ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON MATTHIEU, LETTRE DE SAINT PAUL AUX THESSALONICIENS, LIVRE DES PROVERBES, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 127

Dimanche 15 novembre 2020 : 33è dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 15 novembre 2020 :

33ème dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Livre des Proverbes 31,10-31

10 Une femme parfaite, qui la trouvera ?
Elle est précieuse plus que les perles !
11 Son mari peut lui faire confiance :
il ne manquera pas de ressources.
12 Elle fait son bonheur, et non pas sa ruine,
tous les jours de sa vie.
13 Elle sait choisir la laine et le lin,
et ses mains travaillent volontiers.
19 Elle tend la main vers la quenouille,
ses doigts dirigent le fuseau.
20 Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre,
elle tend la main aux malheureux.
30 Le charme est trompeur et la beauté s’évanouit ;
seule, la femme qui craint le SEIGNEUR
mérite la louange.
31 Célébrez-la pour les fruits de son travail :
et qu’aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange !

LE PORTRAIT DE LA FEMME IDEALE
Chose étonnante, ce que nous venons d’entendre, ce sont les derniers mots du livre des Proverbes : or c’est un éloge de la femme. Voilà qui prouve que les auteurs bibliques ne sont pas misogynes ! Et pourtant, nous n’avons eu qu’un extrait de ce long poème qui termine le livre ; si vous avez la curiosité de lire le texte en entier, c’est-à-dire l’intégralité des versets 10 à 31 du dernier chapitre des Proverbes, vous verrez que c’est en quelque sorte le portrait de la femme idéale ; l’expression « femme parfaite » du premier verset veut dire : celle qu’un homme doit épouser s’il veut être heureux. Or qu’a-t-elle d’extraordinaire ? Rien justement : elle est travailleuse, elle est fidèle et consacrée à son mari et à sa maison, sans oublier de tendre la main aux pauvres et aux malheureux ; c’est tout, mais voilà des valeurs sûres, nous dit l’auteur, le secret du bonheur. Il n’emploie pas l’expression « secret du bonheur », il appelle cela sagesse, mais c’est la même chose.
Et vous savez qu’en Israël, on est bien convaincu d’une chose : le secret du bonheur, Dieu seul peut nous l’enseigner, mais c’est fait de choses humbles et modestes de notre vie de tous les jours. Vous connaissez la célèbre phrase qui est dans ce même livre des Proverbes : « La crainte du SEIGNEUR est le commencement de la sagesse. » (Pr 9,10). (La crainte au sens d’amour et de fidélité, tout simplement).
Il est intéressant de voir que le livre des Proverbes commence par neuf chapitres qui sont une invitation à cultiver cette vertu de la sagesse qui est l’art de diriger sa vie ; et, à l’autre extrémité de ce livre, se trouve ce poème à la gloire de la femme idéale : celle qui dirige bien sa vie, précisément. La leçon, c’est qu’une telle femme donne à son entourage la seule chose dont Dieu rêve pour l’humanité, à savoir le bonheur.
Alors, ce n’est pas un hasard, bien sûr, si ce poème se présente de manière particulière : car si vous vous reportez à ce passage dans votre Bible, vous verrez que ce poème est alphabétique ; nous avons déjà rencontré des psaumes alphabétiques ; c’est un procédé habituel : chaque verset commence par une lettre de l’alphabet dans l’ordre ; (en littérature, on appelle cela un acrostiche) ; mais il ne s’agit pas de technique, pas plus que dans les psaumes ; il s’agit d’une affirmation de foi ; la femme idéale, c’est celle qui s’est laissé imprégner par la sagesse de Dieu, elle est un reflet de la sagesse de Dieu ; et donc elle a tout compris, de A à Z.
LA BIBLE ET LES FEMMES
Le livre des Proverbes n’est pas le seul à tenir ce genre de discours très positif sur la gent féminine ; on pourrait citer des quantités d’autres phrases de la Bible qui font l’éloge des femmes, du moins de certaines. Il ne faut pas oublier que la Bible a, dès le début, une conception de la femme tout à fait originale ; à Babylone, par exemple, on pensait que la femme a été créée après l’homme (sous-entendu l’homme a pu fort bien se passer de femme) ; au contraire, le poème de la création (le premier chapitre de la Genèse) qui a été rédigé par les prêtres pendant l’Exil à Babylone, justement, affirme clairement : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1,27). (C’est-à-dire dès le début).
Et le deuxième récit de la création dans la Genèse, et qui est plus ancien, raconte de manière très imagée la création de la femme aussitôt après l’homme ; il la décrit soigneusement comme une égale, puisqu’elle est de la même nature que lui « os de ses os, chair de sa chair » (Gn 2,18-24). Ils sont tellement égaux d’ailleurs, qu’ils portent le même nom : homme et femme, en français, ne sont pas de la même racine : mais, en hébreu, ils se disent ish au masculin, ishshah au féminin ; ce qui dit bien à la fois la similitude des deux et la particularité de chacun.
Et le texte va plus loin, puisqu’il précise bien que la femme est un cadeau fait à l’homme pour son bonheur : « Le SEIGNEUR Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul (entendez il n’est pas heureux pour l’homme d’être seul), je vais lui faire une aide qui lui correspondra » ; et le texte hébreu précise « qui soit pour lui comme son vis-à-vis » (Gn 2,18) ; un vis-à-vis, c’est-à-dire un égal avec lequel on puisse dialoguer, dans un véritable face-à-face avec tout ce que cela comporte de révélation mutuelle, et de découverte de chacun dans le regard de l’autre.
La suite du texte biblique raconte la déchirure qui s’est introduite peu à peu dans des relations qui auraient dû être faites de confiance et de dialogue : le soupçon s’est installé entre l’humanité et son créateur ; et des relations faussées se sont peu à peu elles aussi instaurées entre l’homme et la femme : désormais tout repose non sur le dialogue, mais sur le pouvoir : qui se fait séduction d’un côté, domination de l’autre ; « Ton désir te portera vers l’homme, dit Dieu, et celui-ci dominera sur toi » (Gn 3,16). Et quand le théologien biblique écrit ce texte vers l’an 1000 av. J. C., il y a des milliers d’années que l’expérience quotidienne vérifie cette analyse.
L’ALLIANCE DU COUPLE, IMAGE DE L’ALLIANCE DE DIEU
Et voilà que notre livre des Proverbes se prend de nouveau à rêver du couple idéal : ici l’homme peut se reposer entièrement sur sa compagne « son mari peut lui faire confiance… Elle fait son bonheur »… (v. 11… 12). L’auteur a même eu l’idée, l’audace devrais-je dire, de penser que le couple humain était lié par une véritable Alliance semblable à celle qui unit Dieu à Israël. Dans un autre passage du livre des Proverbes, on peut lire que rompre l’union conjugale c’est rompre du même coup l’Alliance avec Dieu (2,17).
Je reviens à notre texte d’aujourd’hui : dans la conclusion de son livre, en somme, l’auteur veut mettre en valeur deux choses qui sont un peu les deux béatitudes de la femme : première béatitude « Heureuse es-tu, toi qui crains le SEIGNEUR » (traduisez « toi qui aimes le SEIGNEUR ») ; deuxième béatitude « Heureuse es-tu : avec tout ce travail humble, tu crées du bonheur ».
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Compléments
– Encore une remarque sur ce texte, mais cette fois, de vocabulaire : dans notre traduction liturgique, l’avant-dernier verset dit : « seule, la femme qui craint le SEIGNEUR est digne de louange. » Nous retrouvons ce mot de « crainte » du SEIGNEUR que nous avons appris à lire de manière positive comme un amour filial.
– Ce qui est étonnant, finalement, c’est que cette femme, présentée par le livre des Proverbes, ne fait rien d’extraordinaire ! Ses activités, telles qu’elles nous sont décrites ici, ressemblent à l’idée que nous nous faisons de la femme au foyer ; et on sait bien que ce n’est pas ce qui attire le plus en ce moment ; mais replaçons-nous dans le contexte historique : l’auteur ne prend pas parti pour ou contre la femme au foyer ; et d’ailleurs, qui dit « femme au foyer » ne dit pas femme cloîtrée, privée de toute vie sociale : dans d’autres versets de ce poème, il montre le rôle social qu’elle tient dans sa ville en participant entre autres à des activités commerciales et à des oeuvres de charité. Grâce à sa liberté de mouvement et à sa disponibilité, elle est un maillon très important du tissu social.
– Voici quelques autres phrases de la Bible sur la femme : toujours dans le livre des Proverbes, par exemple : « Une femme parfaite est la couronne de son mari. » (Pr 12,4) ; ou encore dans le livre de Ben Sirac : « Heureux celui qui vit avec une femme intelligente. » (Si 25,8) … « Heureux l’homme qui a une bonne épouse : le nombre de ses jours sera doublé. La femme courageuse fait la joie de son mari : il possèdera le bonheur tout au long de sa vie. » (Si 26,1). « Une lampe qui brille sur le chandelier saint, tel est un beau visage sur un corps bien formé. » (Si 26,17). Et enfin, toujours dans le livre de Ben Sirac : « Pour qui prend femme, c’est déjà la fortune : elle est une aide semblable à lui, une colonne où s’appuyer. Faute de clôture, un domaine est livré aux pillards ; faute d’avoir une femme, on erre à l’aventure en gémissant. » (Si 36,29-30). Et que dire du Cantique des Cantiques !

