EVANGILE SELON SAINT JEAN, JESUS-CHRIST, NOCES DE CANA

Les noces de Cana

Noces de Cana Méditation sur évangile 

traduction donnée par sœur Jeanne d’Arc, o.p (1911-1993), dominicaine : http://2beaujeu.free.fr/Cana.htm

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Giotto di Bondone, Les noces de Cana, fresque dans la chapelle de l’Arena, 1304-1306

Sœur Jeanne d’Arc- Traduction de l’évangile selon saint Jean, chapitre 2 :

1 Le troisième jour, il y a une noce à Cana en Galilée et la mère de Jésus est là. 2 Jésus aussi est invité, et ses disciples, à la noce. 3 Comme le vin manque, la mère de Jésus lui dit « Ils n’ont plus de vin » 4 Jésus lui répond : 3 « Qu’est-ce de moi à toi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue». 5 Sa mère dit aux serviteurs : « Quoi qu’il vous dise, faites ! »  6 Il y avait là des jarres de pierre, six, posées pour la purification des Juifs, contenant chacune deux ou trois mesures. 7 Jésus leur dit : « Remplissez les jarres d’eau ».  Et ils les remplissent jusqu’en haut. 8 Il leur dit : « Puisez maintenant et portez au maître du festin » Ils portent. 9 Le maître du festin goûte l’eau devenue vin. Il ne sait d’où cela vient, mais les serviteurs le savent, eux qui ont puisé l’eau. 10 Le maître du festin appelle l’époux et lui dit »  « Tout homme d’abord sert le bon vin et, quand ils sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent ! » 11 Tel est le commencement des signes que fait Jésus à Cana en Galilée, et il manifeste sa gloire, et ses disciples croient en lui.

Sœur Jeanne d’Arc- Traduction de l’évangile selon saint Jean, chapitre 1, verset :

26 Jean leur répond en disant : « Moi, je baptise en eau. Au milieu de vous se tient qui vous ne connaissez pas ».: 27 « Il vient derrière moi, lui, dont je ne suis pas digne de délier son cordon de chaussure ». 28 Cela arrive à Béthanie au-delà du Jourdain, où Jean baptisait.

Le geste de délier la courroie de la sandale n’est pas d’abord un geste d’humilité. C’est un geste d’alliance. Par exemple :  » C’était autrefois la coutume en Israël, en cas de rachat et d’héritage, pour valider toute affaire : l’un ôtait sa sandale et la donnait à l’autre. Telle était en Israël la manière de témoigner. Celui qui avait droit de rachat -sur Ruth, en vertu de la priorité parentale, prévue par la loi du lévirat- dit donc à Booz : « Fais l’acquisition pour toi-même », et il retira sa sandale » (Ruth 4, 7-8). (web des Jésuites)

Ruth 4. 7 Autrefois en Israël, quand des gens achetaient des biens ou échangeaient un droit de propriété, l’une des personnes ôtait sa sandale et la donnait à l’autre pour conclure le marché. Ce geste prouvait que l’affaire était réglée.8 C’est pourquoi, au moment où l’homme disait à Booz d’acheter le champ, il ôta sa sandale et la lui donna . 10 Booz :  » … En même temps, je prends pour femme Ruth la Moabite, la veuve de Malon. De cette façon, la propriété restera dans la famille du mort et il aura des descendants pour perpétuer son nom parmi ses concitoyens et dans les affaires de sa localité. Vous en êtes également témoins.  » 11 Les anciens et tous ceux qui étaient présents répondirent :  » Oui, nous en sommes témoins. Que le Seigneur bénisse la femme qui entre dans ta maison ; qu’elle soit semblable à Rachel et à Léa qui ont donné naissance au peuple d’Israël ! Que ta richesse soit grande dans le clan d’Éfrata et ton nom célèbre dans tout Bethléem ! 12 Que le Seigneur t’accorde de nombreux enfants par cette jeune femme et qu’ainsi ta famille soit semblable à celle de Pérès , le fils de Juda et de Tamar ! « 

Homélie de saint Grégoire :  » Il était de coutume chez les anciens que si quelqu’un refusait d’épouser une jeune fille qui lui était promise, il dénouât la sandale de celui à qui il revenait d’être son époux par droit de parenté. Or le Christ ne s’est-il pas manifesté parmi les hommes comme l’Epoux de la sainte Eglise? Et n’est-ce pas de lui que Jean affirme : « Celui qui a l’épouse est l’époux. » (Jn 3, 29). Mais parce que les hommes ont pensé que Jean était le Christ – ce que Jean lui-même nie – il se déclare avec raison indigne de dénouer la courroie de sa chaussure. C’est comme s’il disait clairement : « Je ne peux pas mettre à nu les pieds de notre Rédempteur, puisque je ne m’arroge pas à tort le nom d’époux. » »

Mariage, dans la bible :

Jg 14 2 A son retour, il en parla à ses parents :  » A Timna, leur dit-il, j’ai remarqué une jeune fille philistine et je désire que vous la demandiez en mariage pour moi.  » Jg 14 3 Ses parents lui répliquèrent :  » Ne trouves-tu pas de jeune fille dans ton clan ou dans notre peuple, pour que tu ailles en choisir une chez ces Philistins incirconcis ?  » Mais Samson dit à son père :  » C’est celle-là qui me plaît, demande-la en mariage pour moi.  » Jg 14 10 Le père de Samson se rendit chez la jeune fille ; Samson y offrit un festin de mariage comme les jeunes gens ont l’habitude de le faire.

Est 2 18 Ensuite il organisa un festin d’une semaine, il y invita tous ses amis et tous les personnages haut placés, et célébra son mariage avec Esther. A cette occasion il accorda une dispense d’impôt aux sujets de son empire.

Ct 3 11  » Ah, filles de la capitale, venez donc voir le roi Salomon ! Il porte la couronne de mariage que lui a remise sa mère en ce jour où il est tout à la joie. « 

Os 2 21 Israël, c’est pour toujours que je t’obtiendrai en mariage. Pour t’obtenir je paierai le prix : la loyauté et la justice, l’amour et la tendresse.

Es 62 5 Oui, comme un jeune homme épouse une jeune fille, ainsi Celui qui te rebâtit sera un mari pour toi. De même aussi qu’une fiancée fait la joie de son fiancé, tu feras la joie de ton Dieu.

