JESUS CHRIST, MEDITATIONS, PASSION DE JESUS, SEULEMENT TROIS AU PIED DE LA CROIX, VENDREDI SAINT

Seulement trois au pied de la Croix

Seulement trois au pied de la Croix

05_fra-angelico-au-pied-de-la-croix-Marie-madeleine

Ils étaient seulement trois au pied de la Croix

En ce vendredi

Seulement trois qui avaient suivi Jésus

De Gethsémani au Golgotha

Debout au pied de la Croix

Se tenait Marie mère de Jésus

Seule dans sa douleur

Se souvenant de l’enfant qu’elle avait bercé

Regardant aujourd’hui son Fils son Sauveur

Qui se meurt

Tout près tenant les pieds de Jésus

Se trouvait Marie de Magdala

Pleurant celui qu’elle aimait

Pleurant l’ami dont elle avait parfumé les pieds

Au cours du repas chez Simon le pharisien

Et Jean le disciple que Jésus aimait était là aussi

Contemplant une dernière son ami son maître

Il était le seul et se souvenait des signes et des paroles

Vus et entendus durant ses trois années

Il était là pour retenir les dernières paroles de son Dieu

Ils étaient seulement trois au pied de la Croix

L’un avait trahi l’autre l’avait renié

Les autres s’étaient enfuis pour ne rien voir

La foule qu’Il avait nourrie et l’avait acclamé à Jérusalem

Avait condamné le juste et absous le meurtrier

Ils étaient seulement trois au pied de la Croix

Comme une Trinité d’amour

Ils n’étaient plus que trois….

© Claude Tricoire

15 avril 2022.

CLAUDE TRICOIRE (1951-...), JESUS CHRIST, L'HUMBLE SUPPICATION DE DIEU OU LA DOULEUR DE DIEU, MEDITATIONS, PASSION DE JESUS, PRIERE, PRIERES, VENDREDI SAINT

L’humble supplication de Dieu ou la douleur de Dieu

L’humble supplication de Dieu

crucifixion-rembrandt-e1555626208412

O mon peuple que t’ai-je fait ?
En quoi t’ai-je contristé ?
Réponds-moi !

Au commencement

Je t’ai façonné de mes mains

Je t’ai fais un peu moindre qu’un dieu

Te couronnant de gloire et de beauté

Et tu Me livres au bourreau par un baiser

Depuis l’aube des temps

Je t’arrache des mains de tes oppresseurs

Je voile tes crimes du manteau de la miséricorde

Je ne fais souvenir d’aucune de tes trahisons

Et tu couvre Mon visage de crachats

Depuis longtemps

Je t’ai appelé par ton  nom

Je t’ai planté dans mon jardin

Je t’ai établi sur la montagne de Sion

Et tu Me rejettes  hors des murs de Jérusalem

Au long des siècles

Je t’ai accompagné dans tous tes exils

Je t’ai enseigné par les  prophètes

Pour te rappeler mon Alliance éternelle

Et tu dresses un Croix à ton Sauveur

Pour toi j’ai fait jaillir l’eau du rocher dans le désert

Je t’ai donné un pays où coulent le lait et le miel

J’ai protégé tes villes de hautes fortifications contre tes ennemis

Et tu Me donnes le fiel de l’amertume

Et du vinaigre pour étancher ma soif

A main levé et bras étendus

J’ai englouti dans la mer Pharaon et ses chars

J’ai combattu à tes côtés contre les Philistins et contre Babylone

Et tu Me livres aux mains des grands prêtres et Pilate M’a fait flageller

Pour toi j’ai ouvert les eaux de la mer et du Jourdain

Toi d’un coup de lance tu ouvres Mon Cœur

Des abîmes de la mer Je t’ai arraché

E toi tu Me  précipites au fonds des abîmes de la mort

Au long des siècles

Tu as  contemplé ma Gloire dans la colonne de feu

Et tu Me revêts du manteau de pourpre par pure dérision

J’ai fait de toi Mon peuple parmi toutes les nations

J’ai fait de toi un peuple de rois

Et tu Me couronnes de la couronne d’épines

J’ai fait de toi un peuple choisi entre tous

J’ai fait éclater ta magnificence aux yeux des nations

Et tu M’élève sur la Croix comme un bandit

O mon peuple que t’ai-je fait ?
En quoi t’ai-je contristé ?
Réponds-moi !

e39c0a5997eae424bd761e2533722287

© Claude Tricoire

15 avril 2022

CHARLES PEGUY, JESUS CHRIST, JESUS-CHRIST, MYSTERE DE LA CHARITE DE JEANNE D'ARC, PASSION DE JESUS, VENDREDI SAINT, VIERGE MARIE

La Passion selon Charles Péguy

LA PASSION

images (18)

Tout cela se passait sous la clarté des cieux ;
Les anges dans la nuit avaient formé des chœurs.
Les anges dans la nuit chantaient comme des fleurs.
Par dessus les bergers, par dessus les rois mages
L’étoile dans la nuit brillait comme un clou d’or.
L’étoile dans la nuit brillait éternellement.

Le Juste seul poussa la clameur éternelle.
Les larrons ne criaient qu’une clameur humaine ;
Car ils ne connaissaient qu’une détresse humaine ;
Ils n’avaient éprouvé qu’une détresse humaine.
Lui seul pouvait crier la clameur surhumaine ;
Lui seul connut alors cette surhumaine détresse.
Sa gorge qui lui faisait mal.
Qui lui cuisait.
Qui lui brûlait.
Qui lui déchirait.
Sa gorge sèche et qui avait soif.
Son gosier sec.
Son gosier qui avait soif.
Sa main gauche qui lui brûlait.
Et sa main droite.
Son pied gauche qui lui brûlait.
Et son pied droit.
Parce que sa main gauche était percée.
Et sa main droite.
Et son pied gauche était percé.
Et son pied droit.
Tous ses quatre membres.
Ses quatre pauvres membres.
Et son flanc qui lui brûlait.
Son flanc percé.
Son cœur percé.
Et son cœur qui lui brûlait.
Son cœur consumé d’amour.

Son cœur dévoré d’amour.

Le reniement de Pierre et la lance romaine ;
Les crachats, les affronts, la couronne d’épines ;
Le roseau flagellant, le sceptre de roseau ;
Les clameurs de la foule et les bourreaux romains.
Le soufflet. Car ce fut la première fois qu’il fut souffleté.
Il n’avait pas crié sous la lance romaine ;
Il n’avait pas crié sous le baiser parjure ;
Il n’avait pas crié sous l’ouragan d’injure ;
Il n’avait pas crié sous les bourreaux romains.
Alors pourquoi cria-t-il ; devant quoi cria-t-il.
Tristis, tristis usque ad mortem ;
Triste jusqu’à la mort ; mais jusqu’à quelle mort ;
Jusqu’à faire une mort ; ou jusqu’à cette date
De la mort.

Il revoyait l’humble berceau de son enfance,
La crèche,
Où son corps fut couché pour la première fois ;
Il prévoyait le grand tombeau de son corps mort,
Le dernier berceau de tout homme,
Où il faut que tout homme se couche.
Pour dormir.
Censément.
Apparemment.
Pour enfin reposer.
Pour pourrir.
Son corps.
Entre quatre planches.
En attendant la résurrection des corps.
Jusqu’à la résurrection des corps.
Heureux quand les âmes ne pourrissent point.
Et il était homme ;
Il devait subir le sort commun ;
S’y coucher comme tout le monde ;
Il devait y passer comme tout le monde ;
Il y passerait.
Comme les autres.
Comme tout le monde.
Comme tant d’autres.
Après tant d’autres.
Son corps serait couché pour la dernière fois.
Mais il n’y resterait que deux jours, trois jours ; à cause de sa résurrection.
Car il ressusciterait le troisième jour.
À cause de sa résurrection particulière et de son ascension.
À lui.
Qu’il fit avec son propre corps, avec le même corps.

Le linge de son ensevelissement ;
Blanc comme le mouchoir de cette nommée Véronique ;
Le linge blanc comme un lange.
Et que l’on entoure tout à fait comme un lange.
Mais plus grand, beaucoup plus grand.
Parce que lui-même il avait grandi.
Il était devenu un homme.
C’était un enfant qui avait beaucoup grandi.
Il serait enseveli par ces femmes.
Pieusement par les mains de ces femmes.
Comme un homme qui est mort dans un village.
Tranquillement dans sa maison dans son village.
Accompagné des derniers sacrements.

Il saisit d’un regard toute sa vie humaine,
Que trente ans de famille et trois ans de public
N’avaient point accomplie ;
Que trente ans de travail et trois ans de prières,
Trente-trois ans de travail, trente-trois ans de prières
N’avaient point achevée ;
Que trente ans de charpente et trois ans de parole,
Trente-trois ans de charpente, trente-trois ans de parole, secrète ; publique ;
N’avaient point épuisée ;
Car il avait travaillé dans la charpente, de son métier.
Il travaillait, il était dans la charpente.
Dans la charpenterie.
Il était ouvrier charpentier.
Il avait même été un bon ouvrier.
Comme il avait été un bon tout.
C’était un compagnon charpentier.
Son père était un tout petit patron.
Il travaillait chez son père.
Il faisait du travail à domicile.

Il voyait, il revoyait aussi l’établi et le rabot.
L’établi. Le billot pour appuyer le morceau de bois que l’on fend.
La scie et la varlope.
Les beaux vrillons, les beaux copeaux de bois.
La bonne odeur du bois frais.
Fraîchement coupé.
Fraîchement taillé.
Fraîchement scié.
Et la belle couleur, et la belle odeur,
Et la bonne couleur, et la bonne odeur.
Du bois quand on enlève l’écorce.
Quand on le pelure.
Comme un beau fruit.
Comme un bon fruit.
Que l’on mangerait.
Mais ce sont les outils qui le mangent.
Et l’écorce qui se sépare.
Qui s’écarte.
Qui se pèle.
Qui s’enlève délicatement sous la cognée.
Qui sent si bon et qui a une si belle couleur brune.

