DIEU, DIEU, LA SCIENCE, LES PREUVES, EXISTENCE DE DIEU (preuves de l'), LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MICHEL-YVES BOLLORE, OLIVIER BONNASSIES

Dieu, la science, les preuves

Dieu – La science Les preuves 

Michel-Yves Bolloré, Olivier Bonnassies

Éditeur ‏ : ‎ Les éditions Trédaniel; Illustrated édition, 2021. 577 pages.

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Quatrième de couverture

Pendant près de quatre siècles, de Copernic à Freud en passant par Galilée et Darwin, les découvertes scientifiques se sont accumulées de façon spectaculaire, donnant l’impression qu’il était possible d’expliquer l’Univers sans avoir besoin de recourir à un dieu créateur. Et c’est ainsi qu’au début du XXe siècle, le matérialisme triomphait intellectuellement.

De façon aussi imprévue qu’étonnante, le balancier de la science est reparti dans l’autre sens, avec une force incroyable. Les découvertes de la Relativité, de la mécanique quantique, de l’expansion de l’Univers, de sa mort thermique, du Big Bang, du réglage fin de l’Univers ou de la complexité du vivant, se sont succédées.

Ces connaissances nouvelles sont venues dynamiter les certitudes ancrées dans l’esprit collectif du XXe siècle, au point que l’on peut dire aujourd’hui que le matérialisme, qui n’a jamais été qu’une croyance comme une autre, est en passe de devenir une croyance irrationnelle.

Dans une langue accessible à tous, les auteurs de ce livre retracent de façon passionnante l’histoire de ces avancées et offrent un panorama rigoureux des nouvelles preuves de l’existence de Dieu. À l’orée du XXe siècle, croire en un dieu créateur semblait s’opposer à la science. Aujourd’hui, ne serait-ce pas le contraire ?

Une invitation à la réflexion et au débat.

 

Les auteurs

 À propos de Michel-Yves Bolloré

Michel-Yves Bolloré est ingénieur en informatique, maître ès sciences et docteur en gestion des affaires de l’Université Paris Dauphine. De 1981 à 1990, il participe avec son frère à la direction du groupe Bolloré dont il dirige la branche industrielle. En 1990, il fonde son propre groupe France-Essor dont l’activité est centrée principalement sur l’industrie mécanique.

À propos d’Olivier Bonnassies

Olivier Bonnassies est ancien élève de l’École Polytechnique (X86), diplômé de l’Institut HEC start up et de l’Institut Catholique de Paris (licence en théologie). Entrepreneur, il a créé plusieurs sociétés. Non croyant jusqu’à l’âge de 20 ans, il est auteur d’une vingtaine de livres et de vidéos et de quelques spectacles, scénarios, articles, newsletters et sites Internet sur des sujets souvent liés à la rationalité de la foi.

Réflexions personnelles au sujet de ce livre

Il est difficile de ne pas connaître le livre Dieu, la science, les preuves de Michel-Yves Bolloré et de Olivier Bonnassies tant il est couvert d’éloges par la presse chrétienne, qu’elle soit protestante ou catholique.

Ainsi donc les auteurs se font fort de prouver l’existence de Dieu grâce à la science. Le matérialisme du XIXè siècle ou du début du XXè siècle deviendrait une croyance irrationnelle. Mais peut-on prouver scientifiquement l’existence de Dieu ? Dieu ne serait-il pas rangé au rang d’objet scientifique ? On peut également remarquer l’absence notable de théologiens ou d’exégètes bibliques pour étayer ou infirmer les arguments développés.

Certes on peut discerner des « preuves » de Dieu dans la nature, dans la beauté de l’ordonnance du monde, dans la complexité de l’homme lui-même mais Dieu ne serait plus comme le disait Voltaire que le « grand Horloger ».Or le Dieu de la Bible est bien le Tout-Autre qui se révèle aux hommes.

Le Dieu de la Bible est un Dieu qui se révèle, qui entre en conversation avec l’homme : à Abraham, aux Patriarches, aux prophètes : « Je suis Celui qui Suis ! », « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ! ». Dieu parle au cœur de l’homme pour lui révéler le projet qu’Il a fixé pour l’homme.

Dans le Nouveau Testament Dieu lui-même se fait homme, il révèle le visage du Père en prenant chair dans le monde et c’est tout le sens de l’incarnation : « Qui me voit voit le Père » dit-il à Philippe (Jn 14, 7-14). Il faut aller plus loin encore : il faut aller jusqu’au bout de l’enseignement de Jésus des Evangiles à savoir la Croix et la Résurrection

Si comme le pensent les auteurs, comme d’ailleurs une certaine mouvance évangélique, la science prouve l’existence de Dieu où peut se situer la foi qui est irrationnelle dans la mesure où elle nait de la confiance que l’on a dans les paroles du Christ, dans la Parole de  Dieu ? : « Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1Cor, 1,25).

 « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6).

« Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu. » nous dit saint Paul dans la Première Epître aux Corinthiens (1 Cor, 13,12)

© Claude Tricoire

6 janvier 2022.

Une critique

 « Le livre “Dieu, la science, les preuves” dessert la science et la foi »

 Le livre Dieu, la science, les preuves, sorti en octobre, a bénéficié d’une vaste campagne de promotion et a été vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Pour l’astrophysicien Raphaël Duqué, cette nouvelle tentative de prouver scientifiquement l’existence de Dieu est une erreur tant scientifique que religieuse.

« Si Dieu se manifeste aussi dans la contemplation de la Création, cette dernière, bien que sublime, n’est pas sa seule œuvre. »DEN-Avec leur livre Dieu, la science, les preuves (Guy Trédaniel, 2021), Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies ont jeté un pavé dans la mare. Ils ambitionnent de décrire les avancées récentes dans les domaines de la physique et de la cosmologie, et d’en déduire « des preuves de l’existence de Dieu (qui soient) modernes, claires, rationnelles, multidisciplinaires, confrontables objectivement (sic) à l’univers réel ». Après le « règne sans partage du matérialisme » sur le monde intellectuel, les auteurs se félicitent que « la science semble devenir une alliée de Dieu ». Hélas, l’ouvrage contient des contrevérités, ce que l’on peut comprendre de la part de non-scientifiques. Il propose un schéma de pensée de la question de Dieu à la fois simpliste et fallacieux, que l’on pourrait nommer « matérialisme creux ».

La nature est sublime et chacun, tout particulièrement le scientifique, peut s’étonner de son ordre minutieux. D’après MM. Bolloré et Bonnassies, la science contemporaine aurait exploré cet ordre à un niveau de détail tel que nous ne serions plus très loin de poser le doigt sur le Créateur, comme au plafond de la chapelle Sixtine. Il ne s’agit ni plus ni moins que de l’argument téléologique : la nature, parfaitement harmonieuse, ne peut être l’œuvre que d’un être parfait, Dieu. Les auteurs s’approprient cet argument sans le nommer et le dénaturent pour servir leur propos. L’expérience sensible de la nature doit-elle passer par l’exercice de la science ? Non, bien sûr : le promeneur solitaire qui surprend le vol d’oiseaux au-dessus d’un lac fait l’expérience pleine du sublime naturel sans exercer de démarche scientifique. Quoi qu’en pensent MM. Bolloré et Bonnassies, nul n’a attendu le Hubble Space Telescope pour contempler la Création et sentir le geste de Dieu autour de soi.

 

Des erreurs factuelles

Les auteurs rapportent que la cosmologie moderne « implique que l’univers a eu un début », confortant un récit de la Création et l’existence d’un Créateur. C’est faux : la théorie du big bang suggère que l’univers occupe un état toujours plus dense et plus chaud à mesure que l’on remonte le temps, si bien qu’il atteint des régimes de densité et de température où notre compréhension actuelle de la physique ne s’applique plus. Alors, la science cesse d’être prédictive et un quelconque énoncé scientifique à propos d’un commencement ne peut être qu’une extrapolation incertaine. Mais qu’importe, MM. Bolloré et Bonnassies vendent la peau de l’ours : on aurait trouvé le point originel.

Mais prouve-t-on vraiment ainsi l’existence de Dieu ? En filigrane, on comprend que les auteurs invoquent l’argument cosmologique : tout mouvement ayant une cause, il faut qu’il y ait un mouvement premier, qui est Dieu. À nouveau, le propos est livré en réduisant l’argument historique à une expression creuse : la science a trouvé le mouvement premier, Dieu est le mouvement premier, par conséquent la science a trouvé Dieu. Mais cette preuve ne peut pas satisfaire les croyants ! Ce grand horloger qui a lancé le big bang et calcule les constantes fondamentales de la physique, est-il le Dieu de miséricorde qui est descendu sur la Terre et a souffert la Passion pour le pardon des péchés ? Évidemment, personne n’y croit.

Des impasses spirituelles

Certes, penser à l’harmonie de l’univers ou à Dieu comme primum mobile peut conforter les croyants dans leur foi, mais les arguments cosmologique et téléologique sont des impasses spirituelles, ils n’aident pas à avancer sur un chemin de foi dans le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

Cette impasse spirituelle en cache en fait une autre, logique cette fois : l’existence de Dieu ne peut pas être un objet de science. Comme nous l’enseigne Karl Popper, ne sont scientifiques que les énoncés qui sont falsifiables, c’est-à-dire que l’apport de nouvelles expériences pourra infirmer. Ainsi avance la science : par falsification et raffinement progressifs de son contenu. Cela exclut de la science, par principe, nombre d’énoncés, dont l’existence de Dieu. Se tourner vers la science pour prouver l’existence de Dieu est donc une double impasse, d’ailleurs bien connue.

 Dieu est une révélation

D’abord, Dieu est une révélation. Ensuite, pour qui veut contempler la vérité, « la foi et la raison sont comme deux ailes », écrit Jean-Paul II dans Fides et ratio, un monument incontournable sur la présente question, et une lacune dans les références de l’ouvrage. En outre, ces ailes ne sont pas étrangères l’une à l’autre. La foi se nourrit de connaissance, en particulier de la connaissance de Dieu par l’étude de la vie du Christ et de ses enseignements, au travers de l’exégèse et de la théologie, qui sont des sciences. Naturellement, les fidèles sont invités à acquérir cette connaissance pour affermir leur foi, comme le suggère l’encyclique Lumen fidei.

En cherchant à reléguer le matérialisme à l’état de « croyance irrationnelle », MM. Bolloré et Bonnassies se contredisent. Proposer la manifestation de Dieu dans la nature comme preuve de son existence est un matérialisme. Cantonner l’entendement de cette manifestation à la science est pire encore : c’est un matérialisme creux. Leur ouvrage propose un discours scientifico-mystique qui dessert ensemble la science, soudain privée de ses principes et de son objet, et la foi, soudain retirée du domaine du cœur de l’homme.

