ANGLETERRE, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'EUROPE, PHILIPPE, DUC D'EDIMBOURG (1921-2021), ROYAUME-UNI

Philippe Mountbatten, duc d’Edimbourg (1921-2021)

Philip Mountbatten

Philippe de Grèce

 

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Philip Mountbatten, du d’Edimbourg, , né Philippe de Grèce  le 10 juin 1921 à Corfou, en Grèce et mort le 9 avril 2021 à Windsor, au Royaume-Uni, est le mari d’Elisabeth II, reine du Royaume-Uni et des autres royaumes du Commonwealth..

Prince de Grèce et de Danemark   jusqu’à son mariage, il est le cinquième enfant et seul fils du prince André de Grèce et de la princesse Alice de Battenberg, le petit-fils du roi des Hellènes Georges Ier et un cousin germain des rois Georges II et Paul Ier. Il est également un petit-neveu de la dernière tsarine Alexandra Fiodorovna Romanov et de la princesse Irène de Prusse, belle-sœur de l’empereur allemand Guillaume II. Par sa mère Alice de Battenberg, Philip Mountbatten est aussi arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria du Royaume-Uni.

Membre de la maison dano-allemande de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksburg, le prince Philip naît dans la famille royale de Grèce, mais sa famille s’exile alors qu’il a un an et demi. Après des études en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Écosse, il rejoint la Royal-Navy à l’âge de 18 ans en 1939. En juillet 1939, il commence à correspondre avec la princesse Élisabeth, la fille aînée et héritière présomptive du roi George VI. Pendant la Seconde Guerre mondiale, , il sert dans les flottes de Méditerranée et du Pacifique. Après la guerre, Philip obtient la permission de George VI d’épouser Élisabeth. Avant l’annonce officielle des fiançailles, il renonce à ses titres et prédicats royaux grecs et danois, se convertit de la religion orthodoxe grecque à l’anglicanisme et devient sujet naturalisé britannique, adoptant le nom de famille Mountbatten de ses grands-parents maternels britanniques.

Après cinq mois de fiançailles, devenu le lieutenant Philip Mountbatten, il épouse la princesse Élisabeth le 20 novembre 1947. Le jour de son mariage, il reçoit de son beau-père le prédicat d’altesse royale et le titre de duc d’Edimbourg. Philip quitte le service actif, ayant atteint le grade de commander, quand Élisabeth devient reine en 1952. Sa femme le fait prince du Royaume-Uni en 1957 et Lord-Grand-Amiral en 2011. Philip a quatre enfants avec Élisabeth : Charles, Anne, Andrew et Edward. Depuis un décret en conseil datant de 1960, les descendants de Philip et Élisabeth ne portant pas de titres royaux peuvent utiliser le nom de famille Mountbatten-Windsor. Sportif passionné, Philip aide au développement de l’attelage-équestre e. Il est le président de plus de 800 organisations et le président du Duke of Edinburg’s Award pour les personnes âgées de 14 à 24 ans.

Retiré de la vie publique à partir de 2017, il meurt deux mois avant son centième anniversaire. Il est la personnalité ayant occupé le plus longtemps le rôle de consort du Royaume-Uni ainsi que le conjoint étant resté le plus longtemps marié à un monarque britannique régnant (plus de 69 ans).

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Philippe d’Edimbourg : une vie au service de Sa Majesté

Philippe Delorme

Paris, Tallandier, 2017. 268 pages.

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Il a tout abandonné : sa carrière dans la Royal Navy, son nom, son âme de « chef né » pour devenir le mari d’Élisabeth II. Voici raconté pour la première fois le destin singulier de Philippe d’Édimbourg, ce célèbre inconnu. Étrangement, aucune biographie du « mari de la Reine » n’existait en France. Est-ce parce que le personnage s’est condamné lui-même à vivre dans l’ombre ? Lui qui avait été élevé pour devenir un meneur d’hommes, il aura dû se contenter de jouer les utilités? C’est du moins ce qu’un regard superficiel pourrait laisser croire, bien à tort.

Né en 1921 prince Philippe de Grèce et de Danemark, descendant par sa mère de la reine Victoria, le jeune garçon a tout de suite été ballotté aux vents de l’Histoire. Exilé en France avec ses parents, il est éduqué en Angleterre selon les rigoureux principes du dépassement de soi et découvre là sa véritable patrie. Aux premières heures de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage avec brio dans la carrière maritime. Mais son avenir est ailleurs. Sa rencontre avec l’héritière du trône du roi George VI l’entraîne à tout sacrifier à l’amour. Il deviendra son « roc », le véritable chef de famille. En 1947, leurs noces à l’abbaye de Westminster puis, en 1953, le couronnement d’Élisabeth II retransmis dans le monde entier marquent le début d’un long roman qui, soixante-dix ans plus tard, n’est pas encore achevé. Par sa volonté de faire entrer la monarchie dans la modernité, son soutien indéfectible lors des crises, son engagement visionnaire dans l’écologie, sans oublier son charme et son humour si british, le duc d’Édimbourg, prince du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, a su laisser son empreinte dans l’aventure du XXe siècle.

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AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), HISTOIRE, HISTOIRE D'AIX-EN-PROVENCE, LIVRE, LIVRES

Un ouvrage sur l’histoire d’Aix-en-Provence

Histoire d’Aix-en-Provence 

Sous la direction de Florian Mazel et de Noël Coulet

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020. 336 pages.

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Aquae Sextiae, « les eaux de Sextius », Aquis, Aix, Aix-en-Provence, les noms de la ville disent son ancienneté et suggèrent ses transformations successives. Aujourd’hui en partie éclipsée dans l’imaginaire par la montagne qui en domine l’horizon, la Sainte-Victoire, érigée par la peinture de Paul Cézanne, l’enfant du pays, en icône de l’art moderne, la ville n’en a pas moins une histoire propre, longue et complexe, qui ne saurait se résumer au symbole culturel qu’elle est devenue dans la seconde moitié du XXe siècle. Idéalement placée dans la longue durée au carrefour de voies de circulation reliant l’Italie à la vallée du Rhône et au Languedoc, les Alpes à Marseille, la haute à la basse Provence, foyer de romanisation dans l’Antiquité, dont de spectaculaires fouilles archéologiques révèlent chaque jour un peu plus l’ampleur, Aix doit cependant son véritable essor à son érection en capitale de la Provence à partir de la fin du XIIe siècle. Ville royale aux horizons italiens sous le gouvernement des Angevins de Naples, elle voit ses fonctions de commandement régional renforcées par l’annexion au royaume de France à la fin du XVe siècle. Ville d’États et ville parlementaire par excellence, capitale judiciaire, intellectuelle et aristocratique, elle se pare alors des plus beaux atours de l’âge classique.

La Révolution et l’essor de Marseille, la puissante voisine, au cours du XIXe siècle constituent un choc et un défi, que la ville relève d’abord avec lenteur puis, depuis l’après-guerre, avec plus de vigueur, au prix d’une profonde métamorphose urbaine, socio-économique et culturelle. C’est à emprunter ce parcours, qui associe étroitement les formes de la ville aux mutations de ses fonctions et aux renouvellements de sa société, qu’invite cet ouvrage richement illustré, le premier consacré à l’histoire d’Aix dans la longue durée depuis 1977.

ESPAGNE, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'ESPAGNE, HISTOIRE DU XXè SIECLE, JUAN CARLOS IER (roi d'Espagne ; 1938-....)

Juan Carlos Ier, roi d’Espagne (1975-2014)

Juan Carlos Ier

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Juan Carlos Ier, né le 5 janvier 1938 à Rome, est un homme d’Etat espagnol, roi d’Espagne du 22 novembre 1975 au 18 juin 2014.   Fils du prince Juan de Borbón, comte de Barcelone, et de María de las Mercedes de Borbón y Orleans, il est un petit-fils du roi Alphonse XIII   et un membre de la branche espagnole de la maison de Bourbon. Il abdique le 18 juin 2014 en faveur de son fils, le prince Felipe.

Très populaire au début de son règne, notamment pour sa contribution à la consolidation de la démocratie, par son opposition au coup d’État de 1981, il connaît par la suite une fin de règne compliquée, entachée par la révélation, en 2012, de sa fracture de la hanche, contractée à la suite d’un accident de chasse lors d’un safari au Botswana, alors que l’Espagne est plongée dans une grave crise économique.

Son image est à nouveau écornée à la suite de révélations en 2019 et 2020 sur des dizaines de millions d’euros de commissions occultes que l’ancien monarque aurait perçus. Le 3 août 2020, soupçonné de corruption et sous le coup d’une enquête de la Cour suprême espagnole, il annonce sa décision de s’exiler.

Jeunesse

Enfance et prince héritier

Juan Carlos naît à Rome en 1938, où sa famille est exilée. Son grand-père paternel, Alphonse XIII, a été écarté du pouvoir par la Deuxième République puis par l’avènement au pouvoir de Francisco Franco. Celui-ci désignera Juan Carlos comme futur roi après qu’il eut été formé dans des écoles militaires espagnoles réputées. Le 29 mars 1956, il tue accidentellement son frère cadet Alfonso d’une balle de pistolet en plein front, dans la résidence de ses parents à Estoril, au Portugal, les rumeurs et hypothèses abondant pour expliquer la cause exacte du drame: le pistolet avait été offert quelques semaines auparavant par Franco.. Pendant la dictature en 1969, Franco crée le titre de prince d’Espagne (plutôt que prince des Asturies) pour Juan Carlos. Il épouse la princesse Sophie de Grèce et le couple occupe le palais de la Zarzuela. Il est nommé capitaine général des forces armées dès 1975, le grade le plus élevé, avant de prêter serment le lendemain de la mort de Franco (mais il ne prendra ses fonctions que le jour suivant). Il s’applique alors à démocratiser le système espagnol et apporte une certaine modernité à son pays. Il parvient également à unifier l’armée et les différentes régions d’Espagne, soutenant Felipe González.

Il a étudié à l’Institut Le Rosey (Suisse).

 

Roi d’Espagne

Transition démocratique

Durant les périodes de maladie de Franco en 1974 et 1975, Juan Carlos est nommé chef de l’État par intérim. Proche de la mort, Franco avoua le 30 octobre 1975 qu’il était trop malade pour gouverner, mais ce ne sera que deux jours après la mort du dictateur, survenue le 20 novembre 1975, que Juan Carlos sera proclamé roi d’Espagne. Les manifestations et les grèves se multiplient à travers le pays, malgré la répression sanglante. Face à la résistance armée d’ETA et des communistes du Front révolutionnaire antifasciste patriotique (FRAP) et des Groupes de résistance antifasciste du premier octobre (GRAPO), le roi d’Espagne prend conscience que le maintien du franquisme est impossible et que le changement est inévitable. Ainsi, Juan Carlos promulgue des réformes démocratiques, au grand dam des éléments conservateurs, notamment les forces armées, qui s’attendaient à ce qu’il maintînt l’État franquiste (mais ce sur quoi Franco lui-même ne nourrissait aucune illusion, se considérant comme une sorte de régent, à l’instar de l’amiral Horthy en Hongrie). Juan Carlos nomme pourtant Adolfo Suárez, ancien chef du Mouvement national, au poste du président du gouvernement. La pièce maîtresse des réformes démocratiques est la loi pour la réforme politique (Ley para la Reforma Política) présentée par le gouvernement Suárez, adoptée par le Parlement le 18 novembre 1976 et par le peuple espagnol lors du référendum du 15 décembre 1976 (94,2 % de oui). Cette loi, de rang constitutionnel (« loi fondamentale », selon la terminologie franquiste), crée les bases juridiques nécessaires à la réforme des institutions franquistes depuis l’intérieur et permet que se déroulent le 15 juin 1977 les premières élections démocratiques depuis l’instauration de la dictature. Le Congrès des députés (Congreso de los Diputados) et le Sénat (Senado) issus de ces élections seront chargés d’élaborer, notamment, la nouvelle Constitution démocratique que le roi approuvera au cours d’une session conjointe des deux Chambres le 27 décembre 1978.

En 1977, le père du roi, Juan de Borbón, est obligé par son fils à renoncer à ses prétentions au trône ; Juan Carlos le dédommagera en officialisant le titre de comte de Barcelone, titre suzerain appartenant à la couronne espagnole, que Juan de Borbón s’était donné comme titre de courtoisie pendant son exil. Dans son article 57 al. 1, la Constitution de 1978 désigne Juan Carlos comme l’« héritier légitime de la dynastie historique », alors que les droits de la branche aînée (infant Jacques et sa descendance) n’ont jamais été abolis par le Parlement. A fortiori, Franco ayant déclaré que la nouvelle monarchie était une instauration, non une restauration, la légitimité de Juan Carlos Ier ne pouvait s’établir sur l’histoire, mais sur sa nomination comme prince d’Espagne en 1969, puis sur le suffrage universel en 1978.

La Constitution de 1978

L’Espagne a été un pays sans Constitution de 1936 à 1978. Après la prise du pouvoir, le général Franco légiférait à coups de Fuero de los españoles, de lois organiques et de lois de succession.

Point d’orgue de l’idéal consensuel de la transition, l’élaboration du texte constitutionnel repose sur un esprit de tolérance prôné conjointement par le parti au pouvoir et les formations de l’opposition. Celles-ci — PSOE et PCE notamment — acceptent la voie ouverte par la « loi de réforme politique » et finissent par conserver le seul héritage qui leur paraît acceptable : le système monarchique, signe que le seul dilemme d’actualité se réduit désormais à l’alternative entre monarchie parlementaire et monarchie absolue, et non plus, comme en 1931, à l’alternative république-monarchie.

Le 25 juillet 1977, la nomination de la Commission des affaires constitutionnelles et les libertés publiques, présidée par le centriste Emilio Atard ouvre la période constituante. De cette première émane un groupe de sept personnalités qui constituent la Ponencia Constitucional : Manuel Fraga Iribarne, Gabriel Cisneros Laborda, Miguel Herrero, Gregorio Peces Barba, José Pedro Pérez Llorca, Miquel Roca et Jordi Solé Tura. Après quatre mois de travail, les « Pères de la Constitution » achèvent la rédaction de l’avant-projet qui sera modifié par près de 2 000 amendements présentés par les députés et les sénateurs. Enfin, le 31 juillet 1978, le texte est adopté par les parlementaires. Au Congrès des Députés, l’approbation est écrasante : 94,2 % sont favorables au « oui » (UCD, PSOE, PCE et la plupart des députés d’Alliance populaire — dont Manuel Fraga Iribarne et une partie du groupe mixte). Au Sénat, les résultats sont identiques : 94,5 % de « oui ». Le corps électoral apparaît cependant un peu moins motivé que ne l’est la classe politique, un tiers des électeurs ne prenant pas part au référendum du 6 décembre. Près de 88 % se prononcent en faveur du texte.

Finalement le 27 décembre 1978, le roi d’Espagne se présente devant le Parlement — députés et sénateurs réunis — pour ratifier la Constitution.

Le roi règne en tant que monarque constitutionnel, sans exercer de réel pouvoir sur la politique du pays. Il est considéré comme un symbole essentiel de l’unité du pays, et ses interventions et points de vue sont écoutés respectueusement par des politiciens de tous les côtés. Son discours annuel la veille de Noël est diffusé par la plupart des chaines de télévision espagnoles. Étant le chef suprême des forces armées espagnoles, son anniversaire est une fête militaire.

Coup d’État du 23 février 1981

Une tentative de coup d’État militaire surprend le Congrès des députés le 23 février 1981. Des officiers, avec à leur tête le lieutenant-colonel Tejero, tirent des coups de feu dans la Chambre parlementaire durant une session retransmise en direct à la télévision. On craint alors la déroute du processus démocratique, jusqu’à ce que le roi étonne la nation par une allocution télévisée exigeant que l’armée apporte son soutien inconditionnel au gouvernement démocratique légitime. Le roi avait auparavant appelé plusieurs chefs de l’armée pour leur ordonner en tant que commandant en chef de défendre la démocratie.

Lors de sa prestation de serment devant les Cortes Generales (le Parlement), un chef communiste, Santiago Carrillo, lui avait donné le sobriquet « Juan Carlos el Breve », prédisant qu’il se trouverait rapidement écarté avec les autres restes du fascisme. Après l’échec du coup d’État du 23 février 1981, ce même homme politique, ému, dira aux médias : Dieu protège le Roi ! Si les démocrates et les partis de gauche s’étaient jusque-là montrés réservés, après l’échec du coup d’État, leur soutien deviendra inconditionnel, un ancien chef de la IIe République déclarera : « Nous sommes tous des monarchistes maintenant ». Néanmoins, une expression courante dit que les Espagnols ne sont pas des monarchistes, mais des « juancarlistes ».

Plus tard, une tentative d’assassinat par des membres du groupe séparatiste basque ETA avortera à Majorque, lieu de villégiature de la famille royale.

Fin de règne contestée et abdication

Le roi Juan Carlos Ier et, plus généralement, la famille royale espagnole sont ébranlés à la suite de plusieurs scandales dus à leur train de vie et à des affaires d’infidélités et de corruption.

En avril 2012, Juan Carlos Ier est victime d’une fracture de la hanche lors d’une chasse aux trophées d’éléphant au Botswana. Beaucoup se sont scandalisés de ce voyage qui a coûté plusieurs dizaines de milliers d’euros aux contribuables espagnols alors que le pays traversait une grave crise économique et subissait une politique d’austérité. Le roi dut présenter ses excuses à la nation le 18 avril 2012 : « Je suis profondément désolé. J’ai commis une erreur et cela ne se reproduira pas ».

L’affaire Nóos met en évidence le détournement de 6,5 millions d’euros de fonds publics et choque les Espagnols, car elle semble impliquer le gendre du roi, Iñaki Urdangarin, et peut-être l’infante Cristina elle-même.

Le 2 juin 2014, le président du gouvernement, Mariano Rajoy, déclare, lors d’une conférence de presse, que le roi Juan Carlos a décidé d’abdiquer en faveur de son fils Felipe, prince des Asturies. Le même jour, le monarque s’exprime pour justifier sa décision. Le 18 juin, l’abdication est effective et son fils Felipe devient roi le lendemain, au moment de la publication de la loi organique d’abdication au bulletin officiel sous le nom de Felipe VI.

Après l’abdication

Le roi émérite continue d’exercer des fonctions de représentation au nom de son fils, notamment lors des prises de fonctions des chefs d’État d’Amérique latine, jusqu’en 2019 où il annonce qu’il se retire définitivement de la vie publique à compter du 2 juin de la même année.

Présomption de fraude fiscale et de corruption

D’après des enregistrements de Corinna Larsen, ancienne aristocrate allemande et ex-maîtresse de Juan Carlos, diffusés par la presse, ce dernier l’aurait utilisée afin de cacher des fonds considérables en Suisse. D’après ces révélations, le monarque espagnol aurait touché de très importantes commissions sur des marchés d’État, dont en particulier 80 millions d’euros pour la construction d’un train rapide en Arabie saoudite. Juan Carlos aurait profité de l’amnistie fiscale décrétée en 2012 par Mariano Rajoy   pour rapatrier, et au passage blanchir, la majeure partie de ce capital.

