous ressusciterons. Oui, en un clin d’œil ! au son de la dernière trompette du Jugement dernier : et tous les morts ressusciteront, et tous nous serons transformés. Alors, quand notre corps mortel aura revêtu l’immortalité, nous pourrons nous tourner vers la Mort, et lui crier, comme il est dit dans la Sainte Écriture : — Mort, où es donc ta victoire ? où est l’aiguillon dont tu nous a percés ? »

  1. LE TUMULTE D’ÉPHÈSE

Nous avons quitté Paul à Corinthe. Nous le retrouvons, deux ans plus tard, à Éphèse, autre grand marché, si important par son trafic qu’on l’appelait « la porte de l’Asie » : c’était là que les caravanes venues du lointain des terres, déchargeaient leurs marchandises qui étaient embarquées sur les navires de Méditerranée. Comme à Corinthe, tout un peuple de travailleurs et de petites gens s’y tassait à qui l’apôtre pourrait prêcher l’Évangile.

Il devait y rester longtemps, environ deux ans. Son ami Aquilas s’y était installé, comme tisseur de tentes, et Paul travaillait dans son atelier, du petit matin jusque vers onze heures (il devait travailler fort, car il rapporte lui-même que ses mains étaient devenues calleuses). Au milieu du jour, il allait dans un bâtiment d’école qu’il avait loué pour les heures où le professeur, n’y enseignait pas et où alors, lui, Paul, groupait tous ceux qui voulaient l’entendre. Après quoi, le reste du jour, il allait rendre visite aux infirmes, aux malades. Ainsi, une communauté grandissait : selon la douce coutume des premiers chrétiens, le soir, tous les baptisés se réunissaient en un dîner fraternel, où l’on célébrait, selon le rite enseigné par Jésus, l’Eucharistie par le pain et le vin.

Le Seigneur bénissait visiblement cet apostolat et Éphèse devenait une seconde Corinthe, un centre vivant de Christianisme. Dieu montrait la puissance de son apôtre par de nombreux miracles : il suffisait de poser un linge qui avait touché le saint sur un infirme ou un malade pour que, aussitôt, il fût guéri. Les prodiges furent même si éclatants que des espèces de charlatans juifs imaginèrent de les imiter et se mirent à proclamer qu’eux aussi ils avaient la puissance miraculeuse de l’Apôtre. Mais, un jour, il leur arriva une aventure cocasse : ils essayaient de chasser un démon qui était dans un homme :

— Va-t’en, nous te l’ordonnons par ce Jésus que prêche Paul !

Mais le démon, par la bouche du possédé, leur répondit :

— Je sais bien qui est Jésus et je connais bien Paul, mais vous, qui êtes-vous ?

Et se précipitant sur eux, il attrapa deux des charlatans et les traita si gentiment qu’ils durent s’enfuir nus et les côtes fort endolories.

Le succès de Paul à Éphèse était donc éclatant. Mais, comme toujours, il devait provoquer une réaction violente. La ville étant consacrée à la déesse païenne Artémis. Son temple était célèbre : une des merveilles du monde. Tout autour, dans des centaines de boutiques, on vendait aux visiteurs de petits objets en argent qui reproduisaient la statue de la déesse ou le temple en réduction. Un des marchands de ces objets se mit à crier comme un forcené :

— Les chrétiens nous ruinent ! Ils veulent ruiner Éphèse ! Ils disent que notre déesse n’existe pas, que ce n’est qu’une idole ! Qu’adviendra-t-il si leur doctrine se répand ? Personne ne viendra plus à Éphèse ! Personne n’achètera plus nos statuettes d’argent, nos petits temples ! Éphésiens, soulevez-vous et arrêtez ces malfaiteurs !

Et voilà qu’éclate une véritable émeute anti-chrétienne. Dans le théâtre, noir de monde, deux auxiliaires de Paul sont entraînés, et la foule veut leur faire un mauvais parti. Paul essaie de se lancer dans la bagarre : on le retient de peur qu’il ne lui arrive malheur. Des heures durant la ville entière fut en ébullition, et le Maire, en personne vint annoncer au peuple que l’affaire serait examinée par les magistrats municipaux, qui jugeraient si les chrétiens étaient ou non coupables. Une fois de plus se vérifiait l’annonce faite par le Christ : son message était bien un « signe de contradiction ».

 

  1. LA ROUTE DU SACRIFICE

Les mois de nouveau ont passé. Paul a repris le bâton d’infatigable marcheur du Christ. Il a revu encore plusieurs de ses églises en Asie et en Europe ; il est même retourné voir ses chers enfants de Corinthe. La mère de toutes les communautés, celle de Jérusalem, étant de plus en plus livrée au dénuement, à la persécution, il a organisé une vaste collecte pour elle parmi les églises de la chrétienté. Maintenant le voici sur un navire qui fait voile vers la Palestine, où il remettra aux Apôtres le résultat de la quête fraternelle.

Mais il sent en lui, le courageux missionnaire, un pressentiment tragique. Il devine qu’à Jérusalem une épreuve nouvelle l’attend, plus grave que celles qu’il a connues. Peut-être la mort. Mais il ne renoncera pas à faire route vers la Terre Sainte : au contraire ! il sait bien que son témoignage ne sera complet que lorsqu’il aura donné sa vie pour le Christ, qu’il sera mort martyr…

Quand il fait halte à Milet, ses amis d’Éphèse envoient une délégation pour le saluer, et il leur parle :

— Je sais que des tribulations et des souffrances m’attendent, mais je ne fais aucun cas de ma vie pourvu que je puisse remplir la mission que m’a confiée le Maître. Et vous, mes amis, je vous confie au Seigneur : qu’il vous donne votre part d’héritage dans son royaume, avec ses Saints !

Plus loin, à l’escale de Tyr, tout le petit noyau de chrétiens le supplie de rester avec eux, mais il refuse : l’Esprit-Saint l’appelle ; il ne désobéira pas… Et quand le navire s’éloigne, tous les chrétiens, assemblés sur le rivage, s’agenouillent, cependant que, debout à l’arrière, l’Apôtre les bénit…

Et voici que le voyage touche à sa fin. Paul a gagné Césarée. Il voit venir à lui un personnage bizarre, vêtu de peaux de bêtes, la barbe et la chevelure hirsutes, il se nomme Agabus, et il est prophète, comme l’étaient jadis Isaïe, Jérémie ou Jean-Baptiste. Dès qu’il est en présence de l’Apôtre, Agabus s’empare de sa ceinture, s’en lie les mains et les pieds en criant :

— Voilà comment sera lié, à Jérusalem, par les Juifs, celui à qui appartient cette ceinture ! Et il sera livré au pouvoir des païens !

En entendant Ces paroles prophétiques, les chrétiens, en pleurant, supplient l’Apôtre de renoncer à son projet :

— Pourquoi pleurer ainsi, reprend Paul, et me briser le cœur ? Je suis prêt, quant à moi, non seulement à être lié, mais à être tué pour le Christ… Et devant le calme courage de cet homme de foi sublime, les fidèles ne peuvent que murmurer :

— Que la volonté du Seigneur s’accomplisse !

 

Saint Paul prisonnier et martyr

XII. CAPTIF A JÉRUSALEM

Chaque année, la Pentecôte attirait à Jérusalem des foules, venues de toutes les populations juives dispersées dans le monde entier. A la Pentecôte de l’année 58, Paul était dans la Ville Sainte depuis quelques semaines ; il avait revu les chefs de l’Église, leur avait rapporté tout ce qu’il avait fait, en tant de lieux, pour le Christ et sa foi. Mais un jour qu’il était sur l’esplanade du Temple, des Juifs d’Asie le reconnurent et se mirent à hurler :

— Le voici l’homme qui, partout, soulève le peuple contre notre sainte doctrine ! Le voilà le rebelle ! Il souille le Temple ! A mort ! à mort !

Immédiatement, c’est une ruée contre Paul. Sans l’intervention des légionnaires romains, il serait massacré. Le tribun Claudius Lysias, voyant, du haut de la forteresse, l’agitation de la foule, dégringola avec des renforts : en apercevant les chlamydes des troupes, les glaives et les cuirasses, les plus excités se sentirent calmés. Un ordre sec. Paul est arrêté, enlevé, porté de bras en bras par les soldats, tant la foule est pressée et menaçante.

Dans le calme de la forteresse, le tribun interroge Paul. Qui est-il ? pourquoi tout ce bruit ? L’Apôtre a beau tâcher d’expliquer ; c’est bien difficile, pour un soldat romain, de comprendre quoi que ce soit à ces discussions de Juifs ! Que Paul parle à ses compatriotes et tâche de les calmer ! Mais à peine l’apôtre a-t-il prononcé vingt phrases que le tumulte de nouveau éclate. Exaspéré le tribun fait ramener Paul dans la forteresse et ordonne qu’on lui donne le fouet, pour avoir troublé l’ordre public. Mais alors Paul se redresse de toute sa petite taille et fixant sur l’officier un regard de feu :

— Est-ce qu’il t’est permis de faire fouetter un citoyen romain ?

— Tu es citoyen romain ? répondit le militaire se sentant interloqué.

— Oui.

— Beau titre ! Moi, j’ai dû l’acheter très cher.

— Moi, je l’ai de naissance.

Du coup, Lysias traita son captif avec égards. Il le garda en prison, en attendant que ses supérieurs lui disent ce qu’il devait faire, mais sans le maltraiter. La situation est néanmoins inquiétante. Autour de la forteresse, la foule hurle et réclame sa mort. Que le tribun prenne peur et qu’il l’abandonne à la furie, il sera massacré. Plus grave encore, un neveu de l’Apôtre qui habitait Jérusalem, apprit qu’un complot se préparait pour assassiner Paul un jour où il serait conduit de la prison à la forteresse de Lysias. Mais ce dernier, averti, prit la décision de faire partir au plus vite son prisonnier.

Solidement protégé par une escorte, Paul fut conduit à Césarée, le port luxueux où résidait le plus haut fonctionnaire romain, le Procurateur. Celui-ci l’interrogea longuement, avec sympathie, lui posant des questions sur le Christ et sa doctrine. Et Paul, courageux comme toujours, lui parla avec la plus grande franchise, lui reprochant ouvertement les péchés nombreux et publics qu’il avait commis dans sa vie. Seulement, le Procurateur ne se décidait pas à juger l’Apôtre, à le condamner ou à le libérer. Il savait bien que Paul n’avait rien fait qui méritât un châtiment ; mais, en le relâchant, le Romain redoutait de provoquer de nouveau des bagarres. Et le temps passait.

