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Histoire du Missel romain

L’histoire du Missel romain

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La Messe romaine antique

 

Dès le second siècle, le christianisme s’est répandu dans tout l’Empire romain, au Proche et au Moyen-Orient, en Grèce et en Asie Mineure, en Égypte et en Afrique du Nord, en Italie, en Gaule… la liturgie eucharistique s’est développée et enrichie de mille manières au contact de ces diverses cultures, donnant lieu à plusieurs grandes familles liturgiques distinguées par leur langue, leurs chants, par l’ordonnancement de leurs lectures et de leurs rites, et par maints usages locaux, mais unies toujours par leur noyau central : les paroles et les gestes de Jésus à la Cène.

Nous allons nous contenter d’étudier l’histoire de notre liturgie romaine, une liturgie tout à fait locale au point de départ, mais appelée à s’étendre dans à peu près tout l’Occident chrétien.

1.1. Les grandes caractéristiques de la liturgie romaine antique

Rome, où siègent Pierre et ses successeurs, devient naturellement le centre chrétien de l’Empire romain d’Occident. Comment y célèbre-t-on la Messe, dès avant la fin des persécutions au début du IVème siècle ? Retenons quelques traits originaux.

 

Le passage du grec au latin

À Rome, le nombre des convertis augmente considérablement après 250, en dépit des persécutions épisodiques. À cette date, le latin et le grec, qui était la langue de la communauté primitive originaire d’Orient, arrivent à égalité dans l’usage des chrétiens. La latinisation de la liturgie s’opère tranquillement, sans violence, de 250 à 380, date à laquelle la liturgie romaine est devenue une liturgie latine. La langue latine est la première caractéristique de la liturgie romaine, même s’il existe d’autres liturgies de langue latine qui ne sont pas romaines, à Milan ou dans les Gaules.

 

Les basiliques chrétiennes

Contrairement à ce que l’on croit souvent, il existait partout dans l’Empire romain encore païen de nombreuses églises, qui rivalisaient même avec les plus beaux temples élevés par les romains. À côté des demeures particulières, des « domus ecclesiæ » – riches villas romaines adaptées au culte – s’élèvent bientôt des basiliques chrétiennes construites sur le modèle des païennes. Elles sont constituées d’une nef rectangulaire de taille variable dont la partie haute, l’abside, est surélevée et de forme semi-circulaire. Au fond de cette abside se trouve le siège de l’évêque. À  la jonction de la nef et de l’abside est érigé l’autel fixe, de bois d’abord, puis de pierre. La décoration de la basilique est somptueuse : mosaïques, fresques, tentures, luminaires, ciborium tendu comme un ciel au dessus de l’autel, ambon monumental pour la lecture de l’Évangile…

Avec la paix constantinienne et la tranquillité de l’Église, ces basiliques vont être le lieu du déploiement de la liturgie romaine, au cours du IVème siècle.

 

Les premiers livres liturgiques

Dans cette période d’enrichissement, les textes et les prières liturgiques vont se formaliser et donner naissance à des recueils manuscrits. Si, dans les premiers siècles, les prêtres composaient eux-mêmes les prières du culte en suivant les lignes générales héritées des Apôtres, ils vont vite préférer se conformer aux textes légués par les plus savants d’entre eux, les grands évêques, les papes et les docteurs : saint Basile ou saint Jean Chrysostome en Orient, saint Ambroise, saint Léon le Grand (440-461) ou le pape Gélase (492-496) en Occident.

Au VIème et au VIIème siècles, les prières composées par ces derniers au cours du siècle précédent, dans un latin remarquable, vont être compilées dans des livres qu’on appellera plus tard des « sacramentaires », et qui forment aujourd’hui encore la source principale des prières de la Messe romaine, en particulier les Préfaces et les oraisons du président : la collecte, la prière sur les offrandes et la postcommunion.

 

Le Canon romain

S’il est un monument emblématique de la liturgie romaine, c’est bien sa grande et unique prière eucharistique que l’on appelle, aujourd’hui encore, le Canon Romain. On le trouve cité et commenté en partie déjà par saint Ambroise, vers 390, et il acquiert sa forme définitive dès la fin du Vème siècle. C’est donc cette prière, en partie fixe et en partie variable, au style et à la théologie particulièrement remarquables, que la liturgie romaine a emprunté exclusivement, depuis le IVème siècle, pour accomplir le mystère eucharistique. C’est celle encore qui occupe la place d’honneur dans le Missel romain de notre époque, même si on l’a assorti depuis 1969, et suivant un usage de l’Orient, d’autres prières eucharistiques utilisables en des circonstances moins solennelles.

 

Le chant romain

La liturgie romaine semble, primitivement, assez réfractaire au chant : elle est, nous le verrons, sobre et dépouillée par nature. C’est de l’Afrique chrétienne que lui vient peu à peu l’usage de chanter des psaumes après les lectures (graduel, trait, alléluia), pendant les processions de l’offertoire et de la communion. Le chant initial de l’introït s’ajoute encore un peu plus tard, de sorte que la Messe romaine antique commence en silence. Nous en avons une trace dans la procession silencieuse du Vendredi Saint, qui est le dernier vestige de ce que fut la liturgie de Rome aux IVème et Vème siècles, jusqu’au grand pontificat liturgique de saint Léon le Grand, mort en 461. Essayons, pour achever cette présentation de la liturgie romaine antique, de nous l’imaginer…

 

Idée de la Messe à Rome au IVème siècle

Lire Dom Guy Oury, La Messe romaine et le peuple de Dieu dans l’histoire, Solesmes, 1981, pp. 69-61.

 

1.2. Les problèmes «  de toujours »

Nous sommes là au commencement d’un âge d’or liturgique, alors que, paradoxalement, l’Empire romain d’Occident en butte aux invasions barbares, approche de sa ruine.

On peut parler d’âge d’or liturgique dans la mesure où la liturgie est vraiment le centre et le sommet de toute la vie chrétienne. Lorsque l’Empire devient résolument chrétien, toute l’existence s’achève dans la liturgie : la réflexion des théologiens comme l’expérience religieuse du chrétien le plus modeste, les arts et la musique, la vie publique et les institutions ecclésiastiques…

Cependant, cette période n’est pas exempte des questionnements et des tensions qui parcourront toute l’histoire de la liturgie jusqu’à nos jours. Tension entre la sobriété originelle et l’exubérance croissante du culte (exemple des vêtements mondains passés dans l’usage cultuel, ou de l’usage de la musique), tension entre la tradition reçue et la culture ambiante (exemple de l’encens, suspecté de paganisme), difficultés liées à la compréhension du latin (en pays de langue celtique ou berbère) ou à la participation populaire (spécialisation du ministères, manque de place dans les églises), problèmes liés à la communion eucharistique, dont l’accès est sévèrement réglementé, comme au manque de ferveur des communiants que déplorent maints Pères de l’Église…[1]

La liturgie vécue par les hommes, même en ses périodes les plus fastes, n’atteint jamais la perfection ! Cela est vrai aussi en cette période charnière de l’histoire de la civilisation occidentale, à cheval entre l’Antiquité tardive et le Moyen-Âge, période dont le personnage le plus emblématique, au rôle capital pour l’histoire de la liturgie romaine en cette fin du VIème siècle, fut le pape Grégoire le Grand. Avec lui, nous entrons dans une époque nouvelle, celle de la chrétienté.

 

 La Messe de la Chrétienté

 

2.1. La Messe de saint Grégoire le Grand

 

  1. a) Un pontificat éponyme

On pourrait définir le pontificat très symbolique de saint Grégoire le Grand (590-604) comme celui qui vit briller le faste de la liturgie romaine sur les décombres de l’Empire. La tradition liturgique inaugure avec ce pape sa grande période classique.

Tout, dans la liturgie, devient « grégorien », et on imputera à saint Grégoire, à tort ou à raison, toutes les richesses de ce temps : le sacramentaire est grégorien, le style de ses prières aussi, le chant romain devient également grégorien, comme aussi les cérémonies de la Messe.

 

  1. b) le « génie du rit romain »

« Grégorien » en vient à désigner ce qui fait le génie propre et permanent du rite romain : une liturgie sobre et décantée, rationnelle et logique, pure dans sa langue et dans ses rites, concise  dans ses énoncés théologiques, sans ajout inutile, somptueuse seulement pour son cadre, son chant et son cérémonial, une cérémonie digne d’un pape qui en est le célébrant de référence… toutes choses qui peuvent nous faire penser au style liturgique du saint Père Benoît XVI.

 

  1. c) Évolution des rites dans la période grégorienne

Au cours des VIIème et VIIIème siècles, la liturgie de la Messe romaine acquiert la plupart des éléments structurants qui ont demeuré jusqu’à nous : le chant d’introït, la procession avec encens en chandeliers, la vénération de l’autel par un baiser, le Kyrie rapporté d’Orient comme le Gloria in excelsis, la prière de collecte, la disparition de la première lecture au profit de la seule Épître, les chants « grégoriens » de la liturgie de la Parole, la disparition de la prière universelle, le Canon romain chanté alors à haute voix, le Notre Père suivi du baiser de paix, la fraction du pain, la prière après la Communion, l’Ite missa est, le baiser à l’autel et la procession solennelle de sortie.

  

2.2. Diffusion de la Messe romaine à l’époque carolingienne

La perfection de cette forme liturgique va entrainer son expansion progressive dans tout l’Occident, à la faveur des missions dans les terres encore païennes du Nord de l’Europe et surtout de la consécration, par les papes romains, de la nouvelle dynastie carolingienne. Pépin le Bref, puis son fils Charlemagne, vont découvrir la beauté de la liturgie et du chant grégoriens, et ils vont s’employer à en faire le ciment de leur nouvel Empire romain. Partout en Europe circulent des clercs et des moines imbus de la liturgie de Rome, qui vont en répandre les usages et les chants.

Mais cela ne se fait pas sans quelques influences réciproques, qui vont atténuer la sobriété du culte de Rome : le chant romain va s’enrichir des traditions plus ornées de Gaule ou d’Espagne ; Rome va recevoir l’usage du pain azyme, par conformité à l’Évangile ; le Canon ne va plus être chanté mais récité à voix basse ; les encensements vont se multiplier ; le Credo de Nicée va être chanté après l’Évangile ; la prière face à l’Orient va se généraliser…

En l’An Mil, la liturgie romaine sera devenue une liturgie « romano-franque », marquée par beaucoup d’usages mystiques d’Orient qui avaient pénétré en Gaule mais pas à Rome, toujours soucieuse de la plus grande simplicité.

 

2.3. La Messe et la piété médiévale

Telle se présente la Messe romaine au passage dans le second millénaire, à l’orée du Moyen-Âge central qui voit l’accomplissement de la chrétienté visible. L’époque de la chrétienté occidentale – on pourrait dire par commodité l’époque romane et surtout gothique – va influer de plusieurs manières sur la liturgie eucharistique. On peut en retenir trois principales.

  1. a) La beauté du culte et l’allégorie au service de la prière

S’il est un lieu qui incarne le déploiement de la liturgie au Moyen-Âge, c’est bien l’abbaye de Cluny. Elle est le plus majestueux de ces lieux innombrables en Occident – monastères, cathédrales, collégiales – où la liturgie est célébrée, quotidiennement, avec faste. On a l’idée en effet, avec Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, que « au dessus de tous biens sur cette terre d’exil, c’est le bien suprême de glorifier Dieu par un culte solennel dans son sanctuaire. »[2]

Au service de la beauté, la musique sacrée se développe, avec les premières polyphonies et la composition d’un immense trésor poétique, souvent écrit dans un latin rimé et facile à comprendre. Le Missel se charge ainsi d’un nombre considérable de séquences et de tropes et, de plus en plus, les églises particulières se dotent de missels particuliers, avec les conséquences que l’on verra.

Dans le même temps, le clergé s’efforce d’expliquer aux fidèles une liturgie devenue en partie insaisissable, du fait de sa complexité et du cloisonnement du sanctuaire. La méthode préférée est celle de l’allégorie, qui consiste à donner à chaque détail de la cérémonie une signification imagée, en lien le plus souvent avec la Passion du Christ : ainsi, quand le prêtre s’incline profondément au « Supplices te rogamus » du Canon, il représente le Christ inclinant la tête sur la Croix et rendant son esprit ; quand le diacre repose la pale sur le calice après le « Per ipsum », il referme le sépulcre de Jésus et, lorsque la pale est de nouveau enlevée, le prêtre met dans le calice une parcelle d’hostie, figurant la Résurrection par l’union du Corps et du Sang du Sauveur.

Il se reproduit en quelques sorte le phénomène du vitrail : toute l’attention du peuple se porte sur ce qu’il voit, non pas sur ce qu’il entend (ou n’entend plus !), avec le risque de faire des rapprochements artificiels, ou peu théologique, et de rendre les fidèles étrangers à la Parole vivante qui accomplit les sacrements.

  1. b) La mise en valeur de la piété du célébrant

Un second trait caractéristique de la Messe médiévale est l’ajout, dans la liturgie, de nombreuses prières de dévotion récitées à voix basse par le prêtre : habillage à la sacristie, Prières au bas de l’autel et Confiteor, formules d’offertoire, prières avant et après la Communion, comme à la fin de la Messe. Ces prières étaient très nombreuses, variables suivant les lieux et les missels, quelquefois de manière un peu anarchique.[3]

De même, des gestes sont ajoutés pour éviter la routine, pour rester bien attentif au mystère célébré.

  1. c) La Messe ou l’adoration de la Présence réelle

Enfin, le phénomène le plus frappant, et le plus lourd de conséquences, qui marque la liturgie médiévale, est assurément la focalisation sur le Mystère de la Présence Réelle.

Un geste est emblématique : l’élévation de l’hostie après la Consécration, que tous, théologiens, historiens et liturgistes, considèrent comme le fait le plus important de l’Histoire de la Messe au Moyen-Âge.

L’origine de ce geste est liée aux nombreuses controverses eucharistiques qui agitent la théologie médiévale dès le XIIème siècle et dont certaines vont jusqu’à contester, avec Bérenger de Tours, la réalité de la présence réelle du Christ.

En outre, l’usage s’était établi de mimer les gestes du Christ à la Cène au point d’élever l’hostie au moment où le prêtre disait : « il prit le pain », et de prononcer les paroles de la Consécration dans cette attitude d’élévation. L’évêque de Paris, Eudes de Sully (1196-1208), intervient en demandant aux prêtres de ne pas montrer l’Hostie au peuple avant qu’elle ne soit consacrée, afin que celui-ci adore seulement la Présence réelle.

En fait, la portée de cette décision est beaucoup plus profonde. Jusque là, depuis l’Antiquité, l’action eucharistique était rectiligne, puisque la Consécration elle-même n’était soulignée que par des gestes très discrets. Elle était moins un aboutissement en soi que la continuation d’une action qui se développait jusqu’à la consommation du sacrifice par la Communion eucharistique.

Désormais, la Messe trouve un nouveau centre de gravité : c’est le miracle de la Transsubstantiation qui devient, pour les fidèles, le sommet du rite eucharistique. Et la contemplation de la Présence Réelle va en quelque sorte se substituer à la manducation du Corps du Christ à la communion, laquelle devient tellement rare que le Concile du Latran de 1215 doit faire obligation aux fidèles de communier au moins une fois l’an !

La Messe, du moins  dans l’esprit des fidèles, n’est plus d’abord la grande représentation sacramentelle de tout le mystère pascal du Christ, auquel on communie physiquement, mais le lieu où s’accomplit le miracle sublime de la Transusbtantiation.

La réaction protestante aura beau jeu de réclamer un retour à la Cène évangélique, avec son leitmotiv : « Il faut changer la Messe en Communion ». C’est tomber dans l’excès inverse, quand il eût mieux valu réaffirmer, comme le fera le Concile de Trente, que la Messe est indissociablement le sacrement du Sacrifice du Christ et le sacrement de son Corps et de son Sang donnés en nourriture.

La Messe médiévale n’avait en rien dénaturé cette vérité de foi, mais l’évolution de ses rites et de sa piété, comme la défense de la foi contre les hérésies du temps, concouraient avant tout à mettre en valeur le mystère de la Présence Réelle.

Le temps des réformes

 

3.1. La Réforme protestante et le Missel de saint Pie V

C’est sur ce terrain doctrinal que la Réforme s’est positionnée. En conséquence de ses affirmations sur les sacrements et sur la nature de la Messe, elle a été amenée à contester la liturgie catholique, le rôle de ses prêtres et la participation passive de ses fidèles. Cette contestation s’est d’abord étendue insidieusement, par l’insertion dans les missels existants de textes incompatibles avec la foi catholique.

C’est pour remédier à ces erreurs diffuses dans les missels très nombreux qui avaient vu le jour dans les siècles précédents que saint Pie V imposa à l’Église universelle l’usage du Missel médiéval de la ville de Rome, imprimé pour la première fois en 1474. L’invention de l’imprimerie quelques décennies auparavant devait permettre la diffusion universelle de ce Missel romain, garant de l’orthodoxie eucharistique.

Ne pouvant pas contrôler l’orthodoxie des missels parus depuis le milieu du XIVème siècle, époque des premières grandes contestations eucharistiques, le pape interdit l’usage des missels n’ayant pas au moins 200 ans d’ancienneté.

La liturgie tridentine traversera exactement quatre siècles, jusqu’au nouveau Missel romain réformé par le Pape Paul VI à la suite du concile Vatican II et publié en 1969.

3.2. La mise en cause utopiste de l’héritage médiéval

Après la Réforme, d’autres courants utopistes se sont attaqués, dans les Temps Modernes, à la liturgie de la Messe. Précédant de peu l’époque des Lumières, certains courants jansénistes ont déprécié le caractère irrationnel et mondain des rites ajoutés par le Moyen-Âge. Ainsi certains prêtres jansénistes, tel Jacques Jubé, curé d’Asnières au début du XVIIIème siècle, entendent dépouiller les églises de toutes leurs images, dire la Messe sur un autel nu en se tournant vers les paroissiens, traduire les prières en français, faire participer les fidèles par la procession des offrandes…

Ce qui est contesté par les Lumières, c’est toute la période médiévale, « gothique » comme on dira de manière péjorative, suspectée d’avoir faussé l’institution évangélique de l’Eucharistie, d’avoir encouragé la superstition en n’éclairant pas la dévotion des fidèles, et de s’être positionnée dans une attitude de défense de la foi et des privilèges ecclésiastiques.