Un communiqué du roi Felipe VI annonce en mars 2020 que ce dernier renonce à l’héritage de Juan Carlos, son père, à la suite de nouvelles révélations sur sa fortune cachée, et qu’il lui retire sa dotation de 195 000 euros par an. L’ancien monarque détiendrait notamment un compte au Panama abritant 100 millions d’euros et un autre au Liechtenstein de 10 millions d’euros, qui auraient été alimentés par des pots-de-vin durant ses années de règne.

Après son départ d’Espagne

Le 3 août 2020, soupçonné de corruption et sous le coup d’une enquête du Tribunal suprême, l’ex-roi Juan Carlos annonce sa décision de quitter le pays dans une lettre adressée à son fils, le roi Felipe VI, citée par la Maison royale. Le quotidien El País révèle, dans son édition du 5 août 2020, que le roi Felipe VI et son père se sont rencontrés et sont convenus de cet « exil provisoire », avec l’aval du gouvernement de Pedro Sánchez. Ce dernier apporte son soutien à la monarchie constitutionnelle, affirmant qu’« on juge des personnes et non des institutions » et que l’ex-roi se mettra à la disposition de la justice.

Coût de la monarchie espagnole

La monarchie espagnole perçoit de l’État environ 10 millions d’euros par an. Selon le quotidien espagnol El Economista, son coût réel est de 25 millions d’euros si l’on inclut l’entretien des édifices royaux, celui du yacht et du parc automobile du roi Juan Carlos, ainsi que les 5,8 millions d’euros versés aux 130 fonctionnaires à son service. Selon La Dépêche du Midi : « Le roi, Juan Carlos Ier, perçoit 266 436 euros par an, soit quatre fois plus que le chef du gouvernement. Le prince Felipe, 45 ans, touche 127 636 euros annuels »

À titre de comparaison, en 2006, le député socialiste René Dosière estimait le coût de la présidence de la République française à 90 millions d’euros annuels.  Mais celle-ci abrite le véritable chef de l’exécutif contrairement à la reine Élisabeth II du Royaume-Uni, qui est dans une situation constitutionnelle comparable au roi d’Espagne et qui percevait, en 2013, 42,5 millions d’euros annuels.

La fortune du roi était estimée, en 2013, à 300 millions d’euros.

Autres activités

Passionné de voile depuis sa jeunesse, le roi Juan Carlos participe régulièrement à des régates. Début 2018, il remporte le championnat du monde de voile dans la catégorie des 6 mètres JI.

L’indicatif radioamateur du roi est EA0JC.

Il est membre honoraire du Club de Rome.

En tant que pilote professionnel, il a participé à un vol d’essai de l’A400M.

Amateur de chasse au gros gibier, le roi s’est rendu plusieurs fois au Botswana pour y chasser légalement l’éléphant, une espèce menacée. La chasse à l’éléphant coûte en moyenne 37 000 euros par animal tué.

Famille

Juan Carlos de Borbón épouse, le 14 mai 1962, d’après les rites orthodoxe et catholique, la princesse Sophie de Grèce (1938), fille du roi Paul de Grèce (1901-1964) et de la princesse Frederika de Hanovre (1917-1981).  De cette union naissent trois enfants portant le prédicat d’altesse royale :

Elena de Borbón y Grecia (1963), infante d’Espagne, duchesse de Lugo, qui épouse en 1995 Jaime de Marichalar y Sáenz de Tejada (1963), dont elle divorce en 2010, d’où deux enfants portant le prédicat d’excellence :

Felipe de Marichalar y Borbón (1998) ;

Victoria de Marichalar y de Borbón (2000) ;

Cristina de Borbón y Grecia (1965), infante d’Espagne, qui épouse en 1997 Iñaki Urdangarin Liebaert (1968), d’où quatre enfants portant le prédicat d’excellence :

Juan Valentín Urdangarin y de Borbón (1999) ;

Pablo Nicolás Urdangarin y de Borbón (2000) ;

Miguel Urdangarin y de Borbón (2002) ;

Irene Urdangarin y de Borbón (2005) ;

Felipe de Borbón y Grecia (1968), prince des Asturies, devenu Felipe VI, qui épouse en 2004 Letizia Ortiz Rocasolano (1972), d’où deux enfants portant le prédicat d’altesse royale :

Leonor de Borbón y Ortiz (2005), princesse des Asturies ;

Sofía de Borbón y Ortiz (2007), infante d’Espagne.

Titres, honneurs et armoiries

 

Titulature officielle

21 juillet 1969 – 22 novembre 1975 : Son Altesse royale le prince d’Espagne ;

22 novembre 1975 – 18 juin 2014 : Sa Majesté le roi d’Espagne

depuis le 18 juin 2014 : Sa Majesté le roi Juan Carlos.

Après son abdication, Juan Carlos continue de porter à vie le titre honorifique de roi et la qualification de majesté.

Conformément à la Constitution espagnole, Juan Carlos a porté légalement le titre de roi d’Espagne et a pu utiliser « les autres titres qui reviennent à la Couronne » (deuxième alinéa de l’article 56 du titre II « De la Couronne »), sans pour autant les spécifier. En outre, le décret royal 1368/1987, promulgué le 6 novembre 1987 en  Conseil des ministres, confère au titulaire de la Couronne (le roi ou la reine d’Espagne) le prédicat de majesté et lui donne la possibilité d’utiliser les « autres titres qui correspondent à la Couronne ». L’ensemble de ces titres, qui forment la titulature traditionnelle des souverains espagnols, contient une liste d’une vingtaine de royaumes  faisant aujourd’hui partie d’États souverains, ce qui fait qu’il n’est utilisé ni par les agences de l’État espagnol ni par la diplomatie du royaume. La titulature espagnole complète a été officiellement utilisée avant l’instauration de la Constitution de 1837, sous le règne d’Isabelle II d’Espagne. Elle est la suivante :

« Sa Majesté catholique [nom de règne], roi d’Espagne, de Castille, de Léon, d’Aragon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Minorque, de Séville, de Sardaigne, de Cordoue, de Corse, de Murcie, de Jaén, des Algarves, d’Algésiras, de Gibraltar (es), des îles Canaries, des Indes orientales et occidentales, de l’Inde et du continent océanien, de la terre ferme et des îles des mers océanes, archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, de Milan, d’Athènes, de Néopatrie, comte de Habsbourg, de Flandre, de Tyrol et de Barcelone, seigneur de Biscaye et de Molina (es), marquis d’Oristan et de Gozianos, etc. »

Titulature de courtoisie

5 janvier 1938 – 8 mars 1941 : Son Altesse royale Juan Carlos de Borbón y Borbón-Dos Sicilias, infant d’Espagne

8 mars 1941 – 21 juillet 1969 : Son Altesse royale le prince des Asturies

Alors que le 5 février 1941 le roi Alphonse XIII abdique ses droits à la Couronne en faveur de son fils cadet, l’infant Juan, qu’il s’était choisi pour héritier, ce dernier devient prétendant au trône d’Espagne et prend le titre de courtoisie de comte de Barcelone. Juan Carlos, son fils, reçoit par la suite la Toison d’or, ce qui le désigne comme le successeur potentiel du comte de Barcelone. Ainsi, il est désigné par les partisans de son père par le titre de courtoisie de prince des Asturies (non reconnu par le régime franquiste ni par les autres prétendants au trône d’Espagne), avec la qualification d’altesse royale.

Pour les légitimistes français, il est « petit-fils de France » en tant que fils de Juan de Borbón, comte de Barcelone, fils cadet d’Alphonse XIII (ou « Alphonse Ier » pour les légitimistes) et frère de Jacques-Henri de Bourbon (prétendant au trône de France sous le nom de « Henri VI »). Juan Carlos occuperait la 4e place dans l’ordre de succession derrière Henri de Bourbon, duc de Touraine et devant son fils, le prince Felipe, premier prince du sang.

Ascendance

Juan Carlos descend de la branche espagnole de la maison de Bourbon, ayant pour auteur le roi Philippe V d’Espagne (1683-1748), né Philippe de France, fils de France, duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV. Le roi Juan Carlos est aussi l’arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria, par sa petite-fille Victoire-Eugénie de Battenberg (1887-1969), l’épouse d’Alphonse XIII d’Espagne (1886-1941). Au travers de différents ascendants, et notamment par son arrière-grand-mère Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine (de la branche de Teschen), épouse d’Alphonse XII, il descend de la maison de Habsbourg-Lorraine fondée par le mariage de Marie-Thérèse d’Autriche avec François de Lorraine.

 

Bibliographie

Laurence Debray, Juan Carlos d’Espagne, Paris, Éditions Perrin, 2013, 410 p.

Chantal de Badts de Cugnac et Guy Coutant de Saisseval, Le Petit Gotha, Paris, Éditions Le Petit Gotha, coll. « Petit Gotha », 2002 (1re éd. 1993), 989 p.  p. 361 et seq. (section « Maison royale d’Espagne »)

Christian Cannuyer (préf. Roland Mousnier), Les maisons royales et souveraines d’Europe : la grande famille couronnée qui fit notre vieux continent, Paris, Brepols, 1989, 274 p.

Guy Coutant de Saisseval, Les Maisons impériales et royales d’Europe, Paris, Éditions du Palais-Royal, 1966, 588 p.

Gauthier Guy, Don Juan Carlos Ier, les Bourbons d’Espagne d’Alphonse XIII à Philippe VI, Editions L’Harmattan, 2016.

Philippe Nourry, Juan Carlos, un roi pour les Républicains Centurio, 1986. Nouvelle édition mise à jour : Juan Carlos, Taillandier, 2011.

Philippe Nourry, Histoire de l’Espagne, Taillandier 2011 et Texto, 2015.

COLONISATION, ESCLAVAGE, HISTOIRE, RACISME, RACISME, COLONISATION, ESCLAVAGE ET REECRITURE DE L'HISTOIRE

Racisme, colonisation, esclavage et réécriture de l’histoire

Race, colonisation, esclavage… Halte au feu !

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Sur son site la revue Hérodote.net revient sur le mouvements qui agitent en ce moment les manifestations anti-racistes et contre les violences policières avec le déboulonnage de statues voulant aisi effacer certaines pages de l’histoire d’un pays.  Peut-on réécrire  l’histoire d’une nation  ? Un pays peut-il effacer les pages de son histoire au risque de plus pouvoir l’étudier et assumer toutes les pages de son pays

Dans les médias comme sur les réseaux virtuels, les cancres semblent avoir pris le pouvoir. Ils prétendent réécrire l’Histoire mais encore faudrait-il qu’ils aient pris la peine de l’étudier…

 « Je vous le dis très clairement : la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. Elle n’oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statue » a proclamé le président de la République dans son allocution télévisée du 14 juin 2020, en réponse à l’agitation consécutive au meurtre de George Floyd, aux États-Unis, le 25 mai précédent. 

Il ne s’agit pas que le combat contre les injustices débouche sur une réécriture échevelée de l’Histoire. Le ton présidentiel est ferme mais l’affirmation maladroite. Qui peut être sûr en effet que les travaux des historiens présents ou futurs ne vont pas remettre en cause le parcours de telle ou telle célébrité honorée par une statue ou une plaque de rue ?

 

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Statue de Colbert devant la façade du Palais Bourbon

Race et Histoire : est-il permis de dire n’importe quoi ?

Pour l’heure, nous n’en sommes pas là. Les historiens restent confinés dans leur bibliothèque et les médias dégoulinent de bêtise et d’ignorance. Sur BFM TV, une journaliste déclare comme une évidence que le général Gallieni aurait massacré 500 000 Malgaches, soit le quart de la population de la Grande Île en 1900 !

D’autres commentateurs, trop nombreux pour les nommer, expliquent le prétendu racisme d’État de la France par la colonisation.

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Savent-ils bien ce que fut la colonisation de l’Afrique ? Un projet civilisateur de la gauche républicaine qui ne différait guère de celui des actuels coopérants et « médecins sans frontières ».

Elle a donné lieu à beaucoup de crimes et d’abus mais au total nettement moins que les régimes issus de la décolonisation et guère plus que la coopération actuelle (abus sexuels, pillages, détournements de fonds…).

Par un grossier anachronisme, on dépeint maintenant aussi Colbert et Louis XIV comme d’odieux racistes. Le Roi-Soleil porta sur les fonds baptismaux un prince noir venu de Côte d’Ivoire et Colbert, parmi ses innombrables entreprises, eut à cœur de limiter les abus des planteurs dans de lointaines îles à sucre. Pouvait-il faire plus ?

Veut-on traquer les tyrans et les oppresseurs ? Le champion toutes catégories est sans aucun doute le Mongol Gengis Khan dont les conquêtes auraient entraîné la mort violente d’un quart des Asiatiques. Le chef zoulou Chaka s’est montré tout aussi ravageur à l’échelle de l’Afrique australe…

Reste une triste réalité : sous toutes les latitudes, la guerre est une chose sale. Abd-el-Kader ou encore El-Hadj Omar n’avaient rien à envier à leurs adversaires Bugeaud et Faidherbe en matière de brutalité. Rappelons encore que de toutes les guerres, les pires sont les guerres civiles. Aucune population n’a eu sans doute plus à souffrir de l’armée française que les Vendéens. On pourrait dire la même chose des Irlandais vis-à-vis de l’armée anglaise.

En matière d’atrocités, il n’y a guère que Hitler et Mao qui puissent rivaliser avec les guerres de religion, la guerre de Trente Ans qui a déchiré l’Allemagne, la révolte des Taiping en Chine, la guerre civile de Russie ou la terreur des Khmers rouges. En matière d’esclavage, il serait également présomptueux d’établir un palmarès de l’horreur, de la traite atlantique à la traite saharienne, avec la castration massive des malheureux voués au travail forcé au Moyen-Orient.

Autant dire que si nous voulons honnêtement classer et hiérarchiser les horreurs de l’Histoire, nous ne verrons aucune corrélation entre leur niveau d’intensité et la couleur de peau ou la religion des victimes et des bourreaux.

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Gravure dans le Tour de France des deux enfants de G. Bruno de 1904

Une Histoire en reconstruction permanente

Nous pouvons décider de notre avenir, nous ne pouvons pas changer l’Histoire et encore moins la juger. Nous pouvons seulement essayer de mieux la connaître afin de comprendre comment fonctionnent les êtres humains et les sociétés : c’est le travail dévolu aux historiens.  

Ceux-ci n’en finissent pas de réécrire le passé à la lumière de nouvelles découvertes, dans les archives et l’archéologie. Dans les dernières décennies, par exemple, c’est notre vision de la Préhistoire ainsi que de la Gaule qui a été bouleversée par la génétique et l’archéologie aérienne. Nous avons découvert en l’homme de Néandertal un lointain ancêtre plus évolué et bien moins brutal qu’on ne le croyait auparavant. Même rebond du côté de nos « ancêtres les Gaulois », plus divers et aussi plus civilisés qu’on ne l’eut cru.

Mais les historiens sont aussi des hommes et des femmes de leur temps. Ils revisitent le passé avec un regard biaisé…

C’est ainsi que le grand historien républicain Jules Michelet a écrit sa magistrale Histoire de la Révolution de 1847 à 1853, essentiellement pendant la Seconde République, en mettant en avant le Peuple. Mais à aucun moment, il n’a pris la peine dans son livre d’évoquer le décret du 4 février 1794 (16 Pluviôse An II) par lequel la Convention a aboli l’esclavage. Non qu’il fut insensible au sort des esclaves ; bien au contraire, il a applaudi à la deuxième abolition, le 27 avril 1848. Mais cette première abolition n’avait pour lui aucune incidence sur le cours de la Révolution et ne méritait donc pas qu’on s’y attarde. Aujourd’hui, elle apparaît comme l’un des éléments centraux de la Révolution et sans doute est-elle mieux connue des jeunes Français que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et la Nuit du 4-Août.

Autre exemple : la Première Guerre mondiale a été jusqu’à la fin du XXe siècle traitée sous les angles militaires et politiques. Les historiens se sont aussi penchés sur ses causes et ses conséquences tant politiques qu’économiques, sociales et culturelles. Les écrivains qui ont survécu aux tranchées ont pour leur part évoqué leurs conditions de vie dans des témoignages de forme romanesque. En ce XXIe siècle, le conflit n’est plus regardé que sous l’aspect humain. Dans nos sociétés post-nationales, les historiens, à l’image de leurs concitoyens, n’en finissent pas de se demander comment des millions d’hommes ont pu revêtir l’uniforme sans broncher et mourir pour un bout de tissu tricolore. Ils multiplient donc les enquêtes sur les mutineries et dépouillent à n’en plus finir les lettres de poilus.

Les aléas de la mémoire

Les gouvernants, dans tous les régimes, toutes les sociétés et toutes les époques, s’attachent au passé mais d’une toute autre façon que les historiens. Ils y cherchent une légitimité sans grand souci de la vérité. Ce n’est pas le président Macron commémorant l’« illustre victoire » de Montcornet (17 mai 1940) qui nous contredira… Avec plus de prestance, les souverains apprécient de se donner une ascendance divine ou héroïque (Osiris, Amaterasu, Vénus, Énée, David…).

Plus sournois, les nationalistes recourent à l’archéologie pour justifier leurs prétentions. On l’a vu avec les nazis qui ont lancé beaucoup d’expéditions pour tenter de donner du contenu à leur théorie « aryaniste ».

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Dans le même genre, le Turc Moustafa Kémal qui méprisait sa part d’héritage arabo-musulman, a voulu voir dans les Hittites, un peuple indo-européen du IIe millénaire av. J.-C., les précurseurs de la Turquie moderne. Son lointain successeur Recep Tayyip Erdogan a préféré quant à lui réveiller le souvenir de l’empire ottoman, avec l’ambition à peine cachée de le reconstituer, de la Libye aux Balkans en passant par la Syrie.

L’Iranien Réza chah Pahlévi a agi pareillement mais avec plus de pertinence en célébrant avec faste en 1971, à Persépolis, le 2500e anniversaire de la fondation de l’empire perse.

Les Français n’échappent pas à ce penchant au demeurant compréhensible. Il s’est affirmé essentiellement sous la IIIe République. Ce régime né d’une défaite, celle de Napoléon III à Sedan, n’a eu de cesse de consolider sa légitimité face à une masse provinciale qui lui était au départ plutôt hostile.

Cette légitimité s’est affirmée dans les années 1880 à travers des symboles : hymne national, fête nationale, Panthéon des gloires nationales, expositions universelles, statuaire…  Soulignons que la statuaire a connu son Âge d’or à cette époque, toutes les villes et tous les villages ayant souhaité ériger la statue d’une gloire locale en chacune de leurs places pour l’édification des citoyens (un siècle plus tard, on n’érige plus de statues mais l’on aménage des ronds-points, question de goût).

La IIIe République s’est bâtie aussi autour de deux projets fédérateurs :
• L’instruction publique laïque, gratuite et obligatoire destinée à réunir en un seul peuple des populations aussi diverses que les Bretons, Flamands, Corses, Basques, Auvergnats etc.
• La constitution d’un empire colonial destiné à diffuser les « valeurs universelles » portées par la République française.

