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Les mots qui disent la peste

DES MOTS POUR DIRE LA PESTE

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Peter Bruegel l’Ancien, Le triomphe de la mort

Billet de santé

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En 1720, les attestations de déplacement existaient déjà pour lutter contre la peste

Ce laissez-passer établi publié au 18e siècle en pleine épidémie de peste, qui présente d’intéressantes similitudes avec les actuelles attestations de déplacement liées au coronavirus.

Au 18e siècle, la peste de Marseille a causé la mort de plus de 100.000 personnes. Ce  laissez-passer du 18e siècle… qui ressemble en plusieurs points à l’attestation dérogatoire de déplacement obligatoire en cette période de confinement.

‎Daté du 4 novembre 1720, ce document a été rédigé alors que sévissait dans le sud de la France une épidémie de peste, dite peste de Marseille qui fit plus de 100.000 victimes. C’est l’une des dernières grandes épidémies que connaît la France, excepté la grippe espagole de 1918. Ce sauf-conduit autorise Alexandre Coulomb, consul de 28 ans «de taille médiocre et aux cheveux châtains», à quitter Remoulins (Gard) «où il n’y a aucun soupçon de mal contagieux» pour se rendre à Blauzac (Gard). Le signataire, le juge-consul Fabre, «prie ceux qui sont à prier» de laisser librement circuler le jeune homme.

Comme l’attestation dérogatoire de déplacement actuellement en vigueur, ce formulaire est en partie imprimé, en partie manuscrit. La précision des informations présentes sur ce laissez-passer – taille et couleur de cheveux d’Alexandre Coulomb – peut s’expliquer par la nécessité d’identifier de façon claire son propriétaire.

Bien plus qu’aujourd’hui, ce certificat illustré par les armes de la ville de Remoulins était en effet essentiel pour la personne qui le portait. Aux 18è siècle la répression étant très stricte, il fallait un sauf-conduit émanant d’une autorité pour se déplacer. L’Etat se montre déjà soucieux de surveiller tout un chacun et même, hors épidémie on ne rendrait pas facilement dans une ville : ceci montre que l’Etat est déjà en train de surveiller les individus.

Le bureau de santé

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Bureau de santé sur le Vieux Port, construit en 1719.

Un bureau de santé est créé à Marseille. Sa date de création est inconnue mais forcément avant 1622 car un texte du Parlement de Provence du  daté de cette année fait référence à cet établissement. Ce bureau, renouvelé chaque année par le conseil de ville, est composé de quatorze intendants bénévoles choisis parmi les négociants, marchands et anciens capitaines de vaisseau. La présidence est assurée à tour de rôle chaque semaine par l’un des intendants qui prend le nom d’intendant semainier. Pour assurer une bonne coordination entre le conseil municipal et le bureau de santé, les deux échevins à la sortie de leur charge font partie de droit du bureau de santé, ce qui porte le nombre total de ses membres à seize. Ils sont assistés dans leur tâche par un personnel nombreux : secrétaires, commis, etc. Un médecin et un chirurgien sont attachés à cet établissement

Le siège du bureau de santé se trouve d’abord sur un ponton flottant basé près du fort Saint-Jean, puis à la consigne sanitaire, bâtiment construit à partir de 1719 sur les plans d’Antoine Mazin au pied du fort Saint-Jean. Ce bâtiment est toujours visible.

Les démarches sont strictes : le capitaine d’un vaisseau en provenance du Levant laisse son navire à l’île de Pomègues et se rend en barque au bureau de santé pour présenter la patente qui lui a été délivrée et selon le type de celle-ci, le bureau de santé décide de la durée de la quarantaine à appliquer aux marchandises et aux personnes.

Croque-mort

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Le Joseph Stevens (1819-1892) : Croque-mort, huile sans date (singe déguisé en croque-mort)croque-mort (ou « croque-morts ») ou croquemort est le surnom populairement donné aux employés des pompes-funèbres chargés de la mis en bière des défunts et de leur transport au cimetière. Le mot apparaît vers la fin du XVIIIè siècle, juste avant la Révolution française. Dans l’imaginaire collectif le croquemort est un personnage sinistre et lugubre, voire porteur de malheur ce qui ne correspond plus avec la réalité d’un croque-mort, assistant funéraire.

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Pince à cadavre, MVM 2004 6 10 23

Origine de l’appellation

L’origine du nom vient des épidémies de peste au Moyen-Âge pendant lesquelles les nombreux morts étaient rassemblés avec des crochets (crocs), ou à une ancienne pratique consistant à mordre l’orteil d’un défunt pour s’assurer de son décès par son manque de réaction, ce terme n’apparaît dans les textes écrits qu’en 1788. Mais aussi, contrairement à la légende l’origine du mot croque-mort ne viendrait pas de la pratique de croquer un orteil pour vérifier que la personne est bien décédée. Ce mot attesté en 1788 provient vraisemblablement de l’utilisation du mot « croquer » dans le sens subtiliser, faire disparaître, lors de la mise en bière.

En Belgique, et jusqu’il y a environ 50 ans, les employés des pompes-funèbres, pour s’assurer de la mort d’une personne et dans la hantise d’enterrer un vivant, mordaient le petit doigt du défunt; d’où le nom de « croque-mort ».

Il semble que l’expression signifie que les employés des pompes-funèbres « croquent » (mangent) les morts en leur subtilisant bijoux et valeurs avant de les faire disparaître d’abord dans un cercueil puis sous terre. Cette interprétation est à rapprocher du mot sarcophage, cuve destinée à recevoir un cadavre, dont l’étymologie grecque (sarcos désignant la chair et phagein l’action de manger, dévorer) se traduit littéralement par « mangeur de chairs ».

Lazaret

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Le Lazzarreto-Vecchio de Venise

Le lazaret était un établissement de mise en quarantaine des passagers, équipages et marchandises en provenance de ports où sévissait la peste. De nos jours en France, le mot désigne aussi quelques lieux-dits sur le littoral méditerranéen où un lazaret, aujourd’hui disparu, avait été établi (Nices, Sète, Marseille).

Étymologie et histoire

Le mot « lazaret », désignant un hôpital, tirerait son origine du nom de « Lazare», protagoniste d’une parabole de l’Evangile selon saint Luc.

En effet, dans un enseignement sur la charité, Jésus  décrit l’histoire d’un pauvre nommé Lazare, et d’un mauvais riche : le pauvre, couvert d’ulcères et mourant de faim, vit dans la rue, à la porte de la demeure du riche. Il aurait bien voulu se rassasier des miettes de nourriture qui tombaient de la table du riche, mais personne ne lui en donnait. Le pauvre mourut et  il fut emporté au Ciel. Le riche mourut aussi et on l’enterra. Mais, dans l’Au-delà, il se retrouva en Enfer et connut souffrances et tourments car il ne s’était pas préoccupé du sort du pauvre qui était à sa porte.

Au Moyen Âge, ce Lazare si populaire, dont la geste était racontée dans les sermons, les fresques, la statuaire et les vitraux, est devenu « saint Lazare ». Comme il était malade et couvert d’ulcères, il est devenu le patron des ladres : d’où, à cette époque, les nombreuses ladreries ou maladreries où vivaient à l’écart, reclus, les lépreux, qui éloignaient les gens avec leur crécelle ou leur clochette, car la lèpre était autrefois supposée contagieuse et était alors tellement répandue que toutes les villes avaient leur maladrerie et, encore aujourd’hui, tous les lieux-dits Saint-Lazare font allusion à d’anciennes léproseries disparues.

Saint Lazare (ou saint Ladre) était quelquefois appelé « le Bon Malade » (sans doute par corruption du mot « maladie » ? ou par opposition au « mauvais riche » ?) : et c’est ainsi que sont parfois désignés les lépreux dans les textes anciens.

Le premier État à instituer la quarantaine par la loi, pour le bon fonctionnement des hôpitaux et ainsi prévenir la contagion potentiellement liée à son commerce, est la république de Venise, au xve siècle : le premier lazaret est fondé sur une île, appelée depuis Lazzaretto Vecchio , à proximité de la ville-État, en 1423..

Un décret du duc Charles III de Lorraine daté du 2 avril 1562 autorise « les bons malades de la Madeleine encore qu’ils ne soient de la paroisse de Nancy ou de Saint-Dizier à participer aux aumônes qui se distribuent les dimanches, jeudis et vendredis de chaque semaine ». Dans les campagnes, il existe encore des sources portant le nom de « fontaines du Bon Malade » et qui devaient être réservées jadis aux lépreux.

Étaient désignés comme ladres, aussi, les avares, car l’avarice (ou ladrerie) était considérée comme la « lèpre de l’âme ».

Par la suite, on appela « lazaret », tout établissement où l’on mettait en quarantaine les malades contagieux (lèpre, peste ou choléra)

Outre la lèpre, contre laquelle on invoquait saint Ladre, l’autre grand fléau du Moyen Âge était la peste. Le patron des pestiférés est saint Roch,  d’où le nom d’hôpital Saint-Roch donné aux établissements de soins aux pestiférés. Pour des raisons analogues, d’autres établissements ayant même destination furent placés sous le vocable de Saint-Louis, comme à Paris, ce roi étant supposé mort de la peste devant Tunis.  

À Marseille, l’agrandissement du port à partir du milieu du xixe siècle entraîna la destruction du premier lazaret, fondé en 1526 et qui fonctionna pendant plus de deux siècles. Peu de temps avant (entre 1823 et 1828) avait été bâti sur l’île Ratonneau un lazaret baptisé hôpital Caroline. Ce lazaret présentait l’avantage d’être plus éloigné de la ville et répondait mieux aux prescriptions de l’hygiène. Un port de quarantaine ne tarda pas à être établi entre les îles Pomègues et Ratonneau par la construction d’une digue.

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Plan de Lazaret, dit les Infirmeries, 18éme siécle

En allemand et en russe, ce mot signifie « hôpital militaire» ou « infirmerie de campagne ». En anglais, le mot d’origine vénitienne lazaretto est utilisé pour désigner un lazaret, tandis que le mot pest house désigne une maison de quarantaine située ailleurs que dans un port.

Médecin de peste

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Médecin durant une épidémie de peste à Rome au XVIIe siècle (gravure de Paul Fürst, 1656) : tunique recouvrant tout le corps, gants, bésicles   de protection portées sur un masque en forme de bec, chapeau et baguette. Le surnom « Doctor Schnabel » signifie « Docteur bec ».

Un médecin de peste, appelé aussi docteur de peste, était un médecin spécialisé dans la prise en charge de la peste bubonique.  Engagés et payés par les villes touchées par l’épidémie pour s’occuper des riches et des pauvres, ce sont rarement des médecins ou des chirurgiens expérimentés formés à traiter cette maladie, mais le plus souvent des médecins de second ordre sans grande réussite professionnelle, ou de jeunes médecins essayant de s’établir, car leur contact avec les pestiférés entraîne un taux de mortalité élevé parmi eux. Au XVIIè et au XVIIIè siècle, certains médecins portent un masque en forme de long bec blanc recourbé (ce bec de corbin fait qu’ils sont alors comparés à de lugubres vautours) rempli d’herbes aromatiques conçues pour les protéger de l’air putride selon la théorie des miasmes de l’époque.

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Habits d’un médecin, du garde de santé et d’un chirurgien durant la peste de 1720, lithographie, Coll.Musée du vieux Marseille

 Histoire

Le pape Clément VI engage plusieurs médecins de la peste pendant la Peste noire en 1347 pour assister les malades d’Avignon. À cette occasion il leur accorde le privilège de réaliser des autopsies dans l’espoir de découvrir la cause du mal et sa thérapeutique.

La communauté des docteurs de peste est privilégiée : la ville d’Ovieto embauche Matteo fu-Ange en 1348 pour des honoraires 4 fois plus élevés qu’en temps normal (50 florins par an). Lorsque Barcelone dépêche deux médecins de peste à Tortosa en 1650, des bandits les capturent en route et demandent une rançon payée par la ville de Barcelone.

Costume

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Certains médecins de peste portent un costume spécifique, bien que des sources graphiques montrent une grande variété de vêtements non spécifiques.

Charles Delorme, premier médecin de Louis XIII, imagine en 1619 un costume protecteur : « le nez long d’un demi pied (16 cm) en forme de bec, rempli de parfums n’a que deux trous, un de chaque côté à l’endroit des ouvertures du nez naturel ; mais cela peut suffire pour la respiration et pour porter avec l’air qu’on respire l’impression des drogues renfermées plus avant le bec. Sous le manteau, on porte des bottines, faites de maroquin (cuir de bouc et de chèvre) du levant, des culottes de peau unie qui s’attachent aux dites bottines et une chemisette de peau unie, dont on renferme le bas dans les culottes, le chapeau et les gants sont aussi de même peau… des bésicles sur les yeux ». La tunique en lin ou en toile cirée et le cuir constituent sans doute une carapace contre les puces, protection se révélant efficace à l’usage, découverte empirique car ce mode de transmission n’est pas encore connu à l’époque. D’abord utilisé à Paris, son usage se répand ensuite dans toute l’Europe. Des épices et herbes aromatiques (thym, matières balsamiques, ambre, mélisse, camphre, clous de girofle, laudanum, myrrhe, pétales de rose, styrax, vinaigre des quatre voleurs) sont tassées ou imprègnent des éponges qui sont enfilées à l’intérieur du nez le plus souvent en carton bouilli ou en cuir. Les médecins de la peste utilisaient une baguette de bois pour examiner leurs patients sans contact direct ou pour tenir les gens à distance.

Agents testamentaires et de la santé publique

Les médecins ont servi comme officiers de santé publique (à l’instar des chirurgiens-barbiers et des apothicaires) pendant les périodes d’épidémies. Dirigés par des commissaires de santé (capitaines ou prévôts de santé), leur tâche principale, en plus de prendre soin des victimes de la peste, est l’enregistrement des décès dus à la peste. Enregistrement d’abord épisodique puis systématique dès le XVIIè siècle à Londres dans les Bills of Mortality (registres de mortalité). Leur action a ainsi contribué à la naissance de la statistique sanitaire.

Assistant souvent aux agonies, il lui arrive de conseiller le patient et devenir l’exécuteur testamentaire. Après le Moyen Âge, la nature de la relation entre le médecin et le patient est régie par un code d’éthique de plus en plus complexe pour éviter les abus et escroqueries, notamment en ce qui concernait le legs.

Méthodes

Ces médecins, imprégnés de la théorie des humeurs d’Hippocrate, , pratiquent des saignées et d’autres remèdes magiques comme placer des grenouilles sur les bubons  afin de « rééquilibrer les humeurs ». Ils utilisent une baguette (verge blanche ou rouge dite canne de saint Roch)  pour examiner les malades ou des pinces à long manche pour les opérer à distance (ouverture ou cautérisation des ganglions infectés). Pendant une épidémie, ils sont tenus à l’écart de la population et peuvent également être soumis à quarantaine.

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Mallette de médecin, collection du Musée d’Histoire de Marseille

Médecins de peste connus

Michel de Nostredame, dit Nostradamus dont les conseils sont d’éliminer les cadavres infectés, de ventiler les maisons avec de l’air frais, de boire de l’eau propre et potable ou du jus de cynorrhodon (source de vitamine C). Dans son Traité des fardemens, il recommande de ne pas saigner le patient.

Guy de Chauliac, médecin et chirurgien français, engagé par les papes à Avignon pour soigner les malades de la peste.

Giovanni de Ventura, engagé par contrat comme médecin de peste par la ville italienne de Pavie en 1479. .

Niall-O-Glacain, médecin irlandais qui gagne le respect profond de l’Espagne, de la France et de l’Italie pour son courage dans le traitement de nombreuses victimes de la peste.

Paracelse soigne la peste, mais dans son Traité de la peste, il continue à colporter les croyances populaires de l’époque

Ambroise Paré combat l’épidémie de peste à Lyon en 1564 et rédige en 1568 un Traité de la peste, de la petite vérolle et rougeolle.

Jean Bauhin, médecin officiel de la peste à Genève en 1570, avec la « gaule en main ».

Mur de la peste

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Mur de la peste entre Lagnes et Fontaine de Vaucluse.

Le mur de la Peste est un rempart édifié dans les monts de Vaucluse afin de protéger le Comtat Venaissin de la peste qui frappa Marseille et une partie de la Provence en 1720-1722.

S’étirant sur 27 kilomètres, il est bâti en pierre sèche. Le long de ce mur, des guérites en pierre sèche accueillaient des gardes.

C’est l’architecte, ingénieur et cartographe carpentrassien Antoine d’Allamand qui en définit le tracé, comme il l’indique lui-même dans son Mémoire des ouvrages que j’ai faits et ordonnés depuis 1700 conservé à la bibliothèque Inguimbertine :

« En 1720 je traçois depuis Saint-Hubert jusques à Saint-Ferreol les limites entre le Comtat Venaissin et la Provence, une ligne de 18 000 toises dont 6 000 toises faites avec un parapet de terre et un fossé au devant, et 2 000 toises avec des murs faits en pierre sèche.
En 1720 (j’ai fait) le plan de cette ligne depuis Saint-Hubert jusques à Saint-Ferréol et de là en suivant la Durance jusques à son embouchure dans le Rhône et en remontant le Rhône jusques à Avignon dont la longueur est de 14 lieues. »

Les patentes

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Extrait du registre de patente de santé, MHM

Chaque navire faisant escale dans un port du Levant se voit délivrer une patente, certificat délivré par les consuls des ports orientaux aux capitaines des vaisseaux souhaitant rentrer en France, qui précise l’état sanitaire de la ville. On distingue trois types de patentes :

la patente nette lorsque rien de suspect n’existe dans la région au moment du départ du vaisseau ;

la patente suspecte lorsque règne dans le pays une maladie soupçonnée pestilentielle ;

la patente brute lorsque la région est contaminée par la peste.

En cas de patente nette la durée de la quarantaine est ordinairement de dix-huit jours pour les personnes, vingt-huit pour le navire et trente-huit pour la cargaison. Ces périodes sont portées respectivement à vingt-cinq, trente et quarante si la patente est suspecte et trente-cinq, cinquante et soixante si la patente est brute.

Peste

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La peste est une anthropozoonose,  c’est-à-dire une maladie commune  aux humains et aux animaux. Elle est causée par le bacille Yersinia pestis, découvert par Alexandre Yersin de l’Institut Pasteur en 1894. Ce bacille est aussi responsable de pathologies pulmonaires de moindre gravité chez certains petits mammifères et animaux de compagnie (on parle dans ce cas de peste sauvage).

En raison des ravages qu’elle a causés, surtout au Moyen Âge, la peste a eu de nombreux impacts sur l’économie, la religion et les arts. Ainsi la peste noire de 1347-a profondément marqué l’Europe en éliminant 25 % à 50 % de ses habitants ; dans le royaume de France la population a chuté de 38 %, soit 7 millions de victimes sur les 17 millions de Français de l’époque. Cependant plusieurs épidémies de maladies inconnues à forte mortalité ont pu être qualifiées de peste par les chroniqueurs de l’époque. Par analogie, d’autres maladies à forte morbidité pour d’autres espèces sont également nommées peste, comme la peste aviaire, celle du canard, celle du porc. Elles n’ont pour la plupart rien à voir avec la peste humaine, qui peut prendre trois formes : peste bubonique, peste pneumonique et peste septicémique.

Étymologie

Le terme peste apparaît en moyen français au xve siècle (vers 1460, ou en 1475). Il dérive du latin pestis signifiant d’abord « fléau » au sens propre (l’outil ou l’arme de guerre qui sert à battre ou à frapper) et aussi, au sens figuré, toutes les calamités, ruines et destructions, dont toute épidémie à forte mortalité (pestilence ou « maladie contagieuse, épidémie »).

En ancien français, il existait déjà le terme pester apparu au XIIè siècle, à partir du latin vulgaire pistare pris pour pinsare « piler, broyer ». L’ancien français pester a pour sens 1) broyer, pétrir 2) piétiner, fouler 3) battre. L’ancien français pestel est le pilon, la massue, le haut du bras qui servent à frapper. De la même famille sont les termes d’ancien français pestrir « pétrir » et pestrin « pétrin »

L’ancien français pestilance (pestilence) apparu en 1120, du latin pestilentia, signifie « maladie pestilentielle », fléau ou calamité, carnage ou défaite, ainsi que toute odeur infecte (en particulier celle d’un champ de bataille couvert de cadavres).

Les origines du terme latin pestis sont obscures ou incertaines. Il n’existe pas d’équivalent en grec ancien. Plusieurs termes grecs recouvrent les sens déjà mentionnés comme epidemios « sur le peuple » (epi et demos) ; nosos « maladie » ; phtoros « ruine, destruction » ; loimos « fléau ». Tous ces termes sont utilisés par Thucydide pour désigner « la peste d’Athènes » (le texte grec original n’a pas de titre).

Le terme latin plaga (le coup et son résultat) a donné le français plaie et l’anglais plague (peste). Dans la Septante, traduction de la Bible hébraïque en grec ancien, les juifs grecs d’Alexandrie utilisent le terme loimos pour chacune des 10 plaies d’Egypte en français, the 10 plagues of Egypt en anglais.

Le sens moderne du terme peste se précise progressivement à partir du xvie siècle jusqu’à la fin du xixe siècle (découverte de la bactérie causale).

Bactériologie

Dans le règne des bactéries, Yersinia pestis est un coccobacille de 0,5 à 0,8 μm de largeur sur 1 à 3 μm de longueur, sans motilité, capsulé, Gram négatif, aéro-anaérobie facultatif, appartenant à la famille des Enterobacteriaceae. Il présente une coloration bipolaire en présence des colorants Wright, Giemsa et Wayson et se développe sur des milieux de culture standards en deux jours à 28 °C.

Ce germe est résistant, il reste virulent plusieurs jours dans un organisme en putréfaction. Il est sensible à la chaleur et à la dessiccation (il ne résiste pas longtemps à la lumière solaire), mais il résiste au froid.

Il possède plusieurs facteurs de virulence qui lui permettent de survivre chez l’humain en utilisant les nutriments des cellules hôtes et en empêchant la phagocytose et d’autres mécanismes de défense.

Réservoirs et vecteurs

La peste est d’abord une zoonose affectant surtout les rongeurs. Si l’unanimité est faite sur le modèle général rongeurs-puces-humains, de nombreux problèmes de détail (espèces exactes en cause, modalités et mécanismes…) restent controversés et en cours de discussion.

 Réservoirs

La peste aurait le paradoxe d’être conservée par des espèces qu’elle détruit. Les rongeurs sensibles (qui meurent de peste en moins d’une semaine) compensent cette mortalité par un « turn-over » particulièrement élevé : les rats se reproduisent à l’âge de 4 mois, les rattes ont environ 4 portées par an, chaque portée étant de 6 petits en moyenne.

La peste se répartit en foyers naturels d’endémies animales ou enzooties, plus ou moins permanentes, avec des alternances d’épidémies animales ou épizooties et des phases muettes, principalement en Asie, Afrique et Amérique de l’Ouest.

 Peste tellurique

Il existe une peste tellurique, où la bactérie peut se conserver par le froid et se multiplier dans le sol. C’est particulièrement le cas dans les terriers de rongeurs après une épizootie de peste. Quand une région se repeuple de rongeurs, ils réoccupent les terriers vides et contractent à nouveau la maladie par inhalation ou ingestion lors du fouissement. Ce phénomène pourrait expliquer le caractère cyclique de la peste, après disparition apparente.

Peste selvatique ou sauvage

Le réservoir primaire de la peste est représenté par de très nombreux rongeurs sauvages, constituant un réservoir naturel permanent de la maladie. La nature exacte du réservoir animal principal diffère selon les régions du monde.

Dans ces foyers enzootiques, plus de 200 espèces ont été recensées, dont une quarantaine sont des réservoirs permanents, comme des marmottes (Asie Centrale), des gerbilles (Afrique du Sud) et meriones au Proche-Orient. Les spermophiles écureuils fouisseurs jouent aussi un rôle important en Russie du Sud-Est ; de même dans l’Ouest des États-Unis où l’on trouve aussi les chiens de prairie.

Les rongeurs sauvages hibernants, comme la marmotte, pourraient aussi expliquer la permanence de la maladie d’une année à l’autre. Ceux qui ont contracté la peste ne présentent pas de maladie durant l’hibernation, puis l’infection se réactive brutalement au réveil, entraînant la mort de l’animal.

La bactérie est alors transmise de rongeur à rongeur par piqûre de puce, les différentes espèces de rongeurs étant plus ou moins sensibles ou résistantes. Il y aurait des hôtes primaires principaux, plutôt résistants où la bactérie circule en permanence, et des hôtes secondaires sensibles qui amplifient et disséminent la maladie, en particulier les rongeurs péri-domestiques.

La mort de rongeurs sensibles déclenche un lâcher de puces qui peuvent infecter des hôtes vertébrés de voisinage, comme l’Homme, les lagomorphes (lapin, lièvre) et les carnivores (chien, chat…). Ces derniers peuvent aussi infecter l’humain par contact (si peau lésée) ou morsure d’un animal infecté.

 Peste péri-domestique ou rurale

La peste des rongeurs commensaux des humains est la principale source d’origine de la peste humaine ou peste urbaine. En Europe, les deux espèces responsables des épidémies historiques de peste humaine sont le rat noir   et le rat gris ou surmulot.

Le rat noir est originaire d’Asie du Sud-Est, il s’établit au Proche-Orient dans l’Antiquité et parvient en Méditerranée orientale et en Europe du sud à l’époque romaine. Le rat noir est un animal sédentaire, qui ne se déplace pas activement sur de longue distance. Il vit à proximité de l’homme. Adapté aux activités de l’homme, il vit surtout dans les greniers et à bord des navires. Il peut être transporté parmi les marchandises (sacs de grains, ballots de tissus…). Sensible à la peste, il sort de son trou pour mourir, et les chroniques orientales signalent souvent la mort de rats précédant la peste humaine.

Le rat noir a été progressivement évincé par le rat gris plus gros et plus robuste. Il est originaire d’Asie centrale et supplante le rat noir en Europe à partir de la Renaissance jusqu’au début du xixe siècle. Il est moins lié à l’homme, il sait nager et aime l’humidité, il peut vivre dans les caves et les égouts en zone urbaine, ou en terriers à la campagne. Cependant le rat gris est moins sensible à la peste et il ne sort pas de son trou pour mourir, limitant les cas de contact. Le remplacement du rat noir par le rat gris au xviiie siècle serait l’un des facteurs expliquant le déclin des épidémies en Europe pendant cette période.

Formes cliniques

En zone endémique, toute adénite suppurée doit faire évoquer un bubon pesteux. La peste s’exprime sous trois formes cliniques principales différentes, pouvant parfois se succéder dans le temps :

Peste bubonique

Forme la plus fréquente, la peste bubonique fait suite à la piqûre de la puce. La peste peut se déclarer d’abord chez les rongeurs qui meurent en grand nombre. Les puces perdant leur hôte recherchent d’autres sources de sang, et contaminent l’homme et les animaux domestiques par piqûre. Après une incubation de moins d’une semaine, apparaît brutalement un état septique avec fièvre élevée sans dissociation de pouls, frissons, vertiges, sensation de malaise.

Le bubon apparaît vers le 2e jour après le début fébrile, mais il peut être détecté dès les premières heures par la palpation. C’est une adénopathie   (ou ganglion augmenté de volume), satellite du territoire de drainage de la piqûre de l’ectoparasite.. Les aires ganglionnaires le plus souvent touchées sont l’aire inguinale (pli de l’aine) ou crurale (haut de la cuisse), plus rarement axillaire voire cervicale. Il est d’abord sensible, inflammatoire, puis de plus en plus douloureux à mesure qu’il grossit.

Des signes de déshydratation et de défaillance neurologique vont accélérer l’évolution de la maladie vers une mort en moins de sept jours en l’absence de traitement efficace. On estime entre 20 et 40 % le nombre de malades qui vont guérir spontanément après un temps de convalescence assez long.

