EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, MESSE, POURQUOI ALLER A L'EGLISE ? : L'EUCHARISTIE, UN DRAME EN TROIS ACTES, TIMOTHY RADCLIFFE

Pourquoi aller à l’église ? : l’Eucharistie, un drame en trois actes

Pourquoi aller à l’église ? :

L’Eucharistie, un drame en trois actes

Timothy Radcliffe

Paris, Le Cerf, 2009, 294 pages,

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Après Pourquoi être chrétien ? (Cerf, 2005), dans cet  ouvrage de Timothy Radcliffe présente le déroulement de la liturgie de la messe, parole et eucharistie, pour en faire émerger le sens, un sens vivant et incarné. T. Radcliffe a l’art d’illustrer son propos d’exemples tirés de la tradition spirituelle ou théologique mais aussi de films ou de romans contemporains. A son invitation, nous voici disposés à mieux accueillir Celui qui vient à notre rencontre dans ce drame en trois actes (La foi, la charité et l’espérance). Notre relation au Christ, sans cesse interrogée, est vivifiée, désencombrée de tout ce qui limite notre accueil de l’amour de Dieu. Ces pages accompagneront tout ceux qui souhaitent nourrir leur foi, lui donner un nouvel élan, l’élan du chemin, un nouvel éclat, l’éclat du témoin. Accordons-nous le temps d’une lecture qui ne manquera pas de saveur. Elle donnera le goût de l’échange et du partage. Nous ne sommes pas chrétiens seuls mais ensemble ; notre foi, partagée, ne sera que plus vivante.

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Le Dieu de Dostoïevski

Le Dieu de Dostoïevski

Marguerite Souchon

Lyon, Première Parie, 2021. 156 pages.

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Résumé :

Fiodor Dostoïevski se décrivait comme « un enfant du siècle, un enfant de l’incroyance et du doute » pourtant ses ouvrages, peuplées d’anges et de démons, d’innocents et de pécheurs sont tous le théâtre du combat entre Dieu et le diable. Souvent qualifiée comme métaphysiques, son œuvre  littéraire révèle un auteur obsédé par la question du libre-arbitre et de l’existence de Dieu. Dans cet ouvrage accessible à tout lecteur curieux de découvrir la personnalité profonde du grand romancier russe, Marguerite Souchon dresse une sorte de biographie spirituelle et intellectuelle de Dostoïevski. Elle reprend les grands évènements marquants de sa vie et plonge le lecteur dans l’œuvre  de l’auteur russe pour y déceler les traces de cette quête spirituelle. Une sortie à l´occasion des deux cents ans de la naissance de l´auteur russe, Dostoïevski.

 

« Le Dieu de Dostoïevski » : l’écrivain et le Christ russe

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TOBOLSK, TYUMEN REGION, RUSSIA – OCTOBER 19, 2016: A Fyodor Dostoyevsky statue by the Peter and Paul Church in Tobolsk. Vladimir Smirnov/TASS (Photo by Vladimir SmirnovTASS via Getty Images)

 

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Fiodor Dostoïevski, un petit livre teinté d’humour et de légèreté offre une plongée passionnante dans son christianisme.

Le 30 octobre 1821, il y a exactement deux siècles, naissait à Moscou l’un des géants de la littérature russe, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski. Son œuvre monumentale a de quoi impressionner : des romans aussi épais que des dictionnaires, dans lesquels des personnages souvent extravagants dissertent à n’en plus finir sur le libre arbitre et l’existence de Dieu. À côté de L’Idiot ou de Crime et Châtiment, le petit livre de Marguerite Souchon, écrit d’une plume enlevée d’où jaillissent volontiers des traits d’humour, a plutôt des airs de fascicules. Avec Le Dieu de Dostoïevski, cette jeune agrégée de russe enseignant en classes prépa, à Lyon, réussit le tour de force de s’adresser à la fois aux novices et aux lecteurs plus chevronnés du romancier, leur proposant de creuser un thème pour le moins central dans son œuvre : sa foi chrétienne orthodoxe.

Il s’agit tout d’abord de remettre les choses dans leur contexte, et Marguerite Souchon le fait avec pédagogie. « Aux yeux de Dostoïevski, écrit-elle, son siècle est l’histoire d’une radicalisation progressive de l’opposition au régime (tsariste, NDLR), génération par génération : aux libéraux rêveurs des premières années succédèrent des socialistes prêts à moins de compromis, et finalement des révolutionnaires qui voulaient carrément envoyer promener toute la monarchie de droit divin. »

Redécouverte du Christ au bagne

Après des premiers romans à la fibre sociale marquée, la fréquentation des cercles socialistes conduit le jeune Dostoïevski tout droit en Sibérie. C’est là, au bagne, qu’il redécouvre le peuple russe et le Christ, et conclut à la nécessité de la foi. À son retour à Saint-Pétersbourg, presque quadragénaire, Dostoïevski constate que le socialisme de sa jeunesse s’est définitivement coupé de Dieu. L’athéisme devient à ses yeux la plus grande des menaces civilisationnelles, « source de maux nouveaux et destructeurs en Russie ».

Ses personnages les plus flamboyants sont pourtant des nihilistes athées, prompts à discourir selon un arsenal argumentatif « redoutable » face à des croyants défendant leur foi avec moins de verve. « Tout chez lui est combat et dualité », insiste Marguerite Souchon, soulignant l’omniprésence du doute dans l’itinéraire spirituel de Dostoïevski. « C’est par le creuset du doute qu’a passé mon hosanna », lit-on dans Les Frères Karamazov.

Analyse d’une grande finesse

Le duel du diable et de Dieu, la souffrance des innocents, la folie comme signe divin, la solidarité dans le péché : tous ces motifs métaphysiques, éminemment dostoïevskiens, font l’objet d’une analyse d’une grande finesse. Si celle-ci s’enracine dans une solide connaissance de la biographie du romancier, elle s’appuie surtout sur son œuvre. Marguerite Souchon en scrute certaines pages avec passion, jusqu’à revenir au russe original pour mieux comparer les traductions.

Dostoïevski se tenait à distance de la hiérarchie de l’Église orthodoxe ; les personnages de prêtres sont d’ailleurs rares dans ses romans. Mais il critiqua surtout l’Église catholique, estimant qu’elle avait « perdu le Christ » et la rendant responsable de la naissance du socialisme. Bien que n’étant pas un slavophile nationaliste, il jugeait l’orthodoxie indissociable de l’avenir de la Russie : son pays lui semblait appelé à une « mission rédemptrice pour l’humanité », par l’avènement d’une « fraternité universelle ». Ces pages consacrées au « Christ russe » closent un ouvrage dense mais jamais indigeste, enthousiasmante invitation à se (re) plonger dans la prose du génie russe.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Le-Dieu-Dostoievski-lecrivain-Christ-russe-2021-10-27-1201182510

 

 

FÉDOR DOSTOÏEVSKI

Biographie

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Fédor Dostoïevski

Écrivain russe, Fédor Mikhailovitch Dostoïevski est né le 30 octobre 1821. Les circonstances de sa venue au monde constituent, à elles seules, un symbole. Il naît à Moscou, dans un petit logement de l’hôpital Marie, où son père exerce les fonctions de médecin. Dès les premiers pas de l’enfant, le destin lui assigne, de la sorte, une place de choix parmi les pauvres et les éclopés. Devant lui s’ouvre un univers sans joie, qui sent les médicaments, la misère et la soupe de caserne. Sa mère est une personne triste et inquiète, tourmentée par des présages. Son père, despote en chambre, hargneux, avare et brutal, impose son autorité à la maisonnée par des distributions d’injures et de claques. C’est sous sa surveillance que le petit Fedor doit entreprendre ses études. Il déteste et il plaint en secret cet homme dont les éclats de voix le poursuivent dans ses rêves. Il souhaite inconsciemment la mort du tyran. Mais Dieu ne l’a pas entendu. C’est sa mère, si douce, qui s’en va la première, épuisée par un mal incurable. Frappé de désespoir, le veuf sombre dans l’ivrognerie, prend son travail en dégoût et décide de placer son fils à l’École des ingénieurs, à Saint-Pétersbourg, pour n’avoir plus à s’occuper de lui. Dans cet établissement sévère, voué au culte des sciences exactes et de la discipline militaire à la mode prussienne, le garçon trouve le moyen pourtant de se passionner pour la littérature, de dévorer des livres russes et français en cachette, et de s’essayer lui-même au métier d’écrivain.