Mt 22 2  » Voici à quoi ressemble le Royaume des cieux : Un roi organisa un repas pour le mariage de son fils.

Lc 12 36 Soyez comme des serviteurs qui attendent leur maître au moment où il va revenir d’un mariage, afin de lui ouvrir la porte dès qu’il arrivera et frappera.

Lc 14 8  » Lorsque quelqu’un t’invite à un repas de mariage, ne va pas t’asseoir à la meilleure place. Il se pourrait en effet que quelqu’un de plus important que toi ait été invité.

2Co 11 2 Je suis jaloux à votre sujet, d’une jalousie qui vient de Dieu : je vous ai promis en mariage à un seul époux, le Christ, et je désire vous présenter à lui comme une vierge pure.

 

Époux, épouse, épousailles, dans la bible :

Ex 4 25 Aussitôt Séfora prit un caillou tranchant, coupa le prépuce de son fils et en toucha le sexe de Moïse, en lui disant : « Ainsi tu es pour moi un époux de sang. »

Ex 4 26 Alors le Seigneur s’éloigna de Moïse. Séfora avait dit « époux de sang » à cause de la circoncision.

Es 54 5 Car tu vas avoir pour époux celui qui t’a créée, celui qui a pour nom « Le Seigneur de l’univers ». C’est l’unique vrai Dieu, le Dieu d’Israël qui te libère, celui-là même qu’on nomme « Le Dieu de toute la terre ».

Es 62 4 On ne t’appellera plus « la ville abandonnée », on ne nommera plus ton pays « la terre dévastée ». On t’appellera au contraire « Plaisir du Seigneur », et l’on nommera ta terre « la bien mariée ». Car tu seras vraiment le plaisir du Seigneur, et ta terre aura un époux.

Ap 19 7 Réjouissons-nous et soyons heureux, rendons-lui gloire ! Car le moment des noces de l’Agneau est arrivé, et son épouse s’est préparée.

Ap 21 2 Et je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, qui descendait du ciel, envoyée par Dieu, prête comme une épouse qui s’est faite belle pour aller à la rencontre de son mari.

Ap 21 9 L’un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept derniers fléaux vint me dire :  » Viens et je te montrerai la mariée, l’épouse de l’Agneau. « 

 

Sœur Jeanne d’Arc, traduction de l’évangile de saint Marc, chapitre 2, verset :

18 Les disciples de Jean et les pharisiens jeûnaient.

Ils viennent et lui disent :

 » Les disciples de Jean et les pharisiens jeûnent.

Et tes disciples ne jeûnent pas ! Pourquoi ? « 

19 Jésus leur dit :  » Les compagnons d’épousailles peuvent-ils,

pendant que l’Époux est avec eux, jeûner ?

Tout le temps qu’ils ont l’époux avec eux, ils ne peuvent jeûner.

20 Mais viendront des jours où leur sera enlevé l’époux.

Alors ils jeûneront en ce jour-là.

21 Nul ne coud un ajout d’étoffe non foulée à un vêtement vieux :

sinon la pièce tire sur lui, le neuf sur le vieux, et la déchirure devient pire…

22 Nul ne met vin nouveau en outres vieilles.

Sinon, le vin crèvera les outres.

Et le vin se perd, les outres aussi.

Mais :  » vin nouveau en outres neuves. « 

23 Or, le sabbat, il passe à travers les emblavures.

Ses disciples commencent, chemin faisant, à cueillir les épis.

24 Et les pharisiens lui disent :  » Vois : pourquoi font-ils, le sabbat, ce qui n’est pas permis ?. « 

25 Il leur dit :  » vous n’avez jamais lu ce qu’a fait David ? Il était dans le besoin, il avait faim, lui et les autres avec lui ;

26 comment il est entré dans la maison de Dieu au temps d’Abiathar le grand prêtre, il a mangé les pains de la Face qu’il n’est permis de manger qu’aux prêtres. Il en a même donné à ceux qui étaient avec lui. « 

27 Il leur dit :  » Le sabbat est pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat.

28 Ainsi est Seigneur le Fils de l’homme, même du sabbat. « 

Sœur Jeanne d’Arc, traduction de l’évangile de saint Jean, chapitre 2, verset :

11 Tel est le commencement des signes que fait Jésus, à Cana en Galilée,
et il manifeste sa gloire,
et ses disciples croient en lui.

Notes / Cana :

01 Le troisième jour : Sœur Jeanne d’Arc : Une tradition populaire dans le judaïsme voulait que les noces aient lieu de préférence le troisième jour, par ce que ce jour-là Dieu avait dit deux fois que  » cela était bon  » : une pour le mari, une pour la femme …

Mazal tov, « bonne chance ». (Mazal = bonne fortune) Les Juifs, quant à eux, justifiaient ce choix en soulignant le fait que dans le récit de la Création, l’œuvre du troisième jour se voit qualifiée à deux reprises par l’expression ki tov, « c’était bien ».

En Alsace, le mardi demeura ainsi le jour faste, aussi bien pour les mariages que pour l’ouverture d’un nouveau magasin, jusqu’au début du 20ème siècle. Le site du Judaïsme d’Alsace et de Lorraine © A . S . I . J . A .

Une noce : Sœur Jeanne d’Arc : Les prophètes avaient annoncé :  » ton époux sera ton créateur « , Is 54, 5. L’alliance avait déjà commencé à réaliser ces noces de Dieu avec son peuple. Mais c’est avec Jésus dans le mystère de l’Incarnation que se réalisent pleinement les épousailles de Dieu avec l’homme. Et le Christ apporte le vin le meilleur pour la fête messianique définitive.

Is 54, 05 Ton époux, c’est ton Créateur,  » Seigneur de l’univers  » est son nom. Ton Rédempteur, c’est le Dieu Saint d’Israël, il se nomme  » Dieu de toute la terre « .

Cana : Sœur Jeanne d’Arc- Un village quelque part entre Nazareth, Capharnaüm et Tibériade. Plusieurs localisations possibles.

Marie-Nicole Boiteau :  » acquérir  » en hébreu phonétique.  » craignent  » Sagesse.

Sœur Jeanne d’Arc-  » Qu’est-ce de moi à toi ?  » :  » Qu’est-ce qui se passe entre moi et toi ? « 

Jésus a reconnu dans l’initiative de Marie le signe que sa mission doit commencer.

