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Dimanche 6 novembre 2022 : 32ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 6 novembre 2022 :

32ème dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaire de Marie Noëlle Thabut

1ère lecture

Psaume

Deuxième lecture

Evangile

LECTURE DU DEUXIÈME LIVRE DES MARTYRS D’ISRAËL 7,1-2.9-14

    En ces jours-là,
1   Sept frères avaient été arrêtés avec leur mère.
     À coups de fouet et de nerf de bœuf,
     le roi Antiocos
     voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite.
2   L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara :
     « Que cherches-tu à savoir de nous ?
     Nous sommes prêts à mourir
     plutôt que de transgresser les lois de nos pères. »

9   Le deuxième frère lui dit,
     au moment de rendre le dernier soupir :
     « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente,
     mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois,
     le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »
10 Après cela, le troisième fut mis à la torture.
     Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna,
     et il présenta les mains avec intrépidité,
11 en déclarant avec noblesse :
     « C’est du Ciel que je tiens ces membres,
     mais à cause de ses lois je les méprise,
et c’est par lui que j’espère les retrouver. »
12 Le roi et sa suite
     furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme
     qui comptait pour rien les souffrances.
13 Lorsque celui-ci fut mort,
     le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices.
14 Sur le point d’expirer, il parla ainsi :
     « Mieux vaut mourir par la main des hommes,
     quand on attend la résurrection promise par Dieu,
     tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection
     pour la vie. »

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LA FOI EN LA RÉSURRECTION DÈS L’ANCIEN TESTAMENT

Ce texte marque une étape capitale dans le développement de la foi juive : c’est l’une des premières affirmations de la Résurrection des morts. Nous sommes vers 165 avant J.-C., en un moment de terrible persécution déclenchée par le roi Antiochus Épiphane. Il était très certainement mégalomane et voulait être révéré comme un dieu. Pour obliger les Juifs à renier leur foi, il exigeait d’eux des gestes de désobéissance à la Loi de Moïse : cesser de pratiquer le sabbat, offrir des sacrifices à d’autres dieux que le Dieu d’Israël, manquer aux règles alimentaires de la Loi juive… Leur fidélité a conduit de nombreux Juifs au martyre : plutôt mourir que de désobéir à la Loi de Dieu ; mais paradoxalement, c’est au sein même de cette persécution qu’est née la foi en la Résurrection : car une évidence est apparue… qu’on pourrait exprimer ainsi : puisque nous mourons par fidélité à la loi de Dieu, lui qui est fidèle nous rendra la vie.

 Aujourd’hui, nous lisons un passage de l’histoire de sept martyrs, sept frères, torturés et exécutés par Antiochus Épiphane. C’est cette extraordinaire découverte de la foi en la Résurrection qui les a soutenus : « Puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde (sous-entendu le véritable Roi du monde) nous ressuscitera pour une vie éternelle ». On a donc là une affirmation très claire de la Résurrection ; et une résurrection, on l’aura remarqué, très charnelle : l’un des frères parle de « retrouver ses membres » : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois, je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver ».

C’est presque la première affirmation de cette foi dans la Bible1 : jusque-là, on y parlait relativement peu de l’après-mort ; l’intérêt se concentrait sur cette vie et sur le lien vécu ici-bas entre Dieu et son peuple. Ce lien qu’on appelait l’Alliance. On s’intéressait à l’aujourd’hui du peuple, au lendemain du peuple, et non au lendemain de l’individu… Après la mort, le corps était déposé dans la tombe, « couché avec ses pères », selon la formule habituelle. On pensait que seule une ombre subsistait dans le « shéol », lieu de silence, de ténèbres, d’oubli, de néant.

DES JALONS SUR LE CHEMIN

C’est donc au deuxième siècle seulement que la foi en la Résurrection a été formulée en Israël. Des prophètes comme Isaïe ou Ézéchiel avaient préparé le terrain en affirmant très fortement la fidélité de Dieu, mais jamais ils n’avaient envisagé une véritable résurrection des hommes.

Il faut lire chez Ézéchiel, par exemple, la fameuse vision des ossements desséchés (Ez 37). Il prêche au moment du désastre de l’Exil à Babylone : alors que le peuple a tout perdu, Ézéchiel annonce contre toutes les apparences, le sursaut du peuple, son renouveau : oui, le peuple revivra, il retrouvera sa force, il se relèvera ; pour oser dire une chose pareille, Ézéchiel s’appuie sur sa foi : Dieu ne peut manquer à sa promesse, le peuple élu reste le peuple élu. Cette annonce de relèvement du peuple, Ézéchiel la dit en images : il décrit un immense champ de bataille jonché d’ossements, les cadavres d’une armée vaincue ; tout le monde sait que rien ne les ressuscitera ; ‘eh bien, moi je vous dis (c’est Ézéchiel qui parle), votre peuple ressemble à cela : il est anéanti comme ces cadavres et à vues humaines, il n’y a plus aucun espoir… mais aussi vrai que Dieu est le Dieu de la vie, votre peuple va se relever, comme si ces ossements se recouvraient soudainement de chair, de muscles, de peau, comme si le sang, à nouveau, coulait dans leurs veines.’ Dans cette vision, il ne s’agit donc pas encore de résurrection individuelle.

Et c’est précisément parce que la résurrection d’un corps mort apparaît à tout le monde comme le type même des choses impossibles qu’Ézéchiel prend cet exemple pour annoncer ce à quoi on a bien du mal à croire à savoir le relèvement du peuple d’Israël. 

