CHJRISTIANISME, CLAUDE TRICOIRE (1951-...), EVANGILES, JUDAS DE LANZA DEL VASTO, JUDAS ISCARIOTE (Ier siècle), LANZA DEL VASTO (1901-1981), LITTERATURE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Judas de Lanza del Vasto

Judas

Lanza del Vasto

Paris, Gallimard, 1992. 245 pages

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«Tu savais bien, depuis longtemps, ce qui allait arriver. Pourquoi ne m’as-tu pas empêché ? Pourquoi, quand je mettais avec toi la main au plat, ne m’as-tu pas pris la main, ne m’as-tu pas dit « Ami » […] Pourquoi m’as-tu dit avec impatience : « Va et ce que tu as à faire fais-le » ? Tu voulais me perdre, et, vois, je t’ai entraîné avec moi. Oh Seigneur, tu m’as appelé pour me repousser, […] tu ne m’as pas même fait la grâce d’un regard. Seigneur, oh Seigneur, comme tu m’as trahi.»

C’est ainsi que Judas parle au pied de la Croix où Jésus vit les dernières heures de sa vie terrestre. Ces dernières paroles résument tout le drame de Judas.

Judas l’Iscariote a longtemps été une énigme pour les auteurs chrétiens et aussi non croyants : pourquoi a-t-il trahi Jésus ? Une longue littérature a tenté de dresser un portrait de Judas : des Pères de l’Eglise jusqu’à la première moitié du XXè siècle Judas a été considéré comme « le traitre » et a servi a alimenté la thèse du déicide contre les Juifs et ce n’est qu’après les années cinquante que la figure de Judas a évolué pour en faire un nationaliste déçu par Jésus ou encore un instrument servant la mission du Messie en le trahissant.

Lanza del Vasto écrivant son livre en 1938 nous livre un Judas certes fort peu sympathique mais à l’âme torturé. Après avoir fui le foyer paternel il rencontre Jean le Baptiste qu’il suit au désert. Puis il quitte Jean pour suivre Jésus et les disciples : il fera ainsi parti des douze. Il s’attache à Jésus et tente de conquérir son amitié mais sans résultat car Jésus l’ignore. Envoyé en mission il fait du zèle pour annoncer la Bonne Nouvelle. Lui qui est assoiffé de reconnaissance ne rencontre qu’indifférence auprès de celui dont il voudrait être l’ami. Quand Jésus entre à Jérusalem sur un âne il est dégoutté par cette scène vulgaire. Le moment où Judas décide de trahir Jésus se situe dans la scène où Marie-Madeleine (dont il était l’amant avant qu’elle ne rencontre Jésus et qu’il désire l’avoir pour lui seul) chez Simon le pharisien verse le parfum sur les pieds de Jésus.

A ce moment là il se décide à aller trouver les pharisiens et à mettre au point l’arrestation de Jésus au jardin de Gethsémani. Il se sent délivré : « Tu as toujours voulu m’ignorer : maintenant tu vas devoir t’apercevoir que moi je suis, que moi je suis moi ».  Et pourtant il confessera que Jésus est innocent et souffrant il se pend au figuier qui avait été maudit par Jésus.

En lisant cet ouvrage on s’aperçoit combien l’auteur prend des libertés avec les Evangiles. Il brosse un portait haut en couleur de cet apôtre qui aurait suivi Jean avant de s’attacher à Jésus. L’auteur met dans la bouche même de Judas des paroles prononcées par ce même Jésus, paroles que l’on retrouve certes dans les Evangiles mais dans une perspective tout autre. Si Lanza del Vasto fait de Judas celui qui tenait les comptes de la communauté des douze il en fait également un intellectuel bien supérieur aux pêcheurs de Galilée.

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On peut voir dans cet ouvrage plus qu’un portrait de Judas. Le prétexte est l’occasion d’explorer les aspects de la condition humaine : on voit un être assoiffé de reconnaissance et d’être aimé mais qui par son attitude tortueuse à l’égard de ses semblables court à la catastrophe. Judas nous offre ici un miroir de ce que l’on peut être. L’auteur veut nous dire : Judas c’est moi aussi.

©Claude Trcoire

26 avril 2022.

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The kiss of Judas, detail of Christ’s Capture, detail of the fresco cycle by Giotto, in the Scrovegni Chapel, Padua

Pour aller plus loin : Judas dans la littérature

https://www.evangile-et-liberte.net/elements/archives/129.html

Lanza del Vasto (1901-1981)

Né(e) à : San Vito dei Normanni, Pouilles , le 29/09/1901
Mort(e) à : Elche de la Sierra, Espagne , le 05/01/1981

Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte, né Giuseppe Giovanni Luigi Maria Enrico Scansa-Lanza, dit Joseph Lanza del Vasto, connu sous le patronyme de Lanza del Vasto, est un philosophe italien.

Issu d’une famille aristocratique du sud de l’Italie, il étudie à Paris au lycée Condorcet, en 1913. Il s’inscrit à la rentrée 1920 en faculté de philosophie à l’Institut royal d’études pratiques supérieures et de perfectionnement de Florence puis en 1921 à celle de Pise où il soutient en 1928 une thèse de doctorat en philosophie.

En décembre 1936, Lanza part en Inde. Au centre de ce voyage, la rencontre décisive avec Gandhi, en 1937, qui lui donne un nouveau nom : « Shantidas », serviteur de paix. Il est reçu pour un mois comme novice dans un monastère mahayana.

Il est à Paris le 10 juillet 1939 au moment où la Seconde Guerre mondiale éclate. Six semaines plus tard, il part pour la Suisse.
En octobre 1943, il revient s’installer à Paris quand Le Pèlerinage aux sources, récit de son voyage en Inde paru chez Denoël, trouve son public et rencontre le succès.

En 1948, il épouse Chanterelle Gibelin, chanteuse et instrumentiste. C’est alors qu’avec des amis qui ont l’habitude de se réunir chez lui, le couple installe, sur le modèle de l’ashram, une première « Communauté de l’Arche » en Saintonge, au lieu dit Tournier, sur la commune de La Genétouze.

En 1963, la Communauté, à laquelle il se dévouera pendant trente-trois ans, délivrant dans le monde entier un message de sagesse et de paix, se transfère dans les Cévennes biterroises, à Roqueredonde.

Militant de la paix chrétien, poète, sculpteur et dessinateur, il a été un précurseur des mouvements de retour à la nature.

site : https://www.lanzadelvasto.com/fr

ACTEUR FRANÇAIS, ECRIVAIN FRANÇAIS, JEAN-BAPTISTE POQUELIN (1622-1673), LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, MOLIERE (1622-1673), THEATRE, THEATRE FRANÇAIS

L’année Molière

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière

Auteur dramatique français (Paris 1622-Paris 1673).

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Acteur, chef de troupe, auteur et metteur en scène, Molière est l’homme de théâtre complet par excellence. Il joue, en tant qu’auteur, sur toute la gamme des effets comiques, de la farce la plus bouffonne jusqu’à la psychologie la plus élaborée. Ses pièces où, s’attaquant à un vice de l’esprit ou de la société, il campe des personnages qui forment des types, sont de véritables chefs-d’œuvre. En élevant la comédie, considérée avant lui comme un genre mineur, il a donné un élan vital au théâtre.

 

Famille

Son grand-père et son père sont maîtres tapissiers du roi. Sa mère meurt en 1632.

À 40 ans, Molière se marie avec Armande Béjart. Ils ont deux fils, morts très jeunes, et une fille.

 Jeunesse

Jean-Baptiste étudie à Paris dans un collège jésuite. Il exerce quelques mois le métier d’avocat puis hérite de la charge de tapissier du roi.

 Débuts

En 1643, il fonde avec la comédienne Madeleine Béjart l’Illustre-Théâtre. Acteur, auteur et bientôt chef de troupe, il devient « Molière ». Mais ses tragédies sont des échecs. En 1645, c’est la

Faillite.

Il fonde avec Madeleine une nouvelle troupe qui tourne en province pendant treize ans. Leurs farces remportent de grands succès. En 1658, la troupe regagne Paris.

 Gloire

Avec le triomphe des Précieuses ridicules (1659), Molière devient un auteur adulé, jalousé, redouté. En 1661, il crée avec le musicien Lully la comédie-ballet. Le roi Louis XIV est enthousiaste. Mais l’École des femmes (1664) est accusée d’être blasphématoire. En 1664, les dévots font interdire Tartuffe, qui dénonce l’hypocrisie religieuse. Molière obtient néanmoins la protection du roi.

Mais la vie privée de Molière est agitée. À 43 ans, il est atteint d’une fluxion au poumon.

Son Dom Juan (1665) provoque un nouveau scandale. Le Misanthrope (1666) reçoit un accueil mitigé. Entre 1668 et 1670, l’AvareTartuffe et le Bourgeois gentilhomme sont des triomphes.

 Disgrâce

En 1672, Madeleine Béjart meurt. Les Femmes savantes sont un

échec.

Lully supplante Molière dans la faveur royale.

 Mort

Au cours d’une représentation du Malade imaginaire, sa dernière comédie-ballet (1673), Molière est pris de malaise. Il meurt à son domicile parisien. Il est enterré de nuit, sans inhumation chrétienne.

 Citations

« c’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens ». (la Critique de l’École des femmes, sc. VI)
« Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris. » (les Précieuses ridicules, sc. IX)

 

 LA VIE DE MOLIÈRE

Molière

Les parents de celui qui devait prendre le nom de Molière sont des artisans-marchands prospères de Paris : le père, Jean Poquelin, achète en 1631 une charge avantageuse de « tapissier ordinaire du roi » (c’est-à-dire de fournisseur de la Cour). Aîné de cinq enfants, Jean-Baptiste est envoyé au collège jésuite de Clermont – l’actuel lycée Louis-le-Grand – que fréquentaient des fils d’aristocrates. Il s’intéresse tôt au théâtre, sous l’influence de son grand-père qui l’emmène voir les spectacles de l’Hôtel de Bourgogne. Sa scolarité achevée, il fait des études de droit et suit les leçons du philosophe et savant Gassendi, dont l’enseignement met en cause les explications religieuses de la création du monde.

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1.1. LES DÉBUTS DANS LA CARRIÈRE THÉÂTRALE

En 1643, alors qu’il était destiné à être avocat ou tapissier, il se fait soudain verser sa part d’héritage maternel, passe contrat avec la famille Béjart et six autres comédiens pour fonder une troupe, « l’Illustre-Théâtre », et il devient « Molière ». Sa vocation est donc originale et impérieuse. Il aurait pu, comme beaucoup, venir au théâtre par l’écriture, mais chez lui le goût du jeu scénique précède l’écriture, donnée fondamentale pour comprendre sa carrière et son esthétique.

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Molière, les Précieuses ridicules

Il essaie de fonder une nouvelle salle de théâtre à Paris, ce qui est alors des plus difficiles. En butte à l’hostilité des troupes concurrentes, l’Illustre-Théâtre fait faillite dès 1645, et Molière connaît, très brièvement, la prison pour dettes. Il n’abandonne pas : il rejoint avec les Béjart une troupe itinérante en province. Ce sont des années d’apprentissage, sous la protection du prince de Conti, gouverneur du Languedoc.

Molière commence à écrire pour la compagnie des farces, puis des comédies (l’Étourdi, 1654 ; le Dépit amoureux, 1656). Mais le prince de Conti, devenu dévot, retire son appui aux comédiens. La troupe quitte le Midi de la France pour Rouen puis Paris, où Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi.

En 1658, la troupe débute devant la Cour. Le bon accueil fait à ses premières comédies lui permet d’obtenir de partager la salle du Palais-Royal avec les comédiens-italiens. Molière, qui s’estime un temps doué pour la tragédie, y interprète des tragédies de Corneille, sans succès. La gloire survient cependant dès 1659 avec le succès triomphal des Précieuses ridicules : pour la première fois, Molière fait éditer son texte (pour couper court à des éditions pirates).

1.2. UN AUTEUR-ACTEUR CÉLÈBRE ET CONTESTÉ

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Ingres, Louis XIV et Molière déjeunant à Versailles

Dès lors, les créations se succèdent à un rythme soutenu, sous la protection de Louis XIV : Molière deviendra en 1664 le fournisseur des fêtes de la Cour, associant le plus souvent comédie, musique et ballets. Mais ses audaces d’auteur qui entend aussi « corriger les mœurs par le rire » donnent lieu à de violentes querelles.

À propos de l’École des femmes (1662) qui fait scandale, on lui reproche à la fois de jouer de plaisanteries faciles et d’équivoques, et de mettre sur le théâtre comique des sujets trop graves (l’éducation morale et religieuse des femmes). Par la Critique de l’École des femmes et l’Impromptu de Versailles (1663), il ridiculise ses détracteurs et ses rivaux, obtenant le soutien et les compliments du roi.

La bataille du Tartuffe (1664-1669), où il met en scène les méfaits d’une dévotion hypocrite et fanatique, est plus violente : interdite par la justice à la demande de représentants de l’Église, la reprise de la pièce n’est autorisée que cinq ans après sa création.

Dom Juan (1665) est un succès sans lendemain. Mettant en scène un « libertin », c’est-à-dire un homme libre de mœurs et de pensée, l’œuvre ne sera jamais rejouée du vivant de l’auteur et le texte sera édité seulement après sa mort, dans une version expurgée.

En moyenne, sur commande royale, ou pour faire vivre sa troupe (qui joue également des textes d’autres auteurs, comme Corneille dont il reste l’ami et Racine avec lequel il se brouille), Molière compose et met en scène deux pièces par an : des comédies à grand spectacle telles que le Bourgeois gentilhomme (1670), des comédies où la peinture de l’être humain donne une profondeur nouvelle au genre comique (Le Misanthrope, 1666 ; l’Avare, 1668), des farces (les Fourberies de Scapin, 1671) ou des comédies satiriques (Les Femmes savantes, 1672).

Sa vie privée a souffert d’une telle activité d’auteur, de chef de troupe et de comédien, parfois en conflit avec d’autres artistes comme le compositeur Lully, l’un de ses rivaux auprès du roi. Il avait été l’amant de Madeleine Béjart, dont il épouse la fille en 1662 ; Armande est de 20 ans plus jeune que lui et ses ennemis affirment que, ce faisant, il épouse sa propre fille, ce qui est une calomnie sans fondement. Le ménage ne semble pas avoir été des plus heureux. Il a donné naissance à trois enfants, dont, seule, une fille, Esprit-Madeleine (1665-1723), n’est pas morte dans sa première année.

1.3. UNE MORT À L’ISSUE D’UNE REPRÉSENTATION

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Molière, le Malade imaginaire

À partir de 1666, la santé de Molière s’altère gravement. Il continue ses spectacles malgré la progression de la maladie. Le bruit de sa mort se répand à Paris à plusieurs reprises. Le 17 février 1673, lors de la quatrième représentation du Malade imaginaire, sa nouvelle et ultime pièce où il se moque des médecins et de l’engouement démesuré de son personnage pour la médecine, un malaise le saisit sur scène. Transporté chez lui, rue de Richelieu, il meurt dans la soirée.

Les comédiens n’ont pas droit à une inhumation religieuse. Mais, sur intervention de Louis XIV, son corps a droit à un enterrement opéré de nuit et sans « service solennel », au cimetière Saint-Joseph.

Molière laisse une troupe, celle de l’hôtel de Guénégaud, qui est devenue la plus réputée de Paris, et où des comédiens de grand talent ont trouvé l’occasion de se former et de s’affirmer. Sept ans après la mort de Molière, en 1680, le roi ordonne la réunion de cette troupe avec celle de l’Hôtel de Bourgogne pour fonder la Comédie-Française.

 

 UNE EXISTENCE VOUÉE AU THÉÂTRE

2.1. MOLIÈRE AUTEUR

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Molière, Œuvres

À la différence de Corneille et de Racine, Molière écrit ses pièces en praticien du théâtre. Il conçoit ses histoires et ses répliques pour lui-même et pour des acteurs qu’il connaît et qu’il va diriger. Tout en étant un véritable écrivain, maître des subtilités du langage et créateur de formules, il pense – plus qu’un poète travaillant dans la solitude de son bureau – à la façon dont les répliques seront dites par les comédiens et au jeu qui accompagnera la diction du texte.

De fait, Molière n’a écrit que du théâtre, à l’exception des préfaces qui précèdent l’édition de certaines de ses pièces, de son Remerciement au roi (1663) et de son hommage au peintre Mignard, la Gloire du Val-de-Grâce (1667). C’est un acteur-auteur comme l’était Shakespeare avant lui.

Il est l’auteur, selon la nomenclature en usage, de 2 farces, 22 comédies, 7 comédies-ballet, 1 tragédie-ballet, 1 « comédie pastorale héroïque » et 1 « comédie héroïque ». Dom Garcie de Navarre, en 1661, l’une de ses très rares tentatives dans le genre sérieux fut un échec.

Il a écrit tantôt en vers, tantôt en prose. Les acteurs d’alors préféraient les vers, plus faciles à retenir. Mais écrire en alexandrins demande un travail de plus longue haleine. Quand il était pressé, Molière écrivait en prose, comme pour ses farces, pour Dom Juan ou l’Avare.

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Molière dans le rôle d’Arnolphe

Qu’il soit rimé ou en prose, son style a naturellement évolué d’année en année, et sa conception de la comédie également. Sans perdre le goût des pitreries venu de la contemplation des bateleurs qu’il voyait dans son enfance, Molière a peu à peu intégré des préoccupations personnelles, des plaidoyers pour la liberté de ceux qui s’aiment et des questions philosophiques, tout en revendiquant le souci de la vérité, « Il faut peindre d’après nature ». En même temps, sa satire se focalisait sur le milieu mondain et intellectuel, les ambitieux, les médecins et les faux prêcheurs de vertu.

Molière est-il alors devenu, au fil des années, un auteur plus tragique que comique ? C’était le point de vue d’Alfred de Musset qui, dans son poème Une soirée perdue (1850), admire chez lui « une mâle gaîté, si triste et si profonde que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer ». Mais cet avis porte la marque des années du romantisme, où l’on aime à privilégier une vision noire de l’Histoire et de la vie. Jusque dans sa dernière pièce, le Malade imaginaire, Molière défia l’esprit de sérieux par la bouffonnerie et la satire, fidèle à la mission qu’il définissait ainsi dans la Critique de l’École des femmes : « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens ».