Peste septicémique

Cette forme constitue 10 à 20 % des pestes. La peste septicémique est la plupart du temps une complication de la peste bubonique, due à une multiplication très importante des bacilles dans la circulation sanguine. Cette variété de peste apparaît quand les défenses des ganglions lymphatiques et les autres types de défense sont dépassés (peste septicémique secondaire). Le bubon peut être absent, le germe se multipliant immédiatement dans le sang (peste septicémique primaire). Il s’agit d’une forme mortelle sans traitement, mais non contagieuse.

Peste pneumonique ou pulmonaire

Forme plus rare que la peste bubonique, c’est la forme la plus dangereuse car très contagieuse. La peste pneumonique ou pulmonaire survient quand le bacille pénètre directement dans l’organisme par les poumons  ou par complication pulmonaire d’une peste septicémique (peste pulmonaire secondaire). Les humains sont contaminés, et contaminent, par les crachats  et les projections microscopiques (toux, postillons) contenant le germe.

Après une période d’incubation de quelques heures à deux jours, s’installe une pneumopathie   aiguë sévère avec état septique. Même avec un traitement antibiotique approprié, cette forme de peste est souvent mortelle en quelques jours par œdème pulmonaire ou défaillance respiratoire.

Autres formes

La peste pharyngée survient après consommation d’aliments contaminés par Yersinia pestis. Elle se présente comme une pharyngite avec amygdalite, une fièvre élevée, une toux sèche, et une lympadénite (inflammation des ganglions du cou).

 Mesures de protection de santé publique

La peste est une maladie à potentiel épidémique qui justifie un diagnostic précoce et exige une déclaration aux autorités sanitaires nationales et internationales.

En France, la peste fait partie des maladies infectieuses à déclaration auprès des agences régionale de santé. D’après le plan Biotix de la Direction générale de la Santé  française, les mesures de protection à prendre consistent à :

porter un diagnostic précoce ;

déclarer très rapidement aux autorités sanitaires la suspicion d’un cas de peste ;

lancer une enquête épidémiologique pour identifier la source et les personnes exposées ;

hospitaliser tout malade symptomatique dans une structure médicalisée, particulièrement ceux qui sont atteints de formes respiratoires ;

limiter les déplacements pour éviter l’extension de l’épidémie ;

administrer une antibioprophylaxie par cyclines, rifampicine ou streptomycine aux sujets en contact.

La désinsectisation et la lutte contre les réservoirs animaux (dératisation obligatoire des navires) sont déterminantes dans la prévention d’une épidémie. Dans les parcs naturels aux États-Unis, des panneaux préviennent les promeneurs d’éviter tout contact avec les rongeurs.

 Histoire

 Le terme de « peste »

Dans l’Antiquité, le terme de « peste », ou ses équivalents, ne désigne pas nécessairement la maladie aujourd’hui nommée peste, ni même une autre maladie spécifique. Il pouvait s’appliquer à un évènement catastrophique, frappant une cité entière, constituant en lui-même un concept culturel allant au-delà du concept de maladie. La peste, c’est ce contre quoi la religion et la médecine sont impuissantes, ce par quoi la Cité est mortelle sans défense possible. Au cours du temps, le terme peste désigne toute maladie mortelle, en grand nombre, en même temps, en un même lieu.

La première pandémie de peste reconnue avec certitude (du point de vue médical moderne) est la peste de Justinien (seconde moitié du vie siècle). Toutefois, la maladie existait certainement avant cette date.

 Origine de la peste

Yersinia pestis serait issu de Yersinia pseudotuberculosis, la divergence datant de moins de 20 000 ans. Y. pseudotuberculosis est une bactérie à transmission féco-orale (infection intestinale modérée), elle aurait acquis des éléments génétiques modifiant son mode de transmission (voie sanguine, et vecteur puce). Une étude de 2015 révèle que la peste était déjà endémique en Eurasie, il y a 5 000 ans, dès l’âge de bronze, mais avec un bacille moins pathogène. Des études récentes ont montré que l’ADN de la peste peut être détecté dans la pulpe des dents des premiers squelettes de l’âge de bronze en Europe. Jusqu’à 8 % des squelettes étudiés hébergent ce qui était probablement la bactérie qui a causé leur mort.

L’hypothèse majoritaire place l’origine de la peste dans son foyer d’Asie centrale. Une étude a montré que la maladie sévissait déjà dans le voisinage de la Chine, où l’ancêtre commun des bacilles actuels serait à rechercher il y a plus de 2 600 ans.

Description historique

La peste est nommée depuis l’Antiquité. Selon J.-N. Biraben, les médecins décrivent correctement la peste à partir du xve siècle et ne la confondent plus avec aucune autre affection.

Au vie siècle, Grégoire de Tours écrit :

« … on compta, un dimanche, dans une basilique de Saint-Pierre, trois cents corps morts. La mort était subite ; il naissait dans l’aine ou dans l’aisselle une plaie semblable à la morsure d’un serpent  ; et ce venin agissait tellement sur les hommes qu’ils rendaient l’esprit le lendemain ou le troisième jour ; et la force du venin leur ôtait entièrement le sens. »

Plus tard au xvie siècle, Nicolas de Nancel en donne la description suivante :

« Or donques la peste est une fièvre continue, aiguë et maligne, provenante d’une certaine corruption de l’air extérieur en un corps prédisposé : laquelle étant prise par contagion se rend par même moyen communicable & contagieuse : résidente aux trois parties nobles ; accompagnée de très mauvais & très dangereux accidents, & tendante de tout son pouvoir, à faire mourir l’homme, voire tout le genre humain. »

Selon les auteurs anciens, les épidémies de peste peuvent s’annoncer par des signes précurseurs : comètes, éclipses, tremblements de terre, orages violents, vol inhabituel des oiseaux, nuages en forme de cercueil, épidémies bénignes, réveil douloureux des cicatrices buboniques d’anciens pestiférés guéris…

Lorsque l’épidémie est déjà déclarée, les signes généraux du début (fièvre, céphalées, abattement) sont reconnus dès le xive siècle. Les charbons (escarre sur-infectée d’une piqûre de puce) sont mentionnés au xviie siècle (sans la reconnaissance du rôle de la puce). Les bubons sont cités au vie siècle (Grégoire de Tours), leur description est précisée par les médecins arabes, pour être universellement reconnus comme caractère distinctif et essentiel à partir du xve siècle. Il en est de même pour les complications hémorragiques et les formes pulmonaires. Les signes neurologiques (hallucinations, délire…) sont signalés dès le vie siècle.

Les pestes historiques présentent quelques différences avec la peste moderne : plus grande fréquence des morts subites ou formes foudroyantes surtout lorsque l’épidémie commence, et la grande importance des vomissements.

La tradition signale que plusieurs professions sont épargnées : les chevriers, cochers et palefreniers (car l’odeur des chèvres et des chevaux repousse les puces du rat), et les porteurs d’huile (l’huile repousserait aussi les puces), les forgerons (le bruit et le feu de la forge éloignent les rats) ainsi que les tonneliers. D’autres sont à haut risques comme les tailleurs, drapiers, chiffonniers, lavandières … (exposés aux puces), ou encore les meuniers, boulangers, bouchers (exposés aux rats).

 Conceptions historiques

Les multiples interprétations de la peste engendrent autant de réponses qui peuvent se combiner entre elles.

Colère divine

Dans l’Antiquité, des sacrifices étaient faits pour calmer un Dieu offensé. Le christianisme reprend cette conception, et appelle à la clémence divine par les prières, les confessions et les pénitences. Les saints les plus invoqués sont saint Roch et saint Sébastien ; des messes sont dites, des offrandes sont faites (cierges gigantesques, cordons de cire faisant le tour des remparts) ; des processions ou pèlerinages sont organisés (transport de saintes reliques, ou procession des flagellants).

Contagion surnaturelle

La peste est le fait d’êtres surnaturels : certains déclarent avoir vu le génie de la peste sous la forme d’une flamme bleue qui floterait , dans les rues et irait d’une maison à l’autre, dans d’autres lieux on voit un fantôme, une vieille femme, ou le diable lui-même. D’autres pensent que la peste peut se transmettre par le regard des pestiférés. Divers procédés magiques sont utilisés pour repousser les esprits malfaisants : enterrement debout, danses nues, exorcismes, inscriptions, croix fléchée, talisman, amulettes, pierres précieuses, protection par le chiffre quatre…

Empoisonnement provoqué

La peste est répandue volontairement par des groupes malveillants, contre lesquels on exerce représailles ou persécutions. En Russie on accuse les Tatars, en Europe centrale les Bohémiens. Les engraisseurs sont un groupe indéterminé qui enduit les murs et les portes des maisons de graisses maléfiques. Les semeurs de pestes sont des groupes professionnels accusés de tirer profit de la peste (barbiers-chirurgiens, soignants, parfumeurs, croque-morts…). En Europe occidentale, les Juifs et les lépreux sont accusés d’empoisonner les puits et les fontaines .

Contagion aérienne, la théorie miasmatique

La théorie médicale dominante de la peste est la corruption de l’air par des effluves souterraines, le sous-sol étant le lieu de la décomposition et de la corruption. Ces vapeurs infectes (miasmes) réalisent des ascensions venimeuses qui retombent sur les hommes d’une région donnée. Le venin passe à travers les pores de peau pour corrompre les humeurs. Il peut se transmettre par les hommes d’un pays à l’autre. La peste est une pourriture des humeurs.

Contre le venin, on utilise des antidotes et contre-poisons : alexipharmaques, dont les béozards, la thériaque, composée de multiples plantes, a été utilisée. Sa teneur en opium devait diminuer légèrement la diarrhée et les douleurs. On utilise aussi des antidotes animaux (chair, sang… d’animaux venimeux, comme la vipère). On pensait qu’il devait exister un principe de protection dans la vipère, puisque la vipère vit avec son propre venin. La lutte contre les humeurs corrompues passe par leur évacuation : saignée, purge, incision des bubons à maturité, avec des querelles d’écoles sur l’utilisation et la combinaison de ces moyens.

La lutte contre les miasmes de l’air passe par de grands bûchers, des plantes aromatiques, des parfums, la fumée de tabac…  Le masque à bec de canard imaginé par Charles de Lorme, médecin de Louis XIII, contenait des plantes aromatiques, notamment de la girofle et du romarin, aux propriétés désinfectantes mais permettaient surtout de supporter l’odeur de la mort. En fait cette puanteur était considérée comme la cause du mal et sa manifestation tangible. Une éponge, placée devant la bouche et imprégnée de « vinaigre des quatre voleurs » (vinaigre blanc, absinhe, genièvre, marjolaine, sauge, clou de girofle, romarin et camphre) était censée protéger de la contagion.

Le traitement dit « électuaire des trois adverbes » : « cito, longe, tarde », (pars) vite, (va) loin, (reviens) tard – traitement pas toujours facile à mettre en œuvre, et susceptible de propager plus encore la maladie.

 Principales épidémies

Pestes incertaines

La peste était présente dès la haute Antiquité et à l’âge de bronze. Elle s’est probablement manifestée avec l’urbanisation, mais ce qui est décrit sous le terme de peste ne peut être identifié avec certitude (descriptions historiques imprécises, manque de données de paléopathologie).

La peste est évoquée dans l’Ancien Testament   comme un fléau envoyé par Dieu aux Hébreux. Le roi David est châtié par Dieu et doit faire le choix entre subir sept années de famine, trois mois de guerre, ou trois jours de peste ; il choisit la peste (Livre II Samuel 24). La peste des Philistins est au contraire envoyée pour défendre David (livre I Samuel 5), celle-ci a été considérée comme une première mention de peste bubonique, d’autres l’attribuent plutôt à une dysenterie ou à la bilharziose.

Les Grecs ont également subi de telles maladies. Ils attribuaient traditionnellement la peste à la vengeance d’Apollon comme cela est décrit dans l’Illiade. C’est avec un regard plus rationnel que Thucydide évoque une épidémie infectieuse survenue lors du conflit entre Sparte et Athènes, vers -430, et appelée traditionnellement « peste d’Athènes ». De nombreuses hypothèses ont été avancées pour identifier cette épidémie :  la rougeole, la variole, la grippe, le typhus ou encore la fièvre typhoïde. C’est cette dernière maladie qui aurait été identifiée par une recherche ADN sur la pulpe dentaire de cadavres retrouvés dans une sépulture de masse contemporaine de l’épidémie. Cette identification a toutefois été contestée.

L’Empire romain connut d’importantes épidémies, en particulier à partir du IIè siècle de notre ère, la plus connue étant la peste antonine  à Rome en 166. Galien  en a laissé une description qui laisse penser que la maladie en question était en fait la variole. La peste de Cyprien, évêque de Carthage ayant décrit une épidémie vers 250 ap. J.-C., reste indéterminée.

Première pandémie : peste de Justinien

L’Antiquité tardive fut marquée par la peste de Justinien (seconde moitié du vie siècle) identifiée à la peste bubonique. Par la suite la peste semble disparaître de l’Occident au début du Moyen Âge.

Deuxième pandémie : peste noire

En 1347, des navires infectés abordent en Europe et déclenchent une épidémie dont mourra un quart de la population occidentale en quelques années. Les recherches archéologiques récentes ont confirmé qu’il s’agissait d’une épidémie due au bacille Yersinia pestis.

À partir du xvie siècle, l’Europe découvre les mesures d’isolement (exemple : mur de la peste dans le Comtat Venaissin) et séparation des malades dans les hôpitaux, avec désinfection et fumigation des maisons, isolement des malades, désinfection du courrier et des monnaies, création d’hôpitaux hors les murs, incinération   des morts. À cette époque, les théâtres londoniens sont  fermés pour limiter la contagion, lorsque le nombre de morts de la peste dans la capitale dépasse quarante par semaine. Les fermetures durent plusieurs mois, parfois plus d’une année. La mise en place de patente maritime, de billet de santé ou passeport sanitaire, de quarantaine systématique des navires suspects s’avère efficace pour éviter de nouvelles épidémies, chaque relâchement de l’attention rappelant sans tarder les conséquences possibles.

Ainsi, jusqu’au xviiie siècle, des épisodes majeurs de peste sont encore signalés régulièrement en Europe, comme à Toulouse en 1633 et dans le Nord de l’Italie, la grande peste de Londres en 1666, la peste de Marseill en 1720, Londres en 1764, Moscou en 1771.. Des flambées de la maladie se sont également produites dans des territoires proches du continent, comme aux îles Canaries en 1582 . L’ensemble des mesures mises en place à partir du xvie siècle, d’abord municipales puis étatiques comme le cordon sanitaire au xviiie siècle, conduit progressivement à l’élimination de cette pandémie.

Dans le monde musulman, l’Empire ottoman adopte en 1841ces mesures européennes issues de trois siècles d’expérience, pour les appliquer sévèrement sur tout le territoire. Les Turcs éliminent en un an la peste du bassin méditerranéen, même dans les régions où les rats et les puces restent abondants. Il subsiste des cas sporadiques dont les foyers sont rapidement étouffés.

La troisième pandémie (peste moderne)

Appelée aussi peste de Chine ou de Mandchourie, cette pandémie naît au milieu du xixe siècle sur les hauts plateaux d’Asie centrale. En 1891, elle est signalée à la frontière du Tonkin et de la Chine, elle explose à Canton et Hong*Kong (1894), puis à Bombay (1896) et à Calcutta (1898). Elle fait le tour de la mer d’Oman, du golfe Persique et de la mer Rouge. Elle touche de nombreux ports sur tous les continents, où elle est le plus souvent bloquée par les mesures prises. En France, ont été touchés Marseille (1902)  et Paris (1920) u (quartier des chiffonniers de Saint-Ouen), contamination par péniche venue du Havre. La dernière épidémie de peste en France a été celle d’Ajaccio (Corse) en 1945, avec 13 cas dont 10 décès.

 Découvertes scientifiques

Cette dernière pandémie donne lieu à l’ensemble des découvertes modernes sur la peste. Yersin découvre le bacille responsable de la peste (1894) et un sérum anti-pesteux (1896). La sérothérapie sera mise au point en 1908 par Calmette, Yersin et Borrel. En 1912, Édouard Dujardin-Beaumetz démontre le rôle des marmottes comme réservoir sauvage. En 1898, Simond démontre le rôle de la puce, mais sa découverte sera accueillie avec scepticisme pendant une dizaine d’années. En 1963, Balthazard montre l’existence d’une peste tellurique.

Quarantaine

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Lazaret de la grande peste de Vienne de 1679, ex-voto de 1680, Église Saint-Michel de Vienne.

 La quarantaine consiste à isoler des personnes, des animaux, ou des végétaux durant un certain temps, en cas de suspicion de maladies contagieuses, pour empêcher leur propagation. En empêchant les personnes d’avoir des contacts avec des individus sains se trouvant à l’extérieur de la zone de confinement, on rend la contagion impossible et les maladies infectieuses disparaissent d’elles-mêmes. C’est une mesure barrière ;  l’une des méthodes de prévention et de gestion des risques liés aux maladies infectieuses (épidémie, pandémie notamment).

S’il s’agit de personnes malades « confirmées », on parle plutôt d’isolement (soin de santé)

Au figuré le mot désigne aussi la condition d’une personne mise volontairement à l’écart (ostracisme)

En 2020, de nombreux pays décident d’appliquer des mesures de mise en quarantaine de leurs populations afin de ralentir la propagation d’une pandémie de maladie à coronavirus, appelée quatorzaine pour une isolation de 2 semaines.

Étymologie et évolution sémantique

Le mot « quarantaine », attesté en français depuis les années 1180, signifiait « espace de quarante jours » (période du carême). En français, au sens de mesure sanitaire, apparu au XIVè siècle, il dérive de l’italien quaranta (nombre quarante) et remonte à 1635.

La quarantaine sanitaire se définit historiquement comme la séparation, la détention et la ségrégation de sujets suspectés de maladies contagieuses. Le mot désigne ensuite aussi la période de cet isolement de personnes, d’animaux, d’objets ou de marchandises

En épidémiologie, le mot désigne aujourd’hui une restriction complète de déplacement, provisoirement proposée ou imposée, à des personnes apparemment saines potentiellement exposées à une maladie contagieuse (voire des animaux ou objets suspects d’être contaminants tels que bagages, conteneurs, moyens de transport, marchandises…). Si le terme isolement concerne plutôt des malades ou porteurs sains avérés (un malade déclaré est isolé, un sujet en période d’incubation possible est mis en quarantaine).

L’autoisolation prescrite, ou autoprescrite est une forme de quarantaine utilisée en 2020 pour COVID-19, envisagée au domicile de ou des intéressés, devant soit une possible phase d’incubation, soit une pathologie possible non testable, en pénurie de méthode diagnostique.

Histoire

 Origines

La séparation et l’interdiction sociales se sont inscrites d’abord dans le cadre du sacré, avec la notion de tabou, par exemple le tabou alimentaire. La séparation du pur et de l’impur concernant les maladies est manifeste dans la Bible :

« Parlez aux Israélites, vous leur direz : lorsqu’un homme a un écoulement sortant de son corps, cet écoulement est impur
Voici en quoi consistera son impureté tant qu’il a cet écoulement : que sa chair laisse échapper l’écoulement ou qu’elle le retienne, il est impur
Tout lit où couchera cet homme sera impur et tout meuble où il s’assiéra sera impur
Celui qui touchera son lit devra nettoyer ses vêtements, se laver à l’eau, et il sera impur jusqu’au soir. »

— La Bible, Lévitique 15:2-5.

Ce passage a été interprété comme la description d’une gonorrhée avec « déclaration obligatoire de maladie contagieuse » et « isolement et désinfection ». En médecine hébraïque, des textes mentionnent les maladies de peau avec isolement social temporaire, ou avec exclusion définitive (discrimination des lépreux).

L’idée du nombre 40 comme période décisive de temps serait celle d’Hippocrate (vers le ve siècle av. J.-C.) indiquant qu’une maladie aigüe se manifeste dans l’espace de 40 jours. D’autres mentionnent Pythagore qui attribue au chiffre 4 des vertus mystiques. Cette période de 40 jours est adoptée par les premiers textes chrétiens (le jeûne de 40 jours de Jésus-Christ dans le désert).

 Moyen-Âge

En France, la séparation sociale et l’exclusion des lépreux relève de l’ordonnance royale du 21 juin 1321.  Le rejet des lépreux est partout la norme, mais d’application locale très variée. De nombreuses villes ont une léproserie située à l’écart, avec limitation ou contrôle du déplacement des lépreux. Les motifs d’origine sont d’abord religieux et moraux : la lèpre est une maladie de l’âme qui se manifeste par une mort lente du corps.

Avec la survenue de la peste noire, les motifs sanitaires apparaissent au premier plan. Les mesures prises sont le fait des autorités municipales qui s’appuient sur le sens commun d’une contagiosité, notion de peu d’importance pour la médecine médiévale. Les mesures les plus anciennes d’isolement des pestiférés consistent à enfermer les pestiférés (et leur famille) dans leur maison (séquestration), une autre est l’expulsion hors de la ville. Ces mesures, d’ordre juridique sont adoucies à partir du XVIè siècle Plus rarement, les malades sont autorisés à circuler, mais en étant porteurs de signes distinctifs.

Des structures sont mises en place pour concilier l’isolement et le soin : cabanes en bois hors agglomération (en 1348 à Avignon par le pape Clément VI),hôpital de pestiférés (à Venise en 1403). Des léproseries sont converties en hôpital pour pestiférés (à Marseille en 1476).

La quarantaine maritime proprement dite (isolement préventif) est instaurée le 27 juillet 1377, par le Grand Conseil de Raguse qui interdit l’accès de la ville ou de son district à ceux « qui arrivent d’une zone infestée par la peste, à moins qu’ils ne soient restés d’abord à Mrkan ou a Cavtat pour s’y purger pendant un mois », instituant ainsi la première quarantaine officielle reconnue comme telle.

La même année, Venise adopte le procédé de Raguse (isolement sur un îlot proche). Sur l’avis des médecins, la durée est portée à 40 jours, d’après la doctrine hippocratique des jours critiques, où une maladie qui dépasse 40 jours ne peut-être qu’une maladie chronique. La quaranta se répand dans les ports italiens, elle est adoptée par Marseille en 1383, Barcelone en 1458, Edimbourg en 1475. L’application de la quarantaine est renforcée par la fondation de lazarets, dont le premier, celui de Venise (1403), sert de modèles pour d’autres ports (Gênes en 1469, Marseille en 1526).

La quarantaine sur terre est d’abord adoptée en Provence (Brignoles, 1464). Le système de quarantaines est renforcée par les patentes pour les marchandises, et les billets de santé pour les personnes qui sont des certificats attestant la provenance d’une ville saine.

 Période classique

Le système des quarantaines et lazarets devient une administration permanente à partir du XVIè siècle en Italie. Malgré leurs rivalités, les cités-Etats italiennes sont reliées par un réseau d’informations sanitaires provenant de France, de Suisse et des Balkans. Cet exemple est suivi par les cités germaniques ; ailleurs, en France, en Espagne ou en Angleterre, les quarantaines ne sont que des mesures temporaires.

À partir de la fin du XVIIè siècle, le système de quarantaine et de contrôle des épidémies est transféré progressivement de la cité au plan national. La santé devient une question gouvernementale. La coordination la plus avancée est alors celle de la Prusse et d’autres Etats germaniques, où l’expression police médicale est utilisée pour la première fois en 1764 par Wolfgang Thomas Rau (1721-1772).

En Angleterre, les premiers règlements de quarantaines (niveau gouvernemental) sont établis en 1663. En France, le conseil du Roi met toute la Provence en quarantaine lors de la peste de Marseille   en 1720-1722. Au cours du XVIIIè siècle un réseau de surveillance s’établit entre les grands ports méditerranéens d’Europe et du Levant.

Aux Amériques, la première quarantaine maritime est celle de Saint-Domingue en 1519 contre la variole. En Amérique du Nord, la quarantaine est appliquée contre la variole, la première fois en 1647, par la colonie de la baie du Massachussetts pour les navires arrivant des îles Barbade. Puis contre la fièvre jaune, par les villes de New York (1688) et Boston (1691). En 1799, le Congrès américain transfère l’autorité des quarantaines (du niveau de chaque Etat) au niveau fédéral (secrétariat du Trésor jusqu’en 1876).

  Période moderne

 xixe siècle

La deuxième pandémie de choléra touche l’Europe en 1830 et l’Amérique du Nord en 1832. La stratégie officielle est alors de renforcer les méthodes utilisées contre la peste : quarantaines, lazarets et cordons sanitaires, mais celles-ci s’avèrent peu efficaces contre le choléra, ce qui suscite tensions sociales et troubles politiques. Les politiques de quarantaines varient selon les pays, elles peuvent servir de prétexte politique (pour restreindre les libertés de l’adversaire — déplacement, échange, correspondance…) ou économique (protection commerciale).

En 1834, la France appelle à une standardisation internationale des politiques de quarantaine. En 1838, un Conseil Sanitaire International est fondé à Constantinople pour coordonner les mesures frontalières contre les épidémies. En 1851, la première conférence sanitaire internationale se tient à Paris, où le premier règlement sanitaire international est adopté. Il impose aux états signataires les mêmes mesures quarantenaires contre la peste et le choléra mais sur les 12 pays participants à cette première conférence, trois seulement sont signataires : France, Portugal et Sardaigne.

Les conférences suivantes sont parfois le lieu de violentes discussions  : conférence de Rome en 1885, à propos des quarantaines effectuées sur le canal de Suez pour les navires venant d’Inde. Le réel conflit n’était pas d’ordre sanitaire, mais politique (domination britannique ou française sur la région).

Aux Etats-Unis, la politique de quarantaine, dépendante du département du Trésor, est jugée mal appliquée, et une nouvelle législation fédérale de quarantaine est adoptée en 1878. L’autorité des quarantaines est transférée au Marine Hospital Service, un ancêtre du Service de santé publique des Etats-Unis. L’administration d’une quarantaine doit être médicalisée, et sa durée doit se baser sur la période d’incubation spécifique à la maladie.

En 1893, les États-Unis rejoignent le concert sanitaire européen. Les trois maladies quarantenaires internationales sont alors le choléra, la peste et la fièvre jaune.

 xxe siècle

Les premières mesures concrètes, appliquées par un grand nombre de pays signataires sont celles de la 11e conférence internationale de Paris en 1903 (adoption d’une convention de 184 articles). En 1907, l’Office International de l’Hygiène Publique est fondé à Paris. Il devient après la Première Guerre mondiale le Comité d’Hygiène de la Société des Nations (SDN). En 1926, la liste des maladies quarantenaires est portée à cinq, avec l’ajout de la variole et du typhus.

Dans le premiers tiers du XXè siècle les mesures de quarantaines sont médicalisées. Le nouveau savoir microbiologique permet de distinguer les cas confirmés, les cas suspects et les sujets indemnes, ainsi que les modes de transmission et la durée d’incubation spécifiques à chaque maladie infectieuse. Il s’avère que la quarantaine peut être efficace pour limiter certaines maladies, mais aussi inutile ou néfaste pour d’autres

Après la Seconde Guerre mondiale, l’OMS, fondée en 1948, remplace le Comité d’Hygiène de la SDN. L’expression « maladies quarantenaires » disparaît, pour devenir « maladies sous contrôle international » inscrites dans un règlement sanitaire international, adopté par 181 pays, et donnant lieu à déclaration obligatoire. En 1951, elles sont au nombre de 6 : choléra, peste, fièvre jaune, variole, typhus et fièvre récurrente.

