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Cathédrale Saint-Sauveur (Aix-en-Provence) : son cloître

VISITE DU CLOÎTRE SAINT SAUVEUR

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Datation : XIIè siècle

Cloître en carré : symbole de la terre

Rôle des chanoines

Un chanoine régulier est un chanoine qui prononce des vœux religieux et vit en communauté au sein d’un institut de vie consacrée, et qui combine vie de prière et vie pastorale. Les constitutions religieuses des chanoines réguliers (en latin : Ordo Canonicorum Regularium) sont basées sur la règle de saint Augustin.

 

Histoire

Les origines des communautés de chanoines sont discutées. On sait qu’Eusèbe de Verceil et que Saint Augustin introduisent une vie commune de clercs et qu’en 763, Chrodegang, évêque de Metz, rassemble le clergé de la cathédrale en une communauté religieuse sous une règle en partie influencée de la règle de saint Benoît, appelée Regula canonicorum. En 817, le 4e concile d’Aix-la-Chapelle tenu par ordre du roi Louis le Pieux approuve la règle d’Aix des chanoines ; à cette époque, ils vivent en commun, desservent les églises, mais la règle n’impose pas de vœux religieux et autorise les chanoines à posséder individuellement des biens.

En 1039 déjà, quatre clercs de l’abbaye Saint-Ruf d’Avignon désirant vivre selon la réforme grégorienne forment une communauté de chanoines, mais c’est seulement dans la seconde moitié du XIè siècle que Saint-Ruf devient un modèle méridional de cette nouvelle forme de vie religieuse. Lors du Synode de Latran en 1059, le pape Nicolas II ordonne aux clercs religieux de vivre en communauté et de mettre en commun ce qu’ils reçoivent de l’Église. Ceci est réitéré par le pape Alexandre II en 1063. Le pape Grégoire VII envoie en 1079 une lettre aux chanoines de Lyon et les invite à imiter l’exemple de leur doyen qui a renoncé spontanément à tous ses bénéfices acquis sans leur consentement. Yves de Chartres reforme aussi les chanoines réguliers de Beauvais dont l’exemple est introduit dans d’autres églises, mais on ignore la règle de la communauté. C’est finalement le pape Innocent II qui oblige les chanoines réguliers à adopter la règle de saint Augustin, d’abord au concile de Reims en 1131 puis en 1139 au deuxième concile du Latran.

Le cloître Saint-Sauveur a été construit aux environs de 1190 et se situe au sud de la nef du Corpus Domini de la cathédrale d’Aix-en-Provence, dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur en France.

Le cloître Saint-Sauveur, construit vers 1190 par les chanoines de la cathédrale, occupe une partie du forum de l’ancien castellum qui a été fondé par Caius Sextius Calvinus en 122 av. J.-C., mais qui n’aura une structure typiquement romaine avec cardo et decumanus qu’au ier siècle.

L’accès au cloître se faisait jadis par une porte solennelle placée au sud de celui-ci et donnant sur la place de l’archevêché. Ce cloître, construit par les chanoines de la cathédrale, est constitué par quatre galeries de huit travées formées d’arcades de plein cintre reposant sur des colonnes géminées. Contrairement aux autres cloîtres provençaux (cloître Saint-Trophime à Arles ou celui de Montmajour) les galeries ne sont pas voûtées mais recouvertes d’une charpente ; la légèreté de la structure explique la finesse des colonnes, l’absence de contreforts et de gros piliers massifs. Seuls les angles des galeries ont reçu quatre piliers importants ornés de panneaux ou de colonnettes droites ou torses. Sur chacun de ces piliers est figuré un des quatre vivants de l’apocalypse : l’homme, le lion, l’aigle et le taureau.

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À l’est du cloître devait se trouver le dortoir à l’intérieur d’un bâtiment datant de la fin du xie siècle remanié au xive siècle. Le logement du prévôt du chapitre était dans l’aile sud. Dans la galerie ouest du cloître, une dalle de marbre gravée de vers acrostiches relevés à l’époque par le grand érudit Peiresc a servi de support pour une colonnade ; cette dalle est l’épitaphe d’un prélat qui pourrait être Basile, évêque d’Aix.

LA VISITE

Les quatre piliers

Le premier pilier A (sud-ouest) est constitué de quatre colonnes surmontées d’un chapiteau magnifiquement orné de feuillages. Au-dessus de celui-ci un ange, souriant légèrement, accueille le visiteur qui entre par la porte primitive (XVè siècle) et vient à sa rencontre en traversant un nuage symbole de son entrée dans la gloire de la résurrection. Il lui indique de sa main gauche le sens de la visite. Cet ange symbolise un des quatre évangélistes, saint Mathieu.

Le second pilier B (nord-ouest) est constitué de quatre colonnes torses avec un chapiteau au-dessus duquel est sculpté un lion tenant un livre par une de ses pattes. C’est le symbole de l’évangéliste saint Marc.

Le troisième pilier C (nord-est) est un fût à section carrée. Sur la face nord est figuré saint Pierre, premier pape de l’Église chrétienne. Il tient dans sa main droite une grande clef très ouvragée : c’est celle du livre saint, la Bible, qu’il tient dans sa main gauche. Au-dessus est sculpté un aigle, symbole de l’évangéliste saint Jean.

Le quatrième piler D (sud-est) est un fût à section carrée, décoré de feuillages plus ou moins stylisé. Il est surmonté d’un taureau symbole de l’évangéliste saint Luc, mais aussi de la force et de la fécondité

L’ANCIEN TESTAMENT

SAINT MATTHIEU : symbole homme

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Les nuages : symbole entrée dans la gloire de Dieu

Remarquons le geste de la main qui tient le manteau

NOE : son épouse, ses trois fils et leurs trois femmes – le déluge – Noé annonce le Christ – Les trois têtes évoquent la pérégrination des Hébreux dans le désert après le départ des Hébreux de l’Egypte sous la conduite de Moïse

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BALAAM, LE PROPHÈTE PAÏEN

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 Balaam était un devin, chargé donc de divination, de deviner les chemins du ciel pour le roi Balaq, le roi de Moab, dans les monts qui aujourd’hui encore portent ce nom, dans les monts de Jordanie qui dominent la mer Morte.

Balaam, c’était aux temps anciens, au temps où le peuple des hébreux errait dans le désert, avec Moïse d’abord, puis avec Josué, en marche vers la terre Promise. Mais leur présence indisposait le roi de Moab. Il eut peur de leur nombre et appela son devin Balaam, lui enjoignant de maudire ce peuple. 

Ainsi, à trois reprises, Balaam bénit ce peuple.  Et il ajoute ces paroles bouleversantes : « Ce héros, je le vois – mais pas pour maintenant – je l’aperçois – mais pas de près : Un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël. Il brise les flancs de Moab, il décime tous les fils de Seth. » (Nb 24, 17)* Ces paroles furent traduites au temps de Jésus en araméen, elles étaient lues pour ce qu’elles sont : un des plus beaux oracles messianiques de la Bible. 

DAVID

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David contre Goliath : David tue le Philistin avec la pierre de sa fronde

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David préfigure le Messie

EZECHIEL

Le char d’Ezéchiel – La vision d’Ezéchiel

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SAINT MARC LE LION

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Avec cette galerie nous entrons dans le Nouveau Testament avec des épisodes de la vie de Jésus

Colonne torsadée, agenouillée

Le marcionisme est un courant de pensée théologique dans l’Église primitive, et une croyance dualiste issue du gnosticisme suivant laquelle l’évangile du Christ est un évangile de pur Amour, ce qui n’est pas le cas de la Loi ancienne de Moïse et du peuple d’Israël. En conséquence, l’Ancien Testament est rejeté. Le Dieu créateur présent dans l’Ancien Testament n’a rien à voir avec le Dieu d’amour du Nouveau Testament. Croyance professée et propagée à Rome par Marcion de Sinope au iie siècle de l’ère chrétienne, elle fut déclarée hérétique par l’Église en 144, et Marcion fut excommunié.

LA NATIVITE

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NATIVITE : les symboles de la nativité : l’étoile, l’âne et le bœuf. Le panier d’osier rappelle Moïse sauvé des eaux et sauveur d’Israël comme Jésus sauveur de l’humanité.

Remarquons la Vierge couchée :

Le mystère des vierges couchées de Bretagne

Il y a en Bretagne quelques représentations de la Vierge Marie en position couchée. Les plus célèbres de ces Vierges couchées sont celles du Giaudet à Lanrivain et du Yaudet. On associe souvent ce motif, considéré comme rare, aux représentations de Cybèle ou d’Isis.

En réalité, si ce motif n’est pas majoritaire ; à partir du 15è, la Vierge est représentée assise comme le fut Isis tenant Horus sur ses genoux ; il n’est pas rare, car on le trouve en d’autres lieux de Bretagne (comme la magnifique Vierge aux seins nus du calvaire de Tronoen, avec ses long cheveux ondulants ; mais on rencontre ce motif en France également, en Europe, en Russie et en Orient (Egypte).

Les plus anciennes représentations de Vierges couchées figurent sur le sarcophage de Stilicon (360/408) à Milan; sur un sarcophage du 4è conservé dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (France), en Égypte et notamment au monastère copte de Baouit, dans les catacombes de Priscille à Rome. Stilicon, né à Constantinople, régent de l’Empire romain d’Occident, qui s’opposa à l’usurpateur Maxime venant de Grande-Bretagne, fut un promoteur du christianisme. Cette tradition de la Vierge couchée perdura en Orient ; dans les icônes notamment, dans l’art russe orthodoxe (Andreï Roublev) mais aussi en Occident durant 1 200 ans (Giotto). Curieusement, plusieurs de ces cuves de Saint-Maximin viendraient de la ville d’Arles, qui fut une résidence de l’empereur Constantin Ier, porté au pouvoir par des légions bretonnes de Grande-Bretagne, comme le fut Maxime !

Pourquoi cette charmante et féminine représentation de la Vierge s’est-t-elle raréfiée au fil des derniers siècles ? Je crois que le texte ci-après, du 19è, suffira à nous éclairer :

« M. Didron (auteur d’un traité d’Iconographie, 19ème) s’étonnait, avec raison, de rencontrer partout en Grèce au moment de la naissance de Jésus-Christ, deux sages-femmes qui reçoivent l’enfant, et le placent dans un bain où elles le lavent. Il exprima son étonnement au savant secrétaire du couvent de Ste-Laure. Il dit : Nos artistes latins ne sont pas sous ce rapport à l’abri de reproches. Nous aussi … nous avions plusieurs fois manifesté notre étonnement en voyant à Vézelay, à Moissac, à Auxerre, sur la cuve baptismale de Strasbourg et ailleurs, Marie couchée dans un lit au moment de la naissance du Sauveur. Marie devenant mère n’a rien perdu de sa virginité, l’anathème porté contre les autres femmes, tu enfanteras dans la douleur, ne devait pas peser sur elle, et l’église tout entière s’écrie avec saint Bernard, que les douleurs de l’enfantement lui furent inconnues. Elle était donc à l’abri des infirmités des autres femmes, et on ne peut croire que dans ce moment solennel, elle se soit laissée abattre par le sommeil. Pourquoi nos artistes du Moyen-Age la représentent-ils couchée dans un lit ? II est plus rationnel et plus théologique de la voir assise, contemplant son divin enfant ou agenouillée devant son humble berceau comme on l’a fait depuis. La remarque faite en Grèce par M. Didron n’est pas étrangère à notre pays. A Auxerre pendant que Marie est couchée dans son lit, on lave aussi le nouveau-né et dans l’église primatiale de Saint-Jean de Lyon, nous retrouvons tous les détails qui ont excité en Orient l’étonnement du savant secrétaire du comité historique. … Le cinquième pilastre montre Marie nimbée couchée dans un lit ; un vieillard (saint Joseph) et une servante sont auprès d’elle. Le sixième chapiteau présente la scène orientale, deux sages-femmes lavent le nouveau-né dans un bassin. Au XVI siècle, Jean Molan (Les traités iconographiques en 1570) blâmait avec véhémence de semblables détails : Quoi donc s’écriait-il, on représente la Sainte Vierge couchée comme une femme ordinaire qui vient d’enfanter et qui, brisée par la douleur, accablée de faiblesse à la suite de ses couches, n’a pas la force de se soutenir. C’est faire injure au Fils et à la Mère. » Bulletin monumental publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques; dirigé par M. de Caumont, Société française d’archéologie, 1834.

Et puis ceci … « L’iconographie de la grossesse de Marie est présente dans l’art chrétien du XIIe siècle jusqu’à nos jours mais son apogée se situe entre le XIVe siècle et l’année 1563 qui condamnera définitivement cette symbolique. En décembre de cette année-là, le concile de Trente, dans sa 25e et dernière session, décrétera en effet : Le saint concile défend que l’on place dans une église aucune image qui rappelle un dogme erroné et qui puisse égarer les simples. Il veut qu’on évite toute impureté, qu’on ne donne pas aux images des attraits provocants. C’en était fini des rondeurs virginales, présentées ostensiblement ou simplement suggérées » (note 6 page 220).

Légende du protoévangile de Jacques : une des sages femmes doutant de la virginité de Marie a voulu vérifier : sa main se dessèche et elle est guérie en mettant sa main dans l’eau du bain de l’Enfant-Jésus

Les maisons avec un toit arrondi : symbole de la Jérusalem céleste

LES ROIS MAGES

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Les rois mages – Colonnes inversées car de facture récente (2002)

Les rois mages devant Hérode – Adoration des mages et fuite en Egypte

LA CENE – Institution de l’Eucharistie. Un apôtre tend un linge à Jésus

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LA CRUCIFIXION – Au pied de la Croix Marie et l’apôtre Jean (jeune et imberbe)

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LA RESURRECTION – Apparition de Jésus aux femmes (Marie-Madeleine, Marie Salomé et Marie Jacobé) au matin de Pâques. L’ange leur dit : « Il est ressuscité. Allez le dire aux disciples. Il vous précède en Galilée » Jésus dit aux femmes : «  Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » (Mt 28, 8-15).

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SAINT PIERRE – IL Y AVAIT AU PREALBLE DEUX ETAGES QUI ONT FRAGILISEES LES COLONNES – DECOUVERTES LORS DE LA RESTAURATION  – La clé symbole du pouvoir de Pierre sur l’Eglise. Les pieds nus :

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9 Jésus rassembla les douze [apôtres] et leur donna puissance et autorité pour chasser tous les démons et guérir les maladies. Il les envoya proclamer le royaume de Dieu et guérir les malades. «Ne prenez rien pour le voyage, leur dit-il, ni bâtons, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez pas deux chemises [chacun]. Quelle que soit la maison où vous entrez, restez-y, et c’est de là que vous partirez. Si l’on ne vous accueille pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds[a] en témoignage contre eux.» Ils partirent et allèrent de village en village; ils annonçaient la bonne nouvelle et faisaient partout des guérisons « N’emportez ni or, ni argent, ni besace, ni sandale » (Lc 9, 1-6)

SAINT JEAN Symbole l’Aigle

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Pilastre

05 Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire (Jn 15, 5)

CONSTANTIN

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La bataille du pont Milvius opposa le 28 octobre 312 Maxence à l’Auguste de l’Ouest Constantin. La victoire de ce dernier consacre le début d’une nouvelle ère pour l’Empire tout entier. Elle doit son nom au pont Milvius qui enjambe le Tibre à quelques kilomètres au nord-est de Rome.

