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Les infréquentables frères Goncourt

Les Infréquentables Frères Goncourt 

Pierre Ménard

Paris, Tallandier, 2020. 416 pages

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Edmond et Jules de Goncourt sont comme écrasés par leur nom. Si nul n’ignore le prix qu’ils ont fondé, l’oubli a frappé la vie et l’œuvre de ces deux frères qui se sont attaqués pendant près d’un demi-siècle à tous les genres littéraires, et plus encore au genre humain. Suivre les Goncourt, c’est courtiser la princesse Mathilde, dîner avec Zola, survivre à la Commune, passer des salons des Rothschild aux soupentes sordides et recevoir toute l’avant-garde artistique dans leur Grenier de la Villa Montmorency. Pamphlétaires incisifs, romanciers fondateurs du naturalisme, dramaturges à scandale, collectionneurs impénitents, ces langues de vipère ont légué à la postérité un cadeau empoisonné : un Journal secret qui fait d’eux les meilleurs chroniqueurs du XIXe siècle. Seule la méchanceté est gratuite, aussi les deux écrivains la dépensent-ils sans compter. Chaque page laisse éclater leur détestation des femmes, des parvenus, des Juifs, des artistes et de leurs familiers. On découvre Baudelaire ouvrant sa porte pour offrir aux voisins le spectacle du génie au travail, Flaubert invitant ses amis à déguster des « cervelles de bourgeois », les demi-mondaines étalant un luxe tapageur ou Napoléon III entouré d’une cour servile qui met en bouteilles l’eau de son bain… Réactionnaires ne jurant que par la révolution en art, aristocrates se piquant de faire entrer le bas peuple dans la littérature, les Goncourt offrent un regard aiguisé sur un monde en plein bouleversement, où, de guerres en révolutions, le paysan fait place à l’ouvrier, la bougie à l’ampoule et le cheval à l’automobile.

Pierre Ménard est diplômé d’HEC. Le Français qui possédait l’Amérique est son quatrième ouvrage.

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Critique

Tout le monde connait le nom du Prix Goncourt et son influence dans le monde littéraire. Mais le « Prix Goncourt » s’il doit son nom aux frères Goncourt, deux écrivains du XIXè siècle, a éclipsé la vie et l’oeuvre de leur géniteur. Aujourd’hui leur oeuvre est méconnue, mise à part peut-être le Journal, tenu au jour le jour où il dépeigne avec férocité les moeurs de leur époque, et où l’on retrouve tous les ragots sur les écrivains contemporains.

Géniaux touche à tout, collectionneurs de renom, pamphlétaires incisifs, romanciers fondateurs du mouvement naturaliste, dramaturges à scandale, antisémites invétérés, ces frères inséparables laissèrent à la postérité, en plus de leur Académie, un cadeau empoisonné. Leur vie durant, ces amoureux du XVIIIe siècle, croquaient la société dans un Journal secret, médisant et savoureux, qui ferait d’eux les meilleurs chroniqueurs du XIXe siècle. Suivre les Goncourt, c’est dîner chez Magny avec Flaubert, Zola et George Sand, courtiser la princesse Mathilde, survivre à la Commune de Paris, entrer chez les Rothschild comme dans les soupentes infâmes et recevoir, dans leur Grenier, toute l’avant-garde littéraire et artistique. Dans leur sillage se dessine une société changeante, fêtant les rois et les empereurs avant de proclamer la république ; un monde où le paysan fait place à l’ouvrier, le campagnard au citadin, le cheval à l’automobile. Seule la méchanceté est gratuite en ce bas monde aussi, fort prodigues, la dépensent-ils sans compter. Chaque page laisse éclater leur détestation des femmes, des parvenus, des juifs, des artistes et de leurs familiers. On découvre ainsi Baudelaire laissant sa porte ouverte pour donner aux voisins le spectacle du génie au travail, Flaubert rendu fou par l’écriture, invitant ses amis à déguster « des cervelles de bourgeois », ou Napoléon III, entouré d’une cour servile vendant en bouteilles l’eau de son bain…

A la fin de l’ouvrage on ne sait si l’on doit admirer les deux écrivains ou les détester pour leur Journal tant il montre toute la vacuité de deux hommes qui voulaient accéder à la gloire et qui semblaient détester leurs semblables. Seul trouve grâce à leurs yeux que le XVIIIè siècle. Toutefois on trouve toute la galerie de ce monde littéraire du XIXè siècle. Le Journal est féroce mais néanmoins utile pour nous faire revivre le foisonnement intellectuel de cette époque dont bien des noms sont tombés dans l’oubli.

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Les huit premiers membres de l’académie Goncourt : Alphonse Daudet, Gustave Geffroy, Paul Margueritte, Joris-Karl Huysmans, Léon Hennique, J.-H. Rosny aîné, J.-H. Rosny jeune et Octave Mirbeau. L’Illustration, 1er août 1896.

Jules de Goncourt

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Jules Huot de Goncourt, né le 17 décembre 1830 à Paris où il est mort le 20 juin 1870, est un écrivain français, à l’origine de l’académie Goncourt qui décerne chaque année le prix du même nom. Une partie de son œuvre fut écrite en collaboration avec son frère, Edmond de Goncourt. Les ouvrages des frères Goncourt appartiennent au courant du naturalisme.

 Biographie

La famille de Jules Huot de Goncourt est originaire de Goncourt dans la Haute-Marne. Son père Marc-Pierre Huot de Goncourt (fils de Jean Antoine Huot de Goncourt et de Marguerite Rose Diez), ancien officier de Napoléon, faisait vivre la famille du revenu de ses terres, et sa mère était née Annette Cécile Guerin. Il étudia au lycée Condorcet. Il est le frère d’Edmond de Goncourt, son aîné, avec lequel il collabora pour une partie de son œuvre.

Il meurt au 53, boulevard de Montmorency des suites d’une paralysie générale progressive, consécutive à une syphilis contractée au Havre en 1850. Il est inhumé, au cimetière de Montmartre, où le rejoindra, vingt-six ans plus tard, son frère Edmond, à sa mort, en 1896. Les deux médaillons sur le tombeau, sont les œuvres du sculpteur Alfred-Charles Lenoir.

 

 

Ouvrages

Avec Edmond de Goncourt

Sœur Philomène, Paris, A. Bourdilliat, 1861.

Renée Mauperin, Paris, Charpentier, 1864.

Germinie Lacerteux, Paris, Charpentier, 1865.

Idées et sensations, Paris, A. Lacroix, 1866.

Manette Salomon, Paris, A. Lacroix, 1867.

Madame Gervaisais, Paris, A. Lacroix, 1869.

Journal, écrit d’abord par Jules et Edmond, puis par Edmond seul après la mort de Jules. Le Journal des Goncourt a été publié en plusieurs volumes, les premiers du vivant des auteurs, et les derniers après la mort d’Edmond.

Edmond de Goncourt

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Œuvres principales

Germinie Lacerteux (en roman, 1865 et au théâtre, 1888),

Manette Salomon (1867),

Madame Gervaisais (1869),

Les Frères Zemganno (en roman, 1879 et au théâtre, 1890).

Edmond Huot de Goncourt né à Nancy le 26 mai 1822 et mort à Champrosay (Seine-et-Oise) le 16 juillet 1896 est un écrivain français.

Il est le fondateur de l’Académie Goncourt qui décerne chaque année le prix homonyme. Une partie de son œuvre est écrite en collaboration avec son frère, Jules de Goncourt. Les ouvrages des frères Goncourt appartiennent au courant du naturalisme.

 Biographie

Issu d’une famille originaire de Goncourt dans la Haute-Marne par ses parents Marc-Pierre Huot de Goncourt (fils de Jean Antoine Huot de Goncourt et de Marguerite Rose Diez) et Annette Cécile Guerin, Edmond de Goncourt est né à Nancy le 26 mai 1822 dans la maison familiale au 33 rue des Carmes.

Il étudie, à Paris, au lycée Condorcet. Il est, avec son frère cadet Jules de Goncourt, l’ami d’Ivan Tourgueniev, de Paul Gavarni, Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, Émile Zola, Guy de Maupassant et Théodore de Banville, entre autres.

Il anime avec son frère un salon littéraire informel tous les dimanches baptisés le « Grenier » où se réunissent notamment Maurice Barrès, Alphonse et Léon Daudet, Gustave Geffroy, Roger Marx, Octave Mirbeau, Auguste Rodin, Émile Zola, au 67, boulevard de Montmorency dans le 16e arrondissement de Paris. Eugène Carrière (1849-1906), présenté par Gustave Geffroy à Edmond de Goncourt, fréquente ce salon. Il lui a laissé au moins sept portraits d’Edmond, qui lui rend visite dans son atelier des Batignolles (Pontoise, musée Tavet-Delacour).

Edmond de Goncourt meurt d’une embolie pulmonaire fulgurante dans la villa de Draveil, de son ami, Alphonse Daudet, puis est inhumé auprès de son frère cadet Jules à Paris au cimetière de Montmartre (13e division). Les deux médaillons ornant le tombeau sont les œuvres du sculpteur Alfred-Charles Lenoir.

 

Le Journal

Alors que l’œuvre de fiction des Goncourt est relativement peu lue aujourd’hui, le Journal reste un témoignage intéressant sur la deuxième partie du xixe siècle.

Jusqu’à sa mort en 1870, Jules est le principal auteur du Journal, poursuivi ensuite par Edmond, resté seul. Sous-titré Mémoires de la vie littéraire, il se compose d’un ensemble de notes, généralement brèves, prises au jour le jour. On y trouve, en désordre, au fil des dates :

des observations sur la santé des deux auteurs, et de leurs amis : en particulier, pendant l’année 1870, la maladie de Jules, la syphilis, qui doit aboutir à sa mort, est décrite avec soin par Edmond. Cette minutie dans la description de la déchéance de son frère n’exclut pas sa profonde douleur ;

le récit des démêlés des auteurs avec les commissions de censure, aussi virulentes et bornées sous la Troisième République que sous le Second Empire ;

les rapports des auteurs avec la critique, souvent sévère, voire insultante : les romans des deux frères, comme ceux d’Émile Zola, ont souvent choqué leurs contemporains et les critiques pudibonds ;

le récit du succès ou des échecs des livres, et surtout des pièces de théâtre — la plupart des romans des auteurs ayant été adaptés pour la scène, comme il est d’usage à cette époque — : il est difficile de savoir à l’avance si une pièce va faire un triomphe ou être sifflée ;

des « on dit » plus ou moins médisants entendus à droite et à gauche ;

des observations politiques, où les auteurs se révèlent anti-républicains et laissent libre cours à leur antisémitisme (Édouard Drumont est l’ami d’Edmond) : ceci est en particulier visible sous la plume d’Edmond, sous la Troisième République ;

des propos, entendus dans les dîners mondains et les salons, sur des célébrités (écrivains, artistes, scientifiques, philosophes, hommes politiques) sous un jour souvent inattendu : la publication de ces propos a souvent amené des brouilles entre les Goncourt et leurs connaissances, qui leur reprochent leurs indiscrétions ; Edmond affirme toutefois n’avoir jamais rien inventé ni déformé dans les propos qu’il prête à ses connaissances ;

les rapports avec Guy de Maupassant, qu’Edmond de Goncourt n’aime pas.

Les Goncourt ont créé l’« écriture artiste » : ils préfèrent les tableaux à la nature.

