CARLOS RUIZ ZAFON, LE CIMETIERE DES LIVRES OUBLIES, LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMANS

Le prisonnier du ciel de Carlos Riuz Zafon

Le prisonnier du ciel

Carlos Ruiz Zafon

Paris, Robert Laffont, 2013. 377 pages.

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« J’ai toujours su que je reviendrais un jour dans ses rues pour raconter l’histoire de l’homme qui avait perdu son âme dans les ombres de cette Barcelone immergée dans le trouble sommeil d’un temps de cendres et de silence. Ce sont des pages de feu écrites dans les tréfonds de la ville des maudits, des mots gravés dans la mémoire de celui qui est revenu d’entre les morts avec une promesse clouée en plein cœur et au prix d’une malédiction. Le rideau se lève, le public se tait et, avant que l’ombre qui plane sur son destin descendre des cintres, un essaim d’esprits blancs entre en scène, la comédie aux lèvres, avec cette bienheureuse innocence de quelqu’un qui, croyant que le troisième acte est le dernier, vient nous narrer un conte de Noël sans savoir qu’arrivé à la dernière page l’encre de son souffle l’entraînera lentement et inexorablement au cœur des ténèbres » (Julian Carax, Le prisonnier du ciel, 1992)

 

  Quatrième de couverture
Barcelone, 1957. La sonnette tinte sur le seuil de la librairie Sempere. Le client s’approche de Daniel en boitant. L’objet de sa visite ? Un magnifique exemplaire du Comte de Monte-Cristo… Qu’il laisse à l’attention de Fermín, en congé, accompagné d’un curieux message du passé… C’étaient les heures noires du franquisme : à la prison de Monjuïc, parmi les damnés du régime, Fermín portait le numéro 13. Les fantômes refont surface. Dans l’ombre, le Cimetière des Livres oubliés cache toujours son secret…

CRITIQUE DE CET OUVRAGE

Ce nouvel opuscule de Carlos Ruiz Zafon nous replonge dans les années noires de Barcelone : les années qui ont suivi la fin de la guerre civile en Espagne après la victoire de Franco en 1939.

Ainsi tout commence un soir de Noël 1957 à Barcelone. À la librairie Sempere, un inquiétant personnage dont nous connaîtrons plus tard l’identité et ses liens avec Firmin achète un exemplaire du Comte de Monte Cristo. Puis il l’offre à Fermín, accompagné d’une menaçante dédicace. La vie de Fermín vole alors en éclats.

Qui est cet inconnu ? De quels abîmes du passé surgit-il ? Firmin, interrogé par Daniel, va finir par révéler le lourd secret qu’il cache depuis des années. La terrible prison de Montjuïc (1) en 1939. Une poignée d’hommes condamnés à mourir lentement dans cette antichambre de l’enfer parce qu’ils étaient républicains et dont le directeur de cette prison n’est autre que Mauricio Valls déjà rencontré dans un précédent roman. Parmi eux Fermín, David Martín, l’auteur de La Ville des maudits et dont nous connaissons l’histoire tourmentée. Tout comme dans le Comte de Monte Cristo  nous assistons à l’évasion rocambolesque de Firmin qui a emporté avec lui une clé appartenant à cet inconnu qui a offert le livre à Firmin ce soir de Noël 1957.

Dix-huit ans plus tard cet ancien compagnon d’infortune vient crier vengeance et réclamer son dû : la fameuse clé volée par Firmin afin de récupérer un trésor caché quelqu’un crie vengeance. Des mensonges enfouis refont surface, des ombres oubliées se mettent en mouvement, la peur et la haine rôdent.

Nous apprendrons les causes de la mort d’Isabella, la mère de Daniel : elle est morte empoisonnée par Valls à cause de son obstination à adoucir le sort de David Martin qu’elle a toujours aimé en secret. Avec cette révélation c’est la haine qui entre dans le cœur de Daniel : il veut se venger de ce Valls qui l’a privé si tôt de l’amour de sa mère.

Mais il ne faut pas oublier des moments de bonheur : le mariage de Firmin et de Bernarda.

C’est par petit chapitre que l’auteur nous livre les secrets de ses personnages. Foisonnant de suspense et d’émotion ce livre est comme les autres romans un hommage à la littérature, un hommage aux livres. Le Prisonnier du ciel nous rapproche pas à pas de l’énigme cachée au cœur du Cimetière des livres..

Attendons donc la suite …..

©Claude-Marie T.

15 octobre 2018.