Il est compréhensible que ces deux projets qui visaient l’un à « civiliser les paysans », l’autre à « civiliser les races inférieures », aient été portés par le même homme d’État, Jules Ferry. Il a été magnifiquement servi par les pédagogues, à l’image d’Augustine Fouillée qui a publié en 1877 sous le pseudonyme G. Bruno Le Tour de la France de deux enfants.

Ce manuel de lecture va servir à l’éducation patriotique de tous les écoliers français jusqu’en 1940 et même au-delà. Il réussit le tour de force de raconter l’histoire et la géographie du pays sans jamais évoquer les souverains ou la religion (on ne badine pas avec la République). Comme les manuels d’Histoire de Lavisse, Malet et Isaac, il a contribué à forger un socle commun de connaissances et de références pour tous les jeunes Français sans empêcher les universitaires de développer une réflexion contradictoire et approfondie.

Par la suite, à l’issue de l’occupation allemande, la Libération a conduit les Français à une vague d’épuration. Personne n’a vu d’inconvénient à débaptiser des plaques de rues aux noms d’anciens collaborateurs, à commencer par le Maréchal Pétain et Pierre Laval. Une autre vague d’épuration a eu lieu sous la Convention, en 1793 et 1794, à la chute de la royauté, avec la destruction de quelques statues, monuments et objets d’art et le changement de noms de rues ou de places. Qui se souvient encore qu’à Paris, la place de la Concorde et la place des Vosges s’appelaient place Louis XV et place Royale. Mais après tout, quelle importance ? Napoléon Ier n’a aucune rue ni aucune statue à son nom en France (à de rares exceptions près : Ajaccio, Laffrey et La Roche-sur-Yon). Cela n’empêche qu’il reste le Français le plus célèbre dans le monde entier, pour le meilleur et le moins bon.

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Mascaron figurant une tête africaine sur une façade de l’avenue Brancas à Nantes (XVIIIè siècle)

Délires de l’épuration

L’épuration est le négatif de la mémoire. Elle est elle aussi de tous les temps. De l’Égypte pharaonique aux talibans d’Afghanistan, on n’en finirait pas de recenser les inscriptions effacées à coup de burin dans la pierre et les statues démolies à la pioche ou à l’explosif. À titre anecdotique, à Paris, dans le parc Montsouris, on peut voir une stèle avec une inscription selon laquelle elle aurait été érigée en 1806 sous le règne de [nom buriné]…

Évidemment, les braillards qui détruisent des statues comme celles de Schoelcher en Martinique ou flétrissent celles de De Gaulle ou Gallieni sont loin de ces considérations et s’en contrefichent. Pressés d’effacer la mémoire du passé en vertu d’un credo puisé sur les réseaux virtuels, ils usent de la violence comme bien d’autres avant eux. Leurs revendications sont parfois fondées.

À Bristol, en Angleterre, il est étrange que les édiles de la fin du XIXe siècle aient cru bon d’honorer de toutes les façons possibles un mécène, Edward Colston, dont la fortune venait de la traite négrière. C’est comme si Medellin, en Colombie, érigeait des statues à la gloire du narcotrafiquant Pablo Escobar. 

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Plus subtilement, on peut s’interroger sur la statue du philanthrope Victor Schoelcher détruite à Fort-de-France le 22 mai 2020.

Non pas en raison de la personne mais de la statue elle-même. Cette oeuvre de belle facture artistique érigée en 1904 montre Schoelcher caressant la tête d’un enfant noir chargé de chaînes. Il y a là une démarche paternaliste qui peut être ressentie comme humiliante par les descendants d’esclaves. Il eut été pertinent que les élus du département ou de la ville se saisissent de la question et relèguent la statue dans un musée avant que des vandales ne la détruisent. 

Il ne va pas de soi par contre de déboulonner aux États-Unis la statue du général Robert E. Lee, chef de l’armée sudiste, car celui-ci était malgré tout hostile à l’esclavage et d’une facture morale très supérieure à la plupart des généraux nordistes.

On entend en France des voix s’élever contre le nom d’un général de la Révolution, Dugommier, donné à une station de métro parisienne. Autant que je sache, ce général s’est signalé par de belles actions et une grande générosité à l’égard de ses ennemis. Il n’a eu que le tort de naître en Guadeloupe, dans une famille de planteurs propriétaires d’esclaves.

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L’enjeu est le même concernant les planteurs virginiens qui ont mené les États-Unis à l’indépendance, tels George Washington et Thomas Jefferson. Esprits généreux, ils n’avaient que le tort de n’avoir pas choisi le lieu et le moment de leur naissance.

Gare au syndrome de l’arroseur arrosé. Si l’on doit diaboliser une célébrité sous ce seul prétexte, il faudra renvoyer en enfer le héros absolu de tous les antiesclavagistes et des apologistes de la « race noire », le grand Toussaint Louverture en personne, qui a mené Saint-Domingue vers l’indépendance sous le nom de Haïti. 

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Affranchi par son maître, il put s’établir comme « libre de couleur » et posséda jusqu’à vingt esclaves.  Il n’y avait rien d’exceptionnel à cela dans les Antilles françaises au XVIIIe siècle : par la naissance ou l’affranchissement, un certain nombre de métis et de noirs étaient amenés à acheter et posséder des esclaves. 

Comme la bêtise humaine est infinie, Einstein dixit, il en est encore pour s’indigner que de beaux immeubles du XVIIIe siècle, à Nantes et Bordeaux, s’ornent de mascarons (figures de pierre au-dessus des fenêtres) à l’effigie d’esclaves noirs ou de rois exotiques (voir plus haut).

À ce compte-là, il nous faudra aussi épurer nos musées et nos livres de toutes les représentations un tant soit peu caricaturales de noirs mais aussi de jaunes, de roux, de laids, de sorcières, d’obèses, d’efféminés etc. etc. 

Quoi qu’il en soit, la discussion est impossible avec des militants – il y en a – qui visent la destruction de la nation et plus largement de notre culture. Ceux-là ne méritent d’autres interlocuteurs que la police et la justice.

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Par contre, nous invitons nos concitoyens sincères qui rêvent d’une grande fraternité dans le cadre national, à réviser ensemble le grand  « récit national » de la IIIe République en y intégrant toutes les belles personnalités qui ont honoré la France – et réciproquement -, de Louis Delgrès à Kofi Yamgnane en passant par Alexandre Dumas, Alain Mimoun et Zinedine Zidane.

N’excluons personne à l’image du très consensuel musée de l’Histoire de France installée par Louis-Philippe à Versailles, où sont représentés tous les grands moments de tous les régimes. Reprenons à notre compte la formule de Napoléon : « De Clovis jusqu’au Comité de salut public, je me sens solidaire de tout» , et adressons celle d’Ernest Lavisse à tous nos écoliers, sans distinction d’origine ou de classe : « Enfant, tu aimeras la France parce que la nature l’a faite belle et que son histoire l’a faite grande».

Publié ou mis à jour le : 2020-06-22 08:03:26

https://www.herodote.net/Race_colonisation_esclavage_Halte_au_feu_-article-2654.php

HISTOIRE, HISTORIENNE FRANÇAISE, LES MOTS DES FEMMES, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MONA OZOUF (1931-....), PHILOSOPHE FRANÇAISE

Les mots des femmes : un essai de l’historienne Mona Ozouf

Les mots des femmes : essai sur la singularité française

Mona Ozouf

Paris, Fayard, 1995. 397 pages

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La France a longtemps passé pour le pays des femmes. Elle a pourtant la réputation d’être aussi celui d’un féminisme timoré qui a tardé plus qu’ailleurs à asseoir ses conquêtes. D’où vient cette timidité? Et pourquoi le discours du féminisme extrémiste trouve-t-il en France si peu d’écho?

C’est ce paradoxe qu’explore le livre de Mona Ozouf, en cherchant à écouter et à faire entendre  » les mots des femmes « , ceux qu’elles ont choisis elles-mêmes pour décrire la féminité. Ainsi se succèdent les figures et les voix de Madame du Deffand, Madame de Charrière, Madame Roland, Madame de Staël, Madame de Rémusat, George Sand, Hubertine Auclert, Colette, Simone Weil, Simone de Beauvoir.

La traversée de cette galerie fait découvrir la diversité inventive des cheminements féminins. Elle met en valeur une singularité française dont l’essai qui clôt cet ouvrage restitue l’histoire et les contours.

Mona Ozouf, directeur de recherche au C.N.R.S., a consacré l’essentiel de son oeuvre à la Révolution française, à l’histoire de l’Ecole et à l’idée républicaine. Elle est l’auteur notamment de La Fête révolutionnaire (1976), de L’Ecole de la France (1984) et, avec Jacques Ozouf, de La République des instituteurs (1992).

 

Mona Ozouf

LIVRE SUR LA PLACE

Mona Ozouf, née Mona Annig Sohier le 24 février 1931 à Plourivo (Côtes-du-Nord) ou Lannilis (Finistère), est une historienne et philosophe française. Elle est directrice de recherche émérite à l’École des hautes études en sciences sociales et spécialiste de l’éducation et de la Révolution française.

 

Biographie

 Famille et études

Elle est la fille de Yann Sohier et de Anne Le Den, deux instituteurs bretonnants et militants de la cause bretonne, qui l’élèvent en langue bretonne. Son père décède d’une broncho-pneumonie alors qu’elle n’est âgée que de quatre ans.

Cette disparition précoce laisse sa mère, Anne, dans un profond chagrin. Mona Sohier vit dès lors une enfance, dit-elle, « claustrale » et « recluse ». La jeune fille se réfugie alors dans les études. Elle effectue d’abord sa scolarité primaire à Plouha, puis entre en secondaire au collège Ernest-Renan à Saint-Brieuc, une époque où elle côtoie les époux Guilloux, tous deux professeurs, qui auront une forte influence intellectuelle sur elle. Elle obtient, durant sa scolarité à Ernest Renan, le premier prix de français au concours général de 1947 et raconte durant l’inauguration de l’amphithéâtre qui lui est éponyme au Campus Mazier à Saint-Brieuc comment le deuxième conflit mondial l’a obligé, elle et ses camarades de classe, à migrer dans le salon de sa professeur afin de poursuivre les cours du fait de la réquisition par l’opposant nazi des locaux briochins de son école.

Toujours de nature studieuse, elle continue sa formation en classe d’hypokhâgne à Rennes au lycée Chateaubriand et effectue une khâgne à Versailles, où sa mère et sa grand-mère la suivent. Elle ne tient que quelques jours dans cette classe de khâgne où elle pense ses camarades de promotion plus fortes qu’elle, ce qui l’amène à s’inscrire en licence de philosophie à la Sorbonne. Mona Sohier retourne finalement l’année suivante en khâgne et arrive alors la consécration pour la jeune bretonne débarquée à Paris puisqu’elle est admise à l’École normale supérieure de jeunes filles  : elle y sort agrégée de philosophie en 1955. La même année, Mona Sohier rencontre l’historien Jacques Ozouf, avec qui elle aura deux enfants : Anne et Pierre-Antoine.

 

Carrière universitaire

Par l’intermédiaire de son mari, elle fait la connaissance des historiens Denis Richet, Emmanuel Le Roy Ladurie et François Furet. De nombreux ouvrages sont nés de la collaboration avec ce dernier. Membre du Centre de recherches politiques Raymond-Aron à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle est, jusqu’a sa retraite en 1997, directrice de recherche au CNRS. Elle est chroniqueuse au Nouvel Observateur et participe à la revue Le Débat. Ses travaux portent pour l’essentiel sur les questions relatives à l’école publique et à la Révolution française. Elle s’intéresse particulièrement aux rapports qu’entretiennent pédagogie, idéologie et politique.

Engagements

Comme beaucoup d’étudiants de son époque, elle milite au Parti communiste français, qu’elle quitte après l’insurrection de Budapest de 1956.

En 2003, elle est l’une des signataires de la pétition « Avec Washington et Londres, pour le soutien du peuple irakien » qui soutient la coalition anglo-américaine dans son intervention contre Saddam Hussein et en 2005 une promotrice de la pétition « Liberté pour l’histoire ».

 

Composition française

Dans le premier chapitre de son ouvrage Composition française, elle critique ouvertement le livre de Françoise Morvan, Le Monde comme si, qu’elle décrit comme « un injuste et talentueux pamphlet » qui s’en prend aux choix politiques de son père, Yann Sohier, ainsi qu’au mouvement breton et à la langue bretonne. Elle dénonce également le jacobinisme qui réprime la diversité culturelle et prône un universalisme abstrait.

 Les Mots des femmes

Dans son ouvrage Les Mots des femmes : essai sur la singularité française, Mona Ozouf critique le féminisme égalitaire dit « à l’américaine », en opposant un commerce heureux entre les sexes à la judiciarisation excessive de leurs rapports telle qu’elle existe aux États-Unis. Selon elle, ce féminisme serait un apport étranger, en décalage avec la singularité des mœurs françaises issues du modèle aristocratique de la galanterie française.

Publications

L’École, l’Église et la République 1871–1914, Paris, Armand Colin, 1962 ; réédition Points Histoire, 2007

La Fête révolutionnaire 1789–1799, Paris, Gallimard, 1976 

L’École de la France : essai sur la Révolution, l’utopie et l’enseignement (École laïque), Paris, Gallimard, 1984, br., ill., 424 p.,

Dictionnaire critique de la Révolution française, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1988

Dictionnaire critique de la Révolution française Institutions et créations, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1993 

Dictionnaire critique de la Révolution française Événements, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1993 

Dictionnaire critique de la Révolution française Acteurs, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1993 

L’Homme régénéré : essai sur la Révolution française, Paris, Gallimard, 1989 

Mona Ozouf et Jacques Ozouf, La République des instituteurs, Paris, Gallimard, 1989 

La Gironde et les Girondins, Paris, Payot, 1991, 

Le Siècle de l’avènement républicain, en coll. avec François Furet, Paris, Gallimard, 1993

Les Mots des femmes : essai sur la singularité française, Paris, Fayard, 1995, 

Das Pantheon, Wagenbach, 1996

La Muse démocratique, Henry James ou les pouvoirs du roman, Paris, Calmann-Lévy, 1998.

Un itinéraire intellectuel, en coll. avec François Furet, Paris, Calmann-Lévy, 1999 

Les Aveux du roman. Le xixe siècle entre Ancien Régime et Révolution, Paris, Fayard, 2001 

Le Langage blessé : reparler après un accident cérébral, Paris, Albin Michel, 2001 

Une autre République : 1791 : L’occasion et le destin d’une initiative républicaine, en coll. avec Laurence Cornu, Paris, L’Harmattan, 2004.

Varennes. La mort de la royauté, 21 juin 1791, Paris, Gallimard, 2005 

Jules Ferry, Paris, Bayard-Centurion, 2005 

Varennes, la mort de la royauté, Paris, Gallimard, 2006

Composition française : retour sur une enfance bretonne, Paris, Gallimard, 2009 

La Cause des livres, Paris, Gallimard, 2011 

Jules Ferry : La liberté et la tradition, Paris, Gallimard, 2014 

De Révolution en République : les chemins de la France, Paris, Gallimard, 2015 

L’autre George : À la rencontre de George Eliot, Paris, Gallimard, 2018 

Pour rendre la vie plus légère : les livres, les femmes, les manières, Stock, 2020 

BIOGRAPHIES, CHARLES DE GAULLE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HOMME D ETAT, HOMME POLITIQUE, HOMME POLITIQUE FRANÇAIS, HOMMES POLITIQUES

Charles de Gaulle (1890-1970)

Charles de Gaulle

Homme d’État français (Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970).

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Homme de l’appel du 18 juin 1940, Charles de Gaulle fut, en 1958, le fondateur du régime de la Ve République, qu’il présida jusqu’en 1969. Audace, grandeur, patriotisme, obstination, indépendance, stabilité, tels sont les traits qui caractérisent le tempérament et le règne de ce soldat rebelle devenu un monarque républicain, qui demeurera, de l’avis de ses compagnons comme de ses adversaires, un géant de l’Histoire.

Formation

Appartenant au milieu de la bourgeoisie catholique lilloise, Charles de Gaulle fait ses études chez les jésuites, avant d’être reçu au concours d’entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, dont il sort 13e en 1912.

À l’école de la guerre

Blessé à trois reprises, porté disparu, il se relève bien vivant mais prisonnier de guerre en Allemagne. Après cinq tentatives d’évasion, il est délivré par l’armistice du 11 novembre 1918. Sur sa demande, il est affecté en Pologne pour aller combattre l’armée rouge (1919-1920).

Entre deux guerres

Après avoir épousé Yvonne Vendroux, fille d’un industriel de Calais qui lui donnera trois enfants, il poursuit sa carrière militaire en entrant à l’École supérieure de guerre (1922). Il est nommé vice-président du Conseil supérieur de la guerre dans le cabinet du maréchal Pétain (1925), avant d’être affecté au secrétariat général de la Défense nationale (1932-1937).

juin 1940

Général de brigade au cours de la campagne de France (mai), sous-secrétaire d’État à la défense nationale dans le gouvernement Reynaud (juin), il refuse l’armistice et lance, de Londres, le 18 juin, un appel à la résistance.

General Charles de Gaulle

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Le libérateur de la France

S’imposant, non sans difficultés, comme le chef de la France libre, il préside à Alger en 1943 le Comité français de libération nationale, devenu en juin 1944 Gouvernement provisoire de la République française, qui s’installe en France après la libération de Paris (août 1944).

La « traversée du désert » (1946-1958)

Décidé à rendre à la France son rang mais hostile aux « jeux des partis », il démissionne en janvier 1946, fonde et préside le Rassemblement du peuple français (1947-1953), se retire ensuite de la vie politique et se consacre à la rédaction de ses Mémoires de guerre (1954-1959).

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Le président de Gaulle (1959-1969)

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Rappelé au pouvoir à la faveur de la crise algérienne (mai 1958), il fait approuver une nouvelle Constitution, qui fonde la Ve République. Président de la République (1959), il met fin, non sans drames, à la guerre d’Algérie et renforce l’autorité présidentielle par l’élection du président de la République au suffrage universel (1962). Il mène une politique de réconciliation avec l’Allemagne (traité franco-allemand, 1963). Réélu en 1965, il développe une politique étrangère d’indépendance nationale. Un an après les événements de mai 1968, son projet de régionalisation et de réforme du Sénat étant repoussé par référendum, il démissionne (28 avril 1969).

Décès

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Isolé dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, aux côtés de sa femme, le général de Gaulle succombe d’une rupture d’anévrisme (9 novembre 1970). Selon sa volonté, il n’aura pas d’obsèques nationales, mais la messe solennelle célébrée à Notre-Dame de Paris réunira tous les grands du monde de l’époque.

  1. INTRODUCTION

Charles de Gaulle

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Naître dans une famille de la bourgeoisie patriote à la fin du xixe siècle, choisir la carrière des armes pour la « revanche », traverser malgré les blessures et la captivité la Première Guerre mondiale avant d’aller vingt ans durant d’une unité à un état-major pour se retrouver – à l’approche de la cinquantaine et, déjà, de la retraite – simple colonel. Puis, quatre ans plus tard, surgir en héros national, libérateur du territoire et restaurateur de la république, personnage historique de première grandeur, c’est un singulier destin.

