EGLISE CATHOLIQUE, FOI, HANS URS VON BLATHASAR, JOSEPH RATZINGER, LA FILLE DE SION : MARIE ET LA FOI MARIALE DE L'EGLISE, MARIE DANS L'EGLISE, MARIOLOGIE, Non classé, VIERGE MARIE

Marie dans l’Eglise

MARIE ET LA FOI MARIALE DE L’EGLISE

La fille de Sion : considérations sur la foi mariale de l’Eglise

Joseph Ratzinger

Paris, Parole et Silence, 2002. 111 pages.

Marie selon Benoît XVI

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 Marie, première Eglise

Cardinal Joseph Ratzinger, Hans Urs von Balthasar

Médiaspaul, Paris, Montréal, Médiaspaul, 1998. 183 pages

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Si le cardinal Ratzinger a consacré l’essentiel de ses travaux à l’Église, il considère Marie comme «la figure parfaite» de la communauté chrétienne

Si le cardinal Ratzinger a consacré l’essentiel de ses travaux à l’Église, il considère Marie comme «la figure parfaite» de la communauté chrétienne

«L’Église abandonne quelque chose qui lui était confié lorsqu’elle ne loue pas Marie», écrivait en 1988, dans la revue internationale Communio, le futur Benoît XVI. Réflexion qui montre bien que l’actuel pape n’a rien voulu perdre de la foi mariale de l’Église. Si l’essentiel de sa réflexion de théologien tourne autour du thème de l’Église, la figure de Marie n’en est pas absente, loin de là. Dans les textes qu’il lui a consacrés (1), le cardinal Joseph Ratzinger remet même Marie à sa juste place : à savoir au coeur même de la confession de foi dans le Dieu vivant ; une affirmation qu’il ressitue dans la droite ligne de Vatican II.

Lors du Concile, les débats avaient mis au jour le fossé qui s’était creusé entre ceux qui critiquaient une mariologie hypertrophiée (telle qu’elle s’était développée notamment au XIXe siècle) et ceux qui dénonçaient une «foi bibliciste et positiviste» (excluant toute référence à Marie). Après d’âpres discussions entre les deux extrêmes, les Pères conciliaires décidaient le 29 octobre 1963, à seulement vingt voix de majorité, d’intégrer dans le schéma sur l’Église ( Lumen gentium) le texte prévu à propos de la Vierge Marie ; au lieu d’en faire l’objet d’un texte en soi.

Pour certains, cela revenait à brader le culte marial et la suite parut parfois leur donner raison. De fait, s’ensuivit dans l’église une éclipse mariale de plus de vingt ans, la mariologie étant comme absorbée par l’ecclésiologie.

« Marie n’est pas une option de la foi chrétienne »

Aux yeux de l’actuel pape, c’était mal comprendre le Concile que de réduire ainsi la figure de Marie. Au contraire, explique-t-il, la décision de Vatican II replace Marie au coeur de la foi. Elle signifie que «la mariologie ne peut jamais être simplement mariologique, mais se tient dans la totalité de l’ensemble fondamental formé par le Christ et l’Église, qu’elle est l’expression la plus concrète de cet ensemble». Ainsi, Marie n’est plus un élément isolé, ce qui justement ouvrait la porte à toutes les dérives «mariolâtres». Elle donne tout son sens à la vocation chrétienne.

«En cela, la théologie mariale du cardinal Ratzinger est novatrice, affirme le P. André Cabes, curé de la paroisse d’Ossun (près de Lourdes) et spécialiste de mariologie. Marie n’est pas une option de la foi chrétienne, puisqu’elle se trouve en son centre.» C’est là une conception qui est dans la logique conciliaire, mais «qui est encore loin d’être entrée pleinement dans nos mentalités», estime le P. Cabes. Lequel regrette, par exemple, que dans les textes oecuméniques les dogmes mariaux soient explicités de manière isolée : «En voulant les justifier, on en fait des sortes d’à-côtés facultatifs», explique-t-il.

Le cardinal Ratzinger, lui, va plus loin : «Sans Marie , écrit-il, l’entrée de Dieu dans l’histoire n’aurait pu aboutir.» Parole extrêmement forte, qui fait de Marie beaucoup plus que celle par laquelle le Christ est venu au monde. Et à partir de laquelle il développe une théologie de l’accueil et du don : «Avec Marie , le Seigneur veut manifester que le rôle de la créature est essentiel dans l’accueil du don qu’il nous fait», analyse encore le P. Cabes.

L’usage contesté du terme de « médiatrice » au sujet de Marie

Dieu, en Marie, s’est appuyé sur l’humilité active de sa créature. Marie se trouve ainsi au carrefour du biologique et du théologique, du fait et du sens, de la christologie et de l’ecclésiologie. D’où un long développement du futur pape sur le corps. Lorsque l’homme oublie ce principe d’unité, lorsque la théologie ne se sert du biologique que comme moyen d’expression symbolique, sans lui accorder plus d’importance, il se fourvoie, selon l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le discours sur le seul biologique «est l’antithèse de ce que la foi pense, elle qui veut parler de la spiritualité du biologique et de la corporéité du spirituel et du divin ».

Cette théologie ne fait pas l’unanimité : «Pour certains, accorder trop d’importance à la Vierge Marie dans l’oeuvre du Salut, c’est enlever quelque chose à Dieu», poursuit le P. Cabes. Certes Dieu est le seul qui donne mais, selon lui, «Marie accueille, car elle va jusqu’au bout du oui».

En ce sens, l’utilisation par le cardinal Ratzinger du terme de «médiation», à propos de Marie, est parfois critiquée. De fait, mal interprété, il risque de faire de Marie une intermédiaire entre l’humanité et Dieu : ce à quoi, justement, l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi s’est lui-même toujours opposé. En particulier, il n’a jamais voulu donner raison au courant théologique – pourtant influent – qui vise à introduire un nouveau dogme marial, en faisant de Marie la «corédemptrice» du Salut.

«Dans sa pensée, commente le P. Cabes, il entend simplement par cette médiation signifier combien la personne participe elle-même au Salut qui lui est donné. Nous n’avons pas tout accueilli, et c’est pourquoi nous avons besoin de Marie.»

En ce sens, le cardinal Ratzinger remet la christologie au coeur des dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption. L’un et l’autre sont indispensables à la foi chrétienne : si nous enlevons le premier, dit-il en substance, nous supprimons les prémices, le fait que Marie accueille «parfaitement» le don de Dieu. Et nier l’Assomption, c’est nier que la Résurrection soit possible : en Marie, le Salut a abouti.

La mariologie, « théologie de l’histoire » et « appel à l’action »

«Marie nous montre que le Seigneur n’est pas un météore inexpliqué», ajoute joliment le P. Cabes, à propos du livre du cardinal Ratzinger. La Vierge assume le don de Dieu non seulement à l’incarnation, mais jusqu’au pied de la croix (lire ci-dessous). En cela, avec son ami théologien Hans Urs von Balthasar, Joseph Ratzinger fait de Marie la figure de l’Église. «Marie, écrit le futur Benoît XVI, est et demeure présente et active dans l’histoire actuelle ; elle est une personne qui agit ici et aujourd’hui. Elle ne se tient pas au-dessus de nous, elle nous précède, la mariologie devient une théologie de l’histoire et un appel à l’action.»

Encore fallait-il, pour ancrer totalement la mariologie dans la foi chrétienne, en étudier les fondements bibliques. L’enjeu est de taille : certains ont en effet voulu réduire la mariologie à l’intrusion d’un modèle non biblique, façonné au cours de l’histoire, et admis par l’Église au titre d’une quelconque «piété populaire». À travers une magnifique méditation sur la figure de la femme dans l’Ancien Testament (La Fille de Sion), l’image de Marie apparaît, sous la plume du cardinal Ratzinger, entièrement «tissée des fils de l’Ancien Testament». Une théologie de la femme s’en dégage, qui n’est pas sans évoquer l’encyclique de Jean-Paul II Redemptoris mater.

Trois lignes se distinguent : la figure d’Ève, les matriarches (Esther, Anne ou Judith) et la fille de Sion (Israël). Concernant les matriarches, l’auteur y relève le «remarquable transfert des valeurs» lorsque la femme stérile fait face à la femme féconde. La première sera finalement la vraiment bénie, car «seule la promesse qui surplombe la vie rend la vie entièrement vie». La femme, écrit-il, touche le mystère de Dieu. «L’Ancien Testament contient une théologie de la femme profondément ancrée en lui et indispensable à sa compréhension globale», conclut-il.

Exclure la femme de l’ensemble de la théologie signifie nier la Création et l’Élection, et abolir la Révélation. «Nier ou rejeter le féminin dans la foi, disons concrètement le caractère marial, conduit finalement à la négation de la Création.»

On découvre alors comment le théologien bavarois en vient, sinon à approuver, du moins à comprendre les lectures féministes de la Bible : «D’Ève à Marie, regrette-t-il, la perspective féminine n’a pu trouver aucune signification théologique. On peut assurément comprendre alors les courants extrémistes du féminisme contemporain comme étant l’expression de l’irritation causée par une telle lecture unilatérale.»