Il était fait pour ce métier-là.
Sûrement.
Le métier des berceaux et des cercueils.
Qui se ressemblent tant.
Des tables et des lits.
Et aussi des autres meubles.
De tous les meubles.
Car il ne faut oublier personne.
Il ne faut décourager personne.
Le métier des buffets, des armoires, des commodes.
Des maies.
Pour mettre le pain.
Des escabeaux.
Et le monde n’est que l’escabeau de vos pieds.

Il avait été un bon ouvrier.
Un bon charpentier.
Comme il avait été un bon fils.
Un bon fils pour sa mère Marie.
Un enfant bien sage.
Bien docile.
Bien soumis.
Bien obéissant à ses père et mère.
Un enfant.
Comme tous les parents voudraient en avoir.
Un bon fils pour son père Joseph.
Pour son père nourricier Joseph.
Le vieux charpentier.
Le maître charpentier.
Comme il avait été un bon fils aussi pour son père.
Pour son père qui êtes aux cieux.

Comme il avait été un bon pauvre.
Comme il avait été un bon citoyen.
Il avait été un bon fils pour ses père et mère.
Jusqu’au jour où il avait commencé sa mission.
Sa prédication.
Un bon fils pour sa mère Marie.
Jusqu’au jour où il avait commencé sa mission.

Depuis trois jours elle pleurait.
Depuis trois jours elle errait, elle suivait.
Elle suivait le cortège.
Elle suivait les événements.
Elle suivait comme à un enterrement.
Mais c’était l’enterrement d’un vivant.
D’un vivant encore.
Elle suivait ce qui se passait.
Elle suivait comme si elle avait été du cortège.
De la cérémonie.
Elle suivait comme une suivante.
Comme une servante.
Comme une pleureuse des Romains.
Des enterrements romains.
Comme si ça avait été son métier.
De pleurer.
Elle suivait comme une pauvre femme.
Comme une habituée du cortège.
Comme une suivante du cortège.
Comme une servante.
Déjà comme une habituée.
Elle suivait comme une pauvresse.
Comme une mendiante.
Eux qui n’avaient jamais rien demandé à personne.
À présent elle demandait la charité.
Sans en avoir l’air elle demandait la charité.
Puisque sans en avoir l’air, sans même le savoir elle demandait la charité de la pitié.
D’une piété.
D’une certaine piété.
Pietas.

Voilà ce qu’il avait fait de sa mère.
Depuis qu’il avait commencé sa mission.
Elle suivait, elle pleurait.
Elle pleurait, elle pleurait.
Les femmes ne savent que pleurer.
On la voyait partout.
Dans le cortège mais un peu en dehors du cortège.
Sous les portiques, sous les arcades, dans les courants d’air.
Dans les temples, dans les palais.
Dans les rues.
Dans les cours et dans les arrière-cours.
Et elle était montée aussi sur le Calvaire.
Elle aussi elle avait gravi le Calvaire.
Qui est une montagne escarpée.
Et elle ne sentait seulement pas qu’elle marchait.
Elle ne sentait seulement pas ses pieds qui la portaient.
Elle ne sentait pas ses jambes sous elle.
Elle aussi elle avait gravi son calvaire.
Elle aussi elle avait monté, monté.
Dans la cohue, un peu en arrière.
Monté au Golgotha.
Sur le Golgotha.
Sur le faîte.
Jusqu’au faîte.
Où il était maintenant crucifié.
Cloué des quatre membres.
Comme un oiseau de nuit sur la porte d’une grange.
Lui le Roi de Lumière.
Au lieu appelé Golgotha.
C’est-à-dire la place du Crâne.

Voilà ce qu’il avait fait de sa mère.
Depuis trois jours elle suivait elle suivait.
Accompagnée seulement de trois ou quatre femmes.
De ces saintes femmes.
Escortée, entourée seulement de ces quelques femmes.
De ces quelques saintes femmes.
Des saintes femmes.
Enfin.
Puisqu’éternellement on devait les nommer ainsi.
Qui gagnaient ainsi.
Qui assuraient ainsi leur part de paradis.
Et pour sûr elles auraient une bonne place.
Aussi bonne que celle qu’elles avaient en ce moment.
Puisqu’elles auraient la même place.
Car elles seraient aussi près de lui qu’en ce moment.
Éternellement aussi près qu’en ce moment même.
Éternellement aussi près dans sa gloire.
Que dans sa passion.
Dans la gloire de sa passion.

Voilà ce qu’il avait fait de sa mère.
Elle pleurait comme jamais il ne sera donné ;
Comme jamais il ne sera demandé
À une femme de pleurer sur terre.
Éternellement jamais.
À aucune femme.
Voilà ce qu’il avait fait de sa mère.
D’une mère maternelle.
Ce qu’il y a de curieux c’est que tout le monde la respectait.
Les gens respectent beaucoup les parents des condamnés.
Ils disaient même : la pauvre femme.
Et en même temps ils tapaient sur son fils.
Parce que l’homme est comme ça.
L’homme est ainsi fait.
Le monde est comme ça.
Les hommes sont comme ils sont et on ne pourra jamais les changer.
Elle ne savait pas qu’au contraire il était venu changer l’homme.
Qu’il était venu changer le monde.
Elle suivait, elle pleurait.
Et en même temps ils tapaient sur son garçon.
Elle suivait, elle pleurait.
Tout le monde la respectait.
Tout le monde la plaignait.
On disait la pauvre femme.
C’est que tous ces gens n’étaient peut-être pas méchants.
Ils n’étaient pas méchants au fond.
Ils accomplissaient les Écritures.
Ce qui est curieux, c’est que tout le monde la respectait.
Parce qu’elle était la mère du condamné.
On pensait : c’est la famille du condamné.
On le disait même à voix basse.
On se le disait, entre soi,
Avec une secrète admiration.
Et on avait raison, c’était toute sa famille.
Sa famille charnelle et sa famille élue.
Sa famille sur la terre et sa famille dans le ciel.
Elle suivait, elle pleurait.
Depuis trois jours les gens disaient : Elle a vieilli de dix ans.
Je l’ai encore vue.
Je l’avais encore vue la semaine dernière.
En trois jours elle a vieilli de dix ans.

Elle suivait, elle pleurait, elle ne comprenait pas très bien.
Mais elle comprenait très bien que le gouvernement était contre son garçon.
Ce qui est une mauvaise affaire.
Que le gouvernement était pour le mettre à mort.
Toujours une mauvaise affaire.
Et qui ne pouvait pas bien finir.
Tous les gouvernements s’étaient mis d’accord contre lui.
Le gouvernement des Juifs et le gouvernement des Romains.
Le gouvernement des juges et le gouvernement des prêtres.
Le gouvernement des soldats et le gouvernement des curés.
Il n’en réchapperait sûrement pas.
Certainement pas.
Tout le monde était contre lui.
Tout le monde était pour sa mort.
Pour le mettre à mort.
Voulait sa mort.

Des fois on avait un gouvernement pour soi.
Et l’autre contre soi.
Alors on pouvait en réchapper.
Mais lui tous les gouvernements.
Tous les gouvernements d’abord.
Et le gouvernement et le peuple.
C’est ce qu’il y avait de plus fort.
C’était ça surtout qu’on avait contre soi.
Le gouvernement et le peuple.
Qui d’habitude ne sont jamais d’accord.
Et alors on en profite.
On peut en profiter.
Il est bien rare que le gouvernement et le peuple soient
d’accord.
Et alors celui qui est contre le gouvernement.
Est avec le peuple.
Pour le peuple.
Et celui qui est contre le peuple.
Est avec le gouvernement.
Pour le gouvernement.
Celui qui est appuyé par le gouvernement.
N’est pas appuyé par le peuple.
Celui qui est soutenu par le peuple.
N’est pas soutenu par le gouvernement.
Alors en s’appuyant sur l’un ou sur l’autre.
Sur l’un contre l’autre.
On pouvait quelquefois en réchapper.
On pourrait peut-être s’arranger.
Mais ils n’avaient pas de chance.
Elle voyait bien que tout le monde était contre lui.
Le gouvernement et le peuple.
Ensemble.
Et qu’ils l’auraient.
Qu’ils auraient sa peau.

Elle aussi elle était montée.
Montée avec tout le monde.
Jusqu’au faîte.
Sans même s’en apercevoir.
Ses jambes la portaient sans même s’en apercevoir.
Elle aussi elle avait fait son chemin de croix.
Les quatorze stations.
Au fait était-ce bien quatorze stations.
Y avait-il bien quatorze stations.
Y en avait-il bien quatorze.
Elle ne savait plus au juste.
Elle ne se rappelait plus.
Pourtant elle les avait faites.
Elle en était sûre.
Mais on peut se tromper.
Dans ces moments-là la tête se trouble.
Nous autres qui ne les avons pas faites nous le savons.
Elle qui les avait faites elle ne savait pas.

Tout le monde était contre lui.
Tout le monde voulait sa mort.

Qu’est-ce qu’il avait donc fait à tout le monde.
Je vais vous le dire :
Il avait sauvé le monde.

Elle pleurait, elle pleurait.
Tout le monde était contre lui.
Elle suivait de loin.
De près.
D’assez loin.
D’assez près.
Cette cohue hurlante.
Cette meute qui aboyait.
Et mordait.
Cette cohue hurlante qui hurlait et tapait.
Sans conviction.
Avec conviction.
Car ils accomplissaient les Écritures.
On peut dire qu’ils tapaient religieusement.
Puisqu’ils accomplissaient les Écritures.
Des prophètes.
Tout le monde était contre lui.
Depuis Ponce Pilate.
Ce Ponce Pilate.
Pontius Pilatus.
Sub Pontio Pilato passus.
Et sepultus est.
Un brave homme.
Du moins on le disait un brave homme.
Bon.
Pas méchant.
Un Romain.
Qui comprenait les intérêts du pays.
Et qui avait beaucoup de mal à gouverner ces Juifs.
Qui sont une race indocile.
Seulement, voilà, depuis trois jours une folie les avait pris contre son garçon.
Une folie. Une espèce de rage.
Oui ils étaient enragés.
Après lui.
Qu’est-ce qu’ils avaient.
Il n’avait pourtant pas fait tant de mal que ça.
Tous.
Lui en tête Ponce Pilate.
L’homme qui se lavait les mains.
Le procurateur.
Le procurateur pour les Romains.
Le procurateur de Judée.
Tous. Et Caïphe le grand-prêtre.
Les généraux, les officiers, les soldats.
Les sous-officiers, centeniers, centurions, décurions.
Les prêtres et les princes des prêtres.
Les écrivains.
C’est-à-dire les scribes.
Les pharisiens, les publicains, les péagers.
Les Pharisiens et les Sadducéens.
Les publicains qui sont comme qui dirait les percepteurs.
Et qui ne sont pas pour ça des hommes plus mauvais que les autres.