 

La prison de Montjuic.

la Sur la colline qui domine le port, à 173 mètres de hauteur, le château de Montjuïcobserve la ville et offre des vues imprenables. Aujourd’hui pacifique, le souvenir de l’histoire de cette forteresse perdure à Barcelone comme symbole de répression, mais aussi de lutte de la ville à différents moments de son histoire.

Le sommet de Montjuïc est une enclave idéale pour la défense et permet une vision de 360ºC sur le territoire environnant. Mais ce n’est que lors de la Guerra dels Segadors(guerre des moissonneurs) en 1640 que l’on y fit construire un fort militaire, à l’endroit où se trouvait une tour de surveillance. Cette première forteresse devint, en 1652, propriété royale et quelques années plus tard, elle fut l’un des protagonistes de la guerre de Succession, entre 1705 et 1714.

Au milieu du XVIIIe siècle, l’ingénieur militaire Juan Martín Cermeño se chargea de la réforme du fort, qui avait beaucoup souffert pendant la guerre et le château adopta l’apparence qu’il possède aujourd’hui. La ville de Barcelone a été bombardée depuis le château en différentes occasions de on histoire et il a également servi de prison. Le 15 octobre 1940, Lluís Companys, président de la Generalitat de Catalogne y fut fusillé. Le château fut une prison militaire jusqu’en 1960 et il fut ensuite cédé à la ville sous la responsabilité de l’armée de terre. Trois ans plus tard, Franco inaugurait un musée des armes. Actuellement, depuis 2007, le château de Montjuïc appartient à la municipalité de Barcelone et en définitive, à tous les Barcelonais.

CARLOS RUIZ ZAFON, LE CIMETIERE DES LIVRES OUBLIES, LE JEU DE L'ANGE, LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRES - RECENSION

Le jeu de l’ange

Le jeu de l’ange

Carlos Ruiz Zafon

Paris, Robert Lafont, 2008. 666 pages.

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Avec ce deuxième opus du Cimetière des Livres oubliés nous voilà dans la turbulente Barcelone des années 1920. David Martin en un à la fois le héros et le narrateur. C’est l’histoire d’un jeune écrivain à la fois talentueux mais qui n’arrive pas à vivre de sa plume ; c’est aussi le l’histoire de notre héros hanté par un amour impossible, celui de Cristina . Le drame va se nouer quand il reçoit l’offre inespérée d’un mystérieux éditeur : écrire un livre comme il n’en a jamais existé, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d’être tués », en échange d’une fortune, d’une renommée,  et, peut-être aussi, de beaucoup plus.
Du jour où il accepte ce contrat, une étrange et inquiétante mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu’il aime le plus au monde. En moyennant son talent d’écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable ?

Une deuxième variation sur le thème du livre qui bouleverse votre vie. Dans L’ombre du vent, il s’agissait d’un livre écrit par un auteur inconnu qui transformait la vie de celui qui l’avait choisi dans le Cimetière des Livres Oubliés, cette fois c’est la vie de celui qui écrit qui est perturbée par son livre.
On rencontre David Martín alors qu’il est encore enfant (comme le fut Daniel Sempere dans L’ombre du vent). C’est un gamin pauvre, abandonné par sa mère à la garde de son père, homme violent et incapable de comprendre son amour des livres car analphabète. A la mort de son père, il est engagé dans le journal où son père était gardien, comme grouillot, protégé par un jeune riche qui l’encourage à écrire. Son univers est celui des histoires à rebondissements où il peut donner libre court à son imagination débordante d’inventivité comme en témoigne son premier feuilleton Les mystères de Barcelone
Mais il aimerait écrire autre chose, une histoire plus personnelle où son génie pourrait être reconnu, où il pourrait être libre d’écrire selon ce que lui dicte son cœur .Mais le succès n’est pas au rendez- vous et l’argent manque et il faut bien vivre ! Justement depuis quelques temps un mystérieux et inquiétant éditeur français Andreas Corelli lui propose un contrat très avantageux. Lorsqu’il accepte enfin, la maison d’édition avec laquelle il avait signé un contrat d’exclusivité brûle opportunément avec ses deux associés. Ce n’est que la première des coïncidences, les premières aventures étranges et aussi les premières morts, car les cadavres vont s’accumuler !

