EPIDEMIES, HISTOIRE DE LA PROVENCE, MARSEILLE (Bouches-du-Rhône), PANDEMIES, PESTE, PESTE (1720-1722), PESTE (Marseille ; 1720), PESTE NOIRE

LA PESTE EN PROVENCE EN 1720-1722

Marseille en quarantaine : la peste de 1720

La peste en Provence et en Languedoc de 1720 à 1722

Vingt-sept mois de confinement, quatre ans pour rouvrir complètement la cité, la moitié de la population disparue : voilà ce qu’a subi Marseille, frappée par la peste en 1720. Comment la ville et ses habitants ont-ils fait face ?

La dernière grande épidémie qui frappe massivement la France à l’Époque moderne est la peste de Marseille, qui débute en juin 1720. Très étudiée comme l’un des trois fléaux d’Ancien Régime avec la famine et la guerre, la peste est un sujet qui a longtemps été rattaché au champ de l’histoire économique puis des mentalités, puisque les crises démographiques permettent de comprendre le rapport entretenu par les populations à la peur et à la mort [1]. Mais peu d’études se sont penchées sur le quotidien en temps de quarantaine, en prenant en compte également la capacité d’agir des couches sociales les plus défavorisées.

Dans une perspective microhistorique et d’histoire par en bas, les archives policières et judiciaires peuvent pourtant apporter des éclairages inédits sur cette question, offrant un regard d’une part sur les réponses des gouvernants à l’épidémie (ordonnances de police et règlements), d’autre part sur les ajustements quotidiens que les habitants adoptent pour survivre à la situation (procédures judiciaires, correspondances et relations de peste – des récits des événements rédigés par des témoins de l’épidémie). Pendant cette période, en effet, le pouvoir politique local est modifié, et des mesures d’exception sont mises en place pour tenter de contenir l’épidémie.

Des étoffes infectées

La peste n’avait pas atteint Marseille depuis quelque soixante-dix ans. Il s’agissait alors, pour le port franc prestigieux du début du XVIIIe siècle, d’une maladie d’un autre temps, d’autant que la ville était dotée d’un système sanitaire opérationnel censé la prévenir des épidémies. Toute cité atteinte en Méditerranée s’exposait à une fermeture et une quarantaine.

Depuis la franchise du port accordée par Colbert en 1669, assurant des privilèges douaniers, Marseille était une ville florissante, avec un quasi-monopole du commerce destiné au Levant. Cette grande cité comptait près de 100 000 âmes en incluant le « terroir » (l’arrière-pays, ce qui représente aujourd’hui le territoire de la ville) et la « ville dans la ville » que constitue l’arsenal des galères.

Pourtant, la peste est apportée à Marseille le 25 mai 1720 par le Grand Saint-Antoine, un bateau de retour de Smyrne, ayant mouillé dans plusieurs échelles [2] où l’épidémie sévissait non loin, comme Seyde (Sidon), Tripoli (actuel Liban) ou Chypre – au Levant, la maladie était alors à l’état endémique. Le navire contenait des étoffes probablement infectées par le bacille de Yersin. Le navire est mis en quarantaine préventive, comme tous ceux de retour de ports possiblement infectés, sur les îles de Pomègues et Jarre, au large de la cité.

Le capitaine du bateau présente une patente nette (soit sans risque sanitaire) aux intendants de la Santé, mais certains membres de l’équipage sont tombés malades et sont morts pendant la traversée de retour. Un autre décès survient sur le bateau alors en quarantaine et ses membres sont transférés au lazaret, situé sur la côte d’Arenc, hors des remparts de la cité. La quarantaine des marchandises est quant à elle écourtée, afin de s’assurer de la vente de sa cargaison à la foire de Beaucaire le mois suivant.

La peste se répand hors du lazaret et frappe la vieille ville en juin. La première victime, si l’on en croit le médecin Jean-Baptiste Bertrand (qui a publié dès 1721 une Relation historique de la peste de Marseille en 1720), est Marguerite Dauptane, attaquée le 20 juin, suivie huit jours plus tard par un tailleur, Michel Cresp, et toute sa famille. Aucune mesure particulière n’est adoptée par les pouvoirs publics, les chirurgiens du lazaret examinant les corps ne concluant pas à la peste.

L’échevinage, qui dirige la ville, met de nombreuses semaines à reconnaître l’épidémie, le mot « peste » n’étant jamais prononcé publiquement jusqu’en septembre 1720 par les autorités, qui lui préfèrent les termes de « contagion » ou « fièvres pestilentielles ». La municipalité continue de cacher le mal aux habitants pendant plus de trois mois, par peur d’une possible émeute, et malgré un nombre de malades grandissant. Dans le déni de l’épidémie a peut-être joué aussi la culpabilité du premier échevin de la ville, Jean-Baptiste Estelle, qui possédait une partie de la cargaison du Grand Saint-Antoine. Le procès ouvert à son encontre après la peste n’aboutit pas, faute de preuves. Néanmoins, la population marseillaise a gardé une forte animosité à son égard, lisible dans les poèmes et chansons populaires composés à l’occasion de la peste et suite à celle-ci. Mais la principale cause qui peut expliquer la lente reconnaissance du mal serait la difficulté qu’ont les médecins et chirurgiens qui examinent les premiers malades de conclure unanimement à la peste.

