LIVRES - RECENSION, HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, ANJOU, FRANCE, GUERRE DE CENT ANS (1337-1453), MOYEN AGE, PROVENCE, ANGERS (Maine-et-Loire), HISTOIRE, YOLANDE D'ARAGON, LA REINE OUBLIEE, YOLANDE D'ARAGON (1381-1442), YOLANDE D'ARAGON, LA REINE QUI A GAGNE LA GUERRE DE CENT ANS

Yolande d’Aragon, la reine oubliée

Yolande d’Aragon : la reine qui a gagné la Guerre de Cent Ans

Gérard de Senneville

Paris, Perrin, 2008. 384 pages.

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Résumé

Une des premières femmes politiques, figure emblématique de la guerre de Cent Ans.

Dans la fresque de la guerre de Cent Ans, deux figures féminines tiennent le premier plan : Jeanne d’Arc et Isabeau de Bavière, ou la lumière de la libération de la France contre les années honteuses de l’invasion et du traité de Troyes.
On oublie ainsi un personnage capital, à la fois ennemie implacable d’Isabeau pendant vingt-deux ans et soutien indispensable à l’aventure de Jeanne d’Arc : Yolande d’Aragon.
La fille de Jean d’Aragon fut une ravaudeuse de royaumes. En Anjou, en Provence, en Sicile et dans le royaume croupion qu’est devenue la France, elle agit en femme d’Etat, maniant l’argent, les promesses et la hache, mettant son habileté diplomatique au service de la paix contre la guerre, de la France rétablie contre une marqueterie de fiefs rivaux.

Gérard de Senneville, dont les biographies de Maxime Du Camp et de Théophile Gautier ont été remarquées, reconstitue avec talent l’action et la grandeur de cette princesse qui mérite autant que son gendre, Charles VII, le surnom de  » victorieuse « .

Critique

Cet ouvrage est une excellente biographie de la mère du roi René, Yolande d’Aragon. La Reine Yolande est pourtant restée dans l’ombre car elle fut éclipsée par la figure de Jeanne d’Arc dans l’historiographie française. En effet celle que l’on qualifia comme « le seul homme du Royaume » pour son rôle très actif pendant la Guerre de Cent Ans en soutenant, en dépit des circonstances, le futur Charles VII, réussit à tenir tête à la reine de France Isabeau de Bavière, à réconcilier les Armagnacs (fidèle au dauphin Charles réfugié à Bourges) et les Bourguignons (alliés du roi d’Angleterre) tout en s’occupant de ses terres d’Anjou et de Provence.

Il n’existe aucun portrait de cette reine exceptionnelle hormis un vitrail dans la cathédrale du Mans. Si le roi René bénéficie d’une aura bien supérieure à ses qualités d’homme d’Etat, tant en Anjou qu’en Provence, il n’en n’est pas de même pour Yolande d’Aragon : en effet aucune statue en Anjou ni en Provence ne rappelle la mémoire de celle qui par son intelligence politique et son courage à toute épreuve réussit à unir les Français pour mettre fin à la Guerre de Cent Ans au profit du roi Charles VII sans pour autant délaisser ses terres angevines et provençales.

Il est donc juste de rendre hommage à la Reine Yolande d’Aragon

©Claude Tricoire

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Yolande d’Aragon (morte en 1442)

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Yolande d’Aragon,
vitrail du bras nord du transept de la cathédrale Saint-Julien du Man

Yolande d’Aragon, duchesse d’Anjou, née en 1381 à Saragosse et morte le 14 novembre 1442 près de Saumur, fille de Jean Ier, roi d’Aragon et de Yolande de Bar, fut duchesse d’Anjou, comtesse du Maine et de Provence, reine de Naples et Jérusalem titulaire et dame de Guise.

Famille

Yolande d’Aragon naît en 1381 à Saragosse. Elle est promise à l’héritier d’Anjou, Louis (qui avait accédé au trône de Naples sous le nom de Louis II de Naples un an plus tôt, à la suite de la conquête de Naples) en 1390 pour résoudre les revendications contestées sur le royaume de Sicile et Naples entre les maisons d’Anjou et d’Aragon, et se maria avec lui le 2 décembre 1400 en la cathédrale Saint-Trophime d’Arles :

Ils eurent six enfants :

Louis III (1403 † 1434) – duc d’Anjou, comte de Provence, roi titulaire de Naples

Marie (1404 † 1463) – épouse de Charles VII, roi de France avec qui elle eut quatorze enfants, dont l’aîné devint Louis XI de France

? (1406), une fille, morte en enfance

René (1409 † 1480) duc de Bar, duc de Lorraine, duc d’Anjou, comte de Provence, roi titulaire de Sicile, de Naples, de Jérusalem et d’Aragon; épouse Isabelle Ire, duchesse de Lorraine

Yolande (1412 † 1440), épouse de François Ier, duc de Bretagne

Charles (1414 † 1472), comte du Maine (ne fut jamais duc d’Anjou, mais son fils le fut)

 

Prétentions au trône d’Aragon

Yolande d’Aragon joua un rôle important dans la politique de l’« Empire » angevin, de la France et de l’Aragon, pendant la première moitié du xve siècle. Fille survivante du roi Jean Ier d’Aragon roi, qui n’avait pas de fils, elle réclama le trône d’Aragon après la mort de sa sœur aînée Jeanne, comtesse de Foix.

Pourtant, les lois de succession d’Aragon et de Barcelone n’étant pas claires, elles furent comprises en faveur des héritiers mâles : ainsi l’oncle de Yolande (frère cadet de Jean Ier), Martin Ier d’Aragon, hérita du trône d’Aragon. Martin mourut sans descendance en 1410, et après deux ans d’interrègne, les États d’Aragon élurent Ferdinand d’Antequera comme nouveau roi d’Aragon. Ferdinand était le second fils d’Éléonore d’Aragon, reine de Castille, sœur de Jean et de Martin.

Le candidat angevin était le fils aîné de Yolande, Louis III d’Anjou, duc de Calabre, dont la revendication reposait dans le Pacte de Caspe. Yolande et ses fils se considéraient comme héritiers prioritaires et commencèrent à utiliser le titre de « rois d’Aragon ». À cause de cet héritage, Yolande fut appelée « reine de quatre royaumes », ces royaumes étant probablement la Sicile, Jérusalem, Chypre et Aragon (une autre interprétation sépare Naples de la Sicile et exclut donc Chypre).

De toute façon, la réalité était que Yolande d’Aragon et sa famille ne possédèrent des territoires dans ces royaumes qu’à de très courts intervalles. Jérusalem n’a d’ailleurs jamais été en leur possession. Leur véritable royaume se réduisait aux fiefs d’Anjou en France : ils possédèrent sans conteste la Provence et l’Anjou, le Maine, la Touraine et le Valois.

René d’Anjou, fils aîné de Yolande d’Aragon, fut choisi comme héritier par le cardinal-duc de Bar et devint par mariage duc de Lorraine.

 La France et la maison d’Anjou

Issue d’un fils du roi de France Jean le Bon, la seconde maison d’Anjou-Provence constitue donc un rameau de la dynastie royale des Valois.

Dans la seconde période de la guerre de Cent Ans, Yolande d’Aragon prit parti pour la dynastie de Valois représentée par le roi de France, Charles VI, défendue par le parti des Armagnacs, durant la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

La reine Isabeau de Bavière, épouse du roi Charles VI, influencée par le duc de Bourgogne Jean sans Peur, combattit l’accession au trône du royaume de France de son dernier fils, le futur dauphin Charles de Ponthieu.

On dit que Yolande d’Aragon fut celle qui protégea l’adolescent de toutes sortes de machinations et tentatives d’empoisonnement et qu’elle joua le rôle de mère. Elle le fiança en 1413 à sa fille Marie d’Anjou . Pour éviter les menaces que faisaient peser les Bourguignons à Paris, elle emmena les jeunes fiancés âgés de dix ans, au début de 1414, dans ses duchés d’Anjou et de Provence.

Yolande_Aragon_Vierge_Enfant

Yolande d’Aragon et deux de ses enfants en prière devant la Vierge à l’Enfant. Enluminure anonyme dans le Juratoire et livre des fondations de la chapelle royale du gué de Maulny dans le Maine, ms. 691, fo 16, Bibliothèque municipale, Le Mans.

Le 18 décembre 1415, le dauphin Louis de Guyenne, frère aîné de Charles de Ponthieu meurt. Il est suivi dans la mort le 4 avril 1417 par Jean duc de Touraine, son deuxième frère, devenu dauphin à son tour : ces deux frères aînés avaient été placés sous la protection de Jean sans Peur, ce dernier multipliant les intrigues pour accéder au pouvoir au conseil de régence, du fait de la carence du roi Charles VI, atteint de démence et de la jeunesse des dauphins.

Le 4 avril 1417, Charles de Ponthieu devient le nouveau dauphin de France. Le 29 avril 1417, Louis II d’Anjou meurt de maladie, laissant Yolande, alors âgée de 36 ans, responsable de la maison d’Anjou. Elle tient également le sort de la maison royale des Valois dans ses mains. Son futur gendre, le dauphin Charles est très vulnérable face aux desseins du roi d’Angleterre Henri V et de Jean sans Peur. Le dauphin Charles de Ponthieu ne peut compter que sur le support de la maison d’Anjou et du parti des Armagnacs .

Après l’assassinat de Jean sans Peur à Montereau en 1419, son fils Philippe le Bon devient duc de Bourgogne. Philippe le Bon et Henri V d’Angleterre imposent le traité de Troyes (21 mai 1420) au roi Charles VI. Le traité désigne le roi Henri d’Angleterre comme régent de France et héritier de la couronne de France: Le dauphin Charles de Ponthieu est donc déshérité par le biais de ce traité inique, mais il refuse de le ratifier et se déclare seul et unique héritier du trône de France.

Le 22 avril 1422, Marie d’Anjou, fille aînée de Yolande d’Aragon, se marie en la cathédrale de Bourges avec le dauphin Charles de Ponthieu.

Henri V et Charles VI meurent tous deux en 1422 (respectivement le 31 août et le 21 octobre). Charles, alors âgé de 19 ans, devient légitimement roi de France, sous le nom de Charles VII. Ce titre est contesté par les Anglais et leurs alliés bourguignons qui soutiennent la prétention au trône de France du jeune fils de feu Henri V, le roi Henri VI d’Angleterre âgé de neuf mois.

Bien que princes du sang, les ducs d’Anjou n’apportent pas nécessairement un soutien inconditionnel au roi Charles VII. D’une part, le duc Louis III d’Anjou se consacre à sa guerre italienne afin d’acquérir le titre de roi de Naples et de Sicile ; en conséquence, il confie le gouvernement du duché d’Anjou à sa mère Yolande d’Aragon, duchesse douairière, par un acte daté du 1er juillet 1423. D’autre part, en dépit d’une tradition présentant la belle-mère du roi de France comme « l’ange gardien » de son beau-fils et de Jeanne d’Arc, Philippe Contamine nuance la question en notant que la reine de Sicile « défendait prioritairement (…) ses intérêts et les intérêts de [l]a maison [d’Anjou] — des intérêts complexes et pas toujours convergents ; dans une large mesure, en raison des circonstances, ces intérêts, non sans nuance, recouvraient ceux de Charles VII. ».

 Conseillère du roi de France

Yolande joua un rôle important dans cette lutte, entourant le jeune roi de conseillers et domestiques de la maison d’Anjou. Elle manœuvra pour que le duc de Bretagne rompe son alliance avec l’Angleterre et fit nommer Arthur de Richemont, futur Arthur III de Bretagne, membre de la famille ducale bretonne, connétable de France en 1425. Le duc de Bourgogne Philippe le Bon avait mis comme condition formelle à l’admission de son beau-frère, le comte de Richemont, au connétablat de France, l’élimination de tous les conseillers du roi Charles VII ayant participé de près ou de loin à l’assassinat de Jean sans Peur sur le pont de Montereau en 1419. Avec l’aide du connétable de Richemont, Yolande applique donc le renvoi de plusieurs proches conseillers de Charles VII. Cette éviction ne provenait donc pas directement de la volonté de Yolande d’Aragon, mais des nécessités liées à la raison d’État. Les historiens rapportent que le roi s’en sépara à grand regret et qu’il conserva toute sa confiance et toute son amitié à ceux qui l’avaient bien servi, détruisant ainsi la légende de l’éviction de conseillers incapables répandue par les chroniqueurs bourguignons, auxquels succédèrent comme favoris, Pierre II de Giac (ex-bourguignon, rallié à Charles VII), et Le Camus de Beaulieu (tous deux mourront en 1427, à l’instigation du connétable de Richemont).

Dans le cadre géopolitique d’une diplomatie de stabilisation de la frontière commune entre les duchés d’Anjou et de Bretagne, Yolande d’Aragon cherche à marier son fils, le duc Louis III d’Anjou, à Isabelle, fille du duc Jean V de Bretagne. Parallèlement, la reine de Sicile tente d’imposer le principe de cette alliance à son gendre Charles VI.

Un contrat, rédigé à Angers le 3 juillet 1417, vise à entériner l’alliance entre les maisons de Bretagne et d’Anjou grâce à un projet d’union entre le duc Louis III d’Anjou, fils de Yolande d’Aragon, et Isabelle de Bretagne, fille du duc Jean V. Toutefois, les rapports diplomatiques se tendent lorsque l’engagement est finalement rompu par Louis III d’Anjou, désireux d’épouser Marguerite de Savoie pour affermir sa position dans le cadre de ses ambitions vis-à-vis du royaume de Naples. Conséquemment, Jean V de Bretagne marie sa fille Isabelle à Guy XIV de Laval en 1430, d’où une grave tension entre les deux duchés voisins.

Yolande d’Aragon se présente comme le « lieutenant général » de son fils Louis III retenu en Italie mais le duc d’Anjou — essentiellement préoccupé par sa couronne napolitaine — n’approuve pas systématiquement les démarches politiques de sa mère. Or la politique de Yolande d’Aragon finit par coïncider avec celle du grand chambellan Georges Ier de La Trémoille sur la question relative à la réconciliation entre le royaume de France et le duché de Bretagne. Déjà associé à une précédente tractation matrimoniale entre les lignées angevine et bretonne en 1425, Jean de Craon permet au grand chambellan d’organiser une rencontre avec le duc Jean V au château de Champtocé du 22 au 24 février 1431.