Isaïe, lui, avait annoncé : « Le SEIGNEUR de l’univers…fera disparaître la mort pour toujours. Le SEIGNEUR Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le SEIGNEUR a parlé. » (Is 25,6…8). Mais on peut penser qu’il ne parlait pas ici de la mort biologique mais de la mort spirituelle que représente le péché et qui est effectivement la honte de son peuple.

UNE NOUVELLE ÉTAPE DE LA RÉVÉLATION

Bien sûr, après coup, on se dit « Ézéchiel et Isaïe ne croyaient pas si bien dire » : par leur bouche l’Esprit-Saint annonçait beaucoup plus qu’eux-mêmes n’en avaient conscience.

On a donc aujourd’hui avec le texte des Martyrs d’Israël une étape beaucoup plus avancée du développement de la foi d’Israël : la découverte de la foi en la résurrection des corps n’a été possible qu’après une longue expérience de la fidélité de Dieu : et alors tout d’un coup, c’est devenu une évidence que le Dieu fidèle, celui qui ne nous a jamais abandonnés, ne peut pas nous abandonner à la mort… quand nous acceptons de mourir par fidélité justement.

 C’est donc une étape capitale sur le chemin de la découverte de Dieu ; mais seulement une étape : une étape provisoire, qui sera, à son tour, dépassée : pour l’instant, on envisage la résurrection seulement pour les justes. Ceux qui sont morts de leur fidélité à Dieu, le Dieu fidèle les ressuscitera. C’est ce que dit le quatrième frère : « Mieux vaut mourir par la main des hommes quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. » Il faudra encore des siècles d’éducation patiente de Dieu pour que la foi en la résurrection des morts soit affirmée sans restriction. Aujourd’hui nous l’affirmons dans le « je crois en Dieu » : « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir » : cette affirmation, nous la devons entre autres à ces sept frères anonymes (du livre des Martyrs d’Israël) morts en 165 avant Jésus-Christ sous Antiochus Épiphane.
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Note

1 – La toute première affirmation de la Résurrection se trouve dans le Livre du prophète Daniel, écrit précisément au moment de cette terrible persécution d’Antiochus Épiphane : « Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront… » (Dn 12,2-3). Les sept frères se seraient inspirés de lui justement. Le Livre des Martyrs d’Israël (autrement appelé Livre des Maccabées), lui, qui relate cette phase de l’histoire, est plus tardif.
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PSAUME 16 (17),1.3ab,5-6,8.15

1   SEIGNEUR, écoute la justice !
     Entends ma plainte, accueille ma prière.
3   Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
     tu m’éprouves, sans rien trouver.  

5   J’ai tenu mes pas sur tes traces,
     jamais mon pied n’a trébuché.
6   Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
     écoute-moi, entends ce que je dis.   

8   Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;
     à l’ombre de tes ailes, cache-moi.
15 Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
     au réveil, je me rassasierai de ton visage.
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À L’OMBRE DE TES AILES CACHE-MOI 

« À l’ombre de tes ailes cache-moi » : cette toute petite phrase nous donne le cadre précis de ce psaume : il s’agit des ailes des chérubins qui surplombent le coffret de l’arche d’Alliance ; nous sommes donc en pensée au Temple de Jérusalem, dans l’endroit le plus sacré, le Saint des Saints, là où, seul, le grand-prêtre pénétrait une fois par an, le jour du Grand pardon, (Yom Kippour). Ici, il ne s’agit pas du grand-prêtre, mais de quelqu’un qui se cache, qui vient chercher refuge près de l’autel du Temple de Jérusalem. Il est certainement traqué puisqu’il vient chercher refuge près de l’autel du Temple et qu’il en appelle à la justice de Dieu ; c’est le sens du premier verset (« SEIGNEUR, écoute la justice ») et du dernier (« par ta justice, je verrai ta face »). S’il est contraint de remettre sa cause à Dieu, c’est qu’il est victime d’une erreur judiciaire : ce n’est certainement pas un cas isolé puisque l’on se souvient que le prophète Amos avait des paroles très sévères sur le fonctionnement de la justice ; en parlant des juges, il disait : « On change le droit en poison, on jette à terre  la justice ». (Am 5,7). Amos prêchait dans le royaume du Nord ; dans celui du Sud, ce n’était pas mieux : voici ce que dit Isaïe au chapitre 5 : « Malheureux, ces gens qui déclarent bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui rendent amer ce qui est doux et doux ce qui est amer ! » (Is 5, 20).

Et d’ailleurs, si Jésus a pu raconter une parabole mettant en scène un juge inique, refusant de rendre justice à une veuve, c’est que le cas n’était pas improbable ; et lui-même sera victime de faux témoignages. On en a une trace ici dans la phrase « Je t’appelle, toi le Dieu qui répond : écoute-moi, entends ce que je dis … » sous-entendu les juges d’ici-bas, cela ne sert à rien de les appeler, ils ne répondent pas, ils n’écoutent pas… Dans des cas pareils, quand un innocent était injustement accusé, il ne lui restait qu’un seul refuge, le Temple, qui était un asile inviolable ; et là il se soumettait à ce que notre Moyen-Age a appelé le « jugement de Dieu ». C’était sa seule chance. Ici, il s’agit certainement de quelque chose de cet ordre, puisque notre accusé plaide non coupable « J’ai tenu mes pas sur tes traces, jamais mon pied n’a trébuché » ; aujourd’hui, nous dirions qu’il n’a pas fait de faux pas.