Se retirer dans son village pour écrire ses Mémoires de guerre, fonder un régime à 68 ans, le diriger en maître pendant onze années, puis accepter l’échec et le désaveu.

Survivre à cinq générations de grands de ce monde, s’asseoir à la table de Churchill, de Staline, de Roosevelt, puis voir défiler Attlee, Truman, apparaître Adenauer, traiter avec Macmillan, Eisenhower, Khrouchtchev, avec Harold Wilson, J. F. Kennedy, Brejnev et encore avec Edward Heath, L. B Johnson ou Nixon, Kiesinger ou Brandt, c’est une extraordinaire carrière.

Pourtant, ce furent là le destin et la carrière de Charles de Gaulle. Dans la vie de ce personnage hors série, on pourrait distinguer trois actes ou plutôt trois incarnations successives : de l’enfance à la Seconde Guerre mondiale, l’officier ; du 18 juin 1940 à la retraite de 1953, le résistant et l’homme politique ; et, après l’entracte de la « traversée du désert », de 1958 à 1970, l’homme d’État.

  1. L’OFFICIER (1915-1940)
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De ses origines, de son milieu, Charles de Gaulle a su très vite prendre et laisser. Un patriotisme hautain, ardent, exclusif qui emprunte parfois des accents de passion nationaliste, l’espoir et la volonté de la « revanche », une sorte de prédestination manifestée dès l’enfance, une obstination tendue et une gravité naturelle, tel est son héritage. En revanche, l’étroitesse de vues, le conservatisme, le goût du profit et de l’argent, la xénophobie, voire le racisme, qui sont trop souvent des traits caractéristiques non certes de sa famille, mais de sa classe, lui seront étrangers.

2.1. UN OFFICIER D’UNE GRANDE INDÉPENDANCE D’ESPRIT

Charles de Gaulle n’est ni un écolier modèle ni un saint-cyrien particulièrement appliqué, mais déjà pourtant ses camarades le jugent exceptionnellement brillant, bien que raide. Sa rencontre en 1912 avec son premier chef, le colonel Philippe Pétain, les marque profondément et toute leur vie, par-delà la rupture de 1938 et finalement le drame qui les oppose.

La carrière militaire de Charles de Gaulle à travers la Première Guerre mondiale, qui restera toujours pour lui la « grande » guerre, se déroule sans éclat particulier. Trois blessures, trois citations, la captivité, cinq tentatives d’évasion, puis, la paix revenue, un avancement nullement exceptionnel, des affectations assez classiques allant d’un corps de troupes à un état-major avec toutefois un détour en 1919-1921 par la Pologne, deux crochets par l’armée du Rhin en 1924 et de 1927 à 1929, quelques missions au Proche-Orient (à Beyrouth) en 1929-1931. La protection de Pétain s’étend toujours, où qu’il se trouve, sur l’officier.

Surtout, de Gaulle se signale peu à peu à l’attention, de deux façons très inhabituelles. D’abord, il écrit : des rapports, des notes, des études qui, bien vite, deviennent des articles de revues, des livres de doctrine, de réflexion et même de morale où la stratégie et la politique sont étroitement mêlées, en particulier dans le Fil de l’épée (1932). Ensuite, il fréquente les milieux parlementaires, approche le pouvoir, s’y trouve un « patron » en la personne du député Paul Reynaud, et se fait le héraut d’une arme trop négligée – par l’armée française, non par l’adversaire –, celle des blindés.

2.2. LE CHOIX DE LA RÉSISTANCE

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, en 1939, le « Colonel Motor », comme on l’a surnommé, commande un régiment près de la frontière. Il se voit confier coup sur coup des responsabilités plus importantes et, dès que l’armée allemande commence à déferler sur les Pays-Bas, la Belgique, le Nord, le 10 mai 1940, il est placé à la tête de la 4e division cuirassée, qui se battra courageusement autour de Laon et d’Abbeville ; il est alors promu général de brigade à titre temporaire.

Cependant, la politique, qu’il a tant courtisée, l’appelle. Paul Reynaud, succédant à Édouard Daladier comme président du Conseil en mars 1940, nomme de Gaulle sous-secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Guerre (5 juin). Charles de Gaulle porte ce titre douze jours : à l’heure où le gouvernement Reynaud s’évanouit, où le régime se disloque devant Pétain et le général Maxime Weygand, où la défense s’effondre, l’officier de tradition choisit la rébellion, l’exil et la résistance. Le 17 juin 1940, il quitte quasi clandestinement Bordeaux, où le gouvernement s’est replié, pour Londres, pour l’action, pour son destin.

 

  1. LE RÉSISTANT ET L’HOMME POLITIQUE (1940-1953)

3.1. L’APPEL

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Le 18 juin, au micro de la BBC, c’est l’appel à poursuivre le combat. Après l’armistice du 22 juin signée entre Pétain et l’Allemagne, de Gaulle organise des forces armées qui deviendront les Forces françaises libres (FFL). Lorsque, le 14 juillet suivant, leur chef passe pour la première fois en revue sur le sol anglais ceux qu’on appelle les « Français libres », ils ne sont guère que trois cents. La métropole, écrasée, affolée, occupée, ignore à peu près tout de ce général inconnu qu’un conseil de guerre va condamner à mort par contumace, de son étrange entreprise, qui semble aux uns désespérée, aux autres suspecte. De toute façon, elle ne songe guère à résister.

3.2. CHEF DE LA FRANCE LIBRE

Ce que sera l’extraordinaire aventure de la France libre défie l’imagination et même le bon sens. Tout commence mal : au lieu des ralliements massifs qu’il escomptait, le chef de la « dissidence » ne voit pas arriver ses pairs, mais quelques officiers de réserve, des errants qui rêvent d’en découdre, des hommes de gauche, des pêcheurs de l’île de Sein, etc. Les marins et les soldats français encore présents en Grande-Bretagne après le rembarquement de Dunkerque préfèrent, sauf rares exceptions, être rapatriés ; aucun général, aucun leader politique n’a répondu aux pressants appels de Charles de Gaulle.

L’allié anglais, craignant que la flotte française puisse être utilisée par l’Allemagne, coule froidement des bâtiments à Mers el-Kébir (3 juillet 1940), et, même quand l’Afrique-Équatoriale française a rallié la France libre, le reste de l’« Empire » reste fidèle à Pétain : une expédition navale devant Dakar échoue piteusement ; bientôt, les forces de Vichy et celles de la France libre s’affrontent au Liban et en Syrie.

Il faut à de Gaulle sans cesse défendre l’indépendance, proclamer la représentativité de la France libre devant Winston Churchill, contre Franklin Roosevelt. Lorsque les Alliés débarquent enfin en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, ils s’entendent avec François Darlan, le second de Pétain, installent au pouvoir Henri Giraud et non de Gaulle.

3.3. L’ORGANISATEUR DE LA RÉSISTANCE

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Churchill, de Gaulle, Roosevelt et Giraud à Casablanca (janvier 1943)

En sept mois, Charles de Gaulle néanmoins manœuvre, gagne du terrain, élimine Giraud, fédère sous son autorité la Résistance intérieure. Il charge Jean Moulin d’organiser en France le Conseil national de la résistance (CNR), créé fin mai 1943, dans lequel sont représentées toutes les tendances des partis politiques, des syndicats et des mouvements de résistance, pour coordonner la lutte contre l’occupant et contre Vichy. Il énonce les principes qui seront le fondement de son pouvoir :
– changement des institutions, mais fidélité à la république ;
– condamnation de Vichy, mais liberté d’expression et d’action rendue aux tendances politiques ;
– évolution de l’Empire colonial français vers des formules plus libérales, mais défense et maintien de l’ensemble français outre-mer…

3.4. LE LIBÉRATEUR DE LA FRANCE OCCUPÉE

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Il reste au général de Gaulle, après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie – opération dont il a été, une fois de plus, tenu soigneusement à l’écart –, à conquérir la légitimité par l’acclamation populaire sur le sol de la patrie libérée. C’est vite et bien fait : deux millions de Parisiens rassemblés sur les Champs-Élysées le 26 août pour l’accueillir ne laissent plus aux Alliés d’autre choix que de reconnaître son Gouvernement provisoire de la République française (GRPF), formé le 3 juin 1944.

3.5. LE FONDATEUR D’UNE « FRANCE NOUVELLE » (1944-1946)

Le général restera dix-sept mois à la tête du pays, présidant à sa rentrée dans la guerre, tenant tête aux Alliés quand ils veulent évacuer Strasbourg reconquise, imposant la présence de la France à l’heure de la capitulation allemande.

Tandis que l’épuration déchaîne mille controverses, la reconstruction s’amorce ; le retour des prisonniers et des déportés va permettre de consulter le corps électoral, pour la première fois par référendum, sur les institutions ; une diplomatie audacieuse se développe avec le traité franco-soviétique de décembre 1944 et la normalisation des relations avec Londres et Washington ; les nationalisations, les lois sociales, le vote des femmes transforment les données du jeu intérieur.

Mais de Gaulle, tranchant, impavide, obstiné, se heurte à la classe politique et soudain rompt et s’éloigne, croyant, à tort, être bientôt rappelé par l’opinion : en désaccord avec l’Assemblée constituante élue en octobre 1945, il remet sa démission sur la question des crédits militaires au président de l’Assemblée nationale, le 20 janvier 1946.

LE DISCOURS DE BAYEUX (16 JUIN 1946)

Quelques mois après son départ du pouvoir, le général de Gaulle expose à Bayeux, le 16 juin 1946, à l’occasion du second anniversaire de la libération de la ville, un projet constitutionnel où il défend sa conception de l’État : un exécutif fort et une nette séparation des pouvoirs, posant ainsi la base de la Constitution de 1958. En attendant, et pour tenter d’empêcher la ratification de la Constitution de la IVe République, puis pour abattre ce « mauvais régime », le général déclenche son offensive contre les partis, qui seront désormais sa bête noire.

3.6. DU RASSEMBLEMENT DU PEUPLE FRANÇAIS…

Cette offensive prend d’abord la forme d’avertissements, de menaces, de récusations, puis, à l’adresse du pays, de mises en garde. Comme il n’est pas entendu, de Gaulle fonde le Rassemblement du peuple français (RPF), destiné à jeter bas, escompte-t-il, le « système ». Cet épisode de sa carrière d’homme politique – qu’il préférera plus tard oublier au point qu’on n’osera prononcer devant lui le sigle du mouvement – connaît dans un premier temps un succès certain à travers la conquête de nombreuses municipalités en 1947, de sièges sénatoriaux l’année suivante. Il échoue en 1951 aux législatives devant le barrage que la loi des apparentements dresse contre lui et qu’il refuse de tourner en utilisant pour ses candidats la procédure qu’il dénonce.

À partir de là, le RPF se survit en attendant de se diviser, ce qui se produit en 1952 à l’occasion de l’investiture d’Antoine Pinay. Un an plus tard, Charles de Gaulle tire la leçon des batailles perdues, abandonne le Rassemblement, se retire à Colombey, d’où il ne sortira que pour tonner de loin en loin contre certaines des initiatives du régime et pour visiter divers territoires d’outre-mer. Mais, s’il s’occupe en écrivant ses Mémoires de guerre, qui connaîtront un vif succès, il reste aux aguets tandis que la IVe République s’enlise peu à peu dans l’impuissance et l’incohérence.

3.7. … À LA TRAVERSÉE DU DÉSERT (1953-1958)

L’officier révolté de 1940, qui s’était volontairement coupé, par son acte d’insubordination soigneusement médité, de l’armée, du pouvoir légal et de sa classe sociale, avait pris à Londres figure de symbole. Le seul nom du général de Gaulle évoquait en effet la poursuite de la guerre, la présence de la France au combat, le patriotisme, le courage, la Résistance. Des hommes étaient morts en l’acclamant, d’autres se préparaient à le servir et rêvaient d’une France toute nouvelle qu’ébauchaient déjà l’indépendance farouchement défendue à l’égard des Alliés, une volonté de « grandeur » d’autant plus ombrageuse qu’elle ne reposait sur aucune réalité matérielle. Puissance de suggestion, habileté politique et orgueil national d’un homme qui s’identifiait à la France, qui incarnait la France et s’exprimait en son nom quand il n’était encore suivi que par une poignée de fidèles : tout concourait malgré les vicissitudes et les échecs à imposer ce personnage hors du commun qui parlait de lui-même à la troisième personne, en se nommant avec révérence « le général de Gaulle ».

Paris libéré, bientôt la guerre terminée, la France est d’abord subjuguée par la haute silhouette, par le langage sonore et impérieux, par l’allure souveraine du libérateur. De son côté, Charles de Gaulle développe un rare sens de la stratégie, non exempt toutefois d’erreurs d’appréciation. Il se passionne pour une diplomatie planétaire et ambitieuse, se perfectionne dans la tactique et dans l’art oratoire.

Cependant, la politique reprend ses droits, l’englue, l’exaspère. Alors, il se révolte, en appelle à la foule contre les notables défaillants, et, finalement, le personnage historique, le géant venu du fond de l’histoire de la France cesse d’unir pour diviser et perd la seconde manche. À ses yeux, aux yeux de beaucoup, la partie est terminée.

  1. L’HOMME D’ÉTAT (1958-1970)
  2. Affiche-originale-du-portrait-officiel-du-général-de-Gaulle-président-de-la-République-1

4.1. LA RECONQUÊTE DU POUVOIR

Le destin lui réserve pourtant une troisième chance, et il saura la saisir. Au début de mai 1958, la fragilité, l’impuissance, l’inadéquation de la IVe République, avec ses institutions précocement usées, engluée dans la guerre d’Algérie et qui gère le bien commun à raison d’un problème par semestre et d’un gouvernement par problème, éclatent à tous les regards. En moins d’un mois, l’armée et les Français d’Algérie étant entrés en rébellion, les leviers de commande échappent un à un au gouvernement ; le travail de sape des gaullistes soudain grossis de renforts inattendus ouvre la route, les politiciens se rallient ; appelé à la présidence du Conseil par le président de la République René Coty, Charles de Gaulle retrouve le pouvoir.

Investi par l’Assemblée, acclamé par l’opinion, salué comme le plus illustre des Français, entouré des caciques du régime défunt, il a même obtenu carte blanche pour préparer et présenter au pays une nouvelle Constitution et fonder une nouvelle République.

4.2. L’ARTISAN DE LA Ve RÉPUBLIQUE

Le général de Gaulle entame à la fois trois tâches urgentes, mais, s’il explore les voies de la normalisation en Algérie en offrant aux nationalistes algériens la « paix des braves », s’il avertit les alliés occidentaux par un mémorandum secret de sa volonté de voir réformer l’Alliance atlantique et admettre la France sans restriction parmi les « Grands », c’est à l’élaboration et à l’adoption des institutions nouvelles qu’il donne la priorité absolue.

Approuvée par 80 % des électeurs, la Constitution de 1958 produit aussitôt une Assemblée nationale où le régime, sinon les gaullistes eux-mêmes, détient une nette majorité. Élu président de la République le 21 décembre – moins de 6 mois après avoir été rappelé à la tête du gouvernement – Charles de Gaulle nomme Michel Debré Premier ministre et passe à l’action.

Cette action va s’ordonner autour de quatre idées clefs qui, selon les périodes, prendront tour à tour le pas dans les faits et dans l’esprit du général, avec des fortunes diverses. Ce sont :
– organiser, consolider et compléter le nouveau système institutionnel ;
– résoudre la question algérienne et parachever la décolonisation ;
– déployer une politique extérieure de grandeur et d’indépendance nationale ;
– enfin, procéder à un certain nombre de grandes réformes, sociale, administrative, régionale, etc.

Dans tous les aspects de cette entreprise, un souci constant : l’affirmation de l’autorité présidentielle ; un adversaire sans cesse dénoncé : les partis, la classe politique, dont la IVe République était l’expression ; un moyen essentiel : l’appel direct au peuple souverain par-delà les corps intermédiaires.

L’INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE ET DES ANCIENNES COLONIES

La guerre d’Algérie se prolonge cependant plus longtemps encore sous la Ve République qu’elle n’avait duré déjà sous le régime précédent. À doses homéopathiques, de Gaulle s’efforce de conduire l’opinion française de l’« autodétermination » à l’« Algérie algérienne », puis à la « République algérienne », enfin à l’idée de l’indépendance. En même temps, à travers trois référendums successifs et des pourparlers tantôt rompus, tantôt repris, il progresse de la négociation vers le cessez-le-feu et le repli sur la métropole. Il se heurtera, sur sa route, aux pieds-noirs révoltés de la « semaine des barricades », aux officiers insurgés du « putsch des généraux » (avril 1961), au terrorisme désespéré de l’Organisation armée secrète (OAS).

Il lui faudra quatre années en tout pour atteindre le but (accords d’Évian, 18 mars 1962). Chemin faisant, la Communauté franco-africaine, réunissant les anciens territoires d’outre-mer, est née, puis s’est défaite. En juillet 1962, l’Algérie et toutes les anciennes colonies (à l’exception des quatre « vieux » départements des Antilles, de Guyane et de La Réunion et de quelques territoires lointains tels que Djibouti ou la Polynésie) ont accédé à l’indépendance pleine et entière. Mais la France est en paix, pour la première fois depuis 25 ans.

L’ÉLECTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE AU SUFFRAGE UNIVERSEL

La mise en place des institutions nouvelles n’a pas été réalisée sans heurts. Les étapes mouvementées de la politique algérienne ont conduit à recourir à maintes reprises à des dispositions contraignantes, à la création de successives juridictions et procédures d’exception (Haut Tribunal militaire), à la suspension partielle des libertés publiques sous les protestations de l’opposition.

Voici que, la guerre terminée, Charles de Gaulle, pour fonder l’avenir – au-delà de sa personne menacée par les attentats activistes (attentat du Petit-Clamart par l’OAS, le 22 août 1962) – entreprend de transformer de nouveau le régime par l’institution de l’élection directe du président de la République au suffrage universel.

Cette considérable réforme fait l’objet d’une dure bataille référendaire à demi gagnée – à demi seulement puisque, pour la première fois, le général n’a pas entraîné la majorité des électeurs, mais seulement celle des votants. L’Assemblée qui avait renversé le premier gouvernement Pompidou mis en place au lendemain de la paix algérienne ayant été dissoute, les élections de novembre 1962 donnent toutefois aux partisans du régime la majorité absolue au Palais-Bourbon.

LE RÉFÉRENDUM DU 28 OCTOBRE 1962 : UN TOURNANT

C’est peut-être au référendum du 28 octobre 1962, peut-être même au début de cette année-là, que commence à apparaître la faille qui ira désormais en s’élargissant dans les relations entre le chef de l’État et le peuple français. Certes, s’il est mis en ballottage à l’élection présidentielle de 1965, première application du nouveau mode de scrutin, Charles de Gaulle n’en connaît pas moins le succès au second tour.