Lors de la rencontre au château de Champtocé le 24 février 1431, le comte Guy XIV de Laval — futur gendre du duc Jean V — se voit remettre une certaine somme par son suzerain breton afin d’amener des gens d’armes et de trait à Charles VII. Jean V de Bretagne paye également Xaintrailles — allié du grand chambellan — pour qu’il accompagne le comte de Laval auprès du roi en vue de poursuivre la guerre. Le médiéviste Philippe Contamine observe que « par des moyens obliques, il s’agissait donc de ramener le duc de Bretagne dans la guerre française. Or, nous savons que telle avait été l’idée de Jeanne d’Arc, l’année précédente. ».

En mai 1431, dans l’île de Béhuard près d’Angers, le duc de Bretagne et Yolande d’Aragon assistent au serment prêté par leurs fils respectifs, le comte François de Montfort et Charles d’Anjou, de se comporter en « frères d’armes. » Célébré en août 1431, le mariage entre Yolande († 1440), fille de Yolande d’Aragon, et François de Montfort, fils du duc Jean V de Bretagne, renforce les liens entre les deux lignages. Cette union est approuvée par Charles VII mais le souverain refuse toujours de voir Arthur de Richemont revenir aux affaires, bien qu’il consente à un compromis visant à aplanir les différends entre le grand chambellan et le connétable.

Le 3 juin 1433, l’arrestation et l’enlèvement du grand chambellan Georges de La Trémoille permet au « parti angevin » de retrouver son influence par le biais du jeune Charles IV du Maine, fils de Yolande d’Aragon et nouvel homme fort à la cour de Charles VII.

Le chroniqueur contemporain Jean Jouvenel des Ursins décrivit Yolande comme « la plus belle femme du royaume ». Charles de Bourdigné, chroniqueur de la maison d’Anjou, dit d’elle « Elle était considérée comme la plus sage et la plus belle princesse de la chrétienté ». Plus tard, le roi Louis XI affirma que sa grand-mère avait « un cœur d’homme dans un corps de femme ».

Yolande finit par se retirer à Angers puis à Saumur où elle meurt le 14 novembre 1442. Elle est inhumée dans le chœur de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers où elle rejoint son époux Louis II d’Anjou.

Yolande_d'Aragon_Vibert_1843

Une fameuse rose pourpre lui a été dédiée par Vibert en 1843, baptisée ‘Yolande d’Aragon’.

Chronologie

1381 : le 11 août, Yolande naît à Saragosse, Aragon

1400 : en décembre, Yolande épouse Louis II d’Anjou à Arles

1410 : mort du roi Martin Ier d’Aragon

1412 : le fils de Yolande, Louis, conteste le trône d’Aragon, mais son parent Ferdinand Ier de Trastamare devient roi

1413 : Louis II d’Anjou rejoint la faction orléaniste contre les Bourguignons

1413 : fiançailles entre Marie d’Anjou et futur Charles VII

1414 : en février, Yolande emmène ces futurs époux en Anjou, sans laisser sa fille dans la capitale dangereuse, notamment menacée par les Bourguignons

1417 : Yolande devient veuve le 29 avril. Elle rejette la demande de la reine Isabeau de renvoyer Charles (devenu dauphin après la mort de ses frères) à la cour. On rapporte qu’elle répondit Nous n’avons pas nourri et chéri celui-là pour que vous le fassiez mourir comme ses frères, devenir fou comme son père ou devenir anglais comme vous. Je le garde près de moi. Venez le prendre si vous l’osez.

1417 : le 29 juin, Yolande obtient une audience de Charles VI et le pousse à signer le décret faisant de son fils le lieutenant-général du royaume. Isabeau ne peut ainsi plus prétendre à être régente. Yolande se retire en Provence.

1423 : Yolande revient de Provence. Elle met en route le premier traité avec la Bretagne.

1424-1427 : Yolande préside les États-généraux. Elle signe un traité avec le duc de Bretagne et engage le frère du duc, Arthur de Richemont à supporter la cause des Valois.

1427 : le régent anglais, le duc de Bedford, veut prendre le duché d’Anjou. Yolande riposte par une série de rencontres et d’accords de mariage entre plusieurs familles nobles, ce qui sape les initiatives anglaises et bourguignonnes et soutient la couronne. Des désaccords entre la Trémoïlle, un conseiller de Charles VII et le connétable Richemont conduisent au bannissement de Richemont.

1429 : Yolande est chargée d’une des enquêtes sur Jeanne d’Arc que soutient la duchesse. Yolande arrange le financement de l’armée de Jeanne qui part au secours d’Orléans.

1431 : Yolande réside à Saumur où Charles VII tient son assemblée. La plus jeune fille de Yolande épouse le prince héréditaire de Bretagne. Son fils hérite du duché de Lorraine mais est fait prisonnier à la bataille de Bulgnéville le 30 juin 1431.

1433 : Richemont qui était de retour à la cour depuis 1432 fait tomber La Trémoïlle. Le plus jeune fils de Yolande, Charles, comte du Maine, assume la position de conseiller en chef du roi Charles.

1434 : le fils de Yolande, Louis III d’Anjou, meurt et René devient duc d’Anjou et héritier en Sicile. La reine Jeanne de Sicile avait fait Louis III corégent et héritier.

1437 : René est libéré en échange d’une importante rançon. Il part pour l’Italie en 1438 et engage une guerre contre Alphonse d’Aragon pour le royaume de Naples. Il est forcé d’abandonner Naples durant l’été 1442.

1442 : le 14 novembre, Yolande meurt à Saumur en l’hôtel du seigneur de Tucé. Dans son testament, elle s’excuse [à ses serviteurs] de ne rien laisser, « ni or, ni objets précieux, ni vaisselle, ni meubles », après avoir dépensé tous ses biens, en faveur de ses enfants et surtout de son gendre Charles VII.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yolande_d%27Aragon_(morte_en_1442)

ANEANTIR, ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES - RECENSION, MICHEL HOUELLEBECQ (1956-...), MISERE DE L'HOMME SANS DIEU

Michel Houellebecq et son oeuvre

Michel Houellebecq et son oeuvre

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Misère de l’homme sans Dieu

Michel Houellebecq et la question de la foi

Avec un entretien de Michel Houellebecq par Agathe Novak-Lechevalier

Paris, Champs/Essais. 2022. 384 pages

Édition dirigée par : Caroline Julliot, Agathe Novak-Lechevalier

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Michel Houellebecq est-il un écrivain-prophète ? En quoi La Possibilité d’une île réinterroge-t-elle l’existence du divin ? Comment l’islam est-il perçu dans Plateforme et Soumission ?
Scientifique de formation, positiviste par conviction, l’écrivain semble avoir cru un moment que la science pourrait se substituer aux religions traditionnelles. Et pourtant, toute son œuvre est hantée par cette question, héritée d’Auguste Comte, de la religion comme unique ciment possible du corps social.
Cet ouvrage, auquel ont participé plusieurs spécialistes de Michel Houellebecq, se donne pour but de sonder l’horizon religieux de son œuvre. À l’évidence, religion et littérature apparaissent comme deux espaces de résistance face à la perte de sens qui afflige le monde contemporain. Et si la littérature, en proposant d’atteindre une forme de vérité, nous permettait d’accéder à une certaine transcendance ?

Anéantir

Michel Houellebecq

Paris, Flammarion, 2022. 730 pages

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On retrouve dans Anéantir (Flammarion, 2022) les « essentiels » de Michel Houellebecq : ironie, cynisme, réflexion sur la mort, la peur et l’amour. Mais le roman accorde également une place centrale à la question de la foi. Il trouve dans Misère de l’homme sans Dieu, un ouvrage collectif paru de façon concomitante, un éclairage idoine. Le syncrétisme païen pratiqué par Prudence, la femme du personnage principal, Paul Raison, s’inscrit ainsi pleinement dans les nombreuses tentatives religieuses qu’abordent les différents romans de Houellebecq et qui sont finement analysées dans un article de Peter Frei. L’agnosticisme de Paul, symptôme d’une « obsolescence du catholicisme » décryptée par Yann Raison du Cleuziou, gagne en densité. L’étude de la religiosité très affirmée de Cécile, la sœur de Paul, en face de laquelle ce dernier demeure tout du long circonspect, sinon amusé, permet d’abonder en ce sens : Anéantir est d’abord un livre religieux. La fin tragique de Paul sonne d’autant plus comme un appel à revigorer l’existence avant qu’il ne soit trop tard. L’impossibilité d’avoir la foi et le sentiment de manque qui en résulte sont au cœur de l’œuvre de Houellebecq et au centre de son dernier roman Anéantir.

Anéantir

Anéantir est le huitième roman écrit par Michel Houellebecq, paru le 7 janvier 2022 aux éditions Flammarion.

Tiré à 300 000 exemplaires, le livre de 730 pages est relié avec une couverture cartonnée. C’est l’auteur qui a choisi une présentation de luxe1. Plus de 75 000 exemplaires de l’œuvre sont vendus au cours du premier week-end suivant sa parution, ce qui en fait d’emblée un succès commercia.

 

Résumé

L’intrigue débute au mois de novembre 2026, quelques mois avant le début de l’élection présidentielle de 2027. Le personnage principal, Paul Raison, fonctionnaire auprès du Ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, âgé d’une quarantaine d’années, travaille au cabinet du ministre Bruno Juge, avec lequel il entretient également des liens d’amitié. Le climat politique est marqué par des attentats terroristes, qui épargnent dans un premier temps les vies humaines. Ceux-ci sont extrêmement sophistiqués et font appel à des moyens militaires importants, sans que cela soit aisément possible d’évaluer les motivations profondes des auteurs.

Le père de Paul, Edouard Raison, est un ancien membre des services secrets.

Paul entretient des liens distants avec sa femme Prudence, également fonctionnaire. Paul a une sœur catholique pratiquante, Cécile, qui est mariée à un notaire au chômage, Hervé. Le couple habite à Arras et vote ouvertement pour le Rassemblement national. Enfin, Paul a un petit frère, Aurélien, qui travaille comme restaurateur d’œuvres d’art au ministère de la culture et est marié à une femme détestable nommée Indy.

 

Personnages

Bastien Doutremont : un informaticien quadragénaire travaillant à la DGSI

Fred : un informaticien quadragénaire travaillant à la DGSI

Bruno Juge : le Ministre de l’Économie et des Finances, et du Budget

Paul Raison : un fonctionnaire du Ministère de l’Économie et des Finances, et du Budget

Prudence : une fonctionnaire de la direction du Trésor, la compagne de Paul Raison

Édouard Raison : le père de Paul Raison

Madeleine : la compagne d’Édouard Raison

Suzanne Raison : la mère de Paul Raison, restauratrice d’art

Cécile Raison : la sœur de Paul Raison (et fille d’Édouard et Suzanne Raison)

Hervé : époux de Cécile Raison, et notaire au chômage

Anne-Lise : fille de Cécile Raison et de son époux Hervé

Aurélien Raison : le frère de Paul Raison (et fils d’Édouard et Suzanne Raison), restaurateur d’art

Véronique : ancienne compagne de Paul Raison

Maryse : aide-soignante béninoise

Remarques sur l’intrigue, les personnages et les lieux

Le personnage de Bruno Juge, Ministre de l’Économie et des Finances, et du Budget, fait probablement référence à Bruno Le Maire (Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance au moment de la parution du roman). Bruno Le Maire, qui revendique être l’un des proches de Michel Houellebecq, a en octobre 2021 révélé quelques éléments de l’intrigue du roman encore à paraître.

L’auteur a commis une erreur sur l’âge du père de Paul : « Son père avait soixante-dix-sept ans… » (page 64) or plus tard on apprend qu’il est né en 1952 (page 109). A ce moment du récit, l’intrigue a lieu fin décembre 2026, le père de Paul ne peut donc pas avoir plus de 74 ans.

Une grande partie de l’intrigue se déroule dans le quartier de Bercy à Paris, où réside le héros, Bruno, et comporte parfois quelques erreurs mineures de topographie, comme l’emplacement de la rue Lheureux que l’auteur situe à tort sur le parc de Bercy.

 «Anéantir» de Michel Houellebecq, le testament du bourgeois blanc

Les 736 pages du huitième roman de l’écrivain seront disponibles en librairie dès le 7 janvier.

Dans une rencontre avec Michel Houellebecq publiée par Le Monde, la seule accordée par l’auteur à l’occasion de la sortie d’Anéantir, on apprend que deux portraits ornaient le bureau sur lequel l’auteur a rédigé son huitième roman. Une photo de Bruno Le Maire et une autre de Carrie-Anne Moss, l’interprète de Trinity dans la saga Matrix.

Deux inspirations qu’on retrouve explicitement dans Anéantir, et qui reflètent le grand écart auquel on assiste le long de ces sept cents pages qui se présentent d’abord, brièvement, comme un polar d’espionnage, avant de se laisser complètement aller à leur nature houellebecquienne, dodelinant entre inspection acérée de l’intime et considérations générales sur l’état de la France et du monde.

Et c’est lorsque l’auteur se plonge dans ces considérations que, sans surprise au fond, l’aspect Matrix (et non marxiste…) du roman apparaît le plus clairement. Puisqu’à lire ces lignes, empreintes de nostalgies vaguement royalistes, une question s’impose: dans quelle réalité vit Michel Houellebecq ?

 

 Testament d’un monde

Dans la même que nous tous, et c’est cette évidence qui fonde finalement le plus grand intérêt d’Anéantir. Le point de vue qu’exprime l’auteur star de notre époque et de nos contrées est celui d’un homme dépassé par un monde qui change et qui s’interroge. Houellebecq, lui, semble moins se poser des questions qu’asséner des constats fielleux et laisser ses personnages s’enfoncer dans des destins tragiques qui lui semblent inévitables et causés, selon lui, par la société moderne, par les apparats du progrès, les glissements de valeurs ou encore la multiplication d’idéologies ultra spécifiques.

Le portrait du réel, du moins médiatique, est assez fidèle, érudit même. Ce qui gêne ou peut gêner, cependant, au fil des pages de ce roman au style par ailleurs sobre mais parfaitement fluide et maîtrisé, comme toujours chez Houellebecq, c’est l’amertume constante de l’auteur de 65 ans. Ce qu’il nomme plusieurs fois «décadence», le romancier semble en fait le résumer à la fin d’un monde où son espèce, son ethnie, son genre et sa classe sont au centre de tout.