PSAUME – 127 (128) 1-5 – Psaume des montées

1 Heureux qui craint le SEIGNEUR
et marche selon ses voies !
2 Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !

3 Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

4 Voilà comment sera béni
l’homme qui craint le SEIGNEUR.
5 De Sion que le SEIGNEUR te bénisse !
Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.

DIEU VEUT LE BONHEUR DE L’HOMME
Ce psaume est l’un des plus courts du psautier. Mais son contenu n’en est pas moins important. Car, après tout, il parle de la seule chose qui compte, le bonheur. On ne dira jamais assez que Dieu nous a créés pour nous rendre heureux ; cette évidence parcourt toute la Bible, ce qui était une audace par rapport aux pays voisins.
Moïse déjà l’avait compris, puisque quand il a voulu décider son beau-frère à le suivre pour lui servir de guide dans le désert du Sinaï, il lui a promis « Viens avec nous pour que nous te rendions heureux, car le SEIGNEUR a promis du bonheur pour Israël. » (Nb 10,29). Le psaume 34/35 met la même assurance dans la bouche de David : « Le SEIGNEUR a voulu le bonheur de son serviteur. » (Ps 34/35,27). Mais, si on y réfléchit, c’était déjà vrai pour Abraham : les promesses de Dieu à Abraham représentaient très exactement le bonheur le plus désirable à son époque : une descendance et la prospérité. D’ailleurs, le mot « bénédiction » est bien synonyme de bonheur. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre ; » (Gn 12,3) : cela signifie d’abord que toutes les nations de la terre ne trouveront pas de plus grand souhait à formuler que d’évoquer ta réussite ; elles se diront l’une à l’autre « puisses-tu prospérer comme le grand Abraham » ; plus tard, on comprendra que « toutes les nations de la terre accéderont par toi à la prospérité. » Que peut-on rêver de mieux ? Or c’est Dieu qui lui promet tout cela : dès leur première rencontre, c’est révélateur.
Et, plus tard, quand on méditera sur les mystères de la Création, on reconnaîtra que Dieu n’a prévu que des choses bonnes : le livre de la Genèse raconte que, quand Dieu, le sixième jour, embrassa du regard l’ensemble de son œuvre , « il vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. » (Gn 1,31) ; et le mot hébreu, ici, suggère bien une idée de bonheur.
UNE LOI DICTEE POUR LE BONHEUR DE TOUS
Au long de l’histoire d’Israël, ce désir de Dieu de voir ses enfants heureux inspire toutes ses paroles et ses initiatives : par exemple il n’y a pas de commandement qui ne soit dicté par ce seul souci. Le livre du Deutéronome qui résume magnifiquement toute la méditation d’Israël sur les fondements de la Loi résonne de recommandations qui n’ont pas d’autre but que de procurer bonheur et longue vie au peuple tout entier : « Garde les lois et les commandements que je te donne aujourd’hui pour ton bonheur et celui de tes fils après toi… » (Dt 4,40) ; ou encore : « Si seulement leur cœur était décidé à … observer tous les jours mes commandements, pour leur bonheur et celui de leurs fils à jamais ! » (Dt 5,29). Et le fameux texte du « Shema Israël » (la profession de foi) est précédé par ce conseil : « Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à mettre en pratique (les lois et les commandements que je te donne) : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l’a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6,3).
Notre psaume répond en écho : « Heureux qui craint le SEIGNEUR et marche selon ses voies ! », craindre le SEIGNEUR, voulant exactement dire « marcher selon ses voies », c’est-à-dire obéir aux commandements qui n’ont été donnés que pour le bonheur de ceux qui les pratiquent.
Les mots « heureux », « bonheur » « béni » se répètent ; quant aux images, elles évoquent ce que l’on peut rêver de mieux : l’assurance de la subsistance, la paix dans la ville, la paix dans la maison, autour d’une belle famille, et la promesse d’une descendance. « De Sion, que le SEIGNEUR te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils ».
LE BONHEUR AU QUOTIDIEN
La leçon qui se dégage de tout cela, c’est l’intérêt que Dieu prend à notre vie quotidienne : c’est bien là, dans les réalités très concrètes que se joue notre bonheur. L’Ancien Testament disait déjà très fort que Dieu n’est pas à chercher seulement à l’intérieur des murs de nos églises, mais dans toute notre vie de chaque jour. Il reste que nous sommes libres de nous écarter des chemins du SEIGNEUR, traduisez de transgresser les commandements et du coup de faire notre malheur.
Ce n’est pas par hasard, peut-être, que notre psaume reprend le vocabulaire et les images du livre de la Genèse. Après la faute, Dieu dit à Adam : « Le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. »… Et à la femme : « C’est dans la peine que tu enfanteras des fils. » Ici, le livre de la Genèse ne fait que constater la spirale du mal qui s’instaure quand on a pris le mauvais chemin ; le jardin de délices s’est transformé en terre de discorde et de malheur. Ce texte du livre de la Genèse sonne comme une mise en garde : au contraire, le psaume qui parle de l’homme fidèle, celui qui craint le SEIGNEUR, lui promet réussite et bonheur familial : « Tu te nourriras du travail de tes mains » et « Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le SEIGNEUR ».
Dans notre première lecture de ce dimanche, le livre des Proverbes dit bien la même chose quand il fait l’éloge de la « femme qui craint le SEIGNEUR », et affirme qu’elle seule est « digne de louange ». En définitive, au long des siècles, notre conception du bonheur peut changer, mais une seule chose compte : ne jamais oublier que le seul but de Dieu est de voir tous ses enfants heureux.
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Note : Pour la mise en oeuvre liturgique de ce psaume au Temple de Jérusalem, voir le commentaire pour la fête de la Sainte Famille – Année A – tome 1 de « L’INTELLIGENCE DES ECRITURES »

DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens 5, 1-6

1 Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur,
vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre.
2 Vous savez très bien que le jour du Seigneur
vient comme un voleur dans la nuit.
3 Quand les gens diront :
« Quelle paix ! quelle tranquillité ! »,
c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux,
comme les douleurs sur la femme enceinte :
ils ne pourront pas y échapper.
4 Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres,
ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur.
5 En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ;
nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres.
6 Alors, ne restons pas endormis comme les autres,
mais soyons vigilants et restons sobres.

QUAND VIENDRA LE JOUR DU SEIGNEUR ?
Ce qui était le grand sujet de préoccupation des Thessaloniciens, au moment où Paul leur écrit cette première lettre, c’était la venue du Seigneur, ce qu’ils appelaient le « Jour du Seigneur ». Et ils vivaient dans cette attente, tout comme Paul lui-même vivait tendu de tout son être vers ce jour. Car le mot attente est ambigu peut-être pour nous ; il y a des attentes passives ; mais celle de Paul, celle des Thessaloniciens est une attente impatiente, j’aurais envie de dire fervente. On sent bien l’impatience des Chrétiens derrière la phrase de Paul : « Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin que je vous en parle. » Et, dans sa deuxième lettre à cette communauté, Paul juge utile de préciser : « Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. » (2 Thes 2,1). Chaque fois que des soi-disant prophètes parlent de fin du monde, il nous suffira de relire cette mise en garde de Paul. Je note au passage que Paul ne parle pas du « retour » du Seigneur, il parle de sa « venue ». Car il est invisible, oui, mais il n’est pas absent. Ainsi, on ne peut donc pas parler de « retour » comme s’il était absent.
LE GENRE APOCALYPTIQUE, UN GENRE LITTERAIRE
Pour en parler, Paul emploie tout un vocabulaire et même un genre littéraire un peu surprenant pour nous, mais très familier à ses lecteurs du premier siècle ; c’est ce qu’on appelle le « genre apocalyptique » (c’est-à-dire de dévoilement de la face cachée des choses) ; quand on parle de « voleur dans la nuit », quand on évoque les « douleurs de la femme enceinte », de « catastrophe qui s’abat sur vous » tout cela sur fond d’opposition entre lumière et ténèbres, vous avez toute chance d’être en présence d’un texte apocalyptique. Jésus a employé des expressions tout à fait semblables parce que ce genre littéraire était florissant à son époque ; une époque où justement, l’attente du Messie et de la venue du Royaume de Dieu était très vive.
L’objectif de ce genre de discours est double : premièrement, conforter la foi des lecteurs pour que rien ne les décourage, quelle que soit la longueur de l’attente ; deuxièmement, les encourager à avoir de l’audace dans le témoignage de leur foi à la face du monde, quelle que soit la dureté du temps présent, et même en cas de persécution.
Mais pourquoi personne ne peut-il connaître à l’avance le moment de la venue du Seigneur ? Il y a au moins deux raisons :
Première raison, le temps appartient à Dieu : le prophète Daniel disait « Que le nom de Dieu soit béni, depuis toujours et à jamais ! Car la sagesse et la puissance lui appartiennent. C’est lui qui fait alterner les temps et les moments. » (Daniel 2,21). Et Jésus lui-même reconnaissait ne pas le savoir : « Ce jour et cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul. » (Mt 24,36). Soit dit en passant, Jésus nous donne là une formidable leçon d’humilité : il accepte de ne pas savoir… il fait confiance à son Père ; même à l’heure extrême, celle de Gethsémani, alors que le combat entre la lumière et les ténèbres, entre l’amour et la haine est à son paroxysme, il fait confiance.
LE DELAI DEPEND DE NOUS
Deuxième raison, Saint Pierre dit que ce temps dépend aussi de nous : « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. (2 Pi 3,8-9). Et un peu plus bas, il ajoute « Vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu… »
Voilà de quoi nous renvoyer à nos responsabilités : mystérieusement, nous collaborons à la venue du Jour de Dieu ; cela peut paraître audacieux ! Mais c’est pourtant ce que nous disent Paul et Pierre. C’est d’ailleurs cela qui fait la grandeur de nos vies : elles sont la matière première du Royaume. Dieu ne le réalise pas sans nous. Pure coïncidence, peut-être, mais c’est justement après cette deuxième lecture que nous allons entendre la parabole des Talents qui nous parlera de la confiance que Dieu nous fait pour bâtir son Royaume !
Jésus l’avait bien dit à ses disciples qui lui posaient la question : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? » Il leur avait répondu : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ; mais vous allez recevoir une force, quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins… » (Ac 1,6-7). Ce qui était une manière de leur dire leur responsabilité, mais également de bien situer leur action dans celle de l’Esprit. Comme dit la quatrième Prière Eucharistique, « L’Esprit poursuit son œuvre  dans le monde et achève toute sanctification ».
Nous n’avons donc pas à nous soucier des temps et des moments, comme dit Jésus, ou des délais et des dates, comme dit Paul, il nous suffit d’essayer concrètement de faire avancer le Royaume, sûrs que nous avons reçu l’Esprit pour cela.
Je reviens sur l’expression « fils de la lumière » : « Vous frères… vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour … », nous dit Paul. Le jour du Seigneur, ce sera quand l’humanité tout entière sera fille de lumière.