Alors Paul décida d’employer un grand moyen. Tous les citoyens romains avaient le droit absolu, quand ils étaient arrêtés, de faire appel à l’Empereur. En ce cas, ils devaient immédiatement être traduits devant des tribunaux spéciaux, nommés pour examiner de tels cas. C’était « l’appel à César ». Un jour donc, Paul demanda à être conduit devant le Procurateur, et lui dit :

— J’en appelle à César !

— Tu en as appelé à César, tu seras conduit à César.

XIII. UN VOYAGE FORT MOUVEMENTÉ

A l’automne de 59 donc Paul embarqua sur un petit navire qui cabotait sur les côtes d’Asie ; en compagnie de ses fidèles amis, Luc, Timothée et aussi Aristarque, un chrétien de Thessalonique, sous la protection d’un brave homme de centurion romain nommé Julius. Naviguer l’hiver sur un de ces petits bateaux n’avait rien de rassurant ou de confortable. Et de fait, le voyage de Palestine en Italie fut mouvementé.

Pendant plusieurs semaines, d’abord, le caboteur mouilla de port en port, cherchant des vents favorables, ce qui eut l’avantage de permettre à l’Apôtre de revoir plusieurs communautés chrétiennes. Puis, tout à coup, le vent gonflant les voiles, le rafiot fut entraîné à toute vitesse sur les côtes de Crète où il chercha refuge dans une médiocre rade de l’île. Le capitaine jugeant cet abri insuffisant, eut l’idée de reprendre la mer pour gagner le port de Phoenix, mieux protégé. Paul lui conseilla de n’en rien faire ; il avait tant voyagé sur mer qu’il connaissait les moindres signes avant-coureurs des tempêtes ; le capitaine persista dans sa résolution.

A peine le bateau fut-il sorti de la petite rade que l’ouragan emporta la frêle coque comme un bouchon : le cauchemar dura quatorze jours et quatorze nuits. Le jour il y avait tant de nuages qu’on ne voyait même pas le soleil, et les nuits n’avaient ni étoiles ni lune. Personne ne songeait même plus à manger. On jeta par-dessus bord tout ce qu’on put ; les cordages, le mobilier, les ancres ; on attacha tant bien que mal la coque avec des câbles pour qu’elle ne s’ouvrît pas. L’équipage y compris le capitaine, avait perdu la tête. Seul, Paul, calme, apaisait les terreurs. Non ! ils ne périraient pas tous ! le navire arriverait à une île et personne même ne serait tué.

Et il en fut ainsi ! Après une si affreuse épreuve, le navire arriva à l’île de Malte. Là un autre épisode montra que Paul était vraiment un homme de Dieu. Jetés à la côte par la tempête, les naufragés firent un grand feu pour se sécher. Soudain, d’une brassée de bois qu’il jetait dans les flammes, jaillit une vipère, qui planta ses crocs dans la main de l’apôtre. Toute l’assistance regarda avec épouvante cet homme si visiblement maudit du ciel que la Justice divine allait le faire mourir par le poison au moment même où il venait d’échapper au naufrage. Toujours imperturbable, l’Apôtre secoua la main au-dessus des flammes et la bête y tomba sans que lui-même eut aucun mal.

Au printemps de l’année 6O, ayant quitté Malte sur un navire de plus gros tonnage, qui s’appelait le Castor et Pollux, Paul arriva en vue de la rade de Naples. Le Vésuve fumait dans la brise légère ; la baie la plus belle du monde sentait bon l’oranger et étincelait de marbres. Par la voie Appienne, le centurion emmena en hâte son prisonnier et sa petite troupe vers Rome où il avait hâte de le remettre aux autorités. Et le soir de la troisième étape, dans un endroit nommé « le Forum d’Appias », l’Apôtre fut tout surpris d’être accueilli par un groupe de fidèles. L’Église de Rome, ayant appris que le célèbre missionnaire arrivait, lui avait envoyé une délégation pour lui faire fête.

XIV. LE PRISONNIER DU CHRIST A ROME

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Rome, la capitale de l’Empire, était alors au plus haut de son prestige. C’était une ville de plus d’un million d’âmes, où affluaient hommes et marchandises du monde entier. Ses monuments étaient d’un luxe extraordinaire ; installé dans son richissime palais du Palatin, l’Empereur gouvernait un monde plus grand que l’Europe. Dans cette cité géante, depuis déjà bien des années, le bon grain de l’Évangile avait été semé. Le Prince des Apôtres, le vieux Simon que Jésus lui-même avait désigné comme son représentant à la tête de tous les fidèles, et auquel il avait donné le surnom de Pierre parce qu’il serait « la pierre sur laquelle serait bâtie l’Église », était arrivé à Rome dix ans avant, et autour de lui s’était constituée une petite communauté. Les Romains, à cette époque-là, ne persécutaient pas les chrétiens, ils les considéraient comme une des innombrables sectes qui pullulaient dans la religion païenne. Ainsi la petite Église de Rome avait-elle pu s’installer et prospérer.

L’arrivée de Paul lui donna un nouvel élan, tandis que Pierre répandait l’Évangile dans les milieux juifs de la capitale, Paul, lui, chercherait à atteindre les milieux romains. Comme il était citoyen, il fut traité avec égards : au lieu de le jeter dans un cachot, on l’autorisa à vivre dans une maison amie, simplement surveillé nuit et jour par un garde, et il put recevoir qui il voulait.

Très vite, cette maison-prison devint un centre où des gens de toutes sortes affluèrent, même de grands seigneurs, des personnages qui appartenaient à l’entourage de l’empereur. C’est ainsi que fut converti au Christianisme un homme de haute naissance, Linus, qui, plus tard, devait être le premier successeur de S. Pierre à la tête de l’Église, le second pape, Lin.

De toutes les parties de la Chrétienté, des amis accouraient pour entourer l’Apôtre prisonnier. Le cher Timothée, le fidèle secrétaire, était là ; Marc, qui avait, on s’en souvient, quitté Paul parce qu’il trouvait trop rudes ses grandes expéditions missionnaires, était revenu se mettre à son service ; il y avait aussi Aristarque, Tychique et beaucoup d’autres. Un jour, dans sa chambre de prisonnier, Paul vit arriver un messager tout fatigué : il arrivait de très loin, de la communauté de Philippes, qu’il avait fondée en Macédoine ; les chrétiens de cette minuscule Église avaient appris la captivité de l’apôtre, ils avaient aussitôt fait une collecte… Tout ému, Paul écrivit alors pour ses vrais amis Philippiens une de ses plus belles épîtres.

Après deux ans de cette captivité si étonnante, le tribunal romain rendit sa décision. Il n’y avait rien à reprocher à l’Apôtre, et c’était à tort que les Juifs l’accusaient de troubler l’ordre. Paul fut relâché. Il en profita pour repartir aussitôt : cet homme était vraiment infatigable. Peut-être alla-t-il en Espagne : on n’en est pas sûr, mais c’est possible. En tout cas, il retourna en Asie Mineure et en Grèce, revit ses chères « filles », les communautés chrétiennes qu’il avait fondées. Il en fonda encore d’autres, notamment en Crête.

Ce fut à Troie, en Asie Mineure, qu’il fut de nouveau arrêté. Dans la communauté d’Éphèse, il y avait des traîtres, des chrétiens apostats, c’est-à-dire qui étaient retournés aux superstitions païennes ; pendant son passage dans cette ville, Paul les avait démasqués et traités comme ils le méritaient. Deux d’entre eux l’avaient dénoncé aux autorités romaines comme chrétien.

Car, entre temps, la persécution contre les chrétiens venait de commencer dans tout l’Empire. Néron, le fou couronné, inaugurait ses horreurs. Un incendie terrible, en juillet 64, ayant ravagé onze des quatorze quartiers de la ville, le sinistre despote avait détourné la colère du peuple en accusant les chrétiens de l’avoir allumé. Arrêtées, jetées en prison sans jugement, des centaines d’innocentes victimes avaient été livrées aux plus horribles tortures.

Ramené à Rome, Paul n’y connut plus les égards et le confort relatif de sa première captivité. Jeté dans un affreux cachot, au deuxième étage sous terre, dans l’obscurité et le froid humide, au milieu des rats et des insectes immondes, il dut demeurer là des semaines, enchaîné. Quelques-uns de ses amis essayaient bien de lui porter secours, quelques courageux, car beaucoup d’autres se cachaient, terrorisés par la persécution. Il savait quel sort l’attendait, et il en était heureux. N’avait-il pas écrit lui-même que son plus grand désir était « d’achever dans sa chair ce qui manquait à la Passion du Christ » ? Et à son fidèle Timothée, il arrivait à faire passer une lettre émouvante où il lui disait :

— Je sais que le jour de mon départ est proche. Mon sang va être répandu comme le vin d’une coupe. Que m’importe ? J’ai combattu le bon combat, maintenant ma course s’achève. Il ne me reste plus qu’à recevoir la couronne que me donnera, au jour suprême, le Seigneur, le juge juste… Et peu après, en effet, cette suprême couronne, il la reçut.

 

  1. SUR LA ROUTE D’OSTIE

Et maintenant évoquons, avec vénération, la dernière scène de cette vie exemplaire. Sur la vieille route de Rome au port d’Ostie, par une fraîche matinée d’automne, un cortège militaire emmène le petit Juif de Tarse vers le lieu où il va mourir. C’est maintenant un homme âgé, courbé, ridé, totalement chauve, mais son regard n’a rien perdu de sa lumière ni sa voix de son autorité. Les gros brodequins des légionnaires martèlent les dalles en cadence ; le vent siffle doucement dans les branches des grands pins.

Un groupe d’amis fait escorte au condamné ; Luc, qui vient d’écrire son Évangile, Lin, le futur Pape, Marc, Timothée, Pudent, Eubule. Il y a aussi des curieux affreux et même des Juifs féroces qui viennent se moquer de leur grand adversaire. Mais Paul, calme, marche fermement, en priant. Parfois des mots tombent de ses lèvres pour réconforter ses frères, pour les encourager à suivre son exemple et à mourir, eux aussi, pour le Christ.

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Citoyen romain, Paul avait encore un ultime privilège, celui de ne pas mourir de la mort des esclaves, sur la croix, comme était mort Jésus, comme venait de mourir Pierre, qui n’était qu’un humble pêcheur. Lui, il serait décapité par le glaive. Quand il fut arrivé au lieu prévu pour le supplice, il s’agenouilla, continua à prier le Divin Maître. Un sous-officier romain leva la lourde lame et de la tête tranchée jaillit un jet de sang.