Comment se passait concrètement le jugement de Dieu, on ne le sait pas exactement ; mais il s’agit bien de cela : « Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit, tu m’éprouves sans rien trouver ». Le simple fait d’accepter de dormir dans le Temple, complètement abandonné au jugement de Dieu était déjà une présomption d’innocence ; le roi Salomon, lui, avait prévu une formule de serment qu’on faisait prononcer à l’accusé : du genre ‘si j’ai commis le crime que vous croyez, alors qu’il m’arrive tel malheur’… si l’accusé acceptait de prêter ce serment, c’est qu’il était réellement innocent ; la superstition était telle à l’époque qu’aucun coupable n’aurait couru le risque !

GARDE-MOI COMME LA PRUNELLE DE L’ŒIL

Celui qui parle dans notre psaume est donc bien certain de son innocence puisqu’il est prêt à affronter le jugement de Dieu ; il sait qu’il n’a rien à craindre. Au contraire, Dieu va le protéger, le « garder comme la prunelle de ses yeux ». Nous retrouvons ici la superbe expression du livre du Deutéronome et qui est passée comme telle en français : « Le SEIGNEUR rencontre son peuple au pays du désert dans les solitudes remplies de hurlements sauvages. Il l’entoure, il l’instruit, il veille sur lui comme sur la prunelle de son œil. » (Dt 32,10). Encore aujourd’hui nous disons que nous tenons à quelqu’un ou à quelque chose « comme à la prunelle de nos yeux ».

Il est si sûr de son innocence, notre accusé, qu’il attend le matin avec tranquillité : « Moi, par ta justice, je verrai ta face ; au réveil, je me rassasierai de ton visage ». On retrouve ici l’assurance de Job qui ose affirmer : « Mais je sais, moi, que mon rédempteur est vivant, que, le dernier, il se lèvera sur la poussière ; et quand bien même on m’arracherait la peau, de ma chair je verrai Dieu. » (Jb 19,25-26).

Quand le peuple d’Israël, assemblé au Temple de Jérusalem, chante ce psaume, il proclame sa foi : il sait qu’il survivra à tous ceux qui lui veulent du mal (comme dira Paul aux Thessaloniciens dans la deuxième lecture) ; car, une fois de plus, on sait bien que cet homme (dont parle le psaume) cet homme traqué, cherchant refuge et justification dans le Temple, n’est autre que le peuple tout entier. « J’ai tenu mes pas sur tes traces, jamais mon pied n’a trébuché », c’est sa protestation de fidélité ; au milieu de toutes les tentations des peuples voisins, Israël est resté fidèle au Dieu Unique. Et c’est dans le temple de Jérusalem et seulement là qu’il cherchait refuge. « Moi, par ta justice, je verrai ta face ; au réveil, je me rassasierai de ton visage ». Il ne s’agit pas encore de résurrection individuelle, mais le peuple élu sait que rien ne pourra l’écraser totalement ; car Dieu ne peut se renier lui-même.

« Au réveil, je me rassasierai de ton visage » : ce psaume n’a probablement pas été écrit pour annoncer la résurrection : mais quand nous le redisons aujourd’hui, à la lumière de la Résurrection du Christ, nous reconnaissons qu’il s’y applique tellement bien ; après la nuit de la mort, nous nous éveillerons dans la lumière de Dieu. Déjà, avant même la venue de Jésus au monde, les frères dont nous lisions l’histoire dans le livre des Martyrs d’Israël en première lecture, ont pu dire cela en affrontant Antiochus Épiphane.

 En attendant le sommeil définitif, chaque nuit est l’occasion pour nous de nous abandonner à la vigilance de Dieu ; on comprend pourquoi notre chant des Complies reprend chaque soir la prière de ce psaume : « Garde-moi comme la prunelle de l’œil, à l’ombre de tes ailes cache-moi ».
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LECTURE DE LA DEUXIÈME LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX THESSALONICIENS 2,16 – 3,5

    Frères
2,16   que notre Seigneur Jésus Christ lui-même,
          et Dieu notre Père qui nous a aimés
          et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce,
2,17   réconfortent vos cœurs
          et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien.
3,1     Priez aussi pour nous, frères,
          afin que la parole du Seigneur poursuive sa course,
          et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous.
3,2     Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais,
          car tout le monde n’a pas la foi.
3,3     Le Seigneur, lui, est fidèle :
          il vous affermira et vous protégera du Mal.
3,4     Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous :
          vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons.
3,5     Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu
          et l’endurance du Christ.
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QUE LA PAROLE DE DIEU POURSUIVE SA COURSE 

Nous qui sommes parfois à court d’idées pour composer nos prières universelles, voilà un bon modèle ! Tout y est : d’abord, c’est une prière des uns pour les autres, les Thessaloniciens prient pour Paul et Paul pour les Thessaloniciens.

Ensuite celui qui prie n’a qu’un seul objectif : « Que la parole de Dieu poursuive sa course ». On retrouve ici la passion de Paul pour l’annonce de la Parole à toutes les nations ; on sait qu’il aime l’image de la course ; dans le monde grec, très amateur des jeux du cirque, c’était un spectacle familier. On imagine bien un coureur portant la parole comme une torche pour enflammer le monde le plus loin possible. L’apôtre est un porte-parole, (on pourrait dire le « haut-parleur »), le simple témoin d’une parole qui le précède et qui le dépasse et qui lui survivra. Cela suggère une autre comparaison : le musicien qui interprète une œuvre la fait résonner le temps que dure sa carrière ; il la fait connaître et aimer ; la partition lui survivra. Le nom de l’interprète s’oubliera, c’est le nom de l’auteur qu’on retiendra. Et les applaudissements vont bien davantage à l’œuvre qu’à l’interprète. Les noms de Bach ou de Mozart ou de Beethoven sont restés, les noms de leurs interprètes sont oubliés.