-femme : le mot a ici une note de sacralité et de respect. Jésus l’emploie peut-être par allusion à la Genèse : comme la femme a incité l’homme au péché, c’est la femme qui incite le nouvel Adam à commencer l’œuvre de salut. A partir de ce tournant décisif Jésus prend une distance vis-à-vis de sa mère charnelle, et elle deviendra la mère de l’humanité (19,27) et bientôt couronnée d’étoiles (Ap 12, 1). Jean 19, 27 Puis il dit au disciple :  » Voici ta mère.  » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Ap 12, 01 Un signe grandiose apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.

Il est intéressant de noter que Jésus se rend à Cana le troisième jour après la promesse faite à Nathanaël, (ce Juif à qui on ne la fait pas :  » de Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? « ). Jésus lui avait dit qu’il verrait de grandes choses. Quand on parle de troisième jour dans la Bible, comme par exemple lors de l’Alliance sinaïtique, ou mieux lors de la résurrection de Jésus, on évoque l’ouverture d’une ère nouvelle, le commencement des temps derniers et définitifs, le début de la manifestation de la gloire de Dieu. De même qu’au Sinaï, Dieu manifesta sa gloire en donnant la Loi le troisième jour, de même, à Cana, le troisième jour, Jésus manifeste sa gloire en donnant un vin meilleur, symbole de la Bonne Nouvelle.

J’observe que ce vin provient de l’eau qui servait à la purification des Juifs. L’eau devenue vin, c’est la purification qui n’est plus liée à l’observance de la Loi mosaïque mais à l’Evangile du Christ, à sa Parole dont le vin est l’image. Un message d’une telle nouveauté, que Jésus dira un jour :  » A vin nouveau, outres neuves « . Avec quelle profusion donne-t-il ce vin ! La grâce est surabondante. La joie et le bonheur en Dieu sont au-delà de toute mesure. Dieu comble absolument. Le premier vin servi par l’époux venant à manquer, – par eux-mêmes, les hommes sont incapables de parvenir au bonheur en plénitude -, c’est le véritable Epoux qu’est Jésus, qui offre le vin nouveau et qui l’offre avec surabondance comme don ultime. On ne peut lire l’évangile qu’à la lumière de ce troisième jour, celui de la Résurrection de Jésus, qui ouvre l’accès au Royaume où le Seigneur boira avec nous le vin nouveau de la joie éternelle.
Monseigneur Philippe Brizard, Protonotaire apostolique, Directeur général de l’Œuvre d’Orient, au mariage du prince Jean d’Orléans, duc de Vendôme, et de Mademoiselle Philomena de Tornos en la Cathédrale de Senlis le 2 mai 2009.

Sœur Jeanne d’Arc, note sur le verset 6 : « deux ou trois mesures » : au total quelques 600 litres ! Quantité considérable, la fête messianique doit durer jusqu’à la fin des temps.

Bossuet (Oeuvres choisies, histoire des variations): …car on peut bien dire avec l’Eglise que le pain devient le Corps, au même sens que saint Jean a dit, que l’eau fut faite vin aux noces de Cana en Galilée, c’est-à-dire par changement de l’un en l’autre : on peut dire pareillement, que ce qui est pain en apparence, est en effet le Corps de Notre-Seigneur

Sœur Jeanne d’Arc a fait partie du comité de révision de la Bible de Jérusalem, elle est à l’origine d’une Concordance du Nouveau Testament et a donné une traduction des Évangiles.

Paul VI à soeur Jeanne d’Arc en 1975 : » Votre Concordance : c’est mon livre de chevet « .
La traduction des Evangiles est couronnée par l’Académie française.

Autres ouvrages remarquables et faciles d’accès :

« Un coeur qui écoute » (DDB),
« Chemins à travers la bible » (DDB).
Et aussi : « Les évangiles les quatre » (DDB).

Et pour mieux nous faire connaître Sœur Jeanne d’Arc, sa soeur Monique de Causans a publié : « Sœur Jeanne d’Arc, ma soeur », dont nous citons page 369 :  »

Les hommes de paix.

Heureux les pacifiants. Heureux ceux qui donnent la paix. Heureux les hommes d’où émane la paix.

Heureux qui comme Noé au sortir du déluge a su étendre la main pour que vienne s’y poser la colombe au rameau d’olivier.

Heureux qui comme Jésus au jour de son baptème a accueilli la colombe venant vers lui, sur un souffle de paix.

Heureux les foyers de paix et d’amour, ils recréent un peu de paradis perdu où l’humanité blessée retrouve le goût de la paix oubliée.

Heureux les hommes d’accueil et de pardon, de courage et de justice, de force et de douceur par qui la paix advient au monde. »

Les noces de Cana, Michele Damaskinos, Venise, Sagrestia della Chiesa della Salute

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Venez du fond des temps, paroles et musique originales : Robert .J. Stamps – Adaptation française A. Bandelier. Carnet de chants : « Il est vivant ! » page 202

Venez du fond des temps, du bout du monde,
Cœurs transpercés par la soif et la faim,
Ouvrez la porte de la joie profonde :

Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

Ce soir de l’eau se change en vin de noce,
Sur la montagne on multiplie le pain,
La vigne en fleur nous donne un fruit précoce :

Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

Parole accomplissant les Ecritures,
Mots d’un amour qui n’aura pas de fin,
Le verbe se fait chair et nourriture :

Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

Marie nous donne Dieu comme une enfance,
La multitude est le fruit de son sein,
Voici l’Epouse et la nouvelle alliance :

Dieu a mis son corps entre nos mains. (bis)

Mais, diras-tu, à quoi bon le répandre dans les épines, sur la pierre ou sur le chemin ? S’il s’agissait d’une semence et d’une terre materielles, cela n’aurait pas de sens ; mais lorsqu’il s’agit des âmes et de la Parole, la chose est tout à fait digne d’éloges. On reprocherait avec raison à un cultivateur d’agir ainsi ; la pierre ne peut pas devenir de la terre, le chemin ne peut pas ne pas être un chemin et les épines ne pas être des épines. Mais dans le domaine spirituel il n’en va pas de même : la pierre peut devenir une terre fertile, le chemin ne plus être foulé par les passants et devenir un champ fécond, les épines peuvent être arrachées et permettre au grain de fructifier librement. Si cela n’était pas possible, le semeur n’aurait pas répandu son grain comme il l’a fait.
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Eglise Homélies sur saint Matthieu, n°44 ; PG 57, 467 (trad. Orval)

Source : pour la méditation du jour à EAQ « l’évangile au quotidien » et à la revue Magnificat.

