CLAUDE VIGEE (1921-2020), ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, POETE FRANÇAIS

CLAUDE VIGEE (1921-2020)

CLAUDE VIGEE

L’EAU DES SOMBRES ABYSSES

PAR CLAUDE VIGEE

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Evy, si tu m’entends encore là-bas, où tu n’es plus,
sache que tout me manque de toi, ton corps, tes yeux, ta voix
et ta
vive présence,
mais sache aussi que je tente de faire ce que tu m’avais dit
quelques semaines à peine avant de t’en aller dans le noir:

Quand je serai partie, tu finiras ton livre,
tu en commenceras d’autres, si Dieu t’en donnes envie,
car du puits secret de la vie jaillit la neuve poésie,

et souvent répond le génie à l’appel muet du destin.
Si je l’entends là-bas, j’en aurai du plaisir;
mais quand viendra l’instant de glisser dans la nuit,
laisse-moi doucement, sans cris, sans mots, partir:
chacun de nous doit boire seul l’eau des sombres abysses.

Extrait de: 

 2008, Mon heure sur la terre: Poésies complètes 1936-2008

CLAUDE VIGEE (1921-2020)claude-vigee-une-vigie-disparait-1505468257



Claude Vigée, né Claude Strauss le 3 janvier 1921 à Bischwiller est un poète français. Claude Vigée est issu d’une famille juive alsacienne et passe son enfance en Alsace. Chassé par la guerre, il séjourne quelque temps (1940-1942) à Toulouse puis se réfugie aux États-Unis au début de 1943. Il y poursuit des études de littérature et devient professeur de littérature française.

En 1960, il s’installe en Israël où il occupe le poste de professeur de littérature française et comparée à l’université de Jérusalem jusqu’à sa retraite en 1984.

Poète, traducteur, essayiste, Claude Vigée compose depuis 50 ans des œuvres empreintes d’une grande spiritualité et d’une grande générosité. Ses travaux ont été récompensés par de nombreux prix littéraires français et étrangers.

Pacifique, Claude Vigée a participé à une anthologie de poèmes pacifistes dans laquelle a paru un poème sur la guerre du Liban, La voix des jeunes soldats morts1. Il a toujours travaillé en faveur de la paix entre les cultures.

En 2007, création de l’Association des Amis de l’Œuvre de Claude Vigée. Site de l’association. En 2008, ses poèmes complets sont publiés aux éditions Galaade (édition de Jean-Yves Masson, préface de Michèle Finck, introduction, biobibliographie et notes d’Anne Mounic) sous le titre Mon heure sur la terre, titre tiré de l’un de ses poèmes. Ce volume aussitôt réimprimé est salué par la Bourse Goncourt de la Poésie.

Les poèmes les plus récents de Claude Vigée sont pour la plupart des poèmes de deuil, écrits depuis le décès de son épouse, Evy, disparue en janvier 2007. Elle a accompagné de sa vigilante et tendre bienveillance tout le parcours du poète.

Claude Vigée,  » Vie j’ai  » nous a quitté le 02 octobre 2020, à 99 ans.

LITTERATURE FRANÇAISE, PAUL VERLAINE, PAUL VERLAINE (1844-1896), POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS

Chanson d’automne de Paul Verlaine

Chanson d’automne

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Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens

ARTHUR RIMBAUD (1854-1891), LITTERATURE FRANÇAISE, Non classé, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS

POEMES D’ARTHUR RIMBAUD

Quelques poèmes d’Arthur Rimbaud

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Bibliographie

  • L’édition de référence pour lire les Poésies de Rimbaud est : Poésies Complètes en Classiques de Poche, Le Livre de Poche n°9635, édition de Pierre Brunel.
  • Steve Murphy, Le Premier Rimbaud ou l’Apprentissage de la subversion, CNRS, Presses Universitaires de Lyon, 1990
  • Pour une biographie complète, longue et détaillée, consulter : Jean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud, Fayard, 2001 (1200 pages)
  • Dominique Noguez, Les trois Rimbaud, Minuit, 1986
  • Jean-Pierre Richard, Poésie et profondeur, Seuil, 1955

Quelques poèmes de Rimbaud

Sensation

Sensation

Ce poème est celui de l’entrée en poésie de Rimbaud : c’est en effet celui-là qu’il envoie à Banville, poète très célèbre alors, le 24 mai 1870. Il lui adresse une lettre dans laquelle il se présente et il joint un poème, sans titre, qui deviendra plus tard « Sensation », ainsi que « Ophélie » et « Credo in unam ».

Voici la première version du texte « Sensation » de 1870 :

Par les beaux soirs d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue….

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais un amour immense enrera dans mon âme :
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme
!

Et voici la version connue de « Sensation » :

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

Le Dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Ma bohème

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

Le Bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
– Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
– Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ? –

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

LITTERATURE FRANÇAISE, PAUL VERLAINE (1844-1896), POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, PRETRES DE JESUS-CHRIST, LA VERITE VOUS GARDE

Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde de Paul Verlaine

Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde

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Ah ! soyez ce que pense une foule bavarde
Ou ce que le penseur lui-même dit de vous.
Bassement orgueilleux, haineusement jaloux,
Avares, impurs, durs, la vérité vous garde.
Et, de fait, nul de vous ne risque, ne hasarde
Un seul pan du prestige, un seul pli du drapeau,
Tant la doctrine exacte du Bien et du Beau
Est là, qui vous maintient entre ses hauts dilemmes.
Plats comme les bourgeois, vautrés dans des Thélèmes
Ou guindés vers l’honneur pharisaïque alors,
Qu’importe, si, Jésus, plus fort que des cœurs morts,
Règne par vos dehors du reste incontestables ?
Cultes respectueux, formules respectables,
Un emploi libéral et franc des Sacrements
(Car les temps ont du moins, dans leurs relâchements,
Parmi plus d’une bonne et délicate chose.
Laissé tomber l’affreux jansénisme morose),
Et ce seul mot sur votre enseigne : Charité !
Mal gracieux, sans goût aucun, même affecté,
Pour si peu que ce soit d’art et de poésie,
Incapables d’un bout de lecture choisie,
D’un regard attentif, d’une oreille en arrêt
Pis qu’inconsciemment hostiles, on dirait,
A tout ce qui, dans l’homme et fleurit et s’allume.
Plus lourds que les marteaux et plus lourds qu’une enclume.
Sans même l’étincelle et le bruit triomphant,
Que fait ? si Jésus a, pour séduire l’enfant
Et le sage qu’est l’homme en sa double énergie,
Votre théologie et votre liturgie ?
D’ailleurs maints d’entre vous, troupeau trié déjà,
Valent mieux que le monde autour qui vous jugea,
Lisent clair, visent droit, entendent net en somme,
Vivent et pensent, plus que non pas un autre homme,

Que tels, mes chers lecteurs, que moi cet écrivain,
Tant leur science est courte et tant mon art est vain !
C’est vrai qu’il sort de vous, comme de votre Maître,
Quand même une vertu qui vous fait reconnaître.
Elle offusque les sots, ameute les méchants.
Remplis les bons d’émois révérents et touchants.
Force indéfinissable ayant de tout en elle,
Comme surnaturelle et comme naturelle,
Mystérieuse et dont vous allez investis,
Grands par comparaison chez les peuples petits.
Vous avez tous les airs de toutes, sinon toutes
Les choses qu’il faut être en l’affre de vos routes,
Si vous ne l’êtes pas, du moins vous paraissez
Tels qu’il faut et semblez dans ce zèle empressés,
Poussant votre industrie et votre économie,
Depuis la sainteté jusqu’à la bonhomie.

Hypocrisie, émet un tiers, ou nullité !
Bonhomie, on doit dire en chœur, et sainteté !
Puisque, ô croyons toujours le bien de préférence,
Mais c’est surtout ce siècle et surtout cette France,
Que charme et que bénit, à quelques fins de Dieu ?
Votre ombre lumineuse et réchauffante un peu.
Seul bienfait apparent de la grâce invisible
Sur la France insensée et le siècle insensible
Siècle de fer et France, hélas ! toute de nerfs,
France d’où détalant partout comme des cerfs,
Les principes, respect, l’honneur de sa parole.
Famille, probité, filent en bande folle,
Siècle d’âpreté juive et d’ennuis protestants,
Noyant tout, le superbe et l’exquis des instants,
Au remous gris de mers de chiffres et de phrases.
Vous, phares doux parmi ces brumes et ces gazes,
Ah! luisez-nous encore et toujours jusqu’au jour,
Jusqu’à l’heure du cœur expirant vers l’amour
Divin, pour refleurir éternel dans la même
Charité loin de cette épreuve froide et blême.
Et puis, en la minute obscure des adieux.
Flambez, torches d’encens, et rallumez nos yeux
A l’unique Beauté, toute bonne et puissante,
Brûlez ce qui n’est plus la prière innocente,
L’aspiration sainte et le repentir vrai !

Puisse un prêtre être là, Jésus, quand je mourrai !

 

 Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Bonheur (1891)

ECRIVAIN FRANÇAIS, JOSEPH KESSEL (1898-1979), L'OEUVRE DE JOSEPH KESSEL DANS LA PLEIADE, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES

L’oeuvre de Joseph Kessel dans la Pléiade

Joseph Kessel entre dans « La Pléiade » :

retour sur une aventure littéraire

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L’infatigable auteur des « Cavaliers », du « Lion », de « L’Armée des ombres » entre dans la prestigieuse collection de Gallimard. L’occasion d’éprouver à nouveau sa puissance évocatrice.

 

Joseph Kessel

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Joseph Kessel, en 1948.

 

Œuvres principales

L’Équipage (1923)

Belle de jour (1928)

Fortune carrée (1932)

Mermoz (1938)

L’Armée des ombres (1943)

Le Chant des partisans (1943)

Le Tour du malheur (1950)

Le Lion (1958)

Les Mains du miracle (1960)

Les Cavaliers (1967)

 

Joseph Kessel (dit parfois Jef), né le 31 janvier 1898 à Villa Clara (Entre Ríos, Argentine) et mort le 23 juillet 1979 à Avernes (Val-d’Oise), est un romancier français.

Engagé volontaire comme aviateur pendant la Première Guerre mondiale, il tire de cette expérience humaine son premier grand succès littéraire, L’Équipage, publié à 25 ans. Dès lors, son œuvre romanesque se nourrit de l’aventure humaine dans laquelle il s’immerge, à la recherche d’hommes exceptionnels. Après la guerre, il se consacre en parallèle au journalisme et à l’écriture romanesque. Il participe à la création de Gringoire, un hebdomadaire politique et littéraire qui devient l’un des plus importants de l’entre-deux-guerres, et signe des grands reportages à succès pour Paris-Soir que dirige alors Pierre Lazareff. Il publie notamment Belle de jour, qui fait scandale et reste entouré d’une réputation sulfureuse jusqu’à son adaptation cinématographique en 1967, et Fortune carrée, inspirée d’un périple en Mer Rouge où il fait la rencontre d’Henry de Monfreid.

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, il est correspondant de guerre, puis rejoint la Résistance et rallie le général de Gaulle à Londres. Il y compose alors avec son neveu Maurice Druon les paroles du Chant des partisans qui devient l’hymne de la Résistance, et écrit L’Armée des ombres, en hommage à ces combattants de l’ombre, puis finit la guerre comme capitaine dans l’aviation. Après la Libération, il retourne aux voyages dont il tire de grands reportages et la matière de romans, dont celui qui est considéré comme son chef d’œuvre romanesque, Les Cavaliers, ou encore Le Lion, qui rencontre un immense succès.

Il se consacre aussi au devoir de mémoire et d’amitié en écrivant la biographie d’hommes au destin hors du commun comme le Dr Kersten, dans Les Mains du miracle, ou Jean Mermoz.

Il est élu à l’Académie française en 1962.

 

Biographie

Origines

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Joseph debout au centre, assis, ses frères Lazare et George (Orenbourg, Russie, 1907/1908).

Joseph Kessel est le fils de Samuel Kessel, médecin juif d’origine lituanienne (à l’époque en Russie impériale) et de Raïssa Lesk, d’une famille juive établie à Orenbourg, en Russie, sur le fleuve Oural. Samuel Kessel, après avoir passé son doctorat à Montpellier, s’embarque avec son épouse pour l’Argentine où il a obtenu un poste pour trois ans. C’est dans ce pays que naît Joseph. La famille revient ensuite en Europe pour se rapprocher de la famille Lesk à Orenbourg où elle réside de 1905 à 1908. Cette année-là, elle vient s’installer en France, à Nice, rue Auber.

Joseph Kessel fait ainsi ses études secondaires à Nice au lycée Félix-Faure (aujourd’hui lycée Masséna), puis à Paris au lycée Louis-le-Grand.

Infirmier brancardier durant quelques mois en 1914, il obtient en 1915 sa licence de lettres et se trouve engagé, à dix-sept ans, au Journal des débats, dans le service de politique étrangère.

Dès 1920, il est envoyé à Londres par le Journal des débats pour son premier grand reportage. Mais comme il a alors un statut d’apatride, il se fait faire un faux passeport. Cela l’incite à demander l’année suivante la nationalité française en faisant intervenir Robert Dreyfus, conseiller haut placé au bureau du sceau, qu’il obtient en mars 1922.

Aviateur dans la Grande Guerre et premiers romans

Tenté un temps par le théâtre, reçu en 1916 au Conservatoire avec son jeune frère, Lazare (1899-1920) dit Lola — le père de Maurice Druon —, il fait quelques apparitions comme acteur sur la scène de l’Odéon. Mais à la fin de cette même année, Joseph Kessel choisit de prendre part aux combats, et s’enrôle comme engagé volontaire, d’abord dans l’artillerie, puis dans l’aviation. Il sert au sein de l’escadrille S.39, sous le commandement du Capitaine Thélis Vachon. Séduit par le charisme de cet homme à l’enthousiasme contagieux, il lui rend hommage à travers le personnage du capitaine Gabriel Thélis dans son premier grand succès, L’Équipage, publié en 1923. Il termine la guerre par une mission en Sibérie en passant par les États-Unis, puis Vladivostok.

Il se marie en 1921 avec Nadia-Alexandra Polizu-Michsunesti (d’origine roumaine et surnommée « Sandi »), qui décédera en 1928.

En 1926, il publie un roman intitulé Makhno et sa juive où il décrit le leader anarchiste ukrainien Nestor Makhno en tyran assoiffé de sang touché par la beauté d’une jeune juive. Sans trouver d’écho particulier, il provoque une vive réaction dans les milieux anarchistes et des réponses de Makhno lui même, en exil à Paris. La crédibilité du récit de Kessel, qu’il affirme basé sur le témoignage d’un officier blanc, est aujourd’hui considérée nulle.

