8 MAIN1802 ; CONCORDAT ET PAIX RELIGIEUSE EN FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EGLISE, HISTOIRE RELIGIEUSE EN FRANCE (XIXè siècle), NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821), PAPAUTE, PIE VII (pape ; 1742-1823)

8 avril 1802 : Concordat et paix religieuse en France

8 avril 1802

Concordat et paix religieuse en France

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Le 18 germinal an X (8 avril 1802), le Corps législatif de la République française adopte et promulgue le Concordat. Le texte a été signé le 15 juillet de l’année précédente par Napoléon Bonaparte, Premier Consul, et le pape Pie VII.

 

Douze ans de conflits

Le Concordat suscite de violentes critiques chez les anciens révolutionnaires mais il est accueilli avec un immense soulagement dans les campagnes. Il met fin aux guerres civiles et religieuses qui avaient divisé les Français tout au long de la Révolution.

Ces guerres étaient nées du vote de la Constitution civile du Clergé par l’Assemblée constituante, le 12 juillet 1790, en remplacement du précédent Concordat, signé à Bologne en… 1516 par le roi François 1er et le pape Léon X.

La Constitution civile du Clergé avait institué une église nationale avec des évêques et des prêtres élus par les fidèles, rémunérés par l’État et tenus de prêter un serment de fidélité «à la nation, à la loi, au roi». Ce régime avait été condamné par le Saint-Siège de sorte que s’opposaient depuis lors en France le clergé assermenté ou constitutionnel  clergé insermenté ou réfractaire, fidèle à Rome.

 

Vers le retour à la paix religieuse

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Dès l’élection du pape Pie VII, à Venise, en mars 1800, le Premier Consul manifeste le désir d’un rapprochement. Il en a besoin pour consolider son régime. A la différence des révolutionnaires qui avaient tenté d’exclure les religions de la sphère publique, il veut mettre l’Église catholique, encore très influente, à son service.

Les négociations sont conduites au nom du Premier Consul par le curé Étienne Bernier, curé de Saint-Laud, à Angers, qui a déjà négocié la paix civile dans l’ouest vendéen. Le pape délègue de son côté à Paris le cardinal Spina en novembre 1800.

Mais les négociations butent d’emblée sur la volonté de Bonaparte de confirmer des évêques constitutionnels dans leur charge. Le Premier Consul veut de cette façon rassurer les républicains.

Le 20 juin 1801, Consalvi, Secrétaire d’État du Saint-Siège, arrive à Paris pour relancer les négociations. La version définitive de l’accord est rédigée par Joseph Bonaparte, frère du Premier Consul.

 

Le contenu officiel du Concordat

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En signant le nouveau Concordat, un mois plus tard, le pape reconnaît la République et renonce aux biens enlevés au clergé sous la Révolution. De son côté, «le Gouvernement de la République française reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la plus grande majorité des Français».

Le Premier Consul peut être satisfait car il conserve la mainmise sur l’organisation de l’Église catholique. Le clergé (24000 personnes) doit lui prêter serment de fidélité !

Le gouvernement s’engage à rémunérer les ministres du culte catholique ainsi que des autres confessions alors représentées en France : la confession d’Augsbourg – les protestants luthériens -, et les réformés – les protestants calvinistes -. Les juifs bénéficient des mêmes droits à partir de 1808. Il s’attribue qui plus est la nomination des évêques. Ces derniers sont ravalés au rang de fonctionnaires et peuvent être traduits devant le Conseil d’État en cas de désobéissance.

Le nombre de diocèses est réduit de moitié par rapport à l’Ancien Régime. Il n’y en a plus que 60 (dont dix confiés à des archevêques) en France et dans la Belgique annexée.

Pour la mise en œuvre  du Concordat, tous les évêques précédemment en poste sont invités à démissionner. Cependant, beaucoup d’évêques réfractaires, dépités d’avoir résisté pour rien à la Constitution civile du clergé, protestent et refusent de remettre leur démission au pape. Dans le camp opposé, des évêques et des prêtres constitutionnels refusent de remettre en cause publiquement leur serment antérieur.