 

Il n’a pas encore dix-huit ans, quand une nouvelle effrayante ébranle sa raison. Le major, qui s’est retiré dans son domaine de Daravoïé, vient d’être assassiné, après de longues tortures, par un groupe de paysans que ses extravagances ont poussés à bout. Le jeune Dostoïevski a l’impression que, de ce crime, il est le seul responsable, bien que d’autres l’aient commis à sa place. N’a-t-il pas désiré ce qui s’est accompli ? N’a-t-il pas, sinon levé la main, du moins formé la pensée ? Il suffit d’un acquiescement tacite, d’un imperceptible retrait de l’affection et, déjà, nous sommes complices. Ébloui par cette révélation, il s’engage dans une région où les actes ne dépendent plus de leur auteur, où les innocents selon les lois terrestres sont condamnés selon d’autres lois indéfinissables, inexplicables, où chacun est coupable de la misère de tous, où les sentiments tiennent lieu de preuves, où deux fois deux ne font plus quatre, où le mystère prévaut contre l’évidence…

 

Fedor Dostoïevski a vingt ans, il est pauvre, solitaire, timide. Il vient d’achever ses études, habite un appartement modeste à Saint-Pétersbourg, et travaille, pour vivre, à des traductions d’Eugénie Grandet et de Don Carlos. Mais ces besognes secondaires ne l’empêchent pas d’écrire également un roman par lettres, qu’il intitule Les Pauvres Gens. Ce roman, il se décide enfin à le confier au poète Nekrassov. Deux jours plus tard, vers quatre heures du matin, Dostoïevski rentre chez lui après avoir soupé avec un camarade et s’apprête à se mettre au lit, quand un coup de sonnette glace le sang dans ses veines. Il ouvre la porte. Nekrassov se jette dans ses bras. « C’est génial ! » crie-t-il. Et il promet de porter le manuscrit au redoutable critique Belinski. Celui-ci prend connaissance du texte et confirme le jugement de son devancier. Ayant convoqué l’auteur, il lui déclare gravement: « Comprenez-vous seulement, jeune homme, ce que vous avez écrit là ? » Dostoïevski chancelle de joie en descendant l’escalier du maître. Maintenant, il est sûr de sa réussite. Gloire et fortune l’attendent dans un proche avenir. En effet, la publication du livre suscite l’enthousiasme d’un grand nombre de lecteurs.

 

Grisé par les compliments, Dostoïevski veut exploiter sa chance et donne, coup sur coup, plusieurs récits, qu’il croit supérieurs aux Pauvres Gens, mais qui déçoivent son entourage. Les critiques, qui l’ont d’abord encensé, lui reprochent à présent d’imiter Gogol. Le public ne le suit plus. Dans les salons littéraires, on le plaisante sur sa laideur et sa maladresse. Belinski lui-même se détourne de son protégé et semble confesser tristement son erreur. Cette désaffection unanime, succédant à un accueil chaleureux, précipite Dostoïevski dans le doute. Il n’ose plus se montrer à ses confrères. Des angoisses le saisissent à la tombée de la nuit. Pour s’évader de sa solitude, il fréquente un groupe de camarades aux idées libérales. On se réunit clandestinement chez un dénommé Petrachevski, pour flétrir l’absolutisme de Nicolas Ier, rêver à l’abolition du servage et étudier la Déclaration des droits de l’homme en buvant du thé fort et en fumant la pipe.

Le 22 avril 1849, à quatre heures du matin, Dostoïevski rentre de chez Petrachevski et se couche, fatigué par une longue séance de bavardages. Un coup de sonnette le dresse sur son lit. Est-ce l’aventure merveilleuse de Nekrassov qui recommence ? Hélas ! cette fois-ci, il n’y a pas de poète derrière la porte, mais des gendarmes bourrus: « Levez-vous ! Habillez-vous ! Par ordre ! » Arrêté, enfermé dans un cachot de la forteresse Pierre-et-Paul, il se refuse à croire que le fait d’avoir pris part à quelques discussions politiques constitue un crime dont il ait à répondre devant les tribunaux. On va le relâcher après une brève enquête. Pendant huit mois, il croupit dans une cellule, en espérant, de jour en jour, sa libération.

Enfin, le 22 décembre 1849 à six heures du matin, tous les membres du « complot » de Petrachevski sont tirés de prison et hissés dans des voitures aux vitres brouillées de givre. On les amène sous escorte sur la grande place Semionovski, blanche de neige. Une foule nombreuse s’est assemblée pour les voir arriver. Au centre de l’espace libre, une estrade. Plus loin, trois piquets de bois fichés en terre. Un prêtre conduit les prisonniers vers la plate-forme. L’auditeur impérial déplie un papier et lit la sentence. Après chaque nom, une phrase sèche, tranchante: « Condamné à la peine de mort ! » « Ce n’est pas possible qu’on nous fusille ! » gémit Dostoïevski. Mais, déjà, les bourreaux s’approchent des jeunes gens et leur passent des camisoles blanches, en toile de sac, à manches longues et à capuchons. Les trois premiers condamnés sont attachés aux poteaux d’exécution. Un peloton de soldats les met en joue. « Et si je ne mourais pas, écrira Dostoïevski en évoquant cette seconde d’angoisse, si la vie m’était rendue ? Oh ! alors je changerais chaque minute en siècle… je tiendrais compte de tous les instants pour n’en dépenser aucun à la légère ! »

Comme les soldats ne tirent toujours pas, Petrachevski soulève le capuchon qui lui masque les yeux. À ce moment un aide de camp agite un mouchoir blanc. Les clairons sonnent la retraite. Et l’auditeur, de sa même voix monotone, annonce que les coupables ont été graciés par l’empereur. La condamnation à mort est remplacée par la condamnation aux travaux forcés, pour quatre ans, en Sibérie. Dostoïevski, rompu par l’émotion, se laisse ramener dans sa cellule. De là, il écrit cette lettre admirable: « Je ne suis pas abattu, je n’ai pas perdu courage. La vie est partout la vie. la vie est en nous et non dans le monde qui nous entoure. Près de moi seront des hommes, et être un homme parmi les hommes et le demeurer toujours, quelles que soient les circonstances […] voilà le véritable sens de la vie… »

Le 24 décembre, dans la nuit de Noël, des fers de cinq kilos sont rivés aux chevilles de Dostoïevski et un traîneau l’emporte à destination du bagne sibérien. Pendant quatre ans, mille cinq cents piquets de chêne borneront son horizon. Il vivra là, parmi des assassins, des voleurs et des brutes de toutes sortes. Comme eux, il portera l’uniforme d’infamie, gris et noir, avec un as de carreau jaune cousu dans le dos. Il partagera leur sommeil dans la chambrée nauséabonde, leurs repas maigres, leurs tâches épuisantes. Il subira des crises d’épilepsie, qui l’étourdiront pour plusieurs jours.

Cependant, une foi tenace lui interdit de succomber au désespoir et à la maladie. L’expérience du bagne lui semble même riche d’enseignement. Une double révélation lui est réservée dans cet enfer. La révélation du peuple russe, qu’il apprend à connaître en fréquentant des réprouvés, et la révélation de Dieu, car l’Évangile est le seul livre dont la lecture lui soit permise.

Bien des années plus tard, un détracteur lui demandera avec irritation: « Qui vous donne le droit de parler au nom du peuple russe ? » D’un geste brusque, Dostoïevski relèvera le bas de son pantalon sur ses chevilles encore marquées par les fers: « Voici mon droit », dira-t-il. Ces fers, quand ils tombent de ses pieds, Dostoïevski les considère avec une stupeur attendrie. Après tant de contraintes, saura-t-il seulement retrouver l’usage, le goût de l’indépendance ? Sans protection, sans amis, sans foyer, il est d’abord, conformément à la sentence impériale, incorporé comme soldat de ligne dans un régiment de tirailleurs sibériens, à Semipalatinsk. Là, il découvre ce prodige: de vraies maisons, des hommes libres, des femmes… Il a un tel besoin de se livrer entièrement à un être, qu’il s’éprend d’une créature bizarre, tuberculeuse, et qui ne l’aime pas, Marie Dmitrievna Issaïev. Elle a eu un fils d’un premier mariage. Elle est sans ressources. Pour la sauver de la misère, il l’épouse. Mais l’émotion que lui procure le sacrifice est trop forte: sa nuit de noces s’achève en crise d’épilepsie. Il se roule sur le plancher, la bave à la bouche, les yeux fous, devant la jeune femme terrorisée. Puis, ayant repris ses sens, il lui demande pardon humblement de lui avoir imposé le spectacle de sa déchéance. Il guérira. Il gagnera de l’argent. Ensemble, ils iront habiter la capitale. Nicolas Ier, qui l’a envoyé au bagne, est mort. Son successeur, Alexandre II, passe pour un homme éclairé et sensible. Il ne refusera pas d’examiner avec bienveillance la demande en grâce que Dostoïevski lui a depuis longtemps adressée. Encore quelques mois de patience !

Les mois s’additionnent en années. C’est seulement le 25 novembre 1859 que Dostoïevski, d’abord transféré à Tver, reçoit l’autorisation de rentrer à Saint-Pétersbourg, avec sa femme. Dix ans se sont écoulés depuis le jour où il a quitté cette ville, les chaînes aux pieds. Pendant son exil, ses amis se sont dispersés, son nom est tombé dans l’oubli. Courageusement il reprend la lutte et publie Stepantchikovo et ses habitants (1859), Humiliés et Offensés ( 1861 ), puis Souvenirs de la maison des morts (1861), où son expérience de forçat est décrite avec un réalisme farouche. Ce cri de détresse trouble l’apathie des masses, émeut le tsar lui-même et vaut à son auteur un regain de notoriété. Il croit la partie gagnée, donne encore un livre admirable: Mémoires écrits dans un souterrain (1864), fonde une revue dont il est pratiquement l’unique rédacteur.