De l’aventure littéraire à la littérature de l’aventure des hommes

Avec Georges Suarez et Horace de Carbuccia, il fonde en 1928, à Paris, un hebdomadaire politique et littéraire orienté à droite, Gringoire. Romain Gary, qui deviendra plus tard son ami, y publie deux nouvelles à ses débuts, L’Orage (le 15 février 1935) puis Une petite femme (le 24 mai 1935), sous son véritable nom, Roman Kacew. Joseph Kessel est également membre du jury du prix Gringoire, fondé par l’hebdomadaire, parmi d’autres écrivains de l’époque et sous la présidence de Marcel Prévost. Mais par la suite, Kessel, choqué par l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne et par les persécutions antijuives qui s’ensuivent, quitte Gringoire quand le journal commence à adopter une ligne nettement antisémite. En 1936, il publie La Passante du Sans-Souci, un roman au ton antifasciste.

Il rencontre Catherine Gangardt (1903-1972) (d’origine lettone et surnommée « Katia ») avec qui il se marie en 1939 mais dont il divorcera ensuite.

Joseph Kessel appartient à la grande équipe réunie par Pierre Lazareff à Paris-Soir, et qui fait l’âge d’or des grands reporters. Il fait pour le journal de nombreux voyages dont il rapporte des reportages qui font monter le tirage du journal de plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, et dont il tire la matière de romans.

Il est correspondant de guerre pendant la guerre d’Espagne, puis durant la drôle de guerre.

Engagé pour la France dans la Seconde Guerre mondiale

Après la défaite, il rejoint la Résistance au sein du réseau Carte, avec son neveu et ami Maurice Druon. C’est avec ce dernier qu’il franchit clandestinement les Pyrénées pour gagner Londres et s’engager dans les Forces aériennes françaises libres du général de Gaulle.

En mai 1943, dans l’enceinte du pub The White Swan, à Coulsdon dans la banlieue sud de Londres, il compose avec son neveu Maurice Druon les paroles françaises du Chant des Partisans qui deviendra le chant de ralliement de la Résistance. La même année, Kessel publie L’Armée des ombres en hommage à ces combattants de l’ombre. Il finit la guerre capitaine d’aviation dans une escadrille qui, la nuit, survole la France pour maintenir les liaisons avec la Résistance et lui donner des consignes.

C’est à cette époque qu’il rencontre à Londres Michèle O’Brien, une Irlandaise avec qui il se marie en 1949. Elle sombra par la suite dans une dépendance à l’alcool qui incitera Kessel à s’intéresser aux Alcooliques anonymes et aux méthodes de traitement, et à publier Avec les Alcooliques Anonymes, en 1960.

Grand reporter et retour aux voyages

À la Libération, il reprend son activité de grand reporter. Il est l’un des journalistes qui assistent au procès du maréchal Pétain en juillet-août 1945, et assiste ensuite au procès de Nuremberg, pour le compte de France-Soir. Il voyage en Palestine et reçoit le premier visa du tout nouvel État d’Israël quand il se pose à Haïfa, le 15 mai 1948.

Il continue ses voyages, ces fois-ci, en Afrique, en Birmanie, en Afghanistan. C’est ce dernier pays qui lui inspire son chef-d’œuvre romanesque, Les Cavaliers (1967).

Entre-temps, il publie Les Amants du TageLa Vallée des RubisLe LionTous n’étaient pas des anges, et il fait revivre, sous le titre Témoin parmi les hommes, les heures marquantes de son existence de journaliste.

En 1950 paraît Le Tour du malheur, livre comportant quatre volumes. Cette fresque épique, que l’auteur mit vingt ans à mûrir (voir l’avant-propos), contient de nombreux éléments de sa vie personnelle et occupe une place à part au sein de son œuvre. En s’attachant à des personnages sans commune mesure dans leurs excès, elle dépeint les tourments d’une époque (la Grande Guerre puis l’entre-deux-guerres) et recèle une analyse profonde des relations humaines. On peut y lire sous les relations entre le personnage principal et son jeune frère, Georges, celles qui liaient Joseph Kessel et son petit frère Lazare, qui se suicida en 1920, à 21 ans.

Élection à l’Académie française

Consécration ultime pour ce fils d’immigrés russes juifs, l’Académie française lui ouvre ses portes. Joseph Kessel y est élu le 22 novembre 1962, au fauteuil du duc de La Force, par 14 voix contre 10 à Marcel Brion, au premier tour de scrutin. Il tient à faire orner son épée d’académicien d’une étoile de David.

« Pour remplacer le compagnon dont le nom magnifique a résonné glorieusement pendant un millénaire dans les annales de la France, dont les ancêtres grands soldats, grands seigneurs, grands dignitaires, amis des princes et des rois, ont fait partie de son histoire d’une manière éclatante, pour le remplacer, qui avez-vous désigné ? Un Russe de naissance, et juif de surcroît. Un juif d’Europe orientale… vous avez marqué, par le contraste singulier de cette succession, que les origines d’un être humain n’ont rien à faire avec le jugement que l’on doit porter sur lui. De la sorte, messieurs, vous avez donné un nouvel et puissant appui à la foi obstinée et si belle de tous ceux qui, partout, tiennent leurs regards fixés sur les lumières de la France. »

En juin 2020, il entre dans la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade.

Mort

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15 boulevard Lannes (Paris).

Il meurt d’une rupture d’anévrisme le 23 juillet 1979, à l’âge de 81 ans, quelques mois avant son épouse Michèle (sa troisième épouse, née O’Brien, irlandaise), décédée à Collioure en décembre 1980.

Il a vécu au 15 boulevard Lannes (16e arrondissement de Paris), où un panneau Histoire de Paris lui rend hommage.

François Mauriac lui rend hommage dans son Bloc-notes : « Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis, et d’abord dans la témérité du soldat et du résistant, et qui aura gagné l’univers sans avoir perdu son âme. »

 

Prix Joseph-Kessel

Un prix littéraire qui porte son nom récompense chaque année un écrivain qui s’inscrit dans sa lignée, le prix Joseph-Kessel. Son jury est composé de Tahar Ben Jelloun, Michèle Kahn, Pierre Haski, Gilles Lapouge, Jean-Marie Drot, Michel Le Bris, Erik Orsenna, Patrick Rambaud, Jean-Christophe Rufin et Olivier Weber.

 

Œuvres

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Tombe de Joseph Kessel au cimetière du Montparnasse à Paris.

Romans

La Steppe rouge, Gallimard, 1922.

L’Équipage, Gallimard, 1923 (nouvelle édition en 1969).

Au camp des vaincus, ou la Critique du 11 mai, Gallimard, 1924 (avec Georges Suarez).

Rencontre au restaurant, À l’Enseigne de la Porte Étroite, 1925.

Les Rois aveugles, Les Éditions de France, 1925.

Mary de Cork, Gallimard, 1925.

Mémoires d’un commissaire du peuple, Champion, 1925.

Le Triplace, Marcelle Lessage, 1926.

Makhno et sa Juive, EOS, 1926.

Moisson d’octobre, La Cité des livres, 1926.

Les Captifs, Gallimard (Grand prix du roman de l’Académie française), 1926.

Le Thé du capitaine Sogoub, Au Sans Pareil, 1926.

Naki le kourouma, 1926.

Terre d’amour, Les Éditions de France, 1927.

Nuits de princes, Les Éditions de France, 1927.

La Rage au ventre, EOS, 1927.

La Coupe fêlée. Un drôle de Noël, éditions Lemarget, 1929.

De la rue de Rome au chemin de Paradis, Les Editions du Cadran, 1927.

La Femme de maison ou Mariette au désert, Simon Kra, 1928.

Littérature rouge, Société de conférences de la Principauté de Monaco, 1927.

Dames de Californie, Émile Hazan, 1928.

Belle de jour, Gallimard, 1928.

Les Nuits de Sibérie, Flammarion, 1928.

La Règle de l’homme, Gallimard, 1928.

Secrets parisiens, Éditions des Cahiers Libres, 1928.

Le Coup de grâce, Les Éditions de France, 1931.

De la rue de Rome au chemin de Paradis, Éditions du Cadran, 1931.

Fortune carrée, Les Éditions de France, 1932.

Bas-fonds, Éditions des Portiques, 1932.

Wagon-lit, Gallimard, 1932.

Nuits de Montmartre, Les Éditions de France, 1932.

Les Nuits cruelles, Les Éditions de France, 1932.

Marchés d’esclaves, Les Éditions de France, 1933.

Les Cœurs purs, Gallimard, 1927.

Les Enfants de la chance, Gallimard, 1934.

Stavisky, l’homme que j’ai connu, Gallimard, 1934.

Le Repos de l’équipage, Gallimard, 1935.

Une balle perdue, Les Éditions de France, 1935.

Hollywood, ville mirage, Gallimard, 1936.

La Passante du Sans-Souci, Gallimard, 1936.

La Rose de Java, Gallimard, 1937.

Comment est mort le maréchal Pétain, France Forever, Executive office, 1942.

L’Armée des ombres, Charlot, 1943.

Les Maudru, Julliard-Séquana, 1945.

Le Bataillon du ciel, Julliard, 1947.

Le Tour du malheur, Gallimard, 1950.

La Fontaine Médicis,

L’Affaire Bernan,

Les Lauriers roses,

L’Homme de plâtre.

La Rage au ventre, La nouvelle société d’édition, 1950.

La Nagaïka. Trois récits, Julliard, 1951.

Le Procès des enfants perdus, Julliard, 1951.

Au Grand Socco, Gallimard, 1952.

Les Amants du Tage, Éditions du Milieu du monde, 1954.

La Piste fauve, Gallimard, 1954.

La Vallée des rubis, Gallimard, 1955.

Témoin parmi les hommes, Del Duca, 1956 et Presses d’aujourd’hui, 1974 (illustrations de Richard de Prémare).

Le Temps de l’espérance,

Les Jours de l’aventure,

L’Heure des châtiments,

La Nouvelle Saison,

Le Jeu du Roi,

Les Instants de vérité.

La Petite Démente, Gallimard, 1958.

Le Lion, Gallimard, 1958.

Avec les Alcooliques Anonymes, Gallimard, 1960.

Les Mains du miracle, Folio , 1960.

Inde, péninsule des dieux, Hachette, 1960.

Tous n’étaient pas des anges, Plon, 1963.

Pour l’honneur, Plon, 1964.

Nuits de princes, Éditions Lidis, 1965 (illustrations de Gabriel Zendel).

Les Cavaliers, Gallimard, 1967.

Un mur à Jérusalem, Éditions Premières, 1968.

Les Fils de l’impossible, Plon, 1970.

Des hommes, Gallimard, 1972.

Le Petit Âne blanc, Gallimard, 1975.

Les Temps sauvages, Gallimard, 1975.

Jugements derniers, Christian de Bartillat, 1995.

Autres publications

En Syrie, 1927.

Nouveaux contes. Le tocsin de pâques – Le typhique – Un tour du diable – Le commissaire de la mort – La loi des montagnes., Éditions des Cahiers.

Vent de sable, Gallimard, 1929.

Mermoz, Gallimard, 1938, biographie du pilote d’avion Jean Mermoz.

Paroles du Chant des partisans, avec son neveu Maurice Druon en 1943.

Hong-Kong et Macao, Gallimard, 1957.

Avec les Alcooliques Anonymes, Gallimard, 1960.

Les Mains du miracle, Gallimard 1960, biographie de Felix Kersten.

Israël que j’aime, Sun, 1967.

Terre d’amour et de feu. Israël 1925-1961, Plon, 1965.

Il pleut des étoiles… Portraits de Stars de cinéma, Gallimard, 2003.

Ami entends-tu… (propos recueillis par Jean-Marie Baron), La Table ronde, 2006.

Première Guerre mondiale, recueil de textes inédits annotés par Pascal Génot, préface Olivier Weber, Éditions Amok, 2017.

Cinéma et télévision

Adaptation et scénario

1935 : L’Équipage d’Anatole Litvak ;

1937 : Nuits de princes de Wladimir Strijewsky ;

1947 : Le Bataillon du ciel d’Alexandre Esway ;

1955 : Fortune carrée de Bernard Borderie.

Adaptation

1928 : L’Équipage de Maurice Tourneur (film muet français) ;

1937 : The Woman I Love d’Anatole Litvak, film américain, réadaptation de son film L’Équipage de 1935 ;

1937 : Les Secrets de la mer Rouge de Richard Pottier ;

1951 : Sirocco, film américain de Curtis Bernhardt avec Humphrey Bogart d’après Le Coup de grâce ;

1955 : Les Amants du Tage d’Henri Verneuil ;

1962 : Le Lion (The Lion) de Jack Cardiff, film américain avec William Holden et Trevor Howard ;

1967 : Belle de jour de Luis Buñuel ;

1969 : L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville ;

1971 : The Horsemen, film américain de John Frankenheimer avec Omar Sharif et Jack Palance d’après Les Cavaliers ;

1978 : L’Équipage d’André Michel (téléfilm) avec Bernard Giraudeau ;

1982 : La Passante du Sans-Souci de Jacques Rouffio ;

1989 : Mary de Cork de Robin Davis (téléfilm) avec Bernard-Pierre Donnadieu ;

1994 : La Règle de l’homme de Jean-Daniel Verhaeghe avec Virginie Ledoyen et Bernard Fresson ;

2003 : Le Lion de José Pinheiro (téléfilm) avec Alain Delon ;

Scénario ou dialogues

1934 : Cessez le feu de Jacques de Baroncelli ;

1936 : La Peur de Viktor Tourjansky ;

1936 : Les Bateliers de la Volga de Wladimir Strijewsky ;

1936 : Mayerling d’Anatole Litvak ;

1940 : L’Homme du Niger de Jacques de Baroncelli ;

1949 : Au grand balcon d’Henri Decoin ;

1950 : Le Grand Cirque de Georges Péclet ;

1953 : Un acte d’amour d’Anatole Litvak avec Kirk Douglas ;

1955 : L’Amant de lady Chatterley de Marc Allégret ;

1958 : La Passe du diable de Jacques Dupont et Pierre Schoendoerffer ;

1955 : Oasis d’Yves Allégret d’après le roman Le Commandant de John Knittel ;

1966 : La Nuit des généraux d’Anatole Litvak ;

1968 : Mayerling de Terence Young.

Texte

1968 : Un mur à Jérusalem de Frédéric Rossif et Albert Knobler, documentaire avec Richard Burton.

Le rôle de Joseph Kessel est interprété :

en 1994, dans Saint-Exupéry : La Dernière Mission, par Jean-François Poron.

 

Bibliographie

Denise Bourdet, « Joseph Kessel », Visages d’aujourd’hui, Paris, Plon, 1960.

Yves Courrière, Joseph Kessel : Sur la piste du lion, Paris, Plon, 1985, 960 p. 

Marc Alaux, Joseph Kessel, La vie jusqu’au bout, Transboréal, 2015.

André Asséo, Rêver Kessel, Monaco, Éditions du Rocher, 2004.

Olivier Weber, Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel, Plon / Place des éditeurs, coll. « Dictionnaire amoureux », 23 mai 2019, 750 p. 

Georges Walter, Le Livre interdit : Le silence de Kessel, Le Cherche-midi, 2016.

Alexandre Boussageon, Joseph Kessel – Écrivain De L’aventure, Paulsen (Éditions), 2015

Olivier Weber, Kessel, le nomade éternel, Paris, Arthaud, 2006.