C’est peu avant le début de la bataille que Constantin déclare avoir eu une vision, qui lui est apparue sous la forme d’un  chrisme., symbole formé de la conjonction des lettres grecques Chi et Rho (XP), soit les deux premières lettres du mot Christ ; Constantin a vu ou entendu également Εν Τουτω Νικα, traduit en latin par In hoc (signo) vinces — Par ceci (ce signe) tu vaincras.

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L’édit de Milan ou édit de Constantin, promulgué par les empereurs Constantin Ier et Licinius en avril 313, est souvent présenté comme un édit de tolérance par lequel chacun peut « adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel » ; il accorde la liberté de culte à toutes les religions et permet aux chrétiens de ne plus devoir vénérer l’empereur comme un dieu. Il instaure la Paix de l’Église. C’est la conséquence de la bataille du pont Milvius.

Ce qui est couramment appelé « édit de Milan » est en fait une lettre circulaire attribuée à Constantin, publiée par Licinius à Nicomédie par un rescrit du 13 juin 313 (mandatum d’instructions destinées aux hauts fonctionnaires des provinces, puis placardée dans tout l’Empire romain, reprenant l’essentiel du décret d’application de l’édit de Sardique promulgué par Galère en 311, tout en insistant de manière formelle sur la liberté qu’ont désormais les chrétiens de libérer leur culte. Pour ainsi dire, l’édit de Sardique, de 311, leur reconnaissait la liberté de culte de facto, l’édit de Milan, deux ans plus tard, la leur reconnaissait désormais de droit. La liberté de croyance y est affirmée pour tous, dans le respect de la Divinité, et la disponibilité des moyens matériels pour l’exercer.

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L’EGLISE EPOUSE DU CHRIST – De la salle capitulaire ils pouvaient voir cette statue leur rappelant leur mission

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Feuille d’eau

Chapiteaux décorés de feuilles d’eau portant les retombées des voûtes et des arcades (église abbatiale de l’abbaye de Silvacane).

La feuille d’eau est un motif ornemental très sobre (large feuille s’évasant pour se replier en volutes) typique de l’architecture de transition roman-gothique des abbayes cisterciennes du xiie siècle.

Ce motif, inspiré des feuilles de lotus, orne par exemple les chapiteaux et les corniches des abbayes cisterciennes comme Silvacane ou Sénanque mais également d’autres édifices comme la cathédrale Notre-Dame-de-Nazareth de Vaison.

Baphomet est le nom donné par certains occultistes du xixe siècle à l’idole mystérieuse que les chevaliers de l’ordre du Temple furent accusés de vénérer. Le plus souvent représentée par la tête d’un homme barbu, l’idole était vénérée mais également crainte pour sa laideur

Dans les écoinçons sept médaillons : trois avec des animaux, trois avec des têtes humaines caricaturales évoquant des masques symboles du mal. Le poisson : ICHTUS acronyme de Jésus Christ,, Fils de Dieu,Sauveur « 

Les arcs de cette galerie sont les seuls à être décorés de bâtons brisés (motif normand classique) ce qui implique des équipes d’ouvriers de régions différentes dans le cloître.

SAINT LUC – symbole du TAUREAU.

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Luc nous fait entrer dans le temps présent : c’est pourquoi cette galerie ne comporte aucune représentation historiée sur les colonnes mais du végétal.

PILASTRE : FIGUIER, OILIVIER ET VIGNE : le figuier, symbole de la fécondité spirituelle, l’olivier symbole de la paix et la vigne symbole de la vie en plénitude

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01 Puis l’ange me montra l’eau de la vie : un fleuve resplendissant comme du cristal, qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau.

02 Au milieu de la place de la ville, entre les deux bras du fleuve, il y a un arbre de vie qui donne des fruits douze fois : chaque mois il produit son fruit ; et les feuilles de cet arbre sont un remède pour les nations. (Apoclypse 22).

Devant le jardin on peut méditer sur le temps présent qui nous invite à voir la Jérusalem céleste où toutes les promesses de l’Ecriture seront accomplies pour que les hommes trouvent le salut pour l’éternité

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Eglise Saint Jean de Malte

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Petite histoire de Saint-Jean-de-Malte d’Aix-en-Provence

 

Le temps des Bérenger

L’église se trouve extra-muros, hors les murs de la ville : ce qui explique peut-être pourquoi on l’a fortifiée.

C’’est la première église de style gothique en Provence construite entre 1272 et 1278 par Raymond-Bérenger IV, comte de Provence, pour les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem (plus tard devenus chevaliers de l’ordre de Malte).

D’ailleurs, on peut voir à l’intérieur les tombeaux de ces puissants comtes de Provence, les Bérenger bien que ce soient pas les originaux, les tombeaux ayant été détruits pendant la Révolution et remplacés en 1828…

Ainsi on pouvait voir les statues de Raymond-Bérenger V (1198-1245) et de son épouse Béatrice de Savoie (1198-1267) ; le comte est représenté en côte de maille avec son bouclier et il tient à la main une rose reçue des mains du pape Innocent IV au concile de Lyon en 1245. Ce sont les derniers comtes aragonais avant que le comté de Provence ne revienne à la Maison d’Anjou jusqu’au rattachement de la Provence au royaume de France en 1482 sous le roi de France Louis XI.

Les restaurations au temps de Viany

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Au fil du temps l’église perd de sa splendeur et fait plutôt grise mine : alors, au début du XVIIe s, le prieur Jean-Claude Viany fait procéder à de grandes transformations.

Il fait rénover la commanderie de l’ordre de Malte par l’architecte Dumas (aujourd’hui musée Granet).

Il refond les cloches abîmées ou fêlées, repave le sol, fait aménager de nouvelles chapelles sur les bas-côtés dès 1680 (celles de Notre-Dame-du-Bon-Voyage, du Purgatoire et de Saint-Joseph), refait entièrement la façade avec l’ajout de la seconde tour, par exemple…

Et surtout, on suspend en 1701 à la voûte de l’église l’étendard du bateau turc la Sultane Benghem, pris par le chevalier de Ricard, originaire d’Aix et membre de l’ordre de Malte.

C’est le grand-maître de l’ordre lui-même qui envoie le drapeau à son église !

L’étendard et les restaurations faites à l’église ont même drôlement impressionné les ducs de Bourgogne et de Berry (petits-fils de Louis XIV), lors de leur visite à Aix !

Au XVIIè siècle la création du quartier Mazarin voulu par l’archevêque d’Aix Michel Mazarin (1605-1648), frère du cardinal Jules Mazarin (1602-1661), pour des raisons de sécurité et aussi à cause de l’augmentation de la population offre de nouvelles perspectives à cette église qui se trouvait jusqu’alors au milieu des champs et éloignée des zones peuplées.

 

Après la Révolution

A la  Révolution alors que l’église contenait des trésors inestimables, ceux des Templiers et ceux de l’ordre de Malte : reliques, manuscrits précieux, ainsi que les tombeaux des comtes de Provence tout fut détruit ! En 1792, on supprime l’ordre de Malte avec saisie de tous leurs biens et l’église fut déclarée bien national puis transformée en magasin à fourrages (stockage de foin et paille). En 1778 elle fut acquise par un particulier qui en fit don à une association de fidèles qui s’étaient regroupés pour éviter la démolition de l’église. Après la tourmente révolutionnaire, Mgr Champion de Cicé, le nouvel évêque du diocèse put racheter l’église ;  en 1802 il l’érigea en église succursale puis en église paroissiale sous le titre Saint-Jean Baptiste intra muros..

En 1977, cette paroisse a été confiée par l’archevêque d’Aix, Mgr Charles de Provenchères, à une communauté de moines diocésains qui en assurent le service pastoral.

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Tombeau des comtes de Provence

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Le tombeau des comtes de Provence tel que l’on pouvait le voir avant sa démolition en 1792. En 1828 une souscription à laquelle participa le roi Charles X permit une restauration de ce tombeau (sauf celui de Béatrice de Provence). Aujourd’hui certains morceaux de ce monument dont la tête de Bérenger V et de Béatrice de Provence sont conservés au Musée Granet.

 

Quelques-unes des statues 

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Le Christ

 

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Saint Jean Bapiste

 

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Bas-relief : chef de saint Jean Baptiste

 

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Bas-relief : L’enfant Jésus portant la Croix et deux angelots portant un calice et une couronne d’épine

 

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Christ en croix

 

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Statue de la Vierge

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Saint Benoît Labre

Les tableaux de l’église Saint-Jean-de-Malte

Parmi les tableaux exposées dans l’église, la Crucifixion de Delacroix est celui qui attire le plus de visiteurs. Plusieurs vitraux se trouvent à l’intérieur. Le vitrail du chevet datant de 1854 a pour thème principal le Baptême du Christ.

Saint Henry implorant la Vierge pour les âmes du purgatoire, Jean Armelin (1687). Au départ prévu pour la chapelle des Âmes du Purgatoire de Saint-Jean, il a été restauré à la fin du xxe siècle.

L’Annonciation et La Mort de la Vierge, André Boisson (1678). Ces tableaux avaient été commandés pour la chapelle de la Cour des comptes de l’ancien palais. Dans la même série de Boisson, deux œuvres sont aujourd’hui à la Madeleine, tandis que deux autres sont perdues.

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La Théologie, Michel-François Dandré-Bardon (entre 1744 et 1749). Il s’agit de l’œuvre la plus récente de Saint-Jean-de-Malte. On a longtemps cru devoir l’attribuer à Carle van Loo.

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La Résurrection du Christ, Louis Finson (1610). Ce tableau est la plus ancienne œuvre de Finson répertoriée en Provence. Il se trouve dans l’église Saint-Jean-de-Malte depuis le Consulat.

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Le Christ apparaissant à sainte Madeleine au jardinLe Miracle de saint Blaise et Notre-Dame de Bon-Repos, Gilles Garcin (1690). Tous trois commandés par le prieur Viany.

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Descente de croix, André Gaudion (1612). Ce tableau proviendrait d’un couvent franciscain d’Aix.

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Saint Bruno au pied de la Vierge, Reynaud Levieux (1663), peint à l’origine pour le maître-autel de la chartreuse d’Aix.

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Descente de croix, Guillaume Martin dit Adam (1611). Cette œuvre a été acquise par Joseph-Félix Alphéran, futur prieur de Saint-Jean, qui en a fait don à l’église.

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Vierge du Carmel, Nicolas Mignard, dit Mignard d’Avignon (s. d.). Tableau venant de l’église des Grands-Carmes ; il est transféré à l’église du Saint-Esprit à la Révolution, puis à Saint-Jean.

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Le Christ en croix entre la Vierge et saint JeanLe Jugement de Salomon et La Femme adultère, Nicolas Pinson (1673). Ces tableaux étaient initialement installés dans la grande chambre du Parlement de l’ancien palais des comtes de Provence.

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L’Apothéose de saint Augustin, Michel Serre (s. d.). Ancien tableau de l’église des Augustins.

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Notre-Dame de Lorette (anonyme). Tableau offert par Mme Bourguignon de Fabregoules.

 

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Clôture des fonds baptismaux

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Clôture liturgique (grille de communion)

 

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Chaire à prêcher

L’orgue

Au fil des siècles, plusieurs orgues se succèdent dans l’église Saint-Jean-de-Malte. Au XVIIIè  siècle, un premier orgue, situé dans le chœur, est détruit en raison des intempéries. Un deuxième orgue doit donc être installé pour le remplacer. C’est ainsi que, en 1670, le prieur Viany commande un nouvel instrument à un facteur originaire de Namur et domicilié à Marseille, Charles Rouyère. On le dispose au fond, en un endroit où l’on peut encore en voir les traces de fixation. Il est disposé dans un ensemble qui inclut une statue en pied de saint Jean-Baptiste et un buffet réalisé par Alphonse Dumas. On n’en trouve plus la trace après la Révolution, à la suite de ce qui ressemble probablement à une destruction.

En 1843, un nouvel orgue vient donc remplacer les deux précédents. Les facteurs en sont Daublaine et Callinet. Il a toutefois été transformé en 1896 par Joseph Merklin, qui avait racheté la maison Daublaine et Callinet qui s’est soldée en faillite. D’autres travaux l’ont amélioré en 192925. Mais l’usure du temps fini par avoir raison de ce troisième orgue au début des années 2000 et un nouvel instrument est commandé à la maison Kern. C’est cet orgue qui trône aujourd’hui dans l’église et qu’a donné Pierre Bardon, organiste à la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, le 25 juin 2006.

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Orgue de Saint-Jean-de-Malte

 

Le clocher

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Le clocher

En 1292, les Hospitaliers furent autorisés à placer quatre cloches au sommet du clocher de l’église, ce qui indique que, dès cette époque, il devait déjà avoir une taille importante. Aujourd’hui, ce clocher mesure 67 mètres de haut, ce qui en fait le point culminant de la ville d’Aix-en-Provence. Si l’on ajoute à cela ses caractéristiques gothiques, tout le rapproche de nombreux édifices religieux du nord de la France par son aspect rigide et austère. Les estimations de sa date d’achèvement varient considérablement. Si la tradition le place en 1376, les recherches récentes tendraient à le situer au milieu du XVe siècle. 

Des quatre cloches trois furent fondues sur ordre de Napoléon Bonaparte en 1793 pour le siège de Toulon. Elles furent restituées à la paroisse en 2013 et réinstallées dans le beffroy le 7 mars 2018 après avoir été exposées dans l’église en attendant la consolidation du clocher.

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La fontaine Saint Jean de Malte

Située place Saint-Jean de Malte, ornée d’une croix de l’Ordre de Malte, cette fontaine a été édifiée en 1759 par Georges Vallon, également architecte de la Halle aux Grains et d’un grand nombre d’hôtels particuliers du XVIIIème siècle.

Elle fut détruite et remplacée en 1862 par la fontaine actuelle. Le bassin est en pierre dure et l’eau y est déversée par deux modestes canons. La fontaine est adossée à un mur et dévoile un décor inspiré de l’ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Malte, qui est omniprésent aux alentours avec son église et son prieuré.
En tout huit branches sont visibles, symbole probable des huit langues que parlaient les membres de l’Ordre en Europe (le provençal, l’auvergnat, le français, l’italien, l’aragon, l’anglais, l’allemand et le castillan).

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Fontaine Saint Jean de Malte

Autres vues de l’église

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Les dons de l’Esprit Saint

LES DONS DE L’ESPRIT SAINT

Quels sont les dons de l’Esprit Saint ?

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On parle des « sept dons de l’Esprit » qu’on reçoit lors de la confirmation : don de sagesse, d’intelligence, de conseil, de force, de connaissance, d’affection filiale et de crainte de Dieu.