Après la Semaine sanglante, Edmond de Goncourt estime qu’« il est bon qu’il n’y ait eu ni conciliation ni négociation […] une telle purge, en tuant la partie combative de la population, reporte la prochaine révolution pour toute une génération».

 

Avec Jules de Goncourt

Histoire de la société française pendant la Révolution, 1854.

Portraits intimes du xviiie siècle, 1857.

Histoire de Marie-Antoinette, 1858.

L’art du dix-huitième siècle, 1859-1870.

Charles Demailly, 1860.

Sœur Philomène, 1861.

Renée Mauperin, 1864.

Germinie Lacerteux, 1865.

Idées et sensations, 1866.

Manette Salomon, 1867.

Madame Gervaisais, 1869.

La Du Barry, 1878.

La Duchesse de Châteauroux et ses sœurs, 1879.

La Femme au dix-huitième siècle, Édition illustrée par Dujardin, 1887.

Madame de Pompadour, Édition illustrée par Dujardin, 1888.

Il faut ajouter à cette liste le Journal, écrit d’abord par Jules et Edmond, puis par Edmond seul après la mort de Jules. Le journal des Goncourt a été publié en plusieurs volumes, les premiers du vivant des auteurs, et les derniers après la mort d’Edmond.

Seul

La Fille Élisa, 1877, dont s’est inspiré Roger Richebé pour le film Élisa.

Les Frères Zemganno, Paris, Nelson Éditeurs, 1921. L’édition originale a paru en 1879.

La Maison d’un Artiste, tome 1, 1881.

La Maison d’un Artiste, tome 2, 1881.

La Maison d’un artiste, la collection d’art japonais et chinois, réédition commentée par Geneviève Lacambre, Éditions À Propos, 2018, 320 p. .

La Faustin, 1882.

La Saint-Huberty d’après sa correspondance et ses papiers de famille, Édouard Dentu, Paris, 1882.

Chérie, 1884, qui dépeint une jeune femme dont le talent artistique s’exprime dans la mode, peut être lu comme une exploration littéraire de l’art.

Monographies

Outamaro, le peintre des maisons vertes, Paris, Charpentier, 1891 ; rééd. d’après E. de Goncourt, New York, Parkstone International, 2008.

Hokousaï : l’art japonais au xviiie siècle, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1896 ; rééd. Paris, Larousse, 2014.

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FRANCE, JEAN-LAURENT CASSELY, LA FRANCE SOUS NOS YEUX, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, SOCIETE FRANÇAISE, SOCIOLOGIE

La France sous nos yeux

La France sous nos yeux. Economie, paysages, nouveaux modes de vie 

Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely

Paris, Le Seuil, 2021. 496 pages.

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Qu’ont donc en commun les plateformes logistiques d’Amazon, les émissions de Stéphane Plaza, les restaurants de kebabs, les villages de néo-ruraux dans la Drôme, l’univers des coaches et les boulangeries de rond-point ? Rien, bien sûr, sinon que chacune de ces réalités économiques, culturelles et sociales occupe le quotidien ou nourrit l’imaginaire d’un segment de la France contemporaine. Or, nul atlas ne permet de se repérer dans cette France nouvelle où chacun ignore ce que fait l’autre. L’écart entre la réalité du pays et les représentations dont nous avons hérité est dès lors abyssal, et, près d’un demi-siècle après l’achèvement des Trente glorieuses, nous continuons à parler de la France comme si elle venait d’en sortir. Pourtant, depuis le milieu des années 1980, notre société s’est métamorphosée en profondeur, entrant pleinement dans l’univers des services, de la mobilité, de la consommation, de l’image et des loisirs. C’est de la vie quotidienne dans cette France nouvelle et ignorée d’elle-même que ce livre entend rendre compte à hauteur d’hommes et de territoires.
Le lecteur ne s’étonnera donc pas d’être invité à prendre le temps d’explorer telle réalité de terrain, telle singularité de paysage ou telle pratique culturelle, au fil d’un récit soutenu par une cartographie originale (réalisée par Mathieu Garnier et Sylvain Manternach) et des statistiques établies avec soin. Qu’ils fassent étape dans un parc d’attraction, nous plongent dans les origines de la danse country, dressent l’inventaire des influences culinaires revisitées, invoquent de grandes figures intellectuelles ou des célébrités de la culture populaire, les auteurs ne dévient jamais de leur projet : faire en sorte qu’une fois l’ouvrage refermé, le lecteur porte un regard nouveau sur cette France recomposée.

Jérôme Fourquet, auteur de L’Archipel français (Seuil, 2019), est analyste politique, expert en géographie électorale, directeur du département Opinion à l’IFOP.
Jean-Laurent Cassely est journaliste (Slate.fr, L’Express) et essayiste, spécialiste des modes de vie et des questions territoriales.

Critique

Les auteurs nous y décrivent tout ce qui a évolué, changé, disparu, en France, des années 1980 à nos jours, en s’appuyant entre autres sur des graphiques, des cartes, etc.. C’est clair, argumenté, ultra vérifié et le fait de mettre tout en exposition, presque sur le même plan, fait surgir le portrait d’une France qu’on ne voyait peut- être pas comme ça.
Dans cet ouvrage Jérôme Fourquet continue son exploration de la société française (L’Archipel français, En Immersion) : c’est dans le droit chemin de son analyse sur la France, une France entre le monde d’avant et le monde d’après dont l’avenir est encore incertain.Au fil des chapitres on est plongé dans une société que l’on a vu changer au fil des au fil des années et à un rythme accéléré : nouveaux modèles économiques / urbanisation/ campagnes/ tourisme / religion /classes moyennes/ Gilets jaunes / ( nouveaux ) métiers /culture/ nourriture / loisirs / vacances l’on pourrait encore continuer cette liste.

Impossible pour les plus de trente ans de ne pas se rendre compte que la France bouge. Qu’elle soit mieux ou moins bien qu’avant n’est pas le propos des auteurs. C’est juste un constat, comme une photographie prise en instantané d’une France dont on ne voit les changements qu’à travers le prisme des médias et non dans sa réalité crue.

Ce qui ressort de cette enquête, des graphiques c’est le portrait non pas d’une France mais le portrait de plusieurs France et donc d’un pays fracturée en de multiples mondes qui ne se connaissent pas et ne se côtoient pas

A côté de cette réalité il y a les politiques qui parlent d’une France éternelle comme si elle était dans un îlot à l’abri des changements imposés par la mondialisation, il y a ceux qui fantasment sur un passé révolu quand d’autres sont déjà dans un autre monde !

A méditer, si c’est déjà fait, en cette période post-électorale

© Claude Tricoire

21 juin 2022

AFGHANISTAN, KABOUL (Afghanistan), KHALED HOSSEINI, LES CERFS-VOLANTS DE KABOU, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Les cerfs-volants de Kaboul

Les cerfs-volants de Kaboul

Khaled Hosseini

Paris, Le Livre de Poche, 2006. 416 pages.

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Quatrième de couverture :

Extrait

Décembre 2001

Je suis devenu ce que je suis aujourd’hui à l’âge de douze ans, par un jour glacial et nuageux de l’hiver 1975. Je revois encore cet instant précis où, tapi derrière le mur de terre à demi éboulé, j’ai jeté un regard furtif dans l’impasse située près du ruisseau gelé. La scène date d’il y a longtemps mais, je le sais maintenant, c’est une erreur d’affirmer que l’on peut enterrer le passé : il s’accroche tant et si bien qu’il remonte toujours à la surface. Quand je regarde en arrière, je me rends compte que je n’ai cessé de fixer cette ruelle déserte depuis vingt-six ans.
L’été dernier, mon ami Rahim khan m’a téléphoné du Pakistan pour me demander de venir le voir. Le combiné collé à l’oreille, dans la cuisine, j’ai compris que je n’avais pas affaire seulement à lui. Mes fautes inexpiées se rappelaient à moi, elles aussi. Après avoir raccroché, je suis allé marcher au bord du lac Spreckels, à la limite nord du Golden Gâte Park. Le soleil du début d’après-midi faisait miroiter des reflets dans l’eau où voguaient des douzaines de bateaux miniatures poussés par un petit vent vif. Levant la tête, j’ai aperçu deux cerfs-volants rouges dotés d’une longue queue bleue qui volaient haut dans le ciel. Bien au-dessus des arbres et des moulins à vent, à l’extré­mité ouest du parc, ils dansaient et flottaient côte à côte, semblables à deux yeux rivés sur San Francisco, la ville où je me sens maintenant chez moi. Soudain, la voix d’Hassan a résonné en moi : Pour vous, un millier de fois, me chuchotait-elle. Hassan, l’enfant aux cerfs-volants affligé d’un bec-de-lièvre.
Je me suis assis sur un banc, près d’un saule, pour réfléchir aux paroles que Rahim khan avait prononcées juste avant de raccrocher, un peu comme une idée qui lui serait venue sur le moment. Il existe un moyen de te racheter

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Biographie de l’auteur

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Khaled Hosseini est né à Kaboul, en Afghanistan, en 1965. Fils de diplomate, il a obtenu avec sa famille le droit d’asile aux États-Unis en 1980. Son premier roman, Les Cerfs-volants de Kaboul, a bénéficié d’un extraordinaire bouche à oreille. Acclamé par la critique, il est resté de nombreuses semaines en tête des listes aux États-Unis, où il est devenu un livre-culte. Il a reçu le prix RFI et le prix des lectrices de Elle en 2006, et a été adapté au cinéma en 2008 par Marc Forster. Après Mille soleils splendides, il signe aux éditions Belfond son nouveau roman Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Analyse et critique

Dans les années 60, à Kaboul. Amir et Hassan grandissent ensemble. Hassan est le fils du serviteur chiite (un Hazara – un groupe méprisé dans l’Afghanistan sunnite) de la maison et Amir le fils bien aimé, mais les deux garçons ont été élevés côte-à côte, partageant même la même nourrice. Au fil des années, une complicité particulière s’est créée entre eux, complicité que leurs différences ne semble pas altérer. Et pourtant si le dévouement d’Assan envers Amir est absolu, le jeune homme étant prêt à se sacrifier et à défendre bec et ongles celui qu’il considère comme son ami contre ses ennemis, les sentiments d’Amir sont plus ambivalents. Lors d’une scène marquante (l’agression de Hassan par un groupe de jeunes de Kaboul), ces sentiments contrastés éclateront et résonneront jusqu’au fond du cœur  et de l’âme des deux garçons jusqu’à la rupture. 

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Dans les années 1960

Plusieurs années plus tard, en 2001, se présentera pour Amir l’occasion de se racheter… A cette occasion il découvrira le secret de la naissance de Hassan, le lien particulier qui les unit. C’est aussi l’occasion de voir ce pays au mains des talibans : l’Afghanistan des années 1960 a disparu : l’ordre d’un islam rigoriste qui fait régné la terreur et interdit tout ce qui n’est pas conforme à leur vision de l’Islam (la musique, les livres dits licencieux, l’alcool sans oublier l’enfermement des femmes )

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Ce roman foisonnant parcoure plusieurs années de l’histoire de l’Afghanistan, des premières secousses politiques et de l’occupation russe en passant par les luttes raciales, pour finir par  la prise de pouvoir des talibans et le régime sanguinaire qui s’ensuivit. Amir et son père seront contraints d’émigrer aux Etats-Unis, et ce n’est que bien plus tard qu’Amir ramené à revenir dans Kaboul en découvrira les changements. 

Le contraste entre deux époques bien dissemblables est prégnant. L’enfance des enfants reste dorée, rythmée par des concours de cerfs volants, des promenades et des lectures passionnées. 