Mais ce n’est qu’une comparaison : par chance, la partition dont nous sommes chargés, la Parole de Dieu n’a pas besoin d’interprètes talentueux, il nous suffit d’être passionnés.

Saint Paul dit bien : « Priez afin que la parole de Dieu poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous ». Paul cherche la gloire pour la Parole de Dieu, pas pour lui. Et il est vrai que chez les Thessaloniciens la Parole de Dieu a été accueillie d’une manière exemplaire : on se souvient que Paul n’est resté que trois semaines à Thessalonique et qu’en trois semaines déjà une communauté chrétienne était née, à laquelle il peut dire « Nous avons toute confiance en vous : vous faites et vous continuerez à faire ce que nous vous ordonnons ». Cela nous rappelle la première lettre à Timothée (que nous avons lue récemment) dans laquelle Paul s’émerveillait que le Christ lui ait fait confiance alors qu’il n’avait encore rien fait pour le mériter : « Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère, moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent ». (1 Tm 1,12-13).

LE SEIGNEUR EST FIDÈLE : IL VOUS AFFERMIRA

À son tour, Paul fait confiance aux tout jeunes baptisés de Thessalonique qui n’ont guère eu le temps de faire leurs preuves, pourtant. Mais en réalité, ce n’est pas à eux tout seuls qu’il fait confiance, c’est à eux assistés de la grâce de Dieu… Au fond, pour faire confiance aux autres il suffit de se souvenir que la grâce de Dieu est à l’œuvre en eux.

Enfin, la prière de Paul est guidée par une seule certitude : « Le Seigneur, lui, est fidèle ; il vous affermira et vous protègera du Mal » ; le mal dont il souhaite protéger les Thessaloniciens, ce n’est pas la persécution en elle-même ; il sait qu’elle fait partie de la vie du chrétien ; et l’on sait bien que si lui-même n’est resté à Thessalonique que trois semaines, c’est parce que la persécution des Juifs l’a contraint à partir. Mais ce dont les Thessaloniciens ont besoin, c’est du réconfort du Seigneur pour affronter cette persécution et tenir dans la durée. Paul insiste : « Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi… » Échapper ici, ne veut pas dire éviter : s’il avait voulu éviter la persécution, il aurait changé de métier ! Échapper veut dire « surmonter », avoir le courage de tenir bon ; le seul objectif, encore une fois, c’est que la propagation de l’Évangile (la course, comme il dit), ne soit pas entravée.

Et ce réconfort du Seigneur, il sait qu’il peut compter dessus ; la fidélité, c’est le nom même de Dieu, « Le Dieu de tendresse et de fidélité » ; c’est sous ce nom que Dieu s’est révélé à Moïse. Cette fidélité de Dieu, Paul l’a lui-même expérimentée ; à preuve sa phrase superbe du début : « Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs. » Réconfort et bonne espérance, il semble bien que ce soit synonyme pour lui. Là il nous fait toucher du doigt à quel point l’espérance est enracinée dans le passé ou plutôt dans une expérience. Car l’espérance n’est pas une affaire d’imagination ; comme si on s’inventait des jours meilleurs, parce que l’aujourd’hui est difficile ; au contraire, l’espérance est une affaire de mémoire, (c’est la vertu de la mémoire), c’est la foi (ou la mémoire) conjuguée au futur. Nous l’avons vu, par exemple, avec l’histoire des sept martyrs du livre des Maccabées : s’ils ont pu découvrir la foi en la Résurrection, c’est parce qu’ils avaient l’expérience de la fidélité de Dieu.

Encore faut-il être accueillants à cette présence de Dieu ; c’est pour cela que Paul suggère aux Thessaloniciens de se laisser « réconforter par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même ». On retrouve encore une fois ici la leçon du pharisien et du publicain : chez le pharisien, plein de lui-même, il n’y avait plus de place pour Dieu ; le publicain, lui, a pu être comblé parce que son cœur était ouvert.
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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC 20, 27-38

       En ce temps-là
27      quelques sadducéens
          – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection –
          s’approchèrent de Jésus
28      et l’interrogèrent :
          « Maître, Moïse nous a prescrit :
          Si un homme a un frère qui meurt
          en laissant une épouse mais pas d’enfant,
          il doit épouser la veuve
          pour susciter une descendance à son frère.
29      Or, il y avait sept frères :
          le premier se maria et mourut sans enfant ;
30      de même le deuxième,
31      puis le troisième épousèrent la veuve,
          et ainsi tous les sept :
          ils moururent sans laisser d’enfants.
32      Finalement la femme mourut aussi.
33      Eh bien, à la résurrection,
          cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse,
          puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
34      Jésus leur répondit :
          « Les enfants de ce monde prennent femme et mari.
35      Mais ceux qui ont été jugés dignes
          d’avoir part au monde à venir
          et à la résurrection d’entre les morts
          ne prennent ni femme ni mari,
36      car ils ne peuvent plus mourir :
          ils sont semblables aux anges,
          ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.
37      Que les morts ressuscitent,
          Moïse lui-même le fait comprendre
          dans le récit du buisson ardent,
          quand il appelle le Seigneur 
          le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob.
38      Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
          Tous, en effet, vivent pour lui. »
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DIEU D’ABRAHAM, DIEU DES VIVANTS

Quand un problème n’a pas de solution, c’est qu’il est mal posé. Et là vraiment le problème posé par les « Sadducéens » semble bien insoluble ; on a envie de dire « cherchez l’erreur ». L’erreur, ce serait de vouloir tendre un piège à Jésus, d’abord. Ce n’est certainement pas le meilleur moyen de découvrir la Parole de Dieu, puisqu’il est la Parole faite chair ; mais peut-être les Sadducéens ne cherchent-ils pas à tendre un piège à Jésus ? Peut-être ne sont-ils pas mal intentionnés ? Leur question nous paraît un peu artificielle aujourd’hui, mais elle ressemble aux discussions interminables qu’on développait dans les écoles de théologie. C’est un cas d’école un peu poussé sur un sujet qui était à l’ordre du jour.