 

EVANGILE SELON SAINT JEAN, LIVRE D'ISAÏE, LIVRE D'SAÏE, NOCES DE CANA, PREMIERE LETTRE AUX CORINTHIENS, PSAUME 95

Le dimanche des Noces de Cana

 

LES NOCES DE CANA

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 20 janvier 2019

2éme dimanche du Temps ordinaire

1ère lecture 

Psaume

2ème lecture

Evangile

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PREMIERE LECTURE – Isaïe 62, 1-5

 

1 Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas,
et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse
que sa justice ne paraisse dans la clarté,
et son salut comme une torche qui brûle.
2 Et les nations verront ta justice ;
tous les rois verront ta gloire.
On te nommera d’un nom nouveau,
que la bouche du SEIGNEUR dictera.
3 Tu seras une couronne brillante dans la main du SEIGNEUR,
un diadème royal entre les doigts de ton Dieu.
4 On ne te dira plus « Délaissée ! »,
A ton pays, nul ne dira « Désolation ! »
Toi, tu seras appelée « Ma Préférence ! »
cette terre se nommera « L’épousée ».
Car le SEIGNEUR t’a préférée,
et cette terre deviendra « L’Epousée ».
5 Comme un jeune homme épouse une vierge,
ton Bâtisseur t’épousera.
Comme la jeune mariée fait la joie de son mari,
tu seras la joie de ton Dieu.

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Le prophète Isaïe ne manquait pas d’audace ! A deux reprises, dans ces quelques versets, il a employé le mot « désir » (au sens de désir amoureux) pour traduire les sentiments de Dieu à l’égard de son peuple. Les mots « ma préférée » et « préférence » sont trop faibles ; il faudrait traduire : On ne t’appellera plus « la délaissée », on n’appellera plus ta contrée « terre déserte », mais on te nommera « ma désirée » (littéralement mon désir est en toi), on nommera ta contrée « mon épouse », car le SEIGNEUR met en toi son désir et ta contrée aura un époux.
Car ce que nous avons entendu ici est une véritable déclaration d’amour ! Un fiancé n’en dirait pas davantage à sa bien-aimée. Tu seras ma préférée, mon épouse… Tu seras belle comme une couronne, comme un diadème d’or entre mes mains… tu seras ma joie… Et pour cette déclaration, vous avez remarqué la beauté du vocabulaire, la poésie qui émane de ce texte. On y retrouve le parallélisme des phrases, si caractéristique des psaumes. « Pour la cause de Jérusalem je ne me tairai pas / pour Sion je ne prendrai pas de repos… Tu seras une couronne resplendissante entre les doigts du SEIGNEUR / (tu seras) un diadème royal dans la main de ton Dieu… on te nommera « ma préférée » / on nommera ta contrée « mon épouse ».
Cinq siècles avant Jésus-Christ, déjà, le prophète Isaïe allait donc jusque-là ! Car on pourrait vraiment appeler ce texte le « poème d’amour de Dieu ». Et Isaïe n’est pas le premier à avoir cette audace.
Il est vrai qu’au tout début de la Révélation biblique, les premiers textes de l’Ancien Testament n’emploient pas du tout ce langage. Pourtant, si Dieu aime l’humanité d’un tel amour, c’était déjà vrai dès l’origine. Mais c’était l’humanité qui n’était pas prête à entendre. La Révélation de Dieu comme Epoux, tout comme celle de Dieu-Père n’a pu se faire qu’après des siècles d’histoire biblique.
Au début de l’Alliance entre Dieu et son peuple, cette notion aurait été trop ambiguë. Les autres peuples ne concevaient que trop facilement leurs dieux à l’image des hommes et de leurs histoires de famille ; dans une première étape de la Révélation, il fallait donc déjà découvrir le Dieu tout-Autre que l’homme et entrer dans son Alliance.
C’est le prophète Osée, au huitième siècle av.J.C., qui, le premier, a comparé le peuple d’Israël à une épouse ; et il traitait d’adultères les infidélités du peuple, c’est-à-dire ses retombées dans l’idolâtrie. A sa suite Jérémie, Ezéchiel, le deuxième Isaïe et le troisième Isaïe (celui que nous lisons aujourd’hui) ont développé ce thème des noces entre Dieu et son peuple ; et on retrouve chez eux tout le vocabulaire des fiançailles et des noces : les noms tendres, la robe nuptiale, la couronne de mariée, la fidélité, mais aussi la jalousie, l’adultère, les retrouvailles. En voici quelques extraits, par exemple chez Osée : « tu m’appelleras mon mari… je te fiancerai à moi pour toujours… dans l’amour, la tendresse, la fidélité. » (Os 2,18.21). Et chez le deuxième Isaïe « Ton époux sera ton Créateur… Répudie-t-on la femme de sa jeunesse ?… dans mon amour éternel, j’ai pitié de toi. » (Is 54, 5…8). Le texte le plus impressionnant sur ce sujet, c’est évidemment le Cantique des Cantiques : il se présente comme un long dialogue amoureux, composé de sept poèmes ; pour être franc, nulle part les deux amoureux ne sont identifiés ; mais les Juifs le comprennent comme une parabole de l’amour de Dieu pour l’humanité ; la preuve, c’est qu’ils le lisent tout spécialement pendant la célébration de la Pâque, qui est pour eux la grande fête de l’Alliance de Dieu avec son peuple, et, à travers son peuple, avec toute l’humanité.
Pour revenir au texte d’aujourd’hui, l’un des passe-temps préférés, apparemment, du bien-aimé est de donner des noms nouveaux à sa bien-aimée. Vous savez l’importance du Nom dans les relations humaines : quelqu’un ou quelque chose que je ne sais pas nommer n’existe pas pour moi… Savoir nommer quelqu’un, c’est déjà le connaître ; et quand notre relation avec une personne s’approfondit, il n’est pas rare que nous éprouvions le besoin de lui donner un surnom, parfois connu de nous seuls. Dans la vie des couples, ou des familles, les diminutifs et les surnoms tiennent une grande place. Quand nous choisissons le prénom d’un enfant, par exemple, c’est très révélateur : nous faisons porter sur lui beaucoup d’espoirs ; souvent même, si on y regarde bien, c’est tout un programme.
La Bible traduit cette expérience fondamentale de la vie humaine ; et le nom y a une très grande importance ; il dit le mystère de la personne, son être profond, sa vocation, sa mission : très souvent, on nous indique le sens du nom des personnages principaux. Par exemple, l’ange annonçant la naissance de Jésus précise aussitôt que ce nom veut dire : « Dieu sauve » ; c’est-à-dire que cet enfant qui porte ce nom-là sauvera l’humanité au nom de Dieu. Et parfois Dieu donne un nom nouveau à quelqu’un en même temps qu’il lui confie une mission nouvelle : Abram devient Abraham, Saraï devient Sara, Jacob devient Israël et Simon devient Pierre.
Ici donc, c’est Dieu qui donne des noms nouveaux à Jérusalem : la « délaissée » devient la « Préférée », le pays de « désolation » devient « L’épousée » ; effectivement, le peuple juif pouvait avoir l’impression d’être délaissé par Dieu. Ce chapitre 62 d’Isaïe a été écrit dans le contexte du retour d’Exil. On est rentré de l’Exil (à Babylone) en 538 et le Temple n’a commencé à être reconstruit qu’en 521 : c’est dans ce délai que la morosité s’installe et l’impression de délaissement. Si Dieu s’occupait de nous, pense-t-on, les choses iraient mieux et plus vite (il nous arrive bien de dire exactement la même chose : « s’il y avait un Bon Dieu, ces choses-là n’arriveraient pas » …). C’est pour combattre cette désespérance qu’Isaïe, inspiré par Dieu, ose ce texte magnifique : non, Dieu n’a pas oublié son peuple et sa ville de prédilection ; et dans peu de temps cela se saura ! « Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. »

