EPHREM LE SYRIEN (saint ; 306-373), HYMNE A LA TRINITE, HYMNE A LA TRINITE DE SAINT EPRHREM LE SYRIEN, MEDITATIONS, PRIERE, TRINITE

L’hymne à la Trinité de saint Ephrem le Syrien

 Hymne à la Trinité de saint Ephrem le Syrien

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1 Vois comme il t’étonne,
Le soleil, ta lampe,
Faible que tu es !
Et tu ne sais pas
Comment le scruter !

 

2 Et le Créateur ?
Comment Le scruter
En humain ? Connais
Ton humanité,
Ô toi le fils d’homme !

 

3 Elle est impalpable,
La subtilité
De ce luminaire
Non caché, pourtant,
De qui le saisit.

 

4 Elle est invisible
Aussi, la chaleur
Issue du rayon ;
L’œil ne la voit point :
C’est chose filtrée !

 

5 Le rayon vainc l’œil,
De par sa chaleur ;
Et l’oreille aussi,
Tant il est ténu.
Ni toucher, ni vue !

 

6 La bouche, l’oreille,
Et le nez aussi
(trinité de sens)
Ne perçoivent pas
Le triple soleil.

 

7 Cet astre, en effet,
La bouche jamais
Ne l’a consommé ;
Son orient, jamais
Nez ne l’a flairé !

 

8 Oreille non plus
Jamais n’entendit
Lumière parler :
Elle court pourtant
Sur tout le créé.

 

9 Vois : face au soleil,
Au petit soleil
Dans le firmament ,
Trois sens à la fois
Sont bien impuissants !

 

10 Quand ton corps entier
Ne serait que sens,
Il n’atteindrait point
La Divinité
À nous tous cachée.

 

11 Vois comme trois sens
Rendent tablier
Devant les symboles
De ce « trois » caché
Dans le soleil même ;

 

12 Bien plus clament-ils
Qu’ils n’ont rien à faire
Avec l’examen
Du Père et du Fils
Et du Saint-Esprit !

 

13 Tiens ! Face au soleil
Expose de l’eau,
Et tu verras là
Chose qui évoque
Du Saint la Naissance.

 

14 Sans séparation,
Sans émanation,
Il enfante un feu,
Un enfant splendide
Comme son parent.

 

15 Sans séparation
D’avec le soleil,
Et sans particule
Au milieu de l’eau :
Symbole de taille !

 

16 Quoique restent intègres
L’eau et le soleil,
Un enfant est là,
Dans lequel on voit
La Noël du Fils.

 

17 Pour nous, faibles gens,
Il a figuré
L’ardu dans le simple,
Pour que nous sachions
En clair qu’Il est Fils.

 

18 De tous les exemples
Le Tendre Se sert
Pour nous approcher
En notre langueur :
C’est pour la guérir.

 

19 Que si le Seigneur,
Qui est Dieu aussi,
N’a point approché
Notre humanité
Sans user d’images,

 

20 Que l’homme lui-même,
Étant si infirme,
Recherche des voies
Pour que sa faiblesse
Accède au Très-Haut.

 

21 Ne paresse pas,
Ô esprit de l’homme !
Construis des ponts
Spirituels et passe
Vers ton Créateur !

 

22 Ô fils de l’esclave,
Fais toi un pennage
Des Écrits sacrés,
Et cherche à atteindre
Le Fils de ton Maître !

 

23 Et que l’âme aussi
Se déploie et cherche
Par tous les moyens
Comment parvenir
Jusqu’au Saint-Esprit.

 

24 Et toi aussi, corps,
Secoue la mollesse !
Vole comme un aigle
Jusqu’au Corps qui donne
Au monde la Vie !

 

25 Et puisque de l’homme
Les sens sont trop faibles
Pour inventorier
La Divinité,
Ne chancelle pas !

 

26 Vois : même les sens
Des fils de Là-haut,
Bien que très subtils,
Bien que spirituels,
Sont dans l’impuissance.

 

27 Cesse, cesse donc
Cette inquisition !
Obtus sont les sens
Et grossier le corps,
Dégouttant de pus !

 

28 Laisse de côté
Ces choses trop pures
Et fais nous discours
Sur les saletés
Des démons infects !

 

29 Ah ça, qu’ils nous parlent,
Les sens de ton corps,
Au sujet des sens,
Des sens spirituels
Des démons fétides !

 

30 Avec quels naseaux
Renifle « Légion » ?
Et avec quels pieds
Le Mauvais circule
Par la création ?

Saint Éphrem le Syrien, « la harpe du Saint-Esprit »

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Surnommé « la harpe du Saint-Esprit », le théologien-poète saint Éphrem le Syrien reste une figure emblématique pour l’Église latine comme pour les Églises orientales.

Saint Éphrem le Syrien (306-373) de Nisibe, une ville du sud-est de la Turquie, est un des grands théologiens des premiers siècles du christianisme. Il fut diacre et le resta par amour du service et par humilité. Surnommé « la harpe du Saint-Esprit », en raison de la beauté de ses poèmes composés en syriaque, il composait des hymnes pour instruire les chrétiens qui ne savaient pas lire et pour entretenir leur foi. Il est à l’origine de la pratique du chant liturgique, expression de la prière de l’assemblée pendant la messe. Et auteur d’un nombre considérable d’ouvrages, rédigés en langue syriaque puis traduits en plusieurs langues, qui lui ont valu le titre de docteur de l’Église, proclamé par le pape Benoît XVI, en 1920.