 Le modèle pour vivre selon l’Évangile, c’est Jésus. Mais il nous est impossible de le suivre s’il ne nous entraîne pas

C’est pourquoi la méditation des chrétiens s’est portée très tôt sur l’Esprit, ce Souffle saint qui anime Jésus et qui peut aussi, le Christ nous l’a promis, nous animer nous-mêmes, comme il le fit au jour de la Pentecôte où il transforma les disciples apeurés en témoins impétueux et volubiles de la résurrection, prêts à toutes les audaces et à toutes les épreuves.

 Dans cette méditation sur l’homme animé par l’Esprit, une figure s’impose, celle de David, précurseur royal du Messie : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur » (Isaïe 11, 2).

 À cette liste biblique des dons de l’Esprit on rajouta la piété, sans doute pour atteindre le nombre sept qui symbolise la perfection et signifie ici la nouvelle création. Car c’est au fond la leçon principale de cette énumération des dons de l’Esprit : Dieu nous précède toujours ; sans lui nous ne pouvons rien faire, mais avec lui, « rien n’est impossible ».

Quels sont les dons de l’Esprit Saint ?

On parle des « sept dons de l’Esprit » qu’on reçoit lors de la confirmation : don de sagesse, d’intelligence, de conseil, de force, de connaissance, d’affection filiale et de crainte de Dieu.

 La sagesse : pour discerner ce que Dieu attend de nous et avoir le désir de la sagesse de Dieu qui est amour infini.

L’intelligence : pour nous aider à approfondir et à comprendre la Parole de Dieu, bien sûr par notre intelligence, mais davantage par le cœur.
 
Le conseil : c’est se mettre à l’écoute de Dieu pour se laisser guider par lui. Il faut accepter dans la prière les « conseils » de Dieu, afin de discerner ce qui est bien et ce qui est mal.

La force
 : pour rester fidèles à l’Évangile et pour oser témoigner du Christ aux autres.

La connaissance : pour nous aider à mieux saisir le vrai sens de la vie, pour nous-mêmes et pour les autres.
 
L’affection filiale : c’est aimer Dieu comme un enfant; ce don est aussi appelé « crainte » de Dieu. Ce n’est pas en avoir peur, mais c’est se rendre compte que nous devons toujours l’aimer de plus en plus.

La Crainte de Dieu : il ne s’agit pas d’une quelconque terreur. Il s’agit d’une juste distance à vivre pour s’ajuster à Dieu. Abandonner toute idée de « toute puissance » personnelle pour entrer dans l’humilité libérante de l’Évangile

Tous ces dons sont étroitement liés les uns aux autres.

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La Bible livre par livre (9)

LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE

Le Nouveau Testament

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 Apocalypse

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22 chapitres

Souvent assimilée à des catastrophes et à des jugements, l’Apocalypse est avant tout une révélation de Jésus-Christ mise par écrit par l’apôtre Jean. Elle présente le Christ dans sa position actuelle: non plus couché dans la crèche ou cloué sur une croix, mais dans le ciel à la droite de Dieu. Même si la question de l’interprétation de ce texte reste discutée, il est clair qu’il expose l’affrontement entre Dieu et Satan et la victoire finale de Dieu, après une série de jugements contre l’humanité révoltée contre lui. Les derniers chapitres dévoilent la fin de l’histoire, avec un nouveau ciel et une nouvelle terre.

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La Bible, une bibliothèque

Les livres de la Bible composant l’Ancien Testament et le Nouveau Testament

La Bible chrétienne est composée de livres de genres littéraires différents, rédigés durant les six à dix siècles qui ont précédé Jésus-Christ pour l’Ancien Testament, et au premier siècle après Jésus-Christ pour le Nouveau Testament.

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La Bible est « un livre composé de livres » (74 livres dans la Bible utilisée dans la liturgie catholique) de genres littéraires très divers. C’est en quelque sorte une petite « biblio-thèque ». Dans les livres de l’Ancien Testament (appelé aussi Bible hébraïque), on découvre l’histoire du peuple Hébreu et sa relation avec Dieu, des paroles de sagesse, des prières, des prophéties ainsi que des textes de loi ayant trait à la vie quotidienne et au culte notamment. Dans le Nouveau Testament, on trouve les quatre évangiles relatant la vie, la mort et la résurrection de Jésus, ainsi que d’autres écrits permettant de découvrir les premières communautés chrétiennes et l’expansion du Christianisme durant le 1er siècle. C’est aussi dans le Nouveau Testament que figure l’Apocalypse, un texte plein de symboles qui annonce la victoire définitive de Dieu.

Voici, dans l’ordre, les livres composant la Bible chrétienne,

pour les catholiques :

Ancien Testament

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 Livre de la Genèse

Livre de l’Exode

Livre du Lévitique

Livre des Nombres

Livre du Deutéronome

Livre de Josué

Livre des Juges

Livre de Ruth

Premier livre de Samuel

Deuxième livre de Samuel

Premier livre des Rois

Deuxième livre de Rois

Premier livre des Chroniques

Deuxième livre des Chroniques,

Livre d’Esdras

Livre de Tobie

Livre de Judith

Livre d’Esther

Premier livre des Maccabées (ou des Martyrs d’Israël)

Deuxième livre des Maccabées (ou des Martyrs d’Israël)

Livre de Job

Psaumes

Livre des Proverbes

Livre de l’Ecclésiaste (ou Qohélet)

Cantique des Cantiques

Livre de la Sagesse

Livre de Ben Sira le Sage (ou Ecclésiastique)

Livre d’Isaïe

Livre de Jérémie

Livre des Lamentations

Livre de Baruch

Lettre de Jérémie (parfois intégrée au Livre de Baruch)

Livre d’Ezéchiel

Livre de Daniel

Livre d’Osée

Livre d’Amos

Livre d’Abdias

Livre de Jonas

Livre de Michée

Livre de Nahum

Livre d’Habaquq

Livre de Sophonie

Livre d’Aggée

Livre de Zacharie

Livre de Malachie.

 Nouveau Testament

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Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Livre des Actes des Apôtres

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens

Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Première Lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Lettre de saint Paul Apôtre à Tite

Lettre de saint Paul Apôtre à Philémon

Lettre aux Hébreux

Lettre de saint Jacques Apôtre

Première lettre de saint Pierre

Deuxième lettre de saint Pierre

Première lettre de saint Jean

Deuxième lettre de saint Jean

Troisième lettre de saint Jean

Lettre de saint Jude

Livre de l’Apocalypse.

Voici les livres composant la Bible chrétienne, par grandes thématiques :

La loi : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome

 Evangiles : Matthieu, Marc, Luc, Jean

 Histoire du Peuple Juif  Chroniques, Maccabées, Josué, Juges, Samuel, Rois, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith, Esther, Ruth

 Histoire : Actes des apôtres

 Prières et Sagesse : Job, Psaumes, Proverbes, Qohelet, Cantique des Cantiques, Sagesse, Ecclésiastique

 Lettres : Hébreux, Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1.Timothée, 2. Timothée, Philémon, Tite, 1.Thessaloniciens, 2.Thessaloniciens, Jacques, 1.Jean, 2.Jean, 3.Jean, Jude, Romains, 1.Corinthiens, 2.Corinthiens, 1.Pierre, 2.Pierre

 Prophéties : Isaïe, Jérémie, Lamentations, Baruch, Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie

 Visions : Apocalypse

D’où vient la Bible ?

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La Bible n’est pas tombée du ciel ! Elle s’est créée progressivement avant de prendre la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Les histoires, les lois, les prières et les poèmes qui la composent ont été rédigés à des périodes différentes, médités, repris, commentés puis édités et traduits.

Dans le cadre de l’Ancien Testament, certains de ces textes ont été transmis oralement avant d’être écrits sur des papyrus ou des parchemins. Les livres de l’Ancien Testament formaient des rouleaux qui devaient être gardés au Temple de Jérusalem. Les manuscrits de Qumrân nous donnent une bonne idée de ce que pouvaient être ces rouleaux.

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Un manuscrit de Qumran

L’Ancien Testament : un texte écrit en trois langues

Les livres de l’Ancien Testament ont été écrits en hébreu, entre le VIIIe et le Ier siècle avant Jésus Christ. Certains textes sont aussi rédigés en araméen, une langue très proche de l’hébreu.

Au VIe siècle avant Jésus-Christ, l’araméen est devenu la langue administrative et diplomatique de l’Empire perse. On trouve des passages en araméen dans le livre d’Esdras et celui de Daniel par exemple.
Au IIIe siècle avant Jésus Christ, les Juifs qui étaient installés en Égypte ne comprenaient plus l’hébreu. Pour leur communauté, ils ont dû traduire la Bible en grec.

L’Ancien Testament a ainsi été traduit en grec pour la communauté juive d’Alexandrie qui ne connaissait que le grec car c’était la langue de l’Égypte depuis Alexandre le Grand (332 av. J.-C.).
Ils traduisent d’abord en grec la Torah : c’est la Loi constituée des 5 premiers livres de l’Ancien Testament. On l’appelle aussi le Pentateuque. Puis, ils s’attellent à tous les autres livres qui composent la Bible. Cette traduction en grec s’appelle la Septante. Ce nom de Septante s’explique car, selon une légende, soixante-douze (ou soixante-dix scribes pour Flavius Josèphe) auraient traduit séparément toute la Bible, et les soixante-douze (soixante-dix) traductions auraient été identiques.

Le Nouveau Testament

L’existence historique de Jésus Christ n’est plus sérieusement contestée. Elle est d’ailleurs attestée par des auteurs qui ne sont pas chrétiens (les historiens païens latins Tacite, Suétone et Pline le Jeune parlent du Christ).

Il est né sous le règne du roi Hérode le Grand, probablement 6 ans avant le début de notre calendrier (en raison d’une erreur de calcul de calendrier). Vers les années 27-28, il va débuter sa vie publique par le baptême que va lui donner Jean-Baptiste. Elle durera 2 ou 3 années et s’achèvera par sa crucifixion aux alentours de 30. Après sa mort, ses disciples prétendent avoir trouvé son tombeau vide et annoncèrent sa résurrection. Jésus-Christ n’a rien écrit lui-même qui nous soit parvenu. La rédaction du Nouveau Testament s’opère en plusieurs étapes.

L’époque des Apôtres

Après la mort du Christ, de l’an 30 à 70, les apôtres organisèrent les communautés naissantes. Les premières sources sont les suivantes :

Sources orales

Durant les premières années, les apôtres procèdent de plusieurs manières. Ainsi, la tradition orale va commencer à se structurer. L’annonce de la Bonne Nouvelle : les apôtres annoncent leur nouvelle foi en se déplaçant de ville en ville. On dirait aujourd’hui d’eux que ce sont des prêcheurs. La célébration de Dieu et de Jésus Christ : des chants et des éléments de liturgie (exemple : Baptême, Eucharistie,…) s’élaborent. L’enseignement aux nouveaux baptisés : les apôtres reprennent pour cela les actes et les paroles du Christ.

Sources écrites

Les traditions orales sont mises par écrit. Sans avoir de certitude sur ce point, les spécialistes pensent qu’avant même la rédaction des Évangiles tels que nous les connaissons, circulaient des recueils des paroles et de la vie de Jésus-Christ. Assez vite, des catéchèses, écrites en araméen, devaient circuler en Judée et en Galilée. On peut penser également que le récit de la Passion s’est très vite constitué par écrit dans une visée liturgique. Il s’agissait pour la communauté de Jérusalem, et pour des disciples qui montaient à Jérusalem pour la Pâque par exemple, de faire mémoire de la mort de Jésus. L’Apôtre Saint Paul écrit des lettres aux communautés qu’il a fondées en Asie Mineure, une lettre à la communauté de Rome, plus le billet à Philémon au sujet de son esclave Onésime devenu chrétien. Ce sont des écrits qui réagissent à des situations bien précises et qui seront lus lors de l’assemblée communautaire.

La deuxième génération de chrétiens

La mort des apôtres fait prendre conscience aux chrétiens de la nécessité de mettre en forme leurs enseignements et leurs souvenirs. Cela va conduire à la rédaction des Évangiles et de plusieurs lettres, de 70 à 100 après Jésus Christ. Les textes vont apparaitre selon la chronologie suivante :

L’Évangile de Marc

Le premier Évangile, celui de Marc (65-70), est probablement rédigé à Rome.

L’Évangile de Matthieu

Israël est vaincu par les Romains. Ils détruisent le Temple de Jérusalem et les Juifs se dispersent dans le monde. Le courant pharisien  -qui sont des Juifs attachés à un respect rigoriste de l’Ancien Testament- donne sa forme définitive à la Bible. En réaction, pour marquer leur identité et affirmer leurs convictions, les chrétiens d’origine juive rédigent l’Évangile de Matthieu (80 – 90) ainsi que les lettres de Jacques et de Jude.

L’Évangile de Luc et les Actes des Apôtres

Les Églises fondées par Saint Paul écrivent à leur tour (80-90). Un chrétien proche de Saint Paul écrit l’Évangile de Luc et les Actes des Apôtres (qui racontent la vie des premières communautés). L’Évangile de Luc et les Actes des Apôtres constituent en fait le même texte. De nombreuses lettres vont être publiées (Lettre au Colossiens (habitants de la ville de Colosse), aux Ephésiens (habitants de la ville d’Éphèse)…

L’Évangile de Saint Jean

La communauté johannique sort de son isolement (80-100). Ce groupe de chrétiens marqué par la méditation théologique et se reconnaissant dans la figure du Disciple bien-aimé (qui sera ensuite identifié à Saint Jean) rédige l’Évangile de Saint Jean et trois lettres (Jean 1, 2 et 3). Dans un contexte de persécutions, un chrétien proche de cette communauté écrit une Apocalypse.

La troisième génération de chrétiens

Certains textes sont rédigés ultérieurement, de 100 à 120 après Jésus Christ. C’est notamment le cas de l’Épître aux Hébreux (vers 100) qui témoigne d’un christianisme détaché du judaïsme, ou encore de la Seconde Épître de Saint Pierre (vers 120) qui est une réécriture de l’Épitre de Jude.

Quelques dates importantes dans la transmission du Nouveau Testament

La « recension alexandrine »

Rappelons qu’à l’époque ni l’imprimerie, ni Internet n’existait. Les Bibles se traduisaient et se diffusaient grâce à ceux qui les recopiaient. Au fil du temps, certaines copies s’étaient éloignées des textes originaux. Face aux divergences entre les manuscrits, l’Église décida au IIIe siècle de procéder à une « recension » (comparaison des différents textes avec les manuscrits d’origine). Notons qu’une autre « recension » aura lieu à Antioche (on la nomme la « recension occidentale »). Les textes qui étaient rédigés en grecs sont traduits en latin, en copte (pour les chrétiens égyptiens) et en syriaque (pour des chrétiens du Moyen Orient).