Olivier Weber, Lucien Bodard, un aventurier dans le siècle, Paris, Plon, 1997.

Jean-Marie Baron, Ami, entends-tu…, Paris, Gallimard, 2006.

Alain Tassel, Joseph Kessel, Paris, L’Harmattan, 1997.

Alexandre Boussageon, Joseph Kessel : écrivain de l’aventure, Paulsen, 2015.

Alexandre Eyriès, L’imaginaire de la guerre dans l’œuvre de Joseph Kessel, Éd. le Manuscrit, 2008.

Présence de Kessel, Alain Tassel (dir.), Association des publications de la Faculté des Lettres, série «Actes et Hommages» n°1, Nice, 1998.

Graham Daniels, L’Équipage de Joseph Kessel, Collection « Lire aujourd’hui », Classique Hachette, Paris, 1974.

Michel Lefebvre, Kessel et Moral deux reporters dans la guerre d’Espagne, Tallandier, Paris, 2006.

Alain Tassel, La création romanesque dans l’œuvre de Joseph Kessel, L’Harmattan, Paris, 1997.

Silvain Reiner, Mes saisons avec Joseph Kessel, Levallois-Perret, Manya, l993.

Dominique Missika, Un amour de Kessel, Seuil, 2020.

Journalisme et mondialisation, Les Ailleurs de l’Europe dans la presse et le reportage littéraires (XIXe-XXIe siècles), Marie-Astrid Charlier et Yvan Daniel (dir.), Presses Universitaires de Rennes, 2017.

Joseph Kessel, Romans et récits, tome I, Serge Linkès (dir.), Collection Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Parution mai 2020

Joseph Kessel, Romans et récits, tome II, Serge Linkès (dir.), Collection Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Parution mai 2020

ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, MARC FUMAROLI (1932-2020)

Marc Fumaroli (1932-2020)

Marc Fumaroli

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Marc Fumaroli, né le 10 juin 1932 à Marseille et décédé le 24 juin 2020 à Paris, est un critique littéraire et essayiste français.

Il fut professeur des universités, spécialiste du xviie siècle et membre de l’Académie française.

 

Biographie

 Jeunesse et formation

Marc Fumaroli passe son enfance et son adolescence à Fès. Il effectue des études secondaires au lycée mixte de cette ville (où il obtient un baccalauréat ès lettres) et des études supérieures au lycée Thiers à Marseille, à l’université d’Aix-Marseille et à la Sorbonne.

En 1959, il est reçu à l’agrégation de lettres. De septembre 1958 à janvier 1961, il effectue son service militaire à l’école militaire interarmes de Coëtquidan et dans le VIe régiment d’artillerie à Colbert (aujourd’hui Aïn Oulmene), dans le Constantinois. De septembre 1963 à août 1966, il est pensionnaire de la Fondation Thiers.

 Enseignement et institutions

Assistant à la faculté des lettres de Lille de 1966 à 1969, puis chargé d’enseignement à l’université Lille III de 1969 à 1976 il devient docteur ès lettres et maître de conférences à université Paris-Sorbonne en juin 1976 De 1978 à 1985, il est professeur à l’université Paris-Sorbonne

En 1986, il est élu professeur au Collège de France, chaire « Rhétorique et société en Europe (xvie – xviie siècles) ». De 1992 à 1997, il est désigné par l’assemblée des professeurs du Collège de France pour être membre du conseil d’administration de la fondation Hugot du Collège de France.

Il est élu à l’Académie française le 2 mars 1995 au fauteuil 6, succédant à Eugène Ionesco (il y est reçu le 25 janvier 1996 par Jean-Denis Bredin) et le 30 janvier 1998, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres au fauteuil laissé par Georges Duby.

En 1996, il est élu président de la Société des amis du Louvre. Il aura en charge l’organisation du centenaire de la Société (dons d’une grande peinture de David et d’un exceptionnel dessin de Watteau). Après être resté vingt ans à sa tête, il en quitte la présidence en juin 2016. Son vice-président, Louis-Antoine Prat, le remplace.

Depuis 1997, il est Professor at large de l’université de Chicago au titre du Department of Romance Languages et du Committee on Social Thought.

Dès l’année 2000, il travaille avec ses collaborateurs Marianne Lion-Violet (CNRS) et Francesco Solinas (Collège de France) à la constitution d’un Institut consacré à l’étude de la République des Lettres, rattaché au CNRS sous la direction du professeur Antoine Compagnon. Cette même année, il est professeur invité au Conservatoire des arts et métiers et, depuis 2003, il est professeur émérite au Collège de France et fait partie de plusieurs commissions.

Par arrêté du 2 octobre 2006, Marc Fumaroli est nommé président de la Commission générale de terminologie et de néologie, en remplacement de Gabriel de Broglie, de l’Académie française, pour la durée du mandat restant à courir.

Depuis mars 2008, il fait partie de la Commission de nomination au poste de directeur de la Villa Médicis, à Rome.

Depuis 2009, il est membre du Comité de parrainage de l’Institut régional du cinéma et de l’audiovisuel présidé par le réalisateur Magà Ettori.

En octobre 2017, par le biais de l’Association française pour les arts qu’il a fondée et qu’il préside, il organise à la mairie du Ve arrondissement une exposition « Présence de la peinture en France, 1974-2016 », qui rend hommage à une série de peintres figuratifs contemporains, dont Sam Szafran, ainsi que de graveurs et de sculpteurs actuels, inscrits dans la tradition académique. Elle est présentée comme un plaidoyer pour réconcilier l’art et la beauté.

Il est membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), une association multiconfessionnelle qui œuvre à la préservation et au rayonnement du patrimoine cultuel français.

 Politique culturelle de la France

En 1991, dans L’État culturel, dont le titre a été repris dans celui de l’ouvrage de Jacques Donzelot, L’État animateur, Marc Fumaroli développe une critique très ferme de la politique culturelle française qui s’enracinerait dans le régime de Vichy, à travers André Malraux, pour atteindre son apogée en Jack Lang. Pour Marc Fumaroli,

« l’État compromet son propre rôle et égare ses propres ressources, toujours limitées, dès lors qu’il veut tout faire. »

La politique culturelle doit viser à développer l’excellence et non s’égarer dans une « conception inflationniste »

Dans ce même ouvrage, il insiste sur l’attachement des Français à la subvention des biens culturels. Cet attachement serait lié à une prise de position politique et économique : ne pas subventionner la culture serait admettre la victoire de l’« ultra-libéralisme », et serait le symbole de l’avènement de la fin du rayonnement et de la production culturelle française telle que nous la connaîtrions.

 Féminisation des noms de métiers en française

En 1998, alors que le gouvernement Jospin fait paraître une circulaire relative à la féminisation des noms de métiers en français, Marc Fumaroli rédige une tribune s’y opposant, « notairesse, mairesse, doctoresse, chefesse (…) riment fâcheusement avec fesse, borgnesse et drôlesse, n’évoquant la duchesse que de très loin. Tranchons entre recteuse, rectrice et rectale… » .

 Art contemporain

En 2009, Marc Fumaroli publie une volumineuse étude, Paris-New York et retour, qui critique ce qu’il estime être les impostures de l’art contemporain. Il y dénonce le goût de la provocation et la surenchère dans la laideur, l’obscénité et le blasphème. Avec pour guide et point d’appui Baudelaire, il part à la recherche de ces mouvements qui ont à maintes reprises traversé l’Atlantique. Il rappelle que le précurseur a été un Français, Marcel Duchamp, installé aux États-Unis et promoteur des ready-made, au moment où, à Paris, fleurissaient les mouvements dadaïste et surréaliste qui auront des conséquences si importantes sur les arts plastiques. Après la Seconde Guerre mondiale, l’art abstrait (Rothko, Pollock, de Kooning) a vite été supplanté par le pop art, dont l’artiste phare, Andy Warhol, est venu chercher une certaine forme de consécration à Paris. Par la suite, l’art contemporain a connu ce qu’il appelle une barnumisation, avec comme animateur principal Jeff Koons, très habile dans le marketing et adepte de grands défilés à travers New York. Marc Fumaroli rédige quelques pages féroces sur ces artistes et sur leur collègue britannique Damien Hirst  , qui n’avait pas prévu que son requin dans le formol se décomposerait ! Quant au mouvement de spéculation qui s’est emparé de ces productions, habilement entretenu par de grands galeristes, il semble éprouver un malin plaisir à contempler ces collectionneurs qui engloutissent des fortunes dans l’achat d’œuvres improbables, dont on n’a aucune certitude qu’elles pourront affronter sans dommage l’épreuve du temps.

L’évolution de la relation entre art et religion est hautement significative pour Marc Fumaroli. Le renouveau impulsé par les fondateurs de la revue L’Art sacré, Marie-Alain Couturier et Pie Raymond Régamey, a permis de faire appel à des peintres abstraits capables d’atteindre à une grande spiritualité, comme Jean Bazaine et Alfred Manessier. Mais les avatars de l’art contemporain se sont emparés de cette relation dans un sens diamétralement opposé car ils ont compris que le scandale faisait parler de soi et donc vendre. À l’origine de cette prise de conscience, Marc Fumaroli voit le rôle joué en Grande-Bretagne par les tabloïds qui ont fait bondir la cote des Young British Artists, promus par le publicitaire Charles Saatchi. En effet, chacun des scandales initiés par ces artistes, tels que les cadavres éventrés dans du formol de Damien Hirst, était du pain bénit pour ces journaux en mal de sensationnel, et en retour assurait la notoriété des artistes en cause. Dans le milieu des collectionneurs, il est vite devenu de bon ton d’accepter cette forme d’art :

« Être devenu capable de regarder l’horrible, l’ignoble, le hideux comme plus que beau, fascinant et intéressant, c’est avoir passé l’épreuve qui fait entrer dans le « saint des saints » des élégances du nihilisme contemporain. »

Vue par ces artistes, la religion devient prétexte à des performances d’automutilation voulant rappeler les stigmates, tel Michel Journiac, et à des représentations blasphématoires comme le Piss Christ d’Andres Serrano. Tous ces développements sont repris dans l’exposition « Traces du sacré » à Beaubourg en 2008, vaste panorama dont sont pourtant exclus les artistes que promouvait la revue L’Art sacré..

Il regrette également que la France ait cru devoir encourager, voire chercher à imposer cette forme d’art, en se lançant dans une sorte de concurrence avec les États-Unis au risque de perdre ses valeurs et en contradiction même avec le principe d’exception française défendu par le ministère. À ce titre, il remarque qu’à Paris comme à New York, de grands musées classiques ont cru opportun de faire une place à des spécialistes de la provocation tels que Damien Hirst   au Met et Jan Fabre au Louvre, et s’interroge sur les raisons de ces choix : désir de faire du « buzz » et d’attirer ainsi de nouveaux visiteurs, pressions des galeristes qui veulent faire monter la cote de leurs poulains ou, en France, intervention du ministère ?

Parmi les nombreuses analyses du livre parues en France et à l’étranger, on peut citer celle de Jean d’Ormesson dans Le Figaro, celle de Jean-Louis Jeannelle dans Le Monde, qui, en tant que spécialiste de Malraux, reproche à Marc Fumaroli son hostilité de principe à l’égard du ministre, ou celle, plus critique, du Magazine littéraire. Ce dernier regrette en particulier que les développements manquent au distinguo effectué par l’auteur entre cet art contemporain et les artistes véritables, alors que c’est un élément clé.

 Enseignement du latin et du grec

En 2015, Marc Fumaroli prend position contre la nouvelle réforme du collège présentée par Najat Vallaud-Belkacem, notamment pour ses effets concernant l’enseignement du latin et du grec, victimes, selon lui, du « fanatisme égalitariste »

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Publications

Héros et Orateurs, rhétorique et dramaturgie cornélienne, Droz, 1990

Le Poète et le Roi, Jean de La Fontaine et son siècle, Éditions de Fallois, 1997

L’État culturel : une religion moderne, Éditions de Fallois, 1991 ; rééd. Livre de Poche, 1999

L’Âge de l’éloquence : rhétorique et « res literaria » de la Renaissance au seuil de l’époque classique, Droz, 1980 ; rééd. Albin Michel, 1994

La Diplomatie de l’esprit : de Montaigne à La Fontaine, Hermann, 1995 ; rééd. 1998

Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne : 1450-1950, Presses universitaires de France, 1999

L’École du silence. Le sentiment des images au xviie siècle, Paris, Flammarion, 1999

Quand l’Europe parlait français, Éditions de Fallois, 2001 26e prix de la fondation Pierre-Lafue 2002.

Orgies et fééries, Chroniques du théâtre à Paris autour de 1968, Editions de Fallois, 2002

Chateaubriand : poésie et Terreur, Éditions de Fallois, 2003

Maurice Quentin de La Tour et le siècle de Louis XV, Éditions du Quesne, 2005

Exercices de lecture : de Rabelais à Paul Valéry, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 2006, 778 p.

Peinture et pouvoirs aux XVIIe et XVIIIe siècles : de Rome à Paris, Faton, 2007, 397 p.

Paris-New York et retour : voyage dans les arts et les images : journal, 2007-2008, Fayard, 2009, 634 p.

Chateaubriand et Rousseau, conférence au Collège de France 1995, CD audio, éd. Le Livre Qui Parle, 2009

Discours de réception de Jean Clair à l’Académie française et réponse de Marc Fumaroli, Gallimard, 2009, 130 p.

Le Big bang et après ?, avec Alexandre Adler, Blandine Kriegel et Trinh Xuan Thuan, Albin Michel, 2010, 168 p. )

L’Homme de cour, préface-essai sur l’œuvre de Baltasar Gracián, Gallimard, « Folio Classique », 2011, 654 p.

Le livre des métaphores : essai sur la mémoire de la langue française, Robert Laffont, 2012

Des Modernes aux Anciens, Gallimard, « Tel », 2012

La République des Lettres, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », 2015

Mundus muliebris: Elisabeth Louise Vigée Le Brun, peintre de l’Ancien régime féminin, coll. Fall.Litt., Éditions de Fallois, 2015

Œuvres I-II, préface sur l’œuvre de Jean d’Ormesson, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015

Le comte de Caylus et Edme Bouchardon : deux réformateurs du goût sous Louis XV, coll. Essai Somogy, Coédition Somogy, 2016

Madame du Deffand et son monde, préface de l’ouvrage de Benedetta Craveri, Coll. Au fil de l’histoire, Flammarion, 2017

Partis pris, coll. Bouquins, Robert Laffont, 2019

Le poète et l’empereur : et autres textes sur Chateaubriand, Les Belles lettres, 2019

Bibliographie

République des Lettres, République des Arts : mélanges en l’honneur de Marc Fumaroli, essais réunis et édités par Ch. Mouchel et C. Nativel, Genève, Droz, 2008

Maxence Caron, La Pensée de Marc Fumaroli, essai-préface du volume Partis pris de Marc Fumaroli, coll. « Bouquins », Paris, Robert Laffont, 1088 p., 2019

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L’historien de la littérature Marc Fumaroli est mort

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Professeur de renommée internationale, spécialiste des auteurs du Grand Siècle et du XIXe siècle, ce chercheur et académicien avait dénoncé les menaces pesant, selon lui, sur la culture par la dissolution de l’élitisme. Il est mort le 24 juin, à l’âge de 88 ans.