De Nisibe à Edesse

Éphrem s’est converti au christianisme à l’âge de 18 ans. Lancé dans la prédication et l’enseignement de la doctrine sacrée par l’évêque local qui l’avait pris sous son aile, il mit très vite à profit ses talents de poète et musicien en composant des hymnes et commentaires bibliques qui gagnèrent les cœurs et les esprits du peuple. Puis il y a eu l’invasion perse et, en 363, lui et son école théologique tout juste fondée sont partis s’installer à Edesse dans l’Empire romain. Se heurtant à un grand nombre de philosophies et de religions rivales qui se proclamaient chacune comme la vraie Église. La confusion était grande, mais, Ephrem le théologien poète a eu l’idée d’écrire d’autres hymnes qui séduisent les chrétiens. Il les a adaptés aux mélodies populaires syriaques. Le succès fut immédiat, de même que pour toutes les homélies et les commentaires bibliques qu’il rédigeait en même temps.

L’art de saint Éphrem est d’avoir réussi à « concilier d’une manière unique la vocation du théologien et celle du poète », explique Benoît XVI, dans une catéchèse qu’il lui a consacrée tout spécialement en 2007. Entre ses œuvres polémiques, ses commentaires bibliques, ses œuvres en prose poétique, ses homélies en vers, et enfin ses hymnes — son œuvre probablement la plus vaste — ce docteur de l’Église est aux yeux du Saint-Père « le plus grand poète de l’époque patristique » qui a su approfondir la réflexion théologique, en se servant de paradoxes et d’images. Et en grand compositeur et musicien qu’il était, sa théologie est devenue liturgie et musique. Chez lui, théologie, réflexion sur la foi, poésie, chant, louange de Dieu. « Tout cela va de pair », relève Benoît XVI. Et si Éphrem suit « le chemin du paradoxe et du symbole », c’est pour mieux « souligner le mystère de Dieu ». Tout comme il se sert de ses hymnes pour diffuser la doctrine de l’Église, à l’occasion des fêtes liturgiques. Et, au fil du temps, ceux-ci deviennent un moyen de catéchèse extrêmement efficace pour la communauté chrétienne.

Un serviteur toute sa vie

Quant au fait qu’Éphrem n’ait jamais voulu aller jusqu’au sacerdoce, mais rester diacre toute sa vie, Benoît XVI y voit « un choix emblématique », révélateur de son désir de « servir, dans les offices liturgiques comme dans l’amour du Christ qu’il chantait… mais aussi dans la charité envers les frères qu’il ouvrait avec grande maîtrise à la connaissance de la Révélation ». Éphrem menait en effet, au sein du monde, une vie marquée par l’ascétisme, la contemplation et la charité. C’est d’ailleurs en se dévouant auprès de pestiférés, lors d’une épidémie, qu’il contracta la maladie et en mourut en l’an 373.

Saint Éphrem est également connu pour être le premier chantre de Marie, et pour être resté l’un des plus grands. On lui reconnait un recours humble, douloureux, tendre et confiant à Marie, que nul autre n’aura avant longtemps. Aujourd’hui encore résonnent ses paroles : « Le jour où Marie accepta la volonté de Dieu, elle est devenue le ciel qui porte Dieu. En elle, se sont établies toutes les paroles des prophètes et des justes. Elle est le cep de vigne qui a porté la grappe ».

CHARLES PEGUY, CHARLES PEGUY, "UNE ÂME MORTE EST UNE ÂME COMPLETEMENT HABITUEE", CITATIONS, ECRIVAIN FRANÇAIS, MEDITATIONS

Charles Péguy, citation : « Une morte est une âme complètement habituée »

Charles Péguy :

« Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée… »

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« Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C’est d’avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée. On a vu les jeux incroyables de la grâce et les grâces incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n’a pas vu mouiller ce qui était verni, on n’a pas vu traverser ce qui était imperméable, on a pas vu tremper ce qui était habitué

 …Le pire, c’est d’avoir une âme endurcie par l’habitude. Sur une âme habituée, la grâce ne peut rien. Elle glisse sur elle comme l’eau sur un tissu huileux…Les « honnêtes gens » ne mouillent pas à la grâce.

C’est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu’on nomme tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont point de défaut eux-mêmes dans l’armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau morale constamment intacte leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent pas cette ouverture qui fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invisible arrière pensée, une amertume secrète, un effondrement  perpétuellement masqué, une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent point cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché.

Parce qu’ils ne sont pas blessés, ils ne sont pas vulnérables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n’a pas de plaies. C’est parce qu’un homme était par terre que le Samaritain le ramassa. C’est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l’essuya d’un mouchoir. Or celui qui n’est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n’est pas sale ne sera pas essuyé. »

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(Charles Péguy, Note conjointe sur la philosophie de M. Descartes, 1914)

JESUS CHRIST, MEDITATIONS, PASSION DE JESUS, SEULEMENT TROIS AU PIED DE LA CROIX, VENDREDI SAINT

Seulement trois au pied de la Croix

Seulement trois au pied de la Croix

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Ils étaient seulement trois au pied de la Croix

En ce vendredi

Seulement trois qui avaient suivi Jésus

De Gethsémani au Golgotha

Debout au pied de la Croix

Se tenait Marie mère de Jésus

Seule dans sa douleur

Se souvenant de l’enfant qu’elle avait bercé

Regardant aujourd’hui son Fils son Sauveur

Qui se meurt

Tout près tenant les pieds de Jésus

Se trouvait Marie de Magdala

Pleurant celui qu’elle aimait

Pleurant l’ami dont elle avait parfumé les pieds

Au cours du repas chez Simon le pharisien

Et Jean le disciple que Jésus aimait était là aussi

Contemplant une dernière son ami son maître

Il était le seul et se souvenait des signes et des paroles

Vus et entendus durant ses trois années

Il était là pour retenir les dernières paroles de son Dieu

Ils étaient seulement trois au pied de la Croix

L’un avait trahi l’autre l’avait renié

Les autres s’étaient enfuis pour ne rien voir

La foule qu’Il avait nourrie et l’avait acclamé à Jérusalem

Avait condamné le juste et absous le meurtrier

Ils étaient seulement trois au pied de la Croix

Comme une Trinité d’amour

Ils n’étaient plus que trois….