Les grands manuscrits complets du Nouveau Testament

Une nouvelle « recension » sera faite à Byzance au Ve siècle. Elle s’impose comme la version commune à toutes les Églises de langue grecque. Les grands manuscrits datent de cette époque. Ils ont pour nom « Vatinacus », « Sinaïticus », « Alexandrinus », « Codex d’Ephrem », « Codex de Bèze »…

Le Codex

Le Codex est l’ancêtre de nos livres modernes. Il est constitué de pages manuscrites et d’une couverture assemblées grâce à une reliure. Au cours de l’époque romaine, il va remplacer le rouleau de parchemin en instaurant une petite révolution car il permet un accès facile à n’importe quelle partie du texte. Il sera très vite adopté dans la chrétienté afin de se différencier des Juifs qui continuent d’utiliser des rouleaux pour la lecture synagogale et pour l’étude de la Bible.

A partir du 5ème siècle

Du 5ème siècle à la Renaissance, les monastères assurent la copie des textes de la Bible mais aussi des littératures grecque et latine. De la Renaissance au 16ème siècle, de nombreux manuscrits affluent en Occident après la chute de Constantinople (1453). La division en versets est introduite par l’imprimeur et traducteur français Robert Estienne à la même époque. Les Humanistes, protestants et catholiques, renouent avec le grec et l’hébreu et sont capables de comparer les différentes versions de la Bible. Depuis le milieu du 19ème siècle, le savant Constantin von Tischendorf fait des recherches pour retrouver des versions anciennes de la Bible. Il découvre une version quasi complète de la Septante dans le monastère Sainte-Catherine du Sinaï. On parlera de la version du « Sinaïtacus ». Sinaiticus, Alexandrinus, Vaticanus et Codex de Bèze servent à former le texte grec du Nouveau Testament qui sera utilisé pour les traductions en langues modernes. Les traductions de l’Ancien Testament sont faites sur le texte hébreu du Codex de Saint-Pétersbourg. Aujourd’hui, des logiciels informatiques comme BibleWorks ou Accordance permettent à un nombre beaucoup plus grand de personnes d’avoir accès aux textes hébreux et grecs de la Bible. Il faut souligner que les divergences entre les manuscrits ne portent que sur des détails qui n’en changent pas le sens. Nous pouvons ainsi faire confiance aux textes que nous utilisons.

La Bible relate d’abord une expérience de Dieu

 Une lecture de la Bible au pied de la lettre, sans chercher à comprendre quand et pourquoi ont été écrits les textes, peut nous détourner de son sens profond. Les relations entre l’Histoire et la Bible sont compliquées.

Comment interpréter les textes de la Bible ?

La Bible comprend deux parties distinctes, l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Ces deux livres ont été écrits à des périodes différentes :

Ancien Testament : Histoire du peuple hébreu et sa relation avec Dieu.

Nouveau Testament : Vie de Jésus Christ et des premières communautés chrétiennes.

Les histoires écrites dans la Bible, pour l’Ancien Testament, ont été rédigées très longtemps après les évènements vécus par les hébreux. Par contre, le Nouveau Testament qui relate la vie de Jésus Christ et des premiers chrétiens, a été rédigé beaucoup plus rapidement.
Mais pour aucun des deux, les textes n’ont été rédigés en même temps que le vécu. Ainsi, la Bible n’est surtout pas un reportage sur le vif comme on peut le voir aujourd’hui à la télévision ou sur Internet.
Il faut donc intégrer deux notions pour éviter toute erreur d’interprétation ou de jugement et comprendre le sens profond du texte :

La dimension « temps » entre le vécu de ce peuple et la rédaction de ce vécu.

La dimension culturelle propre de ce peuple (style de vie, langues, rapports hommes-femmes, conflits et guerres, connaissances scientifiques…).

Avant que les textes n’aient été rédigés, ils ont été transmis par une tradition orale. Celle-ci fut le moyen de transmettre de génération en génération l’histoire d’un peuple qui ne savait pas toujours lire et écrire. Cela amenait les conteurs à structurer les récits sous une forme répétitive et donc plus facile à mémoriser.

La Bible, particulièrement pour l’Ancien Testament, s’exprime de manière imagée voire poétique. Il ne faut donc pas prendre ces textes au pied de la lettre mais chercher à comprendre ce qu’ils veulent dire (exemple : Adam et Eve).

A la différence d’un reportage, la Bible est surtout un livre sur l’expérience spirituelle d’un peuple à la recherche de Dieu dans sa vie quotidienne. Donc, basée sur des évènements réellement vécus, la Bible les présente dans le contexte culturel de ce peuple et de l’époque.

L’intention des livres bibliques n’est donc pas historique, mais théologique. Ils ne cherchent pas à rendre compte de réalités historiques, mais d’une vérité théologique : l’Amour de Dieu pour l’humanité qui passe par une Alliance avec un peuple (Ancien Testament) et qui va jusqu’à la mort et la résurrection de Jésus, Fils de Dieu (Nouveau Testament).

La Bible : un livre, des genres littéraires

La Bible n’a pas été écrite d’un seul trait. Dans l’Ancien Testament, on saute de récits plus ou moins historiques et symboliques à des lois, prophéties, prières ou livres de sagesse, qui nous disent chacun à leur façon quelque chose de la relation de l’homme ou du peuple d’Israël avec son Dieu. Avec les Évangiles, on entre davantage dans l’histoire, mais dans une histoire transcendée par la théologie.

 Les genres littéraires de l’Ancien Testament

L’Ancien Testament comporte plusieurs « genres littéraires ». Les principaux sont les suivants :

des récits (ex : Livre de la Genèse).

des lois (ex : Livre du Lévitique).

des prophéties (ex : Livre de Jérémie).

des écrits de sagesse (ex : Livre des Proverbes).

des prières (ex : Livre des psaumes).

Les récits

La plupart des textes bibliques sont des récits. Pour autant, il ne faut pas penser qu’ils rapportent toujours des événements historiques.

On peut distinguer ainsi:

le mythe : au commencement, l’homme se pose des questions sur Dieu. Le mythe lui sert à se construire dans sa réalité vécue au fil des générations. On raconte sous forme de mythes un récit qui sert à expliquer la condition humaine (ex : Livre de la Genèse).

la légende : un ensemble de récits populaires autour d’un ancêtre prestigieux, aimé de la divinité (ex : Abraham, Jacob, Josué, David), ou bien autour d’un lieu saint (ex : Jérusalem). Elle s’enracine dans des traditions orales locales, mais son historicité n’est pas vérifiable.

le roman : une suite de récits fictifs liés par une intrigue continue autour d’un personnage plus ou moins historique (ex : l’histoire de Joseph et ses frères ou bien le Livre de Judith).

la chronique historique : une suite de récits présentant certains événements de l’histoire d’un peuple et de ses rois, pour en donner une interprétation globale, idéologique et religieuse (ex : les deux Livres des Rois ou les deux Livres des Maccabées).

Les lois

Pour les lois, nous pouvons repérer trois grandes collections dans le Pentateuque :

le Code de l’Alliance..

le Code Deutéronomique.

le Code de Sainteté.

Elles traitent des relations avec Dieu (rituels pour le culte et règles pour les grandes étapes où la vie est en jeu : naissance, sexualité, guerre, maladie, mort…), et des relations humaines (règles politiques, économiques, familiales…).

 Les prophéties

Les livres prophétiques ont conservé par écrit les paroles de certains prophètes. Ces derniers parlent au nom de Dieu. Pour cela, ils s’expriment sous deux formes :

L’oracle de jugement qui annonce le malheur inévitable en raison de l’infidélité du peuple. Ces textes concernent essentiellement l’époque avant l’Exil.

L’oracle de salut qui annonce le bonheur et la délivrance que Dieu va envoyer après l’épreuve. Ces textes apparaissent après l’Exil.

Parmi les autres styles utilisés par les prophètes, on trouve aussi des visions, des récits ou encore des apocalypses.

Les écrits de sagesse

Le proverbe est la forme la plus courante et la plus brève. Il évoque une expérience courante dont on tire une règle de vie.

La parabole est un récit fictif mais vraisemblable qui amène à réfléchir sur une situation.

Le conte est un récit fictif avec des traits invraisemblables pour enseigner une vérité importante.

Le dialogue est un un débat argumenté entre deux ou plusieurs personnages sur les grandes questions de la vie : la société, les injustices, la souffrance, la mort.

La méditation poétique sur l’homme devant Dieu, sur l’histoire, sur l’amour.

Les prières

Elles peuvent être individuelles ou collectives. On retrouve quatre genres principaux :

la louange : proclamation de la grandeur de Dieu pour son œuvre permanente de créateur ou pour ses interventions dans l’histoire d’Israël.

la supplication : l’appel au secours d’un malheureux ou du peuple.

l’action de grâce : la reconnaissance pour une délivrance de la détresse.

la confiance : pour exprimer une relation de foi envers Dieu sans demande particulière.

Le Nouveau Testament : le genre évangélique

Que signifie le terme « Évangile » ?

Ce mot existait déjà avant le Nouveau Testament. Il vient du grec « euangelion » qui signifie « annonce de bonne nouvelle ».
Lorsque l’apôtre saint Paul, mort en 67, parle de l’évangile, il ne parle pas de l’un des quatre écrits que nous connaissons, mais du kérygme, c’est-à-dire de l’annonce de la foi en Jésus-Christ, mort et ressuscité d’entre les morts pour le salut du monde. L’évangile est d’abord un message, une annonce, un kérygme.

Qu’est-ce que l’Évangile ?

Avant d’être un livre, l’Évangile est une réalité historique. Ainsi, il est un récit mis en forme qui fait le compte-rendu de l’expérience humaine et spirituelle des hommes et des femmes ayant côtoyé Jésus Christ. L’Évangile est à la fois :

un récit mis en forme. Il s’agit d’un recueil des paroles, des miracles et des paraboles du Christ.

le compte-rendu d’une expérience. Il reprend les souvenirs concernant la vie commune entre le Christ et les apôtres ainsi que les disciples à qui il a fait vivre une expérience humaine et spirituelle, ainsi que les hommes et les femmes qu’il a rencontré.

un écrit répondant aux besoins de la communauté. Les Évangiles ne sont pas que des mémoires. Ils représentent aussi l’expression d’une communauté qui doit trouver les réponses aux questions qu’elle se pose. On y trouve ainsi des éléments de catéchèse, d’organisation des communautés, de liturgie (la liturgie est un culte public et officiel instauré par une Église), de rapports avec le judaïsme.

une théologie (qui est l’étude des questions religieuses) mise sous la forme d’un récit.

Qu’est-ce que l’Évangile n’est pas ?

Par contre, il faut abandonner l’image d’un reportage au sens où nous le comprenons aujourd’hui.
L’ Évangile n’est donc ni :

le procès verbal de la vie de Jésus Christ au sens d’une chronologie rigoureuse et exhaustive. Pour autant, le genre évangélique s’inscrit dans l’Histoire et certains évènements peuvent être datés avec précision.

la biographie de Jésus. Les Évangiles optent pour une présentation vivante et rejettent le genre biographique.

Pourquoi l’Église a retenu plusieurs Évangiles ?

Rien ne justifie sur le plan historique que l’Église ait retenu quatre Évangiles plutôt que 3 ou 5. Par contre, le choix de plusieurs textes permet de donner une image du Christ qui n’est jamais figée.
Ce choix évite de pratiquer une lecture à la lettre du texte : chaque texte prend en effet son sens à la lumière des autres.

Est-ce qu’il existe d’autres Evangiles ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les « Évangiles canoniques » (c’est à dire inscrits dans le « canon », la liste des écrits reconnus par l’Église) ne sont pas les seuls !
Les quatre Évangiles que nous connaissons ont un point commun : ils culminent par le récit de la Passion. C’est pourquoi on les appelle parfois les « Évangiles de la Passion ». Un autre existe (celui de Pierre) mais on n’en possède qu’un fragment qui va de la fin du procès à la résurrection.
D’autres formes de rédaction ont existé :

Évangiles de l’enfance qui racontent la naissance et l’enfance du Christ (Protévangile de Jacques, Évangile du Pseudo-Thomas).

Collections de paroles de Jésus, mises bout à bout sans être intégrées dans un récit (Évangile de Thomas).

Méditations sur des thèmes religieux (Évangile de Philippe, Évangile de Vérité…).

Pour ces textes, on parle des « Évangiles Apocryphes ».

Existait-il un texte avant les Évangiles ?

Depuis très longtemps, on s’est rendu compte que les évangiles de Matthieu, Marc et Luc possédaient des passages en commun et que Matthieu et Luc possédaient des passages communs que n’avait pas Marc.
L’évangile de Marc aurait été écrit en premier. Il aurait servi de première source aux deux autres évangiles (Matthieu et Luc). Matthieu et Luc auraient aussi possédé une deuxième source commune de paroles appelée la « Source Q » (pour Quelle signifiant « source », en Allemand).

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PARAPHRASE DU PSAUME 1

PARAPHRASE DU PSAUME 1

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Heureux celui qui ne prend pas conseil auprès de ceux qui prennent plaisir à faire le mal, qui se moquent du malheureux sans défense, et qui ne   s’abouche pas avec ceux qui prêchent la haine contre  leurs frères

Heureux celui qui met sa joie dans la Parole  du Seigneur et la médite dans son cœur de jour comme de nuit

Il est comme un arbre planté près d’une source d’eau vive et qui donne son fruit quand vient le temps de la moisson ; son  feuillage demeure toujours vert et ses actions répandent la bonne odeur du bien.

Mais tel n’est pas le sort de celui qui se plait à semer le malheur, de jour comme de nuit  il est comme le grain de poussière balayée par le souffle du vent ;

Et au dernier jour se lèvera-t-il pour le jugement ? Pourra-t-il se mêler à la foule des justes lui qui se complaisait dans le mal ?

Le Seigneur connaît le chemin que suit l’homme au cœur ajusté, et le chemin du malfaisant  conduit à la perdition : car pourrait-il faire miséricorde à celui qui a refusé de faire miséricorde ?

© Claude Tricoire

26 janvier 2022

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La Vulgate, la Bible traduite par Saint Jérôme

Qu’est-ce que la Vulgate écrite par Saint Jérôme ?

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Pendant de nombreux siècles, l’Église catholique s’est appuyée uniquement sur cette traduction.

Contrairement à l’époque actuelle où il est possible de trouver les textes bibliques en deux clics ou dans chaque librairie, il était difficile pour les premiers chrétiens d’avoir accès aux Saintes Écritures. En effet, elles ne furent compilées qu’au IVe siècle. Jusqu’alors, il existait plusieurs versions des Évangiles et des lettres de saint Paul ainsi que de l’Ancien Testament. En Occident, les chrétiens s’appuyaient sur des traductions grecques ou des traductions latines locales copiées et partagées au sein des différentes communautés.

Au fur et à mesure, ces traductions s’éloignèrent du texte original et certaines devinrent même corrompues. C’est pourquoi, en 382, le pape Damase Ier missionna saint Jérôme pour qu’il révise les traductions latines des Évangiles en s’appuyant sur les manuscrits grecs les plus anciens. Saint Jérôme se mit donc à la tâche. Une fois lancé dans cette entreprise d’envergure et piqué par la curiosité, il décida de ne pas s’arrêter aux Évangiles et enchaîna avec la traduction des psaumes. Il partit ensuite pour Jérusalem et une fois arrivé dans la Ville sainte, eut l’ambitieux projet de traduire l’intégralité de l’Ancien Testament en s’appuyant sur les textes d’origine rédigés en hébreu. Ce travail lui prit près de seize ans, mais il laissa certains livres de côté, à savoir la Sagesse, l’Ecclésiaste, Baruch et les Maccabées.