Pourtant, le cœur de l’homme est le lieu de manifestation de Dieu dans sa dimension première, c’est-à-dire spirituelle. La force de l’amour, la joie du pardon, la persistance de la foi et de l’espérance, le bonheur de la charité : s’il doit y avoir prosélytisme, c’est assurément ces mouvements intérieurs qu’il faut chercher à décrire et à susciter. Car si Dieu se manifeste aussi dans la contemplation de la Création, cette dernière, bien que sublime, n’est pas sa seule œuvre.

Raphaël Duqué, Astrophysicien

Raphaël Duqué est docteur en astrophysique et astrophysicien des hautes énergies, actuellement en poste à l’université Goethe de Francfort-sur-le-Main (Allemagne).

https://www.la-croix.com/Debats/Le-livre-Dieu-science-preuves-dessert-science-foi-2022-01-03-1201192921

ALBERT-LOUIS-MARIE-JOSEPH VALENSIN (1873-1944) (, EVANGILE SELON SAINT LUC, EVANGILES, EXEGESE, JOSEPH HUBY (1878-1948), LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Une étude de l’Evangile selon saint Luc

Evangile selon Saint Luc

Huby/Valensin

Beauchesne, 1997. 485 pages

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RÉSUMÉ

Le troisième évangile a été universellement reçu dans l’Église primitive comme l’œuvre du médecin et disciple de saint Paul, appelé Luc. Jamais le fait n’a été contesté et dès la fin du IIe siècle les affirmations explicites attestent l’unanimité de l’adhésion à cette attribution. Le Canon dit « de Muratori », qui nous transmet l’écho de la tradition de l’Église Romaine, est pleinement d’accord sur ce point avec les témoignages des Églises d’Occident et d’Orient, tels que nous les font connaître saint Irénée et Tertullien, Clément d’ Alexandrie et Origène.
Ce que nous savons de l’auteur révèle une physionomie très attachante. Originaire, croit-on, d’Antioche, Grec de race et d’éducation, notre évangéliste joint à la conscience du narrateur la sympathie de l’artiste, à l’objectivité de l’historien le charme d’une âme largement ouverte à tout Ce qui est humain. Il a le goût de la précision, mais non de la minutie. Parle-t-il d’institutions, de géographie, d’art nautique ou de médecine, il se montre informé, sans toutefois étaler une vaine érudition. Raconte-t-il un fait, il est moins préoccupé d’en décrire tout le détail des circonstances contingentes que d’en dégager la portée universelle. Derrière les choses, il voit les idées. Il les exprime en une langue plastique et sereine, qui se revêt parfois d’une discrète teinte sémitique, mais reste élégante en sa simplicité.
Héritier de la civilisation hellénique, saint Luc en a la fierté : naïvement, comme ses contemporains, il appellera « barbares » les habitants de Malte qui ne parlent pas le grec. Mais il n’a pas fermé les yeux sur les misères qui accompagnaient cette brillante culture. Il semble avoir entendu de la gentilité les poignants appels vers le Dieu inconnu. Il aurait pu chercher dans la philosophie la réponse des sages. Il fit mieux, il devint le disciple de Paul qui fut son « illuminateur » dans la voie du Seigneur Jésus. Non qu’il ait été par lui converti au christianisme, car l’Apôtre ne l’appelle jamais son fils. Mais après avoir été fait chrétien, probablement par les premiers prédicateurs de l’Évangile, qui vinrent de bonne heure à Antioche, il trouva dans saint Paul le maître incomparable qui lui donna l’intelligence du mystère de Jésus-Christ. S’il reçut en effet des témoins immédiats les matériaux de son récit, il apprit de l’Apôtre à en mettre en lumière les pensées directrices notamment cette « philanthropie » de Dieu, qui par le Christ et dans le Christ, appelle tous les hommes, sans distinction de caste ni de race, à l’unité du salut, et dont le mystère, caché aux siècles et aux générations, maintenant révélé aux saints, a éclairé la nuit du paganisme d’une lueur d’espérance. Ainsi l’auteur du troisième évangile se présente à nous avec l’autorité, non seulement de sa culture, mais de sa foi.
Celle-ci, loin de l’exposer à fausser l’image des faits, avive en lui le besoin de la retracer avec exactitude. Elle rend son intelligence exigeante. Elle stimule la curiosité

TABLE DES MATIÈRES :

AVANT-PROPOS

INTRODUCTION
I. L’auteur du troisième évangile
II. Quelques caractéristiques du troisième évangile
Division du troisième évangile
PROLOGUE (I, I-4)

PREMIÈRE PARTIE

LES RÉCITS DE L’ENFANCE, (I, 5-11, 52)
I. 5-25. L’ange Gabriel annonce à Zacharie la naissance du Précurseur
26-38. L’Annonciation
39-56. La Visitation
57-80. Naissance et Circoncision de Jean-Baptiste : le Cantique de Zacharie.
II. 1-20. La Nativité de Jésus à Bethléem
21-38. Jésus, ayant été circoncis, est présenté au Temple
39-52. Jésus au Temple parmi les docteurs la vie à Nazareth .

DEUXIÈME « PARTIE

LA PRÉPARATION DU MINISTÈRE DE JÉSUS (III, I-IV, 13)
III. 1-20. La Prédication de saint Jean-Baptiste
21-22. Le Baptême de Jésus
23-38. Généalogie de Jésus, Fils de Dieu
IV. 1-13. Jésus au désert

TROISIÈME PARTIE

LE MINISTÈRE DE JÉSUS EN GALILÉ (IV. 14-IX, 5)

A. – Les débuts jusqu’au choix des Apôtres (IV. 14-VI, 11)
IV. 14-I5. Jésus inaugure sa prédication
16-30. La visite de Jésus à Nazareth
31-34. Un sabbat à Capharnaüm : Jésus prêche à la synagogue, guérit un démoniaque, la belle-mère de Simon et d’autres malades. Le lendemain, il se retire dans un lieu désert
V. I-II. Pèche miraculeuse, appel de Simon et des fils de Zébédée
I2-16. Guérison d’un lépreux
17-26. Le paralytique guéri et pardonné
27-39. Vocation de Lévi. Question sur le jeûne lu;
VI. 1-5• Les épis arrachés le jour ciu sabbat
6-11. L’homme à la main desséchée et le sabbat

B. – De l’élection des Douze, à leur première mission (VI, 12-\’111, 56)
VI. 12-16. Élection des Douze
17-19. Les foules autour de Jésus
20-26. Béatitudes et malédictions
27-28. Charité et miséricorde envers les ennemis
39-45. Les conditions du zèle
39-45. Nécessité de la pratique des préceptes
VII. 1-10. Guérison du serviteur du centurion de Capharnaüm
11-17. Résurrection du fils de la veuve de Naïm
18-35. Le témoignage de Jean-Baptiste et le témoignage rendu par Jésus à son précurseur
36-50. Jésus et la pécheresse repentante
VIII. 1-3. Les saintes femmes à la suite de Jésus
4-15. Parabole du semeur et son explication
16-18. Parabole de la lampe
19-21. Parents de Jésus selon la chair et ses parents selon l’esprit
22-25. La tempête apaisée
26-39. Le démoniaque gérasénien
40-56. L’hémorroïsse et la fille de Jaïre

C. – De la mission des Apôtres jusqu’à la montée vers Jérusalem (IX, 1-50)

a IX. 1-l0 Mission des apôtres et inquiétude d’Hérode
10-17. Multiplication des pains
18-22. Confession de Pierre et première prédiction de la Passion
23-27. La loi du renoncement évangélique
28-36. La Transfiguration
37-46. Guérison d’un enfant possédé
46-50. Question de la primauté

EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, MESSE, POURQUOI ALLER A L'EGLISE ? : L'EUCHARISTIE, UN DRAME EN TROIS ACTES, TIMOTHY RADCLIFFE

Pourquoi aller à l’église ? : l’Eucharistie, un drame en trois actes

Pourquoi aller à l’église ? :

L’Eucharistie, un drame en trois actes

Timothy Radcliffe

Paris, Le Cerf, 2009, 294 pages,

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Après Pourquoi être chrétien ? (Cerf, 2005), dans cet  ouvrage de Timothy Radcliffe présente le déroulement de la liturgie de la messe, parole et eucharistie, pour en faire émerger le sens, un sens vivant et incarné. T. Radcliffe a l’art d’illustrer son propos d’exemples tirés de la tradition spirituelle ou théologique mais aussi de films ou de romans contemporains. A son invitation, nous voici disposés à mieux accueillir Celui qui vient à notre rencontre dans ce drame en trois actes (La foi, la charité et l’espérance). Notre relation au Christ, sans cesse interrogée, est vivifiée, désencombrée de tout ce qui limite notre accueil de l’amour de Dieu. Ces pages accompagneront tout ceux qui souhaitent nourrir leur foi, lui donner un nouvel élan, l’élan du chemin, un nouvel éclat, l’éclat du témoin. Accordons-nous le temps d’une lecture qui ne manquera pas de saveur. Elle donnera le goût de l’échange et du partage. Nous ne sommes pas chrétiens seuls mais ensemble ; notre foi, partagée, ne sera que plus vivante.

CHJRISTIANISME, ECRIVAIN RUSSE, FEDOR MIKHAILOVICH DOSTOÏEVSKI (1821-1881), LE DIEU DE DOSTOÏEVSKI, LITTERATURE, LITTERATURE RUSSE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARGURITE SOUCHON

Le Dieu de Dostoïevski

Le Dieu de Dostoïevski

Marguerite Souchon

Lyon, Première Parie, 2021. 156 pages.

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Résumé :

Fiodor Dostoïevski se décrivait comme « un enfant du siècle, un enfant de l’incroyance et du doute » pourtant ses ouvrages, peuplées d’anges et de démons, d’innocents et de pécheurs sont tous le théâtre du combat entre Dieu et le diable. Souvent qualifiée comme métaphysiques, son œuvre  littéraire révèle un auteur obsédé par la question du libre-arbitre et de l’existence de Dieu. Dans cet ouvrage accessible à tout lecteur curieux de découvrir la personnalité profonde du grand romancier russe, Marguerite Souchon dresse une sorte de biographie spirituelle et intellectuelle de Dostoïevski. Elle reprend les grands évènements marquants de sa vie et plonge le lecteur dans l’œuvre  de l’auteur russe pour y déceler les traces de cette quête spirituelle. Une sortie à l´occasion des deux cents ans de la naissance de l´auteur russe, Dostoïevski.