Pour Benoît XVI, c’est en cela que la redécouverte de Marie est actuelle. Dans le monde contemporain de l’esprit, seul prévaut encore le principe masculin, déplore-t-il. Un esprit masculin qu’il décrit en ces termes : «Le faire, l’oeuvre, l’activité qui peut elle-même projeter et produire le monde, qui ne veut pas attendre quelque chose dont elle serait ensuite dépendante, mais qui fait tout dépendre de son propre pouvoir.»

 «Seule la compassion peut guérir»

«La parole « Heureux le corps qui t’a porté » devient vraie au moment seulement où l’autre béatitude trouve son accomplissement : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 11, 27). Ainsi Marie est-elle préparée à vivre le mystère de la Croix qui ne s’achèvera pas simplement au Golgotha. Son fils demeure le signe de la contradiction ; quant à elle, elle est maintenue dans la douleur de cette contradiction jusqu’à la fin : c’est la douleur de sa maternité messianique. Cette image de la mère souffrante, toute compatissante avec son fils reposant sur son sein, est devenue particulièrement chère à la piété chrétienne. Dans cette mère compatissante, les hommes éprouvés de tous les temps ont trouvé le reflet de toute compassion divine, qui offre la seule consolation véritable. Car toute souffrance, toute douleur plonge par nature dans une solitude, entraîne la disparition de tout amour, la destruction du bonheur causée par ce qui est inacceptable. Seule la compassion peut guérir de la douleur.»

Extrait de Marie, Première Église, du Cardinal Joseph Ratzinger.

Source : La Croix du 12 août 2005.

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Marie, miroir pour l’Eglise
par Raniero Cantalamessa
Saint-Augustin, St-Maurice 2002, 320 p.

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Marie est comparée à un miroir. «Comblée de grâce», toute sa personne reflète la grâce divine par son acquiescement, son désir de servir, son courage au pied de la croix. Le chrétien est invité à se regarder devant cette belle figure pour chercher à lui ressembler davantage, pour, en ce miroir, corriger ce qui doit être transformé. Marie est peu citée dans l’Evangile. Cependant l’auteur fait remarquer que Marie est présente aux trois moments constitutifs du mystère chrétien : à l’Incarnation, dans le Mystère pascal, à la Pentecôte lors de la venue de l’Esprit sur les apôtres rassemblés autour d’elle. Nous sommes invités à lire la vie de Marie à la lumière de la Parole de Dieu plutôt qu’à partir des exposés dogmatiques ; ceux-ci ne facilitent pas les rapprochements œcuméniques avec les réformés. Cette lecture ne cherche pas à entretenir une dévotion à tendance idolâtrique envers Marie, mais propose un itinéraire spirituel, à la suite du Christ, dans le sillage de sa Mère. L’auteur permet de réactualiser nos connaissances sur quelques thèmes fondamentaux comme celui de la grâce, de la foi, de la maternité spirituelle… Il le fait en théologien averti (n’est-il pas prédicateur à la Maison pontificale !) mais soulignons-le, dans un langage très accessible, qui laisse sourdre un amour communicatif pour la Mère de son Seigneur.

Source : Revue Choisir, mai 2003

BENOIT XVI, CROIRE HIER, ENCORE AJOURD'HUI ?, EGLISE CATHOLIQUE, JOSEPH RATZINGER, LA FOI CHRETIENNE HIER ET AUJOURD'HUI

Croire hier et encore aujourd’hui ?

« La sainte Eglise catholique »

9782204079525

 

Quelques phrases clairvoyantes de Benoit XVI alors qu’il était encore le cardinal Ratzinger dans son ouvrage Foi chrétienne, hier et aujourd’hui (1968) dans son chapitre  Deux questions majeures posées par l’article de foi sur le Saint-Esprit et l’Eglise (pp. 244-245).

Peut-être une grande partie des difficultés que nous éprouvons en affirmant notre foi en l’Eglise se trouve-t-elle déjà surmontés si nous prenons en considération le contexte indiqué. Essayons cependant d’exprimer ce qui nous trouble aujourd’hui sur ce point. Si nous voulons être francs, nous devons bien reconnaître que l’Eglise n’est ni sainte ni catholique. Le deuxième concile Vatican lui-même en est venu à ne plus parler simplement de l’Eglise sainte, mais de l’Eglise pécheresse ; et si l’on a critiqué ce concile à ce sujet, cela a été tout au plus pour lui reprocher d’avoir été trop timide dans son affirmation, tellement est fort aujourd’hui dans notre conscience à tous, le sentiment de la condition pécheresse de l’Eglise. Il est fort possible que joue également ici l’influence d’une théologie luthérienne du péché, et donc un présupposé « dogmatique » si supposé dogmatique. Mais ce qui rend cette « dogmatique » si convaincante, c’est sa correspondance avec notre propre expérience.  Les siècles de l’histoire de l’Eglise sont tellement remplis de défaillances humaines, que nous pouvons comprendre l’effroyable vision de Dante, voyant la prostituée babylonienne assise dans le char de l’Eglise, et que nous trouvons convenables les paroles terribles de l’évêque de Paris, Guillaume d’Auvergne (XIIIè siècle) qui disait que tout homme à la vue de la dépravation de l’Eglise, devait se sentir glacé d’horreur. « Ce n’est plus une épouse, mais un monstre effrayant, difforme et sauvage… »

De même que la sainteté, la catholicité de l’Eglise nous paraît elle aussi problématique. La tunique sans couture du Seigneur est  déchirée entre des parties adverses, l’unique Eglise est divisée en une foule d’Eglises, dont chacune a plus ou moins la prétention d’être seule dépositaire  de la vérité. Et ainsi l’Eglise est devenue aujourd’hui pour beaucoup  l’obstacle majeur de la foi. Ils n’arrivent plus à voir en elle que l’ambition humaine du pouvoir, le jeu mesquin de ceux qui, avec leur prétention d’administrer le christianisme institutionnel, semblent constituer le principal obstacle au véritable esprit du christianisme

 

 

 

La foi chrétienne hier et aujourd’hui

Joseph Ratzinger

Paris, Le Cerf, 2005. 288 pages.

La Foi chrétienne hier et aujourd’hui

 

« Pouvons-nous encore croire aujourd’hui ? Le chrétien doit se poser cette question ; il ne lui est pas permis de recourir simplement à toutes sortes de détours et de subterfuges pour donner une interprétation du christianisme qui ne choque plus. Quand, par exemple, un théologien prétend que la « résurrection des morts » signifie seulement que l’on doit travailler chaque jour, sans se lasser, à l’œuvre de l’avenir, le choc est sans doute évité. Mais sommes-nous restés honnêtes ? Disons-le franchement : un tel christianisme, évacué de toute substance par de semblabes interprétations, accuse un manque de sincérité à l’égard des problèmes de l’incroyant, dont le « peut-être pas » devrait nous troubler, comme nous souhaitons que le « peut-être » chrétien le trouble, lui. »

Dans ce commentaire du Credo, qu’ il écrivit lorsqu’il était professeur de théologie à Tübingen, Joseph Ratzinger développe une réponse claire aux questions : Comment croire aujourd’hui ? Et que faut-il croire ? Cette « Introduction au christianisme, hier, aujourd’hui, demain », titre d’origine, est considérée comme l’une des œuvres majeures de la théologie au XXe siècle. En l’an 2000, le cardinal Ratzinger lui a donné une longue et substantielle préface, qui est une excellente introduction aux grandes lignes de fonds de sa pensée théologique et philosophique. Il y évalue les orientations du livre en considérant deux événements significatifs des dernières décennies, le « soulèvement d’une nouvelle génération » en 1968 et « l’effondrement des régimes socialistes » en 1989. Le futur pape Benoît XVI concluait : « L’orientation fondamentale, je le pense, était juste. C’est pourquoi j’ose remettre, aujourd’hui encore, ce livre entre les mains du lecteur. 

BENOIT XVI, FOI ET POLITIQUE, JOSEPH RATZINGER, LIBERER LA LIBERTE : FOI ET POLITIQUE, LIVRE, LIVRES

Foi et politique : un livre de Joseph Ratzinger

Libérer la liberté : foi et politique

Joseph Ratzinger (Benoît XVI)

Paris, Parole et Silence, 2018. 229 pages.

 

RATZINGER-Liberer la liberte

Présentation de l’éditeur

La relation entre foi et politique est un de ces grands thèmes qui a toujours été au centre de l’attention de Joseph Ratzinger-Benoît XVI, et qui traverse tout son parcours intellectuel et humain. Je me réjouis donc particulièrement de pouvoir présenter ce second volume des textes choisis de Joseph Ratzinger sur le thème « foi et politique ». Avec son impressionnante Opera Omnia, les textes nous aideront certainement tous à comprendre notre présent et à trouver une solide orientation pour le futur, mais ils seront aussi une véritable et authentique source d’inspiration pour une action politique qui, en plaçant la famille, la solidarité et l’équité au centre de son attention et de son programme, se tournera vraiment vers l’avenir avec hauteur de vue. Ratzinger nous accompagne dans la compréhension de notre présent, donnant un témoignage de l’immuable fraîcheur et vitalité de sa pensée. Aujourd’hui, de fait, plus que jamais, s’offre à nouveau cette même tentation du refus de toute dépendance à l’amour, à l’exception de l’amour de l’homme pour son propre ego, pour le « moi et ses caprices » ; et, par conséquent, le risque de la « colonisation » des consciences par une idéologie qui nie la certitude fondamentale selon laquelle l’homme existe comme homme et femme et que leur sont confiés la tâche de transmettre la vie. Cette idéologie conduit à la production planifiée et rationalisée d’êtres humains et amène – peut-être même dans une finalité considérée comme « bonne » – à estimer logique et licite d’éliminer ce qui n’est pas considéré comme déjà créé, donné, conçu et généré, mais fait par nous-mêmes. Pape François

 

Voici le texte intégral de la préface du Pape François. Le livre en français a été présenté, le  8 mai 2018, au pape Benoît XVI.