Mais la malchance est tenace. Coup sur coup, il perd sa femme et son frère Michel, qu’il aimait tendrement. Les dettes des deux familles pèsent sur ses épaules. Il se défend contre les créanciers, emprunte à droite pour rembourser à gauche, et fournit de la copie, à tant la ligne, jusqu’à l’épuisement. Pourtant, au plus profond de son désarroi, il continue d’admirer la nécessité des malheurs qui l’accablent: « Ah ! mon ami, écrit-il, je retournerais bien volontiers au bagne pour un même nombre d’années, si je pouvais ainsi payer mes dettes et me sentir libre à nouveau… Et, cependant, il me semble toujours que je me prépare à vivre. C’est risible, n’est-ce pas, la vitalité d’un chat ! »

Cette « vitalité de chat » lui donne l’audace d’épouser, à quarante-six ans, une jeune fille de vingt et un ans, sage, terne et docile, Anna Grigorievna, sa sténographe. Entre-temps, il a encore publié Crime et Châtiment et Le Joueur. La vente de ses livres est bonne, mais ne suffit pas à le libérer de ses engagements. Bientôt, devant l’exigence des créanciers, le jeune couple est obligé de fuir la Russie.

Ils traînent de ville en ville: Dresde, Hambourg, Baden-Baden, Genève, Vevey, Florence, logent dans des galetas, mangent mal, signent des traites, déposent au mont-de-piété leurs bijoux sans valeur et jusqu’à leurs habits. Un enfant naît. Dostoïevski, encore une fois, n’a pas droit au bonheur commun: la fillette meurt au bout de quelques jours. Le désespoir de l’écrivain est proche de la démence.

Mais à l’étranger, personne ne prend garde à lui, personne ne l’aime. Il est seul, perdu, sans argent. Il écrit des lettres honteuses pour supplier ses amis, ses éditeurs, de lui envoyer quelques subsides. Les employés de banque connaissent bien ce drôle de bonhomme, barbu, blafard, aux vêtements fanés, qui s’accroche à leur guichet et les questionne d’une voix humble. N’ont-ils rien reçu pour lui de Russie ? Dès qu’il a touché un chèque, il retrouve du goût à la vie. Il supplie sa femme de le laisser tenter sa chance dans une maison de jeu. Elle accepte, avec tristesse, car elle sait combien cette diversion lui est salutaire. Alors, il court, le cœur  battant, les jambes molles, vers les salles dorées d’un casino. Fasciné par le tapis vert, il joue, il transpire d’angoisse. Et, quand il a tout perdu, il rentre au domicile conjugal et demande pardon à genoux. « Anna, écrit-il à sa femme, excuse-moi, ne me traite pas de canaille. J’ai commis un crime, j’ai perdu tout jusqu’au dernier pfennig. J’ai reçu l’argent hier, et hier même je l’ai perdu. Annette, comment pourras-tu me regarder en face ?  » Les crises d’épilepsie le reprennent. Il tient un compte précis de ces secousses fulgurantes, qui le jettent au sol, les membres tordus, la bouche gonflée d’écume. Il note dans son calepin:  » Crise violente… Attaque à six heures du matin… Le soir surtout, à la lueur des bougies, une tristesse maladive. Un reflet rouge sur tous les objets. »

C’est le soir pourtant, à la lueur des bougies, qu’il travaille. Il noircit des pages comme un forcené, pour payer la sage-femme, le docteur, le boulanger, le boucher, le propriétaire. Anna Grigorievna met au monde un deuxième enfant, une fillette. Les dépenses augmentent. Dostoïevski s’efforce d’oublier provisoirement ses soucis pour ne pas faillir dans la nouvelle tâche qu’il a entreprise. « La première partie me paraît un peu faible, écrit-il, mais rien n’est encore perdu… Le roman s’appelle L’Idiot. » Et encore: « Il n’y a au monde qu’une seule figure positivement admirable, le Christ. Dans la littérature chrétienne, parmi les personnes admirables, le plus réussi est Don Quichotte. Mais il n’est admirable que parce qu’il est en même temps comique…Chez moi rien de semblable, absolument rien, et c’est pourquoi je redoute un échec sans recours. »

 L’Idiot est mal accueilli par la presse russe. « Mon amour-propre est en jeu, déclare Dostoïevski. Je veux de nouveau attirer sur moi l’attention du public. » Et, sans désemparer, il se jette dans un autre récit, parmi d’autres personnages. Cette fois, il s’agit d’un roman court, L’Eternel Mari. L’éditeur a prévu une avance par contrat, mais tarde à réaliser sa promesse et Dostoïevski se désole: « Comment puis-je écrire en ce moment ? Je déambule de long en large, je m’arrache les cheveux, et, la nuit, je ne peux dormir ! Je réfléchis à mon dénuement et j’enrage ! Et j’attends ! Oh Dieu, je vous jure, je vous jure qu’il m’est impossible de vous décrire en détail ma misère actuelle ! J’en ai honte… Et, après ça, on me demande des effets artistiques, de la limpidité, de la poésie sans efforts, sans emballements, et on me cite Tourgueniev et Gontcharov en exemple ! Qu’ils regardent donc dans quelles conditions je travaille ! »

L’argent arrive, le manuscrit, empaqueté, ficelé, s’achemine de Dresde vers la Russie, et Dostoïevski se tourne aussitôt vers un nouveau projet de roman, Les Possédés. « La chose que j’écris est tendancieuse, avoue-t-il dans une lettre du 6 avril 1870. Ah ! ils glapiront contre moi, les nihilistes et les Occidentaux ! Ils me traiteront de rétrograde ! Mais, que le diable les emporte, je dirai toute ma pensée. »

Et encore: « Me croirez-vous ? je sais parfaitement que si j’avais deux ou trois ans devant moi, comme c’est le cas de Tourgueniev, de Gontcharov ou de Tolstoï, j’écrirais, moi aussi, une oeuvre dont on parlerait cent ans plus tard ! » À minuit passé, lorsque tout le monde repose dans la maison, Dostoïevski, assis devant son papier et sa tasse de thé froid, suscite autour de lui un univers de cauchemar. Ses héros sont des révolutionnaires, prêts à rejeter les règles de la morale et de la religion pour transformer la Russie en une fourmilière disciplinée.

Enfin, le roman est achevé, l’éditeur envoie les mille roubles qu’on lui réclame, et Anna Grigorievna prépare les valises. À cinquante ans, vieilli par la maladie, le travail et les privations, Dostoïevski rentre à Saint- Pétersbourg avec sa femme. Ses livres, écrits loin de la patrie, lui ont valu la première place parmi les romanciers russes. Pour le public, il est devenu un guide spirituel, que ses souffrances passées autorisent à parler au nom du pays tout entier. Assuré d’une sympathie unanime, il rédige et édite son Journal d’un écrivain, où il prend position en nationaliste et en chrétien orthodoxe devant les plus graves problèmes de l’époque. Ce labeur de géant ne l’empêche pas de publier encore deux romans: L’Adolescent et Les Frères Karamazov, qu’il considère comme son chef-d’oeuvre.

Il ne se trompe pas. Tous ses grands thèmes se retrouvent dans ce maître livre. En l’ouvrant, le lecteur pénètre dans un univers touffu où le fantastique et le réel se confondent. Les fantômes qui hantent ces régions crépusculaires ne se préoccupent ni de manger, ni de dormir. S’ils ferment les yeux pour se reposer, un rêve immédiatement les visite. De page en page, reviennent des expressions telles que:  » Il se sentit fiévreux… sa lèvre inférieure tremblait… il frissonna… ses dents claquaient… son visage se contractait… » L’argent ? On ne sait pas s’ils en ont, ni comment, au juste, ils le gagnent. Leur logis, on ne le connaît guère. Leurs vêtements, on n’en parle jamais. Leur visage même est à peine décrit. C’est que tout leur être se réduit à une lutte spirituelle. Ce qu’ils recherchent, à travers mille soubresauts, ce n’est pas une position meilleure dans le monde, mais la position idéale devant Dieu. Le vicomte de Vogüé écrivait: « Dans le peuple innombrable inventé par Dostoïevski, je ne connais pas un individu que M. Charcot ne pût réclamer à quelque titre. » Les critiques russes de l’époque traitaient Dostoïevski de « talent cruel ». Le docteur Tchij, grand spécialiste dostoïevskien, estimait que, pour un quart au moins, les personnages de Dostoïevski étaient des névropathes. Il en comptait six dans Crime et Châtiment, deux dans Les Frères Karamazov, six dans Les Possédés, quatre dans L’Idiot, quatre dans L’Adolescent.