2.2. MOLIÈRE ACTEUR

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Molière en habit de Sganarelle

Comme acteur, il était un interprète exceptionnel. Il a joué les grands rôles qu’il avait conçus pour lui : Harpagon (l’Avare), Alceste (le Misanthrope), Dom Juan… Il a été un incomparable acteur de comédies mais il a aussi joué des tragédies.

De nombreux témoignages et travaux d’historiens rendent compte de son talent de bête de scène. Lorsqu’il joue Mascarille dans les Précieuses ridicules, il « entre en piste, clown au masque rubicond sous la monstrueuse perruque couronnée du minuscule chapeau décrit par Mademoiselle Des Jardins, engoncé dans ses flots de rubans et sa tuyauterie de canons, glapissant dans sa chaise, secoué par ses porteurs, littéralement versé sur la scène, il roule, se redresse, se trémousse, fait le brouhaha sur la scène et dans la salle » (Molière, une vie, Alfred Simon, 1987).

  

  1. LES FORMES DE THÉÂTRE CHEZ MOLIÈRE

3.1. LA FARCE ET LA COMÉDIE

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Molière, le Médecin malgré lui

La farce est une forme qui exagère et simplifie la nature des personnages et l’action, pour provoquer un rire immédiat. Molière connaissait à la fois les farces des bateleurs qu’il voyait sur le Pont-Neuf, à Paris, dans son enfance, celles des comédiens italiens jouant à Paris et celles qu’avaient laissées les auteurs de l’Antiquité, en particulier les farces de l’auteur latin Plaute.

C’est ainsi qu’il commença par des farces : l’Étourdile Dépit amoureux. Comme le genre de la farce exige une action courte et rapide, il est passé ensuite au genre de la comédie, plus étoffé, où l’action et la psychologie font l’objet de développements longs et subtils.

Mais Molière a utilisé des gags et des situations de farces à l’intérieur de ses pièces plus ambitieuses, comme l’Avare, pièce truffée d’exagérations comiques. Pour le plaisir de revenir au rire populaire, il est souvent retourné à la belle simplification de la farce, comme lorsqu’il écrivit le Médecin malgré lui et les Fourberies de Scapin, alors même qu’il était pour beaucoup l’auteur comique mais grave du Misanthrope.

On peut distinguer plusieurs types de comédie dans le répertoire moliéresque, parfois mis en œuvre dans une même pièce ; le Misanthrope, par exemple, est à la fois une comédie de mœurs et une comédie de caractère, l’Avare également.

3.2. LA COMÉDIE SATIRIQUE

L’une des caractéristiques du comique, c’est de se moquer des contemporains, des gens parmi lesquels on vit. Un peu à la manière d’un journaliste pamphlétaire, Molière a raillé un certain nombre de corps sociaux, religieux et mondains.

Le corps social que Molière a le plus violemment attaqué est celui des médecins : leur mise en cause comique a lieu dans de nombreuses pièces, du le Médecin malgré lui au Malade imaginaire, la dernière pièce de Molière. Même à l’intéreur de Dom Juan, il s’en prend aux disciples d’Esculape.

Il critique aussi toute une frange du milieu religieux, les « faux dévots », qu’il dénonce violemment à travers le personnage du roué Tartuffe ; cette audace lui coûtera cher, la pièce sera interdite par trois fois.

Enfin, Molière est un satiriste du milieu mondain, qu’il ridiculise dans les Précieuses ridicules et les Femmes savantes et lorsqu’il prend pour cible les aristocrates impudents, notamment dans George Dandin.

3.3.. LA COMÉDIE MYTHOLOGIQUE

Lorsqu’il s’inspire d’un sujet traité par un auteur de l’Antiquité, comme c’est le cas pour l’Avare tiré d’une comédie de Plaute, Molière transpose l’action dans son temps.

Mais, exceptionnellement, il garde le contexte antique quand il écrit Amphitryon. C’est donc une comédie mythologique, de la même façon que les tragédies de Racine et de Corneille sont des tragédies antiques. Cette œuvre n’a pas d’équivalent parmi les autres pièces de Molière. Elle fait référence à un épisode des légendes grecques et ne s’adresse pas à un public large, mais à un public cultivé.

3.4. LA COMÉDIE-BALLET

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Molière, le Bourgeois gentilhomme : la cérémonie turque

La comédie-ballet, dont la forme annonce l’opéra par ses parties chantées et dansées, a pour principe d’alterner des scènes chorégraphiées et des scènes dialoguées. Elle s’est développée quand les divertissements royaux se sont multipliés à Versailles et dans d’autres châteaux. Le roi Louis XIV et la Cour étaient très friands de ces spectacles qui reposaient sur une idée de théâtre total – utilisant tous les langages du spectacle – et déployaient un grand faste dans l’utilisation des décors et des machineries.

Molière a souvent répondu aux commandes qui lui étaient faites par le roi. Les Fâcheuxles Plaisirs de l’île enchantéela Princesse d’Élideles Amants magnifiques sont des comédies-ballets dont les textes ne nous importent plus beaucoup aujourd’hui, à l’inverse de Monsieur de Pourceaugnacle Bourgeois gentilhomme et Malade imaginaire.

Ces trois dernières pièces sont parfois représentées sans leurs intermèdes musicaux mais elles ont été conçues sous cette forme qui mêle l’action théâtrale et les tableaux faits de chants et de danses. Pour toutes ces œuvres, Molière collaborait avec un musicien, tel que Lully ou Marc-Antoine Charpentier.

Le genre de la comédie-ballet mettait généralement en scène les épisodes et les héros de la mythologie et des pastorales. Molière a su à la fois utiliser des thèmes antiques et imposer des sujets contemporains…

3.5. LA COMÉDIE DU THÉÂTRE

Délaissant la fiction, Molière s’est amusé par deux fois à répondre à ses détracteurs sous la forme d’une comédie sur le théâtre. La première fois, ce fut avec la Critique de l’École des femmes, où il représente des spectateurs hostiles à sa pièce l’École des femmes qui discutent avec des spectateurs favorables.

La seconde fois, ce fut avec l’Impromptu de Versailles, où il se met lui-même en scène en train de diriger ses propres acteurs. Il donne à voir ainsi le théâtre et son public, mais, derrière la réaction à un événement d’actualité et la volonté de répondre aux polémiques, s’affirme aussi un discours théorique et esthétique, exprimant les points de vue de l’auteur sur l’art dramatique.

3.6. LA COMÉDIE DE MŒURS

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Molière, les Femmes savantes

La comédie de mœurs vise à dépeindre la façon dont les hommes vivent en société. Molière est l’un des grands maîtres de la comédie de mœurs, avec des angles d’attaque différents, puisqu’il passe du registre satirique au tableau proprement social.

Dans les Précieuses ridicules, c’est à la satire d’un phénomène de mode que l’auteur s’attache avant tout. Dans l’École des femmesTartuffeLe MisanthropeGeorge Dandinles Femmes savantes le comique a toujours un caractère de moquerie relatif aux travers de l’époque mais il s’élargit à l’examen du milieu social.

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Molière, le Tartuffe

Ce sont surtout la famille et la question du mariage qu’embrasse le regard de Molière : il montre comment les enfants subissent la loi des parents (essentiellement du père), comment les relations avec l’argent, les rapports entre les époux et le désir de s’inscrire dans un courant à la mode ou dans un mouvement religieux modifient la vie du groupe, quels sont les place et rôle des domestiques dans la vie de la maison et comment l’union conjugale est parfois traitée autant comme une affaire financière que comme une question d’harmonie amoureuse.

Molière représente aussi le décalage entre les classes sociales : la tentative de passer dans la classe supérieure, de la bourgeoisie à l’aristocratie se traduit le plus souvent par un comportement ridicule et voué à l’échec.

Chez Molière, la notion de mœurs est liée à la notion de morale : en raillant les défauts de ses contemporains, il en appelle à la raison et à un comportement qui mettrait fin aux folies et aux lubies. Dans cette perspective, les personnages dont le comportement est condamnable sont souvent ridiculisés ou punis dans l’une des dernières scènes de la pièce.

3.7. LA COMÉDIE DE CARACTÈRES

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Molière, l’Avare

Au-delà de la représentation du contexte social et de l’époque dans laquelle il s’inscrit, il y a l’individu et sa psychologie. La comédie de caractère cherche à mettre en évidence un type humain qui a une valeur universelle, et même éternelle, puisque les mêmes natures d’homme et de femme traversent les siècles.

C’est une des grandes idées du xviie siècle français que de reprendre cette peinture du caractère, telle qu’elle avait été ébauchée dans l’Antiquité (chez les auteurs grecs puis dans la comédie latine) et d’en faire l’un des grands thèmes de la littérature et du théâtre.

Les Caractères de Jean de La Bruyère, ouvrage postérieur au théâtre de Molière, accomplit parfaitement cette composition d’une galerie de portraits où des types humains (l’égoïste, l’amoureux, le cupide…) sont saisis à travers leurs traits essentiels.

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Molière, le Misanthrope

Molière, avant lui, a dépeint un certain nombre de personnages représentatifs des diverses façons d’être et de penser : Tartuffe est l’exemple même de l’ambitieux pratiquant le double langage pour arriver à ses fins. Alceste, le misanthrope, est l’homme qui n’aime pas les autres hommes et exècre la société. M. Jourdain, le « bourgeois gentilhomme », est, ce qu’on appellerait aujourd’hui, un nouveau riche, qui croit, naïvement, qu’on peut changer de statut social avec le pouvoir de son argent. Harpagon, le personnage central de l’Avare, est le parangon de ces êtres qui sacrifient tout au plaisir de posséder et qu’on appelait aussi, au xviie s., des « avaricieux ». Argan, le « malade imaginaire », incarne à la perfection une configuration psychologique, celle de l’homme chez qui la hantise de la maladie et de la mort fait disparaître la perception de la réalité.

Ce sont essentiellement des types masculins que Molière a composé, à côté de quelques types féminins : la femme séductrice et coquette, à travers le personnage de Célimène dans le Misanthrope, les servantes généreuses et batailleuses telles que Dorine dans Tartuffe et Toinette dans le Malade imaginaire

3.8. LA COMÉDIE PHILOSOPHIQUE

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Molière, frontispice de Dom Juan

Molière n’a pas écrit, à proprement parler, du théâtre philosophique. Mais cette dimension existe dans certaines de ses pièces. Adversaire d’une forme de fanatisme religieux, tel qu’il se montre avec prudence dans Tartuffe (où il dénonce les « faux dévots » et non les dévots), il s’interroge parfois sur la mort et sur la condition humaine.

De ce point de vue, Dom Juan est sa seule véritable comédie philosophique. Dom Juan y incarne le dédain d’une pensée religieuse et consolatrice, Sganarelle la défense d’une attitude religieuse représentée comme une forme de superstition. On peut voir là – mais une autre interprétation est possible, la pièce s’achevant sur la mort du séducteur – une préférence affirmée pour les thèses des « libertins » qui ne croyaient pas à l’existence de Dieu.

3.9. LE GENRE SÉRIEUX

Molière est essentiellement un écrivain comique, un auteur de comédies. Mais il a écrit quelques pièces relevant du genre sérieux. Il a composé une « comédie héroïque », Don Garcie de Navarre ou le Prince jaloux, qui fut un échec. Et également une « comédie pastorale héroïque », Mélicerte, et une « tragédie ballet », Psyché. Il s’est le plus souvent montré peu à l’aise et moins convaincant dans ce registre « héroïque » où s’illustrait brillamment son ami Corneille.

 

 

  1. CHRONOLOGIE DES PIÈCES PRINCIPALES DE MOLIÈRE

1659 : les Précieuses ridicules, comédie.

1662 : l’École des femmes, comédie.

1663 : la Critique de l’École des femmes, comédie.

1663 : l’Impromptu de Versailles, comédie.

1664-1669 : Tartuffe, comédie.

1665 : Dom Juan, comédie.

1666 : le Misanthrope, comédie.

1666 : le Médecin malgré lui, comédie.

1668 : Amphitryon, comédie.

1668 : George Dandin, comédie.

1668 : l’Avare, comédie.

1669 : Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet.

1670 : le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet.

1671 : les Fourberies de Scapin, comédie.

1671 : les Femmes savantes, comédie.

1673 : le Malade imaginaire, comédie mêlée de musique et de danse.

 

 

  1. LES PERSONNAGES DE MOLIÈRE

5.1. LES BOURGEOIS

La classe des bourgeois est la classe sociale la plus représentée et analysée par Molière. Et c’est dans la cellule familiale bourgeoise que Molière prend les événements qui l’intéressent : les questions de mariage, de l’autorité du père, des relations entre époux, du désir d’indépendance des enfants.

Pris par son activité d’artiste, marié mais n’ayant eu qu’un seul enfant qui ne soit pas mort peu de temps après la naissance, Molière ne semble pas avoir eu une vie bourgeoise, mais c’est de ce milieu-là qu’il vient : un milieu où l’on a des biens, où le souci de l’argent a tendance à prendre le pas sur l’amour.

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Molière, l’École des femmes, acte V, scène III

Molière a peint toute une galerie de bourgeois différents : Tartuffe, devenu naïf sous l’emprise d’une fascination, Alceste, (le Misanthrope) écartelé entre l’amour et la solitude, Harpagon (l’Avare), dévoré par sa passion de l’argent, Chrysale (les Femmes savantes), défenseur du rôle domestique de la femme, Monsieur Jourdain (le Bourgeois gentilhomme), type du nouveau riche qui voudrait accéder à la classe sociale supérieure. Arnolphe (l’École des femmes ) présente l’originalité d’être situé hors contexte : c’est un solitaire qui veut façonner une jeune fille selon ses désirs.

Les personnages d’épouses ont souvent moins d’épaisseur. Si Philaminte (les Femmes savantes) représente singulièrement une précieuse très active et en conflit avec son mari ; si Béline (le Malade imaginaire) est une intrigante, les autres épouses, Elmire (Tartuffe), Madame Jourdain (le Bourgeois gentilhomme), sont des femmes raisonnables qui défendent la solidité et les valeurs de la famille contre les extravagances de leur conjoint.

Quant aux jeunes gens, ils attirent la sympathie mais ils manquent de personnalité. Ils sont presque interchangeables d’une pièce à l’autre.

5.2. LES NOBLES

Dom Juan donne une image flatteuse d’un aristocrate, mais la pièce ne parle pas exactement de la réalité sociale. C’est une variation sur un sujet déjà traité par un auteur espagnol. Le personnage est plus mythique qu’inscrit dans la réalité du xviie siècle.

Vis-à-vis des nobles de son temps, Molière est le plus fréquemment sévère et même cruel. Il a personnellement beaucoup souffert de leur arrogance et de leur suffisance. Il les ridiculise dans la Critique de l’École des femmes et dans l’Impromptu de Versailles. Il se venge une fois encore de tous les courtisans appartenant à l’aristocratie à travers les deux personnages de « petits marquis » dans le Misanthrope et des odieux de Sotenville dans George Dandin. Enfin, Dorante, le noble dans le Bourgeois gentilhomme, est un malhonnête homme, empruntant de l’argent qu’il ne rembourse pas.

5.3. LES SERVITEURS

Les domestiques sont, chez Molière, des personnages aussi importants pour l’action que pour les effets comiques. Ils viennent autant de l’image qu’ont donnée d’eux les farces latine et italienne que de la réalité de tous les jours.

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Molière, les Femmes savantes

Les serviteurs masculins, héritiers d’Arlequin, sont, comme Scapin, malhonnêtes (ou, tout au moins, rusés), fréquemment profiteurs et alcooliques, mais fidèles à leur maître et d’une imagination si efficace qu’elle débrouille les situations les plus compliquées. Molière a progressivement humanisé ce type de personnage, en passant de Mascarille, le rusé, à Sganarelle qui représente par moments les souffrances des gens du peuple.

Pour les servantes, Molière a fait encore davantage éclater les cadres de la tradition. Les servantes sont la voix de la raison et la voix de Molière lui-même. Leur bonhomie, leur culot, leur langue bien pendue, la saveur de leur langage, leur absence de crainte face aux maîtres, leur défense des enfants arrivés à l’âge du mariage, tout fait d’elles des héroïnes dont les défauts – elles ne savent pas rester à leur place – se transforment immédiatement en qualités. Dorine (Tartuffe), Martine (les Femmes savantes) et Toinette (le Malade imaginaire) incarnent un bon sens populaire sans lequel Molière manquerait d’un instrument de mesure pour juger l’évolution de la société et les travers de ses héros.

5.4. LES PAYSANS

Les paysans apparaissent rarement, sauf quand Molière a besoin de personnages dotés d’accents provinciaux, comme Pierrot dans Dom Juan. George Dandin, le paysan enrichi qui a eu le malheur d’épouser une aristocrate, reste une exception. Mais cette pièce, George Dandin, traduit peut-être plus un désir de Molière de s’en prendre aux nobles qu’un intérêt profond pour la paysannerie.

 

 

  1. LES PROCÉDÉS COMIQUES CHEZ MOLIÈRE

En grand auteur, Molière varie les procédés comiques, qui lui permettent d’obtenir le rire le plus simple comme le rire le plus subtil.

6.1. LE COMIQUE DE GESTE

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Molière, les Fourberies de Scapin

Le comique de geste est essentiel dans la farce mais aussi dans les différentes formes de comédie. Par les mimiques, l’accoutrement, les déplacements, les mouvements de la tête et des bras qui caractérisent un personnage ou expriment une intention non exprimée par la parole, l’acteur amplifie la drôlerie de l’action.

Formé dès la jeunesse par les farces qu’il voyait sur la place publique et sensible au talent expressif des acteurs italiens, Molière était lui-même un comédien qui utilisait tous les ressorts de la gestuelle comique. Les gestes sont primordiaux dans des pièces comme la première farce de l’auteur, la Jalousie du barbouillé, où il y a des gags et des chutes comme, bien plus tard, en usera le cinéma burlesque, de même que dans les Fourberies de Scapin, où le valet frappe le vieux Géronte qu’il a fait entrer dans un sac ou dans le Médecin malgré lui, où Sganarelle, pris pour un médecin, multiplie les interventions incorrectes et déplacées.

6.2. LE COMIQUE DE SITUATION

Comme Molière affectionne la rapidité des actions, il a beaucoup employé ce type de comique.

