CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, PAUL (saint ; Apôtre), SAINTETE, SAINTS

Saint Paul apôtre d’après la Légende dorée

SAINT PAUL, APÔTRE.

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Paul signifie bouche de trompette, ou bouche de ceux, ou élu admirable, ou miracle d’élection. Paul vient encore de pausa, qui veut dire repos en hébreu, et en latin modique. Par quoi l’on connaît les six prérogatives particulières à saint Paul. La Ire est une langue fructueuse, car il prêcha l’Evangile depuis l’Illyrie jusqu’à Jérusalem, de là le nom de bouche de trompette. La 2e est un amour de mère, qui lui fait dire : « Qui est faible, sans que je  m’affaiblisse avec lui? (II, Cor., XI) » C’est pour cela que son nom veut dire bouche de ceux, ou bouche de cœur  ainsi qu’il le dit lui-mème (II, Cor., VI). « O Corinthiens, ma bouche s’ouvre, et mon cœur  s’étend par l’affection que je vous porte. » La 3e est une conversion miraculeuse, c’est pour cela qu’il est appelé élu admirable, parce qu’il fut élu et converti merveilleusement. La 4° est le travail des mains,, et voilà pourquoi il est nommé miracle (195) d’élection : ce fut un grand miracle en lui que, de préférer gagner ce qui lui était nécessaire pour vivre et prêcher sans cesse. La 5efut une contemplation délicieuse, parce qu’il fut élevé jusqu’au troisième ciel; de là le nom de repos du Seigneur; car dans la contemplation, repos d’esprit est requis. La 6e est son humilité, de là le nom de modique. Il y a trois opinions au sujet du nom de Paul. Origène veut qu’il ait toujours eu deux noms et qu’il ait été indifféremment appelé Saul et. Paul ; Raban veut qu’avant sa conversion il eut le nom de Saut, du roi orgueilleux Saül, mais qu’après il fut nommé Paul, qui veut dire petit, en esprit et en humilité : et il donne lui-même l’interprétation de son nom quand il dit : «Je suis le plus petit des apôtres. » Bède enfin veut qu’il ait été appelé Paul, de Sergius Paulus, proconsul, converti par lui à la foi. Le martyre de saint Paul fut écrit par saint Lin, pape.

Paul, apôtre, après sa conversion, souffrit beaucoup de persécutions énumérées en ces termes par saint Hilaire : « Paul est fouetté de verges à Philippes; il est mis en prison ; il est attaché par les pieds à un poteau ; il est lapidé à Lystra; il est poursuivi d’Icone et de Thessalonique par les méchants; à Ephése, il est livré aux bêtes ; à Damas, on le descend du haut d’un mur dans une corbeille ; à Jérusalem, il est arrêté, battu, enchaîné, on lui tend. des embûches; à Césarée, il est emprisonné et incriminé: Il est en péril sur mer, dans son voyage en Italie; arrivé à Rome, il est jugé et meurt tué sous Néron. » Il reçut l’apostolat en faveur des gentils ; il redressa un perclus à Lystra; il ressuscita un jeune homme qui, tombé d’une fenêtre, avait rendu le dernier soupir, et fit grand nombre d’autres miracles. Dans l’île de Malte, une vipère lui saisit la main, mais l’ayant secouée dans le feu, il n’en reçut aucune atteinte. On rapporte que (196) tous les descendants de celui qui donna l’hospitalité à saint Paul ne ressentent aucun mal des bêtes venimeuses; et quand ils viennent au monde, le père met des serpents dans leur berceau pour s’assurer s’ils sont vraiment sa lignée. On trouve encore quelquefois que saint Paul est tantôt inférieur à saint Pierre, tantôt plus grand, tantôt égal ; mais en réalité, il lui est inférieur en dignité, supérieur dans la prédication et égal, en sainteté. Haymon rapporte que saint Paul se livrait au travail des mains depuis le chant des poussins jusqu’à la cinquième heure ; ensuite il vaquait à la prédication, de telle sorte que le plus souvent, il prolongeait son discours jusqu’à la nuit: le reste du temps lui suffisait pour ses repas, son sommeil et son oraison. Quand il vint à Rome, Néron, qui n’était point encore confirmé empereur, apprit qu’il s’était élevé une dispute entre Paul et les Juifs au sujet de la loi judaïque et de la foi dés chrétiens : il ne s’en mit pas beaucoup en peine, de sorte que saint Paul allait et prêchait librement où il voulait. Saint Jérôme, en son livre des Hommes illustres, dit que, « 25 ans après la Passion du Seigneur, c’est-à-dire la 2e du règne de Néron, saint Paul fut envoyé à Rome chargé de chaînes, et que pendant deux ans il demeura libre sous une garde; qu’il disputait contre des Juifs, et que relâché ensuite par Néron, il prêcha l’Evangile dans l’Occident. L’an 14 de Héron, il fut décapité la même année et le même jour’ que saint Pierre fut crucifié. » Sa sagesse, et sa religion étaient partout en renom et on le regardait généralement comme un homme admirable. Il se fit beaucoup d’amis dans, la maison de l’empereur, et il (197) les convertit à la foi de J.-C. Quelques-uns de ses écrits furent lus devant le César ; tout le monde en fit grand éloge; le Sénat lui-même avait beaucoup d’estime pour sa personne. Une fois que saint Paul prêchait, vers le soir, sur une terrasse, un jeune homme nommé Patrocle, échanson favori de Néron, monta à une fenêtre pour entendre plus commodément le saint apôtre, à cause de la foule, et s’y étant légèrement endormi, il tomba et se tua. Néron à cette nouvelle eut beaucoup de chagrin de sa mort et aussitôt il pourvut à son remplacement. Mais saint Paul, qui en fut instruit par révélation, dit aux assistants d’aller et de lui rapporter le cadavre de Patrocle, L’ami du César. On le lui apporta et saint Paul le ressuscita, ensuite il l’envoya à César avec ses compagnons. Comme Néron se lamentait sur la perte de son favori, voilà qu’on lui annonce que Patrocle vivant était à la porte. Néron informé que celui qu’il avait cru mort tout à l’heure était en vie, fut extraordinairement effrayé et refusa de le laisser entrer auprès de lui; mais enfin à la persuasion de ses amis, il permit ; qu’on l’introduisît. Néron lui dit: « Patrocle; tu vis? » Et Patrocle répondit: « César; je vis. » Et Néron dit « Oui t’a fait vivre? » Patrocle reprit : « C’est Jésus-Christ, le roi de tous les siècles. » Héron se mit en Colère et dit : « Alors celui-ci régnera sur les siècles et détruira donc les royaumes du monde ? » Patrocle lui répliqua: « Oui, César. » Néron lui donna un soufflet eu disant: « Donc tu es au service de ce roi? » « Oui, répondit Patrocle, je suis à son service, parce qu’il m’a ressuscité d’entre les morts. » Alors cinq des (198) officiers de l’empereur qui l’accompagnaient constamment lui dirent : « Empereur, pourquoi frapper ce jeune homme plein de prudence et qui répond la vérité ? Et nous aussi nous sommes au service de ce roi invincible. » Néron, à ces mots, les fit enfermer en prison, afin de tourmenter cruellement ceux qu’il avait aimés jusqu’alors extraordinairement. Il fit en même temps rechercher tous les chrétiens et il les fit punir tous sans forme de procès : Paul fut conduit, chargé de chaînes, avec les autres, par devant Néron qui lui dit: « O homme, le serviteur du grand roi, mais cependant mon prisonnier, pourquoi  m’enlèves-tu mes soldats et les prends-tu pour toi? » « Ce n’est pas seulement, répondit saint Paul, dans le coin de la terre où tu vis que j’ai levé des soldats, mais j’en ai enrôlé de l’univers entier: notre Roi leur accordera des récompenses qui, loin de leur manquer jamais, les mettront à l’abri. du besoin. Toi, si tu veux lui être soumis, tu seras sauvé. Sa puissance est si grande qu’il viendra juger tous les hommes et qu’il dissoudra par le feu la figure de ce monde. » Quand Néron, enflammé de colère, eut entendu dire à saint Paul que le feu devait dissoudre la figure du monde, il ordonna qu’on fît brûler tous les soldats de J.-C. et de couper la tête à saint Paul, comme coupable de lèse-majesté. Or, la foule de chrétiens qui furent tués était si grande que le peuple romain se porta avec violence au palais et se disposait à exciter une sédition contre Néron, en, criant tout haut : « Arrête, César, suspends le carnage et l’exécution de tes ordres. Ceux que tu fais périr sont nos concitoyens; ce sont (199) les soutiens de l’empire romain. » Néron eut peur et modifia son édit en ce sens que personne ne mettrait la main sur les chrétiens qu’autant que l’empereur’ mieux informé les eût jugés. C’est pourquoi Paul fut ramené et présenté de nouveau à Néron. Il ne l’eut pas plutôt vu qu’il s’écria avec violence : « Emmenez ce malfaiteur, décapitez cet imposteur ; ne laissez pas vivre ce criminel ; défaites-vous de cet homme qui égare les intelligences ; ôtez de dessus la terre ce séducteur des esprits. » Saint Paul lui dit : « Néron, je souffrirai l’espace d’un instant, mais je vivrai éternellement en Notre-Seigneur J.-C. » Néron dit : «Tranchez-lui la tête afin qu’il apprenne que je suis plus puissant que son roi, moi qui l’ai vaincu; et nous verrons s’il pourra toujours vivre. » Saint Paul reprit: « Afin que tu saches qu’après la mort de mon corps, je vis éternellement, quand ma tête aura été coupée,: je t’apparaîtrai vivant, et tu pourras connaître alors que J.-C. est le Dieu de la vie et non de la mort. » Ayant parlé ainsi, il fut mené au lieu du supplice. Dans le trajet, trois soldats qui le conduisaient lui dirent : « Dis-nous, Paul, quel est celui que tu appelles votre roi, que vous aimez au point de préférer mourir pour lui plutôt que de vivre; et quelle récompense vous recevrez de tout cela? » Alors saint Paul, leur parla du royaume de Dieu et des peines de l’enfer de manière qu’il les convertit à la foi. Ils le prièrent d’aller en liberté où il voudrait, mais il leur dit : « A Dieu ne plaise, mes frères, que je prenne la fuite ; je ne suis pas un transfuge, mais un véritable soldat de J.-C. : car je sais que cette vie qui passe me conduira à (200) une vie éternelle; tout à l’heure, quand j’aurai été décapité, des hommes fidèles enlèveront mon corps. Quant à vous, remarquez bien la place, et venez-y demain matin : vous trouverez auprès de mon sépulcre deux hommes en prières, ce sera Tite et Luc ; quand vous leur aurez dit pour quel motif je vous ai adressés à eux, ils vous baptiseront et vous feront participants et héritiers du royaume du ciel. » Il parlait encore quand Néron envoya deux soldats pour voir s’il n’était pas, encore exécuté; et comme saint Paul voulait les convertir, ils dirent: « Lorsque tu seras mort et ressuscité, alors nous croirons ce que tu dis; pour le moment viens vite et reçois ce que tu as mérité. » Amené au lieu du supplice, à la porte d’Ostie, il rencontra une, matrone nommée Plantille ou Lémobie, d’après saint Denys (peut-être elle avait deux noms). Cette dame se mit à pleurer et à se recommander aux prières de saint Paul qui lui dit : « Va, Plantille, fille du salut éternel, porte-moi le voile dont tu te couvres la tête, je  m’en banderai les yeux et ensuite je te le remettrai. » Et comme elle le lui donnait, les bourreaux se moquaient d’elle en disant: « Qu’as-tu besoin de donner à cet imposteur et à ce magicien un voile si précieux que tu perdras ? » Paul étant donc venu au lieu de l’exécution, se tourna vers l’Orient et pria très longtemps dans sa langue maternelle, les mains étendues vers le ciel et en versant des larmes, il rendît grâces. Ensuite, ayant dit adieu aux frères, il se banda les yeux avec le voile de Plantille; puis ayant fléchi les deux genoux en terre, il présenta le cou et fut ainsi décollé. Au moment où sa tête fut détachée du corps, (201) il prononça distinctement en hébreu: « Jésus-Christ » ; nom qui avait été d’une grande douceur pour lui dans sa vie et qu’il avait répété si souvent. On dit en effet que, dans ses Epitres, il répéta Christ, ou Jésus, ou l’un et l’autre ensemble. cinq cents fois. Du lait jaillit du corps mutilé jusque sur les habits d’un soldat * ; ensuite le sang coula : une lumière immense brilla dans l’air et une odeur des plus suaves émana de son corps.

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Saint Denys dans son épître à Timothée s’exprime ainsi sur la mort de saint Paul : « A cette heure pleine de tristesse, mon frère chéri, quand le bourreau dit à saint Paul : « Prépare ton cou », alors le bienheureux apôtre leva les. yeux au ciel, se munit le front et la poitrine du signe de la croix et dit : « Mon Seigneur J.-C., je remets mon esprit entre vos mains.» : et alors sans tristesse et sans contrainte, il présenta le cou et reçut la couronne. » Au moment où le bourreau frappait et tranchait la tête de Paul, ce bienheureux, en recevant le coup, détacha le voile, et reçut son propre sang dans ce voile, le lia, le plia et le rendit à cette femme. Et quand le bourreau fut revenu, Lémobie lui dit : « Où as-tu laissé mon maître Paul? » Le soldat répondit : « Il est étendu là-bas avec son compagnon, dans la vallée du Pugilat, hors de la ville ; et sa figure est couverte de ton voile. » Or, Lémobie répondit : « Voici que Pierre et Paul viennent d’entrer à l’instant, revêtus d’habits éclatants, portant sur la tête des couronnes brillantes et rayonnantes de

 

* Ce fait est rapporté par Grégoire de Tours.

