JACQUES MARITAIN (1882-1973), PHILOSOPHE FRANÇAIS, PHILOSOPHIE

Jacques Maritain (1882-1973)

Jacques Maritain (1882-1973)

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Jacques Maritain est un philosophe français. C’est une des figures importantes du renouveau du thomisme au XXe siècle, mouvement qui a été désigné sous le nom de néo-thomisme.

Philosophe chrétien, Jacques Maritain est un des grands penseurs du siècle dernier…. Le Paysan de la Garonne, Paris, DDB, 1966.

A leur retour en France, Jacques Maritain est appelé par le Général De Gaulle… Journal de Raïssa, publié par Jacques Maritain, Paris, Desclée de Brouwer, 1963

 Jacques Maritain (18 novembre 1882- 28 avril 1973) est un philosophe français. C’est une des figures importantes du renouveau du thomisme u XXè siècle,  mouvement qui a été désigné sous le nom de néo-thomisme. Il s’est converti au catholicisme, et la religion a profondément imprégné sa philosophie. Il fut aussi ambassadeur de France au Vatican.

 

Sa vie

Né à Paris, il était le fils de l’avocat Paul Maritain et de Geneviève Favre, la fille de Jules Favre, et fut élevé dans un milieu républicain et anticlérical. Élève au lycée Henri-IV, il étudia ensuite la chimie, la biologie et la physique à la Sorbonne. Il y rencontra Raïssa Oumançoff (orthographié aussi Oumansoff), immigrée juive d’origine russe, ukrainienne, qu’il devait épouser en 1904. Elle fut toujours associée à sa recherche passionnée de vérité.

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Le scientisme alors en vogue à la Sorbonne le déçut assez rapidement ; il ne le considérait pas comme étant capable de répondre à des questions existentielles d’ordre vital. Sur le conseil de Charles Péguy, il suivit avec son épouse les cours d’Henri Bergson au Collège de France. Parallèlement à sa déconstruction du scientisme, Bergson leur communiqua le «sens de l’absolu». Par la suite, grâce surtout à l’influence de Léon Bloy (qui devient leur parrain de baptême), ils se convertirent tous deux à la foi catholique en 1906.

Ils déménagèrent à Heidelberg en 1907. Maritain y étudia la biologie sous la conduite d’Hans Driesch. La théorie néo-vitaliste de Driesch l’attira car elle s’apparentait aux conceptions de Bergson. Raïssa tomba malade, et durant sa convalescence, leur conseiller spirituel, le frère dominicain Humbert Clérissac, leur fit découvrir l’œuvre de Saint Thomas d’Aquin. L’enthousiasme de Raïssa conduisit Jacques à s’y intéresser à son tour. Il trouva chez Saint Thomas la confirmation de nombre d’idées qu’il avait déjà entrevues. Du « Docteur Angélique » il passa bientôt au philosophe dont ce dernier avait christianisé la pensée, Aristote. Il se tourna ensuite vers les ouvrages de la néo-scolastique. En 1912, Maritain commença à enseigner au collège Stanislas, puis à l’Institut Catholique de Paris. En 1916-1917, il fit cours au Petit Séminaire de Versailles. En 1917, un groupe d’évêques français chargea Maritain d’écrire une série de manuels conçus pour être utilisés dans les universités catholiques et les séminaires. Il vint à bout d’un seul de ces projets : ce furent les Éléments de Philosophie, publiés en 1920. C’est depuis un des ouvrages de référence dans nombre de séminaires catholiques. En 1933, il devint professeur à l’Institut pontifical d’études médiévales de l’Université de Toronto. Il enseigna aussi à l’Université Columbia, à l’Université de Chicago ainsi qu’à Princeton.

Sa conversion et l’influence du RP Clérissac l’amenèrent à avoir des contacts avec des milieux proches de l’Action française. En 1920, il participe, avec Henri Massis, à la fondation de la Revue universelle. En 1926, quand interviennent des mises en garde du Vatican à l’égard de l’Action Française, il s’attache, après un essai de médiation, à les justifier, surtout en publiant « Primauté du spirituel ». Son influence philosophique et religieuse sur certains jeunes intellectuels proches ou ayant été proches de l’Action française comme ses encouragements aux initiatives d’Emmanuel Mounier ainsi qu’à la création de la revue Esprit vont contribuer, au début des années 1930, à faciliter l’apparition du personnalisme des non-conformiste des années 30. Lui-même va être amené à approfondir parallèlement la réflexion politique et sociale qui s’exprime dans « Humanisme Intégral » en 1936, en le rapprochant des milieux de la démocratie-chrétienne.