Universitaire et membre de l’Institut, l’historien de la littérature Marc Fumaroli est mort le 24 juin, à Paris, à l’âge de 88 ans. Né à Marseille le 10 juin 1932, au sein d’une famille corse, il grandit à Fès, au Maroc, où son père, Jean, est fonctionnaire et sa mère, institutrice. C’est elle qui lui apprend à lire et à écrire et qui lui communique cet amour du livre qui devait pour toujours circonscrire son univers. Sans distractions, l’enfant n’a d’horizon que la bibliothèque familiale. « Il n’y a pas meilleur pédagogue que l’ennui, aimait-il répéter. Grâce à lui, j’ai été converti à la littérature ! »

De cette cité marocaine « hors du temps », du propre aveu de l’essayiste, ce qui met les années sombres de la guerre hors champ, il revient achever ses études secondaires à Marseille, au lycée Thiers, à la fin des années 1940, avant d’entreprendre un cursus universitaire de lettres qui le conduit de la faculté d’Aix-en-Provence à la Sorbonne, à Paris. Reçu à l’agrégation de lettres en 1958, il part sous les drapeaux, en plein conflit algérien, effectuer son service militaire (septembre 1958-janvier 1961) à l’Ecole militaire interarmes (EMIA) de Saint-Cyr-Coëtquidan (Morbihan), où l’on forme les officiers de l’armée de terre, puis au VIrégiment d’artillerie à Colbert (aujourd’hui Aïn Oulmene), dans le Constantinois, au sud de Sétif.

 Pensionnaire de la Fondation Thiers

Mais l’épisode ne sera qu’une parenthèse et ne semble pas marquer l’universitaire, qui se souvient juste avoir dévoré tout Balzac en « Pléiade » dans les Aurès. Démobilisé, Marc Fumaroli renoue avec son projet littéraire, devient pensionnaire de la Fondation Thiers en 1962, qui accueille pour trois ans, dans un hôtel particulier du 16arrondissement de Paris, les étudiants français les plus brillants.

Elu assistant à la faculté de Lille en 1965, il y poursuit sa carrière lorsque, conformément à la loi Faure, elle devient Lille-III (1971), avant d’intégrer, sitôt obtenu son doctorat ès lettres en Sorbonne en juin 1976, l’université de Paris-IV, où il succède à Raymond Picard (1917-1975). Grand pourfendeur des « impostures de la nouvelle critique », ce spécialiste de Racine, adversaire résolu de Roland Barthes, aura en Fumaroli un successeur zélé.

Cette promotion démultiplie son activité : sitôt assurée la direction de la revue XVIIe siècle (1976-1986), il participe à la création à Zurich, en 1977, de la Société internationale pour l’histoire de la rhétorique, qu’il présidera en 1984-1985, et entre au comité de rédaction de la revue Commentaire, que fonde alors Raymond Aron (1978), pour n’en quitter l’équipe qu’en 2010. Parallèlement à son travail de spécialité, il s’engage donc sur les terrains où se joue l’avenir des enseignements littéraires classiques comme sur ceux qui fédèrent les adversaires d’une « modernité » jugée funeste – ce qui annonce les livres pamphlets qu’il signera bientôt.

 Entrée au Collège de France

Maître de conférences, puis professeur (1978), Marc Fumaroli exerce près de dix ans à Paris-IV, avant d’intégrer, à l’invitation du poète Yves Bonnefoy et de l’historien Jean Delumeau, le Collège de France où, élu en juin 1986, il occupe de 1987 à 2002 la chaire de « Rhétorique et société en Europe, XVIe – XVIIe siècle », dans le droit fil de sa thèse, éditée en 1980 chez Droz (« L’Age de l’éloquence. Rhétorique et “res litteraria” de la Renaissance au seuil de l’époque classique »).

Son engagement dans les sphères internationales n’en est pas même freiné. Juste mis entre parenthèses : visiting professor, à Princeton (1982), puis visiting fellow à Oxford (1983), il intervient dès 1997 à l’université de Chicago comme professor at large. Son champ de recherche, fortement focalisé sur le Grand Siècle, en fait un spécialiste reconnu de Corneille et plus encore de La Fontaine (son édition présentée et commentée des Fables fait autorité dès sa parution en 1985). Avant même sa magistrale synthèse sur celui qu’il considère comme le plus français des écrivains, Le Poète et le roi. Jean de La Fontaine en son siècle (Fallois, 1997), Marc Fumaroli recroise le fabuliste lorsqu’il définit La Diplomatie de l’esprit. De Montaigne à La Fontaine (Hermann, 1994).

En marge de l’esprit d’Ancien Régime, dont il proposa une forte synthèse dans sa dernière somme, La République des lettres (Gallimard, 2015), éloge et célébration d’une sociabilité fondée sur la connaissance et la courtoisie, Marc Fumaroli aborde un XIXe siècle qu’il a beaucoup fréquenté – et Balzac reste sa bible – pour camper un voyant au carrefour des mondes et des modes, Chateaubriand. Poésie et Terreur (Gallimard, 2003). Sans doute une façon de célébrer la stricte fidélité à des valeurs malmenées qui font, plus qu’un pont, un écho entre l’homme des Mémoires d’outre-tombe et Marc Fumaroli lui-même.

 Certes, il s’efforce d’abord de repenser les formes littéraires et civilisatrices de l’Ancien Régime hors des grilles et schémas imposés par la critique moderne, cherchant dans les conventions de la rhétorique humaniste une autre clé culturelle pour percer l’âme de l’ère classique, dont Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne 1450-1950, qu’il dirige (PUF, 1999) porte l’empreinte.

Verve vindicative

Mais le temps du règne de la parole ailée tient lieu, pour Marc Fumaroli, de repoussoir à un aujourd’hui dont l’engagement culturel l’accable. Dans un essai brillant et cruel, qui le révèle de fait à un public plus large que celui qu’il connaît d’ordinaire, L’Etat culturel. Essai sur une religion moderne (Fallois, 1991), l’essayiste stigmatise ce qu’il perçoit comme un dévoiement déshonorant de la notion même de culture, dont André Malraux, avant Jack Lang, fut le dangereux promoteur. Dénonçant un abaissement de l’esprit dans la promotion d’événements qui font du consumérisme culturel la nouvelle doxa, il prend la tête d’une croisade contre ce qu’il voit comme une « manipulation purement sociologique » dont l’image des ministres et politiques est seule bénéficiaire.

Ses tribunes libres et prises de position dont la verve vindicative fait souvent mouche en font un champion de l’académisme marmoréen, que son cursus honorum incarne. S’il ne cesse de multiplier les initiatives, avec notamment la constitution d’un institut consacré à l’étude de la république des lettres, rattaché au CNRS, Marc Fumaroli accumule les honneurs, de la présidence de la Société des amis du Louvre (1996) à celle de la Commission générale de terminologie et de néologie (2006), jusqu’aux distinctions universitaires internationales.

 

Tour de force

Nommé docteur honoris causa des universités de Naples (1994), Bologne (1999), Gênes (2004) et Madrid (2005), il réussit le tour de force de conquérir une double place à l’Institut de France, dans l’ordre inverse de l’usage, devenant immortel avant même d’être reconnu dans sa sphère de spécialité. Il succède ainsi le 2 mars 1995 à Eugène Ionesco, mort en mars 1994, au 6e fauteuil de l’Académie française, puis est élu le 30 janvier 1998 seulement à l’Académie des inscriptions et belles-lettres au siège laissé vacant par la disparition de Georges Duby en décembre 1996.

Titulaire d’un fauteuil qui fut celui d’Ernest Lavisse, de Pierre Benoît et de Jean Paulhan, Marc Fumaroli est aussi le successeur lointain de Boisrobert, secrétaire littéraire de Richelieu et membre fondateur actif de l’auguste compagnie, comme du moraliste Chamfort, commentateur de La Fontaine au demeurant, qui, dans la fièvre égalitariste de 1789, dénonça l’archaïque foyer d’aristocratie littéraire qui l’avait accueilli et appela dans un pamphlet cinglant de 1791 à la disparition de l’Académie (« la moins dispendieuse de toutes les inutilités »). Vœu exaucé dès 1793.

Successeur de celui qui la fit naître comme de celui qui l’aida à mourir, Marc Fumaroli est tout entier dans cette posture paradoxale, vigie impérieuse d’une culture menacée par la dissolution de l’élitisme, campée dans une posture fulminante et hiératique. Académique en somme, au sens ambivalent du terme.

Marc Fumaroli en quelques dates

10 juin 1932 Naissance à Marseille

1976 Docteur ès lettres (Paris IV-Sorbonne)

1980 Publication de sa thèse, « L’Age de l’éloquence. Rhétorique et “res litteraria” de la Renaissance au seuil de l’époque classique » (Droz)

1986 Election au Collège de France (chaire de « Rhétorique et société en Europe, XVIe – XVIIsiècle »)

1991 « L’Etat culturel. Essai sur une religion moderne » (Editions de Fallois)

1995 Election à l’Académie française

2003 « Chateaubriand. Poésie et terreur » (Editions de Fallois)

2012 « Le Livre des métaphores » (Robert Laffont)

2019 « Partis pris » (Robert Laffont)

24 juin 2020 Mort à Paris

 

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2020/06/24/l-historien-de-la-litterature-marc-fumaroli-est-mort_6044035_3382.html

ECRIVAIN FRANÇAIS, JEAN RASPAIL (1925-2020), LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE

Jean Raspail (1925-2020)

Jean Raspail

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Jean Raspail, né le 5 juillet 1925 à Chemillé-sur-Dême (Indre-et-Loire) et mort le 13 juin 2020 à Paris, est un écrivain et explorateur français dont les romans portent principalement sur des personnages historiques, des explorations et des peuples autochtones. Il est lauréat des grand prix du roman et grand prix de littérature de l’Académie française.

Il est principalement connu, tant en France qu’à l’étranger, pour son roman dystopique Le Camp des Saints, publié en 1973, qui décrit une submersion de la civilisation occidentale, la France en particulier, par une immigration massive venue du tiers monde. Le livre connaît un succès progressif mais important, étant traduit en anglais et en espagnol (1975) puis dans la plupart des langues parlées en Occident. Il est réédité huit fois. Ce roman est qualifié de visionnaire par l’extrême droite française.

Jean Raspail est aussi connu pour son livre Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie, publié en 1981.

Biographie

Fils d’Octave Raspail, président des Grands moulins de Corbeil et directeur général des mines de la Sarre, et de Marguerite Chaix, Jean Raspail fait ses études au collège Saint-Jean-de-Passy, à Paris, où il est élève de Marcel Jouhandeau, puis à l’Institution Sainte-Marie, à Antony, pour enfin aller à l’École des Roches à Verneuil-sur-Avre1 (Prairie-Colline 1936-1940).

Il se met tardivement à l’écriture, bien qu’il ait pensé devenir écrivain dès le lycée. Néanmoins, l’avis négatif d’un ami de son père, académicien de son état, à la lecture d’un premier roman de jeunesse, le bloque pendant plusieurs années.

Pendant ses vingt premières années de carrière, il court le monde à la découverte de populations menacées par la confrontation avec la modernité. Il est marqué par le scoutisme qu’il a connu jeune, et son premier voyage, en 1949, l’emmène en canoë de Québec à La Nouvelle-Orléans, sur les traces du père Marquette. Il rallie ensuite la Terre de Feu à l’Alaska en automobile (du 25 septembre 1951 au 8 mai 1952) puis dirige une expédition française sur les traces des Incas en 1954, avant de passer une année entière au Japon en 1956.

En 1970, l’Académie française lui remet le prix Jean Walter pour l’ensemble de son œuvre.

En 1973, il revient au roman et écrit son œuvre phare, Le Camp des Saints, dans lequel il décrit la submersion de la France par l’échouage sur la Côte d’Azur d’une flotte de bateaux en ruine venue d’Inde, chargée d’immigrés. Le roman sera traduit en anglais (1975), en espagnol (1975), en portugais (1977), en allemand (trad. part. 1985, trad. complète et autorisée 2015), en italien (1998), en polonais (2006), en tchèque (2010) et en néerlandais (2015).

Jean Raspail écrit par la suite de nombreux d’ouvrages ; un certain nombre d’entre eux seront primés, parmi lesquels SeptentrionSire et L’Anneau du pêcheur. Plusieurs évoquent la Patagonie, à travers la revendication du royaume d’Araucanie et de Patagonie par Orélie-Antoine de Tounens, avoué de Périgueux, dans la seconde moitié du xixe, tout autant que dans l’évocation de l’histoire et du destin de ces régions du bout du monde, notamment dans Qui se souvient des hommes… En 1981, il se proclame consul général de Patagonie, ultime représentant du royaume d’Orélie-Antoine Ier.

Il postule à l’Académie française le 22 juin 2000 et recueille 11 voix (6 pour Max Gallo et 4 pour Charles Dédéyan), sans toutefois obtenir la majorité requise pour être élu au siège vacant de Jean Guitton.

Il est membre de l’association Les Écrivains de marine, fondée par Jean-François Deniau.

Il meurt le 13 juin 2020 à l’hôpital Henri-Dunant de Paris. Ses obsèques sont célébrées le 17 juin en l’église Saint-Roch, suivies de l’inhumation au sein du caveau familial du cimetière du Montparnasse (division 7).

 

Œuvres 

Terre de Feu – Alaska (1952) – récit d’aventures.

Terres et Peuples Incas (1955).

Le Vent des pins (1958).

Terres saintes et profanes (1960)) ; rééd. Paris, Via Romana, 2017.

Les Veuves de Santiago (1962) ; nouvelle édition illustrée par Yann Méot, 260 p., Via Romana, Versailles, 2010 ().

Hong-Kong, Chine en sursis (1963).

Secouons le cocotier (Robert Laffont, 1966) – récits de voyage ; nouvelle édition, Via Roman Versailles, 2012 .

Secouons le cocotier : 2, Punch Caraïbe (1970) – récits de voyage.

Bienvenue honorables visiteurs (le Vent des pins)(1970) – roman.

Le Tam-Tam de Jonathan (1971) – nouvelles.

L’Armada de la dernière chance (1972).

Le Camp des Saints (Robert Laffont, 1973) – roman. Nouvelle édition précédée de « Big Other », 2011(

La Hache des steppes (1974). Nouvelle édition Via Romana 2016  – récits de voyage.

Journal Peau-Rouge (1975) – récits de voyage.

Nuage Blanc et les Peaux-rouges d’aujourd’hui (1975) – signé Aliette et Jean Raspail.

Le Jeu du roi (1976) – roman.

Boulevard Raspail (1977) – chroniques.

Les Peaux-rouges aujourd’hui (1978).

Septentrion (1979) – roman.

Bleu caraïbe et citrons verts : mes derniers voyages aux Antilles (1980) – récits de voyage ; nouvelle édition, Via Romana Versailles, 2014(

Les Antilles, d’île en île (1980)

Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie (1981) – roman.