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Molière, Amphitryon : Sosie

Il repose sur des rencontres entre les personnages et sur des événements qui introduisent une nouveauté, une surprise ou un choc suscitant le rire. Il dépend généralement plus de l’imprévu et du mouvement que du texte. Parfois, Molière abuse des retournements de situation comme à la fin de l’Avare, où des personnages se retrouvent et se reconnaissent des années après un naufrage et un enlèvement, mais ce n’est pas là véritablement un procédé comique, plutôt une facilité pour terminer rapidement une pièce qu’il faut monter dans l’urgence.

Le comique de situation est particulièrement efficace, par exemple, dans les Précieuses ridicules lorsque Mascarille et son ami Jodelet se font passer pour de « beaux esprits » et trompent les prétentieuses provinciales, avant de se faire rosser par leurs maîtres. Il prend aussi souvent la forme du quiproquo, quand un personnage est pris pour un autre, comme dans Amphitryon, où Jupiter est confondu avec le général Amphitryon et le dieu Mercure avec le valet Sosie. Il est aussi mis en place dans Tartuffe quand l’épouse d’Orgon, Elmire, déclare à l’imposteur qu’elle est prête à se donner à lui, alors que son mari est caché sous la table.

6.3. LE COMIQUE DE MOTS

Le comique de mots est essentiel chez Molière. Il commence dès la création du nom des personnages : l’usage était alors d’employer des noms à consonance grecque, latine ou italienne, et Molière respecte cette coutume mais introduit parfois aussi des noms qui évoquent le type de personnage qu’il crée : Tartuffe, Harpagon, Trissotin, Pourceaugnac par exemple.

Il se développe dans les répliques où l’auteur recourt à certaines tournures verbales comme les jeux de mots, « Bélise : Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ? Martine : Qui parle d’offenser grand-père ni grand-mère ? », dans les Femmes savantes, ou bien « Ce Monsieur Loyal porte un air bien déloyal » dans le Misanthrope.

Source de comique, le latin de fantaisie qu’il prête aux médecins dans le Médecin malgré lui et dans le Malade imaginaire. De même que l’opposition du langage populaire et du langage savant (dans la scène des paysans dans Dom Juan), ou bien dans les dialogues entre précieux et gens simples dans les Précieuses ridicules et les Femmes savantes), ainsi que la répétition martelée d’une même réplique (« Qu’allait-il faire dans cette galère ? » dans les Fourberies de Scapin)…

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Molière, Monsieur de Pourceaugnac

Dans son utilisation de la langue, Molière a une double pratique. D’un côté, la simplicité des mots met en relief la sagesse populaire : « Et je vous verrais nu du haut jusques en bas / Que toute votre peau ne me tenterait pas » dit Dorine dans Tartuffe, ou, au contraire, souligne le caractère fruste ou imbécile d’un personnage : « Je vis de bonne soupe et non de beau langage  », dit Chrysale dans les Femmes savantes. D’un autre côté, des phrases très construites, mettent en place la rhétorique des idées et des raisonnements.

Molière vise la clarté de l’expression et l’efficacité du comique pour construire un théâtre du vrai et du naturel, mis au service d’une morale. Dans l’un des textes envoyés au roi pour obtenir la levée de l’interdiction de Tartuffe, il écrivait :  « Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, j’ai cru, que, dans l’emploi où je me trouve, je n’avais rien de mieux à faire que d’attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle », le mot « ridicule » devant être compris dans le sens « qui suscite le rire ».

Chez Molière, le sens de la comédie, même quand il passe par les gags ou la violence de la satire, est toujours empreint de cette noblesse d’âme.

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Jean-Baptiste_Poquelin_dit_Moli%C3%A8re/133609

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Le Dieu de Dostoïevski

Le Dieu de Dostoïevski

Marguerite Souchon

Lyon, Première Parie, 2021. 156 pages.

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Résumé :

Fiodor Dostoïevski se décrivait comme « un enfant du siècle, un enfant de l’incroyance et du doute » pourtant ses ouvrages, peuplées d’anges et de démons, d’innocents et de pécheurs sont tous le théâtre du combat entre Dieu et le diable. Souvent qualifiée comme métaphysiques, son œuvre  littéraire révèle un auteur obsédé par la question du libre-arbitre et de l’existence de Dieu. Dans cet ouvrage accessible à tout lecteur curieux de découvrir la personnalité profonde du grand romancier russe, Marguerite Souchon dresse une sorte de biographie spirituelle et intellectuelle de Dostoïevski. Elle reprend les grands évènements marquants de sa vie et plonge le lecteur dans l’œuvre  de l’auteur russe pour y déceler les traces de cette quête spirituelle. Une sortie à l´occasion des deux cents ans de la naissance de l´auteur russe, Dostoïevski.

 

« Le Dieu de Dostoïevski » : l’écrivain et le Christ russe

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TOBOLSK, TYUMEN REGION, RUSSIA – OCTOBER 19, 2016: A Fyodor Dostoyevsky statue by the Peter and Paul Church in Tobolsk. Vladimir Smirnov/TASS (Photo by Vladimir SmirnovTASS via Getty Images)

 

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Fiodor Dostoïevski, un petit livre teinté d’humour et de légèreté offre une plongée passionnante dans son christianisme.

Le 30 octobre 1821, il y a exactement deux siècles, naissait à Moscou l’un des géants de la littérature russe, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski. Son œuvre monumentale a de quoi impressionner : des romans aussi épais que des dictionnaires, dans lesquels des personnages souvent extravagants dissertent à n’en plus finir sur le libre arbitre et l’existence de Dieu. À côté de L’Idiot ou de Crime et Châtiment, le petit livre de Marguerite Souchon, écrit d’une plume enlevée d’où jaillissent volontiers des traits d’humour, a plutôt des airs de fascicules. Avec Le Dieu de Dostoïevski, cette jeune agrégée de russe enseignant en classes prépa, à Lyon, réussit le tour de force de s’adresser à la fois aux novices et aux lecteurs plus chevronnés du romancier, leur proposant de creuser un thème pour le moins central dans son œuvre : sa foi chrétienne orthodoxe.

Il s’agit tout d’abord de remettre les choses dans leur contexte, et Marguerite Souchon le fait avec pédagogie. « Aux yeux de Dostoïevski, écrit-elle, son siècle est l’histoire d’une radicalisation progressive de l’opposition au régime (tsariste, NDLR), génération par génération : aux libéraux rêveurs des premières années succédèrent des socialistes prêts à moins de compromis, et finalement des révolutionnaires qui voulaient carrément envoyer promener toute la monarchie de droit divin. »

Redécouverte du Christ au bagne

Après des premiers romans à la fibre sociale marquée, la fréquentation des cercles socialistes conduit le jeune Dostoïevski tout droit en Sibérie. C’est là, au bagne, qu’il redécouvre le peuple russe et le Christ, et conclut à la nécessité de la foi. À son retour à Saint-Pétersbourg, presque quadragénaire, Dostoïevski constate que le socialisme de sa jeunesse s’est définitivement coupé de Dieu. L’athéisme devient à ses yeux la plus grande des menaces civilisationnelles, « source de maux nouveaux et destructeurs en Russie ».

Ses personnages les plus flamboyants sont pourtant des nihilistes athées, prompts à discourir selon un arsenal argumentatif « redoutable » face à des croyants défendant leur foi avec moins de verve. « Tout chez lui est combat et dualité », insiste Marguerite Souchon, soulignant l’omniprésence du doute dans l’itinéraire spirituel de Dostoïevski. « C’est par le creuset du doute qu’a passé mon hosanna », lit-on dans Les Frères Karamazov.

Analyse d’une grande finesse

Le duel du diable et de Dieu, la souffrance des innocents, la folie comme signe divin, la solidarité dans le péché : tous ces motifs métaphysiques, éminemment dostoïevskiens, font l’objet d’une analyse d’une grande finesse. Si celle-ci s’enracine dans une solide connaissance de la biographie du romancier, elle s’appuie surtout sur son œuvre. Marguerite Souchon en scrute certaines pages avec passion, jusqu’à revenir au russe original pour mieux comparer les traductions.

Dostoïevski se tenait à distance de la hiérarchie de l’Église orthodoxe ; les personnages de prêtres sont d’ailleurs rares dans ses romans. Mais il critiqua surtout l’Église catholique, estimant qu’elle avait « perdu le Christ » et la rendant responsable de la naissance du socialisme. Bien que n’étant pas un slavophile nationaliste, il jugeait l’orthodoxie indissociable de l’avenir de la Russie : son pays lui semblait appelé à une « mission rédemptrice pour l’humanité », par l’avènement d’une « fraternité universelle ». Ces pages consacrées au « Christ russe » closent un ouvrage dense mais jamais indigeste, enthousiasmante invitation à se (re) plonger dans la prose du génie russe.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Le-Dieu-Dostoievski-lecrivain-Christ-russe-2021-10-27-1201182510

 

 

FÉDOR DOSTOÏEVSKI

Biographie

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Fédor Dostoïevski

Écrivain russe, Fédor Mikhailovitch Dostoïevski est né le 30 octobre 1821. Les circonstances de sa venue au monde constituent, à elles seules, un symbole. Il naît à Moscou, dans un petit logement de l’hôpital Marie, où son père exerce les fonctions de médecin. Dès les premiers pas de l’enfant, le destin lui assigne, de la sorte, une place de choix parmi les pauvres et les éclopés. Devant lui s’ouvre un univers sans joie, qui sent les médicaments, la misère et la soupe de caserne. Sa mère est une personne triste et inquiète, tourmentée par des présages. Son père, despote en chambre, hargneux, avare et brutal, impose son autorité à la maisonnée par des distributions d’injures et de claques. C’est sous sa surveillance que le petit Fedor doit entreprendre ses études. Il déteste et il plaint en secret cet homme dont les éclats de voix le poursuivent dans ses rêves. Il souhaite inconsciemment la mort du tyran. Mais Dieu ne l’a pas entendu. C’est sa mère, si douce, qui s’en va la première, épuisée par un mal incurable. Frappé de désespoir, le veuf sombre dans l’ivrognerie, prend son travail en dégoût et décide de placer son fils à l’École des ingénieurs, à Saint-Pétersbourg, pour n’avoir plus à s’occuper de lui. Dans cet établissement sévère, voué au culte des sciences exactes et de la discipline militaire à la mode prussienne, le garçon trouve le moyen pourtant de se passionner pour la littérature, de dévorer des livres russes et français en cachette, et de s’essayer lui-même au métier d’écrivain.

 

Il n’a pas encore dix-huit ans, quand une nouvelle effrayante ébranle sa raison. Le major, qui s’est retiré dans son domaine de Daravoïé, vient d’être assassiné, après de longues tortures, par un groupe de paysans que ses extravagances ont poussés à bout. Le jeune Dostoïevski a l’impression que, de ce crime, il est le seul responsable, bien que d’autres l’aient commis à sa place. N’a-t-il pas désiré ce qui s’est accompli ? N’a-t-il pas, sinon levé la main, du moins formé la pensée ? Il suffit d’un acquiescement tacite, d’un imperceptible retrait de l’affection et, déjà, nous sommes complices. Ébloui par cette révélation, il s’engage dans une région où les actes ne dépendent plus de leur auteur, où les innocents selon les lois terrestres sont condamnés selon d’autres lois indéfinissables, inexplicables, où chacun est coupable de la misère de tous, où les sentiments tiennent lieu de preuves, où deux fois deux ne font plus quatre, où le mystère prévaut contre l’évidence…

 

Fedor Dostoïevski a vingt ans, il est pauvre, solitaire, timide. Il vient d’achever ses études, habite un appartement modeste à Saint-Pétersbourg, et travaille, pour vivre, à des traductions d’Eugénie Grandet et de Don Carlos. Mais ces besognes secondaires ne l’empêchent pas d’écrire également un roman par lettres, qu’il intitule Les Pauvres Gens. Ce roman, il se décide enfin à le confier au poète Nekrassov. Deux jours plus tard, vers quatre heures du matin, Dostoïevski rentre chez lui après avoir soupé avec un camarade et s’apprête à se mettre au lit, quand un coup de sonnette glace le sang dans ses veines. Il ouvre la porte. Nekrassov se jette dans ses bras. « C’est génial ! » crie-t-il. Et il promet de porter le manuscrit au redoutable critique Belinski. Celui-ci prend connaissance du texte et confirme le jugement de son devancier. Ayant convoqué l’auteur, il lui déclare gravement: « Comprenez-vous seulement, jeune homme, ce que vous avez écrit là ? » Dostoïevski chancelle de joie en descendant l’escalier du maître. Maintenant, il est sûr de sa réussite. Gloire et fortune l’attendent dans un proche avenir. En effet, la publication du livre suscite l’enthousiasme d’un grand nombre de lecteurs.

 

Grisé par les compliments, Dostoïevski veut exploiter sa chance et donne, coup sur coup, plusieurs récits, qu’il croit supérieurs aux Pauvres Gens, mais qui déçoivent son entourage. Les critiques, qui l’ont d’abord encensé, lui reprochent à présent d’imiter Gogol. Le public ne le suit plus. Dans les salons littéraires, on le plaisante sur sa laideur et sa maladresse. Belinski lui-même se détourne de son protégé et semble confesser tristement son erreur. Cette désaffection unanime, succédant à un accueil chaleureux, précipite Dostoïevski dans le doute. Il n’ose plus se montrer à ses confrères. Des angoisses le saisissent à la tombée de la nuit. Pour s’évader de sa solitude, il fréquente un groupe de camarades aux idées libérales. On se réunit clandestinement chez un dénommé Petrachevski, pour flétrir l’absolutisme de Nicolas Ier, rêver à l’abolition du servage et étudier la Déclaration des droits de l’homme en buvant du thé fort et en fumant la pipe.

Le 22 avril 1849, à quatre heures du matin, Dostoïevski rentre de chez Petrachevski et se couche, fatigué par une longue séance de bavardages. Un coup de sonnette le dresse sur son lit. Est-ce l’aventure merveilleuse de Nekrassov qui recommence ? Hélas ! cette fois-ci, il n’y a pas de poète derrière la porte, mais des gendarmes bourrus: « Levez-vous ! Habillez-vous ! Par ordre ! » Arrêté, enfermé dans un cachot de la forteresse Pierre-et-Paul, il se refuse à croire que le fait d’avoir pris part à quelques discussions politiques constitue un crime dont il ait à répondre devant les tribunaux. On va le relâcher après une brève enquête. Pendant huit mois, il croupit dans une cellule, en espérant, de jour en jour, sa libération.

Enfin, le 22 décembre 1849 à six heures du matin, tous les membres du « complot » de Petrachevski sont tirés de prison et hissés dans des voitures aux vitres brouillées de givre. On les amène sous escorte sur la grande place Semionovski, blanche de neige. Une foule nombreuse s’est assemblée pour les voir arriver. Au centre de l’espace libre, une estrade. Plus loin, trois piquets de bois fichés en terre. Un prêtre conduit les prisonniers vers la plate-forme. L’auditeur impérial déplie un papier et lit la sentence. Après chaque nom, une phrase sèche, tranchante: « Condamné à la peine de mort ! » « Ce n’est pas possible qu’on nous fusille ! » gémit Dostoïevski. Mais, déjà, les bourreaux s’approchent des jeunes gens et leur passent des camisoles blanches, en toile de sac, à manches longues et à capuchons. Les trois premiers condamnés sont attachés aux poteaux d’exécution. Un peloton de soldats les met en joue. « Et si je ne mourais pas, écrira Dostoïevski en évoquant cette seconde d’angoisse, si la vie m’était rendue ? Oh ! alors je changerais chaque minute en siècle… je tiendrais compte de tous les instants pour n’en dépenser aucun à la légère ! »

Comme les soldats ne tirent toujours pas, Petrachevski soulève le capuchon qui lui masque les yeux. À ce moment un aide de camp agite un mouchoir blanc. Les clairons sonnent la retraite. Et l’auditeur, de sa même voix monotone, annonce que les coupables ont été graciés par l’empereur. La condamnation à mort est remplacée par la condamnation aux travaux forcés, pour quatre ans, en Sibérie. Dostoïevski, rompu par l’émotion, se laisse ramener dans sa cellule. De là, il écrit cette lettre admirable: « Je ne suis pas abattu, je n’ai pas perdu courage. La vie est partout la vie. la vie est en nous et non dans le monde qui nous entoure. Près de moi seront des hommes, et être un homme parmi les hommes et le demeurer toujours, quelles que soient les circonstances […] voilà le véritable sens de la vie… »

Le 24 décembre, dans la nuit de Noël, des fers de cinq kilos sont rivés aux chevilles de Dostoïevski et un traîneau l’emporte à destination du bagne sibérien. Pendant quatre ans, mille cinq cents piquets de chêne borneront son horizon. Il vivra là, parmi des assassins, des voleurs et des brutes de toutes sortes. Comme eux, il portera l’uniforme d’infamie, gris et noir, avec un as de carreau jaune cousu dans le dos. Il partagera leur sommeil dans la chambrée nauséabonde, leurs repas maigres, leurs tâches épuisantes. Il subira des crises d’épilepsie, qui l’étourdiront pour plusieurs jours.

Cependant, une foi tenace lui interdit de succomber au désespoir et à la maladie. L’expérience du bagne lui semble même riche d’enseignement. Une double révélation lui est réservée dans cet enfer. La révélation du peuple russe, qu’il apprend à connaître en fréquentant des réprouvés, et la révélation de Dieu, car l’Évangile est le seul livre dont la lecture lui soit permise.

Bien des années plus tard, un détracteur lui demandera avec irritation: « Qui vous donne le droit de parler au nom du peuple russe ? » D’un geste brusque, Dostoïevski relèvera le bas de son pantalon sur ses chevilles encore marquées par les fers: « Voici mon droit », dira-t-il. Ces fers, quand ils tombent de ses pieds, Dostoïevski les considère avec une stupeur attendrie. Après tant de contraintes, saura-t-il seulement retrouver l’usage, le goût de l’indépendance ? Sans protection, sans amis, sans foyer, il est d’abord, conformément à la sentence impériale, incorporé comme soldat de ligne dans un régiment de tirailleurs sibériens, à Semipalatinsk. Là, il découvre ce prodige: de vraies maisons, des hommes libres, des femmes… Il a un tel besoin de se livrer entièrement à un être, qu’il s’éprend d’une créature bizarre, tuberculeuse, et qui ne l’aime pas, Marie Dmitrievna Issaïev. Elle a eu un fils d’un premier mariage. Elle est sans ressources. Pour la sauver de la misère, il l’épouse. Mais l’émotion que lui procure le sacrifice est trop forte: sa nuit de noces s’achève en crise d’épilepsie. Il se roule sur le plancher, la bave à la bouche, les yeux fous, devant la jeune femme terrorisée. Puis, ayant repris ses sens, il lui demande pardon humblement de lui avoir imposé le spectacle de sa déchéance. Il guérira. Il gagnera de l’argent. Ensemble, ils iront habiter la capitale. Nicolas Ier, qui l’a envoyé au bagne, est mort. Son successeur, Alexandre II, passe pour un homme éclairé et sensible. Il ne refusera pas d’examiner avec bienveillance la demande en grâce que Dostoïevski lui a depuis longtemps adressée. Encore quelques mois de patience !