Bloqué en Amérique du Nord par la déclaration de guerre, il prend position contre le régime de Vichy. De 1945 à 1948, il fut ambassadeur de France auprès du Vatican. Il participa à la fondation, en 1950, du Congrès pour la liberté de la culture, après quoi il retourna à Princeton, où il devint professeur émérite en 1956. À partir de 1961, Jacques Maritain vécut chez les Petits Frères de Jésus à Toulouse. Depuis la création de l’ordre en 1933, il y exerçait une certaine influence, et est devenu Petit Frère en 1970. Dans son dernier livre : De l’Église du Christ. La personne de l’Église et son personnel (1970), Maritain a ramassé sa pensée ecclésiologique. Récusant l’effort d’une apologétique intégrale de l’histoire patente de l’Église, il plaide au contraire pour un «Adieu au moyen âge» qui puisse garantir en retour la vérité fréquemment latente de l’Église Sainte à l’ensemble des époques. Cette ecclésiologie fait par conséquent valoir, à côté du modèle moniste du Corps mystique, le modèle différencié de l’Épouse du Christ en vertu duquel s’ouvre l’espace d’un dynamisme eschatologique de l’Église. Occupé d’intégrer et non d’excuser les péchés du «personnel» de l’Église, Maritain propose l’idée d’un transfert du Christ à l’Église de cet office de pénitence dont le Juste s’était chargé aux jours de la Pâques : l’Église Sainte reçoit de la sainteté du Seigneur le devoir solidaire de réparer les fautes de ses membres. Dans cette unité de l’agir ecclésial, Maritain a cru reconnaître la qualité pleine de «Personne» attribuable à l’Épouse.

Il est enterré avec son épouse à Kolbsheim.

 

Sa pensée

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La pensée de Jacques Maritain s’est construite selon Aristote et Saint Thomas d’Aquin.   Comme Thomas d’Aquin, Maritain est l’artisan et le défenseur d’une philosophie chrétienne fondée sur l’expérience et la raison, indépendante de la foi, mais en accord parfait avec la Révélation. En général, Maritain est un métaphysicien qui défend une conception de la philosophie comme science – contre ceux qui prétendraient la déchoir de son rôle éminent – et revendique pour elle le statut de reine des sciences, chargée de corriger les erreurs des autres sciences, secondaires et traitant de la matière. A partir de ces principes, Maritain cherchera au cours de toute son œuvre à rendre actuelle la pensée du thomisme, ainsi qu’à la situer sans la trahir dans le contexte du XXe siècle. Ainsi, Maritain dialoguera dans ses ouvrages avec des penseurs modernes comme Descartes ou Kant, et son ouverture lui sera reprochée par Étienne Gilson, dont l’optique thomiste se veut plus conservatrice.

Son œuvre (une cinquantaine d’ouvrages) aborde presque l’ensemble des aspects de la philosophie : nature, métaphysique, logique, épistémologie, morale, politique, histoire et art.

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Métaphysique

Il est le promoteur d’un réalisme critique et d’une philosophie de l’être et de l’exister supérieure, selon lui, aux philosophies de l’un, du vrai, du bien, de la liberté, de la durée, de l’existence (coupée de l’essence). Le principe fondateur de cette doctrine de l’être est le principe d’identité qui justifie en droit une «raison d’être» intelligible (causalité, finalité). Du principe d’identité découle l’ensemble des catégories de l’être (essence/existence ; acte/puissance ; substance ; quantité ; qualité ; relation, etc), d’où on déduit l’être même subsistant (Dieu) qu’Heidegger a confondu à tort avec un existant suprême.