© Claude Tricoire

15 avril 2022.

CLAUDE TRICOIRE (1951-...), JESUS CHRIST, L'HUMBLE SUPPICATION DE DIEU OU LA DOULEUR DE DIEU, MEDITATIONS, PASSION DE JESUS, PRIERE, PRIERES, VENDREDI SAINT

L’humble supplication de Dieu ou la douleur de Dieu

L’humble supplication de Dieu

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O mon peuple que t’ai-je fait ?
En quoi t’ai-je contristé ?
Réponds-moi !

Au commencement

Je t’ai façonné de mes mains

Je t’ai fais un peu moindre qu’un dieu

Te couronnant de gloire et de beauté

Et tu Me livres au bourreau par un baiser

Depuis l’aube des temps

Je t’arrache des mains de tes oppresseurs

Je voile tes crimes du manteau de la miséricorde

Je ne fais souvenir d’aucune de tes trahisons

Et tu couvre Mon visage de crachats

Depuis longtemps

Je t’ai appelé par ton  nom

Je t’ai planté dans mon jardin

Je t’ai établi sur la montagne de Sion

Et tu Me rejettes  hors des murs de Jérusalem

Au long des siècles

Je t’ai accompagné dans tous tes exils

Je t’ai enseigné par les  prophètes

Pour te rappeler mon Alliance éternelle

Et tu dresses un Croix à ton Sauveur

Pour toi j’ai fait jaillir l’eau du rocher dans le désert

Je t’ai donné un pays où coulent le lait et le miel

J’ai protégé tes villes de hautes fortifications contre tes ennemis

Et tu Me donnes le fiel de l’amertume

Et du vinaigre pour étancher ma soif

A main levé et bras étendus

J’ai englouti dans la mer Pharaon et ses chars

J’ai combattu à tes côtés contre les Philistins et contre Babylone

Et tu Me livres aux mains des grands prêtres et Pilate M’a fait flageller

Pour toi j’ai ouvert les eaux de la mer et du Jourdain

Toi d’un coup de lance tu ouvres Mon Cœur

Des abîmes de la mer Je t’ai arraché

E toi tu Me  précipites au fonds des abîmes de la mort

Au long des siècles

Tu as  contemplé ma Gloire dans la colonne de feu

Et tu Me revêts du manteau de pourpre par pure dérision

J’ai fait de toi Mon peuple parmi toutes les nations

J’ai fait de toi un peuple de rois

Et tu Me couronnes de la couronne d’épines

J’ai fait de toi un peuple choisi entre tous

J’ai fait éclater ta magnificence aux yeux des nations

Et tu M’élève sur la Croix comme un bandit

O mon peuple que t’ai-je fait ?
En quoi t’ai-je contristé ?
Réponds-moi !

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© Claude Tricoire

15 avril 2022

CLAUDE TRICOIRE (1951-...), DANS LA NUIT.... DANS LE SILENCE..., MEDITATIONS, POEMES, POESIES

Dans la nuit… Dans le silence….

Dans la nuit…. Dans le silence…

Il y eut un soir …. Il y eut un matin…

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Au commencement

Dans la nuit dans le silence

La Parole a fait surgir du chaos

L’univers et tout ce qu’il renferme

L’herbe des champs et les animaux

L’homme surgit des mains de Dieu

A sa resssemblance

Il y eut un soir il y eut un matin

Et Dieu trouva que cela était bon

Quand les temps furent accomplis

Dans la nuit dans le silence

Le Verbe est venu au milieu des ténèbres

Habiter au cœur de sa création

Illuminer nos ténèbres

Et Dieu s’est fait homme

Il y eut un soir il y eut un matin

Et Dieu trouva que cela était bon

Au matin d’un jour nouveau

Dans la nuit dans le silence

Le nouvel Adam surgit du tombeau

L’Homme qui gisait à l’ombre de la mort

Soudain s’est réveillé

La Parole est parvenue jusqu’aux confins de la terre

Le Verbe de Dieu a vaincu la nuit

Il y eut un soir il y eut un matin

Et Dieu trouva que cela était bon

©Claude Tricoire

31 décembre 2021

ADORATION DES BERGERS, CLAUDE TRICOIRE (1951-...), ENFANCE DE JESUS, EVANGILE SELON SAINT LUC, JESUS CHRIST, LES BERGERS... PRMIERS CROYANTS... PREMIERS MISSIONNAIRES !, MEDITATIONS, MESSIE, NOËL

Les bergers… Premiers croyants… Premiers missionnaires !

 

Les bergers…. Premiers croyants… premiers missionnaires !

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L’Adoration des bergers. Georges de La Tour (1645)

Méditation 

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » (Lc 10, 21 ; Mtt 11, 25)

 Dans la crèche la figure du berger est incontournable depuis des siècles puisqu’elle figure déjà dans l’épisode situé juste après la naissance de Jésus de Luc (2, 7-20). Il est familier de les voir debout ou à genoux près de la mangeoire où repose l’enfant Jésus. Cette image immortalisée par la tradition et dans l’art nous semble normale et presque banale. La force de l’habitude ! Mais n’ont-ils fait que venir voir ce que les anges leur avaient annoncé ? N’ont-ils pas faire autre chose ?