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« Le ciel bleu s’étalait à l’infini, les habits étendus sur les fils à linge chatoyaient au soleil. En se concentrant on captait même les cris du marchand de fruits qui sillonnait Wazir-Akbar-Khan avec son âne : « Cerises ! Abricots ! Raisins ! » Et en fin d’après-midi, on entendait l’azan, l’appel à la prière entonné par le muezzin depuis la mosquée de Shar-e-Nau. » 

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La violence s’immisce peu à peu dans leur univers, jusqu’à atteindre son paroxysme avec les exactions des talibans, le viol des enfants, les femmes fouettées parce qu’elles mettent des chaussures à talons, lapidées si elles trompent leurs maris, ou encore le massacre des Hazaras. Il n’en reste pas moins qu’Amir, comme tout exilé,  est profondément attaché à ses racines afghanes qu’il continue de célébrer en idéalisant son passé. 

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L’auteur s’attache également à mettre en valeur les contradictions d’un homme rongé par la jalousie et le remords pour ses lâchetés. Amir aurait aimé être au centre de l’univers paternel, mais sa personnalité ne semble pas correspondre à ce que son « Baba » attend de lui. Ces déceptions incessantes créent un gouffre en lui, et même si la rédemption est au bout du chemin, celle-ci se fera au prix d’une remise en question et du devoir de s’affronter à son passé.

 Les cerfs-volants de Kaboul sort en 2003 aux Etats-Unis et bénéficie d’un extraordinaire bouche à oreille. Traduit dans plus de 70 pays, vendu à plus de 15 millions d’exemplaires dans le monde, acclamé par la critique et adapté au cinéma en 2007, ce roman ne tarde pas à devenir un véritable phénomène international. Il paraît en 2005 en France et reçoit ici aussi un beau succès, récompensé par le prix RFI et le grand prix des lectrices de Elle en 2006.

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Vers l’implosion ? : entretiens sur le présent et l’avenir du catholicisme

Vers l’implosion ?: Entretiens sur le présent et l’avenir du catholicisme 

Jean-Louis Schlegel, Danièle Hervieu-Léger

Paris, Le Seuil, 2022. 373 pages.

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Résumé

La crise des abus sexuels et spirituels révélés depuis une trentaine d’années fait vaciller l’Église catholique. Parce qu’elle vient de l’intérieur du catholicisme, et même de ses « meilleurs serviteurs », prêtres ou laïcs, mais aussi parce qu’elle est universelle et systémique. Très affaiblie par une sécularisation intense due aux changements sociétaux de la seconde moitié du XXe siècle, l’Église apparaît, faute de réformes conséquentes, de plus en plus expulsée de la culture commune, et délégitimée. Dans ces entretiens passionnants, Danièle Hervieu-Léger et Jean-Louis Schlegel diagnostiquent les raisons multiples de cet effondrement sans précédent, encore confirmé par l’épreuve des confinements liés au Covid-19. Certains y discernent l’entrée dans une sorte de stade terminal du catholicisme en quelques régions du monde. Ce n’est pas l’avis des auteurs : ce qui s’annonce, c’est un « catholicisme éclaté », où les liens affinitaires seront essentiels. Cette « Église catholique plurielle » ne signifie pas nécessairement sa fin, mais c’est un cataclysme pour une institution obsédée par l’unité.

Danièle Hervieu-Léger, sociologue des religions, directrice d’études à l’EHESS, est l’auteur de nombreux ouvrages traitant de la place du religieux dans les sociétés occidentales contemporaines, dont certains sont devenus des classiques, notamment Le pèlerin et le converti (Flammarion, 2001), et Catholicisme, la fin d’un monde (Bayard, 2003).Jean-Louis Schlegel, sociologue des religions, ancien directeur de la revue Esprit, a notamment publié La Loi de Dieu contre la liberté des hommes (Seuil, 2011), et codirigé À la gauche du Christ (Seuil, 2012)

Analyse et critique

Spécialiste des religions, la sociologue Danièle Hervieu-Léger a théorisé, voici vingt ans déjà, l’exculturation du catholicisme en France comme perte définitive de son emprise sur la société. Plus récemment le rapport de la Ciase sur la pédocriminalité dans l’Église et les divisions autour des restrictions du culte liées au Covid19 lui paraissent avoir accéléré une forme de dérégulation institutionnelle devenue irréversible. Dans un livre d’entretiens avec le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel, sorti le 13 mai en librairie, elle précise sa vision d’un catholicisme devenu non seulement minoritaire, mais pluriel et éclaté. Un catholicisme qu’elle croit condamné à une forme de diaspora d’où il pourrait, néanmoins, tirer une nouvelle présence sociale sous forme de « catholicisme hospitalier ». À la condition de se réformer en profondeur, non seulement en France, mais au plus haut sommet de la hiérarchie. Une thèse qui, n’en doutons pas, fera débat, sinon polémique. Et que j’interroge, pour une part, dans cette recension.

L’intérêt de ces « entretiens sur le présent et l’avenir du catholicisme » (1) tient bien sûr à l’expertise reconnue et à la notoriété de la sociologue Danièle Hervieu-Léger, mais également à la fine connaissance de l’institution catholique de son interlocuteur. Jean-Louis Schlegel est lui-même sociologue des religions, auteur, traducteur, éditeur et directeur de la rédaction de la revue Esprit. « Le projet de ce livre, écrit-il en introduction, est lié au sentiment, basé sur des “signes des temps“ nombreux et des arguments de taille, qu’une longue phase historique se termine pour le catholicisme européen et français. »

  

Le virage décisif des années 1970

L’intuition n’est pas nouvelle dans le monde de la sociologie religieuse. Et l’état des lieux que propose l’ouvrage est l’occasion pour Danièle Hervieu-Léger de revenir sur ce qu’elle nomme l’exculturation du catholicisme Français. Elle la décrivait dès 2003 (2) comme « déliaison silencieuse entre culture catholique et culture commune. » Du recul du catholicisme en France on connaît les symptômes : crise des vocations et vieillissement du clergé dès 1950, effondrement de la pratique dominicale et de la catéchisation à partir des années 1970, érosion parallèle du nombre de baptêmes, mariages voire même obsèques religieux, recul – de sondage en sondage – de l’appartenance au catholicisme désormais minoritaire et montée simultanée de l’indifférentisme. 

Reste à en analyser les causes. Pour la sociologue il faut les chercher dans la prétention de l’Église au « monopole universel de la vérité » dans un monde depuis longtemps marqué par le pluralisme, le désir d’autonomie des personnes et la revendication démocratique. Le virage décisif se situerait dans les années soixante-dix. L’Église qui avait réussi jusque-là à compenser sa perte d’emprise dans le champ politique par une « gestion » de l’intime familial enchaine alors les échecs sur les terrains du divorce, de la contraception, de la liberté sexuelle, de l’avortement puis du mariage pour tous…

« Ce qu’il faut tenter de comprendre, écrit la sociologue, ce n’est pas seulement comment le catholicisme a perdu sa position dominante dans la société française et à quel prix pour son influence politique et culturelle, mais aussi comment la société elle-même – y compris une grande partie de ses fidèles – s’est massivement et silencieusement détournée de lui. » Car c’est bien le « schisme silencieux » des fidèles, partis sur la pointe des pieds, qui a conduit pour une large part à la situation actuelle. 

  

L’Église effrayée de sa propre audace conciliaire

Pour mieux répondre à la question, les auteurs nous proposent un survol rapide de l’histoire récente du catholicisme. Ils soulignent les ruptures introduites par le Concile Vatican II au regard du Syllabus de 1864 et du dogme de l’infaillibilité pontificale décrit ici comme « couronnement d’une forme d’hubris » cléricale. Sauf que la mise en œuvre du Concile allait se heurter aux événements de Mai 68 et aux bouleversements profonds qui allaient s’ensuivre. L’écrivain Jean Sulivan écrivait, dès 1968, à propos des acteurs d’un Concile qui venait à peine de se clore : « le temps qu’ils ont mis à faire dix pas, les hommes vivants se sont éloignés de cent. » (3) Le fossé que le Concile avait voulu et pensé combler entre l’Église et le monde se creusait à nouveau. Ce qui eut pour effet immédiat et durable d’effrayer l’institution catholique de sa propre audace conciliaire pourtant jugée insuffisante par certains. 

Ainsi, si la constitution pastorale Gaudium et spes sur « l’Église dans le monde de ce temps » (1965) représente symboliquement une avancée en termes d’inculturation au monde contemporain, trois ans plus tard l’encyclique Humanae Vitae qui interdit aux couples catholiques l’usage de la contraception artificielle représente déjà un virage à cent quatre-vingts degrés qui aura pour effet d’accélérer l’exculturation du catholicisme et de provoquer une hémorragie dans les rangs des fidèles. Ce qu’allaient confirmer les pontificats de Jean Paul II et Benoît XVI à travers une lecture minimaliste des textes conciliaires puis une tentative de restauration autour de la reconquête des territoires paroissiaux et de la centralité de l’image du prêtre, fers de lance de la « nouvelle évangélisation ». En vain ! 

 

 

Nouvelles communautés : peu de convertis hors de l’Église

De ces quelques décennies post-conciliaires, qui précèdent l’élection du pape François dans un contexte de crise aggravée, les auteurs retiennent également l’efflorescence des communautés nouvelles de type charismatique perçues à l’époque comme un « nouveau printemps pour l’Église », mais qui ne tiendront pas vraiment leurs promesses. Avec, sous la plume des auteurs, ce verdict sévère – qui fera sans doute débat – sur la portée de leur caractère missionnaire : « Les nouveaux mouvements charismatiques ont fait en réalité peu de convertis hors de l’Église, mais ont influé sur les catholiques lassés par la routine paroissiale. » Ce qui a eu pour effet, dans un contexte de rétrécissement continu du tissu ecclésial, de renforcer leur poids relatif et leur visibilité. Lorsque le sociologue Yann Raison du Cleuziou – cité dans l’ouvrage – pose le constat que l’Église se recompose autour de « ceux qui restent », il n’écarte pas pour autant le risque d’une « gentrification » (substitution d’une catégorie sociale aisée à une autre, plus populaire) autour d’« observants » parfois tentés par un christianisme identitaire et patrimonial comme on l’a vu à la faveur de la récente élection présidentielle. 

 

 Les deux « séismes » des années 2020-2021

À ce « constat » sociologique dont les contours étaient déjà bien esquissés, le livre entend apporter une actualisation qui a pour effet de durcir encore un peu plus le diagnostic. Elle porte sur deux événements majeurs survenus en France sur la période 2020-2021, même si leurs racines plongent dans un passé plus lointain. Il s’agit en premier lieu du rapport de la Ciase sur la pédocriminalité dans l’Église qui, selon les auteurs, représente un « désastre institutionnel » doublé de profonds déchirements. Le second « séisme » étant le traumatisme provoqué chez certains par l’interdiction puis la régulation des cultes au plus fort de l’épidémie de Covid19 qui, lui aussi, a creusé les divisions. Là où certains ont pétitionné – contre l’avis de leurs évêques – pour qu’on leur « rende la messe », d’autres se sont interrogés « sur la place de la célébration (eucharistique) dans la vie de la communauté » au point parfois de ne pas renouer avec la pratique dominicale à la levée du confinement (on a avancé le chiffre de 20 %). 

