8 MAIN1802 ; CONCORDAT ET PAIX RELIGIEUSE EN FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EGLISE, HISTOIRE RELIGIEUSE EN FRANCE (XIXè siècle), NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821), PAPAUTE, PIE VII (pape ; 1742-1823)

8 avril 1802 : Concordat et paix religieuse en France

8 avril 1802

Concordat et paix religieuse en France

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Le 18 germinal an X (8 avril 1802), le Corps législatif de la République française adopte et promulgue le Concordat. Le texte a été signé le 15 juillet de l’année précédente par Napoléon Bonaparte, Premier Consul, et le pape Pie VII.

 

Douze ans de conflits

Le Concordat suscite de violentes critiques chez les anciens révolutionnaires mais il est accueilli avec un immense soulagement dans les campagnes. Il met fin aux guerres civiles et religieuses qui avaient divisé les Français tout au long de la Révolution.

Ces guerres étaient nées du vote de la Constitution civile du Clergé par l’Assemblée constituante, le 12 juillet 1790, en remplacement du précédent Concordat, signé à Bologne en… 1516 par le roi François 1er et le pape Léon X.

La Constitution civile du Clergé avait institué une église nationale avec des évêques et des prêtres élus par les fidèles, rémunérés par l’État et tenus de prêter un serment de fidélité «à la nation, à la loi, au roi». Ce régime avait été condamné par le Saint-Siège de sorte que s’opposaient depuis lors en France le clergé assermenté ou constitutionnel  clergé insermenté ou réfractaire, fidèle à Rome.

 

Vers le retour à la paix religieuse

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Dès l’élection du pape Pie VII, à Venise, en mars 1800, le Premier Consul manifeste le désir d’un rapprochement. Il en a besoin pour consolider son régime. A la différence des révolutionnaires qui avaient tenté d’exclure les religions de la sphère publique, il veut mettre l’Église catholique, encore très influente, à son service.

Les négociations sont conduites au nom du Premier Consul par le curé Étienne Bernier, curé de Saint-Laud, à Angers, qui a déjà négocié la paix civile dans l’ouest vendéen. Le pape délègue de son côté à Paris le cardinal Spina en novembre 1800.

Mais les négociations butent d’emblée sur la volonté de Bonaparte de confirmer des évêques constitutionnels dans leur charge. Le Premier Consul veut de cette façon rassurer les républicains.

Le 20 juin 1801, Consalvi, Secrétaire d’État du Saint-Siège, arrive à Paris pour relancer les négociations. La version définitive de l’accord est rédigée par Joseph Bonaparte, frère du Premier Consul.

 

Le contenu officiel du Concordat

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En signant le nouveau Concordat, un mois plus tard, le pape reconnaît la République et renonce aux biens enlevés au clergé sous la Révolution. De son côté, «le Gouvernement de la République française reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la plus grande majorité des Français».

Le Premier Consul peut être satisfait car il conserve la mainmise sur l’organisation de l’Église catholique. Le clergé (24000 personnes) doit lui prêter serment de fidélité !

Le gouvernement s’engage à rémunérer les ministres du culte catholique ainsi que des autres confessions alors représentées en France : la confession d’Augsbourg – les protestants luthériens -, et les réformés – les protestants calvinistes -. Les juifs bénéficient des mêmes droits à partir de 1808. Il s’attribue qui plus est la nomination des évêques. Ces derniers sont ravalés au rang de fonctionnaires et peuvent être traduits devant le Conseil d’État en cas de désobéissance.

Le nombre de diocèses est réduit de moitié par rapport à l’Ancien Régime. Il n’y en a plus que 60 (dont dix confiés à des archevêques) en France et dans la Belgique annexée.

Pour la mise en œuvre  du Concordat, tous les évêques précédemment en poste sont invités à démissionner. Cependant, beaucoup d’évêques réfractaires, dépités d’avoir résisté pour rien à la Constitution civile du clergé, protestent et refusent de remettre leur démission au pape. Dans le camp opposé, des évêques et des prêtres constitutionnels refusent de remettre en cause publiquement leur serment antérieur.

Bonaparte ne s’en tient pas là. Habilement, il modifie au profit de son gouvernement les termes du Concordat.

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L’ajout des Articles organiques

Sur une suggestion de son ministre des Affaires étrangères, Talleyrand, ancien évêque d’Autun, le Premier Consul commande au juriste Jean Portalis de rédiger des «Articles organiques». Ces 77 articles, destinés à préciser les termes du Concordat débouchent sur une sévère limitation du pouvoir du Saint-Siège sur le clergé national.

Ils imposent l’enseignement dans les séminaires des «Quatre Articles» de la déclaration gallicane adoptée par le clergé français en 1682, sous le règne de Louis XIV :
1) les papes ne peuvent déposer les souverains ni délier leurs sujets de leur obligation de fidélité,
2) les décisions des conciles oecuméniques priment sur les décisions pontificales,
3) le pape doit respecter les pratiques des Églises nationales,
4) il ne dispose enfin d’aucune infaillibilité.

Les Articles organiques prévoient par ailleurs que toutes les décisions des synodes et des conciles devront être approuvées par le gouvernement pour être applicables en France. Ils limitent enfin la liberté de mouvement des évêques.

Malgré cette entourloupe contre laquelle proteste en vain le pape, le Concordat consacre le retour de la paix religieuse. Il est resté pour l’essentiel en application en France jusqu’à la séparation des Églises et de l’État, en 1905.

Notons qu’il est toujours en vigueur dans les trois départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle qui étaient sous domination allemande lorsqu’a été votée la loi de séparation de 1905. Ces trois départements ont obtenu, à titre exceptionnel, de conserver le régime Concordataire de 1801 lorsqu’ils sont rentrés dans le giron de la France après la Grande Guerre de 1914-1918.

 

Propagande

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Bonaparte ne tarde pas à cueillir les bénéfices du Concordat. Le 14 avril 1802 sort en librairie Génie du christianisme ou beautés de la religion chrétienne. Son auteur est le vicomte François-René de Chateaubriand, un écrivain romantique de 34 ans rendu célèbre par ses oeuvres Atala et René.

Le livre est une apologie de la religion. Il apporte au Premier Consul le soutien des catholiques et de certains monarchistes.

NB : la France ne serait pas la France si le Concordat avait fait l’unanimité ! Dans le Poitou, quelques villageois catholiques des environs de Bressuire se sont insurgés contre le texte et il en est sorti un mini-schisme : la «Petite Église», qui compterait encore 3.000 fidèles.

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8 MARS 1804 : PROMULGATION DU CODE CIVIL, CODE CIVIL, CODE NAPOLEON, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821)

8 mars 1804 : Promulgation du Code Civil

21 mars 1804

Promulgation du Code Civil

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Le 21 mars 1804, tandis que le jeune duc d’Enghien expire dans les fossés de Vincennes, le Premier Consul Bonaparte promulgue le « Code Civil des Français ».

Le mérite de cet immense travail de compilation juridique revient pour l’essentiel à Cambacérès et aux hommes du Directoire qui ont gouverné la France avant le coup d’État de Napoléon Bonaparte.

Le code s’inspire pour une bonne part des recueils de lois commandés 1300 ans plus tôt par l’empereur d’Orient Justinien. Il met fin aux particularismes locaux et à une certaine confusion juridique hérités de la tradition.

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Acte de promulgation du Code Civil

On peut lire sur le document ci-dessus :
Projet de loi concernant la réunion des lois civiles en un seul corps de lois, sous le titre de Code Civil des français.

 

Confusion juridique

Sous l’Ancien Régime, un Rennais n’obéissait pas aux mêmes règles de droit civil qu’un Parisien ou qu’un habitant du Languedoc. Le royaume était divisé en zones géographiques de tailles très variées dans lesquelles s’appliquaient des régimes divers de lois dites « coutumières ».

À ce particularisme régional, il faut ajouter qu’au sud de la France (sud de la Dordogne, Languedoc, sud de Grenoble), les lois avaient un caractère de « droit écrit ». Elles étaient plus imprégnées du droit de l’empire romain que dans le nord (à l’exception de l’Alsace).

C’était le résultat d’une longue évolution qui remontait aux temps où les Francs, les Burgondes et les Wisigoths occupaient l’hexagone ! Un tel système était totalement incompatible avec l’objectif révolutionnaire d’une France « une et indivisible ».

 

Les précurseurs

Dès le XVIe siècle, d’éminents juristes avaient tenté de mettre de l’ordre dans ce fatras. Ainsi Dumoulin : « Rien ne serait plus louable, plus utile et plus souhaitable que de réduire les coutumes les plus diffuses de ce royaume en une concordance brève, très claire et très juste ».

On commence à cette époque à rassembler les lois et coutumes en faisant des compilations d’ordonnances. Sous le règne de Louis XIV, au siècle suivant, Colbert lui-même publie de grandes ordonnances. Son travail est poursuivi au XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XV, par le chancelier d’Aguesseau qui tente d’unifier la jurisprudence sur les donations et les testaments.

L’illustre Jean-Jacques Rousseau met son génie à contribution. Il écrit dans une formule prophétique : « Il faut trois codes : l’un politique, l’autre civil et l’autre criminel ; tous trois clairs, courts et précis autant qu’il sera possible ».

Les révolutionnaires mettront ce projet à exécution quelques années après la mort de l’écrivain. Ils s’inspireront dans le domaine civil de deux grands précurseurs des XVIIe et XVIIIe siècles, les légistes Domat et Pothier. Ce dernier a par exemple inspiré le droit relatif à la propriété. « Le droit de propriété est le droit de disposer à son gré d’une chose, sans donner néanmoins atteinte au droit d’autrui, ni aux lois », écrit-il joliment dans son Traité du droit de domaine de propriété.

 

Une longue gestation

Quand le roi Louis XVI convoque les états généraux, en 1789, on rassemble et étudie à Versailles les cahiers de doléances rédigés par les électeurs. Curieusement, ces cahiers ne font nulle allusion à la nécessité d’unifier les lois et s’en tiennent d’un point de vue juridique à des considérations très conservatrices : préservation de la puissance paternelle, du droit de propriété, du droit d’aînesse (seul l’aîné de chaque famille doit hériter)…

C’est qu’à vrai dire, seuls les spécialistes du droit sont conscients de l’intérêt d’unifier les lois du royaume.

L’Assemblée Constituante, où siègent beaucoup d’avocats (comme Robespierre), prescrit de rédiger un code de lois applicables à tous et ce projet est repris par la Constitution des 3-14 septembre 1791 : « Il sera fait un code des lois civiles communes à tout le royaume ». Mais cette proposition reste lettre morte par manque de temps.

Arrivent les mois difficiles de la Terreur. Le 20 septembre 1792, à la veille de se séparer et de céder la place à la Convention républicaine, l’Assemblée législative instaure le mariage civil et le divorce. L’état civil (l’enregistrement des naissances, mariages et décès) devient une affaire d’État et ne relève plus de la seule Église catholique. C’est une révolution dans la révolution !

En juillet 1793, l’armée autrichienne met en difficulté celle de la République. La guerre fait rage aussi contre les Vendéens. Durant cette même période, Marat est assassiné, Danton quitte le Comité de Salut Public bientôt remplacé par Robespierre. La Convention décrète l’arrestation des Girondins.

C’est dans ce contexte agité que la Convention demande à Jean-Jacques Régis de Cambacérès de préparer, avec le Comité de Législation dont il est le président, un projet de code civil. Ordre lui est donné de terminer le travail dans le mois qui suit !

 

Un travail d’experts

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Dans les délais imposés, le 9 août 1793, Cambacérès présente son projet de code civil à la Convention. Mais celle-ci suggère d’en confier la révision à une commission. Cette prudence enterre le premier projet.

Après la chute de Robespierre et la fin de la Terreur, Cambacérès présente un nouveau projet le 9 septembre 1794. Nouveau renvoi de la Convention devant une commission, nouvel échec. Sous le Directoire, Cambacérès est élu au Conseil des Cinq-Cents mais débouté comme directeur. L’infatigable avocat présente, le 12 juin 1796, son troisième projet de code civil. Le Conseil adopte quelques articles, mais la discussion s’enlise et c’est un troisième échec !

Quand survient le coup d’État du 19 brumaire (10 novembre 1799) qui porte Napoléon Bonaparte au pouvoir, le Code Civil est prêt. Il n’attend que d’ultimes corrections pour être promulgué. Cambacérès étant nommé ministre de la Justice puis deuxième Consul, il présente son projet au Premier Consul. Celui-ci est séduit.

Par l’arrêté du 24 Thermidor an VIII (12 août 1800), Bonaparte institue une commission de quatre magistrats : Tronchet, Bigot de Préameneu, Portalis et Maleville. À eux revient le soin de faire une synthèse du travail de Cambacérès et d’en fournir une rédaction définitive.

Ces quatre magistrats ont été judicieusement choisis par Bonaparte de façon à représenter différentes régions du pays. Ils mènent leur travail tambour battant en quatre mois au domicile de Tronchet, rue Saint-André-des-Arts. Jean Étienne Portalis domine les réunions par sa prestance, son éloquence et sa connaissance aiguë du droit (cet homme remarquable a par ailleurs négocié le concordat ; ministre des Cultes sous le Premier Empire, il meurt de maladie en 1807).

La proposition des quatre magistrats est discutée entre le 17 juillet 1801 et le 21 mars 1804 durant 109 séances du Conseil d’État dont 52 sont présidées par Cambacérès et 57 par Bonaparte lui-même. Ce dernier ne manque pas de participer aux débats, avec des analyses qui témoignent d’une remarquable connaissance du droit. Il s’exprime sur de nombreux sujets dont la citoyenneté et le divorce.

