ECRIVAIN FRANÇAIS, EPIDEMIES, François-René de Chateubriand (1768-1848), LITTERATURE FRANÇAISE, MALADIES, MEMOIRES, MEMOIRES D'OUTRE-TOMBE, PESTE

Contagion…. Peste… Choléra …. par François-René de Chateaubriand

Contagion… Peste… Choléra … par François-René de Chateaubriand dans ses Mémoires

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Nicolas Poussin, La Peste à Ashdod (1630, Musée du Louvre)

JOURNAL DU 12 JUILLET AU 1er SEPTEMBRE 1831.

« Paris, 12 avril 1832.

« Madame,

« Tout vieillit vite en France ; chaque jour ouvre de nouvelles chances à la politique et commence une série d’événements. Nous en sommes maintenant à la maladie de M. Périer et au fléau de Dieu. J’ai envoyé à M. le préfet de la Seine la somme de 12 000 fr. que la fille proscrite de saint Louis et de Henri IV a destinée au soulagement des infortunés : quel digne usage de sa noble indigence ! Je m’efforcerai, madame, d’être le fidèle interprète de vos sentiments. Je n’ai reçu de ma vie une mission dont je me sentisse plus honoré.

« Je suis avec le plus profond respect, etc. »

Avant de parler de l’affaire des 12 000 fr. pour les cholériques, mentionnés dans ce post-scriptum, il faut parler du choléra. Dans mon voyage en Orient je n’avais point rencontré la peste, elle est venue me trouver à domicile ; la fortune après laquelle j’avais couru m’attendait assise à ma porte.

À l’époque de la peste d’Athènes, l’an 431 avant notre ère, vingt-deux grandes pestes avaient déjà ravagé le monde. Les Athéniens se figurèrent qu’on avait empoisonné leurs puits ; imagination populaire renouvelée dans toutes les contagions. Thucydide nous a laissé du fléau de l’Attique une description copiée chez les anciens par Lucrèce, Virgile, Ovide, Lucain, chez les modernes par Boccace et Manzoni. Il est remarquable qu’à propos de la peste d’Athènes, Thucydide ne dit pas un mot d’Hippocrate, de même qu’il ne nomme pas Socrate à propos d’Alcibiade. Cette peste donc attaquait d’abord la tête, descendait dans l’estomac, de là dans les entrailles, enfin dans les jambes ; si elle sortait par les pieds après avoir traversé tout le corps, comme un long serpent, on guérissait. Hippocrate l’appela le mal divin, et Thucydide le feu sacré ; ils la regardèrent tous deux comme le feu de la colère céleste.

Une des plus épouvantables pestes fut celle de Constantinople au ve siècle, sous le règne de Justinien : le christianisme avait déjà modifié l’imagination des peuples et donné un nouveau caractère à une calamité, de même qu’il avait changé la poésie ; les malades croyaient voir errer autour d’eux des spectres et entendre des voix menaçantes.

La peste noire du xive siècle, connue sous le nom de la mort noire, prit naissance à la Chine : on s’imaginait qu’elle courait sous la forme d’une vapeur de feu en répandant une odeur infecte. Elle emporta les quatre cinquièmes des habitants de l’Europe.

En 1575 descendit sur Milan la contagion qui rendit immortelle la charité de saint Charles Borromée. Cinquante-quatre ans plus tard, en 1629, cette malheureuse ville fut encore exposée aux calamités dont Manzoni[37] a fait une peinture bien supérieure au célèbre tableau de Boccace.

En 1660 le fléau se renouvela en Europe, et dans ces deux pestes de 1629 et 1660 se reproduisirent les mêmes symptômes de délire de la peste de Constantinople.

« Marseille, dit M. Lemontey, sortait en 1720 du sein des fêtes qui avaient signalé le passage de mademoiselle de Valois, mariée au duc de Modène. À côté de ces galères encore décorées de guirlandes et chargées de musiciens, flottaient quelques vaisseaux apportant des ports de la Syrie la plus terrible calamité[38]. »

Le navire fatal dont parle M. Lemontey, ayant exhibé une patente nette, fut admis un moment à la pratique. Ce moment suffit pour empoisonner l’air ; un orage accrut le mal et la peste se répandit à coups de tonnerre.