Les mois s’additionnent en années. C’est seulement le 25 novembre 1859 que Dostoïevski, d’abord transféré à Tver, reçoit l’autorisation de rentrer à Saint-Pétersbourg, avec sa femme. Dix ans se sont écoulés depuis le jour où il a quitté cette ville, les chaînes aux pieds. Pendant son exil, ses amis se sont dispersés, son nom est tombé dans l’oubli. Courageusement il reprend la lutte et publie Stepantchikovo et ses habitants (1859), Humiliés et Offensés ( 1861 ), puis Souvenirs de la maison des morts (1861), où son expérience de forçat est décrite avec un réalisme farouche. Ce cri de détresse trouble l’apathie des masses, émeut le tsar lui-même et vaut à son auteur un regain de notoriété. Il croit la partie gagnée, donne encore un livre admirable: Mémoires écrits dans un souterrain (1864), fonde une revue dont il est pratiquement l’unique rédacteur.

Mais la malchance est tenace. Coup sur coup, il perd sa femme et son frère Michel, qu’il aimait tendrement. Les dettes des deux familles pèsent sur ses épaules. Il se défend contre les créanciers, emprunte à droite pour rembourser à gauche, et fournit de la copie, à tant la ligne, jusqu’à l’épuisement. Pourtant, au plus profond de son désarroi, il continue d’admirer la nécessité des malheurs qui l’accablent: « Ah ! mon ami, écrit-il, je retournerais bien volontiers au bagne pour un même nombre d’années, si je pouvais ainsi payer mes dettes et me sentir libre à nouveau… Et, cependant, il me semble toujours que je me prépare à vivre. C’est risible, n’est-ce pas, la vitalité d’un chat ! »

Cette « vitalité de chat » lui donne l’audace d’épouser, à quarante-six ans, une jeune fille de vingt et un ans, sage, terne et docile, Anna Grigorievna, sa sténographe. Entre-temps, il a encore publié Crime et Châtiment et Le Joueur. La vente de ses livres est bonne, mais ne suffit pas à le libérer de ses engagements. Bientôt, devant l’exigence des créanciers, le jeune couple est obligé de fuir la Russie.

Ils traînent de ville en ville: Dresde, Hambourg, Baden-Baden, Genève, Vevey, Florence, logent dans des galetas, mangent mal, signent des traites, déposent au mont-de-piété leurs bijoux sans valeur et jusqu’à leurs habits. Un enfant naît. Dostoïevski, encore une fois, n’a pas droit au bonheur commun: la fillette meurt au bout de quelques jours. Le désespoir de l’écrivain est proche de la démence.

Mais à l’étranger, personne ne prend garde à lui, personne ne l’aime. Il est seul, perdu, sans argent. Il écrit des lettres honteuses pour supplier ses amis, ses éditeurs, de lui envoyer quelques subsides. Les employés de banque connaissent bien ce drôle de bonhomme, barbu, blafard, aux vêtements fanés, qui s’accroche à leur guichet et les questionne d’une voix humble. N’ont-ils rien reçu pour lui de Russie ? Dès qu’il a touché un chèque, il retrouve du goût à la vie. Il supplie sa femme de le laisser tenter sa chance dans une maison de jeu. Elle accepte, avec tristesse, car elle sait combien cette diversion lui est salutaire. Alors, il court, le cœur  battant, les jambes molles, vers les salles dorées d’un casino. Fasciné par le tapis vert, il joue, il transpire d’angoisse. Et, quand il a tout perdu, il rentre au domicile conjugal et demande pardon à genoux. « Anna, écrit-il à sa femme, excuse-moi, ne me traite pas de canaille. J’ai commis un crime, j’ai perdu tout jusqu’au dernier pfennig. J’ai reçu l’argent hier, et hier même je l’ai perdu. Annette, comment pourras-tu me regarder en face ?  » Les crises d’épilepsie le reprennent. Il tient un compte précis de ces secousses fulgurantes, qui le jettent au sol, les membres tordus, la bouche gonflée d’écume. Il note dans son calepin:  » Crise violente… Attaque à six heures du matin… Le soir surtout, à la lueur des bougies, une tristesse maladive. Un reflet rouge sur tous les objets. »

C’est le soir pourtant, à la lueur des bougies, qu’il travaille. Il noircit des pages comme un forcené, pour payer la sage-femme, le docteur, le boulanger, le boucher, le propriétaire. Anna Grigorievna met au monde un deuxième enfant, une fillette. Les dépenses augmentent. Dostoïevski s’efforce d’oublier provisoirement ses soucis pour ne pas faillir dans la nouvelle tâche qu’il a entreprise. « La première partie me paraît un peu faible, écrit-il, mais rien n’est encore perdu… Le roman s’appelle L’Idiot. » Et encore: « Il n’y a au monde qu’une seule figure positivement admirable, le Christ. Dans la littérature chrétienne, parmi les personnes admirables, le plus réussi est Don Quichotte. Mais il n’est admirable que parce qu’il est en même temps comique…Chez moi rien de semblable, absolument rien, et c’est pourquoi je redoute un échec sans recours. »

 L’Idiot est mal accueilli par la presse russe. « Mon amour-propre est en jeu, déclare Dostoïevski. Je veux de nouveau attirer sur moi l’attention du public. » Et, sans désemparer, il se jette dans un autre récit, parmi d’autres personnages. Cette fois, il s’agit d’un roman court, L’Eternel Mari. L’éditeur a prévu une avance par contrat, mais tarde à réaliser sa promesse et Dostoïevski se désole: « Comment puis-je écrire en ce moment ? Je déambule de long en large, je m’arrache les cheveux, et, la nuit, je ne peux dormir ! Je réfléchis à mon dénuement et j’enrage ! Et j’attends ! Oh Dieu, je vous jure, je vous jure qu’il m’est impossible de vous décrire en détail ma misère actuelle ! J’en ai honte… Et, après ça, on me demande des effets artistiques, de la limpidité, de la poésie sans efforts, sans emballements, et on me cite Tourgueniev et Gontcharov en exemple ! Qu’ils regardent donc dans quelles conditions je travaille ! »

L’argent arrive, le manuscrit, empaqueté, ficelé, s’achemine de Dresde vers la Russie, et Dostoïevski se tourne aussitôt vers un nouveau projet de roman, Les Possédés. « La chose que j’écris est tendancieuse, avoue-t-il dans une lettre du 6 avril 1870. Ah ! ils glapiront contre moi, les nihilistes et les Occidentaux ! Ils me traiteront de rétrograde ! Mais, que le diable les emporte, je dirai toute ma pensée. »

Et encore: « Me croirez-vous ? je sais parfaitement que si j’avais deux ou trois ans devant moi, comme c’est le cas de Tourgueniev, de Gontcharov ou de Tolstoï, j’écrirais, moi aussi, une oeuvre dont on parlerait cent ans plus tard ! » À minuit passé, lorsque tout le monde repose dans la maison, Dostoïevski, assis devant son papier et sa tasse de thé froid, suscite autour de lui un univers de cauchemar. Ses héros sont des révolutionnaires, prêts à rejeter les règles de la morale et de la religion pour transformer la Russie en une fourmilière disciplinée.

Enfin, le roman est achevé, l’éditeur envoie les mille roubles qu’on lui réclame, et Anna Grigorievna prépare les valises. À cinquante ans, vieilli par la maladie, le travail et les privations, Dostoïevski rentre à Saint- Pétersbourg avec sa femme. Ses livres, écrits loin de la patrie, lui ont valu la première place parmi les romanciers russes. Pour le public, il est devenu un guide spirituel, que ses souffrances passées autorisent à parler au nom du pays tout entier. Assuré d’une sympathie unanime, il rédige et édite son Journal d’un écrivain, où il prend position en nationaliste et en chrétien orthodoxe devant les plus graves problèmes de l’époque. Ce labeur de géant ne l’empêche pas de publier encore deux romans: L’Adolescent et Les Frères Karamazov, qu’il considère comme son chef-d’oeuvre.

Il ne se trompe pas. Tous ses grands thèmes se retrouvent dans ce maître livre. En l’ouvrant, le lecteur pénètre dans un univers touffu où le fantastique et le réel se confondent. Les fantômes qui hantent ces régions crépusculaires ne se préoccupent ni de manger, ni de dormir. S’ils ferment les yeux pour se reposer, un rêve immédiatement les visite. De page en page, reviennent des expressions telles que:  » Il se sentit fiévreux… sa lèvre inférieure tremblait… il frissonna… ses dents claquaient… son visage se contractait… » L’argent ? On ne sait pas s’ils en ont, ni comment, au juste, ils le gagnent. Leur logis, on ne le connaît guère. Leurs vêtements, on n’en parle jamais. Leur visage même est à peine décrit. C’est que tout leur être se réduit à une lutte spirituelle. Ce qu’ils recherchent, à travers mille soubresauts, ce n’est pas une position meilleure dans le monde, mais la position idéale devant Dieu. Le vicomte de Vogüé écrivait: « Dans le peuple innombrable inventé par Dostoïevski, je ne connais pas un individu que M. Charcot ne pût réclamer à quelque titre. » Les critiques russes de l’époque traitaient Dostoïevski de « talent cruel ». Le docteur Tchij, grand spécialiste dostoïevskien, estimait que, pour un quart au moins, les personnages de Dostoïevski étaient des névropathes. Il en comptait six dans Crime et Châtiment, deux dans Les Frères Karamazov, six dans Les Possédés, quatre dans L’Idiot, quatre dans L’Adolescent.

En effet, au premier abord, il ne semble pas que nous ayons quoi que ce soit de commun avec ces vagabonds, ces anarchistes, ces demi-saints, ces parricides, ces ivrognes, ces épileptiques et ces hystériques. Nous ne les avons jamais rencontrés. Notre comportement habituel diffère totalement du leur. Et, cependant, ils nous sont mystérieusement familiers. Nous les comprenons. Nous les aimons. Enfin, nous nous reconnaissons en eux. Comment expliquer la sympathie que nous éprouvons à leur égard, puisqu’ils sont des cas pathologiques et que nous sommes, en principe des individus normaux? Qui pourrait prétendre que Dostoïevski, s’il s’était cantonné dans l’étude des aliénés et des alcooliques, aurait attiré à lui des masses toujours grossies de lecteurs ? La vérité est que les fous de Dostoïevski ne sont pas aussi fous qu’ils le paraissent. Seulement, ils sont ce que nous n’osons pas être. Ils font, ils disent ce que nous n’osons ni faire, ni dire. Ils offrent à la lumière du jour ce que nous enfouissons dans les ténèbres de l’inconscience. Ils sont nous-mêmes, observés de l’intérieur. Grâce à cette méthode de prises de vues, ce qui est le plus proche de l’opérateur, c’est ce qui est le plus profondément caché en nous; ce qui est le plus éloigné de lui, la chair, le vêtement, le geste quotidien, le décor. La mise au point de la photographie se fait sur notre monde intime, alors que le monde extérieur demeure flou comme dans un songe.

Si Dostoïevski cède parfois à la tentation de coller une étiquette médicale sur les créatures, c’est pour justifier leur conduite extravagante, leurs propos inspirés, devant un lecteur épris de logique. Ils ne sont pas malades, puisqu’ils n’ont pas de corps. Ou plutôt, leur corps n’est que pensée. Quiconque l’a compris lira Dostoïevski en oubliant le caractère clinique de ses héros pour ne considérer que le combat spirituel dont ils sont les champions désincarnés et infatigables.

Toutefois, si les personnages de Dostoïevski ne sont pas véritablement des déséquilibrés, c’est parce qu’il a été un déséquilibré lui-même qu’il a su les concevoir et les animer avec tant de précision. Ses crises d’épilepsie le jettent, de son propre aveu, dans de terribles délices. Au paroxysme de la tension nerveuse, il subit la mort en pleine vie, il entre en contact avec l’envers du monde, il comprend l’incompréhensible. Puis, après le dernier spasme, il retombe sur terre, ébloui, écoeuré. Cette faculté de planer pendant quelques secondes, pendant quelques minutes, au-dessus de la condition humaine, lui permet d’affirmer l’existence d’une zone intermédiaire, qui n’est ni la réalité, ni le songe. À ce degré d’exaltation, la personnalité se dédouble, la pensée est reine, la chair n’a plus de poids, plus de force, plus de valeur. Pas de nuances dans cette clarté surnaturelle. Pour Dostoïevski comme pour ses héros, le bonheur c’est l’extase, le malheur l’anéantissement. Comme lui, chacun pourrait dire: « Toute ma vie durant, je n’ai fait que pousser à l’extrême ce que vous n’osiez pousser vous-même qu’à moitié. » De lâcheté en crime, de joie en douleur, ils marchent, titubants, sur la route qui les mène à Dieu. Leur sérénité ne commencera qu’à la fin du livre.

Le succès des Frères Karamazov porte la gloire de Dostoïevski à son apogée. On l’admire à l’égal de Tourgueniev et de Tolstoï. On croit en lui plus qu’en ses deux illustres rivaux.

Le 8 juin 1880, pour le centième anniversaire de la naissance de Pouchkine, il est convié à prendre la parole, au cercle de la noblesse, à Moscou. Du haut de la tribune, il prononce d’une voix enrouée, tendue, un discours qui soulève des clameurs d’enthousiasme. Des jeunes filles le couvrent de fleurs et lui baisent les mains. Un étudiant s’évanouit à ses pieds. Dostoïevski croit rêver. Il a payé ses dettes. Il vit heureux, dans une maison confortable, aux côtés d’une femme aimée. Des milliers d’inconnus le lisent et le comprennent. Il a vaincu le destin par sa seule patience. « Permettez-moi de ne pas vous faire mes adieux, écrit-il à un ami. Vous savez bien que j’ai l’intention de vivre et d’écrire encore pendant vingt ans. » Quelques mois plus tard, le 28 janvier 1881, il succombe à Saint-Pétersbourg d’une hémorragie.

La Russie entière prend le deuil de cet homme longtemps méconnu. Son cercueil s’achemine vers la tombe sous une forêt de bannières. Des princes, des prêtres, des ouvriers, des officiers, des mendiants, lui font une escorte solennelle à travers la ville. Devant la fosse ouverte, des écrivains réconciliés lui promettent la renommée des martyrs. Après leur départ, le cimetière enneigé retombe dans le silence, et la vraie vie de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski commence, hors du temps, hors de l’espace, dans le coeur de ceux qui l’ont aimé.

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AUTOMNE, EMILE VERHAEREN (1855-1916), LE VENT, LE VENT, EMILE VERHAEREN, LITTERATURE, LITTERATURE FRANCOPHONE, POEMES, POESIES

Le vent, Emile Verhaeren

Le vent

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Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre ;
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds, battant les bourgs ;
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies
Grincent ;
Aux citernes des fermes.
Les seaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort, dans leurs mélancolies.

Le vent rafle, le long de l’eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre ;
Le vent mord, dans les branches,
Des nids d’oiseaux ;
Le vent râpe du fer
Et peigne, au loin, les avalanches,
Rageusement du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Dans les étables lamentables,
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitres et de papier.
– Le vent sauvage de Novembre ! –
Sur sa butte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d’éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Les vieux chaumes, à cropetons,
Autour de leurs clochers d’église.
Sont ébranlés sur leurs bâtons ;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent, comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.

Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
L’avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes,
Criant de froid, soufflant d’ahan,
L’avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes ;
L’avez-vous vu, cette nuit-là,
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n’en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient, comme des bêtes,
Sous la tempête ?

Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant Novembre.

 

 

Émile VERHAEREN
1855 – 1916

ECRIVAIN LIBANAIS, KHALIL GIBRAN (1883-1931), LE PROPHETE, LITTERATURE, LITTERATURE LIBANAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MEDITATIONS, SPIRITUALITE

Le prophète de Khalil Gibran

Le Prophète

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Le livre

Le Prophète (en anglais : The Prophet) est un livre du poète libanais Gibran Khalil Gibran (1883-1931) publié en 1923 en anglais et qui est devenu un immense succès international traduit dans plus de quarante langues. L’ouvrage combine les sources orientales et occidentales du mysticisme et présente sous une forme poétique questions et réponses sur les thèmes les plus divers posées à un sage qui s’apprête à quitter la ville d’Orphalese où il habitait.

Un ouvrage écrit dans une langue limpide où se multiplie au fil des questions de ses intorlocuteurs des images évocatrices et fortes : à travers l’enseignement d’Al-Mustafa se dessinent quelques-uns des multiples interrogations de l’expérience humaine. Rien n’échappe à la leçon du Sage : amour, joie, liberté, douleur, connaissance de soi, beauté, couple, passion, mort… La vie la plus intime, comme les problèmes les plus quotidien. C’est un hymne à la vie et à l’épanouissement de soi et c’est pourquoi cet écrit fut populaire dans les années où le New âge s’imoposa auprès d’une population en quête de spiritualit. Le Prophète s’impose désormais comme l’un des textes cultes du XXème siècle.

« Je ne connais pas d’autre exemple, dans l’histoire de la littérature, d’un livre qui ait acquis une telle notoriété, qui soit devenu une petite bible pour d’innombrables lecteurs, et qui continue cependant à circuler en marge, comme sous le manteau, sous des dizaines de millions de manteaux, comme si Gibran était toujours un écrivain secret, un écrivain honteux, un écrivain maudit » Amin Maalouf

Le genre littéraire adopté rappelle Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, même si le contenu du livre en est très différent.

Traductions

Le prophète a été publié et traduit de nombreuses fois, par différents éditeurs, du format poche jusqu’au tirage de luxe.

Le texte original (en anglais) a été traduit à plusieurs reprises en français (dès 1926 par Madeline Mason-Manheim. Parmi les plus courantes, on trouve les traductions de : Anne Wade Minkowski, Marc de Smedt, Camille Aboussouan.