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lumière. » Alors elle leur montra le voile tout ensanglanté : ce qui donna lieu à, plusieurs de croire au Seigneur et de se faire chrétiens (saint Denys). Héron, ayant appris ce qui était arrivé, eut une violente peur et s’entretint de tout cela avec les philosophes et avec ses favoris. 0r, pendant la conversation saint Paul vint les portes fermées; et, debout devant César, il lui dit : «César, voici Paul, le soldat du roi éternel et invincible ; crois au moins maintenant que je né suis pas mort, mais que je vis et toi, misérable, tu mourras d’une mort éternelle, parce que tu tues injustement les saints de Dieu. » Ayant parlé ainsi, il disparut. Alors Néron devint comme fou tant il avait été effrayé; il ne savait ce qu’il faisait. Par le conseil de ses amis, il délivra Patrocle et Barnabé avec les autres chrétiens et leur permit d’aller librement où ils voudraient. Quant aux soldats qui avaient conduit Paul au supplice, savoir Longin, chef des soldats, et Acceste, ils vinrent le matin au tombeau de saint Paul et ils y virent deux hommes, Tite et Luc en prières, et Paul debout au milieu d’eux. Tite et Luc, en voyant les soldats, furent fort effrayés et prirent la fuite ; alors Paul disparut. Mais Longin et Acceste leur crièrent : « Non, ce n’est pas vous que nous poursuivons, ainsi que vous le paraissez croire, mais nous voulons recevoir le baptême de vos mains, comme nous l’a dit Paul que nous venons de voir prier avec vous. » A ces mots, Tite et Luc revinrent et les baptisèrent avec grande joie. Or, la tête de Paul fut jetée dans une vallée, et comme il y en avait beaucoup qui avaient été tués et qu’on avait jetés au même endroit, on ne put la retrouver. Mais (203) on lit dans la même épître de saint Denys, qu’un jour où l’on curait une fosse, on jeta la tête de saint Paul avec les autres immondices. Un berger la prit avec sa houlette et l’attacha sur la bergerie. Pendant trois nuits consécutives, son maître et lui virent une lumière ineffable sur cette tête; on en fit part à l’évêque, et on dit : « Vraiment, c’est la tête de saint Paul. » L’évêque vint avec toute l’assemblée des fidèles; ils prirent cette tête, l’emportèrent et ils la mirent sur une table d’or, ensuite ils essayaient de la réunir au corps. Le patriarche leur dit : «Nous savons que beaucoup de fidèles ont été tués et que leurs têtes furent dispersées ; c’est pourquoi je n’oserais mettre celle-ci sur le corps de saint Paul ; mais plaçons-la aux pieds du corps et demandons au Dieu tout puissant, que si c’est sa tête, le corps se tourne et se joigne à la tête. » Du consentement général, on plaça cette même tête aux pieds du corps de saint Paul, et comme tout le monde était en prière, on fut saisi de voir le corps se tourner et se joindre exactement à la tête. Alors on bénit Dieu et on connut que c’était bien là véritablement le chef de saint Paul (saint Denys). »

Saint Grégoire de Tours, qui vécut du temps de Justin le jeune, rapporte * qu’un homme au désespoir préparait un lacet pour se pendre, sans pourtant cesser d’invoquer le nom de saint Paul, en disant: « Venez à mon secours, saint Paul. » Alors lui apparut une ombre dégoûtante qui l’encourageait en disant : « Allons, bon homme, fais ce que tu as à faire, ne

Mirac., lib. I, c. XXIX ; — Vincent de B., Hist., l, X, c. XXI.

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perds pas de temps. » Mais il disait toujours, en apprêtant son lacet : « Bienheureux Paul, venez à mon secours. » Quand le lacet fut achevé, une autre ombre lui apparut; elle avait une forme humaine, et elle dit à l’ombre qui encourageait cet homme: « Fuis, misérable, car il a appelé saint Paul et le voilà qui vient. » Alors l’ombre dégoûtante s’évanouit et le malheureux rentrant en lui-même jeta son lacet et fit une pénitence convenable. » Il se fait grand nombre de miracles avec les chaînes de saint Paul, et quand beaucoup de personnes en demandent un peu de limaille, un prêtre en détache avec une lime quelques parcelles si vite que cela est fait à l’instant. Cependant il arrive que d’autres personnes, qui en demandent, n’en peuvent obtenir, car c’est inutilement que l’on passe la lime; elle n’en peut rien détacher. — Dans la même épître citée plus haut, saint Denys pleure la mort de saint Paul; son maître, avec des expressions touchantes : « Qui donnera de l’eau à mes yeux, et à mes paupières une fontaine de larmes afin de pleurer, le jour et la nuit, la lumière des Eglises qui vient’ de s’éteindre? Qui est-ce qui ne pleurera. et ne gémira pas? Quel est celui qui ne prendra pas des habits de deuil et ne restera pas muet d’effroi? Voici- en effet que Pierre, le fondement des Eglises, la gloire des saints apôtres, s’est retiré de nous et nous a laissés orphelins; Paul aussi, cet ami des gentils, le consolateur des pauvres, nous l’ait défaut, et il a disparu pour. toujours celui qui fut le père des pères, le docteur des docteurs, le pasteur des pasteurs. Cet abîme de sagesse, cette trompette retentissante, ce prédicateur infatigable de la vérité, en (205) un mot, c’est de Paul le plus illustre des apôtres que je parlé. Cet ange de la terre, cet homme du ciel, cette image de la divinité, cet esprit divin nous a délaissés tous, nous dis-je, misérables et indignes, qu milieu de ce monde qui ne mérite que mépris et qui est rempli de malice. Il est avec Dieu son maître et son ami hélas! mon frère Timothée, le chéri de mon cœur , où est ton père, ton maître et ton ami ? Il ne t’adressera donc plus de salut? Voilà que tu es devenu orphelin, et que tu es resté set-il; il ne t’écrira plus, de sa très sainte main, ces douces paroles: «Très cher fils; viens, mon frère Timothée. » Que s’est-il passé ici de triste, d’affreux, de pernicieux pour que nous soyons devenus orphelins? Tu ne recevras plus de ses lettres où tu pouvais lire ces paroles : « Paul, petit serviteur de J.-C. » Il n’écrira plus désormais de toi aux cités « Recevez mon fils chéri: » Ferme; mon frère, les livres des prophètes; mets-y un sceau, parce que nous n’avons plus personne pour nous en expliquer les paraboles, les comparaisons et le texte. Le prophète David pleurait son fils en s’écriant : «Malheur à moi, mon fils; malheur à moi! » Et moi je  m’écrie: Malheur à moi, mon maître, oui, malheur à moi ! Depuis lors a cessé tout à fait cette affluence de tes disciples qui venaient à Rome et qui, demandaient à nous voir. Personne ne dira plus : Allons trouver, nos docteurs, et interrogeons-les sur la direction à imprimer aux Eglises qui nous sont confiées, et ils nous expliqueront les paroles de Notre-Seigneur J.-C. et celles des prophètes. Malheur, malheur à ces enfants, mon. frère, parce qu’ils sont privés de leurs pères spirituels, parce (206) que le troupeau est abandonné! Malheur à nous aussi, frère, parce que nous sommes privés de nos maîtres spirituels qui possédaient l’intelligence. et la science de l’ancienne et de la nouvelle loi fondues dans leurs épîtres ! Où sont les courses de Paul et les vestiges de ses saints pieds ? où est cette bouche éloquente, cette langue qui donnait des avis si prudents ; cet esprit toujours en paix avec son Dieu ? Qui est-ce qui ne pleurera pas et ne fera. pas retentir l’air de cris ? Car ceux qui ont mérité de recevoir de Dieu gloire et Honneur sont traînés à la mort comme des malfaiteurs. Malheur à moi qui ai vu à cette heure ce corps saint tout couvert d’un sang innocent ! Ah ! quel malheur pour moi ! mon père, mon maître et mon docteur, vous ne méritiez pas de mourir ainsi. Et maintenant donc, où irai-je vous chercher, vous la gloire des chrétiens, l’honneur des fidèles ? quia fait taire votre voix, vous qui faisiez entendre dans les églises des paroles qui avaient la douceur de la flûte, et la sonorité d’un instrument à dix cordes ? Voilà que vous êtes auprès du Seigneur votre Dieu que vous avez désiré de posséder et après lequel vous avez soupiré de tout votre cœur . Jérusalem et Rome, vous vous êtes associées et unies pour faire le mal, Jérusalem a crucifié Notre-Seigneur J.-C., et Rome a tué ses apôtres. Cependant Jérusalem a obéi à celui qu’elle avait crucifié, comme Rome; a établi une solennité pour glorifier celui qu’elle a tué. Et maintenant, mon frère Timothée, ceux que vous; aimiez et que vous regrettiez de tout cœur , je parlé du roi Saul, et de Jonathas, ils n’ont été séparés ni dans la vie, ni dans la mort, et

moi je ne fus séparé de mon seigneur et maître que quand des hommes aussi méchants qu’injustes nous ont séparés. Or, l’heure de cette séparation n’aura qu’un temps :son urne connaît ses amis, sans que ceux-ci lui parlent, et bien qu’ils soient loin d’elle ; mais au jour de la résurrection, ce serait un bien grand dommage d’en être séparé. » Saint Jean Chrysostome, dans son livre de l’Eloge de saint Paul, ne tarit pas quand il parle de ce glorieux apôtre. Voici ses paroles : « Celui-là ne s’est pas trompé qui a appelé l’âme de saint Paul un champ magnifique de vertus et un paradis spirituel. Où trouver une langue digue de le louer, lui dont l’âme possède à elle seule tous les biens qui se peuvent rencontrer dans tous les hommes, et qui réunit non seulement chacune des vertus humaines, mais, ce qui vaut mieux encore, les vertus angéliques ? Loin de nous arrêter, cette considération nous encouragea parler. C’est faire le plus grand éloge d’un héros que d’avouer que sa vertu et sa grandeur sont au-dessus de tout ce qu’on en peut dire. Il est glorieux pour un vainqueur d’être ainsi vaincu. Par quoi donc pouvons-nous mieux commencer ce discours qu’en disant qu’il a possédé tous les biens ? »

On loue Abel d’un sacrifice qu’il a offert à Dieu mais si nous montrons toutes les victimes de Paul, il l’emportera de toute la hauteur qui sépare le ciel de la terre; puisque, chaque jour il s’immolait lui-même par un double sacrifice, celui de la mortification du coeur et celui du corps. Ce n’étaient ni des brebis, ni des boeufs qu’il offrait, c’était lui-même qui s’immolait doublement. Ce n’est pas encore assez au gré (208) de ses désirs; il voulut offrir l’univers en holocauste, la terre, la mer, les Grecs, les barbares, tous les pays éclairés par le soleil,, qu’il parcourt avec la rapidité du vol, où il trouve des hommes, ou, pour mieux dire, des démons, qu’il élève à la dignité des anges. Oit rencontrer une hostie comparable à celle que Paul a immolée avec le glaive de l’Esprit-Saint, et qu’il a offerte sur un autel placé au-dessus du ciel ? Abel a péri sous les coups d’un frère, Paul a été tué par ceux qu’il souhaitait arracher, à d’innombrables maux. Voulez-vous que je vous compte tous les genres de morts de Paul, autant vaut compter les jours qu’il a vécu? Noé se sauva dans l’arche lui et ses enfants : saint Paul construisit une arche pour sauver d’un déluge bien autrement affreux, non pas en assemblant des pièces de bois ; mais en composant ses épîtres, il a délivré le monde en danger au milieu des flots. Or, cette arche n’est pas portée sur des vagues qui battent un seul rivage, elle va sur tout le globe. Ses tablettes ne sont enduites ni de poix ni de bitume, elles sont imprégnées du parfum du. Saint-Esprit : Il les écrit et par elles, de ceux qui étaient, pour ainsi dire, plus insensés que les êtres sans raison, il en fait les imitateurs des anges. Il l’emporte encore sur l’arche qui reçut le corbeau et ne rendit que le corbeau, qui avait renfermé le loup sans lui faire perdre son naturel farouche : tandis que Paul prend les vautours et les milans pour en faire des colombes, pour inoculer la mansuétude de l’esprit dans des coeurs féroces. On admire Abraham qui, par l’ordre de Dieu, abandonna sa patrie et ses parents ; mais comment l’égaler à Paul. Il n’a pas seulement (209) quitté son pays, ses parents, c’est le monde lui-même; c’est plus encore; c’est le ciel, le ciel es cieux; il méprise tout cela afin de servir J.-C., ne se réservant à la place, qu’une seule chose, la charité de Jésus. « Ni les choses présentes, dit-il, ni celles qui sont à venir, ni tout ce qu’il y a de plus haut ou de plus profond, nulle créature enfin ne me pourra jamais séparer de l’amour de Dieu qui est fondé en J.-C. N.-S. » Abraham s’expose au danger pour délivrer de ses ennemis le fils de son frère, mais Paul, afin d’arracher l’univers à la puissance des démons, a affronté des périls sans nombre et a mérité aux autres une pleine sécurité par la mort qu’il souffrait tous les jours. Abraham encore a voulu immoler son fils. Paul s’est immolé lui-même des milliers de fois. Il s’en trouve qui admirent la patience d’Isaac laissant combler le puits creusé par ses mains; mais ce n’étaient pas des puits que Paul laissait couvrir de pierres, c’était son corps à lui, et ceux qui l’écrasaient, il cherchait à les élever jusqu’au ciel. Et plus cette fontaine était comblée, plus haut elle jaillissait, plus elle débordait, au point de donner naissance à plusieurs fleuves. L’écriture parle avec admiration de la longanimité et de la patience de Jacob; eh bien ! trouvez une âme à la trempe de diamant qui atteigne à la patience de Paul. Ce n’est pas pendant. sept ans, mais toute sa vie qu’il s’enchaîne à l’esclavage pour l’épouse de J.-C. Ce n’est pas seulement la chaleur du jour ni le froid des nuits. Ce sont mille épreuves qui l’assaillent. Tantôt battu de verges, tantôt accablé et broyé sous une grêle de pierres, toujours il se relève pour arracher les brebis de la gueule des (210) démons. Joseph est illustre par sa pureté; mais j’aurais à craindre de tomber ici dans le ridicule en voulant louer saint Paul, lui qui se crucifiait lui-même, voyait toute la beauté du corps humain et tout ce qui paraît brillant du même oeil que nous regardons de la fumée et de la cendre, semblable à un mort qui reste immobile à côté d’un cadavre. Tout le monde est effrayé de la conduite de Job. C’était en effet un merveilleux athlète. Mais Paul n’eut pas à soutenir des combats de quelques mois, son agonie dure des années. Sans être réduit à racler ses plaies avec des morceaux de vase, il sort éclatant de la gueule du lion qui, dans la personne de Néron, s’est jeté sur lui coup sur coup : et après des combats et des épreuves innombrables, il avait l’éclat de la pierre la mieux polie. Ce n’était pas de trois ou quatre amis, mais de tous les infidèles, de ses frères même, qu’il eut à endurer les opprobres ; il fut conspué et maudit de tous: Il exerçait cependant largement l’hospitalité; il était plein de sollicitude à l’égard des pauvres; mais l’intérêt qu’il portait aux infirmes, il l’étendait aux âmes souffrantes. La maison de Job était ouverte à tout venant; l’âme de Paul renfermait le monde. Job possédait d’immenses troupeaux de boeufs et de brebis, il était libéral envers les indigents : Paul ne possède rien que son corps et il se partage en faveur des pauvres. « Ces mains, dit-il; ont pourvu à  m’es besoins propres, comme aux besoins de ceux, qui étaient avec moi. » Job rongé par les vers souffrait d’atroces douleurs; Irais comptez les coups reçus par Paul, calculez à quelles angoisses l’ont réduit la faim; les chaînes et (211) les périls qu’il a subis de la part de ses familiers, comme des étrangers, de l’univers entier, en un mot voyez la sollicitude qui le dévore pour toutes les Églises, le feu qui le brûle quand il sait quelqu’un scandalisé, et vous comprendrez que son âme était plus dure que la pierre, plus forte. que le fer et que le diamant.