Si les élections législatives de mars 1967 sont médiocres, l’opposition n’ayant qu’un député de moins qu’une majorité dans laquelle les gaullistes ne font plus seuls la loi, la revanche viendra. Elle sera complète, triomphale même, en juin 1968, lorsque les électeurs répondront massivement à l’appel du général, qui a repris le contrôle de la situation au terme d’un mois de mai agité, voire dramatique. Il reste que Charles de Gaulle lui-même (selon André Malraux dans les Chênes qu’on abat) fera un jour remonter à 1962 l’origine du malentendu qui aboutira au « non » du référendum d’avril 1969 et à son départ immédiat, après presque onze ans de pouvoir.

4.3. « UNE CERTAINE IDÉE DE LA FRANCE »

Pendant ces années, Charles de Gaulle marque profondément de son empreinte la vie publique du pays.

POUR L’INDÉPENDANCE ET LA GRANDEUR DE LA FRANCE

Sa politique étrangère, faite de refus, de défis et d’affirmations répétées de la grandeur et de l’indépendance, est à la fois cohérente et nouvelle, même aux yeux de ceux qui ne l’approuvent pas. Elle consiste, dans ses lignes directrices, à réorienter et rééquilibrer les alliances du pays. De Gaulle entame ainsi avec l’Union soviétique la recherche de la détente, puis de l’entente, enfin de la coopération, tandis que – sans se séparer de ses alliés occidentaux – la France prend ses distances à leur égard. Elle se retire progressivement du commandement militaire intégré de l’OTAN, tout en poussant activement la mise sur pied de la « force de frappe » nucléaire nationale, et maintient fermée devant la Grande-Bretagne la porte de la Communauté économique européenne (CEE).

Cette Communauté traverse à maintes reprises des jours difficiles et elle se transforme, par la volonté du président français : tournant le dos à l’intégration, à l’institution progressive d’un pouvoir supranational, elle devient l’« Europe des États », dans laquelle chacun des six membres conserve sa pleine souveraineté. Le traité de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963 entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer a scellé la réconciliation franco-allemande.

Les crises, les menaces, les ruptures même et les combats d’avant-garde ou d’arrière-garde – contre la politique américaine au Viêt Nam (discours de Phnom-Penh du 1er septembre 1966), contre la politique israélienne au Proche-Orient, contre le système monétaire international, pour « le Québec libre » (juillet 1967) etc. – caractérisent cette diplomatie. À travers elle, de Gaulle exprime une volonté de puissance obstinément tendue à travers un jeu subtil, un dosage savant de conciliation et de chantage, mais ce qu’elle a de profondément légitime souffre de ce qu’elle peut avoir de démesuré.

UNE AUTORITÉ DE PLUS EN PLUS CONTESTÉE

En politique intérieure, sous l’égide du président de Gaulle, la gestion est moins cohérente et moins spectaculaire que sa diplomatie.

Fin 1958, une dévaluation, une révision complète des bases de la vie économique et bientôt les premiers effets du Marché commun européen avaient assuré un bon départ et permis de rétablir une situation compromise. Peu à peu, cependant, l’inflation sournoisement réapparue sape la réussite ; un plan de stabilisation, trop tardivement mis en œuvre, mal calculé et trop longtemps maintenu en application, vient casser l’expansion. Il faut alors, non sans peine, trouver un second souffle, tandis que les tensions sociales se font d’année en année plus vives jusqu’à la grève généralisée, spontanément apparue en mai 1968 à la suite de la révolte étudiante.

 « La réforme, oui, la chienlit, non »

Cette révolte et cette grève exprimaient sans doute une crise de civilisation. Elles n’en résultaient pas moins, pour une part, de l’absence de vraies réformes tant universitaires que sociales au cours des dix années précédentes. L’enseignement a bien fait l’objet de fréquentes réorganisations, transformations et retouches – trop fréquentes même à certains égards –, mais presque toujours trop tardives et insuffisantes. La doctrine sociale du régime, issue de l’« association capital-travail » du gaullisme, a bien reçu quelques timides débuts d’application, sans grand succès d’ailleurs. Mais la France est là en retard d’une révolution et même de plusieurs : dans l’enseignement, dans les rapports entre employeurs et salariés, dans l’organisation de son économie, de la distribution, etc.

4.4. HOMME D’APRÈS-DEMAIN ET D’AVANT-HIER

Visionnaire en politique étrangère, grand stratège sur l’échiquier international, pour beaucoup persuasif et même séduisant dans sa hauteur souveraine et bonhomme à la fois, audacieux et déterminé dans le jeu institutionnel, autoritaire mais non dictatorial dans sa façon de gouverner, dans ses rapports avec le peuple, de Gaulle était peut-être en avance sur son temps dans sa vision de l’avenir.

Mais il était en retard sur une époque qu’à la fin il ne comprenait plus très bien, dès lors qu’il s’agissait de canaliser les forces neuves et désordonnées parfois de la jeunesse, de devancer et d’organiser les transformations nécessaires, de dépasser la gestion pour entreprendre de grandes réformes. Lorsqu’il tenta de s’y attaquer enfin, après le choc de mai-juin 1968 – il était trop tard. Le pays le lui manifesta sans ambages en lui répondant « non » pour la première fois lors du référendum d’avril 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat.

Abandonnant sur-le-champ non seulement le pouvoir mais la politique pour reprendre sa place depuis longtemps inscrite dans l’Histoire, le grand homme se contenta pendant les dix-huit mois qui lui restaient à vivre de quelques gestes et de quelques abstentions symboliques, se gardant avec soin de se prononcer de quelque façon que ce soit sur le choix et sur l’action de ses successeurs.

Pour en savoir plus, voir les articles Charles de Gaulle écrivaingaullismeVe République.

Consulter aussi le site de la Fondation Charles de Gaulle http://www.charles-de-gaulle.org/.

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1870 : L"ANNEE TERRIBLE, ALLEMAGNE (histoire), EUROPE, FRANCE, GUERRE DE 1870, GUERRE FRANCO-PRUSSIENNE (1870-1871), HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, NAPOLEON III (Empereur des Français ; 1808-1873), OTTO VON BISMARCK (1815-1898)

1870 : l’année terrible

1870 : l’année terrible

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Quelles sont les causes de la guerre de 1870 ?

Déclenchée par la succession à la Couronne d’Espagne et la dépêche d’Ems, la guerre de 1870 oppose le deuxième Empire français, incarné par Napoléon III, au royaume de Prusse, représenté par le Chancelier Bismarck. Chacune des deux puissances tente de conforter sa position sur la scène européenne.

Les causes de la guerre de 1870 reposent sur un coup politique du chancelier Bismarck. C’est la question de la succession à la Couronne d’Espagne, en 1868, qui déclenche l’exaspération de l’Empereur Napoléon III envers la Prusse. En suggérant la candidature du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, cousin du roi Guillaume 1er de Prusse, à la tête du Royaume d’Espagne, le chancelier Otto Von Bismarck entend soumettre la France à une situation d’encerclement, et l’obliger ainsi à contenir tout réflexe d’agressivité à l’encontre des opérations prussiennes sur les territoires allemands. En effet, renforcé par sa victoire contre l’Autriche à Sadowa en 1866, Bismarck entreprend de fédérer les états de l’Allemagne du Nord autour de la Prusse.

 

La dépêche d’Ems provoque la déclaration de guerre de 1870

La France, qui fait attention à conserver son rôle d’arbitre en Europe, supporte mal la pression. Aussi, contraint par un gouvernement divisé et une opinion belliqueuse, Napoléon III exige le retrait de cette candidature. Néanmoins, alors que le roi de Prusse Guillaume 1er de Hohenzollern tente de répondre favorablement aux intérêts français, c’est finalement l’équivoque fomentée par Bismarck sur la transcription de cette fameuse dépêche d’Ems (renoncement de la candidature du Prince Léopold) le 12 juillet 1870, qui provoque la susceptibilité française : Napoléon déclare la guerre au royaume de Prusse le 19 juillet 1870.

En résumé

Succession d’Espagne : en 1868, la reine Isabelle d’Espagne est renversée. Le parti républicain n’ayant cependant pas réussi à s’imposer, la succession à la Couronne d’Espagne est ouverte. Bataille de Sadowa (juillet 1866) : à la victoire de Sadowa, la Prusse obtient 10 états de l’Allemagne du Nord, parmi lesquels Francfort-sur-le-Main, le Duché de Nassau, le Holstein, le Hanovre et la Hesse-Cassel.

1870-1871 La guerre franco-prussienne en bref

La guerre qui oppose la France au royaume de Prusse et à ses alliés allemands, bien que brève, aura des conséquences dramatiques pour les deux nations et l’ensemble de l’Europe.

De l’humiliation ressentie par les Français et de l’arrogance nouvelle de l’Allemagne vont surgir les deux grands conflits mondiaux du XXe siècle. La France et l’Allemagne, qui éprouvaient jusque-là de la sympathie et même de l’attirance l’une pour l’autre, vont désormais se percevoir de façon très exagérée comme des « ennemis héréditaires ».

Les dernières cartouches

Alphonse-Marie-Adolphe_de_Neuville_-_Les_dernières_cartouches_(1873)

Cette toile du peintre Alphonse de Neuville (1835-1885) est devenue la représentation la plus expressive de l’« année terrible » (1870-1871). Elle s’inscrit dans le récit national sur la longue liste de combats héroïques et désespérés (Alésia, Azincourt, Waterloo, Camerone…) par lesquels les Français et leurs ancêtres ont manifesté jusque dans le sacrifice suprême leur foi en la nation.

Les dernières cartouches montre la défense de l’Auberge Bourgerie à Bazeilles par le Division bleue, le 1er septembre 1870. Présentée au Salon de 1873, elle est aujourdhui déposée sur le lieu même du combat, dans la Maison de la Dernière Cartouche, à Bazeilles, près de Sedan (Ardennes).

Pendant 24 heures, les marsouins (fantassins) et les bigors (artilleurs), réunis au sein de la Division bleue, réussirent à faire battre en retraite des assaillants bavarois. Mais le 1er septembre 1870, l’armée prussienne revint en nombre. En infériorité numérique et en manque de munitions, les soldats français résistèrent tant bien que mal et les quarante derniers se retranchèrent avec le commandant Lambert dans une auberge en feu. La dernière munition fut tirée par le capitaine Aubert.

Manipulation diplomatique et politicienne

Le drame confronte deux personnalités contraires : le chancelier allemand Otto von Bismarck, géant qui s’est voué tout entier à la gloire de la Prusse, et l’empereur Napoléon III, autocrate pétri de bons sentiments et que révulse la vue d’un champ de bataille. Quand survient le drame, l’empereur est gravement affaibli par la maladie de la pierre. Il souffre le martyre et ne peut plus monter à cheval…

Bismarck, dès son arrivée aux affaires, a compris qu’il ne pourrait agrandir la Prusse qu’à la condition de neutraliser l’Autriche et la France. Il va avoir soin de les attaquer l’une après l’autre. L’Autriche lui laisse les mains libres après avoir été défaite à Sadowa en 1866. Il peut ainsi constituer une Confédération de l’Allemagne du Nord, avec 21 états sous la mainmise écrasante de la Prusse. Mais le chancelier aspire à achever l’unité allemande en rassemblant le nord et le sud dans une guerre contre la France.

Celle-ci a l’apparence d’une grande nation mais son armée est usée par les équipées coloniales et guère en état de soutenir une guerre moderne. Napoléon III lui-même en est conscient. Il entreprend avec son ministre Niel une grande réforme en 1868 mais il n’aura pas le temps de la mener à bien. 

Le 8 mai 1870, un référendum offre au régime impérial, dans sa nouvelle version libérale, un éclatant satisfecit populaire. Bismarck y voit un motif de précipiter les choses : il lui faut défaire la France avant qu’elle ne se soit trop renforcée. Il saisit le prétexte d’une « succession d’Espagne » pour amener la France à déclarer la guerre à la Prusse et convaincre les États d’Allemagne du sud de s’unir à celle-ci contre l’ennemi commun. Il y arrive par le caviardage de la dépêche d’Ems, qui déchaîne les passions.

Dans ce 1er acte qui va aboutir en six semaines à la défaite des armées impériales et à la capture de l’empereur à Sedan, on est frappé par la prépondérance de l’aléa humain. La maladie est cause de ce que l’empereur cède le 13 juillet au soir à son ministre belliciste et au clan des va-t’en-guerre (les « mamelucks ») alors que chacun croit la menace de guerre écartée et que Bismarck, déconfit, se dispose à démissionner ! Le chef du gouvernement Émile Ollivier prononce des paroles malheureuses : « De ce jour commence pour les ministres mes collègues et pour moi une grande responsabilité. Nous l’acceptons d’un coeur léger… d’un coeur confiant ».

L’empereur déclare donc la guerre le 19 juillet 1870. La France mobilise 265 000 hommes, sur un front de 250 kilomètres. De leur côté, la Prusse et ses alliés d’Allemagne du Sud en alignent immédiatement 600 000 grâce à une organisation bien rodée et à un réseau ferroviaire très dense.

Six semaines de guerre

Dès le 6 août, une armée française est battue à Forbach et perd la Lorraine. Le même jour, le maréchal de Mac-Mahon est battu à Froeschwiller-Woerth et perd l’Alsace en dépit de la charge héroïque des cuirassiers à Reichshoffen. Le maréchal Bazaine, nouveau commandant en chef, se laisse enfermer dans Metz.

L’empereur, affaibli par la maladie, rejoint le maréchal de Mac-Mahon au camp retranché de Châlons et tente de secourir Bazaine. Mais l’armée et Napoléon III lui-même doivent finalement rendre les armes à Sedan le 2 septembre 1870.

Deux jours plus tard, à Paris, à l’annonce de la nouvelle, les opposants proclament la IIIe République.

Le Gouvernement de la Défense Nationale, qui s’est saisi du pouvoir, tente de ranimer l’esprit de la Grande Révolution. Les républicains se mobilisent avec courage, tentant de sauver Paris et de repousser l’envahisseur. Leur folle entreprise suscite le ralliement de Garibaldi et même des « zouaves pontificaux » mais n’enthousiasme guère les masses rurales qui n’ont jamais montré d’intérêt pour cette guerre absurde.

Léon Gambetta organise à Tours une armée de la Loire en vue de mener une « guerre à outrance ». Mais ses efforts sont annihilés par la capitulation de Bazaine, plus soucieux de « défendre l’ordre social contre les mauvaises passions » que la patrie en danger.

De leur côté, affamés par un siège impitoyable de cinq mois, durant l’hiver 1870-1871, les Parisiens tentent dans un effort désespéré une « sortie torrentielle » à Buzenval, le 20 janvier 1871. C’est la fin d’une guerre qui aura pour l’essentiel duré six semaines, de la dépêche d’Ems à la capitulation de Sedan. Relativement meurtrière pour l’époque, elle aura causé environ cent mille morts dans chaque camp.

D’humiliation en humiliation

Le 18 janvier 1871, les envahisseurs proclament l’Empire d’Allemagne dans la Galerie des Glaces de Versailles. Dix jours plus tard, le 28 janvier, l’armistice est signé par Jules Favre pour quatre semaines, le temps d’élire une nouvelle assemblée. Bismarck tient en effet à ce que le futur traité de paix soit avalisé par un gouvernement légitime.

Dans un ultime acte d’héroïsme, le colonel Denfert-Rochereau, gouverneur de Belfort, rend les armes après 103 jours de siège sur un ordre exprès d’Adolphe Thiers.

Le 1er mars 1871, les vainqueurs défilent dans une capitale endeuillée et silencieuse. Saturés d’humiliation, abandonnés par le nouveau gouvernement, des Parisiens proclament une Commune insurrectionnelle. La répression, sous les yeux des assiégeants allemands, va causer environ 20 000 morts. Jules Favre et Adolphe Thiers concluent enfin avec Bismarck le traité de paix de Francfort.

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Ainsi prend fin une période qualifiée avec justesse par ceux qui l’ont vécue d’« année terrible ».

 

 

 NAPOLEON III (1808-1873)

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Neveu de Napoléon Ier. Président de la République de 1848 à 1852. Empereur français de 1852 à 1870, Napoléon III est né le 20 avril 1808. Il est mort le 9 janvier 1873. Son vrai nom était Charles Louis Napoléon Bonaparte.

Biographie courte de Napoléon III – Premier président de la République élu au suffrage universel, resté à la tête de la France pendant plus de vingt ans, Louis-Napoléon Bonaparte n’a pourtant pas réussi à s’imprimer durablement dans le cœur des français. De l’époque de son règne, les images qui restent sont avant tout celles transmises par la littérature. Or, outre le quolibet « Napoléon le petit » décerné par Victor Hugo, ces tableaux ne sont pas très flatteurs. Ainsi, tandis que Zola peint une France minée par l’affairisme et la misère ouvrière, Flaubert et Baudelaire ironisent sur la décadence bourgeoise. En somme, le règne de Napoléon III semble une énième variation d’un Ancien Régime sclérosé et autoritaire qui ne peut se résoudre à mourir. Pourtant, hostile aux conservateurs, admirateur des régimes libéraux et inspiré par le socialisme, Louis-Napoléon se rêvait en homme de la liberté.

L’héritage de l’Empereur

Charles Louis-Napoléon Bonaparte naît le 14 avril 1808 à Paris. Neveu de Napoléon Ier, il est le fils de Louis Bonaparte, ancien roi de Hollande, et d’Hortense de Beauharnais. Il passe l’essentiel de sa jeunesse en Suisse auprès d’une mère qui l’entretient dans le culte de l’Empereur et dans l’espoir de voir un jour la dynastie Bonaparte reprendre le pouvoir.

Dès 1830, il s’engage avec son frère en faveur de l’unification des royaumes italiens. Mais Napoléon Louis perd la vie l’année suivante dans les environs de Forli. Louis-Napoléon s’engage alors dans l’armée Suisse. Sorti officier d’artillerie de l’école militaire de Toul, il ne tarde pas à reprendre les armes contre l’Europe issue du Congrès de Vienne, mais cette fois dans son pays natal.

Faisant autorité chez les bonapartistes depuis la mort du duc de Reichstadt, Louis-Napoléon fomente un coup d’Etat dès 1836. L’objectif est de s’emparer d’une ville moyenne grâce à des soutiens dans l’armée française, puis de marcher sur Paris. Le jeune Bonaparte rêve de réitérer l’exploit des Cent jours. Le 30 octobre, il tente vainement de soulever la garnison de Strasbourg. A défaut d’une éclatante remonté vers la capitale, il se fait connaître auprès des gouvernants et du peuple. Il est condamné à l’exil et envoyé aux Etats-Unis.

Revenu en Angleterre, il tente à nouveau sa chance le 6 août 1840 en débarquant à Boulogne-sur-Mer. Ce nouvel échec lui vaut une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard. Entre temps, il a écrit De l’extinction du paupérisme dans lequel il expose une vision de la politique à la croisée du Bonapartisme et du Saint-Simonisme.

Le premier président élu au suffrage universel

Lorsque la Révolution de février 1848 éclate, Louis-Napoléon quitte Londres pour rejoindre Paris. Bien qu’élu pour participer à l’Assemblé constituante, il est prié de se retirer. Toutefois, il est élu aux législatives en septembre. Candidat aux présidentielles de décembre, il bénéficie de la peur « rouge » engendrée par les émeutes de juin et des dissensions au sein de la gauche pour se faire élire avec une large majorité. Il remporte en effet 74% des suffrages.