 Les bergers n’ont pas été choisi pour leurs richesses ou leur savoir.ils faisaient partie du petit peuple d’Israël ; leur métier ne les destinaient ni à devenir riche ou savant ; d’ailleurs peut-être qu’ils ont peu fréquenté les synagogues et encore moins les scribes. Ils étaient simplement bergers d’un troupeau, d’en prendre soin. Et pour se faire ils passaient souvent leur nuit à la belle étoile avec le firmament pour toit, la nature comme école de vie.

 Et c’est pour eux que Dieu va déchirer les cieux, c’est à eux que Dieu va envoyer ses anges pour leur annoncer la nouvelle : « Voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur ! »

Que savaient les bergers de l’attente d’un Messie pour Israël ? Est-ce qu’eux-mêmes étaient dans cette attente ? On peut seulement supposer qu’ils avaient entendu parler de cette promesse d’un Messie que Dieu enverrait pour sauver son peuple ;  on peut également penser qu’ils partageaient comme tous les juifs cet espoir.

Et sans se poser de questions ils partent voir ce que les anges leur ont annoncé …. Mais comme ils sont de bons bergers ils emmènent avec eux le troupeau.  Ils trouveront Marie, Joseph et l’Enfant Jésus couché dans la mangeoire. Ils s’agenouillent devant l’enfant sans autre cérémonie. Peut-être que, comme le veut la tradition, ils aient offert quelques moutons ou brebis au Fils de Dieu. Ils n’ont pas eu besoin de discours pour croire : ils ont ce que Dieu leur avait annoncé et ils ont cru.

On aurait pu penser que les bergers s’en seraient retournés tranquillement à leur occupation de berger et veiller sur leur troupeau. Après avoir vu ils s’empressent d’aller raconter ce qu’ils ont vu à ceux qu’ils rencontrent sur leur chemin sans doute.

 Et puis les bergers s’en retournent à leurs occupations en chantant les louanges de Dieu qui a tenu la Promesse d’envoyer un Sauveur. Comme les anges ils peuvent entonner : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime »

 Ces premiers croyants, ces premiers missionnaires que sont-ils devenus ? Nul ne le sait ! Mais qu’importe au fond ! L’important est ailleurs  : ils ont vu, ils ont cru en la Parole de Dieu, ils en ont témoigné !

 

 Evangile selon saint Luc

[En ce temps-là Marie] mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.

L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.

Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »

Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.

Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.

Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.

Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.

(Luc 2, 7-20)

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©Claude Tricoire

BETHLEEM, CLAUDE TRICOIRE (1951-...), CRECHE, MEDITATIONS, NATIVITE DE JESUS, NOEL, UNE NUIT A BETHLEEM.... PRESQUE COMME LES AUTRES !

Une nuit à Bethléem… presque comme les autres !

Une nuit à Bethléem … presque comme les autres

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Hier

Il est venu une nuit qui semblait comme toutes les autres nuits

Il est venu de nuit.

C’était une nuit calme ou presque puisqu’il y avait beaucoup de monde à Bethléem ce jour là à cause de l’ordre de l’empereur Auguste qui avait ordonné le recensement de tous les habitants dans leur ville d’origine.

A part cet évènement dans cette bourgade rien de bien extraordinaire ! Rien n’annonçait un fait qui marquerait l’histoire du monde. Mise à part les auberges assaillies par le flot des nouveaux arrivants il n’y avait sans doute peu de quoi faire de grandes emplettes et encore moins de grands magasins où faire des achats dispendieux ; non, rien qui aurait pu distraire le voyageur et encore moins de grandes manifestations qui auraient annoncé un quelconque fait extraordinaire.

Il est né tellement discrètement que personne ne se doutait de rien comme seuls savent le faire les pauvres.

Et pourtant Il est venu !

Il est né discrètement comme pour ne déranger personne.

Il est venu chez les siens sans faire de fracas comme pour laisser le monde le découvrir au temps voulu.

Dieu s’est fait homme une nuit semblable à toutes les nuits dans le silence ! Il repose dans une simple mangeoire que Marie et Joseph ont trouvé dans une étable.

Ce fut cette nuit-là que le monde a reçu la LUMIERE …. Une lumière que nul ténèbre ne pourra jamais éteindre !

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Aujourd’hui

Il vient encore une nuit !

Il vient encore….

Tout le mois de décembre, chaque année, dans chaque ville, dans chaque village, les lumières des rues, les lumières des magasins brillent de mille feux qui aveuglent, qui veulent donner l’illusion d’une fête pour tous, d’un bonheur qui se veut accessible à tous. Mais c’est un moment où chacun voudrait oublier les tristes réalités du monde au milieu du bruit et au milieu de la foule. .

Tout le mois de décembre les magasins rivalisent de mille astuces pour attirer le client, pour vendre du rêve et du bonheur. Les sapins sont à chaque coin de rue, à chaque devanture. Les crèches aussi se font plus grandes les unes que les autres, plus décorées aussi… Comme elle est loin l’étable de Bethléem !

Les gens se pressent, se précipitent pour faire leurs achats et déambulent dans les rues les bras chargés de lourds cadeaux. Ils ont dépensé une fortune sans doute pour acheter un semblant de bonheur ! Et dans la nuit de Noël ils mangeront le foie gras et la dinde !

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Comme il est loin le dénuement de l’humble étable de Bethléem !

Comme il est loin le temps où il y a deux mille ans Marie et Joseph sont arrivés repus de fatigue, avec leur maigre bagage et personne pour leur offrir un logis ou un lit pour se reposer du voyage et faire naître un petit enfant !

Comme il loin le temps où il y a deux mille ans dans le silence de la nuit Dieu se faisait homme, homme parmi les hommes pour libérer l’humanité de ses chaines.