Ce que Job souffrait dans ses membres, Paul le souffrit en son âme. Les chutes de chacun de ses frères lui causaient des chagrins plus vifs que toutes les douleurs; aussi coulait-il de ses yeux, le jour comme la nuit, des fontaines de larmes. C’étaient les étreintes d’une femme en travail: «Vies petits enfants, s’écriait-il, je sens de nouveau pour vous les douleurs de l’enfantement. » Moïse, pour le salut des Juifs, s’offrit à être effacé du livre de vie : Moïse donc s’offrit à mourir avec les autres, mais Paul voulait mourir pour les autres, non pas avec ceux qui devaient périr, mais pour obtenir le salut d’autrui, il engageait son salut éternel. Moïse résistait à Pharaon ; Paul luttait tous les jours avec le démon; le premier combattait pour une nation, le second pour l’univers, non pas jusqu’à la sueur de son front, mais jusqu’à donner son sang. Jean se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, Paul au milieu du tourbillon du monde comme le précurseur au milieu du désert, n’avait pas même de sauterelles ni de miel. Il se contentait de mets moins recherchés encore. Sa nourriture était le feu de la prédication. Toutefois devant. Néron, Jean fit preuve d’un grand courage, mais ce ne fut pas un, ni deux, ni trois, mais des tyrans sans (212) nombre, aussi haut placés et plus cruels encore que Paul eut à reprendre.

Il me reste à comparer Paul avec les anges; sa part n’est pas moins brillante, puisqu’il n’eut souci que d’obéir à Dieu. Quand David s’écriait transporté d’admiration : « Bénissez le Seigneur, vous tous qui êtes ses anges, qui êtes puissants et remplis de force pour faire ce qu’il vous: dit, pour obéir à sa voix et à ses ordres. Mon Dieu, dit-il ailleurs, vous rendez vos anges légers comme le vent et vos ministres actifs comme des flammes ardentes. » Mais nous pouvons trouver ces qualités dans Paul. Semblable à la flamme et au vent il a parcouru l’univers, et, dans sa course, il l’a purifié. Toutefois il n’était pas encore participant de la béatitude céleste; et c’est là le prodige qu’il ait tant fait n’étant encore revêtu que d’une chair mortelle. Quel sujet de condamnation pour nous de n’avoir point à coeur d’imiter la moindre des qualités qui se trouvent réunies dans un seul homme! Sans avoir reçu ni une autre nature ni une autre âme que nous, sans avoir habité un autre monde, mais placé sur la même terre et dans les mêmes régions, élevé sous l’empire des mêmes lois et des mêmes usages, il a surpassé tous les hommes de son siècle et ceux du siècle à venir. Ce que je trouve d’admirable en lui, c’est que non seulement dans l’ardeur de son zèle, il ne sentait pas les peines qu’il essuyait pour 1a vertu, mais qu’il embrassa ce noble parti sans attendre aucune récompense. L’attrait d’une rétribution ne nous engage point à entrer dans la lice où saint Paul courait avec empressement, sans qu’aucun prix vînt animer son courage et (213) son amour ; et il acquérait chaque jour plus de force, i1 montrait une ardeur toujours nouvelle au milieu des périls. Menacé de la mort, il invitait les peuples à partager la joie dont il était pénétré : « Réjouissez-vous, leur disait-il, et félicitez-moi. » Il courait au-devant des affronts et des outrages que lui attirait la prédication, beaucoup plus que nous ne cherchons la gloire et les honneurs ; il désirait la mort beaucoup plus que nous n’aimons la vie ; il chérissait beaucoup plus la pauvreté que nous n’ambitionnons les richesses ; il embrassait les travaux et les peines avec beaucoup plus d’ardeur que nous ne désirons les voluptés et le repos après les fatigues; il s’affligeait plus volontiers que les autres ne se réjouissent; il priait pour ses ennemis avec plus de zèle que les autres ne s’emportent contre eux en imprécations. La seule chose devant laquelle il reculait avec; horreur, c’était d’offenser Dieu ; mais ce qu’il désirait surtout, c’était de lui plaire. Aucun des biens présents, je dis même aucun des biens futurs, ne lui semblait désirable ; car ne me parlez pas de villes, de nations, d’armées, de provinces, de richesses, de puissante ; tout cela n’était à ses yeux que des toiles d’araignée; mais considérez le bonheur qui nous est promis dans le ciel, et alors vous verrez tout l’excès de son amour pour Jésus. La dignité des anges et des archanges, toute la splendeur céleste n’étaient rien pour lui en comparaison de la douceur de cet amour ; l’amour de Jésus était pour lui plus que tout le reste. Avec cet amour, il se regardait comme le plus heureux de tous les êtres ; il n’aurait pas voulu, sans cet amour, habiter au milieu des Thrônes et des Dominations, (214) il aurait mieux aimé, avec la charité de Jésus, être le dernier de la nature, se voir condamné aux plus grandes peines, que, sans elle, en être le premier et obtenir les plus magnifiques récompenses. Être privé de cette charité était pour lui le seul supplice, 1e seul tourment, le seul enfer, le comble de tous les maux ; posséder cette même charité était pour lui la seule jouissance ; c’était la vie, le monde, les anges, les choses présentes et futures, c’était le royaume, c’étaient les promesses, c’était le comble de tous lesbiens; tous les objets visibles, il les méprisait comme une herbe desséchée. Les tyrans, les peuples furieux; ne lui paraissaient que des insectes importuns ; la mort, les supplices, tous les tourments imaginables, ne lui semblaient que des jeux d’enfants, à moins qu’il ne fallût les souffrir pour l’amour de J.-C., car alors il les embrassait avec joie, et il se glorifiait de ses chaînes plus que Néron du diadème qui décorait son front. Sa prison, c’était pour lui le ciel même ; les coups de fouet et les blessures lui semblaient préférables a la couronne de l’athlète vainqueur. Il ne chérissait pas moins la récompense que le travail qu’il regardait comme une récompense; aussi l’appelait-il, une grâce; puisque ce qui cause en nous de la tristesse lui procurait: une satisfaction abondante. Il gémissait sous le poids d’une peine continuelle, et il disait : « Qui est scandalisé, sans que je brille ? » A moins qu’on ne dise que cette peine était assaisonnée d’un certain plaisir. Ainsi, blessée du coup qui a tué son fils, une mère éprouve quelque consolation à se trouver seule avec sa douleur, tandis que son coeur est plus oppressé lorsqu’elle ne peut donner un libre (215) cours à ses larmes. De même saint Paul recevait un soulagement de pleurer nuit et jour; car jamais personne ne déplora ses propres maux aussi vivement que cet apôtre déplorait les maux d’autrui. Quelle était, croyez-vous, sa douleur en voyant que c’en était fait des Juifs, lui qui demandait d’être déchu de la gloire céleste, pourvu qu’ils fussent sauvés ? A quoi donc pourrait-on le comparer ? à quelle nature de fer ? à quelle nature de diamant ? de quoi dirons-nous qu’était composée son âme? de diamant ou d’or? elle était plus ferme que le plus dur diamant, plus précieuse que l’or et que les pierreries. du plus grand prix. A quoi donc pourra-t-on comparer cette âme ? à rien de ce qui existe. Il y aurait peut-être une comparaison possible, si, par une heureuse alliance, on donnait à l’or la force du diamant ou au diamant l’éclat de l’or. Mais pourquoi le comparer à l’or et au diamant? mettez le inonde entier dans la balance, et vous verrez que l’âme de Paul l’emportera. Le monde et tout ce qu’il y a dans le monde ne valent pas Paul. Mais si le monde ne le vaut pas, qu’est-ce qui le vaudra? peut-être le ciel. Mais le ciel lui-même n’est rien en comparaison de Paul ; car s’il a préféré lui-même l’amour de Dieu au ciel et à tout ce qu’il renferme, comment le Seigneur, dont la bonté surpasse autant celle de Paul que la bonté même surpasse la malice, ne le préférerait-il pas à tous les cieux ? Dieu, oui, Dieu nous aime bien plus que nous ne l’aimons, et son amour surpasse le nôtre plus qu’il n’est possible de l’exprimer. Il l’a ravi dans le paradis, jusqu’au troisième ciel: Et cette faveur lui était due, puisqu’il marchait sur la terre comme s’il (216) eût conversé avec les anges, puisque, enchaîné à un corps mortel, il imitait leur pureté ; puisque, sujet à mille besoins et à mille faiblesses, il s’efforçait de ne passe montrer inférieur aux puissances célestes. Il a parcouru toute la terre comme s’il eût eu des ailes; il était au-dessus des travaux et des périls, comme si déjà il eût pris possession du ciel; il était éveillé et attentif comme s’il n’eût point eu de corps ; et méprisait les choses de la terre comme s’il eût habité au milieu des puissances incorporelles. Des nations diverses ont été souvent confiées au soin des anges; mais aucun d’eux n’a dirigé la nation remise à sa garde comme Paul a dirigé toute la terre. Comme nu père qui voyant son enfant égaré par la frénésie serait d’autant plus touché de son état, et verserait d’autant plus de larmes que, dans les violences de ses transports, il lui épargnerait moins les outrages et les coups ; ainsi le grand apôtre prodiguait à ceux qui le maltraitaient tous les soins d’une piété ardente. Souvent il gémissait sur le sort de ceux qui l’avaient battu de verges cinq fois, qui étaient altérés de son sang, il s’affligeait et priait pour eux en disant : « Il est vrai, mes frères, que je sens dans mon cœur  une grande affection pour le salut d’Israël et que je le demande à Dieu par mes prières. » En voyant leur réprobation, il était pénétré d’une douleur excessive. Et comme le fer jeté dans le feu devient feu tout entier,, de même Paul, enflammé du feu de la charité, était devenu tout charité. Comme s’il eût été le père commun de toute la terre, il imita, ou plutôt il surpassa tous les pères, quels qu’ils fussent, pour les soins temporels et spirituels: Car c’était chacun (217) des hommes qu’il souhaitait présenter à Dieu, comme si lui seul eût engendré le monde entier; de telle sorte qu’il avait hâte d’en introduire tous les habitants dans le royaume de Dieu, se donnant corps et âme pour eux qu’il chérissait. Cet homme ignoble, cet artisan qui préparait des peaux acquit un tel courage qu’en trente ans à peine, il soumit au joug de la vérité les Romains et les Perses, les Parthes avec les Mèdes, les Indiens et les Scythes, les Ethiopiens et les Sarmates, les Sarrasins, enfin toutes les races humaines, et semblable à du feu jeté dans la paille et le foin, il dévorait toutes les œuvres  des démons. Au son de sa voix, tout disparaissait comme dans le plus violent incendie, tout cédait, et culte des idoles, et menaces des tyrans, et embûches des faux frères. Comme au premier rayon du soleil les ténèbres fuient, les adultères et les voleurs disparaissent, les homicides se cachent dans les antres, le grand jour brille, tout est éclairé de l’éclat de sa présence, de même et mieux encore, partout où Paul sème la bonne nouvelle, l’erreur était chassée, la vérité. renaissait, les adultères et autres abominations disparaissaient, ainsi que la paillé jetée au feu. Brillante comme la flamme, la vérité s’élevait resplendissante jusqu’à la hauteur des cieux, soulevée, pour ainsi dire, par ceux qui semblaient l’étouffer ; les périls et les violences ne savent en arrêter la marche. Telle est l’erreur qui, si elle ne rencontre pas d’obstacles, s’use ou disparaît insensiblement, telle au contraire est la vérité, qui, sous les attaques de nombreux adversaires, renaît et s’étend. Or, puisque Dieu nous a tellement ennoblis que par nos efforts nous pouvons (218) parvenir à devenir semblables à lui, afin de nous ôter le prétexte que pourrait suggérer notre faiblesse, nous avons en commun avec lui le corps, l’âme, les aliments, le même créateur, et de plus son Dieu c’est notre Dieu. Voulez-vous connaître les dons que le Seigneur lui a départis ? Ses vêtements étaient la terreur des démons. Un prodige plus merveilleux encore, c’est que quand, il bravait les périls, on ne pouvait le taxer de témérité; ni lui reprocher de la timidité lorsqu’ils surgissaient. C’était pour avoir le temps d’instruire qu’il aimait la vie présente, tandis qu’elle ne restait qu’un sujet de mépris dès lors que par la sagesse qui l’éclairait, il entrevoyait combien le monde est vil. Enfin voyez-vous Paul s’échapper au péril? gardez-vous de l’en admirer mains que quand il a le plaisir de s’y exposer. Cette conduite annonce autant de fermeté d’une part, que de sagesse de l’autre. L’entendez-vous parler de lui avec quelque satisfaction? vous pouvez l’admirer autant que lorsque vous le voyez se mépriser. Ici c’est de la grandeur d’âme, là de l’humilité. C’était un plus grand mérite à lui de parler de soi que de taire ses louanges; car s’il ne les avait dites, il eût été plus coupable que ceux qui se vantent à tout propos; en effet s’il n’eût pas été glorifié, il eût entraîné dans la ruine ceux qui lui avaient été confiés, tandis qu’en s’humiliant, il les élevait. Paul a mérité plus en se  glorifiant qu’un autre qui aurait caché ce qui le distingue : celui-ci, par l’humilité qui lui fait cacher ses mérites, gagne moins que celui-là en les manifestant. C’est un grand défaut de se vanter, c’est le fait d’un extravagant de vouloir accaparer les louanges dès lors (219) qu’il n’y a aucune nécessité. Il est évident que Dieu n’est pas là et que c’est folie ; quand bien même on l’aurait gagnée à la sueur de son front, on perd sa récompense. S’élever au-dessus des autres dans ses propos, se vanter avec ostentation n’appartient qu’à un arrogant ; mais rapporter ce qui est d’essentielle nécessité, c’est le propre d’un homme qui aime le bien, qui cherche à se rendre utile. Telle fut la conduite de Paul, qui, pris pour un fourbe, se crut obligé de donner des preuves manifestes de sa dignité; toutefois, il s’abstient de dévoiler bien des choses et de celles qui étaient de nature à l’honorer le plus. «J’en viendrai maintenant, dit-il, aux visions et aux révélations du Seigneur », et il ajoute : « Mais je me retiens. » Pas un prophète, pas un apôtre n’eut aussi souvent que Paul des entretiens avec Dieu, et c’est ce qui le fait s’humilier davantage. Il parut redouter les coups afin de vous apprendre qu’il y avait en lui deux éléments sa volonté ne l’élevait pas seulement au-dessus du commun des hommes; mais elle en faisait un ange. Redouter les coups n’est pas un crime, c’est de commettre une indignité par la peur qu’ils inspirent. Dès lors qu’en les craignant,, il sort victorieux de la lutte, il est bien autrement admirable que celui que la peur n’atteint pas ; comme ce n’est as une faute de se plaindre mais de dire ou de faire par faiblesse ce qui déplaît à Dieu. Nous voyons par là ce que fut Paul; avec les infirmités de la nature, il s’éleva au-dessus de la nature, et s’il redouta la mort, il ne refusa pas de la subir. Être l’esclave des infirmités : c’est un crime, mais ce n’est pas d’être revêtu d’une nature qui y est (220) sujette ; de telle sorte que c’est un titre de gloire pour lui d’avoir, par force de volonté, surmonté la faiblesse de la nature ; ainsi il se laissa enlever Paul surnommé Marc. Ce fut ce qui l’anima dans tout le cours de sa prédication, car ce ministère ne s’exerce pas avec mollesse et irrésolution, mais bien avec une force et un courage constamment égaux qui s’engage dans cette fonction sublime doit être disposé à s’offrir mille fois à la mort et aux dangers. S’il n’est pas animé par cette pensée, son exemple perdra un bien grand nombre de fidèles ; mieux vaudrait qu’il s’abstînt et qu’il s’occupât uniquement de soi-même. Un pilote, un gladiateur, un homme qui combat les bêtes féroces, personne enfin n’est obligé d’avoir le coeur disposé au danger et à la mort, comme celui qui s’est chargé d’annoncer la parole de Dieu; car celui-ci a à courir de bien plus grands périls, et il doit combattre des adversaires plus violents et d’une toute autre condition ; c’est avoir: le ciel pour récompense ou l’enfer pour son supplice.’ Si entre quelqu’un d’eux, il surgit une contestation, ne regardez pas cela comme un crime, il n’y a faute que quand la querelle est sans prétexte et sans juste motif. Il faut y voir l’action de la Providence qui veut, réveiller de l’engourdissement et de l’inertie les âmes endormies et découragées. Comme l’épée a son tranchant, l’âme aussi a reçu le tranchant de la colère dont elle doit user au besoin. La douceur est bonne en tout temps; cependant il faut l’employer selon les circonstances, autrement elle devient un défaut. Aussi Paul l’a mise en pratique et dans sa colère il valait mieux que ceux dont le langage (221) ne respirait pas la modestie. Le merveilleux en lui était que, chargé, de chaînes, couvert de coups et de blessures, il fut plus brillant que ceux qui sont ornés de l’éclat de là pourpre et du diadème. Alors qu’il était traîné chargé de chaînes à travers des mers immenses, sa joie était aussi vive que si on l’eût mené prendre possession d’un grand royaume. A peine est-il entré dans Rome qu’il cherche à en sortir pour parcourir l’Espagne. Il ne prend pas même un jour de repos; le feu est moins actif que son zèle à évangéliser; les périls, il les brave, les moqueries, il ne sait en rougir.