On lui avait dit aussi qu’il avait des disciples.
Des apôtres.
Mais on n’en voyait point.
Ça n’était peut-être pas vrai.
Il n’en avait peut-être pas.
Il n’en avait peut-être jamais eu.
On se trompe, des fois, dans la vie.
S’il en avait eu on les aurait vus.
Parce que s’il en avait eu, ils se seraient montrés.
Hein, c’étaient des hommes, ils se seraient montrés.

Si elle avait su.
Si elle avait su elle aurait pleuré toujours.
Pleuré toute sa vie.
Pleuré d’avance.
Elle se serait méfiée.
Elle aurait pris les devants.
Comme ça elle n’aurait pas été trompée.
Elle n’aurait pas été trahie.
Elle s’était trahie elle-même en ne pleurant pas.
Elle s’était volée elle-même.
Elle s’était trompée elle-même.
En ne pleurant pas.
En acceptant ces jours de bonheur.
Elle s’était trahie elle-même.
Elle était entrée dans le jeu.
Quand on pense qu’il y a des jours où elle avait ri.
Innocemment.
L’innocente.
Tout allait si bien dans ce temps-là.
Elle pleurait elle pleurait pour effacer ces jours.
Elle pleurait, elle pleurait, elle effaçait ces jours.
Ces jours qu’elle avait volés.
Qu’on lui avait volés.
Ces jours qu’elle avait dérobés à son pauvre fils qui en ce moment expirait sur la croix.
Non seulement il avait contre lui le peuple.
Mais les deux peuples.
Tous les deux peuples.
Le peuple des pauvres.
Qui est sérieux.
Et respectable.
Et le peuple des misérables.
Des miséreux.
Qui n’est pas sérieux.
Ni pas respectable.
Il avait contre lui ceux qui travaillaient et ceux qui ne faisaient rien.
Ceux qui travaillaient et ceux qui ne travaillaient pas.
Ensemble.
Également.
Le peuple des ouvriers.
Qui est sérieux.
Et respectable.
Et le peuple des mendiants.
Qui n’est pas sérieux.
Mais qui est peut-être respectable tout de même.
Parce qu’on ne sait pas.
La tête se trouble.
La tête se dérange.
Les idées se dérangent quand on voit des choses comme ça.

Il n’avait tout de même pas fait du mal à tout ce monde.
À tout ce monde-là.
Enfin on exagère.
On exagère toujours.
Le monde est mauvaise langue.
On exagérait.
Enfin il n’avait pas fait du mal à tout le monde.
Il était trop jeune.
Il n’avait pas eu le temps.
D’abord il n’aurait pas eu le temps.
Quand un homme est tombé, tout le monde est dessus.
Vous savez, chrétiens, ce qu’il avait fait.
Il avait fait ceci.
Qu’il avait sauvé le monde.

Elle pleurait, elle était devenue affreuse. Les cils collés.
Les deux paupières, celle du dessus et celle du dessous,
Gonflées, meurtries, sanguinolentes.
Les joues ravagées.
Les joues ravinées.
Les joues ravaudées.
Ses larmes lui avaient comme labouré les joues.
Les larmes de chaque côté lui avaient creusé un sillon dans les joues.
Les yeux lui cuisaient, lui brûlaient.
Jamais on n’avait autant pleuré.
Et pourtant ce lui était un soulagement de pleurer.
La peau lui cuisait, lui brûlait.
Et lui pendant ce temps-là sur la croix les Cinq Plaies lui brûlaient.
Et il avait la fièvre.
Et elle avait la fièvre.
Et elle était ainsi associée à sa Passion.

Aujourd’hui elle l’abandonnait à cette foule.
Elle laissait aller.
Elle laissait couler.
Qu’est-ce qu’une femme peut faire dans une foule.
Je vous le demande.
Elle ne se reconnaissait plus.
Elle était bien changée.
Elle allait entendre le cri.
Le cri qui ne s’éteindra dans aucune nuit d’aucun temps.
Ce n’était pas étonnant qu’elle ne se reconnaissait plus.
En effet elle n’était plus la même.
Jusqu’à ce jour elle avait été la Reine de Beauté.
Et elle ne serait plus, elle ne redeviendrait plus la Reine de Beauté que dans le ciel.
Le jour de sa mort et de son assomption.
Après le jour de sa mort et de son assomption.
Éternellement.
Mais aujourd’hui elle devenait la Reine de Miséricorde.
Comme elle sera dans les siècles des siècles.

Quel dommage. Une vie qui avait si bien commencé.
C’était dommage. Elle se rappelait bien.
Comme il rayonnait sur la paille dans cette étable de Bethléem.
Une étoile était montée.
Les bergers l’adoraient.
Les mages l’adoraient.
Les anges l’adoraient.
Qu’étaient donc devenus tous ces gens-là.
Qu’est-ce que tout ce monde-là était devenu.
Pourtant c’étaient les mêmes gens.
C’était le même monde.
Les gens étaient toujours les gens.
Le monde était toujours le monde.
On n’avait pas changé le monde.
Les rois étaient toujours les rois.
Et les bergers étaient toujours les bergers.
Les grands étaient toujours les grands.
Et les petits étaient toujours les petits.
Les riches étaient toujours les riches.
Et les pauvres étaient toujours les pauvres.
Le gouvernement était toujours le gouvernement.
Elle ne voyait pas qu’en effet il avait changé le monde.

Voilà quelle était sa récompense.
Voilà comme elle était récompensée.
D’avoir porté.
D’avoir enfanté.
D’avoir allaité.
D’avoir porté.
Dans ses bras.
Celui qui est mort pour les péchés du monde.
D’avoir porté.
D’avoir enfanté.
D’avoir allaité.
D’avoir porté.
Dans ses bras.
Celui qui est mort pour le salut du monde.
D’avoir porté.
D’avoir enfanté.
D’avoir allaité.
D’avoir porté.
Dans ses bras.
Celui par qui les péchés du monde seront remis.
Et de lui avoir fait sa soupe et bordé son lit jusqu’à trente ans.
Car il se laissait volontiers environner de sa tendresse.
Il savait que ça ne durerait pas toujours.

Elle sentait tout ce qui se passait dans son corps.
Surtout la souffrance.
Il avait surtout une crampe.
Une crampe effroyable.
À cause de cette position.
De rester toujours dans la même position.
Elle la sentait.
D’être forcé d’être dans cette affreuse position.
Une crampe de tout le corps.
Et tout le poids de son corps portait sur ses quatre Plaies.
Il avait des crampes.
Elle savait combien il souffrait.
Elle sentait bien combien il avait de mal.
Elle avait mal à sa tête et à son flanc et à ses Quatre Plaies.
Et lui en lui-même il se disait : Voilà ma mère. Qu’est-ce que j’en ai fait.
Voilà ce que j’ai fait de ma mère.
Cette pauvre vieille femme.
Devenue vieille.
Qui nous suit depuis vingt-quatre heures.
De prétoire en prétoire.
Et de prétoire en place publique.

Alors comme tous les mourants il repassait sa vie entière.
Toute la vie à Nazareth.
Il se revoyait tout le long de sa vie entière.
Et il se demandait comment il avait pu se faire tant d’ennemis.
C’était une gageure. Comment il avait réussi à se faire tant d’ennemis.
C’était une gageure. C’était un défi.
Ceux de la ville, ceux des faubourgs, ceux des campagnes.
Tous ceux qui étaient là, qui étaient venus.
Qui s’étaient rassemblés là.
Qui étaient assemblés.
Comme à une fête.
À une fête odieuse.
Chrétiens, vous savez pourquoi :
C’est qu’il était venu annoncer le règne de Dieu.
Et en somme tout ce monde-là avait raison.
Tout ce monde-là ne se trompait pas tant que ça.
C’était la grande fête qui était donnée pour le salut du monde.
Seulement c’était lui qui en faisait les frais.
Les marchands, il comprenait encore.
C’était lui qui avait commencé.
Il s’était mis un jour en colère après eux.
Dans une sainte colère.
Et il les avait chassés du temple.
À grands coups de fouet.

D’ailleurs il n’aimait pas les commerçants.
Ouvrier.
Fils d’ouvriers.
Fils nourricier.
Fils nourri.
De famille ouvrière.
D’instinct il n’aimait pas les commerçants.
Il n’entendait rien au commerce.
Au négoce.
Il ne savait que travailler.
Il était porté à croire que tous les commerçants étaient des voleurs.
Les marchands, les marchands du Temple il comprenait encore.
Mais les autres.

Comme un mourant, comme tous les mourants il repassait sa vie entière.
Au moment de la présenter.
De la rapporter à son père.
Un jour les camarades l’avaient trouvé trop grand.
Simplement.
Un jour les amis, les amis l’avaient trouvé trop grand.
Un jour les citoyens l’avaient trouvé trop grand.
Et il n’avait pas été prophète en son pays.
Chrétiens, vous savez pourquoi :
C’est qu’il était venu annoncer le règne de Dieu.
Tout le monde l’avait trouvé trop grand.
Ça se voyait trop qu’il était le fils de Dieu.
Quand on le fréquentait.
Les Juifs l’avaient trouvé trop grand.
Pour un Juif.
Trop grand Juif.
Ça se voyait trop qu’il était le Messie prédit par les Prophètes.
Annoncé, attendu depuis les siècles des siècles.