Houellebecq, ses héros et les femmes

Oui, l’homme blanc vieillissant, proche de divers hommes de pouvoir, intellectuel déconnecté du réel non médiatique (les différences de classe sont notamment traitées avec une négligence étonnante, ne s’apitoyer quasiment que sur des personnages bourgeois n’aidant certainement pas), oui, celui-là n’est peut-être plus l’avenir de l’Homme. Anéantir est le testament de ce passé-là.

 

La mort pour terrain d’entente

Un passé réactionnaire au possible et cependant bien présent, bien vivant, bien votant. Il serait bête, inconscient même, de l’ignorer. Qui plus est lorsque ce passé prend la forme d’un roman certes désuet dès sa sortie (les six derniers mois d’actualité politique invalident la plupart des projections du roman dont l’action se déroule en 2026-2027), mais dont le charme se trouve paradoxalement dans cet aspect immédiatement suranné qui fait office d’aveu involontaire.

Un témoignage historique, un document où la littérature, trop rarement peut-être, est capable de surgir et de terrasser à tout moment.

Qui plus est, encore, parce qu’au-delà de ses déambulations critiques, Houellebecq, après deux romans superficiels et loin de son niveau, retrouve ici les hauteurs qui ont été les siennes dans ses premiers romans.

La plupart de ses personnages, le principal en tête, sont profondément touchants, et les deux cents dernières pages, plus universelles que les précédentes, se relèvent aussi dignes que bouleversantes. Dix ans après La Carte et le Territoire, qui lui a valu le prix Goncourt, l’écrivain s’attaque de nouveau au sujet de la mort, mais d’une façon bien plus réaliste et incarnée. Des pages fortes, qui restent, voire qui aident.

 

Témoins les uns des autres

Anéantir n’est pas un roman quelconque. C’est, de bout en bout, un témoignage historique, un document où la littérature, trop rarement peut-être, est capable de surgir et de terrasser à tout moment.

Michel Houellebecq, le mal-aimé des universitaires français

Un livre dont la principale qualité s’exprimera assurément par ce double mouvement pas si paradoxal: il satisfera primitivement les défenseurs du vieux monde, les abrutira même, et fera réagir les autres tout en nourrissant leur connaissance de la psyché nostalgique, cette réalité souvent alternative, qui couve la plupart des débats actuels. En somme: un livre qui pourrait rendre plus intelligents ses opposants naturels. Signe d’un grand roman? D’un grand écrivain en tout cas, oui, sans nul doute.

https://www.slate.fr/story/221604/houellebecq-aneantir-roman-rentree-litteraire

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Les femmes et l’Islam

Les femmes et l’Islam

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Islam et femmes: Les questions qui fâchent 

Ama Lamrabet

Paris, Folio, 2018. 304 pages

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Parler des questions qui fâchent en islam à propos des femmes n’est pas une provocation, mais une nécessité. Il s’agit de clarifier, de rectifier, mais aussi souvent de dénoncer. Clarifier la confusion entre le message spirituel du Coran et l’orthodoxie interprétative institutionnalisée. Rectifier le grand nombre de préjugés sexistes et parfois diffamatoires transcrits dans la tradition musulmane au nom des préceptes divins. Dénoncer ce qu’une culture patriarcale a forgé dans l’esprit des musulmans : la dévalorisation des femmes. Voile, polygamie, inégalité dans l’héritage… Asma Lamrabet inventorie les discriminations imposées aux femmes au nom de l’islam. Car la plupart des interprétations classiques, d’origine médiévale, produits de leur milieu social et culturel, se sont construites à la marge et parfois à l’encontre du Texte sacré, porteur, lui, d’une vision plus égalitaire et ouverte. Nul ne pourra dire désormais qu’il ignorait.

 

 Biographie de l’auteur

?Asma Lamrabet, médecin biologiste, a été coordinatrice d’un groupe de recherche et de réflexion sur les femmes et le dialogue interculturel à Rabat (2004-2007), puis présidente du Groupe international d’études et de réflexion sur femmes et Islam (GIERFI) basé à Barcelone (2008-2010) et, enfin, directrice du Centre des études féminines en Islam au sein de la Rabita Mohammadia des oulémas du Maroc (2011-mars 2018). Elle est l’auteure de plusieurs livres et articles sur le thème de l’islam et des femmes, et donne de nombreuses conférences sur ce sujet à travers le monde

 

 

 

Asma Lamrabet, un regard féminin sur le sacré en Islam

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Asma Lamrabet.(ASMA LAMRABET)

« L’islam au Maroc est conciliant et ouvert. Mais sur la question des femmes, les responsables religieux et politiques, même libéraux ou socialistes, ont un discours machiste archaïque. »

À 54 ans, après un long travail de relecture des « textes sacrés dans une perspective féminine »,Asma Lamrabet a acquis cette conviction : le problème est « idéologique plus que religieux », mais l’ignorance des musulmans facilite cette « instrumentalisation » des textes.

 « Une troisième voie »

Confidentiel au départ, son travail a gagné en notoriété, « mais plutôt dans le monde anglo-saxon ». Elle a même été invitée en Malaisie pour l’un de ces nombreux colloques ou conférences qui réunissent les « féministes musulmanes ». Ce médecin hématologue, spécialiste du diagnostic du cancer chez l’enfant, exerce d’ordinaire le matin à l’hôpital Avicenne de Rabat. L’après-midi, elle répond aux nombreux courriers et demandes d’interviews qu’elle reçoit.

Revers de la médaille, cette publicité accrue lui vaut aussi quelques soucis avec les religieux « conservateurs » qui l’accusent de « réformisme »… « Je propose une troisième voie en m’appuyant à la fois sur le référentiel islamique et la modernité, les droits de l’homme », se borne à leur répondre cette mère d’un garçon, qui sera « bientôt grand-mère ».

 Au coeur du système

L’originalité d’Asma Lamrabet est d’avoir accepté de porter son combat à l’intérieur même du système : en 2011, elle a accepté la proposition d’Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita Mohammadia des oulémas du Maroc – une association d’intérêt général créée par le roi Mohammed VI pour promouvoir un « islam ouvert et tolérant » –, de fonder au sein de cette institution un Centre des études féminines en islam.

« J’ai hésité parce que cela questionne mon indépendance intellectuelle. Dans mes conférences, je suis parfois obligée de préciser que je m’exprime en mon nom propre. Mais de l’autre côté, cela donne de la crédibilité à mon discours », explique-t-elle. Une crédibilité bien utile, par exemple, pour promouvoir « sur le terrain » la réforme du « code de la famille » (Moudawana), décidée en 2004, et qui instaure notamment une nouvelle « coresponsabilité parentale » qui remplace l’autorité du chef de famille…

 « Ma foi me donne envie de changer les choses »

Sa position ne l’empêche pas de soulever quelques tabous. L’an dernier, elle a rappelé que « la mixité dans les mosquées n’était pas un interdit coranique ». Devant le tollé, la Rabita l’a soutenue dans une déclaration écrite. Quelques semaines plus tard, elle a affirmé que le port du voile n’était pas « une obligation » mais « un choix pour les femmes ». « Je ne suis pas une militante. Dans ma vie personnelle, je n’ai rien à revendiquer », explique-t-elle dans sa villa du quartier chic de Souissi, à Rabat. « Mais je le fais pour les autres. Surtout, ma foi me donne envie de changer les choses. »

À ceux qui la soupçonnent de « surfer sur une vague porteuse », ou de ne plus se consacrer assez à ses recherches, elle répond que « critiquer de l’intérieur est plus long et plus compliqué ». « Mais en dix ans, je vois déjà le changement », assure-t-elle, consciente toutefois de la nécessité d’une vraie réforme de l’enseignement religieux au Maroc. « Aujourd’hui, pour la plupart des Marocains, tout ce qui est sacré est intangible », regrette-t-elle.

Et qu’on ne lui parle pas de la création récente des « mourchidates », ces guides féminines de la prière : « Certes, sur le plan symbolique, faire entrer une femme dans l’espace du sacré est un pas en avant. Mais leur formation les cantonne à un discours très basique sur le voile, les ablutions, etc. Ce n’est pas elles qui vont revendiquer l’égalité entre hommes et femmes ! »

 Son inspiration : une quête identitaire

À la fin de ses études de médecine, une « quête identitaire » pousse Asma Lamrabet à revenir « aux sources » de sa foi. « J’avais reçu une éducation très occidentalisée, et ma culture arabo-musulmane était défaillante », reconnaît-elle aujourd’hui. Guidée dans ses lectures par les érudits de sa famille, souvent soufis, elle relit les textes islamiques, leurs interprétations… et prend conscience « du décalage entre ceux-ci et l’interprétation sexiste et discriminatoire qui en est faite ». En Amérique latine, où elle a suivi son mari diplomate, les « croyantes à la fois pratiquantes et modernes » qu’elle rencontre, inspirées par « la théologie de la libération », achèvent de la convaincre de l’importance du travail à mener. En 2002, elle publie – en français – son premier ouvrage Musulmane tout simplement (Éditions Tawhid) dans lequel elle retrace ses découvertes.

 https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Asma-Lamrabet-un-regard-feminin-sur-le-sacre-en-Islam-2014-05-13-1149405

 

Que dit le Coran de la femme?

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, mercredi 8 mars, « La Croix » décrypte le rôle accordé à la femme dans le Coran. Un sujet qui provoque aujourd’hui de nombreux débats.

Mahrukh Arif et Mélinée Le Priol, 

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Une femme priant à la mosquée Nasir-al-Molk à Chiraz en Iran, en mars 2016.SILVER-JOHN – FOTOLIA

Si l’une des 114 sourates du Coran est bien consacrée aux femmes de manière explicite (la quatrième, dite sourate des femmes, « An-nisâ »), une large partie du texte sacré de l’islam parle de l’être humain en général, sans précision de genre.

Omero Marongiu-Perria, sociologue spécialiste de l’islam en France (1), rappelle ainsi que le Coran recourt souvent au mot arabe « zawj », qui signifie aussi bien homme que femme, époux qu’épouse. « L’usage de ce terme a amené certains théologiens musulmans à dire que la personne humaine est indéterminée à la base, mais comme revêtue d’une enveloppe corporelle genrée », explique ce chercheur. Selon le Coran, l’homme et la femme naissent en effet « d’une âme unique » (4 : 1).

Par ailleurs, comme le précise l’imam Mohammed Azizi, aumônier régional des hôpitaux d’Île-de-France, Eve n’est pas plus responsable du péché originel qu’Adam, selon le Coran (2:36). « L’interprétation punitive n’existe pas en islam, explique-t-il. C’est Satan qui est derrière le péché, pas la femme. »

Un autre passage du Coran semble représentatif de l’indistinction de l’homme et de la femme devant Dieu : « Les musulmans et musulmanes, les croyants et croyantes, obéissants et obéissantes, les loyaux et loyales, les endurants et endurantes, les donneurs et donneuses d’aumônes, ceux et celles qui jeûnent, les gardiens de leur chasteté et les gardiennes, ceux et celles qui invoquent souvent Dieu : Dieu a préparé pour eux un pardon et une énorme récompense. » (33 : 35)

 Soumises et obéissantes ?

Cela dit, force est de constater que le Coran semble souvent véhiculer une vision inégalitaire des rapports hommes-femmes dans les réalités quotidiennes. Considérée comme la gardienne de la maisonnée et jouant un rôle de conseil auprès de son époux, la femme n’en est pas moins contrainte à l’obéissance, comme le rappelle ce verset de la sourate des femmes :

« Celles de qui vous craignez l’insoumission, faite-leur la morale, désertez leur couche, corrigez-les. Mais une fois ramenées à l’obéissance, ne leur cherchez pas prétexte. » (4:34)

À cela s’ajoutent d’autres mentions bien connues et parfois qualifiées de misogynes, comme notamment l’autorisation de la polygamie – jusqu’à quatre femmes par homme (4 : 3).

 Des interprétations patriarcales

« Le Coran s’inscrit dans la réalité d’une société patriarcale, où ces rapports de domination existaient déjà », explique Omero Marongiu-Perria, précisant que l’idée d’obéissance de la femme au mari se retrouve aussi dans les autres traditions abrahamiques.

De même qu’avec la Bible, une connaissance insuffisante du contexte historique peut mener à des interprétations erronées. C’est ce qu’explique Asma Lamrabet, médecin et féministe marocaine, quand elle cite le verset coranique consacré à l’héritage : « Allah vous commande, dans le partage de vos biens entre vos enfants, de donner au fils la portion de deux filles » (4:11). Elle rappelle que dans les sociétés préislamiques, la femme n’avait tout simplement pas le droit d’hériter : ce passage du Coran est par conséquent pour elle « une révolution ».

Appelant à une lecture dépolitisée de l’islam, Asma Lamrabet déplore que l’exégèse du Coran soit le fait des seuls hommes, qui en produisent selon elle une « interprétation sexiste ». Elle souligne la nécessité de procéder à une lecture contextualisée du Coran et de faire la distinction entre les concepts universels du texte sacré de l’islam et les versets conjoncturels répondant à des circonstances historiques.

Car dans la pratique, ces textes sont aujourd’hui compris et interprétés de façons variées dans le monde. Si la place donnée à l’interprétation reste large, certains pays musulmans ont choisi d’appliquer celle qui leur convenait politiquement.

 Une exégèse au féminin ?

Cependant, ces dernières années ont vu l’émergence d’un féminisme islamique revendiquant une modification des rapports hommes-femmes. La majorité de ces femmes musulmanes de tout horizon dénonce la misogynie banalisée dans les pratiques musulmanes et justifiée par le texte sacré.