En effet, au premier abord, il ne semble pas que nous ayons quoi que ce soit de commun avec ces vagabonds, ces anarchistes, ces demi-saints, ces parricides, ces ivrognes, ces épileptiques et ces hystériques. Nous ne les avons jamais rencontrés. Notre comportement habituel diffère totalement du leur. Et, cependant, ils nous sont mystérieusement familiers. Nous les comprenons. Nous les aimons. Enfin, nous nous reconnaissons en eux. Comment expliquer la sympathie que nous éprouvons à leur égard, puisqu’ils sont des cas pathologiques et que nous sommes, en principe des individus normaux? Qui pourrait prétendre que Dostoïevski, s’il s’était cantonné dans l’étude des aliénés et des alcooliques, aurait attiré à lui des masses toujours grossies de lecteurs ? La vérité est que les fous de Dostoïevski ne sont pas aussi fous qu’ils le paraissent. Seulement, ils sont ce que nous n’osons pas être. Ils font, ils disent ce que nous n’osons ni faire, ni dire. Ils offrent à la lumière du jour ce que nous enfouissons dans les ténèbres de l’inconscience. Ils sont nous-mêmes, observés de l’intérieur. Grâce à cette méthode de prises de vues, ce qui est le plus proche de l’opérateur, c’est ce qui est le plus profondément caché en nous; ce qui est le plus éloigné de lui, la chair, le vêtement, le geste quotidien, le décor. La mise au point de la photographie se fait sur notre monde intime, alors que le monde extérieur demeure flou comme dans un songe.

Si Dostoïevski cède parfois à la tentation de coller une étiquette médicale sur les créatures, c’est pour justifier leur conduite extravagante, leurs propos inspirés, devant un lecteur épris de logique. Ils ne sont pas malades, puisqu’ils n’ont pas de corps. Ou plutôt, leur corps n’est que pensée. Quiconque l’a compris lira Dostoïevski en oubliant le caractère clinique de ses héros pour ne considérer que le combat spirituel dont ils sont les champions désincarnés et infatigables.

Toutefois, si les personnages de Dostoïevski ne sont pas véritablement des déséquilibrés, c’est parce qu’il a été un déséquilibré lui-même qu’il a su les concevoir et les animer avec tant de précision. Ses crises d’épilepsie le jettent, de son propre aveu, dans de terribles délices. Au paroxysme de la tension nerveuse, il subit la mort en pleine vie, il entre en contact avec l’envers du monde, il comprend l’incompréhensible. Puis, après le dernier spasme, il retombe sur terre, ébloui, écoeuré. Cette faculté de planer pendant quelques secondes, pendant quelques minutes, au-dessus de la condition humaine, lui permet d’affirmer l’existence d’une zone intermédiaire, qui n’est ni la réalité, ni le songe. À ce degré d’exaltation, la personnalité se dédouble, la pensée est reine, la chair n’a plus de poids, plus de force, plus de valeur. Pas de nuances dans cette clarté surnaturelle. Pour Dostoïevski comme pour ses héros, le bonheur c’est l’extase, le malheur l’anéantissement. Comme lui, chacun pourrait dire: « Toute ma vie durant, je n’ai fait que pousser à l’extrême ce que vous n’osiez pousser vous-même qu’à moitié. » De lâcheté en crime, de joie en douleur, ils marchent, titubants, sur la route qui les mène à Dieu. Leur sérénité ne commencera qu’à la fin du livre.

Le succès des Frères Karamazov porte la gloire de Dostoïevski à son apogée. On l’admire à l’égal de Tourgueniev et de Tolstoï. On croit en lui plus qu’en ses deux illustres rivaux.

Le 8 juin 1880, pour le centième anniversaire de la naissance de Pouchkine, il est convié à prendre la parole, au cercle de la noblesse, à Moscou. Du haut de la tribune, il prononce d’une voix enrouée, tendue, un discours qui soulève des clameurs d’enthousiasme. Des jeunes filles le couvrent de fleurs et lui baisent les mains. Un étudiant s’évanouit à ses pieds. Dostoïevski croit rêver. Il a payé ses dettes. Il vit heureux, dans une maison confortable, aux côtés d’une femme aimée. Des milliers d’inconnus le lisent et le comprennent. Il a vaincu le destin par sa seule patience. « Permettez-moi de ne pas vous faire mes adieux, écrit-il à un ami. Vous savez bien que j’ai l’intention de vivre et d’écrire encore pendant vingt ans. » Quelques mois plus tard, le 28 janvier 1881, il succombe à Saint-Pétersbourg d’une hémorragie.

La Russie entière prend le deuil de cet homme longtemps méconnu. Son cercueil s’achemine vers la tombe sous une forêt de bannières. Des princes, des prêtres, des ouvriers, des officiers, des mendiants, lui font une escorte solennelle à travers la ville. Devant la fosse ouverte, des écrivains réconciliés lui promettent la renommée des martyrs. Après leur départ, le cimetière enneigé retombe dans le silence, et la vraie vie de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski commence, hors du temps, hors de l’espace, dans le coeur de ceux qui l’ont aimé.

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Le catholicisme a-t-il encore un avenir en France ?

Le Catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? 

Guillaume Cuchet

Paris, Le Seuil, 2021. 241 pages.

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Quatrième de couverture

Le catholicisme, hier encore religion de la très grande majorité des Français, n’est plus ce qu’il était. Un tiers des enfants seulement sont désormais baptisés en son sein (contre 94 % vers 1965) et le taux de pratique dominicale avoisine les 2 % (contre 25 % à la même date). Un tel changement, qui n’est pas achevé, a des conséquences majeures, aussi bien pour cette religion que pour le pays tout entier, façonné, dans la longue durée, par cette longue imprégnation catholique.
Dans le prolongement de Comment notre monde a cessé d’être chrétienLe catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? se penche sur certaines de ses manifestations contemporaines : la mutation anthropologique qu’entraîne le fait de mourir sans croire pour la génération des baby-boomers et ses descendants ; les transformations de la scène funéraire contemporaine et la diffusion de la crémation ; les recompositions de l’ascèse sous la forme du running ; les inquiétudes suscitées par l’islamisme ; la montée des  » sans-religion « , notamment chez les jeunes ; l’intérêt largement répandu pour la  » spiritualité « , qu’on oppose volontiers désormais à la  » religion  » ; le devenir minoritaire du catholicisme et les problèmes identitaires que lui pose le phénomène ; la manière dont, dans la longue durée, l’Église s’adapte plus ou moins à la modernité.
In fine, l’auteur pose la question de savoir si l’on n’a pas plus à perdre qu’à gagner à cette mutation.

Guillaume Cuchet est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil. Il a notamment publié Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Seuil, 2018) et Une histoire du sentiment religieux au XIXe siècle (Le Cerf, 2020).

Guillaume Cuchet : « Le catholicisme aura l’avenir qu’on voudra bien lui donner »

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Rien n’est joué concernant l’avenir du catholicisme en France, telle est l’opinion de l’historien Guillaume Cuchet qui répond aux questions d’Aleteia sur la situation des catholiques dans la société d’aujourd’hui, alors qu’ils sont devenus une minorité. Si les chrétiens ont des combats à livrer, en particulier dans le domaine de la culture, leurs motivations doivent être évangéliques, et pas idéologiques.

Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Est et spécialiste de l’histoire des religions, Guillaume Cuchet défend la thèse selon laquelle la crise du catholicisme a des racines profondes, bien antérieures au concile Vatican II, même si celui-ci fut un déclencheur. Dans son nouveau livre, Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?, il explore les effets de la déchristianisation sur la société. Pour lui, l’avenir du catholicisme passe par une prise de conscience, « la responsabilité de chacun », et par la culture. 

 

Aleteia : Votre livre précédent, Comment notre monde a cessé d’être chrétien ?, exposait les causes lointaines de la déchristianisation de notre société. Dans Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?, voulez-vous montrer qu’il n’y a rien d’irréversible à cette évolution ?
Guillaume Cuchet : J’ai cherché à prolonger mes courbes pour rejoindre la situation que nous avons sous les yeux, avec toutes les incertitudes que comporte l’exercice, parce qu’à mesure que l’historien se rapproche du présent, il perd évidemment son principal outil de travail qui est le recul. Il y a une tendance lourde à la déchristianisation qui remonte au XVIIIe siècle, même si elle n’est pas linéaire et qu’elle est passée par des phases, tantôt ascendantes, tantôt descendantes. L’Église était plus en forme en 1860 qu’en 1810, par exemple. Il y a aussi des scénarios plus probables que d’autres. Mais, en dernière analyse, l’avenir du catholicisme est une question posée à notre liberté, individuellement et collectivement. Il aura l’avenir qu’on voudra bien lui donner. Donc je propose d’y réfléchir un peu froidement tant qu’il en est encore temps : on peut vouloir laisser filer les choses mais autant savoir ce qu’on fait.

Un grand nombre de nos contemporains opposent désormais la « religion » à la « spiritualité ».

À quel profil correspondent les Français qui n’ont pas de religion aujourd’hui, que vous appelez « nones » ? Sont-ils plus présents dans certains pays occidentaux que dans d’autres ?
Les « nones » sont ceux qui ne déclarent aucune religion (« no religion ») dans les enquêtes d’opinion américaines. Le terme est devenu une catégorie de la sociologie religieuse anglophone pour désigner les non-affiliés (à une Église) ou les désaffiliés. Une enquête de 2018 a montré qu’ils étaient 64% parmi les jeunes Français, contre 23% de catholiques. En Europe, le taux varie entre 17% en Pologne et plus de 90% en République tchèque. Ils ont des profils variés : athées, agnostiques, indifférents, croyants « libres », « alter-croyants », etc. Du point de vue de l’histoire religieuse, ce sont des créatures nouvelles, parfaitement problématiques, pleines de libertés nouvelles et de failles anciennes.