Notons que deux conseillers d’État, Treilhard et Emmery, assistent aussi aux séances. Le 10 mars 1804, enfin, sur une proposition de Cambacérès, le Conseil d’État réunit les 36 titres et 2281 articles en un seul corps de lois.

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Une seule loi pour tous

Le 21 mars 1804 (le 30 ventôse de l’an XII du calendrier révolutionnaire), l’Ancien Droit est abrogé et le « Code Civil des Français » est promulgué. Tous les Français vivent désormais sous un même code de droit. Ainsi prend fin un régime de lois disparates élaborées durant 1300 ans, depuis les lois barbares du temps des Mérovingiens jusqu’aux lois coutumières de l’Ancien Régime, en passant par les lois seigneuriales de la féodalité au début du deuxième millénaire.

Avec le Code Civil, la loi émane désormais du législateur seul, le juge n’ayant rien à faire qu’à l’appliquer. Elle régit tous les rapports sociaux, y compris le droit de la famille, indépendamment de toute considération morale, religieuse ou politique.

À noter qu’il consacre une régression du statut de la femme, après une lente émancipation amorcée… au Moyen Âge. Sous l’Ancien Régime, en l’absence de législation spécifique, la femme bénéficiait de droits plus ou moins étendus. Désormais, le retour en faveur du droit romain et sans doute aussi les sentiments « machistes » du Premier Consul l’obligent à se soumettre à son père comme à son mari. Elle est considérée comme une mineure à vie, au même titre que les enfants ou les fous. Elle ne possède rien en propre et n’a pas d’autorité légale sur ses enfants.

 

Un Code pour l’Europe

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Napoléon Bonaparte perçoit la dimension révolutionnaire du texte, propre à bouleverser l’ordre ancien par sa cohérence, sa clarté, sa concision et sa simplicité. Devenu empereur et maître d’une bonne partie de l’Europe, il veille à faire appliquer partout son Code, rebaptisé en 1807 « Code Napoléon ».

Ainsi, à peine son frère Joseph est-il roi de Naples qu’il lui écrit : « Établissez le Code civil à Naples ; tout ce qui ne vous est pas attaché va se détruire alors en peu d’années, et tout ce que vous voudrez conserver se consolidera. Voilà le grand avantage du Code civil ».

L’empereur déchu dictera dans son exil de Sainte-Hélène : « Ma vraie gloire, ce n’est pas d’avoir gagné quarante batailles; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code Civil (…) Mon seul code par sa simplicité a fait plus de bien en France que toutes les lois qui m’ont précédé » ».

Conformément à ses prévisions, le Code Civil est devenu le ciment de nombre de législations en Europe et dans le monde. L’essentiel de son contenu est encore en vigueur aujourd’hui en France. La moitié de ses articles sont restés inchangés depuis 1804 ! La partie qui a le plus évolué est celle qui est relative au droit de la famille.

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5 MAI 1821 : MORT DE NAPOLEON IER A SAINTE-HELENE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EUROPE, NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821)

5 mai 1821 : mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène

5 mai 1821

Mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène

Le 5 mai 1821, Napoléon Ier s’éteint dans sa maison de Longwood, à Sainte-Hélène, un îlot perdu au milieu de l’Atlantique sud où l’ont exilé les Anglais en 1815 après la défaite de Waterloo et son abdication. Il n’a pas 52 ans.

L’ex-Empereur a inscrit dans son testament : « Je meurs prématurément, assassiné par l’oligarchie anglaise et son sicaire [Lowe] ; le peuple anglais ne tardera pas à me venger. »

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Hors la loi et proscrit

Napoléon Ier, mis hors la loi par les représentants des puissances européennes réunis en congrès à Vienne, a vite compris qu’il n’avait aucune indulgence à attendre d’eux.

Arrivé à Rochefort le 2 juillet 1815 avec le dernier carré de fidèles, il se découvre à la merci des Anglais qui le conduisent à Sainte-Hélène, sans espoir d’évasion. On lui laisse choisir trois officiers pour l’accompagner : le général Bertrand, grand maréchal du Palais, le général de Montholon, aide de camp, et le général Gourgaud, officier d’ordonnance. Embarque aussi le comte de Las Cases, conseiller d’État, qui a l’avantage de parler anglais.

Suivent les épouses de Bertrand et Montholon, le fils de Las Cases, le valet de chambre Bertrand, le maître d’hôtel Cipriani, le (faux) mamelouk Saint-Denis, dit Ali, le chirurgien irlandais O’Meara et quelques autres domestiques. Au total une cinquantaine de personnes.

Tout ce petit monde s’installe dans une maison de maître en partie délabrée, Longwood, sur les hauteurs de Sainte-Hélène. Cette partie de l’île, peu engageante, infectée de multiples insectes, est soumise tantôt à une chaleur torride, tantôt aux pluies, sans oublier le brouillard et une humidité persistante. « Le diable a chié cette île, envolant d’un monde à l’autre ! », se serait exclamée en arrivant l’épouse du général Bertrand, qui n’en croit pas ses yeux.

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Mort lente

Albine de Montholon devient la maîtresse de l’auguste reclus, histoire de le désennuyer ; de retour en France, elle accouchera d’un enfant qui mourra en bas âge.

Certains exilés volontaires n’attendent pas la mort de Napoléon pour rentrer en France. Ainsi du comte de Las Cases, pressé de publier les confidences de l’empereur, qui trouve habilement moyen de se faire expulser dès le 30 novembre 1816. Le général Gourgaud se fait expulser à son tour après une dispute avec Montholon.

Pendant les premières années de l’exil, les habitants de Longwood ne vont cesser de jouer au chat et à la souris avec le gouverneur de l’île, sir Hudson Lowe, terrorisé par la crainte que son prisonnier ne s’enfuie. Ses multiples vexations et maladresses vont contribuer à embellir la légende de l’Empereur victime de la perfidie anglaise.

Napoléon ressent en mars 1820 une première et violente douleur au ventre. Il comprend que sa fin est proche. Dans les mois qui suivent, son état se dégrade très vite. Selon le diagnostic publié par le gouverneur britannique de l’île après son autopsie, sa mort aurait été provoquée par un cancer de l’estomac, comme celui qui emporta son père. Elle a été accélérée en tout cas par l’amertume de l’exil.

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Une tombe muette dans la vallée du géranium

Sur la route de Jamestown, le long du cratère du Bol à Punch du Diable, se trouve un vallon verdoyant, la vallée du géranium. Napoléon, qui l’avait découvert au détour d’une promenade, appréciait l’eau de sa source. C’est là qu’il a voulu être inhumé, comprenant qu’il ne pourrait reposer en terre française. Le 6 mai 1821, une fosse y est creusée à l’ombre de deux grands saules.

Après l’autopsie, pratiquée par le docteur Antommarchi sur le billard du salon, le corps de Napoléon est exposé dans la chambre à coucher, devenue chapelle ardente. Le 9 mai, le convoi funèbre quitte Longwood. Le corps a été placé dans quatre cercueils emboîtés – un de fer-blanc, un de bois exotique, un de plomb, un dernier d’acajou – avant d’être mis en terre. Les Anglais lui rendent les honneurs dus à… un général.

La tombe est couverte de trois dalles prélevées dans la cuisine de New House. Les Français voudraient y faire inscrire : « Napoléon. Né à Ajaccio le 15 août 1769, mort à Sainte-Hélène le 5 mai 1821 », mais le gouverneur tient à y apposer le nom de Bonaparte. Cet ultime avatar du conflit qui a marqué l’exil ne trouve pas d’issue. La tombe est donc laissée vierge.

Le 27 mai 1821, la famille Bertrand, Montholon, le Dr Antommarchi, l’abbé Vignali, les serviteurs Marchand, Ali, Coursot, Archambault… s’embarquent pour l’Europe. Dans leur sillage s’éloignent Longwood et ses meubles anglais ou chinois, qui sont partagés entre les notables de l’île. Ceux-là même qui avaient fourni à Napoléon, en 1815, les meubles dont ils ne voulaient plus. S’ils doivent laisser en terre étrangère le corps de l’Empereur, ses derniers fidèles emportent le manuscrit de ses Mémoires, son testament, son masque mortuaire, des dizaines d’objets marqués par sa présence, ainsi que leurs propres souvenirs.

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Napoléon a-t-il été empoisonné ?

En 1961, un toxicologue suédois évoque pour la première fois l’hypothèse d’un empoisonnement à l’arsenic de l’empereur, sur la base d’une analyse de quelques cheveux rapportés par l’entourage de Sainte-Hélène. Plusieurs chercheurs l’ont reprise depuis lors mais elle paraît peu plausible. Pour Jean Tulard, grand historien de l’Empire (et spécialiste du roman policier), elle ne relève que de la littérature romanesque.

 

Naissance d’une Légende

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À Paris, la nouvelle de la mort de Napoléon arrive dans un salon où sont présents ce soir-là Wellington, le vainqueur de Waterloo, et Talleyrand, l’ancien ministre des Relations extérieures de l’empereur. Quelqu’un s’exclame : « Quel événement ! » et Talleyrand de laisser tomber : « Ce n’est plus un événement, c’est une nouvelle ».

Marie-Louise, veuve de Napoléon, épouse quatre mois après sa mort l’homme avec qui elle vit désormais et dont elle a déjà eu deux enfants, le feldmaréchal autrichien comte von Neipperg.

On pourrait croire qu’une page se tourne. En vérité, il n’en est rien. Avec la mort de Napoléon, c’est une légende qui commence…

Pendant ses deux mille jours d’exil, l’ex-empereur a peaufiné sa légende en dictant ses souvenirs et ses réflexions au comte de Las Cases ainsi qu’à Bertrand, Gourgaud et Montholon.

Las Cases publie ses notes en 1823 sous le titre : Le Mémorial de Sainte-Hélène. Cette hagiographie de plus de 2000 pages, servie par le talent d’écriture de Las Cases, recueille immédiatement un immense succès. Elle se vend à 40 000 exemplaires du vivant de l’auteur.

Dans la France pacifiée, prospère et ennuyeuse de la Restauration, l’épopée napoléonienne et les récits des demi-soldes font rêver la jeunesse romantique.

L’espoir d’une restauration de l’Empire s’éloigne avec la mort en 1832 du fils de Napoléon et Marie-Louise, l’ex-roi de Rome. L’Aiglon, devenu Franz, duc de Reichstadt, meurt de tuberculose, maladie romantique par excellence, au palais de Schönbrunn, près de Vienne. Il a 22 ans.

En 1840, le président du Conseil, Adolphe Thiers, négocie avec Londres le retour des cendres de Napoléon à Paris. Il veut, par cette initiative, redresser le prestige du roi Louis-Philippe Ier.

Gourgaud lui-même revient à Sainte-Hélène quérir les cendres de l’empereur. Le transfert donne lieu à une cérémonie populaire et grandiose à laquelle assistent un million de Français enthousiastes qui n’hésitent pas à crier « Vive l’Empereur ! ».

Le principal bénéficiaire de l’opération est le courant bonapartiste. Celui-ci reprend vie et il ne lui faudra que huit ans pour amener au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte, neveu du regretté empereur.

Napoléon Ier repose depuis lors aux Invalides, sur les bords de la Seine. C’est la première fois que le tombeau d’un autocrate trône au centre d’une capitale et d’un pays.

L’idée a été reprise et amplifiée au XXe siècle, sous les régimes communistes, à Moscou, Pékin, Sofia… dans une tentative de remplacer les religions traditionnelles par le culte d’un « grand » homme.

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FRANCE, GUERRE FRANCO-PRUSSIENNE (1870-1871), GUERRES, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, LA COMMUNE DE PARIS (18 mars - 27 mai 1871), PARIS (France)

La Commune de Paris (18 mars – 27 mai 1871)

la Commune (18 mars-27 mai 1871)

La Commune : barricade rue de Charonne

Tentative à implications révolutionnaires, faite par les ouvriers à Paris après l’insurrection du 18 mars 1871, pour assurer, dans un cadre municipal et sans recours à l’État, la gestion des affaires publiques.

  1. LE CONTEXTE

Proclamation de la République, le 4 septembre 1870, place de l’Hôtel de Ville

Cette insurrection prend naissance dans cette ville du travail qu’est devenu Paris en pleine croissance démographique (en 1866, sur 1 799 980 habitants, 57 % vivent du travail industriel et 12 % du travail commercial). Un mouvement ouvrier de plus en plus virulent se forme, des grèves se succèdent, manifestant la prise de conscience de la classe ouvrière, qui a obtenu en 1864 la reconnaissance du droit de grève. Parallèlement, à Londres, la Ière Internationale est créée. La guerre franco-allemande  éclate en juillet 1870 : les désastres militaires s’accumulent du côté français, et, le 4 septembre, la république est proclamée sous la poussée populaire. Le gouvernement de la Défense nationale qui est formé a pour mission de continuer la guerre et déclare « qu’il ne cédera pas un pouce de notre territoire ».

Très vite, cette république bourgeoise (composée entre autres du général Trochu, de Jules Favre et de Jules Ferry) est accusée de trahison par la population parisienne, qui, depuis le 19 septembre, subit avec héroïsme les conditions d’un siège de plus en plus difficile et qui réclame, en outre, des succès militaires.

  1. DE LA RÉSISTANCE AUX PRUSSIENS À L’ÉLECTION DE LA COMMUNE

Dans chaque arrondissement se constituent des comités de vigilance, bientôt chapeautés par un comité central pour aider le gouvernement et mobiliser toutes les forces de la nation. L’affrontement entre la république bourgeoise et le peuple armé au sein de la Garde nationale se dessine rapidement.

