JEAN-BAPTISTE ROUSSEAU (1670/1671 - 1741), LITTERATURE FRANÇAISE, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, PRIERE, PRIERES

Faiblesse des hommes, grandeur de Dieu par Jean-Baptiste Rousseau

Faiblesse des hommes. Grandeur de Dieu

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Mon âme, louez le Seigneur ;

Rendez un légitime honneur
À l’objet éternel de vos justes louanges.

Oui, mon Dieu, je veux désormais

Partager la gloire des anges,
Et consacrer ma vie à chanter vos bienfaits.

Renonçons au stérile appui

Des grands qu’on implore aujourd’hui ;


Ne fondons point sur eux une espérance folle.

Leur pompe, indigne de nos vœux,

N’est qu’un simulacre frivole ;
Et les solides biens ne dépendent pas d’eux.

 

Comme nous, esclaves du sort,

Comme nous, jouets de la mort,
La terre engloutira leurs grandeurs insensées ;

Et périront en même jour

Ces vastes et hautes pensées
Qu’adorent maintenant ceux qui leur font la cour.

 Dieu seul doit faire notre espoir ;

Dieu, de qui l’immortel pouvoir
Fit sortir du néant le ciel, la terre, et l’onde ;

Et qui, tranquille au haut des airs,

Anima d’une voix féconde
Tous les êtres semés dans ce vaste univers.

 Heureux qui du ciel occupé,

Et d’un faux éclat détrompé,
Met de bonne heure en lui toute son espérance !

II protège la vérité,

Et saura prendre la défense
Du juste que l’impie aura persécuté.

 C’est le Seigneur qui nous nourrit ;

C’est le Seigneur qui nous guérit :
Il prévient nos besoins ; il adoucit nos gênes ;

Il assure nos pas craintifs ;

Il délie, il brise nos chaînes ;
Et nos tyrans par lui deviennent nos captifs.

 Il offre au timide étranger

Un bras prompt à le protéger ;
Et l’orphelin en lui retrouve un second père :

De la veuve il devient l’époux ;

Et par un châtiment sévère
II confond les pécheurs conjurés contre nous.

 Les jours des rois sont dans sa main :

Leur règne est un règne incertain,
Dont le doigt du Seigneur a marqué les limites ;

Mais de son règne illimité

Les bornes ne seront prescrites
Ni par la fin des temps, ni par l’éternité.

 

 

Jean-Baptiste Rousseau (1670/1671 – 1741)

Rousseau,_Jean-Baptiste

Jean-Baptiste Rousseau est un poète et dramaturge français.

Fils d’un cordonnier enrichi, Jean-Baptiste Rousseau fut élevé avec soin et fit de bonnes études chez les Jésuites au collège Louis-le-Grand. Selon les témoignages contemporains, il eut toujours honte de sa naissance obscure qu’il chercha à dissimuler et l’on prétend qu’il alla jusqu’à renier son propre père.

Rousseau entreprit d’exercer sa vindicte sur ses ennemis désignés. On commença par trouver des vers satiriques sous les tables du café où il se rendait quelquefois et il en envoya de Versailles où il séjournait à ses ennemis. La police fut prévenue et il dut faire un terme à ces envois.

En Suisse, Jean-Baptiste Rousseau trouva un protecteur dans l’ambassadeur français, le comte du Lue. Il s’attacha ensuite au prince Eugène, mais il prit parti pour le comte de Bonneval, et fut obligé de quitter Vienne. Il se retira alors à Bruxelles; où il vit Voltaire, qui devint son ennemi. Il aurait pu obtenir en 1716 des lettres de rappel, mais il demanda une réhabilitation, et elle ne lui fut pas accordée. Il visita Paris incognito en 1738, et mourut dans un hameau près de Bruxelles en 1741, dans de grands sentiments de piété.

Il entre dans la carrière littéraire par des pièces de théâtre et de poésie. Nourri à l’école de Boileau, il se croit appelé à former, aux confins des deux siècles, la transition entre deux époques. En fait, son œuvre, où se mêlent alors odes religieuses et épigrammes obscènes, est empreinte d’une sorte de duplicité morale, caractéristique de la fin du règne de Louis XIV. À trente ans, il a une grande réputation littéraire, mais aussi un grand nombre d’ennemis que lui attire son caractère. En 1707, alors qu’il est candidat à l’Académie française, on fait courir sous son nom des couplets calomnieux contre plusieurs hommes de lettres. Il s’en défend, mais l’affaire s’envenime, et le parlement le juge coupable et le condamne au bannissement à perpétuité (1712). Obligé de s’enfuir, il erre misérablement en Suisse, à Vienne, à Bruxelles, en Angleterre (1721). Pendant son exil, il est protégé par le comte du Luc, ambassadeur de France en Suisse, auquel est dédiée son Ode à la Fortune, une de ses œuvres les plus connues :

Fortune dont la main couronne

Les forfaits les plus inouïs,

Du faux éclat qui t’environne

Serons-nous toujours éblouis ?