Bonaparte ne s’en tient pas là. Habilement, il modifie au profit de son gouvernement les termes du Concordat.

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L’ajout des Articles organiques

Sur une suggestion de son ministre des Affaires étrangères, Talleyrand, ancien évêque d’Autun, le Premier Consul commande au juriste Jean Portalis de rédiger des «Articles organiques». Ces 77 articles, destinés à préciser les termes du Concordat débouchent sur une sévère limitation du pouvoir du Saint-Siège sur le clergé national.

Ils imposent l’enseignement dans les séminaires des «Quatre Articles» de la déclaration gallicane adoptée par le clergé français en 1682, sous le règne de Louis XIV :
1) les papes ne peuvent déposer les souverains ni délier leurs sujets de leur obligation de fidélité,
2) les décisions des conciles oecuméniques priment sur les décisions pontificales,
3) le pape doit respecter les pratiques des Églises nationales,
4) il ne dispose enfin d’aucune infaillibilité.

Les Articles organiques prévoient par ailleurs que toutes les décisions des synodes et des conciles devront être approuvées par le gouvernement pour être applicables en France. Ils limitent enfin la liberté de mouvement des évêques.

Malgré cette entourloupe contre laquelle proteste en vain le pape, le Concordat consacre le retour de la paix religieuse. Il est resté pour l’essentiel en application en France jusqu’à la séparation des Églises et de l’État, en 1905.

Notons qu’il est toujours en vigueur dans les trois départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle qui étaient sous domination allemande lorsqu’a été votée la loi de séparation de 1905. Ces trois départements ont obtenu, à titre exceptionnel, de conserver le régime Concordataire de 1801 lorsqu’ils sont rentrés dans le giron de la France après la Grande Guerre de 1914-1918.

 

Propagande

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Bonaparte ne tarde pas à cueillir les bénéfices du Concordat. Le 14 avril 1802 sort en librairie Génie du christianisme ou beautés de la religion chrétienne. Son auteur est le vicomte François-René de Chateaubriand, un écrivain romantique de 34 ans rendu célèbre par ses oeuvres Atala et René.

Le livre est une apologie de la religion. Il apporte au Premier Consul le soutien des catholiques et de certains monarchistes.

NB : la France ne serait pas la France si le Concordat avait fait l’unanimité ! Dans le Poitou, quelques villageois catholiques des environs de Bressuire se sont insurgés contre le texte et il en est sorti un mini-schisme : la «Petite Église», qui compterait encore 3.000 fidèles.

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https://www.herodote.net/8_avril_1802-evenement-18020408.php

EGLISE CATHOLIQUE, GUILLAUME CUCHET, HISTOIRE DU SENTIMENT RELIGEUX AU XIXè SIECLE EN FRANCE, HISTOIRE RELIGIEUSE EN FRANCE (XIXè siècle)

Une histoire du sentiment religieux au XIXè siècle en France

Une histoire du sentiment religieux au XIXiècle
Guillaume Cuchet
Paris, Le Cerf, 2020. 424 pages.

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Industriel, scientiste, positiviste, mais aussi mystique spiritualiste et occultiste, tel aura été le paradoxal XIXè siècle français dont Guillaume Cuchet se fait ici le médium historique. Un tableau sans précédant du choc des croyances. 

Le XIXè siècle a-t-il été fameux  temps de déclin religieux ? Le rationalisme y triomphait-il autant qu’on l’a dit ? Le positivisme y régnait-il en maître ?

Guillaume Cuchet démontre que le XIXè siècle a été une époque d’intenses ferveurs religieuses, à la mesure des bouleversements politiques qu’il a connus, aussi bien à l’intérieur des cultes existants, comme le catholicisme, qu’en dehors. Tout un New Age précoce de croyances et de pratiques hétérodoxes a rencontré un grand succès, notamment dans les rangs d’une gauche loin d’être entièrement sécularisée. Apparitions mariales, contestation de l’enfer, renouveau du purgatoire, nouvelles conceptions du paradis, culte de la tombe et des morts, définition de nouveaux dogmes comme l’Immaculée Conception ou l’Infaillibilité pontificale, succès des  » philosophies religieuses « , vogue des tables tournantes et du spiritisme, essor de la piété  » ultramontaine « , sont autant de manifestations de cette effervescence.