  « C’est totalement faux de penser que les femmes musulmanes n’ont pas leur mot à dire sur le Coran ou la religion », assure Nusrat Qudsia Wasim, présidente des femmes de l’association musulmane Ahmadiyya. « Dans l’islam, l’homme et la femme sont égaux devant Dieu. Les femmes ont d’ailleurs participé à l’exégèse du Coran, à commencer par Aïcha, la femme du Prophète : après la mort de son époux, plusieurs compagnons venaient la consulter pour des cas de jurisprudence islamique. Le prophète lui-même a enjoint aux croyants d’apprendre la moitié de leur religion auprès d’Aïcha. »

https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Que-Coran-femme-2017-03-08-1200830336

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CHANTAL DELSOL (1947-....), CHRISTIANISME, CRISES DANS L'EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE CATHOLIQUE, LA FIN DE LA CHRETIENTE, LIVRE, LIVRES - RECENSION, RELIGION, SOCIOLOGIE

La fin de la chrétienté par Chantal Delsol

Chantal Delsol : La Fin de la Chrétienté ; Les Éditions du Cerf, Paris, 2021 ; 171 pages

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1Le sujet de la fin de la Chrétienté en tant que civilisation n’est pas nouveau, et nous en avons déjà parlé dans ces colonnes. Cette disparition est une évidence sociologique dont les manifestations sont omniprésentes, en dépit des marques historiques de la Chrétienté qui jalonnent encore nos paysages. Mais, si le constat est partagé, il est intéressant de se pencher, avec Chantal Delsol, sur les causes et sur les conséquences concrètes de cet effacement survenu après seize siècles de régulation de l’Occident par la religion chrétienne. Et si Chantal Delsol s’adresse au premier chef, au fil de cet ouvrage, aux catholiques français, son analyse claire et concise revêt un grand intérêt pour qui veut comprendre et mettre des mots sur le phénomène d’inversion morale qui s’est brusquement accéléré au tournant du XXIe siècle. Non pour en tirer une forme de nostalgie – encore que la rupture décrite par Chantal Delsol ne laisse pas insensible, mais bien pour cerner quels sont les équilibres moraux et spirituels qui régentent désormais notre société : à l’heure où la cultivation des « forces morales » est érigée en priorité pour affronter le retour du tragique de l’Histoire, une telle réflexion n’est en effet pas inutile.

2Que voyons-nous donc se dessiner sous la plume de Chantal Delsol ?

3D’abord, l’histoire d’une grande inversion normative, désormais consommée, dans l’ordre moral : celle d’un retour au modèle du paganisme, après une longue période de prééminence du monothéisme chrétien. Faisant irruption il y a vingt siècles, le christianisme a provoqué une première inversion normative au cours du IVe siècle, en apportant une modernité basée sur de nouvelles croyances. Ce jaillissement du monothéisme a enfanté en Occident de nouvelles mœurs, l’Église remplaçant au passage l’État dans son rôle de source de normes morales. Une civilisation en est née, la Chrétienté. Seize siècles plus tard, c’est le mouvement inverse qui s’est désormais opéré selon Chantal Delsol, sous l’effet de deux facteurs : d’une part, la fin des croyances dans les vérités portées par le monothéisme chrétien (l’homme moderne « n’y croit plus », tout simplement) et, d’autre part, la crise de conscience profonde qui frappe un Occident à un point tel que les principes chrétiens sont remis en cause par les chrétiens eux-mêmes. Ce mouvement d’inversion étant arrivé à son terme, nous sommes de retour à une situation où l’État a repris sa place comme source de norme morale.

4Ensuite, le remplacement de la religion chrétienne par la morale et par les mythes. Chantal Delsol s’attache ici à réfuter les discours alarmistes selon lesquels l’éviction de la chrétienté et la réduction des chrétiens au statut de minorité ouvriraient la voie au nihilisme et au chaos. Au contraire, la nature ayant horreur du vide, c’est la morale en elle-même qui a remplacé la religion. Chantal Delsol va même plus loin : nous sommes, selon elle, passés à un âge de « religion morale ». Dans ce nouveau paradigme, la nouvelle source de la morale n’est plus l’Évangile, mais un corpus de mythes dont les manifestations principales sont l’humanitarisme et l’écologisme. Le gardien de la morale n’est plus l’Église, mais l’État. Les clercs ne sont plus les évêques, mais les législateurs et les animateurs de plateaux de télévision. Et, ultime manifestation de l’effacement de la croyance en une vérité unique, les spiritualités venues d’Asie font un retour en force en Occident.

5Enfin, la difficulté historique de toute forme de référence morale – a fortiori si elle est pluriséculaire – d’accepter sa relégation au statut d’opinion minoritaire. Sur ce sujet, Chantal Delsol décrit bien les mécanismes d’autodéfense qui traversent une partie des fragments de la Chrétienté, reconnaissant que « réduits à la situation de témoins muets, les chrétiens sont aujourd’hui voués à devenir les soldats d’une guerre perdue ». Le message du professeur de philosophie pour les catholiques est ici clair : plutôt que de s’enferrer dans les mécanismes défensifs d’une majorité déchue, il faut apprendre à cultiver les vertus des minorités (équanimité, patience et persévérance).

6Chrétien ou non, le lecteur de La Fin de la Chrétienté en tirera un excellent éclairage sur les ressorts moraux de la société française post-moderne. Non pas une société nihiliste comme la parenthèse des années 1960-1970 a pu le laisser croire, mais une société dont les croyances ont fondamentalement changé, érigeant en crime ce qui hier était permis ou toléré, et en bienfait ce qui hier était ostracisé. Une société qui n’est pas plus tolérante qu’avant (la morale moderne est à bien des égards très intolérante), mais une société désormais traversée par de nombreux paradoxes, où l’individualisme côtoie l’humanitarisme et où le transhumanisme côtoie l’écologisme. Une société où il n’y a pas moins de règles qu’avant, mais où les règles sont différentes. Pour un chef, en particulier s’il est militaire, le comprendre, c’est documenter l’exercice de son autorité.

Notes

[1]

Recension de l’ouvrage suivant dans la Revue Défense Nationale : Guillaume Cuchet : Comment notre monde a cessé d’être chrétien – Anatomie d’un effondrement ; Seuil, 2018 ; 276 pages.

Thibault Lavernhe

Dans Revue Défense Nationale 2022/6 (N° 851), pages 153 à 154

BUCHEVWALD (camp de concentration), CAMPS DE CONCENTRATION, FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, LES CHEMINS DE L'AUBE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, RESISTANCE FRANÇAISE, RESISTANTS FRANÇAIS, SYVAIN VERGARA (1930-1993), TEMOIGNAGE

Les chemins de l’aube par Sylvain Vergara

Les chemins de l’aube

Sylvain Vergara

Editions Ampelos, 2022. 112 pages

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En 1985, Elie Wiesel écrivait à Sylvain Vergara : « J’ai lu votre manuscrit, je le trouve bouleversant, vibrant de vérité – il faut le publier. » 37 ans plus tard (et 30 ans après la mort de Sylvain Vergara), ce texte est retrouvé et enfin publié. Seul un extrait en avait paru en 1964 dans la revue Esprit. Arrêté en octobre 1943 comme résistant, Sylvain Vergara, âgé de 18 ans, est emprisonné à Fresnes, torturé puis déporté Nacht und Nebel en février 1944. Il est l’un des plus jeunes internés non-juifs de Buchenwald dont il devait être libéré le 11 avril 1945. Marqué à vie par cette épreuve, il n’a rien écrit d’autre que ce témoignage, rédigé au tout début des années 1960 alors qu’il désespérait de faire entendre sa voix. Ce texte évoquera probablement à bien des lecteurs La Nuit de Wiesel ou Si c’est un homme de Primo Levi. Nous avons choisi de le publier « brut », tel qu’il a été écrit, pour que chacun puisse ainsi découvrir librement une « voix » qui mérite de devenir un classique de cette « littérature du témoignage » malheureusement toujours actuelle.

 

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Le livre oublié de Buchenwald

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Portrait de Sylvain Vergara, résistant déporté en Allemagne en 1943. Auteur de l’ouvrage « Les chemins de l’aube ». Bruxelles, le 27 août 2022

Durant des dizaines d’années, Sylvain Vergara, un Français rescapé du camp de concentration allemand, a vainement cherché à publier son témoignage. Après une longue aventure, son texte, d’une grande qualité littéraire, sort de l’ombre grâce à une petite maison d’édition.

« C’était un silence façonné d’opacité et de brouillard, semblable, peut-être, à celui qui cherche une prière et ne sachant plus prier ne trouve que des voyelles inertes. (…) [Il] entourait les pendus que le vent berçait mollement comme une folle heureuse berce ses enfants. » Ces mots nous viennent d’un rescapé du camp de concentration de Buchenwald. Il les avait couchés il y a soixante ans, dans un magnifique texte, le seul qu’il ait écrit, mais il a fallu tout ce temps pour qu’on les découvre enfin. Sylvain Vergara, c’est son nom, y fait briller le rai froid des miradors et résonner la course résignée des détenus jusqu’à la « place d’appel » et la potence, au moment fatal où les haut-parleurs crient leur matricule. Un témoignage posthume d’une grande force, mais aussi un texte dont le destin était pour lui, hélas, une histoire de survie.

Sylvain Vergara arrive à Buchenwald à 19 ans, le 16 mars 1944, catégorie « NN » (« Nacht und Nebel », « nuit et brouillard »), celle réservée aux opposants politiques destinés à être éliminés. Il vient de passer quatre semaines à Neue Bremm, un camp de torture géré par la Gestapo, et quatre mois derrière les barreaux de la prison de Fresnes, près de Paris, où il avait été emmené après son arrestation, le 25 octobre 1943. Après une première « classique » à l’Institut protestant de Glay, un internat du Doubs, il vivait chez ses parents, dans le presbytère parisien de l’Oratoire du Louvre, où son père était pasteur. Sa vie a basculé quand les Allemands l’ont arrêté.

A Buchenwald, c’est l’un des plus jeunes déportés politiques. Un jour, son numéro, le 29 909, cousu sur sa veste, est appelé dans les haut-parleurs. Il se trouve alors à l’infirmerie et comme il délire sous le coup de la fièvre, le kapo le croit assez proche de la mort pour le laisser tranquille. « Neun und zwanzig neun hundert neun », répétera toute sa vie le déporté…

Son poids ne dépasse pas 40 kilos, le 11 avril 1945, quand il quitte ce camp où sont mortes des dizaines de milliers de personnes, fusillées, pendues, brûlées, suicidées. Le 7 mai, il retrouve Paris et ses parents : sa mère, Marcelle, qui fut elle aussi détenue un temps à Fresnes, et son père, Paul, qui chaque dimanche appelait ses paroissiens à déjouer les rafles. Le couple avait monté un réseau de résistance au sein de l’œuvre sociale du temple de l’Oratoire, La Clairière. Le sauvetage d’au moins soixante-trois enfants juifs leur vaudra la médaille des Justes à titre posthume.

 « Syndromes post-traumatiques »

Un jour d’après-guerre, lors d’une dispute, Sylvain lance pourtant à son père : « Tu n’y étais pas. Tu ne peux pas comprendre ! » Naguère turbulent et joyeux, pianiste autodidacte, amoureux de Nerval et des Romantiques, il revient de cet enfer paumé, brisé. « Il faut que tu trouves un travail », gronde son père après un an d’errance. Le jeune homme postule pour un job de « fort des Halles », ces porteurs de carcasses des boucheries du ventre de Paris, raconte sa fille cadette, Anne Vergara, 65 ans. Retoqué : pas assez costaud. Il loupe ensuite un entretien pour une place de majordome. Sylvain le bien nommé n’aime plus que les forêts, les animaux, la nature. Il suit des cours du soir d’horticulture pour travailler à l’INRA, et entraîne Yvonne, une jeune juive néerlandaise recueillie par ses parents après la rafle du Vel d’Hiv, cultiver des glaïeuls et des vers à soie dans un vieux mas cévenol.

Entre déménagements et nouveaux boulots – depuis Buchenwald, Sylvain Vergara n’est plus très doué pour les relations humaines –, un projet de livre mature secrètement. Les six enfants nés après son mariage avec Yvonne, en 1954, s’inquiètent de le voir agité et anxieux, capable de passer en deux secondes du rire au désespoir ou de vous lancer un verre d’eau à la figure pour un mot malvenu. Le soir de Noël, il s’isole sur son lit : « Son meilleur ami avait été pendu le 24 décembre à Buchenwald, explique Anne Vergara. Les syndromes post-traumatiques des anciens déportés n’étaient pas pris en chargeMa mère essayait de nous protéger de ses souvenirs : elle a brûlé les croquis de pendus, dessinés au charbon de bois, que mon père avait rapportés de là-bas. »

Le texte prend forme. Sylvain s’est choisi un double, « Emmanuel », et ordonne son récit autour de silhouettes qui s’émacient autour de lui : une ronde de masques mortuaires aux yeux « agrandis » tels des « billes froides et teintées » ne laissant sourdre aucune angoisse, tant « ils l’avaient dépassée ». Dans les camps, on parle peu, on économise ses mots « pour ne pas fatiguer sa pensée », on évite de ressusciter les souvenirs heureux. Le jeune prisonnier s’interroge sur le « lent abaissement du moi » et sur cette foi qui, en un tel lieu, peut vous perdre. Un jour, un miroir est installé dans les blocks : les détenus décharnés iront y « contempler leur propre déchéance », se disent les nazis. En guise de pied de nez, « Emmanuel » s’adresse « un vrai sourire, chaud comme un soleil d’été ».

Les enfants Vergara revoient encore leur père raturant son texte allongé sur son lit, tandis que leur mère déchiffre ses « pattes de mouche » et tape sur sa petite machine un manuscrit en deux exemplaires, avec du papier carbone. Il tente de raconter cette « démence » qu’on ne peut « pas comprendre », parle pour ceux qui ne sont pas revenus comme son beau-frère Jacques Bruston, résistant gaulliste de la première heure, déporté et exécuté à Mauthausen. « Sans doute voulait-il expulser une partie de ses tourments et cauchemars », ajoute Eric, le benjamin des enfants. Achevé à la fin des années 1950, le récit est baptisé Les Chemins de l’aube et n’attend plus que d’être publié.