 

« Le Dieu de Dostoïevski » : l’écrivain et le Christ russe

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TOBOLSK, TYUMEN REGION, RUSSIA – OCTOBER 19, 2016: A Fyodor Dostoyevsky statue by the Peter and Paul Church in Tobolsk. Vladimir Smirnov/TASS (Photo by Vladimir SmirnovTASS via Getty Images)

 

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Fiodor Dostoïevski, un petit livre teinté d’humour et de légèreté offre une plongée passionnante dans son christianisme.

Le 30 octobre 1821, il y a exactement deux siècles, naissait à Moscou l’un des géants de la littérature russe, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski. Son œuvre monumentale a de quoi impressionner : des romans aussi épais que des dictionnaires, dans lesquels des personnages souvent extravagants dissertent à n’en plus finir sur le libre arbitre et l’existence de Dieu. À côté de L’Idiot ou de Crime et Châtiment, le petit livre de Marguerite Souchon, écrit d’une plume enlevée d’où jaillissent volontiers des traits d’humour, a plutôt des airs de fascicules. Avec Le Dieu de Dostoïevski, cette jeune agrégée de russe enseignant en classes prépa, à Lyon, réussit le tour de force de s’adresser à la fois aux novices et aux lecteurs plus chevronnés du romancier, leur proposant de creuser un thème pour le moins central dans son œuvre : sa foi chrétienne orthodoxe.

Il s’agit tout d’abord de remettre les choses dans leur contexte, et Marguerite Souchon le fait avec pédagogie. « Aux yeux de Dostoïevski, écrit-elle, son siècle est l’histoire d’une radicalisation progressive de l’opposition au régime (tsariste, NDLR), génération par génération : aux libéraux rêveurs des premières années succédèrent des socialistes prêts à moins de compromis, et finalement des révolutionnaires qui voulaient carrément envoyer promener toute la monarchie de droit divin. »

Redécouverte du Christ au bagne

Après des premiers romans à la fibre sociale marquée, la fréquentation des cercles socialistes conduit le jeune Dostoïevski tout droit en Sibérie. C’est là, au bagne, qu’il redécouvre le peuple russe et le Christ, et conclut à la nécessité de la foi. À son retour à Saint-Pétersbourg, presque quadragénaire, Dostoïevski constate que le socialisme de sa jeunesse s’est définitivement coupé de Dieu. L’athéisme devient à ses yeux la plus grande des menaces civilisationnelles, « source de maux nouveaux et destructeurs en Russie ».

Ses personnages les plus flamboyants sont pourtant des nihilistes athées, prompts à discourir selon un arsenal argumentatif « redoutable » face à des croyants défendant leur foi avec moins de verve. « Tout chez lui est combat et dualité », insiste Marguerite Souchon, soulignant l’omniprésence du doute dans l’itinéraire spirituel de Dostoïevski. « C’est par le creuset du doute qu’a passé mon hosanna », lit-on dans Les Frères Karamazov.

Analyse d’une grande finesse

Le duel du diable et de Dieu, la souffrance des innocents, la folie comme signe divin, la solidarité dans le péché : tous ces motifs métaphysiques, éminemment dostoïevskiens, font l’objet d’une analyse d’une grande finesse. Si celle-ci s’enracine dans une solide connaissance de la biographie du romancier, elle s’appuie surtout sur son œuvre. Marguerite Souchon en scrute certaines pages avec passion, jusqu’à revenir au russe original pour mieux comparer les traductions.

Dostoïevski se tenait à distance de la hiérarchie de l’Église orthodoxe ; les personnages de prêtres sont d’ailleurs rares dans ses romans. Mais il critiqua surtout l’Église catholique, estimant qu’elle avait « perdu le Christ » et la rendant responsable de la naissance du socialisme. Bien que n’étant pas un slavophile nationaliste, il jugeait l’orthodoxie indissociable de l’avenir de la Russie : son pays lui semblait appelé à une « mission rédemptrice pour l’humanité », par l’avènement d’une « fraternité universelle ». Ces pages consacrées au « Christ russe » closent un ouvrage dense mais jamais indigeste, enthousiasmante invitation à se (re) plonger dans la prose du génie russe.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Le-Dieu-Dostoievski-lecrivain-Christ-russe-2021-10-27-1201182510

 

 

FÉDOR DOSTOÏEVSKI

Biographie

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Fédor Dostoïevski

Écrivain russe, Fédor Mikhailovitch Dostoïevski est né le 30 octobre 1821. Les circonstances de sa venue au monde constituent, à elles seules, un symbole. Il naît à Moscou, dans un petit logement de l’hôpital Marie, où son père exerce les fonctions de médecin. Dès les premiers pas de l’enfant, le destin lui assigne, de la sorte, une place de choix parmi les pauvres et les éclopés. Devant lui s’ouvre un univers sans joie, qui sent les médicaments, la misère et la soupe de caserne. Sa mère est une personne triste et inquiète, tourmentée par des présages. Son père, despote en chambre, hargneux, avare et brutal, impose son autorité à la maisonnée par des distributions d’injures et de claques. C’est sous sa surveillance que le petit Fedor doit entreprendre ses études. Il déteste et il plaint en secret cet homme dont les éclats de voix le poursuivent dans ses rêves. Il souhaite inconsciemment la mort du tyran. Mais Dieu ne l’a pas entendu. C’est sa mère, si douce, qui s’en va la première, épuisée par un mal incurable. Frappé de désespoir, le veuf sombre dans l’ivrognerie, prend son travail en dégoût et décide de placer son fils à l’École des ingénieurs, à Saint-Pétersbourg, pour n’avoir plus à s’occuper de lui. Dans cet établissement sévère, voué au culte des sciences exactes et de la discipline militaire à la mode prussienne, le garçon trouve le moyen pourtant de se passionner pour la littérature, de dévorer des livres russes et français en cachette, et de s’essayer lui-même au métier d’écrivain.

 

Il n’a pas encore dix-huit ans, quand une nouvelle effrayante ébranle sa raison. Le major, qui s’est retiré dans son domaine de Daravoïé, vient d’être assassiné, après de longues tortures, par un groupe de paysans que ses extravagances ont poussés à bout. Le jeune Dostoïevski a l’impression que, de ce crime, il est le seul responsable, bien que d’autres l’aient commis à sa place. N’a-t-il pas désiré ce qui s’est accompli ? N’a-t-il pas, sinon levé la main, du moins formé la pensée ? Il suffit d’un acquiescement tacite, d’un imperceptible retrait de l’affection et, déjà, nous sommes complices. Ébloui par cette révélation, il s’engage dans une région où les actes ne dépendent plus de leur auteur, où les innocents selon les lois terrestres sont condamnés selon d’autres lois indéfinissables, inexplicables, où chacun est coupable de la misère de tous, où les sentiments tiennent lieu de preuves, où deux fois deux ne font plus quatre, où le mystère prévaut contre l’évidence…

 

Fedor Dostoïevski a vingt ans, il est pauvre, solitaire, timide. Il vient d’achever ses études, habite un appartement modeste à Saint-Pétersbourg, et travaille, pour vivre, à des traductions d’Eugénie Grandet et de Don Carlos. Mais ces besognes secondaires ne l’empêchent pas d’écrire également un roman par lettres, qu’il intitule Les Pauvres Gens. Ce roman, il se décide enfin à le confier au poète Nekrassov. Deux jours plus tard, vers quatre heures du matin, Dostoïevski rentre chez lui après avoir soupé avec un camarade et s’apprête à se mettre au lit, quand un coup de sonnette glace le sang dans ses veines. Il ouvre la porte. Nekrassov se jette dans ses bras. « C’est génial ! » crie-t-il. Et il promet de porter le manuscrit au redoutable critique Belinski. Celui-ci prend connaissance du texte et confirme le jugement de son devancier. Ayant convoqué l’auteur, il lui déclare gravement: « Comprenez-vous seulement, jeune homme, ce que vous avez écrit là ? » Dostoïevski chancelle de joie en descendant l’escalier du maître. Maintenant, il est sûr de sa réussite. Gloire et fortune l’attendent dans un proche avenir. En effet, la publication du livre suscite l’enthousiasme d’un grand nombre de lecteurs.

 

Grisé par les compliments, Dostoïevski veut exploiter sa chance et donne, coup sur coup, plusieurs récits, qu’il croit supérieurs aux Pauvres Gens, mais qui déçoivent son entourage. Les critiques, qui l’ont d’abord encensé, lui reprochent à présent d’imiter Gogol. Le public ne le suit plus. Dans les salons littéraires, on le plaisante sur sa laideur et sa maladresse. Belinski lui-même se détourne de son protégé et semble confesser tristement son erreur. Cette désaffection unanime, succédant à un accueil chaleureux, précipite Dostoïevski dans le doute. Il n’ose plus se montrer à ses confrères. Des angoisses le saisissent à la tombée de la nuit. Pour s’évader de sa solitude, il fréquente un groupe de camarades aux idées libérales. On se réunit clandestinement chez un dénommé Petrachevski, pour flétrir l’absolutisme de Nicolas Ier, rêver à l’abolition du servage et étudier la Déclaration des droits de l’homme en buvant du thé fort et en fumant la pipe.

Le 22 avril 1849, à quatre heures du matin, Dostoïevski rentre de chez Petrachevski et se couche, fatigué par une longue séance de bavardages. Un coup de sonnette le dresse sur son lit. Est-ce l’aventure merveilleuse de Nekrassov qui recommence ? Hélas ! cette fois-ci, il n’y a pas de poète derrière la porte, mais des gendarmes bourrus: « Levez-vous ! Habillez-vous ! Par ordre ! » Arrêté, enfermé dans un cachot de la forteresse Pierre-et-Paul, il se refuse à croire que le fait d’avoir pris part à quelques discussions politiques constitue un crime dont il ait à répondre devant les tribunaux. On va le relâcher après une brève enquête. Pendant huit mois, il croupit dans une cellule, en espérant, de jour en jour, sa libération.