3.3. Le Mouvement liturgique et le nouveau Missel romain de Paul VI

Il est vrai que la surenchère esthétique, allégorique et mystique du Moyen-Âge, et surtout l’individualisme grandissant dans la pratique religieuse, ont pu conduire à une mésestime du mystère liturgique. On s’est éloigné des sources premières, on a perdu le sens sacramentel des rites, les dévotions particulières se sont imposées, en lien avec une conception de plus en plus individuelle et moralisante de la vie chrétienne.

  1. a) Le Mouvement liturgique

Pour retrouver l’esprit des premiers siècles et redonner à la liturgie le caractère englobant de toute la vie chrétienne qui avait été le sien durant le premier millénaire, il fallait un grand mouvement de renouveau catholique.

Ce fut le Mouvement liturgique, dont la figure marquante fut, dans les débuts, l’abbé réformateur de Solesmes, Dom Guéranger (1805-1875). Pour lui, les Institutions liturgiques et l’Année liturgique sont la source de la vie de l’Église, la source de sa spiritualité comme de sa doctrine, la source de sa communion universelle sous l’égide du Pontife romain.

Saint Pie X, au début du XXème siècle, encouragera ce mouvement en rappelant que la liturgie est  « la source authentique du véritable esprit chrétien », et en entreprenant d’importantes réformes dans les livres liturgiques romains.

Ainsi, son idée de rétablir l’usage universel du chant grégorien tend à faire revivre à l’Église l’âge d’or liturgique auquel avait présidé saint Grégoire le Grand à la fin de l’Antiquité.

De nombreuses recherches archéologiques, la redécouverte de la théologie ancienne, celle des Pères de l’Église enracinée dans l’Écriture Sainte et l’expérience communautaire de la prière, vont accompagner ce Mouvement liturgique qui, après les réformes et les enseignements majeurs du pape Pie XII, arrivera à maturité au moment du Concile.

  1. b) Les intentions liturgiques du Concile et leur traduction dans le Missel de Paul VI

Quelles furent les intentions du Concile lorsqu’il s’attaqua à la restauration du Missel romain ? Il les énonce lui-même :

Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire.[4]

Voilà l’esprit qui préside à la refonte du Missel Romain. On vise avant tout à favoriser la participation des fidèles à la liturgie , afin « qu’ils n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent consciemment, pieusement et activement à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu… »[5] 

Pour cela, le rituel de la Messe sera révisé afin de le rendre plus lisible, dans cet esprit de « noble simplicité » et de « brièveté remarquable »[6] si caractéristiques du rite romain ancien :

Aussi, en gardant fidèlement la substance des rites, on les simplifiera on omettra ce qui, au cours des âges, a été redoublé ou a été ajouté sans grande utilité ; on rétablira selon l’ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui ont disparu sous les atteintes du temps, dans la mesure où cela apparaîtra opportun ou nécessaire.[7]

Enfin, l’Église réaffirme l’unité des deux tables de la Parole de Dieu et de la Sainte Communion, en demandant que soient ouverts « plus largement les trésors bibliques ».[8]

Il en est résulté le missel romain de Paul VI, publié en 1969, dont nous connaissons la ligne sobre et vraiment romaine, et la richesse du contenu.

Nous y trouvons des nouveautés, qui n’appartiennent certes pas à la tradition romaine, et dont les plus significatives sont à coup sûr les nouvelles prières eucharistiques qui s’ajoutent au Canon Romain, les nouvelles prières d’offertoire inspirées des bénédictions juives du repas pascal, et le nouveau lectionnaire qui permet, en trois ans, de parcourir l’essentiel de la Sainte Écriture.

De nombreux gestes et prières ajoutés au cours du Moyen-Âge ont été supprimés, d’autres, souvent plus anciens, ont été restaurés, en particulier la prière universelle.

Tout ce qui, pour le reste, diffère du Missel Romain de saint Pie V, est puisé aux sources les plus anciennes de la tradition occidentale, en particulier dans les sacramentaires romains du premier millénaire.

D’où vient, alors, l’idée diffuse chez beaucoup depuis quarante ans, ou même revendiquée d’un bord comme de l’autre, que ce Missel ne serait pas dans la continuité de la liturgie antérieure ? Cette question va nous permettre de conclure et de synthétiser ce que notre parcours historique nous aura appris.

En complément

[1] Un exemple, chez saint Jean Chrysostome : « Je vois beaucoup de gens qui participent étourdiment et sans réflexion au Corps du Christ, plutôt par habitude et pour obéir à la loi que par raison et par réflexion. Voient-ils arriver le temps du saint Carême ou celui de l’Épiphanie, en quelque état qu’ils se trouvent, ils prennent part aux sacrements… »

[2] Anonyme, Vita PetriPL CLXXXIX, c. 19.

[3] On cite volontiers saint Vincent de Paul, quelques siècles plus loin, notant : « J’étais une fois à Saint-Germain-en-Laye où je remarquais sept ou huit prêtres qui dirent tous la Messe différemment ; l’un faisait d’une façon, l’autre d’une autre ; c’était une variété digne de larmes. Dieu soit béni de ce qu’il plaît à sa divine Bonté remédier peu à peu à ce grand désordre ! » (Œuvres, éd. P. Coste, t. XII, Entretiens, Paris, 1924, pp. 258-259.)

[4] SC 21.

[5] SC 48.

[6] SC 34.

[7] SC 50.

[8] SC 51.

https://www.communautesaintmartin.org/article/un-regard-historique-sur-la-messe-2-lhistoire-du-missel-romain/

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Le nouveau Missel Romain

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Accueillir la nouvelle traduction, une opportunité pastorale

La sortie prochaine d’une nouvelle traduction du Missel Romain représente une opportunité pastorale pour nos églises diocésaines. Elle est l’occasion de déployer la richesse et le sens de la célébration de l’Eucharistie selon l’ordo missae de 1970 promulgué par le saint Pape Paul VI. Il importe d’accompagner la réception des nouveautés accompagnant cette traduction mais peut-être surtout de l’inscrire dans un projet plus vaste au service de l’édification d’un peuple de louange et d’adoration. Cette édification s’opère de manière privilégiée dans la liturgie « par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, “s’exerce l’œuvre de notre rédemption”, (ce qui) contribue au plus haut point à ce que les fidèles, en la vivant, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église » (SC 2).

Mgr Guy de Kérimel, Président de la Commission Épiscopale pour la Liturgie et la Pastorale Sacramentelle

Nouvelle traduction du Missel : les dix choses qui changent pour les fidèles

 

Une nouvelle traduction du Missel romain doit entrer en vigueur le 28 novembre prochain, premier dimanche de l’Avent.

Un petit événement dans l’Eglise en France ! A partir du dimanche 28 novembre, tous les catholiques francophones entendront et useront de nouveaux mots pendant la messe tels que « consubstantiel au Père », « C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie », « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! », « Frères et sœurs »… L’entrée en vigueur de la nouvelle traduction du Missel romain – le livre rassemblant toutes les prières récitées pendant la messe – n’apporte pas de grands changements dans la liturgie eucharistique, mais offre « l’occasion d’approfondir notre intelligence de la messe », souligne Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble et président de la Commission épiscopale française de liturgie et de pastorale sacramentelle (CELPS).

« La liturgie s’inscrit dans la tradition vivante de l’Eglise, l’Eglise est un corps vivant », ajoute-t-il. D’où la volonté de l’Eglise de faire évoluer le langage de sa prière, en ajustant les gestes et les formules, pour permettre la participation de tous. Pour Bernadette Mélois, directrice du Service national pour la pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS), cette nouvelle traduction invite à « vivre la messe de manière renouvelée, peut-être avec un peu plus d’intensité et d’attention ».

La nouvelle traduction du Missel romain émane de l’instruction du Vatican Liturgiam authenticam de 2001. La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a demandé aux conférences épiscopales de revoir la traduction dans un souci d’uniformisation pour « manifester l’unité du rite romain », explique David Gabillet, rédacteur en chef de la revue Magnificat. L’objectif était, entre autres, de se rapprocher du texte original latin. Un travail de traduction a donc été mené pendant quinze ans sous l’autorité de la Commission épiscopale francophone pour les traductions liturgiques (CEFTL). Il a réuni des experts de France, Belgique, Luxembourg, Suisse, Canada, Afrique du nord et Monaco. Un travail soumis à la triple fidélité dont parle le pape François dans son motu proprio Magnum principium (2017) : fidélité au texte original, fidélité à la langue dans laquelle le texte est traduit, et fidélité à l’intelligibilité du texte par nos contemporains.

La version initiale du Missel romain a été publiée en latin le 3 avril 1969. Elle est suivie de deux autres versions parues en 1975 et 2002. C’est cette dernière, désignée comme 3ème édition typique, qui est en vigueur aujourd’hui dans l’Eglise et qui a été traduite à nouveau. A partir du 28 novembre, les fidèles entendront et réciteront les textes de la nouvelle traduction. En plus de la révision d’un certain nombre de prières, préfaces et dialogues rituels, une plus grande place est donnée au silence et à la gestuelle. Autre évolution, les adresses sont désormais inclusives : « frères et sœurs » au lieu de « frères » auparavant – une volonté chère aux Eglises suisse et canadienne, et qui correspond au texte latin. Enfin, l’accent est mis sur l’eucharistie en tant que mystère. Vous trouverez ici en rouge les ajouts ou les modifications effectués.

1 SALUTATION DU PRÊTRE

Au début de la célébration, le prêtre accueille les fidèles en leur souhaitant la présence du Ressuscité. La nouvelle traduction souligne cela en utilisant le mot « Christ ».

La grâce de Jésus, le Christ, notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père, et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous.

2 ACTE PÉNITENTIEL

Le rite pénitentiel démarre désormais avec la mention « Frères et sœurs ». Une mention que l’on retrouvait déjà dans le missel latin. « Nous avons péché » remplace « nous sommes pécheurs », l’accent est donc mis sur l’acte plus que sur la personne. La Vierge Marie gagne le vocable de bienheureuse.

Frères et sœurs, préparons-nous à célébrer le mystère de l’eucharistie, en reconnaissant que nous avons péché.

Je confesse à Dieu tout-puissant, Je reconnais devant vous, frères et sœurs, que j’ai péché en pensée, en parole, par action et par omission. Oui, j’ai vraiment péché. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi, frères et sœurs, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

3 GLOIRE À DIEU

Attention, dans le Gloire à Dieu, la nouvelle traduction privilégie le pluriel « les péchés » au singulier.

Gloire à Dieu, au plus haut des cieux,
Et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.
Nous te louons, nous te bénissons,
nous t’adorons,
Nous te glorifions, nous te rendons grâce,
pour ton immense gloire,
Seigneur Dieu, Roi du ciel,
Dieu le Père tout-puissant.
Seigneur, Fils unique, Jésus Christ,
Seigneur Dieu, Agneau de Dieu,
le Fils du Père.
Toi qui enlèves les péchés du monde,
prends pitié de nous
Toi qui enlèves les péchés du monde,
reçois notre prière ;
Toi qui es assis à la droite du Père,
prends pitié de nous.
Car toi seul es saint,
Toi seul es Seigneur,
Toi seul es le Très-Haut,
Jésus Christ, avec le Saint-Esprit
Dans la gloire de Dieu le Père.

Amen.

4 JE CROIS EN DIEU

Dès les années 1970, le philosophe Jacques Maritain dénonçait déjà la traduction française du Je crois en Dieu qui affirme que le Christ est « de même nature que le Père » : « La traduction française de la messe met dans la bouche des fidèles, au Credo, une formule qui est erronée de soi, et même, à strictement parler, hérétique », critiquait-il. « Je suis de même nature que Monsieur Pompidou, je ne lui suis pas consubstantiel ». Il se serait donc réjoui car désormais, dans le symbole de Nicée-Constantinople, le terme « consubstantiel » remplace « de même nature », exprimant par-là l’identité de substance entre le Père et le Fils. Le symbole des Apôtres n’a quant à lui pas été modifié.

Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant,
créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible,
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu,
lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu
Engendré non pas créé, consubstantiel au Père,
et par lui tout a été fait.
Pour nous les hommes, et pour notre salut,
il descendit du ciel;
Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Ecritures, et il monta au ciel;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts
et son règne n’aura pas de fin.
Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire;
il a parlé par les prophètes.

Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.
J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.

Amen

5 LITURGIE EUCHARISTIQUE

Le renouvellement des formules de la préparation des dons et de la prière sur les offrandes manifeste que Dieu est à la source de ce que nous lui offrons sous la forme du pain et du vin.

Préparation des dons

Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’univers : nous avons reçu de ta bonté le pain que nous te présentons, fruit de la terre et du travail des hommes ; il deviendra pour nous le pain de la vie.

Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’univers : nous avons reçu de ta bonté le vin que nous te présentons, fruit de la vigne et du travail des hommes ; il deviendra pour nous le vin du Royaume éternel.

Nouvelle prière sur les offrandes

Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout puissant.

Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Eglise.

Anamnèse

Il est grand, le mystère de la foi : Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamonsta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire.

Acclamons le mystère de la foi: Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous annonçons ta mort, Seigneur ressuscité, et nous attendons que tu viennes.

Qu’il soit loué, le mystère de la foi : Sauveur du monde, sauve-nous! Par ta croix et ta résurrection, tu nous as libérés.

6 AGNEAU DE DIEU

Outre le pluriel réitéré des « péchés », l’Agneau de Dieu se clôt désormais par « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau » au lieu de « Heureux les invités au repas du Seigneur ». Une invitation à la communion permettant d’exprimer le mystère de l’Alliance avec Dieu.

Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.
Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.
Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix.

Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde.

Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau !

7 RITE DE CONCLUSION

Jusqu’à présent, le prêtre renvoyait les fidèles en disant : « Allez, dans la paix du Christ ». La nouvelle traduction offre trois autres formules possibles (au choix) :

Allez porter l’Evangile du Seigneur.

Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie.

Allez en paix.

8 LA PLACE DU SILENCE

« Une des nouveautés de cette traduction est la place importante laissée au silence », remarque Bernadette Mélois. Comme le rappelle la Présentation Générale du Missel Romain (PGMR), « le silence sacré fait partie de la célébration ». « Pendant l’acte pénitentiel et après l’invitation à prier, chacun se recueille; après une lecture ou l’homélie, on médite brièvement ce qu’on a entendu; après la communion, le silence permet la louange et la prière intérieure ». Le silence fait donc partie de l’action liturgique et offre la possibilité d’un accueil de la Parole de Dieu. Le nouveau missel indique ainsi un nouveau temps de silence après le Gloire à Dieu : « Tous prient en silence quelques instants, en même temps que le prêtre. Puis, le prêtre, les mains étendues, dit la prière d’ouverture ou de collecte ».

9 LA MISE EN AVANT DU CHANT

La nouvelle traduction rappelle également que la prière liturgique est une prière chantée. Elle accorde ainsi une certaine place au latin, en proposant de chanter dans cette langue le Gloria, le Credo ou encore le Pater Noster. Les préfaces chantées seront aussi publiées avec la nouvelle traduction.

10 L’IMPORTANCE DE LA GESTUELLE

À plusieurs endroits, le nouveau texte précise les gestes du prêtre et ceux de l’assemblée. Il vient par exemple renforcer l’invitation à s’incliner lors de l’évocation du mystère de l’incarnation dans le Je crois en Dieu, ainsi que dans le symbole de Nicée-Constantinople et le symbole des Apôtres. Dans ce dernier, il est demandé de s’incliner de « Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur » à « né de la Vierge Marie ». Dans le symbole de Nicée-Constantinople, l’assemblée est priée de s’incliner pendant la phrase : « Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme ». « Dans la liturgie, le corps participe à la prière de l’Église », explique Bernadette Mélois. « Ce n’est pas une prière intellectuelle, elle fait participer tout l’être et les gestes sont donc importants ».

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Motu proprio Traditionis Custodes

Motu proprio “Traditionis Custodes” :

la lettre explicative du pape François aux évêques

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Publié le 16 juillet 2021

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“Chers frères dans l’épiscopat,

Comme mon prédécesseur Benoît XVI l’a fait avec Summorum Pontificum, j’ai moi aussi l’intention d’accompagner le Motu proprio Traditionis custodes d’une lettre, pour illustrer les raisons qui m’ont conduit à cette décision. Je m’adresse à vous avec confiance et franchise (parrhesia, en grec, ndlr), au nom de ce partage du « souci de toute l’Église, qui contribue par excellence au bien de l’Église universelle », comme le rappelle le Concile Vatican II .

Les motifs qui ont poussé saint Jean-Paul II et Benoît XVI à accorder la possibilité d’utiliser le Missel Romain promulgué par saint Pie V, publié par saint Jean XXIII en 1962, pour la célébration du Sacrifice eucharistique sont évidents pour tous. La faculté, accordée par indult de la Congrégation pour le culte divin en 1984 et confirmée par saint Jean-Paul II dans le Motu proprio Ecclesia Dei de 1988 [3], était avant tout motivée par la volonté de favoriser la recomposition du schisme avec le mouvement guidé de Mgr Lefebvre. La demande, adressée aux Évêques, d’accueillir avec générosité les « justes aspirations » des fidèles qui demandaient l’usage de ce Missel, avait donc une raison ecclésiale de recomposition de l’unité de l’Église.

Cette faculté a été interprétée par beaucoup au sein de l’Église comme la possibilité d’utiliser librement le Missel Romain promulgué par saint Pie V, déterminant une utilisation parallèle au Missel Romain promulgué par saint Paul VI. Pour réguler cette situation, Benoît XVI est intervenu sur la question des années plus tard, régulant un fait interne à l’Église, à savoir que de nombreux prêtres et de nombreuses communautés avaient « utilisé avec gratitude la possibilité offerte par le Motu proprio » de saint Jean-Paul II. Soulignant combien cette évolution n’était pas prévisible en 1988, le Motu proprio Summorum Pontificum de 2007 entendait introduire « une réglementation juridique plus claire » [4]. Pour favoriser l’accès à ceux – même jeunes -, « qui découvrent cette forme liturgique, se sentent attirés par elle et y trouvent une forme particulièrement appropriée pour eux, de rencontre avec le Mystère de la Très Sainte Eucharistie » a déclaré Benoît XVI « le Missel promulgué par saint Pie V et de nouveau publié par le bienheureux Jean XXIII comme une expression extraordinaire de la même lex orandi« , accordant une « possibilité plus large d’utiliser le Missel de 1962 ».