Khalil Gibran (1883-1931)

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Gibran Khalil Gibran (جبران خليل جبران) est un poète et peintre libanais.

Gibran est né de la fille d’un prêtre de rite maronite. Les prêtres qui rendent visite régulièrement à sa famille lui apprennent la langue arabe et ainsi que la langue syriaque aussi bien que l’étude de la Bible.

Le père de Gibran travaille d’abord comme apothicaire, mais, avec la dette de jeu qu’il est incapable de payer, il se met au service d’un administrateur ottoman. Il est incarcéré sur des allégations de détournement de fonds, et les biens de sa famille sont confisqués par les autorités. Privée de logement, Kamlé, la mère de Gibran, décide de rejoindre son frère aux États-Unis.

La famille Gibran s’installe dans le South End de Boston, à l’époque la deuxième plus grande communauté Syrie/Liban-américaine aux États-Unis. Gibran est placé dans une classe spéciale pour les immigrants par l’administration de son école pour mieux apprendre l’anglais. Gibran est aussi inscrit dans une école d’art.

Mais la mère de Gibran, ainsi que son frère aîné, Boutros, veulent l’imprégner de son patrimoine culturel d’origine, ainsi, à quinze ans, Gibran est renvoyé dans son pays natal pour étudier à l’école préparatoire et à l’institut d’enseignement supérieur à Beyrouth gérés par les maronites. Il y reste pendant plusieurs années avant de retourner à Boston en 1902, arrivant sur Ellis Island.

Gibran tient sa première exposition de ses dessins en 1904 à Boston. En 1908, Gibran va étudier l’art avec Auguste Rodin à Paris pour deux ans. Tandis que la plupart de ses premiers écrits sont en arabe (La Musique, Les Ailes brisées, Les Nymphes des vallées, Les Tempêtes...), la majeure partie de son travail après 1918 a été écrite et publiée en anglais.

L’ouvrage le plus connu de Gibran s’intitule Le Prophète, un livre composé de vingt-six textes poétiques. Le livre est devenu particulièrement populaire pendant les années 1960 dans le courant de la contre-culture et les mouvements New Age.

BIOGRAPHIES, FRANCOIS ANGELIER, GEOGES BERNANOS, LA COLERE ET LA GRÂCE, GEORGES BERNANOS, GEORGES BERNANOS (1888-1948), LITTERATURE, LITTERATURE CHRETIENNE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, NOUVELLE BIOGRAPHIE DE GEORGES BERNANOS

Nouvelle biographie de Georges Bernanos

Georges Bernanos – La colère et la grâce

François Angelier

Paris, Le Seuil, 2021. 576 pages

 

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“Georges Bernanos fut, de 1926 où il fit se lever le Soleil de Satan sur la France des années folles à l’ultime Dialogue des Carmélites en 1948, un romancier de la sainteté et de l’enfance autant qu’un écrivain de combat. De L’Action française à L’Intransigeant, il emboucha la presse comme une trompette de l’Apocalypse, et ses innombrables articles se confrontèrent sans répit à la ploutocratie démocratique et à la bien-pensance bourgeoise. Son engagement, mené seul au nom du Christ pauvre et de la vocation religieuse de la France de Jeanne d’Arc et de Péguy, le conduisit du tableau d’honneur des Camelots du roi aux rangs de la France libre. Véritable lanceur d’alertes politiques, il donna aussi l’assaut à l’Europe fasciste comme aux États-empires de la guerre froide et à leurs contingents d’hommes-machines. Monarchiste et catholique, nourri de Drumont et de Balzac, de Bloy
et d’Hello, celui qui déclarait en 1935 :  » le bon Dieu ne m’a pas mis une plume entre les mains pour rigoler « , a vécu sans filet ni garde-fou, dans la main de Dieu. Père d’une famille chimérique, accompagné d’une élite d’amis fervents, il mena, entre la Picardie, Majorque, la Provence
et le Brésil, une vie d’errance et d’écriture, de clameurs et d’espérance. C’est cette vie que nous entreprenons de raconteur”.
F. A.

 

L’auteur

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François Angelier est producteur à France Culture de la fameuse émission Mauvais Genres et collaborateur du Monde des Livres. Passionné par les expériences spirituelles les plus radicales et les figures atypiques, il a publié plusieurs ouvrages et articles sur les francs-tireurs du catholicisme de plume : Hello, Huysmans, Claudel, Louis Massignon, Simone Weil et Léon Bloy (au Seuil : Bloy
ou la fureur du juste
, 2015).

JOHN LE CARRE (1931-2020), JOHN LE CARRE, MAITRE DU ROMAN D'RSPIONNAGE, LITTERATURE, LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRES, ROMANS

John le Carré, maître du roman d’espionnage

John le Carré (1931-2020)

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Biographie

John le Carré, de son vrai nom David John Moore Cornwell, est un romancier britannique.

Il a étudié à l’université de Berne en Suisse de 1948 à 1949 et à l’université d’Oxford au Royaume-Uni, puis enseigna quelque temps au collège d’Eton avant de rejoindre le Foreign Office pendant cinq ans. Il a été recruté par le MI6 alors qu’il était en poste à Hambourg, il écrivit son premier roman « L’Appel du mort » (« Call for the Dead« ) en 1961, étant toujours en service actif. Sa carrière au sein du service de renseignement britannique prit fin après que sa couverture fut compromise par un agent double, Kim Philby, œuvrant pour le KGB.

Durant les années 1960, il a commencé à écrire des romans sous le pseudonyme de John Le Carré. Son troisième roman « L’espion qui venait du froid » (« The Spy who Came in from the Cold », 1963) est devenu un best-seller international et demeure l’une de ses œuvres les plus connues, adaptée au cinéma en 1965 avec Richard Burton dans le rôle principal. Il a obtenu le Prix Edgar Allan Poe – Meilleur roman 1965.

En vingt-trois livres, Le Carré est devenu le maître incontesté du roman d’espionnage british. Il est l’auteur de nombreux romans se déroulant dans le contexte de la Guerre froide. Le Carré a trouvé, après la fin de la Guerre froide, à élargir son inspiration vers des sujets plus contemporains. Dix de ses romans ont été adaptés au cinéma et deux autres en série TV : « Le Directeur de nuit » (« The Night Manager« , 2016) et « La petite fille au tambour » (« The Little Drummer Girl », 2018).

En 2017, John le Carré publie un nouveau polar, « L’Héritage des espions » (« A Legacy of Spies« ). Cet ouvrage est la suite de « L’Espion qui venait du froid ».

Son fils Nicholas Cornwell (1972) est un écrivain de science-fiction et de fantasy, connu sous le pseudonyme de Nick Harkaway.

Depuis « La Maison Russie » (« The Russia House« , 1989), ses ouvrages sont traduits en français « à quatre mains » par l’ancienne chanteuse de jazz Mimi Perrin (1926-2010), qui fonda le groupe vocal les Double-Six, et sa fille, Isabelle.

site officiel : https://www.johnlecarre.com/

Six romans à lire !

Le maître du roman d’espionnage a écrit 25 livres, dont beaucoup ont été adaptés sur grand écran. Ancien agent secret britannique, John le Carré écrivait en connaissance de cause, créant des personnages loin du glamour de James Bond. Voici six de ses romans les plus acclamés.

 « L’espion qui venait du froid » (1963)

Le troisième roman de John le Carré, écrit alors que le jeune David Cornwell (son vrai nom) travaillait encore pour les services secrets britannique, a rencontré instantanément le succès. Grand roman de la guerre froide, il raconte comment Alec Leamas, un agent britannique du MI6 approchant de la retraite, est incité à traverser le Mur séparant Berlin-Est de Berlin-Ouest, pour une dernière mission. Pour l’adaptation au cinéma du livre en 1965, Richard Burton endossa le rôle principal.

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La couverture du livre de John Le Carré « L’espion qui venait du froid » 

 

« La Taupe » (1974)

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Il s’agit d’une chasse aux taupes dans les couloirs du « Cirque« , comme John le Carré surnommait le service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni (MI6). Ce roman fait partie d’une trilogie des années 1970: le héros timide du romancier, George Smiley, y déjoue les pièges de son rival soviétique, Karla. Le roman a été adapté à la télévision, avec Alec Guinness pour incarner Smiley, et au cinéma en 2011, avec une distribution de stars comprenant Gary Oldman, Colin Firth, John Hurt et Benedict Cumberbatch. Le dictionnaire Oxford a crédité John le Carré de la paternité du mot « taupe » parmi de nombreux autres termes d’espionnage.

« La petite fille au tambour » (1983)

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John le Carré surprend et captive en consacrant ce roman au conflit israélo-palestinien: un chef espion israélien manipule Charlie, une belle actrice anglaise radicale, et la persuade de se faire agent double pour attirer un terroriste palestinien. En 1984, film a donné lieu à un long métrage, mal accueilli, avec Diane Keaton dans le rôle titre. Le Sud-Coréen Park Chan-wook en a tiré une mini-série en 2018.

« Un pur espion » (1986)

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Retourné par un maître espion charismatique tchèque, Magnus Pym est un agent double britannique en fuite du MI6. L’action alterne présent et passé, servie par un choix de personnages extraordinaires, dont le père de Pym, inspiré du propre père escroc de John le Carré. « Écrire Un pur espion est probablement ce qu’un psy très sage m’aurait conseillé de faire », écrira plus tard l’auteur.

 

« Le Directeur de nuit » (1993)

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À la recherche d’un nouveau thème après la fin de la guerre froide (1945-1989), John le Carré imagine cette fois une mission secrète destinée à faire tomber un trafiquant d’armes britannique. Le roman a été adapté en mini-série télévisée en 2016, avec Tom Hiddleston dans le rôle de l’ancien soldat britannique Jonathan Pine, et Hugh Laurie pour incarner la cible : Richard Onslow Roper, « le pire homme au monde ».

« La constance du jardinier » (2011)

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Ce thriller captivant, situé au Kenya, dépeint en particulier les machinations des multinationales du secteur pharmaceutique. En 2005, dans une adaptation au cinéma, Ralph Fiennes a incarné le diplomate britannique enquêtant sur la mort de sa femme. Rachel Weisz a remporté un Oscar pour son rôle d’épouse militante au destin tragique.

CLAUDE VIGEE (1921-2020), ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, POETE FRANÇAIS

CLAUDE VIGEE (1921-2020)

CLAUDE VIGEE

L’EAU DES SOMBRES ABYSSES

PAR CLAUDE VIGEE

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Evy, si tu m’entends encore là-bas, où tu n’es plus,
sache que tout me manque de toi, ton corps, tes yeux, ta voix
et ta
vive présence,
mais sache aussi que je tente de faire ce que tu m’avais dit
quelques semaines à peine avant de t’en aller dans le noir:

Quand je serai partie, tu finiras ton livre,
tu en commenceras d’autres, si Dieu t’en donnes envie,
car du puits secret de la vie jaillit la neuve poésie,

et souvent répond le génie à l’appel muet du destin.
Si je l’entends là-bas, j’en aurai du plaisir;
mais quand viendra l’instant de glisser dans la nuit,
laisse-moi doucement, sans cris, sans mots, partir:
chacun de nous doit boire seul l’eau des sombres abysses.

Extrait de: 

 2008, Mon heure sur la terre: Poésies complètes 1936-2008

CLAUDE VIGEE (1921-2020)claude-vigee-une-vigie-disparait-1505468257



Claude Vigée, né Claude Strauss le 3 janvier 1921 à Bischwiller est un poète français. Claude Vigée est issu d’une famille juive alsacienne et passe son enfance en Alsace. Chassé par la guerre, il séjourne quelque temps (1940-1942) à Toulouse puis se réfugie aux États-Unis au début de 1943. Il y poursuit des études de littérature et devient professeur de littérature française.

En 1960, il s’installe en Israël où il occupe le poste de professeur de littérature française et comparée à l’université de Jérusalem jusqu’à sa retraite en 1984.

Poète, traducteur, essayiste, Claude Vigée compose depuis 50 ans des œuvres empreintes d’une grande spiritualité et d’une grande générosité. Ses travaux ont été récompensés par de nombreux prix littéraires français et étrangers.

Pacifique, Claude Vigée a participé à une anthologie de poèmes pacifistes dans laquelle a paru un poème sur la guerre du Liban, La voix des jeunes soldats morts1. Il a toujours travaillé en faveur de la paix entre les cultures.

En 2007, création de l’Association des Amis de l’Œuvre de Claude Vigée. Site de l’association. En 2008, ses poèmes complets sont publiés aux éditions Galaade (édition de Jean-Yves Masson, préface de Michèle Finck, introduction, biobibliographie et notes d’Anne Mounic) sous le titre Mon heure sur la terre, titre tiré de l’un de ses poèmes. Ce volume aussitôt réimprimé est salué par la Bourse Goncourt de la Poésie.

Les poèmes les plus récents de Claude Vigée sont pour la plupart des poèmes de deuil, écrits depuis le décès de son épouse, Evy, disparue en janvier 2007. Elle a accompagné de sa vigilante et tendre bienveillance tout le parcours du poète.

Claude Vigée,  » Vie j’ai  » nous a quitté le 02 octobre 2020, à 99 ans.

BIRAGO DIOP (1906-1989), ECRIVAIN AFRICAIN, LES MORTS NE SONT PAS SOUS LA TERRE, LITTERATURE, POEME, POEMES, POETE AFRICAIN

Les morts ne sont pas sous la Terre

Les Morts ne sont pas sous la Terre

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Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent le buisson en sanglots :
C’est le souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’arbre qui frémit,
Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l’eau qui coule,
Ils sont dans l’eau qui dort,
Ils sont dans la case, ils sont dans la foule 

Les morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’Eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglots :
C’est le souffle des ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la terre
Qui ne sont pas morts.

 

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le sein de la femme,
Ils sont dans l’enfant qui vagit
Et dans le tison qui s’enflamme.
Les morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le feu qui s’éteint,
Ils sont dans les herbes qui pleurent,
Ils sont dans le rocher qui geint,
Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,
Les morts ne sont pas morts.

 

Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglots,
C’est le souffle des ancêtres.

 

Il redit chaque jour le pacte,
Le grand pacte qui lie,
Qui lie à la loi notre sort,
Aux actes des Souffles plus forts
Le sort de nos morts qui ne sont pas morts,
Le lourd pacte qui nous lie à la vie.
La lourde loi qui nous lie aux actes
Des souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du fleuve,
Des souffles qui se meuvent
Dans le rocher qui geint et dans l’herbe qui pleure.
Des souffles qui demeurent
Dans l’ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’arbre qui frémit, dans le bois qui gémit
Et dans l’eau qui coule et dans l’eau qui dort,
Des souffles plus forts qui ont pris
Le souffle des morts qui ne sont pas morts,
Des morts qui ne sont pas partis,
Des morts qui ne sont plus sous la terre.

 

Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglots,
C’est le souffle des ancêtres.

 

Birago Diop – Le souffle des ancêtres, recueil leurres et lueurs 1960

BIRAGO DIOP (1906-1989)

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Biographie :

Ecrivain et poète de la négritude, d’origine sénégalaise, Birago DIOP est surtout connu pour avoir mis par écrit de nombreux contes traditionnels appartenant à la littérature orale africaine.

Léopold Sédar Senghor admirait également cette mise par écrit de contes que Birago Diop « rénove […] en les traduisant en français, avec un art qui, respectueux du génie de la langue française — cette « langue de gentillesse et d’honnêteté » —, conserve, en même temps, toutes les vertus des langues négro-africaines. »

LITTERATURE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, ROMANS, SOCIOLOGIE, SPIRITUALITE

Lectures été 2020

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Lectures d’été en 2020

 

BAZIN, Réné. – Charles de Foucauld au Maroc, ermite au Sahara. Paris,  Nouvelle Cité, 2003. 543 pages.

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En écrivant cette biographie de Charles de Foucauld en 1921, l’auteur révélait au grand public une figure encore assez peu connue, même si certains milieux vantaient déjà sa science et sa foi missionnaire. L’auteur a fait un véritable travail d’enquête sur les lieux de la vie du Frère Charles. Convaincu qu’il était en présence d’un saint, il s’est contenté de tracer l’itinéraire de sa vie et de le faire parler. Ce livre qui fut un best-seller à sa sortie (200 000 exemplaires) reste une œuvre  majeure et un document fondamental pour mieux connaître l’ermite du Sahara, d’autant plus que la canonisation de Charles de Foucauld est proche.

 

BECK,  Béatrix. – Léon Morin, prêtre. – Paris, Gallimard, 1972. 215 pages.

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Un roman sorti en 1952 et qui a obtenu – peu le savent – le prix Goncourt cette même année. Le récit passionnant de la rencontre d’un prêtre intelligent et charismatique avec une jeune femme agnostique et rebelle. Une histoire adaptée au cinéma par Jean-Pierre Melville en 1961 (avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle titre) puis dans le film sous le titre  « La Confession ». Comme souvent, le livre est encore bien mieux que le film

 

 

 

BENSON, Robert Hugh. – Le Maître de la terre : la crise des derniers temps. – Paris, Téqui, 1993. 420 pages.

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Un roman visionnaire, pourtant écrit en 1907. Une réflexion très actuelle sur les inévitables dérives d’un monde qui veut se construire sans Dieu.

« J’ai l’idée d’un livre si vaste que je n’ose y penser, écrit Hugh Benson en 1905. L’Antéchrist commence à m’obséder. Si jamais je l’écris, quel livre ce sera ! ». Un an plus tard, paraît Le Maître de la terre. Ce roman est une sorte de broderie flamboyante ; c’est un livre de mysticisme intense, un cri de foi éperdu. Véritable fresque de la fin des temps – spectacle fort et grandiose à la fois-, qui fait vibrer le lecteur au son des trompettes de l’Apocalypse. Ce remarquable récit contient une vision prophétique d’un monde coupé en deux empires apparemment antagonistes, mais bien unis dans la persécution des chrétiens. Ce livre, écrit par un des plus grands romanciers catholiques de son temps, est tout simplement passionnant ! L’auteur est né en 1871, au sein d’une famille anglicane (son père deviendra archevêque de Cantorbery). Pasteur anglican, sa quête de la vérité le pousse à s’interroger sur sa foi, et sa sincérité intellectuelle le conduit à la conversion. Il est reçu dans l’Église romaine en 1903. Ordonné prêtre, il partage son temps entre la prédication intense et la rédaction d’une trentaine d’ouvrages : uvres théâtrales, romans et essais apologétiques. Il meurt en 1914, au début d’une guerre qu’il pressentait déjà lorsqu’il rédigeait Le Maître de la terre. « Le Maître de la terre est une de mes lectures préférées. » « En le lisant, vous comprendrez le drame de la colonisation idéologique. » (Pape François) « La lecture du Maître de la terre fut pour moi un fait de grande importance. » (Benoît XVI)

 

BERNET,  Anne. – Père Jérôme  : un moine au croisement des temps. – Paris, Le Cerf, 2015. 608 pages.