Ce qui met le comble à mon admiration, c’est qu’avec une pareille audace, quand il était constamment armé pour le combat, lorsqu’il ne respirait qu’une ardeur toute guerrière, il restait calme et prêt à tout. Il vient de sévir, ou plutôt sa colère vient d’éclater quand on lui commande d’aller à Tharse ; et il y va. On lui dit qu’il faut descendre par la muraille dans une corbeille, il se laisse faire. Et pourquoi? pour évangéliser encore et traîner à sa suite vers J. C. une multitude de croyants. Il ne redoutait qu’un malheur, c’était de quitter la terre et de ne pas avoir sauvé le plus grand nombre. Quand des soldats voient leur général couvert de blessures, ruisselant de sang, sans que toutefois il cesse de tenir tête a l’ennemi, mais que toujours il brandit sa lance, jonche le sol des cadavres qui sont tombés sous ses coups, et qu’il ne compte pour rien sa propre douleur, un pareil. sang-froid les électrise. Il en advint ainsi à Paul. Quand on le voyait chargé de chaînes et prêchant néanmoins dans sa prison, quand on le voyait blessé et convertissant ceux (222) qui le frappaient, il y avait certes de quoi puiser une grande confiance. Il veut le faire entendre alors qu’il dit que plusieurs de ses frères en Notre-Seigneur, se rassurant par cet heureux succès de ses liens, ont conçu une hardiesse nouvelle pour annoncer la parole de Dieu sans aucune crainte. Il en concevait lui-même une joie plus ferme, et son courage contre ses adversaires s’en augmentait d’autant. Comme du feu tombant sur une grande sorte de matières se nourrit et s’étend, de même le langage de Paul attire tous ceux qui l’écoutent. Ses adversaires deviennent la pâture de ce feu, puisque, par eux, la flamme de l’Evangile augmentait de plus en plus (saint Jean Chrysostome).

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La Légende dorée de Jacques de Vorogine,  nouvellement traduite en français avec introduction, notes et recherches sur les sources par l’Abbé J.-M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d’Amiens. Paris, Edouard Rouveyre éditeur, 1902.

© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais en la fête de la chaire de Saint Pierre 22 février 2004

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CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, NOUVEAU TESTAMENT, PAUL (saint ; Apôtre)

Saint Paul, l’apôtre des nations

DANS LES PAS DE SAINT PAUL, L’APÔTRE DES NATIONS

Auteur : Daniel-Rops | Ouvrage : Saint Paul, aventurier de Dieu .

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  1. LA PISTE DU DÉSERT.

C’était un jour d’été, aux abords de midi. Sur la piste sablonneuse qui menait à Damas, une petite caravane se hâtait : quelques gardes, deux ou trois secrétaires, accompagnant un jeune homme de peu de mine, à qui, cependant, tous marquaient beaucoup de respect. A leur costume, à leur langage, on reconnaissait des Israélites, et le petit homme roux appartenait à la classe des « Docteurs de la Loi », qui enseignaient la religion. Tous semblaient pressés d’arriver à la capitale syrienne. De temps en temps, le petit homme parlait à ses compagnons de voyage, et l’on sentait, à l’entendre, qu’il était possédé d’une étrange fureur.

Cette scène se passait en l’année 36 de notre ère. Trois ans plus tôt, à Jérusalem, sur le Golgotha, un homme était mort, crucifié entre deux bandits. On l’appelait Jésus de Nazareth. Pendant plus de trente mois, il avait parlé à des foules, enseignant une doctrine d’amour, de miséricorde, guérissant les malades, faisant de grands miracles, et parmi ceux qui l’avaient accompagné, beaucoup avaient proclamé qu’il était le Messie, le Dieu fait homme, et que ce serait lui le Sauveur d’Israël. Or, c’était cela que ne voulaient pas admettre les Princes du Peuple Juif et les prêtres : qu’un homme sorti de rien, fils d’un charpentier de Nazareth, fût vraiment le Porte-Parole du salut, non, non, cela ne leur paraissait pas possible. Et puis, que deviendraient-ils, eux, si ce Jésus et sa bande triomphaient ? Et c’était pourquoi un complot avait été monté ; des pièges avaient été tendus au soi-disant Messie ; un traître même avait été payé pour qu’il le fît arrêter. Condamné par les prêtres, on avait bien vu que ce Jésus n’était pas le Messie ! Il était mort sur la croix comme un malfaiteur, et les siens n’avaient même pas levé un doigt pour le sauver.

Et, cependant, un bruit étrange s’était répandu dans tout Jérusalem. Les disciples de Jésus avaient proclamé que, trois jours après sa mort, il était ressuscité ! Le tombeau où l’on avait placé son corps avait été trouvé vide. Quarante jours de suite, certains l’avaient vu paraître, et non pas un seul, mais des dizaines, des centaines peut-être ; l’un de ses anciens disciples l’avait même touché ! Du coup, relevant la tête, ses partisans se répandaient sur les places, triomphants. Si Jésus était ressuscité, alors tout ce qu’il avait dit était vrai ; il était réellement le Christ, le Dieu fait homme. Les Princes du Peuple et les prêtres avaient commis un crime abominable, en le condamnant à mort. Il fallait répéter son message au monde. Et, ainsi, des noyaux de fidèles de Jésus se constituaient dans la Palestine et même au dehors.

A Damas, par exemple. Et il va de soi que tout le clan des ennemis de Jésus considérait avec fureur les progrès de ses partisans. Il fallait détruire cette secte ! Ayant appris que, dans la capitale de la Syrie, ils commençaient à former une petite communauté, le Grand Conseil avait décidé d’y envoyer un représentant pour les écraser. Le petit homme qui avançait sur la piste du désert, était précisément ce délégué du Grand Conseil.

Il touchait presque au but. Bientôt l’oasis apparaîtrait, grise de ses platanes et verte de ses palmiers. L’air était lourd, opaque, comme il est au désert vers l’aplomb de midi. Tout à coup, une lumière fulgurante tomba du ciel, droit sur le voyageur : elle dépassait en éclat celle du soleil. Le petit homme roula à terre. Une voix retentit à ses oreilles.

— Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ?

Écroulé sur le sol, il murmura :

— Qui es-tu donc, Seigneur ?

— Je suis Jésus de Nazareth, celui, que tu persécutes.

— Seigneur, que veux-tu que je fasse ?

— Relève-toi, va à Damas. Là tu seras averti de ce que tu devras faire. Mais sache-le : je t’ai choisi pour mon serviteur et mon témoin.