 

En quoi une attirance pour la spiritualité, teintée d’orientalisme, se substitue-t-elle chez les « nones » à la religion ?
Un grand nombre de nos contemporains opposent désormais la « religion », synonyme dans leur esprit de dogmes, d’institution, d’obligation, voire de fanatisme et de crime (à l’heure des attentats islamistes et des révélations sur les abus sexuels dans l’Église), à la « spiritualité », qui incarne le positif de la religion, la transcendance, l’ouverture, la réconciliation de l’âme et du corps, etc. Les besoins de sens, de consolation, de ritualisation, qui faisait le fond de l’ancienne demande religieuse, n’ont pas disparu : ils se sont transformés et transférés ailleurs, dans des pratiques où l’on peine parfois à la reconnaître. La culture « psy » en a récupéré une bonne part. L’omniprésence de la figure néo-bouddhiste de la méditation est aussi exemplaire. Ce nouveau quiétisme occidental remplace la religion dans l’esprit de beaucoup, même si je ne puis pas sûr (et j’essaie de m’en expliquer) qu’il puisse lui être entièrement substitué.

Les « nones » pourraient-ils revenir à la religion ?
Les « nones » vont-ils se réaffilier à quelque univers religieux « en dur » et, si oui, lequel ? Il y a dans la jeunesse contemporaine un croisement des courbes de ferveur entre l’islam et le catholicisme, par exemple, qui est assez spectaculaire. Vont-ils, au contraire, persister dans l’être et s’installer durablement dans ce rapport distancié et critique à l’égard des institutions religieuses ? Bien malin qui peut le dire et tout dépendra en partie des événements, car l’histoire spirituelle collective (on l’oublie parfois) est une véritable histoire, avec des dates, des événements, des tournants, des acteurs libres. 

 

Vous expliquez que les rapports à la mort, au tragique, au bien-être ont profondément changé. Cette quête spirituelle coupée de la religion dont vous parlez n’est-elle pas surtout le signe d’un malaise existentiel due à une rupture de transmission ? 
L’histoire religieuse est, pour une part, une dérivée de l’histoire des attitudes devant la mort, et donc aussi devant la vie. Les bouleversements survenus dans les conditions de la mortalité depuis la Seconde Guerre mondiale ont joué un rôle considérable. Je suis venu à l’histoire par Philippe Ariès et j’en ai gardé des marques de naissance ! La demande de spiritualité, de méditation, etc., ne renvoie pas seulement au stress de la vie moderne mais au vide religieux ambiant. Ce vide, même insensible, est un état violent pour l’esprit humain, d’où ce malaise diffus. Je ne suis pas sûr qu’on en ait fini avec la « phase dramatique de l’arrachement religieux » comme dit Marcel Gauchet et que nous serions voués désormais aux eaux calmes et définitives de l’indifférence métaphysique, tout au plus tempérées par un supplément d’âme psychothérapeutique. Je ne nous le souhaite pas en tout cas. La particularité des « nones » en France est qu’on en est souvent à la deuxième, voire troisième génération du décrochage. Ce ne sont plus des décrocheurs, mais des décrochés, qui vont devoir passer à autre chose. Cela peut favoriser l’indifférence mais aussi la redécouverte à nouveaux frais du christianisme.

Devenir minoritaire dans un pays où l’on a longtemps été majoritaire, voire ultra-majoritaire, est forcément une opération difficile.

Comment les catholiques vivent-ils, de leur côté, la situation actuelle ? 
Il faudrait le leur demander ! Devenir minoritaire dans un pays où l’on a longtemps été majoritaire, voire ultra-majoritaire, est forcément une opération difficile, a fortiori au lendemain d’une œuvre de modernisation comme le concile Vatican II (1962-1965), qui n’a pas produit tous les fruits escomptés. La génération Jean Paul II, qui est désormais à l’âge des responsabilités et qui est prise dans la tourmente de la crise des abus sexuels, est elle-même un peu perplexe, me semble-t-il, sur l’efficacité de l’entreprise de redressement à laquelle elle a identifié son destin. Elle n’a pas enrayé l’hémorragie et elle est souvent dépassée désormais sur sa droite par une jeune génération qui lui reproche son échec, comme elle a reproché le sien à la précédente. L’éloge du petit nombre, à l’instar des premiers disciples du Christ ou d’Israël, petite musique qu’on commence à entendre de plus en plus, me paraît relever, dans ses formes superficielles, d’une théologie de la misère. Le repli sur le petit reste est une tentation, même si je crois que le renforcement identitaire est inévitable : toutes les minorités qui durent ont une identité forte, comme jadis les protestants ou les juifs dans la société française. Sinon elles disparaissent. Le problème n’est donc pas d’avoir ou pas une « identité » — on en a forcément une et elle joue un rôle important dans la transmission de la foi —, mais de l’avoir ouverte et accueillante. Ce qui est certes plus facile à dire qu’à faire.

Benoît XVI soutenait que l’avenir appartient aux minorités créatrices, autrement dit que « l’Église n’a pas dit son dernier mot », pour reprendre une formule du père Matthieu Rougé, avant de devenir évêque de Nanterre. L’histoire atteste-t-elle ce propos ? Le reprenez-vous à votre compte ?
« L’histoire de l’Église n’est pas un reposoir de Fête-Dieu », disait Émile Poulat. Déjà, dans les hautes eaux religieuses du XVIIe siècle, les évêques passaient leur temps à se plaindre de leurs ouailles ! On sent cependant, à divers signaux faibles, qu’un nouveau paradigme évangélique se cherche dans la jeunesse chrétienne, qui ne soit pas simplement la refonte des anciennes formules (comme l’opposition sommaire du « catholicisme d’ouverture » au « catholicisme d’identité »). Les chrétiens peuvent avoir des combats à livrer, disait Benoît XVI. Tout le problème est qu’ils soient bien sûrs que leurs motivations sont évangéliques, et pas idéologiques ou purement passéistes. Cee qui n’est pas toujours évident à discerner parce que l’idéologie est parfois de l’évangile durci, par le temps ou les épreuves. Tout cela, en tout cas, est assez fascinant à observer pour l’historien du christianisme.

Selon vous, la voie de l’avenir catholique passe par la culture. S’agit-il de passer à un christianisme au rabais, purement « identitaire » ou d’autre chose de plus substantiel, comme de penser la culture comme une dimension sociale de l’évangélisation ? 
La culture, c’est un minimum. J’ai le sentiment que l’opposition, fréquente de nos jours, entre la « foi » et l’ « identité », est trop réductrice, que dans la pratique, les choses sont plus complexes et que la culture chrétienne, qui enveloppe, à des degrés divers, des actes de foi, d’espérance et de charité, est le moyen de cette complexité. Concrètement, il y a dans ce pays 2% de pratiquants mais encore 50% de Français qui se considèrent comme catholiques dans les enquêtes et les trois quarts qui pensent que la France est un « pays de culture chrétienne ». Simple constat historique, en un sens, mais dont on sent bien qu’il recèle une forme d’attachement persistant, comme on l’a bien vu, en 2019, lors de l’incendie de Notre-Dame. Il ne faudrait pas trop vite considérer que ce catholicisme est purement résiduel, « sociologique », sans portée spirituelle. Le moyen d’en juger ? On ne pourra pas faire que la France n’ait pas déjà eu une grande histoire chrétienne. Et ces chrétiens distanciés ou intermittents jouent un rôle plus important qu’il n’y paraît dans l’Église : ils l’empêchent de devenir une « secte » au sens sociologique du terme, c’est-à-dire un petit groupe de croyants hyper-motivés mais un peu hors sol. 

En même temps, et c’est la leçon, je crois, de nos cinquante dernières années, la culture chrétienne ne peut pas survivre sans les croyances, les pratiques, les comportements qui l’ont fondée et qui la maintiennent vivante. Elle peut sans doute le faire provisoirement, sur une génération, mais pas indéfiniment. À chacun donc de prendre ses responsabilités s’il y tient, parce que l’Église n’a plus les moyens de l’ancien service public de la transcendance qu’elle assurait jadis et qu’il s’agit bien, en définitive, de notre histoire, et pas de celle du clergé. Si on ne réagit pas, le christianisme peut disparaître de nos alentours, à l’instar de ces enterrements dont je parle dans le livre, où les petits-enfants dans la nef, en enterrant leurs grands-parents, enterrent aussi le christianisme dans leur famille, en demandant aux chrétiens qui restent de le faire à leur place. Je me fais difficilement à cette idée, mais il n’y a pas de fatalité et l’avenir dure longtemps.

.https://fr.aleteia.org/2021/09/18/guillaume-cuchet-le-catholicisme-aura-lavenir-quon-voudra-bien-lui-donner/

CHRISTIANISME, CLERCS, CLERGE CATHOLIQUE, CLERICALISME, EGLISE CATHOLIQUE, EN FINIR AVEC LE CLERICALISME, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LOÏC DE KERIMEL (1948-2020)

En finir avec le cléricalisme

En finir avec le cléricalisme 

Loïc de Kérimel ; Préface de Jean-Louis Schlegel

Paris, Le Seuil, 2020. 297 pages.