Aujourd’hui, pas très loin de l’endroit où le grand Apôtre donna sa vie pour le Christ, une basilique se dresse : Saint-Paul-Hors-les-Murs. Elle garde le souvenir de l’homme extraordinaire qui sema l’Évangile en tant de pays de la terre, du second fondateur de l’Église, de l’écrivain admirable des épîtres, de l’Apôtre, du Martyr. Et nous, qui connaissons maintenant son histoire, ne conserverons-nous pas aussi avec émotion la mémoire du petit Juif de Tarse, jeté à terre sur la piste de sable, et qui devint un des plus grands saints de tous les siècles, parce que Jésus l’avait assez aimé pour le frapper au cœur ?

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ARIANISME, ARIUS (IVè siècle), ATHANASE (saint ; IVè siècle), CHRISTIANISME, HISTOIRE DE L'EGLISE, JESUS CHRIST

Saint Athanase et la lutte contre l’arianisme

St Athanase d’Alexandrie (+375)

 Fêté le 02 mai

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Nul ne contribua davantage à la défaite de l’arianisme. Il n’écrivit, ne souffrit, ne vécut que pour défendre la divinité du Christ. Petit de taille, prodigieusement intelligent, nourri de culture grecque, il n’était encore que diacre lorsqu’il accompagna l’évêque d’Alexandrie au concile de Nicée en 325. Il y contribua à la condamnation de son compatriote Arius et à la formulation des dogmes de l’Incarnation et de la Sainte Trinité. Devenu lui-même évêque d’Alexandrie en 328, il fut, dès lors et pour toujours, en butte à la persécution des ariens, semi-ariens et anti-nicéens de tout genre qui pullulaient en Egypte et dans l’Eglise entière. Ces ariens étaient soutenus par les empereurs qui rêvaient d’une formule plus souple que celle de Nicée, d’une solution de compromis susceptible de rallier tous les chrétiens et de rendre la paix à l’empire. C’est ce qui explique que sur les quarante-cinq années de son épiscopat, saint Athanase en passa dix-sept en exil : deux années à Trèves, sept années à Rome, le reste dans les cavernes des déserts de l’Egypte. Il fut même accusé d’avoir assassiné l’évêque Arsène d’Ypsélé. Il ne dut la reconnaissance de son innocence qu’au fait qu’Arsène revint en plein jour et se montra vivant aux accusateurs de saint Athanase. Son œuvre  théologique est considérable.

Le Seigneur n’est pas venu seulement pour se montrer, mais pour soigner et enseigner ceux qui souffraient. Pour se montrer il lui suffisait d’apparaître et d’étonner ceux qui le verraient. Pour soigner et pour instruire, il lui fallait se mettre au service des hommes, sans excès qui dépasseraient les besoins de l’humanité et rendraient inutiles l’apparition de Dieu.
(Saint Athanase – De l’incarnation du Verbe)

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LES ORIGINES DE L’ARIANISME

Le fulgurant succès d’Arius

Arius

Ni émanation du Père, ni consubstantiel au Père, mais distinct et subordonné. C’est ainsi qu’Arius, prêtre d’Alexandrie définit dans ses prêches, à partir de 312, la nature du Christ. Pour ce théologien qui se place dans la tradition d’Origène, le Fils ne peut qu’être subordonné au Père, seul principe inengendré. Très vite, la querelle – attisée par des rivalités de personnes et des questions de pouvoir – embrase le clergé alexandrin. L’évêque de la métropole, Alexandre, finit par trancher et expulse Arius. Trop tard! C’est l’ensemble des Églises d’Orient qui se divise sur la question de la nature du Christ. Il faudra attendre le concile de Nicée en 325 pour que s’élabore un compromis qui rallie presque tous les évêques contre l’arianisme, sans toutefois encore redéfinir de façon satisfaisante l’unité divine primordiale.

Alexandre, prêtre d’Alexandrie, reçoit en 312 la succession de Pierre, “dernier martyr” de la grande persécution romaine (300-25 nov. 311), puis d’Akhillas (312), sur le siège de la principale métropole d’Orient. Il hérite d’une Église éprouvée dans son unité par le schisme mélitien, mais riche d’une tradition théologique forgée depuis Origène, et en passe de devenir dominante en Orient. Les chrétiens ne pouvaient en effet se contenter d’affirmer, à la suite des juifs, le caractère unique et transcendant de Dieu. Leur foi dans le Christ, Fils de Dieu, auquel ils sont “les premiers à rendre un culte”, les oblige à formuler la relation qu’il entretient avec Dieu le Père, tant son rôle est capital dans l’économie du salut: est-il Dieu comme son Père? Est-il un être divin distinct du Père? N’est-il qu’une créature de Dieu, fût-elle la première? Diverses solutions avaient déjà été envisagées aux IIe et IIIe siècles, oscillant entre deux écueils, l’unité de la substance divine dans la ligne du monarchianisme, au risque de nier la réalité trinitaire; la subsistance propre et égale du Fils, soupçonnée de dithéisme. À Alexandrie, la théologie du Logos, inspirée du platonisme, avait permis à Origène d’affirmer l’éternelle génération du Fils en même temps que la fonction de médiateur du Logos entre Dieu, incorporel et transcendant, et le monde. La première proposition pouvait conduire à l’idée qu’il y avait deux étant sans commencement (archè). La seconde, par le lien entre le Logos, instrument de la création voulue par Dieu, et la création, pouvait tendre à faire du Fils une créature. Denys d’Alexandrie (248-264), disciple d’Origène, dans son débat avec les monarchiens de Libye, se trouva pris entre ces deux étaux, mettant l’accent tantôt sur la distinction du Père et du Fils, tantôt sur la prééminence du Père, la génération du Fils glissant ainsi du sens ontologique au sens chronologique.

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Les églises d’Alexandrie

Le débat resurgit donc au lendemain de la grande persécution, quand les églises retrouvèrent leur vie normale. Alexandrie en comptait déjà une dizaine implantées dans la ville au hasard des donations. C’est en effet dans le cadre des prêches quotidiens auxquels se livraient les prêtres, placés par l’évêque à la tête de chacune d’elles, que la crise va éclater. Parmi elles, la Baukalis, du nom de ces vases à col allongé servant à rafraîchir l’eau ou le vin, avait été confiée à Arius; fréquentée par les dockers, les meuniers et les voyageurs, elle devait se trouver dans le quartier du port occidental plutôt que dans le faubourg oriental où on la situe d’ordinaire par une mauvaise assimilation au lieu-dit Ta Boukolou (les “pâtures” ou le “champ du bouvier”) où se trouvait le martyrion dit de Saint-Marc. Originaire de Libye, dit-on, Arius, alors déjà âgé, avait jadis été ordonné diacre par Pierre, puis prêtre par Akhillas. D’autres noms – Kollouthos, Karpones, Sarmatas – sont cités vers 375 par l’hérésiologue Épiphane de Salamine, notre principal informateur, qui précise que leur exégèse attirait les fidèles “selon l’inclination et l’éloge qu’ils suscitaient”, et que leurs partisans allaient jusqu’à s’appeler “les uns kollouthiens, les autres ariens”. Ces prêtres, qui rivalisaient entre eux, tiraient également leur prestige de ce qu’ils participaient, avec les évêques d’Égypte, à l’ordination de l’un des leurs comme évêque d’Alexandrie. Arius et Alexandre se seraient ainsi trouvés en compétition pour le siège épiscopal; le premier, selon ses partisans, se serait désisté en faveur du second, tandis que ceux d’Alexandre, conformément à l’arsenal
polémique traditionnel, attribuent à la jalousie d’Arius le motif de la querelle qui va suivre. Plus objectivement, on retiendra de ces récits contradictoires que l’âge et la réputation déjà acquise d’Arius en faisaient, au même titre qu’Alexandre, un candidat potentiel à cette haute charge.

Arius, un théologien convaincu

À sa réputation de théologien, Arius ajoutait celle de l’ascète, qui lui valut d’être suivi par tout un groupe de vierges, ce que les portraits de l’hérésiarque laissés par des adversaires qui ne l’ont pourtant pas connu, confirment à leur manière; écoutons Épiphane: “C’était un homme de haute stature, d’aspect mortifié, composant son extérieur comme un serpent rusé, capable de s’emparer des cœurs sans malice par la fourberie de ses dehors. Car le personnage portait toujours un demi-manteau et une tunique courte sans manches; il parlait avec douceur, séduisant les âmes et les flattant”; ou encore les propos tout aussi amènes de Rufin d’Aquilée: “Homme pieux davantage par l’allure extérieure que par la vertu, mais follement avide de gloire, de louange et de nouveauté.” Son enseignement, qu’il sut faire passer en cantiques faciles à mémoriser par ses ouailles qu’il faisait déambuler en processions dans les rues du quartier, ne nous est connu directement que par trois de ses lettres, les seules conservées, ainsi qu’une quarantaine de vers de son poème intitulé la Thalie ou le Banquet, cités par Athanase. Dans sa lettre au papas Alexandre, il professe avec insistance la transcendance absolue de Dieu, “un seul Dieu, un seul inengendré [agennètos], un seul éternel, un seul sans principe [anarchos]”, principe [archè] de toute chose. En conséquence, écartant la théorie origénienne de l’éternelle génération du Fils, il considère que celui-ci est autre: “engendré”, “créé par la volonté de Dieu” avant la création, comme le proclame la Sagesse (Prov. 8,22); “il n’était pas avant d’avoir été engendré”, “il n’est pas éternel, ni coéternel, ni co-inengendré avec le Père” car il ne peut y avoir deux principes inengendrés. Instrument du Père dans la création du monde, le Fils tient sa divinité du Père; ni émanation du Père, ni consubstantiel au Père, mais distinct et subordonné.
“Le Père ne fut pas toujours père Ni le Fils toujours fils Car le Fils n’existait pas avant d’être né Lui-même est né du non-être.” (Thalie).Reprenant la théologie alexandrine du Logos, Arius en donne une interprétation nettement subordinatienne; il en durcit les traits par une démonstration logique de l’infériorité du Fils appuyée sur un dossier scripturaire insistant sur les faiblesses de Jésus.