Comme elle est loin la nuit de Bethléem éclairée seulement par les étoiles ! Comme elle est loin la nuit de Bethléem où le silence ne fut rompu que par le chant des anges !

Lui seul est le vrai cadeau que personne ne peut acheter parce qu’Il se donne.

Lui seul est la vraie lumière venu en ce monde pour éclairer le monde et dissiper les ténèbres de nos vies !

AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu.

C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.

Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.

 (Jn 1, 1-5.9-11)

©Claude Tricoire

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Basilique de La Nativité

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AVENT, EVANGILE SELON SAINT LUC, MEDITATIONS, NATIVITE DE JESUS, VIERGE MARIE, VISITATION DE LA VIERGE MARIE A ELISABETH : MEDITATION, VISITATION DE LA VIERGE MARIE A SA COUSINE ELISABETH

Visitation de la Vierge Marie à Elisabeth : méditation

La Visitation de la Vierge Marie à sa cousine Elisabeth

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  Se mettre en route pour accueillir le Christ

Voici comment Benoît XVI nous invitait à entrer dans ce mouvement :

« La scène de la Visitation exprime aussi la beauté de l’accueil : là où il y a accueil réciproque, écoute, où l’on fait de la place à l’autre, Dieu est présent, ainsi que la joie qui vient de lui. Imitons Marie durant le temps de Noël, en rendant visite à ceux qui vivent des difficultés, en particulier les malades, les prisonniers, les personnes âgées et les enfants. Et imitons aussi Élisabeth qui accueille l’hôte comme Dieu lui-même : sans le désirer, nous ne connaîtrons jamais le Seigneur ; sans l’attendre, nous ne le rencontrerons pas ; sans le chercher, nous ne le trouverons pas. Avec la même joie que Marie qui se rend en hâte chez Élisabeth (cf. Lc 1, 39), allons, nous aussi, à la rencontre du Seigneur qui vient. Prions pour que tous les hommes cherchent Dieu, qu’ils découvrent que c’est Dieu lui-même qui vient nous rendre visite en premier. À Marie, Arche de l’Alliance nouvelle et éternelle, confions notre cœur, pour qu’elle le rende digne d’accueillir la visite de Dieu dans le mystère de son Noël. »1

  

Se mettre en route

Monsieur Olier, en expliquant la première lecture de la messe de la Visitation (un extrait du Cantique des cantiques), nous dépeint Marie  ainsi :

« Oubliant sa faiblesse, son âge, sa délicatesse, animée du zèle de son fils, et brûlant d’ardeur pour le faire connaître, elle [Marie] court par les montagnes, elle gravit les collines, afin d’annoncer Jésus-Christ. Son admirable apostolat, dont les pas portent partout la paix et la grâce, est dépeint dans l’épître de ce jour [Ct 2]. Renfermé dans sainte Élisabeth, saint Jean, qui figurait l’Église en demandant sa sanctification, invite Jésus-Christ et Marie, désignés sous les images de la chèvre et du faon, à hâter leur course et à accomplir leur mission commune. “J’entends, dit-il, la voix de mon bien-aimé : le voici qui vient, sautant sur les montagnes, franchissant les collines” [Ct 2, 8] (dans l’ardeur qu’il a de venir à moi). “Car mon bien-aimé est semblable à la chèvre et au faon” (il court avec la même légèreté et la même vitesse). “Le voici arrivé ; le voilà qui se tient derrière notre muraille, qui regarde par les fenêtres, qui jette sa vue à travers les treillis” [v. 9]. La chèvre, qui monte au sommet des rochers, représente ici la Très Sainte Vierge gravissant dans sa course les collines et les montagnes ; et le faon exprime le Fils de Dieu qu’elle portait dans son sein. Il marche en elle, non pas à pas de géant, comme il fera dans la suite, d’après le prophète, mais semblable à un petit faon. Il est renfermé dans la Très Sainte Vierge, qui est notre muraille : il considère par son esprit, il regarde par ses yeux, comme par des treillis ; quoique ce soit Marie qui parle, Jésus-Christ emploie la parole de sa Mère, et agit lui-même par elle, comme il se sert de la parole de ses ministres pour nous sanctifier. »2

Marie croit à la parole de l’Ange, mais celle-ci est confirmée et amplifiée par sa rencontre avec Élisabeth, comme sans doute aussi par le récit du songe de Joseph.

Sainte Élisabeth de la Trinité nous la décrit ainsi comme modèle de vie intérieure :

« Il me semble que l’attitude de la Vierge durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle ! Car, à travers tout, la Vierge restait l’adorante du don de Dieu ! Cela ne l’empêchait pas de se dépenser au-dehors lorsqu’il s’agissait d’exercer la charité ; l’Évangile nous dit que Marie parcourut en toute diligence les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Élisabeth. Jamais la vision ineffable qu’elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure. Car, dit un pieux auteur, si la contemplation s’en va vers la louange et vers l’éternité de son Seigneur, elle possède l’unité et ne la perdra pas. Qu’un ordre du Ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu’elle pleure et qu’elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le Ciel ce qu’elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève, et reprend, brûlante de son feu, le chemin de la hauteur. »3

 

 Accueillir notre frère

Alors que Marie se met en route, il revient à Élisabeth de l’accueillir. Quelles sont les caractéristiques de cet accueil, modèle pour notre vie chrétienne ? Observons le dialogue des deux femmes. C’est Marie qui parle la première en adressant son salut. Élisabeth commence par écouter attentivement la salutation. Elle écoute aussi l’écho que rencontre cette salutation au-dedans d’elle, jusque dans le cœur de son enfant. Un enseignement pour nous qui sommes souvent tentés de parler avant d’écouter, et qui n’écoutons pas toujours de manière très intérieure. Demandons la grâce d’entendre ce que la parole d’autrui nous révèle en profondeur sur lui-même, et surtout sur Dieu. Demandons la même grâce pour la prière où nous sommes souvent trop bavards.