Cantine municipale pendant le siège de 1870

Dès octobre 1870, l’élection d’une Commune est demandée par la population. Après l’échec de Buzenval (19 janvier), les gardes nationaux réclament le 22 la guerre à outrance. Peu après la signature de l’armistice le 28, les forts sont occupés, l’enceinte fortifiée de Paris désarmée, 200 millions de francs sont versés à la Prusse en quinze jours.

Dans l’Assemblée nationale élue (8 février), les représentants conservateurs de la province (majoritaires), qui désirent la paix, s’opposent aux élus parisiens à majorité républicaine. Les députés, qui siègent à Bordeaux, prennent alors une série de mesures pour mater la ville révolutionnaire (suppression des 30 sous accordés aux gardes nationaux, suppression des moratoires concernant les loyers et les effets de commerce, qui touchent les ouvriers, les artisans et le petit commerce). Outre ces mesures, le transfert de l’Assemblée non à Paris mais à Versailles et l’entrée des Prussiens dans la capitale exaspèrent les Parisiens.

Adolphe Thiers

Thiers, dans la nuit du 17 au 18 mars, décide de désarmer la ville afin de la purger de « tous les rouges » en s’emparant des 227 canons regroupés à Montmartre et à Belleville (ils avaient été ramenés par les gardes nationaux du Ranelagh, des Champs-Élysées… avant l’entrée des Prussiens dans la capitale). Mais le 88e de ligne ne parvient pas à prendre les canons à Montmartre et, entouré par les gardes nationaux et la foule, pactise avec les Parisiens et désarme les officiers. Le général Lecomte, qui avait ordonné de tirer sur la foule, et le général Thomas sont fusillés.

Thiers, refusant toute négociation, donne l’ordre d’évacuer la ville et se réfugie à Versailles afin de ne pas se trouver prisonnier. Le Comité central de la Garde nationale siège alors à l’Hôtel de Ville et prépare les élections fixées au 22 mars. Il invite la France à « jeter les bases d’une république avec toutes ses conséquences et qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles ». En attendant les élections, le Comité central de la Garde nationale, soutenu par l’Association internationale des travailleurs, les clubs et comités d’arrondissement et la fédération des chambres syndicales, agit comme un gouvernement.

Le 26 mars 1871, les élections municipales (qui ont été repoussées de quelques jours) s’accomplissent dans la légalité, les maires y ayant consenti. Le Conseil communal, élu par 229 167 votants sur 485 569 (soit environ 50 % d’abstention), est mis en place à l’Hôtel de Ville le 28 mars sous le nom de Commune de Paris et reçoit les pouvoirs du Comité central.

Louise Michel parlant aux communards

Sur 85 membres, 15 du « parti des maires » refusent de siéger. Les 70 membres restants sont idéologiquement très opposés et se répartissent en plusieurs groupes : les blanquistes (9), partisans de l’action directe (Charles Ferré, Raoul Rigault) ; les jacobins (Charles Delescluze, Gambon, Miot, Félix Pyat), qui veulent faire de Paris l’élément moteur du gouvernement de la France. La majorité est complétée par les révolutionnaires indépendants (Clément). Quant à la minorité ouvrière, composée d’internationaux militants (17 membres, dont Varlin, Frankel), elle s’inspire de Marx et Proudhon.. Le reste est indécis et comprend quelques personnalités comme Courbet, Zépherin Camélinat, Gustave Flourens.

Très vite le clivage entre la tendance majoritaire et minoritaire se produit. Si tous veulent consolider la république et consacrer l’autonomie absolue de la Commune de Paris, les uns veulent que cette dernière dirige dictatorialement la France comme en 1793, les autres qu’elle s’intègre à cette fédération des communes de France dans laquelle doit se dissoudre l’État.

  1. L’ACTION DE LA COMMUNE

3.1. LES COMMISSIONS

Le couronnement de l’édifice

Cette diversité d’opinions, qui s’ajoute à la dualité des pouvoirs entre le Comité central de la Garde nationale maintenu après les élections et le Conseil général de la Commune, contribue à diminuer l’efficacité de la Commune. Alors que des mouvements communalistes éclatent à Lyon (4 septembre), Saint-Étienne, au Creusot, à Limoges, Narbonne, Toulouse et surtout Marseille sous l’impulsion de Gaston Crémieux (fin mars-début avril 1871), mais sont rapidement réprimés par le gouvernement, Paris essaie de s’organiser militairement et politiquement. Dès le 29 mars, le Conseil de la Commune met sur pied neuf commissions, qui sont autant de véritables ministères, couronnées par une Commission exécutive qui devait jouer le rôle d’un véritable gouvernement à partir du 21 avril.

3.2. L’ŒUVRE SOCIALE DE LA COMMUNE

Écoles laïques

C’est dans le domaine du travail que la Commune manifeste sa volonté de donner un caractère social à son entreprise et fait œuvre de précurseur. Elle nomme un marxiste, Léo Frankel, , à la commission du Travail, de l’Industrie et des Échanges. Pour défendre les intérêts de la petite bourgeoisie et de la classe ouvrière, un certain nombre de mesures à caractère social sont prises : moratoire des effets de commerce et des loyers, abolition du travail de nuit des ouvriers boulangers, abolition des amendes et des retenues sur les salaires, suppression des bureaux de placement, enfin adoption de la journée de 10 heures. Il s’agit d’organiser le travail et d’en donner à ceux qui n’en ont pas. Aux Finances, la Commune a placé François Jourde, , comptable d’une honnêteté scrupuleuse qui reculera devant la nationalisation de la Banque de France, « n’osant toucher à la fortune de la France ».

3.3. L’INSTRUCTION LAÏQUE, OBLIGATOIRE ET GRATUITE

Dans le domaine de l’enseignement, la Commune agit avec vigueur. La commission de l’Enseignement, dirigée par Edouard Vailland, met en place une œuvre essentiellement laïque, obligatoire et gratuite, liée à l’attitude anticléricale de la Commune (suppression du budget des cultes et séparation des Églises et de l’État, transformation en propriété nationale des biens de mainmorte appartenant aux congrégations). Les municipalités sont invitées à créer des écoles professionnelles pour des jeunes filles, amorçant une réforme de l’enseignement primaire et professionnel.

  1. LA RÉACTION DU GOUVERNEMENT ET L’ÉCRASEMENT DE LA COMMUNE

4.1. VERSAILLAIS CONTRE COMMUNARDS

Très vite, cependant, l’effort de la Commune est absorbé par la lutte contre les forces de Thiers. Regroupées du 10 au 25 mai au camp de Satory et renforcées de soldats et d’officiers de l’armée de Mac-Mahon libérés par les Allemands et dotés d’une bonne artillerie, celles-ci comptent 130 000 hommes.

Après plusieurs échecs militaires (le fort d’Issy a failli tomber aux mains des versaillais), la Commune décide de créer un Comité de salut public (1er mai, renouvelé le 9 mai). Elle est en état d’infériorité du fait de l’incompétence des délégués à la Guerre (Cluseret, , Rossel, Delescluze), de l’indiscipline et de l’insuffisance des combattants : la Commune ne réussit à en mobilier qu’entre 20 000 et 30 000).

Les troupes versaillaises place de la Concorde

Les versaillais resserrent leur pression et s’emparent des forts de Vanves (13 mai) et d’Issy (8 mai) avant de pénétrer dans Paris par la porte de Saint-Cloud le 21 mai. Les troupes versaillaises gagnent le centre de la capitale, dont les rues se couvrent de barricades, défendues quartier par quartier, sous la direction d’un membre du Comité central, tandis que les Tuileries, l’Hôtel de Ville et la Cour des comptes sont la proie des flammes.

4.2. UNE IMPITOYABLE RÉPRESSION

Paris et ses ruines : l’Hôtel de Ville après l’incendie de la Commune en 1871

Aux massacres des Parisiens par les troupes de Thiers, les communards répondent en fusillant 52 otages, dont Monseigneur Darboy, , archevêque de Paris. Le 27 mai, les derniers combats se déroulent au cimetière du Père-Lachaise, où 200 communards se sont retranchés. À court de munitions, ces derniers se défendent à l’arme blanche mais sont vaincus par les versaillais qui achèvent les blessés et fusillent les derniers survivants contre le mur de l’enceinte, devenu depuis le mur des Fédérés. On appellera la semaine du 21 au 28 mai la « semaine sanglante ». Les jours suivants, les cours martiales continuent à condamner à mort.

Le mur des Fédérés

Du 3 avril au 31 mai, on estime entre 20 000 et 30 000 le nombre de Parisiens tués au combat ou exécutés (les versaillais ont perdu environ 1 millier d’hommes). Le gouvernement fait procéder à 40 000 arrestations environ, et les poursuites dureront jusqu’en 1874. Les 26 conseils de guerre prononceront 13 450 condamnations, dont 268 à mort (23 condamnés seront exécutés, dont Ferré et Rossel), les autres aux travaux forcés et à la déportation dans les bagnes de Nouvelle-Calédonie. Des milliers de vaincus doivent s’exiler. L’amnistie votée en 1880 ramènera en France les derniers survivants.

Si la dure répression qui s’est abattue sur les communards prive le mouvement ouvrier de ses chefs, l’influence de la Commune devait être considérable. Karl Marx en fit le symbole du soulèvement contre la bourgeoisie.

Les damnés de la Commune : tableau de Raphaël Meyssan

1870 : L"ANNEE TERRIBLE, BIOGRAPHIES, HISTOIRE, HISTORIEN FRANÇAIS, MARC FERRO (1924-2021)

Marc Ferro (1924-2021)

Marc Ferro

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Marc Ferro, né le 24 décembre 1924 à Paris et mort le 21 avril avril 2021 à Saint-Germain-en-Laye, est un universitaire et historien français. Directeur d’études à l’Ecole des hautes-études en sciences sociales, , il est spécialiste de la Russie, de l’URSS et de l’histoire du cinéma ainsi que codirecteur des Annales pendant de longues années.

Biographie

Une jeunesse marquée par la Seconde Guerre mondiale

Marc Roger Ferro est né à Paris. Son père, Jacques Ferro, né en juillet 1887 à Corfou (Grèce), est un agent de change italo-grec. Sa mère, Oudia Fridmann, est née en avril 1897 à Novohrad-Volynskyï, aujourd’hui en Ukraine. Marc Ferro a 5 ans lorsque meurt son père. Sa mère est modéliste et s’est remariée.

En 1941, Marc Ferro habite Paris avec sa mère et son beau-père. Il est élève au lycée Carnot.. Il est menacé par la politique antisémite du régime de Vichy en raison de l’origine juive par sa mère Son professeur de philosophie, Maurice Merleau-Ponty, recommande alors à Marc Ferro et à d’autres de ses condisciples également menacés de fuir au plus tôt la zone occupée. Marc Ferro part se réfugier à Grenoble, situé en zone non-occupée. Sa mère est détenue à la caserne des Tourelles à Paris, puis déportée, le  23 juin 1943, de Drancy vers Auschwitz, où elle meurt le 28 juin 1943.

C’est à la faculté de Grenoble que Marc Ferro prépare le certificat d’histoire-géographie Âgé de 20 ans en 1944, il est sous la menace d’une réquisition par le Service du travail obligatoire   (STO). Une amie communiste, Annie Kriegel l anime un réseau de résistants à Grenoble. Elle le recrute en raison de sa connaissance de la langue allemande. Il est chargé d’identifier de potentielles cibles pour le réseau parmi les soldats qui stationnent aux portes de la ville. Mais une partie du réseau est arrêtée et Marc Ferro, à partir de début juillet 1944, part rejoindre la Résistance dans le maquis du Vercors. Sa capacité à lire les cartes d’état-major décide de son affectation. Il reçoit pour mission de pointer avec précision sur les cartes les mouvements des forces en présence. Il est aussi chargé de transmettre les ordres du lieutenant-colonel François Huet, alias Hervieux, commandant la défense du Vercors. Quelques jours à peine après l’arrivée de Marc Ferro, l’armée allemande prend d’assaut le massif du Vercors pour réduire entièrement le bastion de la résistance. Marc Ferro effectue de périlleux ravitaillements. Le réseau reçoit l’ordre de se disperser. Marc Ferro retourne alors à Grenoble. Il participe à la libération de Lyon le 3 septembre 1944, puis reprend ses études et devient enseignant en histoire.

Après la guerre, il épouse le 7 février 1948 Yvonne France Blondel (1920-2021)

 

Carrière universitaire

Il enseigne à Oran au lycée Lamoricère entre 1948 et 1956. Il y déclencha l’hilarité générale lorsqu’il annonça à ses élèves qu’ils allaient étudier ensemble la culture arabe. « Mais, m’sieur, les Arabes, ils ne sont pas civilisés… ». Il découvre l’Algérie française de l’époque et prend conscience du fait colonial. Après les évènements violents de la Toussaint en 1954, il participe à la fondation de Fraternité algérienne, un mouvement progressiste dit de la troisième voie, hostile à la fois au système colonial en cours et à guerre radicale menée par le FLN.

Bien que très attaché à cette terre, il la quitte, car il est nommé professeur à Paris, aux lycées Montaigne, puis Rodin. Après avoir enseigné à l’Ecole polytechnique, il est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) — groupe de recherches Cinéma et Histoire —, président de l’Association pour la recherche à l’EHESS et codirecteur des Annales, où il est nommé par Fernand Braudel en 1970. Il est un utilisateur régulier de la bibliothèque de la Fondation Maison-des-Sciences de l’homme créée par ce dernier. Ancien directeur de l’Institut du monde soviétique et de l’Europe centrale, il est également membre élu de l’Academia-Europaea.