Il repassait, il repassait toutes les heures de sa vie.
Toute la vie à Nazareth.
Il avait semé tant d’amour.
Il récoltait tant de haine.
Son cœur lui brûlait.
Son cœur dévoré d’amour.
Et à sa mère il avait apporté ceci.
De voir ainsi traiter
Le fruit de ses entrailles.

Son cœur lui brûlait.
Son cœur lui dévorait.
Son cœur brûlé d’amour.
Son cœur dévoré d’amour.
Son cœur consumé d’amour.
Et jamais homme avait-il soulevé tant de haine.
Jamais homme avait-il soulevé une telle haine.
C’était une gageure.
C’était comme un défi.
Comme il avait semé il n’avait pas récolté.
Son père savait pourquoi.
Ses amis l’aimaient-ils autant que ses ennemis le haïssaient.
Son père le savait.
Ses disciples, ses disciples l’aimaient-ils autant que ses ennemis le haïssaient.
Son père le savait.
Ses apôtres, ses apôtres l’aimaient-ils autant que ses ennemis le haïssaient.
Son père le savait.
Les onze l’aimaient-ils autant que le douzième, que le treizième le haïssait.
Les onze l’aimaient-ils autant que le douzième, que le treizième l’avait trahi.
Son père le savait.
Son père le savait.

Qu’était-ce donc que l’homme.
Cet homme.
Qu’il était venu sauver.
Dont il avait revêtu la nature.
Il ne le savait pas.
Comme homme il ne le savait pas.
Car nul homme ne connaît l’homme.
Car une vie d’homme.
Une vie humaine, comme homme, ne suffit pas à connaître l’homme.
Tant il est grand. Et tant il est petit.
Tant il est haut. Et tant il est bas.
Qu’est-ce que c’était donc que l’homme.
Cet homme.
Dont il avait revêtu la nature.
Son père le savait.

Comme il sentait monter à lui sa mort humaine,
Sans voir sa mère en pleur et douloureuse en bas,
Droite au pied de la croix, ni Jean ni Madeleine,
Jésus mourant pleura sur la mort de Judas.
Mourant de sa mort, de notre mort humaine, seulement, il pleura sur cette mort éternelle.
Car il avait connu que le damné suprême
Jetait l’argent du sang qu’il s’était fait payer,
Ces trente malheureux deniers on aurait mieux fait de ne pas les fabriquer.
De ne jamais les fabriquer.
Malheureux celui qui les frappa.
À l’effigie de César.
Malheureux celui qui les reçut.
À l’effigie de César.
Malheureux tous ceux qui eurent affaire à eux.
À l’effigie de César.
Malheureux tous ceux qui eurent commerce avec eux.
À l’effigie, à l’effigie de César.
Qui se les passèrent de main en main.
Deniers dangereux.
Plus faux.
Infiniment plus dangereux.
Infiniment plus faux que de la fausse monnaie.

Il voyait tout d’avance et tout en même temps.
Il voyait tout après.
Il voyait tout avant.
Il voyait tout pendant, il voyait tout alors.
Tout lui était présent de toute éternité.
Et c’est alors qu’il sut la souffrance infinie,
C’est alors qu’il connut, c’est alors qu’il apprit,
C’est alors qu’il sentit l’infinie agonie,
Et cria comme un fou l’épouvantable angoisse,
Clameur dont chancela Marie encor debout,
Et par pitié du Père il eut sa mort humaine.

La Vierge de douleur au pied de la croix
Champaigne, Philippe deFrance, Musée du Louvre, Département des Peintures, INV 1129 – https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010061791https://collections.louvre.fr/CGU

Charles Péguy

Extraits du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc

DIDIER RIMAUD (1922-2003), JESUS CHRIST, LITURGIE, LITURGIE DES HEURES, LUNDI SAINT, NE DESCEND PAS DANS LE JARDIN, PASSION DE JESUS, SEMAINE SAINTE

Lundi Saint : Hymne Ne descend pas dans le jardin

11 AVRIL 2022

 Lundi Saint —

Agonie-Gethsemani-J-C

HYMNE : NE DESCENDS PAS DANS LE JARDIN

Ne descends pas dans le jardin,
Oh ! Jésus,
Ne descends pas dans le jardin
Avant le jour !
Si je ne descends pas dans le jardin
En pleine nuit,
Qui donc vous mènera vers les soleils
Du Paradis ?
Je descendrai dans le jardin
En pleine nuit.

Ne laisse pas lier tes mains,
Oh ! Jésus,
Ne laisse pas lier tes mains
Sans dire un mot !
Si je ne laisse pas lier mes mains
Comme un voleur,
Qui donc pourra détruire les prisons
Dont vous souffrez ?
Je laisserai lier mes mains
Comme un voleur.

Ne t’étends pas sur cette croix,
Oh ! Jésus,
Ne t’étends pas sur cette croix
Jusqu’à mourir !
Si je ne m’étends pas sur cette croix
Comme un Oiseau,
Qui donc vous gardera contre l’Enfer
Où vous alliez ?
Je m’étendrai sur cette croix
Comme un oiseau.

Ne laisse pas percer ton cœur,
Oh ! Jésus,
Ne laisse pas percer ton cœur
Par tes bourreaux !
Si je ne laisse pas percer mon cœur
Comme un fruit mûr,
Qui donc vous baignera de sang et d’eau
Pour vous guérir ?
Je laisserai percer mon cœur
Comme un fruit mûr.

Ne descends pas dans le tombeau,
Oh ! Jésus,
Ne descends-pas dans le tombeau
Qu’ils ont creusé !
Si je ne descends pas dans le tombeau
Comme un froment,
Qui donc fera lever de vos cercueils
Vos corps sans vie ?
Je descendrai dans le tombeau
Pour y dormir.

  1. Rimaud — CNPL
ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, ISAÏE (personnage biblique), JESUS CHRIST, JESUS-CHRIST, LA PASSION DU CHRIST, LE SERVITEUR SOUFFRANT, LE SERVITEUR SOUFFRANT, PERSONNAGE DE L'ANCIEN TESTAMENT, LIVRE D'ISAÎE, LIVRE D'ISAÏE, LIVRE D'SAÏE, PASSION DE JESUS

Le Serviteur souffrant, personnage de l’Ancien Testament

Le Serviteur souffrant,

plus grand personnage de l’Ancien Testament

sans-titre-5

Isaïe de Michel Ange

 Parmi les grandes figures bibliques qui annoncent la Passion de Jésus, le Serviteur est le plus grand. Le Vendredi saint, l’Église nous invite à méditer, lors de la célébration de la Passion, le poème de ce Serviteur souffrant du livre d’Isaïe.

Quelle figure puissante que celle du Serviteur ! Et mystérieuse de surcroît, car ce Serviteur ne possède pas de nom… Cependant, on peut dire de lui qu’il est le plus grand personnage de l’Ancien Testament pour la raison qu’il opère la guérison d’une multitude, ce qu’aucun prophète biblique n’avait réussi à faire avant lui. Il y avait bien eu des hommes de Dieu guérisseurs, mais leurs miracles étaient ponctuels, ou des libérateurs politiques, mais qui restaient impuissants à toucher le cœur de leurs semblables.

 

Un retournement collectif

Avec le Serviteur, nous sommes en présence d’un homme qui dessille les yeux d’une multitude, en retournant de l’intérieur ceux qui avaient applaudi à sa condamnation : « Les multitudes de nations seront dans la stupéfaction […] pour avoir vu ce qui ne leur avait pas été raconté, pour avoir appris ce qu’ils n’avaient pas entendu dire » (Is 52, 15). Le Serviteur leur donne à voir « ce qu’ils n’avaient pas entendu ». Illuminés de l’intérieur, ceux qui avaient assisté à sa condamnation reconnaissent que « le châtiment qui nous vaut la paix était sur lui » (Is 53,5) et que c’est « nos douleurs dont il était chargé ».

Le mystère de cette action s’accroît de ce que cette révélation suprême est délivrée paradoxalement par un personnage « devant qui on se voile la face » ! Le Serviteur est bien « l’alliance du peuple, la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles » (Is 42,6-7), ainsi que l’annonçait Dieu dans le premier chant. Après les persécutions dont ils ont été victimes, les auteurs des psaumes témoignent que le Seigneur les a arrachés à la mort. La situation est différente avec le Serviteur. Lui ne revient pas se dire sauvé. Ce sont au contraire ses persécuteurs qui reviennent pour témoigner de leur guérison opérée par ses soins ! « C’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris » (Is 53,5).

Qui parle dans les poèmes du Serviteur ?

Stupéfiantes guérison et révélation que celles réalisées par ce mystérieux Serviteur qui n’ouvre pas la bouche, comme un « agneau qui se laisse mener à l’abattoir » (Is 53, 7) ! Qui est-il ? Qui parle dans ce poème ? Au début (Is 42), Dieu annonce le résultat de l’œuvre de son serviteur. Ensuite, c’est lui-même (chap. 49 et 50) qui se définit comme celui qui tend l’oreille pour écouter comme un disciple (50,4). Enfin, au chapitre 53, un « nous » mystérieux prend la parole. Un « nous » qui semble être la foule anonyme de ceux qui ont assisté à l’élimination du Serviteur. À quoi est due leur conversion ? Le poème est peu explicite à ce sujet.

Quoiqu’il en soit, il faut que le témoignage de sa mort ait été bien puissant pour qu’il arrive à retourner les lyncheurs, et à travers eux tous les rois de la terre (49,7). Cette révélation agit comme la nouvelle Alliance prophétisée par Jérémie : « Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur  » (Jr 31,33). Pareillement, l’ouverture des yeux des aveugles au sujet du Serviteur ne vient pas de l’extérieur, mais elle sourd du cœur des témoins et des auditeurs du récit de ses malheurs.