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Débats contradictoires

Cet enseignement, partagé par d’autres prêtres et des diacres qui les assistaient dans leurs églises, fut dénoncé à Alexandre par le prêtre Kollouthos, sans doute plus proche des monarchiens, qui se sépara de son évêque pour se considérer lui-même comme évêque et procéder à ses propres ordinations. Alexandre prit le temps de discuter dans le cadre du presbyterium (regroupant les clercs de l’Église d’Alexandrie et de la Maréote voisine, il comprenait une centaine d’individus) qu’il présidait, en organisant des débats contradictoires. Héritier lui aussi de la tradition origénienne, il défend la coéternité du Fils et réfute sa génération à partir du non-être comme n’importe laquelle des créatures, tout en se défendant d’affirmer, comme Arius le lui objecte, qu’il y a deux inengendrés (agennètoi): seul le Père est inengendré parce que “personne n’est cause de son être” – seul point sur lequel l’accord est général –, tandis qu’au Fils il faut “attribuer l’honneur qui convient en lui réservant la naissance sans commencement à partir du Père”. Fondant son raisonnement sur le prologue de Jean, il se retranche derrière l’absence d’explication de cette génération dans les Évangiles et renvoie au mystère, connu seulement du Père, lequel ne peut exister sans le Fils ni le Fils sans le Père. Son discours quelque peu embarrassé s’efforce de préserver l’unicité de l’inengendré sans nier pour autant la génération éternelle du Fils, “image achevée et ne différant en rien du Père” en même temps que “inférieur à lui du seul fait de l’inengendré”.

Le débat gagne les Églises d’Orient

Les deux partis restèrent sur leurs positions. Les troubles suscités par les prêches et manifestations diverses menaçant l’unité de son Église déjà fortement mise à l’épreuve, l’évêque, usant de son autorité, finit par trancher: Arius fut rayé du registre des prêtres avec dix-sept autres clercs dont six de Maréote. D’abord circonscrit à la seule Église d’Alexandrie, le débat était en train de gagner d’autres Églises en Orient par la campagne de lettres lancée par Arius auprès d’évêques dont certains connus pour être d’anciens disciples de Lucien d’Antioche et appelés pour cette raison sulloukianistes. Ces évêques, marqués par l’ancien conflit contre l’évêque d’Antioche, Paul de Samosate, condamné en 268 parce qu’il confondait le Père et le Fils en une seule hypostase et personne, comme Sabellius, défendaient la théologie du Logos. Eusèbe de Césarée, un héritier d’Origène hostile à la coéternité du Fils, réunit la majorité des évêques de Palestine dans un synode qui autorisa les prêtres condamnés à poursuivre leur ministère à Alexandrie, contrairement au droit ecclésiastique. Alexandre réagit en anathématisant six évêques de Palestine, dont Eusèbe et Paulin de Tyr. En outre, il mettait en garde tous ses confrères contre les démarches “d’Arius et de ses alliés” par une encyclique à laquelle était jointe un tomos déjà en circulation qu’il leur demandait de signer. La doctrine d’Arius, jugée blasphématoire contre le Christ, y est rattachée, non pas à celle d’Origène, reprise et amendée par les évêques d’Alexandrie, mais au courant monarchien judaïsant d’Ébion et d’Artémas puis de Paul de Samosate qui rejetait la préexistence du Fils avant son incarnation et niait sa divinité propre.
Expulsé de la ville par les autorités civiles, Arius fut accueilli à Césarée, comme jadis Origène. Il écrit à Eusèbe de Nicomédie, un ancien sulloukianiste, pour l’informer de la persécution qu’il subit pour sa foi; il la lui expose comme une évidence face à
celle d’Alexandre qu’il juge hérétique: “Et nous, qu’enseignons-nous? Que le Fils n’est ni inengendré, ni une partie de l’inengendré, ni tiré d’un substrat; mais qu’il a commencé à subsister par volonté et décision du Père avant les temps et avant les siècles, Dieu plénier, monogène, immuable; et avant qu’il fût engendré ou créé, défini ou fondé, il n’était pas, car il n’est pas inengendré. Nous sommes persécutés pour avoir dit que le Fils a un commencement mais que Dieu est sans commencement.” Ainsi alerté, Eusèbe de Nicomédie, fervent défenseur de l’unique inengendré, tente de faire pression sur Alexandre, origénien lui aussi, pour “le faire changer d’avis”. Si tous deux reconnaissent que la génération du Fils est “inexprimable”, “incompréhensible”, le second choisit de tenir ferme sur l’éternelle génération du Fils à partir du Père. Les espoirs d’Eusèbe furent vains. Le synode des évêques de Bithynie, qu’il réunit après la victoire de Constantin sur Licinius en septembre 324, marque la rupture avec Alexandrie.
La réponse d’Alexandre ne se fit pas attendre: un synode de près de cent évêques égyptiens excommunia Arius et ses partisans rejoints par deux évêques de Libye, Secundus de Ptolémaïs et Théonas de Marmarique, sensibles au danger monarchien. L’encyclique Hénos sômatos, peut-être rédigée par le jeune diacre et secrétaire d’Alexandre, Athanase, informa les évêques d’Orient de la décision, non sans stigmatiser l’entreprise d’Eusèbe. Arius, qui se considérait toujours membre de l’Église d’Alexandrie, avait envoyé sa profession de foi à son évêque qui la rejeta.

L’échec de la conciliation

Au moment où l’empereur Constantin faisait l’unité de l’Empire, la controverse religieuse entre chrétiens embrasait tout l’Orient. Ossius de Cordoue, conseiller ecclésiastique envoyé par l’empereur à Alexandrie pour résoudre le conflit, en repartit sur un constat d’échec. Seul Kollouthos avait accepté de rentrer dans le rang. Sur la route de retour vers Nicomédie, résidence impériale, Ossius s’arrête à Antioche où il préside, au début de l’année 325, un synode qui élit Eustathe et prend position en faveur d’Alexandre, excommuniant les partisans d’Arius dont Eusèbe de Césarée. L’empereur décide alors de convoquer un concile général, d’abord à Ancyre dont l’évêque, Marcel, est un monarchien convaincu et adversaire d’Eusèbe, puis, finalement, à Nicée, près de Nicomédie.
Quelque deux cent soixante-dix évêques, après d’âpres discussions qui durèrent deux mois, du 25 mai au 25 juillet 325, y rejetèrent les expressions “à partir du non-être”, “création”, “production”, et adoptèrent le terme homoousios, signifiant que le Fils est “de la même substance” que le Père. Ils espéraient, par cette précision, mettre fin à l’ambiguïté de la formule “Dieu de Dieu” pour exprimer la divinité du Fils. Le terme n’était pourtant pas scripturaire et, de plus, avait jadis été rejeté par le synode de 268 contre Paul de Samosate qui l’utilisait pour définir la Trinité. Origène l’avait aussi employé pour signifier non pas l’identité mais la communauté de substance entre le Père et le Fils. Deux évêques seulement, les Libyens Secundus de Ptolémaïs et Théonas de Marmarique, maintinrent leur refus du “consubstantiel” et durent prendre, comme Arius, le chemin de l’exil. Le credo nicéen, résultat d’un compromis destiné à écarter le danger du radicalisme arien faisant du Fils une créature, laissa une insatisfaction latente. La controverse n’allait pas tarder à rebondir.
Arius avait choisi de résoudre le conflit entre l’éternel et le contingent en niant toute continuité naturelle entre le Père et le Fils. Alexandre ne réussit pas davantage à sortir du dilemme. Il faudra encore plus d’un demi siècle de réflexion pour parvenir à une redéfinition de l’unité divine primordiale impliquant des relations internes. Ce sera l’œuvre des Cappadociens.

par Annick Martin
Professeur émérite à l’université de Rennes 2

Par Rédaction dans articles-histoire, Histoire · 21 mai 2006 ·

 

CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, GNOTICISME, HERESIES CHRETIENNES, HISTOIRE DE L'EGLISE, PELEGIANISME

Des hérésies chrétiennes : le pélégianisme et le gnoticisme

DEUX HERESIES CHRETIENNES :

PELEGIANISME ET GNOTICISME

 

ob_590985_pelagianismeLE PÉLÉGIANISME, UNE HÉRÉSIE CHRÉTIENNE

Comprendre le pélagianisme

Depuis le début de son pontificat, le pape François ne cesse de mettre en garde contre le retour du gnosticisme et du pélagianisme, d’anciennes hérésies qu’il considère toujours comme « deux ennemis subtils de la sainteté ».

Qu’est-ce que le pélagianisme ?

Dans les années 380-390, le moine britannique Pélage commence à Rome une prédication auprès d’un groupe aristocratique qui forme bientôt autour de lui une « élite de la vertu ». Il enseigne alors que, grâce à son libre arbitre, tout chrétien peut atteindre la sainteté par ses propres forces.

En prenant en compte les mérites de l’homme, il s’agissait pour lui de ne pas le déresponsabiliser dans sa réponse à Dieu. Mais, au fur et à mesure de sa pensée, il en est venu à minimiser le rôle de la grâce divine dans la réponse de l’homme à l’appel de Dieu.

La doctrine de Pélage se répand rapidement. En Afrique du Nord, elle est fermement combattue par saint Augustin d’Hippone (354-430). En 418, sous son impulsion, le concile de Carthage affirme que, à cause du péché originel, la grâce divine est absolument nécessaire pour faire le bien. Il condamne Pélage et « quiconque dit que (…) si la grâce n’était pas donnée, nous pourrions pourtant, quoique avec moins de facilité, observer sans elle les commandements de Dieu ». Cette condamnation sera réitérée au concile œcuménique d’Éphèse (431).

Comment les idées de Pélage se sont-elles diffusées ?

Les efforts d’Augustin n’empêchent pas la diffusion des idées pélagiennes, notamment dans les milieux monastiques de Gaule où certains craignent que le rôle trop important accordé à la grâce divine n’entraîne un relâchement des efforts humains pour parvenir à la sainteté.

Autour des abbayes de Lérins et Saint-Victor de Marseille, se développe alors le semi-pélagianisme qui enseigne que l’homme peut coopérer à son salut en faisant, sans l’aide de la grâce, le premier pas vers Dieu qui, ensuite, peut achever le travail de rédemption.
Augustin va fermement s’opposer à cette vision semi-pélagienne. Après sa mort en 430, ses disciples, menés par saint Prosper d’Aquitaine (v. 390-463), un laïc, vont longuement s’opposer aux évêques du Sud-Est de la Gaule.