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Quatrième de couverture

Abus sexuels, concentration de la parole et du pouvoir, exclusion des femmes : comment ces faits ont-ils été rendus possibles au sein d’une institution née pour incarner la parole de Jésus ?

Avec toute la vigueur de la colère et d’un attachement authentique au message évangélique, Loïc de Kerimel va à la racine du mal : l’Église ne produit pas privilèges et abus comme n’importe quelle institution de pouvoir le fait ; elle est fondée sur l’affirmation d’une différence essentielle entre une caste sacerdotale, sacrée, et le peuple des fidèles.

Alors que Jésus dénonce le monopole des prêtres et de la hiérarchie lévitique du Temple dans l’accès au salut, l’Église chrétienne naissante se dote d’une organisation similaire. Alors même que le judaïsme naissant se convertit à une spiritualité sans prêtres ni sacrifices, l’Église donne au repas du Seigneur, l’eucharistie, une tournure sacrificielle.

Or, c’est précisément autour du monopole sacerdotal, et masculin, de cette célébration que le cléricalisme a fait système et s’est installé dans l’histoire. Tenu à l’écart des réformes, il a généré les abus de pouvoir qui gangrènent l’Église aujourd’hui.

Un livre passionnant et nécessaire.

Analyse

Cet essai, que l’auteur décédé en mars 2020 a encore pu tenir en livre dans ses mains mais dont il n’aura pas vécu la sortie en libraire, prend radicalement au sérieux l’injonction du pape François dans sa Lettre au peuple de Dieu, à propos des abus sexuel de l’été 2018 : «  Favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, [le cléricalisme] engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup de maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme.  »

Selon Loïc de Kerimel, à partir de la fin du iiie siècle de notre ère, l’Église a adopté pour son clergé les structures hiérarchiques et centralisatrices des lévites juifs, en les rapportant à un fondement sacré. Elle aurait de la sorte repris la matrice du judaïsme du second Temple, c’est-à-dire l’institution du grand prêtre, la distinction clerc/laïc, l’exclusion des femmes et la conception sacrificielle du culte. Le cléricalisme provient donc d’«  un détournement d’héritage  », celui de la vie et de l’enseignement de Jésus de Nazareth. En effet, dans la lignée des prophètes d’Israël, celui-ci a lutté, jusqu’à en payer le prix ultime, pour désacraliser la relation des humains au divin. Jésus est et demeure juif tout au long de son existence, mais ce qu’il dénonce, c’est précisément l’appropriation de Dieu par les religieux de Jérusalem. En ce sens, le christianisme était, selon l’heureuse formule de Marcel Gauchet, «  la religion de la sortie de la religion  ». Il est fondé non sur une structure pyramidale dépositaire de la Vérité, mais sur la singularité des personnes. La parole de l’homme de Nazareth conteste en tout cas radicalement une conception religieuse centrée sur le sacré et le sacrifice, et non sur l’éthique, la vie bonne et juste.

Se référant aux travaux de René Girard sur la violence et le sacré, Loïc de Kerimel dénonce par conséquent une vision sacrificielle de la foi, qui transforme par exemple ce qui était simple partage du pain et du vin, communément pratiqué lors des repas juifs, en eucharistie ritualisée, où le sacrificiel l’emporte sur l’action prophétique adressée à la part de divin présente en tout homme.

Le concile Vatican II avait tenté de renverser la vapeur d’un christianisme confiné dans ces certitudes doctrinales, mais il n’a pas été jusqu’au bout, paralysé par la tendance conservatrice de certains évêques qui percevaient fort bien que de sortir du système dogmatico-disciplinaire menait à l’éclatement de l’Église et de sa structure patriarcale qui sépare l’homme et la femme, le pur et l’impur, le clerc et les autres… Le cléricalisme construit au fond un «  système douanier  » – une formule du pape François –, où le chrétien doit déclarer ses papiers de conformité face à une pensée magique prônée par les clercs, à seule fin de conforter leur statut et leur pouvoir sur les fidèles.

Les rapports entre judaïsme et christianisme en particulier sont analysés avec une compétence et une précision remarquables, qui en apprendront beaucoup à maints lectrices et lecteurs peu férus de cette question, qui n’est pas sans rapport avec le cléricalisme. Par exemple, selon les Évangiles Matthieu, Marc et Luc, lors de la mort du Christ le voile du Temple se déchire de haut en bas. Cette image n’est pas anodine : elle signifie que l’espace sacré des lévites s’ouvre pour laisser entrer le peuple de Dieu, hommes et femmes, prêtres et commun des mortels. L’idéologie sacrale a toutes sortes de conséquences négatives, dont les perversions sexuelles de l’entre-soi sacral, à la une depuis plusieurs années, mais aussi des pratiques de gouvernance proches du paternalisme, voire coutumières de décisions arbitraires – car la sacralité a de grands avantages de protection et de dissimulation pour ses porteurs (c’est sa grande vertu, même s’ils ne le savent pas).

Selon Kérimel, seul est encore envisageable un «  christianisme du souterrain  », où des chrétiens tentent de vivre en dehors du joug des mécanismes cléricaux. Cette voie laisse cependant un goût amer et insatisfaisant : à travers les lignes, on sent la ligne de fracture de plus en plus profonde entre ces chrétiens «  post-cléricaux  » et les autres, surtout quand, comme aujourd’hui, l’Église catholique semble rameuter ses maigres troupes autour des derniers carrés de croyants de la «  tradition  ». Nul doute que cet ouvrage heurtera, ou pire, ces bons catholiques, qui passeront leur chemin. Il a pourtant le grand mérite de proposer une «  opération de pensée  » en un temps où, selon de bons observateurs de l’Église, ce sont surtout l’émotion et la fidélité aux dogmes qui servent de viatiques.

Jacques-Yves Bellay

In revue ESPRIT, JUIN 2020

https://esprit.presse.fr/actualite-des-livres/jacques-yves-bellay/en-finir-avec-le-clericalisme-de-loic-de-kerimel-42794

1991, 1991 : LE DERNIER THILLIEZ, ECRIVAIN FRANÇAIS, FRANCK TILLIEZ (1973-....), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, ROMANS FRANÇAIS, ROMANS POLICIERS

1991 : le dernier Thilliez

1991

Franck Thilliez

Paris, Fleuve Editions, 2021. 504 pages.

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Quatrième de couverture

La première enquête de Franck Sharko !
En décembre 1991, quand Franck Sharko, tout juste sorti de l’école des inspecteurs, débarque au 36 quai des Orfèvres, on le conduit aux archives où il est chargé de reprendre l’affaire des Disparues du Sud parisien. L’état des lieux est simple : entre 1986 et 1989, trois femmes ont été enlevées, puis retrouvées dans des champs, violées et frappées de multiples coups de couteau. Depuis, malgré des centaines de convocations, de nuits blanches, de procès-verbaux, le prédateur court toujours.
Sharko consacre tout son temps à ce dossier, jusqu’à ce soir où un homme paniqué frappe à la porte du 36. Il vient d’entrer en possession d’une photo figurant une femme couchée dans un lit, les mains attachées aux montants, la tête enfoncée dans un sac. Une photo derrière laquelle a été notée une adresse, et qui va entraîner le jeune inspecteur dans une enquête qui dépassera tout ce qu’il a pu imaginer…

Critique

Un polar qui se veut comme une « Madeleine de Proust » puisque Franck Thilliez remonte le temps jusqu’aux années 90. Dans 1991 l’auteur tout en racontant les débuts de son héro Kranck Sharko au 36 Quai des Orfèvres nous décrit une police fonctionnant à l’ancienne : il n’y a ni Internet, ni téléphone portable, ni recherche ADN pour résoudre les enquêtes : les flics battent le pavé à la recherche du moindre indice, tapent leurs rapports sur du papier ; l’ambiance au 36 est parfaitement décrite : une ambiance où chaque policier porte avec lui les fantômes du passé, un corps de policiers parfaitement soudé en cas de coups durs mais où les egos s’affrontent durement.

Au début de décembre 1992 un certain Philippe Vasquez arrive affolé au Quai des Orfèvres avec la photo d’une femme attachée sur un lit et la tête enveloppée dans un sac. C’est Sharko le dernier arrivé dans le groupe qui reçoit l’homme paniqué ; le bleu de l’équipe de Thierry Brossard (une équipe qui n’a pas pu résoudre « l’Affaire des disparues du Sud parisien ». Bien décidé à ne pas rater une affaire il se rend à l’adresse indiquée au dos de la photo et découvre le cadavre au grand dam de certains….

C’est le début d’une enquête qui s’annonce longue et difficile. Au fil du livre on plonge dans le côté noir de l’homme : le tueur, comme toujours dans les romans de Thilliez s’amuse avec la police et par procuration avec le lecteur. Avec le reste de l’équipe et la seule membre femme du groupe ils vont plongés dans le monde de la magie, du vaudou  mais aussi dans un milieu médical où certains flirtent avec la pédophilie.

Si on apprend beaucoup su cette police des années 90 on apprend pourquoi Sharko est entré dans la police : comme il le confie à sa fiancée Suzanne il reste hanté par le meurtre de Brigitte Dewervre à Bruay-en-Artois.