Encore faut-il se rappeler qu’au temps du Christ, la foi en la Résurrection était toute neuve ; elle n’était pas encore partagée par tout le monde. Les Pharisiens y croyaient fermement ; pour eux c’était une évidence que le Dieu de la vie n’abandonnerait pas ses fidèles à la mort. Mais on pouvait très bien être un bon Juif sans croire à la résurrection de la chair. C’était le cas des Sadducéens. Pour justifier leur refus de la résurrection, ils cherchent à démontrer qu’une telle croyance conduit à des situations ridicules : leur logique est imparable ; une femme ne peut pas avoir sept maris à la fois, on est tous d’accord ; si vous croyez à la résurrection, disent-ils à Jésus, c’est pourtant ce qui va se passer : elle a eu sept maris successifs, qui sont morts les uns après les autres ; mais si tous ressuscitent, vous voyez à quoi cela mène !

L’erreur, Jésus va le leur dire, c’est de chercher nos articles de foi dans nos raisonnements ; Isaïe l’a dit depuis longtemps : « Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, et nos chemins ne sont pas ses chemins » (Is 55,8). Jésus au contraire appuie sa foi uniquement sur l’Écriture : chaque fois qu’une question lui est posée, il cherche sa réponse dans l’Écriture. Depuis le récit des tentations jusqu’à la rencontre des disciples d’Emmaüs, sa seule référence est l’Écriture ; c’est à partir d’elle qu’il ouvre l’intelligence de ses auditeurs ; il l’avait bien dit au tentateur « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Ici, il dit en quelque sorte : ‘ne nourrissez pas votre foi de raisonnements et de discussions mais de la Parole de Dieu’.

L’ALLIANCE AVEC DIEU EST ÉTERNELLE

Ici, sa référence à l’Écriture, il la prend dans les paroles de Moïse : tout comme ses interlocuteurs d’ailleurs ; les Sadducéens commencent en disant : « Moïse nous a prescrit. » Mais ils se servent de l’Écriture, ils l’utilisent pour prouver ce dont ils sont déjà persuadés par ailleurs. Ils utilisent l’Écriture, ils ne se mettent pas à son école ; ils citent l’Écriture au lieu de la scruter. Jésus au contraire cherche dans l’Écriture quelle révélation elle nous apporte sur Dieu ; or Moïse l’a bien dit : dans le buisson ardent (Ex 3) Dieu s’est révélé à lui comme le Dieu de nos pères, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob : Dieu ne peut pas être Dieu pour un temps seulement ; la mort ne peut pas faire échec aux engagements qu’il a pris envers les Patriarches, Abraham, Isaac, Jacob, et leurs descendants. Son Alliance traverse la mort : il noue avec chacun de nous et nous tous ensemble un lien d’amour que rien ne pourra détruire. Or, au-delà de la mort, comme dit saint Jean « nous lui serons semblables » (1 Jn 3,2). Pour l’instant, « Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ». Mais alors, nous serons enfin à son image des vivants, des aimants.

Une autre erreur est de parler de cette résurrection, de la vie dans l’au-delà comme si c’était la pure continuation de l’ici-bas. La réponse de Jésus montre bien au contraire qu’il y a une rupture complète entre notre vie actuelle et la vie des ressuscités : les enfants de ce monde se marient, c’est entendu ; mais les ressuscités ne se marient pas. Ils ne sont pas des anges (lisons bien le texte) mais ils sont « semblables aux anges », c’est-à-dire qu’ils ont un point commun avec les anges : ce point commun, justement, c’est qu’ils ne peuvent plus mourir ; la mort n’a plus sur eux aucun pouvoir ; désormais ils sont « enfants de Dieu », c’est-à-dire qu’ils sont vivants de la vie de Dieu. Dans leur question, les Sadducéens avaient lié le mariage à la reproduction : si cette femme avait été épousée par tous ses beaux-frères, c’est parce qu’elle n’avait pas pu être mère ; Jésus leur répond : votre problème est désormais sans objet ; dans le monde à venir tout est différent : il n’est plus question de mort et il n’est plus question de reproduction ; mais les Sadducéens avaient oublié que le mariage est aussi et d’abord une affaire d’amour : nos amours humaines, d’ici-bas, ne peuvent pas mourir : elles sont l’image de Dieu, elles sont ce qui en nous est à l’image de Dieu ; elles traversent la mort ; nous les retrouverons transfigurées sur l’autre rive.

Comme dit saint Augustin : « On ne peut perdre celui qu’on aime si on l’aime en Celui qu’on ne peut perdre. 

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, ISRAËL, JUDAÏSME, LIVRE DES MACCABEES, LIVRE DES MARTYRS D'ISRAËL

Le Livre des Maccabées

Les livres des Maccabées,

la résistance du peuple juif à l’hellénisme

Macchabees

Gravure du Livre des Maccabées dans une Bible de Port-Royal

Rencontrant une civilisation nouvelle, le peuple de Dieu doit-il s’adapter ou résister ? Cette question se repose sans cesse dans l’Histoire :

  • S’adapter : ce peut être renoncer à l’originalité de la foi et se condamner à disparaître en se diluant dans le monde.
  • Résister : c’est prendre le risque de se couper du plus grand nombre et de s’enfermer dans le passé.