 « Textes apparemment sans gloire »

Mais les éditeurs en ont déjà fini avec les témoignages des camps. L’historienne Annette Wieviorka a détaillé dans ses travaux l’effondrement éditorial de tels récits dès la seconde moitié des années 1940, jusqu’aux années 1974-1975. « Deux ans après la guerre, des auteurs rescapés soulignent déjà dans leurs préfaces qu’ils ont eu le plus grand mal à trouver un éditeur ou s’excusent que le genre de livres qu’ils proposent ne soit guère vendeur », explique l’historien Laurent Joly, qui, en 2016, a analysé avec sa collègue Françoise Passera, de l’université de Caen, les témoignages en tout genre sur la France des années noires. « Dès la fin des années 1940, l’édition préfère les récits d’aventure – un témoignage héroïque d’aviateur ou de marin – à ceux d’anciens rescapés et à la littérature du martyrologe. »

Les mois passent. Personne ne téléphone. Sylvain Vergara a tenté de décrire l’indicible, accroché son récit à la littérature, banni les bons sentiments, mais tout le monde s’en fiche. Cette indifférence le crucifie – c’est comme si on ne le croyait pas. « Il nous demandait de mettre “déporté” sur le carnet scolaire, à côté de “profession du père” », témoigne Inès, une autre de ses filles. Sous ses cheveux en bataille, ses yeux retrouvent un peu de leur éclat bleu quand, en 1964, la revue Esprit choisit, pour célébrer les 20 ans de la Résistance, de clore un numéro spécial avec quelques « textes apparemment sans gloire » et publie les dernières pages de son manuscrit sous le titre : « Dernier jour de Buchenwald ». Vergara croit cette fois son livre lancé. Mais non.

« Je me souviens de lui dans son fauteuil club en cuir, de ses sanglots et de ses larmes qui coulaient », raconte encore Inès Vergara. Il doit rejoindre une clinique spécialisée dans les dépressions. L’ami d’une amie, Charles Salzmann, intime et ancien conseiller de François Mitterrand, lui fait rencontrer en 1985 Elie Wiesel, futur Prix Nobel de la paix. Sylvain lui confie une copie de son récit. « Il faut publier » ce texte « bouleversant », écrit Wiesel de l’université de Boston, où il enseigne. Ce rescapé de la Shoah est lui-même l’auteur d’un livre sur sa déportation à Auschwitz et Buchenwald, La Nuit, un best-seller.

Pour Vergara, l’espoir se lève enfin. Plusieurs lettres suivent, pendant quatre ans : « J’attends toujours la parution de votre livre, insiste Wiesel. Je vais tout faire pour qu’il soit lu. » Rien, toujours rien. En 1989, une très ancienne paroissienne de son père, décidée à sauver le texte de l’oubli, en fait publier quelques dizaines à compte d’auteur, sous une couverture pâle. « De toute façon, ça finira au pilon », soupire Sylvain, qui brûle lui-même, deux ans plus tard, ce qu’il croit être les derniers exemplaires, avant de mourir à Nîmes, un jour de l’hiver 1993.

Quand, fin 2021, Denis Faure, animateur des Cahiers du Centre de généalogie protestante, arrive chez les enfants Vergara, c’est d’abord pour parler du grand-père, le pasteur, le Juste, et de son réseau, La Clairière, qui servait en 1943 d’« adresse » et de lieu de réunion à Daniel Cordier et au secrétariat du Conseil national de la Résistance. Denis Faure finit d’explorer l’arbre généalogique familial lorsque Anne Vergara lui lance : « Au fait… Mon père a écrit un récit de déportation. Je vous en offre un. » Le manuscrit original a disparu, comme les deux doubles tapés à la machine, mais quelques exemplaires imprimés ont échappé à l’autodafé.

 Epopée héroïque

  1. Faure et son épouse sont saisis par « l’assemblage de scènes qui font comme de petites nouvelles et dessinent une série d’amitiés ». Au fil des pages défilent ainsi l’Espagnol « Santamaria », dont la mort persuade le jeune déporté que, pour survivre, il faut « abolir ses souvenirs », surtout les bons, ou« Léon » (Léon Cardin, un médecin belge rescapé), qui fait brûler le pain du gamin pour guérir sa dysenterie avec ce charbon de bois. En décembre 2021, le texte est transmis à Eric Peyrard, le fondateur d’une petite maison d’édition, Ampelos, spécialisée dans les figures et l’histoire protestantes. Sans hésiter, il fait saisir Les Chemins de l’aube pour le publier dès que possible. Et c’est ainsi que paraissent, ce jeudi 1er septembre, malheureusement sans introduction ni notes, les 112 pages signées Sylvain Vergara.

Poussée par Denis Faure, sa fille Anne a entre-temps réclamé son dossier militaire. Elle l’a reçu en mars, au moment du décès de sa mère. Dans la chemise brune envoyée par le ministère des anciens combattants figuraient la carte de déporté politique de Sylvain Vergara (1945), mais aussi les témoignages joints dans les années 1950 à sa demande de carte de « déporté résistant » (on les estime à 42 000, dont 23 000 seulement ont survécu). Sylvain Vergara, gaulliste convaincu, tenait beaucoup à ce statut, qu’il avait fini par obtenir en 1971.

« N’ayant pu trouver [Paul] Vergara, la Gestapo emmène son fils en otage », écrit, le 29 novembre 1945, le bras droit de Jean Moulin, Daniel Cordier, dans une attestation. De fait, la famille a toujours pensé qu’il était tombé au nom du réseau de La Clairière. Mais dans le dossier brun, des lettres un peu plus tardives d’anciens professeurs ou d’étudiants de l’Institut protestant de Glay attestent de l’appartenance du jeune Sylvain à un tout autre réseau de résistance, celui monté par les responsables de cet internat du Doubs.

« Pour nous, c’est une découverte, dit Anne Vergara. Les Allemands ont sans doute compris à Fresnes que mon père était membre de ce groupe du Doubs, et c’est pour cette raison qu’il a été envoyé à Buchenwald. Avec mes frères et sœurs, il nous revient maintenant qu’il évoquait des souvenirs de sabotage de trains avec des cheminots alors qu’il était lycéen… » Cette épopée-là, héroïque, aurait peut-être plu aux éditeurs. Mais, pour Sylvain Vergara, seul comptait son récit sur Buchenwald, ce livre qu’il s’était résigné à avoir écrit pour rien quand il s’est éteint.

Archives de la famille Vergara. Bruxelles, le 27 août 2022
Archives de la famille Vergara. Bruxelles, le 27 août 2022

Source Le Monde

 https://infojmoderne.com/2022/09/03/le-livre-oublie-de-buchenwald/

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Une bibliothèque clandestine à Auschwitz

La bibliothèque clandestine d’Auschwitz

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Le livre, victime collatérale des conflits

En période de crise extrême, la culture se retrouve le plus souvent reléguée loin derrière les urgences induites par un conflit armé ou par la politique répressive d’un régime totalitaire. Quand la question de la survie devient primordiale, au point que tout le reste peut sembler dérisoire et futile, un acte culturel “gratuit” dénué d’idéologie sous-jacente peut être assimilé à une résistance intellectuelle, qui contrecarre, à sa modeste mesure, la barbarie ambiante. Ainsi, en pleine guerre, certaines personnes ont jugé indispensable de maintenir, au péril de leur vie, des bibliothèques en activité. Il y quelques années, au cœur même de la ville assiégée de Daraya, proche de Damas, un groupe d’amis, bientôt rejoint par des dizaines de bénévoles, a entrepris de rassembler des livres sauvés des ruines des habitations, des bâtiments officiels, des écoles et des mosquées. C’est ainsi qu’ils sont parvenus à constituer un fonds dans un local calfeutré du sous-sol de la ville, devenu pour l’occasion une bibliothèque ouverte à tous (ci-dessous, une interview de Delphine MINOUI, qui a relaté cette histoire dans Les Passeurs de livres de Daraya).

C’est sur une autre histoire incroyable et édifiante que nous allons nous attarder dans ce billet. Il s’agit de l’existence, pendant plusieurs mois, d’une bibliothèque dans le dernier endroit où on se serait attendu à en trouver une : le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Fredy HIRSCH

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Ce véritable “miracle” est dû à un personnage très étonnant, Alfred “Fredy” HIRSCH (ci-dessous).

Originaire d’Aix-la-Chapelle, cet athlète accompli émigre en Tchécoslovaquie en 1935 après la promulgation des lois de Nuremberg. Dans sa nouvelle patrie, il se consacre à l’éducation physique et à l’organisation d’événements sportifs, tout en étant par ailleurs un militant sioniste très actif. En mars 1939, quand les nazis s’emparent du pays, ils engagent aussitôt la persécution des Juifs, qui se trouvent peu à peu exclus de tous les espaces publics. Dans des conditions difficiles, HIRSCH et ses amis réussissent à organiser, à Hagibor, un local clandestin où se déroulent des activités sportives et des spectacles.

En décembre 1941, il est déporté dans le ghetto de Terezin, qui va devenir un centre de regroupement et une zone de transit vers les camps de la mort. Malgré des conditions de vie extrêmes et une forte mortalité, une certaine vie culturelle réussit à s’y épanouir. Dynamique et charismatique, HIRSCH, soucieux de maintenir le moral des internés, fait campagne en faveur de l’hygiène pour combattre les épidémies. Il organise des séances d’exercice physique, tout en participant à la mise en place d’écoles pour les plus jeunes. Hélas, malgré cette “parenthèse”, la plupart des enfants du ghetto finiront dans les camps de la mort.

En septembre 1943, c’est au tour de HIRSCH d’être envoyé à Auschwitz. Avec d’autres déportés de Terezin issus de plusieurs convois, il intègre une section du camp spécialement conçue pour eux : le camp “familial” BIIb. Ce camp expérimental est fait pour accueillir les déportés, sans sélection à l’arrivée et sans affectation dans des kommandos de travail comme le voudrait la règle nazie. Les Juifs y bénéficient d’un régime moins sévère qu’ailleurs, sans pour autant que leur vie quotidienne soit exempte de brutalité. Autorisés à garder leurs habits civils et à circuler dans l’enceinte de leur camp, les hommes, les femmes et les enfants sont répartis dans des blocs distincts.

Comme nous pouvons nous en douter, ce n’est pas un quelconque souci d’humanité qui guide les nazis car, en vérité, les arrivants seront gazés six mois plus tard. Ce traitement “privilégié” est simplement destiné à donner le change pour que les arrivants envoient des courriers rassurants aux proches restés à Terezin, où il est prévu qu’une visite de la Croix-Rouge ait lieu quelques mois plus tard. En effet, comble du cynisme, le ghetto a été “maquillé” pour devenir un village idéal “offert aux Juifs par le Führer ” ; véritable leurre destiné à berner le monde extérieur quant à la réalité du sort des Juifs dans l’Europe nazie. Un film de pure propagande y sera d’ailleurs réalisé à cette fin.

HIRSCH parvient à convaincre le responsable du camp de regrouper les enfants de moins de 14 ans dans un seul bâtiment, le bloc 31, qui est placé sous sa surveillance et sa responsabilité. À force de persuasion, il réussit à obtenir des améliorations substantielles pour ses protégés et s’efforce de leur imposer une hygiène stricte pour limiter leur mortalité. Reproduisant le système de Terezin, au prétexte d’apprendre des rudiments d’allemand aux jeunes, il met en place un système d’éducation clandestin en recrutant des professeurs qui dispensent des cours par petits groupes. Bien que démunis de fournitures, HIRSCH et ses amis réussissent l’exploit de constituer une bibliothèque, alors que les livres sont strictement interdits aux prisonniers dans l’ensemble d’Auschwitz-Birkenau. Celle-ci est très modeste puisqu’elle ne compte que huit ouvrages : un atlas de géographie, un traité de géométrie, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, un dictionnaire de russe, Le Brave Soldat Chveïk de Karel CAPEK, un roman russe non identifié à la couverture manquante, Short History of the World de H.G. WELLS et Les nouveaux chemins de la thérapie psychanalytique de Sigmund FREUD. Ce trésor est confié à la garde de l’autre personnage central de cette histoire, une jeune Praguoise de 14 ans nommée Edita POLACHOVA, plus connue sous le nom qu’elle adoptera plus tard : Dita KRAUS (ci-dessous).

Dita KRAUS

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Celle qui deviendra pour la postérité la “bibliothécaire d’Auschwitz” a grandi entourée de livres. Son père avocat perd son emploi à l’arrivée des Allemands et la famille se trouve bientôt expulsée de son appartement. En novembre 1942,  Dita est déportée à Terezin, où elle croise HIRSCH déjà aperçu à Hagibor. En décembre 1943, la jeune fille arrive au camp BIIb. C’est à cette adolescente courageuse et déterminée, assistée à l’occasion par un garçon du bloc, que va être confiée la périlleuse mission de conserver et entretenir la seule bibliothèque des prisonniers d’Auschwitz. C’est à elle qu’il incombe de cacher les livres et de les transporter jusqu’au bloc 31. Cette tâche est d’autant plus dangereuse que les fouilles sont fréquentes et que la délation reste toujours à craindre. Au début, elle dissimule les ouvrages dans des vêtements amples dotés de poches spéciales. Mais bientôt elle se trouve dans le collimateur du sinistre “docteur” MENGELE, officiellement chargé de superviser le baraquement des enfants. Par précaution, elle va donc devoir renoncer à les porter sur elle dans la journée, contrainte qui l’oblige à aller les chercher au fur et à mesure dans la cachette du jour. Malgré la peur constante d’être découverts et grâce à une solidarité sans faille, beaucoup d’enfants pourront suivre des cours pendant plusieurs mois et ainsi s’évader de la triste réalité de leur condition.

Mais le terme des six mois approchant, HIRSCH et ceux qui sont arrivés avec les convois de septembre sont transférés dans un bloc de quarantaine, avant, leur fait-on croire, d’être transférés dans un autre camp. HIRSCH, prévenu par la résistance du sort qui les attend, est sollicité pour déclencher un soulèvement ; mais il est retrouvé plongé dans le coma à la suite d’une absorption de Luminal. S’est-il suicidé ? A-t-il été victime d’un surdosage accidentel ou même assassiné ? On ne le saura jamais… Le même jour et le lendemain matin, 3 800 prisonniers sont exécutés, dont la moitié des enfants du BIIb, la supercherie du faux transfert ayant été préservée jusqu’au dernier moment.