Épistémologie

En 1910, Maritain acheva sa première contribution importante à la philosophie contemporaine, un article de 28 pages intitulé « Raison et Science contemporaine », qui parut dans le numéro de juin de la Revue de Philosophie. Il y dénonçait la divinisation de la science, et la confiscation par celle-ci du rôle de la raison et de la philosophie, et le surcroît d’importance qu’acquérait la science sur les lettres. De fait, son épistémologie est défensive. Contre la phénoménologie et les existentialismes, , elle distingue différents niveaux d’abstraction (voir Sept leçons sur l’être). Les degrés du savoir analyse les formes de la connaissance scientifique à la lumière de sa théorie thomiste de l’abstraction.

Éthique

Maritain est un fervent défenseur d’une éthique fondée sur la loi naturelle. Il conçoit les normes éthiques comme enracinées dans la nature humaine. Pour lui, la connaissance de la loi naturelle est première, et ne se forme pas par le débat philosophique ou par la démonstration, mais plutôt au travers de la co-naturalité. La connaissance co-naturelle est un type de connaissance obtenu par la confrontation avec la réalité. Ainsi, nous connaissons la loi naturelle en y étant directement confrontés dans le cadre de l’expérience humaine. Maritain défend aussi l’idée selon laquelle les droits naturels se fondent sur la loi naturelle. Sa morale pleinière participe de la théologie par subalternation de la raison aux données de la foi chrétienne, faute de quoi, elle serait inachevée par manque d’information sur les fins dernières.

De son œuvre, dans laquelle il s’est constamment employé à dénoncer la récupération de certaines valeurs spirituelles par des doctrines, politiques ou autres, la postérité chrétienne a retenu la distinction qu’il opère entre l’action «comme chrétien», qui consiste à l’obéissance aux rites ainsi qu’aux dogmes de l’Église, et l’action «en chrétien», qui consiste en la mise en œuvre, individuellement, des idées chrétiennes dans des domaines «temporels», des organisations laïques où l’Église n’a pas à s’immiscer.

Combat contre l’antisémitisme

Fidèle au dreyfusisme de sa jeunesse, Jacques Maritain a longtemps combattu l’antisémitisme. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, Maritain protesta contre la politique du régime de Vichy ; il enseignait à l’époque à l’Institut pontifical d’études médiévales du Canada. Il fit partie des catholiques qui intervinrent pour que fût modifiée l’oraison Oremus et pro perfidis Judæis.

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En général, la montée du communisme et du fascisme oriente sa réflexion dans le sens de la défense des droits de la personne humaine et vers un renouveau de la démocratie. Humanisme intégral en est le fruit.

 

Œuvres

La Philosophie bergsonienne, 1914 (1948)

Eléments de philosophie, 2 Bd. e, Paris 1920/23

Art et scolastique, 1920

Théonas ou les entretiens d’un sage et de deux philosophes sur diverses matières inégalement actuelles, Paris, Nouvelle librairie nationale, 1921

Antimoderne, Paris, Édition de la Revue des Jeunes, 1922

Réflexions sur l’intelligence et sur sa vie propre, Paris, Nouvelle librairie nationale, 1924.

Trois réformateurs : Luther, Descartes, Rousseau, avec six portraits, Paris [Plon], 1925

Réponse à Jean Cocteau, 1926

Une opinion sur Charles Maurras et le devoir des catholiques, Paris [Plon], 1926

Primauté du spirituel, 1927

Pourquoi Rome a parlé (coll. ), Paris, Spes, 1927

Quelques pages sur Léon Bloy, Paris 1927

Clairvoyance de Rome (coll. ), Paris, Spes, 1929

Le docteur angélique, Paris, Paul Hartmann, 1929

Religion et culture, Paris, Desclée de Brouwer, 1930 (1946)

Le thomisme et la civilisation, 1932

Distinguer pour unir ou Les degrés du savoir, Paris 1932

Le songe de Descartes, Suivi de quelques essais, Paris 1932

De la philosophie chrétienne, Paris, Desclée de Brouwer, 1933

Du régime temporel et de la liberté, Paris, DDB, 1933

Sept leçons sur l’être et les premiers principes de la raison spéculative, Paris 1934

Frontières de la poésie et autres essais, Paris 1935

La philosophie de la nature, Essai critique sur ses frontières et son objet, Paris 1935 (1948)

Lettre sur l’indépendance, Paris, Desclée de Brouwer, 1935.