La controverse va durer près d’un siècle, avec des exagérations de part et d’autre, certains disciples d’Augustin rejetant tout libre arbitre et allant jusqu’à l’idée d’une prédestination totale de l’homme. En 473, un concile local réuni à Arles rejette ces thèses, notamment « celui qui dit qu’il ne faut pas joindre le travail de l’obéissance humaine à la grâce de Dieu » et « celui qui enseigne qu’après la chute du premier homme le libre arbitre est entièrement éteint ».

Comment l’Église a-t-elle tranché ?

Il faudra attendre en 529 pour que le concile d’Orange, mené par saint Césaire d’Arles, se prononce finalement contre tous ceux qui donnent un rôle plus important au libre arbitre : « Si quelqu’un prétend que certains peuvent arriver à la grâce du baptême par la miséricorde, d’autres par le libre arbitre, dont il est clair qu’il est vicié en tous ceux qui sont nés de la prévarication du premier homme, il démontre qu’il est étranger à la vraie foi. »

Le débat entre grâce et libre arbitre va néanmoins se perpétuer au cours des siècles. Ainsi, quand les luthériens vont affirmer le rôle prépondérant de la grâce (sola gratia), le concile de Trente, tout en rappelant le rôle prépondérant de celle-ci, va aussi affirmer le libre arbitre de l’homme dans sa relation à Dieu. Un libre arbitre « affaibli et dévié » mais non « éteint ». Le concile rappelle aussi que nous sommes « justifiés gratuitement parce que rien de ce qui précède la justification, que ce soit la foi ou les œuvres, ne mérite cette grâce ».

Aujourd’hui, le Catéchisme de l’Église catholique rappelle qu’« à l’égard de Dieu, il n’y a pas, au sens d’un droit strict, de mérite de la part de l’homme » et que « l’initiative appartenant à Dieu dans l’ordre de la grâce, personne ne peut mériter la grâce première, à l’origine de la conversion, du pardon et de la justification » (§2007 et 2010).

Pourquoi le pape parle-t-il de néopélagianisme ?

Dans la ligne de la doctrine catholique, le pape François ne manque jamais de rappeler que « Dieu nous primerea », un mot du dialecte de Buenos Aires qui souligne que Dieu fait toujours le premier pas : « Il nous précède, et il nous attend toujours, il est devant nous. »

Dès son ehortation apostolqiue Evangeli gaudium, il a aussi dénoncé « le néopélagianisme autoréférentiel et prométhéen de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique justement propre au passé » (§94).

En février 2018, la lettre Placuit Deo de la Congrégation pour la doctrine de la foi explicitait les propos du pape en soulignant combien « notre époque est envahie par un néopélagianisme, qui donne à l’individu, radicalement autonome, la prétention de se sauver lui-même, sans reconnaître qu’au plus profond de son être, il dépend de Dieu et des autres ».

« Le salut repose alors sur les forces personnelles de chacun ou sur des structures purement humaines, incapables d’accueillir la nouveauté de l’Esprit de Dieu », mettaient en garde les gardiens du dogme.

Ce que le pape François a rappelé une nouvelle fois dans sa dernière exhortation Gaudete et exsultate, sur la sainteté, parue en avril dernier. Il y regrettait que les néopélagiens font « passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine, comme si celle-ci était quelque chose de pur, de parfait, de tout-puissant, auquel s’ajoute la grâce » (§49). Or celle-ci, prévient François « ne fait pas de nous, d’un coup, des surhommes » : « le prétendre serait placer trop de confiance en nous-mêmes » (§50).

Concrètement, il met en cause des attitudes que l’on retrouve bien au-delà de l’opposition conservateurs-progressistes : « L’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église, la vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, l’enthousiasme pour les dynamiques d’autonomie et de réalisation autoréférentielle » (§58). Une manière de mettre en garde autant contre un certain traditionalisme vidé de sens que contre un activisme oublieux de la relation à Dieu.

Source : La Croix (17 novembre 2018)

 

Le Vatican rappelle la doctrine chrétienne du salut

La Congrégation pour la doctrine de la foi a publié  une lettre aux évêques du monde entier sur le salut chrétien, intitulée Placuit Deo (Il a plu à Dieu).

Rome met en garde contre deux dérives possibles de la foi sous l’influence de la culture contemporaine, l’individualisme et le subjectivisme qui nient « l’action salvifique du Christ ».

La notion de salut parle-t-elle encore aujourd’hui ? Il faut bien reconnaître qu’il se résume souvent, y compris pour les chrétiens, à la recherche de la santé physique, du bonheur et de la réalisation personnelle, ou encore de la prospérité économique.

Conscient de l’impact des « récentes transformations culturelles » sur la foi, le Vatican vient de publier une lettre sur le salut, « Placuit Deo », à la demande du pape François qui, à plusieurs reprises, a mis en garde contre des interprétations erronées de la manière de penser et de vivre le salut chrétien.

La Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) y pointe donc deux tentations qui s’apparentent aux anciennes hérésies des premiers siècles et concernent les croyants modernes.

Une vie chrétienne réduite à une imitation enthousiaste et courageuse du Christ

D’une part, une manière « pélagienne » de comprendre et de vivre sa foi, c’est-à-dire qu’on croit obtenir le salut en faisant de son mieux, dans un « individualisme centré sur le sujet autonome », dont la « réalisation dépend de ses seules forces ».

Dans cette optique, la vie chrétienne est réduite à une imitation enthousiaste et courageuse du Christ, considéré simplement comme « un modèle qui inspire des actions généreuses », mais pas identifié dans sa « radicale nouveauté », comme « celui qui transforme la condition humaine ». « On oublie alors que le salut nous est offert par lui, à travers l’Église, la vie communautaire et les sacrements », souligne le père Henri-Jérôme Gagey, théologien et vicaire général du diocèse de Créteil.

« Le salut que la foi nous annonce ne concerne pas seulement notre intériorité »

D’autre part, une manière « gnostique » de vivre sa foi, en cherchant « un salut purement intérieur ». La foi est vécue et comprise comme une expérience éminemment intérieure et personnelle de Dieu, mais qui, du coup, déresponsabilise, ne pousse pas à s’engager dans ce monde et peut faire oublier qu’on a besoin des autres.

Le corps et le monde créé sont alors considérés comme une « limitation de la liberté absolue de l’esprit humain », dont il faut se dégager. Or, rappelle la CDF, « le salut que la foi nous annonce ne concerne pas seulement notre intériorité, mais l’intégralité de notre être. C’est toute la personne, en effet, corps et âme, qui a été créée par l’amour de Dieu à son image et à sa ressemblance, et qui est appelée à vivre en communion avec Lui ».

 « Nous sommes créés pour un salut plus grand que nous, et qui prétend transformer nos relations aux autres et nous donner de vivre dans un monde lui-même sauvé où la mort est vaincue », appuie le père François-Marie Humann, abbé de l’abbaye prémontrée Saint-Martin de Mondaye (Calvados) et professeur de théologie à l’Institut catholique de Paris.

« Mettre en garde contre la tendance à l’autosuffisance, à l’isolement »

Comment ces tendances se manifestent-elles aujourd’hui concrètement ? Le document ne le précise pas. « Il ne s’agit pas de pointer des comportements! Simplement de mettre en garde contre la tendance à l’autosuffisance, à l’isolement alors que le salut est éminemment communautaire », a souligné jeudi matin 1er mars Mgr Luis Francesco Ladaria Ferrer, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi en présentant le texte.

On peut toutefois reconnaître ces tendances contemporaines derrière le succès du développement personnel, de la méditation de pleine conscience en Occident, ou encore derrière l’invasion des thématiques de la guérison et de la réussite personnelle dans les prédications en Afrique…

 

« Entrer dans une vie nouvelle avec Dieu »

« Tout cela n’est pas contraire au salut chrétien. Certaines expériences personnelles ou collectives de libération peuvent permettre de comprendre quelque chose du salut de Dieu. Toutefois il ne faut pas le réduire à nos efforts humains »

Qu’est-ce que le salut, alors ? « Il est plus simple de dire ce qu’il n’est pas que ce qu’il est, les conciles n’en ont d’ailleurs jamais donné de définition dogmatiqueIl ne s’agit pas seulement d’être libéré de ce qui nous pèse mais d’entrer dans une vie nouvelle avec Dieu. »

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Des échos avec les hérésies antiques

Une note accompagnant la lettre publiée jeudi 1er mars par le Vatican sur le salut rappelle le contenu de deux hérésies des premiers siècles chrétiens, qui rencontrent un écho dans certaines tendances contemporaines : « Selon l’hérésie pélagienne, qui s’est développée au Ve siècle, autour du moine Pélage, l’homme, pour accomplir les commandements de Dieu pour être sauvé, a besoin de la grâce seulement comme une aide externe à sa liberté », et non « comme un assainissement et une régénération radicale de la liberté, sans mérite préalable ».

Le mouvement gnostique, lui, est plus complexe. Apparu dès les Ier et IIe siècles, il a pris différentes formes. « D’une façon générale, les gnostiques croient que le salut s’obtient à travers une connaissance ésotérique, la gnose. Cette gnose révèle au gnostique sa véritable essence, c’est-à-dire une étincelle de l’Esprit divin qui habite dans son intériorité, laquelle doit être libérée du corps, étranger à sa véritable humanité. »

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L’Evangile de Judas donne à voir le gnosticisme – philosophie ésotérique qui s’est développée entre le II e et le IV e siècle – et permet de mieux comprendre les réponses des chrétiens de l’époque.

Les gnostiques, petits groupes d’initiés, inspirés par certaines idées philosophiques grecques et par les Ecritures bibliques, interprétaient à leur façon le christianisme. Ils pensaient que la création n’était pas l’acte d’un dieu bon, mais d’un créateur inférieur et mauvais, le « démiurge », qu’ils identifiaient au dieu biblique.

A leurs yeux, le véritable Dieu est inconnaissable et « incréé ». Si l’homme parvient à échapper à la supercherie du dieu biblique créateur, à trouver en lui-même la connaissance du monde d’en-haut, il devient alors « gnostique » : il se connaît lui-même, en prenant conscience de ses origines divines.

Une recherche personnelle et intérieure

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Pour les gnostiques, le Christ est une puissance céleste envoyée sur terre par le dieu Inconnaissable, afin de dévoiler à l’homme d’où il vient. Jésus dans les textes gnostiques est spirituel et désincarné. Porteur d’un message secret, concernant les origines et la fin, il donne à quelques élus les clés de la délivrance et les moyens pour fuir les puissances mauvaises, lors de la remontée de l’âme au ciel.