De ces épisodes, qui sont loin d’être clos, Danièle Hervieu-Léger tire la conclusion d’un catholicisme français durablement – et peut-être définitivement – « éclaté ». Ce qualificatif recouvrant à la fois « un clivage qui dresse face à face des “camps“ irréconciliables » et « l’effritement d’un système, un affaiblissement de ce qui tenait ensemble ses éléments, lesquels se dispersent alors comme pièces et morceaux. » Elle poursuit : « Toute la question est de savoir si cette situation d’éclatement peut accoucher d’une réforme digne de ce nom. La direction qu’elle peut prendre n’est pas plus identifiable pour l’instant que les forces susceptibles de la porter, à supposer qu’elles existent. C’est là (…) une situation absolument inédite pour l’Église catholique depuis la Réforme au XVIe siècle, d’un ébranlement venu de l’intérieur d’elle-même, et non d’un dehors hostile. L’Église fait face, au sens propre du terme, au risque de sa propre implosion. Il se pourrait même, en réalité, que ce processus soit déjà enclenché. »

 

 « Est-ce la culture qui exculture le catholicisme ou est-il exculturé par sa propre faute ? » 

Mon propos n’est pas d’entrer plus avant dans les développements de l’ouvrage. Le lecteur y trouvera une matière à réflexion abondante qu’il pourra, selon son tempérament, faire sienne, réfuter ou mettre en débat. Au-delà de mon adhésion à l’économie d’ensemble du propos qui rejoint bien souvent mes propres intuitions d’observateur engagé de la vie ecclésiale (4), j’aimerais, néanmoins, formuler le questionnement que suscite en moi la lecture de tel passage de l’ouvrage. Au début du livre, Danièle Hervieu-Léger interroge fort opportunément : « Est-ce la culture qui exculture le catholicisme ou est-il exculturé par sa propre faute ? » D’évidence la thèse du livre penche pour la seconde explication. Et ce choix exclusif m’interroge. Je ne veux pas sous-estimer la prétention historique de l’Église à détenir l’unique vérité, même si Vatican II nous en propose une tout autre approche et si l’on peut douter, de toute manière, de sa capacité à l’imposer, si elle en avait le projet, dans une société sécularisée. Mais serait-ce là, réellement, le seul registre de son dialogue – ou de son non-dialogue – avec la société et la seule explication de son exculturation ? 

  

Mettre la société face à ses contradictions

Ne peut-on aussi analyser les interventions du pape François et d’autres acteurs dans l’Église – dont de simples fidèles – comme des interpellations loyales de la société sur de possibles contradictions entre les actes qu’elle pose et les « valeurs » dont elle se prévaut ? La requête individuelle d’émancipation et d’autonomie que semblent désormais soutenir sans réserve gouvernements et parlements au nom de la modernité, est-elle totalement compatible avec des exigences de cohésion sociale et d’intérêt général auxquelles ils ne renoncent pas ? Et d’ailleurs, la modernité occidentale, dans sa prétention à un universalisme qu’elle conteste à l’Église, est-elle assurée de détenir le dernier mot sur la vérité humaine et le Sens de l’Histoire ? Ne peut-on lire le développement des populismes à travers la planète – et le phénomène des démocraties illibérales – comme autant de refus laïcs d’inculturation à son égard ? 

Le libéralisme sociétal occidental ne serait-il pas pour une part « l’idiot utile » du néolibéralisme dont – divine surprise – il est devenu le moteur, comme le dénonce le pape François ? Dès lors, porter dans le débat public un souci du groupe et de la fraternité contre le risque d’éclatement individualiste aurait-il quelque chose à voir avec une quelconque prétention de l’Église à imposer à la société une vérité révélée de nature religieuse ? 

Que l’on me permette de citer ici Pier Paolo Pasolini : « Si les fautes de l’Église ont été nombreuses et graves dans sa longue histoire de pouvoir, la plus grave de toutes serait d’accepter passivement d’être liquidée par un pouvoir qui se moque de l’Évangile. Dans une perspective radicale (…) ce que l’Église devrait faire (…) est donc bien clair : elle devrait passer à l’opposition (…) En reprenant une lutte qui, d’ailleurs, est dans sa tradition (la lutte de la papauté contre l’Empire), mais pas pour la conquête du pouvoir, l’Église pourrait être le guide, grandiose, mais non autoritaire, de tous ceux qui refusent (c’est un marxiste qui parle, et justement en qualité de marxiste) le nouveau pouvoir de la consommation, qui est complètement irréligieux, totalitaire, violent, faussement tolérant, et même plus répressif que jamais, corrupteur, dégradant (jamais plus qu’aujourd’hui n’a eu de sens l’affirmation de Marx selon laquelle le Capital transforme la dignité humaine en marchandise d’échange). C’est donc ce refus que l’Église pourrait symboliser. » (5) 

 

 L’Église comme « conscience inquiète de nos sociétés »

Dans un commentaire à la longue interview du pape François donnée aux revues Jésuites à l’été 2013, le théologien protestant Daniel Marguerat formulait ce qui semble être devenu la ligne de crête de bien des catholiques de l’ombre : « L’Église gagne en fidélité évangélique à ne pas se poser en donneuse de leçons, mais à être la conscience inquiète de nos sociétés. » (6) Mais lesdites sociétés acceptent-elles seulement d’être inquiétées par l’Église vis-à-vis de laquelle elles nourrissent assez spontanément un soupçon d’ingérence ? Combien de laïcs catholiques lambdas engagés dans un dialogue exigeant avec la société se sont vus opposer, un jour, à une argumentation « en raison », qu’elle était irrecevable puisque c’était là la position de l’Église ? Dès lors, pour boucler la question ouverte par les auteurs : qui exculture qui ? Et n’est-ce pas conclure un peu vite qu’écrire à propos de cette exculturation : « Cela laisse entière la possibilité d’une vitalité catholique proprement religieuse dans la société française. » ? Comme pour acter son exclusion définitive du champ du débat politique et social. Ou – autre lecture possible – pour souligner la pertinence d’une parole croyante qui dise Dieu comme témoignage ou comme question plutôt que comme réponse opposable à tous. Peut-être sommes-nous là au cœur du propos du livre lorsqu’il croit possible, malgré tout, pour les catholiques de « réinventer leur rapport au monde et la place qu’y occupe la tradition chrétienne. »

 

 Des réformes qui ne viendront sans doute pas 

Au terme de leur analyse, les auteurs confirment leur hypothèse de départ : le catholicisme français est aujourd’hui éclaté, morcelé, déchiré entre deux modèles d’Église qu’il serait illusoire de vouloir unifier ou simplement réconcilier : l’un fondé sur une résistance intransigeante à la modernité, l’autre sur l’émergence d’une « Église autrement » en dialogue avec le monde. Selon eux, l’institution catholique, dans sa forme actuelle, ne survivra pas longtemps à l’effondrement des trois piliers qu’ont été pour le catholicisme : le monopole de la vérité, la couverture territoriale au travers des paroisses et la centralité du prêtre, personnage « sacré ». Et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, cela vaudrait à terme, nous disent-ils encore, pour l’ensemble des « jeunes Églises » du Sud qui n’échapperont pas, tôt ou tard, à une forme de sécularisation quitte à voir exploser des formes de religiosités « déraisonnables » qu’elle ne pensait même pas possibles.

Sortir réellement de cette impasse, poursuivent les auteurs, exigerait d’engager des réformes qui ne viendront sans doute pas parce qu’elles représenteraient une remise en cause radicale du système. « Tant que le pouvoir sacramentel et celui de décider en matière théologique, liturgique et juridique, demeurent strictement dans la main des clercs ordonnés, mâles et célibataires, rien ne peut vraiment bouger. » Autant dire qu’ils ne croient guère aux vertus du Synode en préparation pour 2023 dont les avancées possibles seraient, selon eux, aussitôt contestées par la Curie et une partie de l’institution restée figée sur la ligne des papes Jean-Paul II et Benoît XVI. 

  

D’une Église de diaspora à un catholicisme hospitalier

L’Église qu’ils voient se dessiner sur les prochaines décennies est donc plutôt une Église en diaspora qui, soulignent-ils, ne manque pas, déjà, de richesses et de dynamismes cachés. Ils englobent ces « signes d’espérance » souvent invoqués par l’institution catholique, mais pour mieux se convaincre que rien n’est perdu et qu’il n’est pas nécessaire de tout chambouler pour voir refleurir le printemps. Il y a là, soulignent les auteurs, un phénomène réel de diversification et d’innovation, peu perçu des médias, qui « interdit du même coup d’écrire le faire part de décès du christianisme ou de la fin de toute sociabilité catholique. (…) L’Église catholique subsistera, c’est sûr, mais comment, en quel lieu et dans quel état ? »

Paradoxalement, pourrait-on dire, l’ouvrage se termine sur l’idée que l’Église, exculturée de la modernité de son propre fait, n’a pas pour autant vocation à se dissoudre dans le monde tel qu’il est. Et pas davantage à se poser en contre-culture, mais plutôt en « alter culture » sous forme d’un « catholicisme hospitalier » où prévaudrait l’accueil inconditionnel de l’autre ce qui, confessent les auteurs, n’est pas vraiment dans l’ADN de la culture contemporaine.

Danièle Hervieu-Léger écrit à ce propos : « Pour lui (le catholicisme hospitalier) l’Église est intrinsèquement encore à venir, encore non accomplie. L’hospitalité, telle que je l’ai progressivement comprise au fil de mon enquête monastique (7) n’est pas d’abord une attitude politique et culturelle de composition avec le monde, ni même seulement une disposition à l’accueil de ce qui est “autre“ : c’est un projet ecclésiologique dont l’horizon d’attente est, ultimement, d’ordre eschatologique. » Est-on si loin d’un certain nombre de réflexions contemporaines issues des rangs mêmes du catholicisme ? Pensons ici simplement au livre Le christianisme n’existe pas encore de Dominique Collin ou à la profession de foi des jeunes auteurs de La communion qui vient (8). Comme aux chroniques de braise publiées durant la période de confinement par le moine bénédictin François Cassingena Trévedy ou aux interviews du professeur de sociologie tchèque Mgr Tomas Halik (9).

Difficile d’en dire davantage sans lasser le lecteur. Chacun l’aura compris, Vers l’implosion est un livre important – et accessible – qu’il faut prendre le temps de découvrir. On accuse volontiers les sociologues des religions de « désespérer les fidèles » et les acteurs pastoraux eux-mêmes en dépeignant sous des couleurs sombres un avenir qui par définition n’est écrit nulle part. Raison de plus pour les lire sans complexe et se remettre en chemin. 