Ecrit pendant le confinement de 2020 ce dernier opus de la série Sharko nous fait découvrir la genèse de la carrière du « Requin » qu’est devenu le héros au fil des ouvrages et des années. On comprend également pourquoi les liens se forgent au sein d’une équipe de policiers au point de ressembler à une famille. Mais comme toujours dans les romans de Thilliez l’horreur est au rendez-vous contre lesquels il faut lutter au risque d’y perdre son âme.

Ainsi donc dans un ouvrage parfaitement maîtrisé et haletant jusqu’à la fin, 1991 donne à Franck Thilliez la possibilité de présenter les débuts de Sharko au 36 avec une enquête aux multiples rebondissements qui embarque le lecteur dans l’univers de la magie, des pratiques occultes et des névroses diverses.

Quelques extraits

Aujourd’hui, ils en plaisantaient, les gaillards de la PJ. mais derrière les sourires, une moisissure invisible grandissait, se ramifiait, insidieuse, et finissait toujours par fendre les carapaces les plus solides. La plupart des hommes qui arpentaient ce bâtiment étaient des écorchés vifs.

 Dès qu’il y a un soupçon d’intelligence dans la tête d’un criminel, ça complique les choses.

 Derrière chaque meurtre, il y a un homme ou une femme qui a franchi une frontière.

 Désormais, pourtant, même la lumière la plus vive, les ors les plus purs ne pourraient dissiper les ténèbres qui, à jamais, emprisonneraient les deux habitants du pavillon. Il n’existait pas de recette, pas de formule magique pour les soustraire à leur souffrance.

Un parcours aussi classique que sinistre, comme si leur malheur n’était pas assez grand. Le pris à payer pour espérer, un jour, accéder à la vérité.

Ils vibraient à l’unisson pour de tels moments de chasse. De l’adrénaline pure, en intraveineuse, qui les maintenaient en vie.

Il fallait fouiller ce chaos, explorer, s’attendre à voir apparaître la mort entre les débris.

 Une fois dehors, il se tourna vers le bâtiment et eut un pincement au coeur. Il comprit que cet endroit où il avait fourré les pieds, le36, quai des Orfèvres, n’était pas qu’un lieu de prestige.
C’était une arène sanglante
La fosse aux lions.

FRANCE, GUERRES DE VENDEE (1792-1794), HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PHILIPPE DE CATHELINEAU (1949-....), REVOLUTION FRANÇAISE (1789-1799), THERESE FLAVIGNY (1989-....), VENDEE (histoire de la)

Requiem pour la Vendée : des héros de vitrail au siècle des Lumières

Requiem pour la Vendée :

Des héros de vitrail au siècle des Lumières 

Philippe de Cathelineau, Thérèse Flavigny

Maulevrier (49360), Herault, 2017. 196 pages.

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Quatrième de couverture

Ce livre dépeint les guerres de Vendée à la manière d’un immense vitrail, où les trésors artistiques d’une Vendée héroïque et méconnue viennent illustrer une narration claire et concise des événements. Une mosaïque de scénettes y mêle ombre et lumière, vice et vertu, anges et démons. Les auteurs commencent par décrire le contexte, présenter les figures les plus lumineuses du drame, scruter les raisons du conflit et les motivations des insurgés. Suit le récit chronologique des hauts-faits de la guerre et des trois plans de répression successifs décrétés par le pouvoir parisien, offrant un saisissant panorama de cette page d’Histoire de France trop souvent occultée. On y découvre les sept grands chefs vendéens – Cathelineau, d’Elbée, Bonchamps, Stofflet Lescure, La Rochejaquelein et Charrette -, ces meneurs d’hommes aux charismes extraordinaires, mais aussi des personnages féminins moins connus du grand public, comme Marguerite de Bonchamps, Victoire de Lescure, Renée Bordereau dite l’Angevin… ; on assiste aux plus furieuses-batailles : Saumur, Nantes, Torfou, Cholet Dol-de-Bretagne, Le Mans… ; on est pétrifié devant l’horreur des ordres de destruction (aout 93), d’extermination (octobre 93) et d’anéantissement (janvier 94), qui s’abattirent sur la Vendée, ne laissant aucune chance aux insurgés, ni même aux femmes (le « sillon régénérateur ») et aux enfants de cette « race maudite »… L’épopée vendéenne, forte en émotions, transporte le lecteur et ne peut laisser personne insensible, tant elle est sublimée par l’héroïsme et les souffrances de tout un peuple soudé dans l’adversité, confronté à des épreuves inimaginables, telles la Virée de Galerne, son incroyable odyssée, les noyades de Nantes ou les colonnes infernales. Ces pages montrent enfin comment l’espérance et la sainteté peuvent triompher des atrocités endurées, tandis que le pardon qu’accordèrent les Vendéens a leurs persécuteurs attend encore en retour un geste de reconnaissance et un minimum de repentance de la nation.

Biographie de l’auteur

Philippe de Cathelineau, né en 1949 à Paris, marié et père de huit enfants. Docteur en médecine, il a exercé la médecine générale durant une quarantaine d’années et a écrit plusieurs ouvrages (romans, essais et pièces de théâtre) pour promouvoir la culture de vie. Installé à Angers, il a présidé, en 1993, l’Association départementale du bicentenaire de la Vendée angevine sous l’égide du Conseil général de Maine-et-Loire, et a donné depuis plusieurs conférences sur les guerres de Vendée. Thérèse Flavigny, née en 1989 à Angers, est mariée et mère de trois enfants. Titulaire d’un master II de lettres classiques, elle est notamment l’auteur de deux mémoires universitaires sur les thèmes de l’identité et de l’oubli. Ils descendent tous les deux, en ligne directe, de Jacques Cathelineau, le saint de l’Anjou, par son unique fils.

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Pandemia de Franck Thilliez

Pandemia

De Franck Thilliez

Paris, Pocket, 2016. 694 pages.

 

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Descriptif

« L’homme, tel que nous le connaissons, est le pire virus de la planète. Il se reproduit, détruit, épuise ses propres réserves, sans aucun respect, sans stratégie de survie. Sans nous, cette planète court à la catastrophe. Il faut des hommes purs, sélectionnés parmi les meilleurs, et il faut éliminer le reste. Les microbes sont la solution ».

Comme tous les matins, Amandine a quitté sa prison de verre stérile pour les locaux de l’Institut Pasteur. En tant que scientifique à la Cellule d’intervention d’urgence de l’Institut, elle est sommée, en duo avec son collègue Johan, de se rendre à la réserve ornithologique de Marquenterre pour faire des prélèvements sur trois cadavres de cygnes. Un sac avec des ossements est trouvé dans l’étang.

Après Angor, une nouvelle aventure pour l’équipe de Franck Sharko et Lucie Henebelle, renforcée en coulisses par la jeune et courageuse Camille.
Et l’enjeu est de taille : la préservation de l’espèce humaine.

Critique

Franck Thilliez en quelques 650 pages, livre une version crédible et fort bien documentée de pandémie de grippe aviaire sur fond d’attaque terroriste trouvant ses origines dans les abysses bibliques ou dans les grandes peurs du Moyen Age.

Que l’auteur nous fasse visiter le 36 quai des Orfèvres, l’Institut Pasteur, le réseau souterrain des égouts de Paris ou les bas-fonds du Darknet, qu’il nous entraîne dans une course poursuite jusqu’en Pologne, ses descriptions sont réalistes, compréhensibles et quelque peu angoissantes pour le lecteur qui mesure parfaitement comment, à la faveur d’un grain de sable dans un engrenage de protection pourtant bien huilé, elles pourraient aisément devenir réelles. Les multiples rebondissements sont logiques et habilement liés entre eux pour faire sens, sauf peut-être les voyages de Sharko en Pologne ou en Amérique Latine où le policier comprend facilement la langue de ces pays sans la parler lui-même.

Ce roman écrit comme une anticipation de la pandémie due au Corona virus on peut que toutes les précautions quotidiennes décrites dans le roman face aux microbes et virus invisibles, sont en parfaite adéquation ; de même la maladie (anémie aplasique) du compagnon d’Amandine avec toutes les précautions sanitaires est décrite de façon presque chirurgicale tant la dangerosité de cette maladie est potentiellement mortelle. Ces observations justes sont un bon point supplémentaire pour Franck Thilliez comme le sont les observations sur les doutes des médecins, les prudences des responsables, les recommandations sanitaires  et l’emballement médiatiques.

Ce roman avive le souvenir des pandémies déjà oubliées : grippe aviaire en 2015, virus Ebola en Afrique ; mais surtout, plus près de nous dans le temps, il rappelle les périodes de confinement en 2020, la propagation du virus dans le monde entier, les peurs et les angoisses puis la course aux vaccins pour endiguer le fléau. Il rappelle également en s’apppuyant sur des exemples politiques comment l’homme peut être près à détruire en se servant de la science pour servir n’importe quelle cause.

L’enquête urbaine est rapide, bien rythmée, sans temps morts malgré une hécatombe de victimes. On découvre aussi que ces policiers ont aussi des failles, des fragilités qui se font jour au fil des enquêtes.