Certains symptômes sont pourtant sans équivoque, tels les bubons et les charbons retrouvés sur les premiers malades, la forte fièvre et la contagiosité, puisque les membres d’une même maisonnée tombent simultanément malades. Mais l’on croit alors à de simples fièvres malignes dues à de mauvais aliments, touchant les pauvres gens. Les questions sont également nombreuses sur les modes de contagion de la peste au XVIIIe siècle : se transmet-elle par le souffle, les contacts humains, les contacts avec les cadavres, les rapports sexuels ? Les débats savants sur la contagion sont vifs.

La gravité de l’épidémie n’est réellement appréhendée qu’avec l’augmentation exponentielle du nombre de morts, qui atteint 1 000 décès par jour en août 1720, au pic de l’épidémie. La peste ravage alors la ville qui se vide peu à peu de ses habitants à cause des nombreux décès, mais aussi de tous ceux qui ont fui dans l’arrière-pays. Le négociant Roux parle de 30 000 à 40 000 personnes qui seraient parties dès fin juillet aux premières manifestations de la peste : ce nombre est peut-être exagéré, mais il montre tout de même l’ampleur de la fuite parmi la population. Certains abandonnent ainsi leurs fonctions pourtant nécessaires à la bonne marche de la ville (comme les intendants du Bureau de la santé) et propagent la maladie aux alentours.

La situation devient alors ingérable, les malades et les morts envahissant les rues : « De quelque côté que l’on jette les yeux, on voit les rues toutes jonchées des deux côtés de cadavres qui s’entre-touchent et qui, étant presque tous pourris, sont hideux et effroyables à voir », raconte Nicolas Pichatty de Croissainte, orateur du conseil de ville et procureur du roi en la police, dans son Journal abrégé de ce qui s’est passé en la ville de Marseille depuis qu’elle est affligée de la contagion.

Pour la première fois dans l’histoire de l’épidémie en Provence, le pouvoir royal intervient directement : des commandants militaires sont peu à peu nommés dans toutes les villes infectées. Dans la cité phocéenne, c’est le chevalier Charles-Claude Andrault de Langeron, par ailleurs déjà chef d’escadre des galères à Marseille et maréchal de camp, qui est désigné le 3 septembre 1720 pour « commander en ladite ville de Marseille tant aux habitants qu’aux gens de guerre qui y sont et seront ci-après en garnison » (Commission du roi). A l’échevinage traditionnel est donc substitué un gouvernement avec une composante militaire, sans pour autant destituer la municipalité en place avant la peste, qui continue de travailler de concert avec Langeron. Les commandants militaires sont dotés de pleins pouvoirs, faisant basculer les cités dans des états d’exception qui ne sont pleinement légitimés qu’après l’épidémie.

Isoler la ville

Localement, le pouvoir urbain tente de protéger le commerce et instaure de premières mesures prophylactiques (défense de laisser croupir l’eau dans les poissonneries, ou de faire des tas de fumier à l’intérieur des maisons). Le parlement de Provence, devant les cas qui se multiplient et le risque de contamination, va plus loin : il décide dès le 31 juillet 1720 d’isoler Marseille en défendant aux autres villes à la fois tout échange économique avec la cité phocéenne et la venue de Marseillais et d’habitants des alentours sous peine de mort. Il est demandé aux échevins de fermer les portes des remparts et de monter des barricades pour isoler le faubourg marseillais.

Une ligne de blocus militaire est déployée autour du terroir, avec la mise en place de 89 postes de garde. Ce cordon sanitaire est long de plus de 60 km à vol d’oiseau. L’épidémie se répandant hors de Marseille, jusqu’à Orange, un « mur de la peste » de 36 km est construit, isolant le Comtat Venaissin.

Pour ravitailler la ville, tant par terre que par mer, il est décidé le 6 août l’établissement de trois « bureaux d’abondance » sur le territoire marseillais (à Septèmes, la Bastidonne, l’Estaque), complétés par trois puis quatre autres pour centraliser les denrées arrivant à Marseille.

Sur place, des gardes sont postés en surveillance et une distance est demandée entre les individus pendant les transactions. Les denrées sont issues de la production locale, d’achats dans les différentes provinces du royaume et dans les autres pays, ainsi que d’un don de la papauté pour les plus nécessiteux.