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PSAUME – 95 (96), 1-2a, 2b-3. 7-8a, 9a-10

1 Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
chantez au SEIGNEUR, terre entière,
2 chantez au SEIGNEUR et bénissez son Nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
3 racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

7 Rendez au SEIGNEUR, familles des peuples,
rendez au SEIGNEUR, la gloire et la puissance,
8 rendez au SEIGNEUR la gloire de son Nom.

9 Adorez le SEIGNEUR, éblouissant de sainteté.
10 Allez dire aux nations : le SEIGNEUR est roi !
Il gouverne les peuples avec droiture.

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Il n’est question, ici, que de la gloire de Dieu, son salut, ses merveilles, sa puissance : « Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau… chantez au SEIGNEUR et bénissez son Nom ! De jour en jour, proclamez son salut… » Rien d’étonnant, ici : cette invitation à chanter la gloire de Dieu est une chose habituelle en Israël où l’on ne cesse de « faire mémoire », comme on dit, de l’œuvre de Dieu, au long des siècles, pour libérer son peuple de tout ce qui peut entraver son bonheur.
Oui, « de jour en jour, Israël proclame son salut »… de jour en jour Israël fait mémoire de l’oeuvre de Dieu, de ses merveilles, c’est-à-dire son œuvre  incessante de libération… de jour en jour Israël témoigne que Dieu l’a libéré de l’Egypte d’abord, puis de toutes les sortes d’esclavage : et le plus terrible des esclavages, c’est de se tromper de Dieu, c’est de mettre sa confiance dans de fausses valeurs, des faux dieux qui ne peuvent que décevoir, des idoles…
Parce qu’Israël a cette chance immense, cet honneur inouï, ce bonheur de savoir et d’être chargé de dire que « le SEIGNEUR notre Dieu, l’Eternel, est le seul Dieu, est le Dieu UN » (comme le dit la profession de foi juive, le « shema Israël ») et que la foi en lui est le seul chemin de bonheur pour l’homme. Voilà le message qu’Israël lance au monde : « Allez dire aux nations : Le SEIGNEUR est roi !… »
Je reprends l’expression : « Allez dire aux nations ». Les « nations », en langage biblique, c’est l’ensemble des autres peuples, ceux que l’on appelle les goyîm, c’est-à-dire le reste de l’humanité, les « incirconcis » comme disait saint Paul. Arrêtons-nous d’abord sur ce mot « gôyîm ». Selon les textes, ce mot semble chargé de plusieurs sens contradictoires : dans certains textes, il est carrément péjoratif ; le livre du Deutéronome, par exemple, parle des « abominations des nations ». Mais c’est parce qu’il vise leur polythéisme, leurs pratiques religieuses en général, et les sacrifices humains en particulier. A la première étape de la pédagogie biblique où il s’agit pour le peuple élu de s’attacher à Dieu sans partage, de découvrir le vrai visage du Dieu unique, il faut se garder de tout contact avec les « nations » : elles resteront longtemps un risque de contagion de l’idolâtrie. Et l’histoire d’Israël a prouvé maintes fois que ce risque est réel ! De plus, dans la mentalité de l’époque, où les divinités étaient censées faire la guerre aux côtés de leurs peuples, on n’aurait pas pu imaginer un Dieu qui prenne le parti de tous les belligérants à la fois !
Mais, dans ce psaume, au contraire, le mot « nations » n’est plus péjoratif : les « nations » ce sont tous ceux qui ne font pas partie du peuple d’Israël et auxquels la Bonne Nouvelle du salut de Dieu est également destinée, tout autant qu’au peuple élu. Bien sûr, si ce psaume peut parler d’une manière aussi positive, cela veut dire qu’il aurait été composé relativement tardivement, probablement après l’Exil à Babylone. Puisque l’auteur peut imaginer qu’un jour, les peuples autres qu’Israël bénéficieront eux aussi du salut de Dieu.
Car c’est pendant la période de déportation de la population de Jérusalem à Babylone que les hommes de la Bible ont définitivement compris que Dieu est réellement unique, qu’il est le Dieu de tout l’univers et de toute l’humanité et que, par conséquent, son salut, son œuvre, ses merveilles ne sont pas réservés à Israël.
Mais, pour en arriver là, il a fallu tout un long et patient travail de la pédagogie de Dieu pour amener les membres du peuple élu à ouvrir leur cœur, à accepter que leur Dieu soit aussi le Dieu de tous les hommes, aussi occupé (si j’ose dire) à faire le bonheur des autres que le leur. Et le peuple élu a compris peu à peu qu’il est le frère aîné, pas le fils unique : son rôle était justement d’ouvrir la voie à ses cadets, dans la longue marche de l’humanité à la rencontre de son Dieu. Un jour viendra où tous les peuples sans exception reconnaîtront Dieu comme le seul Dieu. L’humanité tout entière mettra sa confiance en lui seul : le psaume tout entier a cette dimension universelle. Ce jour-là, enfin, s’accomplira la promesse faite à Abraham : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre ».
Les versets que nous lisons aujourd’hui sont pleins de cet espoir que les « nations » vont entendre la Bonne Nouvelle : « Rendez au SEIGNEUR, familles des peuples, rendez au SEIGNEUR, la gloire et la puissance, rendez au SEIGNEUR la gloire de son Nom. »
Les derniers versets, eux, sont comme une sorte d’anticipation de la fin des temps. Ce jour-là, c’est la Création tout entière qui chantera la gloire de Dieu : « Joie au ciel ! Exulte la terre ! Les masses de la mer mugissent, la campagne tout entière est en fête. Les arbres des forêts dansent de joie devant la face du SEIGNEUR ». Vous avez déjà vu des arbres danser ? Et bien oui, ce jour-là ils danseront ! Et la mer mugira, et la campagne tout entière sera en fête ! C’est nous qui sommes aveugles de n’avoir pas encore reconnu notre Dieu !
Bien sûr, si on y réfléchit, c’est normal ! Les mers sont moins bêtes que les hommes ! Elles, elles savent qui les a faites, qui est leur créateur ! Elles mugissent pour Lui, elles l’acclament à leur manière. Les arbres des forêts sont moins bêtes que les hommes : ils savent reconnaître leur créateur : parmi des tas d’idoles, de faux dieux, pour eux, il n’y a pas d’erreur possible, les arbres ne s’y laissent pas prendre.
Mais revenons sur terre ! Je disais que ce psaume anticipe ! Tout cela est encore du domaine du rêve : pour l’instant, la Bonne Nouvelle n’a pas encore pénétré toutes les nations. En attendant, on est dans le présent ! Et le présent n’est pas si facile ; il faut tenir bon dans la foi et il faut témoigner de cette foi à la face des nations. Tenir bon dans la foi, c’est un choix à refaire sans cesse : l’une des strophes que nous ne lisons pas ce dimanche en porte la trace : « Il est grand, le SEIGNEUR, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux : néant, tous les dieux des nations ! » Si on affirme que les dieux des nations ne sont que néant, c’est qu’il faut encore et toujours s’en persuader, refuser de retomber dans l’idolâtrie. Combat jamais complètement gagné.
Tout bien réfléchi, ce psaume n’est-il pas terriblement d’actualité ?