A l’appui de son choix il y avait la conviction que cette disposition ne remettrait pas en doute l’une des décisions essentielles du Concile Vatican II, en en minant de cette façon l’autorité : le Motu proprio reconnaissait pleinement que « le Missel promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la lex orandi de l’Église catholique de rite latin ». La reconnaissance du Missel promulguée par saint Pie V « comme une expression extraordinaire de la lex orandi  elle-même » ne voulait en aucune manière méconnaître la réforme liturgique, mais était dictée par le désir de répondre aux « prières insistantes de ces fidèles », leur permettant de « célébrer le Sacrifice de la Messe selon l’édition typique du Missel Romain promulgué par le bienheureux Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, comme forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église ». Il était conforté dans son discernement par le fait que ceux qui désiraient « retrouver la forme, qui leur est chère, de la sainte Liturgie », « acceptaient clairement le caractère contraignant du Concile Vatican II et étaient fidèles au Pape et aux évêques ». Il déclarait également infondée la crainte de scissions dans les communautés paroissiales, parce que « les deux formes de l’usage du Rite Romain auraient pu s’enrichir mutuellement ». C’est pourquoi il invitait les évêques à surmonter les doutes et les peurs et à recevoir les normes, « en veillant à ce que tout se passe dans la paix et la sérénité », avec la promesse que « l’on pouvait chercher des voies pour trouver un remède »,  au cas où « de graves difficultés seraient venues à la lumière » dans l’application de la normative après « l’entrée en vigueur du Motu proprio ».

Treize ans plus tard, j’ai chargé la Congrégation pour la doctrine de la foi de vous adresser un questionnaire sur l’application du Motu proprio Summorum Pontificum. Les réponses parvenues ont révélé une situation douloureuse qui m’inquiète, me confirmant la nécessité d’intervenir. Malheureusement, l’intention pastorale de mes prédécesseurs, qui avaient entendu « faire tous les efforts afin que tous ceux qui ont vraiment le désir de l’unité aient la possibilité rester dans cette unité ou la retrouver », a été souvent gravement négligée. Une possibilité offerte par saint Jean-Paul II et avec une  magnanimité encore plus grande par Benoît XVI afin de recomposer l’unité du corps ecclésial dans le respect des différentes sensibilités liturgiques a été utilisée pour augmenter les distances, durcir les différences, construire des oppositions qui blessent l’Église et en entravent la progression, en l’exposant au risque de divisions.

Je suis également attristé par les abus de part et d’autre dans la célébration de la liturgie. Comme Benoît XVI, je stigmatise moi aussi que « dans de nombreux endroits on ne célèbre pas de façon fidèle aux prescriptions du nouveau Missel, mais qu’il soit même compris comme une autorisation ou jusqu’à une obligation à la créativité, qui conduit souvent à des déformations à la limite de ce qui est supportable » . Mais je ne suis pas moins attristé par une utilisation instrumentale du Missale Romanum de 1962, toujours plus caractérisée par un refus croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du Concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il aurait trahi la Tradition et la « vraie Église ». S’il est vrai que le chemin de l’Église doit être compris dans le dynamisme de la Tradition, « qui tire son origine des Apôtres et qui progresse dans l’Église sous l’assistance de l’Esprit Saint » (DV 8), le Concile Vatican II, au cours duquel l’épiscopat catholique s’est mis à l’écoute pour discerner le chemin que l’Esprit indiquait à l’Église, constitue l’étape la plus récente de ce dynamisme. Douter du Concile, signifie douter des intentions mêmes des Pères, qui ont exercé leur pouvoir collégial de façon solennelle cum Petro et sub Petro au concile œcuménique, et, en dernière analyse, c’est douter de l’Esprit-Saint lui-même qui guide l’Église.

Le Concile Vatican II lui-même éclaire le sens du choix de revoir la concession permise par mes prédécesseurs. Parmi les vœux  que les évêques ont indiqué avec le plus d’insistance, émerge celui de la participation pleine, consciente et active de tout le Peuple de Dieu à la liturgie , dans la ligne de ce qui a déjà été affirmé par Pie XII dans l’encyclique Mediator Dei sur la renouveau de la liturgie . La constitution Sacrosanctum Concilium a confirmé cette demande, en délibérant sur « la réforme et la croissance de la liturgie », en indiquant les principes qui devraient guider la réforme . En particulier, il a établi que ces principes concernaient le Rite Romain, tandis que pour les autres rites légitimement reconnus, il demandaient qu’ils soient « prudemment révisés de manière intégrale dans l’esprit de la saine tradition et qu’on les dote d’une vigueur nouvelle selon les circonstances et les besoins de le temps ». C’est sur la base de ces principes, que la réforme liturgique s’est faite, sa plus haute expression étant le Missel romain, publié in editio typica par saint Paul VI  et révisé par saint Jean-Paul II . Force est donc de constater que le Rite Romain, adapté plusieurs fois au cours des siècles aux nécessités des époques, a non seulement été conservé, mais renouvelé « dans le fidèle respect de la Tradition » . Quiconque désire célébrer avec dévotion selon la forme liturgique antécédente n’aura aucune difficulté à trouver dans le Missel Romain réformé selon l’esprit du Concile Vatican II, tous les éléments du Rite Romain, en particulier le canon romain, qui constitue un des éléments les plus caractéristiques.

il y a une dernière raison que je veux ajouter au fondement de mon choix : elle est toujours plus évidente dans les paroles et dans les attitudes de beaucoup la relation étroite entre le choix des célébrations selon les livres liturgiques précédant le Concile Vatican II et le rejet de l’Église et de ses institutions au nom de ce qu’ils considèrent comme la « vraie Église ». Il s’agit d’un comportement qui contredit la communion, nourrissant cette incitation à la division – « Je suis à Paul ; Moi, par contre, à Apollos ; Je suis de Céphas ; Je suis du Christ » – contre laquelle l’apôtre Paul a réagi fermement. C’est pour défendre l’unité du Corps du Christ que je suis contraint de révoquer la faculté accordée par mes prédécesseurs. L’usage déformé qui en a été fait est contraire aux raisons qui les ont conduits à leur laisser la liberté de célébrer la messe avec le Missale Romanum de 1962. Puisque « les célébrations liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est » sacrement de l’unité » , elles doivent se faire en communion avec l’Église. Le Concile Vatican II, tout en réaffirmant les liens extérieurs d’incorporation à l’Église – la profession de la foi, des sacrements, de la communion – affirmait avec saint Augustin que c’est une condition pour que le salut que de demeurer dans l’Église non seulement « avec le corps », mais aussi « avec le cœur ».

Chers frères dans l’épiscopat, Sacrosanctum Concilium a expliqué que l’Église comme « sacrement de l’unité » est telle parce qu’elle est le « Peuple saint rassemblé et ordonné sous l’autorité des évêques » [26]. Lumen gentium, tout en rappelant à l’Évêque de Rome d’être « le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité à la fois des évêques et de la multitude des fidèles », dit que vous êtes le « principe visible et le fondement de l’unité dans vos Églises locales, à partir desquelles il existe la seule et unique Église catholique » .

Répondant à vos demandes, je prends la ferme décision d’abroger toutes les normes, instructions, concessions et coutumes antérieures à ce Motu Proprio, et de conserver les livres liturgiques promulgués par les Saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, comme la seule expression de la lex orandi du Rite Romain. Je suis réconforté dans cette décision par le fait qu’après le Concile de Trente, saint Pie V a également abrogé tous les rites qui ne pouvaient se vanter d’une antiquité prouvée, établissant un seul Missale Romanum pour toute l’Église latine. Pendant quatre siècles, ce Missale Romanum promulgué par saint Pie V fut ainsi l’expression principale de la lex orandi du rite romain, remplissant une fonction unificatrice dans l’Église. Pour ne pas contredire la dignité et la grandeur de ce Rite, les Evêques réunis en concile œcuménique on demandé qu’il soit réformé ; leur intention était que « les fidèles n’assistent pas au mystère de la foi comme des étrangers ou des spectateurs silencieux a mais, qu’avec une pleine compréhension des rites et des prières, ils participent à l’action sacrée consciemment, pieusement et activement » . Saint Paul VI, rappelant que le travail d’adaptation du Missel Romain avait déjà été commencé par Pie XII, déclara que la révision du Missel Romain, menée à la lumière des sources liturgiques les plus anciennes, avait pour but de permettre à l’Église d’élever, dans la variété de langues, « une seule et même prière » qui exprime son unité. J’ai l’intention de rétablir cette unité dans toute l’Église de Rite Romain.

En décrivant la catholicité du Peuple de Dieu, le Concile Vatican II rappelle que « dans la communion ecclésiale il y a des Églises particulières, qui jouissent de leurs propres traditions, sans préjudice de la primauté de la chaire de Pierre qui préside à la communion universelle de charité, garantit les diversités légitimes et en même temps veille à ce que le particulier non seulement ne nuise pas à l’unité, mais qu’il la serve » . Alors qu’en exerçant mon ministère au service de l’unité, je prends la décision de suspendre la faculté accordée par mes prédécesseurs, je vous demande de partager ce poids avec moi comme une forme de participation à la sollicitude pour toute l’Église. Dans le Motu proprio, j’ai voulu affirmer qu’il appartient à l’Evêque, en tant que modérateur, promoteur et gardien de la vie liturgique dans l’Eglise dont il est le principe d’unité, de régler les célébrations liturgiques. Il vous appartient donc d’autoriser dans vos Eglises, en tant qu’Ordinaires locaux, l’usage du Missel Romain de 1962, en appliquant les normes de ce Motu proprio. C’est avant tout à vous de travailler pour revenir à une forme festive unitaire, en vérifiant au cas par cas la réalité des groupes qui célèbrent avec ce Missale Romanum.

Les indications sur la marche à suivre dans les diocèses sont principalement dictées par deux principes : d’une part, pourvoir au bien de ceux qui sont enracinés dans la forme de célébration précédente et ont besoin de temps pour revenir au Rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II ; d’autre part, interrompre l’érection de nouvelles paroisses personnelles, liées plus au désir et à la volonté de certains prêtres qu’au besoin réel du « saint peuple de Dieu fidèle ». En même temps, je vous demande de veiller à ce que chaque liturgie soit célébrée avec décorum et avec fidélité aux livres liturgiques promulgués après le Concile Vatican II, sans excentricités qui dégénèrent facilement en abus. Les séminaristes et les nouveaux prêtres doivent être éduqués à cette fidélité aux prescriptions du Missel et aux livres liturgiques, qui reflètent la réforme liturgique souhaitée par le Concile Vatican II.

Pour vous, j’invoque l’Esprit du Seigneur ressuscité, afin qu’il vous rende forts et fermes dans le service du Peuple que le Seigneur vous a confié, afin que, par vos soins et votre vigilance, il exprime la communion même dans l’unité d’un seul Rite, dans lequel est gardée la grande richesse de la tradition liturgique romaine. Je prie pour vous. Vous priez pour moi.”

FRANÇOIS

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Motu proprio

VATICAN-LEBANON-RELIGION-POPE-PRAYER
Pope Francis looks on as he goes into the tomb of St. Peter and St. Paul during a « Short Moment of Prayer, Day of Reflection and Prayer Lebanon » at the Altar of Confession in Saint Peter Basilica in the Vatican on July 1, 2021. (Photo by Andreas SOLARO / AFP)

Qu’est-ce qu’un Motu Proprio ? « motu proprio» signifie « de son propre chef ». c’est un acte législatif pris et promulgué par le Pape, agissant de sa propre initiative, en pleine connaissance de cause et (non pour répondre à une sollicitation). Cet acte équivaut à un décret qui précise des règles d’administration et d’organisation dans l’Eglise.

CHRIST ROI, FETE DU CHRIST ROI, HOMELIES, JEAN CHRYSOSTOME (saint ; 344/349-407), LE BON LARRON, LITURGIE, SERMONS

Fête du Christ-Roi : homélie de saint Jean Chrysostome

Sur la Croix, Jésus est Roi, homélie de St Jean Chrysostome

dimas

 

Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne (Lc 23, 42). Le larron n’a pas osé faire cette Prière avant d’avoir déposé par son aveu le fardeau de ses péchés. Tu vois, chrétien, quelle est la puissance de la Confession!
Il a avoué ses péchés et le Paradis s’est ouvert.
Il a avoué ses péchés et il a eu assez d’assurance pour demander le Royaume après ses brigandages.

Songes-tu à tous les bienfaits que la Croix nous procure? Tu veux connaître le Royaume? Dis-moi: Que vois-tu donc ici qui y ressemble?
Tu as sous les yeux les clous et une croix, mais cette Croix même, disait Jésus, est bien le signe du Royaume.
Et moi, en le voyant sur la Croix, je le proclame Roi.
Ne revient-il pas à un roi de mourir pour ses sujets? Lui-même l’a dit: Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis (Jn 10, 11).
C’est également vrai pour un bon roi: lui aussi donne sa vie pour ses sujets. Je le proclamerai donc Roi à cause du don qu’il a fait de sa vie. Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume.

Comprends-tu maintenant comment la Croix est le signe du Royaume? Si tu le veux, voici encore une autre preuve.
Le Christ n’a pas laissé sa Croix sur la Terre, mais il l’a soulevée et emportée avec lui dans le Ciel.
Nous le savons parce qu’il l’aura près de Lui quand il reviendra dans la Gloire. Tout cela pour t’apprendre combien est vénérable la Croix qu’il a appelée sa Gloire.

Lorsque le Fils de l’homme viendra, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat (Mt 24, 29). Il régnera alors une clarté si vive que même les étoiles les plus brillantes seront éclipsées. Les étoiles tomberont du Ciel. Alors paraîtra dans le Ciel le signe du Fils de l’homme (Mt 24, 29-30).

Tu vois quelle est la puissance du signe de la Croix ! Quand un roi entre dans une ville, les soldats prennent les étendards, les hissent sur leurs épaules et marchent devant lui pour annoncer son arrivée.
C’est ainsi que des légions d’Anges et d’Archanges précéderont Le Christ, lorsqu’Il descendra du Ciel.
Ils porteront sur leurs épaules ce signe annonciateur de la venue de notre Roi.

Source: Homélie de Saint Jean Chrysostome (+ 407) 
Homélie sur la Croix et le larron, 1,3-4, PG 49, 403-404. 

EGLISE CATHOLIQUE, FETE DE LA PRESENTATION DE MARIE AU TEMPLE, FETES, LITURGIE, PRESENTATION DE MARIE AU TEMPLE, VIERGE MARIE

Fête de la Présentation de la Vierge Marie au Temple

Présentation de la Vierge Marie
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DE LA PRÉSENTATION DE MARIE 

L’offrande que Marie fit d’elle-même à Dieu fut prompte sans retard, entière sans réserve.

Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais d’offrande de pure créature, plus grande et plus parfaite que celle que Marie fit à Dieu à l’âge de trois ans, lorsqu’elle se présenta au temple pour offrir, non des aromates, des animaux, des talents d’or, mais toute sa personne en parfait holocauste, se consacrant comme une victime perpétuelle en son honneur. Elle entendit la voix de Dieu qui dès lors l’invitait à se dévouer toute à son amour (Cant. 2), elle vola donc vers son Seigneur, oubliant sa patrie, ses parents, tout en un mot, pour ne s’attacher qu’à l’aimer et à lui complaire (Ps. 4). Sur le champ, elle obéit à la voix divine. Considérons donc combien fut agréable à Dieu cette offrande que Marie lui fit d’elle-même, puisqu’elle s’offrit à lui promptement et entièrement : promptement sans retard, entièrement sans réserve, sujets de deux points distincts.

PREMIER POINT. Entrons en matière. Marie s’offrit promptement à Dieu. Dès le premier moment où cette céleste enfant fut sanctifiée dans le sein de sa mère, et ce fut le premier de son immaculée conception, elle reçut le parfait usage de la raison, pour pouvoir commencer dès lors à mériter, suivant l’opinion commune des docteurs, d’accord avec le P. Suarez ce Père dit que la manière la plus parfaite dont Dieu se sert pour sanctifier une âme, étant de la sanctifier par son propre mérite, suivant ce qu’enseigne saint Thomas, on doit croire que la bienheureuse Vierge a été sanctifiée de cette manière. Si ce privilège a été accordé aux anges et à Adam, comme le dit le docteur angélique, il faut admettre à bien plus forte raison qu’il a été accordé à la divine Mère ; car, Dieu ayant daigné la choisir pour la Mère, on doit supposer certainement qu’il lui a conféré de plus grands dons qu’à toutes les autres créatures. En sa qualité de Mère, dit Suarez, elle a en quelque sorte un droit particulier à tous les dons de son Fils. Comme, à raison de l’union hypostatique, Jésus dut avoir la plénitude de toutes les grâces, il convint aussi, à raison de la divine maternité de Marie, que Jésus, en retour de l’obligation naturelle qu’il lui avait, lui conférât des grâces plus grandes que celles qui étaient accordées à tous les anges et aux autres saints.

C’est pourquoi, des le premier instant de sa vie, Marie connut Dieu, et le connut si bien, qu’aucune langue, dit l’ange à sainte Brigitte, ne saurait expliquer combien l’intelligence de la sainte Vierge réussit à pénétrer Dieu des le premier moment qu’elle le connut. Et des lors aussi, éclairée des premiers rayons de la divine lumière, elle s’offrit toute entière au Seigneur, se dévouant sans réserve à son amour et à sa gloire, comme l’ange continua à le dire à sainte Brigitte : Aussitôt notre Reine se détermina à sacrifier a Dieu sa volonté avec tout son amour pour le temps de sa vie. Et nul ne peut comprendre combien sa volonté se soumit alors a embrasser toutes les choses qui plaisaient au Seigneur.