Science et sagesse, Paris 1935

Humanisme intégral. Problèmes temporels et spirituels d’une nouvelle chrétienté; espagnol 1935), Paris (Fernand Aubier), 1936 (1947)

Les Juifs parmi les nations, Paris, Cerf, 1938

Questions de conscience : essais et allocutions, Paris, Desclée de Brouwer, 1938

La personne humaine et la société, Paris 1939

Le crépuscule de la civilisation, Paris, Éd. Les Nouvelles Lettres, 1939

Quatre essais sur l’esprit dans sa condition charnelle, Paris 1939 (1956)

De la justice politique, Notes sur le présente guerre, Paris 1940

Scholasticism and politics, New York 1940

A travers le désastre, New York 1941 (1946)

Conféssion de foi, New York 1941

Ransoming the time (Redeeming the time), New York 1941

La pensée de St. Paul, New York 1941 (Paris 1947)

Les Droits de l’Homme et la Loi naturelle, New York 1942 (Paris 1947)

Saint Thomas and the problem of evil, Milwaukee 1942;

Essays in Thomism, New York 1942;

Christianisme et démocratie, New York 1943 (Paris 1945)

Education at the crossroad, New Haven 1943

Principes d’une politique humaniste, New York 1944 (Paris 1945) ;

De Bergson à Thomas d’Aquin, Essais de Métaphysique et de Morale, New York 1944 (Paris 1947)

A travers la victoire, Paris 1945;

Messages 1941-1944, New York 1945;

Pour la justice, Articles et discours 1940-1945, New York 1945;

Le sort de l’homme, Neuchâtel 1945;

Court traité de l’existence et de l’existent, Paris 1947;

La personne et le bien commun, Paris 1947;

Raison et raisons, Essais détachés, Paris 1948

La signification de l’athéisme contemporain, Paris 1949

Man and state, Chicago 1951

Neuf leçons sur les notions premières de la philosophie morale, Paris 1951

Approches de Dieu, Paris 1953.

L’Homme et l’Etat (engl.  : Man and State, 1951) Paris, PUF, 1953

Creative intuition in Art and Pœtry (engl. ), 1953

On the philosophy of history, ed. J. W. Evans, New York 1957

Truth and human fellowship, Princeton 1957

Reflections on America, New York 1958

Pour une philosophie de l’éducation, Paris 1959

Le philosophe dans la Cité, Paris 1960

The responsibility of the artist, New York 1960;

La philosophie morale, Vol. I : Examen historique et critique des grands dispositifs, Paris 1960

Man’s approach to God, Latrobe/Pennsylvania 1960

On the use of philosophy, Princeton 1961

A preface to metaphysics, New York 1962

Dieu et la permission du mal, 1963

Carnet de notes, Paris, DDB, 1965

L’intuition créatrice dans l’art et dans la poésie, Paris, Desclée de Brouwer, 1966 (engl. 1953)

Le paysan de la Garonne. Un vieux laïc s’interroge à propos du temps présent, Paris, DDB, 1966

Challenges and renewals, ed. J. W. Evans/L. R. Ward, Notre Dame/Ind. 1966

The education of man, The educational philosophy of J. M. , ed. D. /I. Gallagher, Notre Dame/Ind. 1967

De la grâce et de l’humanité de Jésus, 1967

De l’Église du Christ. La personne de l’église et son personnel, Paris 1970

Approches sans entraves, posthum 1973.

Œuvres complètes de Jacques et Raissa Maritain, 16 Bde., 1982-1999.

Deux ouvrages ont été réédités en 2007 par les Editions Ad Solem :

Jacques et Raïssa Maritain, Liturgie et contemplation

Le Feu nouveau (réédition du Paysan de la Garonne accompagné d’un dossier critique de Michel Fourcade)

La plupart de ses manuscrits sont conservés au Cercle d’études Jacques et Raïssa Maritain à Kolbsheim (Bas-Rhin, France), association fondée par le philosophe lui-même. Le Maritain Center de l’Université Notre-Dame, fondé en 1957, conserve une partie importante des archives américaines du philosophe. L’objectif de ces centres est d’encourager l’étude et la recherche au sujet de la pensée de Maritain, mais également de développer ses réflexions.