Une œuvre prodigieuse

L’œuvre accomplie par le personnage du livre d’Isaïe est prodigieuse. « Il justifiera les multitudes » (53, 11). Comment le Serviteur arrive-t-il à rendre justes les pécheurs, alors qu’il ne fait rien de grandiose en apparence ? Voilà un mystère que la Passion de Jésus lèvera. D’ailleurs, à l’instar du Serviteur, le Christ ne fera pas lui-même le récit de son action salvifique. Le Serviteur « portait le péché des multitudes » (53,12) : c’est là une action qui n’a pas d’équivalent dans les autres textes de l’Ancien Testament. Le résultat est d’autant plus prodigieux que la tâche est menée par quelqu’un qui n’a plus d’« apparence qui nous eût séduit ».

 

Un mystère que seule la Résurrection est capable d’éclaircir

Ainsi, dans l’histoire du Serviteur, trois mystères concomitants se télescopent : le retournement de la foule, la justification des multitudes et son exaltation finale (52,13). De ces événements inouïs, Dieu nous avait prévenus au début du poème : « Les premières choses, voilà qu’elles sont venues, et je vous en annonce de nouvelles ; avant qu’elles ne paraissent, je vous les fais entendre » (Is 42,9), en nous avertissant qu’elles susciteraient de l’« étonnement » (52,14) et de l’« émerveillement » (52,15). Il faudra attendre la mort-résurrection de Jésus pour que la lumière se fasse sur les multiples implications de l’œuvre du Serviteur. Et encore, n’en épuiserons-nous jamais toutes les richesses.

322597.761369652.2.o1003236140

13473_20211223093649-640x360

maxresdefault

DESCENTE DE CROIX, EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Aix-en-Provence), EVANGILE SELON SAINT JEAN, JESUS-CHRIST, PAROISSE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Bouches-du-Rhône), PASSION DE JESUS, PEINTRES, PEINTURE, TABLEAUX, VENDREDI SAINT

Vendredi Saint : Descente de croix : tableaux en l’Eglise Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Descente de croix, André Gaudion , 1612

toiles_038 (2)

Tableau provenant sans doute d’un couvent franciscain comme le laisse penser la présence de saint François d’Assise (à gauche) reconnaissable à ses stigmates.  Au pied de la Croix se trouvent Marie-Madeleine et saint Jean. Derrière le Christ se trouve sa mère que l’on peut voir presque évanouie, une représentation peu habituelle surout à cette époque.

 

Descente de croix de Guillaume Martin , 1611

 

jean_malte_032

jean_malte_031

Ce tableau est l’oeuvre de Martin Guillaume dit « Adam », artiste originaire de Lyon, qui a séjourné Aix de 1602 à 1634 et il étaitt destiné à la chapelle des Pénitents Noirs. Acheté en 1771 par Joseph-Félix Alphéran – futur prieur et avan dernier avant la disparition des prieurs de saint Jean – ce tableau est une ccopie d’une composition de Baroche (1528-1612), célèbre peintre italien, dont les descentes de croix ont sevi de modèles à de nombreux artistes.

On remarque des hommes robustes, montés sur des échèlles, qui descendent le corps du Christ. C’est l’apôtre Jean qui reçoit le corps de Jésus dans ses bras tandis que la Vierge évanouie est soutenue par Marie Madeleine tandis que deux femmes tendent les bras vers elle.

 

ÉVANGILE DE LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR

Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean (v. 31-42)

Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi),
il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat,
d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque.
Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps
après leur avoir brisé les jambes.
Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier,
puis de l’autre homme crucifié avec Jésus.
Quand ils arrivèrent à Jésus,
voyant qu’il était déjà mort,
ils ne lui brisèrent pas les jambes,
mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ;
et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.
Celui qui a vu rend témoignage,
et son témoignage est véridique ;
et celui-là sait qu’il dit vrai
afin que vous aussi, vous croyiez.
Cela, en effet, arriva
pour que s’accomplisse l’Écriture :
Aucun de ses os ne sera brisé.
Un autre passage de l’Écriture dit encore :
Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.

Après cela, Joseph d’Arimathie,
qui était disciple de Jésus,
mais en secret par crainte des Juifs,
demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus.
Et Pilate le permit.
Joseph vint donc enlever le corps de Jésus.
Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant
la nuit – vint lui aussi ;
il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès
pesant environ cent livres.
Ils prirent donc le corps de Jésus,
qu’ils lièrent de linges,
en employant les aromates
selon la coutume juive d’ensevelir les morts.
À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin
et, dans ce jardin, un tombeau neuf
dans lequel on n’avait encore déposé personne.
À cause de la Préparation de la Pâque juive,
et comme ce tombeau était proche,
c’est là qu’ils déposèrent Jésus.

 

 

EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Aix-en-Provence), EVANGILE SELON SAINT JEAN, JESUS CHRIST, LE CHRIST EN CROIX ENTRE LA VIERGE ET SAINT JEAN, NICOLAS PINSON (1365-1681), PAROISSE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Bouches-du-Rhône), PASSION DE JESUS, PEINTRES, PEINTURE, VENDREDI SAINT

Vendredi Saint : Crucifixion de Jésus : tableaux en l’Eglise Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Vendredi Saint : Le Christ en Croix

toiles_022

Le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean , Nicolas Pinson , 1673

 

toiles_021

 

toiles_020

Au pied de la croix sainte Marie Madeleine

ÉVANGILE

Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean (v. 23-30)

Quand les soldats eurent crucifié Jésus,
ils prirent ses habits ;
ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat.
Ils prirent aussi la tunique ;
c’était une tunique sans couture,
tissée tout d’une pièce de haut en bas.
Alors ils se dirent entre eux :
A. « Ne la déchirons pas,
désignons par le sort celui qui l’aura. »
L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture :
Ils se sont partagé mes habits ;
ils ont tiré au sort mon vêtement.

C’est bien ce que firent les soldats.

Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère
et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas,
et Marie Madeleine.
Jésus, voyant sa mère,
et près d’elle le disciple qu’il aimait,
dit à sa mère :
X « Femme, voici ton fils. »
L. Puis il dit au disciple :
X « Voici ta mère. »
L. Et à partir de cette heure-là,
le disciple la prit chez lui.
Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé
pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout,
Jésus dit :
X « J’ai soif. »
L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée.
On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre
à une branche d’hysope,
et on l’approcha de sa bouche.
Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit :
X « Tout est accompli. »
L. Puis, inclinant la tête,
il remit l’esprit.

Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi),
il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat,
d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque.
Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps
après leur avoir brisé les jambes.
Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier,
puis de l’autre homme crucifié avec Jésus.
Quand ils arrivèrent à Jésus,
voyant qu’il était déjà mort,
ils ne lui brisèrent pas les jambes,
mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ;
et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.
Celui qui a vu rend témoignage,
et son témoignage est véridique ;
et celui-là sait qu’il dit vrai
afin que vous aussi, vous croyiez.
Cela, en effet, arriva
pour que s’accomplisse l’Écriture :
Aucun de ses os ne sera brisé.
Un autre passage de l’Écriture dit encore :
Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.

 

 

Nicolas Pinson (1635-1681)

Nicolas Pinson, né à Valence (France) en 1635 et mort à Rome le 12 mars 1681, est un peintre, dessinateur et graveur français.

Biographie

Nicolas Pinson né à Valence en 1635 est le fils de Jean Pinson maître sculpteur, sans doute sculpteur sur bois. Sa vocation de peintre naît dans son milieu familial où il acquiert de son père les premiers rudiments. il quitte très jeune le foyer familial car il arrive en 1653 à Rome où il fera l’essentiel de sa carrière. Ses maîtres romains sont les académiciens de Saint Luc. Il a pour condisciples de nombreux français dont le provençal Gilles Garcin et des italiens dont Pietro Lucatelli et Ludovico Gimignani. Il se lie avec des marchands de tableaux dont Paolo Plincene et l’arlésien Jean-louis Pilleporte ce qui lui procure une certaine réussite financière.

Le 17 février 1658 il se marie avec une italienne, Laura Saludina (5-04-1622/17-11-1704) fille d’un fabricant de chapelet ; le couple n’aura pas d’enfant. Alors qu’il est au sommet de sa carrière, Nicolas Pinson se rend en 1668 à Aix-en-Provence. Son intention de revenir à Rome est certaine car il y laisse sa femme et son frère René-Charles auquel il signe une procuration pour régler ses affaires financières Le peintre d’Aix-en-Provence Jean Daret est mort le 2 octobre de cette même année 1668 sans avoir pu honorer l’engagement pris en 1666 de décorer la Grande Chambre du Parlement au palais comtal. Nicolas Pinson réalisera une partie de cette commande dont trois tableaux se trouvent dans l’Église Saint-Jean-de-Malte d’Aix-en-Provence

En 1675 Nicolas Pinson retourne à Rome où il peint un tableau pour une chapelle de l’église saint-Louis-des-Français. Il meurt peu après le 12 mars 1681.

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), CAREME, DIMANCHE DES RAMEAUX, EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Aix-en-Provence), EVANGILE SELON MATTHIEU, PAROISSE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Bouches-du-Rhône), PASSION DE JESUS, RAMEAUX

Dimanche des Rameaux et de la Passion (ce que l’on peut voir en l’Eglise Saint-Jean-de-Malte – Aix-en-Provence)

DIMANCHE 5 AVRIL 2020

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur — Année A

 

 

Jésus-rameaux

 

ENTRÉE MESSIANIQUE

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (21, 1-11)

 

Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem,
arrivèrent en vue de Bethphagé,
sur les pentes du mont des Oliviers.
Alors Jésus envoya deux disciples
en leur disant :
« Allez au village qui est en face de vous ;
vous trouverez aussitôt une ânesse attachée
et son petit avec elle.
Détachez-les et amenez-les moi.
Et si l’on vous dit quelque chose,
vous répondrez :
‘Le Seigneur en a besoin’.
Et aussitôt on les laissera partir. »
Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète :
  Dites à la fille de Sion :
Voici ton roi qui vient vers toi,
plein de douceur,
monté sur une ânesse et un petit âne,
le petit d’une bête de somme.