 

Étude de la Révolution russe

Concomitamment à son professorat, il travaille à sa thèse. L’historien contemporanéiste Pierre Renouvin lui propose de la consacrer à la Révolution russe de 1917.

Ainsi il se spécialise au début des années 1960 dans l’histoire soviétique, domaine dans lequel il a tenté de porter un discours non idéologique et de montrer par les archives audiovisuelles et écrites que la révolution prolétarienne est faite non par la classe ouvrière, mais par des femmes, des soldats et des paysans. Ses études dans le domaine de l’histoire sociale tranchent avec les analyses alors dominantes de l’« école » du totalitarisme.

Selon lui, l’insurrection d’Octobre ne se réduit pas au coup d’Etat bolchevique, car elle est indissociable du mouvement révolutionnaire et populaire en cours. Il analyse également le processus de bureaucratisation-absolutisation du pouvoir à partir du sommet, mais aussi de la base.

 

Engagement politique

Il s’affirme de gauche, mais non communiste. En mars 2007, lors de la campagne présidentielle française, il signe avec 150 intellectuels un appel à voter pour la candidate socialiste Ségolène Royal, « contre une droite d’arrogance », pour « une gauche d’espérance » après avoir soutenu en 2002, la candidature de Jean-Pierre Chevènement.

 

Autres engagements

En février 1979, il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson. Il est plus tard l’un des auteurs de la pétition Liberté pour l’histoire.

Mort

Marc Ferro meurt dans la nuit du mercredi 21 avril 2021, « emporté par une complication du Covid-19.».

Apport à la connaissance historique

L’utilisation des images dans l’analyse historique

Marc Ferro a lancé la réflexion sur le cinéma et l’histoire. Il utilise le cinéma comme instrument de connaissance de l’histoire des sociétés, considérant que le cinéma livre un témoignage au même titre que des sources traditionnelles. Il a présenté à la télévision, d’abord sur la Sept  à partir de 1989, puis sur Arte à partir de 1992, une émission historique de visionnage d’archives avec un décalage de 50 ans, nommée Histoire parallèle : son démarrage correspond à la veille de la Seconde Guerre mondiale avec l’analyse d’actualités cinématographiques des différents camps, puis d’archives moins anciennes pour pouvoir comparer les époques.  En 1993, il est co-scénariste du film Pétain de Jean Marbeuf.

 

Les incertitudes sur l’assassinat des Romanov

Marc Ferro est l’auteur d’une biographie de Nicolas II parue en 1990 et traduite dans de nombreuses langues, mais interdite à Ekaterinbourg..

Dans son dernier chapitre, l’ouvrage évoque les éléments publiés en 1976 et 1980 par Anthony Summers et Tom Mangold dans le Dossier Romanov, tels que l’intégrale du dossier Sokholov, les déclarations bolcheviques de 1918 à 1922, un ouvrage contemporain aux faits d’un militaire français, Joseph Lasies, La tragédie sibérienne, les archives diplomatiques européennes postérieures à juillet 1918, qu’il désigne en 2002 comme « un tabou de l’Histoire », la « seconde mort de Nicolas II » : le massacre de toute la famille Romanov à Ekaterinbourg ne serait pas avéré.

Seuls selon lui l’empereur Nicolas II — et peut-être son fils Alexis — aurait été tué à Ekaterinbourg en juillet 1918 : l’impératrice et les quatre filles furent évacuées à Perm afin d’être échangées avec l’Allemagne, l’Espagne et le Vatican. Parmi elles, Maria et Olga auraient vécu plusieurs décennies et gardé le contact.

En 2002, dans Les Tabous de l’histoire et en 2011 dans l’introduction à la réimpression de sa biographie, il émet l’hypothèse que le tsarévitch n’a pas non plus été tué à Ekaterinbourg, mais a survécu en URSS où il a eu, comme Maria Nicolaievna Romanov, mariée au prince ukrainien Nicolas Dolgorouki en Europe occidentale sous un faux nom, une descendance.

Dans cette hypothèse, Anna Anderson serait bien Anastasia, elle qui déclara toute sa vie — de manière peu claire, il est vrai — « que les choses ne s’étaient absolument pas passées comme on l’avait dit » et qui a bien tenté au moins une fois de prendre la fuite en septembre 1918 à Perm quand elle s’y trouvait prisonnière avec ses sœurs et sa mère.

Tous ces éléments, il les a à nouveau consignés en 2012 dans son livre, La Vérité sur la tragédie des Romanov ; l’ex-impératrice et les grandes-duchesses ont survécu. On y voit notamment l’annonce affichée à Ekaterinbourg en juillet 1918 de l’exécution de Nicolas II, suivie de « la femme et le fils de Nicolas Romanov ont été mis en lieu sûr », un télégramme du grand-duc de Hesse, frère de l’ex-tsarine, à sa sœur Vittoria indiquant fin septembre 1918 qu’« Alix et tous les enfants sont en vie » ainsi qu’une photographie de famille de Maria et d’Olga Nicolaievna Romanov ensemble en 1957 sur la côte d’Azur.

Œuvres

Communisme, Union des républiques socialistes soviétiques et Russie

La Révolution de 1917, Paris, Aubier, coll. « Collection historique », Paris, 1967, 2 vol. (vol. 1 : La chute du tsarisme et les origines d’Octobre, 607 p. ; vol. 2 : Octobre : naissance d’une société, 517 p.) ; rééd. Albin Michel, Paris, 1997, 1092 p.

Les Grands Révolutionnaires, t. 4 : Les Révolutionnaires communistes à la conquête du pouvoir : l’espoir d’un siècle (Marc Ferro, Jean Rous et Jean-Marcel Bichat), Martinsart, Romorantin, 1978, 445 p. – 40 p. de pl.

Des Soviets au communisme bureaucratique : les mécanismes d’une subversion (avec la collaboration d’Hélène de Chavagnac), Paris, Gallimard et Julliard, coll. « Archives », 1980, 269 p. 

 L’Occident devant la révolution soviétique : l’histoire et ses mythes, Bruxelles, Complexe, coll. « La Mémoire du siècle », 1980, 160 p. 

50 idées qui ébranlèrent le monde : dictionnaire de la glasnost (Iouri Afanassiev et Marc Ferro, dir., Galina Kolosova, réd., traduit du russe par Tamara Kondrateva, Marie-Hélène Mandrillon, Macha Tournié), Paris, Payot, coll. « Documents Payot », 1989, 521 p. 

Culture et Révolution (Sheila Fitzpatrick et Marc Ferro, dir.), Paris, Éditions de l’EHESS, 1989, 183 p.

De la Russie à l’URSS – Histoire de la Russie de 1850 à nos jours Paris, Nathan, 1989, 256 p.

Les Origines de la Perestroïka, Paris, Ramsay, coll. « Essais », 1990, 147 p. 

Nicolas II, Paris, Payot, 199029, 370 p. (2e édition en 2011 avec une nouvelle préface consacrée à l’affaire Romanov)

L’État de toutes les Russies, Paris, La Découverte, 1993.

L’Internationale : d’Eugène Pottier et Pierre Degeyter, Paris, Noêsis, coll. « L’Œuvre », 1996, 108 p. 

Naissance et effondrement du régime communiste en Russie, Paris, Librairie générale française, coll. « Le Livre de Poche. Références », 1997, 152 p.  (réunit des cours donnés au Collège universitaire français de Moscou).

Nazisme et Communisme. Deux régimes dans le siècle (Marc Ferro, éd.), Paris, Hachette, Pluriel, 1999, 278 p.

Russie, peuples et civilisations (Marie-Hélène Mandrillon et Marc Ferro, dir.), Paris, La Découverte, coll. « La Découverte-poche. L’État du monde », 2005, 203 p. 

Marc Ferro (dir.) (préf. Marc Ferro), 1917. Les hommes de la révolution : Témoignages et documents, Paris, Omnibus, septembre 2011 (1re éd. 2011), 1120 p. 

La Vérité sur la tragédie des Romanov, Paris, Taillandier, 2012.

Les Russes, l’esprit d’un peuple, Paris, Taillandier, 2017.

Monde arabe et colonisation

Suez, Bruxelles, Complexe, coll. « La Mémoire du siècle », 1982, 159 p. 

Histoire des colonisations : des conquêtes aux indépendances (xiiiexxe siècles), Paris, Le Seuil, coll. « L’Univers historique », 1994, 525 p. 

Le Choc de l’Islam (xviiiexxie siècles), Paris, Odile Jacob, coll. « Histoire », 2002, 270 p. 

Le Livre noir du colonialisme : xviexxie siècles, de l’extermination à la repentance, Paris, Éditions Robert Laffont, 2003, 843 p. 

La Colonisation expliquée à tous, Paris, Le Seuil, 2016, 144 p..

Première Guerre mondiale

La Grande Guerre : 1914-1918, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1968, 384 p.

Frères de tranchées (avec Malcolm Brown, Rémy Cazals, Olaf Mueller), Paris, Perrin, 2005, 268 p. – 8 p. de pl. .

Seconde Guerre mondiale

Pétain, Paris, Fayard, 1987, 789 p. ; réédition : 1993, 1994. Adapté au cinéma, par Jean Marbœuf, 1995.

Questions sur la IIe Guerre mondiale, Paris, Casterman, coll. « xxe siècle », 1993, 191 p. ; rééd. André Versaille, 2010 .

Ils étaient sept hommes en guerre : Histoire parallèle, Paris, Robert Laffont, 2007, 365 p.

Pétain en vérité (avec la participation de Serge de Sampigny), Paris, Tallandier, 2013, 303 p. 

Histoire et cinéma

Analyse de film, analyse de sociétés : une source nouvelle pour l’Histoire, Paris, Hachette, coll. « Pédagogies pour notre temps », 1974, 135 p. 

Cinéma et Histoire, Paris, Denoël et Gonthier, coll. « Bibliothèque Médiations », 1977, 168 p. – 12 p. de pl.

Film et histoire, Paris, Éditions de l’EHESS, coll. « L’Histoire et ses représentations », 1984 161 p. – 8 p. de pl. 

Le Cinéma, une vision de l’histoire, Paris, Le Chêne, 2003, 163 p. 

Sur l’écriture et le rôle de l’histoire

Comment on raconte l’histoire aux enfants : à travers le monde entier, Paris, Payot, coll. « Aux origines de notre temps », 198137, 316 p. 

L’Histoire sous surveillance : science et conscience de l’histoire, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Intelligence de l’histoire », 1985, 216 p. 

Que transmettre à nos enfants (avec Philippe Jammet et Danièle Guilbert), Paris, Le Seuil, 2000, 224 p. 

Les Tabous de l’histoire, Paris, Nil, 2002, 151 p. .

L’Aveuglement : Une autre histoire de notre monde, Paris, Tallandier, 2015, 304 p. 

Autres thèmes

L’Histoire (1871-1971), Paris, Centre d’études et de promotion de la lecture, coll. « Dictionnaires du savoir moderne. Les Idées, les œuvres, les hommes », 1971, 2 vol. (vol. 1 : Les idées et les problèmes, 512 p. ; vol. 2 : Les faits, 577 p.)

Comprendre les idées du xxe siècle, Verviers (Belgique), Marabout, coll. « Marabout Université », 1977, 254 p. (cet ouvrage reprend les articles essentiels de L’histoire de 1871 à 1971 : les idées et les problèmes).

Une histoire du Rhin (Pierre Ayçoberry et Marc Ferro, dir.), Paris, Éditions Ramsay, coll. « Des Fleuves et des hommes », 1981, 459 p. – 32 p. de pl. 

Une histoire de la Garonne (Janine Garrisson et Marc Ferro, dir.), Paris, Éditions Ramsay, coll. « Des Fleuves et des hommes », 1982, 616 p. – 16 p. de pl. 

Dix leçons sur l’histoire du vingtième siècle, Paris, Vigot, coll. Essentiel, 1996.

Les Sociétés malades du progrès, Paris, Plon, 1998, 219 p. .

Histoire de France, Paris, Odile Jacob, coll. « Histoire », 2001, 764 p. 

Les Individus face aux crises du xxe siècle : l’histoire anonyme, Paris, Odile Jacob, coll. « Histoire », 2005, 430 p. 

Le Ressentiment dans l’histoire, Paris, Odile Jacob, coll. « Histoire », 2007, 430 p. ).

Ils étaient sept hommes en guerre. Histoire parallèle, Paris, Robert Laffont, 2007, 366 p. ; Traduction israélienne.

Le xxe siècle expliqué à mon petit-fils, Paris, Seuil, 2007

Le Monde féodal (raconté en famille), Paris, Plon, 2008, 234 p.

11 novembre 1918 (avec Pauline Kerleroux), Paris, Perrin, 2008.

Le Siècle de Louis XIII à Louis XIV (raconté en famille), Paris, Plon, 2008.

Le Siècle de Luther et de Christophe Colomb (raconté en famille), Paris, Plon, 2008, 159 p.

Ancien Régime (raconté en famille), Paris, Plon, 2008, 189 p.

La Renaissance (raconté en famille), Paris, Plon, 2008.

« Introduction », dans Les Guerres de mémoires dans le monde, Hermès, no 52, Paris, CNRS Éditions, 2008.

Le Mur de Berlin et la chute du communisme expliqués à ma petite-fille Soazig, Paris, Seuil, 2009, 128 p. 

Les Révolutions et Napoléon, Paris, Plon, coll. « Raconté en famille », 2010, 252 p. 

Le Retournement de l’histoire, Paris, Robert Laffont, 2010, 268 p. 

De Gaulle expliqué aujourd’hui, Paris, Seuil, coll. « Histoire », 2010.

La Faucille et le Drapeau : Le xixe siècle, Paris, Plon, coll. « Histoire », 2011.