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La voix mystérieuse s’était tue ; la lumière avait disparu. Mais Saül demeurait à terre. Ses compagnons étaient stupéfaits ; ils l’avaient vu rouler, faire des gestes, se débattre. Mais eux, ils n’avaient pas entendu la voix. Ils sautèrent de leur monture, se précipitèrent au secours de Saül, le relevèrent croyant à quelque coup de soleil. Debout, le petit homme étendit les bras, fit quelques gestes maladroits comme s’il tâtonnait dans les ténèbres. Saül était devenu aveugle. En silence, sans rien expliquer de ce qui venait de se produire, il se laissa conduire vers la porte de Damas ; il entra dans la ville. Il savait bien, lui, que ce qu’avait dit la voix de Jésus allait se produire. Quoi ? Il l’ignorait encore. Mais, jusqu’au fond de son âme, où tout avait en un clin d’œil changé, il savait que, désormais et jusqu’à sa mort, il appartenait à Celui qui l’avait assez aimé pour le frapper au cœur.

  1. LE PETIT JUIF DE TARSE

Presque à la pointe de l’angle que dessinent la Syrie et l’Asie Mineure, Tarse était, il y a deux mille ans, une ville riche, centre de caravanes et port florissant. La plus grande partie des habitants étaient des Grecs. Mais il s’y mêlait d’autres peuples, de toutes sortes d’origine, comme on voit encore aujourd’hui dans les grands ports. Parmi eux les Juifs étaient nombreux.

Saül, que nous avons vu s’écrouler sur la piste de Damas, appartenait à une famille juive de Tarse ; son père avait un atelier, où il fabriquait, avec la laine des moutons noirs d’Asie Mineure, des étoffes très solides, qui servaient à faire des tentes et des manteaux pour les bergers des plateaux. C’était à Tarse, ville grecque, qu’il avait grandi, mais sa famille était très fidèle aux commandements de la Loi sainte, c’était dans la Bible que Saül avait appris à lire, mais, bien entendu, il parlait grec avec les autres garçons de la rue. Il faut bien observer cela, cette double éducation qu’il reçut dans son enfance : quand plus tard, nous le verrons porter l’Évangile à travers toute la Grèce ‚nous nous en souviendrons.

Et puis un autre fait, très important aussi, doit être souligné : son père était « citoyen romain ». Depuis que, au siècle précédent, Rome avait englobé dans son empire tous les bords de la Méditerranée orientale, elle accordait ce titre de « citoyen » à certains étrangers qui lui avaient rendu des services. Être citoyen romain, c’était avoir les mêmes droits que les vainqueurs.

A quatorze ou quinze ans, Saül était donc un jeune garçon juif, qui avait étudié dans la langue de son peuple, mais qui connaissait aussi le monde des Grecs et des Romains. Son père, pour compléter sa formation, l’envoya à Jérusalem, auprès de quelque savant « Docteur de la Loi ». Ils étaient nombreux dans la Ville Sainte, ces hommes graves qui passaient leur vie à analyser, commenter, expliquer le texte saint, source inépuisable de toute sagesse. On les appelait « les Rabbis », c’est-à-dire les Maîtres. Auprès de Rabbi Gamaliel, Saül acheva de devenir un jeune homme sérieux, passionné pour tout ce qui regarde les choses religieuses. Extrêmement pieux, il appartint même à la secte des Pharisiens, ceux qui pratiquaient la religion la plus sévère, jeûnaient plus que les autres, et, par leurs vêtements austères, montraient à tous qu’ils se considéraient comme des hommes de Dieu.

Or, on s’en souvient, l’Évangile le rapporte : le clan des Pharisiens avait été parmi les pires adversaires de Jésus. Bien souvent, d’ailleurs, le Christ les avait accusés publiquement d’être, au fond de leur âme, bien différents de ce que semblaient montrer leurs attitudes : hypocrites, violents et pleins d’orgueil. Élève des Rabbis, Saül, naturellement, détestait les fidèles de Jésus. Il les considérait comme des fous dangereux, des menteurs qui avaient inventé l’histoire de la résurrection de leur Maître, des agitateurs qui se déclaraient partisans d’un homme que les autorités avaient condamné à mort. Il était encore étudiant qu’il participait déjà à des attaques contre les disciples du Christ et il croyait sincèrement bien faire en agissant ainsi.

Une fois même, il avait assisté à une affaire terrible où un de ces amis de Jésus avait perdu la vie. Celui-là se nommait Étienne. Dans la communauté des disciples, il occupait une place importante : il était « diacre », c’est-à-dire un auxiliaire des Apôtres pour l’administration. C’était un garçon plein de foi et de courage. L’Église le vénère comme le premier de tous les martyrs. Accusé de répandre une doctrine contraire à la religion d’Israël, Étienne, superbement, avait répondu en criant sa foi dans Jésus, vrai Messie, Sauveur du Monde, et en ajoutant que c’étaient eux, ses ennemis, qui, en refusant de reconnaître Jésus comme Messie, désobéissaient à Dieu et trahissaient la Loi.

Condamné à mort, le diacre Étienne avait été conduit dans un sinistre terrain vague où se faisaient les exécutions capitales. Son supplice avait été celui de la lapidation : sur le martyr, agenouillé à terre, des fanatiques avaient jeté de vrais quartiers de rocs, aussi pesants qu’un homme pouvait les soulever. Lui, cependant que les projectiles meurtriers s’abattaient sur lui, avait murmuré des mots sublimes : « Je vois les Cieux ouverts et le Christ debout à la droite du Père. » Puis, avant de mourir, il avait formulé cette prière : « Seigneur, pardonnez-leur ce péché ! » A vingt pas de l’héroïque victime, Saül s’était tenu tout le temps du supplice ; il s’était offert pour garder les vêtements des bourreaux… Qu’avait-il pensé en voyant le courage, la foi tranquille, la charité de cet homme, qui, au nom du Christ, pardonnait à ceux qui le tuaient ? Bouleversé, la gorge sèche, il avait continué à remâcher sa haine, ne pensant pas qu’un jour, lui aussi, il verserait son sang pour le Christ.

Tel était donc Saül au moment où, avec sa petite escorte de gardes, il s’était mis en route pour Damas. La mission dont il avait été chargé, d’aller dans la capitale syrienne détruire la petite communauté naissante de fidèles du Christ ; c’était lui-même qui en avait réclamé la charge.

— J’irai ! je les arrêterai tous ! Je les ramènerai enchaînés à Jérusalem !

Telles avaient été ses promesses. Il ignorait encore qu’on n’échappe pas à Dieu et que les plus puissants de la terre sont bien faibles devant sa Puissance. Sur la piste du désert, le Christ attendait…

III. ANANIAS GUÉRIT SAUL

Pendant que se passait l’événement étrange que nous avons dit, à Damas, un autre homme eut aussi une vision. Il se nommait Ananias. C’était précisément un des membres de cette communauté de fidèles du Christ que Saül avait juré de détruire. Très sage, très pieux, il avait une réputation de sainteté bien établie. Comme il se reposait dans un demi-sommeil, il s’entendit appeler par une voix qu’il reconnut aussitôt pour celle du Maître.

— Ananias !

— Me voici, Seigneur.

— Pars sur-le-champ. Tu iras dans la rue Droite et tu demanderas, dans la maison de Jude, un homme natif de Tarse qui se nomme Saül. Tu le trouveras en prière. Lui aussi, il a eu une vision, il t’attend. Pour l’instant, il est aveugle, mais tu poseras les mains sur ses yeux et il recouvrera la lumière…

Stupéfait de recevoir un ordre pareil, Ananias osa répondre :

— Mais, Seigneur, j’ai entendu dire que cet homme avait fait énormément de mal à tes fidèles de Jérusalem. Et s’il est ici, c’est qu’il a reçu mission du Grand Conseil de venir arrêter tous ceux qui invoquent Ton Nom !

La voix avait repris, sur un ton qui n’admettait pas de réplique :

— Va ! obéis ! car cet homme est l’instrument que je me suis choisi.

Dans la rue Droite, en effet, qui était la rue principale de Damas, il y avait bien un boutiquier du nom de Jude. C’était là que les compagnons de Saül avaient amené l’aveugle. On eut dit qu’en même temps que la vue, il avait perdu la parole. Accroupi dans un coin de la cour, ses yeux sans vie fixés dans le vide, il demeurait prostré, comme un homme qui a reçu un coup. Ses lèvres semblaient murmurer des prières ; il refusait de boire et de manger.

Lorsque Ananias entra dans la maison et que sa voix se fit entendre, l’aveugle Saül tressaillit et, en vacillant, se dressa.

— Saül, mon frère, dit Ananias, c’est le Seigneur qui m’envoie vers toi, le même qui t’est apparu sur la route, alors que tu marchais contre nous la haine au cœur. Je suis ici afin que tu recouvres la vue et que l’Esprit-Saint emplisse ton être.

En parlant, il posait la paume des mains sur les paupières de l’aveugle. Aussitôt des sortes d’écailles s’en détachèrent. Le miracle promis s’était accompli : Saül, le vaincu du Christ, avait recouvré la vue en son nom.

Mais ce n’était pas seulement la lumière de la terre que l’envoyé du Grand Conseil possédait de nouveau. C’était aussi une autre lumière, celle qui illumine les âmes et qu’on nomme la foi. Le miracle accompli, il allait tenir la promesse qu’au plus profond de son âme, il avait faite : il entrerait dans la communauté des disciples de Jésus.

Le signe de cette entrée était le baptême : comme Jésus lui-même est descendu dans l’eau pure du Jourdain, afin d’apprendre aux hommes que par là est effacé le péché qui pèse sur leur tête, tout homme qui veut appartenir au Christ doit observer le rite et être baptisé ; ainsi Saül entra-t-il lui aussi dans l’eau sainte, afin que ses lourds péchés fussent effacés.

Cependant, — la chose est facile à comprendre, — dans la communauté de Damas, on était dans le Messie Jésus. Enfin, on le crut, on l’admit parmi l’assemblée des fidèles !

Mais lui, il ne cessait de méditer la bouleversante aventure. « Je t’ai choisi pour que tu sois mon serviteur et mon témoin. » Qu’attendait-il donc de lui, le Seigneur, pour l’avoir arraché à ses erreurs ? Il se souvint que Jésus lui-même, avant de commencer sa grande action publique, s’était retiré quarante jours dans une montagne sauvage pour réfléchir et pour prier. Quittant donc Damas, le miraculé s’enfonça dans la solitude des pierres et du sable, couchant dans quelque creux de rocher, se nourrissant de figues sèches, de sauterelles. Il resta ainsi longtemps, deux années peut-être, sans cesse méditant sur ce qu’il aurait à faire pour obéir à Dieu. Quand il revint à la ville, il était comme un autre homme. Désormais, il parlerait au nom du Christ, répandrait son message. Comme Jésus le lui avait dit, il serait son témoin.

 

Saint Paul, L’apôtre des nations

 

  1. LE CHRIST EST VENU POUR TOUS

Être le témoin du Christ est chose difficile et dangereuse. Saül allait en faire bientôt l’expérience. Quand il revint à Damas, il y trouva la situation très mauvaise pour les fidèles. Les juifs avaient obtenu des autorités arabes, de qui dépendait la ville, qu’elles missent fin à leur propagande. Et quand le gouverneur apprit que Saül recommençait à parler du Christ dans les rues, il décida de le faire arrêter. Mais Saül l’apprit et il s’enfuit.

Son évasion de Damas fut extrêmement pittoresque. La grande ville était tout entière ceinturée de hauts murs, percés de portes fortifiées, gardées avec soin. Comment déjouer cette surveillance ? Heureusement, parmi les amis de Saül, il y en avait un dont la maison, construite sur le rempart, avait un balcon au-dessus du vide. On fit asseoir Saül, qui était de petite taille, dans un de ces larges paniers dont on se servait au marché pour apporter les poissons ou les légumes. Le panier fut attaché à une corde et glissa le long de la muraille avec son précieux paquet ! Saül trouvait cela peu glorieux, mais il était libre.

Après cette fuite mouvementée, l’évadé se demanda où il irait. Il pensa à Jérusalem ; c’était évidemment dangereux, car il risquait fort, dans la Ville Sainte, de tomber sur un de ses anciens amis Pharisiens qui le considérerait comme un traître et le ferait arrêter. Mais Saül, s’il voulait vraiment se consacrer au service du Christ, devait prendre contact avec les Apôtres, ceux que Jésus lui-même avait chargés d’évangéliser le monde en son nom.

A Jérusalem, il fut tout d’abord fort mal reçu, aussi mal qu’il l’avait été dans la communauté de Damas. Parmi les fidèles du Christ, on avait gardé le souvenir du jeune fanatique qui avait joué un rôle dans le martyre d’Étienne. Les Apôtres commencèrent par s’arranger pour ne pas le voir. Cette histoire d’apparition, d’aveuglement et de vue retrouvée semblait incroyable.

Heureusement, parmi la petite troupe d’amis qui entouraient les Apôtres, se trouvait un homme de grande sagesse : Barnabé. Au cours d’un voyage, il était passé par Damas, et il y avait entendu raconter ce qui concernait Saül. Il put donc assurer que tout était vrai de l’étonnante histoire, et que l’ancien persécuteur avait courageusement donné témoignage au Christ dans la ville syrienne. Ainsi Saül fut-il admis dans la communauté des fidèles et vit-il les Apôtres. Ce fut alors que se posa une grave question. Le Seigneur, avant de remonter auprès du Père, a dit à ses disciples : « Allez et évangélisez tous les Peuples ! » Mais, pour les Apôtres, il était très difficile d’obéir à cet ordre. C’étaient des petites gens de Palestine, des ouvriers, des pêcheurs. Ils n’étaient jamais sortis de leur pays et, pour la plupart, ne devaient pas parler le grec, la langue usuelle d’alors. Comment feraient-ils pour s’en aller dans de lointains pays enseigner la doctrine du Maître ? Aussi certains d’entre eux se disaient-ils : « Commençons par prêcher l’Évangile parmi nos frères de race. Faisons-leur comprendre que Jésus est le Messie… »

Saül, lui, n’était pas de cet avis. L’ordre du Maître était formel, il avait dit : « Évangélisez tous les Peuples ! » Lui, Juif de Tarse et fils de citoyen romain, il connaissait bien mieux le monde ; il parlait grec couramment et sans doute latin aussi. Il avait voyagé. Qu’on essayât d’apprendre l’Évangile au peuple d’Israël, sans doute, mais il fallait aussi porter la Parole au reste des hommes. Saül se sentait inquiet ; que devait-il faire ? Alors, Jésus, une seconde fois, lui apparut :

— Pars d’ici, lui ordonna-t-il, va au loin ! car c’est vers les païens que je vais t’envoyer.