Enfin, le 22 décembre 1849 à six heures du matin, tous les membres du « complot » de Petrachevski sont tirés de prison et hissés dans des voitures aux vitres brouillées de givre. On les amène sous escorte sur la grande place Semionovski, blanche de neige. Une foule nombreuse s’est assemblée pour les voir arriver. Au centre de l’espace libre, une estrade. Plus loin, trois piquets de bois fichés en terre. Un prêtre conduit les prisonniers vers la plate-forme. L’auditeur impérial déplie un papier et lit la sentence. Après chaque nom, une phrase sèche, tranchante: « Condamné à la peine de mort ! » « Ce n’est pas possible qu’on nous fusille ! » gémit Dostoïevski. Mais, déjà, les bourreaux s’approchent des jeunes gens et leur passent des camisoles blanches, en toile de sac, à manches longues et à capuchons. Les trois premiers condamnés sont attachés aux poteaux d’exécution. Un peloton de soldats les met en joue. « Et si je ne mourais pas, écrira Dostoïevski en évoquant cette seconde d’angoisse, si la vie m’était rendue ? Oh ! alors je changerais chaque minute en siècle… je tiendrais compte de tous les instants pour n’en dépenser aucun à la légère ! »

Comme les soldats ne tirent toujours pas, Petrachevski soulève le capuchon qui lui masque les yeux. À ce moment un aide de camp agite un mouchoir blanc. Les clairons sonnent la retraite. Et l’auditeur, de sa même voix monotone, annonce que les coupables ont été graciés par l’empereur. La condamnation à mort est remplacée par la condamnation aux travaux forcés, pour quatre ans, en Sibérie. Dostoïevski, rompu par l’émotion, se laisse ramener dans sa cellule. De là, il écrit cette lettre admirable: « Je ne suis pas abattu, je n’ai pas perdu courage. La vie est partout la vie. la vie est en nous et non dans le monde qui nous entoure. Près de moi seront des hommes, et être un homme parmi les hommes et le demeurer toujours, quelles que soient les circonstances […] voilà le véritable sens de la vie… »

Le 24 décembre, dans la nuit de Noël, des fers de cinq kilos sont rivés aux chevilles de Dostoïevski et un traîneau l’emporte à destination du bagne sibérien. Pendant quatre ans, mille cinq cents piquets de chêne borneront son horizon. Il vivra là, parmi des assassins, des voleurs et des brutes de toutes sortes. Comme eux, il portera l’uniforme d’infamie, gris et noir, avec un as de carreau jaune cousu dans le dos. Il partagera leur sommeil dans la chambrée nauséabonde, leurs repas maigres, leurs tâches épuisantes. Il subira des crises d’épilepsie, qui l’étourdiront pour plusieurs jours.

Cependant, une foi tenace lui interdit de succomber au désespoir et à la maladie. L’expérience du bagne lui semble même riche d’enseignement. Une double révélation lui est réservée dans cet enfer. La révélation du peuple russe, qu’il apprend à connaître en fréquentant des réprouvés, et la révélation de Dieu, car l’Évangile est le seul livre dont la lecture lui soit permise.

Bien des années plus tard, un détracteur lui demandera avec irritation: « Qui vous donne le droit de parler au nom du peuple russe ? » D’un geste brusque, Dostoïevski relèvera le bas de son pantalon sur ses chevilles encore marquées par les fers: « Voici mon droit », dira-t-il. Ces fers, quand ils tombent de ses pieds, Dostoïevski les considère avec une stupeur attendrie. Après tant de contraintes, saura-t-il seulement retrouver l’usage, le goût de l’indépendance ? Sans protection, sans amis, sans foyer, il est d’abord, conformément à la sentence impériale, incorporé comme soldat de ligne dans un régiment de tirailleurs sibériens, à Semipalatinsk. Là, il découvre ce prodige: de vraies maisons, des hommes libres, des femmes… Il a un tel besoin de se livrer entièrement à un être, qu’il s’éprend d’une créature bizarre, tuberculeuse, et qui ne l’aime pas, Marie Dmitrievna Issaïev. Elle a eu un fils d’un premier mariage. Elle est sans ressources. Pour la sauver de la misère, il l’épouse. Mais l’émotion que lui procure le sacrifice est trop forte: sa nuit de noces s’achève en crise d’épilepsie. Il se roule sur le plancher, la bave à la bouche, les yeux fous, devant la jeune femme terrorisée. Puis, ayant repris ses sens, il lui demande pardon humblement de lui avoir imposé le spectacle de sa déchéance. Il guérira. Il gagnera de l’argent. Ensemble, ils iront habiter la capitale. Nicolas Ier, qui l’a envoyé au bagne, est mort. Son successeur, Alexandre II, passe pour un homme éclairé et sensible. Il ne refusera pas d’examiner avec bienveillance la demande en grâce que Dostoïevski lui a depuis longtemps adressée. Encore quelques mois de patience !

Les mois s’additionnent en années. C’est seulement le 25 novembre 1859 que Dostoïevski, d’abord transféré à Tver, reçoit l’autorisation de rentrer à Saint-Pétersbourg, avec sa femme. Dix ans se sont écoulés depuis le jour où il a quitté cette ville, les chaînes aux pieds. Pendant son exil, ses amis se sont dispersés, son nom est tombé dans l’oubli. Courageusement il reprend la lutte et publie Stepantchikovo et ses habitants (1859), Humiliés et Offensés ( 1861 ), puis Souvenirs de la maison des morts (1861), où son expérience de forçat est décrite avec un réalisme farouche. Ce cri de détresse trouble l’apathie des masses, émeut le tsar lui-même et vaut à son auteur un regain de notoriété. Il croit la partie gagnée, donne encore un livre admirable: Mémoires écrits dans un souterrain (1864), fonde une revue dont il est pratiquement l’unique rédacteur.

Mais la malchance est tenace. Coup sur coup, il perd sa femme et son frère Michel, qu’il aimait tendrement. Les dettes des deux familles pèsent sur ses épaules. Il se défend contre les créanciers, emprunte à droite pour rembourser à gauche, et fournit de la copie, à tant la ligne, jusqu’à l’épuisement. Pourtant, au plus profond de son désarroi, il continue d’admirer la nécessité des malheurs qui l’accablent: « Ah ! mon ami, écrit-il, je retournerais bien volontiers au bagne pour un même nombre d’années, si je pouvais ainsi payer mes dettes et me sentir libre à nouveau… Et, cependant, il me semble toujours que je me prépare à vivre. C’est risible, n’est-ce pas, la vitalité d’un chat ! »

Cette « vitalité de chat » lui donne l’audace d’épouser, à quarante-six ans, une jeune fille de vingt et un ans, sage, terne et docile, Anna Grigorievna, sa sténographe. Entre-temps, il a encore publié Crime et Châtiment et Le Joueur. La vente de ses livres est bonne, mais ne suffit pas à le libérer de ses engagements. Bientôt, devant l’exigence des créanciers, le jeune couple est obligé de fuir la Russie.

Ils traînent de ville en ville: Dresde, Hambourg, Baden-Baden, Genève, Vevey, Florence, logent dans des galetas, mangent mal, signent des traites, déposent au mont-de-piété leurs bijoux sans valeur et jusqu’à leurs habits. Un enfant naît. Dostoïevski, encore une fois, n’a pas droit au bonheur commun: la fillette meurt au bout de quelques jours. Le désespoir de l’écrivain est proche de la démence.

Mais à l’étranger, personne ne prend garde à lui, personne ne l’aime. Il est seul, perdu, sans argent. Il écrit des lettres honteuses pour supplier ses amis, ses éditeurs, de lui envoyer quelques subsides. Les employés de banque connaissent bien ce drôle de bonhomme, barbu, blafard, aux vêtements fanés, qui s’accroche à leur guichet et les questionne d’une voix humble. N’ont-ils rien reçu pour lui de Russie ? Dès qu’il a touché un chèque, il retrouve du goût à la vie. Il supplie sa femme de le laisser tenter sa chance dans une maison de jeu. Elle accepte, avec tristesse, car elle sait combien cette diversion lui est salutaire. Alors, il court, le cœur  battant, les jambes molles, vers les salles dorées d’un casino. Fasciné par le tapis vert, il joue, il transpire d’angoisse. Et, quand il a tout perdu, il rentre au domicile conjugal et demande pardon à genoux. « Anna, écrit-il à sa femme, excuse-moi, ne me traite pas de canaille. J’ai commis un crime, j’ai perdu tout jusqu’au dernier pfennig. J’ai reçu l’argent hier, et hier même je l’ai perdu. Annette, comment pourras-tu me regarder en face ?  » Les crises d’épilepsie le reprennent. Il tient un compte précis de ces secousses fulgurantes, qui le jettent au sol, les membres tordus, la bouche gonflée d’écume. Il note dans son calepin:  » Crise violente… Attaque à six heures du matin… Le soir surtout, à la lueur des bougies, une tristesse maladive. Un reflet rouge sur tous les objets. »

C’est le soir pourtant, à la lueur des bougies, qu’il travaille. Il noircit des pages comme un forcené, pour payer la sage-femme, le docteur, le boulanger, le boucher, le propriétaire. Anna Grigorievna met au monde un deuxième enfant, une fillette. Les dépenses augmentent. Dostoïevski s’efforce d’oublier provisoirement ses soucis pour ne pas faillir dans la nouvelle tâche qu’il a entreprise. « La première partie me paraît un peu faible, écrit-il, mais rien n’est encore perdu… Le roman s’appelle L’Idiot. » Et encore: « Il n’y a au monde qu’une seule figure positivement admirable, le Christ. Dans la littérature chrétienne, parmi les personnes admirables, le plus réussi est Don Quichotte. Mais il n’est admirable que parce qu’il est en même temps comique…Chez moi rien de semblable, absolument rien, et c’est pourquoi je redoute un échec sans recours. »

 L’Idiot est mal accueilli par la presse russe. « Mon amour-propre est en jeu, déclare Dostoïevski. Je veux de nouveau attirer sur moi l’attention du public. » Et, sans désemparer, il se jette dans un autre récit, parmi d’autres personnages. Cette fois, il s’agit d’un roman court, L’Eternel Mari. L’éditeur a prévu une avance par contrat, mais tarde à réaliser sa promesse et Dostoïevski se désole: « Comment puis-je écrire en ce moment ? Je déambule de long en large, je m’arrache les cheveux, et, la nuit, je ne peux dormir ! Je réfléchis à mon dénuement et j’enrage ! Et j’attends ! Oh Dieu, je vous jure, je vous jure qu’il m’est impossible de vous décrire en détail ma misère actuelle ! J’en ai honte… Et, après ça, on me demande des effets artistiques, de la limpidité, de la poésie sans efforts, sans emballements, et on me cite Tourgueniev et Gontcharov en exemple ! Qu’ils regardent donc dans quelles conditions je travaille ! »

L’argent arrive, le manuscrit, empaqueté, ficelé, s’achemine de Dresde vers la Russie, et Dostoïevski se tourne aussitôt vers un nouveau projet de roman, Les Possédés. « La chose que j’écris est tendancieuse, avoue-t-il dans une lettre du 6 avril 1870. Ah ! ils glapiront contre moi, les nihilistes et les Occidentaux ! Ils me traiteront de rétrograde ! Mais, que le diable les emporte, je dirai toute ma pensée. »

Et encore: « Me croirez-vous ? je sais parfaitement que si j’avais deux ou trois ans devant moi, comme c’est le cas de Tourgueniev, de Gontcharov ou de Tolstoï, j’écrirais, moi aussi, une oeuvre dont on parlerait cent ans plus tard ! » À minuit passé, lorsque tout le monde repose dans la maison, Dostoïevski, assis devant son papier et sa tasse de thé froid, suscite autour de lui un univers de cauchemar. Ses héros sont des révolutionnaires, prêts à rejeter les règles de la morale et de la religion pour transformer la Russie en une fourmilière disciplinée.