Les portes de la ville et les fenêtres des maisons furent fermées. Au milieu du silence général, on entendait quelquefois une fenêtre s’ouvrir et un cadavre tomber ; les murs ruisselaient de son sang gangrené, et des chiens sans maître l’attendaient en bas pour le dévorer. Dans un quartier, dont tous les habitants avaient péri, on les avait murés à domicile, comme pour empêcher la mort de sortir. De ces avenues de grands tombeaux de famille, on passait à des carrefours dont les pavés étaient couverts de malades et de mourants étendus sur des matelas et abandonnés sans secours. Des carcasses gisaient à demi pourries avec de vieilles hardes mêlées de boue ; d’autres corps restaient debout appuyés contre les murailles, dans l’attitude où ils étaient expirés.

Tout avait fui, même les médecins ; l’évêque, M. de Belsunce, écrivait : « On devrait abolir les médecins, ou du moins nous en donner de plus habiles ou de moins peureux. J’ai eu bien de la peine à faire tirer cent cinquante cadavres à demi pourris qui étaient autour de ma maison. »

Un jour, des galériens hésitaient à remplir leurs fonctions funèbres : l’apôtre monte sur l’un des tombereaux, s’assied sur un tas de cadavres et ordonne aux forçats de marcher : la mort et la vertu s’en allaient au cimetière, conduites par le crime et le vice épouvantés et admirant. Sur l’esplanade de la Tourette, au bord de la mer, on avait, pendant trois semaines, porté des corps, lesquels, exposés au soleil et fondus par ses rayons, ne présentaient plus qu’un lac empesté. Sur cette surface de chairs liquéfiées, les vers seuls imprimaient quelque mouvement à des formes pressées, indéfinies, qui pouvaient avoir des effigies humaines.

Quand la contagion commença de se ralentir, M. de Belsunce, à la tête de son clergé, se transporta à l’église des Accoules : monté sur une esplanade d’où l’on découvrait Marseille, les campagnes, les ports et la mer, il donna la bénédiction, comme le pape, à Rome, bénit la ville et le monde : quelle main plus courageuse et plus pure pouvait faire descendre sur tant de malheurs les bénédictions du ciel ?

C’est ainsi que la peste dévasta Marseille, et cinq ans après ces calamités, on plaça sur la façade de l’hôtel de ville l’inscription suivante, comme ces épitaphes pompeuses qu’on lit sur un sépulcre :

Massilia Phocensium filia, Romæ soror, Carthaginis terror, Athenarum æmula.

« Paris, rue d’Enfer, mai 1832.

Le choléra, sorti du Delta du Gange en 1817, s’est propagé dans un espace de deux mille deux cents lieues, du nord au sud, et de trois mille cinq cents de l’orient à l’occident ; il a désolé quatorze cents villes, moissonné quarante millions d’individus. On a une carte de la marche de ce conquérant. Il a mis quinze années à venir de l’Inde à Paris : c’est aller aussi vite que Bonaparte : celui-ci employa à peu près le même nombre d’années à passer de Cadix à Moscou, et il n’a fait périr que deux ou trois millions d’hommes.

Qu’est-ce que le choléra ? Est-ce un vent mortel ? Sont-ce des insectes que nous avalons et qui nous dévorent ? Qu’est-ce que cette grande mort noire armée de sa faux, qui, traversant les montagnes et les mers, est venue, comme une de ces terribles pagodes adorées aux bords du Gange, nous écraser aux rives de la Seine sous les roues de son char ? Si ce fléau fût tombé au milieu de nous dans un siècle religieux, qu’il se fût élargi dans la poésie des mœurs et des croyances populaires, il eût laissé un tableau frappant. Figurez-vous un drap mortuaire flottant en guise de drapeau au haut des tours de Notre-Dame, le canon faisant entendre par intervalles des coups solitaires pour avertir l’imprudent voyageur de s’éloigner ; un cordon de troupes cernant la ville et ne laissant entrer ni sortir personne, les églises remplies d’une foule gémissante, les prêtres psalmodiant jour et nuit les prières d’une agonie perpétuelle, le viatique porté de maison en maison avec des cierges et des sonnettes, les cloches ne cessant de faire entendre le glas funèbre, les moines, un crucifix à la main, appelant dans les carrefours le peuple à la pénitence, prêchant la colère et le jugement de Dieu, manifestés sur les cadavres déjà noircis par le feu de l’enfer.