Dans la deuxième moitié du xxe siècle, l’importance relative de la quarantaine décroît ; elle apparaît comme une des méthodes, parmi d’autres, utilisées dans un système plus général de surveillance et de contrôle des maladies. Pour les maladies quarantenaires  dans les années 1980 le CDC listait encore 26 maladies pour l’entrée aux États-Unis, en 1992 cette liste est réduite à 7 maladies : fièvre jaune, choléra, diphtérie, tuberculose, peste, suspicion de variole (bioterrorisme) et fièvre hémorragique virale.

Il apparaît alors que la quarantaine n’est pas une panacée, qu’elle a ses limites, surtout lors de l’apparition du sida, pour des raisons biomédicales, mais aussi juridiques et éthiques. Dans d’autres cas, elle peut être validée pour des maladies ou des contextes particuliers. La quarantaine « moderne » est alors un moyen, non pas indistinct ou généralisé, mais « taillé sur mesures » et toujours discutable. Ce fut le cas lors de l’épidémie de SARS de 2003 ou de la pandémie A(H1-N1) de 2009.

xxie siècle

Depuis 2000, les retours d’expérience des épidémies de H5N1, SRAS, du MERS, et des modèles épidémiologiques, ont conduit à affiner les protocoles de quarantaine, ou d’Isolement (soin de santé) pour certaines maladies, et un cadre international a été produit en 2005 par l’OMS. Ainsi :

des quarantaines à l’échelle de la ville ont été imposées en Chine et au Canada contre le SRAS en 2003, et en Afrique de l’Ouest de nombreux villages ont été mis en quarantaine pour freiner et stopper l’épidémie d’Ebola de 2014 ;

en 2019-2020, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité et de l’épidémiologie, l’isolement volontaire (« autoisolation ») et la quarantaine ont été utilisés à très grande échelle pour freiner la maladie à coronavirus (COVID-19). Des villes entières de Chine puis des régions, puis en Europe l’Italie ont imposé des restrictions sans précédents   à partir de mars 2020 pour lutter contre la propagation de ce virus, alors que des milliers de ressortissants étrangers rentrant d’un voyage en Chine étaient de par le monde invités à s’isoler eux-mêmes chez eux ou dans des installations gérées par l’État;

Pour la maladie à coronavirus de 2019, des quarantaines réduites à quatorze jours ont été effectuées. Toutefois, la durée de quatorze jours n’étant pas suffisantes, la quatorzaine a été rallongée à 21 jours.

Exemples de mesures de quarantaine :

À Venise, au milieu du xve siècle, on fit construire le Lazzaretto Nuovo destiné à recevoir les navires et leurs équipages en provenance des ports méditerranéens qui étaient suspectés d’être vecteurs de maladie comme la peste (le Lazzaretto-Vecchio) à l’inverse, ne traitait que les cas avérés de maladie). À la fin du xvie siècle, le lazaret possédait une centaine de chambres et plusieurs grands hangars pour entreposer les marchandises qui y étaient alors décontaminées en utilisant surtout la fumée générée par des herbes aromatiques, comme le genièvre ou le romarin.

Le Royaume-Uni obligeait depuis les années 1800 les animaux en provenance de pays étrangers à subir une quarantaine d’une durée de six mois, de manière à prévenir la rage. Au début des années 2000, cette politique de quarantaine systématique a été allégée et au 1er janvier 2012 les animaux munis d’un passeport européen pour animal de compagnie ou Pet Passport peuvent désormais échapper à la mise en quarantaine (puisque ce document atteste que l’animal a été vacciné à une date précise).

Aux Etats-Unis, lors du retour des premières missions lunaires, les astronautes des missions Apollo 11, 12 et 14 ont été mis en quarantaine, par précaution (les astronautes de la mission de Apollo 13 n’ayant pu alunir en raison d’un problème technique).

Dans son règlement sanitaire international (RSI, 2005), l’OMS définit une quarantaine comme « la restriction des activités et/ou de la mise à l’écart des personnes suspectes qui ne sont pas malades ou des bagages, conteneurs, moyens de transport ou marchandises suspects, de façon à prévenir la propagation éventuelle de l’infection ou de la contamination ».

Le placement en quarantaine peut faire partie des recommandations de l’OMS faites aux Ėtats-membres, qui peuvent être temporaires (durée de trois mois renouvelable) ou permanentes (d’application systématique ou périodique). Une quarantaine s’effectue selon les principes énoncés dans le RSI, notamment en ce qui concerne le respect de la dignité des personnes et de leurs droits fondamentaux

Une quarantaine peut consister à « isoler ou traiter si nécessaire les personnes affectées ; rechercher les contacts des personnes suspectes ou affectées ; refuser l’entrée des personnes suspectes et affectées ; refuser l’entrée de personnes non affectées dans des zones affectées ; et soumettre à un dépistage les personnes en provenance de zones affectées et/ou leur appliquer des restrictions de sortie » (article 18).

Ces recommandations ne sont pas contraignantes, chaque pays garde la décision d’appliquer ou pas une quarantaine en fonction de sa situation épidémiologique particulière, tout en ayant l’obligation de fournir à l’OMS les motifs de sa decision.

Leçons de l’histoire

La disparition des épidémies de lèpre et de peste en Europe reste mal expliquée ; il en est de même pour l’efficacité relative des quarantaines et autres mesures de ségrégation. Dans le cas de la lèpre, pour les historiens, la rigueur des textes historiques sur la ségrégation des lépreux ne concorde pas avec la réalité (mesures peu ou diversement appliquées). La disparition de la lèpre en Europe se fait progressivement, une disparition qui n’a pas dépendu de la médecine ou de l’administration. A contrario, la persistance de foyers lépreux en Scandinavie jusqu’au xixe siècle pose les mêmes problèmes d’interprétation.

En revanche, pour les épidémies de peste, les historiens accordent généralement une importance aux quarantaines comme moyen de contrôle des épidémies. Elle est efficace si elle s’articule avec un système coordonné au niveau des États. Selon Biraben, l’exemple probant est l’Empire ottoman en 1841 qui élimine les grandes épidémies de peste en quelques années en appliquant strictement les mesures prises par les pays européens. De même l’éradication de la variole a été rendue possible par la vaccination et aussi par une politique de containment (isolement, confinement).

 

Vinaigre des quatre voleurs

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Vinaigre des 4 Voleurs dans sa bouteille du xviie siècle.

Le vinaigre des quatre voleurs est une macération dans du vinaigre de plantes aromatiques et médicinales à propriétés antiseptiques

Historique

La légende de l’invention du vinaigre des quatre voleurs met en scène plusieurs brigands qui détroussent des cadavres pendant une épidémie de peste, sans être eux-mêmes contaminés. Interrogés sur leur résistance, ils répondirent avoir découvert un remède, le fameux « vinaigre des quatre voleurs », qu’ils prenaient quotidiennement.

La date, le lieu et même le nombre de brigands, de même que la composition du remède lui-même, sont l’objet de différentes variations. La date est généralement comprise entre le xive et le xviiie siècle, et sont souvent citées les villes de Marseille et de Toulouse.

Le vinaigre des quatre voleurs fut inscrit au codex en 1748 et vendu en pharmacie comme antiseptique. Cité dans les Mémoires secrets de Bachaumont, et dans Le Temps des amours de Marcel Pagnol. Il est encore commercialisé aujourd’hui contre les risques de contagion, soins de la peau, capillaires et des muqueuses, fatigue, maux de tête, encombrement respiratoire, élimination des poux et lentes…

Composition

La composition du remède est variable. Elle est généralement constituée de vinaigre (de vin, de cidre ou autre), dans lequel infusent des plantes ou des épices : absinthe, romarin, sauge, menthe, rue des jardins, lavande, acore odorant, cannelle, girogle, muscade, ail, camphre…

Grand-Saint-Antoine (navire)

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Le Grand Saint Antoine est le navire qui apporta la peste à Marseille en 1720, épidémie qui se propagea à toute la Provence, le Languedoc et le Comtat Venaissin, faisant entre 90 000 et 120 000 morts en Provence sur une population de 400 000 habitants environ.

Histoire

Le Grand Saint Antoine était une flûte, un voilier trois-mâts carré, de fabrication hollandaise, partie de Marseille le 22 juillet 1719 pour la Syrie où sévissait alors la peste. Sa cargaison au retour, d’une valeur de 100 000 écus et composée essentiellement d’étoffes précieuses, était porteuse de la bactérie Yersinia pestis de la peste. Le 3 avril 1720, un passager turc embarqué à Tripoli meurt. Sur le chemin du retour, le vaisseau perd successivement sept matelots et le chirurgien de bord. Le capitaine Jean-Baptiste Chataud retourna à Chypre, où il prit une patente de santé. Un huitième matelot tombe malade peu avant l’arrivée à Livourne en Italie.

La négligence supposée des médecins italiens, qui laissent repartir le navire, jointe à la hâte de Chataud pour livrer avant le début de la foire de Beaucaire, n’arrange rien à l’affaire : le capitaine amarre son voilier près de Marseille, au Brusc, et fait discrètement prévenir les armateurs du navire.

Les propriétaires font alors jouer leurs relations et intervenir les échevins de Marseille pour éviter la grande quarantaine (celle durant quarante jours). Tout le monde considère que la peste est « une histoire du passé » et l’affaire est prise avec détachement : les autorités marseillaises demandent simplement au capitaine de repartir à Livourne chercher une « patente nette », certificat attestant que tout va bien à bord.

Les autorités de Livourne, qui ne veulent pas s’encombrer du navire, ne font pas de difficultés pour délivrer ledit certificat.

C’est ainsi que le Grand-Saint-Antoine parvint à Marseille le 25 mai. Il mouilla à l’île de Pomègues jusqu’au 4 juin ; et il fut alors autorisé à se rapprocher des infirmeries d’Arenc (quartier de Marseille) pour y débarquer passagers et marchandises en vue d’une petite quarantaine, puis après le développement de la peste, il fut finalement placé en quarantaine à l’île de Jarre le 27 juin 1720.

L’ordre donné, le 28 juillet, par le Régent Philippe d’Orléans de brûler le navire et sa cargaison ne fut exécuté que les 25 et 26 septembre 1720 et la peste put s’étendre en Provence et Languedoc. Elle ne fut totalement éradiquée qu’en janvier 1723, avec un bilan d’environ 100 000 morts sur les 400 000 habitants que comptait la Provence à cette époque.

En 2016, les résultats d’une étude de l’Institut Max-Planck révèle que cette épidémie de peste était une résurgence de la grande peste noire grande  ayant dévasté l’Europe au xive siècle et non une forme moderne. Le bacille yersinia pestis venu par le Grand Saint Antoine et à l’origine de l’épidémie de peste qui a ravagé la Provence, ne venait pas d’Asie, comme on le croyait jusqu’alors, mais descendait directement du responsable de la première pandémie ayant ravagé l’Europe au XIVè siècle. Il est donc resté latent pendant quatre siècles avant de redevenir actif.

Une association de plongée sous-marine, l’A.R.H.A., a retrouvé l’épave calcinée du navire en 1978, enfouie entre 10 et 18 mètres de profondeur, au nord de l’île de Jarre (archipel de Marseilleveyre). Les vestiges archéologiques alors remontés sont aujourd’hui exposés au musée de l’hôpital Caroline sur l’île de Ratonneau. L’ancre du Grand-Saint-Antoine, repêchée, a été conservée depuis 1982 dans de l’eau de mer à l’Institut national de plongée professionnelle. Restaurée en 2012, elle pèse près d’une tonne, avec une verge de 3,80 mètres et des pattes de 2,50 mètres. Elle est installée à l’entrée du musée d’histoire de Marseille.

Les patentes

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Dès lors les « patentes de santé », déjà existantes, furent rendues obligatoires et devaient être impérativement remises par le consul de France de « l’Échelle » où le bâtiment embarquait son fret ou faisait escale. Elles étaient de trois sortes :

« Patente nette » = bonne santé sur le port ;

« Patente soupçonnée » ou « touchée » = rumeurs d’épidémie ou proximité de celle-ci ;

« Patente brute » = port touché par la peste.

Les passagers devaient faire une quarantaine de 2 à 3 semaines pour une « patente nette » et de 4 à 5 semaines pour une « patente brute ».

Nombre de journées de quarantaine imposées à Marseille, à la fin du xviiie siècle

Patente brute

Passagers : 32 à 35 j.

Navires : 35 à 50 j.

Marchandises : 40 à 60 j.

Patente soupçonnée

Passagers : 25 j.

Navires : 25 à 30 j.

Marchandises : 35 à 40 j.

Patente nette

Passagers : 14 à 18 j.

Navires : 20 à 28 j.

Marchandises : 30 à 38 j.

Bâtiments en purge

De 1710 à 1792, à Marseille, 22 651 bâtiments accueillis venaient du Levant ou de Barbarie. Sur ce total, 140 navires arrivèrent contaminés (0,6 %).

En 1720, la peste avait touché 8 navires sur les 212 venus du Levant (3,8 %). En 1759/1760, 7 navires sur 167 étaient contaminés (4,2 %). En 1785, 11 sur 130 (8,5 %).

En définitive, on a calculé qu’un navire sur 100 avait eu la peste et qu’un navire sur 1 000, avait contaminé Marseille.

ECRIVAIN FRANÇAIS, EPIDEMIES, François-René de Chateubriand (1768-1848), LITTERATURE FRANÇAISE, MALADIES, MEMOIRES, MEMOIRES D'OUTRE-TOMBE, PESTE

Contagion…. Peste… Choléra …. par François-René de Chateaubriand

Contagion… Peste… Choléra … par François-René de Chateaubriand dans ses Mémoires

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Nicolas Poussin, La Peste à Ashdod (1630, Musée du Louvre)

JOURNAL DU 12 JUILLET AU 1er SEPTEMBRE 1831.

« Paris, 12 avril 1832.

« Madame,

« Tout vieillit vite en France ; chaque jour ouvre de nouvelles chances à la politique et commence une série d’événements. Nous en sommes maintenant à la maladie de M. Périer et au fléau de Dieu. J’ai envoyé à M. le préfet de la Seine la somme de 12 000 fr. que la fille proscrite de saint Louis et de Henri IV a destinée au soulagement des infortunés : quel digne usage de sa noble indigence ! Je m’efforcerai, madame, d’être le fidèle interprète de vos sentiments. Je n’ai reçu de ma vie une mission dont je me sentisse plus honoré.

« Je suis avec le plus profond respect, etc. »

Avant de parler de l’affaire des 12 000 fr. pour les cholériques, mentionnés dans ce post-scriptum, il faut parler du choléra. Dans mon voyage en Orient je n’avais point rencontré la peste, elle est venue me trouver à domicile ; la fortune après laquelle j’avais couru m’attendait assise à ma porte.

À l’époque de la peste d’Athènes, l’an 431 avant notre ère, vingt-deux grandes pestes avaient déjà ravagé le monde. Les Athéniens se figurèrent qu’on avait empoisonné leurs puits ; imagination populaire renouvelée dans toutes les contagions. Thucydide nous a laissé du fléau de l’Attique une description copiée chez les anciens par Lucrèce, Virgile, Ovide, Lucain, chez les modernes par Boccace et Manzoni. Il est remarquable qu’à propos de la peste d’Athènes, Thucydide ne dit pas un mot d’Hippocrate, de même qu’il ne nomme pas Socrate à propos d’Alcibiade. Cette peste donc attaquait d’abord la tête, descendait dans l’estomac, de là dans les entrailles, enfin dans les jambes ; si elle sortait par les pieds après avoir traversé tout le corps, comme un long serpent, on guérissait. Hippocrate l’appela le mal divin, et Thucydide le feu sacré ; ils la regardèrent tous deux comme le feu de la colère céleste.

Une des plus épouvantables pestes fut celle de Constantinople au ve siècle, sous le règne de Justinien : le christianisme avait déjà modifié l’imagination des peuples et donné un nouveau caractère à une calamité, de même qu’il avait changé la poésie ; les malades croyaient voir errer autour d’eux des spectres et entendre des voix menaçantes.

La peste noire du xive siècle, connue sous le nom de la mort noire, prit naissance à la Chine : on s’imaginait qu’elle courait sous la forme d’une vapeur de feu en répandant une odeur infecte. Elle emporta les quatre cinquièmes des habitants de l’Europe.

En 1575 descendit sur Milan la contagion qui rendit immortelle la charité de saint Charles Borromée. Cinquante-quatre ans plus tard, en 1629, cette malheureuse ville fut encore exposée aux calamités dont Manzoni[37] a fait une peinture bien supérieure au célèbre tableau de Boccace.

En 1660 le fléau se renouvela en Europe, et dans ces deux pestes de 1629 et 1660 se reproduisirent les mêmes symptômes de délire de la peste de Constantinople.

« Marseille, dit M. Lemontey, sortait en 1720 du sein des fêtes qui avaient signalé le passage de mademoiselle de Valois, mariée au duc de Modène. À côté de ces galères encore décorées de guirlandes et chargées de musiciens, flottaient quelques vaisseaux apportant des ports de la Syrie la plus terrible calamité[38]. »

Le navire fatal dont parle M. Lemontey, ayant exhibé une patente nette, fut admis un moment à la pratique. Ce moment suffit pour empoisonner l’air ; un orage accrut le mal et la peste se répandit à coups de tonnerre.

Les portes de la ville et les fenêtres des maisons furent fermées. Au milieu du silence général, on entendait quelquefois une fenêtre s’ouvrir et un cadavre tomber ; les murs ruisselaient de son sang gangrené, et des chiens sans maître l’attendaient en bas pour le dévorer. Dans un quartier, dont tous les habitants avaient péri, on les avait murés à domicile, comme pour empêcher la mort de sortir. De ces avenues de grands tombeaux de famille, on passait à des carrefours dont les pavés étaient couverts de malades et de mourants étendus sur des matelas et abandonnés sans secours. Des carcasses gisaient à demi pourries avec de vieilles hardes mêlées de boue ; d’autres corps restaient debout appuyés contre les murailles, dans l’attitude où ils étaient expirés.

Tout avait fui, même les médecins ; l’évêque, M. de Belsunce, écrivait : « On devrait abolir les médecins, ou du moins nous en donner de plus habiles ou de moins peureux. J’ai eu bien de la peine à faire tirer cent cinquante cadavres à demi pourris qui étaient autour de ma maison. »

Un jour, des galériens hésitaient à remplir leurs fonctions funèbres : l’apôtre monte sur l’un des tombereaux, s’assied sur un tas de cadavres et ordonne aux forçats de marcher : la mort et la vertu s’en allaient au cimetière, conduites par le crime et le vice épouvantés et admirant. Sur l’esplanade de la Tourette, au bord de la mer, on avait, pendant trois semaines, porté des corps, lesquels, exposés au soleil et fondus par ses rayons, ne présentaient plus qu’un lac empesté. Sur cette surface de chairs liquéfiées, les vers seuls imprimaient quelque mouvement à des formes pressées, indéfinies, qui pouvaient avoir des effigies humaines.

Quand la contagion commença de se ralentir, M. de Belsunce, à la tête de son clergé, se transporta à l’église des Accoules : monté sur une esplanade d’où l’on découvrait Marseille, les campagnes, les ports et la mer, il donna la bénédiction, comme le pape, à Rome, bénit la ville et le monde : quelle main plus courageuse et plus pure pouvait faire descendre sur tant de malheurs les bénédictions du ciel ?

C’est ainsi que la peste dévasta Marseille, et cinq ans après ces calamités, on plaça sur la façade de l’hôtel de ville l’inscription suivante, comme ces épitaphes pompeuses qu’on lit sur un sépulcre :

Massilia Phocensium filia, Romæ soror, Carthaginis terror, Athenarum æmula.

« Paris, rue d’Enfer, mai 1832.

Le choléra, sorti du Delta du Gange en 1817, s’est propagé dans un espace de deux mille deux cents lieues, du nord au sud, et de trois mille cinq cents de l’orient à l’occident ; il a désolé quatorze cents villes, moissonné quarante millions d’individus. On a une carte de la marche de ce conquérant. Il a mis quinze années à venir de l’Inde à Paris : c’est aller aussi vite que Bonaparte : celui-ci employa à peu près le même nombre d’années à passer de Cadix à Moscou, et il n’a fait périr que deux ou trois millions d’hommes.

Qu’est-ce que le choléra ? Est-ce un vent mortel ? Sont-ce des insectes que nous avalons et qui nous dévorent ? Qu’est-ce que cette grande mort noire armée de sa faux, qui, traversant les montagnes et les mers, est venue, comme une de ces terribles pagodes adorées aux bords du Gange, nous écraser aux rives de la Seine sous les roues de son char ? Si ce fléau fût tombé au milieu de nous dans un siècle religieux, qu’il se fût élargi dans la poésie des mœurs et des croyances populaires, il eût laissé un tableau frappant. Figurez-vous un drap mortuaire flottant en guise de drapeau au haut des tours de Notre-Dame, le canon faisant entendre par intervalles des coups solitaires pour avertir l’imprudent voyageur de s’éloigner ; un cordon de troupes cernant la ville et ne laissant entrer ni sortir personne, les églises remplies d’une foule gémissante, les prêtres psalmodiant jour et nuit les prières d’une agonie perpétuelle, le viatique porté de maison en maison avec des cierges et des sonnettes, les cloches ne cessant de faire entendre le glas funèbre, les moines, un crucifix à la main, appelant dans les carrefours le peuple à la pénitence, prêchant la colère et le jugement de Dieu, manifestés sur les cadavres déjà noircis par le feu de l’enfer.

Puis les boutiques fermées, le pontife entouré de son clergé, allant, avec chaque curé à la tête de sa paroisse, prendre la châsse de sainte Geneviève ; les saintes reliques promenées autour de la ville, précédées de la longue procession des divers ordres religieux, confréries, corps de métiers, congrégations de pénitents, théories de femmes voilées, écoliers de l’Université, desservants des hospices, soldats sans armes ou les piques renversées ; le Miserere chanté par les prêtres se mêlant aux cantiques des jeunes filles et des enfants ; tous, à certains signaux, se prosternant en silence et se relevant pour faire entendre de nouvelles plaintes.

Rien de tout cela : le choléra nous est arrivé dans un siècle de philanthropie, d’incrédulité, de journaux, d’administration matérielle[39]. Ce fléau sans imagination n’a rencontré ni vieux cloîtres, ni religieux, ni caveaux, ni tombes gothiques ; comme la terreur en 1793, il s’est promené d’un air moqueur, à la clarté du jour, dans un monde tout neuf, accompagné de son bulletin, qui racontait les remèdes qu’on avait employés contre lui, le nombre des victimes qu’il avait faites, où il en était, l’espoir qu’on avait de le voir encore finir, les précautions qu’on devait prendre pour se mettre à l’abri, ce qu’il fallait manger, comment il était bon de se vêtir. Et chacun continuait de vaquer à ses affaires, et les salles de spectacle étaient pleines. J’ai vu des ivrognes à la barrière, assis devant la porte du cabaret, buvant sur une petite table de bois et disant en élevant leur verre : « À ta santé, Morbus ! » Morbus, par reconnaissance, accourait, et ils tombaient morts sous la table. Les enfants jouaient au choléra, qu’ils appelaient le Nicolas Morbus et le scélérat Morbus. Le choléra avait pourtant sa terreur : un brillant soleil, l’indifférence de la foule, le train ordinaire de la vie, qui se continuait partout, donnaient à ces jours de peste un caractère nouveau et une autre sorte d’épouvante. On sentait un malaise dans tous les membres ; un vent du nord, sec et froid, vous desséchait ; l’air avait une certaine saveur métallique qui prenait à la gorge. Dans la rue du Cherche-Midi, des fourgons du dépôt d’artillerie faisaient le service des cadavres. Dans la rue de Sèvres, complètement dévastée, surtout d’un côté, les corbillards allaient et venaient de porte en porte ; ils ne pouvaient suffire aux demandes, on leur criait par les fenêtres : « Corbillard, ici ! » Le cocher répondait qu’il était chargé et ne pouvait servir tout le monde. Un de mes amis, M. Pouqueville, venant dîner chez moi le jour de Pâques, arrivé au boulevard du Mont-Parnasse, fut arrêté par une succession de bières presque toutes portées à bras. Il aperçut, dans cette procession, le cercueil d’une jeune fille sur lequel était déposée une couronne de roses blanches. Une odeur de chlore formait une atmosphère empestée à la suite de cette ambulance fleurie.

Sur la place de la Bourse, où se réunissaient des cortèges d’ouvriers en chantant la Parisienne, on vit souvent jusqu’à onze heures du soir défiler des enterrements vers le cimetière Montmartre à la lueur de torches de goudron. Le Pont-Neuf était encombré de brancards chargés de malades pour les hôpitaux ou de morts expirés dans le trajet. Le péage cessa quelques jours sur le pont des Arts. Les échoppes disparurent et comme le vent de nord-est soufflait, tous les étalagistes et toutes les boutiques des quais fermèrent. On rencontrait des voitures enveloppées d’une banne et précédées d’un corbeau, ayant en tête un officier de l’état civil, vêtu d’un habit de deuil, tenant une liste en main. Ces tabellions manquèrent ; on fut obligé d’en appeler de Saint-Germain, de La Villette, de Saint-Cloud. Ailleurs, les corbillards étaient encombrés de cinq ou six cercueils retenus par des cordes. Des omnibus et des fiacres servaient au même usage : il n’était pas rare de voir un cabriolet orné d’un mort couché sur sa devantière. Quelques décédés étaient présentés aux églises ; un prêtre jetait de l’eau bénite sur ces fidèles de l’éternité réunis.

À Athènes, le peuple crut que les puits voisins du Pirée avaient été empoisonnés ; à Paris, on accusa les marchands d’empoisonner le vin, les liqueurs, les dragées et les comestibles. Plusieurs individus furent déchirés, traînés dans le ruisseau, précipités dans la Seine. L’autorité a eu à se reprocher des avis maladroits ou coupables.

Comment le fléau, étincelle électrique, passa-t-il de Londres à Paris ? on ne le saurait expliquer. Cette mort fantasque s’attache souvent à un point du sol, à une maison, et laisse sans y toucher les alentours de ce point infesté ; puis elle revient sur ses pas et reprend ce qu’elle avait oublié. Une nuit, je me sentis attaqué : je fus saisi d’un frisson avec des crampes dans les jambes ; je ne voulus pas sonner, de peur d’effrayer madame de Chateaubriand. Je me levai ; je chargeai mon lit de tout ce que je rencontrai dans ma chambre, et, me remettant sous mes couvertures, une sueur abondante me tira d’affaire. Mais je demeurai brisé, et ce fut dans cet état de malaise que je fus forcé d’écrire ma brochure sur les 12 000 francs de madame la duchesse de Berry.

ÉCHANTILLONS.

« Voudrais-tu nous dire, vieux républiquinquiste, le jour où tu voudras graisser tes maucassines ? il nous sera facile de te procurer de la graisse de chouans, et si tu voulais du sang de tes amis pour écrire leur histoire, il n’en manque pas dans la boue de Paris, son élément.

« Vieux brigand, demande à ton scélérat et digne ami Fitz-James si la pierre qu’il a reçue dans la partie féodale lui a fait plaisir. Tas de canailles, nous vous arracherons les tripes du ventre, etc., etc. »

Dans une autre missive, on voit une potence très bien dessinée avec ces mots :

« Mets-toi aux genoux d’un prêtre, fais acte de contrition, car on veut ta vieille tête pour finir tes trahisons. »

Au surplus, le choléra dure encore : la réponse que j’adresserais à un adversaire connu ou inconnu lui arriverait peut-être lorsqu’il serait couché sur le seuil de sa porte. S’il était au contraire destiné à vivre, où sa réplique me parviendrait-elle ? peut-être dans ce lieu de repos, dont aujourd’hui personne ne peut s’effrayer, surtout nous autres hommes qui avons étendu nos années entre la terreur et la peste, premier et dernier horizon de notre vie. Trêve : laissons passer les cercueils.

Paris, rue d’Enfer, 10 juin 1832.