Les Hussards : histoires exemplaires (1982).

Les Yeux d’Irène (1984) – roman.

Le Président (1985) – roman.

Qui se souvient des hommes… (1986) – roman.

L’Île bleue (1988) – roman.

Pêcheur de lunes (1990).

Sire (1991) – roman..

Vive Venise (1992) – signé Aliette et Jean Raspail.

Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l’Ouest qui n’était plus gardée (1993) – roman (communément appelé Sept cavaliers…)..

L’Anneau du pêcheur (1995) – roman. 1995.
Prix Prince-Pierre-de-Monaco 1996.

Hurrah Zara ! (1998) – roman ; nouvelle édition en 2019 sous le titre Les Pikkendorff.Grand

Le Roi au-delà de la mer (2000) – roman.

Adios, Tierra del Fuego (2001) 

Le Son des tambours sur la neige et autres nouvelles d’ailleurs (2002).

Les Royaumes de Borée (2003) – roman, dont il a également scénarisé l’adaptation en bande dessinée (Le Royaume de Borée, 2011-2014)..

En canot sur les chemins d’eau du Roi : une aventure en Amérique (2005), éditions Albin Michel – récit de voyage.

Avec Alain Sanders, Armand de La Rouërie, l’« autre héros » des Deux Nations, Atelier Fol’Fer, 2013.

Là-bas, au loin, si loin (réédition de cinq romans suivis de la nouvelle inédite et inachevée La Miséricorde), Bouquins, 2015 (

La Miséricorde, Paris, Éditions des Équateurs (2019) – roman.

 Adaptations

Son œuvre a été plusieurs fois portée à l’écran, adaptations qui n’ont pas soulevé l’enthousiasme de l’auteur .

Les adaptations en bandes dessinées de ses romans (Sept cavaliers… et Le Royaume de Borée) par Jacques Terpant sont en revanche, tout à fait revendiquées par l’écrivain.

Au cinéma ou à la télévision

Le Roi de Patagonie (1990), mini-série TV dirigée par Georges Campana et Stéphane Kurc

Le Jeu du roi (1991), film télévisé dirigé par Marc Evans

L’Île bleue (2001), film télévisé dirigé par Nadine Trintignant

 

En bande dessinée

Par Jacques Terpant.

Sept Cavaliers

Le Margrave héréditaire (2008), éditions Robert Laffont puis Delcourt.

Le Prix du sang (2009), éditions Delcourt

Le Pont de Sépharée (2010), éditions Delcourt.

Le Royaume de Borée

Oktavius (2011), éditions Delcourt.

Henrick (2013), éditions Delcourt.

Tristan (2014), éditions Delcourt.

 

Présentation de deux de ses oeuvres

Moi Antoine de Tounes, roi de Patagonie

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Sur une modeste tombe d’un petit cimetière du Périgord, on peut lire cette épitaphe: Ci-gît Orélie-Antoine Ier, roi de Patagonie, décédé le 18 septembre 1878. La plus étrange épopée qui se puisse concevoir… Durant les vingt-huit années du règne d’Orélie-Antoine, le rêve et la réalité se confondent aux bornes extrêmes du monde, là-bas, en Patagonie, au détroit de Magellan. Qui est Antoine de Tounens, roi de Patagonie, conquérant solitaire, obscur avoué périgourdin embarqué sur les flottes de la démesure, son pavillon bleu, blanc, vert claquant aux vents du cap Horn ? Un fou ? Un naïf ? Un mythomane ? Ou plus simplement un homme digne de ce nom, porteur d’un grand destin qu’il poursuivra toute sa vie en dépit des échecs, des trahisons, des sarcasmes qui peupleront son existence… Es-tu roi de Patagonie ? Je le suis! Il n’en démordra pas. Roi il fut, quelques jours au moins, et toute une vie. Des sujets, il en eut : Quillapan, cacique des Araucans, Calfucura, cacique des Patagons, mais aussi Verlaine, Charles Cros, le commodore Templeton, le général Chabrier, l’amiral Dumont d’Urville, l’astronome Camille Flammarion, le colonel von Pikkendorff, Véronique, reine de Patagonie, aux multiples visages, et tant d’autres, le cœur débordant d’émotion, qui se déclarèrent un jour ou l’autre, l’espace d’un instant, sujets du roi Orélie-Antoine. Car nous sommes tous des Patagons. Là-bas, en Patagonie, l’homme devient roi. Sa longue nuit s’illumine

Le Camp des Saints

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Ce livre est le plus grand succès de l’auteur. Édité en 1973, ce roman est un succès progressif, et atteint 40 000 ventes en 1975. Il devient un des grands succès des ventes dans les années 1980. Accueilli favorablement à cette époque par des critiques littéraires de droite, il sera qualifié par plusieurs de prophétique. Il est traduit dans de nombreuses langues occidentales dans les années 1980. En février 2011, le roman est réédité avec une nouvelle préface, titrée Big Other.

Dans la nuit, sur les côtes du Midi de la France, cent navires à bout de souffle se sont échoués, chargés d’un million d’immigrants.
Ils sont l’avant-garde du Tiers-Monde qui envahit pacifiquement l’Occident pour y retrouver l’espérance. A tous les niveaux, conscience universelle, gouvernements, équilibre des civilisations, et surtout chacun en soi-même, on se pose la question, mais trop tard: que faire? C’est ce choc inéluctable que raconte Le Camp des Saints. Le thème de ce livre prophétique, paru pour la première fois en 1973, relève aujourd’hui de la réalité.
Ce qu’avait imaginé l’auteur il y a vingt ans, nous commençons dès à présent à le vivre. Nous sommes tous les acteurs du Camp des Saints. C’est notre destin, celui de l’homme blanc, qu’il nous raconte. Le Camp des Saints a fait l’objet de nombreuses éditions étrangères.

Dans la préface de la troisième édition, rédigée en 2006, Raspail estime ne rien avoir à regretter de ce qu’il avait écrit. En 2011, il explique :

« Ne l’ayant pas ouvert depuis un quart de siècle, je vous avouerai qu’en le relisant pour sa réédition, j’ai sursauté moi-même, car avec l’arsenal de nouvelles lois, la circonspection s’est installée, les esprits ont été formatés. Dans une certaine mesure, je n’y échappe pas non plus. Ce qui est un comble ! Mais je ne retire rien. Pas un iota. Je me réjouis d’avoir écrit ce roman dans la force de l’âge et des convictions. C’est un livre impétueux, désespérant sans doute, mais tonique, que je ne pourrais plus refaire aujourd’hui. J’aurais probablement la même colère, mais plus le tonus. C’est un livre à part de tous mes autres écrits. On y trouve des accents à la Marcel Aymé, une dose de Shakespeare pour la bouffonnerie tragique, un peu de Céline, un peu d’Abellio, une touche de Jacques Perret. D’où vient cette histoire ? Elle m’appartient, et pourtant, elle m’échappe, comme elle échappera aux possibles poursuites : quelles que soient les procédures, ce roman existe. »

 

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KARINE TUIL, LES CHOSES HUMAINES, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, ROMANS FRANÇAIS

Les choses humaines de Karine Tuil

Les choses humaines

Karine Tuil

Paris, Gallimard, 2019.

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Quatrième de couverture

Les Farel forment un couple de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir. Mais une accusation de viol va faire vaciller cette parfaite construction sociale. Le sexe et la tentation du saccage, le sexe et son impulsion sauvage sont au cœur de ce roman puissant dans lequel Karine Tuil interroge le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et nous confronte à nos propres peurs. Car qui est à l’abri de se retrouver un jour pris dans cet engrenage ?

Biographie de l’auteur

Karine Tuil est l’auteure de L’invention de nos vies et de L’insouciance, traduits en plusieurs langues. Les choses humaines est son onzième roman.

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Fiche de l’Observatoire Foi et culture (OFC) du mercredi 29 janvier 2020 sur l’ouvrage :  » Les choses humaines » de Karine Tuil.

Le jeudi 14 novembre 2019, à l’hôtel de ville de Rennes, le 32e prix Goncourt des lycéens a été attribué à Karine Tuil pour son roman Les Choses humaines. C’est un roman difficile parce qu’il aborde la question de la maltraitance faite aux femmes, de l’agression sexuelle et du viol. Le jury a aimé ce livre par la force et la finesse de son écriture. Le thème d’actualité est abordé de façon originale ainsi que la réflexion profonde sur la complexité des choses humaines. Le titre est, à ce sujet, très bien choisi.

La page 244 résume le propos du roman. Claire, la mère d’Alexandre accusé du viol d’une jeune fille appelée Mila, exprime ce qu’elle ressent au moment où le procès va avoir lieu : « Quelques semaines avant le début de l’audience, Claire avait assisté à des procès d’assises pour se préparer à ce qui les attendait. Après avoir vu quatre ou cinq procès, elle avait la conviction que l’on pouvait déterminer l’état d’une société au fonctionnement de ses tribunaux et aux affaires qui s’y plaidaient : la justice révélait la fragilité des trajectoires, les fractures sociales, les échecs politiques – tout ce que l’État cherchait à occulter au nom d’une certaine cohésion nationale ; peut-être aussi pour ne pas être confronté à ses insuffisances. Les itinéraires des victimes comme des accusés étaient le plus souvent des récits pleins d’épouvante, matière éruptive et contagieuse, où chaque détail narratif vous renvoyait à la fragilité des choses ; des existences tranquilles avaient soudain basculé dans l’horreur, et pendant plusieurs jours, jurés, auxiliaires de justice et juges essayaient de comprendre ce qui s’était joué, à un moment donné, dans la vie d’un être. »

Le basculement dans l’horreur ? C’est ce que raconte ce roman. Les Farel forment un couple préoccupé de notoriété et de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses écrits féministes. Leur fils, Alexandre, est étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble réussir dans cette famille jusqu’au jour où une accusation de viol va faire écrouler ce parfait édifice social.

La première phrase du roman, l’incipit, annonce le chaos qui va se produire : « La déflagration extrême, la combustion définitive, c’était le sexe, rien d’autre – fin de la mystification » (p. 15). Ce roman éclaire en effet sur ce que produit une sexualité mal régulée. La domination sur l’autre peut provoquer d’importantes catastrophes. Le sexe et son impulsion sauvage saccagent les relations familiales, la vie personnelle et sociale. Karine Tuil interroge alors le monde contemporain : « Un chagrin d’amour pouvait-il être considéré comme la plus grande épreuve d’une vie ? Tout amour était-il une illusion ? L’amour rendait-il heureux ? Était-il raisonnable d’aimer ? L’amour était-il un jeu de hasard ? Qui aimait-on dans l’amour ? Pouvait-on vivre sans amour ? Comment se remettre rapidement d’une rupture amoureuse ? » (p. 71).

C’est un roman magistralement construit ! Les quatre premiers chapitres décrivent les quatre principaux personnages. Ils font entrer dans la psychologie des personnages. Ils dévoilent peu à peu leurs failles éventuelles. Un autre intérêt du livre est de démonter la mécanique impitoyable de la machine judiciaire. C’est cependant l’aspect le plus pénible de la lecture : les interrogatoires des enquêteurs sont exprimés avec des mots réalistes, dérangeants et choquants. La question du consentement dans la relation sexuelle est abordée. Mila, la jeune fille qui a été agressée a-t-elle accepté cette relation ? Ce qui s’est passé entre Alexandre et elle, est-il la conséquence d’une soirée entre étudiants où l’on a consommé de l’alcool et des drogues ? L’actualité est aussi évoquée : les agressions sexuelles du 12 janvier 2016 à Cologne ; l’affaire Weinstein…

Le lecteur ne peut qu’être profondément questionné sur son positionnement face à l’affaire. Par exemple, les hommes sont-ils violents par nature ou à cause de la violence sociale ? Que produit une éducation obnubilée par la performance, l’excellence. Alexandre semble en effet prisonnier de la situation professionnelle de son père. Au passage sont soulignés également les dégâts que peuvent provoquer les prises de paroles sur les réseaux sociaux.

Ce roman devrait permettre des échanges avec des jeunes au sujet des abus sexuels. Comment respecter le corps de l’autre ? Comment faire comprendre qu’un désir ne s’impose pas par la force (p. 246) ? Comment prendre en compte le retentissement typique des suites que l’on peut observer chez les victimes de viol (p. 243). Le roman fait découvrir la complexité de la société française, la décrit, la décrypte, la décortique, oblige à réfléchir, mais sans jamais tomber dans la caricature ou la leçon de morale. Tout au long du livre, le lecteur se demande s’il y a vraiment eu viol. Le verdict arrive enfin : Alexandre sera condamné à cinq ans de prison avec sursis (p. 330).

Karine Tuil s’est expliquée sur son travail d’écriture : « J’écris pour comprendre ce qui me dérange, me choque. L’inspiration, cette nécessité impérieuse, naît de la discipline et du travail. Le romancier est un observateur et un témoin de son époque et le roman l’espace où l’on peut tout dire, sans tabou. » Karine Tuil donne peu de place à une vision optimiste de l’être humain. Les dernières phrases du livre laissent le lecteur sur un sentiment de fatalisme et de cynisme : « C’était dans l’ordre des choses. On naissait, on mourait ; entre les deux, avec un peu de chance, on aimait, on était aimé, cela ne durait pas, tôt ou tard, on finissait par être remplacé. Il n’y avait pas à se révolter, c’était le cours invariable des choses humaines » (p. 342).

 

Fiche de l’Observatoire Foi et culture (OFC) du mercredi 29 janvier 2020 sur l’ouvrage :  » Les choses humaines » de Karine Tuil.

+ Hubert Herbreteau

 

https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/culture/492221-karine-tuil-choses-humaines/

 

 

ALAIN-FOURNER (1886-1914), LE GRAND MEAULNES, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS FRANÇAIS

Le Grand Maulnes d’Alain-Fournier

Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier

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Le Grand Meaulnes

d’Alain-Fournier

Édition établie par Philippe Berthier,

Paris, La Pléiade, 640 p.

 

Le Grand Meaulnes est un roman d’Alain-Fournier publié en 1913 chez Émile-Paul Frères. Il avait été auparavant publié en feuilleton dans la NRF de juillet à octobre 1913.

 

Résumé

 

Première partie

Le narrateur, François Seurel, raconte l’histoire d’Augustin Meaulnes, un de ses anciens camarades de classe qui est devenu son ami.

François, 15 ans, et Augustin, 17 ans, sont tous les deux élèves au cours supérieur2 de Sainte-Agathe, un petit village du Haut-Berry inspiré d’Épineuil-le-Fleuriel, et, comme lui, situé par l’auteur dans le Cher, près de Vierzon. Lors d’une escapade, Augustin Meaulnes arrive par hasard dans un domaine mystérieux où se déroule une fête étrange, poétique et pleine d’enfants. Le château est bruissant de jeux, de danses et de mascarades, et plein d’enfants qui semblent y faire la loi. Meaulnes apprend que cette fête est donnée à l’occasion des noces de Frantz de Galais. Parmi les festivités, des promenades en barque sur un lac sont offertes aux convives ; Meaulnes y rencontre une jeune fille, Yvonne de Galais, la sœur de Frantz. Il en tombe instantanément amoureux, mais ne fait que la croiser plusieurs fois et n’a plus l’occasion de la revoir. Quant au mariage attendu, il n’a finalement pas lieu car la fiancée de Frantz, Valentine Blondeau, a disparu, refusant de devenir sa femme. Les membres de la fête se dispersent et Frantz, désespéré, disparaît en laissant à sa sœur un mot d’adieu.