À travers toutes ces pratiques pour le moins surprenantes se dessine le visage d’un autre xixe siècle, plus intime et plus complexe, dans lequel croyants et incroyants se ressemblent souvent, là même, parfois, où ils s’opposent le plus.

L’auteur

Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris-Est Créteil, ancien élève de l’Ecole normale supérieure-LSH, Guillaume Cuchet travaille sur l’histoire religieuse contemporaine des sociétés occidentales. Il est notamment l’auteur de Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Prix d’histoire religieuse de la Fondation Bernheim et prix Sophie Barluet du Centre national du livre 2018.

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C’est une chose acquise : le XIXème siècle religieux a mauvaise presse. Le catholicisme pris dans la tourmente politique s’est ancré dans le refus du progrès et de la science. Il a généré des pratiques « pieusardes » et une morale étouffante. L’art – sulpicien forcément pourrait-on ajouter à la manière du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert – ne plaide pas pour ce siècle, même si un courant historique semble déterminé à réhabiliter l’art religieux du XIXème siècle, beaucoup plus riche et innovant qu’on ne le croit d’ordinaire.
L’ouvrage de Guillaume Cuchet rassemble des articles publiés auparavant dans des revues savantes ou dans des actes de colloque. Il en sort un vrai livre organisé en trois parties : « portraits », « débats », « tendances ».

Cinq personnages – cinq hommes – sont l’objet des portraits : Jean Reynaud (1806-1863), Alphonse Gratry (1805-1872), Henri Perreyve (1831-1865), Charles Gay (1812-1892) et Victor Hugo (1802-1885). Le premier est un polytechnicien saint simonien, député en 1848 qui se retire de la vie politique après le coup d’État du 2 décembre 1851. Personnage écouté et auteur d’un ouvrage très original, Terre et Ciel (1856), il a depuis sombré dans l’oubli. Le retrouver dans les pages que lui consacre Cuchet c’est goûter au flot des idées philosophiques et spirituelles qui disent l’élan du XIXème siècle. Philosophie humanitaire qui espère en un monde meilleur, elle veut croire aux réalités spirituelles d’un monde que la technique et la science transforment. On peut oublier Reynaud, mais pas ce volet « prophétique » du XIXème siècle. Gratry, lui aussi polytechnicien et philosophe, est un essayiste catholique dont l’influence allait demeurer jusqu’à la génération de René Rémond (né en 1918). De son œuvre abondante, qu’on a comparée à celle de Maritain, on retiendra l’amorce d’un retour vers saint Thomas d’Aquin, mais surtout « l’espoir de voir advenir enfin le champion intellectuel qui triompherait des objections de l’incrédulité contemporaine, tout en donnant du christianisme une présentation conforme aux attentes de l’époque » (p. 104). Prêtre de l’Oratoire, Henri Perreyve a produit une œuvre , là encore oubliée depuis, mais dont l’importance fut reconnue de ses contemporains. Pour Cuchet, elle est l’exemple même d’une théologie libérale qui n’a pu véritablement porter ses fruits en ces années marquées par la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception  (dont Perreyve fait une lecture optimiste qui tranche avec les aspects antimodernes que la définition de ce dogme a revêtu à l’époque) et la publication du Syllabus en 1864. Quant au père Gay, tenu pour un mystique du XIXème siècle par le père Laberthonnière, Guillaume Cuchet en propose une relecture qui montre la réalité de ces élans mystiques qui précédent la publication en 1898 de l’Histoire d’une Âme de Thérèse de l’Enfant-Jésus. Ici le travail de l’historien est crucial pour repérer des expressions communes qui disent une époque et dévoilent alors le sens des trajectoires individuelles. Victor Hugo est abordé par la pratique qu’il eut, en exil à Jersey de 1854 à 1856, du spiritisme, un mouvement de mode et de fond qui traduit les interrogations des femmes et des hommes du XIXème siècle sur l’au-delà.