Puis les boutiques fermées, le pontife entouré de son clergé, allant, avec chaque curé à la tête de sa paroisse, prendre la châsse de sainte Geneviève ; les saintes reliques promenées autour de la ville, précédées de la longue procession des divers ordres religieux, confréries, corps de métiers, congrégations de pénitents, théories de femmes voilées, écoliers de l’Université, desservants des hospices, soldats sans armes ou les piques renversées ; le Miserere chanté par les prêtres se mêlant aux cantiques des jeunes filles et des enfants ; tous, à certains signaux, se prosternant en silence et se relevant pour faire entendre de nouvelles plaintes.

Rien de tout cela : le choléra nous est arrivé dans un siècle de philanthropie, d’incrédulité, de journaux, d’administration matérielle[39]. Ce fléau sans imagination n’a rencontré ni vieux cloîtres, ni religieux, ni caveaux, ni tombes gothiques ; comme la terreur en 1793, il s’est promené d’un air moqueur, à la clarté du jour, dans un monde tout neuf, accompagné de son bulletin, qui racontait les remèdes qu’on avait employés contre lui, le nombre des victimes qu’il avait faites, où il en était, l’espoir qu’on avait de le voir encore finir, les précautions qu’on devait prendre pour se mettre à l’abri, ce qu’il fallait manger, comment il était bon de se vêtir. Et chacun continuait de vaquer à ses affaires, et les salles de spectacle étaient pleines. J’ai vu des ivrognes à la barrière, assis devant la porte du cabaret, buvant sur une petite table de bois et disant en élevant leur verre : « À ta santé, Morbus ! » Morbus, par reconnaissance, accourait, et ils tombaient morts sous la table. Les enfants jouaient au choléra, qu’ils appelaient le Nicolas Morbus et le scélérat Morbus. Le choléra avait pourtant sa terreur : un brillant soleil, l’indifférence de la foule, le train ordinaire de la vie, qui se continuait partout, donnaient à ces jours de peste un caractère nouveau et une autre sorte d’épouvante. On sentait un malaise dans tous les membres ; un vent du nord, sec et froid, vous desséchait ; l’air avait une certaine saveur métallique qui prenait à la gorge. Dans la rue du Cherche-Midi, des fourgons du dépôt d’artillerie faisaient le service des cadavres. Dans la rue de Sèvres, complètement dévastée, surtout d’un côté, les corbillards allaient et venaient de porte en porte ; ils ne pouvaient suffire aux demandes, on leur criait par les fenêtres : « Corbillard, ici ! » Le cocher répondait qu’il était chargé et ne pouvait servir tout le monde. Un de mes amis, M. Pouqueville, venant dîner chez moi le jour de Pâques, arrivé au boulevard du Mont-Parnasse, fut arrêté par une succession de bières presque toutes portées à bras. Il aperçut, dans cette procession, le cercueil d’une jeune fille sur lequel était déposée une couronne de roses blanches. Une odeur de chlore formait une atmosphère empestée à la suite de cette ambulance fleurie.

Sur la place de la Bourse, où se réunissaient des cortèges d’ouvriers en chantant la Parisienne, on vit souvent jusqu’à onze heures du soir défiler des enterrements vers le cimetière Montmartre à la lueur de torches de goudron. Le Pont-Neuf était encombré de brancards chargés de malades pour les hôpitaux ou de morts expirés dans le trajet. Le péage cessa quelques jours sur le pont des Arts. Les échoppes disparurent et comme le vent de nord-est soufflait, tous les étalagistes et toutes les boutiques des quais fermèrent. On rencontrait des voitures enveloppées d’une banne et précédées d’un corbeau, ayant en tête un officier de l’état civil, vêtu d’un habit de deuil, tenant une liste en main. Ces tabellions manquèrent ; on fut obligé d’en appeler de Saint-Germain, de La Villette, de Saint-Cloud. Ailleurs, les corbillards étaient encombrés de cinq ou six cercueils retenus par des cordes. Des omnibus et des fiacres servaient au même usage : il n’était pas rare de voir un cabriolet orné d’un mort couché sur sa devantière. Quelques décédés étaient présentés aux églises ; un prêtre jetait de l’eau bénite sur ces fidèles de l’éternité réunis.