Une traduction officielle

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Saint Jérôme s’attacha à traduire le texte hébreu dans un latin compréhensible tout en restant le plus fidèle possible au texte d’origine. Il fut l’un des tout premiers exégètes à mettre tant de soin dans la traduction biblique qu’elle devint rapidement la traduction de référence. Au fil des siècles, la traduction fut amendée à différentes reprises, mais l’Église continua de considérer que la Vulgate faisait autorité. Lors du concile de Trente, au XVIe siècle, elle fut identifiée comme vulgata editio (« édition vulgaire » ou commune) et désignée comme traduction officielle au sein de l’Église catholique romaine.

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Ce n’est qu’à partir du XXe siècle que les traducteurs commencèrent à se détacher de la Vulgate pour revenir aux textes d’origine, par ailleurs assez proches de ceux sur lesquels saint Jérôme s’était appuyé au IVe siècle. Ainsi, la Vulgate a façonné la liturgie catholique pendant près de 1500 ans ! L’héritage laissé par saint Jérôme est immense, et a eu un impact considérable sur l’histoire de l’Église.

Les chrétiens du monde latin ont utilisé très tôt des traductions latines de la version grecque de la Bible juive (la Septante) ainsi que du Nouveau Testament, rédigé originellement en grec. On parle à propos de ce type de traduction de Vetus latina, (« vieille latine »). Au IVe siècle, cette Bible latine est jugée imparfaite. Jérôme, au cours de son séjour à Rome (382-385), avait déjà entrepris une révision de la traduction des Évangiles. Installé à Bethléem, en 386, Jérôme entend tout d’abord réviser la traduction latine de la Septante à partir des Hexaples d’Origène (Bible en six colonnes, quatre versions grecques et deux hébraïques). Ensuite, dans les années 390, il entreprend une traduction nouvelle de l’Ancien Testament à partir du texte hébreu, le seul inspiré à ses yeux. Il n’arriva pas au bout de cette traduction qui fut continuée par d’autres.

Ce retour à « la vérité hébraïque », au détriment de la Septante, ne s’imposa pleinement qu’au VIIe siècle. Désignée à partir du XIIIe siècle comme vulgata versio, « texte communément employé », la Vulgate fut déclarée traduction authentique par le concile de Trente en 1546. Elle comprend bien pour l’essentiel les traductions de Jérôme sur l’hébreu et ses révisions des Évangiles, mais également d’autres traductions latines qui ne sont pas de lui. Une version latine moderne, appelée Nova Vulgata, a été promulguée par Jean-Paul II en 1979.

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Massoud, biographie

Massoud : De l’islamisme à la liberté 

Michael Barry

Paris, Louis Audibert, 2002. 303 pages.

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Depuis la mort du commandant Massoud, assassiné par des membres d’Al-Qaida deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001, les biographies et les témoignages sur le celui qui a symbolisé la résistance aux Russes durant la décennie 80 et au régime taliban depuis 1996 se sont succédé, à commencer par le Massoud l’Afghan, de Christophe de Ponfilly, qui date même d’avant la mort du héros.
C’est sur le même ton du portrait sensible et avec la même révérence vis-à-vis d’un personnage hors norme, charismatique, courageux et humble, que Michael Barry peint Massoud. Barry, spécialiste américain de la littérature persane, traducteur du poète Nazâmi et auteur du Royaume de l’insolence, l’Afghanistan : 1504-2001, a rencontré plusieurs fois Massoud au cours de voyages humanitaires pour Médecins du monde. Il est devenu un proche, un ami. Parlant sa langue, le persan, et partageant avec lui la lecture des poètes mystiques du XIIe siècle, il dépeint Massoud comme un chef exemplaire, toujours soucieux des préoccupations des autres et toujours prêt à expliquer idéologiquement et stratégiquement le pourquoi de sa lutte. Barry reprend par le fil biographique la vie de Massoud : Ahmad Shâh, fils de notable tadjik – colonel de l’armée royale de surcroît – élevé en partie dans la vallée du Panjshir, brillant élève du lycée de Kaboul et étudiant au Pakistan, devient l’un des leaders de la lutte contre l’envahisseur russe qui entre à Kaboul le 27 avril 1978. Ahmad Shâh devient Massoud, nom de guerre donné par les siens, qui signifie « le Bienheureux », « le Chanceux ». Dans la vallée du Panjshir, il mène dix ans durant une résistance héroïque. Le 15 février 1989, les modjâhedîn, les soldats de la résistance, font fuir les derniers Russes. Mais les vainqueurs sont incapables de s’entendre entre eux : après une entrée sanglante dans Kaboul, la mise en place de la République afghane où Massoud exerce des hautes fonctions à la Défense, la guerre civile continue. En 1996, le pouvoir tombe aux mains des talibans, les « étudiants », qui imposent à la presque totalité du pays un régime islamiste extrémiste. Massoud retourne alors en résistance dans les montagnes, et tente, sans grand succès, de reprendre du terrain avec l’Alliance du Nord.
Visiblement fasciné par son sujet, Michael Barry tente malgré tout de camper le personnage de Massoud dans toute sa complexité. Il montre un homme qui, sans se départir de sa foi, a évolué vers un islam modéré compatible avec les préceptes d’un régime politique démocratique et défendu la réconciliation nationale dans son pays au-delà des luttes ethniques. Pour Barry, Massoud est un personnage historique car « aucune figure proprement musulmane dans sa lutte contre l’islamisme n’aura atteint, au XXe siècle finissant, l’envergure héroïque de Massoud ». Au lecteur d’en juger… –Denis Gombert

Quatrième de couverture

Le 9 septembre 2001, les fanatiques d’al-Qaida assassinaient le commandant Massoud, sinistre prélude aux attentats de New York. Qui était vraiment cet homme charismatique et secret ? Un génie stratégique, symbole de la résistance afghane qui a tenu en échec les chars de l’armée soviétique, puis contenu longtemps les fondamentalistes appuyés par le Pakistan ? Un politique visionnaire qui voulait restaurer dans Kaboul un Etat nationaliste et laïc ? Un mystique engagé dans l’action, épris de poésie et tenant d’un Islam hautement spiritualisé ? L’un des meilleurs connaisseurs de l’histoire afghane, Michael Barry trace le portrait et l’itinéraire de cette personnalité fascinante et énigmatique, qui a rompu avec l’extrémisme islamiste, pour le combattre jusqu’à son dernier souffle en s’identifiant à l’amour de son pays. C’est dans une prestigieuse lignée historique de sages guerriers – Marc Aurèle, Lincoln, Abd El Kader – que Michael Barry inscrit Massoud l’Afghan.

À la fin du livre, l’auteur, qui s’est lui-même longtemps méfié de l’aura quasi christique qui entourait Massoud, se rend à l’évidence : «De 1989 à 2001, la combinaison hétéroclite entière, de Riyâdh à Washington, d’Islâmâbâd aux camps d’al-Qâ‘ida, des humanitaires piégés par leurs canaux pakistanais aux magnats pétroliers et aux marchands de sous-marins dernier cri, allaient tous buter sur un seul et même obstacle – et cela, de manière répétée : Massoud. Il fallait que Massoud meure. Al-Qâ‘ida l’a tué. Mais l’Occident l’aura laissé mourir. […] Un résistant issu d’une archaïque société paysanne, profondément convaincu de sa foi, défendait, plus ou moins habilement, une indépendance nationale et maintenait ces mêmes droits les plus élémentaires (notamment celui des femmes d’étudier, travailler, être soignées) quand toutes les puissances mondiales se liguaient contre lui, ou préféraient l’ignorer.»

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Biographie de l’auteur

Michael Barry, né à New York en 1948, réside en France. Sa connaissance de l’Afghanistan, où il a mené de nombreuses missions humanitaires, lui a valu une réputation internationale. Lauréat de plusieurs prix littéraires, il est l’auteur du Royaume de l’insolence (Flammarion, 1984, 2002) et traducteur du poète persan Nezâmi (Le pavillon des sept princesses, Gallimard, 2000).

Ahmed Chah Massoud

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Ahmed Chah Massoud, fréquemment appelé le commandant Massoud, né le 2 septembre 1953 à Bazarak (Afghanistan) et mort tué lors d’un attentat-suicide le 9 septembre 2001 à Darqad (Afghanistan), est le commandant du Front uni islamique et national pour le salut de l’Afghanistan, du Jamiat-e-Islami – parti pour lequel il est ministre de la Défense de 1992 à 1996 — et le chef de l’Armée islamique, une armée combattant contre l’occupation soviétiquz puis l’Emira islamique d’Afghanistan de 1996 à 2001.

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Sa réputation de chef militaire et notamment son surnom de « Lion du Pandjchir » vient du fait qu’il réussit à repousser sept attaques d’envergure des troupes soviétiques contre la allée du Pandchir, au nord-est de Kaboul, puis protège sa vallée contre les talibans qui ont pris le pouvoir et qui ne parviendront jamais à la contrôler. Alors qu’il n’a eu de cesse de prévenir les Occidentaux de la menace internationale notamment constituée par la présence d’Oussama Ben Laden et d’Al-Quaïda sur le sol afghan, son assassinat par cette organisation survient deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001.

Les talibans fêtant la prise de Kaboul

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Dimanche 22 août 2021 : 21ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 22 août 2021 : 21ème dimanche du Temps Ordinaire

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – LIVRE DE JOSUE 24, 1-2a. 15-17. 18b

En ces jours-là,
1 Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ;
puis il appela les anciens d’Israël,
avec les chefs, les juges et les scribes ;
ils se présentèrent devant Dieu.
2 Josué dit alors à tout le peuple :
15 « S’il ne vous plaît pas de servir le SEIGNEUR,
choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir :
les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate,
ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays.
Moi et les miens, nous voulons servir le SEIGNEUR. »
16 Le peuple répondit :
« Plutôt mourir que d’abandonner le SEIGNEUR
pour servir d’autres dieux !
17 C’est le SEIGNEUR notre Dieu
qui nous a fait monter, nous et nos pères,
du pays d’Egypte, cette maison d’esclavage ;
c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes
et nous a protégés
tout le long du chemin que nous avons parcouru,
chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés.
18 Nous aussi, nous voulons servir le SEIGNEUR,
car c’est lui notre Dieu. »

JOSUE, LE MECONNU
S’il faut rendre à César ce qui est à César, comme dit Jésus, alors nous sommes injustes avec Josué. Nous ne lisons presque jamais le récit de son oeuvre : il y a pourtant un livre entier qui porte son nom et ce n’est pas sans raison ! Il apparaît très tôt dans la grande aventure de l’Exode (Ex 17), et semble être le plus proche de Moïse, son fils spirituel, en quelque sorte.
Il avait depuis toujours fait montre d’une fidélité sans faille à Dieu et à Moïse ; et, juste avant sa mort, celui-ci a publiquement désigné son successeur : « Moïse appela Josué, et lui dit en présence de tout Israël : ‘Sois fort et courageux : c’est toi qui vas entrer avec ce peuple dans le pays que le SEIGNEUR a promis par serment à ses pères, c’est toi qui vas remettre au peuple son héritage. C’est le SEIGNEUR qui marchera devant toi, c’est lui qui sera avec toi ; il ne te lâchera pas, il ne t’abandonnera pas. Ne crains pas, ne t’effraie pas !’ » (Dt 31,7-8).
C’est donc Josué qui succéda à Moïse, et eut l’honneur et la responsabilité de faire entrer les fils d’Israël en terre promise. Le livre qui porte son nom rapporte les premiers événements qui marquèrent l’entrée des tribus d’Israël en Canaan ; notre texte de ce dimanche est le dernier grand moment de sa carrière : avant de mourir, il convoque une grande assemblée des douze tribus et scelle leur union autour de l’Alliance conclue au Sinaï.
Deuxième grand nom de ce texte, Sichem (l’actuelle Naplouse) ; nous le connaissons le plus souvent par le Nouveau Testament : quand Saint Jean rapporte le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (Jn 4), il juge utile de préciser que cela se passe « non loin » de l’antique Sichem ; mais, si Jean en parle, c’est parce que, dans l’Ancien Testament, déjà, elle avait joué un grand rôle : on rappelait volontiers qu’Abraham y avait élevé un autel ; Jacob également ; c’est là aussi que Joseph fut enterré. Plus tard, après le schisme qui déchira le royaume en deux à la mort de Salomon, elle devint la première capitale du royaume du Nord.
Mais la véritable grandeur de Sichem est ailleurs : car elle est devenue le symbole du choix ; Jacob, déjà, au cours de ses pérégrinations, avait pris là une grande décision ; dans un geste ostentatoire de fidélité au Dieu qu’il avait découvert à Béthel, il avait obligé sa famille à abandonner les faux dieux et il avait enterré toutes leurs statues et autres amulettes au pied d’un arbre (Gn 35,4) ; et voici, avec notre texte du livre de Josué le grand moment de Sichem : « Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ».
Qui a pu écrire ce texte ? Quand ? Et pour qui ? On ne sait pas le dire, vu la difficulté de reconstituer l’histoire réelle de l’entrée des tribus d’Israël en Canaan. Les différents textes bibliques sur ce point ne sont pas toujours compatibles ; parce que leur but n’est pas de faire de l’histoire au sens moderne du mot : leur but est toujours d’abord théologique.