René Poujol

 Le rôle des « médiateurs laïcs »

Dans ce livre Danièle Hervieu-Leger revient sur les périodes de confinement marquées, pour les religions, par une suspension ou une règlementation des cultes. Analysant les remous suscités au sein de l’Eglise catholique, elle évoque la place prise par des « médiateurs laïcs » dans ces débats. Extrait :

« Il est intéressant de remarquer le rôle joué dans ces discussions par des journalistes catholiques qui ont livré leur vision des choses dans les médias, sur les réseaux sociaux et sur leurs blogs, et suscité en retour beaucoup de commentaires. Je pense par exemple à René Poujol, à Michel Cool-Taddeï, à Bertrand Révillion, Daniel Duigou ou Patrice de Plunkett… et aussi à des blogueurs importants comme Koz (Erwan Le Morhedec), voire à des internautes très engagés et « raisonneurs » sur ces questions. Leur rôle de médiateurs laïcs entre réflexions des théologiens de métier, prises de position cléricales ou épiscopales et fidèles catholiques prompts à s’enflammer a été tout à fait intéressant du point de vue de l’émergence d’un débat public dans l’Église. Ces personnalités ne sont pas répertoriées comme des figures de proue de l’avant-gardisme progressiste : ce sont des catholiques conciliaires mainstream, publiquement engagés comme tels. Ils ont contribué de façon importante, avec des différences entre eux d’ailleurs, à porter dans la discussion, argumentaires très articulés à l’appui, des questions incisives sur la signification de cette rhétorique de l’« urgence eucharistique », sur le retour en force (bien en amont de la pandémie) du thème de la « Présence réelle » dans la prédication, et sur le renforcement de l’identité sacrale du prêtre qui leur est liée de façon transparente. » (p.49)

 

(1) Danièle Hervieu-Léger et Jean-Louis Schlegel, Vers l’implosion ? Seuil 2022, 400 p.,23,50 €.
(2) Danièle Hervieu-Léger, Catholicisme, la fin d’un monde. Bayard 2003, 336 p., 23 €.

(3) Cité p.58-59 dans l’ouvrage collectif Avec Jean Sulivan, Ed. L’enfance des arbres, 2020, 380p., 20 €.

(4) Telles que j’ai pu les formuler dans mon livre Catholique en liberté, Ed. Salvator 2019, 220 p., 19,80 €.

(5) Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires. Flammarion Champs Arts 2009.

(6) In : Pape François, l’Église que j’espère. Flammarion/Études, 2013, 240 p., 15 €. p. 217.

(7) Danièle Hervieu-Léger, Le temps des moines, PUF 2017, 700 p.

(8) Dominique Collin, Le christianisme n’existe pas encore, Ed. Salvator 2018, 200p., 18 € – Paul Colrat, Foucauld Giuliani, Anne Waeles, La communion qui vient, Ed. du Seuil, 2021, 220 p., 20 €.

(9) François Cassingena-Trévedy, Chroniques du temps de peste, Ed. Tallandier, 2021, 176 p., 18 €. Pour Tomas Halik on peut lire l’excellente interview donnée à La Croix Hebdo du 3 juin 2020

 

 Source : https://www.renepoujol.fr/le-catholicisme-francais-au-risque-de-limplosi

CARLOS RUIZ ZAFON, LE LABYRINTHE DES ESPRITS, LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafón

Le labyrinthe des esprits

Carlos Ruiz Zfón

Arles, Actes Sud, 2018. 848 pages.

9782330103347

Quatrième de couverture

Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d’un ministre déchaîne une cascade d’assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contre la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques.

Son enquête l’amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n’est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l’ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au cœur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Julián, ne son fidèle compagnon Fermín ne parviennent à le tirer.

En compagnie d’Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l’histoire secrète de leur famille et, quel qu’en soit le prix à payer, voguent vers l’accomplissement de leur destin.

Érudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d’intrigues et d’aventures. Un formidable hommage à la littérature.

Résumé

Le Labyrinthe des esprits (titre original : El laberinto de los espiritus) est un roman espagnol de Carlos Ruiz Zafón paru en 2016 et publié en français en 2018 chez Actes Sud dans une traduction de Marie Vila Casas. C’est le dernier roman de la série Le Cimetière des livres oubliés.

Fermin Romero de Torres raconte comment, en mars 1938, il est revenu à Barcelone et a tenté de remettre une lettre à Lucia, l’épouse d’un de ses amis mort en prison. Il ne trouve que la fille de Lucia, Alicia Gris (7 ans) et sa grand-mère. Des bombardements éclatent. Fermin sauve Alicia. Ils s’enfuient sous les bombes. Alicia tombe dans la verrière du cimetière des livres oubliés. Fermin la croit morte.

En 1959, Mauricio Valls, ministre de l’éducation et de la culture et ancien directeur de la prison de Montjuïc, trouve sur son bureau une liste de nombres et un message menaçant disant: « Ton temps touche à sa fin, il te reste une dernière chance. A l’entrée du labyrinthe ». Valls, qui se terrait depuis 2 ans, s’enfuit avec son garde du corps Vicente et disparaît. Il est convaincu que David Martin, ancien prisonnier à Montjuïc, veut se venger de lui.

Les deux hommes se rendent aux abords d’une villa à Barcelone. Ils sont attaqués par un homme qui tue Vicente et blesse Valls à la main. Valls se réveille dans un cachot. Il lui manque 2 doigts, sa main est infectée, il a la gangrène. Ses geôliers (une femme et deux hommes) lui laissent une scie. Il est obligé de se couper la main pour éviter la septicémie.

Alicia Gris travaille maintenant à Madrid, à la sécurité de l’État. Elle a gardé de graves séquelles de son accident et doit prendre des anti douleurs. Elle est sollicitée par son supérieur et mentor, Leandro Montalvo, pour une dernière mission : elle devra avec l’aide d’un policier, Vargas, retrouver Valls. Ils apprennent que Valls reçoit des lettres anonymes depuis plusieurs années et a été la cible d’un attentat en 1956.

Ils se rendent dans la résidence de Valls. Alicia y rencontre la fille de Valls, Mercedes. Cette dernière lui raconte qu’à l’âge de 7 ans, une femme est venue la trouver à l’école, l’a embrassée et lui a dit qu’elle l’aimait. Vicente, le garde du corps de Valls, lui a tiré une balle dans la tête devant la petite fille.

Dans le bureau de Valls, Alicia trouve, dissimulé derrière un tiroir du bureau, un livre d’un certain Victor Mataix, intitulé « Le labyrinthe des esprits VII – Ariadna et le prince écarlate ».

Alicia part pour Barcelone et décide de suivre la piste du livre pour retrouver Valls. Elle apprend que Mataix a disparu après la guerre. Ariadna était le nom de sa fille et le labyrinthe représente la ville de Barcelone. Le libraire Barcelo lui dit qu’un collectionneur achète depuis 7 ans tous les exemplaires du labyrinthe. L’avocat Fernando Brians représente ce collectionneur.

La piste les conduit à une société nommée « metrobarna » fondée par Miguel Angel Ubach, surnommé « le banquier de la poudre » mort des années plus tôt dans un incendie. Le directeur actuel, Sanchis, a côtoyé Valls et Franco. Sanchis a épousé Victoria, la fille de Ubach. Le chauffeur de Sanchis, Valentin Morgado, a été emprisonné à Montjuïc.

Dans le garde meuble de Brians, Alicia et Vargas trouvent des dossiers sur les prisonniers de Montjuïc de 1939 à 1944 et un dossier contenant un carnet écrit par la mère de Daniel Sempere, Isabella, quelque temps avant sa mort.

Un journaliste, Vilajuana, raconte à Alicia qu’en 1937 Ubach a fait pression sur Mataix pour que celui-ci lui écrive une « autobiographie ». En 1941 les Ubach ont rendu visite aux Mataix. Plus tard, l’inspecteur Fumero est venu chez Mataix et l’a emmené ainsi que ses filles Ariadna et Sonia. Fumero a laissé Susana, l’épouse de Mataix, pour morte.

Leandro informe Alicia et Vargas que l’enquête est quasiment bouclée : des transactions douteuses auraient eu lieu pendant 15 ans entre Valls et Sanchis. Valls aurait fait chanter Sanchis pour obtenir des fonds illicites et Sanchis se serait vengé. La suite de l’enquête est confiée à Rodrigo Hendaya, un disciple de Fumero. Sanchis, torturé, aurait avoué avoir envoyé les lettres de menace, voulant convaincre Valls de l’existence d’une vendetta politique ou d’une conspiration menée par David Martin. L’attentat de 1956 aurait été perpétré par Morgado. Sanchis et Morgado sont tués par Hendaya pendant « l’interrogatoire ». Ils annoncent dans la presse que Valls a été tué dans un accident de voiture.

Alicia et Vargas sont priés d’abandonner l’enquête mais ils décident de la poursuivre en secret.

Vargas découvre que la liste de nombres trouvée dans la voiture de Valls correspond à des certificats de décès d’enfants. Chaque acte de décès correspond à un acte de naissance établi à la même date. Vargas y trouve le nom des filles de Mataix.

Vargas est assassiné. Alicia réalise que son mentor Leandro était complice de Valls et tire les ficelles depuis le début. Lorsqu’il était directeur de la prison de Montjuïc, Valls a emprisonné et tué des citoyens et a volé leurs enfants pour les vendre à des personnes haut placées en échange de faveurs pour grimper dans les échelons du régime. Ariadna Mataix a été vendue aux Ubach et est devenue Victoria. Sonia Mataix a été adoptée par Valls et a été rebaptisée Mercedes. Des centaines d’enfants ont ainsi été vendus. C’est effectivement Victoria, Sanchis et Morgado qui ont enlevé Valls pour le punir.

Le but de Leandro n’était pas de sauver Valls mais de le localiser et le réduire au silence pour étouffer le scandale et conserver le secret sur cette affaire. La mission était un leurre. Alicia et Vargas étaient des exécutants qui devaient disparaître à la fin.

Ariadna raconte qu’elle a fugué dans sa jeunesse. David Martin, un ami de son vrai père, l’a aidée. Elle dit que David Martin est mort en 1948 après avoir coulé sa barque en haute mer. Ariadna avoue avoir tué les Ubach en mettant le feu à leur villa.

Alicia lit le carnet d’Isabella : elle y avoue que David Martin était l’amour de sa vie et qu’il était le vrai père de Daniel. Elle est consciente d’avoir été empoisonnée par Valls qui avait décidé de la détruire pour faire plier ou pour blesser David Martin. Elle a écrit en sachant qu’il ne lui restait que quelques jours à vivre.

Alicia remet le carnet à Daniel et laisse un mot sur la tombe d’Isabella, précisant l’adresse du cachot de Valls. Daniel se rend là-bas et trouve Valls, à moitié mort et suppliant qu’on l’achève. Daniel le laisse dans la rue, livré à lui-même. Plus tard, Valls est retrouvé mort dans le métro. Il est jeté dans la fosse commune près de Montjuïc comme un mendiant sans identité.

Alicia se rend à Madrid et tue Leandro.

On apprend le devenir des personnages :

Daniel et Bea ont une fille prénommée Isabella.

Fermin remplace Isaac Montfort à la tête du cimetière des livres oubliés.

Julian Sempere a une fille qu’il appelle Alicia. Il décide de raconter toute l’histoire de sa famille dans un livre en quatre tomes qui sera intitulé « le cimetière des livres oubliés ». Il part à la recherche de Julian Carax à Paris puis à Barcelone, désirant que Carax écrive le livre à sa place. Carax l’aide et le guide pendant près de 15 ans pour l’écriture du roman. Le livre sera publié sous le nom de Julian Carax.

Carax meurt en 1991 sur la tombe de Nuria Montfort.

Alicia est partie en Amérique, d’où elle écrit tous les ans à Fermin pendant 30 ans, jusqu’en 1991, date probable de sa mort. Elle a envoyé au journaliste Vilajuana les résultats de son enquête. En 1981 Ce dernier révèle le scandale des enfants volés.

Le livre se termine alors que Julian emmène pour la première fois sa fille Alicia au cimetière des livres oubliés.

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Derniers ouvrages du cardinal Robert Sarah

Derniers ouvrages du cardinal Robert Sarah

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Biographie de l’auteur

Robert Sarah, né le 15 juin 1945 à Ourouss, en Guinée, fut le plus jeune évêque du monde, consacré le 8 décembre 1979. Il a été créé cardinal par le Pape Benoît XVI. Il est préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements de novembre 2014 à février 2021. Il est actuellement membre de la Congrégation pour la cause des saints, de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, ainsi que de la Congrégation pour les Églises orientales.