Bibliographie

Jacques Maritain, philosophe dans la cité, Jean-Louis Allard, Ottawa, Éditions de l’Université, 1985

Jacques et Raïssa Maritain, Les Mendiants du ciel, Jean-Luc Barré, Paris, Stock, 1996

Entre Maurras et Maritain, Une génération intellectuelle catholique (1920-1930) , Philippe Chenaux, Paris, Cerf, 1999

Jacques Maritain : The Philosopher in Society, James V. Schall, Rowman and Littlefield, 1998

Jacques Maritain et ses Contemporains, Bernard Hubert, Yves Floucat, André Collini

Maritain en notre temps, Henry Bars, 1959

Maritain 2006 Entrée en catholicisme, Journées d’études des 15-16 novembre 2006 compte rendu dans Revue des Sciences Religieuses 81 N° 3 et 4, Juillet et octobre 2007.

Maritain à contre-temps : Pour une démocratie vivante, Paul Valadier, Paris, DDB, 2007

Jacques Maritain ou la Fidélité à l’Éternel, Yves Floucat, Paris, Fac-éditions, 1996

Pour une restauration du politique. Maritain l’intransigeant, de la Contre-Révolution à la démocratie, Yves Floucat, Paris, Téqui, 1999

Maritain ou le catholicisme intégral et l’humanisme démocratique, Yves Floucat, Paris, Téqui, 2003

Le Chevalier de l’absolu. Jacques Maritain entre mystique et politique, Guillaume de Thieulloy, Paris, Gallimard, 2005 – l’ouvrage a été particulièrement critiqué – voir les Cahiers Jacques Maritain, Kolbsheim, recension de René Mougel.

Jacques Maritain et l’Amérique du Sud. Le modèle malgré lui, Olivier Compagnon, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2003.

CORRESPONDANCE, FRANÇOIS MAURIAC (1885-1970), GEORGES BERNANOS (1888-1948), JACQUES MARITAIN (1882-1973), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, PAUL CLAUDEL

Correspondance Maritain, Mauriac, Claudel, Bernanos

Correspondance Maritain, Mauriac, Claudel, Bernanos : un catholique n’a pas d’alliés

Présenté par Henri Quentin et Michel Bressolette

Paris, les Editions du Cerf , 2018. 360 pages.413s9bh4exL._SX321_BO1,204,203,200_

Dans ce volume sont rassemblés les échanges épistolaires de quatre écrivains catholiques majeurs. Jacques Maritain (1882-1973) est le point de mire de ces feux croisés : Henri Quantin a rassemblé les lettres que les trois autres lui ont adressées, et ses réponses. Son travail prend la suite de celui de Michel Bressolette († 2008), à qui l’on doit les introductions et les notes des parties sur Paul Claudel (1868-1955) et François Mauriac (1885-1970). Quantin, pour sa part, propose une intéressante introduction générale, et enrichit l’ouvrage de la correspondance que Georges Bernanos (1888-1948) et Jacques Maritain ont échangée. Arrêtons-nous sur le sous-titre choisi : « Un catholique n’a pas d’alliés ». La citation est de Claudel, et se poursuit en évoquant la relation de fraternité. Frères, ces écrivains l’auront été, voire « frères ennemis », car les points de vue qu’ils défendent s’opposent parfois, et l’outrage n’est jamais loin. Sur la condamnation de l’Action française, sur la guerre d’Espagne, ces grandes figures s’affrontent par articles interposés. Leurs lettres privées ne laissent rien ignorer des blessures infligées. Pourtant, pas de rupture définitive : les pardons sont demandés, humblement, et accordés, généreusement. Conscients de leur rôle de défenseurs de la foi par le verbe, ces hommes de lettres se veulent avant tout des croyants, capables d’excès de zèle et de repentir. Ce livre témoigne d’un temps qui n’est plus, où des écrivains pouvaient se targuer de leur statut littéraire pour s’exprimer au nom de leur appartenance à l’Église, dans la défense ou l’attaque. Ce qui demeure, c’est la flamme et la sincérité de leur engagement – et plus encore les œuvres, aujourd’hui détachées des passions, petites ou grandes, de leurs auteurs.

https://www.revue-etudes.com/article/correspondance-maritain-mauriac-claudel-bernanos-de-michel-bressolette-et-henri-quantin-eds-20153

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JACQUES MARITAIN (1882-1973) : BIOGRAPHIE

Jacques Maritain est un philosophe français. C’est une des figures importantes du thomisme au XXe siècle. Il s’est converti au catholicisme, et la religion a profondément imprégné sa philosophie.