LE PEUPLE A L’HEURE DU CHOIX
Ici, on peut noter quelques insistances majeures : tout d’abord le rôle de Josué ; visiblement, certains auteurs ont souhaité le mettre en valeur : par exemple, le livre des Nombres (13,16) note que, primitivement, il ne s’appelait pas Josué, mais Hoshéa : son premier nom signifiait « il sauve », le second, Josué, est plus précis, puisqu’il veut dire : « C’est le SEIGNEUR qui sauve ». Or, ici, nous voyons Josué dans son rôle de sauveur : il assure l’unité du peuple entier autour de son Dieu. Et il prend la tête de son peuple en donnant l’exemple : « Moi et les miens, nous voulons servir le SEIGNEUR. » Et, bien sûr, il invite toute l’assistance à s’engager comme lui au service du Dieu d’Israël. Pour cela (dans les versets 3-14 manquants dans notre lecture liturgique) il retrace toute l’oeuvre de Dieu en leur faveur, depuis le choix d’Abraham « au-delà de l’Euphrate » jusqu’à l’entrée dans ce bon pays (la terre promise), en passant par le miracle de la sortie d’Egypte. Puis il les met en quelque sorte au pied du mur : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate (en Mésopotamie), ou les dieux des Amorites (Cananéens) dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le SEIGNEUR. »
Deuxième insistance de ce texte, la nécessité, et même l’urgence du choix : si notre texte insiste tellement sur la résolution non équivoque du peuple rassemblé à Sichem, c’est peut-être parce que leurs lointains descendants (pour qui ces lignes furent écrites) avaient bien besoin d’en prendre de la graine. On retrouve ici les accents du livre du Deutéronome : « Prenez bien garde que votre cœur ne soit séduit, que vous ne vous détourniez pour servir d’autres dieux et vous prosterner devant eux » (Dt 11,16). Or on sait bien que la tentation du retour à l’idolâtrie a été permanente, que ce soit par exemple au temps des rois (il suffit de se rappeler le combat d’Elie contre les prêtres de Baal, 1 R 19), ou plus tard au temps de l’Exil à Babylone (la mention des dieux du pays au-delà de l’Euphrate n’est probablement là par hasard). Notre texte est exemplaire : évidemment, le peuple saisit la gravité de la question : « Plutôt mourir que d’abandonner le SEIGNEUR pour servir d’autres dieux ! » et fait le bon choix : « Nous aussi, nous voulons servir le SEIGNEUR, car c’est lui notre Dieu. »
———————–
Compléments
– A lire le chapitre 24 en entier, ce grand rassemblement fait penser à une liturgie, une cérémonie de profession de foi, en quelque sorte : tout y est ; la convocation du peuple (v. 1 « ils se présentèrent devant Dieu » est une formule liturgique), la prédication (v.2-15), la profession de foi de l’assemblée (v. 16-18), l’engagement à la fidélité sous forme d’un dialogue entre Josué et les assistants (v. 19-24), la ratification par le célébrant (parole v. 25, écriture v. 26a, signe, la pierre dressée v.26b- 27), et enfin le renvoi de l’assemblée (v.28).
– Certains exégètes pensent que si certains clans descendant d’Abraham n’étaient pas partis en Egypte (au temps de Joseph) ils n’avaient pas non plus fait l’expérience de la sortie miraculeuse d’Egypte : l’assemblée de Sichem pourrait avoir été pour eux le lieu décisif de l’entrée dans la fédération des tribus, au prix de l’abandon des religions locales.
– Jésus, le nouveau Josué, propose lui aussi le salut à la Samaritaine de Sichem : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit ‘donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive. » (Jn 4,10).

PSAUME – 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23

2 Je bénirai le SEIGNEUR en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
3 Je me glorifierai dans le SEIGNEUR :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

16 Le SEIGNEUR regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
17 Le SEIGNEUR affronte les méchants
pour effacer de la terre leur mémoire.

20 Malheur sur malheur pour le juste,
mais le SEIGNEUR chaque fois le délivre.
21 Il veille sur chacun de ses os :
pas un ne sera brisé.

22 Le mal tuera les méchants ;
ils seront châtiés d’avoir haï le juste.
23 Le SEIGNEUR rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

OU EST DIEU QUAND NOUS SOUFFRONS ?
« Le SEIGNEUR regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris. Malheur sur malheur pour le juste (c’est-à-dire même si les malheurs s’ajoutent les uns aux autres, ou quels que soient les malheurs qui s’acharnent sur lui), Malheur sur malheur pour le juste, mais le SEIGNEUR chaque fois le délivre. Il veille sur chacun de ses os : pas un ne sera brisé. »
Est-ce vrai au premier degré ? La Vierge Marie n’était-elle pas juste ? Elle n’a pas échappé à toute souffrance, pourtant. Jésus n’était-il pas le juste par excellence ? Peut-on dire qu’il a été délivré ? Problème éternel qui se repose à nous devant toute souffrance. Problème auquel le livre de Job tout entier s’est affronté. La Bible ne répond pas à toutes nos questions sur ce sujet, mais elle indique fermement le chemin ; il n’y en a pas d’autre que celui de la confiance éperdue. Il nous faut croire, envers et contre tout, et même si les apparences sont contraires, que Dieu est avec nous quand nous souffrons. Comme le dit le verset 16 : « Le SEIGNEUR écoute, attentif à leurs cris. » : on a là un écho de l’extraordinaire découverte du buisson ardent ; Moïse a entendu là de la bouche de Dieu lui-même cette phrase inoubliable : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte, et j’ai entendu ses cris… Je connais ses souffrances. » (Ex 3,7).
Pour autant, la sollicitude de Dieu n’est pas une baguette magique qui ferait disparaître tout désagrément, toute souffrance de nos vies… Au désert, derrière Moïse, ou en Canaan derrière Josué, le peuple n’a pas été miraculeusement épargné de tout souci ! Mais la présence de Dieu l’accompagnait en toutes circonstances pour lui faire franchir les obstacles ; c’est l’un des sens d’un verset du début de ce psaume : « L’ange du SEIGNEUR campe alentour pour libérer ceux qui le craignent. » D’après le livre de l’Exode, la nuit de la sortie d’Egypte, l’ange du Seigneur protégeait la fuite du peuple (Ex 14,19) ; et il guida la marche vers la terre promise (Ex 23,20. 23 ; Ex 32,34 ; Ex 33,2).
Dans sa leçon sur la prière, l’évangile de Luc nous dit exactement la même chose : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père, parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu de poisson ? Ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Luc 11,9-13). Reprenons encore une fois le texte : « Le SEIGNEUR regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris. » Dans l’épreuve, la souffrance, la douleur, il est non seulement permis mais recommandé de crier.
OSER CRIER
Nous ne serons pas magiquement délivrés de toute difficulté, de toute douleur, mais nous les vivrons avec lui, remplis de son Esprit. Et nous trouverons la force de les supporter.
Je reviens sur cette expression : « Malheur sur malheur pour le juste » : « Le juste », ou « les justes », voilà un mot qui revient souvent dans ce psaume, opposé aux « méchants ». « Le SEIGNEUR regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris. Le SEIGNEUR affronte les méchants pour effacer de la terre leur mémoire. Malheur sur malheur pour le juste, mais le SEIGNEUR chaque fois le délivre… Le mal tuera les méchants ; ils seront châtiés d’avoir haï le juste. » Cette opposition est fréquente dans la Bible: l’objectif est de nous faire prendre en horreur une certaine manière de vivre et de nous exhorter à choisir le bon chemin ; celui de la sagesse. C’est ce qu’on appelle le « thème des deux voies ». Sous-entendu, il n’y a qu’une manière sage de vivre, si l’on veut être heureux, il n’y a qu’une manière de vivre pour plaire à Dieu, c’est la même puisqu’il veut notre bonheur. C’est de le chercher sans cesse, (en langage biblique, cela s’appelle la « crainte de Dieu »), c’est de suivre au jour le jour ses commandements. On ne s’étonne pas, évidemment, de trouver ce thème des deux voies dans un psaume alphabétique comme ce psaume 33/34, puisque l’alphabétisme est toujours un moyen de rendre grâce à Dieu pour le don de la Loi.
Pour autant, il ne faut pas prendre au pied de la lettre la sévérité qui semble menacer les méchants : premièrement, on est dans un type de langage qui se veut menaçant pour faire réfléchir ; deuxièmement, il n’y a pas sur terre un groupe des « méchants » et un groupe des « justes » ! Dieu, le juste juge, sait mieux que nous à quel point tout coeur humain est partagé. Dieu combat le mal, il ne combat pas les hommes. « Le SEIGNEUR affronte les méchants (c’est-à-dire le mal) pour effacer de la terre leur mémoire. » Mais, en chaque homme, il sait déceler, infiniment mieux que nous, la part même infime de bonne volonté qui sommeille ; voilà qui devrait nous rassurer pour nous-mêmes : « Je me glorifierai dans le SEIGNEUR : que les pauvres m’entendent et soient en fête ! »
———————–
Complément
Saint Jean, faisait peut-être allusion à ce psaume lorsqu’il racontait la Passion de Jésus : vous savez que pour hâter la mort des crucifiés, on leur brisait les jambes ; or on était un vendredi, donc veille de sabbat et, de plus, veille de la Pâque. Les soldats sont donc allés, à la demande des Juifs, pour briser les jambes des condamnés. Jean raconte : « Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté… » Et Jean ajoute : « Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture (qui dit) ‘Aucun de ses os ne sera brisé’. » (Jn 19,33). C’est certainement une allusion aux agneaux qu’on immolait chaque année pour la Pâque et dont on ne devait pas briser les os (Ex 12,46 ; Nb 9,12) ; mais Jean évoque peut-être également notre psaume d’aujourd’hui qui dit que dans l’épreuve, Dieu protège ses serviteurs. « Malheur sur malheur pour le juste, mais le SEIGNEUR chaque fois le délivre. Il veille sur chacun de ses os : pas un ne sera brisé. »

DEUXIEME LECTURE – LETTRE DE SAINT PAUL APOTRE AUX EPHESIENS 5,21-32

Frères,
21 par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ;
22 les femmes, à leur mari,
comme au Seigneur Jésus ;
23 car, pour la femme, le mari est la tête,
tout comme, pour l’Eglise, le Christ est la tête,
lui qui est le Sauveur de son corps.
24 Eh bien ! Puisque l’Eglise se soumet au Christ,
qu’il en soit toujours de même pour les femmes,
à l’égard de leur mari.
25 Vous, les hommes,
aimez votre femme à l’exemple du Christ :
il a aimé l’Eglise, il s’est livré lui-même pour elle,
26 afin de la rendre sainte
en la purifiant par le bain de l’eau baptismale,
accompagné d’une parole ;
27 il voulait se la présenter à lui-même, cette Eglise,
resplendissante,
sans tache, ni ride, ni rien de tel ;
il la voulait sainte et immaculée.
28 C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme :
comme leur propre corps.
Celui qui aime sa femme s’aime soi-même.
29 Jamais personne n’a méprisé son propre corps :
au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Eglise,
30 parce que nous sommes les membres de son corps.
Comme dit l’Ecriture :
31 A cause de cela,
l’homme quittera son père et sa mère,
il s’attachera à sa femme,
et tous deux ne feront plus qu’un.
32 Ce mystère est grand :
je le dis en référence au Christ et à l’Eglise.

LA VOCATION DE L’AMOUR HUMAIN, IMAGE DE DIEU
On n’a évidemment pas attendu le Nouveau Testament pour s’émerveiller et parler de la beauté du couple humain ! Le livre des Proverbes compte l’union conjugale parmi les quatre merveilles qu’on ne peut comprendre : « Il y a trois merveilles qui me dépassent, quatre dont je ne sais rien : le chemin de l’aigle dans le ciel, le chemin du serpent sur le rocher, le chemin du navire en haute mer et le chemin de l’homme chez la jeune fille. » (Pr 30, 18-19). Quatre réalités belles à voir, quatre exploits. Comment l’aigle si lourd peut-il s’élancer ? Comment le serpent non muni de pattes peut-il marcher ? Comment le navire peut-il se maintenir sans couler ? Mais surtout comment le couple humain né du désir d’un instant peut-il s’inscrire dans la durée ? Tous les poèmes du monde ont médité ces mystères et chanté la beauté de l’amour humain.
Mais la Bible apporte sa note particulière : l’amour humain y est présenté avec une profondeur inégalée, car il est l’image de l’amour de Dieu ; « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; il les créa homme et femme. » (Gn 1,27).
Quand le Cantique des Cantiques dit l’élan du fiancé pour la fiancée « Ah ! Que tu es belle, mon amie ! Ah ! Que tu es belle ! » (Ct 4,1)… « Tu es toute belle, ô mon amie ! Nulle tache en toi ! » (Ct 4,7), le peuple juif sait que ce sont les paroles mêmes de Dieu pour Israël et pour l’humanité. La preuve, c’est que le Cantique est lu au cours de la semaine de célébration de la Pâque juive : la fête qui rassemble toute la mémoire et toute l’espérance d’Israël. On y célèbre la nuit de la libération d’Egypte, d’une part, mais on évoque aussi la grande nuit, celle qu’on attend depuis des siècles : celle où l’humanité tout entière sera unie à son Dieu pour des noces éternelles.
La vocation du couple humain, c’est donc de donner à voir un avant-goût de ce que sera à la fin des temps l’union de Dieu lui-même avec l’humanité. On ne peut pas rêver d’un langage plus optimiste et valorisant sur la sexualité !
Pour cette raison, il y a comme une sorte de va et vient dans le langage biblique sur le couple humain : dans un premier temps, c’est l’amour humain qui a donné des mots pour parler de l’Alliance proposée par Dieu à son peuple Israël, et à travers lui, à l’humanité tout entière ; parce que l’amour des époux est considéré comme l’image humaine la plus fidèle possible de l’Alliance de Dieu. En retour, l’expérience juive de la fidélité inébranlable de Dieu à son Alliance a inspiré aux communautés croyantes de grandes exigences pour les couples.
Paul pouvait-il aller beaucoup plus loin ? Oui, justement, une fois de plus, cette lettre apporte une nouveauté : car le mystère de l’union entre Dieu et l’humanité se réalise  désormais, en Jésus-Christ ; et l’union entre le Christ et l’Eglise en est non seulement l’image, mais le germe. La nouveauté tient en deux points : premièrement, vos amours humaines si belles mais si difficiles ne peuvent se réaliser que dans l’union à Jésus-Christ ; deuxièmement, voilà donc une vocation grandiose pour le couple humain, refléter l’amour du Christ pour son Eglise, qui s’inscrit dans l’amour de Dieu pour l’ensemble de l’humanité.
Les conseils que Paul donne ici aux couples humains s’inscrivent donc dans cette réflexion sur le mystère du Christ : « Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Eglise. » (v.32).
FEMMES SOYEZ SOUMISES A VOS MARIS
Reste une phrase difficile dans ce texte : « Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres, les femmes à leur mari… ». Dans la lettre aux Colossiens, c’est plus clair encore : « Vous, les femmes, soyez soumises à votre mari » (Col 3,18). Combien de fois cette formule de Paul n’est-elle pas tournée en scandale ou en dérision ? La dérision vient de tel ou tel mari trop content d’affirmer une obligation (supposée) d’obéissance ; quant au scandale, il est le fait de certaines épouses (qui) se croient ainsi mises en état d’infériorité.
Mais c’est un mauvais procès. D’une part, c’est rabaisser ce texte admirable dans lequel Paul s’écrie : « Ce mystère est grand ! » Introduire des relations de domination dans ce mystère d’unité que représente le couple, image de Dieu, c’est le profaner. D’autre part, dans le vocabulaire de Paul, être soumis veut dire « faire confiance » tout simplement.
Enfin, il faut rappeler le contexte social et juridique de l’époque ; l’homme était légalement le chef de la famille, c’est un fait. Dans ce contexte, le but de Paul n’était pas de prêcher la révolution, il était de dire les exigences de l’amour humain à la lumière du dessein de Dieu accompli en Jésus-Christ. D’ailleurs, après avoir dit ce que tout le monde attendait (le discours « socialement correct », pourrait-on dire) « Vous, les femmes, soyez soumises à votre mari », et que Pierre dit exactement dans les mêmes termes ! (1 P 3,1), Paul ajoute une exigence nouvelle pour les maris, (et ceux-ci ne s’y attendaient peut-être pas !) et cela toujours au nom de Jésus-Christ : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ. » Alors, oui l’épouse peut faire confiance !
En filigrane, on retrouve dans ces quelques lignes un des thèmes majeurs de cette lettre, comme de tout le Nouveau Testament : l’union entre le Christ et l’Eglise, prélude et germe de l’union entre Dieu et toute l’humanité se réalise dans le don de sa vie par le Christ : « Il a aimé l’Eglise, il s’est livré lui-même pour elle. » La nouveauté instaurée par le Nouveau Testament et que notre lettre a sans cesse rappelée est précisément là : le Christ est le centre et le réalisateur du projet de Dieu ; tout advient par lui, avec lui et en lui, comme le dit si bien notre liturgie.