Mais cette enfant immaculée, apprenant ensuite que ses parents, saint Joachim et sainte Anne, avaient promis a Dieu, même avec voeu, que, s’il leur accordait un rejeton, ils le consacreraient à son service dans le temple, et les Juifs ayant l’antique coutume de placer leurs filles dans des cellules, autour de cet édifice, pour y être élevées, comme le rapportent Baronius, Nicéphore, Cedranus et Suarez, d’après l’historien Josèphe et le témoignage de saint Jean Damascène, de saint Grégoire de Nicomédie, de saint Anselme, de saint Ambroise ; et comme cela est d’ailleurs établi clairement par un passage du livre 2e des Macchabées (3, 20), relatif à Héliodore, qui voulut pénétrer dans le temple pour s’emparer du trésor ; Marie apprenant cela, dirons-nous, lorsqu’elle avait à peine trois ans, ainsi que l’attestent saint Germain et saint Epiphane, c’est-à-dire à l’âge où les jeunes filles ont un plus grand désir et un plus grand besoin de l’assistance de leurs parents, voulut être solennellement offerte et consacrée à Dieu, en se présentant dans le temple ; aussi fut-elle la première à prier ses parents avec instance de l’y conduire pour accomplir leur voeu. Et sa sainte Mère, dit saint Grégoire de Nysse, s’empressa de le faire. Saint Joachim et sainte Anne, sacrifiant généreusement à Dieu ce que leur coeur chérissait le plus sur la terre, parlent de Nazareth, portant tour à tour dans leurs bras leur fille bien-aimée, car elle n’aurait pu franchir a pied la longue distance de 80 milles qui sépare Nazareth de Jérusalem. Ils voyageaient accompagnés d’un petit nombre de parents ; mais des légions d’ange, dit saint Grégoire de Nicomédie, formaient leur cortège, et servaient durant ce voyage la Vierge immaculée qui allait se consacrer à la majesté divine. Oh ! qu’ils sont beaux, devaient alors chanter les anges, qu’ils sont agréables à Dieu, les pas que vous faites pour aller vous offrir à lui, ô Fille bien-aimée de notre commun Seigneur (Cant. 7, 1). Dieu, dit saint Bernardin, fit en ce jour une grande fête avec toute la cour céleste, en voyant conduire son Épouse au temple, car il ne vit jamais de créature plus sainte et plus aimable s’offrir à lui. Allez donc, s’écrie saint Germain, archevêque de Constantinople, allez, ô Reine du monde, ô Mère de Dieu, allez avec joie à la maison du Seigneur, attendre la venue du divin Esprit qui vous rendra Mère du Verbe éternel.

Lorsque cette sainte société arriva au temple, l’aimable enfant se tourna vers ses parents, s’agenouilla en baisant leurs mains, et leur demanda leur bénédiction ; puis, sans jeter aucun regard en arrière, elle franchit les quinze marches du temple (comme le rapporte Arias Montanus d’après Josèphe), et se présenta au prêtre saint Zacharie, dit saint Germain. Renonçant alors au monde, renonçant à tous les biens qu’il promet à ses serviteurs, elle s’offrit et se consacra à son Créateur.

Au temps du déluge, le corbeau, envoyé par Noé hors de l’arche, s’y arrêta pour se repaître de cadavres ; mais la colombe, sans même poser le pied, retourna aussitôt a l’arche. Bien des hommes envoyés par Dieu en ce monde s’y arrêtent aussi malheureusement à se nourrir des biens terrestres. Il n’en fut pas de même de Marie, notre céleste colombe ; elle connut que Dieu doit être notre unique bien, notre unique espérance, notre unique amour ; elle connut que le monde est plein de périls, et que plus tôt on le quitte, plus tôt on est délivré de ses pièges ; aussi voulut-elle le fuir dès sa plus tendre enfance, et alla-t-elle s’enfermer dans la sainte retraite du temple, pour y mieux entendre la voix du Seigneur, pour l’honorer et l’aimer davantage. Ainsi la sainte Vierge, des ses premières actions, se rendit chère et agréable à son Dieu, comme l’Église le lui fait dire. C’est pourquoi on la compare à la lune ; car, de même que la lune achève son cours plus vite que les autres planètes, de même Marie atteignit la perfection plus vite que tous les saints, en se donnant a Dieu promptement, sans délai, et entièrement sans réserve. Passons à ce second point, qui prête à de longs développements.

DEUXIEME POINT. Eclairée d’en haut, cette enfant savait bien que Dieu n’accepte pas un coeur divisé, mais qu’il veut qu’on le consacre tout entier à son amour, suivant le précepte qu’il en a donné. Aussi, dès le premier instant de sa vie, commença-t-elle à aimer Dieu de toutes ses forces, et se donna-t-elle à lui toute entière. Mais son âme très sainte soupirait avec ardeur après le moment de se consacrer tout à fait à lui en effet, et d’une manière publique et solennelle. Considérons donc avec quelle ferveur cette Vierge aimante, se voyant enfermée dans le saint lieu, se prosterna pour en baiser le parvis, comme celui de la maison du Seigneur, puis elle adora son infinie majesté, et le remercia d’avoir daigné l’admettre à habiter pendant quelque temps sa maison ; ensuite elle s’offrit toute entière à son Dieu, sans réserve d’aucune chose, lui offrant toutes ses facultés et tous ses sens, tout son esprit et tout son coeur, toute son âme et tout son corps ; car ce fut alors, comme on le croit, que pour plaire a Dieu elle fit le voeu de virginité, voeu que Marie forma la première, suivant l’abbé Rupert. Et elle s’offrit, sans limitation du temps, comme l’affirme Bernardin de Busto. Car elle avait alors l’intention de se dévouer à servir la divine majesté dans le temple, durant toute sa vie, si Dieu l’avait ainsi voulu, et sans jamais sortir du lieu saint. Oh ! avec quel amour dut-elle s’écrier alors : Mon Seigneur et mon Dieu, je ne suis venue que pour vous plaire et pour vous rendre tout l’honneur que je puis ; je ne veux vivre et mourir que pour vous, si vous l’agréez ; acceptez le sacrifice que vous fait votre pauvre servante, et aidez-moi a vous être fidèle.

Considérons combien fut sainte la vie de Marie dans le temple ; en l’y voyant croître en perfection, comme l’aurore en lumière, qui pourrait expliquer comment resplendissaient en elle, et plus belles de jour en jour, toutes les vertus, la charité, la modestie, l’humilité, le silence, la mortification, la mansuétude ? Planté dans la maison de Dieu, ce bel olivier, dit saint Jean Damascène, arrosé par l’Esprit saint, devint le séjour de toutes les vertus. Le même saint dit ailleurs : Le visage de la Vierge était modeste, son esprit humble, et ses paroles, expression d’une âme recueillie, étaient douces et pleines de charmes ; il ajoute autre part : La Vierge éloignait la pensée de toutes les choses terrestres, pour embrasser toutes les vertus ; s’occupant ainsi de la perfection, elle y fit en peu de temps de si grands progrès qu’elle mérita de devenir le temple de Dieu.

Saint Anselme, traitant de la vie de la sainte Vierge dans le temple, dit que Marie était docile, parlait peu, demeurait recueillie, sans rire ni se troubler jamais. Elle persévérait dans l’oraison, dans la lecture des Livres saints, dans le jeûne et dans toutes les pratiques de vertu. Saint Jérôme entre dans de plus grands détails : Marie réglait ainsi sa journée : depuis le matin jusqu’a Tierce, elle restait en oraison ; de Tierce jusqu’à None, elle s’occupait de quelque travail ; à None reprenait l’oraison jusqu’à ce que l’ange lui apportât sa nourriture comme de coutume. Elle était la première dans les veilles, la plus exacte à accomplir la loi divine, la plus profonde en humilité, la plus parfaite dans chaque vertu. On ne la vit jamais en colère : toutes ses paroles respiraient tant de douceur qu’on reconnaissait l’Esprit de Dieu a son langage.

La divine Mère révéla elle-même à sainte Elisabeth vierge, de l’ordre de saint Benoît, que, lorsque ses parents l’eurent laissée dans le temple, elle résolut de n’avoir que Dieu pour père, et elle songeait à ce qu’elle pouvait faire pour lui être agréable. Elle se détermina à lui consacrer sa virginité, et à ne posséder quoi que ce fut au monde, soumettant toute sa volonté au Seigneur. Entre tous les préceptes, elle se proposait surtout d’observer celui de l’amour de Dieu ; elle allait, au milieu de la nuit, prier le Seigneur, à l’autel du temple, de lui accorder la grâce de pratiquer ses commandements, et de lui faire voir en ce monde la Mère du Rédempteur, le suppliant de lui conserver les yeux pour la contempler, la langue pour la louer, les mains et les pieds pour la servir, et les genoux pour adorer dans son sein son divin Fils. Sainte Elisabeth, à ces mots de Marie, lui dit : Mais, ô ma souveraine, n’étiez-vous pas pleine de grâce et de vertu ? Et Marie répondit : Sachez que je me regardais comme la plus vile des créatures, et comme indigne de la grâce de Dieu ; c’est pourquoi je demandais ainsi la grâce et la vertu. Enfin, pour nous convaincre de la nécessité absolue où nous sommes tous de demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin, Marie ajouta : Pensez-vous que j’aie obtenu la grâce et la vertu sans peine ? Sachez que je n’ai reçu de Dieu aucune grâce sans une grande peine, sans de continuelles oraisons, des désirs ardents, et beaucoup de larmes et de pénitences.

Mais on doit s’attacher surtout aux révélations faite à sainte Brigitte, touchant les vertus et les exercices pratiques par la sainte Vierge dans son enfance. Dès son bas âge, y est-il dit, Marie fut remplie de l’Esprit saint, et à mesure qu’elle croissait en années, elle croissait aussi en grâce. Des lors, elle résolut d’aimer Dieu de tout son coeur, de manière a ne l’offenser ni par ses paroles, ni par ses actions, aussi méprisait-elle tous les biens de la terre. Elle donnait aux pauvres tout ce qu’elle pouvait. Elle était si sobre qu’elle ne prenait que la nourriture absolument nécessaire pour soutenir son corps. Ayant appris, dans l’Ecriture Sainte, que Dieu devait naître d’une vierge afin de racheter le monde, elle s’enflamma tellement du divin amour, qu’elle ne désirait que Dieu et ne pensait qu’à lui, se plaisant que dans le Seigneur, elle fuyait la conversation même de ses parents, pour n’être point détournée du souvenir de Dieu. Enfin, elle souhaitait de se trouver au temps de la venue du Messie, afin d’être la servante de l’heureuse Vierge qui aurait mérite de devenir sa Mère. Voila ce que contiennent les révélations faites à sainte Brigitte (Livre 1 et 3, ch. 8).

Ah! c’est pour l’amour de cette sublime enfant que le Rédempteur hâta sa venue au monde ; tandis que, dans son humilité, elle ne se croyait pas digne d’être la servante de la divine Mère, elle fut choisie pour la devenir elle-même ; par l’odeur de ses vertus, par la puissance de ses prières, elle attira dans son sein virginal le Fils de Dieu. Voila pourquoi Marie a reçu du divin Époux le nom de tourterelle (Cant. 2, 12), non seulement parce qu’à l’exemple de la tourterelle elle aimait la solitude, vivant en ce monde comme dans un désert, mais parce que, comme la tourterelle fait retentir les campagnes de ses gémissements, ainsi Marie gémissait dans le temple, en compatissant aux misères du monde perdu et en demandant a Dieu notre commune Rédemption. Oh! avec quel amour, avec quelle ferveur, elle répétait a Dieu dans le temps les supplications et les soupirs des prophètes, pour qu’il envoyât le Rédempteur (Isaïe 16, 1 ; 45. 8).

Enfin Dieu se plaisait à voir cette Vierge s’élever de plus en plus vers le sommet de la perfection, semblable à une colonne de parfums, qui exhalait les odeurs de toutes les vertus, comme l’Esprit saint le dit dans les cantiques (Cant. 3, 6). En vérité, déclare saint Sophrone, cette enfant était le jardin de délices du Seigneur, parce qu’il y trouvait toutes les sortes de fleurs, et toutes les odeurs de vertus. Aussi saint Jean Chrysostome affirme-t-il que Dieu choisit Marie pour sa Mère sur la terre, parce qu’il n’y trouva point de Vierge plus sainte et plus parfaite, ni de lieu plus digne de sa demeure, que son sein très sacré, parole confirmée par saint Bernard ; et saint Antonin assure que la Bienheureuse Vierge, pour être élue et destinée à la dignité de Mère de Dieu, dut posséder une perfection si grande et si consommée qu’elle surpassât en perfection toutes les autres créatures.

Comme cette sainte enfant se présenta et s’offrit à Dieu dans le temple promptement et sans réserve, ainsi présentons-nous en ce jour à Marie entièrement et sans délai, et prions-la de nous offrir à Dieu, qui ne nous repoussera pas, en nous voyant présentés par la main de celle qui fut le temple vivant du Saint-Esprit, les délices du Seigneur, et la Mère destinée au Verbe éternel. Mettons tout notre espoir en cette sublime et excellente souveraine, qui récompense avec tant d’amour les honneurs que lui rendent ses serviteurs.

Extraits des Vertus de Marie de saint Alphonse de Liguori

DIACONAT, DIACRE, EGLISE CATHOLIQUE, EVÊQUE, LITURGIE, ORDINATION, PRETRE, SACREMENT DE L'ORDRE, SACREMENTS

Le sacrement de l’ordre

Le sacrement de l’ordre

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Au sein de l´Église catholique, le service de la communauté est assuré plus particulièrement par les évêques, les prêtres et les diacres, que l’on appelle « ministres ordonnés ».

Leur mission dans l´Église leur est confiée, au nom de Jésus Christ, par le sacrement de l´ordre, généralement appelé « ordination ». Le sacrement de l´ordre se caractérise par l´imposition des mains et la prière de consécration prévue. Le sacrement est conféré une fois pour toutes.
Le ministre ordonné manifeste à tous que c´est le Christ qui appelle, rassemble et envoie sur les chemins du monde.

 

Le sacrement de l’ordre comporte trois degrés :

l’épiscopat pour les prêtres appelés par le pape à devenir successeurs des apôtres auprès d’une Eglise particulière

le presbytérat pour les diacres appelés par leur évêque à devenir prêtre par l’ordination sacerdotale, collaborateurs des évêques ; ils sont envoyés au service d’une partie du peuple de Dieu (paroisse…)

le diaconat pour les hommes appelés par leur évêque à servir l’Eglise diocésaine à l’image du Christ Serviteur

 

L’ORDINATION ÉPISCOPALE

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Les évêques
Le mot « évêque » vient du grec episcopos, qui désigne la mission de veiller sur la communauté, de la protéger, pour que celle-ci se comporte le plus justement possible en véritable peuple de Dieu.
Les évêques reçoivent, comme les Apôtres, la plénitude du sacrement de l’Ordre. Ils sont garants de l´annonce de la foi et de l’Évangile dans leur diocèse. Ils sont responsables quant à l’administration des sacrements, avec toutes les questions pastorales que cela soulève aujourd’hui. Enfin, les évêques exercent une responsabilité de gouvernement – appelée aussi « charge pastorale », au nom du Christ, envers « la portion du peuple de Dieu –diocèse– qui lui est confiée ».

 

L’ORDINATION DES PRÊTRES

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Les prêtres sont ordonnés par l´évêque de leur diocèse.
Ils sont co-responsables de l´Église locale : le prêtre est défini comme coopérateur, collaborateur de l´évêque. Il est « envoyé » (un don fait) à une communauté, il n´en est pas le délégué.
Ses missions peuvent s´exercer dans des cadres très divers. Mais, quelle que soit la charge que le prêtre a reçu (une ou plusieurs paroisses, une aumônerie; …), sa présence consiste toujours à éveiller chacun au Christ, à sa parole libératrice.

 

Comment se déroule une ordination ?

L’ordination sacerdotale est la célébration liturgique où le prêtre reçoit de l’évêque le 2ème degré du sacrement que l’on appelle « sacrement de l’ordre » au degré de prêtre. Par l’ordination, le nouveau prêtre reçoit le caractère sacerdotal qui est une marque ineffaçable comme le caractère baptismal. Il entre aussi dans le « presbyterium » qui est la communauté des prêtres d’un diocèse unis autour de leur évêque.

Les étapes de la célébration de l’ordination :

 

  1. L’appel du candidat. « Que celui qui va être ordonné prêtres’avance… »

« Que celui qui va être ordonné prêtre s’avance… » « Me voici » Au début de la célébration, l’Église locale demande à l’évêque d’ordonner le candidat (ordinand) pour la charge du presbytérat. Un prêtre, désigné pour cela, atteste à l’évêque qui l’interroge publiquement, que le candidat a été jugé digne d’être ordonné. L’évêque dit alors : « Avec l’aide du Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et notre Sauveur, nous les choisissons pour l’ordre des prêtres ». Ce choix est accueilli par un chant comme l’hymne du Gloire à Dieu.

 

  1. L’engagement de l’ordinand

Il y a un dialogue public entre l’évêque et le futur prêtre : ce dernier s’engage devant tous à vivre son ministère de prêtre selon ce que demande l’Église.

 

  1. La litanie des saints

C’est la prière d’intercession chantée pendant que l’ordinand est allongé sur le sol. Il sait qu’il a besoin du soutien du Seigneur et de la prière de ses frères. Le fait d’être allongé au sol (prostration) signifie l’abandon de l’ordinand à Dieu dans son ministère pour toute sa vie. L’ordination sacerdotale est la célébration liturgique où le prêtre reçoit de l’évêque le 2ème degré du sacrement que l’on appelle « sacrement de l’ordre » au degré de prêtre. Par l’ordination, le nouveau prêtre reçoit le caractère sacerdotal qui est une marque ineffaçable comme le caractère baptismal. Il entre aussi dans le « presbyterium » qui est la communauté des prêtres d’un diocèse unis autour de leur évêque.

 

  1. L’imposition des mains de l’évêque et la prière d’ordination

Le candidat reçoit le don de l’Esprit Saint pour la charge qui lui est confiée. Répétant les gestes déjà adoptés par les premières communautés chrétiennes, l’évêque impose les mains. Dans un geste de bénédiction et de prière silencieuse, les pères imposent eux aussi leurs mains. L’imposition des mains signifie la mission confiée par le Christ, mission qui se transmet par les mains des Apôtres et de leurs successeurs : « Père tout puissant, donne à tes serviteurs que voici, d’entrer dans l’ordre des prêtres…»

 

  1. Vêture

Aussitôt après la prière d’ordination, on revêt l’ordonné de l’étole presbytérale et de la chasuble, pour que soit manifesté extérieurement le ministère qu’il devra accomplir dans la liturgie.