Suivons l’enseignement du cardinal Sarah, un grand homme de prière :

« Le silence est surtout l’attitude positive de celui qui se prépare à l’accueil de Dieu par l’écoute. Oui, Dieu agit dans le silence. D’où cette observation si importante du grand saint Jean de la Croix : “Le Père n’a dit qu’une parole, à savoir son Fils, et dans un silence éternel Il la dit toujours : l’âme doit L’entendre en silence.” Le livre de la Sagesse (Sg 18, 14) notait déjà, à propos de la manière dont Dieu intervint pour délivrer le peuple élu de sa captivité d’Égypte, que cette action inoubliable eut lieu pendant la nuit : “Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide, du haut des cieux, ta Parole toute-puissante s’élança du trône royal.” Plus tard, ce verset sera compris par la tradition liturgique chrétienne comme une préfiguration de l’Incarnation silencieuse du Verbe éternel dans la crèche de Bethléem. »4

Élisabeth est alors remplie de l’Esprit Saint (v. 41), qui la porte à cette louange si belle : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. » La bénédiction est la deuxième étape de l’accueil d’autrui. Bénir, c’est dire du bien de l’autre, et c’est le faire de la part du Seigneur.

Souvenons-nous de la bénédiction que Dieu avait inspirée à Moïse, lors de l’Exode, avec toutes les dispositions liturgiques décrites dans le livre des Nombres.

Benoît XVI explique comment celle d’Élisabeth lui fait écho :

« Cette bénédiction [de Lc 1, 42] est en continuité avec la bénédiction sacerdotale que Dieu avait suggérée à Moïse pour qu’il la transmette à Aaron et à tout le peuple : “Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !” (Nb 6, 24-26.) En célébrant la solennité de sainte Marie, la sainte Mère de Dieu, l’Église nous rappelle que Marie est la première destinataire de cette bénédiction. En elle, celle-ci trouve son accomplissement : en effet, aucune créature n’a vu briller sur elle le visage de Dieu comme Marie, qui a donné un visage humain au Verbe éternel, de sorte que tous puissent le contempler. »5

Élisabeth fait ensuite un acte d’humilité : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (v. 43.). Elle se sent indigne.

Dans l’évangile de la Visitation, l’humilité de tous les personnages est impressionnante, comme le souligne Origène :

« Il faut observer que Marie, qui est supérieure, va vers Élisabeth, qui est inférieure, et le Fils de Dieu vers le Baptiste : cela nous apprend qu’il ne faut pas tarder à aider ceux qui sont inférieurs à nous, et nous enseigne aussi la modestie. »6

Nous arrive-t-il, devant certaines grâces particulières, certaines missions qui nous sont confiées, mais plus encore dans les sacrements, en particulier l’Eucharistie et le sacrement du pardon, de ressentir cette indignité ?

Nous aussi, comme Marie, avons été bénis par le Père, ainsi que l’exprime le pape François :

« De même que Marie est saluée par sainte Élisabeth comme étant “bénie entre toutes les femmes” (Lc 1, 42), nous aussi nous avons été depuis toujours “bénis”, c’est-à-dire “aimés”, et pour cela “choisis avant la création du monde pour être saints et immaculés” (cf. Ep 1, 4). Marie a été préservée tandis que nous nous avons été sauvés grâce au baptême et à la foi. Mais tous, que ce soit elle ou nous, “par le Christ”, “à la louange de sa grâce” (cf. v. 6), cette grâce dont l’Immaculée a été comblée en plénitude. »7

 

 Marie et l’Église

Nous pouvons enfin méditer sur la figure de Marie à travers les paroles d’Élisabeth. Elles ont inspiré la première partie de l’Ave Maria, que nous pouvons prier de manière toute particulière ces jours-ci.

Le romancier Julien Green mettait sur les lèvres de Jeanne, l’un de ses personnages en recherche spirituelle, ces réflexions qui montrent comment la maternité de Marie est universelle. Ayant pris place dans l’église de son village, elle décrit sa propre prière :

« Je la salue [Marie] parce qu’elle est belle et que le croissant de la lune est sous ses pieds, et parce que je suis toute seule et que j’ai besoin de parler à quelqu’un qui m’écoute avec bonté. Alors, je déballe tous mes ennuis. Je me plains à Marie de ma solitude, et je suis moins seule. Je lui dis que j’ai un cœur humain et que ce cœur a froid parce que l’homme que j’aime n’est pas là, et elle comprend parce qu’elle est la mère de toute l’humanité. Et lorsque je ferme les yeux, il me semble que je me blottis contre elle, le front près de ses genoux, et qu’elle me touche les cheveux du bout des doigts. »8

Mais nous pouvons aussi appliquer cette salutation à l’Église. En effet, Élisabeth souligne la fécondité de Marie (« le fruit de tes entrailles ») et sa grandeur (« entre toutes les femmes »), deux caractéristiques de la nouvelle « fille de Sion » qu’est l’Église, peuple béni entre toutes les nations, qui engendre les âmes à la vie divine.