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La biographie d’un homme dont le rayonnement a été immense et qui perdure encore, alors qu’il est décédé depuis quelque temps déjà, après une longue vie dans un cloître, vouée au silence, à la prière, au travail manuel et à l’étude.

La vie monastique est un chemin de vérité. Elle est une conquête, lente et quotidienne, de l’Évangile. C’est ce que prouve le récit de la vie de Père Jérôme (1907-1985), dans une époque où tout semble contrarier ce désir d’absolu. Moine trappiste de l’abbaye de Sept-Fons, en Bourbonnais, Père Jérôme a été révélé au public comme l’un des grands maîtres spirituels du xxe siècle. C’est tout le mérite d’Anne Bernet, à travers ce portrait vivant et habité, de nous faire découvrir le visage de cet homme de Dieu qui a offert à toute sa génération des sentiers dans un monde désorienté. Rédigée à partir d’archives inédites conservées à Sept-Fons, cette première biographie retrace une existence passée dans un cloître, vouée au silence et à la prière, au travail manuel et à l’étude. La vie simple d’un moine, à l’image des Pères du désert, qui fut, depuis son monastère, le contemporain et le pédagogue de ses frères chrétiens.
Un livre pour retrouver vivant, tel qu’en lui-même, Père Jérôme ; recueillir et accueillir sa parole jaillissante de la prière et de la foi.

BLOY,  Léon. – La femme pauvre : un épisode contemporain. – Paris, Gallimard, 1980. 448 pages.

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Un livre oublié et un livre habité ; ne serait-ce qu’à cause de ce constat final qu’il délivre : « Il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints » 

Ce grand roman poétique, dominé par l’image du feu, glorifie la femme, identifiée au thème chrétien de la pauvreté. Clotilde, l’héroïne de La femme pauvre, parvient à la lumière lorsque, dépouillée de tout, elle est laissée à la totale solitude et à la misère absolue. Au-delà de toute tristesse et de tout malheur humain, elle accède alors à l’univers spirituel «et sa continuelle prière est une torche secouée contre les puissants…»

 

CANDIARD, Adrien. – Quand tu étais sous le figuier je t’ai vu. –  Paris, Le Cerf, 2017. 176 pages.

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Beaucoup ont du mal à prendre le temps de lire des bouquins spirituels, de peur de s’ennuyer au bout de trois phrases. Pourtant c’est bien nécessaire pour nourrir sa foi et ne pas faire du sur-place ! En voilà un, à conseiller vivement, simple, concret, profond et plein d’humour. Dès le lycée, on peut le lire avec profit et sans difficulté ; mais toutes les générations s’y retrouveront. Des pages utiles pour avancer sur un tas de sujets très quotidiens de notre vie chrétienne.

Qui est cette personne assise, dans l’Évangile, sous un figuier ? C’est vous, c’est moi, c’est chacune, chacun d’entre nous rêvant de vivre enfin notre vie en plénitude. Mais à quelle existence Dieu appelle-t-il Nathanaël ? En quoi l’accomplira-t-il en suivant Jésus ? Qu’est-ce qu’une vocation ? Nos vies sociale, intellectuelle, amoureuse, ne sont jamais que la recherche et la poursuite de la vie véritable. Jusqu’à la lumineuse évidence que la vie que nous désirons et la vie que Dieu veut pour nous ne sont qu’une. Explorant comme jamais le fil anodin de la quotidienneté anonyme, Adrien Candiard en délivre ici le miroitement secret au regard de l’éternité. Une grande leçon, sans leçon, de spiritualité simple et haute. Un livre pour se jeter sur la voie, après l’avoir lu et dévoré. Dominicain vivant au couvent du Caire, Adrien Candiard est l’auteur notamment de En finir avec la tolérance, Veilleur, où en est la nuit ?, Comprendre l’islam, ou plutôt : pourquoi on n’ycomprend rien.

 

 

CANDIARD, Adrien. – A Philémon, réflexions sur la liberté chrétienne. – Paris, Le Cerf, 2019. 144 pages.

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Même si la morale a mauvaise presse, le questionnement « obligé ou interdit ? » est plus présent que jamais. Ceux qui le posent ne sont pas des névrosés, mais des personnes estimables – croyants ou non croyants – qui s’efforcent de bien vivre et de bien faire. Pour cela, ils se débattent de leur mieux avec le grand bazar contradictoire de leurs désirs, de leurs convictions, de leurs attachements, de leurs devoirs, de leurs envies, de leurs fatigues… s’efforçant de faire rentrer le réel compliqué dans trois catégories simples : le permis, le défendu, l’obligatoire. Et si la réponse était plutôt dans un tout autre chemin : celui d’une authentique et exigeante liberté, sous la conduite de l’Esprit Saint ? Religieux dominicain, l’auteur a également publié d’autres ouvrages lumineux.

 

CHAUTARD,  Jean-Baptiste. – L’âme de tout apostolat. – Perpignan, Artège, 2010. 345 pages.

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Le pape saint Pie X en avait fait son livre de chevet. La description d’une recette intemporelle, toujours d’actualité : notre action et notre engagement dans ce monde doivent être le trop plein de notre vie intérieure. Un classique incontournable de la spiritualité chrétienne à mettre dans toutes les mains, rien que pour entendre cette belle parole : « Si le monde va de mal en pis, c’est qu’il y a plus de batailles que de prières »

 » Ceux qui prient font plus pour le monde que ceux quicombattent, et si le monde va de mal en pis, c’est qu’il y aplus de batailles que de prières. « L’âme de tout apostolat, classique parmi les classiques,propose des indications précieuses sur le sens de la viechrétienne. Dom Chautard rappelle que la mission du chrétien n’a de sens qu’enracinée dans une rencontrepersonnelle avec le Christ. Conformèment aux intuitionsde son époque et en particulier de l’Action Catholique,il encourage une évangélisation authentique qui se gardede tout activisme. Devenu le livre de chevet de nombreuxsaints, L’âme de tout apostolat répond aux préoccupationsde tous ceux qui vivent dans un monde en manque de repères. Dom Chautard, excellent guide spirituel, nous enseigneque l’apostolat authentique n’est qu’un déploiement de lavie intérieure.Jean-Baptiste Chautard (1858-1935), moine cistercien,entré l’age de 19 ans à l’abbaye d’Aiguebelle, fût tourà tour abbé de Chambarand puis de la Trappe de Sept-Fons. L’âme de tout apostolat, son principal ouvrage, a étéimprimé à plusieurs centaines de milliers d’exemplairesdepuis sa parution en 1907.

 

CHIRON, Yves. – Fatima : vérités et légendes. – Perpignan Artège, 2017. 248 pages.

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A l’occasion du centenaire des apparitions de la Vierge Marie à Fatima en 1917, voici un récit complet des événements, depuis les préparations (les apparitions de l’Ange en 1915 et 1916) jusqu’à aujourd’hui. Tout en s’appuyant sur les études les plus sérieuses consacrées à Fatima, l’auteur revient aux sources : les mémoires rédigés par sœur  Lucie, la biographie qu’ont publiée après sa mort les carmélites de Coïmbra et la vaste Documentação Crítica de Fátima – inédite en français – qui recueille toutes les pièces du dossier depuis les premiers interrogatoires des trois voyants jusqu’au long procès canonique. Les controverses sur Fatima n’ont pas cessé et l’auteur répond à toutes les objections. Il a aussi interrogé le pape émérite Benoît XVI et publie sa réponse, inédite

 

CISZEK,  Walter J.  – Avec Dieu au Goulag : témoignage d’un jésuite. – Paris, Editions des Béatitudes, 2010. 320 pages.

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Accusé d’être un espion du Vatican, un prêtre est interné 23 années en Sibérie durant les années les plus terribles de la guerre froide. On y découvre l’itinéraire spirituel impressionnant d’un jésuite qui surmonte une épreuve terrible, à travers désarroi et souffrances, qu’il ne cache pas. A lire comme une odyssée spirituelle et un acte de foi et d’abandon à la volonté de Dieu qui ne veut pas le mal mais le permet.

Traduit de l américain par Emilie Pecheul et Cathy Brenti Capturé par l armée russe durant la Seconde Guerre mondiale, accusé d être un « espion du Vatican », Walter J. Ciszek, prêtre jésuite américain, a passé vingt-trois ans dans les prisons soviétiques et les camps de travail de Sibérie entre 1940 et 1963. Son livre présente un intérêt historique certain car très peu de témoignages ont été édités sur le ministère des prêtres catholiques dans les camps soviétiques durant cette période. Mais il est avant tout le récit d un itinéraire spirituel impressionnant que le père Ciszek a accepté de rédiger parce qu après son retour aux Etats-Unis, on lui demandait comment il avait pu surmonter pareilles épreuves. Avec beaucoup de simplicité, il relate les événements auxquels il a été confronté les cinq ans d emprisonnement à la Lubianca, le travail dans les mines de sel en Sibérie, etc. et qui l on conduit à un long dépouillement, mais aussi à un abandon de plus en plus confiant à la Providence, à une sérénité intérieure grâce à laquelle il a pu se préserver de « l arrogance du mal » qui l entourait. Il rapporte son désarroi, ses souffrances mais aussi le cheminement intérieur qu il a été amené à faire jusqu à considérer tout événement, grâces ou épreuves, comme un don de Dieu et une expression de Sa volonté. Cela lui a donné la force de tenir bon et d exercer ensuite son ministère avec discrétion mais audace dans les conditions extrêmement éprouvantes des camps puis des villes de Sibérie. Un cheminement humain hors du commun et une odyssée spirituelle unique. Auteur: Prêtre américain, ce témoignage retrace la période où il a été capturé par les Russes durant la seconde guerre mondiale et sa détention pendant 23 ans

 

CUCHET,  Guillaume. – Comment notre monde a cessé d’être chrétien. – Paris, Le Seuil, 2018. 288 pages.

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Dans un ouvrage de haute qualité, cet universitaire analyse les raisons du déclin du catholicisme en France depuis les années 1960. Comment a-t-on pu arriver à une pratique dominicale inférieure à 2 %, le seuil sous lequel les enquêtes d’opinion sont discutables, tellement les indicateurs sont faibles ? Un livre qui offre une analyse sociologique et historique redoutable de la déchristianisation de notre pays

 

 

 

DAUZET, Dominique-Marie. – Claire de Castelbajac. – Paris, Presses de la Renaissance, 2010. 250 pages.

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L’histoire de cette jeune fille, disparue en 1975 qui découvre l’amour de Dieu, immense, étonnant, si simple. Une sainte pour notre temps ?

La première biographie de Claire de Castelbajac, dont l’existence, à la fois simple et fulgurante, est marquée par son aspiration à la sainteté.

Née en 1953, Claire de Castelbajac frappe ses proches par sa joie de vivre et sa confiance en Dieu. Étudiante, elle va au-delà des conventions de la bourgeoisie catholique : musicienne, douée pour le dessin, elle expérimente la difficulté d’aimer vraiment et d’être aimé, de rester fidèle à la foi de l’enfance, dans l’immédiat après-mai-68.
En 1973, elle est admise au concours d’un prestigieux institut de restauration de peinture et se retrouve projetée dans un milieu artistique, au cœur de la vie romaine, loin des siens. Claire s’étourdit du plaisir de vivre libre. Mais son cœur, d’amours en amitiés, cherche douloureusement sa voie.
À l’été 1974, elle fait un pèlerinage en Terre sainte qui la remet dans une quête spirituelle intense. À l’automne, elle restaure les fresques de la basilique inférieure de Saint-François à Assise. Deux mois de grâce qui la conduisent au terme de sa recherche : seule, désormais, compte la louange de Dieu par sa vie. Mais aux vacances de Noël, une méningo-encéphalite l’emporte en deux semaines. Claire meurt à Toulouse le 22 janvier 1975, elle a 21 ans.
Claire de Castelbajac est de plus en plus connue et aimée en France et au-delà, spécialement par les jeunes. Bien des grâces divines semblent passer par elle. L’enquête diocésaine pour son procès de béatification s’est terminée en février 2008. Le dossier a été ouvert à la Congrégation pour la cause des saints à Rome, le 3 juin 2008. Sans prétendre anticiper aucunement sur les conclusions romaines, le présent ouvrage retrace le parcours de Claire. Il s’agit de la première biographie exhaustive réalisée à partir des nombreuses sources disponibles.

 

DENIS,  Jean-Pierre. – Un catholique s’est échappé.- Paris, Le Cerf, 2019. 192 pages.

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 Dans la crise que traverse l’Eglise en Europe et en France, le rédacteur en chef du journal La Vie est convaincu – et nous aussi ! – que le christianisme représente encore aujourd’hui une contre-culture agissante. Entre la dilution ou la crispation, comment les catholiques peuvent-ils échapper aux deux grands pièges qui les guettent : être naïfs ou médiocres ? La démonstration est source d’espérance et exprime avec force ce qu’on peut (encore) attendre des chrétiens dans une société sécularisée. Stimulant !

 

DERVILLE, Tugdual. – Le temps de l’homme : pour une révolution de l’écologie humaine. – Paris, Plon, 2016. 320 pages.

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La menace de ce 21ième siècle est claire : c’est celle de ne plus être des hommes. Le fondateur de « A bras ouverts » et délégué général de « Alliance Vita » délivre un diagnostic et propose des remèdes. Un must read pour comprendre les enjeux d’une écologie humaine qui nous évitera l’avènement d’une société atomisée, remplie d’individus errants et sans racines

 

 

 

DERVILLE, Tugdual.  – La bataille de l’euthanasie : enquête sur les 7 affaires qui ont bouleversé la France. – Paris, Salvator, 2012. 230 pages.

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Une enquête minutieuse et captivante qui montre comment l’émotion médiatique peut être utilisée pour manipuler l’opinion. Un ouvrage qui se lit comme un roman policier. Une question d’actualité brûlante qui nous concerne tous, un jour ou l’autre …

 

 

DOSTOÏEVSKI, Fedor. – Les frères Karamazov. – Paris, Gallimard, 1994.  992 pages.

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L’odieux Féodor Karamazov est assassiné. De ses trois fils – Dimitri le débauché, Ivan le savant et l’ange Aliocha –, tous ont pu le tuer, tous ont au moins désiré sa mort.
Drame familial, drame de la conscience humaine, interrogations sur la raison d’être de l’homme, tableau de la misère, de l’orgueil, de l’innocence, de la Russie au lendemain des réformes de 1860, orgies, miracles, la richesse de ce roman de Dostoïevski, son dernier, et considéré comme son chef-d’œuvre, ne sera jamais épuisée.
Le génie de Dostoïevski est à ce point divers que Nabokov a même osé écrire : « N’oublions jamais que Dostoïevski est avant tout un auteur de romans policiers… un maître du suspens. »

Célèbre écrivain russe qui y fait la synthèse des problèmes philosophiques, religieux et moraux qui ont hanté son univers. Il aborde la question ultime de l’existence de Dieu, qui l’a tourmenté toute sa vie. De nombreux thèmes chers à l’auteur y sont développés : l’expiation des péchés dans la souffrance, l’absolue nécessité d’une force morale au sein d’un univers irrationnel et incompréhensible, la lutte éternelle entre le bien et le mal, la valeur suprême conférée à la liberté individuelle. C’est de cet ouvrage qu’on a tiré la célèbre citation : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis »

 

GUEULETTE Jean-Marie. – La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux.- Paris, Le Cerf, 2019. 288 pages.

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La chasteté : mirage ou imposture ? Mal compris, le célibat sacerdotal suscite beaucoup de suspicion, à la lumière des récents scandales qui frappent l’Église. Les prêtres et les consacrés n’ont-ils pas d’autre choix que de tuer leurs désirs ? En mobilisant l’histoire, la théologie, la biologie ou encore la psychologie, c’est en religieux et en scientifique que l’auteur livre ici une réflexion concrète où la frustration s’efface devant la transfiguration. La réponse est simple : il ne s’agit pas de tuer le désir, mais de le vivre autrement. Et les centaines de milliers de consacrés heureux dans leur célibat, dont on parle beaucoup moins, sont là pour le prouver

 

GROSJEAN, Pierre-Hervé. – Catholiques, engageons-nous ! – Perpignan, Artège, 2018. 196 pages.

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Face à ce monde hostile ou indifférent, quelle marge entre démission ou exil ? Dilution ou repli sur soi ? Plein d’espérance, l’abbé nous explique qu’on ne peut se résigner à regarder ce monde comme un spectateur regarde un match depuis les tribunes ou le banc de touche. Il faut passer à l’action ! En montrant comment l’engagement des catholiques est possible, en particulier en politique, dans l’enseignement, les médias ou la culture, il appelle la génération qui vient à être celle des « témoins décomplexés » évoqués par le pape Benoît XVI et à « descendre du balcon » pour passer à l’action, comme le réclame le pape François

GROSJEAN, Pierre*Hervé. – Aimer en vérité. – Perpignan, Artège, 2014. 150 pages.

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Depuis des années qu’il rencontre et écoute des jeunes, l’abbé Grosjean les connaît bien. De son expérience d’accompagnement et de ses conférences, il a recueilli le meilleur pour répondre à toutes leurs questions sur la construction d’un amour vrai.Ni cours de morale, ni code de conduite, ce livre veut transmettre aux jeunes de 15 à 22 ans des convictions qui font grandir et encouragent, pour se préparer à aimer. Un ouvrage indispensable également pour tous ceux qui veulent donner à leurs ados et leurs aînés une vision juste et constructive de l’amour.

L’abbé Pierre-Hervé Grosjean est prêtre du diocèse de Versailles. Ordonné en 2004, il est aujourd’hui curé de paroisse à Saint-Cyr-l’école. Aumônier de lycée, il accompagne également beaucoup de jeunes, dans le cadre du scoutisme ou des Universités d’été « Acteurs d’Avenir » qu’il a fondées. Il anime Padreblog.fr avec d’autres cinfrères.