 

  1. Puis, l’évêque répand dans les paumes des mains du nouveau prêtrel’huile sainte, mêlée de parfum que l’on appelle le saint Chrême.

Cette onction signifie le don de l’Esprit Saint qui fortifie le prêtre « pour sanctifier le peuple chrétien ».

 

  1. L’évêque dans un dernier geste significatif remet au nouveau prêtrela patène et le calice nécessaires à son nouveau ministère Le nouveau prêtrereçoit le pain et le vin qui deviendront dans l’eucharistie le Corps et le Sang du Christ.

L’évêque leur dit alors : « Ayez conscience de ce que vous ferez, imitez dans votre vie ce que vous accomplirez par ces rites et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur. »

 

  1. Le baiser de paix

En donnant un baiser fraternel au nouveau prêtre, l’évêque scelle l’acceptation de celui-ci comme son ministre. Les autres prêtres font de même et manifestent ainsi qu’ils sont en communion de ministère, membre d’un même ordre. Dans la liturgie eucharistique qui suit, le nouveau prêtre exerce pour la première fois son ministère en concélébrant avec l’évêque et les autres prêtres.

 

LE DIACONAT PERMANENT

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Les diacres

Par leur ordination, les diacres signifient et rappellent à tout le peuple de Dieu, que l’Église ne doit cesser de manifester la charité du Christ pour tout homme. En particulier les plus pauvres, ceux qui sont à la marge.
Ils sont au sein de l’Église, et pour le monde, le signe du Christ serviteur « lui qui s’est anéanti en prenant la condition de serviteur et devenant semblable aux hommes » (Ph 2,7). Le geste du lavement des pieds (Jn 13) est le signe par excellence du Dieu qui vient à la rencontre de l’homme par un chemin bouleversant, celui du service.

Les grands moments d’une ordination diaconale

Au début de la célébration

Appel du candidat

L’évêque :  » Que celui qui va être ordonné diacre s’avance.  »

L’ordinand :  » Me voici !  »

C’est l’Eglise qui appelle le futur diacre, et c’est librement que le candidat se présente comme Moïse s’est présenté à l’appel de son nom devant le buisson ardent. Par ces quelques pas, celui qui va être ordonné manifeste publiquement son désir de mettre ses pas dans ceux du Christ, d’être entraîné plus loin qu’il ne l’aurait soupçonné.

Présentation du candidat

Le responsable de la formation présente le candidat à l’évêque, retraçant son parcours d’homme et de foi. Devant le peuple de Dieu, le candidat est présenté afin que tous prennent connaissance de son parcours. Cette présentation est aussi un résumé, en quelque sorte, de l’enquête auprès du peuple de Dieu afin de mieux connaître le candidat une fois que ce dernier a fait sa demande. Les pasteurs sont issus du peuple de Dieu, ce dernier peut donc témoigner que le candidat a ou non les aptitudes requises.

Engagement au célibat

L’évêque : « Vous êtes prêt à vous engager au célibat. Voulez-vous, pour signifier le don de vous-même au Christ Seigneur, garder toujours cet engagement à cause du Royaume des Cieux, en vous mettant au service de Dieu et de votre prochain ? »

L’ordinand : Oui, je le veux.

Par cet engagement, le candidat va signifier par sa vie la présence du Royaume de Dieu déjà là et pas encore. La disponibilité de son état de célibataire sera une ouverture vers les autres et donc vers Dieu, une manière de se donner pleinement à la suite du Christ, une manifestation d’un choix libre en vue du ministère de prêtre.

Pour un ordinand marié, il n’y a pas d’engagement au célibat, mais une demande d’acceptation de l’épouse.

L’évêque : « L’Eglise me demande d’ordonner diacre votre mari. Acceptez-vous tout ce que le diaconat qu’il va recevoir apportera de nouveau dans votre couple et votre vie de famille ? »

L’épouse de l’ordinand : – « Oui, je l’accepte ».

Liturgie de l’ordination

Invocation de l’Esprit Saint : Veni Creator Spiritus

Le temps de l’ordination commence par le chant « Veni, creator spiritus » (Viens Esprit créateur) pour invoquer l’Esprit Saint, don de Dieu à ceux qu’Il appelle. « Dieu donne ton Esprit Saint à celui que tu as choisi. Donne ton Esprit à tes enfants afin qu’ils continuent de témoigner de ta grâce au monde ». Si Dieu donne son Esprit largement, bien souvent, c’est nous, les réceptacles de ce don inestimable, qui ne prenons pas la mesure du don qui nous est fait. Ne nous lamentons pas, invoquons, prions Dieu de nous rendre toujours plus disponibles et attentifs à recevoir les sept dons de son Esprit.

Interrogation de l’ordinand

L’évêque interroge le futur diacre.

L’évêque : Fils bien-aimé, avant d’être ordonné diacre, il convient que vous déclariez devant l’assemblée votre intention de recevoir cette charge. Voulez-vous être consacré à la diaconie de l’Église par l’imposition de mes mains et le don du Saint Esprit ?

L’ordinand : Oui, je le veux.

L’évêque : Voulez-vous accomplir votre fonction de diacre avec charité et simplicité de cœur, pour aider l’évêque et ses prêtres, et faire progresser le peuple chrétien ?

L’ordinand : Oui, je le veux.

L’évêque : Voulez-vous, comme dit l’Apôtre, garder le mystère de la foi dans une conscience pure, et proclamer cette foi par la parole et par vos actes, fidèle à l’Évangile et à la Tradition de l’Église ?

L’ordinand : Oui, je le veux.

L’évêque : Voulez-vous garder et développer un esprit de prière conforme à votre état et, dans la fidélité à cet esprit, célébrer la liturgie des Heures en union avec le peuple de Dieu, intercédant pour lui et pour le monde entier ?

L’ordinand : Oui, je le veux.

L’évêque : Voulez-vous conformer toute votre vie aux exemples du Christ dont vous prendrez sur l’autel le corps et le sang pour le distribuer aux fidèles ?

L’ordinand : Oui, je le veux, avec la grâce de Dieu.

Il s’engage alors : A exercer la charité et l’accueil des plus pauvres, A prier pour l’Eglise, son peuple et le monde, A suivre le Christ, avec la grâce de Dieu !

Par ce dialogue, l’ordinand s’engage à être conformé au Christ serviteur. En se conformant au Christ, il choisit de Le servir à travers l’Eglise et les hommes de ce temps. Nul ne sert l’Eglise sans servir les hommes et donc le Christ Jésus qui s’est fait l’un des nôtres. Ce service prend la dimension particulière du service de l’annonce de la Parole de Dieu et du service de la charité. Ce service se reçoit de Dieu, notamment dans la prière. L’ordinand promet donc de prier avec toute l’Eglise afin de louer Dieu en tout temps.

Promesse d’obéissance

Enfin, il promet obéissance à l’évêque et à ses successeurs en remettant ses mains entre les mains de l’évêque.

L’évêque : Promettez-vous de vivre en communion avec moi et mes successeurs, dans le respect et l’obéissance ?

L’ordinand : Je le promets.

L’évêque : Que Dieu Lui-même achève en vous ce qu’il a commencé. Promettre d’obéir à l’évêque, c’est reconnaître en son pasteur propre, un successeur des apôtres ; c’est reconnaître que l’on reçoit sa mission d’un autre… d’un Autre… et non de soi-même ; c’est chercher à discerner la volonté de Dieu dans ce que demande l’Eglise.

Litanie des Saints

On prie alors les saints pour demander de répandre sur l’ordinand la grâce de sa bénédiction. C’est le moment de la litanie des saints ; le geste de la prostration est la position humble de celui qui se remet entre les mains de Dieu.

L’évêque : Frères, avec tous les saints qui intercèdent pour nous, confions à la miséricorde de Dieu celui qu’il a choisi comme diacre : demandons-lui de répandre sur … la grâce de sa bénédiction.

Par ce geste magnifique de la prostration, l’ordinand manifeste une attitude d’humilité, condition nécessaire pour qui annonce le Christ. L’invocation du Christ et des saints signifie aussi la dimension eschatologique de l’Eglise, une communion de vivants sanctifiés par Celui qui donne la vie.

Imposition des mains

Ce geste et de la prière qui l’accompagne sont les moments les plus importants. Par eux s’accomplit le sacrement de l’Ordre. En silence, l’évêque impose les mains sur la tête de l’ordinand. Dieu, par les mains de L’évêque transmet le don de l’Esprit à l’ordinand. L’ordinand est conformé au Christ Serviteur par Dieu lui-même qui se donne par son Esprit Saint. Ce geste manifeste pleinement le don de Dieu à son Eglise : son Esprit.

Prière d’ordination

L’évêque :  » … Regarde maintenant, Dieu très bon, celui à qui nous imposons les mains aujourd’hui : nous te supplions de le consacrer toi-même, pour qu’il serve à l’autel et accomplisse la fonction diaconale. Envoie sur lui, Seigneur, l’Esprit Saint : par lui, qu’il soit fortifié des sept dons de ta grâce, pour remplir fidèlement son ministère. »

Remise de l’étole et de la dalmatique

L’ordinand est revêtu des ornements propres aux diacres. L’étole signifie l’autorité de la charge et la dalmatique la charité que doit revêtir celui à qui Dieu accorde ses dons afin d’être signe du Christ serviteur.

Remise de l’Evangile

L’évêque : « Recevez l’Évangile du Christ, que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné. »

Le diacre reçoit l’Evangile. Il doit constamment conformer sa vie à la Parole qu’il annonce au monde.

Liturgie eucharistique

Les diacres tiennent leur place dans la liturgie :

préparation de l’autel : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. » ;

encensement des prêtres et du peuple ;

élévation à la fin de la prière eucharistique ;

invitation au partage de la paix « Dans la charité du Christ, donnez-vous la paix ! » ;

distribution de la communion ;

envoi du peuple : « allez dans la paix du Christ ! »

A l’autel, le diacre est au service. La célébration de l’eucharistie met en valeur le rôle de chacun dans l’Eglise de Dieu. La liturgie n’est pas coupée du monde, le diacre serviteur est donc serviteur à l’autel. Et il sert pour et au nom de tous.

A la fin de la messe, c’est le diacre qui envoie le peuple en mission : allez dans la paix du Christ ! La paix du Christ a ceci de particulier qu’elle met en mouvement. Elle est un dynamisme, le dynamisme missionnaire de toute l’Eglise. Cette paix, vivez la et… pour en vivre, il faut la transmettre !

 

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ESPRIT SAINT, LITURGIE, PENTECÔTE, SAINT ESPRIT, VENI CREATOR SPIRITUS

Le Veni Creator

 

Le Veni Creator : des origines à Johann Sebastian Bach

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L’hymne du « Veni Creator Spriritus », chantée le jour de la Pentecôte, est attribuée à Raban Maur, évêque de Mayence au XIe siècle. Cette hymne à l’esprit compte sept strophes, qui toutes font usage de la même musique. Il est évident que ce nombre n’est pas un hasard, mais une véritable référence symbolique aux sept dons de l’Esprit, auxquels fait allusion la troisième strophe, « Tu septiformis munere ».

Voici le texte de cette hymne.

 

 

Veni, creator, Spiritus,                      Viens, Esprit créateur,
Mentes tuorum visita,                        visite l’âme de tes fidèles,
Imple superna gratia                           emplis de la grâce d’en haut
Quae tu creasti pectora.                    les cœurs que tu as créés.

 

Qui diceris Paraclitus,                        Toi qu’on nomme le Conseiller,
Altissimi donum Dei.                          don du Dieu Très-Haut,
Fons vivus, ignis, caritas                    source vive, feu, charité,
Et spiritalis unctio.                            onction spirituelle.

 

Tu septiformis munere,                     Tu es l’Esprit aux sept dons,
Digitus paternae dexterae.                le doigt de la main du Père,
Tu rite promissum Patris,                   promis par le Père,
Sermone ditans guttura.                    c’est toi qui inspires nos paroles.

 

Accende lumen sensibus                    Allume en nous ta lumière,
Infunde amorem cordibus,                 emplis d’amour nos cœurs,
Infirma nostri corporis                       affermis toujours de ta force
Virtute firmans perpeti.                    la faiblesse de notre corps.

 

Hostem repellas longius                     Repousse l’ennemi loin de nous,
Pacemque dones protinus;                donne-nous ta paix sans retard,
Ductore sic te praevio                       pour que, sous ta conduite et ton conseil,
Vitemus omne noxium.                      nous évitions tout mal.

 

Per te sciamus da Patrem,                 Fais-nous connaître le Père,

Noscamus atque Filium;                     révèle-nous le Fils,
Teque utriusque Spiritum                  et toi, leur commun Esprit,
Credamus omni tempore.                   fais-nous toujours croire en toi.

 

Deo Patri sit gloria,                           Gloire soit à Dieu le Père,
Et Filio, qui a mortuis                       au Fils ressuscité des morts,
Surrexit, ac Paraclito                        à l’Esprit Saint Consolateur,
In saeculorum saecula.                     maintenant et dans tous les siècles.
Amen.(1)

 

Face à la popularité et à la beauté du « Veni Creator », Martin Luther l’employa pour en faire le choral « Komm, Gott Schöpfer, Heiliger Geist ». Le réformateur allemand ne se contenta pas de reprendre la mélodie presque à l’identique, il reprit également le texte, qui n’est autre qu’une traduction en langue germanique du poème latin. La seule chose qui pourrait dépayser un auditeur catholique habitué à la liberté rythmique du plain-chant est le rythme donné au choral. Cette reprise du « Veni Creator » n’est pas l’unique exemple de réemplois de thèmes grégoriens dans la musique luthérienne. Puisque les fidèles connaissaient par cœur les mélodies du plain-chant, Luther ne voyait pas de raison de les abandonner. Un autre exemple célèbre est le choral de l’Avent « Nun komm, der Heiden Heiland », adapté de l’hymne « Veni redemptor gentium ». Ce chant est aujourd’hui connu dans nos paroisses sous le titre « Toi qui viens pour tout sauver », bel exemple d’une mélodie grégorienne que l’Eglise catholique s’est réappropriée par l’intermédiaire du luthéranisme…

Les compositeurs luthériens ont énormément repris les chorals dans leurs œuvres sacrées. Dans le domaine de la musique instrumentale, c’est évidemment à l’orgue que ce phénomène a été le plus marquant. Il faut savoir que Luther, contrairement à Calvin ou Zwingli, ne s’est jamais opposé à l’orgue, mais l’a plutôt soutenu, lui donnant un nouveau rôle dans la liturgie. Ainsi, les chorals deviennent des pièces d’orgue. Bien souvent, ces œuvres sont des Choralvorspiele, qui servaient à introduire le chant des fidèles.

Le choral « Komm, Gott Schöpfer, Heiliger Geist » a ainsi été traité par Bach, dans son « Orgelbüchlein ». Ce cahier, inachevé, comporte quarante-cinq brefs préludes de choral, écrits pour la plupart avant 1717, lorsque le compositeur était organiste à la cour de Weimar. Une seconde version plus tardive de ce choral, dans l’autographe de Leipzig, reprend presque telle quelle la version de l’Orgelbüchlein, et y ajoutant une seconde partie.

Pour entrer un peu plus à fond dans le sujet, et étudier l’aspect symbolique du choral de Bach, je vous invite à visionner la vidéo, tournée sur le bel orgue du couvent des Cordeliers de Fribourg.(2)

 

(1) Traduction empruntée à http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/letters/documents/hf_jp-ii_let_31031998_priests_fr.html (page contenant un commentaire de cette hymne par le pape Jean-Paul II).
(2) Pour plus d’infos sur le couvent : www.cordeliers.ch. Une description de l’orgue et de l’église se trouve par ailleurs sur http://www.orgues-et-vitraux.ch/default.asp/2-0-1783-11-6-1/

 

Veni Creator Spiritus

Les quatre premières strophes du Veni Creator

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Veni Creator Spiritus est une hymne entonnée pour le chant grégorien, considérée comme la plus célèbre de toutes les hymnes grégoriennes. Le Veni Creator fut composé par Raban Maur au ixe siècle et il est utilisé chez les catholiques mais aussi dans la plupart des Églises chrétiennes. On connait en particulier une traduction de Luther.

 

Historique

Le Veni Creator Spiritus est chanté lors de l’entrée en conclave à la chapelle Sixtine, ainsi qu’au moment de la consécration d’un évêque, l’ordination de prêtres, la dédicace d’églises, la célébration de synodes et de conciles, le couronnement de rois, l’échange des consentements d’une messe de mariage, et lors d’autres événements solennels. L’hymne fut d’abord consignée aux vêpres. Un manuscrit du onzième siècle la situe à la fois aux laudes et aux vêpres. Ainsi, cette hymne fut chantée par la Chapelle royale le samedi 16 octobre 1610 selon la tradition, à la fin de l’office solennel des vêpres et la veille du sacre du roi Louis XIII, dans l’abbaye Saint-Nicaise, près de Reims. Le 17 juillet 1794, les religieuses carmélites de Compiègne montèrent à l’échafaud en chantant le Veni Creator.

Le titre de l’hymne signifie Viens Saint Esprit Créateur et commémore la Pentecôte. Son usage dans l’office de tierce aurait commencé dans la liturgie de Cluny, puisqu’il commémore la descente de l’Esprit à la troisième heure du jour. Ci-dessous se trouvent le texte original latin et la traduction liturgique officielle en français.

L’hymne Veni Creator a servi de support, notamment au xviie siècle à des œuvres pour orgue de compositeurs tels que Jehan Titelouze ou Nicolas de Grigny.

Cette hymne de Pentecôte constitue le premier mouvement de la Huitième Symphonie « des Mille » de Gustav Mahler. Le compositeur l’a écrite dans un style rigoureusement contrapuntique en hommage aux Maîtres de la Renaissance. Le recueillement se mêle à la puissance dans la musique, mettant merveilleusement en valeur les différents aspects du texte (l’humble prière des premières strophes, l’appel à la lutte spirituelle au cinquième quatrain…). En France, Michel-Richard de Lalande, musicien de Louis XIV, est connu en tant que compositeur de ce psaume (grand motet en latin, S.14), de même que Marc-Antoine Charpentier H 69, H 54, H 66, H 362, H 70 et Henry Desmarest.