Prenant ses distances avec l’Assemblée très conservatrice élue en mai 1849 et de moins en moins appréciée, il tente de conquérir les classes ouvrières. Il prend notamment parti pour le suffrage universel que l’assemblée aboli dès 1851.

De la présidence au Second Empire

Fort de sa légitimité auprès des classes populaires, Louis-Napoléon dissout l’Assemblée le 2 décembre 1851, annonce le rétablissement du suffrage universel et un plébiscite. Ce coup d’Etat s’accompagne d’une violente répression de l’opposition : 27 000 personnes sont arrêtées tandis que de nombreux adversaires, comme Victor Hugo, choisissent l’exil. Le 27 décembre, le plébiscite entérine avec une large majorité la prise de pouvoir de Louis-Napoléon. Un an plus tard, le 2 décembre 1852, 48 ans jour pour jour après son oncle, Louis-Napoléon est sacré Empereur sous le nom de Napoléon III.

Il met alors en place un régime autoritaire et s’évertue à faire taire l’opposition : presse censurée, opposition muselée et droit de réunion inexistant. Il se marie en 1853 avec Eugénie de Montijo qui le conforte dans la voie du conservatisme. Parallèlement, il favorise investisseurs et notables, ce qui permet à la France de rattraper son retard économique et industriel, notamment sur l’Angleterre. Les chemins de fer en sont la parfaite illustration : en vingt ans, le réseau passe de 3 000 à 18 000 km.

A l’extérieur, Napoléon III cherche à redonner du poids à la France dans les relations Européennes. Dès 1854, pendant la guerre de Crimée, il trouve un allié de choix dans l’Angleterre, ancien ennemi de son oncle. Deux ans plus tard, le traité de Paris, qui règle le conflit, fait ressurgir la France au cœur des puissances internationales. En 1859, la campagne d’Italie contre l’Autriche-Hongrie permet à la France d’intégrer Nice et la Savoie.

Un Empire sur le déclin

Mais cette campagne est risquée pour Napoléon III. En 1858, l’Italien Orsini commet un attentat à la bombe contre le couple impérial. L’explosif manque sa cible mais cause la mort de huit personnes. L’Empereur décide alors de faire adopter une loi de sûreté générale, dite « loi des suspects » et qui provoque une nouvelle vague de répression de l’opposition.

Le pouvoir personnel de Napoléon III est à son apogée, et pourtant il devient hésitant. En Italie, il stationne ses troupes à Rome pour protéger les Etats pontificaux, empêchant finalement la réalisation de l’unité italienne. L’expédition au Mexique débutée en 1861 finit par un désastre en 1867, la France abandonnant Maximilien suite aux menaces des Etats-Unis.

Toutefois, à l’intérieur, tandis que la modernisation se poursuit, Napoléon III entrouvre la porte de l’Assemblée à l’opposition et assouplit la censure. Le régime semble sur la voie de la libéralisation.

La chute dans l’indifférence

En 1870, Napoléon III se heurte aux provocations du chancelier prussien Otto von Bismarck. Ce dernier, qui espère une guerre contre la France, a manipulé une dépêche du roi Guillaume Ier de Prusse pour la rendre insultante : c’est la fameuse dépêche d’Ems. Napoléon III y répond en déclarant la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. C’est une véritable déroute pour l’armée française. Le 2 septembre, Napoléon III doit capituler à Metz et est emprisonné. En France, le République est proclamée le 4 septembre et poursuit la guerre.

La défaite militaire entraîne donc la chute de l’Empire dans une indifférence presque absolue. Après sa libération, Napoléon III retourne vivre en Angleterre où il mourra le 9 janvier 1973 des suites d’une opération.

Partagé entre le romantisme napoléonien et une politique économique réaliste, Napoléon III a finalement permis à la France de gagner en stabilité et de se moderniser au prix de l’autoritarisme. Ainsi, il fut l’artisan d’un exceptionnel développement économique associé aux chemins de fer et aux noms d’Haussmann ou de Lesseps. Par ailleurs, après 80 années de révolutions et de troubles intérieurs, il permet à la France de gagner peu à peu en sérénité. Hormis l’épisode extrêmement violent de la Commune en 1871, les prochains troubles arriveront de l’extérieur en 1914 avec le début de la Première Guerre mondiale. Si la postérité, et notamment les intellectuels et les hommes politiques de la Troisième République, ont considérablement dégradé l’image de Napoléon III, celle-ci évolue désormais avec plus de neutralité.

NAPOLÉON III : DATES CLÉS

14 avril 1808 : Naissance à Paris

30 octobre 1836 : Tentative de coup d’Etat à Strasbourg

Louis-Napoléon tente de soulever la garnison de Strasbourg et échoue dès les premières heures. Il sera condamné à l’exil et partira pour les États-Unis.

6 août 1840 : Débarquement à Boulogne-sur-Mer

Nouvelle tentative de coup d’Etat et nouvel échec pour Napoléon III, cette fois à Boulogne-sur-Mer. Il sera condamné à une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard.

20 décembre 1848 : Louis-Napoléon Bonaparte prête serment

Elu le 11 décembre à la présidence de la République avec 74% des suffrages, Louis-Napoléon Bonaparte prête serment devant la tribune et jure « en présence de Dieu et du peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible et de remplir tous les devoirs que (lui) impose la Constitution. » Peu après son discours le prince-président s’établira dans sa nouvelle résidence du palais de l’Elysée. En décembre 1851 le neveu de Napoléon Ier organisera un Coup d’Etat qui lui permettra de se faire sacrer empereur sous le titre de Napoléon III en 1852.

2 décembre 1851 : Coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte

Au petit matin, le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte (élu en décembre 1848) organise un Coup d’Etat dans le but de restaurer l’empire. Les murs de Paris sont placardés d’affiches annonçant la dissolution de l’Assemblée et du Conseil. Les nouvelles dispositions prises par le prince-président, prévoient aussi de consulter le peuple par voie de référendum sur l’instauration d’une nouvelle Constitution. Le neveu de Napoléon Ier choisit d’agir le 2 décembre en souvenir du sacre de son oncle et de sa grandeur militaire le jour de la bataille. Tout comme son aïeul il deviendra empereur sous le nom de Napoléon III, le 2 décembre 1852

4 décembre 1851 : Répression de Louis-Napoléon Bonaparte

Deux jours après son Coup d’Etat, le président Louis-Napoléon Bonaparte organise une sanglante répression contre les insurgés (en majorité des ouvriers) s’opposant à sa prise de pouvoir. Les barricades qui se sont élevées depuis la veille sur les boulevarda parisiens sont prises d’assaut par l’armée. Les fusillades font environ 400 morts. En deux jours, la police du prince-président procède à plus de 25 000 arrestations. En province, 32 départements sont mis en état de siège, mais la résistance des paysans sera elle aussi écrasée dans le sang.

11 décembre 1851 : Victor Hugo s’exile en Belgique

Fervent opposant au Coup d’Etat de Napoléon III (2 décembre), Victor Hugo doit s’exiler en Belgique pour fuir la répression. Muni d’un faux passeport il prend le train de nuit pour Bruxelles. L’année suivant son exil se poursuivra sur l’île anglo-normande de Jersey puis en 1855 à Guernesey. Pendant plus de 15 ans, il écrira des satires contre celui qu’il appelle « Napoléon le petit ». Hugo ne reviendra en France qu’après l’abolition du Second Empire en 1870.

22 janvier 1852 : Création de la médaille militaire

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, crée une nouvelle décoration : la médaille militaire. Elle est accordée aux sous-officiers et hommes de troupe pour leur ancienneté de service. Ainsi qu’aux officiers généraux qui ont commandé en chef devant l’ennemi.

17 février 1852 : Louis-Napoléon censure la presse

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte établit un ensemble de mesures préventives et de sanctions visant à museler la presse. Par décret, il est interdit aux journaux de rendre compte des débats parlementaires et des procès autrement qu’en reproduisant les procès-verbaux officiels. La censure des images est rétablie. Les journaux ne respectant pas ce décret pourront être suspendus après un avertissement et définitivement supprimés s’ils récidivent. Entre mars 1852 et juin 1853, 91 avertissements seront délivrés par le ministre de la Police, Maupas.

21 novembre 1852 : Restauration de l’Empire

Le Sénat convoque les Français aux urnes en organisant un plébiscite sur le rétablissement de l’Empire. Le « oui » l’emporte très majoritairement, mais près de 2 millions d’électeurs se sont abstenus. Le Second Empire sera officiellement proclamé le 2 décembre. Louis-Napoléon Bonaparte deviendra le nouveau souverain des Français sous le nom de Napoléon III.

29 janvier 1853 : Napoléon III épouse Eugénie de Montijo

Eperdument amoureux depuis plusieurs mois, Napoléon III épouse la jeune espagnole Eugenia Maria de Montijo de Guzman, comtesse de Teba. Le mariage est célébré à Notre-Dame de Paris. Les festivités dureront deux jours. Le 16 mars 1856, l’impératrice Eugénie donnera naissance à son unique enfant, le prince impérial Napoléon-Louis.

22 juin 1854 : Le livret ouvrier généralisé

Craignant encore les agitations ouvrières, Napoléon III et l’Assemblée décident de renforcer les mesures de restrictions. Une loi est ainsi votée pour généraliser le livret ouvrier. Ce dernier a pour objectif de contrôler le travail et le déplacement des travailleurs, le maire ou le préfet étant maîtres de sa régularisation.

14 janvier 1858 : Attentat raté contre Napoléon III

L’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie échappent de peu à un attentat à la bombe perpétré par le révolutionnaire italien Felice Orsini. L’explosion cause la mort de 8 personnes et fait 150 blessés. Orsini, partisan de la réunification italienne, reprochait à l’empereur d’entraver l’unification de son pays. Il sera condamné à mort et guillotiné le 13 mars.

19 février 1858 : Proclamation de la « loi des suspects »

La loi de sûreté générale est adoptée par l’Assemblée à 227 voix contre 24. Napoléon III, qui a été victime d’un attentat le 14 janvier, entend grâce à cette loi interner ou expulser toute personne ayant déjà subi des condamnations politiques. A partir du 24, des « suspects » seront arrêtés dans toute la France. Présentés à des commissions départementales, une centaine d’entre eux sera déportée en Algérie.

3 mai 1859 : La campagne d’Italie

A la suite de l’alliance conclue entre la France et la Sardaigne pour la formation de l’unité italienne, les forces franco-sardes, d’une part, et les troupes autrichiennes, de l’autre, entrent en guerre. Napoléon III, redoutant une intervention de la Prusse et suivant les conseils de modération de la Russie, mettra fin à la campagne en signant avec l’empereur d’Autriche François-Joseph l’armistice de Villafranca (Italie) en juillet 1859. Nice et la Savoie seront rattachés à la France.

12 février 1866 : Ultimatum des Etats-Unis à Napoléon III

Au nom de la doctrine Monroe (l’Amérique aux Américains), Washington somme l’empereur français de retirer ses troupes du Mexique. Napoléon III refuse et demande à Maximilien, empereur du Mexique depuis 1863, de constituer une armée nationale. L’expédition française au Mexique a commencé en 1862 quand l’empereur, sur les conseils du duc de Morny, décide de créer un empire catholique pour contrebalancer le pouvoir des jeunes Etats-Unis protestants. Il a placé à la tête du Mexique le frère de l’empereur d’Autriche, Maximilien. Mais face à la pression américaine et aux guérillas mexicaines, Napoléon III rappellera ses troupes en mars 1867, laissant Maximilien seul face aux insurgés mexicains.

23 octobre 1867 : Garibaldi envahit le Vatican

Giuseppe Garibaldi tente de s’emparer de l’état pontifical protégé par Napoléon III depuis le décret du 15 septembre 1864 signé avec le roi Victor-Emannuel II. Les troupes françaises interviennent et le Pape Pie IX obtient la protection de la France pour encore trois ans. Garibaldi échoue dans sa tentative de rallier le Vatican à l’unité italienne. Il sera définitivement battu à Montana le 3 novembre par les troupes du général de Failly et renoncera aux états pontificaux.

3 novembre 1867 : La bataille de Mentana

Les volontaires garibaldiens tentent de pénétrer à Rome et d’en chasser le pape Pie IX. Ils veulent remettre la ville au roi d’Italie Victor-Emmanuel II pour achever l’unité politique de la péninsule. Mais ils sont écrasés à Mentana (près de Rome) par les soldats pontificaux qui bénéficient du soutien d’un contingent français envoyés par Napoléon III. Le roi d’Italie attendra la défaite de la France face à la Prusse pour se saisir enfin de la ville de Rome et en faire sa capitale.

13 juillet 1870 : Fâcheuse dépêche d’Ems

A la suite de sa rencontre avec l’ambassadeur de France Benedetti au sujet de la succession au trône d’Espagne, le roi de Prusse Guillaume Ier rend compte de son rendez-vous au Ministre-président Otto Von Bismarck. Il lui adresse depuis Bad Ems un télégramme lui annonçant qu’il ne soutient plus la candidature de son cousin, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d’Espagne. Dès réception du message, Bismarck qui estime que le roi a agi par faiblesse, déforme la dépêche royale en lui donnant un tour belliciste. Il y est écrit que « le roi a refusé de voir l’ambassadeur de France » et qu’il lui a « fait dire qu’il n’avait plus rien à lui communiquer ». La France insultée par la dépêche d’Ems déclarera la guerre à la Prusse le 19.

19 juillet 1870 : La guerre de 1870 éclate

Napoléon III déclare précipitamment la guerre à la Prusse à la suite à la dépêche d’Ems. Bismark, qui a besoin d’une guerre pour renforcer l’unité Prussienne et aboutir au IIème Reich, avait déformé les propos de cette dernière pour provoquer Napoléon III. Ce-dernier, loin d’avoir la clairvoyance de son oncle, réagit vivement alors que son armée n’est pas prête. L’alliance germano-prussienne mobilise 800 000 hommes contre seulement 250 000 pour la France. La guerre de 1870 sera expéditive. En un mois et demi, les armées prussiennes captureront Napoléon III à Sedan et marcheront sur Paris.

2 septembre 1870 : Napoléon III vaincu à Sedan

L’armée des princes de Prusse et de Saxe encercle Sedan sur laquelle une partie de l’armée française s’était repliée après avoir tenté d’aller soutenir Bazaine à Metz. Coupée en deux et inférieure en nombre, l’armée ne peut rien contre les Prussiens. Napoléon III, présent dans la ville, capitule et est fait prisonnier. A Paris, l’Assemblée législative proclamera alors la fin de l’Empire et le début de la IIIème République. L’empereur s’exilera en Angleterre où il mourra trois ans plus tard.

9 janvier 1873 : Mort de Napoléon III

L’ex-empereur des Français meurt dans sa résidence de Camdem Place, dans le comté de Kent en Angleterre, où il vivait en exil depuis le désastre de 1870. Atteint de la maladie de la pierre, l’ex-Napoléon III était fortement handicapé. Deux interventions chirurgicales survenues le 2 et le 7 janvier avaient considérablement affecté son état général. Le neveu de Napoléon Ier et dernier souverain de France s’éteint quelques minutes avant que son chirurgien, le Docteur Thompson, ne tente une dernière opération. Il est 10h45.

 

Otto von Bismarck (1815-1898)

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OTTO VON BISMARCK – Homme politique allemand, Otto von Bismarck est né le 1 avril 1815 à Schönhausen (Allemagne). Il est mort le 30 juillet 1898 à Friedrichsruh (Allemagne). Il est à l’origine de l’unité allemande.

 Biographie courte de Otto von Bismarck – Otto Von Bismarck débute sa carrière politique comme élu de l’extrême droite au Landtag en 1847. Il met en œuvre une politique conservatrice et monarchiste en tant que parlementaire prussien (1851), ambassadeur en Russie (1859-1862) et en France (1862) puis Premier ministre et ministre des affaires étrangères sous Guillaume Ier (1862). Cette dernière fonction lui permet de chercher à constituer des alliances avec la France, la Russie et l’Angleterre.

Le projet de Bismarck est d’unifier l’Allemagne sous la gouvernance de la Prusse, et pour cela, la guerre contre l’Autriche, grande puissance voisine, lui paraît inéluctable. Il la déclenche en 1866, et sa victoire lui permet d’annexer une partie de l’Autriche et de former la Confédération d’Allemagne du Nord, dirigée par la Prusse. Bismarck déclenche ensuite une guerre contre la France en 1870. Cette guerre et la victoire prussienne qui la conclue rallient les Etats du Sud à ceux du Nord.

Le 18 janvier 1871, l’Empire allemand est ainsi proclamé. Bismarck est Chancelier du second Reich et Président du Conseil de Prusse, ce qui lui donne un pouvoir immense. Il met en place un système de protection sociale mais réprime cependant le mouvement socialiste. Il crée la triple Alliance en 1884 et se lance dans une politique coloniale qui, le plaçant en désaccord avec le nouvel empereur Guillaume II, précipitera sa chute politique en 1890.

  

OTTO VON BISMARCK : DATES CLÉS

 13 juillet 1870 : Fâcheuse dépêche d’Ems

A la suite de sa rencontre avec l’ambassadeur de France Benedetti au sujet de la succession au trône d’Espagne, le roi de Prusse Guillaume Ier rend compte de son rendez-vous au Ministre-président Otto Von Bismarck. Il lui adresse depuis Bad Ems un télégramme lui annonçant qu’il ne soutient plus la candidature de son cousin, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d’Espagne. Dès réception du message, Bismarck qui estime que le roi a agi par faiblesse, déforme la dépêche royale en lui donnant un tour belliciste. Il y est écrit que « le roi a refusé de voir l’ambassadeur de France » et qu’il lui a « fait dire qu’il n’avait plus rien à lui communiquer ». La France insultée par la dépêche d’Ems déclarera la guerre à la Prusse le 19.

 

10 mai 1871 : Signature du traité de Francfort

Le gouvernement provisoire de la France accepte le paiement d’une indemnité de 5 milliards de francs-or, la présence d’une armée d’occupation jusqu’au paiement de cette somme et surtout, la cession de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. Cette victoire renforcera le chancelier Otto von Bismarck et lui permettra d’unifier les Etats allemands autour de la Prusse.

 

24 avril 1884 : Naissance de l’empire colonial allemand

Le chancelier allemand Otto von Bismarck proclame la souveraineté de l’Empire allemand sur le Lüderitz-land ou Sud-Ouest africain (l’actuelle Namibie). C’est le début de L’empire colonial allemand qui comprendra en plus du Sud-Ouest africain : le Tanganyika, le Rwanda-Burundi, le Cameroun, le Togo, et une partie de la Nouvelle-Guinée. Il sera partagé entre les vainqueurs de la Première Guerre mondiale en 1919.