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Notes

↑ Après avoir ravagé l’Asie, puis la Russie, la Pologne, la Bohême, la Galicie, l’Autriche, le choléra, passant par-dessus l’Europe occidentale, s’était abattu sur l’Angleterre. Le 12 février, il s’était déclaré à Londres, d’où il ne devait disparaître que dans les premiers jours de mai. Le 15 mars, il était signalé à Calais. Le 26 mars, il atteignait à Paris, dans la rue Mazarine, sa première victime. L’épidémie ne devait prendre fin que le 30 septembre. Sa durée totale avait été de cent quatre-vingt-neuf jours, pendant lesquels le chiffre des morts atteints du choléra s’éleva à 18 406. La population de Paris n’était alors que de 645 698 âmes ; le nombre des décès fut donc de plus de 23 pour 1000 habitants. Le chiffre de 18 406 s’appliquant aux seuls décès administrativement constatés, le chiffre réel a dû être plus élevé ; car, au sein de la confusion générale, au milieu du désespoir de tant de familles, toutes les déclarations n’ont pas dû être faites, et il y a eu sans nul doute beaucoup d’omissions involontaires. — Voir, dans l’Époque sans nom, de M. A. Bazin (1833), tome II, pages 251-275, le chapitre sur le Choléra-morbus.

Mémoires d’Outre-tombe

François-René de Chateaubriand

Paris, Garnier, Garnier, 1910 

(Tome 5, p. 415-509).

Livre XV. Livre premier. Quatrième partie : les dernières années (1830-1941)

François-René de Chateaubriand (1758-1848)

ACQUISITION D'UN TABLEAU DE CHATEAUBRIAND PAR GIRODET
Tableau inédit de Girodet, un modello ayant précédé la réalisation du célèbre portrait de Chateaubriand sur fond de paysage romain, dont l’original se trouve au musée de Saint-Malo et une copie au Château de Versailles.   Le Portrait de François-René de Chateaubriand (1768-1848) (Huile sur toile – 40 x 32 cm, 1809) est désormais une des pièces majeures des collections du Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups – Maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry.

François-Auguste-René, vicomte de Chateaubriand, est un écrivain romantique et homme politique français.

Destiné à la carrière de marin (d’ailleurs, son père était armateur), il y renonce et, en 1789, assiste aux premiers bouleversements de la Révolution française. En 1791, Chateaubriand part pour l’Amérique, continent qui lui inspire de nombreuses descriptions dans les « Mémoires d’Outre-Tombe » (1848). Fin mars 1792, il se marie, avec Céleste Buisson de la Vigne. En 1800, il rentre en France et publie l’année suivante « Atala ». 1802 est l’année de publication du « Génie du christianisme » qui marque son ralliement provisoire à Bonaparte, œuvre qui est aussi un plaidoyer en faveur de la religion et qui comporte « Atala » et « René ».
Bonaparte le choisit en 1803 pour accompagner le cardinal Fesch à Rome comme premier secrétaire d’ambassade, puis en 1803, il est chargé d’affaires dans la République du Valais. Après sa démission, il voyage en Orient. Il y compose « Les Martyrs » (1809). Ce voyage lui inspire « L’Itinéraire de Paris à Jérusalem » (1811). Dès 1811, Chateaubriand commence les « Mémoires d’Outre-Tombe » dont la rédaction
prend trente ans. La même année, il est élu à l’Académie française.

Ministre de l’Intérieur de Louis XVIII sous la Restauration, Chateaubriand devient Pair de France après l’exil définitif de Napoléon. En 1816, la publication de sa « Monarchie selon la Charte » cause sa révocation. De 1822 à 1824, il est ministre des Affaires étrangères, et est invité à démissionner pour avoir critiqué la politique du gouvernement. Après la mort de Louis XVIII, Charles X arrive au pouvoir et Chateaubriand devient ambassadeur à Rome en 1828.

Au cours de la « Monarchie de Juillet », Chateaubriand est écarté du pouvoir à cause de son désaccord au passage au trône de Louis-Philippe. Il abandonne alors définitivement la politique.
Il se voue, alors, entièrement à l’écriture de ses « Mémoires« . Il en donne la première lecture publique chez Juliette Récamier, son amie, en 1834. Cette œuvre qu’il achève en 1841 est publiée à titre posthume. Son dernier ouvrage publié est une biographie de Dominique-Armand-Jean Le Boutillier de Rancé (1626-1700) « La Vie de Rancé » (1844).

Ce fut en outre un journaliste. Il fut l’auteur d’articles retentissants, dans « Le Moniteur » et « Le Conservateur« .

Chateaubriand est considéré comme l’un des précurseurs du romantisme français et l’un des grands noms de la littérature française.

Mémoires d’Outre-tombe de François-René de Chateaubriand

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Achevés pour l’essentiel en 1841, les Mémoires d’outre-tombe entrecroisent superbement le récit d’une existence qui va bientôt finir – celle du jeune chevalier breton d’Ancien Régime, devenu voyageur, diplomate et ministre –, et le récit de l’Histoire marquée par le séisme de la Révolution qui éloigna le monde ancien pour toujours.
« Cette voix, dira Julien Gracq, cette voix, qui clame à travers les deux mille pages des Mémoires que le Grand Pan est mort, et dont l’Empire romain finissant n’a pas connu le timbre unique – l’écho ample de palais vide et de planète démeublée –, c’est celle des grandes mises au tombeau de l’Histoire. »
Timbre unique que cette anthologie entend préserver au plus près, en demeurant fidèle à la structure même des Mémoires, à la diversité de leurs registres, à la variation de leurs écritures et à l’orchestration de leurs époques : « Mon berceau a de ma tombe, ma tombe a de mon berceau : mes souffrances deviennent des plaisirs, mes plaisirs des douleurs, et je ne sais plus, en achevant de lire ces Mémoires, s’ils sont d’une tête brune ou chenue. »

COUVRE-FEU, EMEUTES, GUERRES, INCENDIES, MALADIES

Une brève histoire du couvre-feu

Couvre-feu

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Une patrouille du couvre-feu arrête des noctambules dans une ville occupée, à onze heures le soir, durant la guerre franco-prussienne.

Un couvre-feu est une interdiction à la population de circuler dans la rue durant une certaine période de la journée, qui est généralement la nuit et tôt le matin. Elle est ordonnée par le gouvernement ou tout responsable d’un pays, d’une région ou d’une ville. Cette mesure est souvent décrétée lors de la déclaration de la loi martiale ou de l’état de siège, mais peut aussi être appliquée en temps de paix. Le couvre-feu peut se limiter aux mineurs (États-Unis, Anti-Social Behaviour Act de 2003 en Grande-Bretagne, etc.).

Son but est de permettre aux forces de l’ordre, civiles ou militaires, de mieux assurer la sécurité de la zone sous couvre-feu ou de limiter la libre circulation d’une certaine catégorie de personnes, comme les femmes ou les mineurs.

Par période

 Moyen Âge

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Cloche de couvre-feu à Moreton-in-Marsh  (Angleterre).

L’historiographie anglaise suggère que le couvre-feu fut une mesure répressive imposée par Guillaume le Conquérant aux Anglo-Saxons en 1068, probablement dans le but d’empêcher une rébellion et les fréquents incendies des habitations en bois à la suite de feux laissés imprudemment allumés. Cette mesure obligeait ainsi les habitants à couvrir le feu jusqu’à extinction, de 8 heures du soir à 6 heures du matin. Pour le chercheur Lionel Cresswell, l’origine anglo-normande du couvre-feu relève du mythe1 car cette coutume existait depuis longtemps sur tout le territoire français, britannique, espagnol et italien. Le roi des Anglo-Saxons Alfred le Grand  aurait ainsi mis en place une cloche de couvre-feu à Oxford dès le IXè siècle.  

 Le couvre-feu se développe dans les villes européennes au XIIIè siècle: une cloche le signale à la tombée de la nuit pour indiquer qu’il est temps de recouvrir les feux d’un couvercle de fonte pour éviter tout incendie.

 

Seconde Guerre mondiale

Le couvre-feu est généralisé par la Wehrmacht dans les territoires occupés.

Entré en vigueur dès le début de l’occupation de Paris dés le 14 juin 1940, le couvre-feu instauré de 20 heures à 6 heures n’a pas été imposé de façon linéaire jusqu’à la libération de Paris, le 25 août 1944. Le premier, mis en place lors de l’entrée des troupes allemandes, n’a duré que 48 heures.

En France

Le couvre-feu est une des mesures préconisées par la doctrine de la « guerre contre-insurrectionnelle». Pendant la bataille d’Alger.   Il a ainsi permis à l’armée française d’arrêter à domicile, la nuit, les personnes soupçonnées de soutenir le FLN. Il deviendra par la suite un élément clé de ce type de guerre.

Le couvre-feu a été utilisé en métropole : c’est ainsi lors d’une manifestation pacifique contre le couvre-feu pour tous les « Français musulmans d’Algérie » qu’a eu lieu le massacre du 17 octobre 1961 à Paris.

Des couvre-feux ont été mis en place localement pour les mineurs. Ceux-ci concernaient certaines communes qui, en été, rencontraient des incivilités commises par des mineurs. Les maires   de ces communes ont pris des arrêtés municipaux de couvre-feu pour les moins de 13 ans, entre 23 heures et 6 heures, et dans certains quartiers de la ville.

La tradition de la cloche de couvre-feu subsiste dans quelques rares villes en France, notamment à Strasbourg avec la Zehnerglock située dans le beffroi de la cathédrale qui sonne tous les soirs à 22h06.

Lors des émeuteq de 2005 dans les banlieues françaises et en vertu du décret de l’état d’urgence, quelques villes ont mis en place un couvre-feu, notamment Le Raincy en Seine-Saint-Denis, et également Marmande.

Lors du mouvement des Gilets jaunes   débuté en novembre 2018 à La Réunion, l’activité économique est paralysée, les routes bloquées, les établissements scolaires et structures de l’État fermées. Des renforts policiers sont envoyés depuis la métropole. Un couvre-feu est instauré du 20 au 24, de 21 h à 6 h, dans 14 villes de l’île.

Durant la pandémie de Covid-19, de nombreuses villes imposent un couvre-feu par arrêté municipal dans le but de rendre plus efficace le confinement national.

Le 14 octobre 2020, Emmanuel Macron annonce la mise en place d’un couvre-feu pour les agglomérations de Paris, l’Île-de-France, Rouen ; Lyon, Grenoble, Marseille, Toulouse, Montpellier, Lille et Saint-Etienne de 21 h à 6 h pour quatre semaines au moins à partir du samedi 17 octobre à minuit.

Aviation

Par analogie, le terme de « couvre-feu » est souvent utilisé pour désigner les restrictions concernant les atterrissages et décollages de nuit sur certains aéroports, aux fins de lutte contre le bruit.

Dans la culture populaire

Au cinéma

Le film La Traversée de Paris, réalisé par Claude-Autant-Lara, avec Bourvil et Jean Gabin comme acteurs principaux et sorti en 1956, évoque en très grande partie la période de couvre-feu imposée par les autorités allemandes durant la Seconde guerre mondiale.

Le film américain réalisé par Edward Zwick The Siege qui fut exploité en France sous le titre Couvre-feu, sorti en 199, évoque en fait la ville et la population de New-York, placés sous loi martiale et l’état d’urgence.

Dans le film V pour Vendetta un couvre-feu est mis en place.

CONFINEMENT (temps de), EPIDEMIES, MALADIE, MALADIES, QUARANTAINE

Quarantaine et confinement en cas de pandémie

QUARANTAINE ET CONFINEMENT

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Le drapeau « Lima » est le signal maritime international de la quarantaine.

La quarantaine consiste à isoler des personnes, des animaux, ou des végétaux durant un certain temps, en cas de suspicion de maladies contagieuses, pour empêcher leur propagation. En empêchant les personnes d’avoir des contacts avec des individus sains se trouvant à l’extérieur de la zone de confinement, on rend la contagion   impossible et les maladies infectieuses disparaissent d’elles-mêmes. C’est une medure barrière; l’une des méthodes de prévention et de gestion des risques liés aux maladies infectieuses (épidémies, pandémies   notamment).

S’il s’agit de personnes malades « confirmées », on parle plutôt d’isolement ou d’Isolement (soin de santé).

Au figuré le mot désigne aussi la condition d’une personne mise volontairement à l’écart (ostracisme).

Par extension, ce terme est également utilisé dans le domaine de la sécurité informatique.

En 2020, de nombreux pays décident d’appliquer des mesures de mise en quarantaine de leurs populations afin de ralentir la propagation d’une pandémie de coronavirus, appelée quatorzaine pour une isolation de 2 semaines.

Étymologie et évolution sémantique

Le mot « quarantaine », attesté en français depuis les années 1180, signifiait « espace de quarante jours » (période du carême). En français, au sens de mesure sanitaire, apparu au XIVè siècle, il dérive de l’italien quaranta (nombre quarante) et remonte à 1635

La quarantaine sanitaire se définit historiquement comme la séparation, la détention et la ségrégation de sujets suspectés de maladies contagieuses. Le mot désigne ensuite aussi la période de cet isolement de personnes, d’animaux, d’objets ou de marchandises.

En épidémiologie, le mot désigne aujourd’hui une restriction complète de déplacement, provisoirement proposée ou imposée, à des personnes apparemment saines potentiellement exposées à une maladie contagieuse (voire des animaux ou objets suspects d’être contaminants tels que bagages, conteneurs, moyens de transport, marchandises…). Alors que le terme isolement concerne plutôt des malades ou porteurs sains avérés (un malade déclaré est isolé, un sujet en période d’incubation possible est mis en quarantaine).

L’autoisolation prescrite, ou autoprescrite est une forme de quarantaine utilisée en 2020 pour COVID-19, envisagée au domicile de ou des intéressés, devant soit une possible phase d’incubation, soit une pathologie possible non testable, en pénurie de méthode diagnostique.

Histoire

 Origines

La séparation et l’interdiction sociales se sont inscrites d’abord dans le cadre du sacré avec la notion de tabou, par exemple le tabou alimentaire. La séparation du pur et de l’impur concernant les maladies est manifeste dans la Bible :

« Parlez aux Israélites, vous leur direz : lorsqu’un homme a un écoulement sortant de son corps, cet écoulement est impur
Voici en quoi consistera son impureté tant qu’il a cet écoulement : que sa chair laisse échapper l’écoulement ou qu’elle le retienne, il est impur
Tout lit où couchera cet homme sera impur et tout meuble où il s’assiéra sera impur
Celui qui touchera son lit devra nettoyer ses vêtements, se laver à l’eau, et il sera impur jusqu’au soir. »

— La Bible, Lévitique 15:2-5.

Ce passage a été interprété comme la description d’une gonorrhée  avec « déclaration obligatoire de maladie contagieuse » et « isolement et désinfection ». En médecine hébraïque, des textes mentionnent les maladies de peau avec isolement social temporaire, ou avec exclusion définitive (discrimination des lépreux).

L’idée du nombre 40 comme période décisive de temps serait celle d’Hippocrate (vers le ve siècle av. J.-C.), qui indique qu’une maladie aigüe se manifeste dans l’espace de 40 jours. D’autres mentionnent Pythagore qui attribue au chiffre 4 des vertus mystiques. Cette période de 40 jours est adoptée par les premiers textes chrétiens (le jeûne de 40 jours de Jésus-Christ dans le désert)

 

Moyen-Âge

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« Pestiférés bénis » ou « lépreux sermonés » par un évêque.  Miniature du xive siècle, British Library de Londres.

En France, la séparation sociale et l’exclusion des lépreux relève de l’ordonnance royale du 21 juin 1321. Le rejet des lépreux est partout la norme, mais d’application locale très variée. De nombreuses villes ont une léproserie située à l’écart, avec limitation ou contrôle du déplacement des lépreux. Les motifs d’origine sont d’abord religieux et moraux : la lèpre est une maladie de l’âme qui se manifeste par une mort lente du corps.

Avec la survenue de la peste noire, les motifs sanitaires apparaissent au premier plan. Les mesures prises sont le fait des autorités municipales qui s’appuient sur le sens commun d’une contagiosité, notion de peu d’importance pour la médecine médiévale.  Les mesures les plus anciennes d’isolement des pestiférés consistent à enfermer les pestiférés (et leur famille) dans leur maison (séquestration), une autre est l’expulsion hors de la ville. Ces mesures, d’ordre juridique plus que médical, sont adoucies à partir du XVIè siècle. Plus rarement, les malades sont autorisés à circuler, mais en étant porteurs de signes distinctifs.

Des structures sont mises en place pour concilier l’isolement et le soin : cabanes en bois hors agglomération (en 1348 à Avignon par le Pape Clément VI), hôpital de pestiférés (à Venise en 1403). Des léproseries sont converties en hôpital pour pestiférés (à Marseille en 1476).

La quarantaine maritime proprement dite (isolement préventif) est instaurée le 27 juillet 1377 , par le Grand Conseil de Raguse qui interdit l’accès de ville ou de son district à ceux « qui arrivent d’une zone infestée par la peste, à moins qu’ils ne soient restés d’abord à Mrkhan ou à Cavtat pour s’y purger pendant un mois », instituant ainsi la première quarantaine officielle reconnue comme telle12,13.

La même année, Venise adopte le procédé de Raguse (isolement sur un îlot proche). Sur l’avis des médecins, la durée est portée à 40 jours, d’après la doctrine hippocratique des jours critiques, où une maladie qui dépasse 40 jours ne peut-être qu’une maladie chronique. La quaranta se répand dans les ports italiens, elle est adoptée par Marseille en 1383, Barcelone en 1458, Edimbourg en 1475. L’application de la quarantaine est renforcée par la fondation de lazarets, dont le premier, celui de Venise (1403), sert de modèles pour d’autres ports (Gènes) en 1469, Marseille en 1526).

La quarantaine sur terre est d’abord adoptée en Provence (Brignoles, 1464). Le système de quarantaines est renforcée par les patentes pour les marchandises, et les billets de santé pour les personnes. Il s’agit de certificats attestant la provenance d’une ville saine

 

Période classique

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Lazaret de la grande peste de Vienne de 1679, ex-voto de 1680, Eglise Saint-Michel de Vienne de 1680,

 Le système des quarantaines et lazarets devient une administration permanente à partir du XVIè siècle en Italie. Malgré leurs rivalités, les cités-Etats italiennes sont reliées par un réseau d’informations sanitaires provenant de France, de Suisse et des Balkans. Cet exemple est suivi par les cités germaniques ; alors qu’ailleurs, en France, en Espagne ou en Angleterre, les quarantaines ne sont que des mesures temporaires.

À partir de la fin du XVIIè siècle, le système de quarantaine et de contrôle des épidémies est transféré progressivement de la cité au plan national. La santé devient une question gouvernementale. La coordination la plus avancée est alors celle de la Prusse   et d’autres Etats germaniques, où l’expression police médicale est utilisée pour la première fois en 1764 par Wolfgang-Thomas Rau  (1721-1772).

En Angleterre, les premiers règlements de quarantaines (niveau gouvernemental) sont établis en 1663. En France, le conseil du Roi met toute la Provence en quarantaine lors de la peste de Marseille   en 1720-1722. Au cours du XVIIè siècle   un réseau de surveillance s’établit entre les grands ports méditerranéens d’Europe et du Levant.

Aux Amériques, la première quarantaine maritime est celle de Saint-Domingue   en 1519 contre la variole. En Amérique du Nord,   la quarantaine est aussi appliquée contre la variole, la première fois en 1647, par la colonie de la Baie du Massachussetts   pour les navires arrivant des îls Barbade. Puis contre la fièvre jaune,   par les villes de New-York (1688) et Boston (1691). En 1799, le Congrès américain  transfère l’autorité des quarantaines (du niveau de chaque Etat) au niveau fédéral (secrétariat du Trésor jusqu’en 1876).

 

Période moderne

xixe siècle

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Le monument aux médecins dans le cimetière des Irlandais, sur Grosse-ïle-du-Québec, lieu de quarantaine créé en 1832 pour les immigrants.

La deuxième pandémie de choléra touche l’Europe en 1830 et l’Amérique du Nord en 1832. La stratégie officielle est alors de renforcer les méthodes utilisées contre la peste : quarantaines, lazarets et cordons sanitaires, mais celles-ci s’avèrent peu efficaces contre le choléra, ce qui suscite tensions sociales et troubles politiques. Les politiques de quarantaines varient selon les pays, elles peuvent servir de prétexte politique (pour restreindre les libertés de l’adversaire — déplacement, échange, correspondance…) ou économique (protection commerciale).

En 1834, la France appelle à une standardisation internationale des politiques de quarantaine. En 1838, un Conseil Sanitaire International est fondé à Constantinople pour coordonner les mesures frontalières contre les épidémies. En 1851, la première conférence sanitaire internationale se tient à Paris, où le premier règlement sanitaire international est adopté. Il impose aux états signataires les mêmes mesures quarantenaires contre la peste et le choléra, mais sur les 12 pays participants à cette première conférence, trois seulement sont signataires : France, Portugal et Sardaigne.  

Les conférences suivantes sont parfois le lieu de violentes discussions, comme celle de la conférence de Rome en 1885, à propos des quarantaines effectuées sur le canal de Suez pour les navires venant d’Inde. Le réel conflit n’était pas d’ordre sanitaire, mais politique (domination britannique ou française sur la région).

Aux Etats-Unis, la politique de quarantaine, dépendante du département du Trésor, est jugée mal appliquée, et une nouvelle législation fédérale de quarantaine est adoptée en 1878. L’autorité des quarantaines est transférée au Marine Hospital Service, un ancêtre du Service de santé publique des Etats-Unis. L’administration d’une quarantaine doit être médicalisée, et sa durée doit se baser sur la période d’incubation spécifique à la maladie.

En 1893, les États-Unis rejoignent le concert sanitaire européen. Les trois maladies quarantenaires internationales sont alors le choléra., la peste et la fièvre jaune

 

xxe siècle

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Soldats du Corps expéditionnaire canadien en quarantaine pour cause de rougeole, France, 1917-1918.

Les premières mesures concrètes, appliquées par un grand nombre de pays signataires sont celles de la 11e conférence internationale de Paris en 1903 (adoption d’une convention de 184 articles). En 1907, l’Office International de l’Hygiène Publique est fondé à Paris, réunissant 12 pays. Il devient après la Première Guerre mondiale le Comité d’Hygiène de la Société des Nations (SDN). En 1926, la liste des maladies quarantenaires est portée à cinq, avec l’ajout de la variole et du typhus.

Dans le premiers tiers du XXè siècle les mesures de quarantaines sont médicalisées. Le nouveau savoir microbiologique permet de distinguer les cas confirmés, les cas suspects et les sujets indemnes, ainsi que les modes de transmission et la durée d’incubation spécifiques à chaque maladie infectieuse. Il s’avère que la quarantaine peut être efficace pour limiter certaines maladies, mais aussi inutile ou néfaste pour d’autres.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’OMS, fondée en 1948, remplace le Comité d’Hygiène de la SDN. L’expression « maladies quarantenaires » disparaît, pour devenir « maladies sous contrôle international » inscrites dans un règlement sanitaire international, adopté par 181 pays, et donnant lieu à déclaration obligatoire. En 1951, elles sont au nombre de 6 : choléra, peste, fièvre jaune, variole, typhus et fièvre récurrente.

Dans la deuxième moitié du xxe siècle, l’importance relative de la quarantaine décroît ; elle apparaît comme une des méthodes, parmi beaucoup d’autres, utilisées dans un système plus général de surveillance et de contrôle des maladies. Aux États-Unis, en 1967, 55 « stations de quarantaine » sont régies par le CDC et situées dans les ports et aéroports internationaux. En 1992, elles ne sont plus que 8. Il en est de même pour les maladies quarantenaires : dans les années 1980 le CDC listait encore 26 maladies pour l’entrée aux États-Unis, en 1992 cette liste est réduite à 7 maladies : fièvre jaune, choléra, diphtérie, tuberculose, peste, suspicion de variole (bioterrorisle) et fièvre hémorragique virale.

Il apparaît alors que la quarantaine n’est pas une panacée, qu’elle a ses limites, notamment lors de l’apparition du sida, pour des raisons biomédicales, mais aussi juridiques et éthiques. Dans d’autres cas, elle peut être validée pour des maladies ou des contextes particuliers. La quarantaine « moderne » est alors un moyen, non pas indistinct ou généralisé, mais « taillé sur mesures » et toujours discutable. Ce fut le cas lors de l’épidémie de SARS de 2003 ou de la pandémie A (H1-N1) de 2009

xxie siècle

Depuis 2000, les retours d’expérience des épidémies de H5N1, SRAS, du MERS, et des modèles épidémiologiques, ont conduit à affiner les protocoles de quarantaine, ou d’Isolement (soin de santé) pour certaines maladies, et un cadre international a été produit en 2005 par l’OMS. Ainsi :

des quarantaines à l’échelle de la ville ont été imposées en Chine et au Canada contre le SRAS en 2003, et en Afrique de l’Ouest de nombreux villages ont été mis en quarantaine pour freiner et stopper l’épidémie d’Ebola de 2014 ;

en 2019-2020, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité et de l’épidémiologie, l’isolement volontaire (« autoisolation ») et la quarantaine ont été utilisés à très grande échelle pour freiner la maladie à coronavirus (COVID 19). Des villes entières de Chine, puis des régions, puis en Europe l’Italie ont imposé des restrictions sans précédents à partir de mars 2020 pour lutter contre la propagation de ce virus, alors que des milliers de ressortissants étrangers rentrant d’un voyage en Chine étaient de par le monde invités à s’isoler eux-mêmes chez eux ou dans des installations gérées par l’État;

le cas particulier du Diamond Princess qui s’est vu interdire de débarquer (et mis de fait en quarantaine obligatoire) et où plus de 700 personnes ont contracté la COVID-19, montre que dans un contexte d’improvisation, un lieu confiné et inapproprié peut aussi devenir un lieu d’incubation et de contagion.

Pour la maladie à coronavirus de 2019, des quarantaines réduites à quatorze jours ont été effectuées. Toutefois, la durée de quatorze jours n’étant pas suffisantes, la quatorzaine a été rallongée à 21 jours.

Mise en œuvre

Elle se fait généralement dans le cadre de la gestion de tiques (ex : plan de crise pour une pandémie) La mise en quarantaine se limite souvent aujourd’hui à n’isoler qu’un seul individu ou un cluster (familial par exemple) dont la pathologie est déjà déclarée ou suspectée en raison de l’apparition de symptômes, alors qu’un autre but de la quarantaine est de mettre à l’écart tous les porteurs potentiels de germes (en raison : soit de leur provenance d’un milieu à risque ; soit des contacts physiques que ces personnes ont eus avec l’individu ou la matière éventuellement contaminé), et cela même s’ils ne manifestent aucun signe clinique, pendant une durée suffisante pour couvrir la période d’incubation de la maladie suspectée. Le but de cet isolement étant que la maladie ne puisse éventuellement se déclarer dans un milieu déjà protégé, évitant ainsi sa propagation potentiellement exponentielle.

Exemples de mesures de quarantaine :

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Le Lazzaretto-Vecchio de Venise

À Venise, au milieu du xve siècle, on fit construire le Lazzaretto Nuovo destiné à recevoir les navires et leurs équipages en provenance des ports méditerranéens qui étaient suspectés d’être vecteurs de maladie comme la peste (le Lazzaretto-Vecchio à l’inverse, ne traitait que les cas avérés de maladie). À la fin du xvie siècle, le lazaret possédait une centaine de chambres et plusieurs grands hangars destinées à entreposer les marchandises qui y étaient alors décontaminées en utilisant surtout la fumée générée par des herbes aromatiques, comme le genièvre ou le romarin.