Il partit donc. Quelque temps il retourna dans sa ville natale de Tarse, attendant avec confiance que le Seigneur lui fît comprendre ce qu’il avait à faire. Un jour qu’il méditait dans la campagne, il vit venir à lui un homme qui lui fit de grands gestes d’amitié. C’était Barnabé qui avait été chargé par les Apôtres d’aller porter l’Évangile dans une autre grande ville de Syrie nommée Antioche : il avait besoin d’un aide, il venait chercher Saül.

Antioche était alors une des capitales du monde : la troisième ville de l’Empire romain, après Rome et Alexandrie d’Égypte. Installée sur le fleuve Oronte, pas très loin de la mer, c’était un centre commerçant d’une richesse extrême. Sa population, qui comptait plus d’un million d’âmes, était formée de tous les peuples, et l’on y parlait toutes sortes de langues. Quel beau champ d’action pouvait trouver là Saül ! A Antioche, il y avait déjà une petite communauté de fidèles de Jésus. On en parlait tellement que c’était là que, pour la première fois, on avait donné à ceux qui croyaient en le Christ, le nom de Chrétiens. Saül et Barnabé furent admirablement reçus parmi leurs frères, mais, bien vite, la question qui tourmentait Saül se posa. Fallait-il rester entre soi, entre anciens Juifs convertis, ou bien ne devait-on point aller parler du Christ à tous ces gens de toutes races qui s’entassaient dans la grande ville ? Eux aussi, les païens, n’avaient-ils pas droit à la Vérité et à la Lumière ?

Et alors, une troisième fois, le Christ intervint pour diriger son « instrument ». Saül et Barnabé revenaient de Jérusalem, où la communauté d’Antioche les avait envoyés porter des secours à leurs frères chrétiens, alors persécutés et très malheureux. Dans la Ville Sainte, ils avaient compris, mieux encore, que l’avenir du Christianisme n’était pas là, dans cette cité petite, dominée par le clan des Prêtres juifs, mais que c’était le monde entier qui devait recevoir la Parole. Ils répétèrent cela à leurs amis. Soudain l’Esprit-Saint se fit entendre :

— Mettez à part Saül et Barnabé pour la Mission à laquelle je les destine !

C’en était fait, Saül savait que tout ce qu’il pensait était voulu par le Christ. La parole de Dieu s’adresse à tous les hommes. Et lui, il serait le porteur de cette Parole à toutes les nations.

  1. L’APÔTRE DES NATIONS

C’est sous ce titre, « l’Apôtre des Nations » qu’il devait être connu dans l’histoire et que l’Église le vénère. De nos jours, on donne le nom de « Missionnaires » aux prêtres courageux qui, dans les pays les plus sauvages, de l’Afrique ou de l’Asie, vont enseigner le Christianisme aux païens. Saül fut le premier des Missionnaires, le plus héroïque, le plus infatigable. Le Christianisme lui a dû de se lancer à la conquête du Monde…

Regardez-le, le petit homme, au moment où il va partir pour ses grandes expéditions. Il a quarante ans, il est dans la pleine force de l’âge ; mais, en fait, il est souvent malade ; il sent comme « une écharde dans sa chair ». Court de taille, le dos courbé, chauve et le nez fort, il ne paie pas de mine ; mais, quand il vous regarde, une puissance singulière semble jaillir de ses yeux, pour combattre et pour convaincre. Quand il parle, ses mots sont brûlants, magnifiques et terribles, et l’on ne résiste guère à son rayonnement.

Vingt ans durant ! Voilà ce que va durer sa tâche de porte-parole du Christ ! Jusqu’à la fin, jusqu’à sa mort ! Par les routes, par les mers, il s’en ira, sans que ni les obstacles de la nature ni ceux des hommes ne l’arrêtent. Ce qu’a été son existence de Missionnaire, il l’a raconté dans une lettre :

« Les fatigues, les prisons, les coups, les périls mortels, j’ai connu tout cela plus que quiconque. Cinq fois les Juifs m’ont infligé la flagellation : Quarante coups moins un. Trois fois, j’ai été roué de coups. Une fois, on m’a accablé de pierres. J’ai fait naufrage trois fois ; j’ai même passé un jour et une nuit sur la mer en furie, menacé par l’abîme. Voyages sans nombre : dangers pour franchir les fleuves, dangers de la mer. Et dangers du côté des traîtres, oui, tout cela je l’ai connu ! Et travailler jusqu’à l’épuisement, et veiller bien des jours de suite, et manquer de nourriture et de boisson, et n’avoir pas de vêtements pour les grands froids. Tel fut mon destin de témoin du Christ !

Bien peu d’hommes, on le voit, auraient été capables de mener, vingt ans de suite, une telle existence. Quarante mille kilomètres de terre et autant de mer ! deux fois le tour de la terre ! Et, à cette époque, les moyens de communication n’étaient pas ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. Pauvre missionnaire, Saül dut être bien souvent obligé d’aller à pied, par longues étapes, dans la chaleur ou le grand froid. Sur mer, les bateaux étaient petits, inconfortables, peu sûrs, en cas de mauvais temps. Et si l’on songe encore que, dans tous les lieux où il arrivait, l’Apôtre était sans cesse menacé d’être arrêté, jeté en prison, flagellé, et peut-être pis encore, on admire le courage qu’il lui fallut déployer pour demeurer fidèle à sa mission.

Et encore, ces qualités magnifiques n’étaient pas les seules qu’eût cet homme extraordinaire. Son intelligence comprenait tous les problèmes et, immédiatement, leur donnait une solution. Non seulement, par son audace, il allait fonder. des communautés chrétiennes dans un grand nombre de villes. Mais, excellent administrateur, il continuerait, après son départ, à les diriger de loin comme un véritable chef. Ah, Jésus ne s’était pas trompé, quand, en choisissant Saül, il avait fait de lui son « instrument » !

 

  1. COMMENT SAUL DEVINT PAUL

Sur le môle de Séleucie de l’Oronte, le port d’Antioche, à l’automne de l’année 46, les voyageurs qui embarquaient sur le courrier de Chypre, regardaient un petit groupe d’hommes vêtus à la juive qui, avec de grands gestes, souhaitaient bonne mer à trois partants. L’un était malingre, court de jambes, mais sa face rayonnait d’ardeur et d’intelligence ; le second était grand et beau, plus réservé ; le troisième, un très jeune homme encore était visiblement aux ordres des deux premiers. Pouvaient-ils soupçonner, ces commerçants syriens qui s’en allaient à Chypre acheter du cuivre et des parfums, que ces trois voyageurs modestes partaient à la conquête du monde ?

Les trois ‚voyageurs étaient Saül, Barnabé et le neveu de ce dernier, le jeune Marc, celui-là même qui, plus tard, écrirait le second évangile. Ils partaient pour Chypre, parce que Barnabé en était originaire. L’île était gouvernée par les Romains qui y exploitaient les mines de cuivre, — c’était Chypre, cupros, qui avait donné son nom au métal.

Le gouverneur romain se nommait Sergius Paulus : sa famille appartenait à la noblesse de Rome. C’était un homme de grande intelligence, préoccupé des questions religieuses. En apprenant l’arrivée sur son domaine de ces personnages bizarres, qui annonçaient une doctrine nouvelle, il voulut les entendre, et ce que les trois chrétiens lui dirent l’intéressa au plus haut point.

Or, dans l’entourage du gouverneur romain, il y avait un prétendu magicien, astrologue et faiseur de tours : « Elymas le Sage ». Inquiet de voir les nouveaux venus prendre de l’influence, il essaya de les faire chasser. Alors Saül l’interpella en public, devant le Proconsul romain.

— Homme plein de ruses et de scélératesses, fils du Diable, ennemi de la vérité, est-ce que tu vas cesser de te mettre en travers du chemin de Dieu ? Maintenant la main du Tout-Puissant va s’abattre sur toi. Tu vas être aveugle et, pour un temps, tu seras privé de la vue du soleil !

Au même moment, d’épaisses ténèbres s’abattirent sur le prétendu « sage ». Il se mit à tourner sur lui-même de tous côtés, cherchant une main pour le guider. Ce miracle impressionna le gouverneur. Il vit que son fameux Elymas n’était qu’un charlatan, mais que Saül parlait réellement au nom du Dieu Tout-Puissant. Aussi lui marqua-t-il la plus grande sympathie, accueillant les messagers du Christ chez lui, les écoutant lui parler de leur Maître et de son message. Pour eux, c’était là une belle réussite : un Romain de haute naissance entendait leur enseignement. Tant et si bien que Saül résolut d’abandonner son nom israélite pour celui de Paulus, dont en français on a fait Paul. Pour aller parler dans les divers pays de l’Empire, ce changement de nom était très commode. Et il marquait aussi la gratitude de l’Apôtre des païens pour le premier païen qui lui avait donné son amitié.

VII. AVENTURES EN ASIE

Quittant l’île aimable où il avait fondé les premières églises, Paul, — nous l’appellerons désormais ainsi, — se lança à la conquête des plateaux d’Asie Mineure. C’était une entreprise pleine de difficultés ; les passes des montagnes étaient infestées de brigands ; les populations de l’intérieur parlaient des langues incompréhensibles et elles passaient pour peu commodes. Mais Paul n’était pas homme à se laisser arrêter par les obstacles.

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Les trois voyages qu’il fit en Asie Mineure furent de véritables aventures. Dans beaucoup d’endroits, il y avait des colonies juives, qui, bientôt renseignées par des messages venus de Jérusalem, traitèrent Paul comme un adversaire, et cherchèrent par tous les moyens à l’empêcher de parler. Une fois, il avait enseigné le nouveau message avec tant de flamme que, le samedi suivant, il y avait foule pour l’entendre. Alors, les Juifs, furieux, organisèrent un tel vacarme que toute discussion devint impossible. Pis encore : ils dénoncèrent Paul et Barnabé comme de dangereux agitateurs publics, afin que les autorités romaines les missent en prison. Heureusement, prévenus à temps, les deux missionnaires purent s’éclipser de justesse.

Pourtant tout n’était pas aussi dramatique dans leur voyage. Une fois même, il leur arriva une aventure extrêmement comique. Cela se passait à Lystres, capitale de la Lycaonie. Paul vit, parmi ceux qui l’écoutaient parler du Christ un homme boiteux de naissance. Se souvenant alors que Jésus a promis à ceux qui parleraient en son nom de faire par leurs mains des miracles, il s’approcha de l’infirme et lui cria : « Au nom de Jésus le Christ, je te l’ordonne : lève-toi ! » D’un bond, l’homme se dressa et se mit à marcher. Le bruit de ce miracle se répandit dans toute la ville. Qui pouvaient bien être ces deux personnages bizarres qui possédaient la force surnaturelle de guérir les infirmes ? Nul doute : c’étaient des dieux ! Le plus grand, avec sa belle barbe et son air grave, c’était certainement Zeus, le père de tous les dieux ; et le petit maigre, c’était Hermès. Et voilà toute la cité en fièvre pour faire une grande fête aux deux dieux ! Le prêtre païen arrive avec des couronnes, traînant derrière lui deux taureaux blancs qu’il se propose d’offrir en sacrifice à nos deux immortels. C’est tout juste si on ne les juche pas sur l’autel pour les adorer ! Et comme cette foule parle le dialecte lycaonien, auquel Paul et Barnabé ne comprennent goutte, il leur faut pas mal de temps pour discerner la méprise, s’expliquer, et persuader ces braves gens qu’ils ne sont pas des dieux !

L’aventure eut son bon et son mauvais côté. Une communauté de chrétiens naquit à Lystres, extrêmement fervente : c’est parmi ces convertis que Paul distingua le jeune Timothée qui, plus tard, sera le compagnon de ses dernières années. Mais les Juifs organisèrent un véritable guet-apens contre les missionnaires, traînèrent Paul en dehors des murs et là le rouèrent de coups si affreusement que ses amis le retrouvèrent blessé et perdant son sang.

La dernière aventure de ces grands voyages missionnaires en Asie fut aussi une des plus étranges. Paul était arrivé pas bien loin de l’endroit où jadis se dressait la célèbre ville de Troie que, dix siècles plus tôt, les guerriers grecs avaient prise, — grâce à la ruse du cheval de bois inventé par Ulysse, — et dont les malheurs ont servi de sujet à l’un des plus célèbres poèmes de l’Antiquité : l’Iliade. Il était tout près de l’Europe, séparé par le simple bras de mer de l’Hellespont, que nous nommons les Dardanelles. Il se demandait ce qu’il devait faire : retourner en Asie ? ou bien se lancer à la conquête de ce monde inconnu qu’était l’Europe ? Barnabé l’avait quitté, et il continuait seul, de son côté, le bon travail d’évangélisation en Asie. Pour remplacer ses compagnons, Paul avait désormais toute une petite troupe de fidèles : Silas, le jeune Timothée et surtout un médecin grec, intelligent et artiste, du nom de Luc, celui-là même à qui nous devons le troisième évangile. Tous étaient prêts à le suivre, mais aucun ne pouvait le conseiller.