Les disciples partirent
et firent ce que Jésus leur avait ordonné.
Ils amenèrent l’ânesse et son petit,
disposèrent sur eux leurs manteaux,
et Jésus s’assit dessus.
Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ;
d’autres coupaient des branches aux arbres
et en jonchaient la route.
Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient
criaient :
« Hosanna au fils de David !
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Hosanna au plus haut des cieux ! »
Comme Jésus entrait à Jérusalem,
toute la ville fut en proie à l’agitation,
et disait :
« Qui est cet homme ? »
Et les foules répondaient :
« C’est le prophète Jésus,
de Nazareth en Galilée. »

 

2017-07-15

ÉVANGILE

 Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 27, 11-54)

Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :
X. = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

  1. On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur,
    qui l’interrogea :
    A. « Es-tu le roi des Juifs ? »
    L. Jésus déclara :
    X.  « C’est toi-même qui le dis. »
    L. Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient,
    il ne répondit rien.
    Alors Pilate lui dit :
    A. « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »
    L. Mais Jésus ne lui répondit plus un mot,
    si bien que le gouverneur fut très étonné.
    Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier,
    celui que la foule demandait.
    Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.
    Les foules s’étant donc rassemblées,
    Pilate leur dit :
    A. « Qui voulez-vous que je vous relâche :
    Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? »
    L. Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus.
    Tandis qu’il siégeait au tribunal,
    sa femme lui fit dire :
    A. « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste,
    car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »
    L. Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules
    à réclamer Barabbas
    et à faire périr Jésus.
    Le gouverneur reprit :
    A. « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? »
    L. Ils répondirent :
    F. « Barabbas ! »
    L. Pilate leur dit :
    A. « Que ferai-je donc de Jésus
    appelé le Christ ? »
    L. Ils répondirent tous :
    F. « Qu’il soit crucifié ! »
    L. Pilate demanda :
    A. « Quel mal a-t-il donc fait ? »
    L. Ils criaient encore plus fort :
    F. « Qu’il soit crucifié ! »
    L. Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien,
    sinon à augmenter le tumulte,
    prit de l’eau et se lava les mains devant la foule,
    en disant :
    A. « Je suis innocent du sang de cet homme :
    cela vous regarde ! »
    L. Tout le peuple répondit :
    F. « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! »
    L. Alors, il leur relâcha Barabbas ;
    quant à Jésus, il le fit flageller,
    et il le livra pour qu’il soit crucifié.

Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire
et rassemblèrent autour de lui toute la garde.
Ils lui enlevèrent ses vêtements
et le couvrirent d’un manteau rouge.
Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne,
et la posèrent sur sa tête ;
ils lui mirent un roseau dans la main droite
et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant :
F. « Salut, roi des Juifs ! »
L. Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau,
et ils le frappaient à la tête.
Quand ils se furent bien moqués de lui,
ils lui enlevèrent le manteau,
lui remirent ses vêtements,
et l’emmenèrent pour le crucifier.

En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène,
et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus.
Arrivés en un lieu dit Golgotha,
c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire),
ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ;
il en goûta, mais ne voulut pas boire.
Après l’avoir crucifié,
ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ;
et ils restaient là, assis, à le garder.
Au-dessus de sa tête
ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation :
« Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
Alors on crucifia avec lui deux bandits,
l’un à droite et l’autre à gauche.
Les passants l’injuriaient en hochant la tête ;
ils disaient :
F. « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,
sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu,
et descends de la croix ! »
L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui
avec les scribes et les anciens, en disant :
A. « Il en a sauvé d’autres,
et il ne peut pas se sauver lui-même !
Il est roi d’Israël :
qu’il descende maintenant de la croix,
et nous croirons en lui !
Il a mis sa confiance en Dieu.
Que Dieu le délivre maintenant,
s’il l’aime !
Car il a dit :
‘Je suis Fils de Dieu.’ »
L. Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.

À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi),
l’obscurité se fit sur toute la terre
jusqu’à la neuvième heure.
Vers la neuvième heure,
Jésus cria d’une voix forte :
X.  « Éli, Éli, lema sabactani ? »,
L. ce qui veut dire :
X.  « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
L. L’ayant entendu,
quelques-uns de ceux qui étaient là disaient :
F. « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! »
L. Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge
qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ;
il la mit au bout d’un roseau,
et il lui donnait à boire.
Les autres disaient :
F. « Attends !
Nous verrons bien si Élie vient le sauver. »
L. Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri,
rendit l’esprit.

Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux,
depuis le haut jusqu’en bas ;
la terre trembla et les rochers se fendirent.
Les tombeaux s’ouvrirent ;
les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent,
et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus,
ils entrèrent dans la Ville sainte,
et se montrèrent à un grand nombre de gens.
À la vue du tremblement de terre et de ces événements,
le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus,
furent saisis d’une grande crainte et dirent :
A. « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »

unnamed

Crucifix du XIXème siècle

bas-relief 2

DEUX ANGES PRÉSENTENT À JÉSUS LES INSTRUMENTS DE LA PASSION 

j-b

A GAUCHE DE L’AUTEL : JÉSUS ENFANT COUCHÉ SUR LA CROIX

 

ANCIEN TESTAMENT, DIMANCHE DES RAMEAUX, EGLISE CATHOLIQUE, EVANGILE SELON MATTHIEU, JESUS-CHRIST, LETTRE DE SAINT PAUL AUX PHILIPPIENS, LIVRE DU PROPHETE ISAÏE, NOUVEAU TESTAMENT, PASSION DE JESUS, PSAUME 21

Dimanche des Rameaux dimanche 5 avril 2020 : lectures et commentaires

Dimanche des Rameaux : Dimanche 5 avril 2020

unnamed

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – livre du prophète Isaïe 50, 4-7

4 Le SEIGNEUR mon Dieu m’a donné le langage des disciples,
pour que je puisse, d’une parole,
soutenir celui qui est épuisé.
Chaque matin, il éveille,
il éveille mon oreille
pour qu’en disciple, j’écoute.
5 Le SEIGNEUR mon Dieu m’a ouvert l’oreille,
et moi, je ne me suis pas révolté,
je ne me suis pas dérobé.
6 J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient,
et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.
Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats.
7 Le SEIGNEUR mon Dieu vient à mon secours ;
c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages,
c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre :
je sais que je ne serai pas confondu.

ISRAEL, SERVITEUR DE DIEU
Isaïe ne pensait certainement pas à Jésus-Christ quand il a écrit ce texte, probablement au sixième siècle av.J.C., pendant l’Exil à Babylone. Je m’explique : Parce que son peuple est en Exil, dans des conditions très dures et qu’il pourrait bien se laisser aller au découragement, Isaïe lui rappelle qu’il est toujours le serviteur de Dieu. Et que Dieu compte sur lui, son serviteur (son peuple) pour faire aboutir son projet de salut pour l’humanité. Car le peuple d’Israël est bien ce Serviteur de Dieu nourri chaque matin par la Parole, mais aussi persécuté en raison de sa foi justement et résistant malgré tout à toutes les épreuves.
Dans ce texte, Isaïe nous décrit bien la relation extraordinaire qui unit le Serviteur (Israël) à son Dieu. Sa principale caractéristique, c’est l’écoute de la Parole de Dieu, « l’oreille ouverte » comme dit Isaïe.
« Ecouter », c’est un mot qui a un sens bien particulier dans la Bible : cela veut dire faire confiance ; on a pris l’habitude d’opposer ces deux attitudes types entre lesquelles nos vies oscillent sans cesse : confiance à l’égard de Dieu, abandon serein à sa volonté parce qu’on sait d’expérience que sa volonté n’est que bonne… ou bien méfiance, soupçon porté sur les intentions de Dieu… et révolte devant les épreuves, révolte qui peut nous amener à croire qu’il nous a abandonnés ou pire qu’il pourrait trouver une satisfaction dans nos souffrances.
Les prophètes, les uns après les autres, redisent « Ecoute, Israël » ou bien « Aujourd’hui écouterez-vous la Parole de Dieu…? » Et, dans leur bouche, la recommandation « Ecoutez » veut toujours dire « faites confiance à Dieu quoi qu’il arrive » ; et Saint Paul dira pourquoi : parce que « Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment (c’est-à-dire qui lui font confiance). » (Rm 8,28). De tout mal, de toute difficulté, de toute épreuve, il fait surgir du bien ; à toute haine, il oppose un amour plus fort encore ; dans toute persécution, il donne la force du pardon ; de toute mort il fait surgir la vie, la Résurrection.
C’est bien l’histoire d’une confiance réciproque. Dieu fait confiance à son Serviteur, il lui confie une mission ; en retour le Serviteur accepte la mission avec confiance. Et c’est cette confiance même qui lui donne la force nécessaire pour tenir bon jusque dans les oppositions qu’il rencontrera inévitablement. Ici la mission est celle de témoin : « Pour que je sache à mon tourpuisse réconforter celui qui n’en peut plussoutenir celui qui est épuisé », dit le Serviteur. En confiant cette mission, le Seigneur donne la force nécessaire : Il « donne » le langage nécessaire : « Le SEIGNEUR mon Dieu m’a donné le langage des disciples »… Et, mieux, il nourrit lui-même cette confiance qui est la source de toutes les audaces au service des autres : « Le SEIGNEUR mon Dieu m’a ouvert l’oreille », ce qui veut dire que l’écoute (au sens biblique, la confiance) elle-même est don de Dieu. Tout est cadeau : la mission et aussi la force et aussi la confiance qui rend inébranlable. C’est justement la caractéristique du croyant de tout reconnaître comme don de Dieu.