Le gnostique rejoindrait le véritable Dieu après un parcours difficile d’initiation à des pratiques de type magique. Inutile pour lui d’essayer de convertir les autres, car le monde court dans son ensemble à sa perte….

Cette contradiction avec leur message de salut universel va interpeller les premiers théologiens chrétiens, qui voient dans les gnostiques de redoutables adversaires. D’autant que, pour atteindre le salut, ceux-ci n’ont pas besoin de la médiation de l’Eglise : le gnostique se sauve par une recherche personnelle et intérieure. Les Pères de l’Eglise réfutent donc amplement cette vision.

L’Eglise, après 313 – date à laquelle l’Empire romain autorise le culte chrétien-, écartent les nombreux textes gnostiques du canon biblique. Lesquels sont depuis connus sous le nom d' »apocryphes » (c’est à dire « cachés »). Dans le même esprit, les évêques entérineront un dogme au concile de Chalcédoine (451) : Jésus est à la fois vraiment Dieu et vraiment homme.

Les manuscrits de ces textes ont peu à peu disparu, victimes de campagnes volontaires de destruction, de l’oubli ou de l’usure du temps. De ce fait, le mouvement gnostique nous est surtout parvenu par les arguments développés contre lui, dans des textes de controverses, par les théologiens de cette époque.

L’existence de « L’Evangile de Judas » était ainsi connue car mentionnée dans un écrit d’Irénée de Lyon (vers 140-203 ap JC), évêque de Lyon, qui s’opposa aux thèses gnostiques. Toute l’importance de « L’Evangile de Judas » tient donc en ceci : il donne directement à voir le gnosticisme et permet par la même occasion de mieux comprendre les réponses des chrétiens de l’époque.

 

 

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COURAGE, CHRETIENS, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, JOURNAL LA VIE, L'EGLISE EN CRISE ? COURAGE, CHRETIENS !

L’Eglise en crise ? Courage, chrétiens !

Courage, chrétiens !

Editorial publié dans La Vie  Publié le 19/02/2019 par Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction

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L’Église catholique est une institution corrompue. Si cette phrase vous réjouit, c’est de mauvais augure. Vous n’attendez rien de Rome. Tout ce qui peut contribuer à affaiblir son influence vous paraît bon à prendre. Si ma phrase vous choque, en revanche, c’est bon signe. Vous êtes attaché à l’Église. Vous êtes reconnaissant pour le bien qu’elle répand et pour ce qu’elle transmet. Peut-être même avez-vous donné votre vie en répondant à son appel. Alors que vous l’aimeriez parfaite, la crise actuelle vous oblige à sortir de l’idéalisation infantile. Vous découvrez une institution faite de chair, de grandeur et d’ombres. Vous voici déstabilisés, dégrisés, désillusionnés. C’est pénible. Et c’est bien.

 Certes, pour nous tous, pauvres brebis, c’est un choc, de l’incrédulité, de la colère, tant la descente semble sans fin et sans fond. Mais tout ce qui peut nous faire passer du papisme et du cléricalisme au christianisme est salutaire. Tout ce qui peut faire sauter le vernis de l’hypocrisie et les dorures de l’idolâtrie mérite nos « amen ». Que les attaques soient malveillantes ne change rien : un chrétien ne doit pas avoir peur de la vérité, qui rend libre. « Notre rapport avec le vrai passe par les autres. Ou bien nous allons au vrai avec eux, ou ce n’est pas au vrai que nous allons. Mais le comble de la difficulté est que, si le vrai n’est pas une idole, les autres, à leur tour, ne sont pas des dieux », écrivait Merleau-Ponty. 

 Que les attaques soient malveillantes ne change rien : un chrétien ne doit pas avoir peur de la vérité, qui rend libre

 Il faut donc accueillir positivement les critiques, sans se prendre dans le filet de la manipulation. De même, que l’Église soit plus médiatiquement bombardée que d’autres institutions ne l’exonère en rien. Un chrétien doit savoir que la corruption du meilleur engendre le pire. L’Église devrait même remercier ses ennemis. D’abord parce que, grâce à eux, elle fera moins la morale. Ensuite parce que, sans y être forcée, une institution ne change jamais. La preuve, la nôtre a mis des décennies à écouter et à respecter les victimes, pourtant toutes issues de ses rangs et croyants sincères.

Pour nous guérir du mal actuel, diagnostiqué, depuis déjà 20 ans il faudra plus de temps qu’on ne l’aurait cru. Sans doute plusieurs pontificats, comme dans toutes les grandes crises. L’histoire nous invite à la sérénité, l’expérience, à la patience et la foi, à l’espérance. Au fil des siècles, des voix fortes se sont toujours élevées pour forcer à la réforme. Pour faire vite, citons Bernard de Clairvaux au XIIe siècle, Catherine de Sienne au XIVe, Martin Luther au XVIe, sans parler de Molière et son Tartuffe au XVIIe… Car cela se passe et se passera toujours comme ça, de déclin en réveil, de profiteurs en prophètes, de salauds en sursauts. Des batailles sont remportées, mais la guerre n’est jamais finie. Elle ne peut l’être. Tant qu’il y aura des hommes, il y aura de la tentation, de la trahison et du péché. Mais sur le fumier naissent les saints.

 Il faudra plus de temps qu’on ne l’aurait cru. Sans doute plusieurs pontificats, comme dans toutes les grandes crises.

 Alors, oui, courage, chrétiens ! J’écris « courage, chrétiens ! » et non « courage, catholiques ! », car l’Église romaine n’a malheureusement pas l’exclusivité de la honte. Courage car, lorsqu’on passe du déni au soin, on est déjà en progrès. Courage, parce que l’Église que nous aimons demeure, celle des petits curés, celle des milliers de religieuses, de moines et d’évêques, celle de centaines de millions de fidèles qui font du mieux qu’ils peuvent. Courage, parce que l’Église, c’est l’institution qui lutte contre les cleptocrates d’Afrique, qui accueille les prostituées, les migrants et les gens de la rue, qui vit de l’Évangile et qui transmet la foi, qui bénit les vivants et qui accompagne les mourants. Courage, enfin et surtout, parce que Pierre restera Pierre. Et sur cette pierre, les portes de l’enfer ne prévaudront pas.

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AMBASSADE DE FRANCE, CITE DU VATICAN, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, SAINT-SIEGE

L’histoire de l’Ambassade de France près le Saint-Siège

L’histoire prestigieuse de l’ambassade de France près le Saint-Siège

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Parmi les plus prestigieuses du réseau diplomatique, l’ambassade de France près le Saint-Siège existe depuis près d’un demi-millénaire. Pour être représentée auprès du Souverain pontife, la « fille aînée de l’Église » a souvent fait appel à ses diplomates parmi les plus reconnus.

 

La fonction d’ambassadeur, cette personne qui incarne un État à l’étranger, existe depuis l’Antiquité. Toutefois, les pays européens ne prennent l’habitude d’instaurer des missions permanentes qu’aux alentours du XVIe siècle. C’est ainsi que les rois de France décident de nommer leur représentant auprès du Pape, qui était alors non seulement chef spirituel, mais aussi souverain temporel des vastes États pontificaux.

D’emblée, la représentation auprès du souverain pontife va avoir une réputation prestigieuse. Pendant l’Ancien Régime, la fonction est souvent occupée par des prélats de haut rang – dont de nombreux cardinaux – et par des membres de la haute noblesse française. Des noms comme d’Armagnac, d’Estrées, d’Harcourt, Polignac ou encore La Trémouille se retrouvent dans la longue liste des ambassadeurs à Rome.

En 1531, François de Dinteville, évêque d’Auxerre, est le premier véritable ambassadeur de France auprès de la cour pontificale à Rome. Il y est envoyé par le roi François Ier pour négocier un mariage princier : celui d’Henri, prince de France et futur Henri II, avec Catherine de Médicis, nièce du pape Clément VII (1523-1534). Deux ans plus tard, la noce est célébrée entre le futur roi et la richissime Florentine, également nièce de Léon X (1513-1521).

 

Un candidat huguenot ?

Les relations diplomatiques ne sont pas toujours aussi heureuses. Vers 1560, la cour française choisit de nommer un certain André Guillart. Las, la rumeur publique tenait sa famille comme ralliée au calvinisme. Pour le nonce en France, le père d’André Guillart est « hugonotto aperto » – ouvertement huguenot. Son oncle pour sa part, évêque de Chartres, est déposé en 1566 pour hérésie. Toutefois, le subtil jeu de son prédécesseur à Rome – le cardinal de La Bourdaisière – lui permet in fine de rejoindre la Ville éternelle pour accomplir sa mission.

En 1635, alors qu’Urbain VIII (1623-1644) siège sur le trône de Pierre, le roi Louis XIII décide de se faire représenter à Rome par un certain cardinal de Richelieu. Il ne s’agit toutefois pas de son célèbre conseiller, mais du propre frère de celui-ci. Il s’agit d’ailleurs d’un des plus ecclésiastiques de France puisqu’il est archevêque de Lyon et donc, à ce titre, primat des Gaules. En 1636, le cardinal de Richelieu est remplacé par le duc d’Estrées, frère de la célèbre maîtresse d’Henri IV, Gabrielle d’Estrées. Quelques décennies plus tard, son fils, aussi duc d’Estrées aura lui aussi la charge de l’ambassade romaine.

Pour se faire représenter auprès du successeur de Pierre, Louis XIV ne choisit en 1700 rien de moins qu’un prince souverain : Louis Ier Grimaldi, prince de Monaco. L’homme meurt cependant quelques mois seulement après son arrivée au palais Farnèse, alors siège de la représentation française. Ce même palais abrite désormais l’ambassade auprès de la République italienne.

 

Le droit d’exclusive

Libertin et bon vivant, le cardinal de Bernis aime les plaisirs de la vie romaine où il arrive en 1774 comme ambassadeur. Sa nomination est due à son rôle lors du conclave de 1769 : les rois de France, d’Espagne et du Portugal veulent un pontife qui les suit dans l’interdiction de la Compagnie de Jésus. A 23 reprises, ces pays font valoir leur droit d’exclusive – véritable véto à un candidat au pontificat, désormais strictement interdit.

La Ville éternelle plaît tellement au cardinal de Bernis qu’il y est toujours en 1789, au moment de la Révolution française. Refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé – il pousse d’ailleurs le Pape à la condamner – il est spolié de ses biens. Sans charge officielle, il reste toutefois à Rome et mène une vie de converti jusqu’à sa mort en 1794.

