AFGHANISTAN, KABOUL (Afghanistan), KHALED HOSSEINI, LES CERFS-VOLANTS DE KABOU, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Les cerfs-volants de Kaboul

Les cerfs-volants de Kaboul

Khaled Hosseini

Paris, Le Livre de Poche, 2006. 416 pages.

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Quatrième de couverture :

Extrait

Décembre 2001

Je suis devenu ce que je suis aujourd’hui à l’âge de douze ans, par un jour glacial et nuageux de l’hiver 1975. Je revois encore cet instant précis où, tapi derrière le mur de terre à demi éboulé, j’ai jeté un regard furtif dans l’impasse située près du ruisseau gelé. La scène date d’il y a longtemps mais, je le sais maintenant, c’est une erreur d’affirmer que l’on peut enterrer le passé : il s’accroche tant et si bien qu’il remonte toujours à la surface. Quand je regarde en arrière, je me rends compte que je n’ai cessé de fixer cette ruelle déserte depuis vingt-six ans.
L’été dernier, mon ami Rahim khan m’a téléphoné du Pakistan pour me demander de venir le voir. Le combiné collé à l’oreille, dans la cuisine, j’ai compris que je n’avais pas affaire seulement à lui. Mes fautes inexpiées se rappelaient à moi, elles aussi. Après avoir raccroché, je suis allé marcher au bord du lac Spreckels, à la limite nord du Golden Gâte Park. Le soleil du début d’après-midi faisait miroiter des reflets dans l’eau où voguaient des douzaines de bateaux miniatures poussés par un petit vent vif. Levant la tête, j’ai aperçu deux cerfs-volants rouges dotés d’une longue queue bleue qui volaient haut dans le ciel. Bien au-dessus des arbres et des moulins à vent, à l’extré­mité ouest du parc, ils dansaient et flottaient côte à côte, semblables à deux yeux rivés sur San Francisco, la ville où je me sens maintenant chez moi. Soudain, la voix d’Hassan a résonné en moi : Pour vous, un millier de fois, me chuchotait-elle. Hassan, l’enfant aux cerfs-volants affligé d’un bec-de-lièvre.
Je me suis assis sur un banc, près d’un saule, pour réfléchir aux paroles que Rahim khan avait prononcées juste avant de raccrocher, un peu comme une idée qui lui serait venue sur le moment. Il existe un moyen de te racheter

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Biographie de l’auteur

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Khaled Hosseini est né à Kaboul, en Afghanistan, en 1965. Fils de diplomate, il a obtenu avec sa famille le droit d’asile aux États-Unis en 1980. Son premier roman, Les Cerfs-volants de Kaboul, a bénéficié d’un extraordinaire bouche à oreille. Acclamé par la critique, il est resté de nombreuses semaines en tête des listes aux États-Unis, où il est devenu un livre-culte. Il a reçu le prix RFI et le prix des lectrices de Elle en 2006, et a été adapté au cinéma en 2008 par Marc Forster. Après Mille soleils splendides, il signe aux éditions Belfond son nouveau roman Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Analyse et critique

Dans les années 60, à Kaboul. Amir et Hassan grandissent ensemble. Hassan est le fils du serviteur chiite (un Hazara – un groupe méprisé dans l’Afghanistan sunnite) de la maison et Amir le fils bien aimé, mais les deux garçons ont été élevés côte-à côte, partageant même la même nourrice. Au fil des années, une complicité particulière s’est créée entre eux, complicité que leurs différences ne semble pas altérer. Et pourtant si le dévouement d’Assan envers Amir est absolu, le jeune homme étant prêt à se sacrifier et à défendre bec et ongles celui qu’il considère comme son ami contre ses ennemis, les sentiments d’Amir sont plus ambivalents. Lors d’une scène marquante (l’agression de Hassan par un groupe de jeunes de Kaboul), ces sentiments contrastés éclateront et résonneront jusqu’au fond du cœur  et de l’âme des deux garçons jusqu’à la rupture. 

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Dans les années 1960

Plusieurs années plus tard, en 2001, se présentera pour Amir l’occasion de se racheter… A cette occasion il découvrira le secret de la naissance de Hassan, le lien particulier qui les unit. C’est aussi l’occasion de voir ce pays au mains des talibans : l’Afghanistan des années 1960 a disparu : l’ordre d’un islam rigoriste qui fait régné la terreur et interdit tout ce qui n’est pas conforme à leur vision de l’Islam (la musique, les livres dits licencieux, l’alcool sans oublier l’enfermement des femmes )

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Ce roman foisonnant parcoure plusieurs années de l’histoire de l’Afghanistan, des premières secousses politiques et de l’occupation russe en passant par les luttes raciales, pour finir par  la prise de pouvoir des talibans et le régime sanguinaire qui s’ensuivit. Amir et son père seront contraints d’émigrer aux Etats-Unis, et ce n’est que bien plus tard qu’Amir ramené à revenir dans Kaboul en découvrira les changements. 

Le contraste entre deux époques bien dissemblables est prégnant. L’enfance des enfants reste dorée, rythmée par des concours de cerfs volants, des promenades et des lectures passionnées. 

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« Le ciel bleu s’étalait à l’infini, les habits étendus sur les fils à linge chatoyaient au soleil. En se concentrant on captait même les cris du marchand de fruits qui sillonnait Wazir-Akbar-Khan avec son âne : « Cerises ! Abricots ! Raisins ! » Et en fin d’après-midi, on entendait l’azan, l’appel à la prière entonné par le muezzin depuis la mosquée de Shar-e-Nau. » 

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La violence s’immisce peu à peu dans leur univers, jusqu’à atteindre son paroxysme avec les exactions des talibans, le viol des enfants, les femmes fouettées parce qu’elles mettent des chaussures à talons, lapidées si elles trompent leurs maris, ou encore le massacre des Hazaras. Il n’en reste pas moins qu’Amir, comme tout exilé,  est profondément attaché à ses racines afghanes qu’il continue de célébrer en idéalisant son passé. 

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L’auteur s’attache également à mettre en valeur les contradictions d’un homme rongé par la jalousie et le remords pour ses lâchetés. Amir aurait aimé être au centre de l’univers paternel, mais sa personnalité ne semble pas correspondre à ce que son « Baba » attend de lui. Ces déceptions incessantes créent un gouffre en lui, et même si la rédemption est au bout du chemin, celle-ci se fera au prix d’une remise en question et du devoir de s’affronter à son passé.

 Les cerfs-volants de Kaboul sort en 2003 aux Etats-Unis et bénéficie d’un extraordinaire bouche à oreille. Traduit dans plus de 70 pays, vendu à plus de 15 millions d’exemplaires dans le monde, acclamé par la critique et adapté au cinéma en 2007, ce roman ne tarde pas à devenir un véritable phénomène international. Il paraît en 2005 en France et reçoit ici aussi un beau succès, récompensé par le prix RFI et le grand prix des lectrices de Elle en 2006.