Le Royaume-Uni obligeait depuis les années 1800 les animaux en provenance de pays étrangers à subir une quarantaine d’une durée de six mois, de manière à prévenir la rage. Au début des années 2000, cette politique de quarantaine systématique a été allégée et au 1er janvier 2012 les animaux munis d’un passeport européen pour animal de compagnie ou Pet Passport peuvent désormais échapper à la mise en quarantaine (puisque ce document atteste que l’animal a été vacciné à une date précise).

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Les astronautes de la mission Apollo 11 en quarantaine à la suite de leur retour sur Terre.

Aux Etats-Unis, lors du retour des premières missions lunaires, les astronautes   des missions Apollo 11, 12 et 14 ont été mis en quarantaine, par précaution (les astronautes de la mission de Apollo 13   n’ayant pu alunir en raison d’un problème technique).

Dans son règlement sanitaire international (RSI, 2005), article 1, l’OMS définit une quarantaine comme « la restriction des activités et/ou de la mise à l’écart des personnes suspectes qui ne sont pas malades ou des bagages, conteneurs, moyens de transport ou marchandises suspects, de façon à prévenir la propagation éventuelle de l’infection ou de la contamination ».

Le placement en quarantaine peut faire partie des recommandations de l’OMS faites aux Ėtats-membres, qui peuvent être temporaires (d’une durée de trois mois renouvelable) ou permanentes (d’application systématique ou périodique). Une quarantaine s’effectue selon les principes énoncés dans le RSI (articles 1 et 18), notamment en ce qui concerne le respect de la dignité des personnes et de leurs droits fondamentaux (article 32).

Une quarantaine peut consister à « isoler ou traiter si nécessaire les personnes affectées ; rechercher les contacts des personnes suspectes ou affectées ; refuser l’entrée des personnes suspectes et affectées ; refuser l’entrée de personnes non affectées dans des zones affectées ; et soumettre à un dépistage les personnes en provenance de zones affectées et/ou leur appliquer des restrictions de sortie » (article 18).

Ces recommandations ne sont pas contraignantes, chaque pays garde la décision d’appliquer ou pas une quarantaine en fonction de sa situation épidémiologique particulière, tout en ayant l’obligation de fournir à l’OMS les motifs de sa décision (articles 3 et 43).

Conditions d’efficacité

L’instauration d’une quarantaine doit d’abord être épidémiologiquement construite et justifiée par des besoins de santé publique de, notamment pour le choix des personnes à mettre en quarantaine ; par exemples le virus Ebola n’est pas propagé par des personnes asymptomatiques, mais le SARS-CoV-2ou la grippe peut l’être.

La quarantaine doit être bien expliquée, cohérente, et coordonnée souvent bien au delà des frontières juridictionnelles locales.
Dans le contexte d’une globalisation croissante et de l’accélération des transports, elle doit faire partie d’un ensemble plus large de stratégies visant à prévenir l’introduction, la transmission et la propagation de la maladie transmissible en cause.
Selon une étude récente (2020) quand une quarantaine est jugée nécessaire, les autorités devraient veiller à ce que sa durée n’excède pas le temps requis, à bien informer la population sur les raisons et les protocoles de cet isolement, tout en veillant à ce que les fournitures suffisantes et appropriées (nourriture, médicaments, soins médicaux…) soient fournies. Appeler à l’altruisme et à tout en rappelant le bénéfice de la quarantaine pour l’intérêt général et de la santé de tous peuvent aider à son bon déroulement.

Les personnes saines travaillant au contact des individus confinés dans un lieu de quarantaine — comme le personnel médical — doivent adopter les meilleures pratiques en termes de protection individuelle et collective (masque, combinaison, lavage systématique des mains, bonne gestion des excréta…) en veillant dans la mesure du possible au bien-être des personnes confinées.

  

Cadre juridique

Juridiquement parlant, une mise en quarantaine imposée est une limitation provisoire de la liberté personnelle de voyager et de proximité d’autrui, justifiée par l’intérêt général .

L’une des conditions d’acceptabilité de la quarantaine est qu’elle respecte le Droit, international notamment. Missionnée par l’ONU, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi un règlement sanitaire international (RSI 2005, qui est le nouveau cadre juridique, contraignant, pour la gestion internationale des maladies émergentes et réémergentes et d’autres risques pour la santé. Son article 1 définit une quarantaine comme « la restriction des activités et/ou de la mise à l’écart des personnes suspectées qui ne sont pas malades ou des bagages, conteneurs, moyens de transport ou marchandises suspects, de façon à prévenir la propagation éventuelle de l’infection ou de la contamination ».

Les pays ou d’autres juridictions (Europe, régions, villes…) peuvent décliner ce règlement avec certaines marges de liberté ; un constat est que les directives (provisoires) sur la quarantaine sont parfois ambiguës ou varient d’une juridiction à l’autre (selon les politiques de santé et de sécurité publiques, les cultures ou les budgets notamment).

Elle ne doit en aucun cas être utilisée comme mesure punitive, par exemple dans un contexte de violation des droits de l’Homme ou des libertés civiles.

 

 Leçons de l’histoire

La disparition des épidémies de lèpre et de peste en Europe reste mal expliquée ; il en est de même pour l’efficacité relative des quarantaines et autres mesures de ségrégation. Dans le cas de la lèpre, pour les historiens modernes, la rigueur des textes historiques sur la ségrégation des lépreux ne concorde pas avec la réalité (mesures peu ou diversement appliquées). La disparition de la lèpre en Europe se fait progressivement et sans bruit, une disparition qui n’a pas dépendu de la médecine ou de l’administration. A contrario, la persistance de foyers lépreux en Scandinavie jusqu’au xixe siècle pose les mêmes problèmes d’interprétation.

En revanche, pour les épidémies de peste, les historiens accordent généralement une importance aux quarantaines comme moyen de contrôle des épidémies. Elle est efficace si elle s’articule avec un système coordonné au niveau des États. Selon Biraben, l’exemple probant est l’Empire ottoman en 1841qui élimine les grandes épidémies de peste en quelques années en appliquant strictement les mesures prises par les pays européens. De même l’éradication de la variole a été rendue possible par la vaccination et aussi par une politique de containment (isolement, confinement).

Pour d’autres maladies, l’application de la quarantaine « par mimétisme » s’est révélée peu efficace. Ce fut notamment le cas pour le choléra, la fièvre jaune, la typhoïde, ou la poliomyélite, par ignorance, à l’époque, des caractères réels de la maladie (mode de transmission, porteurs sains…).

L’OMS et le RSI reconnaissent que la mondialisation rend les actions de quarantaine moins efficaces et plus difficile à mettre en oeuvre. Plusieurs fois, en phase de début d’épidémie à tendance pandémique, l’OMS a réitéré une recommandation de ne pas limiter les voyages ou le commerce international.

 

Accompagnement sociopsychologique

L’isolement au domicile ou dans un lieu dédié à la quarantaine a des effets psychologiques.

Parmi 3166 articles scientifiques sur ce sujet, 24 ont récemment (2020) fait l’objet d’une étude approfondie. Il en ressort que l’isolement de quarantaine peut générer, plus ou moins selon les contextes, l’ennui de la confusion, de la frustration et de la colère : et des craintes de confinement plus long que prévu et/ou d’infection. Des fournitures et informations insuffisantes ou inadéquates, et une éventuelle stigmatisation peuvent aggraver ces effets. Les pertes financières sont aussi une source de stress. Un patient très dépressif isolé en hôpital durant l’épidémie de SRAS s’est pendu (malgré une aide psychiatriques) et une tentative de suicide a eu lieu peu après.
Plusieurs études suggèrent de possibles séquelles de type strss post-traumatique.

La première quarantaine stricte et à très grande échelle a été mise en oeuvre en Chine, pour freiner le début de Pandémie de maladie à coronavirus de 2019-2020.. L’isolement a touché de très nombreux chinois, bouleversant souvent leur vie quotidienne, sociale, professionnelle et familiale, générant parfois des troubles anxieux profonds, allant jusqu’à la panique ou la dépression. Une première enquête chinoise (entamée dès le 31 janvier 2020), sur la base d’un questionnaire d’auto-évaluation librement accessibles dans tout le pays, via la plateforme d’évaluation psychologique intelligente de Siuvo, a porté sur la prévalence et la gravité de l’anxiété, la dépression, de phobies spécifiques, de changement cognitif, de comportements d’évitement, compulsif, sur les symptômes physiques et le sentiment de désocialisation durant la semaine écoulée (allant de 0 à 100 ; un score entre 28 et 51 indiquant une détresse légère à modérée. Un score ≥52 indiquant une détresse sévère. Les réponses aboutissaient à un « index » de détresse psychique péritraumatique, dit COVID-19 Peritraumatic Distress Index (CPDI). 52 730 réponses ont été validées (provenant pour 64,73% de femmes). Le mode de construction de l’index CPDI a été validé par les psychiatres du Centre de santé mentale de Shanghai . Le score moyen était de 23,65 (15 à 45). Près de 35% des répondants ont subi une détresse psychologique (29,29% des scores étaient compris entre 28 et 51, et 5,14% supérieurs ou égal à 52). Le score CPDI dépendait du genre, de l’âge, du niveau scolaire, de la profession et de la région. Il était plus élevé pour femmes que pour les hommes (fréquent dans les cas de stress post-traumatique)

 Défis logistiques

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Centre sportif réquisitionné pour l’isolement et le soin de personnes infectées par la maladie à coronavirus 2019 à Wuhan (Chine).

Ces défis sont matériels, financiers et organisationnels ; ils concernent le choix rapide de lieux adaptés, la séparation rapide et efficiente (et donc à mettre constamment à jour) des individus isolés de ceux qui sont en quarantaine ; et des sujets symptomatiques de ceux qui sont symptomatiques (en incubation ou sains), faute de quoi, une transmission accrue peut résulter d’une promiscuité mal gérée. En effet, par exemple, si des patients asymptomatiques mais contagieux sont indistinctement mélangés avec des personnes saines, la transmission du virus peut être facilitée dans la zone confinée39. Dans le cas des virus aéroportés, le système de climatisation ne doit pas faire circuler le virus.

Le transport, le tri, l’alimentation, les soins, la gestion des excreta, des déchets et des cadavres posent des problèmes logistiques spécifiques.

Parfois, un risque de nosocomialité est à anticiper : quand des patients symptomatiques ont en réalité une maladie qui imite la maladie d’intérêt (ex : le paludisme alors qu’on pense qu’ils ont Ebola) ; Ils risquent de contracter une autre maladie s’ils sont cohortés avec des personnes infectées.

 Aspects socio-politiques

Certains, tel Patrick Zylberman, historien de la santé et professeur émérite à l’Ecole des Hautes études en santé publique, attirent l’attention sur le fait que dans certains contextes sociopolitiques, l’isolement est parfois contre-productif par exemple :

quand une mesure mal préparée engendre une panique comme en 2014 quand certains quartiers de Monrovia, la capitale du Libéria, furent placés en quarantaine pour endiguer l’épidémie d’Ebola. Des habitants effrayés (notamment dans West Point, le township le plus pauvre de la ville) se sont heurtés aux forces de l’ordre, la répression conduisant à la mort de plusieurs civils. Un lycée transformé en centre de confinement accueillant 29 malades avait été attaqué par une bande armée venue piller les lieux. Dix-sept patients avaient fui lors de l’assaut, neuf sont décédés quatre jours plus tard, tandis que trois autres furent emmenés de force par leurs parents vers une destination inconnue. Dans ce contexte, les mesures de quarantaine ont accentué la défiance de la population envers le personnel médical, poussant des malades à cacher leurs symptômes pour éviter le confinement.
De même, en Chine lors de l’épidémie en 2003 de SRAS, des émeutes et manifestations violentes ont eu lieu dans les régions de Nankin et Shanghaï suite à des confinements brutaux ne prévoyant aucune aide aux populations concernées, notamment l’approvisionnement alimentaire ou les soins médicaux.

Travail en quarantaine

Dans un sens plus large, on désigne par zone de quarantaine les locaux servant au stockage, à l’étude ou à la transition d’éléments biologiques non-implantés dans l’environnement desdits locaux. L’objectif n’est plus uniquement sanitaire, mais surtout écologique : la dispersion de ces organismes exotiques étant susceptible de conduire à une invasion. De telles zones peuvent se trouver dans les aéroports, mais aussi dans les centres de recherches ou les parcs zoologiques.

En informatique

Métaphoriquement on parle de « fonction quarantaine » d’un logiciel antivirus..

Elle permet de maintenir un fichier infecté par un virus informatique dans une zone blanche sans lien avec le cœur du système, pour l’empêcher d’agir sur l’ordinateur de la victime. Cependant, il n’y a aucun moyen de supprimer le ou les fichiers infectés, car toute manipulation effectuée sur un ces fichiers leur offre à nouveau la possibilité d’agir, le meilleur moyen étant de faire une restauration complète afin de remettre le système sous un jour meilleur, ou de manière plus radicale, de réinstaller entièrement le système en ayant préalablement détruit les partitions du disque et en installant le système sur une nouvelle base, saine.

Bibliographie

Antoine Flahaut (dir.), Des épidémies et des hommes, Éditions de la Martinière, 2008 ).

Patrick Zylberman, Tempêtes microbiennes : Essai sur la politique de sécurité sanitaire dans le monde transatlantique, Gallimard, 2013 , III Quarantaines et vaccinations, chap. VIII Civisme au superlatif, p. 398-432.

Aspects historiques :

Anne-Marie Moulin, « Quarantaine, le retour du refoulé », L’Histoire n°470, avril 2020, p. 20-22..

CORONAVIRUS, EPIDEMIES, LITTERATURE, MALADIE, MALADIES

Quinze ouvrages inspirés par des épidémies

Coronavirus : de Sophocle à Stephen King, quinze livres inspirés par des épidémies à lire ou à relire

 

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Couvertures de 15 livres inspirés par des épidémies (FRANCEINFO)

 

Les ventes du roman d’Albert Camus, La Peste, se sont envolées ces dernières semaines, sous l’effet, dit-on, de la propagation du virus COVID-19. Thème hautement romanesque, l’épidémie n’a pas inspiré qu’Albert Camus, pour qui la peste était plus une métaphore de la « peste brune », à savoir le nazisme, qu’une épidémie au sens propre.

De Sophocle à Philip Roth, en passant par Giono ou Stephen King, de très nombreux auteurs ont été inspirés par les phénomènes épidémiologiques, terreau dramaturgique de premier ordre où se révèlent les caractères et s’exacerbent les sentiments. De l’or pour les écrivains, chantres de l’âme humaine, de ses noirceurs, de sa grandeur. Voici une sélection de 15 livres inspirés par des épidémies ou des virus.

 

1« Œdipe roi », Sophocle (Ve siècle avant J.-C.)

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Œdipe Roi

Sophocle

Paris, Le Livre de Poche, 1994. 168 pages.

Qui a provoqué la colère des Dieux en envoyant la peste sur la ville de Thèbes ? Cette question est le point de départ d’une série d’évènements qui vont conduire Œdipe à réaliser son funeste destin, annoncé par l’oracle de Delphes : tuer son père, épouser sa mère. Déjà chez Sophocle, la peste provoque la tragédie autant qu’elle figure de manière métaphorique la violence des humains.

Quatrième de couverture –

Cruauté du sort qui amène Œdipe à commettre à son insu l’acte criminel prédit par l’oracle ! Averti par un oracle qu’il tuerait son père et épouserait sa mère, Œdipe fuit les lieux de son enfance, espérant ainsi préserver Polype et Mérope, ses parents présumés. Que ne lui a-t-on dit, hélas, qu’il était en réalité le fils de Laïos ! Cette cruauté du sort l’amène à commettre à son insu un acte criminel.
Ignorant du drame qui se joue, aveuglé par le hasard, Œdipe court à sa perte. Il tue un voyageur qui lui barre la route, libère Thèbes de l’emprise de la Sphinx et épouse, la reine de la cité, occupe royal et… accomplit son terrible destin.

 

2″Le Décaméron », Boccace (1353)

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Le Décaméron

Paris, Le Livre de Poche, 2006. 1056 pages.

BoccaceFuyant la peste qui sévit à Florence en 1348, sept jeunes filles et trois jeunes hommes se réfugient dans la campagne. Pendant dix jours, ils vont se raconter une histoire chacun, soit sur un sujet libre, soit sur un sujet imposé à tous. Le Décaméron, qui s’ouvre sur une description apocalyptique de la peste, (Boccace l’a vécue de près) est composé de 100 récits est considéré comme l’ancêtre de la nouvelle. Une somme (1056 pages), de quoi occuper une période de confinement !

Présentation de l’éditeur

Boccace a trente-cinq ans en 1348 quand,  » juste effet de la colère de Dieu », éclate la grande peste qui flagelle l’Italie. Composé dans les années qui suivent, le « Livre des dix journées  » s’ouvrira sur ce tableau apocalyptique, à la force grandiose et terrible, qui n’a rien à envier à la description de la peste d’Athènes chez Thucydide. C’est en effet dans ce contexte que sept jeunes filles courtoises et trois jeunes hommes qui ont conservé leur noblesse d’âme se retirent sur les pentes enchanteresses de Fiesole pour fuir la contagion de Florence, devenue un immense sépulcre, et pendant deux semaines se réunissent à l’ombre des bosquets et se distraient chaque jour par le récit de dix nouvelles, une pour chacun, tantôt sur un sujet libre, tantôt sur un sujet fixé à l’avance pour tous, par la reine ou le roi de la journée. Tel est le premier chef d’œuvre   de la prose littéraire en langue  » vulgaire « .

 

3« La peste écarlate », Jack London (1912)

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La peste écarlate

Jack London

Paris, Hatier, 2001. 192 pages

  1. Un ancien professeur d’université erre en compagnie de ses petits-enfants, revêtus de peaux de bêtes, dans le pays dévasté de la baie de San Francisco, ravagée soixante ans auparavant par un terrible fléau…

Quatrième de couverture –

Un ancien professeur d’université erre en compagnie de ses petits-enfants, revêtus de peaux de bêtes, dans un pays désolé. Celui de la baie de San Francisco, ravagée soixante ans auparavant par un terrible fléau.
Nous sommes en 2013. Quelques hordes subsistent, et de rares survivants tentent de raconter le monde d’avant. Peine perdue : les avancées technologiques restent lettre morte pour des enfants qui ne savent même pas compter. La seule issue est de reprendre depuis les commencements la marche vers la civilisation perdue.
Jack London met toute sa puissance d’évocation au service de ce récit d’apocalypse, offrant de ces grandes peurs qui ravagent le monde une vision terrible – et quasi prophétique – et inscrivant de fait sa peste écarlate, comme le note ici même Michel Tournier, dans la lignée des fléaux bibliques, des terreurs millénaristes. Un texte qui prend dès lors une étonnante et inquiétante modernité.

 

4« La Peste », Albert Camus (1947)

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La Peste

Albert Camus

Paris, Gallimard, 1972. 288 pages.

La Peste de Camus est une chronique de la vie quotidienne à Oran, alors que sévit dans les années 40 une épidémie de peste. Ce roman d’Albert Camus, écrivain engagé, est une allégorie de la seconde guerre mondiale, du nazisme, et plus largement du « mal » en général. A travers ce roman, Camus dénonce l’incurie de l’administration, une presse facilement versée dans la propagande, et montre comment une situation exceptionnelle révèle la nature des hommes.

Résumé :

– Naturellement, vous savez ce que c’est, Rieux ?
– J’attends le résultat des analyses.
– Moi, je le sais. Et je n’ai pas besoin d’analyses. J’ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j’ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d’années. Seulement, on n’a pas osé leur donner un nom, sur le moment… Et puis, comme disait un confrère :  » C’est impossible, tout le monde sait qu’elle a disparu de l’Occident. » Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c’est…
– Oui, Castel, dit-il, c’est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste.

 

5« Le hussard sur le toit », Jean Giono  (1951)

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Le Hussard sur le toit

Jean Giono

Paris, Gallimard, 1995. 488 pages

  1. Le choléra fait des ravages en Provence. Angelo Pardi, hussard italien exilé en France est poursuivi par les Autrichiens qui le soupçonnent de complot révolutionnaire. Le jeune soldat s’arrête pourtant sur son chemin pour soigner les victimes, sans craindre la contagion. Les routes sont barrées, les villes barricadées, les voyageurs sont mis en quarantaine, on soupçonne Angelo d’avoir empoisonné les fontaines…  Il se réfugie alors sur les toits de Manosque. De son poste d’observation, il peut voir à la fois l’agitation provoquée par l’épidémie et la splendeur des paysages qui entourent la ville.  Angelo fait figure, comme son nom l’indique, d’ange immortel dans le marasme des hommes. Il traverse sans être contaminé le champ de ruines laissé par l’épidémie, protégé par son courage et la pureté de son âme. Le chef-d’œuvre de Giono.

Résumé :

Le hussard sur le toit : avec son allure de comptine, ce titre intrigue. Pourquoi sur le toit ? Qu’a-t-il fallu pour l’amener là ? Rien moins qu’une épidémie de choléra, qui ravage la Provence vers 1830, et les menées révolutionnaires des carbonari piémontais. Le Hussard est d’abord un roman d’aventures ; Angelo Pardi, jeune colonel de hussards exilé en France, est chargé d’une mission mystérieuse. Il veut retrouver Giuseppe, carbonaro comme lui, qui vit à Manosque. Mais le choléra sévit : les routes sont barrées, les villes barricadées, on met les voyageurs en quarantaine, on soupçonne Angelo d’avoir empoisonné les fontaines ! Seul refuge découvert par hasard, les toits de Manosque ! Entre ciel et terre, il observe les agitations funèbres des humains, contemple la splendeur des paysages et devient ami avec un chat. Une nuit, au cours d’une expédition, il rencontre une étonnante et merveilleuse jeune femme. Tous deux feront route ensemble, connaîtront l’amour et le renoncement.

 

6« Le sixième jour », Andrée Chedid (1960)

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Le sixième jour

Andrée Chedid

Paris, J’ai Lu, 2003. 186 pages.

L’histoire d’Hassan, petit garçon contaminé par le choléra, que sa grand-mère protège envers et contre tous « ceux qui l’épient, qui se méfient », qui veulent enlever l’enfant « par peur de la contagion »« Alors il faut tenir. Jusqu’au sixième jour ! Le sixième jour, ou bien on meurt, ou bien on ressuscite… »

Résumé :

On fait sa vie. II faut vouloir sa vie. La volonté d’aimer, de vivre est un arbre naturel…  » Pour Hassan, enfant beau et vigoureux il y a peu, aujourd’hui ratatiné comme un pruneau sec et bleu, la vie est un combat depuis que le choléra a posé sur lui son masque cruel. Dans cette course contre la mort, Saddika est là, grand-mère attentive, qui fait un barrage. Contre ceux qui l’épient, qui se méfient, qui veulent lui prendre l’enfant par peur de la contagion. Mais la vieille le sait. S’ils l’emportent, elle ne le reverra jamais. Alors il faut tenir. Jusqu’au sixième jour ! Le sixième jour, ou bien on meurt, ou bien on ressuscite..

 

 

7« L’Amour aux temps du choléra », Gabriel Garcia Marquez (1985)

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L’Amour aux temps du choléra

Gabriel Garcia Marquez

Paris, Le Livre de Poche, 2001. 499 pages.

« J’ai toujours aimé les épidémies », affirme l’écrivain dans un entretien au Monde en 1995, et en effet on trouve la peste dans La Mala Hora (1961), « l’épidémie de l’oubli » dans Cent ans de solitude (1967) et le choléra dans L’Amour aux temps du choléra (1985), un roman dans lequel la maladie sert de toile de fond à une romance contrariée. Le virus est ici une allégorie du sentiment amoureux, qui contamine à jamais l’âme d’un jeune poète.

Résumé :

À la fin du XIXᵉ siècle, dans une petite ville des Caraïbes, un jeune télégraphiste pauvre et une ravissante écolière jurent de se marier et de vivre un amour éternel. Durant trois ans ils vivent l’un pour l’autre, mais Fermina épouse Juvénal Urbino, un brillant médecin.
Alors Florentino, l’amoureux trahi, se mue en séducteur impénitent et s’efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu’il ne cessera d’aimer, en secret, cinquante années durant.
L’auteur de Cent ans de solitude et de Chronique d’une mort annoncée, prix Nobel 1982, donne libre cours à son génie de conteur, à la richesse de son imagination et à l’enchantement baroque de son écriture.

 

8« Le fléau », Stephen King (1978, revu en 1990)

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Le Fléau

Stephen King

Paris, Jean-Claude Lattès, 2015. 1183 pages.

L’épidémie en mode thriller, par le roi du genre. Stephen King imagine la propagation d’un virus sorti tout droit d’un laboratoire de l’armée américaine. Avec un taux de contamination proche de 100 %, peu d’individus survivent, qui cherchent à rejoindre Mère Abigaël, vieille femme noire de cent huit ans, et dont dépend leur salut, tandis que règne sur ce nouveau monde la figure maléfique de L’homme Noir… 

Quatrième de couverture
13 juin 1990. 2 heures 37 du matin. Et 16 secondes. Dans le labo l’horloge passe au rouge. 48 heures plus tard, l’information tombe : Contamination confirmée. Code probable souche 848 – AB. Mutation antigène chez Campion. Risque élevé. Mortalité importante. Contagion estimée à 94,4%. Top secret. Dossier bleu. Ça chavire, ça bascule. La Super-Grippe, l’Etrangleuse ou le Grand Voyage commence ses ravages… Une mécanique bien huilée. Des corps sur le bord de la route. Puis dés fosses dans les cimetières. Ensuite des fosses communes. Et enfin des cadavres qu’on balance dans le Pacifique. De Los Angeles à New York le fléau se répand, pire que la peste. Mais est-il pire fléau que la peur qui tenaille les rares survivants, tous touchés par le même cauchemar au même instant ? L’image de l’Homme Noir…

 

9« Le neuvième jour », Hervé Bazin (1994)

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Le neuvième jour

Hervé Bazin

Paris, Grasset, 1994. 234 pages

L’ultime roman d’Hervé Bazin raconte l’apparition d’une terrible épidémie à Bombay, en Inde, d’un nouveau virus baptisé « surgrippe », qui fait des ravages dans le monde entier. Pendant que la pandémie fait rage, un biologiste reprend ses recherches virologiques abandonnées autrefois car jugées trop dangereuses… Manipulations génétiques, laboratoires ultra-secrets, arcanes des politiques sanitaires, course à l’argent et aux honneurs, ce neuvième jour de la Création imaginé par l’auteur de Vipère au poing est celui où l’Homo sapiens maîtrise tous les moyens de son autodestruction.

Résumé :
Une grave épidémie arrive de Bombay, qui va ravager la planète : on l’appelle la surgrippe ». Directeur du Centre européen de virologie, Eric Aleaume va contribuer à la lutte contre le fléau. La surgrippe atteint sa femme qui en meurt, puis sa belle-mère et nombre de ses amis. Le massacre de 1918 se répète (la grippe espagnole), jusqu’à ce qu’enfin un vaccin classique soit mis au point. Le fléau s’apaise au nord, mais glisse vers le Sud austral. Eric a au moins sauvé son oncle et sa fille, mais il apprend que Martin, son adjoint, est mort à Bombay où il était parti en vacances avec son amie, quelques jours avant le déclenchement de l’épidémie. Il y a 95% de chances qu’il l’y ait apportée. Eric se souvenait d’un manquement de Martin aux règles de sécurité régissant le laboratoire. Considéré comme un sauveur, Eric pourrait aussi être tenu responsable d’un mondial homicide par imprudence. Se découvrant atteint d’un cancer du foie qui lui promet la mort avant six mois, il rédige un compte rendu (le roman) que son notaire devra remettre au C.E.V. après son enterrement. Dieu créa le monde en six jours et le septième se reposa. Le huitième, il chassa Adam et Eve du Paradis. Nous vivons le neuvième jour, où l’homme a pris la place de Dieu, pouvant agir sur la Création, la détruisant ou la transformant à son gré par la science, particulièrement la biologie moléculaire. »

 

10« La quarantaine », J.M.G Le Clézio (1997)

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La quarantaine

J.M.G. Le Clézio,

Paris, Gallimard, 1997. 540 pages.