Durant les siècles précédant la venue de Jésus-Christ, les juifs vécurent les deux tendances. Les deux livres des Maccabées sont le témoignage de la résistance du peuple juif. Leur nom provient du nom d’un des principaux héros : Judas Maccabée.

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Une mère et ses sept fils mis à mort par le roi de Syrie pour avoir refusé de manger du porc (1873)

Sens des livres des Maccabées

Les livres des Maccabées tirent leurs noms des héros de la guerre de libération.

Le principal acteur s’appelle Judas. Il est surnommé Maccabée, ce qui signifie « le marteau » (ne pas confondre avec les macchabées que l’on dissèque dans les laboratoires d’anatomie … c’est parce qu’il est souvent fait allusion à la mort dans le deuxième livre des Maccabées que le mot « macchabée » a pris dans l’argot des étudiants de médecine le sens de cadavre)

Plusieurs clubs sportifs israéliens portent le nom de Maccabi, par exemple le Maccabi de Tel Aviv. Il y a aussi les Maccabiades qui sont une rencontre sportive de tous les meilleurs athlètes Juifs du monde entier, sur le modèle des Jeux olympiques, qui ont lieu tous les quatre ans en Israël. La référence aux Maccabées veut souligner leur grand courage face à l’adversité.

L’opération Maccabée fut une opération militaire très importante du 8 au 16 Mai 1948 durant la bataille de Latroun lors de la Guerre israélo-arabe de 1948. L’opération de la Haganah (qui deviendra peu de jours après Tsahal, l’armée de l’Etat d’Israël) avait pour mission de dégager à travers les forces de l’Armée de libération arabe une voie reliant Tel Aviv à Jérusalem.

Il existe quatre livres des Maccabées qui nous ont été transmis par la Septante. Aucun de ces livres ne fait partie du canon hébraïque. Les catholiques ont reçu les deux premiers dans leur canon. Les orthodoxes ont reçu les quatre livres des Maccabées dans leur canon. Les protestants n’en n’ont reçu aucun.

La fête de Hanoucca (parfois appelée la fête de la Dédicace) commémore la nouvelle installation de l’autel des offrandes dans le Temple de Jérusalem, après la victoire de Judas Maccabée sur les armées d’Antiochus IV Epiphane, en 164 av. J.-C.

Le premier livre des Maccabées couvre la période qui va du début de l’insurrection (-175) à la mort de Simon (-135).

Le deuxième livre n’est pas la suite du premier. En fait, il commence son récit avec des épisodes antérieurs à -175 et s’achève vers -160. Il est donc en partie parallèle au premier livre.

Histoire de la rédaction des livres des Maccabées

Le premier et le second livre.

Le premier livre des Maccabées a été rédigé en hébreu mais son texte nous est parvenu dans la traduction grecque de la Septante. Le livre, rédigé probablement vers 100 avant JC, couvre les épisodes datant de – 175 à – 135.

Le deuxième livre des Maccabées est le résumé d’un ouvrage en cinq volumes dont l’auteur est Jason de Cyrène, un juif de la diaspora. Il a été rédigé avant le précédent, peut-être vers – 124.

Plan du livre des Maccabées :

 1er livre des Maccabées

  • Le cadre historique (1)
  • Le début de l’insurrection (2)
  • Judas Maccabée à la tête de la révolte (3 à 9,22)
  • Les opérations menées par Jonathan (9,23 à 12,53)
  • Le commandement de Simon (13 à 16,24)

2ème livre des Maccabées

  • Le cadre historique (1 et 2)
  • Avant la révolte maccabéenne (3 à 7,42)
  • La révolte de Judas jusqu’à la purification du Temple (8 à 10,8)
  • La poursuite de la guerre (10,9 à 15,39)

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Lieu-dit « tombes des Maccabées », près de Modiin-Maccabim-Reout, Israël

 

Juifs contre Juifs :  la révolte des Maccabées

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Au IIe siècle avant J.-C, des Juifs pieux s’opposèrent aux envahisseurs grecs de la Judée et aux « impies » qui collaboraient avec eux. Chronique de cette révolte, dite des Maccabées, qui fut fratricide.

Un jour de l’an 168 avant l’ère chrétienne, un émissaire grec arrive à Modin, petit village des environs de Jérusalem. Il vient s’assurer qu’on honore ici les dieux de l’Olympe. Pour lui témoigner de sa volonté de collaborer, un Juif s’avance et s’apprête à sacrifier un cochon, animal impur par excellence… C’est alors qu’un autre Juif, nommé Mattathias, s’avance et égorge l’hérétique sur l’autel. Face à l’assemblée médusée, il lance : « Quiconque a le zèle de la Loi et maintient l’Alliance, qu’il me suive ! » Puis il s’enfuit dans les montagnes aux côtés de son fils Judas, laissant dans la ville tout ce qu’ils possédaient. Autour de Matthatias et de sa famille vont alors se fédérer tous les Juifs qui s’opposent à l’envahisseur et aux « impies » qui ont osé collaborer. La révolte des Maccabées vient de débuter : elle va enflammer la Judée pendant un quart de siècle et débouchera sur son indépendance.

 

La guerre aurait-elle pu être évitée ?