Enfin, le roman est achevé, l’éditeur envoie les mille roubles qu’on lui réclame, et Anna Grigorievna prépare les valises. À cinquante ans, vieilli par la maladie, le travail et les privations, Dostoïevski rentre à Saint- Pétersbourg avec sa femme. Ses livres, écrits loin de la patrie, lui ont valu la première place parmi les romanciers russes. Pour le public, il est devenu un guide spirituel, que ses souffrances passées autorisent à parler au nom du pays tout entier. Assuré d’une sympathie unanime, il rédige et édite son Journal d’un écrivain, où il prend position en nationaliste et en chrétien orthodoxe devant les plus graves problèmes de l’époque. Ce labeur de géant ne l’empêche pas de publier encore deux romans: L’Adolescent et Les Frères Karamazov, qu’il considère comme son chef-d’oeuvre.

Il ne se trompe pas. Tous ses grands thèmes se retrouvent dans ce maître livre. En l’ouvrant, le lecteur pénètre dans un univers touffu où le fantastique et le réel se confondent. Les fantômes qui hantent ces régions crépusculaires ne se préoccupent ni de manger, ni de dormir. S’ils ferment les yeux pour se reposer, un rêve immédiatement les visite. De page en page, reviennent des expressions telles que:  » Il se sentit fiévreux… sa lèvre inférieure tremblait… il frissonna… ses dents claquaient… son visage se contractait… » L’argent ? On ne sait pas s’ils en ont, ni comment, au juste, ils le gagnent. Leur logis, on ne le connaît guère. Leurs vêtements, on n’en parle jamais. Leur visage même est à peine décrit. C’est que tout leur être se réduit à une lutte spirituelle. Ce qu’ils recherchent, à travers mille soubresauts, ce n’est pas une position meilleure dans le monde, mais la position idéale devant Dieu. Le vicomte de Vogüé écrivait: « Dans le peuple innombrable inventé par Dostoïevski, je ne connais pas un individu que M. Charcot ne pût réclamer à quelque titre. » Les critiques russes de l’époque traitaient Dostoïevski de « talent cruel ». Le docteur Tchij, grand spécialiste dostoïevskien, estimait que, pour un quart au moins, les personnages de Dostoïevski étaient des névropathes. Il en comptait six dans Crime et Châtiment, deux dans Les Frères Karamazov, six dans Les Possédés, quatre dans L’Idiot, quatre dans L’Adolescent.

En effet, au premier abord, il ne semble pas que nous ayons quoi que ce soit de commun avec ces vagabonds, ces anarchistes, ces demi-saints, ces parricides, ces ivrognes, ces épileptiques et ces hystériques. Nous ne les avons jamais rencontrés. Notre comportement habituel diffère totalement du leur. Et, cependant, ils nous sont mystérieusement familiers. Nous les comprenons. Nous les aimons. Enfin, nous nous reconnaissons en eux. Comment expliquer la sympathie que nous éprouvons à leur égard, puisqu’ils sont des cas pathologiques et que nous sommes, en principe des individus normaux? Qui pourrait prétendre que Dostoïevski, s’il s’était cantonné dans l’étude des aliénés et des alcooliques, aurait attiré à lui des masses toujours grossies de lecteurs ? La vérité est que les fous de Dostoïevski ne sont pas aussi fous qu’ils le paraissent. Seulement, ils sont ce que nous n’osons pas être. Ils font, ils disent ce que nous n’osons ni faire, ni dire. Ils offrent à la lumière du jour ce que nous enfouissons dans les ténèbres de l’inconscience. Ils sont nous-mêmes, observés de l’intérieur. Grâce à cette méthode de prises de vues, ce qui est le plus proche de l’opérateur, c’est ce qui est le plus profondément caché en nous; ce qui est le plus éloigné de lui, la chair, le vêtement, le geste quotidien, le décor. La mise au point de la photographie se fait sur notre monde intime, alors que le monde extérieur demeure flou comme dans un songe.

Si Dostoïevski cède parfois à la tentation de coller une étiquette médicale sur les créatures, c’est pour justifier leur conduite extravagante, leurs propos inspirés, devant un lecteur épris de logique. Ils ne sont pas malades, puisqu’ils n’ont pas de corps. Ou plutôt, leur corps n’est que pensée. Quiconque l’a compris lira Dostoïevski en oubliant le caractère clinique de ses héros pour ne considérer que le combat spirituel dont ils sont les champions désincarnés et infatigables.

Toutefois, si les personnages de Dostoïevski ne sont pas véritablement des déséquilibrés, c’est parce qu’il a été un déséquilibré lui-même qu’il a su les concevoir et les animer avec tant de précision. Ses crises d’épilepsie le jettent, de son propre aveu, dans de terribles délices. Au paroxysme de la tension nerveuse, il subit la mort en pleine vie, il entre en contact avec l’envers du monde, il comprend l’incompréhensible. Puis, après le dernier spasme, il retombe sur terre, ébloui, écoeuré. Cette faculté de planer pendant quelques secondes, pendant quelques minutes, au-dessus de la condition humaine, lui permet d’affirmer l’existence d’une zone intermédiaire, qui n’est ni la réalité, ni le songe. À ce degré d’exaltation, la personnalité se dédouble, la pensée est reine, la chair n’a plus de poids, plus de force, plus de valeur. Pas de nuances dans cette clarté surnaturelle. Pour Dostoïevski comme pour ses héros, le bonheur c’est l’extase, le malheur l’anéantissement. Comme lui, chacun pourrait dire: « Toute ma vie durant, je n’ai fait que pousser à l’extrême ce que vous n’osiez pousser vous-même qu’à moitié. » De lâcheté en crime, de joie en douleur, ils marchent, titubants, sur la route qui les mène à Dieu. Leur sérénité ne commencera qu’à la fin du livre.

Le succès des Frères Karamazov porte la gloire de Dostoïevski à son apogée. On l’admire à l’égal de Tourgueniev et de Tolstoï. On croit en lui plus qu’en ses deux illustres rivaux.

Le 8 juin 1880, pour le centième anniversaire de la naissance de Pouchkine, il est convié à prendre la parole, au cercle de la noblesse, à Moscou. Du haut de la tribune, il prononce d’une voix enrouée, tendue, un discours qui soulève des clameurs d’enthousiasme. Des jeunes filles le couvrent de fleurs et lui baisent les mains. Un étudiant s’évanouit à ses pieds. Dostoïevski croit rêver. Il a payé ses dettes. Il vit heureux, dans une maison confortable, aux côtés d’une femme aimée. Des milliers d’inconnus le lisent et le comprennent. Il a vaincu le destin par sa seule patience. « Permettez-moi de ne pas vous faire mes adieux, écrit-il à un ami. Vous savez bien que j’ai l’intention de vivre et d’écrire encore pendant vingt ans. » Quelques mois plus tard, le 28 janvier 1881, il succombe à Saint-Pétersbourg d’une hémorragie.

La Russie entière prend le deuil de cet homme longtemps méconnu. Son cercueil s’achemine vers la tombe sous une forêt de bannières. Des princes, des prêtres, des ouvriers, des officiers, des mendiants, lui font une escorte solennelle à travers la ville. Devant la fosse ouverte, des écrivains réconciliés lui promettent la renommée des martyrs. Après leur départ, le cimetière enneigé retombe dans le silence, et la vraie vie de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski commence, hors du temps, hors de l’espace, dans le coeur de ceux qui l’ont aimé.

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Le catholicisme a-t-il encore un avenir en France ?

Le Catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? 

Guillaume Cuchet

Paris, Le Seuil, 2021. 241 pages.

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Quatrième de couverture

Le catholicisme, hier encore religion de la très grande majorité des Français, n’est plus ce qu’il était. Un tiers des enfants seulement sont désormais baptisés en son sein (contre 94 % vers 1965) et le taux de pratique dominicale avoisine les 2 % (contre 25 % à la même date). Un tel changement, qui n’est pas achevé, a des conséquences majeures, aussi bien pour cette religion que pour le pays tout entier, façonné, dans la longue durée, par cette longue imprégnation catholique.
Dans le prolongement de Comment notre monde a cessé d’être chrétienLe catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? se penche sur certaines de ses manifestations contemporaines : la mutation anthropologique qu’entraîne le fait de mourir sans croire pour la génération des baby-boomers et ses descendants ; les transformations de la scène funéraire contemporaine et la diffusion de la crémation ; les recompositions de l’ascèse sous la forme du running ; les inquiétudes suscitées par l’islamisme ; la montée des  » sans-religion « , notamment chez les jeunes ; l’intérêt largement répandu pour la  » spiritualité « , qu’on oppose volontiers désormais à la  » religion  » ; le devenir minoritaire du catholicisme et les problèmes identitaires que lui pose le phénomène ; la manière dont, dans la longue durée, l’Église s’adapte plus ou moins à la modernité.
In fine, l’auteur pose la question de savoir si l’on n’a pas plus à perdre qu’à gagner à cette mutation.

Guillaume Cuchet est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil. Il a notamment publié Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Seuil, 2018) et Une histoire du sentiment religieux au XIXe siècle (Le Cerf, 2020).

Guillaume Cuchet : « Le catholicisme aura l’avenir qu’on voudra bien lui donner »

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Rien n’est joué concernant l’avenir du catholicisme en France, telle est l’opinion de l’historien Guillaume Cuchet qui répond aux questions d’Aleteia sur la situation des catholiques dans la société d’aujourd’hui, alors qu’ils sont devenus une minorité. Si les chrétiens ont des combats à livrer, en particulier dans le domaine de la culture, leurs motivations doivent être évangéliques, et pas idéologiques.

Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Est et spécialiste de l’histoire des religions, Guillaume Cuchet défend la thèse selon laquelle la crise du catholicisme a des racines profondes, bien antérieures au concile Vatican II, même si celui-ci fut un déclencheur. Dans son nouveau livre, Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?, il explore les effets de la déchristianisation sur la société. Pour lui, l’avenir du catholicisme passe par une prise de conscience, « la responsabilité de chacun », et par la culture. 