À Athènes, le peuple crut que les puits voisins du Pirée avaient été empoisonnés ; à Paris, on accusa les marchands d’empoisonner le vin, les liqueurs, les dragées et les comestibles. Plusieurs individus furent déchirés, traînés dans le ruisseau, précipités dans la Seine. L’autorité a eu à se reprocher des avis maladroits ou coupables.

Comment le fléau, étincelle électrique, passa-t-il de Londres à Paris ? on ne le saurait expliquer. Cette mort fantasque s’attache souvent à un point du sol, à une maison, et laisse sans y toucher les alentours de ce point infesté ; puis elle revient sur ses pas et reprend ce qu’elle avait oublié. Une nuit, je me sentis attaqué : je fus saisi d’un frisson avec des crampes dans les jambes ; je ne voulus pas sonner, de peur d’effrayer madame de Chateaubriand. Je me levai ; je chargeai mon lit de tout ce que je rencontrai dans ma chambre, et, me remettant sous mes couvertures, une sueur abondante me tira d’affaire. Mais je demeurai brisé, et ce fut dans cet état de malaise que je fus forcé d’écrire ma brochure sur les 12 000 francs de madame la duchesse de Berry.

ÉCHANTILLONS.

« Voudrais-tu nous dire, vieux républiquinquiste, le jour où tu voudras graisser tes maucassines ? il nous sera facile de te procurer de la graisse de chouans, et si tu voulais du sang de tes amis pour écrire leur histoire, il n’en manque pas dans la boue de Paris, son élément.

« Vieux brigand, demande à ton scélérat et digne ami Fitz-James si la pierre qu’il a reçue dans la partie féodale lui a fait plaisir. Tas de canailles, nous vous arracherons les tripes du ventre, etc., etc. »

Dans une autre missive, on voit une potence très bien dessinée avec ces mots :

« Mets-toi aux genoux d’un prêtre, fais acte de contrition, car on veut ta vieille tête pour finir tes trahisons. »

Au surplus, le choléra dure encore : la réponse que j’adresserais à un adversaire connu ou inconnu lui arriverait peut-être lorsqu’il serait couché sur le seuil de sa porte. S’il était au contraire destiné à vivre, où sa réplique me parviendrait-elle ? peut-être dans ce lieu de repos, dont aujourd’hui personne ne peut s’effrayer, surtout nous autres hommes qui avons étendu nos années entre la terreur et la peste, premier et dernier horizon de notre vie. Trêve : laissons passer les cercueils.

Paris, rue d’Enfer, 10 juin 1832.

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Notes

↑ Après avoir ravagé l’Asie, puis la Russie, la Pologne, la Bohême, la Galicie, l’Autriche, le choléra, passant par-dessus l’Europe occidentale, s’était abattu sur l’Angleterre. Le 12 février, il s’était déclaré à Londres, d’où il ne devait disparaître que dans les premiers jours de mai. Le 15 mars, il était signalé à Calais. Le 26 mars, il atteignait à Paris, dans la rue Mazarine, sa première victime. L’épidémie ne devait prendre fin que le 30 septembre. Sa durée totale avait été de cent quatre-vingt-neuf jours, pendant lesquels le chiffre des morts atteints du choléra s’éleva à 18 406. La population de Paris n’était alors que de 645 698 âmes ; le nombre des décès fut donc de plus de 23 pour 1000 habitants. Le chiffre de 18 406 s’appliquant aux seuls décès administrativement constatés, le chiffre réel a dû être plus élevé ; car, au sein de la confusion générale, au milieu du désespoir de tant de familles, toutes les déclarations n’ont pas dû être faites, et il y a eu sans nul doute beaucoup d’omissions involontaires. — Voir, dans l’Époque sans nom, de M. A. Bazin (1833), tome II, pages 251-275, le chapitre sur le Choléra-morbus.

Mémoires d’Outre-tombe

François-René de Chateaubriand

Paris, Garnier, Garnier, 1910 

(Tome 5, p. 415-509).