 

La relation entre foi et politique est un de ces grands thèmes qui a toujours été au centre de l’attention de Joseph Ratzinger – Benoît XVI, et qui traverse tout son parcours intellectuel et humain. L’expérience directe du totalitarisme nazi l’amena, en tant que jeune chercheur, à réfléchir sur les limites de l’obéissance à l’État compte tenu de la liberté de l’obéissance à Dieu : « l’État – écrit-il en ce sens dans un des textes proposés ne constitue pas la totalité de l’expérience humaine et n’embrasse pas non plus toute l’espérance humaine. L’homme et son espérance vont au-delà de la réalité de l’État et au-delà de la sphère de l’action politique. Et cela ne vaut pas seulement pour un État qui pourrait être qualifié de Babylone, mais pour n’importe quel État. L’État n’est pas le tout. Cela enlève un poids à l’homme politique et lui ouvre le chemin d’une politique rationnelle. L’État romain était faux et anti-chrétien parce qu’il voulait justement être le totum des possibilités et des espérances humaines. Il prétendait ainsi être ce qu’il ne pouvait réaliser, ce en quoi il trompait et appauvrissait l’homme. Son mensonge totalitaire le rendait démoniaque et tyrannique ».

Par la suite, sur cette même base et tout en accompagnant Jean-Paul II, Joseph Ratzinger élabora et proposa une vision chrétienne des droits de l’homme capable de débattre au niveau théorique et pratique avec la prétention totalitaire de l’État marxiste et de l’idéologie athée sur laquelle il est fondé. Parce que pour Ratzinger le contraste véritable entre marxisme et christianisme n’est certainement pas donné par l’attention préférentielle du chrétien pour les pauvres : « nous devrions réapprendre – non pas seulement en théorie, mais dans notre manière de penser et d’agir – qu’en plus de la présence réelle de Jésus dans le temple, dans le sacrement, il existe cette autre présence réelle de Jésus dans les plus petits, dans les laissés pour compte de ce monde, dans les derniers : en eux tous il veut que nous le rencontrions » écrivait déjà Ratzinger dans les années soixante-dix, avec une profondeur théologique et en même temps une immédiateté d’accès qui sont le propre du pasteur authentique. Ce contraste n’est pas non plus donné, comme lui-même le souligne au milieu des années quatre-vingt, par l’absence d’un sens d’équité et de solidarité dans le magistère de L’Église et donc « dans la dénonciation du scandale des inégalités évidentes entre les riches et les pauvres – qu’il s’agisse d’inégalités entre pays riches et pays pauvres ou d’inégalités entre cercles sociaux dans le domaine d’un même territoire national, qui n’est plus toléré -« .

Le contraste profond, note Ratzinger, est plutôt donné (et avant même la prétention marxiste de situer le ciel sur la terre et la rédemption de l’homme dans l’ici et maintenant) par la différence abyssale qui subsiste en référence au comment doit avoir lieu la rédemption : « la rédemption intervient-elle par la libération de toute dépendance, ou son unique chemin est-elle la pleine dépendance de l’amour, qui serait alors aussi la véritable liberté ? ».

Ainsi, par un saut de trente années, Ratzinger nous accompagne dans la compréhension de notre présent, donnant un témoignage de l’immuable fraîcheur et vitalité de sa pensée. Aujourd’hui, de fait, plus que jamais, s’offre à nouveau cette même tentation du refus de toute dépendance à l’amour, à l’exception de l’amour de l’homme pour son propre ego, pour le « moi et ses caprices »; et, par conséquent, le risque de la « colonisation » des consciences par une idéologie qui nie la certitude fondamentale selon laquelle l’homme existe comme homme et femme et que leur sont confiés la tâche de transmettre la vie. Cette idéologie conduit à la production planifiée et rationalisée d’êtres humains et amène – peut-être même dans une finalité considérée comme « bonne » – à estimer logique et licite d’éliminer cela qui n’est pas considéré comme déjà créé, donné, conçu et généré, mais fait par nous-mêmes.

Ces apparents « droits » humains qui sont totalement orientés vers l’autodestruction de l’homme – c’est ce que nous montre avec force et efficacité Joseph Ratzinger – ont pour unique dénominateur commun une seule et grande négation : la négation de la dépendance à l’amour, la négation que l’homme soit une créature de Dieu, faite amoureusement par Lui à son image pour qu’il le désire, comme le cerf cherche l’eau vive (Ps 41). Quand est niée cette dépendance entre la créature et le créateur, cette relation d’amour, on renonce au fond à la véritable grandeur de l’homme, on s’attaque au rempart de sa liberté et de sa dignité.

Ainsi, la défense de l’homme et de l’humain contre les réductions idéologiques du pouvoir passe à nouveau aujourd’hui par le fait d’inscrire l’obéissance de l’homme à Dieu comme limite de l’obéissance à l’État. Relever ce défi, dans le véritable et clair changement d’époque que nous visons aujourd’hui, signifie défendre la famille. Pour sa part, Jean-Paul II avait bien compris la portée décisive de la question ; appelé avec raison le « pape de la famille », il ne soulignait pas par hasard que « le futur de l’humanité passe par la famille » (Familiaris consortio, 86). Dans le même ordre d’idée, j’ai moi aussi insisté sur le fait que « le bien de la famille est déterminant pour l’avenir du monde et de l’Église » (Amoris Laetitia, 31).

Je me réjouis donc particulièrement de pouvoir introduire ce second volume des textes choisis de Joseph Ratzinger sur le thème « foi et politique ». Avec son impressionnante Opera Omnia, les textes nous aideront certainement tous à comprendre notre présent et à trouver une solide orientation pour le futur, mais ils seront aussi une véritable et authentique source d’inspiration pour une action politique qui, en plaçant la famille, la solidarité et l’équité au centre de son attention et de son programme, se tournera vraiment vers l’avenir avec hauteur de vue.

© Librairie éditrice du Vatican

© Parole et Silence

 

 

BENOIT XVI, EGLISE CATHOLIQUE, JOSEPH RATZINGER, LA SAINTE EGLISE CATHOLQUE, RELIGIONS

La sainte Eglise catholique

« La sainte Eglise catholique »

 

Je crois à la sainte Église catholique.

Quelques phrases  de Benoit XVI au sujet de l’Eglise « sainte » et « catholique » alors qu’il était encore le cardinal Ratzinger dans son ouvrage Foi chrétienne, hier et aujourd’hui (1968) dans son chapitre  Deux questions majeures posées par l’article de foi sur le Saint-Esprit et l’Eglise (pp. 244-245).

 

Peut-être une grande partie des difficultés que nous éprouvons en affirmant notre foi en l’Eglise se trouve-t-elle déjà surmontés si nous prenons en considération le contexte indiqué. Essayons cependant d’exprimer ce qui nous trouble aujourd’hui sur ce point. Si nous voulons être francs, nous devons bien reconnaître que l’Eglise n’est ni sainte ni catholique. Le deuxième concile Vatican lui-même en est venu à ne plus parler simplement de l’Eglise sainte, mais de l’Eglise pécheresse ; et si l’on a critiqué ce concile à ce sujet, cela a été tout au plus pour lui reprocher d’avoir été trop timide dans son affirmation, tellement est fort aujourd’hui dans notre conscience à tous, le sentiment de la condition pécheresse de l’Eglise. Il est fort possible que joue également ici l’influence d’une théologie luthérienne du péché, et donc un présupposé « dogmatique » si supposé dogmatique. Mais ce qui rend cette « dogmatique » si convaincante, c’est sa correspondance avec notre propre expérience.  Les siècles de l’histoire de l’Eglise sont tellement remplis de défaillances humaines, que nous pouvons comprendre l’effroyable vision de Dante, voyant la prostituée babylonienne assise dans le char de l’Eglise, et que nous trouvons convenables les paroles terribles de l’évêque de Paris, Guillaume d’Auvergne (XIIIè siècle) qui disait que tout homme à la vue de la dépravation de l’Eglise, devait se sentir glacé d’horreur. « Ce n’est plus une épouse, mais un monstre effrayant, difforme et sauvage… »

De même que la sainteté, la catholicité de l’Eglise nous paraît elle aussi problématique. La tunique sans couture du Seigneur est  déchirée entre des parties adverses, l’unique Eglise est divisée en une foule d’Eglises, dont chacune a plus ou moins la prétention d’être seule dépositaire  de la vérité. Et ainsi l’Eglise est devenue aujourd’hui pour beaucoup  l’obstacle majeur de la foi. Ils n’arrivent plus à voir en elle que l’ambition humaine du pouvoir, le jeu mesquin de ceux qui, avec leur prétention d’administrer le christianisme institutionnel, semblent constituer le principal obstacle au véritable esprit du christianisme

 

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BENOIT XVI, FOI ET POLITIQUE, JOSEPH RATZINGER, LIBERER LA LIBERTE : FOI ET POLITIQUE, LIVRE, LIVRES

Foi et politique : Joseph Ratzinger

RATZINGER-Liberer la liberte

Joseph Ratzinger

Libérer la liberté : Foi et politique

Préface du Pape François

Paris, Parole et Silence, 2018. 232 pages.