Pour l’éternité 

Cardinal Robert Sarah

Paris, Fayard, 2021. 300 pages.

Pour-l-eternite

Résumé

«  Il nous faut regarder la vérité en face : le sacerdoce semble vaciller. Certains prêtres ressemblent à des matelots dont le navire serait violemment secoué par l’ouragan. Ils tournoient et titubent. Comment ne pas s’interroger à la lecture de certains récits d’abus sur des enfants ? Comment ne pas douter ? Le sacerdoce, son statut, sa mission, son autorité ont été mis au service du pire. Le sacerdoce a été instrumentalisé pour cacher, voiler et même justifier la profanation de l’innocence des enfants. L’autorité épiscopale a parfois été utilisée pour pervertir et même briser la générosité de ceux qui voulaient se consacrer à Dieu. La recherche de la gloire mondaine, du pouvoir, des honneurs, des plaisirs terrestres et de l’argent s’est infiltrée dans le cœur de prêtres, d’évêques et de cardinaux. Comment pouvons-nous supporter de tels faits sans trembler, sans pleurer, sans nous remettre en cause  ?
  Nous ne pouvons pas faire comme si tout cela n’était rien. Comme si tout cela n’était qu’un accident de parcours. Il nous faut regarder le mal en face. Pourquoi tant de corruption, de dévoiement et de perversion ? Il est légitime que l’on nous demande des comptes.
  Il est légitime que le monde nous dise : “Vous êtes comme les pharisiens, vous dites et ne faites pas” (cf. Mt 23, 3). Le peuple de Dieu regarde ses prêtres avec suspicion. Les incroyants les méprisent et s’en méfient.  »
 
  À partir de la méditation des textes d’Augustin, de Jean Chrysostome, de Grégoire le Grand, de Bernard de Clairvaux, de Catherine de Sienne, de John Henry Newman, de Pie XII, de Georges Bernanos, de Jean-Marie Lustiger, de Jean-Paul II, de Benoît XVI et du Pape François, le cardinal Sarah souhaite apporter des réponses concrètes à la crise sans précédent que traverse l’Église catholique.

Appréciation

Face à une société occidentale de plus en plus sécularisée qui a perdu le sens de la transcendance, face aux différents  scandales qui ont secoué l’l’institution et à la remise en cause du sacerdoce par certains groupes de pression qui structurent l’Eglise catholique l’auteur livre une réflexion, ou plutôt une médiation sur le caractère du prêtre. Monseigneur Robert SARAH, pour sa part, reconnaît le caractère odieux de certains actes commis par des représentants du Clergé : abus sexuels, recherche de la gloire mondaine, du pouvoir, des honneurs, des plaisirs terrestres et de l’argent s’est infiltrée dans le cœur de prêtres, d’évêques et de cardinaux.

A travers le présent ouvrage, il nous invite à participer à ses méditations sur la base de textes d’Augustin, de Jean Chrysostome, de Grégoire le Grand, de Bernard de Clairvaux, de Catherine de Sienne, de John Henry Newman, de Pie XII, de Georges Bernanos, de Jean-Marie Lustiger, de Jean-Paul II, de Benoît XVI et du Pape François. Il accompagne le lecteur en ce sens à travers le partage de son analyse et des solutions qui pourraient être apportées à une situation qui n’entache que l’Eglise visible. L’Eglise invisible conservant sa pureté originelle et souffrant des crimes commis par des hommes sensés La représenter, sensés représenter le Christ, sensé être le Christ au-delà de la chair et du temps.

Catéchisme de la vie spirituelle 

Cardinal Robert Sarah

Paris, Fayard, 2022. 336 pages.

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«  Il m’a semblé que l’éclipse de Dieu dans nos sociétés post-modernes, la crise des valeurs humaines et morales fondamentales et ses répercussions jusque dans l’Église, où l’on constate la confusion au sujet de la vérité divinement révélée, la perte du sens authentique de la liturgie et l’obscurcissement de l’identité sacerdotale, demandaient avec force qu’un véritable catéchisme de la vie spirituelle soit proposé à tous les fidèles. Qu’on ne se méprenne pas cependant sur ce titre. Je n’ai pas cherché à écrire un résumé de toute la foi chrétienne. Nous disposons du Catéchisme de l’Église Catholique et de son Compendium qui demeurent des instruments irremplaçables pour l’enseignement et l’étude de l’intégralité de la doctrine révélée par le Christ et prêchée par l’Église. Ce livre est un catéchisme de la vie intérieure. Il veut indiquer les principaux moyens d’entrer dans la vie spirituelle, dans un but pratique et non académique. Au temps des Pères de l’Église, on accompagnait les catéchumènes pendant tout le Carême par de grandes catéchèses pour leur permettre de saisir combien le baptême qu’ils allaient recevoir devait changer leur vie. Ce catéchisme, organisé autour des sacrements, de la prière, de l’ascèse, de la liturgie, vise le même but : faire prendre à chacun conscience que son baptême est le début d’une grande conversion, d’un grand retour vers le Père.  »
 
Pour rendre à Dieu sa place dans nos vies et celle de l’Église, le cardinal Robert Sarah ne propose pas d’autre chemin que celui de l’Évangile  : les sept sacrements par lesquels le Christ nous touche aujourd’hui forment la trame de cet itinéraire spirituel auquel le cardinal nous invite, dans un langage marqué par l’authenticité et la force missionnaire.

BREVE HISTOIRE DE LA RUSSIE, EUROPE, HISTOIRE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARK GAELEOTTI (1965-....), RUSSIE

Brève histoire de la Russie de Mark Galeotti

Brève histoire de la Russie : comment le plus grand pays du monde s’est inventée

Mark Galeotti

Paris, Flammarion, 2020. 312 pages.

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De quelle Russie Poutine est-il le maître? Pour unifier ce peuple pluriel conquis tour à tour par les Vikings et les Mongols, sans véritable frontière naturelle, aussi européen qu’asiatique, la Russie a fait de ses multiples influences son identité propre, quitte à en forger les légendes.
Mais, en jouant de ce passé, elle s’est enfermée et contrainte dans ses rapports au monde extérieur. Telle est la thèse de Mark Galeotti qui, tout en relatant avec brio son histoire en quelques chapitres enlevés, nous donne les clés pour comprendre ce pays-continent.

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Cet extrait une partie du dernier chapitre de son livre qui couvre les années 1991 à nos jours :

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Il y a certes encore beaucoup à dire sur Poutine. À propos de son personnage public parfois d’un machisme pervers, de la répression brutale de certaines forces d’opposition allant de pair avec l’empressement à en autoriser d’autres, voire à les flatter; à propos aussi de la question de savoir si, au terme de son quatrième mandat présidentiel en 2024, il prendra sa retraite, trouvera une nouvelle astuce pour tourner la Constitution ou choisira un successeur. Toutefois, sur la longue durée de l’extraordinaire histoire de la Russie, doit-il être traité comme un tsar ou un secrétaire général de plus, méritant une section ou deux, mais pas davantage ?

La stabilisation intérieure du pays et le rétablissement de son rôle, de manière conflictuelle et parfois irascible, sur la scène mondiale sont certes à mettre à son crédit. Pourtant, il n’a pas été aussi meurtrier qu’Ivan (le Terrible) ou Staline (le bien plus terrible), ni plus grand que nature (au sens tout à fait littéral) que Pierre le bien nommé. Il lui manque la froideur intellectuelle implacable d’un Lénine ou d’un Andropov, ainsi que l’instinct politique subtil d’une Catherine la Grande ou d’un Dimitri Donskoï.

Cela ne revient pas à déprécier Poutine, mais simplement à le remettre à sa juste place. Il a sans aucun doute tenté de façonner le regard que la Russie porte sur son histoire. De plus en plus, les manuels scolaires et les cours universitaires doivent s’en tenir à la version officielle, qui exalte les triomphes et minimise les tragédies. Dans cette optique, Staline fait figure de modernisateur nécessaire et de chef de guerre, tandis que le goulag est relégué dans les marges. Poutine a exigé que cette nouvelle histoire officielle du pays soit «dépourvue de contradictions internes et ne puisse se prêter à une double interprétation» –comme si l’histoire vraie avait jamais été aussi simple.

Il n’est pas le premier à avoir essayé de dicter l’image et le passé de la Russie. Dimitri Donskoï avait des chroniqueurs à sa botte, Catherine la Grande soigna le profil de son pays en Europe, et le culte de la «nationalité officielle» sous Alexandre III s’est accompagné d’une campagne visant à museler et ramener dans le droit chemin les intellectuels trouble-fête qui tenaient à contester ses préceptes. La plus frappante de toutes ces entreprises, l’Histoire du Parti communiste bolchevik de l’URSS, précis abrégé, revue et corrigée par Staline, et publiée en 1938, constitua une tentative de reformuler les événements mêmes dans la mémoire vivante. Dans les vingt années qui suivirent, plus de 42 millions d’exemplaires furent imprimés et distribués, en soixante-sept langues, ce qui en fait peut-être le livre le plus lu après la Bible.

Le fait est qu’aucune de ces manœuvres n’a réussi à atteindre son but, qui était de modeler la manière dont les Russes se voyaient eux-mêmes. Un peuple palimpseste et un pays sans frontières géographiques, culturelles ou ethniques bien nettes sont sans doute d’autant plus désireux de se donner des mythes nationaux qui contribuent à les unir et à les définir, mais ils sont aussi particulièrement difficiles à circonscrire dans une histoire unique, «dépourvue de contradictions internes et ne pouvant se prêter à une double interprétation».

Poutine est un nouvel avatar de Nicolas Ier, du patriarche Nikon, peut-être au mieux de Pierre le Grand.

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Poutine s’inscrit parfaitement dans les structures générales de l’histoire russe, quoique sans doute comme un personnage de transition, ni soviétique ni vraiment post-soviétique. L’URSS prenait manifestement du retard sur l’Occident, incapable de rivaliser avec lui dans la nouvelle course aux armements, et sa position internationale était donc de plus en plus vulnérable. Gorbatchev tenta de moderniser l’Union soviétique, ce qui impliquait nécessairement une libéralisation, et cela entraîna de l’agitation et finalement l’effondrement du système. Aux yeux de Poutine, ce fut une «catastrophe géopolitique majeure du siècle» –ce qui, pour être juste, ne signifie pas qu’il aurait voulu rétablir l’URSS–, mais elle reflétait de la mollesse de la part du gouvernement.

Après le nouveau «temps des troubles» de la période Eltsine, Poutine en était arrivé à considérer que la principale menace pesant sur le pays tenait à sa faiblesse intérieure –peut-être entretenue par des puissances étrangères hostiles– et donc, en dépit de tous les investissements en drones pour l’armée et en satellites sur orbite, de son aventurisme à l’étranger, son régime est foncièrement conservateur. Il est un nouvel avatar de Nicolas Ier en lutte contre le désordre, du patriarche Nikon rétablissant l’ancienne orthographe, peut-être au mieux de Pierre le Grand, content d’adopter les technologies occidentales pour armer l’État et tenir en main l’élite, mais peu désireux de lancer des réformes par le bas.