Dispositif policier inédit

Pour faire respecter le blocus de la Provence, un quart des troupes royales sont envoyées dans la région et restent mobilisées pendant plus de deux ans et demi. A l’intérieur de Marseille, deux compagnies de régiment sont déployées pour contribuer au maintien de l’ordre, et un quadrillage de la cité est adopté afin d’assurer, quartier par quartier, puis rue par rue, le contrôle et la surveillance de l’épidémie et des habitants. Dans la ville, avant la peste, 146 hommes environ étaient pourvus des missions de police : bourgeois appartenant à une milice chargés d’un tour de garde, capitaines et lieutenants de quartier, enfin personnels composant la police urbaine (en charge de tout ce qui avait trait à l’administration de Marseille). A l’arrivée de la maladie, les autorités marseillaises instaurent un dispositif policier inédit, tant par son ampleur que par la multiplicité des tâches sanitaires qui lui sont octroyées. Près de 300 commissaires sont recrutés de façon temporaire. Ces hommes travaillent de concert avec les médecins, avec les commis, transporteurs, ou servants, autant de métiers indispensables et maintenus. De plus, des centaines de forçats sont sortis de l’arsenal des galères pour s’occuper des tâches les plus périlleuses, comme la désinfection, l’enlèvement et l’enterrement des cadavres (on nomme les galériens « corbeaux »), sous la supervision des commissaires. Une organisation similaire est établie dans le terroir

On suit cette recomposition de la police dans l’ensemble des ordonnances adoptées pendant la période, dont le nombre explose : plus de 200 textes sont ratifiés par la municipalité, alors que, hors temps d’épidémie, l’on compte une vingtaine d’ordonnances par an au maximum. Cette nouvelle législation d’exception constitue la base du droit pendant les années de peste et touche l’ensemble de la vie sociale. Elle s’attache à quatre grands domaines, déclinés par la suite en des règlements plus détaillés : la prévention de la contagion ; la circulation des biens et des personnes ; la gestion des malades et des morts ; la désinfection. C’est par exemple sous la supervision de cette police de peste que les malades sont d’abord ravitaillés à domicile, puis transférés dans les hôpitaux.

Les mesures sanitaires visent à immobiliser au maximum les habitants, en contrôlant tout mouvement. Pour circuler, les Marseillais doivent se munir d’un billet de santé attestant qu’ils ne sont pas atteints de peste, signé par un représentant de leur quartier (prêtre ou commissaire). Les espaces publics sont interdits : fermeture des écoles et du collège, des églises et de tous les lieux de rassemblement. Les maisons atteintes de peste sont marquées d’une croix rouge, et ceux qui y vivent sont mis en quarantaine dans leurs habitations. Le nombre de malades augmentant, ceux-ci sont peu à peu transférés dans des hôpitaux de peste. Les espaces publics sont désormais déserts et non praticables, réservés aux seules personnes en charge d’enrayer l’épidémie.

Les « groupes à risque », du fait de leur métier (fripiers), de leurs mouvements (étrangers), de leur rôle dans la gestion de la peste (galériens) ou de leur statut déconsidéré (prostituées), sont particulièrement surveillés afin « d’éviter toutes communications pernicieuses », comme on peut le lire dans une procédure judiciaire. La municipalité recense les malades et les morts et, pour finir, l’ensemble de la population pour tenter de savoir qui a survécu.

Les peines prévues à l’encontre des contrevenants aux mesures sanitaires sont progressivement durcies et couvrent l’ensemble des châtiments corporels de l’Ancien Régime (fouet, carcan, galères, enfermement), jusqu’à la peine de mort, qui concerne essentiellement le franchissement des barrières mises en place (bien qu’aucun acte officiel de condamnation à mort n’ait été par la suite retrouvé).

Hôpitaux de peste

La municipalité met progressivement en place, à partir du 9 août et jusqu’au 4 octobre, un réseau de six hôpitaux de peste et de maisons de convalescence ou de quarantaine affiliées, couvrant l’ensemble de l’espace urbain. Au pied des remparts en dehors de la villel’hôpital du Mail est ainsi construit en urgence à l’automne pour faire face à la saturation des autres hôpitaux réquisitionnés. Il reçoit essentiellement les malades du terroir, touché après la ville. Les taux de mortalité dans ces institutions peuvent atteindre des chiffres effarants : jusqu’à 92 % de décès en décembre 1720 à l’hôpital du Mail. Intra-muros, la mortalité moyenne, d’octobre 1720 à février 1721, se situe autour de 54 % pour l’hôpital de la Charité [3]

A l’intérieur des hôpitaux, les soins apportés par les soignants sont bien peu efficaces face à la violence de la maladie, même si de nouveaux traitements chirurgicaux sont testés [4] et que l’on note un développement des autopsies permettant de mieux connaître les causes de la maladie. Les médecins de la ville, prudents, conseillent, eux, de s’en tenir à une alimentation suffisante (tenter de manger de la viande plusieurs fois par semaine), à des remèdes à base de plantes (des concoctions telles que la thériaque de l’émétique, de l’antimoine, du potassium ou du sirop royal). Ils se méfient des remèdes « violents et actifs », causant la plupart du temps la mort du malade, et ne conseillent d’opérer les bubons qu’en cas d’extrême nécessité. Il y a tout de même un pourcentage de guérisons observées, et plusieurs témoignages font penser qu’une certaine immunité était acquise après avoir guéri de la peste.