 

Aleteia : Votre livre précédent, Comment notre monde a cessé d’être chrétien ?, exposait les causes lointaines de la déchristianisation de notre société. Dans Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?, voulez-vous montrer qu’il n’y a rien d’irréversible à cette évolution ?
Guillaume Cuchet : J’ai cherché à prolonger mes courbes pour rejoindre la situation que nous avons sous les yeux, avec toutes les incertitudes que comporte l’exercice, parce qu’à mesure que l’historien se rapproche du présent, il perd évidemment son principal outil de travail qui est le recul. Il y a une tendance lourde à la déchristianisation qui remonte au XVIIIe siècle, même si elle n’est pas linéaire et qu’elle est passée par des phases, tantôt ascendantes, tantôt descendantes. L’Église était plus en forme en 1860 qu’en 1810, par exemple. Il y a aussi des scénarios plus probables que d’autres. Mais, en dernière analyse, l’avenir du catholicisme est une question posée à notre liberté, individuellement et collectivement. Il aura l’avenir qu’on voudra bien lui donner. Donc je propose d’y réfléchir un peu froidement tant qu’il en est encore temps : on peut vouloir laisser filer les choses mais autant savoir ce qu’on fait.

Un grand nombre de nos contemporains opposent désormais la « religion » à la « spiritualité ».

À quel profil correspondent les Français qui n’ont pas de religion aujourd’hui, que vous appelez « nones » ? Sont-ils plus présents dans certains pays occidentaux que dans d’autres ?
Les « nones » sont ceux qui ne déclarent aucune religion (« no religion ») dans les enquêtes d’opinion américaines. Le terme est devenu une catégorie de la sociologie religieuse anglophone pour désigner les non-affiliés (à une Église) ou les désaffiliés. Une enquête de 2018 a montré qu’ils étaient 64% parmi les jeunes Français, contre 23% de catholiques. En Europe, le taux varie entre 17% en Pologne et plus de 90% en République tchèque. Ils ont des profils variés : athées, agnostiques, indifférents, croyants « libres », « alter-croyants », etc. Du point de vue de l’histoire religieuse, ce sont des créatures nouvelles, parfaitement problématiques, pleines de libertés nouvelles et de failles anciennes.

 

En quoi une attirance pour la spiritualité, teintée d’orientalisme, se substitue-t-elle chez les « nones » à la religion ?
Un grand nombre de nos contemporains opposent désormais la « religion », synonyme dans leur esprit de dogmes, d’institution, d’obligation, voire de fanatisme et de crime (à l’heure des attentats islamistes et des révélations sur les abus sexuels dans l’Église), à la « spiritualité », qui incarne le positif de la religion, la transcendance, l’ouverture, la réconciliation de l’âme et du corps, etc. Les besoins de sens, de consolation, de ritualisation, qui faisait le fond de l’ancienne demande religieuse, n’ont pas disparu : ils se sont transformés et transférés ailleurs, dans des pratiques où l’on peine parfois à la reconnaître. La culture « psy » en a récupéré une bonne part. L’omniprésence de la figure néo-bouddhiste de la méditation est aussi exemplaire. Ce nouveau quiétisme occidental remplace la religion dans l’esprit de beaucoup, même si je ne puis pas sûr (et j’essaie de m’en expliquer) qu’il puisse lui être entièrement substitué.

Les « nones » pourraient-ils revenir à la religion ?
Les « nones » vont-ils se réaffilier à quelque univers religieux « en dur » et, si oui, lequel ? Il y a dans la jeunesse contemporaine un croisement des courbes de ferveur entre l’islam et le catholicisme, par exemple, qui est assez spectaculaire. Vont-ils, au contraire, persister dans l’être et s’installer durablement dans ce rapport distancié et critique à l’égard des institutions religieuses ? Bien malin qui peut le dire et tout dépendra en partie des événements, car l’histoire spirituelle collective (on l’oublie parfois) est une véritable histoire, avec des dates, des événements, des tournants, des acteurs libres. 

 

Vous expliquez que les rapports à la mort, au tragique, au bien-être ont profondément changé. Cette quête spirituelle coupée de la religion dont vous parlez n’est-elle pas surtout le signe d’un malaise existentiel due à une rupture de transmission ? 
L’histoire religieuse est, pour une part, une dérivée de l’histoire des attitudes devant la mort, et donc aussi devant la vie. Les bouleversements survenus dans les conditions de la mortalité depuis la Seconde Guerre mondiale ont joué un rôle considérable. Je suis venu à l’histoire par Philippe Ariès et j’en ai gardé des marques de naissance ! La demande de spiritualité, de méditation, etc., ne renvoie pas seulement au stress de la vie moderne mais au vide religieux ambiant. Ce vide, même insensible, est un état violent pour l’esprit humain, d’où ce malaise diffus. Je ne suis pas sûr qu’on en ait fini avec la « phase dramatique de l’arrachement religieux » comme dit Marcel Gauchet et que nous serions voués désormais aux eaux calmes et définitives de l’indifférence métaphysique, tout au plus tempérées par un supplément d’âme psychothérapeutique. Je ne nous le souhaite pas en tout cas. La particularité des « nones » en France est qu’on en est souvent à la deuxième, voire troisième génération du décrochage. Ce ne sont plus des décrocheurs, mais des décrochés, qui vont devoir passer à autre chose. Cela peut favoriser l’indifférence mais aussi la redécouverte à nouveaux frais du christianisme.

Devenir minoritaire dans un pays où l’on a longtemps été majoritaire, voire ultra-majoritaire, est forcément une opération difficile.

Comment les catholiques vivent-ils, de leur côté, la situation actuelle ? 
Il faudrait le leur demander ! Devenir minoritaire dans un pays où l’on a longtemps été majoritaire, voire ultra-majoritaire, est forcément une opération difficile, a fortiori au lendemain d’une œuvre de modernisation comme le concile Vatican II (1962-1965), qui n’a pas produit tous les fruits escomptés. La génération Jean Paul II, qui est désormais à l’âge des responsabilités et qui est prise dans la tourmente de la crise des abus sexuels, est elle-même un peu perplexe, me semble-t-il, sur l’efficacité de l’entreprise de redressement à laquelle elle a identifié son destin. Elle n’a pas enrayé l’hémorragie et elle est souvent dépassée désormais sur sa droite par une jeune génération qui lui reproche son échec, comme elle a reproché le sien à la précédente. L’éloge du petit nombre, à l’instar des premiers disciples du Christ ou d’Israël, petite musique qu’on commence à entendre de plus en plus, me paraît relever, dans ses formes superficielles, d’une théologie de la misère. Le repli sur le petit reste est une tentation, même si je crois que le renforcement identitaire est inévitable : toutes les minorités qui durent ont une identité forte, comme jadis les protestants ou les juifs dans la société française. Sinon elles disparaissent. Le problème n’est donc pas d’avoir ou pas une « identité » — on en a forcément une et elle joue un rôle important dans la transmission de la foi —, mais de l’avoir ouverte et accueillante. Ce qui est certes plus facile à dire qu’à faire.

Benoît XVI soutenait que l’avenir appartient aux minorités créatrices, autrement dit que « l’Église n’a pas dit son dernier mot », pour reprendre une formule du père Matthieu Rougé, avant de devenir évêque de Nanterre. L’histoire atteste-t-elle ce propos ? Le reprenez-vous à votre compte ?
« L’histoire de l’Église n’est pas un reposoir de Fête-Dieu », disait Émile Poulat. Déjà, dans les hautes eaux religieuses du XVIIe siècle, les évêques passaient leur temps à se plaindre de leurs ouailles ! On sent cependant, à divers signaux faibles, qu’un nouveau paradigme évangélique se cherche dans la jeunesse chrétienne, qui ne soit pas simplement la refonte des anciennes formules (comme l’opposition sommaire du « catholicisme d’ouverture » au « catholicisme d’identité »). Les chrétiens peuvent avoir des combats à livrer, disait Benoît XVI. Tout le problème est qu’ils soient bien sûrs que leurs motivations sont évangéliques, et pas idéologiques ou purement passéistes. Cee qui n’est pas toujours évident à discerner parce que l’idéologie est parfois de l’évangile durci, par le temps ou les épreuves. Tout cela, en tout cas, est assez fascinant à observer pour l’historien du christianisme.

Selon vous, la voie de l’avenir catholique passe par la culture. S’agit-il de passer à un christianisme au rabais, purement « identitaire » ou d’autre chose de plus substantiel, comme de penser la culture comme une dimension sociale de l’évangélisation ? 
La culture, c’est un minimum. J’ai le sentiment que l’opposition, fréquente de nos jours, entre la « foi » et l’ « identité », est trop réductrice, que dans la pratique, les choses sont plus complexes et que la culture chrétienne, qui enveloppe, à des degrés divers, des actes de foi, d’espérance et de charité, est le moyen de cette complexité. Concrètement, il y a dans ce pays 2% de pratiquants mais encore 50% de Français qui se considèrent comme catholiques dans les enquêtes et les trois quarts qui pensent que la France est un « pays de culture chrétienne ». Simple constat historique, en un sens, mais dont on sent bien qu’il recèle une forme d’attachement persistant, comme on l’a bien vu, en 2019, lors de l’incendie de Notre-Dame. Il ne faudrait pas trop vite considérer que ce catholicisme est purement résiduel, « sociologique », sans portée spirituelle. Le moyen d’en juger ? On ne pourra pas faire que la France n’ait pas déjà eu une grande histoire chrétienne. Et ces chrétiens distanciés ou intermittents jouent un rôle plus important qu’il n’y paraît dans l’Église : ils l’empêchent de devenir une « secte » au sens sociologique du terme, c’est-à-dire un petit groupe de croyants hyper-motivés mais un peu hors sol. 

En même temps, et c’est la leçon, je crois, de nos cinquante dernières années, la culture chrétienne ne peut pas survivre sans les croyances, les pratiques, les comportements qui l’ont fondée et qui la maintiennent vivante. Elle peut sans doute le faire provisoirement, sur une génération, mais pas indéfiniment. À chacun donc de prendre ses responsabilités s’il y tient, parce que l’Église n’a plus les moyens de l’ancien service public de la transcendance qu’elle assurait jadis et qu’il s’agit bien, en définitive, de notre histoire, et pas de celle du clergé. Si on ne réagit pas, le christianisme peut disparaître de nos alentours, à l’instar de ces enterrements dont je parle dans le livre, où les petits-enfants dans la nef, en enterrant leurs grands-parents, enterrent aussi le christianisme dans leur famille, en demandant aux chrétiens qui restent de le faire à leur place. Je me fais difficilement à cette idée, mais il n’y a pas de fatalité et l’avenir dure longtemps.