Le palimpseste en hypertexte et ses ironies

Pendant ce temps-là, de nouvelles couches d’écriture se superposent sur le palimpseste. Si la génération de Poutine –celle de l’Homo sovieticus, non seulement née et élevée à l’époque soviétique, mais dont les années de formation et les débuts de carrière sont antérieurs à 1991– reste dominante, elle est cependant talonnée par les générations nouvelles, certaines façonnées dans les chaotiques années 1990, d’autres qui, adultes, n’ont même pas connu une Russie où Poutine n’était pas aux commandes.

Il y a ceux qui se rebellent et regardent vers l’Ouest en quête d’inspiration et d’ambitions. D’autres qui mêlent l’orthodoxie à la Poutine à un cynisme branché, font leur la nouvelle position mondiale de la Russie en tant que méchant de la scène internationale et l’affichent sur leur t-shirt. «Poutine: le plus poli des hommes», lit-on sur l’un, reprenant l’expression russe désignant ce que les Occidentaux ont appelé les «petits hommes verts», les commandos qui se sont emparés de la Crimée. «Nous isoler? Oui, faites donc!» proclame un autre au côté du logo de McDonald, du symbole et de l’affiche de LGBT, le tout barré par des «X» rouges.

«Ils apprennent l’anglais pour des raisons de cœur, le chinois pour des raisons de tête.»

Un professeur russe à propos de ses élèves

En même temps, loin de se simplifier, les choses deviennent plus complexes. Une nouvelle et énorme mosquée se dresse près du stade olympique de Moscou, érigée par les musulmans venus du Nord-Caucase et d’Asie centrale, à la fois comme citoyens et –surtout ces derniers– comme travailleurs «invités» temporaires. Avec eux arrivent de nouvelles influences, sous forme, par exemple, de restaurants caucasiens ou du bazar afghan vertical qui occupe en grande partie l’hôtel Sébastopol hérité de l’époque soviétique.

Poutine a fait ériger une immense statue de saint Vladimir –le grand prince Vladimir le Grand– à côté du Kremlin, mais il s’agit de Vladimir de Kiev, et de même que Kiev est devenu Kyiv, l’Ukraine n’est pas seulement un pays indépendant, mais elle tourne de plus en plus ses regards vers l’Ouest et non vers l’Est. Vladimir appartient-il encore culturellement à la Russie? Ou est-il désormais le Volodymyr ukrainien? Dans les aéroports de Moscou, il y a maintenant des files réservées aux touristes chinois en voyage organisé pour la vérification des passeports et de plus en plus d’inscriptions sont en chinois aussi bien qu’en anglais. Dans l’Extrême-Orient russe, un flot d’argent chinois est en train de remodeler des villes entières et les économies régionales. Un professeur russe m’a dit à propos de ses élèves: «Ils apprennent l’anglais pour des raisons de cœur, le chinois pour des raisons de tête.»

Toutes ces influences ne se manifestent pas dans la géographie physique de la Russie. Au palimpseste s’ajoute un hypertexte, des liens dans le cyberespace où l’information et les influences culturelles circulent librement. Les trois quarts des Russes utilisent régulièrement internet, autant que l’Américain moyen. Beaucoup se tiennent au courant de l’actualité en ligne à partir de sources étrangères, regardent des vidéos étrangères et, tout aussi important, forment des communautés transfrontalières en ligne. Qu’il s’agisse de forums de discussion ou de communautés de jeux vidéo, les Russes ne sont pas seulement des trolls et des fauteurs de trouble, ils participent activement à de nouveaux mouvements et communautés virtuels.

L’ironie est qu’en définissant «sa» Russie de multiples façons en opposition avec l’Europe et l’Occident en général –contestant aussi bien son ordre international que ses valeurs sociales–, Poutine, comme beaucoup d’autres dirigeants russes avant lui, laisse le monde extérieur le définir, lui et son pays. C’est en effet une caractéristique très courante, vraie de presque tous les gouvernants russes depuis qu’Ivan Grozny a introduit la Russie dans la politique nordique et offert sa main tachée de sang à Élisabeth Ire, la «reine vierge» d’Angleterre.

Ironie plus grande encore, Poutine s’efforce de mobiliser toutes sortes de mythes à l’appui de l’exceptionnalisme russe, l’idée voulant que son histoire confère au pays un rôle spécial et héroïque dans le monde. À cette fin, il puise à toutes les sources, qu’il s’agisse de la vocation de Moscou de «Troisième Rome» ou de la bataille de Koulikovo. Cependant, tous les efforts déployés par les «techniciens de la politique» du Kremlin et les historiens complaisants pour tenter de persuader les Russes qu’ils forment un peuple à part, séparé de l’Europe et dressé contre ses forces culturelles et géopolitiques pernicieuses, montrent qu’ils vont à contre-courant.

Après tout, même les Russes qui vénèrent encore Poutine et arborent son portrait sur leur T-shirt s’empressent d’apprendre l’anglais, dévorent les émissions télévisées et les films occidentaux, et cherchent même dans leurs propres créations culturelles à s’intégrer aux grands courants occidentaux. La Russie est un pays dans lequel on peut voir, d’un côté de la rue, une énorme peinture murale, couvrant toute la façade d’une tour, à la gloire d’un grand général russe, et, de l’autre côté de la rue, effet très surréaliste, une peinture murale tout aussi gigantesque annonçant la sortie d’un film hollywoodien à grand succès, et pas n’importe lequel: Captain America.

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ANCIEN TESTAMENT, ANDRE WENIN (1953-...), BIBLE, LA BIBLE OU LA VIOLENCE SURMONTEE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, VIOLENCE DANS LA BIBLE

La Bible ou la violence surmontée

La Bible ou la violence surmontée 

André Wénin

Paris, Desclée de Brouwer, 2008. 257 pages.

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Pourquoi une telle violence dans la Bible, tant d’êtres brutaux au fil de ses pages ? Pourquoi souvent son Dieu ne cède-t-il en rien aux hommes sur ce plan ? La présence massive de la violence, en particulier dans le premier Testament, dérange en effet. A cause d’elle, d’aucuns voudraient que les croyants renvoient ce livre aux oubliettes de l’Histoire, comme un sombre témoignage du potentiel destructeur que constitue toute religion. Et des chrétiens préfèrent ignorer des pans entiers de ce livre, pourtant au centre de leur foi, indispensable pour saisir le message du Nouveau Testament. Bibliste de renom, André Wénin répond à cette critique : tout le paradoxe de la sagesse de la Bible est justement d’indiquer à l’humanité des impasses à éviter, en premier lieu la violence. Pour cela, il lui faut cultiver la justice et, lorsque celle-ci connaît des dérives, aller plus loin, vers la fraternité, la sagesse véritable. Car le Dieu de la Bible ne veut pas le malheur de l’homme, mais sa vie et son épanouissement.

Extrait de l’introduction :

Pourquoi une telle violence dans la Bible ? Pourquoi tant d’êtres violents au fil de ses pages ? Pourquoi souvent son Dieu ne cède-t-il en rien aux humains sur ce plan ? Ce sont ces questions qui ouvrent la réflexion proposée dans cet essai. La présence massive de la violence en particulier dans le premier Testament dérange, en effet. À cause d’elle, d’aucuns voudraient que les croyants renvoient ce livre aux oubliettes de l’histoire avec d’autres ouvrages anciens du même genre, comme un sombre témoignage du potentiel destructeur que constitue toute religion. À cause d’elle, des chrétiens préfèrent ignorer des pans entiers de ce livre, qui est pourtant au centre de leur foi et leur est indispensable pour saisir le coeur du message du Nouveau Testament. Le problème n’est pas nouveau, du reste. Car si la tradition juive n’a guère vu dans la violence un obstacle à son étude des Ecritures, il n’en a pas été de même chez les chrétiens. La première «hérésie» n’est-elle pas celle de Marcion qui, dès avant 150 de l’ère commune, rejetait le Testament de la première alliance ? Selon Irénée, il affirmait que «le Dieu qu’ont annoncé la Loi et les Prophètes est un être malfaisant, aimant la guerre, inconstant aussi dans ses jugements et en contradiction avec lui-même».
En réalité, celui qui, avec Marcion, se contente de se scandaliser de la violence qu’il lit dans le premier Testament se dispense à bon compte de penser la question qu’elle soulève. Or, on peut au moins trouver à cette violence un aspect salutaire, ne serait-ce que parce qu’elle peut nous guérir de la tentation de voir la Bible comme un livre religieux véhiculant des vérités à croire, des règles à pratiquer ou des figures édifiantes à imiter. Si, en effet, ce Livre dit et la vie et la mort pour donner à penser et à vivre l’existence humaine sans rien ôter de sa complexité, il est indispensable qu’il parle de la violence. Qui songerait, en effet, à nier que cette complexité est due en bonne partie à la violence que les humains subissent et produisent ? Aussi, en racontant abondamment la violence, en légiférant à son propos, en en faisant l’un des objets de sa prière, le premier Testament ne fait-il que refléter la réalité humaine pour apprendre à la lire, y compris dans ce qu’elle a de révoltant. Et s’il ne craint pas de mêler Dieu à la violence, c’est pour presser le lecteur de se poser la question du rapport entre eux, peut-être aussi – qui sait ? – pour lui apprendre à haïr un Dieu qui serait l’allié de la mort. Mais un allié de la vie ne doit-il pas également déployer parfois une certaine violence ? Car, la Bible l’enseigne aussi : toute violence n’est pas forcément négative.

Biographie de l’auteur

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André Wénin enseigne à l’université de Louvain. Il est notamment l’auteur de L’homme biblique (Cerf), Joseph ou l’invention de la fraternité (Lessius) et récemment, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain. Lecture de Genèse 1,1-12,4 (Cerf).

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CHJRISTIANISME, CLAUDE TRICOIRE (1951-...), EVANGILES, JUDAS DE LANZA DEL VASTO, JUDAS ISCARIOTE (Ier siècle), LANZA DEL VASTO (1901-1981), LITTERATURE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Judas de Lanza del Vasto

Judas

Lanza del Vasto

Paris, Gallimard, 1992. 245 pages

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«Tu savais bien, depuis longtemps, ce qui allait arriver. Pourquoi ne m’as-tu pas empêché ? Pourquoi, quand je mettais avec toi la main au plat, ne m’as-tu pas pris la main, ne m’as-tu pas dit « Ami » […] Pourquoi m’as-tu dit avec impatience : « Va et ce que tu as à faire fais-le » ? Tu voulais me perdre, et, vois, je t’ai entraîné avec moi. Oh Seigneur, tu m’as appelé pour me repousser, […] tu ne m’as pas même fait la grâce d’un regard. Seigneur, oh Seigneur, comme tu m’as trahi.»

C’est ainsi que Judas parle au pied de la Croix où Jésus vit les dernières heures de sa vie terrestre. Ces dernières paroles résument tout le drame de Judas.

Judas l’Iscariote a longtemps été une énigme pour les auteurs chrétiens et aussi non croyants : pourquoi a-t-il trahi Jésus ? Une longue littérature a tenté de dresser un portrait de Judas : des Pères de l’Eglise jusqu’à la première moitié du XXè siècle Judas a été considéré comme « le traitre » et a servi a alimenté la thèse du déicide contre les Juifs et ce n’est qu’après les années cinquante que la figure de Judas a évolué pour en faire un nationaliste déçu par Jésus ou encore un instrument servant la mission du Messie en le trahissant.