Or, une nuit, alors que Paul méditait sur sa conduite future, il eut une vision. Un homme était devant lui, portant un costume qu’il reconnut : c’était celui des Grecs de Macédoine, c’est-à-dire de la province qui était juste en face de lui. Et cet homme, avec de grands gestes d’appel, lui criait :

— Viens à notre secours ! arrive vite en Macédoine ! L’ordre était clair. L’Europe aussi devait recevoir l’Évangile, et c’était lui, Paul, qui avait à le lui apporter.

 

VIII. A LA CONQUÊTE DE L’EUROPE

Ce fut donc par la Macédoine que le grand Apôtre entra en Europe. La première ville où il enseigna le Christ fut Philippes. A la façon des philosophes grecs, il s’installa sur les bords de la rivière et se mit à parler à tous les passants, répondant à toutes leurs questions. Des femmes, converties par lui, lui offrirent une hospitalité généreuse. Et Paul commençait peut-être à se dire que conquérir l’Europe à l’Évangile était beaucoup moins difficile qu’il ne croyait, quand un incident, mi-burlesque, mi-dramatique, mit soudain fin à cette confiance.

Un jour que les Apôtres s’en allaient à leur endroit habituel pour parler, une femme se mit à pousser des cris. Était-ce une folle ? Pas tellement, car ce qu’elle criait était fort juste : « Ces hommes sont vraiment envoyés par le Ciel : ce qu’ils enseignent est le salut ! » Mais il est facile de comprendre que Paul ne tenait pas tellement à ce qu’on le signalât ainsi à l’attention des autorités, surtout par la voix d’une détraquée. Il devina, d’un coup, que dans cette jeune esclave se cachait un redoutable démon, qui la faisait crier ainsi pour les faire connaître et les perdre. S’arrêtant donc, il cria :

— Démon, sors aussitôt de cette femme ! Je te le commande au nom de Jésus-Christ !

A l’instant même, la femme redevint tout à fait normale : le démon l’avait quitté. Mais qui fut très mécontent ? Le patron de cette jeune esclave. Tant qu’elle était à demi-folle, il lui faisait raconter aux badauds la bonne aventure, expliquer leurs songes. Et cela lui rapportait beaucoup. Furieux, il alla dénoncer Paul et les siens. Et voilà nos missionnaires jetés en prison non sans avoir été sérieusement rossés. Mais au milieu de la nuit, la ville entière est secouée par un tremblement de terre d’une violence extrême. Les portes du cachot s’effondrent : Paul est libre ! Lui et ses compagnons partirent de Philippes avec toutes sortes d’égards, et les excuses des autorités !

Il n’en fut point partout de façon aussi agréable. Bien au contraire ! En combien de lieux, les mêmes ennuis qui avaient obligé l’apôtre à quitter précipitamment les villes d’Asie Mineure, se reproduisirent en Grèce… Les Juifs, — il y en avait partout, — dès que les chrétiens commençaient à parler, organisaient des manifestations, les dénonçaient aux magistrats et les contraignaient ainsi à reprendre au plus vite leur route. A Thessalonique, le port de la Macédoine, un certain Jason, qui bravement avait pris le parti des chrétiens, faillit payer fort cher son dévouement à la bonne cause. Mais, malgré ces résistances et ces difficultés, Paul continuait son œuvre ; partout où il passait des communautés naissaient, de fidèles du Christ, décidés à vivre selon ses commandements et à répandre ensuite son message dans toute la contrée.

Après bien des mois dans la Grèce du Nord, Paul arriva à Athènes. Ce n’était plus alors la capitale prestigieuse du temps où elle imposait la gloire, de ses artistes et de ses penseurs, mais une ville de luxe, peuplée d’oisifs, de gens qui ne croyaient à rien. Bien mauvais terrain pour essayer d’y semer l’Évangile ! Paul essaya quand même, mais sans succès. Lorsqu’il voulut raconter à ses auditeurs la Résurrection du Christ, ces Athéniens éclatèrent de rire : « Ça va ! on t’écoutera là-dessus une autre fois ! » Tant il est vrai que ce ne sont pas les riches de l’argent et de la culture qui comprennent le mieux le message du Dieu d’humilité, mais les pauvres, les petits…

Paul s’en rendit compte en arrivant à Corinthe. Le grand port, installé sur l’isthme, comptait une énorme population de dockers, marins, artisans, de toutes races et de toutes langues. Ce n’était sans doute pas toujours des gens bien élevés, bien habillés, mais il y avait parmi eux beaucoup de cœurs généreux. Paul entreprit de fonder une communauté chrétienne. Il y réussit admirablement. Très vite, de nombreux hommes et femmes de ce petit peuple, demandèrent à recevoir le baptême, et cette église de Corinthe devint même une des plus vivantes de toute la chrétienté. Les chefs en étaient deux excellents chrétiens arrivés de Rome, Aquilas et Priscille, qui avaient donné à l’apôtre l’hospitalité la plus généreuse. Au total, donc, un beau succès !

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  1. LES CÉLÈBRES LETTRES DE S. PAUL

L’éternel voyageur du Christ allait repartir une fois de plus : à peine avait-il bien planté une église dans un endroit qu’il sentait le besoin d’entreprendre de nouveau ce même labeur difficile, de persuader, de convertir, défricher, telle était sa vraie mission. Mais cela ne veut pas dire qu’une fois éloigné de ces communautés chrétiennes qu’il avait fait naître, il les oubliât et s’en désintéressât. Durant ses voyages, pendant ses haltes en un point ou un autre, il trouvait le temps de penser à ses amis lointains, et il leur écrivait des lettres, longues, détaillées, à la fois pleines d’affectueuses paroles et de sages conseils : ce sont les célèbres « épîtres » dont, aux messes du dimanche, on entend lire un fragment.

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Représentons-nous Paul composant une de ses lettres. Il ne les écrit pas de sa main, bien qu’il sache parfaitement écrire, mais probablement parce que sa vue est devenue, très vite, mauvaise. Il les dicte à un secrétaire. La scène se passe dans un atelier de tisseur de tentes, car, tout au long de sa vie de missionnaire, Paul a tenu à gagner son pain afin de n’être à charge à personne. C’est le soir : les métiers à tisser ont cessé de battre et, sur la trame de l’étoffe, la navette ne tire plus le fil luisant. La flamme d’une lampe à huile dessine un rond de lumière jaune, dans lequel le secrétaire maintient la feuille de papier. Debout, tantôt se promenant de long en large, tantôt s’appuyant au métier, parfois bondissant quand le feu de sa pensée l’emporte, l’apôtre dicte, très tard dans la nuit. C’est ainsi que sont rédigés ces textes qui ont tant contribué à mieux faire comprendre le message du Christ et sa doctrine.

Car, évidemment, ce qu’il enseigne, lui, le témoin du Christ, ce n’est rien d’autre que ce que Jésus lui-même a appris au monde. Mais Paul était un homme d’une intelligence merveilleuse, qui avait réfléchi profondément sur les moindres paroles du Maître et qui, les ayant comprises mieux que personne, les expliquait comme on n’avait jamais fait avant lui. Et comme, en outre, son style était admirable, ces lettres familières, adressées à des groupes d’amis, sont en même temps parmi les plus grands chefs-d’œuvre de toute la littérature du monde. On aura une petite idée de la beauté de ces textes en lisant ces quelques lignes écrites à ses amis de Corinthe :

« Frères, voici un mystère que je vous révèle : tous, nous ne mourrons pas : tous nous ressusciterons. Oui, en un clin d’œil ! au son de la dernière trompette du Jugement dernier : et tous les morts ressusciteront, et tous nous serons transformés. Alors, quand notre corps mortel aura revêtu l’immortalité, nous pourrons nous tourner vers la Mort, et lui crier, comme il est dit dans la Sainte Écriture : — Mort, où es donc ta victoire ? où est l’aiguillon dont tu nous a percés ? »

  1. LE TUMULTE D’ÉPHÈSE

Nous avons quitté Paul à Corinthe. Nous le retrouvons, deux ans plus tard, à Éphèse, autre grand marché, si important par son trafic qu’on l’appelait « la porte de l’Asie » : c’était là que les caravanes venues du lointain des terres, déchargeaient leurs marchandises qui étaient embarquées sur les navires de Méditerranée. Comme à Corinthe, tout un peuple de travailleurs et de petites gens s’y tassait à qui l’apôtre pourrait prêcher l’Évangile.

Il devait y rester longtemps, environ deux ans. Son ami Aquilas s’y était installé, comme tisseur de tentes, et Paul travaillait dans son atelier, du petit matin jusque vers onze heures (il devait travailler fort, car il rapporte lui-même que ses mains étaient devenues calleuses). Au milieu du jour, il allait dans un bâtiment d’école qu’il avait loué pour les heures où le professeur, n’y enseignait pas et où alors, lui, Paul, groupait tous ceux qui voulaient l’entendre. Après quoi, le reste du jour, il allait rendre visite aux infirmes, aux malades. Ainsi, une communauté grandissait : selon la douce coutume des premiers chrétiens, le soir, tous les baptisés se réunissaient en un dîner fraternel, où l’on célébrait, selon le rite enseigné par Jésus, l’Eucharistie par le pain et le vin.

Le Seigneur bénissait visiblement cet apostolat et Éphèse devenait une seconde Corinthe, un centre vivant de Christianisme. Dieu montrait la puissance de son apôtre par de nombreux miracles : il suffisait de poser un linge qui avait touché le saint sur un infirme ou un malade pour que, aussitôt, il fût guéri. Les prodiges furent même si éclatants que des espèces de charlatans juifs imaginèrent de les imiter et se mirent à proclamer qu’eux aussi ils avaient la puissance miraculeuse de l’Apôtre. Mais, un jour, il leur arriva une aventure cocasse : ils essayaient de chasser un démon qui était dans un homme :

— Va-t’en, nous te l’ordonnons par ce Jésus que prêche Paul !

Mais le démon, par la bouche du possédé, leur répondit :

— Je sais bien qui est Jésus et je connais bien Paul, mais vous, qui êtes-vous ?

Et se précipitant sur eux, il attrapa deux des charlatans et les traita si gentiment qu’ils durent s’enfuir nus et les côtes fort endolories.

Le succès de Paul à Éphèse était donc éclatant. Mais, comme toujours, il devait provoquer une réaction violente. La ville étant consacrée à la déesse païenne Artémis. Son temple était célèbre : une des merveilles du monde. Tout autour, dans des centaines de boutiques, on vendait aux visiteurs de petits objets en argent qui reproduisaient la statue de la déesse ou le temple en réduction. Un des marchands de ces objets se mit à crier comme un forcené :

— Les chrétiens nous ruinent ! Ils veulent ruiner Éphèse ! Ils disent que notre déesse n’existe pas, que ce n’est qu’une idole ! Qu’adviendra-t-il si leur doctrine se répand ? Personne ne viendra plus à Éphèse ! Personne n’achètera plus nos statuettes d’argent, nos petits temples ! Éphésiens, soulevez-vous et arrêtez ces malfaiteurs !

Et voilà qu’éclate une véritable émeute anti-chrétienne. Dans le théâtre, noir de monde, deux auxiliaires de Paul sont entraînés, et la foule veut leur faire un mauvais parti. Paul essaie de se lancer dans la bagarre : on le retient de peur qu’il ne lui arrive malheur. Des heures durant la ville entière fut en ébullition, et le Maire, en personne vint annoncer au peuple que l’affaire serait examinée par les magistrats municipaux, qui jugeraient si les chrétiens étaient ou non coupables. Une fois de plus se vérifiait l’annonce faite par le Christ : son message était bien un « signe de contradiction ».

 

  1. LA ROUTE DU SACRIFICE

Les mois de nouveau ont passé. Paul a repris le bâton d’infatigable marcheur du Christ. Il a revu encore plusieurs de ses églises en Asie et en Europe ; il est même retourné voir ses chers enfants de Corinthe. La mère de toutes les communautés, celle de Jérusalem, étant de plus en plus livrée au dénuement, à la persécution, il a organisé une vaste collecte pour elle parmi les églises de la chrétienté. Maintenant le voici sur un navire qui fait voile vers la Palestine, où il remettra aux Apôtres le résultat de la quête fraternelle.

Mais il sent en lui, le courageux missionnaire, un pressentiment tragique. Il devine qu’à Jérusalem une épreuve nouvelle l’attend, plus grave que celles qu’il a connues. Peut-être la mort. Mais il ne renoncera pas à faire route vers la Terre Sainte : au contraire ! il sait bien que son témoignage ne sera complet que lorsqu’il aura donné sa vie pour le Christ, qu’il sera mort martyr…

Quand il fait halte à Milet, ses amis d’Éphèse envoient une délégation pour le saluer, et il leur parle :

— Je sais que des tribulations et des souffrances m’attendent, mais je ne fais aucun cas de ma vie pourvu que je puisse remplir la mission que m’a confiée le Maître. Et vous, mes amis, je vous confie au Seigneur : qu’il vous donne votre part d’héritage dans son royaume, avec ses Saints !