 

 

Présentation de l’éditeur

La relation entre foi et politique est un de ces grands thèmes qui a toujours été au centre de l’attention de Joseph Ratzinger – Benoît XVI, et qui traverse tout son parcours intellectuel et humain. Je me réjouis donc particulièrement de pouvoir présenter ce second volume des textes choisis de Joseph Ratzinger sur le thème « foi et politique ». Ces textes nous aideront certainement tous à comprendre notre présent, ils seront une authentique source d’inspiration pour une action politique qui, en plaçant la famille, la solidarité et l’équité au centre de son attention et de son programme, se tournera vraiment vers l’avenir avec hauteur de vue.  
Aujourd’hui, plus que jamais, s’offre à nouveau cette même tentation du refus de toute dépendance à l’amour, à l’exception de l’amour de l’homme pour son propre ego, pour le « moi et ses caprices »; et, par conséquent, le risque de la « colonisation » des consciences par une idéologie qui nie la certitude fondamentale selon laquelle l’homme existe comme homme et femme et que leur est confiée la tâche de transmettre la vie. Pape François

 

Texte intégral de cette préface, publiée avec l’aimable autorisation de l’éditeur français. Le livre en français a été présenté, ce 8 mai 2018, au pape Benoît XVI.

Préface du pape François

La relation entre foi et politique est un de ces grands thèmes qui a toujours été au centre de l’attention de Joseph Ratzinger – Benoît XVI, et qui traverse tout son parcours intellectuel et humain. L’expérience directe du totalitarisme nazi l’amena, en tant que jeune chercheur, à réfléchir sur les limites de l’obéissance à l’État compte tenu de la liberté de l’obéissance à Dieu : « l’État – écrit-il en ce sens dans un des textes proposés – ne constitue pas la totalité de l’expérience humaine et n’embrasse pas non plus toute l’espérance humaine. L’homme et son espérance vont au-delà de la réalité de l’État et au-delà de la sphère de l’action politique. Et cela ne vaut pas seulement pour un État qui pourrait être qualifié de Babylone, mais pour n’importe quel État. L’État n’est pas le tout. Cela enlève un poids à l’homme politique et lui ouvre le chemin d’une politique rationnelle. L’État romain était faux et anti-chrétien parce qu’il voulait justement être le totum des possibilités et des espérances humaines. Il prétendait ainsi être ce qu’il ne pouvait réaliser, ce en quoi il trompait et appauvrissait l’homme. Son mensonge totalitaire le rendait démoniaque et tyrannique ».

Par la suite, sur cette même base et tout en accompagnant Jean-Paul II, Joseph Ratzinger élabora et proposa une vision chrétienne des droits de l’homme capable de débattre au niveau théorique et pratique avec la prétention totalitaire de l’État marxiste et de l’idéologie athée sur laquelle il est fondé. Parce que pour Ratzinger le contraste véritable entre marxisme et christianisme n’est certainement pas donné par l’attention préférentielle du chrétien pour les pauvres : « nous devrions réapprendre – non pas seulement en théorie, mais dans notre manière de penser et d’agir – qu’en plus de la présence réelle de Jésus dans le temple, dans le sacrement, il existe cette autre présence réelle de Jésus dans les plus petits, dans les laissés pour compte de ce monde, dans les derniers : en eux tous il veut que nous le rencontrions » écrivait déjà Ratzinger dans les années soixante-dix, avec une profondeur théologique et en même temps une immédiateté d’accès qui sont le propre du pasteur authentique. Ce contraste n’est pas non plus donné, comme lui-même le souligne au milieu des années quatre-vingt, par l’absence d’un sens d’équité et de solidarité dans le magistère de L’Église et donc « dans la dénonciation du scandale des inégalités évidentes entre les riches et les pauvres – qu’il s’agisse d’inégalités entre pays riches et pays pauvres ou d’inégalités entre cercles sociaux dans le domaine d’un même territoire national, qui n’est plus toléré -« .

Le contraste profond, note Ratzinger, est plutôt donné (et avant même la prétention marxiste de situer le ciel sur la terre et la rédemption de l’homme dans l’ici et maintenant) par la différence abyssale qui subsiste en référence au comment doit avoir lieu la rédemption : « la rédemption intervient-elle par la libération de toute dépendance, ou son unique chemin est-elle la pleine dépendance de l’amour, qui serait alors aussi la véritable liberté ? ».

Ainsi, par un saut de trente années, Ratzinger nous accompagne dans la compréhension de notre présent, donnant un témoignage de l’immuable fraîcheur et vitalité de sa pensée. Aujourd’hui, de fait, plus que jamais, s’offre à nouveau cette même tentation du refus de toute dépendance à l’amour, à l’exception de l’amour de l’homme pour son propre ego, pour le « moi et ses caprices »; et, par conséquent, le risque de la « colonisation » des consciences par une idéologie qui nie la certitude fondamentale selon laquelle l’homme existe comme homme et femme et que leur sont confiés la tâche de transmettre la vie. Cette idéologie conduit à la production planifiée et rationalisée d’êtres humains et amène – peut-être même dans une finalité considérée comme « bonne » – à estimer logique et licite d’éliminer cela qui n’est pas considéré comme déjà créé, donné, conçu et généré, mais fait par nous-mêmes.

Ces apparents « droits » humains qui sont totalement orientés vers l’autodestruction de l’homme – c’est ce que nous montre avec force et efficacité Joseph Ratzinger – ont pour unique dénominateur commun une seule et grande négation : la négation de la dépendance à l’amour, la négation que l’homme soit une créature de Dieu, faite amoureusement par Lui à son image pour qu’il le désire, comme le cerf cherche l’eau vive (Ps 41). Quand est niée cette dépendance entre la créature et le créateur, cette relation d’amour, on renonce au fond à la véritable grandeur de l’homme, on s’attaque au rempart de sa liberté et de sa dignité.

Ainsi, la défense de l’homme et de l’humain contre les réductions idéologiques du pouvoir passe à nouveau aujourd’hui par le fait d’inscrire l’obéissance de l’homme à Dieu comme limite de l’obéissance à l’État. Relever ce défi, dans le véritable et clair changement d’époque que nous visons aujourd’hui, signifie défendre la famille. Pour sa part, Jean-Paul II avait bien compris la portée décisive de la question ; appelé avec raison le « pape de la famille », il ne soulignait pas par hasard que « le futur de l’humanité passe par la famille » (Familiaris consortio, 86). Dans le même ordre d’idée, j’ai moi aussi insisté sur le fait que « le bien de la famille est déterminant pour l’avenir du monde et de l’Église » (Amoris Laetitia, 31).

Je me réjouis donc particulièrement de pouvoir introduire ce second volume des textes choisis de Joseph Ratzinger sur le thème « foi et politique ». Avec son impressionnante Opera Omnia, les textes nous aideront certainement tous à comprendre notre présent et à trouver une solide orientation pour le futur, mais ils seront aussi une véritable et authentique source d’inspiration pour une action politique qui, en plaçant la famille, la solidarité et l’équité au centre de son attention et de son programme, se tournera vraiment vers l’avenir avec hauteur de vue.

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BENOIT XVI, JOIE, JOSEPH RATZINGER, RELIGION, THEOLOGIEN

Benoît XVI : théologien de la joie

Benoît XVI un théologien de la joie

Article original en anglais par Joseph MurphyPAPE BENOIT XVI
Traduction de Marianne (8/6/2008) 
Une analyse à la fois très érudite (par un spécialiste) et très humaine de l’œuvre  théologique de Joseph Ratzinger. 

[..] J’ai remarqué que la joie était très présente dans toute l’œuvre de Ratzinger. ..
C’est vraiment le genre de message que les gens aujourd’hui, avec toutes leurs questions et leurs difficultés, ont besoin d’entendre encore. De plus, cette façon de présenter le message chrétien pourrait surmonter l’indifférence ou le découragement qui touche de nombreux membres de l’Église et rallumer leur enthousiasme et leur amour pour la foi.
 

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J’ajouterai que la joie ne fait pas seulement partie de son œuvre , de sa théologie, elle fait partie de sa vie tout court, et chacun peut le voir dans les expressions de son visage, dans ses gestes, et dans le moindre de ses propos.
Je me souviens qu’avant son voyage en Bavière, en aôut 2006, recevant à Castelgandolfo la télévision allemande, il avait parlé de joie à deux reprises au moins:

[..] je trouve qu’il est très important de savoir cueillir les côtés amusants de la vie et sa dimension joyeuse et de ne pas tout prendre de façon tragique, et je dirais que cela est même nécessaire pour mon ministère. Un écrivain a dit que les anges pouvaient voler parce qu’ils ne se prennent pas trop au sérieux. Et nous, nous pourrions peut-être voler un peu plus, si nous ne nous donnions pas toujours de grands airs. 