On pourrait le croire, si l’on revient quelques années en arrière, au début du IIe siècle avant J.-C. au moment où, après les conquêtes d’Alexandre, la Judée est passée sous la domination de la dynastie grecque des Séleucides (Syriens). Le joug semble alors léger. Liberté religieuse, respect des traditions… La « charte séleucide de Jérusalem » autorise les Juifs à vivre « conformément aux lois de leurs pères », leur garantissant autonomie et exemptions fiscales. Mais l’irruption d’un nouvel acteur sur la scène orientale va bousculer le bel équilibre : l’Empire romain, qui va infliger une cinglante défaite aux Séleucides en Magnésie, en 189 av. J.-C. Les conséquences sont lourdes pour ces derniers qui se retrouvent amputés d’une partie de leur royaume d’Asie Mineure et condamnés à payer une amende de guerre.

 

Le judaïsme se retrouve inféodé à une autorité grecque, païenne et polythéiste

Comment trouver rapidement des ressources ? Le roi séleucide Antiochos III le Grand se tourne alors vers Jérusalem, la capitale de la Judée… Car le Temple, qui sert de banque de dépôt, renferme un fabuleux trésor. Le roi ordonne sa confiscation et contraint les sanctuaires de Judée à lui verser un impôt. De quoi bouleverser le monde juif jusque-là préservé de la tutelle hellénique… Dans les réformes controversées d’Antochios III on peut voir « la mise en place d’une sorte de ministère royal des cultes ». En somme, le judaïsme se retrouve inféodé à une autorité grecque, païenne et polythéiste. Impensable pour les prêtres juifs, garants du culte à Yahvé ! Ils ne seront pourtant pas au bout de leurs peines : renforçant un peu plus sa mainmise sur Jérusalem, Antochios III désigne lui-même un grand prêtre dans le Temple. Un homme de paille qui prétend réformer le judaïsme et qui n’hésite pas à déclarer : « Faisons alliance avec les nations car, depuis que nous nous sommes séparés d’elles, bien des malheurs nous ont atteints »(cité dans le Premier Livre des Maccabées, écrit vers l’an 100 avant J.-C.).

Jérusalem deviendrait-elle alors une cité grecque ?

Progressivement, la ville judéenne se transforme. On fait construire un gymnase au pied de l’acropole. On prévoit que la Torah, texte sacré par excellence, soit, comme toute loi, modifiable par un vote des citoyens. Evidemment, les hassidims, les « pieux », sont scandalisés… Mais les nouvelles mesures ne déplaisent pourtant pas à une élite juive, largement urbaine et hellénisée dans ses mœurs et sa culture.

Cette opposition, qui recoupe le fossé économique grandissant entre paysans et grands propriétaires, va profondément diviser le monde juif à mesure que la vassalisation continue. La tension monte encore d’un cran lorsqu’Antochios IV Epiphane monte sur le trône, en 175 av. J.-C. « Entré dans le sanctuaire avec arrogance, Antiochos enleva l’autel d’or, le candélabre de lumière avec tous ses accessoires, la table d’oblation, les vases à libation, les coupes, les cassolettes d’or […]. Il prit l’argent et l’or ainsi que les ustensiles précieux et fit main basse sur les trésors cachés qu’il trouva » (Premier Livre). Cette fois-ci, c’en est trop pour les gardiens du Temple. Des émeutes éclatent en ville, avant d’être brutalement réprimées. La riposte séleucide est terrible : le roi engage la persécution religieuse par un édit qui interdit purement et simplement le culte juif, prohibe la circoncision et l’observance du sabbat, remplace les fêtes juives par des cérémonies en son honneur.

Les Juifs doivent honorer les dieux grecs

Pour couronner le tout, les Juifs doivent dorénavant honorer les dieux grecs : Antiochos a profané le lieu saint en y installant un autel consacré à Zeus. Le Temple « empli de débauche et d’orgies par les Gentils » (les non-Juifs) est rendu impropre au culte. L’identité juive est en danger de mort. Les Livres des Maccabées décrivent des scènes effroyables : des femmes jetées du haut des remparts de Jérusalem pour avoir fait circoncire leurs fils ; des hommes brûlés vifs pour avoir célébré le sabbat en secret ; des adolescents torturés pour avoir refusé de manger du porc…

L’étendue réelle de la persécution nous échappe cependant. Pour certains historiens on aurait affaire en réalité à une guerre civile au sein même du judaïsme, née d’une tentative de réforme trop radicale. L’élite « hellénique » aurait souhaité en finir avec des aspects du culte jugés archaïques : les interdits alimentaires, qui contreviennent aux règles de convivialité ; la circoncision, perçue comme une coutume barbare ; le repos sabbatique, qui nuit à la liberté d’action et au commerce. L’ouverture du Temple aux non-Juifs participerait de ce même mouvement. Aux yeux d’Antiochos IV et des Grecs, les Juifs se montrent intolérants envers les dieux des autres. Zeus est aussi le dieu du Ciel, comme Baal et Yahvé. Pourquoi les trois ne pourraient-ils pas cohabiter dans le même sanctuaire, comme leurs fidèles au sein du royaume séleucide ?