Né à Paris, il fut élevé dans un milieu républicain et anticlérical. Élève au lycée Henri-IV, il étudia par la suite la chimie, la biologie et la physique à la Sorbonne. Il y rencontra Raïssa Oumançoff, immigrée juive d’origine russe, ukrainienne, qu’il devait épouser en 1904. Le scientisme alors en vogue à la Sorbonne le déçut assez rapidement ; Sur le conseil de Charles Péguy, il suivit avec son épouse les cours d’Henri Bergson au Collège de France. Parallèlement à sa déconstruction du scientisme, Bergson leur communiqua le « sens de l’absolu ». Par la suite, grâce notamment à l’influence de Léon Bloy (qui devient leur parrain de baptême), ils se convertirent tous deux à la foi catholique en 1906. Ils déménagèrent à Heidelberg en 1907. Maritain y étudia la biologie sous la conduite d’Hans Driesch. Le frère dominicain Humbert Clérissac leur fit découvrir l’œuvre de Saint Thomas d’Aquin. L’enthousiasme de Raïssa conduisit Jacques à s’y intéresser à son tour. Il trouva chez Saint Thomas la confirmation de nombre d’idées qu’il avait déjà entrevues. 
En 1912, Maritain commença à enseigner au collège Stanislas, puis à l’Institut catholique de Paris. Intime de l’officier Ernest Psichari, qu’il côtoie souvent à cette époque, en compagnie de Péguy, il est à l’origine de l’entrée dans l’ordre dominicain de celui-là.
En 1916-1917, il fit cours au Petit Séminaire de Versailles. En 1933, il devint professeur à l’Institut pontifical d’études médiévales de l’Université de Toronto. Il enseigna également à Columbia, Chicago et Princeton.
Sa conversion et l’influence du Révérend père  Clérissac l’amenèrent à avoir des contacts avec des milieux proches de l’Action française. 
Dans Humanisme intégral, Maritain entérine les acquis de la Révolution française et du libéralisme, refusant le mélange des sphères temporelle et spirituelle, tout en prônant l’engagement des catholiques dans la vie de la cité, et donc de la politique.
L’influence du « maritainisme » dans les milieux catholiques va alors devenir mondiale, se cristallisant en Amérique latine avec la création, en 1947, de l’Organisation démocrate-chrétienne d’Amérique (OCDA).
Parmi les penseurs influencés par le maritainisme, on peut citer la poète chilienne Gabriela Mistral, l’éditrice argentine Victoria Ocampo. 

Source : Wikipédia

François MAURIAC (1885-1970)

 

Biographie

Né à Bordeaux, le 11 octobre 1885.

Issu d’une famille bourgeoise, catholique et conservatrice, François Mauriac devait rester sa vie durant profondément attaché à ses racines bordelaises, ainsi qu’il apparaîtra dans la plupart de ses romans.

Après des études secondaires dans sa ville natale, il prépara à la faculté une licence de lettres, puis quitta Bordeaux en 1907 pour tenter à Paris le concours de l’École des Chartes. Entré à l’École l’année suivante, il ne devait y faire qu’un bref séjour et démissionner dès 1909 pour se consacrer uniquement à la littérature.

Les maîtres de son adolescence furent Maurras et Barrès. Son premier recueil de vers : Les Mains jointes (1909), salué par Barrès précisément, fut suivi d’un autre recueil, Adieu à l’adolescence(1911), et de deux romans : L’Enfant chargé de chaînes (1913), La Robe prétexte (1914).

Envoyé à Salonique en 1914, François Mauriac, réformé pour raison de santé, ne participa guère aux combats. Les années d’après guerre allaient être pour lui celles de la gloire littéraire. Donnant la pleine mesure de son talent romanesque, il publia coup sur coup plusieurs de ses œuvres majeures, Le Baiser au lépreux (1922), Le Fleuve de feu (1923), Génitrix (1923), Le Désert de l’amour (1925), Thérèse Desqueyroux (1927), Le Nœud de vipères (1932), Le Mystère Frontenac (1933).