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DEUXIEME LECTURE – Première lettre de Saint Paul aux Corinthiens, 12, 4 – 11

 

Frères,
4 les dons de la grâce sont variés,
mais c’est le même Esprit.
5 Les services sont variés,
mais c’est le même Seigneur.
6 Les activités sont variées,
mais c’est le même Dieu
qui agit en tout et en tous.
7 A chacun est donnée la manifestation de l’Esprit
en vue du bien.
8 A celui-ci est donnée, par l’Esprit,
une parole de sagesse ;
à un autre, une parole de connaissance
selon le même Esprit ;
9 un autre reçoit, dans le même Esprit,
un don de foi ;
un autre encore, dans l’unique Esprit,
des dons de guérison ;
10 à un autre est donné d’opérer des miracles,
à un autre de prophétiser,
à un autre de discerner les inspirations ;
à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ;
à l’autre de les interpréter.
11 Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit :
il distribue ses dons, comme il le veut,
à chacun en particulier.

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La lettre aux Corinthiens date de vingt siècles et elle n’a pas pris une ride ! Au contraire, elle est complètement d’actualité : comment faire pour rester Chrétiens dans un monde qui a des valeurs tout autres ? Comment trier, dans les idées qui circulent, celles qui sont compatibles avec la foi chrétienne ? Comment cohabiter avec des non-Chrétiens sans manquer à la charité ? Mais aussi sans y perdre notre âme, comme on dit ? Le monde tout autour parle de sexe et d’argent… Comment l’évangéliser ? C’étaient les questions des Chrétiens de Corinthe convertis de fraîche date dans un monde majoritairement païen ; ce sont les nôtres, aujourd’hui, Chrétiens de souche ou non, mais dans une société qui ne privilégie plus les valeurs chrétiennes.
Les réponses de Paul nous concernent donc presque toutes. Il parle des divisions dans la communauté, des problèmes de la vie conjugale, notamment quand les deux époux ne partagent pas la même foi, du cap à tenir au milieu de tous les marchands d’idées nouvelles : sur tous ces points, il remet les choses à leur place. Mais comme toujours, quand il parle de choses très concrètes, il rappelle d’abord le fondement des choses, qui est notre Baptême : comme disait Jean-Baptiste, par le Baptême, nous avons été plongés dans le feu de l’Esprit (Mt 3, 11), et désormais c’est l’Esprit qui se réfracte à travers nous selon nos propres diversités. Paul ne dit pas autre chose : « Celui qui agit en tout cela, c’est le même et unique Esprit : il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté. »
A Corinthe, comme dans tout le monde hellénistique, on adorait l’intelligence, on rêvait de découvrir la sagesse, on parlait partout de philosophie. A ces gens qui rêvaient de découvrir la sagesse par eux-mêmes et par la rigueur de leurs raisonnements, Paul répond : la vraie sagesse, la seule connaissance qui compte, n’est pas au bout de nos discours : elle est un don de Dieu. « A celui-ci est donné, grâce à l’Esprit, le langage de la sagesse de Dieu ; à un autre, toujours par l’Esprit, le langage de la connaissance de Dieu. » Il n’y a pas de quoi s’enorgueillir, tout est cadeau. Le mot « don » revient sept fois ! Dans la Bible, ce n’est pas nouveau ! Ici, Paul ne fait que reprendre en termes chrétiens ce que son peuple avait découvert depuis longtemps, à savoir que seul Dieu connaît et peut faire découvrir la vraie sagesse. La nouveauté du discours de Paul est ailleurs : elle consiste à parler de l’Esprit comme d’une Personne.
Plus profondément, Paul se démarque totalement par rapport aux recherches philosophiques des uns et des autres : il ne propose pas une nouvelle école de philosophie, une de plus… Il annonce Quelqu’un. Car les dons qui sont ainsi distribués aux membres de la communauté chrétienne ne sont pas de l’ordre du pouvoir ni du savoir, ils sont une présence intérieure : le nom de l’Esprit est cité huit fois dans ce passage. Finalement, ce texte est adressé aux Corinthiens, mais il ne parle pas d’eux, il parle exclusivement de l’Esprit à l’œuvre  dans la communauté chrétienne ; et qui, patiemment, inlassablement, nous tourne vers notre Père (il nous souffle de dire « Abba » – Père) et il nous tourne vers nos frères.
Pour que les choses soient bien claires, Paul précise : « Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous ». On sait que les Corinthiens étaient avides de phénomènes spirituels extraordinaires, mais Saint Paul leur rappelle l’unique objectif : c’est le bien de tous. Car l’objectif de l’Esprit, ce n’est rien d’autre puisqu’il est l’Amour personnifié. Et alors, dans ses mains, si j’ose dire, nous devenons des instruments d’une infinie variété par la grâce de celui qui est le Dieu Un : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. »
Telle est la merveille de nos diversités : elles nous rendent capables, chacun à sa façon, de manifester l’Amour de Dieu. Une des leçons de ce texte de Saint Paul est certainement d’apprendre à nous réjouir de nos différences. Elles sont les multiples facettes de ce que l’Amour nous rend capables de faire selon l’originalité de chacun. Réjouissons-nous donc de la variété des races, des couleurs, des langues, des dons, des arts, des inventions… C’est ce qui fait la richesse de l’Eglise et du monde à condition de les vivre dans l’amour.
C’est comme un orchestre : une même inspiration… des expressions différentes et complémentaires, des instruments différents et voilà une symphonie… une symphonie à condition de jouer tous dans la même tonalité… c’est quand nous ne jouons pas tous dans le même ton qu’il y a une cacophonie ! La symphonie dont il est question ici c’est le chant d’amour que l’Eglise est chargée de chanter au monde : disons « l’hymne à l’Amour » comme on dit « l’hymne à la joie » de Beethoven. Notre complémentarité dans l’Eglise n’est pas une affaire de rôles, de fonctions, pour que l’Eglise vive avec un organigramme bien en place… C’est beaucoup plus grave et plus beau que cela : il s’agit de la mission confiée à l’Eglise de révéler l’Amour de Dieu : c’est notre seule raison d’être.

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EVANGILE – selon Saint Jean 2, 1 – 11

En ce temps-là,
1 il y eut un mariage à Cana de Galilée.
La mère de Jésus était là.
2 Jésus aussi avait été invité au mariage
avec ses disciples
3 Or, on manqua de vin ;
la mère de Jésus lui dit :
« Ils n’ont pas de vin. »
4 Jésus lui répond :
« Femme, que me veux-tu ?
Mon Heure n’est pas encore venue. »
5 Sa mère dit à ceux qui servaient :
« Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
6 Or, il y avait là six jarres de pierre
pour les purifications rituelles des Juifs ;
chacune contenait deux à trois mesures (c’est-à-dire environ cent litres).
7 Jésus dit à ceux qui servaient :
« Remplissez d’eau les jarres. »
Et ils les remplirent jusqu’au bord.
8 Il leur dit :
« Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. »
Ils lui en portèrent.
9 Et celui-ci goûta l’eau changée en vin.
Il ne savait pas d’où venait ce vin,
mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau.
10 Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit :
« Tout le monde sert le bon vin en premier,
et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon.
Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »
11 Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit.
C’était à Cana de Galilée.
Il manifesta sa gloire,
et ses disciples crurent en lui.