Bien plus, l’Église contient en son sein − dans le tabernacle − le Seigneur de l’univers. Le concile Vatican II nous suggère cette piste spirituelle :

« En contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Église (grâce à la Parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi) devient à son tour Mère : par la prédication en effet, et par le baptême, elle engendre à une vie nouvelle et immortelle des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle aussi est vierge, ayant donné à son Époux sa foi, qu’elle garde intègre et pure ; imitant la Mère de son Seigneur, elle conserve, par la vertu du Saint-Esprit, dans leur pureté virginale, une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère. »9

Élisabeth termine sa louange par la foi : « Heureuse celle qui a cru… » Elle commente l’attitude de la Vierge lors de l’Annonciation, décrite quelques versets auparavant.  : « La foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ. » (Rm 10, 17) L’Église joue un rôle particulier dans cette dynamique : elle nous éduque dans la foi par la proclamation de l’Évangile.

Comme le dit le Catéchisme :

« C’est d’abord l’Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C’est d’abord l’Église qui, partout, confesse le Seigneur, et avec elle et en elle, nous sommes entraînés et amenés à confesser, nous aussi : “Je crois”, “Nous croyons”. C’est par l’Église que nous recevons la foi et la vie nouvelle dans le Christ par le baptême. »10

L’évangile de ce dimanche nous invite donc à la louange : louons le Seigneur pour Marie qui va bientôt enfanter, et louons-le pour l’Église, notre Mère.

Écoutons par exemple saint Paul VI ; quelque temps avant de mourir, dans son testament spirituel, il exprimait ainsi sa grande passion pour l’Église :

« C’est pourquoi je prie le Seigneur qu’il m’accorde la grâce de faire de ma mort prochaine un don d’amour à l’Église. Je peux dire que je l’ai toujours aimée ; ce fut cet amour pour elle qui m’arracha à mon étroit et sauvage égoïsme et me conduisit à son service ; c’est pour elle, et pour nul autre, qu’il me semble avoir vécu. Mais je voudrais que l’Église le sache ; et que j’aie la force de le lui dire, comme une confidence du cœur qu’on n’a le courage de faire qu’aux derniers moments de la vie. Je voudrais, enfin, la comprendre tout entière, dans son histoire, dans son dessein divin, dans son destin final, dans sa composition complexe, totale et unitaire, dans sa consistance humaine et imparfaite, dans ses malheurs et ses souffrances, dans les faiblesses et les misères d’un si grand nombre de ses fils, dans ses aspects moins sympathiques et dans son effort permanent de fidélité, d’amour, de perfection et de charité. Corps mystique du Christ. Je voudrais l’embrasser, la saluer, l’aimer en chaque être qui la compose, en chaque évêque et prêtre qui l’assiste et la guide, dans toute âme qui la vit et la glorifie ; la bénir. Mais aussi parce que je ne la quitte pas, que je n’en sors pas, mais que je m’unis et me confonds plus et mieux avec elle : la mort est un progrès dans la communion des Saints. »11

Il est donc bon d’entonner de temps en temps, dans notre prière, une louange à notre Mère l’Église, c’est-à-dire de remercier Dieu pour un don si excellent

Voici comment un grand théologien, le père Henri de Lubac, s’adressait de manière lyrique à l’Église :

« Louée sois-tu, Mère du bel amour, de la crainte salutaire, de la science divine et de la sainte espérance ! Sans toi, nos pensées restent éparses et flottantes : tu les lies en un faisceau robuste. Tu dissipes les ténèbres où chacun s’engourdit, ou se désespère, ou, pitoyablement, “se taille à sa guise son roman de l’infini” (Renan). Sans nous décourager d’aucune tâche, tu nous gardes des mythes trompeurs, tu nous épargnes les égarements et les dégoûts de toutes les églises faites de main d’homme. Tu nous sauves de la ruine en présence de notre Dieu ! Arche vivante, Porte de l’Orient, Miroir sans tache de l’activité du Très-Haut ! Toi qui es aimée du Maître de l’univers, initiée à ses secrets, et qui nous instruis de ce qui lui plaît ! Toi dont l’éclat surnaturel, aux pires heures, ne se ternit pas ! Toi grâce à qui notre nuit est baignée de lumière ! Toi par qui, chaque matin, le prêtre monte à l’autel du Dieu qui réjouit sa jeunesse ! Sous l’obscurité de ton enveloppe terrestre, la Gloire du Liban est en toi. Tu nous donnes chaque jour celui qui seul est la Voie et la Vérité. Par toi, nous avons en lui l’espérance de la Vie. Ton souvenir est plus doux que le miel, et celui qui t’écoute ne connaîtra jamais la confusion. Mère sainte, Mère unique, Mère immaculée ! Ô grande Mère ! Sainte Église, Ève véritable, seule vraie Mère des Vivants ! »12

 Notes

1.Pape Benoît XVI, Angélus, 23 décembre 2012.

2.J.-J. Olier, Vie intérieure de la Très Sainte Vierge Marie, op. cit., p. 27.

3.Élisabeth de la Trinité, J’ai trouvé Dieu, tome Ia des Œuvres Complètes, Cerf, 1985, p. 122.

4.Cardinal R. Sarah, La force du silence, Fayard, 2016, nº 271.

5.Pape François, Homélie, 1er janvier 2015.

6.Origène, Commentaire à l’évangile de Jean, VI, 49, dans l’édition de Preuschen (GCS 159,16).

7.Pape François, Angélus, 8 décembre 2014.

8.J. Green, Varouna, Fayard, 1995, p. 319.

9.Concile Vatican II, Lumen Gentium, nº 64 ; lire tout le chapitre 8, n° 60-65 (« La Vierge et l’Église »).

10.Catéchisme de l’Église catholique, n° 168.

11.Pape Paul VI, Pensée sur la mort, 1978 (www.vatican.va).

12.H. de Lubac, Méditation sur l’Église, Cerf, 2006, p. 239-240.

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J’ai rêvé d’un Noël par Yves Pringent

J’ai rêvé d’un Noël !