Dans quelques établissements, des religieux s’efforcent de maintenir une préparation digne à la mort, mais la contagiosité de la peste suspend les rites funéraires ordinaires et les morts sont jetés pêle-mêle, sans aucune cérémonie, dans de gigantesques charniers ouverts aux limites de la cité et des hôpitaux. Cette modification de l’administration de la fin de vie est terrible pour les vivants, qui ne peuvent accompagner leurs proches décédés. On trouve ainsi des mentions d’habitants faisant fi de l’obligation d’enterrer les cadavres dans les fosses communes, qui « sans craindre le péril embrassaient leurs parents morts ou les traînaient jusques dans les plus proches cimetières » (Journal historique de Paul Giraud).

La vie continue

Malgré la mortalité et le risque quotidien de périr, la vie doit continuer pour les habitants. Il y a bien sûr des comportements extrêmes, voire irrationnels, liés à la peur, comme le désespoir ou la folie qui guettent tout individu en période de forte mortalité, ce qu’ont souvent souligné les historiens [5]. Mais, même au cœur de l’épidémie, les procédures judiciaires mentionnent des actes d’entraide, de solidarité et de compassion envers les mourants. Ainsi, Anne, servante de maître Gueyrard, atteint par la contagion, le « secourut jusques à la mort », sa fille précisant qu’elle fut « tout attristée de cette mort pour avoir donné ses soins au défunt ».

Installés dans une quarantaine qui semble sans fin, les habitants s’organisent. Face à la fermeture des églises, certains prêtres continuent de prêcher à l’air libre au début de l’épidémie. L’évêque Belsunce organise des processions et des prières collectives, mais la municipalité finit par les interdire pour éviter de faire durer la contagion. Les liens sociaux se maintiennent au sein des familles et avec le voisinage. La vie continue donc malgré tout : en novembre 1720, alors que les morts sont encore nombreux, les noces d’un boulanger sont célébrées dans la maison du négociant Joseph Comte, avec la présence d’un joueur de violon. Peu de registres paroissiaux ont été tenus à jour sur l’ensemble de la période mais l’on note une natalité plus forte suite à l’épidémie, concomitante avec une « frénésie des mariages » remarquée par tous les contemporains (740 par an avant la peste, 1 472 après) [6].

Face aux limites imposées aux déplacements, et à l’enfermement à domicile, on constate une panoplie de tactiques pour entretenir un lien social, tout en se protégeant de la contagion : se parler à distance, au seuil des portes et des fenêtres, utiliser massivement le vinaigre comme désinfectant, maintenir une correspondance avec ses proches pour les lettrés quand les familles sont séparées dans des villes distinctes. Les capacités à faire face à la situation de peste et de quarantaine sont multiples et démontrent ainsi l’aptitude de l’homme à survivre aux épidémies et à s’adapter de façon active aux situations les plus terribles.

Dans Marseille toujours confinée, après le paroxysme de l’épidémie en août-décembre 1720, est venu le temps de l’apaisement et de la désinfection. La maladie semble disparaître, jusqu’à une rechute en mai 1722 qui cause environ 200 morts supplémentaires. A ces phases successives correspondent le durcissement ou au contraire l’allégement des mesures pour tenter de contrôler l’épidémie.

Les populations peuvent de nouveau circuler hors du terroir à partir de décembre 1722. A cette date, lorsque les barrières sont levées, la peste de Marseille a fait périr, selon les plus hautes estimations, près de la moitié des habitants, soit environ 50 000 personnes en incluant le terroir.

La ligne de blocus de la Provence est levée en mai 1723. La région compte 120 000 morts au total (Marseille comprise), soit un tiers de sa population. Le rétablissement complet du commerce n’interviendra, lui, que début 1724, trois ans et demi après la fermeture de Marseille en juillet 1720.

Une fois la peste passée, l’accentuation de certains dispositifs disciplinaires laisse des traces au cours du XVIIIe siècle, notamment en ce qui concerne la police des étrangers. Le répertoire d’actions adoptées pendant l’épidémie sert alors de base au renforcement des contrôles sanitaires. La mémoire de l’événement, quant à elle, est toujours présente aujourd’hui à Marseille.

Fleur Beauvieux

L’auteure: Fleur Beauvieux a soutenu une thèse sur les « Expériences ordinaires de la peste. La société marseillaise en temps d’épidémie, 1720-1724 ». Elle a participé à Police ! Les Marseillais et les forces de l’ordre (dir. B. Marin, C. Regnard, Gaussen, 2019).

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Image : Détail du tableau Vue de l’hôtel de ville pendant la peste de 1720, Michel Serre, 1721.
Marseille, musée des Beaux-Arts, Jean Bernard/Bridgeman Images.

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Notes

1. Cf. J. Delumeau, Y. Lequin (dir.), Les Malheurs des temps. Histoire des fléaux et calamités en France, Larousse, 1987.

2. Les ports et principales escales sous la domination du sultan ottoman où les nations étrangères peuvent jouir de privilèges.

3. Cf. C. Carrière, M. Courdurié, F. Rebuffat (Pour en savoir plus, p. 19).

4. Voir la thèse de J. El Hadj, « Les chirurgiens et l’organisation sanitaire contre la peste à Marseille, XVIIe-XVIIIe siècle », EHESS, 2014.