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CHRISTIANISME, CLERCS, CLERGE CATHOLIQUE, CLERICALISME, EGLISE CATHOLIQUE, EN FINIR AVEC LE CLERICALISME, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LOÏC DE KERIMEL (1948-2020)

En finir avec le cléricalisme

En finir avec le cléricalisme 

Loïc de Kérimel ; Préface de Jean-Louis Schlegel

Paris, Le Seuil, 2020. 297 pages.

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Quatrième de couverture

Abus sexuels, concentration de la parole et du pouvoir, exclusion des femmes : comment ces faits ont-ils été rendus possibles au sein d’une institution née pour incarner la parole de Jésus ?

Avec toute la vigueur de la colère et d’un attachement authentique au message évangélique, Loïc de Kerimel va à la racine du mal : l’Église ne produit pas privilèges et abus comme n’importe quelle institution de pouvoir le fait ; elle est fondée sur l’affirmation d’une différence essentielle entre une caste sacerdotale, sacrée, et le peuple des fidèles.

Alors que Jésus dénonce le monopole des prêtres et de la hiérarchie lévitique du Temple dans l’accès au salut, l’Église chrétienne naissante se dote d’une organisation similaire. Alors même que le judaïsme naissant se convertit à une spiritualité sans prêtres ni sacrifices, l’Église donne au repas du Seigneur, l’eucharistie, une tournure sacrificielle.

Or, c’est précisément autour du monopole sacerdotal, et masculin, de cette célébration que le cléricalisme a fait système et s’est installé dans l’histoire. Tenu à l’écart des réformes, il a généré les abus de pouvoir qui gangrènent l’Église aujourd’hui.

Un livre passionnant et nécessaire.

Analyse

Cet essai, que l’auteur décédé en mars 2020 a encore pu tenir en livre dans ses mains mais dont il n’aura pas vécu la sortie en libraire, prend radicalement au sérieux l’injonction du pape François dans sa Lettre au peuple de Dieu, à propos des abus sexuel de l’été 2018 : «  Favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, [le cléricalisme] engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup de maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme.  »

Selon Loïc de Kerimel, à partir de la fin du iiie siècle de notre ère, l’Église a adopté pour son clergé les structures hiérarchiques et centralisatrices des lévites juifs, en les rapportant à un fondement sacré. Elle aurait de la sorte repris la matrice du judaïsme du second Temple, c’est-à-dire l’institution du grand prêtre, la distinction clerc/laïc, l’exclusion des femmes et la conception sacrificielle du culte. Le cléricalisme provient donc d’«  un détournement d’héritage  », celui de la vie et de l’enseignement de Jésus de Nazareth. En effet, dans la lignée des prophètes d’Israël, celui-ci a lutté, jusqu’à en payer le prix ultime, pour désacraliser la relation des humains au divin. Jésus est et demeure juif tout au long de son existence, mais ce qu’il dénonce, c’est précisément l’appropriation de Dieu par les religieux de Jérusalem. En ce sens, le christianisme était, selon l’heureuse formule de Marcel Gauchet, «  la religion de la sortie de la religion  ». Il est fondé non sur une structure pyramidale dépositaire de la Vérité, mais sur la singularité des personnes. La parole de l’homme de Nazareth conteste en tout cas radicalement une conception religieuse centrée sur le sacré et le sacrifice, et non sur l’éthique, la vie bonne et juste.

Se référant aux travaux de René Girard sur la violence et le sacré, Loïc de Kerimel dénonce par conséquent une vision sacrificielle de la foi, qui transforme par exemple ce qui était simple partage du pain et du vin, communément pratiqué lors des repas juifs, en eucharistie ritualisée, où le sacrificiel l’emporte sur l’action prophétique adressée à la part de divin présente en tout homme.

Le concile Vatican II avait tenté de renverser la vapeur d’un christianisme confiné dans ces certitudes doctrinales, mais il n’a pas été jusqu’au bout, paralysé par la tendance conservatrice de certains évêques qui percevaient fort bien que de sortir du système dogmatico-disciplinaire menait à l’éclatement de l’Église et de sa structure patriarcale qui sépare l’homme et la femme, le pur et l’impur, le clerc et les autres… Le cléricalisme construit au fond un «  système douanier  » – une formule du pape François –, où le chrétien doit déclarer ses papiers de conformité face à une pensée magique prônée par les clercs, à seule fin de conforter leur statut et leur pouvoir sur les fidèles.

Les rapports entre judaïsme et christianisme en particulier sont analysés avec une compétence et une précision remarquables, qui en apprendront beaucoup à maints lectrices et lecteurs peu férus de cette question, qui n’est pas sans rapport avec le cléricalisme. Par exemple, selon les Évangiles Matthieu, Marc et Luc, lors de la mort du Christ le voile du Temple se déchire de haut en bas. Cette image n’est pas anodine : elle signifie que l’espace sacré des lévites s’ouvre pour laisser entrer le peuple de Dieu, hommes et femmes, prêtres et commun des mortels. L’idéologie sacrale a toutes sortes de conséquences négatives, dont les perversions sexuelles de l’entre-soi sacral, à la une depuis plusieurs années, mais aussi des pratiques de gouvernance proches du paternalisme, voire coutumières de décisions arbitraires – car la sacralité a de grands avantages de protection et de dissimulation pour ses porteurs (c’est sa grande vertu, même s’ils ne le savent pas).

Selon Kérimel, seul est encore envisageable un «  christianisme du souterrain  », où des chrétiens tentent de vivre en dehors du joug des mécanismes cléricaux. Cette voie laisse cependant un goût amer et insatisfaisant : à travers les lignes, on sent la ligne de fracture de plus en plus profonde entre ces chrétiens «  post-cléricaux  » et les autres, surtout quand, comme aujourd’hui, l’Église catholique semble rameuter ses maigres troupes autour des derniers carrés de croyants de la «  tradition  ». Nul doute que cet ouvrage heurtera, ou pire, ces bons catholiques, qui passeront leur chemin. Il a pourtant le grand mérite de proposer une «  opération de pensée  » en un temps où, selon de bons observateurs de l’Église, ce sont surtout l’émotion et la fidélité aux dogmes qui servent de viatiques.

Jacques-Yves Bellay

In revue ESPRIT, JUIN 2020

https://esprit.presse.fr/actualite-des-livres/jacques-yves-bellay/en-finir-avec-le-clericalisme-de-loic-de-kerimel-42794

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1991 : le dernier Thilliez

1991

Franck Thilliez

Paris, Fleuve Editions, 2021. 504 pages.

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Quatrième de couverture

La première enquête de Franck Sharko !
En décembre 1991, quand Franck Sharko, tout juste sorti de l’école des inspecteurs, débarque au 36 quai des Orfèvres, on le conduit aux archives où il est chargé de reprendre l’affaire des Disparues du Sud parisien. L’état des lieux est simple : entre 1986 et 1989, trois femmes ont été enlevées, puis retrouvées dans des champs, violées et frappées de multiples coups de couteau. Depuis, malgré des centaines de convocations, de nuits blanches, de procès-verbaux, le prédateur court toujours.
Sharko consacre tout son temps à ce dossier, jusqu’à ce soir où un homme paniqué frappe à la porte du 36. Il vient d’entrer en possession d’une photo figurant une femme couchée dans un lit, les mains attachées aux montants, la tête enfoncée dans un sac. Une photo derrière laquelle a été notée une adresse, et qui va entraîner le jeune inspecteur dans une enquête qui dépassera tout ce qu’il a pu imaginer…

Critique

Un polar qui se veut comme une « Madeleine de Proust » puisque Franck Thilliez remonte le temps jusqu’aux années 90. Dans 1991 l’auteur tout en racontant les débuts de son héro Kranck Sharko au 36 Quai des Orfèvres nous décrit une police fonctionnant à l’ancienne : il n’y a ni Internet, ni téléphone portable, ni recherche ADN pour résoudre les enquêtes : les flics battent le pavé à la recherche du moindre indice, tapent leurs rapports sur du papier ; l’ambiance au 36 est parfaitement décrite : une ambiance où chaque policier porte avec lui les fantômes du passé, un corps de policiers parfaitement soudé en cas de coups durs mais où les egos s’affrontent durement.

Au début de décembre 1992 un certain Philippe Vasquez arrive affolé au Quai des Orfèvres avec la photo d’une femme attachée sur un lit et la tête enveloppée dans un sac. C’est Sharko le dernier arrivé dans le groupe qui reçoit l’homme paniqué ; le bleu de l’équipe de Thierry Brossard (une équipe qui n’a pas pu résoudre « l’Affaire des disparues du Sud parisien ». Bien décidé à ne pas rater une affaire il se rend à l’adresse indiquée au dos de la photo et découvre le cadavre au grand dam de certains….

C’est le début d’une enquête qui s’annonce longue et difficile. Au fil du livre on plonge dans le côté noir de l’homme : le tueur, comme toujours dans les romans de Thilliez s’amuse avec la police et par procuration avec le lecteur. Avec le reste de l’équipe et la seule membre femme du groupe ils vont plongés dans le monde de la magie, du vaudou  mais aussi dans un milieu médical où certains flirtent avec la pédophilie.

Si on apprend beaucoup su cette police des années 90 on apprend pourquoi Sharko est entré dans la police : comme il le confie à sa fiancée Suzanne il reste hanté par le meurtre de Brigitte Dewervre à Bruay-en-Artois.

Ecrit pendant le confinement de 2020 ce dernier opus de la série Sharko nous fait découvrir la genèse de la carrière du « Requin » qu’est devenu le héros au fil des ouvrages et des années. On comprend également pourquoi les liens se forgent au sein d’une équipe de policiers au point de ressembler à une famille. Mais comme toujours dans les romans de Thilliez l’horreur est au rendez-vous contre lesquels il faut lutter au risque d’y perdre son âme.

Ainsi donc dans un ouvrage parfaitement maîtrisé et haletant jusqu’à la fin, 1991 donne à Franck Thilliez la possibilité de présenter les débuts de Sharko au 36 avec une enquête aux multiples rebondissements qui embarque le lecteur dans l’univers de la magie, des pratiques occultes et des névroses diverses.

Quelques extraits

Aujourd’hui, ils en plaisantaient, les gaillards de la PJ. mais derrière les sourires, une moisissure invisible grandissait, se ramifiait, insidieuse, et finissait toujours par fendre les carapaces les plus solides. La plupart des hommes qui arpentaient ce bâtiment étaient des écorchés vifs.

 Dès qu’il y a un soupçon d’intelligence dans la tête d’un criminel, ça complique les choses.

 Derrière chaque meurtre, il y a un homme ou une femme qui a franchi une frontière.

 Désormais, pourtant, même la lumière la plus vive, les ors les plus purs ne pourraient dissiper les ténèbres qui, à jamais, emprisonneraient les deux habitants du pavillon. Il n’existait pas de recette, pas de formule magique pour les soustraire à leur souffrance.