Satires cruelles du pharisianisme bourgeois, ses romans sont avant tout l’œuvre d’un « catholique qui écrit » comme il se plaisait à se définir lui-même. C’est le combat en chaque homme entre Dieu et Mammon, pour reprendre le titre de l’un de ses essais, que Mauriac décrit, sondant les abîmes du mal et cherchant à percer les mystères de la Rédemption.

Au faîte de sa gloire, François Mauriac allait modifier, au milieu des années 1930, son regard sur le monde ; délaissant quelque peu la littérature, il allait s’engager dans le combat politique. S’éloignant progressivement des positions conservatrices de sa jeunesse, il entreprit de dénoncer la menace fasciste, condamnant l’intervention italienne en Éthiopie, puis le bombardement de Guernica par les nationalistes espagnols en 1937.

Lorsque éclata la Seconde Guerre mondiale, François Mauriac avait définitivement choisi son camp : il appartint sous l’Occupation à la résistance intellectuelle, condamnant l’« excès de prosternations humiliées qui [tenaient]lieu de politique aux hommes de Vichy » ; il participa au premier numéro des Lettres françaises clandestines, en 1942, et publia, en 1943, toujours clandestinement, sous le pseudonyme de Forez, Le Cahier noir.

À soixante ans, le Mauriac d’après-guerre se fit surtout écrivain politique. De 1952 à sa mort, chroniqueur au Figaro, auquel il collaborait depuis 1934, puis à L’Express, il devait livrer chaque semaine, dans son « Bloc-notes », d’une plume souvent polémique, sa critique des hommes et des événements. En 1952, il condamna la répression de l’insurrection marocaine et apporta à la cause de la décolonisation toute l’autorité du prix Nobel de Littérature, qu’il venait de recevoir, en acceptant de prendre la présidence du comité France-Maghreb.

Enfin, après avoir soutenu la politique de Pierre Mendès-France, François Mauriac, dans les dix dernières années de sa vie, devait trouver en la personne du général de Gaulle l’homme d’État conforme à ses vœux, incarnant les valeurs pour lesquelles avait combattu ce « chrétien écartelé ».

Lauréat du grand prix du roman de l’Académie française en 1926, président de la Société des Gens de lettres en 1932, François Mauriac fut élu à l’Académie française le 1er juin 1933, par 28 voix au premier tour, à la succession d’Eugène Brieux. Cette « élection de maréchal » survenait alors que le romancier, gravement malade, venait d’être opéré d’un cancer des cordes vocales.

Sa réception sous la Coupole, le 16 novembre 1933 compte parmi les moments marquants de l’histoire de l’Académie. François Mauriac eut à subir les subtiles perfidies dont André Chaumeix émailla son discours de réception. Cet auvergnat, conservateur et hédoniste, goûtait peu en effet la noirceur de l’œuvre mauriacienne : « Vous êtes le grand maître de l’amertume… À vous lire, monsieur, j’ai cru que vous alliez troubler l’harmonieuse image que je garde de votre région… J’ai failli prendre la Gironde pour un fleuve de feu, et la Guyenne pour un nœud de vipères… »

François Mauriac fut fait Grand-croix de la Légion d’honneur, par le général de Gaulle. Il décéda la même année que celui-ci en 1970.

Paul CLAUDEL (1868-1955)

Biographie

Né à Villeneuve-sur-Fère (Aisne), le 6 août 1868.

Ayant passé les premières années de sa vie en Champagne, Paul Claudel fut d’abord à l’école chez les sœurs, puis au lycée de Bar-le-Duc, avant d’entrer au lycée Louis-le-Grand en 1882, date à laquelle ses parents s’établirent à Paris.

A quinze ans il écrivait son premier essai dramatique : L’Endormie, puis, dans les années 90, ses premiers drames symbolistes (Tête d’Or, La Ville). Mais c’est l’année 1886 qui allait se révéler décisive pour le jeune Claudel, par sa rencontre avec la foi en Dieu, lors d’une fulgurante conversion, la nuit de Noël à Notre-Dame.