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Il faut nous habituer à la manière d’écrire de Jean l’évangéliste ! C’est entre les lignes que les choses importantes sont dites ! Pour lui, ce premier « signe » (comme il dit) de Jésus à Cana est très important : il évoque à lui tout seul le grand mystère du projet de Dieu sur l’humanité, mystère de Création, mystère d’Alliance, mystère de Noces. Ce que nous appelons le Prologue, chez Jean, c’est-à-dire le tout début de son premier chapitre, était une grande méditation sur ce mystère ; le texte qui nous rapporte le miracle de Cana est exactement la même méditation, mais sur le mode du récit, cette fois. Comme si ces deux textes, au début de l’évangile, devaient nous introduire à la compréhension de tout ce qui va suivre. Je vous propose donc de lire le récit des noces de Cana à la lumière du Prologue.
Qu’y a-t-il eu entre les deux ? Des événements qui composent ce que l’on appelle la « semaine inaugurale » de la vie publique de Jésus. Elle commence auprès de Jean-Baptiste au bord du Jourdain où des Pharisiens sont venus l’interroger sur sa mission ; et déjà Jean-Baptiste annonçait la venue de Jésus ; le lendemain, Jean-Baptiste a la joie de voir Jésus lui-même venir vers lui et il reconnaît en lui « le Fils de Dieu, celui qui baptise dans l’Esprit Saint ». Le lendemain encore, (et c’est Jean qui donne la précision comme s’il disait « il y eut un soir, il y eut un matin »), nouvelle rencontre au bord de l’eau : cette fois, ce sont deux disciples de Jean-Baptiste qui se détachent de son groupe pour suivre Jésus et celui-ci les invite à passer la soirée auprès de lui. Le jour suivant, Jésus part en Galilée accompagné déjà de quelques disciples. Et c’est en Galilée, trois jours plus tard, qu’a lieu le miracle de Cana : Jean commence son récit des noces de Cana en disant « le troisième jour1, il y eut un mariage à Cana en Galilée » ; on est, bien sûr, tentés de faire le compte de tous ces jours depuis le début : cela donne « le septième jour » ; l’évocation d’une semaine, d’un « septième jour », dans un évangile, ce n’est évidemment pas anodin. Le « septième jour » renvoie toujours à l’achèvement de la Création.
Comme le mot « commencement », d’ailleurs, que l’évangéliste emploie à la fin de son récit : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. » Dans le Prologue, Jean affirmait « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement tourné vers Dieu. Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. » Nous voici dans le cadre des sept jours de la Création. L’épisode des noces de Cana, un septième jour, lui fait donc un lointain écho : car, en réalité, à Cana, Jésus ne se contente pas de multiplier le vin, il le crée ; comme au commencement de toutes choses, le Verbe était tourné vers Dieu pour créer le monde, une nouvelle étape s’inaugure à Cana : la création nouvelle a commencé.
Et il s’agit d’une noce ! On pourrait continuer le parallèle : au sixième jour, Dieu avait achevé son œuvre  par la création du couple humain à son image ; au septième jour de la nouvelle création, Jésus participe à un repas de noces. Manière de dire que le projet créateur de Dieu est en définitive un projet d’alliance, un projet de noce. (Nous comprenons mieux alors pourquoi nous avons lu en première lecture ce texte du troisième Isaïe dans lequel Dieu disait à son peuple : je t’aime d’amour et je t’épouse ; Is 62) Les Pères de l’Eglise ne se sont pas privés de voir dans le miracle de Cana la réalisation de la promesse de Dieu : la fête des noces de Dieu avec l’humanité débute là.
C’est pour cela que le mot « Heure » chez Jean est si important : il s’agit de l’Heure où le projet de Dieu a été définitivement accompli en Jésus-Christ. C’est bien à cela que Jésus pense quand il dit à Marie : « Femme, que me veux-tu ? Mon Heure n’est pas encore venue. » Visiblement ses préoccupations sont au-delà du problème matériel du manque de vin : il ne perd pas de vue sa mission qui est d’accomplir les noces de Dieu avec l’humanité.
Mais la première phrase (« Femme, que me veux-tu ? ») reste surprenante et on a beaucoup épilogué ; en réalité, dans le texte grec, c’est « qu’y a-t-il pour toi et pour moi ? » autrement dit : « tu ne peux pas comprendre ». Jésus affronte là, seul, la grande question de sa mission : pour accomplir cette mission, concrètement, que doit-il faire ? Doit-il créer du vin ? Et ainsi manifester qu’il est le Fils de Dieu ?