Texte

Latin Traduction littérale Traduction liturgique
Veni, creator Spiritus,

Mentes tuorum visita,

Imple superna gratia

Quae tu creasti pectora.

Qui diceris Paraclitus,

Altissimi donum Dei,

Fons vivus, ignis, caritas

Et spiritalis unctio.

Tu septiformis munere,

Digitus paternae dexterae,

Tu rite promissum Patris,

Sermone ditans guttura.

Accende lumen sensibus,

Infunde amorem cordibus,

Infirma nostri corporis

Virtute firmans perpeti.

Hostem repellas longius

Pacemque dones protinus;

Ductore sic te praevio

Vitemus omne noxium.

Per te sciamus da Patrem,

Noscamus atque Filium;

Teque utriusque Spiritum

Credamus omni tempore.

Deo Patri sit gloria,

Et Filio, qui a mortuis

Surrexit, ac Paraclito

In saeculorum saecula.

Amen.

Viens, Esprit créateur,

Visite les esprits des tiens :

Emplis de la grâce d’en haut

Les cœurs que tu as créés.

Toi qui es appelé Consolateur,

Don du Dieu très-haut,

Source de vie, feu, amour

Et onction spirituelle,

Toi septiforme par la fonction,

Doigt de la droite du Père,

Toi à juste titre promesse du Père,

Augmentant les langues dans le discours,

Allume la lumière dans les sens,

Coule l’amour dans les cœurs,

En la faible force de notre corps

Donnant force pour résister.

Repousse au loin l’ennemi

Et donne la paix sans cesse,

Qu’ainsi par toi, guide conducteur,

Nous évitions toute chaîne.

Fais que par toi nous sachions

(qui est) le Père,

Et que nous connaissions le Fils,

Et que nous croyions en tout temps

Que tu es l’Esprit des deux.

A Dieu le Père soit la gloire,

Et au Fils, qui des morts

Est ressuscité, et au Consolateur

Dans les siècles des siècles.

Amen.

Viens, Esprit Créateur nous visiter,

Viens éclairer l’âme de tes fils,

Emplis nos cœurs de grâce et de lumière,

Toi qui créas toute chose avec amour,

Toi le Don, l’envoyé du Dieu Très Haut,

Tu t’es fait pour nous le Défenseur,

Tu es l’Amour le Feu la source vive,

Force et douceur de la grâce du Seigneur,

Donne-nous les sept dons de ton amour,

Toi le doigt qui œuvres au Nom du Père,

Toi dont il nous promit le règne et la venue,

Toi qui inspires nos langues pour chanter,

Mets en nous ta clarté, embrase-nous,

En nos cœurs, répands l’amour du Père,

Viens fortifier nos corps dans leur faiblesse,

Et donne-nous ta vigueur éternelle,

Chasse au loin l’ennemi qui nous menace,

Hâte-toi de nous donner la paix,

Afin que nous marchions sous ta conduite,

Et que nos vies soient lavées de tout péché,

Fais-nous voir le visage du Très-Haut,

Et révèle-nous celui du Fils,

Et toi l’Esprit commun qui les rassemble,

Viens en nos cœurs, qu’à jamais nous croyions

en toi,

Gloire à Dieu notre Père dans les cieux,

Gloire au Fils qui monte des Enfers,

Gloire à l’Esprit de Force et de Sagesse,

Dans tous les siècles des siècles,

Amen.

 

Les lignes Altissimi donum Dei et Digitus paternae dexterae sont parfois remplacées par Donum Dei altissimi et Dextrae Dei tu digitus.

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EGLISE CATHOLIQUE, EVANGILE DE LA VISITATION, EVANGILE SELON SAINT LUC, LA VISITATION, LITURGIE, VIERGE MARIE, VISITATION DE LA VIERGE MARIE A SA COUSINE ELISABETH

Visitation de la Vierge Marie à sa cousine Elisabeth

FÊTE DE LA VISITATION DE LA VIERGE MARIE

A SA COUSINE ELISABERTH

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Quel est le sens de la fête de la Visitation ?

Le mystère de la Visitation offre, toutes les dimensions du salut christique : une charité attentive ; une joie d’un coeur ouvert au projet de Dieu ; une vision de foi sur la nature et la mission de Jésus.

 Le sens de la fête

Deux femmes se rencontrent, Marie et Élisabeh. Marie, à l’annonce de la grossesse de sa vieille cousine par l’ange Gabriel (Luc 1, 26-39), se met en route pour être aux côtés d’Élisabeth enceinte de six mois de Jean Baptiste. Les deux femmes se retrouvent (Luc 1, 39-56). A peine la salutation de Marie retentit-elle aux oreilles d’Élisabeth que l’enfant qu’elle porte tressaille en elle. L’évangéliste Luc précise qu’aussitôt Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, déclarant Marie « pleine de grâce ».

Le mystère de la Visitation nous propose, en condensé, toutes les dimensions du salut apporté par Jésus : une charité attentive aux besoins des autres, surtout des plus pauvres ; la joie d’un cœur ouvert au projet de Dieu ; une vision de foi sur la nature et la mission de Jésus.

L’enfant a tressailli d’allégresse

Qu’un enfant bouge dans le sein de sa mère, rien que de très naturel. Mais l’enfant d’Élisabeth tressaille d’allégresse, on pourrait même dire qu’il « bondit de joie ». Voilà qui dépasse les mouvements d’un enfant à naître. En réalité, la rencontre d’Élisabeth et de Marie semble se calquer sur celle de David et de l’Arche d’Alliance (2 Samuel 6,2-11). Le roi David se met à tressaillir d’allégresse et s’écrie : « Comment se fait-il que l’arche du Seigneur vienne chez moi ? » Ce rapprochement des deux scènes permet à l’évangéliste d’exprimer la foi chrétienne. Marie, comparée à l’Arche d’Alliance, porte en elle celui qui est la présence de Dieu parmi ses frères. Élisabeth reconnaît en l’enfant de Marie son « Seigneur » et son propre enfant reconnaît en bondissant de joie la grandeur de Jésus.

Celle qui a cru

Élisabeth est « remplie de l’Esprit Saint », autrement dit l’évangéliste la présente ici comme une prophétesse, une porte-parole de Dieu. Voilà pourquoi Luc note qu’elle « s’écria d’une voix forte ». Les lecteurs de cette scène de la Visitation peuvent comprendre que les paroles d’Élisabeth portent l’empreinte divine. Or ce que dit Élisabeth concerne Marie. Elle reconnaît d’abord dans sa parente « la mère de son Seigneur ». La prophétie d’Élisabeth culmine dans la béatitude qu’elle adresse à Marie : « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur« . Marie est reconnue comme « croyante ». Elle a pleine confiance. Pour Luc l’évangéliste, c’est bien la foi qui caractérise la mère du Seigneur.

Une scène à contempler

Contemplons cette scène de la Visitation. N’est-elle pas le prototype de toute rencontre authentique ? Car notre vocation est bien de nous porter mutuellement cette Bonne Nouvelle : oui, en Jésus, Dieu a établi sa demeure parmi nous. Mais comment le pourrons-nous, si nous nous fermons à l’Esprit et à sa mystérieuse fécondité ? Alors, à la suite de Marie et d’Élisabeth, osons croire que Dieu peut faire merveille dans nos vies. Ouvrons-nous à sa présence agissante, pour connaître ce tressaillement d’allégresse qui fut celui de Jean Baptiste.

 

Visitation : une méditation de Elisabeth de la Trinité

Il me semble que l’attitude de la Vierge, durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité, est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre « au dedans »…

Si tu savais le don de Dieu, disait un jour le Christ à la Samaritaine (Jn 4,10). Mais quel est-il ce don de Dieu, si ce n’est lui-même ? Et, nous dit le disciple bien-aimé, il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu (Jn 1,11). Saint Jean Baptiste pourrait dire encore à bien des chrétiens cette parole de reproche : II y en a un au milieu de vous, en vous, que vous ne connaissez pas (Jn 1/26). Si tu savais le don de Dieu !

Il est une créature qui connut ce don de Dieu, une créature qui n’en perdit pas une parcelle, une créature qui fut si pure, si lumineuse, qu’elle semble être la Lumière elle-même ! Une créature dont la vie fut si simple, si perdue en Dieu que l’on ne peut presque rien en dire. C’est la Vierge fidèle, celle qui gardait toutes choses en son cœur (Luc 2,19.51). Elle se tenait si petite, si recueillie en face de Dieu dans le secret du temple, qu’elle attira les complaisances de la Trinité Sainte : Parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante, désormais toutes les générations m’appelleront bienheureuse (Luc 1,48).

Le Père se penchant vers cette créature si belle, si ignorante de sa beauté, voulut qu’elle soit la Mère, dans le temps, de celui dont il le Père dans l’éternité. Alors l’Esprit d’amour qui préside à toutes les opérations de Dieu survint, la Vierge dit son « Fiat » : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole (Luc 1,38). Et le plus grand des mystères fut accompli ; et, par la descente du Verbe en elle, Marie fut pour toujours la proie de Dieu.

Il me semble que l’attitude de la Vierge, durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité, est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre « au dedans », au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement, Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle car à travers tout, la Vierge restait l’adorante du don de Dieu ! Cela ne l’empêchait pas de se dépenser au dehors lorsqu’il s’agissait d’exercer la charité. L’Évangile nous dit que Marie parcourut en toute hâte les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Elisabeth (Luc 1,39).

Jamais la vision ineffable qu’elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure car, dit le bienheureux Ruusbroek, si la contemplation « s’en va vers la louange, et vers l’éternité de son Seigneur, elle possède l’unité et ne la perdra pas. Qu’un ordre du ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu’elle pleure et qu’elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le ciel ce qu’elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève et reprend brûlante de son feu le chemin de la hauteur ».

Pourquoi fêter la Visitation ?

« Quel est le charisme de la Visitation ? » ;  Dieu donne la vie et comble les attentes de ceux qui l’espèrent contre toute espérance.

Un charisme est un don que Dieu fait à l’Eglise pour le service de l’humanité. La scène de la Visitation dans l’Evangile de Luc (1, 39-55) peut être lue comme une mise en mot du plus grand des dons de Dieu aux hommes et femmes de désir. Dieu donne son Fils pour leur plus grande joie.

Pourtant, cette irruption de vie n’aurait jamais dû se produire. Une Vierge et une vieille femme stérile ne peuvent pas humainement enfanter ! Néanmoins, ces deux femmes, cousines de sang et de désir, vont donner la vie par la grâce du Seigneur lui-même.

Cousines de désir

Marie, la jeune Vierge, porte le Fils de Dieu à Elisabeth, la femme usée et fatiguée. Celle-ci donnera naissance au dernier des prophètes de l’Ancienne Alliance : Jean Baptiste.

Jésus Christ, annoncé dans une rencontre (par les Marie d’hier et d’aujourd’hui : tous ceux qui annoncent le Christ)… ou reçu dans une visite (par les Elisabeth de tous les temps : les chercheurs de Dieu, les hommes et les femmes de bonne volonté…) est le don que Dieu fait à l’humanité pour qu’elle vive. Ainsi le croyant comprend qu’au-delà des situations qui semblent impossibles à vivre, Dieu ouvre un passage.

Hier comme aujourd’hui, Dieu donne la vie et comble les attentes de ceux qui l’espèrent contre toute espérance ; ce don de la vie a un visage en Jésus-Christ, pour la plus grande joie de la famille humaine et celle de Dieu.

Sébastien Antoni, aa

 

Visitation : Une méditation de Charles de Foucauld

 

Ô ma Mère, c’est à la fois une de vos fêtes, et une des fêtes de Jésus, aujourd’hui. Mais c’est plus encore la fête de Notre Seigneur, car c’est Lui qui agit en vous et par vous

La Visitation, c’est la charité du Christ vous pressant. C’est Jésus qui, à peine est-Il entré en vous,
 
a soif de faire d’autres saints et d’autres heureux… Par l’Annonciation, II S’est manifesté et donné à vous. Il vous a sanctifiée merveilleusement. 
 
Cela ne Lui suffit pas ; dans son amour pour les hommes, II veut tout de suite Se manifester, et Se donner par vous à d’autres.

Il veut en sanctifier d’autres. Et il se fait porter par vous chez Jean. C’est donc votre fête, ô ma Mère… la fête des communautés contemplatives et silencieuses (…).

Ce que va faire, en effet, la Vierge dans sa Visitation, ce n’est pas une visite à sa cousine pour se consoler mutuellement par le récit des merveilles de Dieu en elles. C’est encore moins une visite de charité matérielle pour aider sa cousine dans les derniers mois de sa grossesse et dans ses couches. C’est bien plus que cela. Marie part pour sanctifier saint Jean, pour lui annoncer  la Bonne Nouvelle, pour l’évangéliser et le sanctifier, non par ses paroles, mais en portant Jésus en silence, auprès de lui, au milieu de sa demeure. Ainsi font les religieux qui sont voués à la contemplation...

 

Les textes de la fête de la Visitation

Première lecture : Sophonie 3, 14-18 ; le psaume : Is 12, 1-6 ; l’évangile : Luc 1, 39-56.

 

Première lecture : Sophonie 3, 14-18

Pousse des cris de joie, fille de Sion !
Éclate en ovations, Israël !
Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem !
Le Seigneur a écarté tes accusateurs, il a fait rebrousser chemin à ton ennemi.
Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi.
Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem :
« Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ;
il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. »
J’ai écarté de toi le malheur, pour que tu ne subisses plus l’humiliation.

 

Psaume : Is 12, 1-6

Seigneur, je te rends grâce : ta colère pesait sur moi, 
mais tu reviens de ta fureur et tu me consoles.
Voici le Dieu qui me sauve : 
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut.
Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut.
Ce jour-là, vous direz :
« Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! »
Redites-le : « Sublime est son nom ! ».
Jouez pour le Seigneur, car il a fait les prodiges que toute la terre connaît.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

 

Evangile : Luc 1, 39-56

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ».

Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
 Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,  de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais. » Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.

 

Il est dans la nature de Marie de « visiter »

Selon René Voillaume, fondateur des Frères de Charles de Foucauld, Marie vient tous les jours nous visiter..

D’habitude, nous voyons surtout dans le mystère de la Visitation une action à imiter, comme si Marie n’avait fait que cette visite-là et pour qu’elle nous soit un exemple, oubliant qu’il est dans la nature de la Vierge de faire des visites, et que c’est même devenu pour elle une fonction que de visiter les hommes. Comme si nous étions pour elle un ami, un proche parent, elle vient nous visiter souvent.

Total dévouement de Marie

La Visitation est pour toujours la fête de ce total dévouement qui anime le coeur de Marie depuis qu’elle sait être la mère de Jésus ; elle va commencer désormais cette série innombrable de « visitations » qui ne finira plus tant qu’il y aura un homme sur la terre. Sa glorification et l’extension prodigieuse de la maternité à tous ceux qui naîtront de son Fils, vont donner à Marie un nombre infini de parents à visiter, simplement pour aider, avec cette présence tout humble qui la caractérise. Marie vient nous visiter avec Jésus caché en elle, pour nous aider dans nos nécessités les plus urgentes, les plus quotidiennes, j’allais dire les plus « ménagères », nécessités de travail, de devoir d’état, de relations.

Marie nous rend visite, et nous n’y avons peut-être pas pensé ? Elle nous visite souvent, tous les jours. C’est cela le sens le plus profond, le plus vrai de cette fête : la fête des visites innombrables, toutes simples, toutes personnelles, bien à nous, que Marie multiplie dans nos vies, à chaque moment, à chaque difficulté. Ce n’est pas là une pieuse pensée, mais une admirable réalité. Il est dans la nature de Marie de « visiter ». Elle fait des visites parce qu’elle porte Jésus, parce que nous lui sommes apparentés et parce que nous avons besoin d’elle.

Sa présence

Marie est présente dans notre vie : elle connaît, elle voit, elle s’inquiète, elle aime, elle demande, elle intervient. C’est sa manière à elle de nous visiter. La Visitation donne à cette présence de Marie un caractère plus familier, très humain : elle veut aider si discrètement qu’on ne saura pas que c’est elle, que nous ne nous sommes pas aperçus que Marie nous visitait ! Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle a commencé ; ce que je viens de vous en dire doit vous faire découvrir la réalité.

Non, elle ne commence pas de nous visiter, car elle l’a toujours fait, sans attendre que vous lui disiez merci. Vous ne le saviez pas ? Peut-être aujourd’hui commencerez-vous d’être un peu plus attentifs, et vous efforcerez-vous de recevoir les visites de Marie d’une manière plus consciente, de les désirer, de les attendre, et, quelquefois, d’y assister dans le fond de votre coeur, avec émerveillement et dans un sentiment d’infinie gratitude.

René Voillaume, fondateur des Frères de Charles de Foucauld.

 

Source : site Croire.com

 

 

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L’Ascension de Notre Seigneur

Que fête-t-on à l’Ascension ?

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La fête de l’Ascension célèbre la montée de Jésus vers Dieu son Père. Elle est fêtée en France le jeudi de l’Ascension, quarante jours après Pâques. Mort et ressuscité, il quitte ses disciples tout en continuant d’être présent auprès d’eux, mais différemment. Il promet de leur envoyer une force, celle de l’Esprit-Saint.

La fête de l’Ascension, célébrant l’entrée du Christ dans la gloire de Dieu, est une des principales fêtes chrétiennes, qui s’inscrit dans le prolongement de Pâques et annonce la Pentecôte, dix jours plus tard. Le jour de l’Ascension, la couleur des vêtements liturgiques (que porte le prêtre) est le blanc, couleur de la fête, de la lumière et de la joie.

Jésus rejoint son Père

L’Ascension est relatée par l’évangile de Marc (chapitre 16, verset 19), l’évangile de Luc (chapitre 24, verset 51) et le livre des Actes des Apôtres (chapitre 1, versets 6-11). Le livre des Actes des Apôtres rapporte que, quarante jours après Pâques, Jésus apparaît une dernière fois à ses disciples et leur annonce : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins (…) jusqu’aux extrémités de la terre ». Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. L’évangile de Luc précise quant à lui que les apôtres « retournèrent à Jérusalem, remplis de joie ».