EVANGILE – selon saint Matthieu 25,14-30

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples cette parabole :
14 « C’est comme un homme qui partait en voyage :
il appela ses serviteurs et leur confia ses biens.
15 À l’un il remit une somme de cinq talents,
à un autre deux talents,
au troisième un seul talent,
à chacun selon ses capacités.
Puis il partit.
16 Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents
s’en alla pour les faire valoir
et en gagna cinq autres.
17 De même, celui qui avait reçu deux talents
en gagna deux autres.
18 Mais celui qui n’en avait reçu qu’un
alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.
19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint
et il leur demanda des comptes.
20 Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha,
présenta cinq autres talents
et dit :
‘Seigneur,
tu m’as confié cinq talents ;
voilà, j’en ai gagné cinq autres.’
21 Son maître lui déclara :
‘Très bien, serviteur bon et fidèle,
tu as été fidèle pour peu de choses,
je t’en confierai beaucoup ;
entre dans la joie de ton seigneur.’
22 Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi
et dit :
‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ;
voilà, j’en ai gagné deux autres.’
23 Son maître lui déclara :
‘Très bien, serviteur bon et fidèle,
tu as été fidèle pour peu de choses,
je t’en confierai beaucoup ;
entre dans la joie de ton seigneur.’
24 Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi
et dit :
‘Seigneur,
je savais que tu es un homme dur :
tu moissonnes là où tu n’as pas semé,
tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.
25 J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre.
Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’
26 Son maître lui répliqua :
‘Serviteur mauvais et paresseux,
tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé,
que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.
27 Alors, il fallait placer mon argent à la banque ;
et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.
28 Enlevez-lui donc son talent
et donnez-le à celui qui en a dix.
29 À celui qui a, on donnera encore,
et il sera dans l’abondance ;
mais celui qui n’a rien
se verra enlever même ce qu’il a.
30 Quant à ce serviteur bon à rien,
jetez-le dans les ténèbres extérieures ;
là, il y aura des pleurs et des grincements de dents ! »

UNE AFFAIRE DE CONFIANCE
Il est intéressant de noter combien de fois revient le mot « confier » dans ce texte : « Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens »… et à son retour, au moment des comptes, les deux premiers serviteurs lui disent « tu m’as confié cinq talents, (deux talents)… J’en ai gagné autant.. » et le maître leur répond « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ».
Quant au troisième serviteur, le maître lui avait fait confiance, à lui aussi, mais lui, en retour, il a eu peur de ce maître ; tout se joue sur ce malentendu, la confiance d’un côté, la méfiance, de l’autre.
Les trois serviteurs ont été traités de la même façon par le maître, « chacun selon ses capacités », et le maître ne demande qu’à faire confiance encore plus.
C’est certainement la première leçon de cette parabole ! Dieu nous fait confiance ; il nous associe à ses affaires, c’est-à-dire à son Royaume, chacun selon nos capacités ; cette expression « chacun selon ses capacités » est là pour nous rassurer. Il ne s’agit pas de nous culpabiliser de ce que nous n’avons pas su faire ; d’ailleurs, le maître n’entre pas dans le détail des comptes avec les deux premiers ; il constate qu’ils sont entrés dans son projet qui est la marche de ses affaires, et c’est de cela qu’il les félicite. C’est la seule chose qui nous est demandée, faire notre petit possible pour le Royaume.
SAVOIR PRENDRE DES INITIATIVES
Cette confiance va loin : le maître attend que ses serviteurs prennent des initiatives, des risques même, pendant son absence. C’est bien ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs : s’ils ont pu doubler la somme, c’est qu’ils ont osé risquer de perdre. Tandis que le troisième ne risquait pas de perdre quoi que ce soit ; c’est lui qui a été prudent, pas les autres ; et ce sont les autres qui sont félicités.
Félicités et encouragés à continuer : le même schéma se répète deux fois ; le maître confie, le serviteur en rendant ses comptes dit « tu m’as confié, voilà ce que j’ai fait » ; le maître félicite et dit « je t’en confierai encore » : on pourrait appeler cela « la spirale de la confiance ».
Reste une phrase très difficile dans ce texte : « A celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a ». On en trouve une autre presque équivalente dans le livre des Proverbes : « Si tu donnes au sage, il devient plus sage, si tu instruis le juste, il progresse encore. » (Pr 9,9). Prenons une comparaison : quand on a choisi la bonne direction, chaque minute, chaque pas nous rapproche du but ; mais quand on tourne le dos au but du voyage, chaque minute qui passe, chaque pas nous éloigne encore du but.
LE TALENT QUI NOUS EST CONFIE, C’EST LE PROJET DE DIEU
Mais revenons aux deux premiers serviteurs puisque ce sont eux qui nous sont donnés en exemple : ils ont cru à la confiance qui leur était faite, et qui était énorme, puisque cinq talents, ou deux (ou même seulement un talent), ce sont des sommes absolument considérables et ils ont osé prendre des initiatives qui étaient risquées. Au moment où Jésus s’apprête à affronter la mort (puisque nous sommes à la fin de l’évangile de Matthieu, juste avant les Rameaux et la Passion) et à confier l’Eglise à ses disciples, la leçon est claire : même si son retour se fait attendre, les disciples de tous les temps auront à gérer le trésor du projet de Dieu : il faudra savoir prendre des initiatives pour faire grandir son Royaume.
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Compléments
Comme il le dit dans l’évangile de Jean : « Je vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure. » (Jn 15,16). Et nous n’avons pas à avoir peur car « de crainte, il n’y en a pas dans l’amour. » (1 Jn 4,18).
Face à cette confiance du maître, il y a deux attitudes : la première consiste à reconnaître la confiance qui est faite et s’employer à la mériter. C’est l’attitude des deux premiers. Le troisième serviteur adopte l’attitude inverse : le maître confie, mais le serviteur ne voit pas que c’est de la confiance ; il ne l’interprète pas comme cela puisqu’il a peur de ce maître qu’il considère comme exigeant. Il croit avoir tout compris, il a jaugé son patron et décidé qu’il ne méritait pas d’être servi. Or la méfiance de ce troisième serviteur est d’autant plus injuste que le maître a bien pris soin de proportionner l’effort demandé à chacun « selon ses capacités ». Et il rêvait de pouvoir dire à chacun : « Entre dans la joie de ton maître ».