On a peut-être ici, dans l’évangile de Jean, un écho du récit des Tentations dans les Evangiles synoptiques ; ce qui expliquerait, d’ailleurs, la sécheresse apparente de la phrase de Jésus à sa mère ; au désert, dans l’épisode des Tentations, la question qui s’est posée à Jésus était « qu’est-ce, au juste, être Fils de Dieu ? » et le Tentateur lui avait susurré « si tu es vraiment le Fils de Dieu, maintenant que tu as faim, ordonne que ces pierres deviennent du pain ». On remarquera une chose : quand il est seul au désert, Jésus refuse de faire les miracles que lui suggère le Tentateur, car il en serait le seul bénéficiaire. A Cana, au contraire, Jésus multiplie le vin de la fête pour la joie des convives. Ce qui revient à dire que le Fils de Dieu ne fait de miracles que pour le bonheur des hommes.
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Note
1 – Le « Troisième jour » : à elle toute seule, cette précision est certainement un message ; là encore il ne s’agit pas d’une notation anecdotique pour remplir un journal de bord, mais d’une méditation théologique : la mémoire des disciples est à jamais marquée par un certain troisième jour, celui de la Résurrection. Elle nous renvoie donc à l’autre bout, si j’ose dire, de la vie publique de Jésus, à la Passion, la mort et la Résurrection du Christ. Manière pour Jean de nous dire : c’est là et là seulement, que l’Alliance de Dieu avec l’humanité sera définitivement scellée, ses noces célébrées. D’ailleurs la dernière phrase « Il manifesta sa gloire » est aussi une allusion à la Résurrection. Dans le Prologue, encore, Jean disait « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire… » C’est à Cana, justement, que les disciples ont vu la gloire de Jésus pour la première fois. En attendant la manifestation définitive de la gloire de Dieu sur le visage du Christ, mort et ressuscité.

Compléments
– Saint Jean précise que Cana est en Galilée ; ce qui élargit considérablement la perspective : car la Galilée, traditionnellement, c’est le pays des païens, un carrefour de peuples ; Isaïe l’appelait le « pays de l’ombre, la Galilée des nations » : Dieu donc épouse l’humanité tout entière et pas seulement quelques privilégiés.
– « Femme que me veux-tu ? » Ne cherchons pas à minimiser l’indéniable vivacité de cette réaction du Fils envers sa mère. En hébreu, cette phrase marque généralement une divergence de vues, parfois même une hostilité (Jg 11, 12 ; Mc 1, 24 ; 2 S 16, 10 ; 2 S 19, 23) ; reconnaissons qu’il s’agit ici de cas extrêmes ; la réflexion de Jésus s’apparente peut-être davantage à celle de la veuve de Sarepta face à Elie au moment de la mort de son fils (1 R 17, 18) : elle considère la présence du prophète comme une intervention inopportune. Mais la difficulté persiste : Jésus, le doux et humble de cœur , manquerait-il de respect envers sa mère ? En réalité, peut-être y a-t-il ici l’aveu implicite d’un véritable affrontement intérieur pour le Fils au sujet de sa mission. Lui qui ne s’autorisait pas à accomplir des miracles pour son seul bénéfice (changer des pierres en pain), devait-il ici transformer l’eau en vin ? Ici, on touche à la profondeur du mystère du Christ, mystère dont lui-même a progressivement pris conscience : pleinement homme, il a dû grandir peu à peu comme chacun de nous dans la découverte de sa mission.
– Les cuves d’eau de Cana sont en pierre et Jean le précise intentionnellement : les poteries de terre cuite étaient employées pour l’eau potable, les cuves de pierre pour l’eau des ablutions rituelles. C’est cette eau-là, eau symbolique de l’Alliance, qui est devenue vin des noces.
– Les disciples ne découvriront le miracle qu’après coup ; mais les seuls qui sont réellement dans la confidence, et Saint Jean le souligne, ce sont les serviteurs (verset 9) : ils le savaient dans leur chair, si j’ose dire, parce que ce sont eux qui sont allés puiser l’eau, qui l’ont transportée, et tout cela dans une obéissance aveugle, sans comprendre peut-être à quoi allait servir cette eau. Mais, bien sûr, nous ne sommes pas surpris outre mesure que des pauvres soient les premiers au courant du projet de Dieu !

cana.15