EXTRAITS

 Partout, autour de ces gens qui ont été contaminés le mercredi au restaurant, on a des cas secondaires. La famille, les proches, les amis. Le virus est un sprinter. Putain, Amandine, c’est la merde! »

« le cavalier blanc est là pour répandre la parole de Dieu, il est l’annonciateur du malheur. Le rouge symbolise le sang versé, il sème la guerre, le trouble par l’épée. Le noir fait pourrir les récoltes, amène la famine. Quant au vert, il représente la maladie, la mortalité par épidémie. 

Il est la Mort. »

Partout, autour de ces gens qui ont été contaminés le mercredi au restaurant, on a des cas secondaires. La famille, les proches, les amis. Le virus est un sprinter. Putain, Amandine, c’est la merde!

Les gens toussaient. La plupart mettaient leur main devant la bouche, poliment, puis les posaient ensuite sur les barres, les sièges, les poignées de porte. Certains virus comme la grippe pouvaient vivre largement plus que vingt-quatre heures sur de l’inox. Les microbes se répandaient partout, transitaient d’un individu à l’autre, s’insinuaient dans les fosses nasales, arrivaient aux poumons, puis au sang. Rien ne pouvait les empêcher de se propager. Il y avait, rien que dans la rame, des millions de fois plus de micro-organismes que d’humains sur Terre

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Luca de Franck Thilliez

  Luca

Franck Thilliez

Paris, Fleuves éditions/Pocket, 2020. 606 pages.

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Résumé de l’éditeur

Partout, il y a la terreur.
Celle d’une jeune femme dans une chambre d’hôtel sordide, ventre loué à prix d’or pour couple en mal d’enfant, et qui s’évapore comme elle était arrivée.
Partout, il y a la TERREUR.
Celle d’un corps mutilé qui gît au fond d’une fosse creusée dans la forêt.
Partout, il y a la terreur.
Celle d’un homme qui connaît le jour et l’heure de sa mort.

Et puis il y a une lettre, comme un manifeste, et qui annonce le pire.
S’engage alors, pour l’équipe du commandant Sharko, une sinistre course contre la montre.
C’était écrit : l’enfer ne fait que commencer.

La Critique

Dans un polar bien ficelé et plein de chausse-trappes l’auteur, comme à son habitude,  emmène son lecteur dans une réflexion sur un monde rêvé par certains idéologues – ou savants fous – : PMA, transhumanisme,  manipulations génétiques, désir d’immortalité ; il y a aussi une dénonciation des GAFA et de son utilsation à des fins plus que suspectes…

Avec la découverte en forêt de Bondy d’un corps mutilé c’est à tout cela que le commandant Sharko et son équipe vont devoir affronter. “L’Ange du futur” qui entend dénoncer les travers d’une humanité sème la mort autour de lui tout comme ceux qui entendent imposer l’idée que bientôt la technologie suppliera aux faiblesses inhérentes à la condition de l’homme mortel.

Les uns comme les autres se révèlent des monstres Pour eux la fin justifie les moyens.

ECRIVAIN LIBANAIS, KHALIL GIBRAN (1883-1931), LE PROPHETE, LITTERATURE, LITTERATURE LIBANAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MEDITATIONS, SPIRITUALITE

Le prophète de Khalil Gibran

Le Prophète

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Le livre

Le Prophète (en anglais : The Prophet) est un livre du poète libanais Gibran Khalil Gibran (1883-1931) publié en 1923 en anglais et qui est devenu un immense succès international traduit dans plus de quarante langues. L’ouvrage combine les sources orientales et occidentales du mysticisme et présente sous une forme poétique questions et réponses sur les thèmes les plus divers posées à un sage qui s’apprête à quitter la ville d’Orphalese où il habitait.

Un ouvrage écrit dans une langue limpide où se multiplie au fil des questions de ses intorlocuteurs des images évocatrices et fortes : à travers l’enseignement d’Al-Mustafa se dessinent quelques-uns des multiples interrogations de l’expérience humaine. Rien n’échappe à la leçon du Sage : amour, joie, liberté, douleur, connaissance de soi, beauté, couple, passion, mort… La vie la plus intime, comme les problèmes les plus quotidien. C’est un hymne à la vie et à l’épanouissement de soi et c’est pourquoi cet écrit fut populaire dans les années où le New âge s’imoposa auprès d’une population en quête de spiritualit. Le Prophète s’impose désormais comme l’un des textes cultes du XXème siècle.

« Je ne connais pas d’autre exemple, dans l’histoire de la littérature, d’un livre qui ait acquis une telle notoriété, qui soit devenu une petite bible pour d’innombrables lecteurs, et qui continue cependant à circuler en marge, comme sous le manteau, sous des dizaines de millions de manteaux, comme si Gibran était toujours un écrivain secret, un écrivain honteux, un écrivain maudit » Amin Maalouf

Le genre littéraire adopté rappelle Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, même si le contenu du livre en est très différent.

Traductions

Le prophète a été publié et traduit de nombreuses fois, par différents éditeurs, du format poche jusqu’au tirage de luxe.

Le texte original (en anglais) a été traduit à plusieurs reprises en français (dès 1926 par Madeline Mason-Manheim. Parmi les plus courantes, on trouve les traductions de : Anne Wade Minkowski, Marc de Smedt, Camille Aboussouan.

Khalil Gibran (1883-1931)

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Gibran Khalil Gibran (جبران خليل جبران) est un poète et peintre libanais.

Gibran est né de la fille d’un prêtre de rite maronite. Les prêtres qui rendent visite régulièrement à sa famille lui apprennent la langue arabe et ainsi que la langue syriaque aussi bien que l’étude de la Bible.

Le père de Gibran travaille d’abord comme apothicaire, mais, avec la dette de jeu qu’il est incapable de payer, il se met au service d’un administrateur ottoman. Il est incarcéré sur des allégations de détournement de fonds, et les biens de sa famille sont confisqués par les autorités. Privée de logement, Kamlé, la mère de Gibran, décide de rejoindre son frère aux États-Unis.

La famille Gibran s’installe dans le South End de Boston, à l’époque la deuxième plus grande communauté Syrie/Liban-américaine aux États-Unis. Gibran est placé dans une classe spéciale pour les immigrants par l’administration de son école pour mieux apprendre l’anglais. Gibran est aussi inscrit dans une école d’art.

Mais la mère de Gibran, ainsi que son frère aîné, Boutros, veulent l’imprégner de son patrimoine culturel d’origine, ainsi, à quinze ans, Gibran est renvoyé dans son pays natal pour étudier à l’école préparatoire et à l’institut d’enseignement supérieur à Beyrouth gérés par les maronites. Il y reste pendant plusieurs années avant de retourner à Boston en 1902, arrivant sur Ellis Island.

Gibran tient sa première exposition de ses dessins en 1904 à Boston. En 1908, Gibran va étudier l’art avec Auguste Rodin à Paris pour deux ans. Tandis que la plupart de ses premiers écrits sont en arabe (La Musique, Les Ailes brisées, Les Nymphes des vallées, Les Tempêtes...), la majeure partie de son travail après 1918 a été écrite et publiée en anglais.

L’ouvrage le plus connu de Gibran s’intitule Le Prophète, un livre composé de vingt-six textes poétiques. Le livre est devenu particulièrement populaire pendant les années 1960 dans le courant de la contre-culture et les mouvements New Age.

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Nouvelle biographie de Georges Bernanos

Georges Bernanos – La colère et la grâce

François Angelier

Paris, Le Seuil, 2021. 576 pages

 

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“Georges Bernanos fut, de 1926 où il fit se lever le Soleil de Satan sur la France des années folles à l’ultime Dialogue des Carmélites en 1948, un romancier de la sainteté et de l’enfance autant qu’un écrivain de combat. De L’Action française à L’Intransigeant, il emboucha la presse comme une trompette de l’Apocalypse, et ses innombrables articles se confrontèrent sans répit à la ploutocratie démocratique et à la bien-pensance bourgeoise. Son engagement, mené seul au nom du Christ pauvre et de la vocation religieuse de la France de Jeanne d’Arc et de Péguy, le conduisit du tableau d’honneur des Camelots du roi aux rangs de la France libre. Véritable lanceur d’alertes politiques, il donna aussi l’assaut à l’Europe fasciste comme aux États-empires de la guerre froide et à leurs contingents d’hommes-machines. Monarchiste et catholique, nourri de Drumont et de Balzac, de Bloy
et d’Hello, celui qui déclarait en 1935 :  » le bon Dieu ne m’a pas mis une plume entre les mains pour rigoler « , a vécu sans filet ni garde-fou, dans la main de Dieu. Père d’une famille chimérique, accompagné d’une élite d’amis fervents, il mena, entre la Picardie, Majorque, la Provence
et le Brésil, une vie d’errance et d’écriture, de clameurs et d’espérance. C’est cette vie que nous entreprenons de raconteur”.
F. A.

 

L’auteur

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François Angelier est producteur à France Culture de la fameuse émission Mauvais Genres et collaborateur du Monde des Livres. Passionné par les expériences spirituelles les plus radicales et les figures atypiques, il a publié plusieurs ouvrages et articles sur les francs-tireurs du catholicisme de plume : Hello, Huysmans, Claudel, Louis Massignon, Simone Weil et Léon Bloy (au Seuil : Bloy
ou la fureur du juste
, 2015).