L’Entrée dans la vie, Paris, Tallandier, 2020 .

Mémoires

Autobiographie intellectuelle, présenté par Gérard Jorland, Paris, Perrin, 2011, 298 p.

Mes histoires parallèles (Entretiens avec Isabelle Veyrat-Masson), Paris, Carnets Nord, 29 avril 2011, 384 p. 

Une histoire de la médecine (1980), Marc Ferro et Jean-Paul Aron, série de 8 documentaires de 52 minutes réalisés avec Claude de Givray, Jean-Louis Fournier et Pierre Gauge, diffusée sur France 3 en 1981;

Histoire parallèle (1989 à 2001) série de 630 émissions de 50 minutes comparant avec 50 années d’écart les actualités cinématographiques des belligérants de la Seconde guerre mondiale.

ANGLETERRE, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'EUROPE, PHILIPPE, DUC D'EDIMBOURG (1921-2021), ROYAUME-UNI

Philippe Mountbatten, duc d’Edimbourg (1921-2021)

Philip Mountbatten

Philippe de Grèce

 

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Philip Mountbatten, du d’Edimbourg, , né Philippe de Grèce  le 10 juin 1921 à Corfou, en Grèce et mort le 9 avril 2021 à Windsor, au Royaume-Uni, est le mari d’Elisabeth II, reine du Royaume-Uni et des autres royaumes du Commonwealth..

Prince de Grèce et de Danemark   jusqu’à son mariage, il est le cinquième enfant et seul fils du prince André de Grèce et de la princesse Alice de Battenberg, le petit-fils du roi des Hellènes Georges Ier et un cousin germain des rois Georges II et Paul Ier. Il est également un petit-neveu de la dernière tsarine Alexandra Fiodorovna Romanov et de la princesse Irène de Prusse, belle-sœur de l’empereur allemand Guillaume II. Par sa mère Alice de Battenberg, Philip Mountbatten est aussi arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria du Royaume-Uni.

Membre de la maison dano-allemande de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksburg, le prince Philip naît dans la famille royale de Grèce, mais sa famille s’exile alors qu’il a un an et demi. Après des études en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Écosse, il rejoint la Royal-Navy à l’âge de 18 ans en 1939. En juillet 1939, il commence à correspondre avec la princesse Élisabeth, la fille aînée et héritière présomptive du roi George VI. Pendant la Seconde Guerre mondiale, , il sert dans les flottes de Méditerranée et du Pacifique. Après la guerre, Philip obtient la permission de George VI d’épouser Élisabeth. Avant l’annonce officielle des fiançailles, il renonce à ses titres et prédicats royaux grecs et danois, se convertit de la religion orthodoxe grecque à l’anglicanisme et devient sujet naturalisé britannique, adoptant le nom de famille Mountbatten de ses grands-parents maternels britanniques.

Après cinq mois de fiançailles, devenu le lieutenant Philip Mountbatten, il épouse la princesse Élisabeth le 20 novembre 1947. Le jour de son mariage, il reçoit de son beau-père le prédicat d’altesse royale et le titre de duc d’Edimbourg. Philip quitte le service actif, ayant atteint le grade de commander, quand Élisabeth devient reine en 1952. Sa femme le fait prince du Royaume-Uni en 1957 et Lord-Grand-Amiral en 2011. Philip a quatre enfants avec Élisabeth : Charles, Anne, Andrew et Edward. Depuis un décret en conseil datant de 1960, les descendants de Philip et Élisabeth ne portant pas de titres royaux peuvent utiliser le nom de famille Mountbatten-Windsor. Sportif passionné, Philip aide au développement de l’attelage-équestre e. Il est le président de plus de 800 organisations et le président du Duke of Edinburg’s Award pour les personnes âgées de 14 à 24 ans.

Retiré de la vie publique à partir de 2017, il meurt deux mois avant son centième anniversaire. Il est la personnalité ayant occupé le plus longtemps le rôle de consort du Royaume-Uni ainsi que le conjoint étant resté le plus longtemps marié à un monarque britannique régnant (plus de 69 ans).

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Philippe d’Edimbourg : une vie au service de Sa Majesté

Philippe Delorme

Paris, Tallandier, 2017. 268 pages.

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Il a tout abandonné : sa carrière dans la Royal Navy, son nom, son âme de « chef né » pour devenir le mari d’Élisabeth II. Voici raconté pour la première fois le destin singulier de Philippe d’Édimbourg, ce célèbre inconnu. Étrangement, aucune biographie du « mari de la Reine » n’existait en France. Est-ce parce que le personnage s’est condamné lui-même à vivre dans l’ombre ? Lui qui avait été élevé pour devenir un meneur d’hommes, il aura dû se contenter de jouer les utilités? C’est du moins ce qu’un regard superficiel pourrait laisser croire, bien à tort.

Né en 1921 prince Philippe de Grèce et de Danemark, descendant par sa mère de la reine Victoria, le jeune garçon a tout de suite été ballotté aux vents de l’Histoire. Exilé en France avec ses parents, il est éduqué en Angleterre selon les rigoureux principes du dépassement de soi et découvre là sa véritable patrie. Aux premières heures de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage avec brio dans la carrière maritime. Mais son avenir est ailleurs. Sa rencontre avec l’héritière du trône du roi George VI l’entraîne à tout sacrifier à l’amour. Il deviendra son « roc », le véritable chef de famille. En 1947, leurs noces à l’abbaye de Westminster puis, en 1953, le couronnement d’Élisabeth II retransmis dans le monde entier marquent le début d’un long roman qui, soixante-dix ans plus tard, n’est pas encore achevé. Par sa volonté de faire entrer la monarchie dans la modernité, son soutien indéfectible lors des crises, son engagement visionnaire dans l’écologie, sans oublier son charme et son humour si british, le duc d’Édimbourg, prince du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, a su laisser son empreinte dans l’aventure du XXe siècle.

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AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), HISTOIRE, HISTOIRE D'AIX-EN-PROVENCE, LIVRE, LIVRES

Un ouvrage sur l’histoire d’Aix-en-Provence

Histoire d’Aix-en-Provence 

Sous la direction de Florian Mazel et de Noël Coulet

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020. 336 pages.

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Aquae Sextiae, « les eaux de Sextius », Aquis, Aix, Aix-en-Provence, les noms de la ville disent son ancienneté et suggèrent ses transformations successives. Aujourd’hui en partie éclipsée dans l’imaginaire par la montagne qui en domine l’horizon, la Sainte-Victoire, érigée par la peinture de Paul Cézanne, l’enfant du pays, en icône de l’art moderne, la ville n’en a pas moins une histoire propre, longue et complexe, qui ne saurait se résumer au symbole culturel qu’elle est devenue dans la seconde moitié du XXe siècle. Idéalement placée dans la longue durée au carrefour de voies de circulation reliant l’Italie à la vallée du Rhône et au Languedoc, les Alpes à Marseille, la haute à la basse Provence, foyer de romanisation dans l’Antiquité, dont de spectaculaires fouilles archéologiques révèlent chaque jour un peu plus l’ampleur, Aix doit cependant son véritable essor à son érection en capitale de la Provence à partir de la fin du XIIe siècle. Ville royale aux horizons italiens sous le gouvernement des Angevins de Naples, elle voit ses fonctions de commandement régional renforcées par l’annexion au royaume de France à la fin du XVe siècle. Ville d’États et ville parlementaire par excellence, capitale judiciaire, intellectuelle et aristocratique, elle se pare alors des plus beaux atours de l’âge classique.

La Révolution et l’essor de Marseille, la puissante voisine, au cours du XIXe siècle constituent un choc et un défi, que la ville relève d’abord avec lenteur puis, depuis l’après-guerre, avec plus de vigueur, au prix d’une profonde métamorphose urbaine, socio-économique et culturelle. C’est à emprunter ce parcours, qui associe étroitement les formes de la ville aux mutations de ses fonctions et aux renouvellements de sa société, qu’invite cet ouvrage richement illustré, le premier consacré à l’histoire d’Aix dans la longue durée depuis 1977.

ESPAGNE, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'ESPAGNE, HISTOIRE DU XXè SIECLE, JUAN CARLOS IER (roi d'Espagne ; 1938-....)

Juan Carlos Ier, roi d’Espagne (1975-2014)

Juan Carlos Ier

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Juan Carlos Ier, né le 5 janvier 1938 à Rome, est un homme d’Etat espagnol, roi d’Espagne du 22 novembre 1975 au 18 juin 2014.   Fils du prince Juan de Borbón, comte de Barcelone, et de María de las Mercedes de Borbón y Orleans, il est un petit-fils du roi Alphonse XIII   et un membre de la branche espagnole de la maison de Bourbon. Il abdique le 18 juin 2014 en faveur de son fils, le prince Felipe.

Très populaire au début de son règne, notamment pour sa contribution à la consolidation de la démocratie, par son opposition au coup d’État de 1981, il connaît par la suite une fin de règne compliquée, entachée par la révélation, en 2012, de sa fracture de la hanche, contractée à la suite d’un accident de chasse lors d’un safari au Botswana, alors que l’Espagne est plongée dans une grave crise économique.

Son image est à nouveau écornée à la suite de révélations en 2019 et 2020 sur des dizaines de millions d’euros de commissions occultes que l’ancien monarque aurait perçus. Le 3 août 2020, soupçonné de corruption et sous le coup d’une enquête de la Cour suprême espagnole, il annonce sa décision de s’exiler.

Jeunesse

Enfance et prince héritier

Juan Carlos naît à Rome en 1938, où sa famille est exilée. Son grand-père paternel, Alphonse XIII, a été écarté du pouvoir par la Deuxième République puis par l’avènement au pouvoir de Francisco Franco. Celui-ci désignera Juan Carlos comme futur roi après qu’il eut été formé dans des écoles militaires espagnoles réputées. Le 29 mars 1956, il tue accidentellement son frère cadet Alfonso d’une balle de pistolet en plein front, dans la résidence de ses parents à Estoril, au Portugal, les rumeurs et hypothèses abondant pour expliquer la cause exacte du drame: le pistolet avait été offert quelques semaines auparavant par Franco.. Pendant la dictature en 1969, Franco crée le titre de prince d’Espagne (plutôt que prince des Asturies) pour Juan Carlos. Il épouse la princesse Sophie de Grèce et le couple occupe le palais de la Zarzuela. Il est nommé capitaine général des forces armées dès 1975, le grade le plus élevé, avant de prêter serment le lendemain de la mort de Franco (mais il ne prendra ses fonctions que le jour suivant). Il s’applique alors à démocratiser le système espagnol et apporte une certaine modernité à son pays. Il parvient également à unifier l’armée et les différentes régions d’Espagne, soutenant Felipe González.

Il a étudié à l’Institut Le Rosey (Suisse).

 

Roi d’Espagne

Transition démocratique

Durant les périodes de maladie de Franco en 1974 et 1975, Juan Carlos est nommé chef de l’État par intérim. Proche de la mort, Franco avoua le 30 octobre 1975 qu’il était trop malade pour gouverner, mais ce ne sera que deux jours après la mort du dictateur, survenue le 20 novembre 1975, que Juan Carlos sera proclamé roi d’Espagne. Les manifestations et les grèves se multiplient à travers le pays, malgré la répression sanglante. Face à la résistance armée d’ETA et des communistes du Front révolutionnaire antifasciste patriotique (FRAP) et des Groupes de résistance antifasciste du premier octobre (GRAPO), le roi d’Espagne prend conscience que le maintien du franquisme est impossible et que le changement est inévitable. Ainsi, Juan Carlos promulgue des réformes démocratiques, au grand dam des éléments conservateurs, notamment les forces armées, qui s’attendaient à ce qu’il maintînt l’État franquiste (mais ce sur quoi Franco lui-même ne nourrissait aucune illusion, se considérant comme une sorte de régent, à l’instar de l’amiral Horthy en Hongrie). Juan Carlos nomme pourtant Adolfo Suárez, ancien chef du Mouvement national, au poste du président du gouvernement. La pièce maîtresse des réformes démocratiques est la loi pour la réforme politique (Ley para la Reforma Política) présentée par le gouvernement Suárez, adoptée par le Parlement le 18 novembre 1976 et par le peuple espagnol lors du référendum du 15 décembre 1976 (94,2 % de oui). Cette loi, de rang constitutionnel (« loi fondamentale », selon la terminologie franquiste), crée les bases juridiques nécessaires à la réforme des institutions franquistes depuis l’intérieur et permet que se déroulent le 15 juin 1977 les premières élections démocratiques depuis l’instauration de la dictature. Le Congrès des députés (Congreso de los Diputados) et le Sénat (Senado) issus de ces élections seront chargés d’élaborer, notamment, la nouvelle Constitution démocratique que le roi approuvera au cours d’une session conjointe des deux Chambres le 27 décembre 1978.

En 1977, le père du roi, Juan de Borbón, est obligé par son fils à renoncer à ses prétentions au trône ; Juan Carlos le dédommagera en officialisant le titre de comte de Barcelone, titre suzerain appartenant à la couronne espagnole, que Juan de Borbón s’était donné comme titre de courtoisie pendant son exil. Dans son article 57 al. 1, la Constitution de 1978 désigne Juan Carlos comme l’« héritier légitime de la dynastie historique », alors que les droits de la branche aînée (infant Jacques et sa descendance) n’ont jamais été abolis par le Parlement. A fortiori, Franco ayant déclaré que la nouvelle monarchie était une instauration, non une restauration, la légitimité de Juan Carlos Ier ne pouvait s’établir sur l’histoire, mais sur sa nomination comme prince d’Espagne en 1969, puis sur le suffrage universel en 1978.