 

Deuxième partie

Revenu à sa vie d’étude, Meaulnes n’a plus qu’une idée en tête : retrouver le domaine mystérieux et la jeune fille dont il est tombé amoureux. Ses recherches restent infructueuses, jusqu’au jour où les deux garçons se lient d’amitié avec un jeune bohémien. Celui-ci complète le plan du chemin que Meaulnes tentait vainement de reconstituer, leur confie l’adresse d’Yvonne de Galais à Paris et leur fait jurer de répondre à son appel quand il aura besoin d’eux. Puis, il disparait après leur avoir dévoilé sa véritable identité : Frantz de Galais.

Meaulnes décide alors de partir étudier à Paris, et tente à nouveau de retrouver Yvonne, sans succès. Les mois passent, et François n’a plus de nouvelle de son ami.

 

Troisième partie

C’est par hasard que François, bientôt instituteur, retrouve la piste d’Yvonne de Galais. Dès qu’il est sûr de son fait, il part annoncer la nouvelle à son ami Meaulnes, qui lui confie son désespoir et fait allusion à une grave faute commise. Il apprend entre temps le sort de Valentine, la fiancée en fuite, recueillie par la tante de François, puis montée à Paris pour exercer son métier de couturière.

Meaulnes demande Yvonne en mariage, et la jeune fille accepte. Mais Frantz vient rappeler aux deux jeunes gens leur promesse : lui venir en aide, alors qu’il cherche vainement sa fiancée Valentine. François tente d’obtenir de lui un sursis d’un an, mais le lendemain du mariage, Meaulnes disparaît sans laisser de nouvelles. François décide de venir en aide à Yvonne, devenue une amie proche, dont il devient peu à peu le confident. Quelques mois passent, et Meaulnes ne donne toujours pas de nouvelles. Un jour, Yvonne apprend à François qu’elle est enceinte de Meaulnes. François décide donc de s’occuper d’elle en attendant le retour de son mari. L’accouchement d’Yvonne se passe très mal : la jeune femme meurt d’une embolie pulmonaire après avoir donné naissance à une petite fille, et le père d’Yvonne expire quelques mois plus tard. François devient légataire universel de la famille jusqu’au retour de Meaulnes et s’occupe de la fille de son ami. Il découvre alors les carnets de Meaulnes, dans lesquels ce dernier explique qu’il a rencontré Valentine pendant son séjour à Paris, et qu’il a eu une brève relation avec elle, lui promettant le mariage et la convaincant d’abandonner son métier. Mais quand les jeunes gens ont découvert qu’ils connaissaient tous les deux Frantz, ils se sont séparés, horrifiés. Rongé par le remords, et décidé à tenir sa promesse en réunissant Frantz et sa fiancée disparue, Meaulnes annonce, dans son carnet, son départ après son mariage avec Yvonne, afin de réaliser ce projet. Un an plus tard, Meaulnes ramène Frantz et Valentine mariés, mais en revenant chez lui, il apprend la nouvelle de la mort de son épouse par son ami. François lui présente sa fille et regarde leurs premiers échanges, imaginant qu’Augustin va repartir avec sa petite fille « pour de nouvelles aventures ».

 

Personnages

Personnages principaux

Augustin Meaulnes : adolescent de 17 ans, grand et mystérieux. Aimant l’aventure et admiré par ses camarades de classe, il les emmène dans les rues du bourg après les cours.

François Seurel : adolescent de 15 ans, calme et posé, il est le narrateur du roman. Il est le seul ami de Meaulnes. Ses deux parents sont instituteurs dans l’école où il étudie. Moins téméraire, il accompagne pourtant Meaulnes dans sa quête du domaine perdu.

Yvonne de Galais : la belle du domaine perdu, deviendra l’épouse d’Augustin et la mère de leur fille.

  1. de Galais: le vieux père d’Yvonne et Frantz de Galais, est ruiné après l’échec du mariage de son fils.

Frantz de Galais: le prétendant de Valentine Blondeau. Selon Yvonne de Galais, sa sœur, il est casse-cou et insouciant.

Valentine Blondeau : la fiancée perdue, puis l’épouse de Frantz à la fin du roman.

 Personnages secondaires

La mère de Meaulnes : elle amène son fils Augustin à l’école de Sainte-Agathe et le présente aux instituteurs au début du roman.

Monsieur Seurel : père de François, il est instituteur de l’école de Sainte-Agathe. Il dirige le Cours Supérieur et le certificat d’études de l’école.

Millie : elle est la mère de François, femme de Monsieur Seurel et institutrice. Elle dirige la petite classe de l’école de Sainte-Agathe.

La tante Moinel : une vieille dame qui aidera François à retrouver Valentine Blondeau.

Ganache : un jeune bohémien de 15 ans, ami de Frantz de Galais.

Florentin : l’oncle de François. Son commerce est le lieu des retrouvailles entre François Seurel et Yvonne de Galais. Augustin Meaulnes arrivera par la suite pour y retrouver son amante.

 

Lieux de l’action

Alain-Fournier situe l’action de son roman en Sologne, sa région natale. Il s’est inspiré du village d’Épineuil-le-Fleuriel à l’extrémité sud-est du Cher où l’on retrouve tous les lieux du cours supérieur de « Sainte Agathe ».

Le pays perdu et le domaine des Sablonnières se trouveraient probablement entre le Vieux-Nançay et La Chapelle-d’Angillon, lieu de naissance d’Alain-Fournier, où, à la sortie nord du village, un hameau porte le nom des Sablonnières.

 

Postérité

Alain-Fournier étant mort pour la France en 1914, ses héritiers ont bénéficié des prorogations de guerre et le roman n’est entré dans le domaine public qu’en septembre 2009.

Distinctions

Le Grand Meaulnes est classé à la 9e place des 100 meilleurs livres du XXe siècle

 

Suite

Guillaume Orgel a écrit une suite au Grand Meaulnes, intitulée La Nuit de Sainte-Agathe, publiée en 1988 au Cherche midi

 

Le Grand Meaulnes dans la musique

Les chansons

Dans Le Surveillant Général, Michel Sardou chante, sur une musique de Jacques Revaux :

En ce temps-là,
je lisais Le Grand Meaulnes
et après les lumières,
je me faisais plaisir,
je me faisais dormir.
Je m’inventais un monde
rempli de femmes aux cheveux roux ;
j’ai dit de femmes, pas de jeunes filles.

 

Je vous ai bien eus du même Sardou commence par :

Je sortais tout droit du Grand Meaulnes avec mes airs d’adolescent…

 

Dans La mère à Titi, Renaud chante :

Sur la télé qui trône
Un jour j’ai vu un livre
J’ crois qu’ c’était Le Grand Meaulnes
Près d’ la marmite en cuivre.

Dans Les valses de Vienne, François Feldman chante :

Et nos chagrins de môme
Dans les pages du Grand Meaulnes

 

Dans L’École, Marcel Amont se souvient de l’école de son enfance :

Ce n’était pas celle du Grand Meaulnes
Mais c’était mon école.

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Le Grand Meaulnes, histoire d’un malentendu

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En accédant à La Pléiade, l’œuvre d’Alain-Fournier retrouve des couleurs en s’ouvrant à une relecture tonique, menée par Philippe Berthier, qui lui restitue sa complexité sentimentale et romanesque.

« Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189… » Cet incipit, première phrase d’un roman, est entré dans la grande histoire de la littérature. Ses lecteurs le découvrent en novembre 1913 sous la couverture des Éditions Émile-Paul Frères. Son jeune auteur, qui se fait appeler Alain-Fournier, n’a que 27 ans. Le 3 décembre, Le Grand Meaulnes rate de peu le prix Goncourt.

Neuf mois plus tard, le 22 septembre 1914, le lieutenant Henri Alban Fournier est tué dans la région des éparges, non loin de Verdun. Deux semaines après son ami Charles Péguy. Est-ce à cause de ce destin tragique, propre à cette « génération perdue », que Le Grand Meaulnes, unique roman d’un auteur mort à la guerre, devint le livre fétiche du romantisme de l’absolu ? Le genre d’ouvrage que l’on découvre dans les greniers ou les armoires de famille, entre les pages duquel jaunissent lettres d’amour oubliées, serments défaits, reliques de passions éteintes.

Il fut longtemps le vade-mecum des adolescences rêveuses et tourmentées nimbées du parfum évanescent d’un idéal féminin insaisissable, donc obsédant. Et quand, enfin, Augustin Meaulnes, cette âme perdue, touche son bonheur introuvable, il s’acharne à le détruire en poursuivant de nouvelles chimères, au nom d’une promesse lâchée une nuit de feu.

Que sa destinée soit scellée pendant une fête onirique et hivernale, enchantée par l’apparition de l’inaccessible Yvonne de Galais, rendue désastreuse par la démence de Franz de Galais, fiancé privé de sa promise, le jour de ses noces où errent des figurants costumés, renforce l’aura de ce roman tragique, puissant mélodrame qui fit chavirer les cœurs et tirer les mouchoirs. Mais, en dépit ou à cause de son succès (quatre millions d’exemplaires, l’un des livres les plus lus dans le monde), il finit rangé parmi les vieilleries d’une France disparue, lointaine et enjolivée, des préaux et des hussards noirs de la République. Son entrée dans La Pléiade, bardé d’un appareil critique, ouvre la voie à une relecture que conduit avec énergie Philippe Berthier, soucieux de lui restituer sa modernité et sa complexité.

Alain-Fournier aura été victime à la fois de l’évolution des sensibilités et d’une récupération abusive

Dans une préface vivifiante et argumentée, il tord le cou aux idées reçues sur ce roman de formation, maintenant réduit à « une bagatelle puérile ». Il s’en prend à Isabelle Rivière, « autoproclamée vestale du culte fraternel », coupable d’avoir affadi et dénaturé Le Grand Meaulnes, le rivant à une quête religieuse exclusive, provoquant un durable et fâcheux malentendu, en occultant ce que comporte de sourd et de sauvage cette œuvre polyphonique. Alain-Fournier aura été victime à la fois de l’évolution des sensibilités et d’une récupération abusive, menée par sa sœur, Isabelle, mariée à Jacques Rivière, son meilleur ami, destinataire de la riche et abondante correspondance avec le futur romancier encore incertain qui révèlent les pilotis du Grand Meaulnes.

Sur le style réputé trop simple d’Alain-Fournier, Philippe Berthier soutient que « l’ingénuité formelle du Grand Meaulnes est un trompe-l’œil très réussi, puisque la plupart des lecteurs ne soupçonnent pas ce qu’il a fallu d’élagage sans concessions et de sévère contrôle de soi pour donner cette impression d’évidence ». Le maître d’œuvre de cette réédition revient sur les épisodes de la passion contrariée que voua Henri Fournier à Yvonne de Quièvrecourt, croisée un 1er mai à Paris, qu’il poursuivit de son assiduité insatisfaite, modèle transparent du personnage d’Yvonne de Galais.

Philippe Berthier ausculte aussi le mouvement interne de ce roman envoûtant, flagrante dialectique du dedans et du dehors, qu’accentue la position sédentaire du narrateur. Gardien des secrets, figé dans son école de Sologne, François Seurel demeure l’observateur mélancolique des errements d’Augustin Meaulnes, « semeur d’inquiétude » et « professeur de désir », admiratif et fasciné, impuissant à le retenir. Et l’on voudrait que Le Grand Meaulnes ne fût qu’une bluette désuète ? Allons donc…

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Le-Grand-Meaulnes-histoire-dun-malentendu-2020-04-08-1201088498

 

Un grand roman de l’adolescence

Alain-Fournier a publié son unique roman, Le Grand Meaulnes, empreint de rêve et de poésie à 26 ans. Avant d’être rattrapé par la guerre et de mourir au front en 1914.

De toutes les périodes de la vie, l’adolescence est sans doute l’une des plus propices à la lecture. C’est le temps des découvertes et des émois, des rêveries et, souvent, des envies d’ailleurs. Les romans, surtout quand ils sont bons, savent mettre ces ingrédients à portée de main. Quand l’identification et la fantaisie sont de la partie, alors c’est tout l’esprit qui vagabonde.

Le jeune lecteur du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, l’une des plus belles évocations de cet âge de transition, est ainsi transporté. Il y a l’amitié, l’amour, bien sûr, mais aussi la poésie et le merveilleux, avec cette fête dont on ne sait d’abord si elle a bien eu lieu, ou si elle a été rêvée. L’identification du jeune lecteur avec le narrateur, 15 ans, est d’autant plus aisée qu’Alain-Fournier, né en 1886, n’était lui-même guère plus âgé quand il a songé à son roman.

Critiques élogieuses

Pour raconter les émois de François, également fils d’instituteurs, l’auteur plonge dans ses souvenirs encore frais. Né dans le Cher, à La Chapelle-d’Angillon, il passe une partie de son enfance dans le sud du département, à Épineuil-le-Fleuriel, village qui sera le décor de son roman, sous le nom de Sainte-Agathe. Une commune voisine, Meaulne, fournira le nom du nouveau compagnon qui prend place dans la classe, et aussitôt chamboule l’univers monotone de François. « L’arrivée d’Augustin Meaulnes fut pour moi le commencement d’une vie nouvelle », écrit le narrateur.

Le charme de ce roman, dont la sortie en 1913 est accueillie par une presse très élogieuse, réside dans celui que les élèves appellent bientôt « le Grand Meaulnes » et qui ne va pas tarder à les fasciner. C’est lui qui est entouré de cette aura de merveilleux et de rêve, auquel le jeune auteur était très attaché. « Mon idéal serait d’arriver à ce que ce trésor merveilleusement riche de vies accumulées qu’est ma simple vie, si jeune soit-elle, se produise au grand jour sous cette forme de rêves qui se promènent, écrivait-il à un ami, en 1905, cinq ans avant d’entamer l’écriture du Grand Meaulnes. J’emploie ce mot, rêve, parce qu’il est commode. J’entends par rêve vision du passé, espoirs, une rêverie d’autrefois revenue, qui rencontre une vision qui s’en va, un souvenir d’après-midi qui rencontre la blancheur d’une ombrelle et la fraîcheur d’une autre pensée. »

 

Un jeune poète

C’est d’ailleurs d’abord par des poèmes qu’Henri Fournier – son vrai nom – avait manifesté, dès l’été 1904, son désir d’écrire. Quelques-uns de ces premiers écrits – vers et proses – seront d’ailleurs publiés de son vivant, dans diverses revues. Mais pour vivre, il se tournera vers la presse, non sans avoir un temps été tenté par la marine et le grand large. Après son service militaire, de 1907 à 1909, il commence à travailler en 1910 au Paris-Journal, où il est chroniqueur.