 

GROSJEAN, Pierre-Hervé. – Donner sa vie : Es-tu prêt à donner ta vie ? Si oui, pour qui et pour quoi ? – Perpigan, Artège, 2018. 168 pages.

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Voilà la question fondamentale qui se pose à tout jeune entre 15 et 30 ans au moment de discerner sa vocation, puis de faire ses choix de vie. Comment y répondre ? Comment vivre aujourd’hui cette joie du don de soi dans ses études, sa vie spirituelle ou le service des autres ? Et demain, comment discerner une vocation, quelle qu’elle soit ? Un discours franc et concret, très encourageant, qui nous rappelle que toute vie est belle quand elle est donnée

 

HADJADJ Fabrice . – Résurrection, mode d’emploi. – Paris, Magnificat, 2016. 192 pages.

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Vous souvenez-vous du brûlot intitulé : Suicide, mode d’emploi de C. GUILLON et Y. le BONNIEC ? Paru en 1982, il est désormais interdit à la vente en France. Cet essai est en quelque sorte la suite, en beaucoup mieux et pour cause ! Jésus revient parmi les siens (!) et sa vie a désormais une prise directe sur la nôtre : l’argent, la féminité, le service, l’attention aux autres, les repas, la Bible, le pardon, le martyre, la foi, la nouvelle évangélisation, l’amour… rien n’est oublié, le tout dans un style à la fois tonique et profond.

« Forcément, l’événement d’un Ressuscité paraît difficile à avaler pour un habitué des avatars, des profils, des objets 3D qui ne sont ni nés ni morts ni vivants. Mais pour un gars positif et manuel d’autrefois, un paysan, un meunier, un mégissier, c’était de l’invraisemblable, sans doute, et cependant à peine entendait-il : Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit (in 12, 24), ça devenait simple, c’était aussi vrai qu’avril, le renouveau de la verdure, l’or des moissons… » Que nous disent les apparitions du Christ après sa Résurrection ? Comment les comprendre aujourd’hui ? A travers une méditation à la fois profonde et légère, Fabrice Hadjadj pose un regard neuf et plein de finesse sur le mystère du Ressuscité.

 

HUMBRECHT Thierry-Dominique – Eloge de l’action politique. – Paris, Parole et Silence, 2015. 206 pages.

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Le théologien et philosophe y décrit l’avènement d’une génération politique qui se lève, composée de chrétiens et de non chrétiens. Elle veut passer à l’action et s’illustrer dans le débat. Des questions se posent : légitimité de l’ambition, fins du politique, équilibre du nécessaire et du possible, manipulation des passions publiques, rayonnement professionnel, disponibilité des acteurs, recherche des terrains d’entente. Avec en outre, pour les chrétiens, la place du témoignage dans une société sécularisée

 

 

 

UMBRECHT, Thierry-Dominique.L’évangélisation impertiente : guide du chrétien en pays postmoderne.Paris, Parole et Silence, 2012. 286 pages.

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Un ouvrage pour devenir un évangélisateur impertinent qui délivrera un message d’espérance par temps de relativisme.

Dans les débats de société, pourquoi le catholique se reconnaît-il surtout à son silence ? Intimidé, exclu de la culture, il se demande ce qui se passe. Le pays dans lequel il vit n’est plus chrétien, il est devenu celui des postmodernes. En a-t-il pris la mesure ? Les postmodernes ne cessent de s’affranchir de leur héritage chrétien. Leur nihilisme affiché masque une stratégie de pouvoir, parfois une nostalgie. Comment un chrétien peut-il se situer, entre compassion, complicité et contre-culture ? Par rupture de transmission, culture antichrétienne, dictature du relativisme, athéisme catholique, le paquebot est devenu barque. Les chrétiens eux-mêmes y trouvent leur compte :  » j’en prends et j’en laisse « . Comment, dans ces conditions, faire entendre l’Evangile ? Par la parole ou par l’exemple ? Dans quels lieux : famille, éducation, politique, culture ? Entre laïcité mal comprise et vains appels au miracle, le chemin est celui d’une providence qui compte sur notre courage public. Le chrétien aussi a quelque chose à dire à ses contemporains. Il n’y a pas d’Eglise sans évangélisateurs impertinents, qui délivrent un message d’espérance par temps de relativisme.

 

JEAN-PAUL II. – Mémoire et identité.- Paris, Flammarion, 2005. 250 pages.

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Le livre testament du Pape, publié à peine trois mois avant sa mort. Sous un ton très personnel, celui qui a été canonisé en 2014 décrit la mort d’un Occident qui perd sa mémoire et ne sait plus définir son identité. Un véritable bréviaire pour une Europe désincarnée

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JOURDAN ; François. – La Bible face au Coran : les vrais fondements de l’Islam. – Editions de l’Oeuvre, 2011. 160 pages.

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Après « Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans », qui a connu un vrai retentissement, le père François Jourdan récidive avec cette nouvelle incursion du côté des fondements de l’islam. Ses conclusions sont révolutionnaires. Pas à pas, avec le sens de la formule et de la pédagogie, il démontre que la religion musulmane n’est pas biblique, qu’elle ne tire pas ses sources de l’Ancien Testament et que les musulmans ne sont pas des enfants d’Abraham. Un petit livre clair qui refuse la facilité et la paresse intellectuelle, et contribue à une meilleure compréhension des réalités de l’islam.

 

KESSEL,  Joseph. – Les mains du miracle. – Paris, Gallimard Folio, 2013. 416 pages.

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L’incroyable histoire du docteur finlandais Felix Kersten. À la veille de la seconde guerre mondiale, Felix Kersten est spécialisé dans les massages thérapeutiques. Parmi sa clientèle huppée figurent les grands d’Europe. Pris entre les principes qui constituent les fondements de sa profession et ses convictions, le docteur Kersten consent à examiner le puissant chef de la Gestapo : Heinrich Himmler. Affligé d’intolérables douleurs d’estomac, celui-ci en fait bientôt son médecin personnel. C’est le début d’une étonnante lutte, Felix Kersten utilisant la confiance du fanatique bourreau pour arracher des milliers de victimes à l’enfer nazi.

 

LYONNET, Pierre. – Traverser la souffrance avec le Christ. – Perpignan, Artège, 2014. 170 pages.

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Assumer les douleurs et les peines de la maladie oblige à descendre au plus profond de soi-même, là où Dieu est présent, pour puiser en lui le courage de continuer à avancer, malgré tout. Un ouvrage qui aidera les personnes éprouvées, et tous ceux qui se dévouent auprès d’elles, à traverser la souffrance avec le Christ.

 

 

 

 

MALEGUE Joseph. – Augustin ou le maître est là. – Paris, Le Cerf, 2014. 832 pages.

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Le « Proust catholique » des années 1930, écrivain lu avec ferveur par saint Paul VI comme le conteur de l’histoire de l’âme et par le pape François comme le grand romancier moderne des « classes moyennes de la sainteté ». Un magnifique roman d’une confondante actualité sur la crise religieuse des sociétés d’abondance.

L’heure est venue de redécouvrir Joseph Malègue, célébré comme le « Proust catholique » dans les années 1930, écrivain lu avec ferveur par le pape Paul VI comme le « conteur de l’histoire de l’âme », et par le pape François comme le grand romancier moderne des « classes moyennes de la sainteté. De 1876 à 1924, des monts d’Auvergne aux boulevards de Paris, de la France rurale des clochers à la France urbaine des usines et des universités, c’est tout un monde qui disparaît, marqué par la séparation de l’Église et de l’État, puis par la Grande Guerre, et que traverse Augustin Méridier, héros déchiré entre la foi et le doute, la transmission et la sécularisation, l’espérance et la mélancolie. De cette destinée tourmentée, hantée par les femmes, et de ce temps de convulsion, qui oppose les hommes, Malègue dresse superbement la double chronique où l’abandon à la transcendance ordinaire s’impose comme le seul héroïsme. Un magnifique roman-univers, d’une confondante actualité, sur la crise religieuse des sociétés d’abondance.

 

MANENT, Pierre. – Situation de la France. – Paris, Desclée de Brouwer, 2015. 176 pages.

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Un ouvrage réaliste qui n’a pas peur de dire que la laïcité française veut exclure de son champ de vision tous les phénomènes religieux pour se convaincre qu’il n’y a aucun problème d’intégration des populations arabo-musulmanes. L’auteur considère qu’une telle attitude est contre-productive et, à plus ou moins long terme, suicidaire pour notre pays. Il faut au contraire faire mémoire de nos origines et y retrouver la place singulière de la « marque chrétienne » pour fuir deux tentations : la résignation et le renoncement. On a très envie de lui donner raison.

 

 

MARION, Jean-Luc. – Brève apologie pour un moment catholique. – Paris, Grasset, 2017. 128 pages.

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De Descartes et de Heidegger (les « pères » de notre postmodernité), Jean-Luc Marion occupe le siège du cardinal Lustiger à l’Académie française. Alors qu’on dit les catholiques de France désunis, affaiblis et découragés, l’auteur remarque qu’ils n’ont jamais autant été à la fois courtisés et dénigrés. Preuve s’il en est, de leur place singulière ! Comme les Apôtres le jour de la Pentecôte, nous avons reçu un Esprit de douceur et de force, de créativité et d’unité, de lucidité et d’espérance. Que notre époque n’ait pas peur des chrétiens : leur amour d’une vérité toujours à approfondir, leur exigence éthique, leur rapport à l’universel peuvent être salutaires pour notre cité. Un livre qui donne du souffle

MENTHIERE, Guillaume de.- Dix raisons de croire. – Paris, Salvator, 2010. 240 pages.

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On ne peut aujourd’hui être un chrétien adulte sans l’avoir voulu et réfléchi. Un exposé simple et accessible qui montre que la foi ne relève pas d’une déficience mentale. Le livre qui pourra aider pour les discussions du soir entre amis.

Il y a dans ce monde des raisons de croire et des raisons de ne pas croire. Un grand nombre de nos contemporains se réfugient frileusement dans ce qu on appelle l agnosticisme. Mais Jésus n a-t-il pas dit : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non, tout le reste vient du Malin » ? Les catholiques ont « la faiblesse de croire » ce que l Église enseigne. N est elle pas bien révélatrice cette étrange expression : « faiblesse de croire » ? Comme si la foi ne pouvait relever que d une déficience, d une asthénie mentale. Quelle force d âme, bien au contraire, n est-elle pas requise pour croire ! De nos jours on ne peut guère être un chrétien adulte sans l avoir voulu et réfléchi. Ne doit-on pas renouer avec cette vieille discipline par trop oubliée, l apologétique, en présentant simplement toutes les bonnes raisons qu il y a d adhérer à la vérité du christianisme ?

MOREAU, Denis. – Comment peut-on être catholique ?. – Paris, Le Seuil, 2018. 368 pages.

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Un livre à offrir à tous ceux qui vous ont dit un jour : « c’est drôle, t’es catho mais… t’es sympa ! ». Cet ouvrage ne convertira probablement personne au catholicisme. Mais à ceux qui ne croient pas, il suggérera qu’un catholique n’est pas nécessairement un imbécile. À ceux qui croient déjà, il fournira quelques arguments susceptibles d’affermir leur foi. À tous, il expliquera que lorsque se pose la seule question qui vaille vraiment — comment tenter de réussir sa vie ? — le catholicisme constitue une des bonnes réponses envisageables. Et même un choix de raison.

 

O’BRIEN Michael D. – Père Elijah : une apocalypse. – Paris, Salvator, 2008. 589 pages.

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« Père, dit le Pape, vous vous demandez pourquoi nous vous avons fait venir ici à Rome dans des circonstances si inhabituelles.
– Oui, Saint-Père.
– L’affaire qui nous échoit ne concerne que très superficiellement l’archéologie. C’est un sujet des plus délicats. Je vous demande de garder les choses dont nous allons parler dans la plus grande confidentialité.

Père Elijah est le récit d’un moine carme, ancien homme politique israélien et rescapé de la Shoah, appelé par le Pape à une mission particulièrement périlleuse. Sorti de son monastère du Mont Carmel, le Père Elijah se retrouve dans un tourbillon où se croisent les forces les plus ténébreuses. À qui pourra-t-il faire confiance et comment pourra-t-il accomplir sa mission ? L’épreuve à laquelle il est soumis prend au fil des pages une dimension politique et spirituelle des plus complexes et passionnantes.
Miroir du monde contemporain et aventure palpitante, Père Elijah donne une profondeur nouvelle aux thrillers du genre. Un récit d’exception écrit par un expert des âmes et un orfèvre des complots.

Un thriller par un vrai spécialiste du Vatican.

Les romans de Michael O’Brien sont puissants, chargés d’une réflexion métaphysique, psychologique et religieuse de haut vol. Ce bon connaisseur des âmes sait décrire à merveille la vie humaine et notre temps. Ce roman présente un monde où le mal a pris l’apparence d’un jeune dirigeant du monde, mâtiné de bons sentiments. Une histoire qui vous donnera certainement envie de lire l’ensemble des livres de l’auteur !

 

PAPPERT Aloysius. – Mémoires de guerre. – Paris, Salvator, 2017.  (tome 1 « une jeunesse volée » et tome 2 « Le sang des prisonniers »).

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Le récit authentique et troublant d’une épopée : celle d’Aloysius Pappert, né en Allemagne en 1924 dans une famille catholique et antinazie. Contre son gré, il doit partir en guerre en Russie alors qu’il a à peine 17 ans. Le jour de son départ, sa mère lui donne une médaille et le confie à la protection de la Vierge Marie pour qu’il revienne sain et sauf. Ses mémoires  évoquent son parcours en deux tomes. A travers l’épopée d’un jeune homme emporté dans le tourbillon d’une terrible guerre, on découvre une remarquable profession de foi qui transmet une force inégalable.

POLTAWSKA,  Wanda. – Journal d’une amitié : la famille Poltawski et Karol Wojtyla. – Paris, Médiaspaul, 2011. 624 pages.

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Peu de gens savent que le 2 avril 2005, jour de la mort de saint Jean-Paul II, deux personnes se trouvaient à ses côtés dans les appartements pontificaux : Mgr Stanisław Dziwisz, son fidèle secrétaire mais aussi une femme, sa « sœur spirituelle » de toujours : Wanda Połtawska. Ancienne résistante et médecin réputé, cette mère de quatre enfants a vécu 55 ans d’une amitié unique avec Karol Wojtyła. Elle est donc l’une des personnes au monde qui le connait le mieux. Cette amitié inédite, source d’élévation et de méditation, se nourrit d’une imposante correspondance mais aussi de randonnées au contact de la nature. Sorti en 2011, ce livre qui se lit par étapes, est le récit de la rencontre entre l’auteur et Karol Wojtyła, son guide spirituel et son ami. On y découvre avec intérêt le recueil d’une riche correspondance qui nous révèle l’intimité du pape polonais mais nous éclaire aussi sur une saine et sainte amitié entre un homme de Dieu et une femme

 

POTDEVIN Jean-Marc. – Les mots ne peuvent dire ce que j’ai vu : l’expérience mystique d’un business angel. – Paris, Editions de l’Emmanuel, 2012. 192 pages.

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Sous-titré « L’expérience mystique d’un business angel » cet ouvrage s’adresse à la fois aux non-chrétiens et aux chrétiens. L’auteur, baptisé et en fait « mal-croyant », raconte comment le Seigneur a employé de grands moyens pour le repêcher. Le récit d’une conversion assez radicale

 

 

 

 

RASPAIl, Jean. – Le jeu du roi. – Paris, Robert Laffont, 2003. 359 pages.

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Un petit garçon rêvait d’un royaume.
Un roi – réellement, légitimement roi, mais de Patagonie – vivait seul, face à l’océan, dans un fort délabré de la côte du Ponant, attendant l’héritier qui recueillerait son rêve avec sa royauté. Il choisit l’enfant. Il lui fit partager les mirages de cette Terre de Feu où il n’avait peut-être jamais mis les pieds, mais qui était toute sa vie, son être même ; il l’introduisit dans les mystères du royaume invisible qu’il portait en lui ; il le fit roi…
C’est le petit garçon devenu adulte qui nous raconte cette histoire, au lendemain de la mort d’Antoine IV,  » roi de Patagonie par la grâce de Dieu et la volonté des Indiens de l’extrême sud du continent américain « . Une histoire qui a un fondement historique vérifiable par tous, mais que la passion et l’imagination de Jean Raspail ont élevée au rang des grandes aventures de l’esprit. Tandis que le monde, notre monde, s’agite au rythme inquiétant des grandes foules contemporaines, le vieil homme et l’enfant contemplent l’horizon marin ; ils l’identifient à l’océan patagon hérissé de  » furies  » et aux archipels de la Terre de Feu, porteurs d’un certain destin dont l’homme d’aujourd’hui a perdu le chemin.
Là-bas, l’homme devient roi. Sa longue nuit s’illumine… Une grande et belle histoire, pleine de significations, comme on n’en écrit plus, comme seul pouvait l’écrire Jean Raspail.

La grande et belle histoire, pleine de significations, entre un petit garçon et un roi. Il faut avoir lu au moins une fois ce roman écrit par l’auteur de Sire ou de L’Anneau du pêcheur qui signe ici une authentique aventure de l’esprit. Le résultat est immédiat ; le récit nous fait quitter la grisaille du monde pour nous faire entrer dans un royaume imaginaire : la Patagonie. Des milliers de Français se revendiquent aujourd’hui Patagons, une confrérie du cœur qui se vit comme une deuxième nationalité. Une manière décalée et pleine de fraîcheur pour résister aux temps présents.

 

RASPAIL, Jean.Le camp des saints. Précédé de Big Other – Paris, Robert Laffont, 2011.  372 pages

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 » Dans la nuit, au midi de notre pays, cent navires se sont échoués, chargés d’un million d’immigrants. Ils viennent chercher l’espérance. Ils inspirent la pitié. Ils sont faibles… Ils ont la puissance du nombre. Ils sont l’Autre, c’est-à-dire multitude, l’avant-garde de la multitude. À tous les niveaux de la conscience universelle, on se pose alors la question : que faire ? Il est trop tard ».
Paru pour la première fois en 1973, Le Camp des Saints, qui est un roman, relève en 2011 de la réalité. Nous sommes, tous, les acteurs du Camp des Saints. C’est notre destin que ce livre raconte, notre inconscience et notre acquiescement à ce qui va nous dissoudre.
C’est pourquoi, en guise de préface à cette nouvelle édition, dans un texte intitulé Big Other, j’ai voulu, une dernière fois, mettre un certain nombre de points sur les i. »
Pas très politiquement correct mais tellement bien écrit ! La réédition du roman qui prédit la troisième guerre mondiale, sans armes, entre une multitude affamée et une minorité de nantis. « Le récit de notre inconscience et de notre acquiescement face à ce qui va nous dissoudre » dit l’auteur.