La Constitution de 1978

L’Espagne a été un pays sans Constitution de 1936 à 1978. Après la prise du pouvoir, le général Franco légiférait à coups de Fuero de los españoles, de lois organiques et de lois de succession.

Point d’orgue de l’idéal consensuel de la transition, l’élaboration du texte constitutionnel repose sur un esprit de tolérance prôné conjointement par le parti au pouvoir et les formations de l’opposition. Celles-ci — PSOE et PCE notamment — acceptent la voie ouverte par la « loi de réforme politique » et finissent par conserver le seul héritage qui leur paraît acceptable : le système monarchique, signe que le seul dilemme d’actualité se réduit désormais à l’alternative entre monarchie parlementaire et monarchie absolue, et non plus, comme en 1931, à l’alternative république-monarchie.

Le 25 juillet 1977, la nomination de la Commission des affaires constitutionnelles et les libertés publiques, présidée par le centriste Emilio Atard ouvre la période constituante. De cette première émane un groupe de sept personnalités qui constituent la Ponencia Constitucional : Manuel Fraga Iribarne, Gabriel Cisneros Laborda, Miguel Herrero, Gregorio Peces Barba, José Pedro Pérez Llorca, Miquel Roca et Jordi Solé Tura. Après quatre mois de travail, les « Pères de la Constitution » achèvent la rédaction de l’avant-projet qui sera modifié par près de 2 000 amendements présentés par les députés et les sénateurs. Enfin, le 31 juillet 1978, le texte est adopté par les parlementaires. Au Congrès des Députés, l’approbation est écrasante : 94,2 % sont favorables au « oui » (UCD, PSOE, PCE et la plupart des députés d’Alliance populaire — dont Manuel Fraga Iribarne et une partie du groupe mixte). Au Sénat, les résultats sont identiques : 94,5 % de « oui ». Le corps électoral apparaît cependant un peu moins motivé que ne l’est la classe politique, un tiers des électeurs ne prenant pas part au référendum du 6 décembre. Près de 88 % se prononcent en faveur du texte.

Finalement le 27 décembre 1978, le roi d’Espagne se présente devant le Parlement — députés et sénateurs réunis — pour ratifier la Constitution.

Le roi règne en tant que monarque constitutionnel, sans exercer de réel pouvoir sur la politique du pays. Il est considéré comme un symbole essentiel de l’unité du pays, et ses interventions et points de vue sont écoutés respectueusement par des politiciens de tous les côtés. Son discours annuel la veille de Noël est diffusé par la plupart des chaines de télévision espagnoles. Étant le chef suprême des forces armées espagnoles, son anniversaire est une fête militaire.

Coup d’État du 23 février 1981

Une tentative de coup d’État militaire surprend le Congrès des députés le 23 février 1981. Des officiers, avec à leur tête le lieutenant-colonel Tejero, tirent des coups de feu dans la Chambre parlementaire durant une session retransmise en direct à la télévision. On craint alors la déroute du processus démocratique, jusqu’à ce que le roi étonne la nation par une allocution télévisée exigeant que l’armée apporte son soutien inconditionnel au gouvernement démocratique légitime. Le roi avait auparavant appelé plusieurs chefs de l’armée pour leur ordonner en tant que commandant en chef de défendre la démocratie.

Lors de sa prestation de serment devant les Cortes Generales (le Parlement), un chef communiste, Santiago Carrillo, lui avait donné le sobriquet « Juan Carlos el Breve », prédisant qu’il se trouverait rapidement écarté avec les autres restes du fascisme. Après l’échec du coup d’État du 23 février 1981, ce même homme politique, ému, dira aux médias : Dieu protège le Roi ! Si les démocrates et les partis de gauche s’étaient jusque-là montrés réservés, après l’échec du coup d’État, leur soutien deviendra inconditionnel, un ancien chef de la IIe République déclarera : « Nous sommes tous des monarchistes maintenant ». Néanmoins, une expression courante dit que les Espagnols ne sont pas des monarchistes, mais des « juancarlistes ».

Plus tard, une tentative d’assassinat par des membres du groupe séparatiste basque ETA avortera à Majorque, lieu de villégiature de la famille royale.

Fin de règne contestée et abdication

Le roi Juan Carlos Ier et, plus généralement, la famille royale espagnole sont ébranlés à la suite de plusieurs scandales dus à leur train de vie et à des affaires d’infidélités et de corruption.

En avril 2012, Juan Carlos Ier est victime d’une fracture de la hanche lors d’une chasse aux trophées d’éléphant au Botswana. Beaucoup se sont scandalisés de ce voyage qui a coûté plusieurs dizaines de milliers d’euros aux contribuables espagnols alors que le pays traversait une grave crise économique et subissait une politique d’austérité. Le roi dut présenter ses excuses à la nation le 18 avril 2012 : « Je suis profondément désolé. J’ai commis une erreur et cela ne se reproduira pas ».

L’affaire Nóos met en évidence le détournement de 6,5 millions d’euros de fonds publics et choque les Espagnols, car elle semble impliquer le gendre du roi, Iñaki Urdangarin, et peut-être l’infante Cristina elle-même.

Le 2 juin 2014, le président du gouvernement, Mariano Rajoy, déclare, lors d’une conférence de presse, que le roi Juan Carlos a décidé d’abdiquer en faveur de son fils Felipe, prince des Asturies. Le même jour, le monarque s’exprime pour justifier sa décision. Le 18 juin, l’abdication est effective et son fils Felipe devient roi le lendemain, au moment de la publication de la loi organique d’abdication au bulletin officiel sous le nom de Felipe VI.

Après l’abdication

Le roi émérite continue d’exercer des fonctions de représentation au nom de son fils, notamment lors des prises de fonctions des chefs d’État d’Amérique latine, jusqu’en 2019 où il annonce qu’il se retire définitivement de la vie publique à compter du 2 juin de la même année.

Présomption de fraude fiscale et de corruption

D’après des enregistrements de Corinna Larsen, ancienne aristocrate allemande et ex-maîtresse de Juan Carlos, diffusés par la presse, ce dernier l’aurait utilisée afin de cacher des fonds considérables en Suisse. D’après ces révélations, le monarque espagnol aurait touché de très importantes commissions sur des marchés d’État, dont en particulier 80 millions d’euros pour la construction d’un train rapide en Arabie saoudite. Juan Carlos aurait profité de l’amnistie fiscale décrétée en 2012 par Mariano Rajoy   pour rapatrier, et au passage blanchir, la majeure partie de ce capital.

Un communiqué du roi Felipe VI annonce en mars 2020 que ce dernier renonce à l’héritage de Juan Carlos, son père, à la suite de nouvelles révélations sur sa fortune cachée, et qu’il lui retire sa dotation de 195 000 euros par an. L’ancien monarque détiendrait notamment un compte au Panama abritant 100 millions d’euros et un autre au Liechtenstein de 10 millions d’euros, qui auraient été alimentés par des pots-de-vin durant ses années de règne.

Après son départ d’Espagne

Le 3 août 2020, soupçonné de corruption et sous le coup d’une enquête du Tribunal suprême, l’ex-roi Juan Carlos annonce sa décision de quitter le pays dans une lettre adressée à son fils, le roi Felipe VI, citée par la Maison royale. Le quotidien El País révèle, dans son édition du 5 août 2020, que le roi Felipe VI et son père se sont rencontrés et sont convenus de cet « exil provisoire », avec l’aval du gouvernement de Pedro Sánchez. Ce dernier apporte son soutien à la monarchie constitutionnelle, affirmant qu’« on juge des personnes et non des institutions » et que l’ex-roi se mettra à la disposition de la justice.

Coût de la monarchie espagnole

La monarchie espagnole perçoit de l’État environ 10 millions d’euros par an. Selon le quotidien espagnol El Economista, son coût réel est de 25 millions d’euros si l’on inclut l’entretien des édifices royaux, celui du yacht et du parc automobile du roi Juan Carlos, ainsi que les 5,8 millions d’euros versés aux 130 fonctionnaires à son service. Selon La Dépêche du Midi : « Le roi, Juan Carlos Ier, perçoit 266 436 euros par an, soit quatre fois plus que le chef du gouvernement. Le prince Felipe, 45 ans, touche 127 636 euros annuels »

À titre de comparaison, en 2006, le député socialiste René Dosière estimait le coût de la présidence de la République française à 90 millions d’euros annuels.  Mais celle-ci abrite le véritable chef de l’exécutif contrairement à la reine Élisabeth II du Royaume-Uni, qui est dans une situation constitutionnelle comparable au roi d’Espagne et qui percevait, en 2013, 42,5 millions d’euros annuels.

La fortune du roi était estimée, en 2013, à 300 millions d’euros.

Autres activités

Passionné de voile depuis sa jeunesse, le roi Juan Carlos participe régulièrement à des régates. Début 2018, il remporte le championnat du monde de voile dans la catégorie des 6 mètres JI.

L’indicatif radioamateur du roi est EA0JC.

Il est membre honoraire du Club de Rome.

En tant que pilote professionnel, il a participé à un vol d’essai de l’A400M.

Amateur de chasse au gros gibier, le roi s’est rendu plusieurs fois au Botswana pour y chasser légalement l’éléphant, une espèce menacée. La chasse à l’éléphant coûte en moyenne 37 000 euros par animal tué.

Famille

Juan Carlos de Borbón épouse, le 14 mai 1962, d’après les rites orthodoxe et catholique, la princesse Sophie de Grèce (1938), fille du roi Paul de Grèce (1901-1964) et de la princesse Frederika de Hanovre (1917-1981).  De cette union naissent trois enfants portant le prédicat d’altesse royale :

Elena de Borbón y Grecia (1963), infante d’Espagne, duchesse de Lugo, qui épouse en 1995 Jaime de Marichalar y Sáenz de Tejada (1963), dont elle divorce en 2010, d’où deux enfants portant le prédicat d’excellence :

Felipe de Marichalar y Borbón (1998) ;

Victoria de Marichalar y de Borbón (2000) ;

Cristina de Borbón y Grecia (1965), infante d’Espagne, qui épouse en 1997 Iñaki Urdangarin Liebaert (1968), d’où quatre enfants portant le prédicat d’excellence :

Juan Valentín Urdangarin y de Borbón (1999) ;

Pablo Nicolás Urdangarin y de Borbón (2000) ;

Miguel Urdangarin y de Borbón (2002) ;

Irene Urdangarin y de Borbón (2005) ;

Felipe de Borbón y Grecia (1968), prince des Asturies, devenu Felipe VI, qui épouse en 2004 Letizia Ortiz Rocasolano (1972), d’où deux enfants portant le prédicat d’altesse royale :

Leonor de Borbón y Ortiz (2005), princesse des Asturies ;

Sofía de Borbón y Ortiz (2007), infante d’Espagne.

Titres, honneurs et armoiries

 

Titulature officielle

21 juillet 1969 – 22 novembre 1975 : Son Altesse royale le prince d’Espagne ;

22 novembre 1975 – 18 juin 2014 : Sa Majesté le roi d’Espagne

depuis le 18 juin 2014 : Sa Majesté le roi Juan Carlos.

Après son abdication, Juan Carlos continue de porter à vie le titre honorifique de roi et la qualification de majesté.

Conformément à la Constitution espagnole, Juan Carlos a porté légalement le titre de roi d’Espagne et a pu utiliser « les autres titres qui reviennent à la Couronne » (deuxième alinéa de l’article 56 du titre II « De la Couronne »), sans pour autant les spécifier. En outre, le décret royal 1368/1987, promulgué le 6 novembre 1987 en  Conseil des ministres, confère au titulaire de la Couronne (le roi ou la reine d’Espagne) le prédicat de majesté et lui donne la possibilité d’utiliser les « autres titres qui correspondent à la Couronne ». L’ensemble de ces titres, qui forment la titulature traditionnelle des souverains espagnols, contient une liste d’une vingtaine de royaumes  faisant aujourd’hui partie d’États souverains, ce qui fait qu’il n’est utilisé ni par les agences de l’État espagnol ni par la diplomatie du royaume. La titulature espagnole complète a été officiellement utilisée avant l’instauration de la Constitution de 1837, sous le règne d’Isabelle II d’Espagne. Elle est la suivante :

« Sa Majesté catholique [nom de règne], roi d’Espagne, de Castille, de Léon, d’Aragon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Minorque, de Séville, de Sardaigne, de Cordoue, de Corse, de Murcie, de Jaén, des Algarves, d’Algésiras, de Gibraltar (es), des îles Canaries, des Indes orientales et occidentales, de l’Inde et du continent océanien, de la terre ferme et des îles des mers océanes, archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, de Milan, d’Athènes, de Néopatrie, comte de Habsbourg, de Flandre, de Tyrol et de Barcelone, seigneur de Biscaye et de Molina (es), marquis d’Oristan et de Gozianos, etc. »

Titulature de courtoisie

5 janvier 1938 – 8 mars 1941 : Son Altesse royale Juan Carlos de Borbón y Borbón-Dos Sicilias, infant d’Espagne

8 mars 1941 – 21 juillet 1969 : Son Altesse royale le prince des Asturies

Alors que le 5 février 1941 le roi Alphonse XIII abdique ses droits à la Couronne en faveur de son fils cadet, l’infant Juan, qu’il s’était choisi pour héritier, ce dernier devient prétendant au trône d’Espagne et prend le titre de courtoisie de comte de Barcelone. Juan Carlos, son fils, reçoit par la suite la Toison d’or, ce qui le désigne comme le successeur potentiel du comte de Barcelone. Ainsi, il est désigné par les partisans de son père par le titre de courtoisie de prince des Asturies (non reconnu par le régime franquiste ni par les autres prétendants au trône d’Espagne), avec la qualification d’altesse royale.