5. Cf. J. Delumeau (Pour en savoir plus, p. 19).

6. Cf. C. Carrière, M. Courdurié, F. Rebuffat, p. 233 (Pour en savoir plus)

Mots Clés

Échevinage
Municipalité. A Marseille, l’échevinage est composé de quatre échevins, membres de la bourgeoisie marseillaise.

Lazaret
Établissement de quarantaine où sont isolées les personnes ou les marchandises de retour depuis des lieux infectés.

Patentes de santé
Certificats sanitaires donnés aux navires lors de leur appareillage. Ces patentes peuvent être de trois types : « nette » si le bateau provient d’un port sain ; « touchée » ou « soupçonnée » si le port est sain mais la région infectée ;« brute » si le port est contaminé.

Toute la Provence touchée

La peste se répand rapidement en Provence : Cassis est touchée dès le 21 juillet 1720. Le 14 septembre, l’autorité royale promulgue un arrêt plaçant toute la Provence en quarantaine : c’est la première épidémie qui provoque une réaction à l’échelle du royaume. Des cordons sanitaires sont mis en place avec des postes de surveillance. Un mur est construit pour isoler le Comtat Venaissin. On dénombre près de 20 000 morts à Toulon, 13 000 à Arles.

Des mesures policières et sanitaires exceptionnelles

Pour lutter contre la peste et sa contagion, un cordon de postes de garde est établi qui coupe la ville et son arrière-pays du reste de la région. Des quartiers sont délimités pour un meilleur quadrillage. Des hôpitaux sont mis en place et des marchés sont créés pour assurer le ravitaillement de la ville.

Dates Clés

1720

25 mai : Arrivée à Marseille du Grand Saint-Antoine.

20 juin : Première victime de la peste dans la ville.

21 juillet : Cassis est touchée.

31 juillet : Le parlement de Provence ordonne la mise en quarantaine de la ville.

Août-septembre : Paroxysme de l’épidémie.

3 septembre : Nomination de Langeron à la tête de la ville par la royauté.

1721

Janvier-septembre : Désinfection de la ville, dénombrement des morts et des vivants.

Septembre 1721-mai 1722 : Latence de la maladie à Marseille ; la peste s’est étendue au reste de la Provence ; reprise de la vie ordinaire dans la cité.

1722

Mai : Rechute épidémique dans Marseille.

1er décembre : Levée de la ligne de blocus avec la Provence.

1723

4 septembre : Départ du commandant militaire.

27 mai : Échanges rétablis entre Marseille et le reste de la France.

1724 : Rétablissement total des échanges avec le reste du monde.

Chiffres
Pic épidémique en août 1720

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On compte 1 000 décès par jour en août 1720 à son paroxysme. Une reprise de l’épidémie en mai 1722 entraîne environ 200 morts supplémentaires.

Quarantaines, îlots et lazarets en Méditerranée

La menace endémique de la peste en Méditerranée entraîne, dès le XIVe et le XVe siècle, le développement de structures et magistratures sanitaires destinées à juguler les risques d’épidémie. Particulièrement exposées, Raguse (Dubrovnik) et Venise sont les premières villes à imposer un isolement de quarante jours pour les navires, les hommes et les marchandises suspects d’avoir fréquenté des régions infectées. Venise construit ainsi des « lazarets », des bâtiments érigés sur des îlots de la lagune éloignés du centre urbain, afin d’organiser et de contrôler la bonne tenue des quarantaines, ainsi que les opérations de désinfection par des fumigations à base de parfums. Le traumatisme des violentes épidémies des années 1630 et 1650 en Italie amène à renforcer les mesures prophylactiques, peu à peu imitées en Europe.

A Marseille, les dispositifs contre la peste sont durcis au début du XVIIe siècle, à mesure que le port devient la principale tête de pont du commerce français avec l’Empire ottoman, où la peste sévit de manière chronique. Le Bureau de la santé de Marseille, véritable « place forte » (Françoise Hildesheimer) de la défense sanitaire de la France, s’occupe de collecter des renseignements sur l’état des épidémies en Méditerranée, grâce à un vaste réseau d’informateurs ( bureaux-relais établis sur les littoraux du royaume, consuls à l’étranger, marchands et marins, etc.). Les magistratures de santé ou les consuls délivrent aux capitaines des « patentes » qui indiquent l’état sanitaire de leur port de départ. En fonction de ces patentes et des déclarations des capitaines sur leurs voyages, les intendants de la Santé dirigent les navires vers le lazaret, au nord de Marseille, ou bien vers les îles de Pomègues ou Jarre pour les cas les plus dangereux. Cette surveillance n’est pas toujours bien vécue par les marchands ou les marins, souvent pressés de débarquer ou de repartir. Cependant, la réputation sanitaire des places méditerranéennes joue un rôle économique important. Comme le résument les Vénitiens lors de la violente irruption de peste à Marseille en 1720, « si l’âme de l’État est le commerce […], l’âme du commerce est la santé ».