Les survivants savent désormais à quoi s’attendre. Des sélections sont effectuées afin de garder les personnes jugées suffisamment en bonne condition physique pour être encore utiles. Dita, qui a menti sur son âge, et sa mère réussissent l’”examen” et peuvent quitter Auschwitz avec un millier de femmes dès le mois de mai, pour un camp de travail près de Hambourg. L’éphémère bibliothèque d’Auschwitz a vécu…

Le 23 juin 1944, une délégation de la Croix-Rouge internationale est invitée à Terezin, transformée en véritable décor de théâtre pour abuser les inspecteurs étrangers. Après cette ignoble parodie, le camp familial, qui n’a plus de raison d’être, est liquidé entre les 10 et 12 juillet suivants. Transférée à Bergen-Belsen en mars 1945, Dita, survivante du typhus, peut assister à la libération du camp le mois suivant. Rentrée à Prague, elle y retrouve Otto KRAUS, un des anciens instructeurs du bloc des enfants, qui deviendra son époux. En 1949, ils émigreront ensemble en Israël où ils deviendront enseignants.

Dita KRAUS, toujours en vie à l’âge de 92 ans, continue inlassablement d’apporter son témoignage. Ci-dessous, une de ses interviews.

Dans son ouvrage Une bibliothèque, la nuit, publié en 2006, Alberto MANGUEL évoque l’histoire de cette bibliothèque. La lecture de ce passage suscitera la curiosité de son compatriote Antonio G. ITURBIDE qui, après avoir rencontré KRAUS à de multiples reprises, écrira son roman La bibliotecaria de Auschwitz,. Ce livre est traduit en plusieurs langues et une adapation cinématographque est actuellement envisagée. Quant à la survivante elle a publié en 2020 son autobiogaphie, A Delayed Life, traduit en français et publié sous le titre Moi Dita KRAUS, la bibliothécaire d’Auschwitz.

Joan TARRAGO

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Nous ne pouvions conclure notre billet sans évoquer un autre personnage extraordinaire mais moins médiatisé : Joan TARRAGO. Il s’agit d’un combattant républicain espagnol, réfugié en France en février 1939 et interné comme beaucoup de ses camarades. Engagé dans l’armée française en 1940, il est fait prisonnier par les troupes allemandes. Conformément à un accord passé entre FRANCO et HITLER, qui déchoit de leur nationalité les combattants républicains exilés, considérés comme apatrides, il est expédié en janvier 1941 à Mauthausen, un camp “d’extermination par le travail”. À partir de 1943, cet homme rassemblera dans un placard une bibliothèque constituée d’ouvrages que les prisonniers parviendront à conserver tant bien que mal. Celle-ci, qui comptera près de 200 volumes, permettra de maintenir une certaine vie culturelle dans cet endroit terrible. TARRAGO survivra à la guerre, se mariera puis s’installera en France, où il décèdera en 1979. Son histoire est relatée dans le documentaire ci-dessous (en espagnol), diffusé en 2019.

La Bibliothécaire d’Auschwitz

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Les livres clandestins du camp de la mort

Antonio G. Iturbe, journaliste et romancier espagnol, retrace dans La Bibliothécaire d’Auschwitz (Flammarion, 2020, 512 pages) l’histoire vraie de Dita Kraus. À 14 ans, cette jeune tchèque se voit confier une mission des plus périlleuses : veiller sur la bibliothèque clandestine du camp d’extermination d’Auschwitz. Un roman qui mêle la mémoire de la Shoah et le rôle essentiel de la littérature dans un récit haletant et inspirant.

Née à Prague en 1929, Dita Kraus a treize ans lorsqu’elle est déportée avec ses parents dans le Ghetto de Theresienstadt en 1942. Les juifs tchèques de Theresienstadt sont ensuite envoyés au camp BIIB dans le camp d’extermination d’Auschwitz. Sous les planches du bloc 31 de ce « camp familial » où sont entassés 500 enfants, se trouve une bibliothèque. La plus petite et la plus dangereuse du monde. 

À Auschwitz, les prisonniers sont soumis à une étroite surveillance. Les SS font régner l’ordre et la mort est partout. Son odeur, sa vue, le bruit des coups et des balles. « La première leçon que tout vétéran donne à un nouvel arrivant est qu’il faut toujours garder clairement à l’esprit son objectif : survivre. Survivre quelques heures de plus, et accumuler ainsi un jour de plus, qui additionné à d’autres pourra devenir une semaine de plus. Et ainsi de suite : ne jamais faire de grands projets, ne jamais avoir de grands objectifs, seulement survivre à chaque instant. Vivre est un verbe qui ne se conjugue qu’au présent. »

Dans le bloc 31, Alfred « Freddy » Hirsch, un éducateur sportif, fonde un ersatz d’école. Il parvient à convaincre les autorités allemandes qu’occuper les enfants dans un baraquement faciliterait le travail des parents. Si le bloc 31 devient un bloc d’activité ludique, l’enseignement de la moindre matière scolaire y est interdit. Hirsch contourne cette prohibition et enseigne aux enfants grâce aux livres que les prisonniers ont réussi à dissimuler aux gardiens de camp. 

Un charpentier polonais en a apporté trois, un électricien slovaque deux autres. Employés à des tâches de maintenance, ils se déplacent plus facilement dans le camp et apportent leur trésor à Hirsch. La bibliothèque clandestine contient huit ouvrages : Brève Histoire du monde d’Ernst Gomdrich (1936), un atlas, un traité élémentaire de géométrie, une grammaire russe, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, un essai de Sigmund Freud, un roman en russe qui n’a pas de couverture et un roman tchèque.

Quand arrive « le curé », surnom donné au sous-officier SS car ses mains sont rentrées dans ses manches à la façon d’un prêtre, il faut se tenir à carreau. « Les leçons s’arrêtent et se transforment en banales chansonnettes en allemand ou en jeux de devinettes afin de feindre que tout est en ordre lorsque les loups aryens pointeront le bout de leur regard blond. »  

Au moment de l’inspection ont lieu des interrogatoires au cours desquels on questionne les plus petits pensant profiter de leur naïveté. Mais il n’en est rien. Les SS fouillent de fond en comble le baraquement. Ils traquent tous les effets personnels auxquels les prisonniers n’ont pas droit et en priorité les livres.

Censure, autodafés… la littérature a toujours été la bête noire de ceux qui voulaient avoir le contrôle sur les autres. « Au cours de l’Histoire, tous les dictateurs, tyrans et répresseurs, qu’ils soient aryens, noirs, orientaux, arabes, slaves ou de n’importe quelle autre couleur de peau, qu’ils défendent la révolution du peuple, les privilèges des classes patriciennes, le mandat de Dieu ou la discipline sommaire des militaires, quelle que soit leur idéologie, tous ont eu un point commun : ils ont toujours traqué les livres avec acharnement. Les livres sont très dangereux, ils font réfléchir. »

Hirsch a besoin d’aide pour mener à bien sa mission éducative. Si la solidarité entre les prisonniers est un soutien utile et nécessaire, il lui faut une personne de confiance. Il se tourne vers Dita, quatorze ans, et lui confie la charge de veiller sur la bibliothèque clandestine. Les livres offrent une promesse d’évasion. Sortir du camp par la pensée, car l’imagination n’a pas d’horizon. 

Au péril de sa vie, Dita protège son trésor. Chaque nuit, elle cache les livres dans des endroits différents. Avant de les enfouir sous le parquet, elle les transporte dans les coutures de sa robe trop large. Elle les donne aux professeurs. Certains des professeurs n’ont pas besoin de support. Ils maîtrisent parfaitement certaines œuvres littéraires et deviennent des « personnes-livres ». Ils racontent aux enfants les histoires qu’ils connaissent pratiquement par cœur.

Dita prend soin de ces livres. La plupart des ouvrages sont en lambeaux. Ils sont aussi précieux et fragiles que les vies des prisonniers. « La technique géographique, qui nous permettait de connaître la forme du monde ; l’art de la littérature, qui multipliait la vie d’un lecteur par des douzaines d’autres ; le progrès scientifique que signifiaient les mathématiques ; l’histoire, qui nous rappelait d’où nous venions et nous aiderait peut-être à décider vers où aller ; la grammaire, qui permettait de tisser les liens de la communication entre les gens… Plus qu’une bibliothécaire, Dita était devenue ce jour-là une infirmière de livres. » 

Sa mission la maintient en vie, mais ses proches aussi. Dita parvient à voir ses amies et ses parents, qui ne survivront pas au camp.

À la Libération, Dita épouse Otto, son camarade du bloc 31 qui faisait des tours de magie.  Ils s’installent en Israël en 1949 suite à la montée du communisme en République tchèque. Ils deviennent tous les deux enseignants et ont trois enfants. 

Un jour, en Israël, Dita recroise un enfant du bloc 31 qu’elle aimait beaucoup et à qui elle avait offert une règle. Il est devenu un grand chef d’orchestre. Sa règle de direction ? Celle de Dita. 

Aujourd’hui âgée de 91 ans, elle vit seule à Netanya depuis la mort de son mari. Entourée de ses quatre petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants, elle se bat pour faire vivre la mémoire des victimes de la Shoah. 

Vendu dans 24 pays, à plus de 600.000 exemplaires, La Bibliothécaire d’Auschwitz pourrait être prochainement adapté au cinéma. Histoire vraie aux aspects romanesques, le témoignage de Dita Kraus est, comme tous les témoignages des survivants des camps de la mort, nécessaire et exemplaire.

À la lecture du roman d’Iturbe, Dita est fâchée que l’auteur la présente comme une héroïne, mais si ce n’est pas comme ça qu’elle se perçoit, les lecteurs sont unanimes, Dita est bel et bien une héroïne. 

En sauvant ces livres, elle a aidé les prisonniers à conserver une part d’humanité. Comme l’écrivait avec justesse William Faulkner, « La littérature a le même effet qu’une allumette craquée au cœur de la nuit au milieu d’un bois. Une allumette n’éclaire presque rien, mais elle permet de mieux voir l’épaisseur de l’obscurité qui règne autour. » 

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https://www.dicopathe.com/la-bibliotheque-clandestine-dauschwitz/

ECRIVAIN ANGLAIS, LES VERSETS SATANIQUES, LITTERATURE, LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, SALMAN RUSHDIE (1947-....)

Les Versets sataniques de Salman Rushdie

Les versets sataniques

Salman Rushdie

Paris, Christian Bourgeois, 1989. 584 pages.

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Résumé :

Un jumbo jet explose au-dessus de la Manche. Au milieu de membres humains éparpillés et d’objets non identifiés, deux silhouettes improbables tombent du ciel : Gibreel Farishta, le légendaire acteur indien, et Saladin Chamcha, l’Homme aux Mille Voix. Agrippés l’un à l’autre, ils atterrissent sains et saufs sur une plage anglaise enneigée.
Gibreel et Saladin ont été choisis pour être les protagonistes de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal. Mais par qui ? Les anges sont-ils des diables déguisés ? Tandis que les deux hommes rebondissent du passé au présent, se déroule un cycle extraordinaire de contes d’amour et de passion, de trahison et de foi avec, au centre, l’histoire de Mahound, prophète de Jahilia, la cité de sable – Mahound, frappé par une révélation où les versets sataniques se mêlent au divin.
Salman Rushdie nous embarque dans une épopée truculente, un voyage de larmes et de rires au pays du Bien et du Mal, si inséparablement liés dans le cœur des hommes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Versets_sataniques

Salman Rushdie

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Nationalité : Royaume-Uni
Né(e) à : Bombay , le 19/06/1947

Sir Ahmed Salman Rushdie est un essayiste et romancier britannique d’origine indienne. Salman Fredich Rushdie quitte son pays à l’âge de quatorze ans pour vivre au Royaume-Uni. Il y étudie à la Rugby School puis à King’s College.

Sa carrière d’écrivain débute avec Grimus, un conte fantastique, en partie de science-fiction qui sera ignoré de la critique littéraire. En 1981, il accède à la notoriété avec Les Enfants de minuit pour lequel il est récompensé du James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. Les Enfants de minui  a été récompensé comme le meilleur roman ayant reçu le prix Booker au cours des 25 puis des 40 dernières années.

En 1988, la publication des Versets sataniques soulève une vague d’émotion. Par conséquent, il est objet d’une fatwa de l’ayatollah Rouhollah Khomeini, et devient ainsi un symbole de la lutte pour la liberté d’expression.

En novembre 1993, à la suite d’une vague d’assassinats d’écrivains en Algérie, il fait partie des fondateurs du Parlement international des écrivains, une organisation consacrée à la protection de la liberté d’expression des écrivains dans le monde. L’organisation est dissoute en 2003 et remplacée par l’International Cities of Refuge.

En 2004, il s’est marié (pour la quatrième fois) avec la top-model et actrice indienne Padma Lakshmi. Après 3 ans de mariage, Salman Rushdie et Padma Lakshmi divorcent.

Salman Rushdie s’oppose au projet du gouvernement britannique d’introduire en droit le crime de haine raciale et religieuse, ce qu’il a exposé dans sa contribution La libre expression n’est pas une offense, un recueil d’essais publié en novembre 2005.

Il continue d’écrire et de publier des romans et des contes, comme Shalimar le clown en 2005, L’Enchanteresse de Florence en 2008 ou encore Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits en 2016. Il est l’auteur aussi, d’une autobiographie intitulée Joseph Anton (2012). Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique.

Populaire mais discret en Grande Bretagne, il a été anobli par la Reine Elisabeth II

Le 11 août 2022, Salman Rushdie est blessé au couteau alors qu’il allait tenir une conférence à New York

https://fr.wikipedia.org/wiki/Salman_Rushdie

ECRIVAIN CHRETIEN, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LUC WEIZMANN (1957-....), SIMONE PACOT (1924-2017), SIMONE PACOT : PASSANTE DE VIE, SPIRITUALITE

Simone Pacot : passante de vie

Simone Pacot : passante de vie

Luc Weizmann

Paris, Salvator, 2022. 306 pages.