Pour les légitimistes français, il est « petit-fils de France » en tant que fils de Juan de Borbón, comte de Barcelone, fils cadet d’Alphonse XIII (ou « Alphonse Ier » pour les légitimistes) et frère de Jacques-Henri de Bourbon (prétendant au trône de France sous le nom de « Henri VI »). Juan Carlos occuperait la 4e place dans l’ordre de succession derrière Henri de Bourbon, duc de Touraine et devant son fils, le prince Felipe, premier prince du sang.

Ascendance

Juan Carlos descend de la branche espagnole de la maison de Bourbon, ayant pour auteur le roi Philippe V d’Espagne (1683-1748), né Philippe de France, fils de France, duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV. Le roi Juan Carlos est aussi l’arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria, par sa petite-fille Victoire-Eugénie de Battenberg (1887-1969), l’épouse d’Alphonse XIII d’Espagne (1886-1941). Au travers de différents ascendants, et notamment par son arrière-grand-mère Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine (de la branche de Teschen), épouse d’Alphonse XII, il descend de la maison de Habsbourg-Lorraine fondée par le mariage de Marie-Thérèse d’Autriche avec François de Lorraine.

 

Bibliographie

Laurence Debray, Juan Carlos d’Espagne, Paris, Éditions Perrin, 2013, 410 p.

Chantal de Badts de Cugnac et Guy Coutant de Saisseval, Le Petit Gotha, Paris, Éditions Le Petit Gotha, coll. « Petit Gotha », 2002 (1re éd. 1993), 989 p.  p. 361 et seq. (section « Maison royale d’Espagne »)

Christian Cannuyer (préf. Roland Mousnier), Les maisons royales et souveraines d’Europe : la grande famille couronnée qui fit notre vieux continent, Paris, Brepols, 1989, 274 p.

Guy Coutant de Saisseval, Les Maisons impériales et royales d’Europe, Paris, Éditions du Palais-Royal, 1966, 588 p.

Gauthier Guy, Don Juan Carlos Ier, les Bourbons d’Espagne d’Alphonse XIII à Philippe VI, Editions L’Harmattan, 2016.

Philippe Nourry, Juan Carlos, un roi pour les Républicains Centurio, 1986. Nouvelle édition mise à jour : Juan Carlos, Taillandier, 2011.

Philippe Nourry, Histoire de l’Espagne, Taillandier 2011 et Texto, 2015.

COLONISATION, ESCLAVAGE, HISTOIRE, RACISME, RACISME, COLONISATION, ESCLAVAGE ET REECRITURE DE L'HISTOIRE

Racisme, colonisation, esclavage et réécriture de l’histoire

Race, colonisation, esclavage… Halte au feu !

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Sur son site la revue Hérodote.net revient sur le mouvements qui agitent en ce moment les manifestations anti-racistes et contre les violences policières avec le déboulonnage de statues voulant aisi effacer certaines pages de l’histoire d’un pays.  Peut-on réécrire  l’histoire d’une nation  ? Un pays peut-il effacer les pages de son histoire au risque de plus pouvoir l’étudier et assumer toutes les pages de son pays

Dans les médias comme sur les réseaux virtuels, les cancres semblent avoir pris le pouvoir. Ils prétendent réécrire l’Histoire mais encore faudrait-il qu’ils aient pris la peine de l’étudier…

 « Je vous le dis très clairement : la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. Elle n’oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statue » a proclamé le président de la République dans son allocution télévisée du 14 juin 2020, en réponse à l’agitation consécutive au meurtre de George Floyd, aux États-Unis, le 25 mai précédent. 

Il ne s’agit pas que le combat contre les injustices débouche sur une réécriture échevelée de l’Histoire. Le ton présidentiel est ferme mais l’affirmation maladroite. Qui peut être sûr en effet que les travaux des historiens présents ou futurs ne vont pas remettre en cause le parcours de telle ou telle célébrité honorée par une statue ou une plaque de rue ?

 

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Statue de Colbert devant la façade du Palais Bourbon

Race et Histoire : est-il permis de dire n’importe quoi ?

Pour l’heure, nous n’en sommes pas là. Les historiens restent confinés dans leur bibliothèque et les médias dégoulinent de bêtise et d’ignorance. Sur BFM TV, une journaliste déclare comme une évidence que le général Gallieni aurait massacré 500 000 Malgaches, soit le quart de la population de la Grande Île en 1900 !

D’autres commentateurs, trop nombreux pour les nommer, expliquent le prétendu racisme d’État de la France par la colonisation.

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Savent-ils bien ce que fut la colonisation de l’Afrique ? Un projet civilisateur de la gauche républicaine qui ne différait guère de celui des actuels coopérants et « médecins sans frontières ».

Elle a donné lieu à beaucoup de crimes et d’abus mais au total nettement moins que les régimes issus de la décolonisation et guère plus que la coopération actuelle (abus sexuels, pillages, détournements de fonds…).

Par un grossier anachronisme, on dépeint maintenant aussi Colbert et Louis XIV comme d’odieux racistes. Le Roi-Soleil porta sur les fonds baptismaux un prince noir venu de Côte d’Ivoire et Colbert, parmi ses innombrables entreprises, eut à cœur de limiter les abus des planteurs dans de lointaines îles à sucre. Pouvait-il faire plus ?

Veut-on traquer les tyrans et les oppresseurs ? Le champion toutes catégories est sans aucun doute le Mongol Gengis Khan dont les conquêtes auraient entraîné la mort violente d’un quart des Asiatiques. Le chef zoulou Chaka s’est montré tout aussi ravageur à l’échelle de l’Afrique australe…

Reste une triste réalité : sous toutes les latitudes, la guerre est une chose sale. Abd-el-Kader ou encore El-Hadj Omar n’avaient rien à envier à leurs adversaires Bugeaud et Faidherbe en matière de brutalité. Rappelons encore que de toutes les guerres, les pires sont les guerres civiles. Aucune population n’a eu sans doute plus à souffrir de l’armée française que les Vendéens. On pourrait dire la même chose des Irlandais vis-à-vis de l’armée anglaise.

En matière d’atrocités, il n’y a guère que Hitler et Mao qui puissent rivaliser avec les guerres de religion, la guerre de Trente Ans qui a déchiré l’Allemagne, la révolte des Taiping en Chine, la guerre civile de Russie ou la terreur des Khmers rouges. En matière d’esclavage, il serait également présomptueux d’établir un palmarès de l’horreur, de la traite atlantique à la traite saharienne, avec la castration massive des malheureux voués au travail forcé au Moyen-Orient.

Autant dire que si nous voulons honnêtement classer et hiérarchiser les horreurs de l’Histoire, nous ne verrons aucune corrélation entre leur niveau d’intensité et la couleur de peau ou la religion des victimes et des bourreaux.

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Gravure dans le Tour de France des deux enfants de G. Bruno de 1904

Une Histoire en reconstruction permanente

Nous pouvons décider de notre avenir, nous ne pouvons pas changer l’Histoire et encore moins la juger. Nous pouvons seulement essayer de mieux la connaître afin de comprendre comment fonctionnent les êtres humains et les sociétés : c’est le travail dévolu aux historiens.  

Ceux-ci n’en finissent pas de réécrire le passé à la lumière de nouvelles découvertes, dans les archives et l’archéologie. Dans les dernières décennies, par exemple, c’est notre vision de la Préhistoire ainsi que de la Gaule qui a été bouleversée par la génétique et l’archéologie aérienne. Nous avons découvert en l’homme de Néandertal un lointain ancêtre plus évolué et bien moins brutal qu’on ne le croyait auparavant. Même rebond du côté de nos « ancêtres les Gaulois », plus divers et aussi plus civilisés qu’on ne l’eut cru.

Mais les historiens sont aussi des hommes et des femmes de leur temps. Ils revisitent le passé avec un regard biaisé…

C’est ainsi que le grand historien républicain Jules Michelet a écrit sa magistrale Histoire de la Révolution de 1847 à 1853, essentiellement pendant la Seconde République, en mettant en avant le Peuple. Mais à aucun moment, il n’a pris la peine dans son livre d’évoquer le décret du 4 février 1794 (16 Pluviôse An II) par lequel la Convention a aboli l’esclavage. Non qu’il fut insensible au sort des esclaves ; bien au contraire, il a applaudi à la deuxième abolition, le 27 avril 1848. Mais cette première abolition n’avait pour lui aucune incidence sur le cours de la Révolution et ne méritait donc pas qu’on s’y attarde. Aujourd’hui, elle apparaît comme l’un des éléments centraux de la Révolution et sans doute est-elle mieux connue des jeunes Français que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et la Nuit du 4-Août.

Autre exemple : la Première Guerre mondiale a été jusqu’à la fin du XXe siècle traitée sous les angles militaires et politiques. Les historiens se sont aussi penchés sur ses causes et ses conséquences tant politiques qu’économiques, sociales et culturelles. Les écrivains qui ont survécu aux tranchées ont pour leur part évoqué leurs conditions de vie dans des témoignages de forme romanesque. En ce XXIe siècle, le conflit n’est plus regardé que sous l’aspect humain. Dans nos sociétés post-nationales, les historiens, à l’image de leurs concitoyens, n’en finissent pas de se demander comment des millions d’hommes ont pu revêtir l’uniforme sans broncher et mourir pour un bout de tissu tricolore. Ils multiplient donc les enquêtes sur les mutineries et dépouillent à n’en plus finir les lettres de poilus.

Les aléas de la mémoire

Les gouvernants, dans tous les régimes, toutes les sociétés et toutes les époques, s’attachent au passé mais d’une toute autre façon que les historiens. Ils y cherchent une légitimité sans grand souci de la vérité. Ce n’est pas le président Macron commémorant l’« illustre victoire » de Montcornet (17 mai 1940) qui nous contredira… Avec plus de prestance, les souverains apprécient de se donner une ascendance divine ou héroïque (Osiris, Amaterasu, Vénus, Énée, David…).

Plus sournois, les nationalistes recourent à l’archéologie pour justifier leurs prétentions. On l’a vu avec les nazis qui ont lancé beaucoup d’expéditions pour tenter de donner du contenu à leur théorie « aryaniste ».

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Dans le même genre, le Turc Moustafa Kémal qui méprisait sa part d’héritage arabo-musulman, a voulu voir dans les Hittites, un peuple indo-européen du IIe millénaire av. J.-C., les précurseurs de la Turquie moderne. Son lointain successeur Recep Tayyip Erdogan a préféré quant à lui réveiller le souvenir de l’empire ottoman, avec l’ambition à peine cachée de le reconstituer, de la Libye aux Balkans en passant par la Syrie.

L’Iranien Réza chah Pahlévi a agi pareillement mais avec plus de pertinence en célébrant avec faste en 1971, à Persépolis, le 2500e anniversaire de la fondation de l’empire perse.

Les Français n’échappent pas à ce penchant au demeurant compréhensible. Il s’est affirmé essentiellement sous la IIIe République. Ce régime né d’une défaite, celle de Napoléon III à Sedan, n’a eu de cesse de consolider sa légitimité face à une masse provinciale qui lui était au départ plutôt hostile.

Cette légitimité s’est affirmée dans les années 1880 à travers des symboles : hymne national, fête nationale, Panthéon des gloires nationales, expositions universelles, statuaire…  Soulignons que la statuaire a connu son Âge d’or à cette époque, toutes les villes et tous les villages ayant souhaité ériger la statue d’une gloire locale en chacune de leurs places pour l’édification des citoyens (un siècle plus tard, on n’érige plus de statues mais l’on aménage des ronds-points, question de goût).

La IIIe République s’est bâtie aussi autour de deux projets fédérateurs :
• L’instruction publique laïque, gratuite et obligatoire destinée à réunir en un seul peuple des populations aussi diverses que les Bretons, Flamands, Corses, Basques, Auvergnats etc.
• La constitution d’un empire colonial destiné à diffuser les « valeurs universelles » portées par la République française.

Il est compréhensible que ces deux projets qui visaient l’un à « civiliser les paysans », l’autre à « civiliser les races inférieures », aient été portés par le même homme d’État, Jules Ferry. Il a été magnifiquement servi par les pédagogues, à l’image d’Augustine Fouillée qui a publié en 1877 sous le pseudonyme G. Bruno Le Tour de la France de deux enfants.

Ce manuel de lecture va servir à l’éducation patriotique de tous les écoliers français jusqu’en 1940 et même au-delà. Il réussit le tour de force de raconter l’histoire et la géographie du pays sans jamais évoquer les souverains ou la religion (on ne badine pas avec la République). Comme les manuels d’Histoire de Lavisse, Malet et Isaac, il a contribué à forger un socle commun de connaissances et de références pour tous les jeunes Français sans empêcher les universitaires de développer une réflexion contradictoire et approfondie.

Par la suite, à l’issue de l’occupation allemande, la Libération a conduit les Français à une vague d’épuration. Personne n’a vu d’inconvénient à débaptiser des plaques de rues aux noms d’anciens collaborateurs, à commencer par le Maréchal Pétain et Pierre Laval. Une autre vague d’épuration a eu lieu sous la Convention, en 1793 et 1794, à la chute de la royauté, avec la destruction de quelques statues, monuments et objets d’art et le changement de noms de rues ou de places. Qui se souvient encore qu’à Paris, la place de la Concorde et la place des Vosges s’appelaient place Louis XV et place Royale. Mais après tout, quelle importance ? Napoléon Ier n’a aucune rue ni aucune statue à son nom en France (à de rares exceptions près : Ajaccio, Laffrey et La Roche-sur-Yon). Cela n’empêche qu’il reste le Français le plus célèbre dans le monde entier, pour le meilleur et le moins bon.