TENIR BON DANS L’EPREUVE
Et celui qui vit dans ce don permanent de la force de Dieu peut tout affronter : « Je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé… » La fidélité à la mission confiée implique inévitablement la persécution : les vrais prophètes, c’est-à-dire ceux qui parlent réellement au nom de Dieu sont rarement appréciés de leur vivant. Concrètement, Isaïe dit à ses contemporains : tenez bon, le Seigneur ne vous a pas abandonnés, au contraire, vous êtes en mission pour lui. Alors ne vous étonnez pas d’être maltraités.
Pourquoi ? Parce que le Serviteur qui « écoute » réellement la Parole de Dieu, c’est-à-dire qui la met en pratique, devient vite extrêmement dérangeant. Sa propre conversion appelle les autres à la conversion. Certains entendent l’appel à leur tour… d’autres le rejettent, et, au nom de leurs bonnes raisons, persécutent le Serviteur. Et chaque matin, le Serviteur doit se ressourcer auprès de Celui qui lui permet de tout affronter. Et là, Isaïe emploie une expression un peu curieuse en français mais habituelle en hébreu : « J’ai rendu ma face dure comme pierre » : elle exprime la résolution et le courage ; en français, on dit quelquefois « avoir le visage défait », et bien ici le Serviteur affirme « vous ne me verrez pas le visage défait, rien ne m’écrasera, je tiendrai bon quoi qu’il arrive » ; ce n’est pas de l’orgueil ou de la prétention, c’est la confiance pure : parce qu’il sait bien d’où lui vient sa force.
Je disais en commençant que le prophète Isaïe parlait pour son peuple persécuté, humilié, dans son Exil à Babylone ; mais, bien sûr, quand on relit la Passion du Christ, cela saute aux yeux : le Christ répond exactement à ce portrait du serviteur de Dieu. Ecoute de la Parole, confiance inaltérable et donc certitude de la victoire, au sein même de la persécution, tout cela caractérisait Jésus au moment précis où les acclamations de la foule des Rameaux signaient et précipitaient sa perte.

 

PSAUME – 21 (22), 2, 8-9,17-20,22b-24

2 Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
8 Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
9 « Il comptait sur le SEIGNEUR : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

17 Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure ;
ils me percent les mains et les pieds,
18 je peux compter tous mes os.

19 Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
20 Mais toi, SEIGNEUR, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

22 Tu m’as répondu !
23 Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
24 Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR.

DU CRI DE DETRESSE A L’ACTION DE GRACE
Ce psaume 21/22 nous réserve quelques surprises : il commence par cette fameuse phrase « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » qui a fait couler beaucoup d’encre et même de notes de musique ! L’ennui, c’est que nous la sortons de son contexte, et que du coup, nous sommes souvent tentés de la comprendre de travers : pour la comprendre, il faut relire ce psaume en entier. Il est assez long, trente-deux versets dont nous lisons rarement la fin : or que dit-elle ? C’est une action de grâce : « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. » Celui qui criait « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » dans le premier verset, rend grâce quelques versets plus bas pour le salut accordé. Non seulement, il n’est pas mort, mais il remercie Dieu justement de ne pas l’avoir abandonné.
Ensuite, à première vue, on croirait vraiment que le psaume 21/22 a été écrit pour Jésus-Christ : « Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os ». Il s’agit bien du supplice d’un crucifié ; et cela sous les yeux cruels et peut-être même voyeurs des bourreaux et de la foule : « Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure »… « Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits, et tirent au sort mon vêtement ».
Mais, en réalité, ce psaume n’a pas été écrit pour Jésus-Christ : il a été composé au retour de l’Exil à Babylone : ce retour est comparé à la résurrection d’un condamné à mort ; car l’Exil était bien la condamnation à mort de ce peuple ; encore un peu, et il aurait été rayé de la carte !
Et donc, dans ce psaume 21/22, Israël est comparé à un condamné qui a bien failli mourir sur la croix (n’oublions pas que la croix était un supplice très courant à l’époque du retour de l’Exil), c’est pour cela qu’on prend l’exemple d’une crucifixion) : le condamné a subi les outrages, l’humiliation, les clous, l’abandon aux mains des bourreaux… et puis, miraculeusement, il en a réchappé, il n’est pas mort. Traduisez : Israël est rentré d’Exil. Et, désormais, il se laisse aller à sa joie et il la dit à tous, il la crie encore plus fort qu’il n’a crié sa détresse. Le récit de la crucifixion n’est donc pas au centre du psaume, il est là pour mettre en valeur l’action de grâce de celui (Israël) qui vient d’échapper à l’horreur.
Du sein de sa détresse, Israël n’a jamais cessé d’appeler au secours et il n’a pas douté un seul instant que Dieu l’écoutait. Son grand cri que nous connaissons bien : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est bien un cri de détresse devant le silence de Dieu, mais ce n’est ni un cri de désespoir, ni encore moins un cri de doute. Bien au contraire ! C’est la prière de quelqu’un qui souffre, qui ose crier sa souffrance. Au passage, nous voilà éclairés sur notre propre prière quand nous sommes dans la souffrance quelle qu’elle soit : nous avons le droit de crier, la Bible nous y invite.
Ce psaume est donc en fait le chant du retour de l’Exil : Israël rend grâce. Il se souvient de la douleur passée, de l’angoisse, du silence apparent de Dieu ; il se sentait abandonné aux mains de ses ennemis … Mais il continuait à prier. Israël continuait à se rappeler l’Alliance, et tous les bienfaits de Dieu.

LE PSAUME 21 COMME UN EX-VOTO
Au fond, ce psaume est l’équivalent de nos ex-voto : au milieu d’un grand danger, on a prié et on a fait un voeu ; du genre « si j’en réchappe, j’offrirai un ex-voto à tel ou tel saint » ; (le mot « ex-voto » veut dire justement « à la suite d’un voeu ») ; une fois délivré, on tient sa promesse. C’est parfois sous forme d’un tableau qui rappelle le drame et la prière des proches.
Notre psaume 21/22 ressemble exactement à cela : il décrit bien l’horreur de l’Exil, la détresse du peuple d’Israël et de Jérusalem assiégée par Nabuchodonosor, le sentiment d’impuissance devant l’épreuve ; et ici l’épreuve, c’est la haine des hommes ; il dit la prière de supplication : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » qu’on peut traduire « Pourquoi, en vue de quoi, m’as-tu abandonné à la haine de mes ennemis ? » Et Dieu sait si le peuple d’Israël a affronté de nombreuses fois la haine des hommes. Mais ce psaume dit encore plus, tout comme nos ex-voto, l’action de grâce de celui qui reconnaît devoir à Dieu seul son salut. « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères… Je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR ! » Et les derniers versets du psaume ne sont qu’un cri de reconnaissance ; malheureusement, nous ne les chanterons pas pendant la messe de ce dimanche des Rameaux … (peut-être parce que nous sommes censés les connaître par coeur ?) : « Les pauvres mangeront, ils seront rassasiés ; ils loueront le SEIGNEUR, ceux qui le cherchent. A vous toujours, la vie et la joie ! La terre se souviendra et reviendra vers le SEIGNEUR, chaque famille de nations se prosternera devant lui… Moi, je vis pour lui, ma descendance le servira. On annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son oeuvre ! »

 

DEUXIEME LECTURE – lettre de saint Paul aux Philippiens 2,6-11

6 Le Christ Jésus,
ayant la condition de Dieu,
ne retint pas jalousement
le rang qui l’égalait à Dieu.

7 Mais il s’est anéanti,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes.

8 Reconnu homme à son aspect,
il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort
et la mort de la croix.

9 C’est pourquoi Dieu l’a exalté.
Il l’a doté du Nom
qui est au-dessus de tout nom,

10 afin qu’au nom de Jésus
tout genou fléchisse
au ciel, sur terre et aux enfers,

11 Et que toute langue proclame :
« Jésus-Christ est Seigneur »
à la gloire de Dieu le Père.

JESUS, SERVITEUR DE DIEU
Pendant l’Exil à Babylone, au sixième siècle avant Jésus-Christ, le prophète Isaïe, de la part de Dieu bien sûr, avait assigné une mission et un titre à ses contemporains ; le titre était celui de Serviteur de Dieu. Il s’agissait, au cœur même des épreuves de l’Exil, de rester fidèles à la foi de leurs pères et d’en témoigner au milieu des païens de Babylone, fut-ce au prix des humiliations et de la persécution. Dieu seul pouvait leur donner la force d’accomplir cette mission.
Lorsque les premiers Chrétiens ont été affrontés au scandale de la croix, ils ont médité le mystère du destin de Jésus, et n’ont pas trouvé de meilleure explication que celle-là : « Jésus s’est anéanti, prenant la condition de serviteur ». Lui aussi a bravé l’opposition, les humiliations, la persécution. Lui aussi a cherché sa force auprès de son Père parce qu’il n’a jamais cessé de lui faire confiance.
Mais il était Dieu, me direz-vous. Pourquoi n’a-t-il pas recherché la gloire et les honneurs qui reviennent à Dieu ? Mais, justement, parce qu’il est Dieu, il veut sauver les hommes. Il agit donc en homme et seulement en homme pour montrer le chemin aux hommes. Paul dit : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. » C’est justement parce qu’il est de condition divine, qu’il ne revendique rien. Il sait, lui, ce qu’est l’amour gratuit… il sait bien que ce n’est pas bon de revendiquer, il ne juge
pas bon de « revendiquer » le droit d’être traité à l’égal de Dieu… Et pourtant c’est bien cela que Dieu veut nous donner ! Donner comme un cadeau. Et c’est effectivement cela qui lui a été donné en définitive.
J’ai bien dit comme un cadeau et non pas comme une récompense. Car il me semble que l’un des pièges de ce texte est la tentation que nous avons de le lire en termes de récompense ; comme si le schéma était : Jésus s’est admirablement comporté et donc il a reçu une récompense admirable ! Si j’ose parler de tentation, c’est que toute présentation du plan de Dieu en termes de calcul, de récompense, de mérite, ce que j’appelle des termes arithmétiques est contraire à la « grâce » de Dieu… La grâce, comme son nom l’indique, est gratuite ! Et, curieusement, nous avons beaucoup de mal à raisonner en termes de gratuité ; nous sommes toujours tentés de parler de mérites ; mais si Dieu attendait que nous ayons des mérites, c’est là que nous pourrions être inquiets… La merveille de l’amour de Dieu c’est qu’il n’attend pas nos mérites pour nous combler ; c’est en tout cas ce que les hommes de la Bible ont découvert grâce à la Révélation. On s’expose à des contresens si on oublie que tout est don gratuit de Dieu.