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Dimanche de la fête de la Trinité : lectures et commentaires

LE DIMANCHE DE LA TRINITE

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 16 juin 2019

Fête de la Trinité

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

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PREMIERE LECTURE – Livre des Proverbes 8, 22-31

 

Écoutez ce que déclare la Sagesse de Dieu :
22 « Le SEIGNEUR m’a faite pour lui,
principe de son action,
première de ses œuvres, depuis toujours.
23 Avant les siècles j’ai été formée,
dès le commencement, avant l’apparition de la terre.
24 Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée,
quand n’étaient pas les sources jaillissantes.
25 Avant que les montagnes ne soient fixées,
avant les collines, je fus enfantée,
26 avant que le SEIGNEUR n’ait fait la terre et l’espace,
les éléments primitifs du monde.
27 Quand il établissait les cieux, j’étais là,
quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme,
28 qu’il amassait les nuages dans les hauteurs
et maîtrisait les sources de l’abîme,
29 quand il imposait à la mer ses limites,
si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre,
quand il établissait les fondements de la terre.
30 Et moi, je grandissais à ses côtés.
Je faisais ses délices jour après jour,
jouant devant lui à tout moment
31 jouant dans l’univers, sur sa terre,
et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Pour les hommes de la Bible, il ne fait pas de doute que Dieu conduit le monde avec sagesse ! « Tu as fait toutes choses avec sagesse » dit le psaume 103 (104) que nous avons chanté pour la Pentecôte. C’est même tellement une évidence qu’on en arrive à écrire des discours entiers sur ce sujet. C’est le cas du texte que nous venons de lire : il s’agit d’une véritable prédication sur le thème : « Mes frères, n’engagez pas vos vies sur des fausses pistes. Dieu seul connaît ce qui est bon pour l’homme ; conformez-vous à l’ordre des choses qu’il a établi depuis les origines du monde, c’est le seul moyen d’être heureux. »
Pour donner plus de poids à sa prédication, l’auteur fait parler la sagesse elle-même comme si elle était une personne. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est qu’un artifice littéraire ; la preuve, c’est qu’au chapitre suivant, Dame Folie parle aussi.
Pour l’instant donc, c’est Dame Sagesse qui se présente à nous : première remarque, elle ne parle pas d’elle toute seule… elle ne parle d’elle qu’en fonction de Dieu, comme s’ils étaient inséparables. « Le SEIGNEUR m’a faite POUR LUI principe de son action… Avant les siècles, j’ai été fondée (sous-entendu par Dieu)… Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée (sous-entendu par Dieu)… Lorsque Dieu établissait les fondements de la terre, j’étais là à ses côtés… » Donc entre Dieu et la Sagesse existe une relation de très forte intimité… La foi juive au Dieu unique n’a jamais envisagé un Dieu-Trinité : mais il semble bien ici, que, sans abandonner l’unicité de Dieu, elle pressent qu’au sein même du Dieu UN, il y a un mystère de dialogue et de communion.
Deuxième remarque : « AVANT » est un mot qui revient très souvent dans ce passage ! « Le SEIGNEUR m’a faite AVANT ses œuvres  les plus anciennes… AVANT les siècles, j’ai été fondée … DES LE COMMENCEMENT, AVANT l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient PAS ENCORE, qu’il n’y avait PAS ENCORE les sources jaillissantes, je fus enfantée. AVANT que les montagnes ne soient fixées, AVANT les collines, je fus enfantée. Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs, ni l’argile primitive du monde, lorsqu’il affermissait les cieux, J’ETAIS LA … » C’est clair : le leitmotiv est bien : « J’étais là de toute éternité, AVANT toute création »… Il y a donc là une insistance très forte sur l’antériorité de celle qui se prénomme la Sagesse par rapport à toute création.
Troisième remarque, la Sagesse joue un rôle dans la Création : « Lorsque Dieu imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n’en franchissent pas les rivages, lorsqu’il établissait les fondements de la terre, j’étais à ses côtés, comme un maître d’œuvre  ». Pour une œuvre si belle qu’elle engendre une véritable jubilation : « J’y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. » La Sagesse est auprès de Dieu et « elle trouve ses délices » auprès de Dieu… elle est auprès de nous… et « elle trouve ses délices » auprès de nous. On entend là comme un écho du refrain de la Genèse : « Dieu vit que cela était bon » ; plus encore, au sixième jour, tout de suite après la création de l’homme qui était comme le couronnement de toute son œuvre , « Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voilà, c’était très bon ! » (Gn 1,31).
Du coup, ce texte nous révèle un aspect particulier et éminemment positif de la foi d’Israël : la Sagesse éternelle a présidé à toute l’oeuvre de Création : l’insistance du texte est très forte là-dessus ; on peut en déduire deux choses : premièrement, depuis l’aube du monde, l’humanité et le cosmos baignent dans la Sagesse de Dieu. Deuxièmement, le monde créé n’est donc pas désordonné puisque la Sagesse en est le maître d’œuvre. Cela devrait nous engager à ne jamais perdre confiance. Enfin, c’est bien la folie de la foi d’oser croire que Dieu est sans cesse présent à la vie des hommes, et plus encore qu’il trouve ses délices en notre compagnie… C’est une folie, mais le fait est là : si Dieu continue inlassablement de proposer son Alliance d’amour, c’est bien parce qu’il « trouve jour après jour ses délices avec les fils des hommes ».
Reste une question : pourquoi ce texte nous est-il proposé pour la fête de la Trinité ? Pas une fois on n’entend parler de Trinité dans ces lignes, ni même des mots Père, Fils et Esprit.
En ce qui concerne le Livre des Proverbes, cela n’a rien d’étonnant puisque quand il a été écrit, il n’était pas question de Trinité : non seulement, le mot n’existait pas, mais l’idée même de Trinité n’effleurait personne. Au début, pour le peuple élu, la première urgence était de s’attacher au Dieu Unique ; d’où la lutte farouche de tous les prophètes contre l’idolâtrie et le polythéisme parce que la vocation de ce peuple est précisément d’être témoin du Dieu unique ; n’oublions pas cette phrase du livre du Deutéronome : « A toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le SEIGNEUR qui est Dieu ; il n’y en a pas d’autre que lui. »
Première étape, donc, découvrir que Dieu est UN ; pas question de parler de plusieurs personnes divines ! Plus tard seulement, les croyants apprendront que ce Dieu unique n’est pas pour autant solitaire, il est Trinité. Ce mystère de la vie trinitaire n’a commencé à être deviné que dans la méditation du Nouveau Testament, après la résurrection   du Christ. A ce moment-là, quand les Apôtres et les écrivains du Nouveau Testament ont commencé à entrevoir ce mystère, ils se sont mis à scruter les Ecritures et ils ont donc fait ce qu’on appelle une relecture ; et en particulier, ils ont relu les lignes que nous venons d’entendre et qui parlent de la Sagesse de Dieu et ils y ont lu en filigrane la personne du Christ.
Saint Jean, par exemple, écrira : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu… » et vous savez combien cette expression en grec dit une communion très profonde, un dialogue d’amour ininterrompu. Le livre des Proverbes, lui, n’en était pas encore là.
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Complément
Irénée et Théophile d’Antioche ont identifié la Sagesse avec l’Esprit, tandis qu’Origène l’identifiait avec le Fils. C’est cette deuxième interprétation qui a finalement été retenue par la théologie.