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C’est grâce à plusieurs ouvrages de spiritualité, notamment L’évangélisation des profondeurs, que Simone Pacot (1924-2017) a connu la célébrité. Elle a su proposer un trajet de restauration de l’être, lors de sessions assurées par les équipes de l’association Bethasda, toujours très active. Luc Weizmann nous propose de découvrir son parcours de vie et l’essentiel de son message, articulant foi chrétienne et approche psychologique. Avant son engagement dans un domaine où elle a été pionnière, Simone Pacot fut avocate, investie dans le combat contre le racisme et pour les relations entre juifs, chrétiens et musulmans, compagne de la Communauté de l’Arche de Lanza del Vasto, militante à l’Action civique non-violente et juriste spécialisée dans le droit de la famille. Dès sa retraite professionnelle, elle se consacrera entièrement à l’accompagnement spirituel et à la diffusion d’un message fondé sur la parole de Dieu. Profondément oecuménique, elle révélera en filigrane de la Bible cinq « lois de vie » intimement constitutives de la personne humaine. Pour une invitation à la libération intérieure proposée par le Christ. AUTEUR Luc Weizmann est architecte, membre de l’Académie d’architecture et auteur de plusieurs ouvrages. Filleul et ami proche de Simone Pacot, il connaît particulièrement bien sa vie et son enseignement spirituel.

 

 

Critique

 

 « Simone Pacot », de Luc Weizmann : portrait d’une femme des profondeurs 

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Cet ouvrage d’un proche permet de découvrir le parcours de vie et les nombreux engagements d’une femme qui a su articuler foi chrétienne et approche psychologique.

Parue en 1997, L’Évangélisation des profondeurs de Simone Pacot a marqué durablement de nombreux lecteurs. Mais peu savent précisément qui est cette autrice née en 1924 et décédée en 2017. Luc Weizmann, son filleul et ami, comble donc un manque avec cet ouvrage bien informé qui, sans éviter quelques pointes hagiographiques, parvient à dresser un portrait nuancé de sa marraine, présentant toutes les richesses et les complexités d’une forte personnalité qui a été une aide pour de nombreuses personnes tout au long de son existence.

Une jeunesse heureuse

Fille d’un avocat en vue de Casablanca, Simone Pacot, qui resta toujours célibataire, vécut une jeunesse heureuse sous le soleil marocain. Jeune avocate au cabinet de son père, elle quitte le Maroc à la fin du protectorat et, en France à partir de 1957, s’engage à fond (comme tout ce qu’elle fit !) dans la communauté de l’Arche de Lanza del Vasto, à Bollène, puis sur le Larzac, avant de retourner dans le sud de son pays natal, à Tata, dans une petite fraternité au service des plus pauvres, en particulier des femmes berbères.

En 1969, nouvelle rupture dans une longue existence qui en comptera un certain nombre, elle revient en France et s’engage dans le cabinet d’avocats Ornano où le patron « souhaita(it) unifier exercice professionnel et engagement de vie ». C’est durant cette période que sa foi se renouvela complètement, où elle se rapprocha du Christ par une véritable consécration personnelle et vécut une guérison intérieure qui la marqua définitivement.

 Après de gros soucis de santé, qui la handicapèrent à vie, et sa retraite professionnelle en 1987, Simone Pacot s’engage dans la communauté Béthanie, fondée entre autres par le jésuite Étienne Garin et alliant spiritualité ignatienne, psychologie et dynamisme du mouvement charismatique alors naissant. Elle emménagera d’ailleurs à Vanves pour se rapprocher de la Maison de Lazare, installée à proximité depuis 1985 « en vue de l’écoute et de l’accompagnement de détresses manifestes ou secrètes ».

Fondatrice des sessions Bethasda

Mais les choses se gâtèrent pour cette femme que son biographe n’hésite pas à décrire comme « excessive dans les éloges et les critiques », et elle dut quitter Béthanie. Cette rupture lui laissa « une blessure (qui) resta longtemps ouverte », mais lui permit aussi de voler de ses propres ailes et de déployer ses intuitions personnelles, tout en acceptant de se confronter à d’autres, comme le père Xavier Thévenot. Et bien qu’elle s’en défendît souvent, elle fit alors œuvre de fondatrice avec les sessions Bethasda, qui, de plus en plus nombreuses, attirèrent toujours davantage de participants qui y trouvèrent un grand profit.

 L’Évangélisation des profondeurs et les trois autres ouvrages qu’elle écrivit dans la décennie suivante contribuèrent à élargir son audience en France et à l’étranger. « Les écrits de Simone Pacot ouvrent des portes. Ils se sont imposés comme une référence incontournable dans les milieux d’Église, même s’ils demeurent un peu inclassables sur les étagères des librairies et des bibliothèques », explique Luc Weizmann, qui décrit avec précision et nuances la pensée originale et parfois dérangeante de sa chère marraine.

« Ancrée dans l’apport précieux des sciences humaines et dans le terreau de la tradition juive et chrétienne, Simone a découvert la vie psychique, puis cherché pas à pas sa juste articulation avec la vie spirituelle. Elle n’a eu de cesse d’explorer les confins de ses profondeurs en visitant sa vulnérabilité dans l’énergie du Souffle », écrit-il.

Atteinte par l’âge, elle doit quitter son appartement de Vanves. Celle qui avait été marquée plus jeune par la communauté protestante des sœurs de Grandchamp en Suisse et par son amitié avec sœur Minke, termine sa longue existence dans une maison de retraite des sœurs diaconesses de Reuilly. L’auteur, tout en restant pudique, n’occulte pas ces dernières années, marquées à la fois par les difficultés de la dépendance physique de plus en plus grande et le soutien d’une foi toujours plus intériorisée.

https://www.la-croix.com/Culture/Simone-Pacot-Luc-Weizmann-femme-profondeurs-2022-07-06-1201223718

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Simone Pacot

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27 janvier 2004: Simone PACOT, avocate honoraire à la Cour d’appel de Paris, anime depuis de nombreuses années des sessions avec l’équipe de l’association Bethasda, Issy les Moulineaux (92), France.

Simone Pacot, née le 14 novembre 1924 à Casablanca et morte le 28 avril 2017 à Paris, est une ancienne avocate à la cour d’appel de Paris, engagée dans le combat contre le racisme et dans les relations entre musulmans, juifs et chrétiens, qui s’est lancée, une fois retraitée, dans la mise en place d’un parcours de guérison intérieure.

 

Biographie

En 1961, alors militante de l’Action civique non-violente et secrétaire de son journal, elle est condamnée à une peine de six mois de prison avec sursis pour « provocation de militaires à la désobéissance ».

Elle est cofondatrice avec une équipe œcuménique de l’association « Bethasda » qui organise depuis plusieurs années des sessions intitulées « Évangélisation des profondeurs »  dans différentes villes de France, en Suisse, en Belgique et au Canada.

Elle a également fait partie d’une équipe de juristes bénévoles au sein du groupe d’information et de soutien des immigrés, une association à but non lucratif de défense et d’aide juridique des étrangers en France.

 

Approche spirituelle

Simone Pacot identifie cinq paroles de Dieu qui sont, selon elle « lois de vies »  : Il faut renoncer à la connivence avec la mort (« Choisis la vie », Dt 30,19), il faut accepter sa condition humaine (« interdiction de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal », Gn 2, 16)7, il faut rechercher l’unité de son être (« tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit », Dt 6, 5), il faut déployer son identité propre (« va vers toi », Gn 12, 1), et il faut accueillir sa fécondité (« soyez féconds », Gn 1, 28).

 

Parcours « Bethasda »

Le nom du parcours, « Bethasda », est tiré du nom de la piscine de Bethesda, où Jésus guérit un paralysé (Jn 5, 1-18). Il articule foi chrétienne et approche psychologique et s’appuie sur les propres expériences de Simone Pacot.

Simone Pacot forma divers laïcs, prêtres catholiques et pasteurs protestants à sa pédagogie et coanima avec eux les sessions « Bethasda ». Lors de celles-ci, on repérait la transgression de ces cinq lois qui conduisent vers des chemins de mort, en travaillant successivement sur l’événement blessant (que m’est-il arrivé ?), la racine de la fausse route (comment ai-je réagi ?), la Parole de Dieu (que me dit-elle ?), la repentance issue de cette Parole (à quel mouvement intérieur m’amène-t-elle ?) et la conversion (quel pas puis-je poser ?).

 

Ouvrages

Elle a écrit une trilogie, publiée aux éditions du Cerf, sur le thème de l’évangélisation des profondeurs :

L’Évangélisation des profondeurs, 1997

Reviens à la vie !, 2002

Ose la vie nouvelle! 2003

Ouvrir la porte à l’Esprit, 2007

Elle a coécrit :

Itinéraires : Des chrétiens témoignent (2000) en collaboration avec Jean Boissonnat, Jacques Poujol et Frédéric de Coninck, éd. Empreinte Temps Présent

 

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Les secrets de Saint Jacques de Compostelle

Les secrets de Saint Jacques de Compostelle

Philippe Martin

Paris, La Librairie Vuibert, 2018. 319 pages.

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Résumé :

Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle reposerait-il sur un mythe ? Et si l’homme enterré là n’était pas l’apôtre Jacques, mort en Terre sainte, mais l’hérétique Priscillien ? Charlemagne est-il vraiment venu défendre le tombeau contre l’envahisseur musulman ? Les guides touristiques et les premiers papiers d’identité seraient-ils un héritage des pèlerins du Moyen Âge ?
Tout au long des siècles, les chrétiens ont marché vers Saint-Jacques-de-Compostelle, écrivant une histoire riche de mythes et de légendes, mais aussi de secrets bien gardés.
Philippe Martin, historien et marcheur, nous raconte, des origines à nos jours en passant par la Reconquista et les turbulences du XXe siècle, les multiples métamorphoses du légendaire Camino. Il nous entraîne sur les pas de millions de pèlerins d’hier et d’aujourd’hui, dont il peint le vivant portrait : qui sont-ils, comment voyagent-ils ? Quels sont leurs rites et les périls qui les guettent ? Quelle espérance les guide ?
Jamais le « chemin semé d’étoiles » n’aura paru aussi fascinant.

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Critique

Comment résumer en peu de mots cet ouvrage qui  s’attache à passer en revue les mythes et autres légendes urbaines du Camion, non pour les ridiculiser mais les resituer dans leur contexte : contexte social, contexte religieux et politique.La figure de l’apôtre saint Jacques qui n’a peut-être jamais mis les pieds en Espagne sert en effet des objectifs religieux (lutter contre les musulmans en Espagne et faire de ce pays une terre chrétienne), objectifs politiques pour asseoir la légitimité des souverains espagnols, puis du régime franquiste sur la péninsule ibérique Le tout est bien documenté pour nous faire comprendre comment la légende de saint Jacques est née puis s’est enrichie au fil des différentes époques et canalisée par l’Eglise

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Philippe Martin (professeur à l’Université de Lyon 2) passe également, avec de nombreux documents à l’appui,  en revue la diversité des pèlerins qui font le Camino pour rejoindre l’extrême Nord-Ouest du Chemin de Saint-Jacques :

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« Les marcheurs ne savent pas se définir, mais se devinent différents… Si la communauté existe vue de l’extérieur, vue de l’intérieur, est-elle homogène ? L’enquêteur est immédiatement marqué par la diversité des figures qu’il rencontre. Un couple de Coréens qui, avant un mariage arrangé par leurs familles, se découvrent sous le regard d’un chaperon qui a tant de mal à marcher. Des convertis de fraîche date qui croisent ces catholiques en quête de paix. Un quinquagénaire soufflant sur son vélo, transpirant avec force, pour remercier le saint de l’avoir guéri d’un cancer. Une horde de jeunes Espagnols repus de joie d’avoir réussi leurs examens. Ce Néerlandais longiligne qui avance de plus de 60 kilomètres par jour. Ces Brésiliens qui enchantent le Camino de leurs légendes et de leurs rires. Et tant d’autres. »

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Ainsi après l’esquisse du portrait de saint Jacques (exercice difficile tant les sources très nombreuses sont contradictoires. Mais cette enquête éclaire sur le sens que lui donnent les marcheurs et leurs motivations. Si le chemin de Compostelle a connu des périodes de déclin il est aujourd’hui un vrai phénomène de société. : 278 000 pèlerins pour l’année 2017 ayant accompli au moins les 100 derniers kilomètres de la « voie des étoiles ».

« Face à cette avalanche de doutes, l’historien doit avoir deux réflexes. le premier est de considérer que nombre de documents originaux ont disparu et que leurs copies doivent être analysées avec la plus grande prudence. le second est de ne pas commettre d’anachronisme. C’en serait un que de faire de nos auteurs des falsificateurs. Cette notion n’existe pas dans leur esprit : selon eux, pour qu’un légendaire survive, il doit s’actualiser, s’enrichir. le passé n’est pas une donnée figée, c’est une construction faite pour satisfaire les contemporains qui écoutent les histoires. Si nous utilisions un vocabulaire commercial, nous pourrions assurer qu’un pèlerinage – Compostelle ou un autre – est un « produit sacré ». À ce titre, on doit assurer sa promotion » !

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La marche à pied est l’un des nombreux mythes qui ne résiste pas devant la recherche historiographique de P. Martin : contrairement à ce qu’on croit aujourd’hui, le chemin préféré des pèlerins pour arriver au but était… la mer ! Les jaquets d’Europe centrale et du nord débarquaient à La Corogne (Galice) d’où il ne leur restait plus que 70 petits kilomètres à parcourir. Quant aux Italiens, Autrichiens et Croates, ils passaient volontiers par le détroit de Gibraltar pour débarquer en territoire lusophone.

Autre légende véhiculée depuis la « redécouverte » du Camino dans le dernier tiers du XXe siècle : la capillarité exercée par les principales et autoproclamées « Voies de Saint-Jacques » sur le flot des peregrinos: voies d’Arles au sud, du Puy pour les Suisses et les Lyonnais, de Vézelay pour les Allemands et les Scandinaves, de Tours pour les Parisiens et les Belges… Contrairement aux marcheurs du XXIe siècle, leurs prédécesseurs entre le Moyen-Âge et le Temps des Lumières prenaient  de grandes libertés avec les soi-disant itinéraires « officiels » : très souvent ils faisaient des détours pour visiter le tombeau d’un ou plusieurs saints dont ils voulaient vénérer les reliques. Si Saint-Jacques était la finem ultimum (le but à atteindre), cela n’empêchait nullement « la concurrence sainte » de mériter un crochet.
Idem pour la phrase souvent lue et entendue : « les pèlerins d’autrefois devaient revenir à pied de Galice. Ils parcouraient donc deux fois le chemin. » Selon les récits d’archive épluchés par l’universitaire lyonnais, il n’était pas rare que celui qui était venu plus ou moins à pied (« la triche » avec des tronçons franchis en calèche était courante !) rentrât chez lui en bateau depuis la Galice ou le Portugal !