Et à la question « Est-ce que votre mission n’est pas un poids pour vous? », il répond:
Ce serait aller trop loin, parce qu’en fait c’est fatigant, mais quoiqu’il en soit j’essaye de trouver de la joie là aussi.

 

BENOÎT XVI, THÉOLOGIEN DE LA JOIE
Entretien de Carl Olson, d’Ignatius Insight, avec Mgr Joseph Murphy, auteur de « Christ our Joy : the Theological Vision of Pope Benedict XVI.
I.I. Ignatius Insight Mgr M. Mgr Murphy


I.I. : Comment est né votre livre ? Qu’espérez-vous que les lecteurs apprennent et apprécient dans l’œuvre théologique du Pape Benoît XVI ?

Mgr M. : Les écrits de Joseph Ratzinger me fascinent depuis longtemps. Séminariste, je me suis familiarisé avec des livres comme The Ratzinger Report, Introduction au Christianisme*, Regarder le Christ, etc. Dès lors, j’ai été frappé par l’extraordinaire clarté et la profondeur de pensée de Ratzinger, sa capacité de diagnostiquer les problèmes de notre temps, de dialoguer avec les idées contemporaines et, puisant dans les richesses pérennes de la Tradition, de présenter un moyen d’avancer.

I.I : Comment le livre est-il né ? 

Mgr M. : Quand Joseph Ratzinger fut élu pape, je fus tout de suite frappé par le contenu de ses premières homélies. Elles offraient du message chrétien une présentation inspirante qui donnait à réfléchir. En particulier, l’accent qu’il met sur la joie m’a intrigué. C’est pourquoi j’ai décidé d’examiner de plus près ses écrits pour mieux comprendre ce qu’il voulait dire par là. J’ai d’abord trouvé ce que je cherchais dans un article intitulé « La foi en tant que confiance et joie ». C’était sa contribution au Festschrift de Bernhard Häring, publié en 1977. Cet article fut repris plus tard dans Les Principes de Théologie catholique. Par la suite, en lisant d’autres textes, j’ai remarqué que la joie était très présente dans toute l’œuvre de Ratzinger. Elle se présente en lien avec tous les thèmes clés de la foi chrétienne. C’est vraiment le genre de message que les gens aujourd’hui, avec toutes leurs questions et leurs difficultés, ont besoin d’entendre encore. De plus, cette façon de présenter le message chrétien pourrait surmonter l’indifférence ou le découragement qui touche de nombreux membres de l’Église et rallumer leur enthousiasme et leur amour pour la foi.

J’espère que les lecteurs de Christ our Joy auront autant de plaisir à le lire que j’ai eu à l’écrire ! J’ai essayé de montrer que si Benoît XVI – en raison de ses lourdes tâches – n’a jamais eu l’occasion de faire une présentation systématique de la foi chrétienne (ce qu’il a fait de plus approchant est son Introduction au Christianisme) – on trouve quand même quelque chose de cette vision complète du Christianisme dans ses divers écrits et la joie est le centre de cette vision. Il a une façon de présenter le message chrétien qui convient singulièrement à notre époque.

I.I. Pour beaucoup de gens, surtout ceux qui ne connaissent pas grand chose de Benoît XVI, à part ce qu’ils en ont lu dans les médias, associer la joie avec le saint Père pourrait sembler surprenant, et même curieux. Que leur diriez-vous ? Comment la joie fait-elle partie de la vision théologique de Benoît XVI ?

Mgr M. : Bien sûr, on pourrait critiquer la manière dont certains médias présentent le pape. Cela frôle la caricature. Mais enfin, il faut noter que c’est aussi grâce aux médias et en particulier grâce à la télévision et aux journaux que de nombreuses personnes en sont venues à mieux connaître le saint Père, en particulier, lors de ces événements marquants comme les funérailles de Jean-Paul II, la messe inaugurale du pontificat et la récente visite pastorale du pape aux Etats-Unis.
Ceux qui étaient habitués à l’image simplifiée du ci-devant préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, associer le mot « joie » avec le pape a de quoi surprendre. Toutefois, je les inviterais simplement à l’écouter et à lire certains de ses écrits. Ils verraient que sa pensée est en fait pleine d’espérance, elle encourage, elle inspire.
Plutôt que de dire que la joie fait partie de la vision théologique du pape Benoît, je dirais qu’elle caractérise et sa pensée et, en général, la vie chrétienne même. Après tout, c’est une vie dans l’Esprit Saint, l’ « Esprit de la joie éternelle », comme le pape l’appelle. La joie authentique est attachée à la foi chrétienne dans son intégralité et elle découle de cette foi vécue pleinement. Dans l’article que j’ai mentionné, le pape montre comment la joie présuppose l’harmonie intérieure et la sérénité – joie et sérénité qui naissent de ce que l’on est aimé d’un amour vrai et indéfectible. Seul Dieu, qui se révèle en Jésus Christ peut donner cet amour vrai et indéfectible. Comme le dit l’ami de Ratzinger, Josef Pieper, le philosophe allemand, seul Dieu peut nous dire en vérité : « Oui, c’est bon que tu sois, que tu existes ».

I.I. Quels sont certains aspects de la joie que vous trouvez dans l’œuvre de Benoît et qui pour les lecteurs seraient neufs ou surprenants? Quelles sont les autres qualités essentielles de la pensée de Benoît liées à la joie ?

Mgr M. Bien sûr, la joie est un thème biblique central et donc le Christianisme et la joie doivent être étroitement liés. Par exemple, dans l’intimité de la dernière Cène, Christ dit à ses disciples : « Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit entière » (Jn 125, 11). Le Christianisme, ce n’est pas imposer de lourds fardeaux aux gens, ce n’est pas non plus un système écrasant de « tu dois » et « tu ne dois pas ». C’est bien plutôt le chemin vers la liberté et la joie véritable. De ce fait, l’accent que le saint père met sur la joie va tout simplement de pair avec son désir de transmettre l’essentiel du Christianisme.

De ce point de vue, il y a certains aspects de la pensée de Benoît XVI que les lecteurs pourront trouver neufs ou du moins qui donnent à réfléchir. Par exemple, bien des gens, quand ils entendent parler de l’Église pensent aussitôt à son côté institution, structures et personnel. Mais le Pape place l’accent ailleurs. Pour lui, l’Église est, entre autres choses, ce que j’appelle dans mon livre la servante, la gardienne et le professeur de joie. Il fait allusion à cette idée dans son Introduction au Christianisme, quand il écrit : « Seul celui qui a vécu comment l’Église – malgré les changements de ses ministres et de ses formes – relève les hommes, leur donne une maison et une espérance, une maison qui est espérance – le chemin vers la vie éternelle – seul celui qui a fait cette expérience sait ce qu’est l’Église, et dans le passé et aujourd’hui. »

Le pape cite souvent des auteurs catholiques français. On trouve dans le grand roman de Georges Bernanos, Le Journal d’un curé de campagne, des idées comparables sur l’Église. À propos, ce livre nous apprend beaucoup de choses sur la nature de la joie chrétienne, malgré l’apparence plutôt sombre du roman. Dans un passage bien connu, le curé de Torcy décrit la vraie nature de l’Église et dit à son jeune collègue, le curé d’Ambricourt : « La joie est le don de l’Église, toute joie qu’il soit possible de partager dans ce monde triste ».
Le pape aborde une question importante : la joie peut-elle exister face à la souffrance et à la mort ? Une joie toute superficielle ne peut soutenir ces réalités pénibles qui nous mettent face à la fragilité de nos vies et à la question du sens final. Toutefois, la joie chrétienne est quelque chose de plus profond. Elle jaillit de ce que nous savons que le Dieu d’amour est près de nous dans toutes les circonstances de notre vie et, ainsi que l’enseignent les saints, c’est ce qui nous rend capables de faire face à la maladie, à la souffrance et à la mort avec sérénité, confiance et espérance. Finalement, c’est la victoire du Christ sur le péché et la mort qui fait que la joie et la souffrance peuvent coexister.

I.I. On a souvent dépeint Benoît comme quelqu’un de triomphaliste et de rigide, et pourtant l’œuvre de sa vie n’a t-elle pas été marquée par un dialogue sérieux et profond avec les autres religions et systèmes de croyances ? Qu’est-ce qui ressort pour vous dans ce qu’a écrit Benoît sur le sécularisme, la modernité et le scepticisme ? 

Mgr M. Toute personne qui a écouté ou lu le pape Benoît sait à quel point le décrire comme quelqu’un de rigide ou de triomphaliste, c’est être vraiment à côté de la plaque ! Sa théologie est marquée par une volonté d’entamer le dialogue. Il est très bien informé sur les questions que posent la culture contemporaine et le débat théologique. À cet égard, ceux qui souhaitent avoir une idée plus juste de ce qu’est vraiment le pape feraient bien de lire le premier chapitre du livre du Frère Vincent Twomey « Pope Benedict XVI : The Conscience of Our Age » (Ignatius Press 2007). Twomey qui a fait son doctorat sous la direction du professeur Ratzinger, nous donne une description intéressante des méthodes de son ancien professeur pour mener des séminaires lesquels se caractérisaient par des débats ouverts et le respect des vues d’autrui.