Guillaume Calafat

A savoir

Le bacille de Yersin
Maladie infectieuse, la peste/ se présente sous deux formes cliniques principales. La plus répandue est la peste bubonique, propagée par les rats et transmise par des piqûres de puces. Elle se manifeste par des plaques noires autour de la piqûre (« charbon pesteux »), et par des bubons (gros ganglions durs et douloureux). En quelques jours, la maladie se dissémine dans le corps, entraînant la mort dans deux cas sur trois. Plus grave encore, la peste pulmonaire, transmise directement par voie aérienne d’homme à homme, atteint les poumons et conduit la plupart du temps à une issue fatale. Les symptômes de la peste sont reconnus par les médecins depuis le Moyen Age, mais ce n’est qu’en 1894 que le médecin pastorien Alexandre Yersin identifie la bactérie responsable de la peste : le bacille qui portera son nom. Aujourd’hui, la peste est traitée par les antibiotiques.

Masque et bâton de saint Roch

Le masque du médecin de peste, resté célèbre aujourd’hui lors des carnavals de Venise, a-t-il été utilisé en 1720 à Marseille ? Rien n’est moins sûr. Ce masque de protection en forme de bec d’oiseau (image de droite), dont l’usage est attesté dans les épidémies italiennes depuis le XVIIe siècle, n’apparaît en effet nulle part dans les témoignages des contemporains. Les transporteurs de cadavres, dont les forçats, ne disposaient pour se protéger de l’infection que d’un simple tissu sur le visage (on le voit sur les tableaux de Michel Serre). Le religieux Paul Giraud parle de « cassolettes ou pommes de senteur sous le nez » que certains habitants employaient (ce à quoi fait peut-être référence la caricature de gauche). La fumigation d’herbes aromatiques et d’épices entrait dans les processus de désinfection, puisque, selon les thèses aéristes, la peste pouvait être présente dans l’air.

Autre élément du costume visible sur ces illustrations : le bâton de bois qui servait à rester à distance des malades. Ces « bâtons de saint Roch » (du nom du saint protecteur de la peste) sont mentionnés dans les sources.

Les habits et chaussures de cuir, également représentés ici, étaient recommandés pour les médecins et chirurgiens, de même que le port de gants pour éviter la contagion lors des soins donnés aux malades.

Il n’est pas certain que le personnel soignant ait disposé de suffisamment de matériel de protection en 1720 étant donné l’impréparation de la municipalité et la mise en place en urgence des hôpitaux pour tenter de contenir la maladie. Mais ces deux illustrations montrent qu’au sein des lazarets, lorsque la peste n’atteignait pas les populations, des costumes spéciaux et sans doute efficaces étaient prévus pour se protéger de la maladie.

Fleur Beauvieux

Dans le texte

Désespoir d’un médecin

« [Deux marchands] […] expliquent ce système populaire, qui consiste à encore croire que la peste étant un fléau du Ciel, elle n’est pas moins au-dessus de la connaissance des médecins que de leurs remèdes, ils prouvent le premier article par l’Écriture, & le second par le propre aveu des médecins, & par le petit nombre des guérisons qu’ils ont opérées […]. Ils se retranchent pour tout remède à la simple tisane & à quelque léger cordial, selon l’usage du Levant, où la maladie est familière. Ils appuient leur pratique par cette réflexion, que la peste attaquant plus les pauvres que les riches, elle ne demande que les aliments & les remèdes les plus simples. »

Relation historique de la peste de Marseille en 1720 par le médecin

Jean-Baptiste Bertrand, Amsterdam, J. Mossy, 1779, pp. 344-345.

Dans le texte
« Chacun commença de respirer »

Le 18 [novembre 1722], on vit ce que l’on n’avait pas vu dans Marseille depuis le commencement de la contagion. Toutes les portes de la ville furent ouvertes sans soldats, sans aucune garde bourgeoise, il fut permis d’entrer et de sortir sans billet, de porter et de rapporter le linge blanc et sale et toute sorte de meuble sans la permission par écrit des commissaires. Chacun commença de respirer et se flatta de voir bientôt les barrières du terroir abattues. […] L’on apprit que le roi avait donné un édit à Versailles le 19 novembre, dans lequel il ordonnait qu’à commencer du 1er décembre prochain toutes les lignes qu’il avait fait établir sur les frontières […] seraient levées et que les gens de guerre et habitants des lieux préposés à leur garde se retireraient.”

Paul Giraud, « Journal historique de ce qui s’est passé dans la ville de Marseille et son terroir, à l’occasion de la peste, depuis le mois de mai 1720 jusqu’en 1723 », Bibliothèque municipale à vocation régionale de l’Alcazar, Marseille (Ms1411, fol. 344)

Une forte empreinte dans la ville

La peste de Marseille offre au moins deux paradoxes. Ce n’est sans doute pas l’épidémie la plus catastrophique pour la ville, mais c’est la seule à avoir laissé une forte empreinte dans la mémoire marseillaise. La trace dans la cité d’aujourd’hui est bien visible. L’évêque Belsunce a ainsi donné son nom à un quartier, sa statue a été érigée au milieu du XIXe siècle devant la cathédrale Sainte-Marie-Majeure (photo). Plus significatif encore, la tribune sud du stade vélodrome s’appelle « Chevalier Roze », seul personnage historique au milieu des célébrités sportives marseillaises ! La peste est aussi l’événement historique qui a inspiré le plus d’artistes et d’écrivains provençaux. Marcel Pagnol a ainsi laissé une nouvelle inédite, Les Pestiférés (devenue une bande dessinée). Second paradoxe : la ville s’est rapidement relevée de la catastrophe. Dès 1721, les mariages se sont multipliés et les « gavots » descendus de la montagne alpine ont comblé les décès. Le XVIIIe fut un beau et grand siècle pour Marseille malgré la peste.