 

La révolte s’organise autour de Mattathias et de son fils, Judas

Face à cette intrusion jugée intolérable, face aux meurtres et aux agressions, la révolte s’organise donc autour de Mattathias et de ses fils, réfugiés dans les grottes du désert de Judée pour y observer librement les commandements de leur foi. Ils répondent à la violence par la violence. Sous la direction du prêtre, la résistance passive devient lutte armée et prend les accents d’une guerre sainte : le Premier Livre rapporte que Mattathias et ses compagnons parcourent la Judée pour imposer partout la « vraie foi » et forcer les Juifs « impies » à se soumettre à la loi de Moïse. Ils détruisent les autels païens, circoncisent de force les enfants, brûlent les villages hellénisés…

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Au printemps 166 avant J.-C., le patriarche Mattathias meurt. Dans son dernier souffle, il confie la direction de la lutte à l’un de ses cinq fils : Yéhouda (Judas) Maccabée, que l’on décrit comme un guerrier de la trempe du roi David. Diverses théories s’affrontent pour expliquer son surnom, Maccabée. Un dérivé du mot araméen maggabi (manieur de marteau) exprimant sa férocité au combat ? Un acronyme de la Torah (signifiant « Qui est comme toi parmi les puissants, ô Eternel ! ») ? Un simple sobriquet soulignant des traits physiques ? A la mort de son père, Judas dispose, au mieux, de 6 000 combattants. C’est bien peu face à une armée séleucide dont la supériorité est écrasante avec ses fantassins aguerris et bien équipés, ses archers, sa cavalerie et même ses éléphants de guerre aussi effrayants que redoutables.

 

Comment éviter l’affrontement direct face à une telle armada ?

 

Parfait connaisseur des chaînes de montagnes et des vallées encaissées de son pays, Judas se lance alors dans des opérations de guérilla. Ses hommes multiplient les embuscades et les attaques surprises, incendient les camps ennemis, harcèlent les villages proséleucides. La tactique s’avère payante. A Nahal El-Haramiah, Judas défait ainsi le petit contingent d’Appolonius, gouverneur de Samarie, qui est tué au combat. De quoi galvaniser ses hommes et attirer de nouvelles recrues. Bientôt, la renommée de ceux que l’on appelle désormais les Maccabées, du nom de leur chef, fait le tour de la Judée : comme des poissons dans l’eau, les rebelles, qui redistribuent en priorité leur butin aux démunis, trouvent alors dans des campagnes hostiles à l’hellénisation un soutien humain et matériel de poids.

 

Judas libère Jérusalem

 Les victoires s’enchaînent. A Beth-Horon, Judas profite à nouveau du relief pour piéger une armée aux effectifs très supérieurs. L’année suivante, il écrase à Emmaüs les troupes du général Gorgias. Mais il sait que ces victoires sporadiques ne peuvent, à terme, rien contre le puissant Empire séleucide. En bon diplomate, Judas va alors se tourner vers Rome, un allié inattendu. Se rappelant ses revers face au puissant Empire romain, Antiochos IV prend peur et change de stratégie. En 164 av. J.-C., il adresse une lettre aux Juifs où il garantit que « tous ceux qui retourneront chez eux obtiendront l’impunité » et auront « l’usage de leurs aliments spéciaux et de leurs lois comme auparavant ». Des remords ? Ils arrivent bien trop tard : Judas n’a que faire de ces signes d’apaisement, il est déjà aux portes de Jérusalem qu’il va libérer.

La première mesure de l’aîné des Maccabées est très symbolique : il purifie le Temple, trois ans jour pour jour après sa profanation, et y rétablit le culte. La fête d’Hanoukka commémorera cette renaissance. On raconte qu’Antiochos IV meurt en apprenant la nouvelle…

La fin de la guerre ? Ni les concessions séleucides ni la purification du Temple n’ont apaisé les esprits. Car les Maccabées ont désormais pour objectif de libérer les Juifs dans toute la Palestine. Et leurs motivations religieuses vont lentement céder la place à des ambitions politiques.

Fort à présent de plus de 10 000 hommes bien organisés en une force mêlant cavalerie et infanterie, les Maccabées consolident leurs positions et entreprennent une guerre de conquête. Judas et ses frères mènent des expéditions en Galilée, en Transjordanie, en Syrie du Sud… pour y secourir les communautés juives qu’ils déplacent ensuite en Judée. La force de conviction et l’aisance au combat des rebelles juifs surprennent les Séleucides qui réagissent avec retard, même s’ils parviennent à tuer Eléazar, frère de Judas, lors de la bataille de Beth-Zachariah, au sud de Bethléem. Quant à Judas, il est tué à Elasa, au printemps 160 av. J.-C. Un rude coup porté à la révolte des Maccabées.

 

La victoire des Maccabées a abouti à la restauration du culte traditionnel

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Jonathan, un autre frère, prend la relève alors que les Séleucides regagnent du terrain : le roi séleucide Démétrios réinstalle les notables pro-hellénistes, fortifie les citadelles et punit de lourds impôts les campagnes ayant soutenu l’insurrection. Jonathan comprend que ses effectifs militaires ne sont plus suffisants, il tente la carte diplomatique : il fait alliance avec Alexandre Balas, rival du roi Démétrios, qui l’emporte. La partie est gagnée : en 152 av. J.-C., Balas offre à Jonathan le titre de grand prêtre puis de gouverneur civil et militaire de la Judée. L’ancien rebelle est même invité aux noces du roi séleucide, tandis que le dernier des frères, Simon, est nommé stratège de la côte phénico-philistine. C’est lui qui donnera naissance à la dynastie des rois juifs asmonéens. La résistance dans les grottes de Judée semble bien loin.

La victoire des Maccabées a finalement abouti à la restauration du culte traditionnel. C’est la raison pour laquelle cet épisode guerrier représente bien plus que la seule résistance à l’hellénisation. Pour Etienne Nodet, enseignant à l’Ecole biblique de Jérusalem, l’identité juive sort transformée de « la crise maccabéenne » : l’affirmation de la primauté du Temple, comme centre religieux et politique, donne naissance à un judaïsme « judéen ». Un nouveau patriotisme auquel la fête d’Hanoukka permet d’associer la diaspora. Et auquel les Juifs, éparpillés dans le monde, continuent toujours de se référer.