Cinq portraits qui servent tous à démontrer une chose : l’histoire spirituelle du XIXème siècle ne se réduit pas à l’histoire d’une lutte entre croyants et incroyants mais révèle la puissance de la réflexion religieuse, son inscription dans une tradition et son attention aux temps nouveaux, son exposition aux tensions politiques et culturelles d’une époque farouchement politique. Le XIXème siècle est bien le laboratoire de la modernité et donc des efforts catholiques pour savoir où se situer à la fois face à ce mouvement qui emporte tout et dans ce mouvement aussi.

Trois chapitres composent la partie « Débats » dont un qui reprend un des grands axes des recherches de Guillaume Cuchet, « le passage du petit au grand nombre des élus dans le discours catholique du XIXème siècle ». On sait depuis son livre Comment notre monde a cessé d’être chrétien, que Cuchet attribue à cette « révolution théologique oubliée » un rôle majeur dans les recompositions croyantes et les pratiques religieuses du XIXème siècle. Plus anecdotiques sont les deux aspects suivants : « la querelle du naturalisme historique » et « la première vague néo-bouddhiste au milieu du XIXème siècle ». Sans entrer dans le détail, ces deux chapitres servent à montrer la vitalité de l’interrogation proprement religieuse qui habite les hommes du XIXème siècle.

Dans la partie « Tendances », Guillaume Cuchet rassemble des articles sur « le tournant sulpicien des années 1850 dans la littérature de piété du XIXème siècle », « la religion du deuil et la communication avec l’au-delà », « Frédéric Ozanam » et « ésotérisme et révolution. Insurgés et initiés en 1848 ». De cette collection d’articles, Guillaume Cuchet tire une conclusion originale qui a le mérite d’une grande clarté. Il rappelle que le XIXème siècle reste un siècle de dogmes. « Ni le vieux dogme , écrit-il, qui a fait montre d’une étonnante capacité à se régénérer et à se développer dans un contexte bouleversé, ni le nouveau puisque le siècle est marqué par une grande effervescence philosophico-religieuse, y compris dans les rangs [de la] gauche » n’ont disparu ou se sont évaporé (p. 395). Du coup, l’historien est frappé de « l’intensité des recompositions religieuses de la période ». Il souligne aussi combien la bourgeoisie et la gauche sont sensibles à ces questions, quelles que soient les formes, même évanescentes, que peuvent prendre leurs préoccupations ou leurs formulations. Enfin, il souligne que la « forme par excellence du sentiment religieux du XIXème siècle [est] funéraire » (p. 401). Le deuil est devenu l’une des sources les plus fécondes de la religiosité.

Une fois refermé l’ouvrage et plein des nouvelles connaissances qu’il apporte au lecteur profane ou peu versé dans le matériau de l’histoire religieuse du XIXème siècle, on réhabilite donc ce « stupide XIXème siècle », selon l’expression parfaitement injuste de ce réactionnaire qu’était Lucien Daudet. Surtout, on mesure qu’une lecture binaire en terme d’affrontement entre croyants et incroyants (ou scientistes, rationalistes, athées) est absolument réductrice. Ne tiendrait-on pas là une clef pour comprendre aussi notre époque ? Héritier du dispositif intellectuel, politique et mental mis en place par les Lumières, la Révolution et la République, ne sommes-nous pas souvent tentés – et plus encore en ces temps où on joue avec la définition même de l’homme dans son Incarnation  – de penser notre position en terme d’opposition ? Ne faudrait-il pas alors essayer, comme nous y invite le pape François, de regarder le monde alentour en y détectant ses aspirations religieuses ? Le XIXème siècle fut un grand siècle missionnaire. Aller à la fois au-devant de populations ignorantes de la révélation et répondre aux angoisses ou aux critiques de ceux qui, en ayant été nourris, la rejette fut la tâche des pasteurs du XIXe siècle. La mission a-t-elle vraiment changé ?

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