La Quarantaine est inspiré par une mésaventure vécue par son grand-père maternel. Le roman raconte l’histoire de deux frères, Léon et Jacques, qui, en rentrant en 1891 sur l’île Maurice, leur terre natale, à bord du navire l’Ava, sont contraints de vivre pendant plusieurs mois sur l’île Plate, avec la totalité des passagers, mis en quarantaine pour cause de cas de variole à bord.

Résumé :

« Que reste-t-il des émotions, des rêves, des désirs quand on disparaît ? L’homme d’Aden, l’empoisonneur de Harrar sont-ils les mêmes que l’adolescent furieux qui poussa une nuit la porte du café de la rue Madame, son regard sombre passant sur un enfant de neuf ans qui était mon grand-père ? Je marche dans toutes ces rues, j’entends le bruit de mes talons qui résonne dans la nuit, rue Victor-Cousin, rue Serpente, place Maubert, dans les rues de la Contrescarpe. Celui que je cherche n’a plus de nom. Il est moins qu’une trace moins qu’un fantôme.Il est en moi, comme une vibration, comme un désir, un élan de l’imagination, un rebond du cœur, pour mieux m’envoler. D’ailleurs je prends demain l’avion pour l’autre bout du monde. L’autre extrémité du temps. »

 

11″L’aveuglement », José Saramago (2000)

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L’aveuglement

José Saramango

Paris, Le Seuil, 2000. 384 pages.

Un homme perd soudainement la vue, bientôt suivi par d’autres cas inexpliqués. C’est le début d’une pandémie qui n’épargne personne. Mise en quarantaine, cette population privée de repères tente de survivre. Seule une femme n’a pas été frappée par la « blancheur lumineuse », la seule en mesure, peut-être, de sauver une humanité plongée dans les ténèbres.

Résumé :

Un homme devient soudain aveugle. C’est le début d’une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d’aveugles tentent de survivre à n’importe quel prix. Seule une femme n’a pas été frappée par la « blancheur lumineuse. » Saura-t-elle les guider hors de ces ténèbres désertées par l’humanité ?

 

12″Peste », de Chuck Palahniuk (Denoël, 2008)

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Peste

Chuck Palahniuk

Paris,  Denoël, 2008. 448 pages.

Dans un monde du futur proche, la population est divisée en deux groupes : l’un vit le jour, l’autre la nuit, selon un couvre-feu très strict.  Peste est un portrait brossé à plusieurs voix d’un personnage mystérieux, protéiforme insaisissable, Buster Casey, alias Rant, qui cherche par tous les moyens à se faire mordre, piquer, griffer… Tant et si bien qu’il finit par attraper la rage, qu’il s’empresse de refiler à tout le monde. …

Résumé :

Mais qui est donc Buster Casey, alias Rant ? Dans un futur où une partie de la population est  » diurne et l’autre – nocturne  » selon un couvre-feu très strict, Peste prend la forme d’une biographie orale faite de rapports contradictoires émanant de témoins qui ont connu le mystérieux Buster de près ou de loin. Garçon aux mœurs étranges, friand de morsures animales en tous genres pour certains, génial tueur en série ou répugnant individu pour d’autres, le véritable Buster Casey semble, au fil des récits, de plus en plus insaisissable et protéiforme. De quoi alimenter le mythe… Dans ce roman, sorte d’éloge funèbre chanté par un chœur constitué d’amis, de voisins, de policiers, de médecins, de détracteurs et d’admirateurs, Chuck Palahniuk explore les tréfonds de la vie moderne et dresse le portrait en creux d’une Amérique en mal de repères. Evangile subversif et grotesque ou le rire donne la réplique à l’horreur, Peste décrit un monde qui marche sur la tête, où la vie est à mourir d’ennui et la mort positive et créatrice.

 

13« Némésis », de  Philip Roth (2010)

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Némésis

Philip Roth

Paris, Gallimard, 2010. 272 pages

Newark, États-Unis, 1944. Une épidémie de polio sévit dans cette ville de près de 450 000 habitants. D’abord épargné, le quartier juif de Weequahic connait ses premiers malades, puis la propagation de l’épidémie. Bucky Cantor, 23 ans, vigoureux directeur du terrain de sports, continue à accueillir les enfants et fait face avec courage et sang-froid à l’apparition des premiers cas, des premiers morts, au deuil et à la douleur des familles. Cantor veut « bien faire », être un bon garçon, accomplir son devoir, d’autant plus qu’il se sent coupable de ne pas être au front avec ses camarades engagés dans les combats en Europe, à cause de sa mauvaise vue. Comme d’autres avant lui, Roth s’attaque avec Némésis à ce sujet propice à la dramaturgie : une communauté d’hommes face à un cataclysme qui les dépasse, et les sentiments qui en découlent : la peur, la culpabilité, la colère, la douleur, le désarroi, l’égoïsme.

Résumé :

C’est le long et chaud été de 1944 dans le quartier Weequahic de Newark. La plupart des jeunes hommes du pays sont engagés à l’étranger, mais Bucky Cantor, un muscle-bound, instructeur de 23 ans PE, est coincé à la maison à cause de ses yeux louches. Au lieu d’aider son pays dans la lutte contre Hitler, son travail pour l’été est de superviser le bien-être d’un groupe d’enfants, en tant que directeur de l’un des terrains de jeux de la ville. C’est à peine le rôle glorieux qu’il voulait pour lui-même, mais Bucky, qui a un sens profond de l’honneur, se rapproche de ses fonctions – du moins au début – avec un dévouement inlassable.

 

14″En un monde parfait », Laura Kasischke (2010)

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En un monde parfait

Laura Kasischke

Paris, Le Livre de Poche, 2011. 352 pages

La talentueuse auteure d’Esprit d’hiver (Bourgois, 2013) raconte ici l’histoire de Jiselle, trentenaire célibataire qui croit avoir trouvé le prince charmant avec Mark Dorn, un beau pilote, veuf et père de trois enfants. Elle accepte tête baissée, d’abandonner son travail d’hôtesse de l’air et d’épouser Mark. Mais le conte de fée tourne au cauchemar quand Mark la laisse de plus en plus souvent seule avec ses enfants peu bienveillants et qu’une mystérieuse épidémie frappe les États-Unis.

Résumé :

Lorsque Jiselle, hôtesse de l’air, rencontre le beau pilote Mark Dorn, veuf et père de trois enfants, cela ressemble au début d’un conte de fées. Le passé compliqué de Jiselle, ses sentiments confus envers son père et son désir de plaire la poussent dans les bras de Mark. Il l’épouse, lui permettant de démissionner et d’oublier les mille tracasseries quotidiennes de son travail (accrues depuis l’apparition de la grippe de Phoenix qui rendait les passagers plus nerveux et les allers-retours continuels plus complexes). Au bout de quelques semaines, Jiselle se retrouve dans une ville inconnue : elle emménage dans le chalet de Mark et commence une nouvelle vie avec trois beaux-enfants à sa charge.
Alors qu’elle s’évertue à gagner leur amour et à trouver sa place en tant que mère au foyer, Jiselle s’interroge sur la sincérité des sentiments de Mark à son égard. Elle s’inquiète des raisons pour lesquelles il l’a épousée et se demande s’il ne la considère pas plus comme une simple nounou que comme sa femme. En quelques mois, sa vie prend un tour dramatique. Jiselle a de plus en plus l’impression que les filles de Mark, avec lesquelles elle se trouve seule la plupart du temps, leur père étant souvent retenu en Allemagne, la détestent. La grippe de Phoenix, d’abord circonscrite à un périmètre maîtrisable, se transforme en épidémie et son quotidien devient une question de survie. Alors que les événements s’accélèrent autour d’elle, la vie que Jiselle pensait avoir choisie se trouve bouleversée. En effet, tandis que la mystérieuse maladie se répand rapidement à travers le pays, elle commence à se rendre compte que son mariage, ses beaux-enfants et leur monde parfait courent un terrible danger…
Mais Jiselle s’endurcit et reprend confiance en elle grâce à la tendre relation qu’elle parvient finalement à construire avec les enfants de Mark. Rassurée, elle se découvre une force intérieure qui lui donne la stature d’une véritable héroïne alors même que le monde semble s’écrouler autour d’elle.

 

15″Pandemia », Franck Thilliez (2015)  

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Pandmia

Franck Thilliez

Paris, Le Live de Poche, 2016. 648 pages

La France touchée par une épidémie de grippe qui tourne à la pandémie, sur fond d’attaque terroriste, par un maître du frisson.

Comme chaque matin, Amandine a quitté sa maison de verre pour les locaux de l’Institut Pasteur. Mais ce matin-là est particulier. Appelée pour des prélèvements à la réserve ornithologique du Marquenterre, la microbiologiste est déconcertée : trois cadavres de cygnes gisent sur une étendue d’eau.
En forêt de Meudon, un homme et son chien ont été abattus. Dans l’étang tout proche, un sac de toile contenant des ossements : quatre corps en kit.
Et pendant ce temps, une grippe à la souche non identifiable vire à l’épidémie et fauche jusqu’aux plus robustes du quai des Orfèvres, mettant à l’épreuve Franck Sharko et Lucie Henebelle…

Résumé :

Comme tous les matins, Amandine a quitté sa prison de verre stérile pour les locaux de l’Institut Pasteur. En tant que scientifique à la Cellule d’intervention d’urgence de l’Institut, elle est sommée, en duo avec son collègue Johan, de se rendre à la réserve ornithologique de Marquenterre pour faire des prélèvements sur trois cadavres de cygnes. Un sac avec des ossements est trouvé dans l’étang.

 

CONFINEMENT (temps de), CORONAVIRUS, EPIDEMIES, LITTERATURE, MALADIE, MALADIES

Epidémies et littérature

Epidémies et littérature, une inspiration contagieuse

Littérature-pandémies

A l’heure où la grippe A se propage à grande vitesse, avec une virulence certes relative, les œuvres de fiction sont riches d’enseignements quant aux réactions humaines et sociales en temps de pandémie.

Le choléra, la tuberculose, la syphilis et, plus récemment, le sida ont nourri la littérature. A l’heure où la grippe A(H1N1) se propage à grande vitesse, avec une virulence certes relative, les œuvres de fiction sont riches d’enseignements quant aux réactions humaines et sociales en temps de pandémie. La grippe elle, qu’elle soit saisonnière, aviaire ou porcine, n’a pas encore à proprement parler sa littérature. Mais pour ceux qui seraient touchés par le virus, contraints à un repos forcé, elle peut être une occasion réjouissante de plonger ou replonger dans de passionnantes lectures…

 

 

Œdipe roi (Ve siècle avant J.-C.), de Sophocle

Œdipe-Roi

Sophocle

Paris, Gallimard, 2005. 208 pages,

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C’est d’abord dans les tragédies grecques que la notion d’épidémie a pris sa dimension mythologique et littéraire. Dans Œdipe roi, Sophocle fait de la peste qui accable Thèbes le point de départ de la découverte par Œdipe de l’accomplissement de son destin. Face à l’épidémie qui ravage la ville, Œdipe mandate son beau-frère Créon auprès de l’oracle de Delphes, qui répond qu’il faut expulser l’assassin du roi Laïos, le père biologique d’Œdipe, afin de sauver la ville. « On doit, cette souillure nourrie sur le sol, la chasser/Du pays, ne pas nourrir l’inguérissable. » Suivant les conseils de l’oracle, Œdipe découvre qu’il est lui-même l’assassin de son père. Dans l’œuvre de Sophocle, la peste est non seulement le prétexte qui permet au destin d’Œdipe de se réaliser, mais aussi une métaphore de la violence, qui se répand dans la ville de façon contagieuse.

 

 

Les Animaux malades de la peste (XVIIe siècle), de Jean de La Fontaine

Les fables de La Fontaine : version intégrale

Jean de La Fontaine

Paris, Auzou, 2011. 420 pages.

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Des siècles plus tard, la peste de Thèbes est évoquée chez Jean de La Fontaine, dans « Les Animaux malades de la peste ». La Fontaine y fait référence à l’Achéron, le fleuve des Enfers, frontière du royaume des morts, qu’il faut payer pour traverser. La « peste » n’y est prononcée qu’au quatrième vers, à demi-mot – « La peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom) » – après avoir été décrite comme « Un mal qui répand la terreur/Mal que le ciel en sa fureur/Inventa pour punir les crimes de la terre ». Afin de sauver son peuple de la peste, le roi propose le sacrifice du « plus coupable ». C’est l’âne, le plus naïf, qui est finalement condamné par excès d’honnêteté. L’épidémie fait ici écho à un univers politique corrompu : « Selon que vous serez puissant ou misérable,/Les jugements de la Cour vous rendront blanc ou noir ». Dans cette fable sans illusion, la peste est l’allégorie d’un climat de mensonge, de calculs et d’hypocrisie.

 

Le Théâtre et la Peste (1938), d’Antonin Artaud

Le Théâtre et son double / Le Théâtre de Séraphin (Français) Poche – Antonin Artaud

Paris, Folio, 14 mai 1985. 251 pages.

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Dans ce texte publié dans Le Théâtre et son double, Antonin Artaud fait de la peste une force positive. L’épidémie devient ici rédemption, en provoquant chez le malade l’effondrement de ses repères. En ce sens, l’expérience théâtrale est assimilable à la peste. « De même que la peste, le théâtre est fait pour vider collectivement des abcès », pour dénouer les crises, « par la mort ou la guérison ». Saint-Augustin avait lui aussi comparé le théâtre à la peste, jugeant que la différence entre les deux était que l’un s’attaque au corps et l’autre aux mœurs. Artaud précise quant à lui que « le théâtre, comme la peste, […] dénoue des conflits, dégage des forces, déclenche des possibilités et si ces possibilités et ces forces sont noires, c’est la faute non pas de la peste ou du théâtre, mais de la vie ». Ainsi, le théâtre et la peste sont la révélation « d’un fond de cruauté latente » chez l’homme, mais n’en sont pas la cause.

 

 La Peste (1947), d’Albert Camus

La Peste

Albert Camus

Paris, Gallimard, 1972.  288 pages.

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Dans cette œuvre magistrale, Camus fait de la maladie qui met sens dessus dessous la cité algérienne d’Oran une allégorie de la guerre. Publié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le texte fait clairement référence à l’horreur des camps nazis. Dans les descriptions des enterrements à la chaîne, des fosses communes, des cadavres transportés au crématoire à l’aide de tramways détournés, l’univers concentrationnaire est très présent. Le texte interroge les réactions humaines face à l’assaut du mal, rappelant que les épidémies, comme les guerres, réveillent les instincts les plus primitifs de l’être humain. Dans ce roman, certains s’acharnent à combattre l’épidémie et sauver les malades, d’autres s’enfuient, voire tentent de tirer profit de la pagaille provoquée par la maladie.

  

L’Amour au temps du choléra (1985), de Gabriel Garcia Marquez

L’Amour au temps du Choléra

Gabriel Garcia Marquez

Paris, Le Libre de Poche, 1972. 479 pages.

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Les maladies contagieuses sont au cœur de l’œuvre littéraire du Colombien Gabriel Garcia Marquez. « J’ai toujours aimé les épidémies », affirmait-il dans un entretien au Monde en 1995, citant la peste de La Mala Hora (1961), « l’épidémie de l’oubli » dans Cent ans de solitude (1967) et le choléra de L’Amour au temps du choléra (1985). Bien que la maladie ne soit pas le sujet central de ce dernier roman, qui narre une histoire d’amour sous les tropiques, elle constitue une trame de fond et sert d’allégorie. Florentino Ariza s’enamoure de la belle Fermina Daza, à une époque tourmentée par les plaies. Mais la main de Fermina revient à Juvenal Urbino, jeune docteur qui s’emploie à lutter contre l’épidémie. L’amour non consumé de Florentino Ariza croît au fil des années au point de secouer le « malade » comme le ferait le choléra. Tel un virus, la passion amoureuse attaque son corps sans que Florentino ne parvienne à l’en extirper. Chez Garcia Marquez, comme chez Artaud, la notion d’épidémie est vue de façon positive, comme une force permettant à des sentiments extraordinaires de se développer. Et si la peur et la méfiance vis-à-vis de l’autre, porteuses probables de la maladie, sont aussi évoquées, ce n’est que pour mieux souligner la façon dont l’amour peut surgir d’un sombre décor.

 

 Angels in America (1991), de Tony Kushner

Angels in America

Tony Kushner

Paris, Avant-Scène Théâtre, 2007. 283 pages

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Les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix ont été marquées par la montée en puissance du virus du sida. L’occultation de la maladie, individuelle, mais aussi collective, est au cœur de la pièce Angels in America de Tony Kushner. Cette fresque en deux parties met en scène une dizaine de personnages dans le New York des années Reagan. Homosexualité, maladie et corruption politique se croisent dans une œuvre qui mêle surréalisme et ancrage dans la réalité sociale de l’Amérique des années quatre-vingt. Un des personnages principaux, Roy Cohn (inspiré d’un conseiller du sénateur Joseph McCarthy qui a réellement existé), est un ambitieux avocat gay qui nie son homosexualité. « Je ne suis pas un homosexuel mais un hétérosexuel qui couche avec des hommes, dit-il. Comment un homme [de ma trempe] pourrait-il appartenir à une communauté qui n’a aucun poids politique ? » Découvrant qu’il est atteint du sida (il parle d’un « cancer du foie »), il use de ses influences politiques pour obtenir le traitement par AZT alors en vogue, disponible seulement auprès de quelques privilégiés.

Cohn a une vision très utilitariste de sa relation aux autres. Ses amis vont et viennent, les relations sont jetables, vite établies, vite remplacées. Voyant tant de vies écrasées par la maladie, Roy Cohn refuse de s’attacher aux autres. L’épidémie de sida devient alors synonyme d’individualisme. Lorsqu’un autre personnage, Prior, annonce à son partenaire Louis sa maladie, ce dernier le quitte. La brutalité des relations exposées dans Angels in America est toutefois atténuée par la tendresse de quelques personnages : un infirmier transsexuel qui soutient son ami dans l’épreuve de la maladie, une mère mormone qui se fait violence pour accepter l’homosexualité de son fils, et surtout, les anges, fidèles accompagnateurs des personnages dans leur fuite en avant.

 

https://www.lemonde.fr/epidemie-grippe-a/article/2009/09/11/epidemies-et-litterature-une-inspiration-contagieuse_1237724_1225408.html

 

 

 

 

CHINE, CORONAVIRUS, EPIDEMIES, MALADIE, MALADIES, WUHAN, LA VILLE DU CORONAVIRUS, WUNAN (Chine)

Wuhan, la ville du corinavirus

Wuhan est bien plus que la ville du coronavirus

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Le lac de l’Est, dans l’arrondissement de Wuchang à Wuhan. | White.RainForest ∙ 易雨白林. via Unsplash

Au-delà de l’épidémie et la quarantaine, Wuhan dit beaucoup de choses de la Chine d’hier et d’aujourd’hui.

 

武汉, lisez Wuhan, est au cœur de l’actualité depuis que la ville est devenue malgré elle la plus grande zone de confinement de l’histoire de l’humanité. Beaucoup ont attendu cette épidémie pour apprendre à placer Wuhan sur une carte, alors même que la capitale de la province du Hubei compte plus d’habitant·es que Paris (11 millions) et qu’elle est le berceau de nombreux mouvements révolutionnaires en Chine.

Wuhan naît en 1927 de la fusion de trois villes: Wuchang, Hankou et Hanyang, devenus ses quartiers historiques. À l’origine, il s’agissait d’une cité de petits marchands et de dockers, essentiellement basée autour du fleuve Yang-Tsé (长江) et de son affluent, la rivière Han (汉江). Elle est aujourd’hui devenue un carrefour central du transport de marchandises en Chine.

 

Le soulèvement de Wuchang

Au XXe siècle, Wuhan s’est souvent retrouvée au cœur de l’histoire chinoise. Elle est notamment le terrain de la révolte contre la dynastie Qing. À l’automne 1911, la population est agitée par une crise politique touchant les services ferroviaires; les mouvements révolutionnaires souterrains se multiplient.

Le 10 octobre, le soulèvement de Wuchang est le premier rouage de la chute d’un empire vieux de cinq millénaires. Deux groupuscules mènent une attaque contre le vice-roi résidant à Wuchang: 500 soldats de l’empire sont tués, presqu’autant sont capturés et les révolutionnaires s’emparent de la ville.

Très vite, les militaires se joignent au mouvement et la province de Hubei ne reconnaît plus l’autorité des Qing. Les autres provinces sont invitées à suivre le mouvement. Un an plus tard, l’empereur abdique.

Depuis, le «double dix», soit le dixième jour du dixième mois, est célébré en souvenir du premier soulèvement comme la fête nationale chinoise, l’équivalent de notre 14-Juillet français.

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Le mémorial du soulèvement de Wuchang à Wuhan. | Vmenkov via Wikimedia Commons

 La guerre de résistance

Si vous avez joué au jeu vidéo Hearts of Iron IV, sorti en 2016, vous connaissez sans doute un peu mieux l’un des autres épisodes les plus importants de l’histoire de Wuhan.

En 1937, l’Allemagne succombe au nazisme, l’Europe sera bientôt un champ de bataille. À l’autre bout du monde, la Chine tente de contrer la progression de l’armée impériale japonaise sur son territoire. C’est la seconde guerre sino-japonaise, que les Chinois·es appellent guerre de résistance (中国抗日战争).

Pékin, Tianjin, Nanjing et Shanghai tombent et le gouvernement est forcé de se retirer à Wuhan, la transformant pour la seconde fois en capitale temporaire de la Chine.

Le 11 juin 1938, l’armée impériale japonaise lance une attaque contre la capitale du Hubei et essuie un premier revers. Les combats durent quatre mois. Finalement, les forces nippones pénètrent dans la ville, après la probable utilisation d’armes chimiques.

Cette bataille marque l’histoire, puisqu’elle permet de stopper un temps les troupes impériales, jusqu’alors perçues comme inarrêtables.

Dans le jeu vidéo Hearts of Iron IV, la bande-son utilisée pour l’événement, une marche militaire chinoise, héroïque et entraînante, a d’ailleurs récemment reçu beaucoup de nouveaux commentaires sur YouTube: «Quand tu construis un hôpital en dix jours»«Quand tu es le seul à Wuhan à ne pas avoir été infecté et que tu vois les autres se diriger vers toi».

 

La seconde libération

Petit bond dans le temps, nous voilà en 1967, la Chine est en pleine Révolution culturelle; une partie de la jeunesse chinoise alimente les rangs des gardes rouges et obéit aux ordres de Mao Zedong.

Ce dernier entend relancer l’esprit révolutionnaire, purger le pays des éléments impurs et le débarrasser des «quatre vieilleries»: vieilles idées, vieilles cultures, vieilles coutumes et vieilles habitudes.

Wuhan, à elle seule, compte cinquante-quatre groupes de gardes rouges s’opposant pour déterminer lequel d’entre eux représente la vraie gauche révolutionnaire. Les deux principales factions, le Million de héros, composé de membres du Parti communiste et appuyé par l’Armée populaire de libération, et le Quartier général des travailleurs de Wuhan, s’affrontent dans la capitale.

Progressivement, la lutte gagne en violence. «Pendant une réunion au parc de Jianghan, Li [un chef du Million de héros] a dit: “Notre but aujourd’hui, c’est de tuer tout le monde dans les trois quartiers de Wuhan.” […] Après être arrivés, j’ai tué cinq gamins avec mon shuriken. Tuer un jeune gamin rapporte 20 yuan. Tuer un membre de “l’équipe de combat”, 50 yuan», peut-on lire dans l’ouvrage La Dernière Révolution de Mao de Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals.

Pour mettre un terme aux tueries, Pékin exige le retrait du soutien de l’armée au Million de héros, mais le général concerné refuse. Mao Zedong tente un déplacement secret pour régler la situation, ce qui pousse le général à rédiger son autocritique. Déçus, les soldats se rebellent, agressent et enlèvent deux émissaires de Pékin, secourus in extremis quelques jours plus tard.

À la fin du mois de juillet 1967, le Million de héros est démantelé, le général est emprisonné et les rebelles célèbrent la «seconde libération de Wuhan».

L’incident de Wuhan, comme il sera appelé par les historien·nes, est considéré comme un tournant de la Révolution culturelle, puisqu’il marque le premier refus des militaires de se soumettre au gouvernement.

 

La scène punk

Peut-être la plus belle scène de Wuhan, et la moins connue de toutes, n’est-elle pas à chercher sur les rives millénaires du Yang-Tsé mais dans le monde souterrain de la musique underground: pour les fans de musique et les spécialistes du centre de la Chine, Wuhan est avant tout la capitale du punk chinois.

Autour de la figure emblématique de Wu Wei et de son groupe SMZB (生命之饼, «le pain de la vie») s’est structurée ce qui est aujourd’hui considérée comme la plus importante scène punk du pays, qui a donné naissance à de nombreuses formations telles que Si Dou Le (死逗了), MUM (妈妈), Angry Dog Eyes, Big Buns, etc.

Pour l’ethnomusicologue Nathanel Amar, la chanson «Scream for Life» de SMZB exprime «en sept strophes le projet que s’est donné le punk chinois depuis ses débuts: parler –ou hurler– pour ceux qui ne peuvent pas, et toujours dire la vérité. La parole portée par ces punks est indissociable d’une lutte, contre la censure, contre les conditions de vie en Chine contemporaine et contre le Parti communiste chinois, insulté à chaque concert et à chaque chanson».

Nathanel Amar a consacré sa thèse à la scène punk de Wuhan, dans laquelle il raconte cette culture underground, indépendante du pouvoir et qui ne peut exister que dans l’illégalité.

En Chine, la musique punk est peut-être l’une des dernières musiques ouvertement contestataires du régime communiste en place. Au travers de leurs textes très souvent composés en anglais, les groupes n’hésitent pas à dénoncer les vices de la société chinoise moderne, à l’image de la chanson «E.I.S.V» de P-Town (皮通, groupe de Hefei):

«When I was sixteen I feel / Quand j’avais 16 ans je sentais
There must be something wrong / Que quelque chose n’allait pas
The rich man pissing on my face / Le mec riche qui me crachait au visage
The government stand for him / Le gouvernement le soutenait»

Dans la capitale du Hubei, en ces temps de confinement, c’est une chanson de SMZB, «Wuhan, Wuhan» (大武漢貼採樣), qui résonne haut et fort chez les fans du genre, comme un hymne de résistance face à la tragédie et d’amour pour la capitale du punk:

«She will be beautiful, she will get freedom / Elle sera magnifique, elle sera libre
It won’t be like a prison here forever / Ce ne sera pas une prison pour toujours ici
Break the darkness, there will be no more tears / Sortons de l’obscurité, il n’y aura plus de larmes
A seed has been buried in my heart / Une graine a été planté dans mon cœur
Here is a punk city –Wuhan! / Ceci est une ville punk –Wuhan!»

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Le groupe SMBZ. | Avec l’autorisation de Nathanel Amar

 

Les rè gān miàn

Lorsque certain·es scientifiques ont avancé que le virus était passé de l’animal à l’homme dans l’enceinte du marché aux fruits de mer de Wuhan, où des animaux sauvages sont vendus à la découpe, la révélation est venue entacher l’une des autres scènes de la ville de Wuhan, cette fois-ci culinaire, au premier rang de laquelle on retrouve un plat de nouilles emblématique, les 热干面 (rè gān miàn) –dont voici une recette.