Le pape a discuté d’autres religions et systèmes de croyances en diverses occasions, surtout ces dernières années dans des œuvres telles que « Plusieurs religions – une seule alliance », « Vérité et Tolérance ». De ce qu’il a écrit là-dessus, tout comme sur le sécularisme, la modernité et le scepticisme, ce qui émerge clairement, c’est la primauté de la vérité, sans laquelle il n’est pas de joie. Il est intéressant de voir que, dans son encyclique, Deus caritas est, il souligne que l’homme, en vivant dans la fidélité au Dieu unique, fait lui-même l’expérience d’être celui qui est aimé de Dieu et qu’il découvre la joie dans la vérité, dans la justice, la joie en Dieu qui devient son bonheur essentiel .

 

L’homme est fait pour la vérité ; il ne peut éviter de poser les questions sur le sens, sur la vie et la mort, sur ses origines et sa destinée. Dans toutes les cultures et toutes les religions, on essaie de répondre à ces questions. Dans l’esprit de Ratzinger il n’y a pas de doute : le Christianisme peut engager un dialogue fructueux avec les religions sur la base de cette recherche commune de réponses, de la connaissance de l’existence humaine et de la morale qui transcende les frontières nationales, culturelles et religieuses.

Ratzinger montre bien que le scepticisme moderne et le relativisme, en ignorant les vérités de la religion et les intuitions fondamentales de l’être humain sur les questions profondes de la vie représentent un grave danger pour l’homme car ils risquent de le conduire dans un vide dépourvu de tout sens, un vide qui pourrait être fatal. La vérité est nécessaire pour nous faire sortir de l’aliénation, mais s’il n’y a pas moyen de connaître la vérité, alors l’homme perd tout sens de la vie et toute direction. Mais l’homme a une soif inextinguible de la vérité, d’amour et de sens. Il en a besoin pour vivre. Dans ce contexte, le Christianisme nous assure à nouveau que la vérité et le sens existent, mais qu’ils sont personnels et doivent, en fin de compte, être identifiés à Dieu qui est amour. Ratzinger le dit d’une façon très percutante dans son Introduction au Christianisme .

I. I. On compare sans arrêt Benoît XVI et Jean-Paul II, parfois à juste titre, parfois non. Quelles sont, selon vous, les ressemblances et les différences dans leur œuvre théologique ?
Mgr M. Il est évident que Benoît XVI et Jean-Paul II ont un tempérament, une spiritualité, une formation, un style de théologie très différents. Mais ils sont aussi très complémentaires. Le pape Jean-Paul était davantage philosophe, formé dans les traditions aristotélicienne et thomiste. Ces orientations ont laissé sur sa pensée une marque durable. L’intérêt qu’il porte à la personne et à la réalité de l’amour humain, la sexualité et le mariage l’a conduit à intégrer sa première formation philosophique avec les intuitions plus personnalistes de la phénoménologie, produisant ainsi une synthèse très intéressante et originale. Nous en trouvons les fruits dans son livre « Amour et responsabilité », « La théologie du corps ». Son amour pour le théâtre et sa dette envers la tradition carmélitaine ont aussi contribué à sa formation de pasteur, de penseur et d’homme de prière. Le pape Jean-Paul a laissé un corpus important qu’il faudra beaucoup de temps pour absorber. Parmi ses enseignements sur les questions éthiques, la doctrine sociale et l’anthropologie (la théologie du corps) tiennent sans aucun doute une place toute particulière et elles ne sont pas encore tout à fait intégrées dans la vie de l’Église et de ses membres.

La formation du pape Benoît est assez différente. Sa spiritualité a subi l’influence profonde du mouvement liturgique comme on peut le voir dans ses écrits sur la liturgie et dans sa manière de célébrer l’eucharistie. Sa théologie est très biblique et patristique. Elle doit beaucoup aux Pères de l’Église, surtout à saint Augustin et aux auteurs du Moyen-Âge, comme saint Bonaventure. Même si la pensée du pape Benoît est moins ouvertement philosophique que celle du pape Jean-Paul, elle est très attentive aux questions soulevées par les Lumières et par les penseurs qui ont façonné la culture moderne. Le pape Benoît enseigne avec une grande clarté, c’est un professeur remarquable. Il a le don d’enseigner des idées profondes très simplement. Ce n’est donc pas étonnant si la foule qui assiste à l’Angélus et aux audiences générales fait très attention à ce qu’il dit. S’il s’intéresse certainement aux questions morales et sociales, le pape Benoît, fidèle à sa propre formation en théologie fondamentale et dogmatique, a consacré plus d’attention aux articles fondamentaux de la foi, au dialogue entre la foi et la raison et à la liturgie, comme on le voit clairement dans ses encycliques sur l’amour et l’espérance, et son très beau livre sur le Christ, Jésus de Nazareth.

Bref, les enseignements des deux papes, dans leur complémentarité, nous donnent une compréhension extraordinairement profonde des richesses de la foi chrétienne.

I.I. Dans Christ, notre joie, vous montrez bien comment Joseph Ratzinger, dans sa christologie, se centre et sur l’Incarnation et sur la Croix. Pourquoi est-ce significatif et quels rapports ces thèmes ont-ils avec les autres aspects de son œuvre, en particulier la sotériologie et l’ecclésiologie ?
Mgr M. Dans la partie christologie de son Introduction au Christianisme, Ratzinger dit que, en gros, il y a eu deux grandes façons d’aborder le mystère du Christ. L’une se fonde sur le mystère de l’Incarnation, et l’autre sur la Croix. Quand on se fonde sur l’Incarnation, on tend à se concentrer sur l’être du Christ, à la fois homme et Dieu. Les relations entre l’homme et Dieu paraissent être décisives. Cette approche est en harmonie avec le vieil adage patristique : « Ce qui n’est pas assumé, n’est pas sauvé », adage qui fut immensément utile dans la formulation des premiers dogmes christologiques. Mais aborder le mystère de la rédemption uniquement sous l’angle de l’Incarnation risque d’aboutir à une vue statique et optimiste de l’homme, dans laquelle le péché ne joue plus qu’un rôle très secondaire.

L’autre grande perspective, surtout marquée par saint Paul et, plus tard, par les Réformés, se fonde sur la Croix. Elle souligne la victoire du Christ sur le péché et la mort. Ici, le risque est de tomber dans une interprétation opposée au monde, qui voit le christianisme comme une « brèche dans la confiance et l’assurance de l’homme et de ses institutions, y compris l’Église » (voir l’Introduction au Christianisme).

Une christologie adéquate, et donc une sotériologie et une ecclésiologie adéquates, doit en quelque sorte unir les deux perspectives, sans les réduire à une synthèse facile et superficielle. Elle doit tenir compte et de l’unité du Christ et de son œuvre salvatrice. L’être du Christ – centre de la perspective fondée sur l’Incarnation – est aussi un faire. Cela signifie qu’il est intrinsèquement lié à son activité salvatrice – centre de la perspective fondée sur la Croix. L’être du Christ est en réalité « actualitas » ; c’est aller au-delà de soi, c’est un exode. Son être n’est pas statique, il ne se repose pas en lui-même, mais il est l’acte d’être envoyé, d’être fils, de servir. Pour parler brièvement, ce qu’il est est ce qu’il fait, et ce qu’il fait est ce qu’il est.

Cette manière intéressante de joindre l’Incarnation et la Croix est intimement liée à la notion que Ratzinger a de la personne. La personne est « reliée », elle est de quelqu’un (ultimement de Dieu) et pour les autres. Plus elle s’abandonne pour les autres, et en particulier pour cet autre qui est Dieu, plus elle s’éloigne d’elle-même, plus elle est elle-même et s’accomplit. Jésus-Christ, en se donnant, « est celui qui est allé au-delà de soi et donc, l’homme qui est totalement lui-même » (Introduction au Christianisme).

Tout cela a des conséquences pour notre compréhension de l’Église et de la vie chrétienne. Le fait que Jésus ait eu le côté percé par la lance montre que son existence est tout ouverte : « à présent, il est entièrement « pour » ; à présent il n’est plus du tout un individu singulier, mais « Adam », du côté duquel Ève – la nouvelle humanité – fut formée » (Introduction au Christianisme). L’eau et le sang qui coulent du côté du Christ désignent les sacrements du baptême et de l’eucharistie et par là, l’Église qui est la nouvelle communauté d’hommes et de femmes. Vivre en tant que nouvelle création, faire pleinement partie de la nouvelle communauté, c’est vivre comme le Christ, dans une communauté de relations, dans un esprit de don à autrui. C’est l’œuvre salvatrice du Christ qui rend cela possible, œuvre que – par les sacrements – nous recevons dans notre propre vie.

I.I. Quand il écrit sur la Sainte Vierge, Ratzinger insiste souvent sur le fait qu’elle est la fille de Sion. Quelle en est l’importance et comment cela se rapporte-t-il au thème de la joie ?