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Aujourd’hui, en oubliant tout un pan de l’histoire du Camino, on a assiste à une simplification historique voulue par l’Europe dans un à la fois politique et idéologique :  « Les instances européennes ont tout intérêt à ce que le Camino existe : il sert à unifier des nations bien différentes ; il est la trace d’un passé d’échanges et de liens relativisant les guerres qui ont ravagé le continent. Même la figure de Jacques est transformée. Lui qui, pendant des siècles, a attiré des chevaliers participant à la croisade contre les musulmans, est désormais un pauvre qui chemine humblement à la rencontre d’autrui. le Chemin crée un sentiment d’identité, une identité vécue avec ces milliers de marcheurs, de cyclistes ou de cavaliers qui, tous les ans, lui donnent vie. »

© Claude Tricoire

30 juin 2022

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Extraits et citations

Nous nions la liberté des anciens pèlerins, leur faculté de se perdre en détours, de partir à l’aventure, de musarder et d’avancer à leur rythme ; nous refusons leur capacité à prendre leurs propres routes ; nous oublions leurs récits si différents les uns des autres pour nous réfugier entre les pages du récit unique d’Aimery Picaud, qui nous offre le confort d’une géographie linéaire.

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Quand un pays entre dans l’Union, de nouvelles cartes apparaissent. Aux quatre routes d’Aimery Picaud s’est substitué un écheveau complexe qui part de Pologne ou de Grèce. En actualisant sans cesse le Camino, l’Europe se crée des racines, un moule par lequel tous les peuples seraient passés, une expérience médiévale commune préfigurant l’actuelle construction politique.
Le phénomène, depuis plus de vingt ans, s’autogénère.
Jacques a été si populaire par le passé qu’il est facile de trouver, dans la moindre région du continent, une chapelle, une statue ou le souvenir d’une confrérie.
La tentation est grande de tracer des lignes entre ces points épars. Et voilà le Camino, vous assure-t-on, qui se concrétise ! Si ce n’est que nous sommes victimes d’une reconstruction, voire d’une invention historiographique. Nous confondons le culte de l’apôtre et la dévotion pèlerine ; nous mêlons dans un passé idéalisé et intemporel des éléments qui n’ont jamais existé ensemble et se sont étalés sur plus d’un millénaire…

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On ne le dira jamais assez : méfions-nous des a priori ! Aujourd’hui, penser au Camino, c’est penser à la marche à pied. L’image est tellement ancrée dans nos imaginaires que nul ne penserait à la remettre en cause. Et pourtant ! Pendant des siècles, la plus sûre route pour Compostelle est la mer. Depuis l’Antiquité, les côtes espagnoles sont fréquentées.
À partir du XIe siècle, avec l’affirmation de royaumes chrétiens dans le Nord de l’Espagne, les ports cantabriques prennent une importance majeure dans les échanges européens : le trafic maritime favorise celui des pèlerins dont le transport devient une activité à part entière. Anglais, Suisses, Français, Flamands ou Allemands se rendent donc en Galice en débarquant si possible à La Corogne ; de là, reste environ 70 kilomètres en terrain assez aisé.

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La joie de la rencontre va-t-elle survivre à la cohabitation ? Aux ronflements la nuit, à ce qui est interprété selon les cultures comme un manque de savoir-vivre, à la brutalité de certains propos, aux rythmes de marche différents ? Va-t-on partager la nourriture transportée ?
Va-t-on attendre celui qui boite ? Vivre avec l’autre est une des principales questions. Chacun développe sa stratégie : un tel dédaigne celui qui a un gros appareil photographique, car il le prend pour un touriste ; un autre fuit celui qui arbore une croix, le jugeant trop catholique ; un autre encore déguerpit devant le porteur d’un piolet, parce qu’il estime que cet esprit sportif n’est pas celui du chemin… En fait, chacun cherche son « semblable », cet inconnu qui saura avoir la même vision du Camino.
Inconsciemment se forge un adage : « Dis-moi comment tu marches, je te dirai si tu es un des miens. » Car le marcheur espère toujours à composer un groupe qui va l’épauler. Tout se construit en fonction de l’opposition pèlerin-touriste, qui cache le dualisme vrai-faux. Chacun se range bien sûr du côté du « véritable pèlerin », mais ceux qu’il méprise n’en pensent pas moins de leur côté. Ainsi se forment des exclusions, alors même que tout concourt à les rapprocher face à ceux qui ne marchent pas.

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Disons-le nettement, Le Chemin, cette route unique qui aurait drainé les foules européennes vers l’apôtre, n’a jamais existé. Si, aujourd’hui, se développe une mystique du chemin, la circulation réelle est plus complexe. Il y a des étapes obligatoires, imposées par la topographie, comme le col de Roncevaux pour traverser les Pyrénées, ou par les capacités d’accueil, à l’image de l’hôpital d’Aubrac.
Entre ces points, chacun tente de trouver la route qui lui convient : parce qu’elle est facile, parce qu’il y trouvera un gîte, parce qu’il souhaite voir une relique, parce qu’il espère trouver un petit travail capable de nourrir son pécule…

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ETE 2022, ETE 2022 : IDEES DE LECTURES POUR JEUNES, LECTURES, LITTERATURE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Eté 2022 : idées de lectures pour jeunes

Été 2022 : 10 idées de livres pour les ados à lire en vacances

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Le plus inspirant : « La Reine Soleil »

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Dédié aux « filles ambitieuses d’hier, d’aujourd’hui et demain », cet épais roman entremêle le parcours de la première femme pharaon, Hatchepsout, et celui d’Idalie, une fille de fermiers dans la France contemporaine. Même si des siècles et des kilomètres les séparent, toutes deux ont beaucoup en commun. Quand la première lutte pour conquérir et conserver un pouvoir réservé aux hommes, la seconde apprend à s’affirmer pour échapper au harcèlement scolaire et à un destin tracé : devenir comptable pour l’exploitation familiale, alors qu’elle se passionne pour l’égyptologie. Ce roman fort documenté restitue, par ses descriptions d’odeurs, de paysages et de scènes de la vie quotidienne, la magie enivrante de l’Égypte ancienne.

De Florence Thinard, Éd. Thierry Magnier, 400 p., 15,90 €. 12 ans et plus.

 

 

Le plus original : « Âmes libres »

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Dans un quartier mal famé des États-Unis, Jada habite seule avec son frère, membre d’un gang. Depuis le départ de leur mère, elle se débat pour survivre et continuer ses études. Non loin de chez elle, Queen, la lionne au regard d’ambre, est prisonnière d’un organisateur de combats d’animaux clandestins. Ce livre à l’écriture nerveuse croise le destin de ces deux êtres abîmés par la vie mais dotés d’un puissant caractère. Toute l’originalité du roman réside dans la façon dont Charlotte Bousquet épouse tour à tour les points de vue de l’adolescente et de la lionne qui vont, au fil des pages, apprendre à s’apprivoiser et à s’épauler. C’est la caractéristique de la nouvelle collection « Faune », qui renverse notre regard en donnant la parole aux animaux, chevaux, ours ou corbeaux.

De Charlotte Bousquet, Scrineo, 176 p., 12,90 €. 12 ans et plus.

 

 

Le plus effrayant : « Portrait au couteau »

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En 1910, un petit rat de l’Opéra qui posait pour un peintre montmartrois est sauvagement assassiné de plusieurs coups de couteau en plein cœur. Le meurtrier n’est jamais retrouvé et le fait divers tombe dans l’oubli. Un siècle plus tard, une jeune modèle aux Beaux-Arts porte d’étranges cicatrices, semblables à celles de la victime, et deux étudiants découvrent au Musée d’Orsay un tableau représentant la scène de crime. Ce récit envoûtant s’inscrit dans la grande tradition du roman fantastique, façon Portrait de Dorian Gray : pinceau qui prend le contrôle de la main de l’artiste, tableau qui change d’aspect… Pris par la mécanique bien huilée de l’intrigue, on s’interroge sur la réalité des événements étranges qui surviennent et on frémit avec délice.

De Malika Ferdjoukh, Bayard Jeunesse, 192 p., 13,90 €. 12 ans et plus.

 

 

Le plus envoûtant : « Djoliba, la vengeance aux masques d’ivoire »

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Djoliba est l’ancien nom du fleuve Niger, celui employé par les Bozos qui vivaient sur ses berges au XIVe siècle. Ce roman captivant nous entraîne dans les pas d’un fils de pêcheur qui quitte sa famille pour entrer au service d’un érudit égyptien parti sur les traces d’un redoutable assassin. Méprisé par son père à cause de son handicap (il boite), Tiamballé va s’inventer un nouveau destin, celui de détective en herbe et de griot, dans un monde peuplé de génies, de guérisseurs et de forces invisibles. Grand connaisseur de l’Afrique, où il a passé son enfance, Gaël Bordet offre une plongée passionnante dans les croyances et les traditions du Mali médiéval, tout en tenant en haleine par une enquête policière bien ficelée.

De Gaël Bordet, Hélium, 240 p., 15,90 €. 13 ans et plus.

 

 

Le plus amusant : « Londinium »

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La cité (imaginaire) de Londinium attire les animaux du monde entier, en quête d’une vie meilleure : les humains ont interdiction de les manger ou de les mettre en cage. Mais l’équilibre fragile de la cohabitation menace de s’effondrer lorsque débute cette nouvelle série fantastique. Des voix s’élèvent pour dénoncer l’immigration incontrôlée, les agressions qui se multiplient… Arsène, le lapin détective, élégant et futé comme Sherlock Holmes, en est le témoin impuissant alors qu’il enquête sur la disparition d’une jolie loutre. Mêlant polar et uchronie (réécriture de l’histoire à partir de la modification d’un événement passé), cette fable animalière à l’humour piquant fait réfléchir à la question du vivre-ensemble et à la manipulation des foules.

D’Agnès Mathieu-Daudé, L’École des loisirs, collection « Médium », 208 p., 14,50 €. 13 ans et plus.

 

 

Le plus rocambolesque : « Alecto »

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Dans le Paris de la Belle Époque, Sidonie, une orpheline de 17 ans, vit de l’écriture à la chaîne de romans à l’eau de rose, tout en rêvant de publier un ambitieux récit d’aventures. Elle s’accommode plutôt bien de la solitude lorsqu’une comtesse russe aux allures de cosaque fait soudain irruption chez elle, affirmant être une tutrice mandatée par son grand-père juste avant sa mort. Mais pourquoi disparaît-elle des après-midi entiers et à quoi sont destinées les armes cachées dans ses bagages ? Autour de ces deux héroïnes bien campées, Yann Fastier joue avec les codes du roman populaire du début du XXe siècle. Des bas-fonds aux quartiers chic, péripéties et mystères se succèdent dans un tourbillon enivrant.

De Yann Fastier, Talents hauts, 208 p., 16 €. 13 ans et plus.

 

 

Le plus humaniste : « Des sauvages et des hommes »

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En 1931, en marge de l’Exposition coloniale sur les merveilles de l’Empire français, une centaine de Kanaks sont exhibés au Jardin d’acclimatation, dans un enclos à côté des crocodiles. Ce roman choral retrace la préparation en coulisses de ce « zoo humain » et les conséquences que ce séjour a eues sur ces hommes, alphabétisés et élevés dans la religion catholique, contraints de jouer les sauvages cannibales. Dépeignant avec un humour grinçant le cynisme des organisateurs, Annelise Heurtier raconte aussi la solidarité dont firent preuve certains Parisiens, révoltés contre cette mascarade. La belle amitié née entre le Kanak Edou et Victor, un fils de bonne famille, enseigne que l’on peut toujours dépasser ses préjugés.

D’Annelise Heurtier, Casterman, 288 p., 14,90 €. 13 ans et plus

Le plus captivant : « Polar vert. Tome 1, Les Algues assassines »

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Un matin, Klervi, 17 ans, retrouve sur une plage de Bretagne son frère jumeau et son cheval, empoisonnés par les vapeurs toxiques des algues vertes. Sur le sable, elle reconnaît les traces du quad de son petit ami, Lucas, dont la famille a fait du trafic de civelle, une espèce protégée, un business juteux. Lucas est-il impliqué dans l’accident ? Klervi va-t-elle collaborer avec la gendarmerie qui cherche à coincer les trafiquants ? Spécialiste du grand banditisme, l’auteur de cette nouvelle série happe d’emblée le lecteur par son écriture vive, sa narration efficace et ses personnages complexes. Il puise dans les crimes écologiques la matière d’un thriller prenant.

Texte de Thierry Colombié, illustrations de Jeff Östberg, Milan, 256 p., 14,90 €. 14 ans et plus.

 

 

Le plus mordant : « Terre promise »

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Quand, en 1870, Jim Lockheart débarque à New Hope, hameau poussiéreux du Kansas planté comme une mauvaise herbe le long du chemin de fer, il n’a qu’une idée en tête : retrouver l’esclave en fuite responsable du drame qui a détruit sa famille. Mais les préjugés racistes et sexistes du planteur sudiste vont bientôt être battus en brèche par sa rencontre avec une femme shérif et un barman noir. Au fil des retours dans le passé, les parcours personnels de ces trois personnages cabossés, leur douloureux chemin vers la liberté ou la rédemption, composent la trame vibrante de ce beau roman choral. Fin psychologue, Philippe Arnaud dresse, par petites touches, le portrait âpre d’une Amérique meurtrie par l’esclavagisme, le massacre des Indiens et la guerre de Sécession.

De Philippe Arnaud, Sarbacane, 304 p., 17 €. 14 ans et plus.

 

 

Le plus surprenant : « Nos jours brûlés »

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Nous sommes en 2049. Dans un monde plongé dans une nuit éternelle à la suite d’une catastrophe, une adolescente et sa mère partent sur les traces d’une cité mythique, à la recherche de mystérieux « éclaireurs » qui pourraient livrer des explications et peut-être rétablir la lumière sur la Terre. Écrite par une toute jeune autrice à la plume imaginative, cette dystopie puise dans les mythes africains pour déployer un univers riche et fascinant, où la faune et la flore se sont adaptées à la pénombre mais où rôdent des monstres terrifiants. Ce premier opus, porté par des personnages attachants, inaugure une série romanesque prometteuse.

De Laure Nsafou, Albin Michel, 320 p., 16,90 €. 14 ans et plus.

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