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PSAUME – 8

4 A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
5 qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?

6 Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu,
le couronnant de gloire et d’honneur ;
7 tu l’établis sur les œuvres  de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds :

8 les troupeaux de bœufs  et de brebis,
et même les bêtes sauvages,
9 les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

« A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas… » Peut-être sommes-nous dans le cadre d’une célébration de nuit ; hypothèse tout à fait vraisemblable, puisque le prophète Isaïe fait parfois allusion à des célébrations nocturnes, par exemple quand il dit : « Vous chanterez comme la nuit où l’on célèbre la fête, vous aurez le cœur joyeux… » (Is 30,29). Imaginons donc que nous sommes un soir d’été, à Jérusalem, au cours d’un pèlerinage, une célébration à la belle étoile.
Nous n’avons pas lu ce psaume en entier, mais si nous nous reportons à notre Bible, ce qui saute aux yeux dès la lecture de ce psaume, c’est que la première et la dernière phrases sont exactement identiques ! « O SEIGNEUR notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! » Donc pas besoin de chercher plus loin le thème de ce psaume : c’est une hymne à la grandeur de Dieu !
Au passage, d’ailleurs, remarquons que le nom employé pour Dieu ici, c’est une fois de plus le nom de l’Alliance, les fameuses quatre lettres, YHVH, le Nom très Saint qu’on ne prononce jamais : donc, même si le mot Alliance n’est pas employé une seule fois, il est sous-entendu ; c’est le peuple de l’Alliance qui s’exprime ici.
Revenons à cette phrase qui est répétée au début et à la fin : « O SEIGNEUR notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! » On a donc là une parfaite symétrie… Elle encadre quoi ? Une méditation sur l’homme. Cette construction est très intéressante. A la fois, l’homme est bien au centre de la création, ET en même temps tout, y compris l’homme, est rapporté à Dieu : Lui seul agit et l’homme contemple…Tout est « ouvrage des doigts de Dieu », tout est « œuvre  de tes mains… Tu fixas les étoiles…Tu penses à l’homme, Tu en prends souci, Tu le couronnes de gloire et d’honneur, Tu l’établis sur l’œuvre  de tes mains, Tu mets toute chose à ses pieds ».
La « couronne » de l’homme, c’est le cosmos justement : et ce n’est certainement pas un hasard si le psaume est construit de telle manière que l’énumération des œuvres  créées par Dieu encadrent l’homme, lui faisant comme une couronne. Si on reprend la structure globale de ce psaume, il se présente comme des cercles concentriques : au centre l’homme « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur ; tu l’établis sur l’œuvre  de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds »… Puis un premier cercle, la Création : de part et d’autre des versets concernant l’homme : d’un côté le ciel étoilé, et la lune… de l’autre tous les êtres vivants : troupeaux, bêtes sauvages, oiseaux, poissons… Puis deuxième cercle, la fameuse phrase répétée : l’homme contemple le vrai roi de la Création : « O SEIGNEUR notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! »
La royauté de Dieu est dite déjà par le mot « grand », un mot du langage de cour qui dit la puissance du roi vainqueur. Elle est dite aussi bien entendu par le mot « splendeur ». Ce roi est vainqueur de l’adversaire, de l’ennemi, sans difficulté apparemment, puisqu’il se contente pour rempart d’un gazouillis de nourrisson ; (la traduction de ce verset est très discutée… nous choisissons ici la traduction liturgique, puisque c’est celle-ci que nous entendons à la Messe et elle est très suggestive) : « Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l’adversaire, où l’ennemi se brise en sa révolte ». (Sous-entendu le chant des tout-petits : voilà le rempart que tu opposes à tes ennemis ; cela suffit).
Cette royauté, Dieu ne la garde pas jalousement pour lui : puisqu’il couronne l’homme à son tour. L’homme aussi a droit à un vocabulaire royal : l’homme est « à peine moindre qu’un dieu »… il est « couronné »… toutes choses sont « à ses pieds » : il y a là l’image d’un trône royal : les sujets se prosternent en bas des marches. Pour dire la même chose, le livre de la Genèse   avait raconté la création de l’homme comme intervenant en dernier après toutes les autres choses, après tous les autres êtres vivants, pour bien montrer que l’homme était au sommet ; et puis le livre de la Genèse encore avait montré l’homme donnant un nom à toutes les créatures, ce qui est un signe de supériorité, de maîtrise… Dans la Création, la vocation de l’homme est bien d’être le roi de la Création : Au premier couple humain, Dieu avait dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! » (Gn 1,28).
Je reviens sur la phrase : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? » Belle manière de dire la présence de Dieu auprès de l’homme, sa sollicitude.
Evidemment, un tel psaume respire la joie de vivre ! Mais il peut bien arriver dans nos vies des jours où cette présence de Dieu auprès de l’homme sera ressentie comme pesante. C’est ce qui arrive à Job un jour de grande souffrance : il était un grand croyant, un priant et il connaissait ce psaume par cœur , très certainement ; eh bien, un jour, dans son désespoir, il en arrive à regretter d’avoir chanté ce psaume avec tant d’enthousiasme, quand tout allait bien : et il va jusqu’à dire : « Laisse-moi… Quand cesseras-tu de m’épier ?… Espion de l’homme… Qu’est-ce qu’un mortel pour en faire si grand cas, pour fixer sur lui ton attention ? » Ce jour-là, sa foi a bien failli basculer ; et certains d’entre nous, trop éprouvés, connaissent ce vertige ; mais pour eux, comme pour nous tous, comme pour Job, Dieu veille et continue quoi qu’il arrive à « prendre souci de l’homme ».
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Complément
La Bible est un livre « heureux » ! Tout ce psaume respire la joie. La joie devant la splendeur de Dieu, et aussi devant la splendeur de l’homme. Ce roi humain de la Création se soumet à son tour à Celui qui en est le vrai Maître : il reconnaît sa petitesse, il reconnaît qu’il doit tout à son Créateur.