C’est à cette époque qu’il fréquente les milieux artistiques et intellectuels, se liant notamment d’une amitié solide à Charles Péguy, et s’attaque à l’écriture de son premier roman. En 1913, le public comme la presse sont au rendez-vous, même si le prix Goncourt échappe au Grand Meaulnes. Mais il n’a que 27 ans, et toute une vie de romancier devant lui.

 

Destin tragique

Sans perdre de temps, il écrit les premières lignes d’un second roman, Colombe Blanchet. Qui ne sera jamais achevé. Car le destin tragique de l’Europe s’impose à lui. La guerre, déjà menaçante, fait tonner ses premiers canons. Lieutenant de réserve, il est immédiatement mobilisé et rejoint le front de Lorraine comme lieutenant d’infanterie, le 23 août. Un mois plus tard, quelques semaines après Charles Péguy, également mort au champ d’honneur, il est porté disparu, au cours d’un combat meurtrier pour sa compagnie, dans le bois de Saint-Remy, sur la crête des Hauts-de-Meuse.

Ses restes ne seront découverts qu’en mai 1991, dans une fosse commune où les Allemands l’avaient enterré avec vingt de ses compagnons d’armes. « Mélancolique destinée, analogue à son œuvre, qui est courte et jolie, toute frissonnante de rêve, où le rêve est blessé, où le sourire même a quelque chose de triste, un air d’incrédulité », écrivait joliment la Revue des Deux Mondes dix ans après sa mort, alors que paraissait Miracles, recueil de poèmes et de contes d’Alain-Fournier.

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Alain-Fournier en quelques dates

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3 octobre 1886. Naissance à La Chapelle-d’Angillon (Cher) d’Henri-Alban Fournier.

  1. Songeant à devenir marin, il rentre en seconde au lycée de Brest, pour préparer l’école navale. Mais il y renonce au bout d’un an et passe son baccalauréat à Bourges.
  2. Chroniqueur littéraire àParis-Journal. C’est à cette époque qu’il publie ses premiers poèmes, essais et contes.
  3. Parution du Grand Meaulnes.Il entreprend l’année suivante l’écriture d’un second roman, inachevé en raison de la guerre.

22 septembre 1914. Mobilisé le 2 août, il meurt au combat quelques semaines plus tard lors d’un affrontement dans la Meuse, près de Verdun.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Un-grand-roman-adolescence-2016-07-29-1200779002

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A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU, ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARCEL PROUST (1871-1922), ROMAN, ROMANS, ROMANS FRANÇAIS

A la recherche du Temps perdu de Marcel Proust

À la recherche du temps perdu

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À la recherche du temps perdu, couramment évoqué plus simplement sous le titre La Recherche, est un roman de Marcel Proust, écrit de 1906 à 1922 et publié de 1913 à 1927 en sept tomes, dont les trois derniers parurent après la mort de l’auteur. Plutôt que le récit d’une séquence déterminée d’événements, cette œuvre s’intéresse non pas aux souvenirs du narrateur mais à une réflexion psychologique sur la littérature, sur la mémoire et sur le temps. Cependant, comme le souligne Jean-Yves Tadié dans Proust et le roman, tous ces éléments épars se découvrent reliés les uns aux autres quand, à travers toutes ses expériences négatives ou positives, le narrateur (qui est aussi le héros du roman), découvre le sens de la vie dans l’art et la littérature au dernier tome.

À la recherche du temps perdu est parfois considéré comme l’un des meilleurs livres de tous les temps.

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Le roman est publié en sept tomes :

Du côté de chez Swann (à compte d’auteur chez Grasset en 1913, puis dans une version modifiée chez Gallimard en 1919 ;

 À l’ombre des jeunes filles en fleurs (1919, chez Gallimard ; reçoit le prix Goncourt la même année)

Le Côté de Guermantes (en deux volumes, chez Gallimard, 1920-1921)

Sodome et Gomorrhe I et II (chez Gallimard, 1921-1922)

La Prisonnière (posth. 1923)

Albertine disparue (posth. 1925 ; titre original : La Fugitive)

Le Temps retrouvé (posth. 1927)

En considérant ce découpage, son écriture et sa publication se sont faites parallèlement, et la conception même que Proust avait de son roman a évolué au cours de ce processus.

Alors que le premier tome est publié à compte d’auteur chez Grasset en 1913 grâce à René Blum (Proust en conserve la propriété littéraire), la guerre interrompt la publication du deuxième tome et permet à Proust de remodeler son œuvre, cette dernière prenant de l’ampleur au fil des nuits de travail qui l’épuisent. L’auteur retravaille sans cesse ses dactylographies autant que ses brouillons et ses manuscrits, et souhaite mettre fin à sa collaboration avec l’éditeur3La Nouvelle Revue française, dirigée par Gaston Gallimard, est en pleine bataille éditoriale avec Grasset depuis 1914 mais a commis l’erreur de refuser en 1913 de publier Du côté de chez Swann par l’entremise d’André Gide, figure dominante du comité éditorial de la NRF qui juge que c’est un livre de snob dédié à Gaston Calmette, directeur du Figaro. La NRF qui se prétend le fleuron du renouveau des lettres françaises aggrave son cas le 1er janvier 1914 lorsqu’un de ses fondateurs Henri Ghéon juge Du côté de chez Swann « une œuvre de loisir dans la plus pleine acception du terme ». Pourtant des écrivains de renom comme Lucien Daudet, Edith Wharton et Jean Cocteau ne tarissent pas d’éloges sur ce premier tome. André Gide reconnaît vite son erreur et supplie Proust de rejoindre la NRF qui a retrouvé des moyens d’imprimer, au contraire de Grasset Proust fait part à Grasset de son intention de le quitter en août 1916, et après un an de règlement du problème (question des indemnités, des compensations, solde des droits sur Swann), Gaston Gallimard lance la fabrication de deux volumes et rachète à son concurrent en octobre 1917 les quelque deux cents exemplaires de Swann qui n’ont pas été vendus : il les revêt d’une couverture NRF et d’un papillon de relais avant de les remettre en vente

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Du côté de chez Swann

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Combray (d’après le nom littéraire donné par Proust à son village d’enfance, Illiers, rebaptisé après sa mort Illiers-Combray) est un petit ensemble qui ouvre La Recherche du Temps Perdu. Le narrateur, adulte, songe aux différentes chambres où il a dormi au cours de sa vie, notamment celle de Combray, où il passait ses vacances lorsqu’il était enfant. Cette chambre se trouvait dans la maison de sa grand-tante : « La cousine de mon grand-père — ma grand-tante — chez qui nous habitions… »

Le narrateur se remémore à quel point l’heure du coucher était une torture pour lui ; cela signifiait qu’il allait passer une nuit entière loin de sa mère, ce qui l’angoissait au plus haut point : « …le moment où il faudrait me mettre au lit, loin de ma mère et de ma grand-mère, ma chambre à coucher redevenait le point fixe et douloureux de mes préoccupations. » Pendant longtemps, il ne se souvint que de cet épisode de ses séjours dans la maison de sa grand-tante. Et puis, un jour, sa mère lui proposa une tasse de thé et des madeleines, qu’il refusa dans un premier temps puis finit par accepter. C’est alors que, des années après son enfance, le thé et les miettes du gâteau firent remonter toute la partie de sa vie passée à Combray : « … et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. »

Cette partie de la vie du narrateur n’était pas seulement marquée par le drame du coucher. Elle fut l’occasion de s’éveiller aux sens (l’odeur des aubépines, la vue de la nature autour de Combray, lors de promenades familiales), à la lecture (les romans de Bergotte, auteur fictif qui d’ailleurs sera lui-même un personnage du roman) ; le narrateur se promène de part et d’autre de Combray avec sa famille : du côté de Méseglise, ou du côté de Guermantes si le temps le permet. Il adore sa mère et sa grand-mère, mais, plus globalement, sa famille apparaît comme un cocon dans lequel le narrateur enfant se sent heureux, protégé et choyé.

Un amour de Swann est une parenthèse dans la vie du narrateur. Il y relate la grande passion qu’a éprouvée Charles Swann (qu’on a rencontré dans la première partie comme voisin et ami de la famille) pour une cocotte, Odette de Crécy. Dans cette partie, on voit un Swann amoureux mais torturé par la jalousie et la méfiance vis-à-vis d’Odette. Les deux amants vivent chacun chez soi, et dès que Swann n’est plus avec son amie, il est rongé par l’inquiétude, se demande ce que fait Odette, si elle n’est pas en train de le tromper. Odette fréquente le salon des Verdurin, couple de riches bourgeois qui reçoivent tous les jours un cercle d’amis pour dîner, bavarder ou écouter de la musique. Dans un premier temps, Swann rejoint Odette dans ce milieu, mais au bout d’un moment, il a le malheur de ne plus plaire à madame Verdurin et se fait écarter des soirées organisées chez elle. Il a alors de moins en moins l’occasion de voir Odette et en souffre affreusement, puis peu à peu il se remet de sa peine et s’étonne : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, … pour une femme…qui n’était pas mon genre ! » Cette parenthèse n’est pas anecdotique. Elle prépare la partie de la Recherche dans laquelle le héros connaîtra des souffrances similaires à celles de Swann.

Noms de pays : le nom commence par une rêverie sur les chambres de Combray, et sur celle du grand hôtel de Balbec (ville imaginaire inspirée en partie à Proust par la ville de Cabourg). Adulte, le narrateur compare, différencie ces chambres. Il se souvient que, jeune, il rêvait sur les noms de différents lieux, tels Balbec, mais aussi Venise, Parme ou Florence. Il aurait alors aimé découvrir la réalité qui se cachait derrière ces noms, mais le docteur de la famille déconseilla tout projet de voyage à cause d’une vilaine fièvre que contracta le jeune narrateur. Il dut alors rester dans sa chambre parisienne (ses parents vivaient à deux pas des Champs-Élysées) et ne put s’octroyer que des promenades dans Paris avec sa nourrice Françoise. C’est là qu’il fit la connaissance de Gilberte Swann, qu’il avait déjà aperçue à Combray. Il se lia d’amitié avec elle et en tomba amoureux. Sa grande affaire fut à ce moment d’aller jouer avec elle et ses amies dans un jardin proche des Champs-Élysées. Il se débrouille pour croiser les parents de Gilberte dans Paris, et salue Odette Swann, devenue la femme de Swann, et la mère de Gilberte.

 

À l’ombre des jeunes filles en fleurs

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À l’ombre des jeunes filles en fleurs commence à Paris, et toute une partie intitulée Autour de Madame Swann marque l’entrée de notre héros dans la maison des parents de Gilberte Swann. Il s’y rend sur invitation de sa jeune amie, pour jouer ou goûter. Il est si épris qu’une fois rentré chez ses parents, il fait tout pour orienter les sujets de conversation sur le nom de Swann. Tout ce qui constitue l’univers des Swann lui semble magnifique : « …je ne savais ni le nom ni l’espèce des choses qui se trouvaient sous mes yeux, et comprenais seulement que quand elles approchaient les Swann, elles devaient être extraordinaires… » Il est heureux et fier de sortir dans Paris avec les Swann. C’est au cours d’un dîner chez eux qu’il rencontre l’écrivain Bergotte, dont il aime les livres depuis longtemps. Il est désappointé : le vrai Bergotte est à mille lieues de l’image qu’il s’était forgée de lui à la lecture de ses œuvres ! « Tout le Bergotte que j’avais lentement et délicatement élaboré… se trouvait d’un seul coup ne plus pouvoir être d’aucun usage… » Sa relation avec Gilberte évolue : ils se brouillent et le narrateur décide de ne plus la voir. Sa peine est intermittente. Peu à peu il parvient à se détacher d’elle, à ne plus ressentir que de l’indifférence à l’égard de Gilberte. Il reste néanmoins lié avec Odette Swann.

Deux ans après cette rupture, il part à Balbec avec sa grand-mère (dans la partie intitulée Noms de Pays : le Pays). Il est malheureux lors du départ pour cette station balnéaire, car il va se trouver éloigné de sa mère. Sa première impression de Balbec est la déception. La ville est très différente de ce qu’il avait imaginé. En outre, la perspective d’une première nuit dans un endroit inconnu l’effraie. Il se sent seul puis, jour après jour, il observe les autres personnes qui fréquentent l’hôtel. Sa grand-mère se rapproche d’une de ses vieilles amies, madame de Villeparisis. C’est le début de promenades dans la voiture de cette aristocrate. Au cours de l’une d’elles, le narrateur ressent une étrange impression en apercevant trois arbres, alors que la voiture se rapproche d’Hudimesnil. Il sent le bonheur l’envahir mais ne comprend pas pourquoi. Il sent qu’il devrait demander qu’on arrête la voiture pour aller contempler de près ces arbres mais par paresse, il y renonce. Madame de Villeparisis lui présente son neveu, Saint-Loup, avec lequel le héros se lie d’amitié. Il retrouve Albert Bloch, un ami d’enfance, qu’il présente à Saint-Loup. Il rencontre enfin le baron de Charlus (un Guermantes, comme madame de Villeparisis et bien d’autres personnages de l’œuvre de Proust). Le héros est surpris par le comportement étrange du baron : celui-ci commence par dévisager intensément notre héros, puis une fois qu’il a fait connaissance avec lui, il se montre incroyablement lunatique. Petit à petit, le narrateur élargit le cercle de ses connaissances : Albertine Simonet et ses amies deviennent ses amies et au début, il se sent attiré par plusieurs de ces jeunes filles. Il finit par tomber amoureux d’Albertine. Le mauvais temps arrive, la saison se termine et l’hôtel se vide.

 

Le Côté de Guermantes

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Le Côté de Guermantes : Ce volet est divisé en deux parties, dont les événements se déroulent essentiellement à Paris : les parents du narrateur y changent de logement et vivent désormais dans une partie de l’hôtel des Guermantes. Leur bonne, la vieille Françoise, regrette ce déménagement. Le narrateur rêve au nom des Guermantes, comme jadis il rêvait aux noms de pays. Il aimerait beaucoup pénétrer dans le monde des aristocrates. Pour tenter de se rapprocher de madame de Guermantes, qu’il importune à force de la suivre indiscrètement dans Paris, il décide de rendre visite à son ami Robert de Saint-Loup, qui est en garnison à Doncières : « L’amitié, l’admiration que Saint-Loup avait pour moi, me semblaient imméritées et m’étaient restées indifférentes. Tout d’un coup j’y attachai du prix, j’aurais voulu qu’il les révélât à Madame de Guermantes, j’aurais été capable de lui demander de le faire. » Il rend donc visite à son ami qui le reçoit avec une très grande gentillesse et est aux petits soins pour lui. De retour à Paris, le héros s’aperçoit que sa grand-mère est malade. Saint-Loup profite d’une permission pour se rendre à Paris ; il souffre à cause de sa maîtresse, Rachel, que le narrateur identifie comme une ancienne prostituée qui travaillait dans une maison de passe. Le narrateur fréquente le salon de madame de Villeparisis, l’amie de sa grand-mère ; il observe beaucoup les personnes qui l’entourent. Cela donne au lecteur une image très fouillée du faubourg Saint-Germain entre la fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième. Le narrateur commence à fréquenter le salon des Guermantes. La santé de sa grand-mère continue à se détériorer : elle est victime d’une attaque en se promenant avec son petit-fils.