Nouveau régime, nouveaux représentants : en 1797, le général Napoléon Bonaparte, homme fort de la campagne d’Italie, fait nommer son frère Jérôme à Rome. Le futur roi de Naples n’y fait qu’un passage éclair puisqu’il repart à la fin de la même année devant les troubles qui agitent la ville.

La Villa Bonaparte, siège de l’ambassade de France près le Saint-Siège

Des écrivains célèbres

Quelques années plus tard, en 1803, c’est le premier secrétaire de l’ambassade qui ne reste que quelques mois : François-René de Chateaubriand. Plaidant auprès du Pape l’abolition du Concordat pour rétablir pleinement le culte catholique en France, il exaspère l’ambassadeur qui parvient rapidement à le faire changer de poste. Le passage romain de Chateaubriand est toutefois marqué par le décès de sa maîtresse Pauline de Beaumont, à la mémoire de laquelle il fait ériger un monument dans Saint-Louis-des-Français. En 1828, il revient brièvement comme ambassadeur auprès du Pape.

Les ambassadeurs se succèdent ensuite – parmi lesquels on retrouve en 1896 Eugène Poubelle, ancien préfet de la Seine qui a laissé son nom à son invention hygiénique – jusqu’en 1904. Les relations diplomatiques sont alors rompues, dans un fort contexte d’anticléricalisme en France et avec le vote de la loi de séparation des Églises et de l’État en 1920. Les relations ne reprennent qu’en 1921.

En pleine Seconde Guerre mondiale, en mai 1940, le comte Wladimir d’Ormesson est nommé à la tête de la représentation française auprès du pape Pie XII. Hostile au régime de Vichy, il quitte son poste en octobre de la même année. En 1948, il est de nouveau accrédité auprès de Pie XII pour une mission de huit ans. À la Villa Bonaparte, désormais siège de l’ambassade, il héberge son neveu, le futur célèbre écrivain et journaliste Jean d’Ormesson.

Entre les deux séjours du comte d’Ormesson, l’ambassade est notamment occupée entre 1945 et 1948 par le philosophe Jacques Maritain. Celui-ci en profite pour se lier d’amitié avec le substitut de la Secrétairerie d’État, Mgr Giovanni Battista Montini. Amitié qui perdurera, même lorsque le prélat sera élu Pape en 1963 sous le nom de Paul VI.

 

Un poste vacant

Plus récemment, l’histoire des ambassadeurs de France près le Saint-Siège a été marquée en 2007 par le décès en poste de Bernard Kessedjian. Sa mort intervient le 19 décembre, à la veille de la première visite au Vatican du président Nicolas Sarkozy. Le poste reste ensuite vacant de longs mois. S’il n’y a jamais d’explication officielle, ce délai serait dû au refus du Vatican d’un candidat ouvertement homosexuel. Situation qui s’est répétée entre mars 2015 et mai 2016, suite au départ de Bruno Joubert.

C’est finalement le choix de Philippe Zeller, diplomate de carrière, qui a mis fin à la brouille diplomatique. Celui-ci a quitté la Villa Bonaparte au début de mois de juillet, ouvrant la voie à une nouvelle nomination. Parmi les noms qui circulent dans la presse, figure notamment celui de François Sureau, avocat catholique proche de l’actuel président Emmanuel Macron. Quel que soit le nom, l’annonce ne sera officielle qu’après l’approbation du Vatican.

 

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Allocution d’Emmanuel Macron à Saint-Jean-de-Latran

L’allocution d’Emmanuel Macron à Saint-Jean-de-Latran

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Intégralité de l’allocution d’Emmanuel Macron prononcé en la Basilique Saint-Jean-de-Latran, le mardi 26 juin lors de sa visite au pape François au Vatican.

 

 « Excellence, Éminence, mes Seigneur les chanoines du Chapitre de Saint Jean du Latran, Révérend Père, Révérende Mère, Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège, Mesdames et Messieurs.

 

Lorsque, à peine une semaine après ma prise de fonction en qualité de président de la République française, le 14 mai 2017, j’ai reçu la lettre de son excellence Mgr Luca Brandolini, vicaire du chapitre de cette archi-basilique et de Mgr Louis Duval-Arnould, chanoine français, m’invitant à venir, selon l’expression consacrée, prendre possession de ma stalle de chanoine d’honneur de ce chapitre, j’ai décidé d’accepter cette invitation, car elle appartient à une tradition de concorde, d’amitié entre la France et le Vatican, à laquelle je suis attaché.

 

Comme toute tradition, ses racines sont sans doute lointaines et un peu obscures. On dit que notre roi Henri IV, mais c’est quand même il y a plus de 400 ans, appréciait le soutien qu’apportait le chapitre à ses émissaires, lorsque ces derniers tentaient d’expliquer au pape sa politique de réconciliation des Français après les guerres de religions, et que, pour les remercier, il donna nouvelle vie à un privilège que ses prédécesseurs avaient déjà établi, et qui consistait à verser au chapitre le produit d’une riche abbaye du sud ouest de la France : Clairac.

 

Or, à l’époque, les rois étaient souvent chanoine d’honneur des abbayes, comme pour tisser un lien, un peu particulier, entre ces puissances locales qu’elles étaient et la royauté. Le titre de chanoine d’honneur passa donc de Clairac au Latran, et nos lointains prédécesseurs, les chanoines de l’époque, non seulement, le confirmèrent, mais y ajoutèrent une seconde tradition : une messe pour la France qui serait dite chaque 13 décembre, jour anniversaire d’Henri IV. Et cette tradition-là, aussi, est toujours respectée. Notre ambassade auprès du Saint-Siège y veille, et je le sais, avec attention.

Le ciborium de Charles V, la statue d’Henri IV, le buste en médaillon de Louis XV sont aussi autant d’illustrations de la mémoire de la France, en cette cathédrale de Rome.

 

Aujourd’hui, la présence du chef de l’État français souligne la volonté de la France d’approfondir les relations d’amitié, de compréhension, de confiance, qu’elle entretient avec le Saint-Siège, comme je l’ai évoqué ce matin avec sa sainteté le pape François.

 

Ces relations ne sont pas simplement le fruit d’une histoire, même si cette histoire est éminemment singulière. Je souhaite qu’elle se développe encore pour nous permettre de travailler ensemble en faveur de la paix, au service du bien commun. Qu’elle donne à chacun cette force pacifique qui permette de relever les défis que vous venez à l’instant de rappeler.

 

Je vous renouvelle mes remerciements, excellence, pour votre accueil et celui des membres du chapitre. Et je veux terminer ces quelques propos en vous présentant, au nom de tous ceux ici présent, les vœux que nous formulons à votre égard, à la veille de ce moment majeur, où par le choix de sa sainteté le pape François, vous serez, ce jeudi, créé cardinal en la Basilique Saint Pierre. Mon émotion est réelle ici en cet instant. Je pense que la vôtre le sera plus encore lorsque entrant ainsi dans le collège des cardinaux vous rejoindrez ceux qui mettent leur foi au plus haut service de l’Église catholique et de ses enseignements.

 

Je vous remercie. »

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CHANOINE DE LA BASILIQUE DU LATRAN, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EGLISE, VATICAN

Le titre de chanoine du Latran

Pourquoi Macron devient-il chanoine de la basilique de Latran ?

Mardi 26 juin, le président Emmanuel Macrmesse-Saint-Jean-Latran-Francois-2013_0_729_480

Mardi 26 juin, le président Emmanuel Macron est à Rome où il doit prendre possession de son titre de chanoine honoraire de la basilique du Latran, la cathédrale du pape.

1/Pourquoi Saint-Jean du Latran est-elle la cathédrale du pape ?

Après sa victoire du pont Milvius contre Maxence (312), l’empereur Constantin fait don à l’Église d’un vaste domaine, situé sur la partie orientale du Caelius, qui avait autrefois appartenu à la famille des Laterani. Le pape Sylvestre Ier y fait construire une vaste basilique, consacrée au Saint-Sauveur en 324, qui devient la cathédrale de l’évêque de Rome (le Vatican n’est, à l’époque, « que » le tombeau de saint Pierre).

Au VIe siècle, la basilique est appelée Saint-Jean, du nom du baptistère construit à ses côtés, tandis que le magnifique palais attenant devient le centre politique et administratif de la communauté chrétienne de Rome, comme du gouvernement central de l’Église. Néanmoins, à partir du XIIIe siècle, les papes préfèrent résider près de Saint-Pierre, le quartier du Vatican étant plus facilement défendable derrière sa muraille. Au XIVe siècle, à leur retour d’Avignon, ils s’y installeront définitivement, le palais du Latran étant trop délabré – « un amas de ruines et de décombres dont la vue arracherait des soupirs à des cœurs même de pierre », écrira Pétrarque.

 
« Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde », la « basilique du Sauveur et des saints Jean Baptiste et Jean l’Évangéliste au Latran » demeure toutefois la cathédrale des papes qui s’emploient à la restaurer.

Au XVIe siècle, à la demande de Sixte V, Domenico Fontana reconstruit le palais sur le modèle du palais Farnèse tandis que, au siècle suivant, Borromini restaure complètement la basilique, prévoyant notamment les niches de la nef où, au XVIIe siècle, seront installées les statues des Apôtres. À la fin du XIXsiècle, Léon XIII fait restaurer le chœur et l’abside tandis qu’en 1962 Jean XXIII réinstalle dans le palais l’administration du diocèse de Rome.

 

2/ Quels sont les liens du Latran avec la France ?

Dès le Moyen Âge, Carolingiens puis Capétiens s’attachèrent à développer leurs liens avec la cathédrale du pape. Ainsi, vers 1370, quand Urbain V engage une série de restaurations, le roi Charles V offre le splendide ciborium, l’espèce de baldaquin installé au-dessus de l’autel et qui contient, dans un reliquaire d’argent, les têtes de Pierre et Paul. Les armes de France y sont toujours visibles au fronton. Mais c’est surtout Louis XI qui, à la fin du XVe siècle, va combler de bienfaits le clergé du Latran, concédant à son chapitre d’importants revenus en Guyenne et dans le Languedoc, dont l’abbaye de Clairac (Lot-et-Garonne).

Henri IV, dans ses négociations avec la papauté pour faire reconnaître son passage au catholicisme et la légitimité de ses droits au trône, va s’appuyer sur cette tradition francophile : le chapitre l’aidera à contrer les intrigues de l’Espagne pour convaincre le pape de sa bonne foi.