Philippe Joutard

Pour en savoir plus

G. Calvi, Histories of a Plague Year. The Social and the Imaginary in Baroque Florence, Berkeley, University of California Press, 1989 [première étude sur la peste à utiliser l’approche microhistorique].

C. Carrière, M. Courdurié, F. Rebuffat, Marseille ville morte. La peste de 1720, [1968], Autres Temps Éditions, 2008 [ouvrage de référence sur la peste à Marseille].

S. K. Cohn Jr., Epidemics. Hate and Compassion from the Plague of Athens to AIDS, Oxford, Oxford University Press, 2018 [pour une étude récente des réactions face aux épidémies dans le temps long].

J. Delumeau, La Peur en Occident, XVIe-XVIIIe siècle, [1978], Fayard, 2006 [sur les comportements collectifs en temps de peste].

F. Hildesheimer, La Terreur et la pitié. L’Ancien Régime à l’épreuve de la peste, Publisud, 1990 [ouvrage de référence sur la peste en France]

https://www.lhistoire.fr/marseille-en-quarantaine%C2%A0-la-peste-de-1720

ARTS, CORONAVIRUS, EPIDEMIES, MALADIES, PANDEMIES, PESTE, QUAND L'ART EXORCISE NOS PEURS FACE AUX EPIDEMIES

Quand l’art exorcise nos peurs face aux épidémies

Virus : de « La peste » à « Pandémie » :

six œuvres pour conjurer nos peurs

Alors qu’un nouveau coronavirus venu de Chine affole la planète, voici six œuvres, du roman aux jeux vidéo, qui conjurent nos angoisses.

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Les membres de l’équipe médicale prêtent serment avant de partir pour la province du Hubei à l’hôpital de Chine occidentale de l’Université du Sichuan à Chengdu, capitale de la province du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine, le 7 février 2020.WANG XI

 

1.Viscéral

A Plague Tale : Innocence

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Jeu vidéo. 1348. Dans l’Aquitaine occupée par les Anglais, en pleine guerre de Cent Ans, la jeune Amicia de Rune doit fuir l’Inquisition avec son frère Hugo, porteur d’une étrange maladie. Elle comprend rapidement que, bien plus que l’Inquisition, le grand danger c’est la peste, et les terrifiantes nuées de rats porteurs de la maladie qui surgissent partout. C’est dans cette ambiance horrifique, souvent extrêmement violente (le jeu est fortement déconseillé au moins de 18 ans), que le joueur est plongé. Si le contexte est historique, le scénario de A Plague Tale : Innocence – un jeu français, comme son nom ne l’indique pas – tourne peu à peu au fantastique. Sorti en mai 2019, il a marqué les esprits grâce à des scènes aussi fascinantes que traumatisantes et à des choix moraux parfois déchirants. Une expérience viscérale de la peste.

Asobo Studio/Focus Home Interactive. 45 € sur PC ; 50 € sur PS4 et XBox One.

 

 

  1. Symbolique

La Peste

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Première et dernière de couverture depliées de l’edition en 1955 dans le «Livre de poche» du roman d’Albert Camus «La peste» (n°132). Il s’agit de la premiere publication en livre de poche d’un ouvrage de Camus. «L’etranger» y sera publie en 1959, malgré les réticentes de Camus a voir ce livre figurer dans cette collection. / ©Gusman/Leemage

Roman. Albert Camus n’en a jamais fait mystère : La Peste, publiée en 1947, relève de la métaphore. Derrière les rats qui, « les babines entrouvertes », saignent et meurent dans les immeubles d’Oran, il faut discerner cette autre épidémie brune qui a meurtri l’Europe : le nazisme.

De la même manière, dans l’engagement corps et âme du docteur – et narrateur – Bernard Rieux pour traiter les pestiférés, il faut reconnaître cet autre humanisme qui a sauvé le Vieux Continent : la résistance. L’épigraphe du roman, que Camus a emprunté à Daniel Defoe, l’auteur de Robinson Crusoé – mais aussi d’un Journal de l’année de la peste –, met les lecteurs sur la voie : « Il est aussi raisonnable de représenter une espèce d’emprisonnement par une autre que de représenter n’importe quelle chose qui existe réellement par quelque chose qui n’existe pas. » La liberté essentielle de la littérature, et même de l’art.

Albert Camus. Folio, 368 p., 7,50 €.