Entre cet éditeur qui se déclare son ami, mais l’inquiète et cet inspecteur Grandes apparemment très soucieux également de lui venir en aide en vertu de la sympathie qu’il lui inspire, David va devoir apprendre louvoyer.
Il y a toutefois un lieu et un homme qui sont depuis toujours un refuge, Sempere, père et fils,  et sa librairie déjà présente dans le premier opus, cette librairie tenue par le père et son fils. Comme aussi dans le premier livre, l’existence d’une grande maison abandonnée, une maison maudite et dans laquelle David s’installe dès que ses moyens financiers le lui permettent. Également des amours contrariés pour le héros. Et bien sûr, Barcelone, omniprésente, souvent battue par les pluies et les vents. 

Dans ce livre, comme dans le précédent, tout tourne autour de la puissance de l’écriture, de l’importance que peut avoir un livre dans une vie. Même si second volume n’a pas la force du premier, ni la magie que l’on aurait aimé y retrouver d’où une certaine déception c’est encore un univers fantastique où le réel réside avant tout dans l’évocation de la ville de Barcelone des années 1920.

 

Quelques extraits significatifs de cet ouvrage

 

« Je crois que vous n’avez pas beaucoup d’amis. Moi non plus. Je me méfie de ceux qui s’imaginent avoir beaucoup d’amis. C’est signe qu’ils connaissent mal leur prochain.

« Un intellectuel est ordinairement quelqu’un qui ne se distingue pas précisément par son intelligence, affirma-t-il. Il s’attribue lui-même ce qualificatif pour compenser l’impuissance naturelle dont il sent bien que ses capacités sont affectées. C’est aussi vieux et aussi sûr que le dicton. « Dis-moi de quoi tu te vantes et je te dirai ce qui te manques. » C’est pain quotidien. L’incompétent se présente toujours comme expert, le cruel comme pitoyable, le pêcheur comme dévot, l’usurier comme bienfaiteur, l’arrogant comme humble, le vulgaire comme distingué et l’abruti comme intellectuel. 

– « Quand j’étais enfant, pendant quelques mois, j’ai voulu être Esope.
– Nous abandonnons tous nos grandes espérances sur la route.

« Rien ne nous induit plus à avoir la foi que la peur, la certitude d’être menacés. Quand nous nous sentons des victimes, toutes nos actions et nos croyances deviennent légitimes, mêmes les plus contestables. Ceux qui s’opposent à nous, ou qui, simplement sont nos voisins, cessent d’être nos semblables et deviennent nos ennemis. Nous ne sommes plus des agresseurs, nous sommes des défenseurs. L’envie, la jalousie ou le ressentiment qui nous motivent sont sanctifiés, car nous avons la certitude d’agir pour notre seule défense. Le mal, la menace, sont toujours chez l’autre. La peur est le premier pas vers une foi passionnée. La peur de perdre notre identité, notre vie, notre condition ou nos croyances. La peur est la poudre et la haine est la mèche. Le dogme, en dernière instance, n’est que l’allumette qui y met le feu. 

« Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu’un livre change de main, toutes les fois que quelqu’un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. Ici, les livres dont personne ne se souvient, les livres qui se sont perdus dans le temps, vivent pour toujours, en attendant d’arriver dans les mains d’un nouveau lecteur, d’un nouvel esprit…

« Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. Il n’oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu’il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix.

« C’était un temps où le sang et la violence devenaient le pain quotidien des rues de Barcelone. Jours de tracts et de bombes qui laissaient des corps déchiquetés, frémissants et fumants dans les rues de Raval, jours où des bandes aux visages barbouillés de noir rôdaient la nuit en répandant le sang, de processions de saints et de défilés de généraux qui puaient la mort et l’hypocrisie, de discours incendiaires où tout le monde mentait et où tout le monde avait raison. On respirait déjà dans l’air empoisonné la rage et la haine qui des années plus tard, devaient mener les uns et les autres à s’assassiner au nom de slogans grandioses et de chiffons de couleur. Le brouillard perpétuel des usines rampait sur la ville et noyait ses avenues pavées et sillonnées par les tramways et les voitures. La nuit appartenait aux lampadaires à gaz, à l’obscurité des ruelles rompues seulement par l’éclair des coups de feu et les traînées bleues de la poudre brûlée. C’était un temps où l’on grandissait vite et où, quand ils laissaient leur enfance derrière eux, beaucoup de gamins avaient déjà un regard de vieux.

 

 « Ce lieu est un mystère. Un sanctuaire. Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu’un livre change de main, toutes les fois que quelqu’un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. Ici, les livres dont personne ne se souvient, les livres qui se sont perdus dans le temps, vivent pour toujours, en attendant d’arriver dans les mains d’un nouveau lecteur, d’un nouvel esprit…

©Claude-Marie T.

21 septembre 2018.