 

3/ Pourquoi le président français en est-il chanoine ?

En remerciement de ses bons offices, Henri IV confirme les droits du chapitre du Latran sur l’abbaye de Clairac. Le chapitre lui érige alors une statue de bronze dans le portique de la basilique et lui donne le titre de chanoine honoraire de la basilique. La France s’insérait ainsi dans la géopolitique romaine aux côtés des autres puissances de l’époque : l’empereur germanique était chanoine de Saint-Pierre, le roi d’Espagne chanoine de Sainte-Marie-Majeure tandis que, avant la Réforme, les rois d’Angleterre avaient été chanoines de Saint-Paul-hors-les-murs.

Les chefs d’État français ont hérité de cet honneur fait aux rois de France, qui ne ménagèrent jamais leurs libéralités pour le chapitre (la chapelle à côté de la sacristie renferme ainsi le magnifique monument érigé par les chanoines pour remercier Louis XV de ses dons).

Après la Révolution, le titre sera un peu négligé, mais les liens avec la France ne seront toutefois jamais rompus : lors de la République romaine de 1849, le drapeau français sera hissé sur la basilique en signe de protection et les clés du trésor conservées à l’ambassade et, en 1863, la France veillera à ce que les biens du chapitre en Italie ne soient pas saisis. En 1932, le chapitre célèbre un service funèbre solennel après l’assassinat du président Doumer.

Il faut toutefois attendre René Coty pour que, en 1957, un président français vienne officiellement au Latran prendre possession de son titre. Ses successeurs Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy firent de même, tandis que Georges Pompidou, François Mitterrand et François Hollande acceptèrent le titre sans en prendre possession. En outre, une messe « pour la prospérité de la nation française » est célébrée dans la basilique chaque 13 décembre, jour anniversaire de la naissance d’Henri IV. Interrompue à la Révolution, cette tradition a été rétablie par Napoléon III, puis en 1926 grâce à Mgr Gaston Vanneufville, un prêtre lillois et chanoine du Latran (et correspondant de La Croix à Rome).

 

4/ À quoi sert ce titre ?

En lui-même, le titre de « premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique du Latran » n’accorde aucun droit à son titulaire, pas même, contrairement à une légende tenace, celui d’entrer à cheval dans l’église.

Mais cet honneur fait à la France à travers son chef d’État demeure un instrument de « diplomatie douce ». Dans un monde du Vatican où les symboles demeurent extrêmement importants, ce privilège, accordé dans la cathédrale même du pape, signe la singularité et l’importance de la France auprès de l’acteur diplomatique et moral majeur que demeure le Saint-Siège.

Même si, depuis le Concile, les papes ont tenu à réserver le chapitre du Latran aux prêtres du diocèse de Rome (l’archiprêtre de la basilique est d’ailleurs le vicaire du pape pour le diocèse de Rome), un Français en demeure membre : le titulaire actuel, Mgr Louis Duval-Arnould, prêtre du diocèse de Paris, porte ainsi dans le chapitre le titre de « préfet pour l’abbaye de Clairac », même si celle-ci n’existe plus depuis la Révolution.

 

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pourquoi-Emmanuel-Macron-devient-chanoine-basilique-Latran-2018-06-22-1200949405?from_univers=lacroix

ACTES DES APOTRES, CONCILE DE JERUSALEM, HISTOIRE DE L'EGLISE

LE CONCILE DE JERUSALEM

Qu’est-ce qu’un Concile ?

Le Dictionnaire Critique de Théologique en donne la définition suivante : « on désigne par « concile », l’assemblée des représentants légitimes de l’Église, réunis au niveau régional (concile locale) ou universel (concile œcuménique) pour délibérer et statuer, dans un souci d’unité, en matière de foi, de pratique chrétienne et d’organisation ecclésiastique 

   Le Concile de Jérusalem ou « Concile des Apôtres »

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Ces évènements sont généralement datés des environs de l’an 50  une dizaine d’années avant la mort de Jacques le Juste  « frère de Jésus ». Les indices littéraires amènent à diviser ce concile de Jérusalem en deux périodes distinctes : l’une vers 49-50, dominée par Pierre, portant sur la question du salut, dans une théologie du Christ et de l’Esprit. L’autre, après 52 et avant 58 dominé par Jacques qui traite de questions pratiques concernant la communauté, dans un esprit de légalisme intelligent et pacifique, alors que Paul est en Asie mineure, en Grèce et en Macédoine, et en apprend les résultats à son retour en 58.

 

Le contexte – L’enjeu – Les décisions prises

Le concile des Apôtres : le premier des Conciles dans l’Eglise et il sera le modèle de tous les conciles puisqu’on retrouve dans le récit qui en est fait dans les Actes des Apôtre (au chapitre 15) tous les éléments qui définissent un concile.

 Le problème : des juifs convertis au Christianisme se rendent à Antioche pour rencontrer les chrétiens de cette région (et il s’agit de chrétiens issus du paganisme). Arrivés sur place ils sèment le trouble – voire même la zizanie (au v. 2 on parle « d’agitation », de « discussion vive ») – au sein de la communauté d’Antioche : « Si vous ne vous faites pas circoncire suivant l’usage qui vient de Moïse, vous ne pouvez être sauvés » (15,1). A la suite de quoi la communauté décide d’envoyer Paul et Barnabé à Jérusalem auprès des apôtres pour débattre de la question. Arrivés à Jérusalem, après avoir fait le récit de leur mission auprès des païens, ils se trouvent de nouveau confrontés à « certaines gens du parti des Pharisiens qui étaient devenus croyants pour déclarer qu’il fallait circoncire les païens et leur enjoindre d’observer la Loi de Moïse » (15,5).

Alors « les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette question » (15,6) : dans cette on Assemblée se trouvent des « représentants légitimes de l’Église ». Dans cette assemblée, Pierre joue un rôle important (discours de Pierre au chapitre 15, 7-11. C’est donc un « concile œcuménique » du fait qu’il concerne tous les Apôtres : « Alors les apôtres et les anciens se réunirent » (15, 6)

« Pour délibérer et statuer […] en matière de foi, de pratique chrétienne et d’organisation ecclésiastique » ; le texte fait bien mention d’une question qui est débattue : « après une longue discussion » (15,7), et l’auteur rapporte deux discours (le discours de Barnabé et le discours de Pierre), « on écoutait Barnabé et Paul » (15,12).

 Au final, une décision est prise : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d’autres charges que celles-ci qui sont indispensables : vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes » (15,29). Cette décision est communiquée à l’Église tout entière au moyen d’une lettre apostolique (15, 22-29).

 Et le tout « dans un souci d’unité » : l’enjeu de cette question concerne l’unité de l’Église qui commence à se répandre dans tout le bassin méditerrané en réponse à l’appel du Seigneur : « allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28,19)

 

Les 21 conciles œcuméniques

Traditionnellement, nous distinguons quatre grandes périodes de l’histoire de l’Église : l’Église ancienne (Ier s- IXème s), L’Église médiévale (Xème s- XIVème s), l’Église du XVe s à l’époque moderne (XVème s) et l’Église moderne (XVIème s- XXème s). A chacune de ces périodes eu lieu un certains nombres de conciles :

 Les conciles de l’Église ancienne : 8 conciles œcuméniques.

 

Dès la deuxième moitié du IIe siècle apparaissent en Asie Mineure des synodes d’évêques (Arles en 314 ; Rome en 251) pour régler certaines questions régionales : date de la Pâques, le problème des hérésies (le montanisme : mouvement prophétique,…). Il s’agissait alors uniquement de conciles régionaux car il n’était pas envisageable, dans un contexte de persécutions, de réunir tous les évêques Il il faudra attendre « la paix constantinienne » en 313 avec la signature de l’édit de Milan où le christianisme devient la religion officielle de l’Empire. Alors, le concile devient une instance officielle de l’Empire romain dont les décisions revêtent un caractère obligatoire pour l’Église entière. Ces décisions avaient même valeur de lois impériales. Les 8 premiers conciles vont être convoqués et présidés par l’empereur lui-même (ou par ses représentants).

Ces 8 premiers conciles furent convoqués pour définir les dogmes de la en matière de christologique et trinitaire (débats sur la nature de la personne du Christ et de l’Esprit Saint) et donner à l’Église une organisation.

 1 ) Nicée I (325) : le premier « grand et saint concile des 318 Pères » :

Doctrine : Il se prononce contre la doctrine d’Arius (seul le Père est Dieu !) et élabore ainsi le symbole de Nicée. Il définit la consubstantialité du Père et Fils.

Organisation de l’Église : fixe la date de Pâques (le dimanche après la 1er lune de printemps) et détermine l’ordre des sièges patriarcaux : Rome, Alexandrie, Antioche et Jérusalem.

 2 ) Constantinople I (381) :

Doctrine : Il définit la consubstantialité de l’Esprit Saint avec le Père et le Fils et compose le symbole de Nicée-Constantinople.

Organisation de l’Église : il attribue le deuxième rang au siège patriarcal de Constantinople, reléguant Alexandrie au troisième.

 3 ) Éphèse (431) :

Doctrine : Contre la doctrine de Nestorius (il distingue en la personne de Jésus l’humanité de sa divinité), il affirme l’unité des personnes en Jésus-Christ (vrai Dieu et vrai homme). En conséquence, Marie est proclamée Theotokos (mère de Dieu).

 4 ) Chalcédoine (451) :

Doctrine : Il se prononce contre la doctrine d’Eutychès (monophysisme : affirme une seule nature en la personne du Christ. La nature humaine du Christ est absorbée par sa nature divine) en définissant l’existence des deux natures, divine et humaine, en Jésus-Christ : une seule personne mais deux natures, sans confusion et changement.

Ces 4 premiers conciles sont considérés majeurs dans l’Eglise dans la mesure où ils ont apporté une contribution majeure aux grands dogmes de la foi : christologique, trinitaire, mariale,… De plus, ils sont des assemblées de la chrétienté encore unifiée. A cause de leur importance ils sont souvent comparés aux 4 évangiles.

 5 ) Constantinople II (553) 6 ) Constantinople III (680-681) :

Doctrine : Contre le monothélisme : il affirme l’existence dans le Christ de deux volontés et deux activités.

  ) Nicée II (787) 8 ) Constantinople IV (869-870)

Pour les orthodoxes , seuls les 7 premiers conciles sont considérés comme œcuméniques : en 1054 intervient la séparation entre l’Orient et l’Occident. Du coup, ils ne reconnaissent plus l’autorité des conciles suivants.