 

26 février 1885 : L’Europe se partage le continent africain

Convoquée le 15 novembre 1884 à l’instigation du chancelier de Prusse Otto Von Bismarck, la conférence de Berlin s’achève. Les 14 pays européens présents et les Etats-Unis mettent un terme aux conflits coloniaux qui enveniment le continent africain en se le partageant. Le roi des Belges, Léopold II, obtient le Congo à titre personnel. La Grande-Bretagne renonce à ses prétentions sur ce territoire et assoit son hégémonie sur un axe allant du Cap jusqu’au Caire. La France se voit attribuer toutes les terres au sud du Sahara et l’Allemagne, l’Afrique de l’Ouest. La conférence de Berlin décide aussi de la libre circulation des navires marchands sur les fleuves Congo et Niger.

FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PLONGER DANS L'HISTOIRE : UN CHOIX DE DIX OUVRAGES

Plonger dans l’histoire : un choix de dix ouvrages

Lecture et confinement :

header-Histoire-de-Francedix livres pour plonger dans l’histoire

 

1

LA GUERRE DES GAULES

La Guerre des Gaules

Jules César

Paris, Flammarion, 1993. 284 pages

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Quatrième de couverture

Les Commentaires de la Guerre des Gaules ont été rédigés alors que César venait de vaincre Vercingétorix et voulait faire connaître à l’opinion romaine, avant sa candidature à un second consulat, les épisodes de sa belle conquête. Ses adversaires répandaient alors mille bruits sur son compte. La rédaction de La Guerre des Gaules fut donc, avant tout, l’acte d’un chef vainqueur qui rétablit les faits et coupe court aux intrigues et calomnies de ses ennemis politiques. Pourtant, il n’y a dans La Guerre des Gaules ni omission capitale, ni mensonge, nulle rhétorique, rien que des faits. C’est un général qui écrit, selon le mot de Quintilien, «avec le même esprit qu’il fait la guerre».

En histoire ancienne on peut revenir aux sources de la France, et d’ouvrir La Guerre des Gaules, de César. Loin du souvenir rébarbatif des versions latines, prendre le livre à la première page c’est  suivre  le conquérant romain sur les antiques chemins de ce qui n’était pas encore la France. C’est aussi suivre le récit rapidement des marches et des contre-marches, des batailles, des ralliements et des trahisons, des folles espérances, des victoires et des défaites. La Guerre des Gaules fait aussi parti de la geste nationale à travers Vercingétorix. On peut prendre l’édition des Belles Lettres, en deux volumes, car la traduction y est très vivante et accompagnée d’utiles notes de bas de page donnant des détails historiques et géographiques qui augmentent encore la saveur du texte.

 

 

2

JEANNE D’ARC

Jeanne d’Arc

Régine Pernoud, Marie-Véronique Clin

Paris, Fayard, 1986. 447 pages

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En histoire médiévale, parce que cette année est celle du centenaire de sa canonisation, il faut absolument lire la biographie de Jeanne d’Arc publiée par Régine Pernoud et Marie-Véronique Clin aux éditions Fayard, rééditée en format poche en 2011. Outre une histoire suivie et admirablement écrite de la vie de notre héroïne nationale, l’ouvrage est agrémenté de très nombreuses biographies sur tous les compagnons de cette épopée. En refermant le livre, on ne connaîtra  pas seulement mieux cette grande sainte que tout le monde cite en ignorant la réalité de son existence, mais on aura aussi une vision d’ensemble sur la France de ce début de XVe siècle.

Présentation de l’éditeur

Personnage le plus célèbre de l’histoire de France, Jeanne d’Arc n’a cessé de fasciner. Biographie méticuleuse de celle qui fit irruption dans l’histoire en changeant le cours de la guerre de Cent Ans, fit couronner le roi et fut condamnée au bûcher après un procès inique en 1431. Ce livre raconte l’itinéraire extraordinaire de la jeune bergère de Domrémy. Il resitue Jeanne dans son contexte et brosse les portraits des principaux protagonistes de son histoire. Les auteurs livrent tous les éléments connus qui éclairent le mythe et les controverses qu’elle suscita, dont sa canonisation tardive et les polémiques contemporaines portent encore la trace. Paru en première édition chez Fayard en 1986.

 

Critique

Cette guerre dura cent ans. Elle faillit faire de la France une terre anglaise. En 1429, alors que les Anglais sont aux portes d’Orléans, une voix venue des cieux se fait entendre, non au roi de France mais à une petite paysanne de Domrémy, Jeanne. Une mission lui incombe : sauver la France. Cette pieuse jeune fille met désormais sa vie au service de son roi et de son pays. Elle prend la tête de l’armée et sauve Orléans ; elle permet au roi d’être sacré et d’affermir ainsi son pouvoir. Trahie, livrée aux Anglais, jugée par les tribunaux ecclésiastiques pour sorcellerie, elle est brûlée vive à Rouen. Celle qui réussit à redonner du courage à tout un peuple entrait dans la légende nationale.

Dans un ouvrage didactique, enrichi de nombreuses illustrations et de biographies annexes, les auteurs nous font redécouvrir de manière très vivante l’histoire exceptionnelle de cette jeune femme devenue l’héroïne la plus populaire de France. –Gaëtane Guillo

3

LES CROISADES ET LES NORMANDS

Histoire des Croisades

Jean Richard

Paris, Fayard, 1996. 550 pages

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En histoire médiévale toujours si on remonte encore le temps on peut apprécier la lecture de deux ouvrages qui se complètent parfaitement, L’Histoire des croisades, de Jean Richard, publiée chez Fayard en 1996, rééditée en poche en 2012, et celle des Empires normands d’Orient, de Pierre Aubé, publiée chez Perrin, dans la collection Tempus pour l’édition de 2006. Du IXe au XIVe siècle, entre Occident et Orient, toute l’histoire de la chrétienté se dévoilera, dans sa limpidité, avec ses gloires et ses limites, loin du livre noir et du livre d’or. Il faut lire ces ouvrages passionnants pour parler, ensuite, avec intelligence, des croisades et de ce Moyen Âge méconnu.

Il y a tout juste neuf siècles, le pape Urbain II lançait l’appel à la croisade qui allait jeter sur les routes de l’Orient des dizaines de milliers d’hommes venus de toute l’Europe. Le prix de cette première expédition fut lourd à payer pour la chrétienté, mais l’expansion turque était arrêtée, Constantinople dégagée, et le Saint-Sépulcre échappait aux Infidèles. Dès lors, les croisades eurent un autre objectif: la défense de ces Etats latins, chargés de souvenirs bibliques, où affluaient les pèlerins d’Occident.

Les premières défaites des chrétiens n’ébranlèrent pas le zèle pour la Terre sainte. Vague après vague, les pèlerins, attirés par les privilèges spirituels attachés à la délivrance des Lieux saints, continuaient à répondre aux appels des papes. Le mouvement s’intensifia quand Jérusalem tomba aux mains de Saladin, en 1187. La chrétienté réagit alors avec vigueur. Une des croisades toutefois dévia de sa route, et les croisés,  » mettant Dieu en oubli « , pillèrent Constantinople. Bientôt Innocent annonçait une nouvelle croisade; elle devait ouvrir la voie à la diplomatie et permettre à Frédéric II de se faire couronner à Jérusalem roi d’un royaume qui fut peu à peu reconstitué. Mais les répercussions de la conquête de l’Iran par les Mongols et un renversement d’alliances firent reperdre la Ville sainte.

C’est à ce moment que Saint Louis décidait de se croiser. Malgré l’échec de sa campagne d’Egypte, des établissements francs se maintenaient. Cette fois, les Mongols eux-mêmes arrivaient. Une autre forme de croisade s’esquissa, qui ne put empêcher les dernières places franques de tomber. Désormais, le but de la croisade serait d’assurer la défense du monde chrétien face à l’expansion des Turcs.

Epopée exaltant la foi et l’héroïsme pour les uns, temps de ténèbres pour les autres, les croisades ont bien été l’un des épisodes majeurs de l’histoire du monde. Au-delà de toute polémique, Jean Richard nous livre un récit magistral de cette aventure qui, deux siècles durant, mit en contact les Occidentaux avec l’Orient et leur ouvrit la connaissance des autres.

Jean Richard, membre de l’Institut, est l’un des meilleurs connaisseurs de l’Orient latin sur lequel il a publié de nombreux travaux. Il est aussi l’auteur d’une biographie de Saint Louis.

 

Les empires normands d’Orient 

Pierre Aubé

Paris, Tempus Perrin, 2006. 352 pages.

 

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La fabuleuse aventure de ces Nordmen francisés partis conquérir les rives de la Méditerranée.

L’action se passe aux XIe, XIIe, XIIIe siècles. La foi, la soif de richesse, l’appétit du pouvoir, le courage, l’azur du ciel sont les passions qui animent les héros de cette fabuleuse aventure. Ces Nordmen francisés, seigneurs du Cotentin partis conquérir les rives de la Méditerranée, sont devenus prince d’Antioche, rois de Naples et de Sicile. Frédéric de Hohenstaufen fut un de leurs prestigieux héritiers.

Médiéviste, Pierre Aubé a déjà écrit plusieurs ouvrages remarqués, dont Baudouin IV de Jérusalem (1980), Godefroi de Bouillon (1983) et Thomas Becket (1988), traduits en plusieurs langues. Sa monumentale biographie Saint Bernard de Clairvaux a reçu le Grand Prix de la biographie historique de l’Académie française.

4

LES GUERRES DE RELIGION

Les Valois : De François Ier à Henri III, 1515-1589

Georges Bordonove

Paris, Pygmalion, 2010. 1005 pages.

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Franchissons les siècles, et nous voici en pleines guerres de religion. Il est délicat, ici, de conseiller un ouvrage grand public, fruit de la réflexion d’un universitaire. Le sujet est complexe et encore soumis aux passions. Alors, on peut aisément se plonger dans l’ouvrage rédité en 2020 : en un seul volume, des biographies des Valois de François Ier à Henri III, par Georges Bordonove. La plume est alerte, comme toujours chez Bordonove, et une certaine objectivité est respectée par l’auteur dans ce thème difficile. Par la vie et l’œuvre de nos rois, vous traverserez, avec un certain panache, les épisodes sombres des guerres de religion.

Quatrième de couverture

La dynastie des Valois-Angoulême nous plonge au cœur d’une période éblouissante, celle de la Renaissance que symbolisent aujourd’hui les merveilleux châteaux de la Loire. De la bataille de Marignan, qui consacre le Roi-Chevalier, à l’avènement de Henri IV, c’est tout un siècle à la fois glorieux et tragique qui défile à travers cinq règnes : ceux de François Ier, Henri II et ses trois fils, François II, Charles IX et Henri III, sans oublier l’omniprésente reine Catherine de Médicis. Car les crimes politiques abondent, la lutte entre catholiques et protestants fait rage au point de mettre en péril l’unité du pays. Mais, au-delà de ces conflits dont les traces ont subsisté pendant des siècles, ces souverains, mécènes et protecteurs des arts sous toutes leurs formes, parviennent à jeter les bases d’une puissante monarchie absolue qui hissera bientôt la France à la tête de l’Europe des Lumières. Cinq rois, cinq personnalités contrastées et investies de leur haute mission sacrée.

Biographie de l’auteur

Lauréat de l’Académie française et de la Bourse Goncourt du récit historique, grand prix des libraires, officier de la Légion d’honneur, George Bordonove conte la superbe épopée des rois qui ont fait la France. Refusant les facilités d’une vulgarisation simpliste de l’Histoire, il la clarifie afin d’en mieux traduire les palpitations vraies et les étonnantes analogies avec notre époque.

 

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LE GRAND SIÈCLE DES SAINTS

Pour le Grand Siècle, fort heureusement, nous avons sous la main un auteur hors du commun, avec François Bluche, dont le Louis XIV, publié chez Fayard, demeure l’incontournable pour connaître le XVIIe siècle et le règne du Grand roi. Pour une vision plus large de ce XVIIe qu’on appela « Le siècle des saints », il faut absolument lire Le Grand règne, recueil regroupant quatre ouvrages de François Bluche ; La vie quotidienne au temps de Louis XIV, Louis XIV, Louis XIV vous parle, Le « mécénat » de Louis XIV. Publiée en 2006, cette somme se lit avec plaisir, tant son érudition est servie par une plume agréable et dépouillée des lourdeurs d’un appareil de notes rejeté en fin d’ouvrage.

Louis XIV – François Bluche

François Bluche

Paris, Fayard/Pluriel, 2012. 1056 pages.

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François Bluche, historien spécialiste de l’Ancien Régime et professeur émérite à l’université de Paris, a aussi publié dans la collection « Pluriel » Le despotisme éclairé et Les Français au temps de Louis XVI.

Dans l’imaginaire collectif, le personnage de Louis XIV est synonyme de guerres, d’intolérance religieuse, de disettes, de frivolité ou à l’inverse d’austérité, selon la partie du règne à laquelle on s’intéresse. François Bluche a souhaité rompre avec cette historiographie et renouveler la démarche du biographe en l’ouvrant davantage sur l’entourage et le contexte politique, économique et culturel. Il accorde ainsi une large place à l’éducation du jeune souverain et à un événement tel que la Fronde qui conditionna ensuite toute la stratégie politique du monarque. Car Louis XIV ne fut pas qu’un guerrier, il fut également un grand réformateur.

 

Le Grand Règne: La vie quotidienne au temps de Louis XIV – Louis XIV – Louis XIV vous parle – Le  »mécénat » de …

François Bluche

Paris, Fayard, 2006. 1280 pages.

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Depuis la publication, en 1986, de la désormais classique biographie du Roi-Soleil par François Bluche, le jugement de Voltaire, pour qui le temps de Louis XIV (1643-1715) fut « le siècle le plus éclairé qui fut jamais », est très largement partagé. Ce livre fameux est ici complété par La Trie quotidienne au temps de Louis XII ; qui évoque avec vivacité les travaux et les jours de tout un peuple, et par Louis XIV vous parle, qui reproduit, met en scène et analyse les propos et écrits du Roi tels que nous les ont transmis les textes les plus variés. La somme de ces trois ouvrages de référence dessine de Louis XIV, de son règne et de son royaume une fresque grandiose.

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SUR LES ORIGINES DE LA RÉVOLUTION

Faisons encore un petit bond et abordons la Révolution française. Sur elle, tout a été écrit ou presque. Mais on peut aborder cette période sous un aspect peu abordé de la Révolution, celui de ses origines religieuses et celui du jansénisme. Pour cela, l’ouvrage  de Catherine Maire, publié chez Gallimard en 1998, De la cause de Dieu à la cause de la Nation, le jansénisme au XVIIIe siècle est à conseiller. À la suite de cette grande historienne, vous plongerez dans un autre XVIIIe siècle ; non pas celui des philosophes, mais celui d’une chrétienté en mutation, déchirée, où se mêle le religieux et le politique, et de laquelle sortira la Révolution de 1789.
De la cause de Dieu à la cause de la Nation: Le jansénisme au XVIIIᵉ siècle

Catherine Maire

Paris, Gallimard, 1998. 710 pages.

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Quatrième de couverture

Connaissez-vous l’abbé d’Etemare ? Connaissez-vous l’avocat Le Paige ? Probablement pas. Pourtant, ces deux inconnus de l’histoire ont sûrement été parmi les plus importants acteurs du XVIIIᵉ siècle français. Ils ont été, l’expression mérite pour une fois d’être employée, les «chefs d’orchestre clandestins» de l’agitation janséniste qui, de la résistance contre la bulle Unigenitus en 1713 à l’expulsion des Jésuites en 1764, en passant par les convulsions de Saint-Médard, n’a cessé d’occuper le devant de la scène publique. Ce livre s’emploie à tirer leurs œuvres et leurs entreprises de l’ombre. Il fallait, pour percer à jour l’énigme de ce mouvement qui a déconcerté des générations d’historiens et pour saisir la cohérence de ses différents visages, commencer par dégager son originalité en regard de ses illustres ancêtres du Grand Siècle. Elle repose sur deux piliers : une théologie de l’histoire, le «figurisme», à base de correspondances entre l’Écriture sainte et la suite des temps, et une doctrine de la résistance dans l’Église, le «Témoignage de la vérité», à base d’appel au jugement des fidèles. On comprend, à partir de là, la dynamique du phénomène dans ses trois grands moments. On comprend comment la protestation d’un petit groupe de clercs contre la condamnation pontificale d’un livre suspect, à l’instigation de Louis XIV, a pu déboucher sur l’organisation d’une formidable machine de propagande clandestine, la première du genre, sans doute, et la première, en France, à faire intervenir l’«opinion publique». On comprend la teneur de l’étrange flambée convulsionnaire, nourrie d’un enseignement figuriste qui échappe à ses promoteurs. On comprend enfin la curieuse stratégie des parlements dans leur opposition à Louis XV, transposition dans l’État de la démarche de résistance préalablement élaborée et testée dans l’Église. C’est tout un pan du siècle des Lumières qui s’éclaire de la sorte, grâce à l’exhumation des réseaux et des menées de ces théologiens-hommes d’action, acharnés à se cacher. Mais plus largement, ce sont les voies par lesquelles a cheminé l’ébranlement pré-révolutionnaire du trône et les rapports entre religion et politique dans le cadre de l’absolutisme, qui en acquièrent une nouvelle intelligibilité.

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UN AUTRE XIXE SIÈCLE

Les bouleversements de la Révolution et de l’Empire franchis à grands pas, on peut se ploinger dans ce XIXè siècle qui vit tant de bouleversements internationaux et de changements dans les sociétés. Si l’on ne se plonge pas dans les récits des révolutions et des guerres on peut prendre le temps de découvrur un prince en exil que l’histoire a fini par oublier ! Ne dit-on pas que : « Malheur aux vaincus ! ». Là aussi, c’est un autre XIXe siècle qui s’ouvre à vous, avec ce livre de Daniel de Montplaisir, Le Comte de Chambord, dernier roi de France, publié chez Perrin en 2008, et qui donne un autre éclairage sur la vie politique française et européenne de ce temps, en s’appuyant largement sur des archives découvertes au début du XXIe siècle.

 

Le Comte de Chambord (Français) Broché – 29 mai 2008

Daniel de Montplaisir

Pris, Perrin, 2008. 748 pages.

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Pour l’histoire, l’homme reste le  » comte de Chambord « . Pour les royalistes, qui l’ovationnèrent comme  » duc de Bordeaux  » puis le reconnurent comme  » Henri V  » il fut le  » roi « , le dernier roi de France.

Il le fut doublement : le 2 août, lorsque son grand-père Charles X abdiqua en sa faveur, et le 24 août 1883, lorsqu’il mourut sans enfants, laissant béante une succession de France qui demeure irrésolue à ce jour.
L’alternance de ses silences et e ses prises de position souvent mystérieuses, passionnèrent les historiens. Pourquoi avait-il refusé la couronne que la chute du Second Empire lui offrait sur un plateau ? Son obstination à n’accepter de Restauration qu’avec le drapeau blanc cachait-elle un prétexte pour échapper à son destin ou bien un manque consternant de sens politique ?
Faute de réponse, l’histoire oublia le comte de Chambord. Jusqu’à ce que ses archives privées, que l’on croyait perdues, soient récemment retrouvées. Leur exploitation permet de redécouvrir le roi Henri V et sa raison d’être : se préparer à assumer la charge de la France. Elle permet aussi de dépeindre l’homme qui, loin des cercles royalistes qui en firent une icône, mena la vie quotidienne d’un haut personnage de son sens politique ?
Le présent ouvrage dissipe le mystère politique et humain. Mais l’héritage du dernier monarque continue de planer comme une ombre sur l’histoire de France.