Ainsi s’achève le temps des rencontres du Ressuscité avec ses disciples. Cependant, selon sa promesse, Il sera toujours avec eux, mais d’une présence intérieure : ils ne le verront plus de leurs yeux. Le Christ n’est plus visible, mais il n’abandonne pas ses disciples. Il leur promet la venue de l’Esprit à la Pentecôte.

Un nouveau mode de présence

Croire que le Christ ressuscité est entré dans la gloire est un acte de foi. L’Ascension est source de liberté : loin de s’imposer aux hommes, Jésus les laisse libres de croire, et donc d’aimer véritablement. Jésus ne cesse d’inviter les hommes à le suivre : dans la foi, ils doivent apprendre à lire les signes de sa présence et de son action, en particulier dans la célébration des sacrements, notamment l’Eucharistie, mais aussi dans sa Parole, son Peuple, ses ministres (évêques, prêtres, diacres)…

« Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?  » (Ac 1, 11) s’entendent dire les apôtres : l’Ascension du Christ est aussi un appel à un plus grand engagement dans le monde pour porter la Bonne Nouvelle.

La signification des Cieux

L’Ascension de Jésus n’est pas un voyage dans l’espace, vers les astres les plus lointains, car les astres sont eux aussi faits d’éléments physiques comme la terre. Pour les croyants, monter aux cieux c’est rejoindre Dieu et vivre en son amour. Ici, nulle question de magie ou d’action spectaculaire. À propos du Ciel, le Catéchisme de l’Eglise catholique parle de « l’état de bonheur suprême et définitif ». Jésus ne s’est pas éloigné des hommes mais maintenant, grâce à sa présence auprès du Père, il est proche de chacun, pour toujours.

 

Pourquoi célèbre-t-on l’Ascension dans la joie ?

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Jésus, fils de Dieu fait homme, a pleinement assumé cette condition humaine depuis le jour de sa naissance, dans la nuit de Noël. Environ une trentaine d’années plus tard, sa présence terrestre s’achève avec l’Ascension. Pourtant, comme le mentionne saint Luc, les apôtres s’en retournent à Jérusalem « remplis de joie » et non tristes, comme on aurait pu s’y attendre. De la même manière, les chrétiens célèbrent l’Ascension dans la joie.

L’Ascension fait en effet partie de l’événement inouï de Pâques : par sa mort et sa résurrection, Jésus a sauvé l’homme qui, à sa suite, est désormais appelé à rejoindre Dieu son Père pour vivre dans la gloire céleste.

Il ne s’agit pas, bien-sûr, de rejoindre le ciel au sens du firmament, de l’espace que nous observons au-dessus de nos têtes. Il s’agit d’un espace spirituel, celui de Dieu. A propos du Ciel, le Catéchisme de l’Eglise catholique précise que « ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis »…

Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous L’avez vu s’en aller vers le ciel. (Ac 1, 9-11)

Les deux hommes vêtus de blanc décrits par les Actes des Apôtres annoncent alors aux Apôtres que Jésus « reviendra de la même manière ». Et, pour le moment, ils les incitent à ne pas rester les yeux vers le ciel : ils doivent retourner à leurs responsabilités. Celles-ci leur avaient justement été indiquées par le Christ : être ses témoins par toute la terre en annonçant sa mort et sa Résurrection, en faisant connaître son enseignement, en baptisant.

L’Ascension est ainsi un envoi en mission adressé aux Apôtres comme aux hommes de tous temps. Il est l’articulation entre le désir du ciel et le service des hommes.

La joie qui fait suite à cet événement s’explique aussi par cette annonce du Christ rapportée par Saint Matthieu (Mt 28, 20) (et lue au cours de la messe de l’Ascension) : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Autrement dit, le Christ est sans cesse présent auprès des hommes : même si, à la suite de l’Ascension, il n’est plus là physiquement, il l’est dans les sacrements. Il l’est également auprès de ceux qui prient, seuls ou à plusieurs : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux », avait-Il dit un jour aux apôtres (Matthieu 18, 20). Finalement, l’achèvement de sa vie terrestre permet sa présence auprès des hommes de tous temps et de tous lieux, présent dans sa Parole, présent là où deux ou trois sont réunis en son nom, présent dans ses ministres sur terre, présent dans le pain et le vin de l’eucharistie, présent dans l’affamé nourri ou le malade visité, présent dans la liturgie communautaire comme dans la prière faite dans le secret de nos chambres.

Cette fête de l’Ascension nous rejoint tous au cœur, quelle que soit notre situation. Elle se définit comme le lieu de décision qui oriente toute vie chrétienne, tendue entre le désir du ciel et le service des hommes. L’Ascension fait donc partie des événements fondateurs de la foi en Christ, d’autant plus qu’elle a donné aux hommes leur liberté : loin de s’imposer à eux, Jésus les laisse libres de croire et donc d’aimer véritablement.

Que dit la Bible sur l’Ascension ?

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (16, 15-20)

Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.
Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

 

Commencement du livre des Actes des Apôtres (1, 1-11)

Mon cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis.
C’est à eux qu’il s’était montré vivant après sa Passion : il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis.

Il leur disait : C’est la promesse que vous avez entendue de ma bouche. Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours. »
Réunis autour de lui, les Apôtres lui demandaient : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? »
Jésus lui répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.
Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

 

SERMON DE SAINT AUGUSTIN POUR L’ASCENSION

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« Dieu nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus »

Aujourd’hui notre Seigneur Jésus Christ monte au ciel ; que notre cœur y monte avec lui.

Écoutons ce que nous dit l’Apôtre : Vous êtes ressuscités, avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. De même que lui est monté, mais sans s’éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu’il nous a promis ne s’est pas encore réalisé dans notre corps.

Il a déjà été élevé au-dessus des cieux ; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu’il a crié du haut du ciel : Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? Et il avait dit aussi : J’avais faim, et vous avez donné à manger.

Pourquoi ne travaillons-nous pas, nous aussi, sur la terre, de telle sorte que par la foi, l’espérance, la charité, grâce auxquelles nous nous relions à lui, nous reposerions déjà maintenant avec lui, dans le ciel ? Lui, alors qu’il est là-bas, est aussi avec nous ; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour ; et nous, si nous ne pouvons pas le faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l’amour, mais en lui.

Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel. Il était là-haut, tout en étant ici-bas ; lui-même en témoigne : Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel. ~

Il a parlé ainsi en raison de l’unité qui existe entre lui et nous : il est notre tête, et nous sommes son corps. Cela ne s’applique à personne sinon à lui, parce que nous sommes lui, en tant qu’il est Fils de l’homme à cause de nous, et que nous sommes fils de Dieu à cause de lui.

C’est bien pourquoi saint Paul affirme : Notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, bien qu’étant plusieurs, ne forment qu’un seul corps. De même en est-il pour le Christ. Il ne dit pas : le Christ est ainsi en lui-même, mais il dit : De même en est-il pour le Christ à l’égard de son corps. Le Christ, c’est donc beaucoup de membres en un seul corps.

Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne. De ce fait, le Christ seul est descendu, et le Christ seul est monté ; non que la dignité de la tête se répande indifféremment dans le corps, mais l’unité du corps ne lui permet pas de se séparer de la tête.

 

 

EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, LITURGIE, MESSE, OBJETS LITURGIQUES, VÊTEMENTS LITURGIQUES

La messe : objets et vêtements liturgiques

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LA MESSE : CONNAÎTRE LES OBJETS LITURGIQUES

Encensoir, corporal, ciboire, manuterge… Connaissez-vous le nom et le sens des différents objets utilisés dans la liturgie ? Savez-vous ce qui distingue le missel d’un lectionnaire ou d’un évangéliaire ? Pourriez-vous reconnaître, à la couleur de l’étole du prêtre, le « climat » liturgique de la fête célébrée ?
Vous trouverez ici quelques explications qui vous en rendront plus familiers.

 

 

CHASUBLE – AUBE – ÉTOLE

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L’aube est une grande tunique blanche. C’est l’habit principal de tous ceux qui exercent une fonction dans la liturgie. Seul le ministre ordonné met une étole (le diacre la met en diagonale sur l’épaule). Le célébrant principal de la messe porte la chasuble par dessus l’aube et l’étole. La couleur de la chasuble et de l’étole varie en fonction de la fête liturgique célébrée : vert pour un dimanche ordinaire, violet pour le carême, rouge pour une fête de martyr, etc.

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HOSTIES

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C’est du pain fabriqué sans levain, c’est-à-dire avec pour seuls ingrédients de la farine et de l’eau. Ce sont en général des monastères qui les fabriquent. Jésus a célébré la Cène avec le pain que les Juifs utilisaient pour la grande fête de la Pâque : du pain sans levain pour signifier la nouveauté de la délivrance du peuple de Dieu et la pureté du cœur.

Et pourquoi pas de levain ?

D’où vient cette tradition juive du pain sans levain que l’Eglise, à la suite de Jésus, a adoptée ?
Ce pain est utilisé dans l’Ancien Testament, au moment de l’Exode : « Yahvé dit à Moïse et à Aaron au pays d’Egypte : « Pendant sept jours, vous mangerez des azymes. Dès le premier jour vous ferez disparaître le levain de vos maisons car quiconque, du premier au septième jour, mangera du pain levé, celui-là sera retranché d’Israël. » (Ex 12,15)

En fait, le levain est un signe d’impureté. Aussi, on comprend mieux ces paroles du Nouveau Testament : « Jésus dit à ses disciples : « Méfiez-vous du levain – c’est à dire de l’hypocrisie – des pharisiens. Rien en effet n’est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu. C’est pourquoi, tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu au grand jour, et ce que vous aurez dit à l’oreille dans les pièces les plus retirées sera proclamé sur les toits. » (Lc 12,1-3)
« Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes. Car notre pâque, le Christ, a été immolée. Ainsi donc, célébrons la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de pureté et de vérité. » (I Cor 5,6-7)

 

GOUPILLON – BENITIER

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Le bénitier contient l’eau qui a été ou va être bénie par le prêtre. Le goupillon sert à asperger, mais on utilise aussi parfois un rameau de buis béni aux Rameaux. Ce rite signifie la demande de pardon, le désir d’être purifié, la foi dans la vie éternelle. On asperge l’assemblée au début de la messe, ou lors de la grande vigile de la nuit pascale, et le défunt lors d’un enterrement.

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ENCENS – NAVETTE – ENCENSOIR

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L’encensoir permet de brûler l’encens : il s’en dégage un parfum agréable, la fumée symbolise la prière qui monte vers le ciel. Plusieurs fois au cours de la messe, le servant de messe présente la navette (qui contient l’encens) au prêtre pour ranimer l’encensoir, puis le prêtre encense :

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Au début de la messe : l’autel et le cierge pascal (durant le temps de Pâques),

Au début de l’Évangile : la Parole de Dieu,

A l’offertoire : les offrandes (oblats) apportées sur l’autel qui vont être consacrées, puis l’assemblée des fidèles. Le thuriféraire encense alors aussi le prêtre.

Au moment de la consécration : le corps et le sang du Christ. Dans les églises d’Orient, on encense aussi les icônes peintes car elles portent le mystère du Christ.

BURETTES – PLATEAU – MANUTERGE

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Les deux burettes contiennent l’eau et le vin nécessaires à la célébration de la messe. Les servants de messe l’apportent au prêtre à l’autel au moment de l’offertoire : le vin est versé dans le calice, une goutte d’eau y est ajoutée symbolisant l’humanité qui est unie au Christ. En semaine, on utilise aussi la burette d’eau pour le  » lavabo  » : le servant verse de l’eau sur les mains du prêtre, au dessus du plateau ; le prêtre s’essuie les mains avec le manuterge. Pour des cérémonies plus solennelles, on utilise l’aiguière et le bassin.
Attention à ne pas se tromper : en général, la plus petite burette contient l’eau, la plus grande contient le vin !

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A propos du lavabo… 
Avant le Concile Vatican II, le prêtre faisait ce geste en récitant le début du psaume 25 :  » Lavabo inter innocentes manus meas, et circumdabo altare tuum, Domine. » « Je laverai mes mains pour être compté parmi les innocents et je me tiendrai auprès de l’autel du Seigneur. »
Aujourd’hui, le prêtre dit le début du psaume 50 : « Lave-moi de mes fautes, Seigneur, et purifie moi de mes péchés », mais ce geste a gardé son nom de… lavabo ! (passé dans le langage courant…)

 

PALE – PURIFICATOIRE

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La pale est un carré de toile cartonnée qui peut couvrir le calice pendant le messe et éviter ainsi que des impuretés tombent dans le vin qui deviendra le sang du Christ. Le purificatoire est un tissu blanc qui sert à purifier, à nettoyer les vases sacrés après usage.

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OSTENSOIR

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L’ostensoir est un vase sacré en forme de grand soleil pour présenter à l’adoration, l’hostie consacrée. Il ne sert pas pendant la messe, mais à la fin de la messe quand celle-ci se poursuit dans un temps d’adoration du Saint Sacrement.

Le « Tabernacle » , dans l’Ancien Testament, était une tente portative qui abritait l’Arche de l’Alliance. Il était considéré comme la demeure de Dieu parmi son peuple.

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Ce mot a été repris par l’Eglise pour désigner la petite armoire dans laquelle on place la « réserve eucharistique », c’est-à-dire, les hosties consacrées, destinées à être portées aux malades, ou à être distribuées lors d’une assemblée dominicale en l’absence de prêtre, ou proposées à l’adoration des fidèles dans une liturgie du Saint Sacrement.
Une lampe signale aux fidèles la présence de la réserve eucharistiqueau tabernacle, et les invite au respect et à la prière : Jésus Christ est présent.

 

CIERGE – CHANDELIER

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La liturgie a toujours beaucoup utilisé les cierges. Aux premiers siècles, c’était même le seul moyen d’éclairer. Aujourd’hui, cela signifie la solennité de l’action liturgique : il y a toujours un cierge allumé près de l’autel pendant la messe. La nuit pascale, on allume pour la première fois un grand cierge, symbole du Christ illuminant tous les hommes et on le garde allumé pour toutes les célébrations jusqu’à la Pentecôte (50 jours). Deux servants de messe, les céroféraires, portent des cierges lors des processions, et entourent l’autel au moment de la consécration.

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CALICE – PATENE – COUPE – CIBOIRE

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Ce sont les vases sacrés. Le calice reçoit le sang du Christ. Sur la patène, on dépose l’hostie consacrée durant la messe. Quand l’assemblée est nombreuse, on utilise aussi une coupe pour les petites hosties. Le ciboire est une grande coupe couverte pour contenir la réserve eucharistique au tabernacle.

 

AUTEL – CORPORAL

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Aux premiers siècles, l’autel où se célébrait l’eucharistie était de forme carrée pour signifier l’offrande de toute l’humanité avec ses quatre éléments définis par les anciens (eau, terre, feu, air) appelée à être divinisée (ce que symbolisait le cercle de la coupole en certains lieux). Aujourd’hui, le corporal est carré et l’hostie est ronde… C’est sur le corporal que sont déposés le calice et la patène.

 

MISSEL – LECTIONNAIRE

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Ce sont les deux livres nécessaires pour célébrer la messe. Le missel contient les prières : le servant de messe qui a la charge du missel le présente au prêtre pour les prières d’ouverture (le kyrie, le gloria, l’oraison), pour les prières de la liturgie de la Parole (credo, introduction et conclusion de la prière universelle), et vers la fin de la messe pour la prière après la communion. Pendant la prière eucharistique (la grande prière centrale de la messe) le missel est posé sur l’autel de manière à ce que le prêtre puisse lire.
Le lectionnaire est le livre qui contient les lectures de la parole de Dieu qui conviennent au jour de la célébration : première lecture dans l’Ancien Testament, deuxième lecture dans le Nouveau Testament et Évangile. A la sacristie, il y a plusieurs livres : lectionnaire du dimanche, lectionnaire de semaine, pour les saints… Parfois on utilise un Évangéliaire pour la lecture de l’Évangile : l’Évangéliaire est apporté solennellement en procession. Quand nous venons à la messe avec notre missel de l’assemblée, c’est un livre qui contient à la fois les lectures et quelques-unes des prières. Il nous aide à mieux suivre la messe ou à nous y préparer chez nous.

 

https://www.aiderpretres.fr/catecheses/messe

 

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Les objets liturgiques de la messe

De nombreux objets servent ou ont servi à la liturgie.

Le calice est un vase en forme de coupe, habituellement porté par un pied, avec une tige comportant un nœud, et dans lequel le prêtre consacre le vin lors de l’eucharistie.

La patène est un récipient en forme d’assiette servant à l’offrande et à la consécration des hosties durant l’eucharistie. Ces objets sont en métal noble, et généralement dorés à l’intérieur, pour honorer le corps et le sang du Christ présent après la consécration.

Les burettes et le plateau sont deux petites cruches recevant le vin et l’eau offerts dans le calice.

Le ciboire est une coupe munie d’un couvercle où l’on conserve les hosties consacrées que l’on distribue aux fidèles au moment de la communion.

Les plus anciens calices exposés sont de la forme « tulipe ». Le premier date du XVIIIe siècle, de forme très simple, il est accompagné de sa patène, le second est un calice historique : il a servi pour la dernière messe à laquelle a assisté Louis XVI. Il est conservé à Notre-Dame des Victoires, le troisième est aussi un calice du XVIIIe siècle venant de Saint-Louis en l’Île.

Comme l’ensemble de l’orfèvrerie de la Chambre des Pairs, un coffret contient un ensemble intéressant du XIXe siècle (CDAS) orné d’inscriptions en latin, sur fond bleu :
Le calice : Hic est enim calix singuinis mei qui pro nobis offenditur in remissionem peccatorum. Ceci est le calice de mon sang qui est offert pour nous en rémission des péchés.
La patène, très simple, porte uniquement une croix
Le ciboire porte plusieurs inscriptions en latin :

ego sum panis vivus qui de coelo descendi. Voici, je suis le pain vivant descendu du ciel. Qui manducavit hanc panem vivat in aeternum.

Celui qui mange ce pain vivra éternellement.

Qui manducat meum carnem in me manet et ego in illo. Celui qui mange ma chair demeure en moi et moi en lui.

Les burettes et le plateau portent également des inscriptions en latin.