EVANGILE– SELON SAINT JEAN  6, 60 – 69

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement
dans la synagogue de Capharnaüm :
60 Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent :
« Cette parole est rude !
Qui peut l’entendre ? »
61 Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet.
Il leur dit :
« Cela vous scandalise ?
62 Et quand vous verrez le Fils de l’homme
monter là où il était auparavant !…
63 C’est l’esprit qui fait vivre,
la chair n’est capable de rien.
Les paroles que je vous ai dites sont esprit
et elles sont vie.
64 Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. »
Jésus savait en effet depuis le commencement
quels étaient ceux qui ne croyaient pas,
et qui était celui qui le livrerait.
65 Il ajouta :
« Voilà pourquoi je vous ai dit
que personne ne peut venir à moi
si cela ne lui est pas donné par le Père. »
66 A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent
et cessèrent de l’accompagner.
67 Alors Jésus dit aux Douze :
« Voulez-vous partir, vous aussi ? »
68 Simon-Pierre lui répondit :
« Seigneur, à qui irions-nous ?
Tu as les paroles de la vie éternelle.
69 Quant à nous, nous croyons,
et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »

CROIRE OU NE PAS CROIRE ?
Voilà la fin du discours sur le pain de vie ; l’heure de la décision a sonné ; comme les arrivants sur la Terre Promise, à la suite de Josué (notre première lecture) ont eu à choisir une bonne fois quel Dieu ils voulaient servir, les auditeurs de Jésus sont au pied du mur. Oui, ce qu’il dit est dur à entendre, faut-il refuser de l’écouter pour autant ? C’est toute la question.
Voilà le paradoxe de la foi : les paroles de Jésus sont humainement incompréhensibles et pourtant elles nous font vivre. Il nous faut suivre le chemin des apôtres : vivre de ces paroles, les laisser nous nourrir et nous pénétrer sans prétendre les expliquer. Il y a là déjà une grande leçon : ce n’est pas dans les livres qu’il faut chercher l’explication de l’Eucharistie. Mieux vaut y participer et laisser le Christ nous entraîner dans son mystère de vie.
On sent bien que, tout au long de l’évangile de Jean se repose cette grande question : croire ou ne pas croire. Si vraiment Jésus est l’envoyé du Père, c’est folie de ne pas accueillir avec émerveillement et reconnaissance le cadeau que Dieu nous fait. Voilà donc la question telle qu’elle se pose aux auditeurs de Jésus : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. »
La réponse sera diverse évidemment ; certains de ses disciples cesseront de le suivre (v. 66) ; au nom des Douze, Pierre, au contraire, aura la réponse de la foi. Cela se passe à Capharnaüm et l’on se demande bien pourquoi Jean juge utile de le préciser à trois reprises (v. 17, 24, 59). Le mystère mystère pascal proprement dit, qui se profile sous tout ce discours, s’est pourtant déroulé à Jérusalem. Mais c’est à Capharnaüm, en Galilée, qu’il a été annoncé. Car il s’agit bien d’une annonce de la Passion, ici : l’abandon des uns, le choix résolu des autres préfigure la croix. Jésus est rejeté, déjà, par le plus grand nombre : Douze, c’est tout ce qui reste de la grande foule (les cinq mille hommes) de la multiplication des pains.
A la différence des trois évangiles synoptiques, l’évangile de Jean ne rapporte ni la profession de foi de Pierre à Césarée, ni les annonces de la Passion ; on peut considérer qu’on en a ici l’équivalent : l’annonce de la Passion : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » La profession de foi de Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
A QUI IRIONS-NOUS ?
Jésus leur a posé la question « de confiance » : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Curieux vocabulaire : les uns « s’en allèrent », Pierre dit « à qui irions-nous ? » Une fois de plus, la foi n’est pas un bagage, mais un chemin. Un chemin sur lequel il faut se laisser guider. « Personne ne peut venir à moi (Jésus) si cela ne lui est pas donné par le Père. » Bienheureux Pierre qui s’est contenté de recevoir le cadeau du Père. A relire tout le discours, on est surpris, d’ailleurs, de la fréquence du verbe « donner », ici et dans tout l’évangile de Jean. Le Père donne le Fils, le Fils donne sa vie ; il nous donne la vie par le partage de sa chair et de son sang. Ce que Jésus résume en parlant à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu ! » (Jn 4).
Reste le dernier don, celui de l’Esprit. Car lui seul fera entrer les croyants dans le mystère : « la chair (c’est-à-dire l’homme réduit à ses seules forces) n’est capable de rien. » L’annonce en est encore voilée ici : « C’est l’esprit qui fait vivre. » Plus tard, dans le discours après la Cène, la veille de sa mort, Jésus en parlera beaucoup plus explicitement. Cela veut-il dire que l’heure de cette ultime révélation n’avait pas encore sonné à Capharnaüm ? L’annonce du don de l’Esprit devait-elle être d’abord faite à Jérusalem ? C’est à Jérusalem, effectivement, que Jésus dira le dernier soir : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15,26-27).
Pierre pressent tout cela lorsqu’il ose formuler la phrase décisive : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu. »
Plus tard, il aura tout loisir de méditer l’extraordinaire discours de Jésus à Capharnaüm : mais il aura fallu auparavant vivre la Passion et la Résurrection du Christ : Le Fils de l’homme, vraiment homme, mortel, était bien l’envoyé de Dieu, « le Saint de Dieu ». Désormais, il est « monté là où il était auparavant » (v. 62) ; vivant de la vie même de Dieu, il la communique aux hommes : il est vraiment « le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. » Le pain qu’il donne, c’est sa chair, « donnée pour la vie du monde. » (v. 51). Car la volonté du Père, c’est la vie du monde : Jésus avait bien dit : « Je suis descendu du ciel non pas pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. » (v. 38-39).
Désormais, « celui (tout homme) qui voit le Fils et croit en lui a la vie éternelle » (v. 40) : telle est la volonté de Dieu. Pour qu’elle se réalise au plus vite, Jésus nous a appris à dire « Que ta volonté soit faite. »

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Dimanche 25 juillet 2021 : 17ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 25 juillet 2021 :

17ème dimanche du Temps Ordinaire

multiplication-des-pains

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – livre du deuxième livre des Rois 4,42-44

En ces jours-là,
42 Un homme vint de Baal-Shalisha et,
prenant sur la récolte nouvelle,
il apporta à Elisée, l’homme de Dieu,
vingt pains d’orge et du grain frais dans un sac.
Elisée dit alors :
« Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent. »
43 Son serviteur répondit :
« Comment donner cela à cent personnes ? »
Elisée reprit :
« Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent,
car ainsi parle le SEIGNEUR :
On mangera et il en restera. »
44 Alors, il le leur donna, ils mangèrent,
et il en resta, selon la parole du SEIGNEUR.

LES NOMBREUX MIRACLES D’ELISEE
Elisée a été prophète dans le Royaume du Nord, entre 850 et 800 av. J.C. environ. Son histoire se lit comme un roman : on la trouve pour la plus grande part dans le deuxième livre des Rois ; Elisée est le successeur du grand prophète Elie, il est son fils spirituel ; et, d’ailleurs, les auteurs bibliques lui attribuent des pouvoirs semblables à ceux du grand prophète.
Voici comment, bien plus tard, vers 200 av. J.C, le livre du Siracide résume sa vie : « Lorsqu’Elie eut été caché dans le tourbillon, Elisée fut rempli de son esprit. Ses jours durant, il ne fut ébranlé par aucun chef et personne ne put lui en imposer. Rien n’était trop difficile pour lui… Pendant sa vie il fit des prodiges, même après sa mort ses oeuvres furent merveilleuses. » (Si 48,12-14).
Elisée n’a pourtant pas laissé d’écrits mais ses miracles et ses paroles de feu ont visiblement marqué la mémoire d’Israël ; familier des rois, il ne mâchait pas ses mots : apparemment, sa liberté de parole était totale parce qu’il était reconnu comme « un homme de Dieu » (2 R 3,12). Et, malheureusement, il trouvait bien souvent à redire car, de son vivant, l’idolâtrie n’a jamais cessé dans le Royaume du Nord. Il lui est arrivé, plus d’une fois, de se mêler de politique, d’ailleurs, quand il s’agissait de favoriser un roi disposé à respecter l’Alliance. C’est ainsi, qu’un beau jour, il a tranquillement profité du déplacement du roi (Achazias) pour en faire sacrer bien vite un autre à sa place (Jéhu) !
Mais cet « homme de Dieu » doit principalement sa célébrité à ses nombreux miracles : deux d’entre eux nous sont proposés ailleurs dans la liturgie : la naissance du fils de la Shunamite (2 R 4,8-16) et la guérison du général syrien lépreux, Naaman (2 R 5). Mais il y en a bien d’autres ; à commencer par son premier geste, celui qui lui permit de se faire respecter comme porte-parole de Dieu : il ouvrit les eaux du Jourdain et traversa à pied sec (2 R 2,14), comme Josué l’avait fait pour le peuple, lors de l’entrée dans la terre Promise (Jos 3), comme Elie lui-même venait de le faire devant lui (2 R 2,8) ; je vous rappelle brièvement quelques autres des miracles d’Elisée dans l’ordre du récit du livre des Rois : quand les eaux de Jéricho devinrent mauvaises et frappèrent le peuple et les troupeaux de stérilité, c’est lui qu’on appela, et il les assainit (2 R 2,19) ; il intervint à plusieurs reprises en faveur de la famille de Shunam qui l’avait hébergé, en particulier il ressuscita l’enfant (2 R 4 et 8). Pour finir, on ne parle pas souvent du miracle de l’huile, bien joli pourtant : une veuve pauvre, poursuivie par des créanciers, était sur le point de se faire enlever ses deux fils pour en faire des esclaves ; elle appela Elisée au secours ; celui-ci lui dit : « Que puis-je faire pour toi ? Dis-moi, que possèdes-tu chez toi ? » Elle répondit : « Je n’ai plus rien chez moi, si ce n’est un peu d’huile pour me parfumer. » C’était dire son extrême pauvreté : étant en deuil, elle ne se parfumait plus et avait rangé l’huile dans son placard, c’était la seule chose qui lui restait. Il n’en fallait pas davantage à l’homme de Dieu : il lui dit : « Va emprunter des vases chez tous tes voisins, des vases vides, le plus que tu pourras… Puis verse ton huile à parfumer dedans. » Vous devinez la suite : elle remplit autant de vases qu’elle put en trouver, l’huile coulait toujours. Elle n’eut plus qu’à vendre son huile pour payer ses dettes (2 R 4,1-7).

CHARITE BIEN ORDONNEE… NE COMMENCE PAS PAR SOI-MEME
Venons-en à la multiplication des pains qui est notre première lecture de ce dimanche. Encore une fois, Elisée agit dans un contexte de pauvreté : grâce aux historiens, on sait que le royaume d’Israël a connu plusieurs fois la famine après une période de sécheresse. Ceci dit, la raison raisonnante n’est pas de son côté : on ne sait pas très bien quelle taille faisaient les vingt pains d’orge, mais il faut croire qu’ils étaient notoirement insuffisants, puisque, très sagement, et dans les meilleures intentions du monde, son serviteur a cherché à le dissuader : « Comment donner cela à cent personnes ? » sous-entendu « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Mais la foi, la vraie, est têtue : sans désemparer, et sans changer un seul mot, d’ailleurs, Elisée répète « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent » ; cette fois, pourtant, il s’explique : « car ainsi parle le SEIGNEUR : On mangera, et il en restera. » Le serviteur n’a plus qu’à obéir, car, visiblement, Elisée ne puise pas son audace en lui-même. Comme toujours, il y a la voix de la raison humaine… et l’autre, celle qui sait que « Le SEIGNEUR est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité », comme dit le psaume de ce dimanche (Ps 144/145).
Quelques remarques, pour terminer, sur le miracle lui-même : dans tous les récits de miracles, qu’ils soient de l’Ancien ou du Nouveau Testament, on retrouve quatre éléments, toujours les mêmes : premièrement, un vrai besoin : la maladie, le handicap, la mort, ou encore la famine (ici), …
Deuxièmement, un geste libre : ici, quelqu’un a pris du pain sur sa récolte, en temps de famine, justement ;
troisièmement, le recours à celui qui est considéré comme l’envoyé de Dieu : ici, Elisée ; les pains lui sont offerts, parce qu’il est reconnu comme l’homme de Dieu : on nous précise que ce sont des pains de prémices, (littéralement, de la récolte nouvelle) c’est-à-dire l’offrande liturgique.
enfin, quatrièmement, la foi dans l’intervention du Seigneur : contre l’avis de son serviteur, Elisée maintient sa décision. La sollicitude de Dieu lui a donné raison !
La morale de cette histoire ? Charité bien ordonnée… ne commence pas par soi-même !