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DEUXIEME LECTURE – Lettre de Saint Paul apôtre aux Romains 5, 1-5

Frères,
1 nous qui sommes devenus justes par la foi,
nous voici en paix avec Dieu
par notre Seigneur Jésus Christ,
2 lui qui nous a donné, par la foi,
l’accès à cette grâce
dans laquelle nous sommes établis ;
et nous mettons notre fierté
dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu.
3 Bien plus, nous mettons notre fierté
dans la détresse elle-même,
puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ;
4 la persévérance produit la vertu éprouvée ;
la vertu éprouvée produit l’espérance;
5 et l’espérance ne déçoit pas,
puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs
par l’Esprit-Saint qui nous a été donné.

Nous sommes à Rome, au temps de l’empereur Néron, en l’an 57 ou 58 après Jésus-Christ ; comme dans presque toutes les villes du Bassin Méditerranéen, il y a une colonie juive ; on l’évalue à quelques dizaines de milliers de personnes ; et comme partout, certains de ces Juifs ont reconnu en Jésus de Nazareth le Messie promis aux Juifs : désormais il y aura les Juifs et ceux qu’on appelle les Judéo-Chrétiens, chaque clan traitant l’autre d’hérétique ou de déviant. Et puis il y a aussi tous les anciens païens devenus Chrétiens : on les appelle les pagano-Chrétiens ; les relations sont difficiles entre ces Chrétiens d’origine païenne avec toutes les séquelles possibles d’idolâtrie et les Chrétiens d’origine juive, restés parfois très attachés à leurs pratiques religieuses ; nous avons déjà rencontré des traces de ces difficultés dans les lettres de Paul aux Philippiens et aux Galates. Dans toutes les communautés, et particulièrement à Rome, ces conflits se durcissent au fil des années et dans sa lettre aux Romains, Paul se donne pour tâche de ramener la paix.
La communauté chrétienne est donc composée d’anciens Juifs et d’anciens païens. Or la grande question qui se pose, comme dans beaucoup des premières communautés est la suivante : puisque Dieu a choisi le peuple juif pour annoncer le salut au monde, puisque Jésus, le Messie était Juif, ne devrait-on pas demander aux anciens païens de devenir juifs avant de devenir chrétiens ? Concrètement, ne devrait-on pas leur imposer la circoncision et toutes les pratiques juives ?
Le grand argument de Paul : vous, Chrétiens, quel que soit votre passé, vous êtes tous égaux devant le salut ; car c’est le Christ qui vous sauve, et lui seul. Bien sûr, les Juifs n’avaient pas attendu les Chrétiens pour savoir que c’est la foi qui sauve et non les mérites de l’homme. Mais certains Chrétiens d’origine juive revendiquent le privilège d’être l’unique peuple de l’Alliance. Ils sont, eux, les descendants d’Abraham, les païens ne peuvent pas en dire autant. A ceux-ci Paul a répondu au chapitre 4 en faisant remarquer qu’Abraham a été déclaré juste par Dieu bien avant d’être circoncis ! Car Abraham était un païen quand il a entendu l’appel de Dieu et c’est la confiance et elle seule qui l’a inspiré quand il a obéi : Dieu lui a dit « Va pour toi, quitte ton pays, va vers le pays que je te montrerai » … et la suite du texte dit simplement : « Abram partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit » (Gn 12). Et, un peu plus loin, le même livre de la Genèse dit encore : « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et, pour cela, le SEIGNEUR le considéra comme juste » (Gn 15, 6). Et Saint Paul, ici, se réfère évidemment à cette histoire exemplaire d’Abraham. Dans ce chapitre 4 de la lettre aux Romains, il cite quatre fois cette phrase de la Genèse ; ce qui veut dire qu’il y a là pour lui un argument de poids. Ailleurs, dans la lettre aux Galates, il le dit expressément : « Puisque Abraham eut foi en Dieu et que cela lui fut compté comme justice, comprenez-le donc, ce sont les croyants qui sont fils d’Abraham » (Gal 3, 6). Ce qui revient à dire : Abraham, le croyant, est le père de tous les croyants, qu’ils soient ou non circoncis. Donc pas question de se battre entre Chrétiens sur ce terrain.
Voilà qui explique la première phrase de notre texte d’aujourd’hui : « Dieu a fait de nous des justes par la foi » ; et pour bien faire entendre que le salut est pur don gratuit de Dieu, et que seul l’abandon confiant de la foi nous est demandé, il répète l’expression « par la foi » : « Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a donné, par la foi, l’accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis. » Et les verbes sont au passé : justifiés, nous le sommes tous depuis la mort et la résurrection du Christ, c’est chose faite. Désormais, nous vivons dans l’intimité de Dieu, ce que Paul appelle « le monde de la grâce ».
L’émerveillement de Saint Paul, et de tout croyant, c’est que par pure grâce de Dieu, nous participons à la justice du Christ : par notre foi en lui, et par elle seule, nous sommes réintégrés dans l’Alliance de Dieu, dans la communion trinitaire. Ici, pas plus que dans le livre des Proverbes, nous ne lisons le mot « Trinité»… mais quand Paul parle du « monde de la grâce », c’est bien de cela qu’il est question ; d’ailleurs, on ne peut pas s’empêcher de remarquer que Paul, contemplant le mystère de Dieu, le fait spontanément en termes trinitaires ; en particulier dans ces deux phrases : « Nous sommes en paix avec Dieu par Jésus-Christ »… et « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs  par l’Esprit-Saint qui nous a été donné ».
Cela ne veut pas dire que tout sera toujours facile ! Paul parle de « détresse » que traversent ses lecteurs ; mais la détresse elle-même peut être chemin vers Dieu. « La détresse produit la persévérance ; la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l’espérance … » L’espérance est une vertu de pauvre : elle est au bout d’un long chemin de dépouillement ; elle est au-delà de nos découragements, de nos acharnements, de nos « quand même », elle naît quand nous sommes complètement remis à la confiance en Dieu, quand nous avons acquis la sérénité parce que notre oeuvre n’est pas la nôtre en réalité, mais la sienne… Car « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs  par l’Esprit-Saint qui nous a été donné » : au fait, « l’amour DE Dieu » : on pourrait évidemment se demander le sens de la préposition « de » ici : est-ce l’amour que Dieu nous porte ou l’amour que nous portons à Dieu ? Mais c’est une mauvaise question : L’Esprit-Saint répand en nos cœurs  l’amour même que Dieu porte à l’humanité et, à notre tour, nous devenons capables d’aimer. Et ainsi, peu à peu, nous entrons davantage dans la communion trinitaire dès maintenant. C’est cela que Paul appelle « avoir part à la gloire de Dieu ». « Notre orgueil, c’est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu… et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs  par l’Esprit-Saint qui nous a été donné ».
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Complément
Il est particulièrement suggestif de lire cette lettre de Paul aux Romains et surtout le verset 5 juste après la fête de la Pentecôte !