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J’ai rêvé d’un Noël, qui serait différent
Dans ce monde troublé, de ce siècle présent
J’ai rêvé d’un Noël, aux décors de l’espoir
Qui bannirait ainsi, les ombres les plus noires.

Dessinez-moi Noël ! Aux multiples couleurs !
Où l’histoire de Jésus, sera mise à l’honneur
Décrivez son amour, sans oublier sa paix
Soulignez sa grâce, qu’il donne désormais.

Effacez de Noël, ce qui masque Jésus !
Que chacun comprenne, qu’il porte le salut
Ôtez ce qui n’est pas, conforme aux Écrits
Gardez tout simplement, ce que la Bible dit.

Mettez au silence ! Tous ces bruits discordants !
Qui montent de la terre, aux accents effrayants
Faites taire la rumeur, que Dieu serait lointain
Alors qu’il vient ce jour, vous prendre par la main.

Écoutez ce qu’il dit, car il s’adresse à vous
Message de Noël, ô ! Mon Dieu qu’il est doux !
Chantez et proclamez, l’enfant nouveau né
Qui a marqué l’histoire de notre humanité.

 

 Lecture : Matthieu 2 v 2 :

Où est le Roi des juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l’adorer.

 Demandez à un enfant d’aujourd’hui de représenter Noël par un dessin, et vous comprendrez, le sens que notre société a donné à cette fête. Il vous dessinera un sapin, tout décoré, avec plein de cadeaux à son pied ; puis des bougies, de la lumière, des couleurs. Quelques uns peut-être ayant une certaine connaissance de l’histoire biblique crayonneront une crèche avec des personnages : Les bergers, les mages et l’enfant Jésus. Tout cela lui parlera de Noël. Maintenant demandez à la grande majorité de personnes de dessiner et de commenter Noël, et vous serez stupéfaits de constater qu’il y a un décalage important entre ce qu’ils attendent de cette fête par rapport à sa réalité spirituelle ; car n’oublions jamais qu’il est question de la naissance du Fils de Dieu né d’une femme et venu sur cette terre pour sauver l’humanité condamnée à cause du péché.

Mais si nous mettons la naissance de Jésus au centre de cette fête, nous obtenons un tableau différent, où la joie ne sera pas exclue, bien au contraire car Noël est le sujet d’une grande joie ! Elle sera différente, alimentée par l’espérance que nous procure cette naissance exceptionnelle. J’ai connu des « Noël » où Jésus était absent, comme masqué ou à peine mentionné ; d’autres éléments festifs étaient au premier plan ; mais aujourd’hui pour moi, Noël prend une dimension extraordinaire où la reconnaissance n’est pas liée à une fête ponctuelle une fois l’année, mais chaque jour elle est le sujet de ma joie, de connaître celui qui est venu sur la terre pour me sauver et m’accorder sa paix.

Je vous souhaite ce Noël là ! Il se prolonge dans le cœur de tous ceux qui acceptent Jésus-Christ le Sauveur du monde.

Pour moi Noël n’est plus un rêve, mais une réalité vivante chaque jour.

Yves Pringent

Yves Pringent (1934-2014)

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Yves Prigent était neuropsychiatre, spécialiste de la dépression, du suicide et de la violence. Il a exercé à l’Hôpital de Pont-l’Abbé et en cabinet libéral. Il a également été expert judiciaire, conseiller scientifique de l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS), et a aussi eu une activité de formateur et de conférencier.

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AVENT, LE CHANT DE LA VIERGE, LE CHANT DE LA VIERGE PAR MARIE NOËL, MARIE-NOËL (1883-1967), MARIE-NOËL ROUGET (1883-1967), MEDITATIONS, NATIVITE DE JESUS, NOEL, PRIERE, PRIERES, VIERGE MARIE, VIERGE MARIE

Le chant de la Vierge par Marie Noël

Le Chant de la Vierge Marie

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MARIE :
Je me hâte, je prépare,
Car nous entrons en Avent,
Le trousseau de mon Enfant.
« Joseph a taillé du hêtre
Pour sa Couchette de bois ;

LES ANGES :
Les Juifs tailleront du hêtre
Pour Lui dresser une Croix.

MARIE :
J’ai fait de beaux points d’épine
Sur Son petit bonnet rond ;

LES ANGES :
Nous avons tressé l’épine
En couronne pour Son front.

MARIE :
J’ai là des drapeaux de toile
Pour L’emmailloter au sec ;

LES ANGES :
Nous avons un drap de toile
Pour L’ensevelir avec.

MARIE :
Un manteau de laine rouge
Pour qu’Il ait bien chaud dehors ;

LES ANGES :
Une robe de sang rouge
Pour Lui couvrir tout le corps.

MARIE :
Pour Ses mains, Ses pieds si tendres,
Des gants, des petits chaussons ;

LES ANGES :
Pour Ses mains, Ses pieds si tendres,
Quatre clous, quatre poinçons.

MARIE :
La plus douce des éponges
Pour laver Son corps si pur ;

LES ANGES :
La plus dure des éponges
Pour L’abreuver de vin sur.

MARIE :
La cuiller qui tourne, tourne,
Dans Sa soupe sur le feu ;

LES ANGES :
La lance qui tourne, tourne
Dans son Cœur. Un rude épieu.

MARIE :
Et, pour Lui donner à boire,
Le lait tiède de mon sein ;

LES ANGES :
Et, pour Lui donner à boire,
Le fiel prêt pour l’assassin.

MARIE :
Au bout de l’Avent nous sommes,
Tout est prêt, Il peut venir…

LES ANGES :
Tout est prêt, Tu peux venir,
Ô Jésus, sauver les hommes »

Ainsi soit-il.

Marie Noël Rouget (1883-1967)