Parallèlement à ses activités d’écrivain, Paul Claudel devait mener pendant près de quarante ans une carrière de diplomate. Reçu en 1890 au petit concours des Affaires étrangères, il fut nommé en 1893 consul suppléant à New York, puis gérant du consulat de Boston en 1894. De la Chine (1895-1909) à Copenhague (1920), en passant par Prague, Francfort, Hambourg (où il se trouvait au moment de la déclaration de guerre) et Rio de Janeiro, ses fonctions le conduisirent à parcourir le monde. C’est au titre d’ambassadeur de France qu’il séjourna à Tokyo (1922-1928), Washington (1928-1933), et enfin à Bruxelles, où il devait achever sa carrière en 1936.

Son œuvre est empreinte d’un lyrisme puissant où s’exprime son christianisme. C’est à la Bible qu’il emprunte sa matière préférée : le verset dont il use autant dans sa poésie (Cinq grandes Odes), ses traités philosophico-poétiques (Connaissance de l’Est, Art poétique) que dans son théâtre (Partage du Midi). Œuvres de maturité, la trilogie dramatique : L’Otage — Le Pain dur — Le Père humilié, puis L’Annonce faite à Marie, et enfin Le Soulier de satin, son œuvre capitale, devaient lui apporter une gloire méritée. Le Soulier de satin, pièce épique et lyrique à la fois, où convergent tous les thèmes claudéliens, et d’une longueur inhabituelle pour la scène, fut représentée à la Comédie française pendant l’Occupation. Mais nul n’en tint rigueur à Claudel, pas plus que de son Ode au maréchal Pétain, car là aussi sa conversion fut rapide.

Il avait très amèrement ressenti son échec devant Claude Farrère, en 1935, qui apparut à beaucoup comme un scandale. Il devait être, onze ans plus tard, élu à l’Académie française, sans concurrent, le 4 avril 1946, à presque quatre-vingts ans, « l’âge de la puberté académique » comme il se plaisait à dire, par 24 voix au fauteuil de Louis Gillet. Il n’avait effectué aucune des visites rituelles, pas plus qu’il n’avait fait acte de candidature. On lui doit un mot resté célèbre, la première fois qu’il participa à un vote académique : « Mais c’est très amusant, ces élections : on devrait en faire plus souvent ! ».

François Mauriac, qui le reçut le 13 mars 1947, a consacré à Claudel académicien plusieurs pages de son Bloc-notes : « Et qui dira le splendide isolement de Claudel ? Booz dont le socle est fait de gerbes accumulées, avec Dieu à portée de sa voix, mais aucune rose à ses pieds, seulement ces grains de sable que nous sommes…. »

IL meurt le 23 février 1955.

 

GEORGES BERNANOS (1888-1948)

Après des études de droit et de lettres, Georges Bernanos milite chez « Les Camelots du roi » ligue d’extrême-droite et collabore à divers journaux monarchistes, avant d’en diriger un à Rouen. 

Décoré après la Première Guerre mondiale, il se marie et devient inspecteur des assurances à La Nationale. Durant ses tournées, il rédige « Sous le soleil de Satan » dont le succès est éclatant, et lui permet, au seuil de la quarantaine, de se consacrer entièrement à la littérature.

Il obtient le Prix Femina en 1929 pour « La Joie » puis connaît sa plus grande fécondité littéraire lors de son séjour à Majorque entre 1934 et 1937.
Bernanos s’installe aux Baléares en 1934, en partie pour des raisons financières. Il y écrit « Le Journal d’un curé de campagne ». Publié en 1936, il est couronné par le Grand prix du roman de l’Académie française.

Surpris par la guerre d’Espagne, il revient en France puis s’embarque pour le Paraguay et le Brésil, où il achève en 1940 « Monsieur Ouine ».
Lorsque la guerre éclate en Europe, il multiplie les articles dans la presse brésilienne et devient l’un des plus grands animateurs spirituels de la Résistance française.

En juin 1945, il vient poursuivre ce combat dans la France libérée, et écrit pour la presse de la Libération. Il passe ses dernières années en Tunisie où il compose l’un de ses chefs-d’œuvre « Dialogues de Carmélites », qui depuis sont joués sur toutes les scènes du monde.