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EVANGILE– selon Saint Jean 16, 12 – 15

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
12 « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
13 Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière.
En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même :
mais ce qu’il aura entendu, il le dira ;
et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
14 Lui me glorifiera,
car il recevra ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître.
15 Tout ce que possède le Père est à moi ;
voilà pourquoi je vous ai dit :
L’Esprit reçoit ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître. »

 

Avant de nous aventurer dans ce texte de Saint Jean, il faut plus que jamais nous « habiller le cœur  » (comme disait Saint Exupéry) : en cette dernière soirée de sa vie terrestre, Jésus n’emploie pas le mot « Trinité» ; il fait beaucoup plus et beaucoup mieux : il nous introduit dans ce grand mystère, dans l’intimité même de la Trinité. Mais pour percevoir ce mystère d’amour et de communion, il faudrait que nous lui soyons accordés, que nous soyons nous-mêmes feu brûlant d’amour et de communion ; or, nous ressemblons plutôt à du bois trop vert mis au contact du feu : bien difficile de le faire « prendre ».
Ce que Jésus nous dit ici, entre autres choses, c’est que l’Esprit de Dieu, le feu, va venir en nous : il va s’installer au cœur  du bois vert. Nous sommes encore dans le contexte du dernier repas de Jésus avec ses disciples, au soir du Jeudi Saint: Jésus fait ses adieux et prépare ses disciples aux événements qui vont suivre. Il révèle le maximum de son mystère, mais il y a des choses qu’ils ne peuvent pas encore comprendre : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter ».
L’histoire de l’humanité, comme toute histoire humaine est celle d’un long cheminement. Comme nous, parents ou éducateurs, accompagnons ceux qui nous sont confiés dans leur éveil progressif, Dieu accompagne l’humanité dans sa longue marche. Tout au long de l’histoire biblique, Dieu s’est révélé progressivement à son peuple : ce n’est que peu à peu que le peuple élu a abandonné ses croyances spontanées pour découvrir toujours un peu mieux le vrai visage de Dieu. Mais ce n’est pas fini : la preuve, c’est la difficulté des propres disciples de Jésus à le reconnaître comme le Messie, tellement il était différent du portrait qu’on s’en était fait d’avance.
Et ce long chemin de découverte de Dieu n’est pas encore terminé, il n’est jamais terminé : il continuera jusqu’à l’accomplissement du projet de Dieu. Tout au long de ce cheminement, l’Esprit de vérité nous accompagne pour nous guider vers la vérité tout entière… La vérité semble bien être l’un des maîtres-mots de ce texte : à en croire ce que nous lisons, la vérité est un but et non pas un acquis : « L’Esprit de vérité vous guidera vers la vérité tout entière »… Cela devrait nous interdire de nous disputer sur des questions de théologie… puisqu’aucun de nous ne peut prétendre posséder la vérité tout entière !
D’autre part, elle n’est pas d’ordre intellectuel, elle n’est pas un savoir ; puisque, dans le même évangile de Jean, Jésus dit « je suis la Vérité ». Alors nous comprenons pourquoi dans le texte d’aujourd’hui, il emploie plusieurs fois le verbe « connaître » : « Ce qui va venir, il vous le fera connaître… il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître ». En langage biblique on sait bien que « connaître » désigne une expérience de vie et non pas un savoir. A tel point que ce mot « Connaître », est celui qui est employé pour l’union conjugale. L’expérience de l’amour ne s’explique pas, on peut seulement la vivre et s’en émerveiller.
L’Esprit va habiter en nous, nous pénétrer, nous guider vers le Christ qui est la Vérité… alors, peu à peu, la révélation du mystère de Dieu ne nous sera plus extérieure : nous en aurons la perception intime : là encore, j’entends un écho des promesses des prophètes : « ils me connaîtront tous du plus grand au plus petit ».
Je reviens sur la phrase : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. » Pourquoi les apôtres n’ont-ils pas « la force de les porter » ? Parce qu’ils n’ont pas encore reçu l’Esprit-Saint, semble-t-il. Cela veut dire que si nous désirons vraiment pénétrer un peu plus dans la connaissance des mystères de Dieu, il nous faut résolument invoquer l’Esprit-Saint.
Dernière remarque : « Ce qui va venir, il vous le fera connaître ». « Ce qui va venir » : n’attendons pas des révélations à la manière des voyants… il s’agit de beaucoup plus grand : c’est le grand projet de Dieu qui se réalise dans l’histoire humaine : ce que Saint Paul appelle « le dessein bienveillant » et qui est, justement, l’entrée de l’humanité tout entière dans la vie intime de la Trinité. « Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » : il n’est pas question, là non plus, de nous placer sur un plan intellectuel : ce ne sont pas les idées de Jésus qu’il va nous faire comprendre. C’est l’expérience même de sa vie qu’il va nous faire revivre à notre tour. Le cheminement même de l’homme-Jésus vécu avec l’Esprit-Saint devient le nôtre.
Les Tentations au désert, c’est l’Esprit d’amour qui lui permet de les surmonter ; c’est encore l’Esprit qui le conduit dans toute sa mission, qui inspire ses paroles et ses actes… qui lui donne l’audace des miracles… jusqu’à la dernière audace de l’abandon total à Gethsémani. C’est cela la vérité tout entière du Christ, celle vers laquelle nous cheminons à travers l’expérience de nos vies. C’est cet Esprit qui nous habite désormais et qui nous donne à notre tour toutes les audaces de la mission. On est loin d’un savoir intellectuel ! C’est à l’expérience même de l’intimité de Dieu que nous sommes invités…
Au fond, quand nous célébrons la Fête de la Trinité nous ne contemplons pas de loin un mystère impénétrable, nous célébrons déjà la grande fête de la fin des temps : celle de l’entrée de l’humanité dans la Maison de Dieu.