LE PROJET DE DIEU EST GRATUIT
Pour Paul, c’est une évidence que le don de Dieu est gratuit. Essayons de résumer la pensée de Paul : le projet de Dieu (son « dessein bienveillant ») c’est de nous faire entrer dans son intimité, son bonheur, son amour parfait. Ce projet est absolument gratuit, puisque c’est un projet d’amour. Ce don de Dieu, cette entrée dans sa vie divine, il nous suffit de l’accueillir avec émerveillement, tout simplement ; pas question de le mériter, c’est « cadeau » si j’ose dire. Avec Dieu, tout est cadeau. Mais nous nous excluons nous-mêmes de ce don gratuit si nous adoptons une attitude de revendication ; si nous nous conduisons à l’image de la femme du jardin d’Eden : elle prend le fruit défendu, elle s’en empare, comme un enfant « chipe » sur un étalage… Jésus-Christ, au contraire, n’a été que accueil (ce que Saint Paul appelle « obéissance »), et parce qu’il n’a été que accueil du don de Dieu et non revendication, il a été comblé. Et il nous montre le chemin, nous n’avons qu’à suivre, c’est-à-dire l’imiter.
Il reçoit le Nom qui est au-dessus de tout nom : c’est bien le Nom de Dieu justement ! Dire de Jésus qu’il est Seigneur, c’est dire qu’il est Dieu : dans l’Ancien Testament, le titre de « Seigneur » était réservé à Dieu. La génuflexion aussi, d’ailleurs : « afin qu’au Nom de Jésus, tout genou fléchisse »… C’est une allusion à une phrase du prophète Isaïe: « Devant moi tout genou fléchira et toute langue prêtera serment, dit Dieu » (Is 45,23).
Jésus a vécu sa vie d’homme dans l’humilité et la confiance, même quand le pire est arrivé, c’est-à-dire la haine des hommes et la mort. J’ai dit « confiance » ; Paul, lui, parle « d’obéissance ». « Obéir », « ob-audire » en latin, c’est littéralement « mettre son oreille (audire) « devant » (ob) la parole : c’est l’attitude du dialogue parfait, sans ombre ; c’est la totale confiance ; si on met son oreille devant la parole, c’est parce qu’on sait que cette parole n’est qu’amour, on peut l’écouter sans crainte.
L’hymne se termine par « toute langue proclame Jésus-Christ est Seigneur pour la gloire de Dieu le Père » : la gloire, c’est la manifestation, la révélation de l’amour infini ; autrement dit, en voyant le Christ porter l’amour à son paroxysme, et accepter de mourir pour nous révéler jusqu’où va l’amour de Dieu, nous pouvons dire comme le centurion « Oui, vraiment, celui-là est le Fils de Dieu »… puisque Dieu, c’est l’amour.

 

EVANGILE

Commentaire de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ selon Saint Matthieu
Chaque année, pour le dimanche des Rameaux, nous lisons le récit de la Passion dans l’un des trois Evangiles synoptiques ; cette année, c’est donc dans l’Evangile de Matthieu. En fait, dans les quelques minutes de cette émission, je ne peux pas lire le récit de la Passion lui-même, mais je vous propose de nous arrêter aux épisodes qui sont propres à Matthieu ; bien sûr, dans les grandes lignes, les quatre récits de la Passion sont très semblables ; mais si on regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que chacun des Evangélistes a ses accents propres.

PASSAGES PROPRES À MATTHIEU
Voici donc quelques épisodes et quelques phrases que Matthieu est seul à rapporter.
Tout d’abord, on se souvient que c’est à prix d’argent que Judas a livré Jésus aux grands prêtres juifs. Matthieu est le seul à dire la somme exacte, trente pièces d’argent : ce détail n’est pas anodin, car c’était le prix fixé par la Loi pour l’achat d’un esclave. Cela veut dire le mépris que les hommes ont manifesté envers le Seigneur de l’univers.
Plus tard, le même Judas fut pris de remords : « Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! » Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. Les grands prêtres ramassèrent l’argent et dirent : « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. » Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour y enterrer les étrangers. Voilà pourquoi ce champ est appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné. »
Au cours de la comparution de Jésus chez Pilate, Matthieu est le seul à rapporter l’intervention de la femme de Pilate : Tandis qu’il (Pilate) siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. » Et il est clair que le procès de Jésus mettait Pilate mal à l’aise. Un peu plus tard, Matthieu encore, raconte l’épisode du lavement des mains : Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! » Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié.
Au moment de la mort de Jésus, les trois évangélistes synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) racontent que le rideau du temple s’est déchiré du haut en bas, mais Matthieu, seul, ajoute : la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.
Enfin, Matthieu a noté le soin tout spécial que les autorités ont apporté à la garde du tombeau de Jésus : ils sont allés trouver Pilate pour obtenir l’autorisation de surveiller le sépulcre dans la crainte que les disciples ne viennent subtiliser le corps de Jésus pour faire croire qu’il était ressuscité. Et c’est exactement la légende qu’ils ont fait courir après la résurrection.

LA VRAIE GRANDEUR DE JESUS RECONNUE PAR DES PAIENS
Ce qui est notable ici, en définitive, c’est l’aveuglement des autorités religieuses, qui les pousse à l’acharnement contre Jésus.
Et c’est le terrible paradoxe de ce drame : à savoir que, en dehors de sa famille, et de ses quelques disciples, ceux qui auraient dû être les plus proches de Jésus, les Juifs en général, l’ont méconnu, méprisé, humilié. Et que, en revanche, ce sont les autres, les païens, qui, sans le savoir, lui ont donné ses véritables titres de noblesse. Car l’une des caractéristiques de ce texte est bien l’abondance des titres donnés à Jésus dans le récit de la Passion, qui représente quelques heures, ses dernières heures de vie terrestre. Cet homme anéanti, blessé dans son corps et dans sa dignité, honni, accusé de blasphème, ce qui est le pire des péchés pour ses compatriotes… est en même temps honoré bien involontairement par des étrangers qui lui décernent les plus hauts titres de la religion juive. A commencer par le titre de « Juste » que lui a donné la femme de Pilate. Et, quant à celui-ci, il a fait afficher sur la croix le fameux écriteau qui désigne Jésus comme « le roi des Juifs ».
Enfin, le titre de Fils de Dieu lui est d’abord décerné par pure dérision, pour l’humilier : d’abord par les passants qui font cruellement remarquer à l’agonisant le contraste entre la grandeur du titre et son impuissance définitive ; puis ce sont les chefs des prêtres, les scribes et les anciens qui le défient : si réellement il était le Fils de Dieu, il n’en serait pas là. Mais ce même titre va lui être finalement décerné par le centurion romain : et alors il résonne comme une véritable profession de foi : « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu ».
Or cette phrase préfigure déjà la conversion des païens, ce qui revient à dire que la mort du Christ n’est pas un échec, elle est une victoire. Le projet de salut de l’humanité tout entière est en train de se réaliser.
Alors on comprend pourquoi Matthieu accentue le contraste entre la faiblesse du condamné et la grandeur que certains païens lui reconnaissent quand même : c’est pour nous faire comprendre ce qui est à première vue impensable : à savoir que c’est dans sa faiblesse même que Jésus manifeste sa vraie grandeur, qui est celle de Dieu, c’est-à-dire de l’amour infini.

JESUS CHRIST, PASSION DE JESUS, SAMEDI SAINT, SEMAINE SAINTE, TRIDUUM PASCAL

Samedi Saint

nuit (1)

 

Ancienne homélie pour le grand et Saint Samedi

« Eveille-toi ô toi qui dors

 « Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblée et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair. » C’est par ces mots que commence l’homélie très ancienne que la liturgie des Heures nous donne à méditer chaque année le Samedi saint lors de l’Office des Lectures.

« Éveille-toi, ô toi qui dors »

Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler. ~

C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Oui. c’est vers Adam captif, en même temps que vers Ève, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs. ~

Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : « Mon Seigneur avec nous tous ! » Et le Christ répondit à Adam : « Et avec ton esprit ». Il le prend par la main et le relève en disant : Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

« C’est moi ton Dieu, qui, pour toi, suis devenu ton fils ; c’est moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans les chaînes : Sortez. À ceux qui sont dans les ténèbres : Soyez illuminés. À ceux qui sont endormis : Relevez-vous.

« Je te l’ordonne : Éveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible.

« C’est pour toi que moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ; c’est pour toi que moi, le Maître, j’ai pris ta forme d’esclave ; c’est pour toi que moi, qui domine les cieux, je suis venu sur la terre et au-dessous de la terre ; c’est pour toi, l’homme, que je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts ; c’est pour toi, qui es sorti du jardin, que j’ai été livré aux Juifs dans un jardin et que j’ai été crucifié dans un jardin.

« Vois les crachats sur mon visage ; c’est pour toi que je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur mes joues : je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée afin de la restaurer à mon image.

« Vois la flagellation sur mon dos, que j’ai subie pour éloigner le fardeau de tes péchés qui pesait sur ton dos. Vois mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois. ~

« Je me suis endormi sur la croix, et la lance a pénétré dans mon côté, à cause de toi qui t’es endormi dans le paradis et, de ton côté, tu as donné naissance à Ève. Mon côté a guéri la douleur de ton côté ; mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers. Ma lance a arrêté la lance qui se tournait vers toi.

« Lève-toi, partons d’ici. L’ennemi t’a fait sortir de la terre du paradis ; moi je ne t’installerai plus dans le paradis, mais sur un trône céleste. Je t’ai écarté de l’arbre symbolique de la vie ; mais voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi. J’ai posté les chérubins pour qu’ils te gardent comme un serviteur ; je fais maintenant que les chérubins t’adorent comme un Dieu. ~

« Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité. »

 

Homélie ancienne pour le grand et Saint samedi, Office des Lectures

Source : AEL