 

 

  1. Saisissant

L’ex-voto de Naples

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Peinture. En 1656 à Naples, une terrible épidémie de peste fit 200 000 morts, décimant la moitié de la population. Quand des trombes d’eau providentielles ralentirent enfin la propagation du mal, les habitants attribuèrent ce miracle à saint Janvier, qui les avait déjà sauvés d’une éruption du Vésuve.

Le vice-roi de Naples commanda donc à Luca Giordano cet ex-voto pour l’église Santa Maria del Pianto. Exposé jusqu’au 23 février au Petit Palais à Paris, dans le cadre de la rétrospective consacrée à l’artiste, Saint Janvier intercédant pour la cessation de la peste de 1656 impressionne avec ses cadavres livides, typiques du naturalisme caravagesque. Les corps entassés sont empruntés à une fresque de Mattia Preti peinte un peu plus tôt. Les romantiques français s’en inspireront à leur tour, notamment Géricault pour Le Radeau de la Méduse. Notez au second plan le monatto, masque sur le nez, qui évacue les cadavres. La peste de 1656 emporta les principaux rivaux de Giordano – Massimo Stanzione et Bernardino Cavallino –, lui laissant, à 22 ans, le champ libre.

 

 

  1. Héroïque

Pandémie

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Série documentaire. C’est une guerre sans relâche que mènent, partout à travers le monde, des milliers de médecins, chercheurs, vétérinaires et législateurs. Une guerre contre un ennemi invisible, mais terriblement dangereux : le virus de la grippe. Pandémie, la nouvelle série documentaire de Netflix, suit le combat de quelques-uns de ces héros inconnus qui se battent en première ligne contre l’épidémie.

De New York au Rajasthan, de la RD-Congo à l’Égypte et au Guatemala, tous œuvrent avec un objectif : détecter, contenir et, éventuellement, empêcher l’émergence d’une souche du virus aussi contagieuse et mortelle que la « grippe espagnole » de 1918 – qui contamina un tiers de la population mondiale, et tua entre 50 et 100 millions de personnes. Des femmes et des hommes inspirants, souvent portés par la foi, qui doivent affronter des obstacles parfois inattendus : violences contre les équipes médicales en RD-Congo, militants « antivax » aux États-Unis… Un documentaire qui se regarde comme un thriller, à déconseiller aux hypocondriaques.
Netflix

 

 

  1. Autobiographique

Pilules bleues

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Frederik Peeters. Éd. Atrabile, 208 p., 22 €.

  1. Que faire après l’infection ? Comment vivre avec un virus qui ne disparaît pas ? Comment, au-delà des statistiques inquiétantes de l’épidémie et des traitements efficaces mais lourds, ne pas se résigner à seulement survivre ? Toutes ces questions, l’auteur suisse Frederik Peeters ne se les était pas posées avant de tomber amoureux de Cati au début des années 2000. Elle lui apprend vite qu’elle et son fils de 4 ans ont le corps infecté par le VIH.

La belle histoire d’amour qui commence est alors assaillie par le monde extérieur, les inquiétudes des proches, les consignes des médecins, mais aussi, plus fortement, par les peurs intimes. Celles de la contagion, d’une vie sous surveillance, d’une mort toujours présente. Avec une délicatesse et un respect infini, cet album autobiographique datant de 2001, plusieurs fois récompensé, raconte du point de vue du compagnon comment l’amour représente le meilleur allié des fameuses pilules bleues de la trithérapie. Pour devenir ensemble plus forts et plus vivants.

Frederik Peeters. Éd. Atrabile, 208 p., 22 €.

 

  1. Baroque

L’Armée des 12 singes

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L’armée des 12 singes, 1995, réalisé par Terry Gillian, avec Bruce Willis. / Universal pictures / Atlas enter/COLLECTION CHRISTOPHEL

Film. Tout a commencé par une fièvre étrange, en 1996. Et puis, et puis, en quelques mois, 5 milliards d’humains ont disparu de la surface de la Terre, fauchés par un puissant virus. En 2035, seuls quelques rescapés se terrent encore dans des sous-sols. L’un d’eux, James Cole (Bruce Willis), est envoyé dans le passé pour tenter d’intercepter le fameux virus… En 1995, l’ex-Monty Python Terry Gilliam signait ce film futuriste et fou, déroutant et baroque, décrivant un monde contemporain à l’agonie, sur le point d’étouffer sous les excès climatiques, économiques, consuméristes.

Et si c’était justement lorsqu’il s’apprêtait à disparaître que le monde devenait aimable ? Seulement, l’humain peut bien essayer de vouloir changer les choses, la messe est dite. Dans ce tableau apocalyptique, L’Armée des 12 singes laisse pourtant éclater une lueur d’espoir qu’aucun savant fou ne pourrait étouffer : au cœur du chaos, quand tout s’effondre, le sentiment amoureux est, sans doute, la seule expérience qui demeure.

En DVD, 12,99 €. À partir de 3,99 € en VOD.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Virus-peste-Pandemie-six-oeuvres-conjurer-peurs-2020-02-10-1201077383?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_content=20200210