Mgr M. En 1977, Joseph Ratzinger a publié un petit livre profond sur la mariologie (La Fille de Sion). Il reconnaît dans le thème de la Fille de Sion l’un des 5 grands thèmes de l’Ancien Testament, repris par le Nouveau Testament et plus tard, par la Tradition chrétienne, surtout par la liturgie, afin de mieux comprendre la personne de la Vierge Marie et son rôle dans l’histoire du salut. Les autres thèmes sont 1) la figure d’Ève ; 2) les femmes stériles qui , finalement, enfantent un fils : Sarah, Rachel, Anna 3) les grandes figures salvifiques d’Esther et de Judith et 4) la Sagesse personnifiée.

Pour Ratzinger, la Fille de Sion a une signification particulière. Dans la pensée de l’Ancien Testament, cette figure en vient à représenter Jérusalem et, en fait tout Israël. Israël, le peuple élu, jouit de l’alliance avec Dieu, fondée sur l’amour de Dieu, sa grâce et sa miséricorde. L’alliance elle-même est davantage considérée en termes de relations conjugales qu’en termes juridiques ou politiques. Dans ce contexte, spécialement dans les écrits prophétiques, on décrit souvent Israël comme une femme, vierge, aimée, épouse et mère. Dans le Nouveau Testament, la Vierge Marie est considérée comme la vraie Fille de Sion, en qui Dieu fait sa demeure au point qu’elle devient la Mère de Dieu, la Theotokos.

Le lien avec la joie est déjà clairement exprimé chez les prophètes Zacharie et Sophonie qui poussent le peuple, Fille de Sion, à se réjouir parce que Dieu est présent et victorieux parmi Israël. Israël peut se réjouir parce que son espérance est fondée puisqu’elle s’appuie sur l’œuvre salvatrice de Dieu, sa présence consolante et ses promesses. Mais, dans l’Ancien Testament, la promesse attend sa réalisation.

L’espérance d’Israël se réalise dans la Vierge Marie qui doit être la mère du Sauveur tant attendu. Quand l’ange Gabriel s’adresse à elle, il le fait d’une façon qui rappelle les prophéties à la Fille de Sion : « Réjouis-toi ! » C’est pourquoi le pape Benoît souligne sans cesse que le Christianisme, qui réellement commence avec les paroles de l’ange à Marie, est une invitation à la joie. En même temps, Marie est la Fille de Sion et le vrai Israël, en qui l’ancienne et la nouvelle alliance, Israël et l’Église sont inséparablement un. Marie nous enseigne ce que l’Église doit être : la demeure de Dieu. Elle nous enseigne aussi à mettre notre confiance en Dieu dans une attitude de totale ouverture et de don de soi. Ce faisant, elle nous montre où nous trouverons la joie authentique. De là, on peut comprendre la place de la dévotion mariale dans la vie chrétienne. Ainsi que le dit Joseph Ratzinger : « La dévotion envers Marie est le ravissement de la joie sur l’Israël vrai et indestructible ; c’est l’entrée merveilleuse dans la joie du Magnificat et donc la louange de celui à qui la Fille de Sion doit tout son être et dont elle porte la véritable arche d’alliance, incorruptible et indestructible ». (
La Fille de Sion)

I. I. Vous évoquez souvent l’Introduction au Christianisme, que l’on considère en général comme un livre essentiel de Joseph Ratzinger. Pourriez-vous nous dire quels sont les autres ouvrages de Ratzinger/Benoît que vous estimez être au cœur de son œuvre théologique ?

Mgr M. L’Introduction au Christianisme est ce qui se rapproche le plus d’une synthèse théologique, bien qu’elle soit incomplète ; Ratzinger la développe d’une manière significative dans ses derniers écrits. Rappelons-nous que l’Introduction au Christianisme fut publié pour la première fois il y a 40 ans (1968) mais cet ouvrage a gardé une extraordinaire fraîcheur et est resté un classique de la théologie catholique moderne. L’Introduction au Christianisme traite les questions de foi et de croyance dans le monde moderne, avant d’aborder de manière originale le symbole des apôtres. Comme mon livre a pour objet de présenter la façon dont Ratzinger traite les éléments principaux de la foi chrétienne, il est normal que je le cite très souvent.

Quel dommage que la thèse de doctorat de Ratzinger Le Peuple et la maison de Dieu dans la doctrine de l’Église de Saint Augustin n’ait jamais été traduite en anglais ! Elle nous ferait mieux comprendre la genèse de la pensée de Ratzinger qui contient des intuitions fondamentales sur l’Église, sa nature intérieure et sa relation avec l’État.

On en trouve des développements dans ses écrits plus tardifs. Son livre sur la théologie de l’Histoire de saint Bonaventure est important pour comprendre sa pensée sur l’histoire du salut et la distinction entre l’eschatologie et l’utopie. 
Pour ce qui regarde le travail strictement théologique de Ratzinger, on devrait mentionner Eschatologie : la mort et la vie éternelle. Quant aux autres aspects de sa théologie, il a développé sa pensée dans une série d’articles publiés dans des collections ou journaux divers. On les a souvent regroupés dans des livres, tel les Principes de théologie catholique, ouvrage important de théologie fondamentale ; ses méditations sur la Trinité qu’on vient récemment de republier, ses travaux plus récents sur l’ecclésiologie, sa collection d’articles et de méditations sur l’eucharistie, Dieu nous est proche, de même que son volume d’articles sur le pluralisme religieux, le relativisme et la foi intitulé Foi, Vérité et Tolérance. En christologie, à part les chapitres qu’il y consacre dans l’Introduction au Christianisme, on doit citer son livre tout récent Jésus de Nazareth. Les écrits qu’il a consacrés à la liturgie sont très significatifs et exercent déjà une influence certaine. 
Pour les lecteurs qui ne connaissent pas sa pensée, sa brève autobiographie peut servir d’introduction facile et ses trois livres d’entretiens avec P. Seewald et G. Messori. 

I. I. Quelle est la place de Joseph Ratzinger dans la théologie du 20e siècle ? Quels sont les aspects de son œuvre qui exerceront sans doute une influence significative sur les études théologiques futures ?
Mgr M. Il est très difficile de faire des pronostics sur la manière dont on considérera Joseph Ratzinger dans l’histoire de la théologie du 20e siècle. Maintenant qu’il est pape, beaucoup de gens qui auparavant n’étaient pas familiers avec sa pensée vont vouloir la connaître mieux. Sa théologie est moins spéculative que celle de Karl Rahner ou de Bernard Lonergan et, parce qu’il a eu d’autres engagements, il n’a pas fait – comme Hans Urs von Balthasar une synthèse monumentale. Sa pensée a beaucoup en commun avec les théologiens du ressourcement, comme Henri de Lubac. Lubac a beaucoup fait pour retrouver le riche héritage des Pères de l’Église et il a poussé à une plus grande appréciation de la complexité, de la subtilité et de la variété de la pensée médiévale qui déborde largement les simplifications des manuels. Pour ce qui regarde les penseurs médiévaux, il est clair que l’augustinisme et sa perpétuation dans la tradition franciscaine avec Saint Bonaventure l’a beaucoup plus marqué que la pensée de Saint Thomas d’Aquin, alors qu’Henri de Lubac accorde plus d’attention à ce dernier. Il faut dire aussi que la pensée de Ratzinger a une forte composante scripturaire, comme on peut le voir dans son Introduction au Christianisme et plus encore dans son Jésus de Nazareth.

À mon avis, la façon qu’a le pape Benoît d’aborder la théologie aura sans doute une forte influence. Dans l’introduction de mon livre, Christ our Joy, j’ai exposé certains traits de sa théologie. J’ai montré qu’elle était très scripturaire, fondée sur la Tradition, spécialement les Pères de l’Église, et qu’elle était à la fois pastorale et spirituelle. Bien que l’on doive faire la distinction entre la théologie personnelle du pape et son magistère, on retrouve dans ses enseignements officiels quelque chose de sa manière d’aborder la théologie. Le pape, au cours des audiences, a parlé des apôtres et de l’Église primitive, puis il a commencé une série captivante sur les Pères de l’Église où il explique les aspects principaux de leur pensée et montre leur pertinence dans les débats contemporains. Je crois que cette attitude encouragera les étudiants à fouiller dans les richesses de la patristique et cela profitera, dans l’avenir, tant à la réflexion qu’à la prédication. Nous pouvons donc espérer pour les écrits théologiques un style plus réfléchi, plus spirituel, et qui ferait appel à l’Écriture et à la Tradition, tout en étant sensible aux questions que se posent nos contemporains. 
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Pope Benedict XVI, Theologian of Joy: An Interview with Monsignor Joseph Murphy, author of Christ Our Joy: The Theological Vision of Pope Benedict XVI | Carl E. Olson
Ignatiusinsight.com

 

 

*Introduction au Christianisme repris en français en 2000 sous le titre La Foi chrétienne hier et aujourd’hui.

Karl Rahner, jésuite, (1904-1984), après des études de philosophie et de théologie (entre autres avec Heidegger) à Fribourg-en-Brisgau, enseigna la dogmatique à Innsbruck. Il participa activement au concile Vatican II et fonda, en 1965, avec Yves Congar et Edward Schillebeeckx la revue internationale de théologie Concilium. Il enseigna à partir de 1964 à Munich. 
Il est l’auteur principalement des « Écrits théologiques » (12 volumes, DDB, 1959-1970) et du « Traité fondamental de la foi » (Centurion, 1983).