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Mascaron figurant une tête africaine sur une façade de l’avenue Brancas à Nantes (XVIIIè siècle)

Délires de l’épuration

L’épuration est le négatif de la mémoire. Elle est elle aussi de tous les temps. De l’Égypte pharaonique aux talibans d’Afghanistan, on n’en finirait pas de recenser les inscriptions effacées à coup de burin dans la pierre et les statues démolies à la pioche ou à l’explosif. À titre anecdotique, à Paris, dans le parc Montsouris, on peut voir une stèle avec une inscription selon laquelle elle aurait été érigée en 1806 sous le règne de [nom buriné]…

Évidemment, les braillards qui détruisent des statues comme celles de Schoelcher en Martinique ou flétrissent celles de De Gaulle ou Gallieni sont loin de ces considérations et s’en contrefichent. Pressés d’effacer la mémoire du passé en vertu d’un credo puisé sur les réseaux virtuels, ils usent de la violence comme bien d’autres avant eux. Leurs revendications sont parfois fondées.

À Bristol, en Angleterre, il est étrange que les édiles de la fin du XIXe siècle aient cru bon d’honorer de toutes les façons possibles un mécène, Edward Colston, dont la fortune venait de la traite négrière. C’est comme si Medellin, en Colombie, érigeait des statues à la gloire du narcotrafiquant Pablo Escobar. 

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Plus subtilement, on peut s’interroger sur la statue du philanthrope Victor Schoelcher détruite à Fort-de-France le 22 mai 2020.

Non pas en raison de la personne mais de la statue elle-même. Cette oeuvre de belle facture artistique érigée en 1904 montre Schoelcher caressant la tête d’un enfant noir chargé de chaînes. Il y a là une démarche paternaliste qui peut être ressentie comme humiliante par les descendants d’esclaves. Il eut été pertinent que les élus du département ou de la ville se saisissent de la question et relèguent la statue dans un musée avant que des vandales ne la détruisent. 

Il ne va pas de soi par contre de déboulonner aux États-Unis la statue du général Robert E. Lee, chef de l’armée sudiste, car celui-ci était malgré tout hostile à l’esclavage et d’une facture morale très supérieure à la plupart des généraux nordistes.

On entend en France des voix s’élever contre le nom d’un général de la Révolution, Dugommier, donné à une station de métro parisienne. Autant que je sache, ce général s’est signalé par de belles actions et une grande générosité à l’égard de ses ennemis. Il n’a eu que le tort de naître en Guadeloupe, dans une famille de planteurs propriétaires d’esclaves.

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L’enjeu est le même concernant les planteurs virginiens qui ont mené les États-Unis à l’indépendance, tels George Washington et Thomas Jefferson. Esprits généreux, ils n’avaient que le tort de n’avoir pas choisi le lieu et le moment de leur naissance.

Gare au syndrome de l’arroseur arrosé. Si l’on doit diaboliser une célébrité sous ce seul prétexte, il faudra renvoyer en enfer le héros absolu de tous les antiesclavagistes et des apologistes de la « race noire », le grand Toussaint Louverture en personne, qui a mené Saint-Domingue vers l’indépendance sous le nom de Haïti. 

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Affranchi par son maître, il put s’établir comme « libre de couleur » et posséda jusqu’à vingt esclaves.  Il n’y avait rien d’exceptionnel à cela dans les Antilles françaises au XVIIIe siècle : par la naissance ou l’affranchissement, un certain nombre de métis et de noirs étaient amenés à acheter et posséder des esclaves. 

Comme la bêtise humaine est infinie, Einstein dixit, il en est encore pour s’indigner que de beaux immeubles du XVIIIe siècle, à Nantes et Bordeaux, s’ornent de mascarons (figures de pierre au-dessus des fenêtres) à l’effigie d’esclaves noirs ou de rois exotiques (voir plus haut).

À ce compte-là, il nous faudra aussi épurer nos musées et nos livres de toutes les représentations un tant soit peu caricaturales de noirs mais aussi de jaunes, de roux, de laids, de sorcières, d’obèses, d’efféminés etc. etc. 

Quoi qu’il en soit, la discussion est impossible avec des militants – il y en a – qui visent la destruction de la nation et plus largement de notre culture. Ceux-là ne méritent d’autres interlocuteurs que la police et la justice.

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Par contre, nous invitons nos concitoyens sincères qui rêvent d’une grande fraternité dans le cadre national, à réviser ensemble le grand  « récit national » de la IIIe République en y intégrant toutes les belles personnalités qui ont honoré la France – et réciproquement -, de Louis Delgrès à Kofi Yamgnane en passant par Alexandre Dumas, Alain Mimoun et Zinedine Zidane.

N’excluons personne à l’image du très consensuel musée de l’Histoire de France installée par Louis-Philippe à Versailles, où sont représentés tous les grands moments de tous les régimes. Reprenons à notre compte la formule de Napoléon : « De Clovis jusqu’au Comité de salut public, je me sens solidaire de tout» , et adressons celle d’Ernest Lavisse à tous nos écoliers, sans distinction d’origine ou de classe : « Enfant, tu aimeras la France parce que la nature l’a faite belle et que son histoire l’a faite grande».

Publié ou mis à jour le : 2020-06-22 08:03:26

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HISTOIRE, HISTORIENNE FRANÇAISE, LES MOTS DES FEMMES, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MONA OZOUF (1931-....), PHILOSOPHE FRANÇAISE

Les mots des femmes : un essai de l’historienne Mona Ozouf

Les mots des femmes : essai sur la singularité française

Mona Ozouf

Paris, Fayard, 1995. 397 pages

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La France a longtemps passé pour le pays des femmes. Elle a pourtant la réputation d’être aussi celui d’un féminisme timoré qui a tardé plus qu’ailleurs à asseoir ses conquêtes. D’où vient cette timidité? Et pourquoi le discours du féminisme extrémiste trouve-t-il en France si peu d’écho?

C’est ce paradoxe qu’explore le livre de Mona Ozouf, en cherchant à écouter et à faire entendre  » les mots des femmes « , ceux qu’elles ont choisis elles-mêmes pour décrire la féminité. Ainsi se succèdent les figures et les voix de Madame du Deffand, Madame de Charrière, Madame Roland, Madame de Staël, Madame de Rémusat, George Sand, Hubertine Auclert, Colette, Simone Weil, Simone de Beauvoir.

La traversée de cette galerie fait découvrir la diversité inventive des cheminements féminins. Elle met en valeur une singularité française dont l’essai qui clôt cet ouvrage restitue l’histoire et les contours.

Mona Ozouf, directeur de recherche au C.N.R.S., a consacré l’essentiel de son oeuvre à la Révolution française, à l’histoire de l’Ecole et à l’idée républicaine. Elle est l’auteur notamment de La Fête révolutionnaire (1976), de L’Ecole de la France (1984) et, avec Jacques Ozouf, de La République des instituteurs (1992).

 

Mona Ozouf

LIVRE SUR LA PLACE

Mona Ozouf, née Mona Annig Sohier le 24 février 1931 à Plourivo (Côtes-du-Nord) ou Lannilis (Finistère), est une historienne et philosophe française. Elle est directrice de recherche émérite à l’École des hautes études en sciences sociales et spécialiste de l’éducation et de la Révolution française.

 

Biographie

 Famille et études

Elle est la fille de Yann Sohier et de Anne Le Den, deux instituteurs bretonnants et militants de la cause bretonne, qui l’élèvent en langue bretonne. Son père décède d’une broncho-pneumonie alors qu’elle n’est âgée que de quatre ans.

Cette disparition précoce laisse sa mère, Anne, dans un profond chagrin. Mona Sohier vit dès lors une enfance, dit-elle, « claustrale » et « recluse ». La jeune fille se réfugie alors dans les études. Elle effectue d’abord sa scolarité primaire à Plouha, puis entre en secondaire au collège Ernest-Renan à Saint-Brieuc, une époque où elle côtoie les époux Guilloux, tous deux professeurs, qui auront une forte influence intellectuelle sur elle. Elle obtient, durant sa scolarité à Ernest Renan, le premier prix de français au concours général de 1947 et raconte durant l’inauguration de l’amphithéâtre qui lui est éponyme au Campus Mazier à Saint-Brieuc comment le deuxième conflit mondial l’a obligé, elle et ses camarades de classe, à migrer dans le salon de sa professeur afin de poursuivre les cours du fait de la réquisition par l’opposant nazi des locaux briochins de son école.

Toujours de nature studieuse, elle continue sa formation en classe d’hypokhâgne à Rennes au lycée Chateaubriand et effectue une khâgne à Versailles, où sa mère et sa grand-mère la suivent. Elle ne tient que quelques jours dans cette classe de khâgne où elle pense ses camarades de promotion plus fortes qu’elle, ce qui l’amène à s’inscrire en licence de philosophie à la Sorbonne. Mona Sohier retourne finalement l’année suivante en khâgne et arrive alors la consécration pour la jeune bretonne débarquée à Paris puisqu’elle est admise à l’École normale supérieure de jeunes filles  : elle y sort agrégée de philosophie en 1955. La même année, Mona Sohier rencontre l’historien Jacques Ozouf, avec qui elle aura deux enfants : Anne et Pierre-Antoine.

 

Carrière universitaire

Par l’intermédiaire de son mari, elle fait la connaissance des historiens Denis Richet, Emmanuel Le Roy Ladurie et François Furet. De nombreux ouvrages sont nés de la collaboration avec ce dernier. Membre du Centre de recherches politiques Raymond-Aron à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), elle est, jusqu’a sa retraite en 1997, directrice de recherche au CNRS. Elle est chroniqueuse au Nouvel Observateur et participe à la revue Le Débat. Ses travaux portent pour l’essentiel sur les questions relatives à l’école publique et à la Révolution française. Elle s’intéresse particulièrement aux rapports qu’entretiennent pédagogie, idéologie et politique.

Engagements

Comme beaucoup d’étudiants de son époque, elle milite au Parti communiste français, qu’elle quitte après l’insurrection de Budapest de 1956.

En 2003, elle est l’une des signataires de la pétition « Avec Washington et Londres, pour le soutien du peuple irakien » qui soutient la coalition anglo-américaine dans son intervention contre Saddam Hussein et en 2005 une promotrice de la pétition « Liberté pour l’histoire ».

 

Composition française

Dans le premier chapitre de son ouvrage Composition française, elle critique ouvertement le livre de Françoise Morvan, Le Monde comme si, qu’elle décrit comme « un injuste et talentueux pamphlet » qui s’en prend aux choix politiques de son père, Yann Sohier, ainsi qu’au mouvement breton et à la langue bretonne. Elle dénonce également le jacobinisme qui réprime la diversité culturelle et prône un universalisme abstrait.

 Les Mots des femmes

Dans son ouvrage Les Mots des femmes : essai sur la singularité française, Mona Ozouf critique le féminisme égalitaire dit « à l’américaine », en opposant un commerce heureux entre les sexes à la judiciarisation excessive de leurs rapports telle qu’elle existe aux États-Unis. Selon elle, ce féminisme serait un apport étranger, en décalage avec la singularité des mœurs françaises issues du modèle aristocratique de la galanterie française.

Publications

L’École, l’Église et la République 1871–1914, Paris, Armand Colin, 1962 ; réédition Points Histoire, 2007

La Fête révolutionnaire 1789–1799, Paris, Gallimard, 1976 

L’École de la France : essai sur la Révolution, l’utopie et l’enseignement (École laïque), Paris, Gallimard, 1984, br., ill., 424 p.,

Dictionnaire critique de la Révolution française, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1988

Dictionnaire critique de la Révolution française Institutions et créations, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1993 

Dictionnaire critique de la Révolution française Événements, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1993 

Dictionnaire critique de la Révolution française Acteurs, en coll. avec François Furet, Paris, Flammarion, 1993 

L’Homme régénéré : essai sur la Révolution française, Paris, Gallimard, 1989 

Mona Ozouf et Jacques Ozouf, La République des instituteurs, Paris, Gallimard, 1989 

La Gironde et les Girondins, Paris, Payot, 1991, 

Le Siècle de l’avènement républicain, en coll. avec François Furet, Paris, Gallimard, 1993

Les Mots des femmes : essai sur la singularité française, Paris, Fayard, 1995, 

Das Pantheon, Wagenbach, 1996

La Muse démocratique, Henry James ou les pouvoirs du roman, Paris, Calmann-Lévy, 1998.

Un itinéraire intellectuel, en coll. avec François Furet, Paris, Calmann-Lévy, 1999 

Les Aveux du roman. Le xixe siècle entre Ancien Régime et Révolution, Paris, Fayard, 2001 

Le Langage blessé : reparler après un accident cérébral, Paris, Albin Michel, 2001 

Une autre République : 1791 : L’occasion et le destin d’une initiative républicaine, en coll. avec Laurence Cornu, Paris, L’Harmattan, 2004.

Varennes. La mort de la royauté, 21 juin 1791, Paris, Gallimard, 2005 

Jules Ferry, Paris, Bayard-Centurion, 2005 

Varennes, la mort de la royauté, Paris, Gallimard, 2006

Composition française : retour sur une enfance bretonne, Paris, Gallimard, 2009 

La Cause des livres, Paris, Gallimard, 2011 

Jules Ferry : La liberté et la tradition, Paris, Gallimard, 2014 

De Révolution en République : les chemins de la France, Paris, Gallimard, 2015 

L’autre George : À la rencontre de George Eliot, Paris, Gallimard, 2018 

Pour rendre la vie plus légère : les livres, les femmes, les manières, Stock, 2020