Tout et n’importe quoi a été dit sur la cuisine et les habitudes alimentaires de la population chinoise dans la couverture médiatique de l’expansion du coronavirus. En jouant à la fois sur une méconnaissance totale de la cuisine asiatique et le fantasme d’un exotisme conjugué à un racisme ordinaire, les médias et réseaux sociaux se sont quelque fois reposés sur des illustrations (parfois honteusement détournées) de marchés chinois où l’on pouvait voir divers animaux morts juxtaposés, amenant les personnes plus zélées à colporter l’idée que les Chinois·es mangeraient des chauves-souris.

D’après Suki, une jeune Wuhanaise poursuivant ses études au Canada, les habitant·es de la capitale du Hubei sont «très attentifs à leur petit déjeuner». Dès l’aube, les restaurants préparent les rè gān miàn, que la population locale s’empresse d’avaler avant de partir travailler.

Ce plat de nouilles, à première vue très simple, représente à lui seul les saveurs de Wuhan et est devenu l’improbable ambassadeur de la ville. La légende dit que dans les années 1930, un petit restaurateur, Bao Li, aurait involontairement fait tomber de la pâte de sésame et des légumes marinés dans ses nouilles, qu’il aurait ensuite vendues. Devant un succès inattendu, il leur donna le nom de 热 (, «chaud») 干 (gān, «sec») 面 (miàn, «nouilles»).

Depuis, ce plat rapide à réaliser et économique a fait la renommée de Wuhan. Le célèbre Quotidien du peuple les classa même dans le Top 5 des meilleures nouilles de Chine.

La cuisine de Wuhan et plus largement du Hubei fait l’unanimité auprès de celles et ceux qui l’ont déjà testée, et elle s’exporte désormais aux quatre coins du monde grâce à la diaspora, qui ouvre de nombreux restaurants.

Les cous de canard (yabo, 鸭脖) font également partie des snacks très appréciés par la population wuhanaise. Très relevé en goût, ils redonnent de la noblesse à une partie du canard qu’on laisse souvent de côté et se dégustent à n’importe quelle heure de la journée. Mais attention: ils n’ont rien à voir avec la fameuse recette de cous de canards que l’on connaît bien dans le sud de la France.

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http://www.slate.fr/story/187995/chine-wuhan-ville-coronavirus-histoire-soulevement-wuchang-guerre-resistance-seconde-liberation-musique-punk-cuisine-reganmian#xtor=

BERNARDIN DE SIENNE (saint ; 1380-1444), CORONAVIRUS, EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Aix-en-Provence), EPIDEMIES, MALADIE, MALADIES, PAROISSE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Bouches-du-Rhône), PEINTURE, PESTE, ROCH DE MONTPELLIER (saint ; 1295-1327)

Saint Roch, saint Bernardin de Sienne et saint Sébastien… et la peste : tableau en l’église Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Saint Roch, Saint Bernardin de Sienne et Saint Sébastien…. trois saints que la peste réunit.

 

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Saint Roch , Bernardin de Sienne et Saint Sébastien
Florence , XIV°

Si saint Roch et saint Sébastien sont invoqués lors des épidémies, il faut souligner que saint Bernardin de Sienne fut touché par la peste en 1411 ; malade de la peste à Sienne il affronta la maladie « avec une fermeté sereine et une conscience claire de la pureté de sa vie » et une fois guérit il reprit ses prédications à travers l’Italie.

C’est donc le thème de la peste qui réunit ces trois saints dans un même tableau pour évoquer une même épidémie : la peste qui à cette époque faisait d’immenses ravages dans la population. Quand la science est impuissante pour guérir les maladies du corps les hommes se tournent vers les saints pour y puiser la force de surmonter l’épreuve mais surtout pour espérer la guérison.

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Saint Roch de Montpellier

Saint Sébastien

Saint Bernardin de Sienne

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Prières d’intercession

 

Prière à saint Roch en cas d’épidémie

Roch, laïc pèlerin en Europe,

Pestiféré, emprisonné,

Toi qui guérissais les corps

Et amenais les hommes à Dieu,

Intercède pour nous

Et préserve-nous des misères

Du corps et de l’âme

 

 Prière à Saint Sébastien

Saint Sébastien écoute ma prière et présente là au Seigneur. Tu as été attaché et percé de flèches, mais ton corps inerte a été remis en vie.

Obtiens moi une nouvelle vigueur dans mes membres qui ne peuvent bouger, rends fermes mes pas sur les chemins que Dieu a tracé.

Saint Sébastien, mon âme est bouleversée et toute ma force m’a abandonné. Les flèches t’ont fait perdre du sang, mais pas la Foi.

Ne m’abandonne pas et aide-moi à garder l’espérance dans le Seigneur et la volonté de guérir.

Amen

CORONAVIRUS, GUERIR AVEC LES SAINTS, MALADIE, MALADIES, PRIERE, PRIERES, ROCH (saint ; 1350-1380), SEBASTIEN (saint ; 256-288)

Guérir avec les saints

 Guérir avec les Saints

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Saint Sébastien (256-288)

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Saint Sébastien (256-288)

Fêté le 20 Janvier

Lieux de culte en Normandie.

Saint Sébastien de Raids(Canton de Périers 50).

Mantilly (Canton de Passais la conception 61).

Nom.

D’origine grecque, signifie « Vénérable »

Iconographie.

Deux scènes dominent l’iconographie:

Sébastien est percé de flèches. et celle (moins courante) des soins apportés par Iréne. (Souvent représentés par Georges de La Tour « Saint Sébastien soigné par Iréne« )

Patronages.

Il est le patron des athlétes.

des archers.

des prisonniers.

des employés des pompes funébres.

des arquebusiers

des soldats.

Dictons.

A la Saint-Sébastien, l’hiver reprend ou se casse les dents.

 

Sa vie /Histoires/Légendes

Il est sans doute l’un des plus célèbres martyrs romains.

Un récit du V° siècle raconte sa vie et son martyr.

Sébastien, citoyen de Narbonne, élevé à Milan, est un soldat apprécié des empereurs Dioclétien et Maximien, qui lui confient le commandement de la première cohorte prétorienne, ignorant qu’il est chrétien. L’officier a en effet dissimulé sa foi afin de pouvoir mieux réconforter ceux qui sont promis au martyr. C’est ainsi qu’il exhorte à la fermeté les deux frères jumeaux Marcus et Marcellianus et, ce faisant, parvient à convertir aussi, par la parole et les miracles, tout leur entourage : les parents, le geôlier, sa femme, ses frères… En tout soixante-huit personnes recevront le baptême ! Le préfet Agrestius, voyant les miracles que provoquent ces conversions, finit par détruire les idoles qu’il adorait, pour se tourner vers le vrai Dieu… et obtenir la guérison ! C’est l’époque où Dioclétien et Maximien déclenchent une vaste persécution contre les chrétiens. Dioclétien accuse Sébastien d’avoir trahit sa confiance. Bien que Sébastien rappelle qu’il a toujours prié Dieu pour le salut de Rome, l’empereur ordonne de le percer de flèches, jusqu’à ce qu’il en soit criblé « comme un hérisson de ses piquants ». Après le supplice, Irène, une veuve pieuse, va prendre le corps pour l’ensevelir, mais constatant qu’il est encore vivant, le ramène chez elle pour le soigner. Guéri, Sébastien se place sur le chemin de l’empereur Dioclétien, afin de lui prouver que ce sont les prêtres païens qui accusent à tord les chrétiens. Ces derniers ne cessent de prier pour la sauvegarde de l’Empire. Arrêté, Sébastien est battu à mort et son corps est jeté dans l’égout principal de la ville. L’officier apparaît en songe à Lucine, une chrétienne, lui indique où elle trouvera son corps, et où elle aura à l’ensevelir.

 

Intercessions.

Invoqué contre la poliomyélite.

Contre la paralysie

Contre les maladies contagieuses.

Contre les fièvres.

Contre la peste

(Vénéré comme un saint efficace contre la peste, au même titre que saint Roch, saint Antoine, saint Adrien et saint Christophe. Cette vénération vient de l’efficacité d’une procession avec des reliques de Sébastien qui mit fin à une peste à Rome en 680. Invoqué à Pavie pour les mêmes causes, il obtient le même miracle. Les grandes épidémies du Moyen-Age entraînent une renaissance de cet aspect du culte de Sébastien.)

 

 

Prière à Saint Sébastien

Saint Sébastien écoute ma prière et présente là au Seigneur. Tu as été attaché et percé de flèches, mais ton corps inerte a été remis en vie.

Obtiens moi une nouvelle vigueur dans mes membres qui ne peuvent bouger, rends fermes mes pas sur les chemins que Dieu a tracé.

Saint Sébastien, mon âme est bouleversée et toute ma force m’a abandonné. Les flèches t’ont fait perdre du sang, mais pas la Foi.

Ne m’abandonne pas et aide-moi à garder l’espérance dans le Seigneur et la volonté de guérir.

Amen

 

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 Saint Roch (1350-1380)

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Fêté le^16 Août

Nom et iconographie

D’origine germanique signifie: »incertain »

On le représente habillé en pèlerin,une plaie sur la cuisse ;un chien se tient prés de lui,avec un morceau de pain .

 

Patronages.

des chirurgiens

des fossoyeurs

des pharmaciens

des pèlerins

des voyageurs

des invalides

des prisonniers.

 Dictons.

Connaissez-vous l’origine du proverbe: «C’est saint Roch et son chien» pour désigner deux personnes inséparables?

Intercessions.

Invoqué contre la peste, invocation un peu désuette aujourd’hui bien sûr, mais on peut se placer sous sa protection: lorsqu’on craint une épidémie, ou une contagion.

Pour se prémunir ou soigner les malades incurables.

Contre les rhumatismes, et les problèmes aux genoux.

Il intercède aussi pour aider à maigrir.

 

 

Prières 

Prière en cas d’épidémie

Roch, laïc pèlerin en Europe,

Pestiféré, emprisonné,

Toi qui guérissais les corps

Et amenais les hommes à Dieu,

Intercède pour nous

Et préserve-nous des misères

Du corps et de l’âme

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Coronavirus : Roch, le saint à invoquer contre les épidémies

 

Alors que l’épidémie de coronavirus semble prendre des proportions difficilement contrôlables dans le monde entier, les chrétiens peuvent se tourner vers saint Roch pour prier. Depuis le Moyen Âge et les pestes dévastatrices, c’est lui qui est invoqué comme protecteur des épidémies.

Saint Roch est le saint le plus invoqué, dès le Moyen Âge, comme protecteur contre le terrible fléau de la peste, et sa popularité est toujours aussi grande, notamment en Asie en ce moment, d’après les témoignages de missionnaires sur place. Sa protection s’est progressivement étendue au monde agricole, aux animaux, aux grandes catastrophes telles que les tremblements de terre, les épidémies et les maladies très graves. De façon plus récente, sa protection est également un exemple de solidarité humaine et de charité chrétienne, sous le signe du bénévolat.

Une vie auprès des pestiférés

Saint Roch était le fils d’un gouverneur de Montpellier. Ses parents, âgés, obtinrent sa naissance par de persévérantes prières, se promettant de donner à Dieu l’enfant qu’il leur accorderait. À la mort de ses parents — il a 20 ans — il décide alors de vendre ses biens, de se faire pauvre du Christ à l’exemple de saint François d’Assise. Il entre dans le Tiers-Ordre, et, vêtu en pèlerin, il prend le chemin de Rome, en demandant l’aumône. La peste sévissant en Italie, il se dévoue aux soins des pauvres pestiférés et il obtient beaucoup de guérisons.

Atteint à son tour de la maladie, et de retour à Montpellier, il est mourant et se retire dans une cabane dans les bois où un chien va lui apporter chaque jour un petit pain. D’où sa représentation dans l’histoire de l’art avec un chien à ses côtés. Miraculeusement guéri, il réapparait à Montpellier sans donner son identité et, considéré comme espion, il est mis en prison. Il y meurt au bout de cinq ans après avoir reçu les sacrements en révélant alors sa véritable identité au prêtre.

Peu de temps après sa mort, son culte devient très populaire en Italie, en France puis dans toute l’Église. Saint Roch est le protecteur notamment invoqué lors des épidémies de peste, depuis le concile de Ferrare, après les graves ravages de ce mal venu d’Orient et transmis par les marins, en particulier à Venise, Marseille, Lisbonne, Anvers et en Allemagne… Il est fêté le 16 août.

 

Voici une petite prière d’intercession à saint Roch :

Roch, laïc pèlerin en Europe,
Pestiféré, emprisonné,
Toi qui guérissais les corps
Et amenais les hommes à Dieu,
Intercède pour nous
Et préserve-nous des misères
Du corps et de l’âme.

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EPIDEMIES, HISTOIRE, LES EPIDEMIES AU COURS DES SIECLES, MALADIE, MALADIES

Les épidémies au cours des siècles

Terribles épidémies

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Entre la peste et le choléra

Peste bubonique, grippe espagnole, choléra ou Sida… ces termes nous font frémir à leur évocation car ils résonnent en nous comme synonymes de mort brutale.

De locales, ces épidémies peuvent se transformer en pandémies, avec une portée intercontinentale ou mondiale. Elles sont devenues de plus en plus mortelles au fil de l’Histoire, facilitées par la densification des territoires et les déplacements de populations, et laissant des traces durables dans les corps, les esprits et les mœurs.

La première épidémie dont il nous reste une trace est la « peste d’Athènes » qui a ravagé la Grèce de 430 à 426 av. J.-C. et aurait causé la mort de dizaines de milliers de personnes, dont le stratège Périclès en personne. Rapportée par l’historien Thucydide, cette épidémie reste un mystère pour les scientifiques qui continuent d’en chercher la cause. On a d’abord pensé qu’il s’agissait du typhus mais des recherches récentes penchent pour une fièvre typhoïde…

Une chose est sûre : l’histoire des épidémies continue de s’écrire…

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Le plus grand fléau, la peste

 

La plus ancienne et la plus effroyable des pandémies demeure la peste, qui a sévi en Eurasie pendant près de deux mille ans et causé plus de victimes que les pires des conquérants.  Elle a été repérée pour la première fois dans le bassin méditerranéen en 541-542, au temps des rois mérovingiens et de l’empereur Justinien. Par ses ravages brutaux, en particulier à Byzance et au Proche-Orient, elle a ruiné les efforts de Justinien pour restaurer la grandeur romaine.

Chaque année ou presque, depuis lors, elle a prélevé son lot de victimes dans la population de l’empire, affaiblie par la misère et l’insécurité propres aux temps barbares. Puis, à partir de 767, au temps de Charlemagne, les chroniques occidentales en ont perdu la trace… mais elle est restée endémique en Orient, en Inde et en Chine.

Sous sa forme bubonique (avec apparition de « bubons » ou tumeurs à l’aine), la peste a fait sa réapparition en 1320 en Mongolie. En 1344, les Mongols assiègent la ville de Caffa (aujourd’hui Féodossia, en Crimée) et envoient des cadavres contaminés par-dessus les murailles. Des marins génois arrivent à fuir la ville mais en emportant avec eux le terrible bacille. En accostant à Marseille le 1er novembre 1347, ils vont ouvrir au fléau les portes de l’Occident.

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L’épidémie se développe d’autant mieux et plus vite que la population est épuisée. Après trois siècles d’expansion démographique, l’Europe est saturée d’hommes que les sols peinent à nourrir. Les disettes, famines et « chertés » se font plus fréquentes et à ces pénuries alimentaires s’ajoute la guerre entre Français et Anglais.

Les Européens croient au début que les miasmes de la peste se répandent par voie aérienne. Aussi n’ont-ils rien de plus pressé, lorsque l’épidémie atteint une ville, que de fuir celle-ci.

Le poète Boccace raconte cela dans le Décaméron, son recueil de contes écrit après que Florence a été atteinte par l’épidémie de 1347. Ce que ses contemporains ignorent, c’est que la fuite est la pire attitude qui soit car elle a pour effet d’accélérer la diffusion de l’épidémie.

La « Grande Peste » ou « Peste noire » va ainsi tuer en quelques mois jusqu’à 40% de la population de certaines régions, ressurgissant par épisodes ici ou là. En quatre ans, 25 à 40 millions d’Européens vont en mourir. Par milliers, des villages sont désertés. Les friches, la forêt et les bêtes sauvages regagnent le terrain perdu au cours des deux siècles précédents qui avaient vu les campagnes se développer et se peupler à grande vitesse…

La Chine n’est pas épargnée. La dynastie des Yuan, fondée par les Mongols, disparaît en 1368, peu avant que meure son dernier empereur, Toghon Teghur, non de la peste mais de la dysenterie. Les itinéraires commerciaux reliant l’Europe au reste du monde deviennent les grand-routes mortelles de la transmission de la peste noire. Ils seront remplacés au siècle suivant par des routes maritimes.

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Peste bubonique, peste pulmonaire

La peste proprement dite est de deux sortes. On distingue :
• La peste bubonique avec des pustules qui se nécrosent et des bubons dans le cou, des accès de fièvre, des vertiges et des délires, et néanmoins quelques guérisons quasi-miraculeuses,
• La peste pulmonaire, occasionnée par la présence du bacille dans la salive et entraînant une mort inéluctable dans les trois jours.

La variole, une arme de conquête ; la syphilis, un prêté pour un rendu

Également très meurtrière, la variole a régulièrement frappé les Eurasiens…

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Cette maladie infectieuse d’origine virale qui se manifeste par l’apparition de pustules (d’où son nom, dérivé du latin varuspustule) fut responsable de dizaines de milliers de morts par an rien qu’en Europe avant que ne soit mise au point la vaccination au XVIIIe siècle (la descendance du roi Louis XIV a ainsi été décimée par la variole en 1712).

Mais elle figure aussi en tête des armes de destruction massive ! Quand Christophe Colomb aborda en effet dans le Nouveau Monde, il apporta sans le savoir le virus de la variole aux Indiens qui ne bénéficaient d’aucune immunité, à la différence des Eurasiens, accoutumés à la côtoyer.

Azteques

En quelques décennies, selon les estimations de l’historien et démographe Pierre Chaunu, les neuf dixièmes des 80 millions d’Amérindiens en sont morts. Le conquistador Hernan Cortès, en 1520, fut lui-même servi par le virus quand il fit le siège de Tenochtitlan, capitale de l’empire aztèque, car la variole fauchait déjà les habitants plus sûrement que ses arquebusiers.

Mais en échange du virus, les Amérindiens allaient transmettent aux Espagnols une maladie vénérienne bactérienne contre laquelle ils étaient eux-mêmes immunisés, la syphilis, jusque-là inconnue dans le Vieux Monde. Le capitaine Martin Alonzo Pinzon, compagnon de Christophe Colomb, en fut en 1493 la première victime européenne.

 

La syphilis allait dès lors contaminer en un temps record la péninsule italienne, profitant de la guerre entreprise par le roi de France, Charles VIII, le 25 janvier 1494, première des guerres d’Italie. Cela lui valut d’être surnommée le « mal de Naples » par les Français… et « morbo gallico » ou mal gaulois, par les Italiens. Au XVIe siècle, la maladie poursuivit sa course dans tout le Vieux Monde et atteint Canton, en Chine du sud, dès 1511, à peine plus de quinze ans après son introduction en Europe.

La syphilis se manifeste chez les hommes par l’apparition d’un chancre sur les parties génitales puis, dans une phase secondaire, par une éruption sur tout le corps, enfin par une paralysie mortelle du cerveau, du cœur ou de l’aorte. Chez les femmes, la maladie peut se développer sans qu’on y prenne garde du fait de l’absence de chancre au stade primaire. Au stade secondaire, elle se manifeste par l’apparition de pigmentations autour du cou…

La syphilis a sévi pendant près de cinq siècles en Europe, jusqu’à la découverte de la pénicilline.

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Le grand retour de la peste

À la Renaissance, les recherches scientifiques ont permis de mieux cerner les causes des épidémies et d’y répondre avec plus d’efficacité que par  le passé. C’est ainsi que l’Italien Jérôme Fracastor a suggéré une contagion de la peste d’homme à homme ou d’animal à homme (et non par voie aérienne comme on le croyait).

On a donc entrepris d’isoler les villes et les régions contaminées avec des soldats. Cette technique dite de la « ligne » fut appliquée pour la première fois en Catalogne en 1478 et peu à peu perfectionnée par les Espagnols avec un réel succès : l’armée coupait les communications et tirait à vue sur les personnes qui tentaient de passer !

Cela n’empêcha pas la peste de faire son retour en Europe et de tuer encore quelques centaines de milliers de personnes, en 1575 puis en 1630 à Venise, l’une des cités les plus opulentes d’Europe, en 1628-1631, dans plusieurs villes françaises, de Toulouse à Dijon, en 1656, à Naples, en 1720 enfin à Marseille en 1720. C’est la dernière manifestation du fléau en Europe.

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Après la peste, le choléra

Au XIXe siècle, le Bengale a « offert » à l’humanité pas reconnaissante du tout une nouvelle maladie pandémique, le choléra.

Strictement limité à l’espèce humaine, le choléra est provoqué par une bactérie qui vit dans l’eau, sévit de manière persistante dans le delta du Gange. Cette bactérie attaque l’intestin et provoque diarrhées, vomissements et nausées.

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Le développement des échanges commerciaux a contribué à sa dissémination, à l’est vers la Chine et le Japon, à l’ouest vers l’Afghanistan, l’Iran, la Syrie, l’Égypte et le bassin méditerranéen.

En 1817, une première épidémie touche toute l’Asie et s’étend jusqu’à la côte orientale de l’Afrique, prenant ainsi un caractère pandémique.

La France fut touchée en 1832, lors de la deuxième épidémie. Elle en perdit son chef du gouvernement, Casimir Perier.

Pour lutter contre sa diffusion, les gouvernements européens instituèrent des organismes de santé publique et adaptèrent l’urbanisme aux contraintes de l’hygiène publique.

Pandémies et maladies « endémiques »

Une maladie est qualifiée d’endémique quand elle devient habituelle dans une région déterminée et s’installe dans la durée. C’est le cas de la syphilis, du moins pendant cinq siècles, ainsi que de la rougeole, du typhus, de la dysenterie et de la diphtérie au XIXe siècle. La rougeole, maladie endémique d’origine virale, apparue au VIIème siècle av. J.-C., a tué près de 200 millions de personnes, principalement des enfants en bas âge, jusque dans les années 1960. Le Sida, qui sévit depuis plus de 30 ans, est aussi devenu endémique en attendant les thérapies qui en viendront définitivement à bout.

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Les avancées scientifiques

La recherche scientifique a permis à partir de la Renaissance de lutter contre certaines épidémies endémiques. En 1796, contre la variole, le vétérinaire et médecin anglais Édouard Jenner a ainsi généralisé la vaccination découverte dans les décennies précédentes.

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La découverte par Louis Pasteur des microbes ouvre une nouvelle voie à la recherche. Lui-même met au point le vaccin contre la rage, maladie virale qui se transmet de l’animal à l’homme, en 1885.

Lors d’une cinquième vague de choléra, en 1883, l’un de ses rivaux, le médecin allemand Robert Koch, à qui l’on doit également la découverte de la bactérie responsable de la tuberculose (« bacille de Koch »), découvre le germe responsable de la maladie. Il inaugure une nouvelle discipline : la bactériologie.

Le bacille de la peste est quant à lui identifié en 1894 en Extrême-Orient par un chercheur pastorien d’origine suisse, Alexandre Yersin.

En 1905, les zoologistes allemands Fritz Schaudinn et Erich Hoffmann identifient la bactérie responsable de la syphilis comme étant le tréponème pâle.

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En 1928, Charles Nicolle reçoit le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le typhus en découvrant le rôle du pou dans la transmission de l’infection chez l’homme. En 1938, un vaccin contre le typhus est développé par le bactériologiste américain Herald Rae Cox.

Depuis 1945, l’usage de la pénicilline se démocratise et des traitements permettent d’endiguer, ou du moins de réduire la propagation des épidémies. Celles-ci sont endiguées, mais les bactéries et virus qui en sont responsables continuent de sévir, la peste y compris…

Sauf peut-être le virus de la variole qui a été totalement éradiqué en 1977 grâce à une campagne de vaccination massive.

XXe siècle : de la « grippe espagnole » au Sida en passant par le typhus

Alors que le monde est engagé dans une guerre plus meurtrière que jamais au début du XXe siècle, un virus mystérieux décime à pas de géant les populations.

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En quinze mois, de mars 1918 à mai 1919, l’humanité est frappée par la plus terrible épidémie de grippe qu’elle ait jamais connue, avec près de cinquante millions de victimes. Les Européens, encore plongés dans la Première Guerre mondiale, en prennent conscience par la presse espagnole, d’où son nom de « grippe espagnole », mais c’est en Asie que surviennent les quatre cinquièmes des décès. Longtemps restée un mystère, l’origine du virus a été révélée grâce aux recherches récentes menées par les scientifiques.

Elle est la pire épidémie du XXème siècle, mais pas la seule. Au même moment, le typhus revient frapper le monde et fait trois millions de morts en Russie bolchévique, pendant la guerre civile, entre 1918 et 1922. Il revient ensuite pendant la Seconde Guerre mondiale et frappe l’armée allemande enlisée à Stalingrad. Ses dégâts sont terribles dans les camps de concentration.

Du grec typhos « stupeur, torpeur », le typhus est une infection provoquée par les bactéries de la famille des Rickettsies, l’appellation ayant été donnée pour la première fois avec exactitude à la maladie infectieuse par Boissier de Sauvages, au XVIIIe siècle.

Apparue au Moyen Âge, la maladie sévit dans les prisons au XVIe siècle au point qu’on la surnomme la « fièvre des geôles ». En 1759, les autorités anglaises estiment qu’un quart des prisonniers meurent du typhus. Impossible de s’en débarrasser ! Des épidémies voient le jour en Irlande pendant la Grande famine de 1846-1849 ou encore durant la guerre de Crimée.

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Dans la seconde moitié du XXe siècle, d’autres grippes vont frapper fort mais jamais autant que la « grippe espagnole ». C’est le cas de la grippe asiatique d’origine aviaire qui fait près de 2 millions de mort en 1958 ou encore de la grippe de Hong Kong qui tue dix ans plus tard près d’un million de personnes.

Apparait ensuite un virus nouveau, dont les symptômes font penser à ceux de la syphilis. C’est le virus de l’immunodéficience humaine, qui est à l’origine de la maladie du Sida.

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Les premiers cas sont observés à la fin des années 1970 chez des patients homosexuels. Les chercheurs réalisent rapidement que toute la population peut être infectée.

Cette maladie, transmise du singe vers les hommes, serait apparue dans les années 1920 dans le bassin du Congo. Entre 1980 et 2010, elle va faire trente-six millions de morts.

Dans les pays occidentaux, sa propagation est aujourd’hui endiguée grâce à une importante politique de prévention et de protection et à l’arrivée des traitements antiviraux mais le Sida reste un fléau menaçant pour les pays moins développés, particulièrement en Afrique.

La mondialisation des virus

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La mondialisation des épidémies a débuté avec les Grandes Découvertes. Aux XXe et XXIe siècles, elle s’est accélérée avec la massification des échanges internationaux et l’accroissement démographique (il est plus facile à un virus ou une bactérie de se transmettre d’un être humain à l’autre quand la planète compte huit milliards d’êtres humains que lorsqu’elle en compte 250 millions comme à l’époque du Christ).

Partie de Chine en 2002, une épidémie de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) s’est mondialisée en 2003. Cette maladie infectieuse était causée par un virus appartenant à la famille du coronavirus, le Sars-CoV. Très contagieuse, elle se transmet d’homme à homme par voie aérienne (postillons…).

 

Le réservoir animal du coronavirus du SRAS a été identifié comme étant une chauve-souris insectivore. L’hôte intermédiaire qui a permis le passage du virus à l’homme est la civette palmiste masquée, animal sauvage vendu sur les marchés et consommé au sud de la Chine. En mars 2003, l’OMS a déclenché une alerte mondiale et grâce aux mesures d’isolement et de quarantaine, l’épidémie a pu être endiguée au prix de 800 morts (une broutille).