Bernard Lonergan, jésuite, (1904– 1984), fut un philosophe et théologien canadien qui a consacré l’œuvre de sa vie aux questions les plus fondamentales de l’éthique, de l’économique, de la philosophie, de la théologie et de la méthodologie dans les sciences naturelles et les sciences humaines. La profondeur de ses travaux a reçu un accueil chaleureux de la part de ses pairs et il fut « considéré par beaucoup d’intellectuels comme l’un des penseurs philosophiques les plus raffinés du vingtième siècle » (Time Magazine, 1971). Des érudits du monde entier ont tant et si bien reconnu l’importance de ses travaux qu’ils ont fondé partout dans le monde des centres consacrés au développement et à l’application de sa pensée.

Les écrits du pape Benoît XVI

 

Pour découvrir les écrits de Benoît XVI, quelques références

 Encycliques et exhortations
– Dieu est amour (Deus caritas est) – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2006 –
– Sauvés dans l’espérance (Spe Salvi) – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2007 –

– Le sacrement de l’amour : exhortation apostolique sur l’Eucharistie – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2007 –

 Autres livres récents
– Jésus de Nazareth, volume 3 : l’enfance de Jésus – Flammarion 2012 –
– Jésus de Nazareth, volume 2 : de l’entrée dans la ville de Jérusalem à la résurrection, – Editions du Rocher – Parole et Silence, 2011-
– Jésus de Nazareth, volume 1 : du baptême dans le Jourdain à la transfiguration – Flammarion, 2007 –
– L’essence de la foi – Plon, 2006

– Les apôtres et les premiers disciples du Christ : aux origines de l’Eglise – Bayard, 2007 –

Livres publiés quand il était cardinal
– La foi chrétienne entre hier et aujourd’hui – Cerf, 2005 –
– L’Europe, ses fondements, aujourd’hui et demain – Saint Augustin, 2005 –
– La mort et l’au-delà : court traité d’espérance chrétienne – Fayard, 2006 –
– Catéchèse et transmission de la foi – Tempora, 2008 –
– Ma vie : souvenirs, 1927-1977 – Fayard, 2005 –
– Le sel de la terre : le christianisme et l’Eglise catholique au seuil du IIIe millénaire. Entretiens avec Peter Seewald – Cerf, 2005 –
– Voici quel est notre Dieu : conversations avec Paul Seewald – Plon, Mame, 2005 –

BENOIT XVI, INVITATION A LA JOIE, JOSEPH RATZINGER, ROBERT MURPHY, THEOLOGIEN

Invitation à la joie : Joseph Murphy

INVITATIONInvitation à la joie : essai sur la théologie de Joseph Ratzinger

Joseph Murphy

Perpignan, Artège, 2010. 260 pages.

 

Présentation  de l’ouvrage.

« Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur !’ » (Ph4, 4) : une phrase clé qui résume à elle seule toute l’œuvre du théologien Joseph Ratzinger et de l’enseignement du Pape Benoit XVI. Aussi étonnant que cela puisse paraître, celui qui était pour beaucoup – souvent par médias interposés   – le Panzerkardinal, le Grand Inquisiteur est donc finalement et avant tout un apôtre de la joie chrétienne.

Mgr Joseph Murphy offre en langue française une réflexion, à la fois systématique, exhaustive et accessible qui ouvre de toutes nouvelles perspectives sur les sources de la pensée du cardinal Ratzinger et de Benoît XVI en parcourant son œuvre. Il s’appuie notamment sur un ouvrage du cardinal Ratzinger La foi chrétienne entre hier et aujourd’hui (paru aux éditions du Cerf en 2005. La Joie chrétienne y apparaît non comme un thème annexe, un plus, mais bien comme le cœur comme le nœud central du message du Christ en même temps que le signe et la marque d’une vie chrétienne : cette marque de la vie chrétienne doit, comme le rappelle l’auteur, citant Ratzinger, être témoignage et donc communiqué.

 Cet ouvrage où l’auteur chapitre après chapitre en reprenant les principaux fondements de la foi, constitue une introduction qui sait être exigeante mais également accessible pour mieux comprendre l’enseignement de Joseph Ratzinger ; ceci constitue une étape importante pour la réception de sa théologie.

 

La foi chrétienne : fondement de notre Espérance, source de notre Joie.

 

Sommaire de l’ouvrage

Un monde qui a besoin de joie

Joie et vérité

Vivre la joie dans la foi, l’espérance et l’amour

La Trinité

La Création

Jésus-Christ, porteur de la joie

L’Esprit de la joie éternelle

L’Église, gardienne de la joie

La joie eucharistique

Joie, souffrance et mort

La joie éternelle

 

Biographie de l’auteur

Mgr Joseph Murphy, né en 1968 à Cork, en Irlande, a été ordonné prêtre en 1993 pour le diocèse de Cloyne. Après des études de Lettres et de Théologie au Collège Saint-Patrick de Maynooth et à l’Université Pontificale Grégorienne où il a obtenu le doctorat en théologie, il est entré au service du Saint-Siège. Il travaille actuellement à la Section pour les Relations avec les Etats de la Secrétairerie d’Etat.

 

Les écrits de Benoît XVI, quelques références : Encycliques  et exhortations
– Dieu est amour (Deus caritas est) – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2006 –
– Sauvés dans l’espérance (Spe Salvi) – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2007
– Le sacrement de l’amour : exhortation apostolique sur l’Eucharistie – Cerf, Bayard, Mame, Fleurus, 2007 –

Autres livres récents
– Jésus de Nazareth, volume 3 : l’enfance de Jésus – Flammarion 2012 –
– Jésus de Nazareth, volume 2 : de l’entrée dans la ville de Jérusalem à la résurrection, – Editions du Rocher – Parole et Silence, 2011-
– Jésus de Nazareth, volume 1 : du baptême dans le Jourdain à la transfiguration – Flammarion, 2007 

– L’essence de la foi – Plon, 2006 –– Les apôtres et les premiers disciples du Christ : aux origines de l’Eglise – Bayard, 2007

Livres publiés quand il était cardinal
– La foi chrétienne entre hier et aujourd’hui – Cerf, 2005
– L’Europe, ses fondements, aujourd’hui et demain – Saint Augustin, 2005
– La mort et l’au-delà : court traité d’espérance chrétienne – Fayard, 2006– Catéchèse et transmission de la foi – Tempora, 2008 –
– Ma vie : souvenirs, 1927-1977 – Fayard, 2005 –
– Le sel de la terre : le christianisme et l’Eglise catholique au seuil du IIIe millénaire. Entretiens avec Peter Seewald – Cerf, 2005 –– Voici quel est notre Dieu : conversations avec Paul Seewald – Plon, Mame, 2005 –

BENOIT XVI, BIBLE, JESUS-CHRIST, JOSEPH RATZINGER

JESUS DE NAZARETH PAR BENOIT XVI

JÉSUS DE NAZARETH. LA FIGURE ET LE MESSAGE 

(Œuvres complètes, volume VI/1)

Joseph Ratzinger/Benoît XVI 

Paris, jesus de nazareth2Éditions Parole et Silence, 676 p.

 

Avant sa démission, Benoît XVI avait publié entre 2006 et 2012, trois volumes sur Jésus qui, disait-il, dans l’avant-propos du premier livre, n’étaient «en aucune manière un acte du magistère mais (…) l’expression de (s)a recherche personnelle de la face du Seigneur». 

Sous le double nom d’auteur de Joseph Ratzinger et de Benoît XVI il livrait le résultat d’environ six ans le fruit d’un travail intellectuel intense et d’une recherche spirituelle personnelle. Avec humilité le pontife osait dire : «Chacun est donc libre de me contredire» ! 

Des spécialistes de la Bible (des théologiens protestants mais aussi catholiques) ne manquèrent pas d’ailleurs de le faire. Certaines critiques portaient sur la méthode de Joseph Ratzinger : en effet il prenait ses distances (en expliquant pourquoi) par rapport à la méthode historico-critique des décennies précédentes. Et dès son second volume sur Jésus, Benoît XVI a tenu à répondre à ces critiques dans l’avant-propos du deuxième volume sur Jésus

Actuellement, les Éditions Parole et Silence ont entrepris l’édition complète de l’œuvre théologique de Joseph Ratzinger (une vingtaine d’ouvrages) sous la direction du cardinal Müller ( le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui a succédé à ce poste au cardinal Ratzinger) ; c’est dans ce cadre qu’est paru un opus  tout entier pour regroupé les trois volumes parus sur la figure et le message du Christ. 

Les éditeurs ont fait une seule modification en retenant l’ordre des Évangiles et non l’ordre de parution ; on trouvera donc d’abord la partie concernant «L’enfance de Jésus», puis celle allant «Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration», enfin celle «De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection»

Ce livre s’adresse à un large public : le pape a voulu donné un enseignement qui soit accessible. Le théologien s’est fait un pasteur pédagogue.

Cet ouvrage donne accès en un seul volume à l’œuvre christologique d’un théologien majeur de la seconde moitié du XXe  siècle !