 

PSAUME – 144 (145),10-11,15-16,17-18

10 Que tes œuvres , SEIGNEUR, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
11 Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

15 Les yeux sur toi, tous, ils espèrent :
tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
16 tu ouvres ta main ;
tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

17 Le SEIGNEUR est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
18 Il est proche de ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

UN PSAUME « ALPHABETIQUE »
On ne pouvait pas trouver mieux que ce psaume 144/145 pour faire écho à la première lecture de ce dimanche ! Le prophète Elisée multipliant les pains en période de famine avait été l’instrument de la bonté de Dieu : « Les yeux sur toi, tous ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; Tu ouvres ta main ; tu rassasies avec bonté tout ce qui vit. » Ce psaume est le cri de la reconnaissance et de l’action de grâce : « Que tes œuvres , SEIGNEUR, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! »
Au passage, vous avez remarqué le parallélisme d’une ligne à l’autre de chaque verset : il est particulièrement accentué ; cela vaudrait la peine de le lire à deux voix ou deux chœurs  alternés.
« Que tes œuvres , SEIGNEUR, te rendent grâce // et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne // ils parleront de tes exploits.
Les yeux sur toi, tous ils espèrent // tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
Tu ouvres ta main // tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.
Le SEIGNEUR est juste en toutes ses voies // fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de ceux qui l’invoquent // de tous ceux qui l’invoquent en vérité.
Ils diront la gloire de ton règne // ils parleront de tes exploits. »
La composition de ce psaume est donc très soignée ; deuxième remarque d’ordre littéraire : si vous vous reportez à votre Bible, vous verrez qu’il est ce qu’on appelle un psaume « alphabétique » : il comprend vingt-deux versets  dont chacun commence par l’une des lettres de l’alphabet hébreu selon leur ordre alphabétique. En littérature, c’est ce qu’on appelle un acrostiche. Ici il ne s’agit pas d’une prouesse de style. Utilisé dans la Bible, ce procédé indique toujours que l’objectif principal du psaume est de rendre grâce pour l’Alliance : manière de dire « toute notre vie, de A à Z, (en hébreu de Aleph à Tav) baigne dans l’Alliance, dans la tendresse de Dieu ».
On ne s’étonne pas que ce psaume figure dans la prière juive de chaque matin : pour le Juif croyant, le matin (l’aube du jour neuf) évoque irrésistiblement l’aube du JOUR définitif, celui du monde à venir, celui de l’Alliance renouvelée… Si nous allons un peu plus loin dans la spiritualité juive, le Talmud (l’enseignement des rabbins des premiers siècles après J.C.) affirme que celui qui récite ce psaume trois fois par jour « peut être assuré d’être un fils du monde à venir ».
Sur les vingt-deux versets que comporte donc ce psaume, nous n’en avons malheureusement entendu que six, mais toute la découverte biblique de Dieu est dite dans ces quelques lignes. Par exemple, il y a à la fois la grandeur, la gloire, la royauté de Dieu (« que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne // ils parleront de tes exploits. ») ET sa bonté pour nous, sa proximité : « Il est proche de ceux qui l’invoquent // de tous ceux qui l’invoquent en vérité. »

DIEU, LE TOUT-AUTRE SE FAIT LE TOUT-PROCHE
C’est bien l’une des découvertes admirables du peuple d’Israël que d’avoir réussi à articuler avec autant de force ces deux données de la Révélation aussi importantes l’une que l’autre : Dieu est le Tout-Autre (c’est à lui et à lui seul que reviennent le règne, la puissance et la gloire) et en même temps il est le Tout Proche. Si proche que nos larmes coulent sur ses joues comme dit le livre de ben Sirac. Ce n’est pas un roi comme ceux qu’on connaît sur la terre. C’est un roi à la fois tout-puissant et bon : il ne veut que notre bonheur… Voilà la découverte qu’Israël a faite au long de son histoire. Quand on parle de la puissance de ce roi pas comme les autres, on sait que sa puissance n’est qu’amour ; on se souvient de ce que Dieu a dit de lui-même à Moïse : « Le SEIGNEUR est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour » (Ex 34,6). C’est peut-être le meilleur résumé qu’on puisse donner de toute la révélation biblique.
Une révélation que le peuple d’Israël qui en fut le premier bénéficiaire ne peut pas et ne veut pas garder pour lui ! Car sa mission, il le sait, est de le chanter assez fort pour que tous le sachent : la richesse de pardon, la tendresse et la pitié du Seigneur, elles sont POUR TOUS !
« La bonté du SEIGNEUR est pour tous, sa tendresse pour toutes ses oeuvres » dit un autre verset.
Ici, nous avons bien entendu « Il est proche de ceux qui l’invoquent // de tous ceux qui l’invoquent en vérité. » Cette universalité du projet de Dieu est l’une des grandes découvertes de l’Ancien Testament : Dieu aime toute l’humanité et son projet d’amour, son « dessein bienveillant » concerne toute l’humanité et toute la création.
Pour terminer, si l’on se rapporte au texte complet de ce psaume, on lui découvre une parenté très grande avec le Notre Père : par exemple, le Notre Père s’adresse à Dieu à la fois comme à un Père ET comme à un roi : un père qui est le Dieu de tendresse et de pitié dont parle ce psaume… un roi dont le seul objectif est le bonheur de tous les hommes. « Notre Père… donne-nous… pardonne-nous… délivre-nous du mal…  que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel … » parce qu’on sait que sa volonté est, comme dit Saint Paul , « que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ».  (1 Tm 2,4).
On comprend que ce psaume 144/145 soit devenu la prière du matin du peuple qui le premier a appris à parler à Dieu comme à un père.

 

DEUXIEME LECTURE – Lettre de Saint Paul apôtre aux Ephésiens 4,1-6

Frères,
1 moi qui suis en prison à cause du Seigneur,
je vous exhorte à vous conduire
d’une manière digne de votre vocation :
2 ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience,
supportez-vous les uns les autres avec amour ;
3 ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit
par le lien de la paix.
4 Comme votre vocation vous a tous appelés
à une seule espérance,
de même il y a un seul Corps et un seul Esprit.
5 Il n’y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême,
6 un seul Dieu et Père de tous,
au-dessus de tous,
par tous, et en tous.

LA VOCATION DE L’UNITE
Paul est en prison (probablement à Rome) et il sait que tout ne va pas tout seul entre les Chrétiens de sa communauté d’Ephèse : les causes de discorde ne manquent pas, notamment, entre anciens Juifs et anciens païens ; et il y a probablement aussi des risques d’hérésie : en tout cas, on peut le supposer puisque, un peu plus bas, au verset 14, il émet le souhait que « nous ne soyons plus des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d’idées, au gré des hommes, eux qui emploient leur astuce à nous entraîner dans l’erreur. » C’est probablement pour cela qu’il insiste tant ici à la fois sur l’unité dans le comportement et l’unité de doctrine : « une seule espérance… un seul Corps et un seul Esprit… un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême… un seul Dieu et Père de tous ».
Mais, comme toujours chez Paul, les recommandations d’ordre moral sont d’abord une leçon de dogme : l’arrière-plan de notre texte d’aujourd’hui, c’est le mystère du projet de Dieu, ce fameux dessein bienveillant, dont nous parlons souvent, et qu’il a décrit dans le premier chapitre ; voici ce passage (c’était notre lecture du quinzième dimanche) : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, tout réunir sous un seul chef, le Christ » (traduction TOB).
Un peu plus bas, dans les versets qui suivent tout juste notre lecture de ce dimanche, il va donner une autre définition du dessein bienveillant : « Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ. »
« La plénitude de la stature du Christ », cela veut dire quand l’humanité tout entière sera réunie autour de Jésus-Christ, au point de ne faire qu’un avec lui ! Je vous rappelle la très belle image qu’en donnait le Père Teilhard de Chardin : (Avant de vous redire sa phrase, je vous invite à bien entendre la différence qu’il marque entre Jésus (de Nazareth) et le Christ au sens du Christ total que nous formons avec lui et qui n’a pas achevé de se former). Voici la phrase du Père Teilhard de Chardin : « Dès l’origine des Choses un Avent de recueillement et de labeur a commencé… Et depuis que Jésus est né, qu’Il a fini de grandir, qu’Il est mort, tout a continué de se mouvoir, parce que le Christ n’a pas achevé de se former. Il n’a pas ramené à Lui les derniers plis de la Robe de chair et d’amour que lui forment ses fidèles … » (Ecrits de guerre – 1916).

UN SEUL SEIGNEUR, UNE SEULE FOI, UN SEUL BAPTEME
Je reviens à la lettre aux Ephésiens : c’est à cause de ce grand dessein de Dieu que Paul insiste tellement dans le texte d’aujourd’hui sur l’unité de foi, d’espérance, d’amour : « Votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance… il n’y a qu’un seul Corps et un seul Esprit. Il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous. » Ce projet de Dieu résonne à nos oreilles comme un appel ; Paul fait certainement exprès d’employer trois fois le même mot « appel » (traduit ici par appel, vocation, appeler) : « Je vous encourage à suivre fidèlement l’appel que vous avez reçu de Dieu… votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance ».
« Suivre fidèlement l’appel reçu de Dieu » : voilà qui dit bien que Dieu cherche des collaborateurs pour son projet ; un appel, c’est une proposition, à laquelle nous sommes libres de coopérer ou non ; par le Baptême, nous avons accepté l’invitation, nous avons accepté d’être embauchés sur le chantier de la construction du projet. Le chantier, c’est le monde entier, le maître d’œuvre , c’est l’Esprit Saint.
Au passage, il faut noter que le mot « Eglise » (« ecclesia » en grec), est de la même racine que le mot « appel » ; membres de l’Eglise, nous sommes les appelés du dessein bienveillant de Dieu. Du coup, l’insistance de Paul sur les vertus de patience, humilité, douceur s’explique : nous serons de piètres collaborateurs du dessein bienveillant de Dieu si nous ne sommes pas bienveillants nous-mêmes ! Le modèle, tout simplement, c’est Jésus lui-même, le doux et humble de cœur .
Bien sûr, toutes ces vertus nous paraissent un programme impossible ! Cela dépasse évidemment nos forces ; mais les contemporains de Paul avaient les mêmes difficultés, disons-nous bien ! D’autre part, ce beau programme, c’est lui qui peut le réaliser en nous, si nous voulons bien ; il faut seulement accepter de reconnaître que nous n’en avons pas la force tout seuls. Mais, avec son aide, nous le pouvons, ou plutôt c’est lui qui peut le réaliser en nous, si nous nous laissons transformer peu à peu par son Esprit d’amour.  C’est le moment de se rappeler la phrase de Jésus : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra pour mes disciples ! » (Jn 13,35). Si l’on peut reconnaître l’action de Dieu en nous, ce sera justement parce qu’il nous donne de réaliser des choses humainement impossibles ! Seul l’Esprit de Dieu peut réaliser ce prodige de nous faire vivre dans l’humilité, la douceur, la patience… et il est là le témoignage ! Car, du coup, les gens seront bien obligés d’admettre que l’Esprit de Dieu existe et que c’est lui qui agit en nous !
Nous il nous est seulement demandé d’avoir cela à cœur  ! C’est-à-dire de désirer de toutes nos forces la réalisation du projet de Dieu : « Ayez à cœur  de garder l’unité dans l’Esprit. »

 

EVANGILE – selon Saint Jean 6,1-15

En ce temps-là,
1 Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée,
le lac de Tibériade
2 Une grande foule le suivait,
parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait
sur les malades.
3 Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples.
4 Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
5 Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui.
Il dit à Philippe :
« Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »
6 Il disait cela pour le mettre à l’épreuve,
car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.
7 Philippe lui répondit :
« Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas
pour que chacun reçoive un peu de pain. »
8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
9 « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge
et deux poissons,
mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
10 Jésus dit : « Faites asseoir les gens. »
Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit.
Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
11 Alors Jésus prit les pains,
et, après avoir rendu grâce,
il les distribua aux convives ;
il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.
12 Quand ils eurent mangé à leur faim,
il dit à ses disciples :
« Rassemblez les morceaux en surplus,
pour que rien ne se perde. »
13 Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers
avec les morceaux des cinq pains d’orge,
restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
14 A la vue du signe que Jésus avait accompli,
les gens disaient :
« C’est vraiment lui le Prophète annoncé,
celui qui vient dans le monde. »
15 Mais Jésus savait
qu’ils allaient venir l’enlever
pour faire de lui leur roi ;
alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

LA PAQUE ETAIT PROCHE
La réaction de la foule après la multiplication des pains dit bien l’effervescence qui régnait en Israël à l’époque de Jésus ; car on attendait le Messie avec impatience : alors, quand on a vu Jésus guérir les malades, on s’est mis à le suivre ; Jean raconte : « Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades. »
L’effervescence était particulièrement grande, certainement, dans les jours qui précédaient la Pâque ; cette fête de la libération passée (de l’esclavage en Egypte) préfigurait aux yeux de tous la libération définitive qu’apporterait le Messie. Et si Jean prend la peine de préciser : « La Pâque, la fête des Juifs, était proche », c’est qu’il y a là un élément important de compréhension du récit de la multiplication des pains.
Dans les dimanches qui viennent, nous aurons l’occasion de mesurer à quel point le mystère pascal est sous-jacent à tout le discours de Jésus sur le pain de vie.
Pour l’instant, Jésus entraîne la foule vers la montagne : « Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples. » Le mot « montagne », en Galilée, près du lac, ne peut être que symbolique (les collines culminent à quelques centaines de mètres) ; sans doute Jean veut-il nous faire entendre que l’heure du banquet messianique annoncé par le prophète Isaïe a sonné : « Le SEIGNEUR, le tout-puissant, va donner sur cette montagne un festin pour tous les peuples, un festin de viandes grasses et de vins vieux, de viandes grasses succulentes et de vins vieux décantés » (Is 25,6). A cette foule affamée du festin de Dieu, Jésus va offrir le signe que ce jour tant attendu est vraiment là. Car c’est bien lui qui prend l’initiative.
Il commence par questionner Philippe, l’un des Douze : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Et Jean commente : « Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait bien ce qu’il allait faire. » Sans doute, ici comme ailleurs, l’évangéliste veut-il insister sur la prescience de Jésus ; mais en quoi consiste cette « mise à l’épreuve » des apôtres ? Pour un Juif comme Jean, cette expression est un rappel de l’expérience de l’Exode : car la longue pérégrination dans le Sinaï avait été comprise par la suite comme un temps de « mise à l’épreuve » ; le livre du Deutéronome explique : « Le SEIGNEUR ton Dieu t’éprouvait pour connaître ce qu’il y avait dans ton cœur  » (Dt 8,2). Philippe, lui, n’a peut-être pas compris tout de suite que Jésus en appelait à sa foi, il répond de manière toute humaine, pleine de bon sens : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain. » Et André ajoute : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »

LE BON SENS… OU LA FOI ?
A vues humaines, on ne peut pas leur donner tort ! Mais le bon sens, la raison raisonnante ne sont pas toujours bons conseillers. Ont-ils donc oublié, Philippe et André, l’histoire du prophète Elisée (première lecture de ce dimanche) ? Bien intentionné, le serviteur du prophète avait, dans un cas tout à fait semblable, tenu les mêmes propos : un tout petit peu de pain pour cent personnes, ce n’était même pas la peine d’y penser ! Mais Elisée avait passé outre… Jésus fait la même chose, il se contente de dire « Faites-les asseoir. » Pourquoi Jean précise-t-il « qu’il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. » ? Sinon pour faire entendre qu’un « bon pasteur » (encore une image messianique ; cf Jn 10) prend toujours soin d’emmener ses brebis sur un bon pâturage ? « Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. »
Les quatre évangiles notent la disproportion entre les cinq pains et les cinq mille hommes (disproportion beaucoup moins accentuée dans la multiplication des pains par Elisée) ; histoire de noter la surabondance des dons messianiques.
Arrivé là, Jean change de ton : « Alors Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua. » On y reconnaît sans peine les mots de la Cène ; Jean, il est vrai, ne relate nulle part l’institution de l’Eucharistie ; (il la remplace par le lavement des pieds, Jn 13) ; mais ici, visiblement, il y fait référence : les chrétiens auxquels il s’adresse comprennent aussitôt que le miracle des pains sur la petite montagne de Galilée est le signe du banquet de l’Eucharistie qu’ils célèbrent chaque dimanche depuis la Résurrection du Christ.
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Compléments
– Après le repas miraculeusement improvisé, on sera tout prêts à croire qu’enfin on a trouvé le Messie : « Les gens disaient : C’est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. »
– On attendait le retour d’Elie pour les temps messianiques ; le miracle des pains a-t-il suggéré à la foule un rapprochement avec Elie (et la veuve de Sarepta) ?