 

RASPAIL, Jean. – Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie. – Paris, Albin Michel, 1981. 316 pages.

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Sur une modeste tombe d’un petit cimetière du Périgord, on peut lire cette épitaphe: Ci-gît Orélie-Antoine Ier, roi de Patagonie, décédé le 18 septembre 1878. La plus étrange épopée qui se puisse concevoir… Durant les vingt-huit années du règne d’Orélie-Antoine, le rêve et la réalité se confondent aux bornes extrêmes du monde, là-bas, en Patagonie, au détroit de Magellan. Qui est Antoine de Tounens, roi de Patagonie, conquérant solitaire, obscur avoué périgourdin embarqué sur les flottes de la démesure, son pavillon bleu, blanc, vert claquant aux vents du cap Horn ? Un fou ? Un naïf ? Un mythomane ? Ou plus simplement un homme digne de ce nom, porteur d’un grand destin qu’il poursuivra toute sa vie en dépit des échecs, des trahisons, des sarcasmes qui peupleront son existence… Es-tu roi de Patagonie ? Je le suis! Il n’en démordra pas. Roi il fut, quelques jours au moins, et toute une vie. Des sujets, il en eut : Quillapan, cacique des Araucans, Calfucura, cacique des Patagons, mais aussi Verlaine, Charles Cros, le commodore Templeton, le général Chabrier, l’amiral Dumont d’Urville, l’astronome Camille Flammarion, le colonel von Pikkendorff, Véronique, reine de Patagonie, aux multiples visages, et tant d’autres, le cœur débordant d’émotion, qui se déclarèrent un jour ou l’autre, l’espace d’un instant, sujets du roi Orélie-Antoine. Car nous sommes tous des Patagons. Là-bas, en Patagonie, l’homme devient roi. Sa longue nuit s’illumine

 

RASPAIL, Jean. – La miséricorde. – Editions des Equateurs, 2019. 174 pages.

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A partir d’un fait divers particulièrement horrible, la réponse à la grande question du pardon et du salut.

À la fin des années 1950, l’affaire du curé d’Uruffe a été l’une des plus grandes histoires criminelles françaises de l’après guerre. Un jeune curé amateur de femmes avait tué sa maîtresse et l’enfant qu’elle portait, qu’il considérait comme « l’enfant du péché ». De ce fait divers terrifiant, Jean Raspail a écrit un roman sur le péché, le catholicisme et la miséricorde. Son narrateur est un avocat qui fut le secrétaire d’un as du barreau qui a défendu le curé criminel. Au hasard d’une promenade dans une église, il se retrouve dans le confessionnal avec ce curé criminel, l’occasion de raconter ce drame qui foudroya l’église.

 

RATZINGER,  Joseph. – Mon Concile Vatican II  : 1962-1965. – Perpigan, Edition Artège, 2011. 304 pages.

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Les divisions qui se sont fait jour au moment du Concile Vatican II ont resurgi avec l’élection de Benoît XVI. Considéré comme un tenant de la réaction conservatrice, beaucoup ignorent encore la place importante qu’a pu occuper le jeune abbé Ratzinger comme expert au Concile. Inédit en France, ce document exceptionnel rassemble les prises de positions du futur pape au cours de cette étape historique pour l’Église.

 

RATZINGER, Joseph. – Lumière du monde. – Paris, Bayard-Centurion, 2010. 300 pages.

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Une série d’entretiens où le pape se livre sans détours. On a l’impression d’être en face de Benoît XVI, assis dans un bon fauteuil, avec, dans la cheminée, le feu qui crépite ! Le ton est libre, simple, léger parfois, mais au fil de la « soirée », la conversation se fait plus profonde, embrassant les enjeux du monde et de l’Eglise ou les grandes interrogations spirituelles

 

 

SABOURDIN-PERRIN, Dominique. – Madame Elisabeth de France (1764-1794) : l »offrande d’une vie. – Paris, Salvator, 2017. 90 pages.

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Un livre pour découvrir la personnalité attachante de la sœur de Louis XVI, guillotinée pendant la Révolution française. D’une exigence spirituelle rare, comprenant qu’elle ne se mariera pas, elle trouve dans son célibat non-choisi une véritable fécondité, dans le soin des pauvres et la fidélité au devoir d’état. Son procès en béatification vient de connaître de singulières avancées, plus de deux cents ans après sa mort, redonnant toute sa valeur à une belle prière qu’elle aimait réciter chaque jour.

Née à Versailles le 3 mai 1764, Madame Élisabeth de France est la petite-fille de Louis XV, fille du dauphin et soeur du roi Louis XVI. Belle personnalité, cultivée, elle se montre très attentive aux autres et à l’exigence spirituelle. Comprenant qu’elle ne se mariera pas et qu’elle n’est pas appelée non plus à la vie religieuse, elle décide de mener son existence dans la prière et le soutien des pauvres. Sa réputation de bonté se répand. Dans le contexte dramatique de la Révolution, elle réactive la dévotion du Voeu Louis XIII et au Coeur de Marie. Pour son courage lors d’une émeute, on va même la surnommer la « sainte Geneviève des Tuileries » Emprisonnée au Temple, elle est exécutée sur l’échafaud le 10 mai 1794 en donnant jusqu’au bout un témoignage de foi exemplaire. Dominique Sabourdin-Perrin retrace ici son parcours au moment où le diocèse de Paris vient d’introduire sa cause de béatification.

 

SAINT-EXUPÉRY,  Antoine de. – Terre des hommes. – Paris, Gallimard, 1972. 181 pages.

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Un petit livre superbement écrit, tout en caresses et en légèreté, sur le dos des nuages. Un sublime morceau de littérature française qui offre des réponses à une question essentielle : qu’est-ce qui permet de devenir vraiment un homme ? L’occasion de redécouvrir la plume de l’écrivain-aviateur disparu trop vite.

« Nous habitons une planète errante. » Saint-Exupéry, qui vient d’être nommé pilote de ligne, découvre, admire, médite notre planète. Assurant désormais le courrier entre Toulouse et Dakar, il hérite d’une vaste responsabilité à l’égard des hommes, mais surtout de lui-même et de son rapport au monde. Tout en goûtant « la pulpe amère des nuits de vol », il apprend à habiter la planète et la condition d’homme, lit son chemin intérieur à travers les astres. En plus du langage universel, il jouit aussi chaque jour de la fraternité qui le lie à ses camarades du ciel. Il rend hommage à Mermoz ou à Guillaumet, à qui est dédicacé le roman, et dont il rappelle les célèbres paroles : « Ce que j’ai fait, je le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. » Dès Courrier Sud et Vol de nuit, l’homme d’action a su admirablement se mettre au diapason de l’homme de pensée et de l’humaniste qu’était tout à la fois Saint-Exupéry. Dans Terre des hommes, l’aviateur-écrivain s’intéresse particulièrement à la rigueur qu’exigent les relations humaines. –Laure Anciel

 

SARAH, cardinal. Robert. – Dieu ou rien : entretien sur la foi. – Paris, Fayard,  2016. 424 pages.

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Dans ce livre d’entretien réalisé avec Nicolas DIAT, le préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements raconte avec humilité et profondeur son incroyable histoire. Un récit étayé de réflexions personnelles franches, argumentées et souvent directes, notamment sur le néo-colonialisme idéologique exercé en Afrique par l’Occident décadent. Décapant, émouvant, tonifiant

 

 

 

SARAH, cardinal Robert. – La force du silence. – Paris, Fayard, 2017. 378 pages.

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Un livre paradoxal puisqu’il nous parle en plus de 300 pages… du silence ! Le sous-titre éclaire déjà le propos : « Contre la dictature du bruit ». Il invite à l’action, peut-être même à un exercice spirituel, fait de pensées numérotées qui reflètent la richesse du silence : le lecteur peut butiner chacune pour en faire librement son miel .

 

 

 

 

SARAH, cardinal Robert. – Le soir approche et déjà le jour baisse. – Pari, Fayard, 2019. 448 pages.

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Comme d’habitude, l’auteur ne mâche pas ses mots et son constat est simple : notre monde est au bord du gouffre. Crise de la foi et dans l’Église, déclin de l’Occident, trahison de ses élites, relativisme moral, mondialisme sans limite, capitalisme débridé, nouvelles idéologies, épuisement politique, dérives d’un totalitarisme islamiste… Mais si le diagnostic est sans concession, le cardinal démontre aussi qu’il est possible d’éviter l’enfer d’un monde sans Dieu, sans homme et sans espérance. Il livre surtout une importante leçon spirituelle : il faut faire du chemin de notre vie l’expérience d’une élévation de l’âme et quitter ainsi l’existence en créature plus élevée qu’elle n’y était entrée.

 

 

STREB,  Blanche. – Bébés sur mesure : le meilleur des mondes. – Perpigan, Editions Artège, 2018. 266 pages.

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Le saviez-vous ? Les bébés génétiquement modifiés sont déjà nés. C’est ce qu’affirme, preuves à l’appui, cette jeune docteur en pharmacie dans un essai décapant qui nous révèle ce qui se trame dans le secret des labos. A quoi ressemblerait le monde des meilleurs, un monde où les êtres humains, en plus d’être triés, seraient améliorés, voire augmentés ? Les générations futures seront-elles encore libres de faire des bébés sous la couette ou allons-nous vers un avenir sans sexe où la fabrication des bébés serait confiée à des experts ? Ce livre accessible à tous aide à comprendre les basculements qui s’opèrent dans le domaine de la procréation artificielle et dénonce l’emballement technique qui se retournera contre l’homme.

 

STREB, Blanche. –  Eclats de vie : témoignages. – Paris, Editions de l’Emmanuel, 2019. 287 pages.

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Un petit concentré de vie, d’espérance et d’amour, à glisser dans toutes les mains. Alors qu’elle n’est pas épargnée par l’épreuve, notre pharmacienne connue pour d’autres écrits plus engagés (comme celui présenté juste au-dessus) parle ici de la souffrance avec une plume juste et sensible. En refermant son livre, on a envie de partager sa conviction : la vie est courte, fragile mais tellement belle !

 

 

 

SUREAU François. – Inigo : portrait. – Paris, Gallimard, 2010.150 pages.

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Comment un gentilhomme espagnol découvre l’enjeu de la vie : se divertir ou se convertir. Le boulet tranchera…

« J’ai longtemps détesté Ignace de Loyola, lui trouvant l’air d’un égaré baigné de larmes. nous appelant sans discrétion aux sacrifices qu’une imagination médiévale lui faisait concevoir. Je n’aimais ni sa phrase, ni ses deux étendards, ni son passé de soldat ni son avenir de général du pape, ni son visage au front étroit et fuyant. Son militarisme m’écoeurait, tout comme ses règles et ses disciplines et les mille arguties de sa correspondance. Je ne voyais pas comment le même homme qui avait voulu, selon la tradition orientale, devenir « fou pour le Christ », et méprisé. pouvait dans ses lettres peser à ce point le pour et le contre et composer avec les puissants ». En un portrait bref et acéré, François Sureau fait céder l’image trop lisse d’un homme auquel les livres pieux sont impuissants à rendre justice.

 

VERLINDE,  Joseph-Marie. – Initiation à la lectio divina . – Paris, Parole et Silence, 2002. 180 pages.

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Le livre qui vous permettra de suivre l’invitation du pape à prendre l’évangile dans vos bagages de vacances !

La Parole est le lieu privilégié de la rencontre avec le Dieu vivant qui s’est fait proche. L’Ecriture en effet n’annonce pas seulement le Verbe de Dieu; elle est le Verbe de Dieu, présent et agissant parmi nous, un des « lieux » privilégiés où se donne à contempler son Visage et où se communique sa grâce.

Le but de l’ouvrage est de faciliter l’accès à cette présence, en conviant le lecteur à l’école de la grande tradition monastique de lecture priante des Ecritures. Au fil des nombreuses citations puisées dans les écrits des Pères, il invite à une mise en pratique personnelle à partir d’exemples donnés par les auteurs anciens.

La lecture savoureuse des Ecritures, passant par les degrés de la lectio, la meditatio, l’oratio et la contemplatio, conduit à une intériorisation progressive de la Parole, qui peut dès lors accomplir son ouvre de transformation au plus intime de l’être.

En invitant à boire à la Source vive de la Parole, l’ouvrage rappelle de façon opportune la spécificité de la spiritualité chrétienne au milieu des multiples propositions qui sollicitent le pèlerin de l’Absolu en ce début de troisième millénaire.

Le Père Joseph-Marie Verlinde, docteur en sciences, docteur en philosophie et titulaire d’un DEA de théologie, enseigne à l’Université catholique de Lyon, au séminaire de Belley-Ars et au studium Intermonastique de France. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et a prêché les conférences du Carême 2002 à Notre-Dame. Il est également prieur de la fraternité monastique de la Famille de Saint Joseph, dont la spiritualité est centrée sur la lectio divina.

 

WARREN, Rick. – Une vie motivée par l’essentiel : pourquoi suis-je sur Terre ? – Ourania Editions, 2013.  400 pages.

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Pasteur baptiste, fondateur de la célèbre « Saddleback Church » en Californie aux Etats-Unis, Richard Warren est l’auteur de nombreux ouvrages chrétiens. Celui-ci est le plus connu et répond à une question essentielle : pourquoi ou pour quoi suis-je sur terre ?

Quel est le sens de notre vie? Dieu aurait-il des projets pour nous, pour notre vie et pour l éternité? Pendant 40 jours et autant de chapitres quotidiens, le pasteur Rick Warren propose de partir à la découverte du sens de la vie. «Pourquoi suis-je sur terre?»: la réponse à cette question permet de vivre l essentiel, d affronter la vie avec sérénité, et de se préparer pour l éternité. Une vie motivée par l essentiel est un guide de vie chrétienne pour les chrétiens du 21e siècle, pour une existence basée sur les plans éternels de Dieu et non sur les valeurs culturelles. A partir de plus de 1200 citations et références bibliques, il remet en question les définitions conventionnelles de l adoration, de la communion fraternelle, de la maturité, du ministère et de l évangélisation. Dans la tradition d Oswald Chambers, Rick Warren nous offre des explications judicieuses sur le vrai sens de la vie. C est un livre plein d espoir que vous allez lire et relire, et qui deviendra un classique apprécié des générations futures.

 

ZANOTTI-SORKINE,  Michel-Marie. – L’Amour, une affaire sacrée, une sacrée affaire. – Paris, Le Rocher, 2014. 120 pages.

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On y explique, avec flamboyance et vérité, comment s’aimer et s’aimer bien.

L’ Amour avec un grand A. Dans un très beau texte, parseméd’ exemples ancrés dans la réalité, Michel-Marie Zanotti-Sorkine entre avec délicatesse dans ce qu’ est l’ Amour, le grand, levrai. Sans jamais désespérer, il montre combien l’ Amour a besoind’un cadre et de temps, de patience et d’ écoute pour atteindreson plein épanouissement. De l’ enfance à l’ âge d’ homme enpassant par l’ adolescence, de la rencontre de l’ être aimé à la viecommune, comment s’ aimer et s’ aimer bien ? Michel-Marie Zanotti-Sorkine répond : « […] l’ Amour, le vrai,l’ enivrant, le fort, l’ éclatant, l’ absolu, l’ irrésistible et l’ immuable,vous désire depuis la nuit des temps, vous espionne à tous âgeset sur tous les fronts, vous guette sur chaque seconde, et surtout,vous espère, vous attend et vous veut, pour qu’ un brin d’ éternitédescende en votre temps. »

ZELLER, Guillaume. – La baraque des prêtres  : Dachau 1938-1945. – Paris, Tallandier, 2015. 424 pages.

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Le récit d’un drame méconnu : celui de milliers de religieux qui ont été déportés dans le camp de concentration de Dachau où beaucoup y laissèrent la vie. Outre les conditions de subsistance et de détention, l’auteur détaille la façon dont la vie spirituelle et sacerdotale a pu se maintenir dans le camp grâce à l’entretien d’une chapelle, la seule autorisée dans tout le système concentrationnaire nazi.

De 1938 à 1945, 2 720 prêtres, religieux et séminaristes sont déportés dans le camp de concentration de Dachau, près de Munich. Regroupés dans des « blocks » spécifiques – qui conserveront pour l’histoire le nom de « baraques des prêtres », 1 034 d’entre eux y laisseront la vie. Polonais, Belges, Allemands, Français, Italiens, Tchèques, Yougoslaves : derrière les barbelés de Dachau, l’ « universalité de l’Église » est palpable. Ces hommes qui, dans une Europe encore christianisée, jouissaient d’un statut respectable, parfois éminent, se retrouvent projetés dans une détresse absolue. La faim, le froid, les maladies, le travail harassant, les coups des SS et des kapos, les expériences médicales ou les transports d’invalides ont raison de ces hommes de tous les âges. Quelques-uns sombreront dans le désespoir et s’effondreront, d’autres – la grande majorité d’entre eux – ne fléchiront pas, peut-être soutenus par leur foi. Partageant le sort commun des déportés, les prêtres de Dachau s’efforcent de maintenir intacte leur vie spirituelle et sacerdotale. Une chapelle, la seule autorisée dans tout le système concentrationnaire, leur apporte un secours considérable. Cette expérience unique dans l’histoire de l’Église éclaire d’un jour nouveau les rapports entre le nazisme et le christianisme. Près de 70 ans après sa libération, le camp de concentration de Dachau demeure le plus grand cimetière de prêtres catholiques du monde.

 

 

 

 

Et pour terminer : L’évangile selon Saint Marc. 

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Oui, vous avez bien lu ! L’évangile, tout simplement… et celui de Saint Marc est le plus accessible. A travers le texte, d’une brièveté et d’une simplicité extrêmes (mais génial d’expressivité), Saint Marc nous fait percevoir le Christ et nous fait vivre auprès de lui. Il nous le donne à lire et à aimer ! Nous vous proposons une lecture lente, dans le silence, terminée – pourquoi pas ? – par une courte prière. Afin de comprendre que Jésus n’est pas un concept mais une personne : à connaître, à aimer et à suivre.