En 2009, la grippe A, d’origine porcine a à son tour semé la terreur. Surtout qu’elle est la deuxième pandémie de souche H1N1, la première étant la grippe dite espagnole… Mais l’abattage systématique des cheptels d’animaux contaminés, l’isolement des malades et la création rapide d’un vaccin permettent d’endiguer l’épidémie qui ne fait finalement « que » 280 000 victimes, c’est-à-dire à peu près autant qu’une grippe « classique » saisonnière.

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Au XXIe siècle, les arbovirus, qui ont pour vecteur des insectes suceurs de sang, les moustiques généralement, sévissent dans les pays moins développés et les régions tropicales. Le moustique, piquant une personne malade, absorbe le virus et infecte ensuite d’autres personnes en les piquant à leur tour.

Ces maladies tuent rarement mais entraînent des complications pouvant entraîner la mort. La première épidémie de ce type, le chikungunya, remonte à 1957 en Tanzanie. Plusieurs ont suivi sur les continents africains et asiatiques, notamment en Inde en 2006 où 2 millions de cas ont été recensés. Le virus a été détecté en Europe l’année suivante et aux États-Unis en 2013. Même si les arbovirus sont moins dangereux que d’autres épidémies, il n’existe pas de réel moyen de prévention autre que moustiquaire et répulsifs.

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Dans cette même famille, on rencontre la dengue, qui, dans sa forme la plus sévère,  a fait 21 000 victimes en 2008, mais aussi la fièvre jaune et le paludisme ainsi que la maladie du sommeil.

Des vaccins et des médicaments comme la quinine ont été élaborés pour lutter contre ces maladies mais elles n’en demeurent pas moins très mortelles. Le paludisme en particulier tue encore 500 000 personnes par an en Afrique et en Asie du sud.

 

Dans la famille des arbovirus, on peut aussi demander… Zika. Ce virus est responsable de la quatrième épidémie pour laquelle l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a décrété un état d’urgence mondiale. Ses symptômes ressemblent à ceux de la dengue ou du chikungunya : fièvre, maux de têtes, éruption cutanée, fatigue, douleurs musculaires et articulaires…

Détecté pour la première fois chez un singe en Ouganda en 1947, il a fait sa première apparition chez l’homme dans les années 1970. L’épidémie s’est déclarée en 2007 dans le Pacifique exportée en France en 2016.

En Afrique, le virus Ebola, découvert en 1976, a causé plus de 11 000 décès entre 2013 et 2016. Le réservoir naturel du virus serait la chauve-souris…

Tiens, tiens, la modeste chauve-souris serait aussi responsable du nouveau virus qui fait trembler le monde en 2020. Fin décembre 2019, ce nouveau virus de la famille du coronavirus, le Covid-19, a sévi dans la ville de Wuhan en Chine avant de s’exporter en Asie puis en Europe. Le 30 janvier 2020, l’OMS a qualifié l’épidémie « d’urgence de santé publique de portée internationale. »

En février 2020, de nouveaux cas se sont révélés en Corée du Sud, en Italie et en Iran. Avec ce nouveau coronavirus, le monde fait donc face à une nouvelle pandémie.

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Bacille ou virus ?

« Les antibiotiques, c’est pas automatique ». Oui mais pourquoi ? Et surtout dans quel cas ? Les antibiotiques sont efficaces contre les bactéries mais inefficaces en cas d’infection virale, c’est-à-dire d’une maladie causée par un virus, comme la grippe par exemple. Par contre, s’ils avaient  au Moyen Âge, la peste aurait pu être maîtrisée. Une petite explication s’impose.

  • Choléra, peste mais aussi tuberculose et tétanos sont des maladies provoquées par des bacilles. Quésaco ? Un bacille désigne simplement la forme allongée de la bactérie « en bâtonnet » (du latinbaculus, bâton). Pour rappel, une bactérie est un être vivant microscopique constitué d’une unique cellule entourée d’une paroi et dépourvue de noyau. Certaines, présentes dans notre corps, nous sont bénéfiques (pour la digestion par exemple), tandis que d’autres sont à l’origine de maladies graves. Première forme de vie apparue sur Terre, la bactérie est apparue il y a plus de trois milliards d’années !
  • Grippe, rage ou encore Sida et variole sont des maladies provoquées par des virus. Ce « poison »,d’après son étymologie latine, est un agent infectieux qui nécessite un hôte, souvent une cellule, qu’il utilise pour se répliquer. Environ vingt fois plus petit que la bactérie, son mécanisme a été mis en évidence en 1953 par le chercheur en biologie français André Lwoff, Prix Nobel de médecine 1965.

Et les microbes ? Ce terme fourre-tout regroupe virus, bactéries et tous les êtres vivants qui ne se voient qu’au microscope et provoquent des maladies (champignons, parasites, etc.). Il a été inventé par le chirurgien français Charles-Emmanuel Sédillot en 1878 et signifie « petite vie ».

 

 

 

XVIe siècle

La syphilis, cadeau empoisonné du Nouveau Monde

Pendant près de cinq siècles, de la découverte de l’Amérique à la découverte de la pénicilline, la syphilis a fait figure de maladie honteuse par excellence, en lien avec le sexe et la luxure. C’était avant l’apparition du sida…

 

Le « cadeau » des Indiens à Christophe Colomb

Le capitaine Martin Alonzo Pinzon, compagnon de Christophe Colomb, fut en 1493 la première victime européenne de la syphilis, une maladie vénérienne mortelle, jusque-là  inconnue dans le Vieux Monde.

La syphilis allait dès lors contaminer en un temps record la péninsule italienne, profitant de la guerre entreprise par le roi de France, Charles VIII, le 25 janvier 1494, première des guerres d’Italie. Cela lui valut d’être surnommée le « mal de Naples » par les Français… et « morbo gallico » ou mal gaulois, par les Italiens.

En 1504, un médecin espagnol, Rodrigo Diaz de l’Isla, la décrivit correctement et situa son foyer dans l’île d’Hispaniola (aujourd’hui Haïti). On comprit alors qu’elle avait été amenée en Europe par les marins de Colomb en contact avec les femmes Taïnos.

Syphilis et variole : troc mortel

La terrible maladie importée du Nouveau Monde a été qualifiée de syphilis vers 1530 (d’après un personnage des Métamorphoses d’Ovide). Elle a été aussi appelée vérole. Et plus tard grande vérole pour  la distinguer de la petite vérole, surnom de la variole.

La variole, maladie infectieuse du Vieux Monde, n’a rien à voir avec la syphilis mais, à l’inverse de celle-ci, elle a contaminé en un temps record le Nouveau Monde au XVIe siècle et en a décimé les habitants.

La mondialisation, une réalité dès 1500

Au XVIe siècle, la maladie poursuit sa course dans tout le Vieux Monde, jusqu’en Chine et au Japon. Elle est introduite en Extrême-Orient par les Portugais, lesquels ont établi un comptoir à Macao, à l’embouchure de la rivière des Perles, en aval de Canton, et fait son apparition à Canton, en Chine du sud, dès 1511, à peine plus de quinze ans après son introduction en Europe.

La syphilis se manifeste chez les hommes par l’apparition d’un chancre sur les parties génitales puis, dans une phase secondaire, par une éruption sur tout le corps, enfin par une paralysie mortelle du cerveau, du coeur ou de l’aorte.

Chez les femmes, la maladie peut se développer sans qu’on y prenne garde du fait de l’absence de chancre au stade primaire. La syphilis secondaire se traduit en particulier par l’apparition de pigmentations autour du cou des femmes qui en sont atteintes. C’est ce qu’on appelle ironiquement le  « collier de Vénus ». Dans sa conférence à l’Académie française, Le corps : esthétique et cosmétique, le philosophe Michel Serres suppose que c’est afin de le cacher que les coquettes de la fin de la Renaissance ont lancé la mode de la fraise, une collerette de dentelle à plusieurs couches superposées.

La syphilis n’a pu être maîtrisée qu’au XXe siècle, grâce à la découverte des antibiotiques. On ne connaissait auparavant d’autre remède que l’enduction du chancre avec une solution à base de mercure, pour soulager le mal.

Analogue au sida actuel par ses méfaits, la syphilis a frappé de nombreuses personnalités comme Alfred de Musset, Guy de Maupassant, Alphonse Daudet, le président Paul Deschanel, qui sauta en pyjama d’un train de nuit, le général Gamelin qui commandait les troupes françaises lors de l’invasion du territoire par la Wehrmacht…

 

 

 

14 mai 1796

Édouard Jenner découvre la vaccination

 

Le 14 mai 1796, un médecin de campagne vaccine un jeune garçon afin de le protéger contre la variole. Il utilise pour cela du pus provenant d’une maladie apparentée mais bénigne, la vaccine des vaches.  En cela, il se distingue de ses prédécesseurs qui, non sans risque, immunisaient leurs patients en leur inoculant la variole elle-même.

Par une action déterminée auprès de ses collègues,  Édouard Jenner  (47 ans), va donner à la vaccination une caution scientifique et la généraliser à l’ensemble de la population.

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Une maladie endémique aujourd’hui disparue

La variole est une maladie infectieuse qui se manifeste par l’apparition de pustules (d’où son nom, dérivé du latin varuspustule). Elle est surnommée abusivement « petite vérole » par référence à la syphilis ou « grande vérole », avec laquelle elle n’a rien à voir. Elle a été responsable jusqu’au XVIIIe siècle de dizaines de milliers de morts par an rien qu’en Europe (la descendance du roi Louis XIV a ainsi été décimée par la variole en 1712). Elle a surtout provoqué la quasi-extermination des Amérindiens sitôt après l’arrivée de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde. Ne bénéficiant d’aucune immunité contre le virus, ils ont vu leur nombre réduit d’environ 80 millions à quelques millions en moins d’un siècle.
Aujourd’hui, grâce à la vaccination systématique, cette maladie a disparu de la surface de la Terre (un cas unique à ce jour). Le dernier malade aurait été repéré en 1977 en Somalie.

Une pratique ancestrale mais mal maîtrisée

Très tôt, dès le Moyen Âge, on s’est aperçu que les personnes ayant survécu à la variole étaient définitivement immunisées contre le fléau. Le savant andalou Averroès y fait allusion et des praticiens ont l’idée d’inoculer la maladie à leurs patients, avec un maximum de précautions, afin de les protéger contre les fréquentes épidémies.

Dans la onzième de ses Lettres philosophiques (ou Lettres anglaises, écrites entre 1714 et 1738), Voltaire se fait l’écho de cette pratique et, tout au long du XVIIIe siècle, des médecins inoculent la variole à titre expérimental à leurs riches patients, tel Johann Struensee sur le prince héritier du Danemark en 1769.

Mais cette protection préventive n’est pas sans danger et elle nécessite que le patient soit très soigneusement isolé afin qu’il ne provoque pas lui-même une épidémie. Elle est limitée pour cela aux milieux aristocratiques et bourgeois.

Jenner invente la vaccination

Édouard Jenner, médecin de campagne passionné par la recherche, n’a pas craint de lancer une campagne préventive auprès de sa clientèle. Il s’est aperçu comme cela que plusieurs de ses patients étaient insensibles à l’inoculation. Après enquête, il a découvert qu’il s’agissait de valets de ferme en contact avec les vaches.

Il a pu faire le rapprochement avec la vaccine ou variole des vaches (en anglais, « cow-pox »). Cette maladie bénigne est courante chez les valets qui traient les vaches et entrent en contact avec les pustules des pis. Elle a pour effet de les immuniser contre la véritable variole, le plus souvent mortelle.

Édouard Jenner a l’idée d’inoculer par scarification non plus du pus de la variole mais du pus de la vaccine, beaucoup plus bénin et tout aussi efficace. Il prélève donc du pus sur la main d’une femme, Sarah Nelmes, qui a été infectée par sa vache, Blossom, atteinte de la vaccine, et l’inocule à un enfant de 8 ans, James Phipps.

James Phipps contracte ladite maladie sous la forme d’une unique pustule et en guérit très vite.

Trois mois plus tard, indifférent au « principe de précaution », le médecin lui inocule la véritable variole. À son grand soulagement, la maladie n’a aucun effet sur l’enfant. C’est la preuve que la vaccine l’a immunisé contre la variole en entraînant la formation d’anticorps propres à lutter contre l’infection.

Rapide diffusion de la vaccination

Édouard Jenner diffuse avec courage le principe de la vaccination dans le public, en encourageant la vaccination de masse. Ses opposants contestent l’innocuité de sa méthode ou même parfois dénoncent la prétention de vouloir contrarier les desseins de la providence.

Il publie à ses frais An inquiry into the causes and effects of the variolae vaccina (Enquête sur les causes et les effets de la vaccine de la variole) et jette les bases de l’immunologie appliquée à la variole. Il se satisfait d’une approche empirique et ne se soucie pas d’aller plus avant dans la compréhension du phénomène. Il appelle « virus » le facteur mystérieux de la vaccine (d’après un mot latin qui signifie poison).

Quittant son village natal de Berkeley, dans le Gloucestershire, le médecin se rend ensuite à Londres où il vaccine gratuitement des centaines de sujets. Bientôt ruiné, il revient exercer la médecine à Berkeley où il finit honorablement sa vie.

Entre temps, la pratique de la vaccination se répand très vite en Europe et en Amérique, contribuant au recul des épidémies.

À Boston, aux États-Unis, un disciple enthousiaste, le médecin Benjamin Waterhouse, vaccine sa propre famille dès juillet 1800. L’année suivante, il convainc le président Thomas Jefferson d’en faire autant. Quatre-vingts ans plus tard, Louis Pasteur découvre les fondements théoriques de la vaccination et en améliore la pratique en vaccinant contre la rage le petit Joseph Meister en 1885.

À ce jour, les grandes campagnes de vaccination contre la variole ont pratiquement éliminé ce virus de la surface de la terre.

Hygiène et santé

Contrairement à des idées reçues, l’Europe doit son essor démographique exceptionnel des XVIIIe et XIXe siècles à l’amélioration de l’hygiène et de l’alimentation, plus encore qu’à la vaccination et aux progrès de la médecine.

L’hygiénisme s’est développé dès le siècle des « Lumières », incitant chacun à prendre davantage soin de son corps, de son environnement et de sa nourriture.

Ainsi les jeunes femmes sont-elles peu à peu revenues à l’allaitement maternel… Et les autorités ont déménagé les cimetières, sources de nombreuses infections, des centres-villes vers la périphérie. Ces actions ont notablement amélioré l’espérance de vie des Européens en réduisant en premier lieu la mortalité infantile, sans qu’interviennent les techniques médicales.

Louis Pasteur, en démontrant l’importance de l’asepsie, a apporté à ces principes d’hygiène les fondements théoriques qui leur manquaient. La vaccination et les antibiotiques ont encore accru l’espérance de vie mais en intervenant sur la mortalité des adultes bien plus que sur celle des nourrissons.

 

 

 

La grippe espagnole

Cinquante millions de victimes

En quinze mois, de mars 1918 à mai 1919, l’humanité est frappée par la plus terrible épidémie de grippe qu’elle ait jamais connue, avec près de cinquante millions de victimes.

Les Européens, encore plongés dans la Première Guerre mondiale, en prennent conscience par la presse espagnole, d’où son nom de « grippe espagnole », mais c’est en Asie que surviennent les quatre cinquièmes des décès.

Longtemps restée un mystère, l’origine du virus a été révélée grâce aux recherches récentes menées par les scientifiques.

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Un terrain propice à l’installation du virus

Tout commence en février 1916. Le médecin-major de première classe Carnot observe à Marseille une « épidémie spéciale de pneumococcie » qui « a éclaté chez les travailleurs annamites avec une gravité considérable ».

Le taux de mortalité atteint 50% dans les centres hospitaliers qui accueillent ces appelés vietnamiens souffrant de pneumonie. Mais les médecins français ne s’inquiètent pas, il s’agit probablement d’un mal exotique étranger à la race blanche. Et, en pleine guerre, ils ont d’autres soucis en tête.

Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils ont sous les yeux les symptômes qui préfigurent la plus grande pandémie du siècle. Et que ce pneumocoque (bactérie pathogène) n’est pas d’importation coloniale.

Particulièrement virulent, il s’attaque de prime abord aux sujets étrangers à nos climats et vivant dans la promiscuité. Mais très vite, les Européens ne sont pas épargnés…

Le médecin-major Trémollières, chef du secteur de Besançon, témoigne : « Au cours de mes tournées dans les diverses localités du secteur, j’ai constaté la grande proportion de bronchites, de contagions pulmonaires, de pleurésies, de broncho-pneumonies et de pneumonies par rapport aux autres maladies. En particulier la pneumonie lobaire, franche, aigüe, semble prendre un regain de fréquence ; avant la guerre, elle se faisait très rare dans les hôpitaux de Paris. Peut-être l’était-elle moins à la campagne. En tout cas, le nombre des cas actuellement observés vaut d’être signalé. »

 

Les premières manifestations en Europe

On a longtemps cru que les premiers cas de grippe étaient apparus au États-Unis le 4 mars 1918, dans un camp de formation militaire de Fort Riley, au Kansas, avec 500 soldats en partance pour l’Europe hospitalisés en une semaine. Mais c’est bien plutôt en Europe que le virus se manifeste pour la première fois dès 1917.

En 1917, dans un camp militaire du nord de la France, à Étaples-sur-mer, des soldats souffrent d’une forte fièvre dont il apparaîtra plus tard que c’est la grippe « grippe espagnole ». Comment le virus aurait-il atteint ces malheureux ? Peut-être par le biais des oiseaux migrateurs qui nichent à proximité du camp, dans la baie de la Somme, et ont pu l’amener d’Asie.

Les cas d’infection se multiplient dès lors à travers la France, comme en avril 1918 dans les tranchées de Villers-sur-Coudun. La propagation du virus est due à la promiscuité dans laquelle vivent les soldats, dans des campements et des tranchées surpeuplés. Au mois de mai et juin 1917, les pneumonies se font de plus en plus mortelles. C’est la première vague de l’épidémie en Europe.

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Les symptômes sont épouvantables : fièvre et insuffisance respiratoire, hémorragies qui engorgent les poumons de sang, provoquant des vomissements et des saignements de nez. Les malades, dont le visage se teint de bleu par manque d’oxygène, meurent ainsi asphyxiés dans leurs propres fluides corporels. Ce n’est pas de la grippe même qu’on décède, mais de toutes ces complications qu’elle entraîne.

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Au départ, les victimes sont, comme souvent, les plus faibles : les plus jeunes et les plus âgés. Mais les mutations de la souche la rendent si virulente qu’elle affecte de plus en plus les adultes en bonne santé, de 15 à 35 ans. Finalement, ce seront eux les principales victimes. Dans la guerre qui décime l’Europe, l’épidémie passe inaperçue et les décès sont régulièrement attribués à la pneumonie.

Les médecins sont mobilisés pour soigner les soldats de leurs blessures et n’ont pas le temps de s’en soucier. D’autre part, la censure militaire est stricte. Les presses européennes et américaines ont l’interdiction de relayer des informations au sujet de ce virus.

Mais l’Espagne, qui a conservé sa neutralité dans le conflit, est épargnée par la censure et le 22 mai 1918, un premier journal madrilène diffuse l’information, d’où le nom de « grippe espagnole » qui va lui rester. Les Anglo-Saxons l’appellent, eux, « influenza », en référence au virus qui a fait 200 000 morts en Espagne en 1889. Le terme est d’origine italienne et désignait aux XVe et XVIe siècles les épidémies genre rhume, grippe ou bronchite sous l’« influence » de refroidissements atmosphériques.

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De l’épidémie à la pandémie

Les choses semblent se calmer à l’été 1918. L’épidémie serait-elle passée ? Bien au contraire, elle redouble de force et sa deuxième phase, entre les mois de septembre et novembre 1918, va s’avérer la plus mortelle, alors même que les soldats commencent à rentrer du front. Après les militaires, les civils sont affectés à leur tour.

Fin 1918, en Europe, l’épidémie connaît un nouveau répit avant d’entrer dans sa troisième et dernière phase en janvier-mai 1919. Profitant du retour des soldats, la grippe s’installe aussi en Australie.

Vaccins et sérums, recettes de grand-mères et tisanes (eucalyptus, quinine), ou encore saignée et injections d’essence de térébenthine, une multitude de traitement tous plus inefficaces les uns que les autres voit le jour. Les conseils abondent dans les journaux et les files d’attente s’allongent dans les pharmacies mais rien n’y fait. C’est la mutation naturelle du virus et surtout l’immunisation progressive de la population qui mettront un terme à la pandémie durant l’été 1919.  Mais ses effets perdureront : familles en deuil et complications sur le long terme chez de nombreux patients.

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Célèbres victimes

La grippe espagnole s’est soldée en Europe et en Amérique du nord par une addition de drames individuels sans répercussions notables sur la vie politique et sociale. L’une des victimes les plus célèbres en fut le poète Guillaume Apollinaire, mort le 9 novembre 1918, à 38 ans. Deux ans plus tôt, dans les tranchées, il avait été gravement blessé à la tempe.

L’écrivain Edmond Rostand est aussi mort de la grippe espagnole le 2 décembre 1918, à 50 ans. Franz Kafka, qui souffrait déjà d’une tuberculose, a aggravé son cas en contractant la grippe espagnole en octobre 1918. Il meurt en 1924. L’on peut encore citer le fondateur de la sociologie, Max Weber, le peintre autrichien Egon Schiele, le pionnier français de l’aéronautique Léon Morane, ou les frères Dodge, célèbres constructeurs automobiles américains.

Un bilan chaotique incertain

Le bilan de la grippe espagnole dans le monde a longtemps été sous-évalué faute de données  relatives aux pays non occidentaux. La recherche historiographique ayant beaucoup progressé à partir des années 1970,  l’historien Niall Johnson a pu avancer en 2002 une fourchette de 50-100 millions de victimes, très au-dessus des évaluations antérieures (15 à 30 millions de morts) ! Depuis lors, grâce à l’étude approfondie des tables de mortalité partout où elles étaient disponibles, on est repassé à une fourchette plus basse : 45-50 millions, ainsi que le souligne l’historien Freddy Vinet.

  • En Europe (Russie exceptée), il y eut 2,5 millions de morts (de 150 à 240 000 pour la France), pour une population totale d’environ 300 millions.
    • En Afrique, 2,5 millions de victimes sur une population d’environ 120 millions d’âmes.
    • En Amérique du nord, 1 million de victimes sur 90 millions d’habitants ; en Amérique latine, 500 000 sur 75 millions d’habtiants.
    • Au Japon, 300 000 sur 50 millions d’habitants.

La région la plus touchée demeure les Indes britanniques. Les archives britanniques permettent d’évaluer la surmortalité à 18 millions sur environ 300 millions d’habitants sur la période mars 1918-mai 1919.

Les principales incertitudes concernent la Chine, l’Eurasie, essentiellement l’Asie du sud, la Russie bolchevique et l’empire ottoman.

Dans les îles du Pacifique, où les populations n’étaient pas immunisées contre les maladies extérieures et au surplus avaient été fragilisées par la rougeole dans les décennies précédentes, on arrive à des taux de mortalité de 25% à 40% ; sont essentiellement frappés les jeunes adultes (15-35 ans). Le 16 novembre 1918, un paquebot venant de San Francisco avec plusieurs grippés à son bord accoste à Papeete. Les pompes funèbres sont dépassées par les événements et doivent entasser les corps dans des fosses communes. Les trois médecins de l’île sont eux-mêmes victimes de l’épidémie.

Cette pandémie a fait prendre conscience de la menace de la mondialisation des épidémies et maladies infectieuses. Car cette grippe n’est pas sans précédent, mais elle est la première à prendre une telle ampleur. La grippe précédente, en décembre 1889 – janvier 1890, qui était arrivée en Europe d’Asie par la Russie, n’avait pas marqué les populations qui s’en étaient débarrassé bien plus facilement.

Dans les années 1920, le président du Conseil Georges Clemenceau a ainsi créé en France un ministère de l’Hygiène, les services d’hygiène étant jusqu’alors répartis dans huit ministères différents. Ce système a été également adopté au Royaume-Uni, en Inde, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. Le Comité d’hygiène de la SDN (Société des Nations), ancêtre de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), a été aussi créé pour prévenir les futures pandémies.

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À la poursuite du virus mystérieux

Aucune souche n’ayant été conservée, le virus de la grippe espagnole n’a été identifié que bien plus tard. En 1951, un jeune étudiant suédois travaillant à l’université de l’Iowa aux États-Unis, Johan Hultin, décide de consacrer sa thèse de recherche à l’isolement du virus disparu, à partir de prélèvements pulmonaires humains effectués sur des patients décédés en 1918 et inhumés en Alaska. Les populations inuites, très sensibles au virus, avaient été en effet décimées avec des taux de mortalité avoisinant 90%.

Mais Hultin échoue à cultiver le virus et, ne pouvant soutenir sa thèse, abandonne alors sa carrière de chercheur.

Quelques décennies plus tard, un médecin militaire, Jeffery Taubenberger, travaille sur l’identification de l’agent responsable d’une mystérieuse épidémie chez les dauphins et les phoques. En 1995, il parvient à identifier le virus à partir de cadavres de mammifères marins en utilisant une technique puissante d’amplification de l’ADN.

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Fier de son succès, il tente alors d’appliquer cette technique au virus de la grippe, bien que n’y connaissant rien. Il parvient à déterminer 15% du génome viral en travaillant sur des fragments de tissus pulmonaires de soldats morts de la grippe espagnole en septembre et octobre 1918.

En 1997, les résultats sont publiés dans la revue Science. Johan Hultin, alors âgé de 72 ans et profitant de la retraite à San Fransisco, est bouleversé par la lecture de l’article qui lui remémore sa thèse inachevée.

Le chercheur écrit immédiatement à Taubenbeger et propose d’aller effectuer, à ses frais, de nouveaux prélèvements en Alaska. Très déterminé, il se rend alors à Brevig Mission, un village d’Alaska de 200 habitants, à la recherche de cadavres. Avec l’autorisation des autorités locales, il exhume le corps parfaitement conservé d’une femme de 18 ans ensevelie dans le permafrost pour prélever un échantillon de son poumon. Il la baptise Lucy, « Lumière », nom du célèbre squelette de 3 millions d’années et envoie par la suite les prélèvements à Taubenberger.

Grâce à ces deux hommes, le génome du virus de la grippe espagnole a été enfin déterminé. Il s’agit d’une souche H1N1 (terme propre aux scientifiques), lointain ancêtre de la variante qui fit trembler le monde en 2009. Vraisemblablement d’origine chinoise, il s’avère cent fois plus mortel que le virus « classique » de la grippe.

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Le retour du fléau

Au XXème siècle, deux grandes pandémies ont suivi la grippe espagnole de 1918. Un virulent virus de la grippe est apparu dans les années 1950 et s’est répandu en Asie orientale en 1957. Il s’est diffusé à travers le globe faisant entre un et deux millions de victimes avant d’être endigué au milieu de l’année suivante.

En 1968, un nouveau type de grippe s’est déclaré à Hong Kong, faisant entre un et quatre millions de victimes. Ces épisodes et d’autres encore nous montrent qu’un siècle après la mère de toutes les pandémies, le risque subsiste dans notre monde surpeuplé et interconnecté.

Bien qu’elles aient fait trembler l’opinion, les grippes aviaires et porcines de 1997 et 2009 n’ont pas eu d’ampleur équivalente, faisant quelques centaines de morts pour la première et environ 18 000 pour la seconde. Mais rien n’exclut l’irruption prochaine d’une nouvelle pandémie, les mutations de virus étant imprévisibles…

 

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