Livre XV. Livre premier. Quatrième partie : les dernières années (1830-1941)

François-René de Chateaubriand (1758-1848)

ACQUISITION D'UN TABLEAU DE CHATEAUBRIAND PAR GIRODET
Tableau inédit de Girodet, un modello ayant précédé la réalisation du célèbre portrait de Chateaubriand sur fond de paysage romain, dont l’original se trouve au musée de Saint-Malo et une copie au Château de Versailles.   Le Portrait de François-René de Chateaubriand (1768-1848) (Huile sur toile – 40 x 32 cm, 1809) est désormais une des pièces majeures des collections du Domaine départemental de la Vallée-aux-Loups – Maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry.

François-Auguste-René, vicomte de Chateaubriand, est un écrivain romantique et homme politique français.

Destiné à la carrière de marin (d’ailleurs, son père était armateur), il y renonce et, en 1789, assiste aux premiers bouleversements de la Révolution française. En 1791, Chateaubriand part pour l’Amérique, continent qui lui inspire de nombreuses descriptions dans les « Mémoires d’Outre-Tombe » (1848). Fin mars 1792, il se marie, avec Céleste Buisson de la Vigne. En 1800, il rentre en France et publie l’année suivante « Atala ». 1802 est l’année de publication du « Génie du christianisme » qui marque son ralliement provisoire à Bonaparte, œuvre qui est aussi un plaidoyer en faveur de la religion et qui comporte « Atala » et « René ».
Bonaparte le choisit en 1803 pour accompagner le cardinal Fesch à Rome comme premier secrétaire d’ambassade, puis en 1803, il est chargé d’affaires dans la République du Valais. Après sa démission, il voyage en Orient. Il y compose « Les Martyrs » (1809). Ce voyage lui inspire « L’Itinéraire de Paris à Jérusalem » (1811). Dès 1811, Chateaubriand commence les « Mémoires d’Outre-Tombe » dont la rédaction
prend trente ans. La même année, il est élu à l’Académie française.

Ministre de l’Intérieur de Louis XVIII sous la Restauration, Chateaubriand devient Pair de France après l’exil définitif de Napoléon. En 1816, la publication de sa « Monarchie selon la Charte » cause sa révocation. De 1822 à 1824, il est ministre des Affaires étrangères, et est invité à démissionner pour avoir critiqué la politique du gouvernement. Après la mort de Louis XVIII, Charles X arrive au pouvoir et Chateaubriand devient ambassadeur à Rome en 1828.

Au cours de la « Monarchie de Juillet », Chateaubriand est écarté du pouvoir à cause de son désaccord au passage au trône de Louis-Philippe. Il abandonne alors définitivement la politique.
Il se voue, alors, entièrement à l’écriture de ses « Mémoires« . Il en donne la première lecture publique chez Juliette Récamier, son amie, en 1834. Cette œuvre qu’il achève en 1841 est publiée à titre posthume. Son dernier ouvrage publié est une biographie de Dominique-Armand-Jean Le Boutillier de Rancé (1626-1700) « La Vie de Rancé » (1844).

Ce fut en outre un journaliste. Il fut l’auteur d’articles retentissants, dans « Le Moniteur » et « Le Conservateur« .

Chateaubriand est considéré comme l’un des précurseurs du romantisme français et l’un des grands noms de la littérature française.

Mémoires d’Outre-tombe de François-René de Chateaubriand

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Achevés pour l’essentiel en 1841, les Mémoires d’outre-tombe entrecroisent superbement le récit d’une existence qui va bientôt finir – celle du jeune chevalier breton d’Ancien Régime, devenu voyageur, diplomate et ministre –, et le récit de l’Histoire marquée par le séisme de la Révolution qui éloigna le monde ancien pour toujours.
« Cette voix, dira Julien Gracq, cette voix, qui clame à travers les deux mille pages des Mémoires que le Grand Pan est mort, et dont l’Empire romain finissant n’a pas connu le timbre unique – l’écho ample de palais vide et de planète démeublée –, c’est celle des grandes mises au tombeau de l’Histoire. »
Timbre unique que cette anthologie entend préserver au plus près, en demeurant fidèle à la structure même des Mémoires, à la diversité de leurs registres, à la variation de leurs écritures et à l’orchestration de leurs époques : « Mon berceau a de ma tombe, ma tombe a de mon berceau : mes souffrances deviennent des plaisirs, mes plaisirs des douleurs, et je ne sais plus, en achevant de lire ces Mémoires, s’ils sont d’une tête brune ou chenue. »