Puis on observe un changement de formes, avec des calices plus évasés en forme de coupes : un calice et une patène en argent martelé, un calice et une patène signé Puiforcat.

Un magnifique ciboire du XIXe siècle recouvert d’émaux, provient de Saint-Sulpice, un autre de Saint-Etienne du Mont.

Enfin, pour l’église Saint François de Molitor, un calice et une patène ont été réalisés dans le style de l’édifice par l’architecte.

Sur l’autel, face au prêtre se trouve un crucifix, de petite taille, et depuis le Concile Vatican II, il est souvent couché pour ne pas gêner la vue des fidèles. (Saint-Jean-Bosco).

 

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Glossaire de la liturgie

Définitions de termes techniques.

Burettes :
Flacons posés sur un plateau en verre ou en métal, contenant l’eau et le vin destinés à être versés dans le calice lors de l’eucharistie. Ils portent la lettre A (aqua) ou des joncs pour l’eau, V (vinum) ou de la vigne pour le vin.

Calice :
Vase sacré dans lequel le prêtre consacre le vin lors de l’eucharistie. Il est formé d’un pied, d’une tige comportant un nœud, d’une coupe quelquefois tenue dans une fausse coupe ornée.

Chandelier :
Généralement métallique, il peut être de forme simple avec pied, tige et bobèche, ou bien compose d’un décor à motif végétal parfois à multiples bobèches. Au XIXe s, ils étaient garnis de faux cierges de tôle peinte appelés souches.

Ciboire :
Vase sacré sur pied en forme de coupe, muni d’un couvercle surmonté d’une petite croix, servant à conserver les hosties consacrées.

Clochette ou sonnette liturgique :
Clochette (à manche) ou sonnette (3 ou 4 clochettes formant carillon) en bronze. Elle marque les temps forts de la consécration.

Croix de procession : croix en métal ou en bois doré portant un crucifix, montée sur une tige appelée hampe.

Custode :
Ciboire de petites dimensions servant à porter l’eucharistie aux malades ayant la forme d’une boîte plate.

Encensoir :
Récipient servant à brûler l’encens sur des braises incandescentes. Il se compose d’une cassolette suspendue à trois chaînes et d’une cheminée, qu on lève à l’aide d’une quatrième chaîne. II sert principalement au moment de l’offertoire et pour les obsèques.

Garniture d’autel :
Elle se compose d’une croix sur pied portant un crucifix et de six chandeliers décorés de manière identique.

Lampe de sanctuaire :
Lampe de différentes formes, souvent en métal portant une coupe en verre ronge suspendue. Elle signifie la présence eucharistique.

Lunule :
Réceptacle ouvrant placé au centre de l’ostensoir, en verre cerclé d’or, qui contient et préserve l’hostie consacrée.

Navette :
Petit récipient en forme de navire sur pied, dans lequel est conservé l’encens destiné à être brûlé. Elle est accompagnée d’une cuillère.

Ostensoir :
Il sert à exposer l’hostie consacrée à l’adoration des fidèles. Il se compose d’un pied, d’une tige comportant un nœud et d’une lunette circulaire en verre entourée de rayons (ostensoir-soleil) à l’intérieur de laquelle est placée la lunule.

Patène : Petit plat circulaire posé sur le calice servant à l’offrande et à la consécration des hosties. L’intérieur est plan et lisse, l’extérieur porte un monogramme ou un symbole eucharistique.

Pyxide :
Ciboire de petites dimensions servant à porter l’eucharistie aux malades ayant la forme d’une simple coupe sur une petite base.

Thabor :
Petite estrade en métal ou bois doré servant à surélever l’ostensoir lorsqu’il n’est pas présenté sous un trône d’exposition (sorte de dais à colonnettes placé au-dessus du tabernacle).

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Calendrier liturgique

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Les couleurs du temps liturgique

Afin de permettre aux fidèles de mieux comprendre et de mieux participer aux célébrations, l’Église depuis plusieurs siècles a choisi de symboliser la signification de la célébration au travers des couleurs des ornements du prêtre. Dans l’ancienne liturgie on les retrouvait sur l’étole, le manipule, la chasuble, le voile du calice, la bourse et parfois le cordon de l’aube (aujourd’hui essentiellement sur l’étole et la chasuble).
Chaque jour une couleur particulière est liée à la fête célébrée. Plus largement au cours de l’année liturgique qui débute par l’Avent, période précédant Noël, une couleur est associée à chaque grande période.

 Violet  : Couleur des périodes d’attente et de pénitence que sont les temps de l’Avent et du Carême mais aussi de deuil comme le Vendredi Saint, le 2 novembre (fidèles défunts) et généralement pour la célébration des obsèques. Le noir n’est plus utilisé dans la nouvelle liturgie.

 Blanc  : Couleur associée à la joie des grandes fêtes : temps de Noël, Jeudi Saint, temps de Pâques, Christ Roi, Présentation, Saint Jean-Baptiste, Transfiguration, Assomption de la Sainte Vierge, Toussaint, Dédicace de Saint Jean de Latran. Le blanc est également utilisée pour les fêtes des saints non martyrs.

 Rouge  : Couleur du sang, du feu et de la royauté, le rouge est utilisé le jour des Rameaux, pour la fête de Saint Pierre et Saint Paul, l’exaltation de Sainte Croix, la Pentecôte et tous les saints martyrs.

 Vert  : Couleur de la vie et de l’espérance, le vert correspond au temps ordinaire (c’est-à-dire en dehors des autres temps énumérés ci-dessus).

 

La chasuble

La chasuble, casula (appelée encore suivant les pays et les époques casubla, planeta, mantel), vêtement de dessus dont le prêtre se revêt pour offrir le Saint-Sacrifice, est cette paenula gréco-romaine que nous venons de voir figurer dans la loi de 382, vaste manteau de laine de forme ronde ou conique, percé en son milieu d’un trou pour y passer la tête et souvent muni d’un capuchon. Elle fut dès l’origine le vêtement de tous les Chrétiens, elle resta par excellence celui des clercs qui la portèrent indistinctement dans les fonctions liturgiques jusqu’au IXe siècle, époque où prévalut l’usage de la dalmatique pour le diacre, de la tunique pour le sous-diacre.

Les mosaïques de Rome et de Ravenne (VIe et VIIe siècles) nous ont conservé de remarquables types de ces paenulae ou casulae primitives si graves dans leur simplicité, si symboliques dans leur ampleur.

Aux lainages souples, dont la plupart de ces chasubles étaient faites, succédèrent au IXe siècle les somptueuses soieries byzantines ; à l’ornementation sobre, composée d’étroits galons, destinés d’abord moins à décorer la chasuble qu’à en cacher les coutures, furent substitués les riches orfrois, chefs d’œuvre de peinture à l’aiguille, que remplacèrent à leur tour, à la Renaissance, et jusque dans nos temps actuels, les lourdes broderies en bosse ; aussi tant pour la commodité des mouvements que pour diminuer le poids du vêtement, la vaste planète primitive perdit sa forme circulaire pour devenir successivement elliptique, rectangulaire.

D’autre part la décoration, constituée d’abord par deux galons ou étroites colonnes posées sur chaque face de la chasuble, aux coutures principales prenait suivant la fantaisie de l’artiste, la forme d’une fourche à deux ou trois branches, d’un arbre de vie ou d’une croix véritable.

Depuis trois quarts de siècle la grande chasuble toujours en vigueur aux jours d’Avent et de Carême dans plusieurs métropoles et dans certains ordres religieux réapparaît sur de très multiples points. À Rome on s’en sert particulièrement pour la célébration du culte des martyrs aux Catacombes ; elle est d’un usage courant en Belgique, et tend de plus en plus à prévaloir en France, en Allemagne, en Angleterre.

« Seigneur, dit le prêtre en revêtant la chasuble, vous qui avez dit : mon joug est suave et mon fardeau léger, accordez-moi de le porter de manière à obtenir votre grâce ». Symbole du Joug du Seigneur, elle l’est encore et surtout de la charité. « Recevez, dit l’évêque au nouvel ordonné, ce vêtement sacerdotal qui signifie la charité, Dieu est assez puissant pour développer en vous l’amour et la perfection de votre activité ».

La chasuble sacerdotale sert essentiellement au Saint-Sacrifice. En dehors de cette fonction le prêtre la revêt aux processions solennelles du Saint-Sacrement et à la Messe pontificale. Le diacre et le sous-diacre en font usage aux Messes de l’Avent et du Carême, à la bénédiction des cierges le 2 février, à la cérémonie du matin, le Vendredi-Saint. La chasuble doit être bénite.

 

Le manipule

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Le manipule, appelé encore au moyen âge sudarium, mappula, fanon, ne se distinguait pas à l’origine de cette mappa ou mouchoir de cérémonie dont les Romains avaient accoutumé de se servir pour essuyer la sueur du visage ou se garantir la tête du soleil. Porté d’abord par les diacres de l’Église romaine, l’usage s’en étendit aux évêques, aux prêtres, aux sous-diacres et même aux clercs inférieurs. Au XIe siècle il fut attribué aux seuls ordres majeurs et devint comme tel, l’insigne particulier du sous-diaconat.

L’habitude prise de plisser la mappula lui fit donner le nom de manipulus, manipule, petite gerbe. Vers le IXe siècle la mappula de lin se transforme en bande étroite décorée de broderies, aux deux extrémités de laquelle on ajouta quelquefois de petites pièces plus riches en forme de carré ou de trapèze. Des franges ou des glands achevaient d’orner ce parement.

L’Église aime voir dans le manipule le symbole du travail et de la pénitence d’ici-bas que couronnera une joie éternelle. L’évêque, l’imposant au nouveau sous-diacre, l’invite à le recevoir comme une exhortation aux bonnes œuvres, et le prêtre, s’en revêtant, demande à Dieu la grâce « de porter le manipule des larmes et des douleurs afin de recevoir dans l’allégresse la récompense de son labeur ».
Le manipule doit être béni.

L’évêque, le prêtre, le diacre et le sous-diacre font usage du manipule à la Messe seulement. Par exception les ministres sacrés prennent leur manipule pour la bénédiction des Rameaux ; mais ils le déposent pour la procession qui suit.

 

L’étole

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À l’orarium romain correspond l’orarium ou stola liturgique, primitivement simple voile de lin en usage d’abord chez les diacres orientaux, à qui semble en revenir l’innovation dans les fonctions liturgiques, puis importé en Occident et enfin adopté à Rome.

Comme la mappula ou manipule, l’orarium de toile ne tarda pas à devenir parement, riche bande ornée que les diacres portaient sur l’épaule gauche. La similitude qu’il offrait alors avec la précieuse bordure du vêtement romain nommé stola fut sans doute la raison pour laquelle on lui imposa ce dernier nom.

L’Orarium fut dès l’origine l’insigne caractéristique des diacres. Cependant, à Rome, il resta jusqu’au Xe siècle une partie accessoire du vêtement liturgique de tous les clercs, tant des ordres mineurs que des ordres majeurs. Ce n’est qu’à cette époque qu’il y devint, comme ailleurs, l’insigne réservé au diacre.

La forme de l’étole évolua parallèlement à celle du manipule. Comme ce dernier, l’étole fut dès sa transformation et resta jusqu’à nos jours, essentiellement une longue bande qui, tantôt rétrécie dans sa partie médiane et évasée à ses extrémités, tantôt uniformément étroite, était munie de une ou plusieurs croix et décorée sur toute sa longueur de riches broderies, parfois même de personnages.

L’étole sacerdotale est portée sur les deux épaules et s’impose sur le cou du prêtre, comme un signe de ce joug très doux et de ce fardeau des âmes que Notre-Seigneur veut rendre léger. L’Église aime encore à la présenter à ses ministres comme le symbole de la justice et de l’immortalité : « Rendez-moi, Seigneur, l’étole que la prévarication des premiers parents me fit perdre, puissé-je obtenir la joie éternelle, bien que je sois indigne de m’approcher de vos saints mystères ».

D’une façon générale, l’étole sert au prêtre et au diacre dans toutes les fonctions qui ressortissent de l’ordre sacré qu’ils ont reçu : Saint Sacrifice, administration des sacrements, bénédiction, exposition du Très Saint-Sacrement, etc.

L’étole sacerdotale se porte sur l’aube, croisée sur la poitrine ; l’évêque la laisse pendre sur les deux côtés sans la croiser, ce que fait aussi le prêtre lorsque portant l’étole sur le surplis, il ne peut la lier par le cordon d’aube. Le diacre la porte sur l’épaule gauche, les deux extrémités réunies sur le côté droit.

Suivant les ministres et les fonctions auxquelles sert l’étole, on distingue :
L’étole sacerdotale qui accompagne la chasuble et qui sert au prêtre pour la célébration du Saint-Sacrifice.
L’étole pastorale réservée pour l’administration des sacrements, la prédication, la communion du prêtre et lorsque en surplis il touche le Saint-Sacrement.
L’étole diaconale dont le diacre se revêt à la Grand’Messe, lorsqu il reçoit la Sainte-Communion, quand il doit toucher les vases sacrés qui contiennent l’Eucharistie et aux processions du Saint-Sacrement.
L’étole d’administration qui sert pour l’administration des sacrements aux malades.

Les étoles doivent être bénites.

 

Dalmatique et tunique

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Les plus anciens textes connus relatifs à la dalmatique datent de l’époque impériale et semblent lui donner pour origine la Dalmatie. Il est difficile de la distinguer à ses débuts de la tunica interiorqu’elle devait plus tard recouvrir ; elle se portait sous la toge ou la paenula, Commode et Héliogabale la mirent à la mode comme vêtement de dessus.

Il est certain qu’avant le VIe siècle, elle était déjà adoptée par le Pape et formait le vêtement distinctif des diacres romains. Dans la suite nous voyons le Souverain Pontife l’accorder en signe d’honneur à certains évêques et archidiacres ; au IXe siècle elle est portée par les évêques et les diacres, partout où s’est introduit le rit romain. C’est un vêtement blanc, ample, à larges manches, orné de bandes couleur pourpre, disposées verticalement et appelées clavi.

Le costume des sous-diacres se fixa plus lentement, c’est au VIIe siècle selon les uns, au IXe seulement selon les autres qu’ils paraissent définitivement revêtus de la tunica linea ou stricta, appelée aussi dalmatica minor, tunicella. C’est un vêtement talaire fait de lin blanc, à manches longues et étroites, sans clavi, ni ornements.

L’apparition du canon des couleurs vers l’an 1000, et sa fixation au XIIe siècle, inaugure pour les deux vêtements la série des transformations. Du XIIIe au XVe siècle, on hésite sur le mode de leur décoration, les clavi jugés inséparables de la dalmatique blanche disparaissent, puis reparaissent sous forme d’orfrois, auxquels on ajoute une ou deux bandes transversales. Les siècles qui suivirent ont déformé comme à plaisir les deux vêtements et les ont complètement identifiés, au mépris de la tradition et des prescriptions du cérémonial des évêques.

Le symbolisme de la dalmatique et de la tunique – l’innocence et la joie – leur vient de celui que l’Église attribue à la couleur blanche qui, longtemps, fut obligatoirement la leur. « Que le Seigneur, dit l’évêque au diacre en lui imposant la dalmatique, vous revête de l’habit de la félicité et de la robe de la joie et qu’il vous environne toujours de la dalmatique de la justice ».

Vêtements de joie, la dalmatique diaconale et la tunique sous-diaconale n’apparaissent qu’aux fonctions et aux bénédictions solennelles. Aux temps de pénitence, Avent et Carême, elles sont remplacées par l’antique casula. Cependant à certains jours où prévaut l’allégresse, les ministres peuvent s’en revêtir, tels les dimanches de Gaudete et Laetare, la Vigile de Noël, le Samedi Saint, la Vigile et les Quatre Temps de la Pentecôte.

Il n’est pas obligatoire mais il est convenable que la dalmatique et la tunique soient bénites avec la formule pour les ornements in genere.

 

La chape

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Il est admis généralement que la chape liturgique, grand manteau semi-circulaire que le prêtre revêt dans les fonctions solennelles en dehors du Saint-Sacrifice, n’est qu’un doublet de la chasuble et dérive comme elle de l’antique paenula. Ce vêtement appelé suivant les pays casulaplaneta, cappa, devait sous ce dernier nom évoluer parallèlement à la chasuble et garder pendant longtemps avec cette dernière, dans la coupe et l’ornementation, des traces d’une si étroite parenté.

En effet les deux vêtements, après s’être confondus longtemps dans une même forme, se distinguèrent d’abord par une ouverture antérieure qui, pratiquée à certaines cappae, fut toujours absente à la casula en usage pour le St-Sacrifice, puis par le capuchon qui, supprimé à la casula, fut maintenu sur la cappa. Cependant de même que plusieurs chasubles gardèrent un vestige de ce capuchon dans la disposition de l’orfroi dorsal, telle celle de Saint Thomas Becket (trésor de la cathédrale de Sens), de même plusieurs chapes prirent de la chasuble ses formes d’ornementation, telle la chape conservée au musée de Lyon. Quelques chapes gardèrent leur capuchon, un plus grand nombre le perdirent. Il ne devait réapparaître, transformé en chaperon qu’au XVe siècle et, sous cette forme, prévaloir jusqu’à nos jours.

Les chapes du Moyen-Âge qui nous sont restées sont pour la plupart couvertes de peintures à l’aiguille où sont retracées la vie de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge et des saints.

On voit, dès le VIe siècle (Ravenne, mosaïque de Saint Apollinaire), la chape munie d’un fermail que le moyen âge devait enrichir d’émaux et de pierreries. Aujourd’hui, ces sortes de boucles précieuses sont réservées aux évêques officiants dans leur diocèse.

Vêtement de cérémonie pour l’évêque et le prêtre, la chape est, sous une forme plus simple, accordée aux chantres et aux ministres inférieurs. Le célébrant, évêque ou prêtre, s’en revêt dans les offices solennels autres que la célébration de la Messe, et dans les fonctions où l’étole est prescrite, pour en rehausser la solennité.

Les liturgistes du moyen âge s’accordent à voir figurées dans ce vêtement festival la résurrection à venir et la joie du ciel. Par son ampleur, on peut ajouter que, comme la chasuble, elle symbolise la charité. La chape ne reçoit pas de bénédiction.