Lanza del Vasto écrivant son livre en 1938 nous livre un Judas certes fort peu sympathique mais à l’âme torturé. Après avoir fui le foyer paternel il rencontre Jean le Baptiste qu’il suit au désert. Puis il quitte Jean pour suivre Jésus et les disciples : il fera ainsi parti des douze. Il s’attache à Jésus et tente de conquérir son amitié mais sans résultat car Jésus l’ignore. Envoyé en mission il fait du zèle pour annoncer la Bonne Nouvelle. Lui qui est assoiffé de reconnaissance ne rencontre qu’indifférence auprès de celui dont il voudrait être l’ami. Quand Jésus entre à Jérusalem sur un âne il est dégoutté par cette scène vulgaire. Le moment où Judas décide de trahir Jésus se situe dans la scène où Marie-Madeleine (dont il était l’amant avant qu’elle ne rencontre Jésus et qu’il désire l’avoir pour lui seul) chez Simon le pharisien verse le parfum sur les pieds de Jésus.

A ce moment là il se décide à aller trouver les pharisiens et à mettre au point l’arrestation de Jésus au jardin de Gethsémani. Il se sent délivré : « Tu as toujours voulu m’ignorer : maintenant tu vas devoir t’apercevoir que moi je suis, que moi je suis moi ».  Et pourtant il confessera que Jésus est innocent et souffrant il se pend au figuier qui avait été maudit par Jésus.

En lisant cet ouvrage on s’aperçoit combien l’auteur prend des libertés avec les Evangiles. Il brosse un portait haut en couleur de cet apôtre qui aurait suivi Jean avant de s’attacher à Jésus. L’auteur met dans la bouche même de Judas des paroles prononcées par ce même Jésus, paroles que l’on retrouve certes dans les Evangiles mais dans une perspective tout autre. Si Lanza del Vasto fait de Judas celui qui tenait les comptes de la communauté des douze il en fait également un intellectuel bien supérieur aux pêcheurs de Galilée.

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On peut voir dans cet ouvrage plus qu’un portrait de Judas. Le prétexte est l’occasion d’explorer les aspects de la condition humaine : on voit un être assoiffé de reconnaissance et d’être aimé mais qui par son attitude tortueuse à l’égard de ses semblables court à la catastrophe. Judas nous offre ici un miroir de ce que l’on peut être. L’auteur veut nous dire : Judas c’est moi aussi.

©Claude Trcoire

26 avril 2022.

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The kiss of Judas, detail of Christ’s Capture, detail of the fresco cycle by Giotto, in the Scrovegni Chapel, Padua

Pour aller plus loin : Judas dans la littérature

https://www.evangile-et-liberte.net/elements/archives/129.html

Lanza del Vasto (1901-1981)

Né(e) à : San Vito dei Normanni, Pouilles , le 29/09/1901
Mort(e) à : Elche de la Sierra, Espagne , le 05/01/1981

Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte, né Giuseppe Giovanni Luigi Maria Enrico Scansa-Lanza, dit Joseph Lanza del Vasto, connu sous le patronyme de Lanza del Vasto, est un philosophe italien.

Issu d’une famille aristocratique du sud de l’Italie, il étudie à Paris au lycée Condorcet, en 1913. Il s’inscrit à la rentrée 1920 en faculté de philosophie à l’Institut royal d’études pratiques supérieures et de perfectionnement de Florence puis en 1921 à celle de Pise où il soutient en 1928 une thèse de doctorat en philosophie.

En décembre 1936, Lanza part en Inde. Au centre de ce voyage, la rencontre décisive avec Gandhi, en 1937, qui lui donne un nouveau nom : « Shantidas », serviteur de paix. Il est reçu pour un mois comme novice dans un monastère mahayana.

Il est à Paris le 10 juillet 1939 au moment où la Seconde Guerre mondiale éclate. Six semaines plus tard, il part pour la Suisse.
En octobre 1943, il revient s’installer à Paris quand Le Pèlerinage aux sources, récit de son voyage en Inde paru chez Denoël, trouve son public et rencontre le succès.

En 1948, il épouse Chanterelle Gibelin, chanteuse et instrumentiste. C’est alors qu’avec des amis qui ont l’habitude de se réunir chez lui, le couple installe, sur le modèle de l’ashram, une première « Communauté de l’Arche » en Saintonge, au lieu dit Tournier, sur la commune de La Genétouze.

En 1963, la Communauté, à laquelle il se dévouera pendant trente-trois ans, délivrant dans le monde entier un message de sagesse et de paix, se transfère dans les Cévennes biterroises, à Roqueredonde.

Militant de la paix chrétien, poète, sculpteur et dessinateur, il a été un précurseur des mouvements de retour à la nature.

site : https://www.lanzadelvasto.com/fr

DROIT DE MOURIR DANS LA DIGNITE, ERWAN LE MORHEDEC, EUTHANASIE, FIN DE VIE EN REPUBLIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MEDECINE, MORT, SOCIETE FRANÇAISE, SOCIOLOGIE, SOUFFRANCE, SUICIDE ASSISTE

Fin de vie en République d’Erwan Le Morhedec

Fin de vie en République : avant d’éteindre la lumière

Erwan Le Morhedec

Paris, Le Cerf, 2022. 216 pages.

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Quatrième de couverture.

Quand certains demandent un droit de mourir dans la dignité par l’euthanasie, doit-on considérer dès lors comme indigne la mort naturelle des autres ? Comment en sommes-nous arrivés à un tel paradoxe ?

À la fois libelle et enquête, le livre-évènement d’Erwan Le Morhedec force à regarder les choses en face : si l’euthanasie et le suicide assisté sont légalisés, les valeurs fondamentales de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent l’humanisme républicain de notre société seront corrompues. Cette loi soumettra des êtres parvenus au stade ultime de la vulnérabilité aux pressions conjointes de la société, de la médecine et de l’entourage. Elle oblitérera la latitude de jugement des soignants et des familles, les placera face à des contradictions et des dilemmes insurmontables, les forcera à la désincarnation pour faire d’eux un instrument fatal.

Mais cet ouvrage essentiel n’est pas que percutant. Il est aussi convaincant en raison de l’investigation de terrain qui le fonde. C’est auprès des soignants, des malades et de leurs proches, dans les établissements de soins palliatifs, qu’Erwan Le Morhedec est allé recueillir, au cours d’heures d’entretiens, les témoignages de situations réelles.

La France est-elle prête à tant d’aubes lugubres ?

Recension dans le journal La Croix

Avocat, blogueur sous le nom de Koz, chroniqueur à La Vie, Erwan Le Morhedec est l’auteur remarqué d’Identitaire – Le mauvais génie du christianisme. Membre du comité scientifique du collectif « Plus digne la vie » depuis 2008, il a accompagné plusieurs associations de soins palliatifs.

 Euthanasie : la plaidoirie contre un « saut mortifère » d’un avocat engagé. Dans un essai sur la fin de vie, l’avocat Erwan Le Morhedec, bien connu de la sphère catholique, se positionne fermement contre l’euthanasie. Une fausse liberté mais une véritable violence, à ses yeux.

« Je refuse de croire que la France soit prête à faire ce saut mortifère entre tous », écrit Erwan Le Morhedec dans l’introduction de son livre, Fin de vie en République (1). Ce « saut mortifère », c’est la légalisation de l’euthanasie. L’ouvrage est né d’un électrochoc : le vote, le 8 avril 2021, par une large majorité des députés, du premier article de la loi dite « Falorni », instituant une aide médicale à mourir. « Le 9 avril 2021 au matin, j’ai compris que je ne pourrais pas me réveiller un jour dans un pays qui administrerait la mort à ses malades comme gage de sa compassion sans en souffrir un divorce profond. »

 Est-ce parce qu’il est avocat, justement ? L’auteur signe un plaidoyer en forme de plaidoirie en s’appliquant à montrer « le coup » que porterait une légalisation de l’aide à mourir « au pacte social français » et ses valeurs de liberté, égalité, fraternité.

Une fausse liberté

Pour cela, il détricote les arguments pro-euthanasie. La France « serait prête », montrent les sondages, estimant que 93 % des Français voudraient qu’on légalise l’euthanasie ? Formulez les questions autrement et « les évidences défaillent », écrit l’auteur, précisant que parmi ceux qui se prononcent, peu connaissent vraiment les dispositions de la loi Claeys-Leonetti encadrant actuellement la fin de vie. Paralysés par l’émotion de cas particuliers tragiques (comme l’affaire Vincent Lambert), confrontés à une alternative réductrice (mourir dans d’atroces souffrances ou rapidement), est-il si étonnant que « nous soyons portés à éliminer dans un même mouvement la souffrance et le souffrant » ?

Autre argument détricoté : choisir sa mort serait une ultime liberté ? Pourtant, est-on libre lorsque l’on est affaibli ? Lorsqu’on dépend des autres ? Lorsqu’on a l’impression que mourir soulagera sa famille ? Est-on libre quand on a mal ? interroge l’auteur, dont l’essai est nourri de rencontres avec des spécialistes des soins palliatifs. Il y a de l’ambivalence dans les demandes de mort, rappelle-t-il. « Je veux mourir », comme « je veux que ça s’arrête », signifient le plus souvent « je ne veux plus souffrir » ou « je ne veux plus vivre… de cette manière-là ». Il plaide donc pour une prise en charge efficace de cette souffrance, où se joue souvent l’accompagnement de fin de vie. L’euthanasie est une liberté fantasmée et une violence véritable, écrit Erwan Le Morhedec. Pour le patient (« elle opprimera les plus faibles, les plus pauvres, les plus seuls »), ses proches, les soignants.

Pour le développement des soins palliatifs

L’auteur s’oppose ensuite à ceux qui estiment que légaliser l’euthanasie serait une mesure égalitaire, en ne réservant plus l’aide médicale à mourir aux seules personnes pouvant aller en Belgique ou en Suisse ; puis aux défenseurs d’une mesure fraternelle, compassionnelle. D’abord, parce que, loin des chiffres brandis par les associations, seule une vingtaine d’étrangers vont mourir en Belgique, chaque année.

Ensuite, parce que la « véritable exigence d’égalité », de fraternité, serait de lutter pour le développement des soins palliatifs et leur accès universel, plaide-t-il. La mesure est certes défendue par les partisans de l’aide à mourir, qui estiment que soins palliatifs et euthanasie ne sont pas incompatibles… Pas si simple, pour Erwan Le Morhedec, qui décrit comment la culture palliative a été « balayée » dans certains pays ayant franchi le pas de la légalisation.

La crainte des dérives

Surtout, l’auteur alerte sur les dérives. Il pointe le modèle belge, si souvent cité en exemple par les députés français. Si le royaume a mis en place une commission de contrôle des actes d’euthanasie, celle-ci semble bien complaisante, comprend-on à la lecture. C’est comme si l’instance, censée agir comme un « filtre » entre les médecins et les autorités judiciaires se comportait davantage comme un « bouclier ».

Bien connu dans les milieux catholiques pour ses interventions et son influence sur les réseaux sociaux (où il porta longtemps le pseudonyme de Koztoujours), Erwan Le Morhedec martèle : c’est en tant que citoyen qu’il s’exprime ici. « Mes arguments n’empruntent rien à la foi », répond-il à qui voudrait le réduire à ses convictions. La fin de vie est simplement le débat qui lui tient probablement « à cœur avec le plus de constance, depuis 25 ans ». L’euthanasie n’a rien pour se parer des couleurs républicaines. « Nous avons un autre chemin à emprunter (…) et c’est encore possible », espère-t-il.

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Euthanasie-plaidoirie-contre-saut-mortifere-dun-avocat-engage-2022-01-06-1201193414