Daniel de Montplaisir, conseiller de l’Assemblée nationale et historien est notamment l’auteur de La Monarchie (Le Cavalier Bleu, coll.  » Idées reçues « , 2003)

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UN PAPE DU XXE SIÈCLE

Voici le dernier siècle. L’histoire du XXè siècle n’a pas fini de raviver les passions tant il est encore proche de nous. Les conflits d’hier ne sont pa encore apaisés et il en est de même dans l’histoire de l’Eglise.  Puisque le pape François a décidé d’ouvrir les archives secrètes du Vatican correspondant au temps de son pontificat on peut profiter de cette occasion pour découvrir (ou redécouvrir)  Pie XII à travers la biographie que lui consacra Andrea Tornielli et que publièrent les éditions Tempora en 2009. C’est sans doute, pour le néophyte, la plus complète et la plus accessible des biographies au sujet de ce pape méconnu et calomnié. Vous n’y revivrez pas que la vie du pontife, mais surtout toute son œuvre publique, comme nonce apostolique sous Benoît XV, secrétaire d’État sous Pie XI, puis comme pape. Là encore, c’est tout le XXe siècle avec ses crises politiques et sociales qui se dévoilera devant vous, mais avec d’autres lunettes, celles du successeur de Pierre.

Pie XII 

Andrea Tornielli

Paris, Jubilé/Tempora, 2009. 812 pages.

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Par la durée de son pontificat, l’ampleur de son enseignement qui a inspiré une bonne partie des textes du concile Vatican II et la diversité des questions qu’il a traitées, Pie XII a véritablement fait entrer l’Église dans la modernité. Le pape Pacelli a du faire face aux idéologies modernes les plus meurtrières que furent le nazisme et le communisme et mener l’Église dans une période particulièrement troublée. Ce pape exceptionnel, admiré de ses contemporains, méritait un portrait plus fouillé que les habituels raccourcis médiatiques.

L’ouvrage d’Andréa Tornielli est un document décisif porté au dossier du pape.
Refusant tout a priori, cette biographie d’Eugenio Pacelli, n’est pas une hagiographie. De nombreuses sources dont une partie inédite constituée des archives privées Pacelli, et les témoignages du dossier de béatification ont permis d’établir une biographie historique des plus sérieuses.
L’auteur n’esquive pas les questions brulantes des relations du pape avec le IIIème Reich et le nazisme. Dans son intervention et son action autour de la Shoah, Pacelli est suivi pas à pas, ses écrits sont disséqués, ses démarches confrontées à ses contradicteurs.
La vérité des archives pour un portrait inédit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Michel Pastoureau et l’histoire des couleurs

 

Michel Pastoureau et l’histoire des couleurs

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Michel Pastoureau est né en 1947, il a publié notamment au Seuil, dans « La Librairie du XXIe siècle » : L’Étoffe du diable (1991), Une histoire symbolique du Moyen-Âge occidental (2004) et L’Ours. Histoire d’un roi déchu (2007). Son autobiographie Les Couleurs de nos souvenirs a reçu le prix Médicis Essai en 2010.

Il est professeur à la Sorbonne et à l’école pratique des Hautes Etudes où il est titulaire de la chaire d’Histoire de la symbolique occidentale.
Historien de la symbolique occidentale mondialement connu pour ses travaux sur l’histoire des couleurs en Occident, il a également publié une dizaine d’ouvrages sur les significations de l’héraldique, sur les blasons et les armoiries.

 

Le Petit livre des couleurs

Michel Pastoureau, Dominique Simonnet

Paris, Points, 2014. 144 pages

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Ce n’est pas un hasard si nous voyons rouge, rions jaune, devenons verts de peur, bleus de colère ou blancs comme un linge. Les couleurs ne sont pas anodines. Elles véhiculent des tabous, des préjugés auxquels nous obéissons sans le savoir, elles possèdent des sens cachés qui influencent notre environnement, nos comportements, notre langage, notre imaginaire. Les couleurs ont une histoire mouvementée qui raconte l’évolution des mentalités.

L’art, la peinture, la décoration, l’architecture, la publicité, nos produits de consommation, nos vêtements, nos voitures, tout est régi par ce code non écrit. Apprenez à penser en couleurs et vous verrez la réalité autrement !

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Bleu : Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2000

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L’histoire de la couleur bleue dans les sociétés européennes est celle d’un complet renversement : pour les Grecs et les Romains, cette couleur compte peu ; elle est même désagréable à l’œil. Or aujourd’hui, partout en Europe, le bleu est de très loin la couleur préférée (devant le vert et le rouge).

L’ouvrage de Michel Pastoureau raconte l’histoire de ce renversement, en insistant sur les pratiques sociales de la couleur (étoffes et vêtements, vie quotidienne, symboles) et sur sa place dans la création littéraire et artistique, depuis les sociétés antiques et médiévales jusqu’à l’époque moderne. Il analyse également le triomphe du bleu à l’époque contemporaine, dresse un bilan de ses emplois et significations, et s’interroge sur son avenir.

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Noir. Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2008. 216 pages.

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Couleur de la mort et de l’enfer, le noir n’a pas toujours été une couleur négative. Au fil de son histoire, il a aussi été associé à la fertilité, à la tempérance, à la dignité. Et depuis quelques décennies, il incarne surtout l’élégance et la modernité.

Du noir des moines et des pirates au noir des peintres et des couturiers, Michel Pastoureau retrace la destinée européenne de cette couleur pas comme les autres. Il s’attache à cerner sa place dans les faits de langue, les pratiques sociales, la création artistique et le monde des symboles. Couleur à part entière jusqu’à ce que l’invention de l’imprimerie puis les découvertes de Newton lui donnent le statut particulier de non-couleur, le noir dévoile ici une histoire culturelle extrêmement riche, depuis les mythologies des origines jusqu’à son triomphe au XXe siècle.

Longtemps, en Occident, le noir a été considéré comme une couleur à part entière, et même comme un pôle fort de tous les systèmes de la couleur. Mais son histoire change au début de l’époque moderne : l’invention de l’imprimerie, la diffusion de l’image gravée et la Réforme protestante lui donnent, comme au blanc, un statut particulier. Quelques décennies plus tard, en découvrant le spectre, Newton met sur le devant de la scène un nouvel ordre des couleurs au sein duquel il n’y a désormais plus de place ni pour le noir ni pour le blanc : pendant presque trois siècles, ce ne seront plus des couleurs. Toutefois, dans le courant du XXe siècle, l’art d’abord, la société ensuite, la science enfin redonnent progressivement au noir son statut de couleur véritable.

C’est à cette longue histoire du noir dans les sociétés européennes qu’est consacré le livre de Michel Pastoureau. L’accent est mis autant sur les pratiques sociales de la couleur (lexiques, teintures, vêtements, emblèmes) que sur ses enjeux proprement artistiques. Une attention particulière est portée à la symbolique ambivalente du noir, tantôt pris en bonne part (fertilité, humilité, dignité, autorité), tantôt en mauvaise (tristesse, deuil, péché, enfer, mort). Et comme il n’est guère possible de parler d’une couleur isolément, cette histoire culturelle du noir est aussi, partiellement, celle du blanc (avec lequel le noir n’a pas toujours fait couple), du gris, du brun, du violet et même du bleu.

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Vert : Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2013. 240 pages.

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Aimez-vous le vert ? À cette question les réponses sont partagées. En Europe, une personne sur six environ a le vert pour couleur préférée ; mais il s’en trouve presque autant pour détester le vert, tant chez les hommes que chez les femmes. Le vert est une couleur ambivalente, sinon ambiguë : symbole de vie, de sève, de chance et d’espérance d’un côté, il est de l’autre associé au poison, au malheur, au Diable et à ses créatures.

Le livre de Michel Pastoureau retrace la longue histoire sociale, artistique et symbolique du vert dans les sociétés européennes, de la Grèce antique jusqu’à nos jours. Il souligne combien cette couleur qui a longtemps été difficile à fabriquer, et plus encore à fixer, n’est pas seulement celle de la végétation, mais aussi et surtout celle du Destin. Chimiquement instable, le vert a symboliquement été associé à tout ce qui était instable : l’enfance, l’amour, la chance, le jeu, le hasard, l’argent. Ce n’est qu’à l’époque romantique qu’il est définitivement devenu la couleur de la nature, puis celle de la santé, de l’hygiène et enfin de l’écologie. Aujourd’hui, l’Occident lui confie l’impossible mission de sauver la planète.

 

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Rouge, Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, LE Seuil,  2016. 216 pages

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Le rouge est en Occident la première couleur que l’homme a maîtrisée, aussi bien en peinture qu’en teinture. C’est probablement pourquoi elle est longtemps restée la couleur « par excellence », la plus riche du point de vue matériel, social, artistique, onirique et symbolique.

Admiré des Grecs et des Romains, le rouge est dans l’Antiquité symbole de puissance, de richesse et de majesté. Au Moyen Âge, il prend une forte dimension religieuse, évoquant aussi bien le sang du Christ que les flammes de l’enfer. Mais il est aussi, dans le monde profane, la couleur de l’amour, de la gloire et de la beauté, comme celle de l’orgueil, de la violence et de la luxure. Au XVIe siècle, les morales protestantes partent en guerre contre le rouge dans lequel elles voient une couleur indécente et immorale, liée aux vanités du monde et à la « théâtralité papiste ». Dès lors, partout en Europe, dans la culture matérielle comme dans la vie quotidienne, le rouge est en recul. Ce déclin traverse toute l’époque moderne et contemporaine et va en s’accentuant au fil du temps. Toutefois, à partir de la Révolution française, le rouge prend une dimension idéologique et politique. C’est la couleur des forces progressistes ou subversives, puis des partis de gauche, rôle qu’il a conservé jusqu’à aujourd’hui.

Soutenu par une abondante iconographie, cet ouvrage est le quatrième d’une série consacrée à l’histoire sociale et culturelle des couleurs en Europe. Rouge.Histoire d’une couleur fait suite à Bleu. Histoire d’une couleur (2000), Noir. Histoired’une couleur (2008) et à Vert. Histoire d’une couleur (2013).

 

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Jaune – Histoire d’une couleur

Michel Pastoureau

Paris, Le Seuil, 2019. 240 pages

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Aujourd’hui, en Europe, le jaune est une couleur discrète, peu présente dans la vie quotidienne et guère sollicitée dans le monde des symboles. Il n’en a pas toujours été ainsi. Les peuples de l’Antiquité voyaient en lui une couleur presque sacrée, celle de la lumière, de la chaleur, de la richesse et de la prospérité. Les Grecs et les Romains lui accordaient une place importante dans les rituels religieux, tandis que les Celtes et les Germains l’associaient à l’or et à l’immortalité. Le déclin du jaune date du Moyen Âge qui en a fait une couleur ambivalente. D’un côté le mauvais jaune, celui de la bile amère et du soufre démoniaque : il est signe de mensonge, d’avarice, de félonie, parfois de maladie ou de folie. C’est la couleur des hypocrites, des chevaliers félons, de Judas et de la Synagogue. L’étoile jaune de sinistre mémoire trouve ici ses lointaines racines. Mais de l’autre côté il y a le bon jaune, celui de l’or, du miel et des blés mûrs ; il est signe de pouvoir, de joie, d’abondance.

À partir du XVIe siècle, la place du jaune dans la culture matérielle ne cesse de reculer. La Réforme protestante puis la Contre-Réforme catholique et enfin les  » valeurs bourgeoises  » du XIXe siècle le tiennent en peu d’estime. Même si la science le range au nombre des couleurs primaires, au même titre que le rouge et le bleu, il ne se revalorise guère et sa symbolique reste équivoque. De nos jours encore, le jaune verdâtre est ressenti comme désagréable ou dangereux ; il porte en lui quelque chose de maladif ou de toxique. Inversement, le jaune qui se rapproche de l’orangé est joyeux, sain, tonique, bienfaisant, à l’image des fruits de cette couleur et des vitamines qu’ils sont censés contenir.

Michel Pastoureau poursuit son histoire des couleurs : après Bleu (2000), Noir (2008), Vert (2013) et Rouge (2016), il invite à une observation de l’usage et de la symbolique du jaune à travers un parcours iconographique extrêmement riche (plus de 230 illustrations). Le médiéviste s’attache à la perception de cette couleur ambiguë, symbole un temps de l’hérésie, en explorant des champs aussi variés que la philologie ou l’héraldique. La perception du jaune est mise en lien avec l’évolution artistique (le clair-obscur) et sociale (le protestantisme). Cette couleur, délaissée par la Bible, mal aimée, connut un regain d’intérêt par une invention technique, le jaune d’argent utilisé dans les vitraux du XIVsiècle, et par des apports non occidentaux, comme les « chinoiseries ». Ce caractère ambivalent forge également le pouvoir d’évocation politique du jaune, comme le montre sa place dans les mouvements contemporains de contestation.

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Les couleurs de l’Occident: De la Préhistoire au XXIᵉ siècle 

Hervé Fischer

Paris, Gallimard, 2019. 512 pages.

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Quatrième de couverture

Nos couleurs d’aujourd’hui ne sont plus qu’une question de goût, dans un grand désordre que ne gouverne aucune règle. Pourtant, ce moment de leur longue histoire n’est qu’une exception.Toujours, les sociétés ont régi les significations de la couleur et ses usages magiques, religieux, politiques, sociaux selon des systèmes chromatiques qui ne se transgressaient pas sans risque et ne variaient qu’avec l’évolution des structures et des idéologies sociales. Hervé Fischer, en artiste et en sociologue, scrute l’oscillation permanente de la vision et de l’usage des couleurs en Occident entre deux pôles – rationalisation et irrationalité, contrainte et liberté – et dégage de leur tension les fondements d’une sociologie de la couleur, pour mieux en bâtir l’histoire. De la gamme rouge-jaune-noir-blanc des cavernes jusqu’aux fausses couleurs qui font voir l’univers invisible, des premières icônes jusqu’à la publicité et aux modes contemporaines en passant par le cercle de Chevreul, depuis les cathédrales colorées jusqu’au blanc des murs modernes, l’auteur dégage un chemin qui va du symbolisme des couleurs pures à l’invention du réalisme des couleurs, du clair-obscur de Rembrandt à la couleur lumière des impressionnistes et à l’anarchisme fauviste faisant écho aux crises sociales du temps. Vient alors l’idée du rôle moteur des grands artistes de l’Occident dans la trajectoire apparente des couleurs. On ne sait plus, au bout du compte, de la société ou de l’individu, qui agit sur l’autre pour bouleverser l’ordre établi – tout ce qui fait d’un Léonard, d’un Delacroix, d’un Van Gogh, d’un Matisse un révolutionnaire. Eux le savaient, et les citations de leurs écrits qui émaillent le texte de ce livre, en accord avec la pertinence des images, nous conduisent à mesurer, par leurs questionnements et leurs certitudes, la hauteur des débats et la puissance des enjeux qui se nouent autour de la couleur.

Biographie de l’auteur

Artiste, philosophe, sociologue, Hervé Fischer a publié plus de vingt ouvrages, est intervenu dans de multiples lieux du monde et a bénéficié de nombreuses expositions, dont une rétrospective mémorable au Centre Pompidou, à Paris, en 2017, dont on peut consulter le catalogue, Hervé Fischer et l’art sociologique.

Analyse dans la revue Etudes (avril-juin 2020)

Hervé Fischer, artiste et sociologue, relie les couleurs à leur symbolique sociale et construit des outils « sociochromatiques », grâce auxquels il aborde des domaines que ne traite pas Pastoureau, comme l’architecture. Il propose ainsi une archéologie de la couleur (dans le sens étendu que lui a donné Michel Foucault). Selon Fischer, le langage social des couleurs prend son sens à la fin de la période médiévale. Sa symbolique s’établit dès lors parallèlement à l’affermissement des institutions, jusqu’à l’explosion colorée du baroque. L’auteur montre qu’il existe une concordance entre le désordre chromatique et l’organisation sociale autour d’un État absolu. La couleur prend une dimension morale (ce qu’il appelle l’« éthique chromatique ») qui n’est pas sans rapport avec l’avènement de la bourgeoisie. L’usage intensif de la couleur la dote d’une valeur idéologique pleinement exploitée par le XXsiècle, sur lequel se concentre Fischer. À la « couleur pour la couleur » d’un Robert Delaunay s’oppose la conscience politique de la violence chromatique des Fauves. La subjectivité des couleurs apparaît alors comme une idée moderne, pensée comme une revendication de la liberté individuelle.

 

HISTOIRE, ITALIE, LES JARDINS A L'EPOQUE ROMAINE : L'EXEMPLE DE POMPEI, POMPEI (Italie), ROME (Italie)

Les jardins à l’époque romaine : l’exemple de Pompéi

 

Pompéi : jardin des fugitifs et Vésuve

L’architecture de jardin était très importante dans l’aménagement des maisons pompéiennes, plus de cinquante exemples de peintures de jardins ont été répertoriés.

 

Dans les fresques peintes de la Villa du Bracelet d’0r, on trouve un de ces jardins. Il témoigne de la richesse de leur propriétaire. 
Les peintres utilisaient des pigments de terre pour les tons rouges, jaunes et verts.
Ils employaient aussi des pigments minéraux tel le bleu égyptien.

En haut un bandeau sur fond noir décoré de petits tableaux avec guirlandes. 

En bas des plantes représentées derrière un treillage, au centre un jardin avec statues, fontaine, oiseaux.

 

Des études ont permis de reconnaître précisément chaque oiseau : la colombe, le geai reconnaissable aux trois couleurs de ses ailes, la grive, le merle, l’hirondelle, la pie, la perdrix, le loriot, l’aigrette…

 

Pour la flore, le liseron, le lis, le laurier-rose, le palmier, le rosier, le lierre, le coquelicot.

Illustration from 19th century

Bien avant, les poèmes d’Homère ont esquissé des scènes de paysages.

Fresque_de_Pompéi_représentant_un_greandier_et_des_oiseaux

 

Aux côtés de la cour, on voit un grand jardin avec ses quatre arpents enclos dans une enceinte. C’est d’abord un verger dont les hautes ramures, poiriers et grenadiers et pommiers aux fruits d’or et puissants oliviers et figuiers domestiques, portent sans se lasser, ni s’arrêter, leurs fruits ; l’hiver comme l’été, toute l’année.
Extrait de l’Odyssée – Homère – Le Jardin d’Alcinous

 

Aunes et peupliers et cyprès odorants, où gîtaient les oiseaux à la large envergure, chouettes, éperviers et criardes corneilles…Au rebord de la voûte, une vigne en sa force éploiyait ses rameaux, toute fleurie de grappes…quatre sources versaient leur onde claire, puis leurs eaux divergeaient à travers des prairies molles, où verdoyaient persil et violette…

Extrait de l’Odyssée – Homère – La grotte de Calypso

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Mais la mort rôdait dans ces jardins….