Un parcours aussi classique que sinistre, comme si leur malheur n’était pas assez grand. Le pris à payer pour espérer, un jour, accéder à la vérité.

Ils vibraient à l’unisson pour de tels moments de chasse. De l’adrénaline pure, en intraveineuse, qui les maintenaient en vie.

Il fallait fouiller ce chaos, explorer, s’attendre à voir apparaître la mort entre les débris.

 Une fois dehors, il se tourna vers le bâtiment et eut un pincement au coeur. Il comprit que cet endroit où il avait fourré les pieds, le36, quai des Orfèvres, n’était pas qu’un lieu de prestige.
C’était une arène sanglante
La fosse aux lions.

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Requiem pour la Vendée : des héros de vitrail au siècle des Lumières

Requiem pour la Vendée :

Des héros de vitrail au siècle des Lumières 

Philippe de Cathelineau, Thérèse Flavigny

Maulevrier (49360), Herault, 2017. 196 pages.

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Quatrième de couverture

Ce livre dépeint les guerres de Vendée à la manière d’un immense vitrail, où les trésors artistiques d’une Vendée héroïque et méconnue viennent illustrer une narration claire et concise des événements. Une mosaïque de scénettes y mêle ombre et lumière, vice et vertu, anges et démons. Les auteurs commencent par décrire le contexte, présenter les figures les plus lumineuses du drame, scruter les raisons du conflit et les motivations des insurgés. Suit le récit chronologique des hauts-faits de la guerre et des trois plans de répression successifs décrétés par le pouvoir parisien, offrant un saisissant panorama de cette page d’Histoire de France trop souvent occultée. On y découvre les sept grands chefs vendéens – Cathelineau, d’Elbée, Bonchamps, Stofflet Lescure, La Rochejaquelein et Charrette -, ces meneurs d’hommes aux charismes extraordinaires, mais aussi des personnages féminins moins connus du grand public, comme Marguerite de Bonchamps, Victoire de Lescure, Renée Bordereau dite l’Angevin… ; on assiste aux plus furieuses-batailles : Saumur, Nantes, Torfou, Cholet Dol-de-Bretagne, Le Mans… ; on est pétrifié devant l’horreur des ordres de destruction (aout 93), d’extermination (octobre 93) et d’anéantissement (janvier 94), qui s’abattirent sur la Vendée, ne laissant aucune chance aux insurgés, ni même aux femmes (le « sillon régénérateur ») et aux enfants de cette « race maudite »… L’épopée vendéenne, forte en émotions, transporte le lecteur et ne peut laisser personne insensible, tant elle est sublimée par l’héroïsme et les souffrances de tout un peuple soudé dans l’adversité, confronté à des épreuves inimaginables, telles la Virée de Galerne, son incroyable odyssée, les noyades de Nantes ou les colonnes infernales. Ces pages montrent enfin comment l’espérance et la sainteté peuvent triompher des atrocités endurées, tandis que le pardon qu’accordèrent les Vendéens a leurs persécuteurs attend encore en retour un geste de reconnaissance et un minimum de repentance de la nation.

Biographie de l’auteur

Philippe de Cathelineau, né en 1949 à Paris, marié et père de huit enfants. Docteur en médecine, il a exercé la médecine générale durant une quarantaine d’années et a écrit plusieurs ouvrages (romans, essais et pièces de théâtre) pour promouvoir la culture de vie. Installé à Angers, il a présidé, en 1993, l’Association départementale du bicentenaire de la Vendée angevine sous l’égide du Conseil général de Maine-et-Loire, et a donné depuis plusieurs conférences sur les guerres de Vendée. Thérèse Flavigny, née en 1989 à Angers, est mariée et mère de trois enfants. Titulaire d’un master II de lettres classiques, elle est notamment l’auteur de deux mémoires universitaires sur les thèmes de l’identité et de l’oubli. Ils descendent tous les deux, en ligne directe, de Jacques Cathelineau, le saint de l’Anjou, par son unique fils.

14 JUILLET, FRANCK TILLIEZ (1973-....), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PANDEMIA, PANDEMIA DE FRANCK THILLIEZ, ROMAN, ROMANS, ROMANS FRANÇAIS, ROMANS POLICIERS

Pandemia de Franck Thilliez

Pandemia

De Franck Thilliez

Paris, Pocket, 2016. 694 pages.

 

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Descriptif

« L’homme, tel que nous le connaissons, est le pire virus de la planète. Il se reproduit, détruit, épuise ses propres réserves, sans aucun respect, sans stratégie de survie. Sans nous, cette planète court à la catastrophe. Il faut des hommes purs, sélectionnés parmi les meilleurs, et il faut éliminer le reste. Les microbes sont la solution ».

Comme tous les matins, Amandine a quitté sa prison de verre stérile pour les locaux de l’Institut Pasteur. En tant que scientifique à la Cellule d’intervention d’urgence de l’Institut, elle est sommée, en duo avec son collègue Johan, de se rendre à la réserve ornithologique de Marquenterre pour faire des prélèvements sur trois cadavres de cygnes. Un sac avec des ossements est trouvé dans l’étang.

Après Angor, une nouvelle aventure pour l’équipe de Franck Sharko et Lucie Henebelle, renforcée en coulisses par la jeune et courageuse Camille.
Et l’enjeu est de taille : la préservation de l’espèce humaine.

Critique

Franck Thilliez en quelques 650 pages, livre une version crédible et fort bien documentée de pandémie de grippe aviaire sur fond d’attaque terroriste trouvant ses origines dans les abysses bibliques ou dans les grandes peurs du Moyen Age.

Que l’auteur nous fasse visiter le 36 quai des Orfèvres, l’Institut Pasteur, le réseau souterrain des égouts de Paris ou les bas-fonds du Darknet, qu’il nous entraîne dans une course poursuite jusqu’en Pologne, ses descriptions sont réalistes, compréhensibles et quelque peu angoissantes pour le lecteur qui mesure parfaitement comment, à la faveur d’un grain de sable dans un engrenage de protection pourtant bien huilé, elles pourraient aisément devenir réelles. Les multiples rebondissements sont logiques et habilement liés entre eux pour faire sens, sauf peut-être les voyages de Sharko en Pologne ou en Amérique Latine où le policier comprend facilement la langue de ces pays sans la parler lui-même.

Ce roman écrit comme une anticipation de la pandémie due au Corona virus on peut que toutes les précautions quotidiennes décrites dans le roman face aux microbes et virus invisibles, sont en parfaite adéquation ; de même la maladie (anémie aplasique) du compagnon d’Amandine avec toutes les précautions sanitaires est décrite de façon presque chirurgicale tant la dangerosité de cette maladie est potentiellement mortelle. Ces observations justes sont un bon point supplémentaire pour Franck Thilliez comme le sont les observations sur les doutes des médecins, les prudences des responsables, les recommandations sanitaires  et l’emballement médiatiques.

Ce roman avive le souvenir des pandémies déjà oubliées : grippe aviaire en 2015, virus Ebola en Afrique ; mais surtout, plus près de nous dans le temps, il rappelle les périodes de confinement en 2020, la propagation du virus dans le monde entier, les peurs et les angoisses puis la course aux vaccins pour endiguer le fléau. Il rappelle également en s’apppuyant sur des exemples politiques comment l’homme peut être près à détruire en se servant de la science pour servir n’importe quelle cause.

L’enquête urbaine est rapide, bien rythmée, sans temps morts malgré une hécatombe de victimes. On découvre aussi que ces policiers ont aussi des failles, des fragilités qui se font jour au fil des enquêtes.

EXTRAITS

 Partout, autour de ces gens qui ont été contaminés le mercredi au restaurant, on a des cas secondaires. La famille, les proches, les amis. Le virus est un sprinter. Putain, Amandine, c’est la merde! »

« le cavalier blanc est là pour répandre la parole de Dieu, il est l’annonciateur du malheur. Le rouge symbolise le sang versé, il sème la guerre, le trouble par l’épée. Le noir fait pourrir les récoltes, amène la famine. Quant au vert, il représente la maladie, la mortalité par épidémie. 

Il est la Mort. »

Partout, autour de ces gens qui ont été contaminés le mercredi au restaurant, on a des cas secondaires. La famille, les proches, les amis. Le virus est un sprinter. Putain, Amandine, c’est la merde!

Les gens toussaient. La plupart mettaient leur main devant la bouche, poliment, puis les posaient ensuite sur les barres, les sièges, les poignées de porte. Certains virus comme la grippe pouvaient vivre largement plus que vingt-quatre heures sur de l’inox. Les microbes se répandaient partout, transitaient d’un individu à l’autre, s’insinuaient dans les fosses nasales, arrivaient aux poumons, puis au sang. Rien ne pouvait les empêcher de se propager. Il y avait, rien que dans la rame, des millions de fois plus de micro-organismes que d’humains sur Terre

FRANCK TILLIEZ (1973-....), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LUCAS, LUCAS DE FRANCK THILLIEZ, ROMAN, ROMANS, ROMANS FRANÇAIS, ROMANS POLICIERS

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Franck Thilliez

Paris, Fleuves éditions/Pocket, 2020. 606 pages.

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Résumé de l’éditeur

Partout, il y a la terreur.
Celle d’une jeune femme dans une chambre d’hôtel sordide, ventre loué à prix d’or pour couple en mal d’enfant, et qui s’évapore comme elle était arrivée.
Partout, il y a la TERREUR.
Celle d’un corps mutilé qui gît au fond d’une fosse creusée dans la forêt.
Partout, il y a la terreur.
Celle d’un homme qui connaît le jour et l’heure de sa mort.

Et puis il y a une lettre, comme un manifeste, et qui annonce le pire.
S’engage alors, pour l’équipe du commandant Sharko, une sinistre course contre la montre.
C’était écrit : l’enfer ne fait que commencer.

La Critique

Dans un polar bien ficelé et plein de chausse-trappes l’auteur, comme à son habitude,  emmène son lecteur dans une réflexion sur un monde rêvé par certains idéologues – ou savants fous – : PMA, transhumanisme,  manipulations génétiques, désir d’immortalité ; il y a aussi une dénonciation des GAFA et de son utilsation à des fins plus que suspectes…

Avec la découverte en forêt de Bondy d’un corps mutilé c’est à tout cela que le commandant Sharko et son équipe vont devoir affronter. “L’Ange du futur” qui entend dénoncer les travers d’une humanité sème la mort autour de lui tout comme ceux qui entendent imposer l’idée que bientôt la technologie suppliera aux faiblesses inhérentes à la condition de l’homme mortel.

Les uns comme les autres se révèlent des monstres Pour eux la fin justifie les moyens.