 

Sodome et Gomorrhe

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Le titre évoque deux villes bibliques détruites par Dieu pour punir les habitants, infidèles et immoraux (Sodome et Gomorrhe). Dans ce volet, le narrateur découvre que l’homosexualité est très présente autour de lui. Un jour, il découvre celle de monsieur de Charlus ainsi que celle de Jupien, un giletier qui vit près de chez lui. Charlus n’est pas seulement l’amant de Jupien ; riche et cultivé, il est aussi son protecteur. Le narrateur, après la découverte de l’inversion sexuelle de Charlus, se rend à une soirée chez la princesse de Guermantes. Cela lui permet d’observer de près le monde de l’aristocratie du faubourg Saint-Germain, et de se livrer à des considérations sur cette partie de la société. Après cette longue soirée, le narrateur rentre chez lui et attend la visite de son amie Albertine ; comme celle-ci se fait attendre, le héros s’irrite et devient anxieux. Finalement, Albertine arrive et la glace fond. Cela dit, le cœur du narrateur est instable. Il lui arrive de ne plus ressentir d’amour pour Albertine, ce qu’il appelle « les intermittences du cœur ». Il fait un deuxième séjour à Balbec. Cette fois-ci, il est seul, sa grand-mère est morte. Cela l’amène à faire des comparaisons avec son premier séjour dans cette station balnéaire. En se déchaussant, il se souvient qu’alors, sa grand-mère avait tenu à lui ôter elle-même ses souliers, par amour pour lui. Ce souvenir le bouleverse ; il comprend seulement maintenant qu’il a perdu pour toujours sa grand-mère qu’il adorait. Ce séjour à Balbec est rythmé par les sentiments en dents de scie que le héros éprouve pour Albertine : tantôt il se sent amoureux, tantôt elle lui est indifférente et il songe à rompre. Il commence d’ailleurs à avoir des soupçons sur elle : il se demande si elle n’est pas lesbienne. Mais il n’arrive pas à avoir de certitudes. À la fin de ce second séjour, il décide d’épouser Albertine, pensant que, ce faisant, il la détournera de ses penchants pour les femmes.

 

La Prisonnière

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La Prisonnière : Le narrateur est de retour à Paris, dans la maison de ses parents, absents pour le moment. Il y vit avec Albertine, et Françoise, la bonne. Les deux amants ont chacun leur chambre et leur salle de bains. Le narrateur fait tout pour contrôler la vie d’Albertine, afin d’éviter qu’elle donne des rendez-vous à des femmes. Il la maintient pour ainsi dire prisonnière chez lui, et lorsqu’elle sort, il s’arrange pour qu’Andrée, une amie commune aux deux amoureux, suive Albertine dans tous ses déplacements. L’attitude du narrateur est très proche de celle de Swann avec Odette dans Un amour de Swann. L’amour, loin de le rendre heureux, suscite une incessante méfiance, et une jalousie de tous les instants. Le héros se rend compte aussi que malgré toutes ses précautions, Albertine lui est étrangère à bien des égards. Quoi qu’il fasse, elle reste totalement un mystère pour lui. Cette vie en commun ne dure pas longtemps. Un jour, Françoise annonce au narrateur qu’Albertine est partie de bon matin.

 

Albertine disparue

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Albertine disparue : Dans certaines éditions, ce volet est intitulé La Fugitive (titre originellement voulu par Proust mais que portait déjà un autre livre), titre qui correspond aussi très bien au contenu de cette partie (et qui fait diptyque avec La Prisonnière). Albertine s’est enfuie de chez le narrateur alors que celui-ci commençait à ressentir la plus complète indifférence pour elle. Cela provoque un nouveau revirement de son cœur. Il fait tout pour retrouver sa maîtresse, et veut croire qu’il sera très vite en sa présence. Hélas, il apprend par un télégramme qu’Albertine est morte, victime d’une chute de cheval. Elle lui échappe ainsi définitivement. Son cœur oscille entre souffrance et détachement au fil du temps. Il se livre, auprès d’Andrée, à un travail d’enquêteur pour savoir si oui ou non elle était lesbienne et découvre bientôt que c’était effectivement le cas. Il se rend chez la duchesse de Guermantes et y croise son amour d’enfance, Gilberte Swann, devenue mademoiselle Gilberte de Forcheville : Swann est mort de maladie, et Odette s’est remariée avec monsieur de Forcheville. Swann rêvait de faire admettre sa femme dans les milieux aristocratiques : à titre posthume, son souhait est exaucé par le riche remariage d’Odette. Le narrateur fait un voyage à Venise avec sa mère. Au retour, il apprend le mariage de Gilberte avec son ami Robert de Saint-Loup. Quelque temps après, il se rend à Tansonville, non loin de Combray, chez les nouveaux mariés. Gilberte se confie au narrateur : elle est malheureuse car Robert la trompe. C’est exact, mais elle croit que c’est avec des femmes alors que Robert est attiré par les hommes.

 

Le Temps retrouvé

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Le Temps retrouvé : Le début de ce dernier volet se passe encore à Tansonville. Le narrateur, qui voudrait devenir écrivain depuis qu’il est enfant, lit un passage du Journal des Goncourt avant de s’endormir, et cela l’amène à croire qu’il n’est pas capable d’écrire. Il décide de renoncer à devenir écrivain. Nous sommes en pleine Première Guerre mondiale. Le Paris de cette période montre des personnages globalement germanophobes, et totalement préoccupés par ce qui se passe sur le front. Charlus est une exception : il est germanophile. Saint-Loup s’est engagé et il est parti combattre. Il se fait tuer sur le champ de bataille. Après la guerre, le narrateur se rend à une matinée chez la princesse de Guermantes. En chemin, il a de nouveau conscience de son incapacité à écrire. Il attend la fin d’un morceau de musique dans le salon-bibliothèque des Guermantes et le bruit d’une cuiller, la raideur d’une serviette qu’il utilise déclenchent en lui le plaisir qu’il a ressenti autrefois en maintes occasions : en voyant les arbres d’Hudimesnil par exemple. Cette fois-ci, il décide d’approfondir son impression, de découvrir pourquoi certaines sensations le rendent si heureux. Et il comprend enfin que la mémoire involontaire est seule capable de ressusciter le passé, et que l’œuvre d’art permet de vivre une vraie vie, loin des mondanités, qu’elle permet aussi d’abolir les limites imposées par le Temps. Le héros est enfin prêt à créer une œuvre littéraire.

 

Analyse

Il est difficile de résumer la Recherche. Mais l’on peut se reporter à des études portant sur l’œuvre de Proust comme l’essai de Gérard Genette : « Comment le petit Marcel est devenu écrivain » (Figures) ou le livre de Jean-Yves Tadié, « Proust et le Roman ». Dans celui-ci Jean-Yves Tadié pense que l’œuvre « a pour sujet sa propre rédaction. » Dans l’article Marcel Proust de l’Encyclopædia universalis, il précise : « Proust a caché son jeu plus qu’aucun autre romancier avant lui, car, si l’on entrevoit que le roman raconte une vocation, on la croit d’abord manquée, on ne devine pas que le héros aura pour mission d’écrire le livre que nous sommes en train de lire. » Pour Tadié, La Recherche est mouvement vers l’avenir de la vocation auquel « se superpose la plongée vers le passé de la remémoration : le livre sera achevé lorsque tout l’avenir de l’artiste aura rejoint tout le passé de l’enfant. »

 

Éléments de réflexion

La démarche de Proust est paradoxale : dans la Recherche, dont sa vie personnelle a beaucoup influencé le roman, les événements sont décrits dans les moindres détails, dans un milieu très spécifique (la haute bourgeoisie et l’aristocratie française du début du xxe siècle) ce qui lui permet d’accéder à l’universel : « J’ai eu le malheur de commencer mon livre par le mot « je » et aussitôt on a cru que, au lieu de chercher à découvrir des lois générales, je m’analysais au sens individuel et détestable du mot », écrit Marcel Proust

Influence

La philosophie et l’esthétique de l’œuvre de Proust ne peuvent cependant être extraites complètement de leur époque :

la philosophie de Schopenhauer : pour Anne-Henry, dont l’influence de ce philosophe est capitale,

la sociologie de Gabriel Tarde,

l’impressionnisme,

la musique de Wagner,

l’affaire Dreyfus.

Son style reste très particulier. Ses phrases, souvent longues et à la construction complexe rappellent le style du duc de Saint-Simon, l’un des auteurs qu’il cite le plus souvent. Certaines nécessitent un certain effort de la part du lecteur pour distinguer leur structure et donc leur sens précis. Ses contemporains témoignent que c’était à peu près la langue parlée de l’auteur.

Quant à l’influence de Saint-Simon, Jacques de Lacretelle rapporte qu’ « un professeur américain, M. Herbert de Ley, auteur d’une étude courte mais précise et documentée intitulée Marcel Proust et le duc de Saint-Simon, a constaté que sur quelque quatre cents personnages aristocratiques chez Proust presque la moitié portent des noms qui paraissent dans les Mémoires de Saint-Simon. »

Ce style particulier traduit une volonté de saisir la réalité dans toutes ses dimensions, dans toutes ses perceptions possibles, dans toutes les facettes du prisme des différents intervenants. On rejoint les préoccupations des impressionnistes : la réalité n’a de sens qu’à travers la perception, réelle ou imaginaire, qu’en a le sujet.

Le prisme n’est pas que celui des acteurs, mais aussi celui de l’auteur qui se trouve dans plusieurs angles de vue avec le temps qui passe, le point de vue du moment présent, le point de vue du moment passé, le point de vue du moment passé tel qu’il le revit au présent.

L’œuvre ne se limite pas à cette dimension psychologique et introspective, mais analyse aussi, d’une manière souvent impitoyable, la société de son temps : opposition entre la sphère aristocratique des Guermantes et la bourgeoisie parvenue des Verdurin, auxquelles il faut ajouter le monde des domestiques représenté par Françoise. Au fil des tomes, l’œuvre reflète aussi l’histoire contemporaine, depuis les controverses de l’affaire Dreyfus jusqu’à la guerre de 1914-1918.

 

A propos du temps et des lieux de la Recherche

L’action s’inscrit dans un temps parfaitement défini; de nombreuses références historiques sont là pour fixer le temps de la Recherche. On peut citer de nombreux exemples:

Swann, quand il commence à fréquenter le salon des Verdurin, déjeune un jour chez M. Grévy, à l’Elysée; les Verdurin ont assisté à l’enterrement de Gambetta.

Il est question dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs de la visite du tsar Nicolas II à Paris à l’automne 1896

Mais il ne faut pas chercher à rendre toutes ces allusions cohérentes.

De même, les lieux de la Recherche sont souvent parfaitement identifiables:

Quand elle rencontre Swann, Odette de Crécy habite rue La Pérouse, derrière l’Arc de triomphe; Swann, le quai d’Orléans.

Le narrateur et Gilberte Swann jouent dans les jardins des Champs-Elysées.

Un roman d’apprentissage selon Gilles Deleuze

Deleuze voit dans La Recherche un roman d’apprentissage sur les signes. Il y a consacré un livre, Proust et les signes, 1964.

 

Personnages principaux

le narrateur

sa mère

sa grand-mère

Albertine

Françoise

Charles Swann : inspiré par Charles Haas (1833-1902)

Odette Swann : Laure Hayman, amie de Proust et de Paul Bourget, serait le modèle supposé du personnage

Gilberte Swann

Robert de Saint-Loup ; inspiré en partie par le prince Léon Radziwill, par Gaston Arman de Caillavet et par le duc de Guiche

le baron de Charlus

la duchesse de Guermantes : inspirée notamment par Mme Straus, la comtesse de Chevigné, Hélène Standish et par la comtesse Greffulhe

Madame Verdurin : inspirée en partie par Madame Arman de Caillavet

mais aussi des représentants emblématiques des arts (Bergotte pour la littérature, Vinteuil pour la musique, Elstir pour la peinture), de la médecine (le docteur Cottard), etc.

 

Éditions

Edition italienne, I Meridiani, Mondadori, 1983.

Gallimard : Les quatre versions chez Gallimard utilisent toutes le même texte :

Pléiade : édition en 4 volumes, reliée cuir, avec notes et variantes

Folio : édition en 7 volumes, poche

Collection blanche : édition en 7 volumes, grand format

Quarto : édition en 1 volume, grand format

Garnier-Flammarion : édition en 10 volumes, poche

Livre de Poche : édition en 7 volumes, poche

Bouquins : édition en 3 volumes, grand format

Omnibus : édition en 2 volumes, grand format

Intégrale de À la recherche du temps perdu, lu par André Dussollier, Guillaume Gallienne, Michaël Lonsdale, Denis Podalydès, Robin Renucci et Lambert Wilson aux éditions Thélème.

 

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Marcel Proust (1871-1922)

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Biographie :

Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust est un auteur français qui a marqué le XXe siècle et la littérature mondiale par son œuvre éblouissante.

Issu d’un milieu bourgeois, cultivé et marqué par un entourage féminin, le jeune Marcel est de santé fragile ; il aura toute sa vie de graves difficultés respiratoires causées par l’asthme.
Il fait d’abord des études de droit, puis de lettres, pour finir par intégrer le milieu artistique et mondain de Paris, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain.
Il commence une carrière de journaliste-chroniqueur, travaillant aussi à un roman qui semble ne jamais pouvoir s’achever (« Jean Santeuil »).
En 1900, il voyage à Venise et à Padoue pour découvrir les œuvres d’art en suivant les pas de John Ruskin sur lequel il publie des articles et dont il traduit sans succès certains ouvrages.

La mort de sa mère déstabilise encore sa personnalité sensible et inquiète. Son activité littéraire devient plus intense, et c’est en 1907 que Marcel Proust commence l’écriture de son grand œuvre « À la recherche du temps perdu », dans la solitude de sa chambre aseptisée. Il écrit l’un des romans occidentaux les plus achevés, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 et 1927, c’est-à-dire en partie après sa mort.

Il s’insurge contre la méthode critique de Sainte-Beuve, alors très en vogue, selon laquelle l’œuvre d’un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et ne pourrait s’expliquer que par elle.
Tandis que la première partie, « Du côté de chez Swann », passe inaperçue, « A l’ombre des jeunes filles en fleurs », le deuxième volet de la « Recherche » reçoit en 1919 le prix Goncourt.

Dans l’ensemble de son œuvre, Proust questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture. Connu pour la longueur de ses phrases parsemées de relatives au rythme dit « asthmatique », Marcel Proust reste une référence et un monument incontestable de la littérature française. Dans la « Recherche du Temps Perdu », il réalisa une réflexion sur le sens de l’art et de la littérature, sur l’existence même du temps, sur sa relativité et sur l’incapacité à le saisir au présent.
Ses amis et relations utilisaient, pour qualifier sa manière d’écrire, le verbe « proustifier » .

Il meurt, épuisé, emporté par une bronchite mal soignée.

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