Plus loin, à l’escale de Tyr, tout le petit noyau de chrétiens le supplie de rester avec eux, mais il refuse : l’Esprit-Saint l’appelle ; il ne désobéira pas… Et quand le navire s’éloigne, tous les chrétiens, assemblés sur le rivage, s’agenouillent, cependant que, debout à l’arrière, l’Apôtre les bénit…

Et voici que le voyage touche à sa fin. Paul a gagné Césarée. Il voit venir à lui un personnage bizarre, vêtu de peaux de bêtes, la barbe et la chevelure hirsutes, il se nomme Agabus, et il est prophète, comme l’étaient jadis Isaïe, Jérémie ou Jean-Baptiste. Dès qu’il est en présence de l’Apôtre, Agabus s’empare de sa ceinture, s’en lie les mains et les pieds en criant :

— Voilà comment sera lié, à Jérusalem, par les Juifs, celui à qui appartient cette ceinture ! Et il sera livré au pouvoir des païens !

En entendant Ces paroles prophétiques, les chrétiens, en pleurant, supplient l’Apôtre de renoncer à son projet :

— Pourquoi pleurer ainsi, reprend Paul, et me briser le cœur ? Je suis prêt, quant à moi, non seulement à être lié, mais à être tué pour le Christ… Et devant le calme courage de cet homme de foi sublime, les fidèles ne peuvent que murmurer :

— Que la volonté du Seigneur s’accomplisse !

 

Saint Paul prisonnier et martyr

XII. CAPTIF A JÉRUSALEM

Chaque année, la Pentecôte attirait à Jérusalem des foules, venues de toutes les populations juives dispersées dans le monde entier. A la Pentecôte de l’année 58, Paul était dans la Ville Sainte depuis quelques semaines ; il avait revu les chefs de l’Église, leur avait rapporté tout ce qu’il avait fait, en tant de lieux, pour le Christ et sa foi. Mais un jour qu’il était sur l’esplanade du Temple, des Juifs d’Asie le reconnurent et se mirent à hurler :

— Le voici l’homme qui, partout, soulève le peuple contre notre sainte doctrine ! Le voilà le rebelle ! Il souille le Temple ! A mort ! à mort !

Immédiatement, c’est une ruée contre Paul. Sans l’intervention des légionnaires romains, il serait massacré. Le tribun Claudius Lysias, voyant, du haut de la forteresse, l’agitation de la foule, dégringola avec des renforts : en apercevant les chlamydes des troupes, les glaives et les cuirasses, les plus excités se sentirent calmés. Un ordre sec. Paul est arrêté, enlevé, porté de bras en bras par les soldats, tant la foule est pressée et menaçante.

Dans le calme de la forteresse, le tribun interroge Paul. Qui est-il ? pourquoi tout ce bruit ? L’Apôtre a beau tâcher d’expliquer ; c’est bien difficile, pour un soldat romain, de comprendre quoi que ce soit à ces discussions de Juifs ! Que Paul parle à ses compatriotes et tâche de les calmer ! Mais à peine l’apôtre a-t-il prononcé vingt phrases que le tumulte de nouveau éclate. Exaspéré le tribun fait ramener Paul dans la forteresse et ordonne qu’on lui donne le fouet, pour avoir troublé l’ordre public. Mais alors Paul se redresse de toute sa petite taille et fixant sur l’officier un regard de feu :

— Est-ce qu’il t’est permis de faire fouetter un citoyen romain ?

— Tu es citoyen romain ? répondit le militaire se sentant interloqué.

— Oui.

— Beau titre ! Moi, j’ai dû l’acheter très cher.

— Moi, je l’ai de naissance.

Du coup, Lysias traita son captif avec égards. Il le garda en prison, en attendant que ses supérieurs lui disent ce qu’il devait faire, mais sans le maltraiter. La situation est néanmoins inquiétante. Autour de la forteresse, la foule hurle et réclame sa mort. Que le tribun prenne peur et qu’il l’abandonne à la furie, il sera massacré. Plus grave encore, un neveu de l’Apôtre qui habitait Jérusalem, apprit qu’un complot se préparait pour assassiner Paul un jour où il serait conduit de la prison à la forteresse de Lysias. Mais ce dernier, averti, prit la décision de faire partir au plus vite son prisonnier.

Solidement protégé par une escorte, Paul fut conduit à Césarée, le port luxueux où résidait le plus haut fonctionnaire romain, le Procurateur. Celui-ci l’interrogea longuement, avec sympathie, lui posant des questions sur le Christ et sa doctrine. Et Paul, courageux comme toujours, lui parla avec la plus grande franchise, lui reprochant ouvertement les péchés nombreux et publics qu’il avait commis dans sa vie. Seulement, le Procurateur ne se décidait pas à juger l’Apôtre, à le condamner ou à le libérer. Il savait bien que Paul n’avait rien fait qui méritât un châtiment ; mais, en le relâchant, le Romain redoutait de provoquer de nouveau des bagarres. Et le temps passait.

Alors Paul décida d’employer un grand moyen. Tous les citoyens romains avaient le droit absolu, quand ils étaient arrêtés, de faire appel à l’Empereur. En ce cas, ils devaient immédiatement être traduits devant des tribunaux spéciaux, nommés pour examiner de tels cas. C’était « l’appel à César ». Un jour donc, Paul demanda à être conduit devant le Procurateur, et lui dit :

— J’en appelle à César !

— Tu en as appelé à César, tu seras conduit à César.

XIII. UN VOYAGE FORT MOUVEMENTÉ

A l’automne de 59 donc Paul embarqua sur un petit navire qui cabotait sur les côtes d’Asie ; en compagnie de ses fidèles amis, Luc, Timothée et aussi Aristarque, un chrétien de Thessalonique, sous la protection d’un brave homme de centurion romain nommé Julius. Naviguer l’hiver sur un de ces petits bateaux n’avait rien de rassurant ou de confortable. Et de fait, le voyage de Palestine en Italie fut mouvementé.

Pendant plusieurs semaines, d’abord, le caboteur mouilla de port en port, cherchant des vents favorables, ce qui eut l’avantage de permettre à l’Apôtre de revoir plusieurs communautés chrétiennes. Puis, tout à coup, le vent gonflant les voiles, le rafiot fut entraîné à toute vitesse sur les côtes de Crète où il chercha refuge dans une médiocre rade de l’île. Le capitaine jugeant cet abri insuffisant, eut l’idée de reprendre la mer pour gagner le port de Phoenix, mieux protégé. Paul lui conseilla de n’en rien faire ; il avait tant voyagé sur mer qu’il connaissait les moindres signes avant-coureurs des tempêtes ; le capitaine persista dans sa résolution.

A peine le bateau fut-il sorti de la petite rade que l’ouragan emporta la frêle coque comme un bouchon : le cauchemar dura quatorze jours et quatorze nuits. Le jour il y avait tant de nuages qu’on ne voyait même pas le soleil, et les nuits n’avaient ni étoiles ni lune. Personne ne songeait même plus à manger. On jeta par-dessus bord tout ce qu’on put ; les cordages, le mobilier, les ancres ; on attacha tant bien que mal la coque avec des câbles pour qu’elle ne s’ouvrît pas. L’équipage y compris le capitaine, avait perdu la tête. Seul, Paul, calme, apaisait les terreurs. Non ! ils ne périraient pas tous ! le navire arriverait à une île et personne même ne serait tué.

Et il en fut ainsi ! Après une si affreuse épreuve, le navire arriva à l’île de Malte. Là un autre épisode montra que Paul était vraiment un homme de Dieu. Jetés à la côte par la tempête, les naufragés firent un grand feu pour se sécher. Soudain, d’une brassée de bois qu’il jetait dans les flammes, jaillit une vipère, qui planta ses crocs dans la main de l’apôtre. Toute l’assistance regarda avec épouvante cet homme si visiblement maudit du ciel que la Justice divine allait le faire mourir par le poison au moment même où il venait d’échapper au naufrage. Toujours imperturbable, l’Apôtre secoua la main au-dessus des flammes et la bête y tomba sans que lui-même eut aucun mal.

Au printemps de l’année 6O, ayant quitté Malte sur un navire de plus gros tonnage, qui s’appelait le Castor et Pollux, Paul arriva en vue de la rade de Naples. Le Vésuve fumait dans la brise légère ; la baie la plus belle du monde sentait bon l’oranger et étincelait de marbres. Par la voie Appienne, le centurion emmena en hâte son prisonnier et sa petite troupe vers Rome où il avait hâte de le remettre aux autorités. Et le soir de la troisième étape, dans un endroit nommé « le Forum d’Appias », l’Apôtre fut tout surpris d’être accueilli par un groupe de fidèles. L’Église de Rome, ayant appris que le célèbre missionnaire arrivait, lui avait envoyé une délégation pour lui faire fête.

XIV. LE PRISONNIER DU CHRIST A ROME

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Rome, la capitale de l’Empire, était alors au plus haut de son prestige. C’était une ville de plus d’un million d’âmes, où affluaient hommes et marchandises du monde entier. Ses monuments étaient d’un luxe extraordinaire ; installé dans son richissime palais du Palatin, l’Empereur gouvernait un monde plus grand que l’Europe. Dans cette cité géante, depuis déjà bien des années, le bon grain de l’Évangile avait été semé. Le Prince des Apôtres, le vieux Simon que Jésus lui-même avait désigné comme son représentant à la tête de tous les fidèles, et auquel il avait donné le surnom de Pierre parce qu’il serait « la pierre sur laquelle serait bâtie l’Église », était arrivé à Rome dix ans avant, et autour de lui s’était constituée une petite communauté. Les Romains, à cette époque-là, ne persécutaient pas les chrétiens, ils les considéraient comme une des innombrables sectes qui pullulaient dans la religion païenne. Ainsi la petite Église de Rome avait-elle pu s’installer et prospérer.

L’arrivée de Paul lui donna un nouvel élan, tandis que Pierre répandait l’Évangile dans les milieux juifs de la capitale, Paul, lui, chercherait à atteindre les milieux romains. Comme il était citoyen, il fut traité avec égards : au lieu de le jeter dans un cachot, on l’autorisa à vivre dans une maison amie, simplement surveillé nuit et jour par un garde, et il put recevoir qui il voulait.

Très vite, cette maison-prison devint un centre où des gens de toutes sortes affluèrent, même de grands seigneurs, des personnages qui appartenaient à l’entourage de l’empereur. C’est ainsi que fut converti au Christianisme un homme de haute naissance, Linus, qui, plus tard, devait être le premier successeur de S. Pierre à la tête de l’Église, le second pape, Lin.

De toutes les parties de la Chrétienté, des amis accouraient pour entourer l’Apôtre prisonnier. Le cher Timothée, le fidèle secrétaire, était là ; Marc, qui avait, on s’en souvient, quitté Paul parce qu’il trouvait trop rudes ses grandes expéditions missionnaires, était revenu se mettre à son service ; il y avait aussi Aristarque, Tychique et beaucoup d’autres. Un jour, dans sa chambre de prisonnier, Paul vit arriver un messager tout fatigué : il arrivait de très loin, de la communauté de Philippes, qu’il avait fondée en Macédoine ; les chrétiens de cette minuscule Église avaient appris la captivité de l’apôtre, ils avaient aussitôt fait une collecte… Tout ému, Paul écrivit alors pour ses vrais amis Philippiens une de ses plus belles épîtres.

Après deux ans de cette captivité si étonnante, le tribunal romain rendit sa décision. Il n’y avait rien à reprocher à l’Apôtre, et c’était à tort que les Juifs l’accusaient de troubler l’ordre. Paul fut relâché. Il en profita pour repartir aussitôt : cet homme était vraiment infatigable. Peut-être alla-t-il en Espagne : on n’en est pas sûr, mais c’est possible. En tout cas, il retourna en Asie Mineure et en Grèce, revit ses chères « filles », les communautés chrétiennes qu’il avait fondées. Il en fonda encore d’autres, notamment en Crête.

Ce fut à Troie, en Asie Mineure, qu’il fut de nouveau arrêté. Dans la communauté d’Éphèse, il y avait des traîtres, des chrétiens apostats, c’est-à-dire qui étaient retournés aux superstitions païennes ; pendant son passage dans cette ville, Paul les avait démasqués et traités comme ils le méritaient. Deux d’entre eux l’avaient dénoncé aux autorités romaines comme chrétien.

Car, entre temps, la persécution contre les chrétiens venait de commencer dans tout l’Empire. Néron, le fou couronné, inaugurait ses horreurs. Un incendie terrible, en juillet 64, ayant ravagé onze des quatorze quartiers de la ville, le sinistre despote avait détourné la colère du peuple en accusant les chrétiens de l’avoir allumé. Arrêtées, jetées en prison sans jugement, des centaines d’innocentes victimes avaient été livrées aux plus horribles tortures.

Ramené à Rome, Paul n’y connut plus les égards et le confort relatif de sa première captivité. Jeté dans un affreux cachot, au deuxième étage sous terre, dans l’obscurité et le froid humide, au milieu des rats et des insectes immondes, il dut demeurer là des semaines, enchaîné. Quelques-uns de ses amis essayaient bien de lui porter secours, quelques courageux, car beaucoup d’autres se cachaient, terrorisés par la persécution. Il savait quel sort l’attendait, et il en était heureux. N’avait-il pas écrit lui-même que son plus grand désir était « d’achever dans sa chair ce qui manquait à la Passion du Christ » ? Et à son fidèle Timothée, il arrivait à faire passer une lettre émouvante où il lui disait :

— Je sais que le jour de mon départ est proche. Mon sang va être répandu comme le vin d’une coupe. Que m’importe ? J’ai combattu le bon combat, maintenant ma course s’achève. Il ne me reste plus qu’à recevoir la couronne que me donnera, au jour suprême, le Seigneur, le juge juste… Et peu après, en effet, cette suprême couronne, il la reçut.

 

  1. SUR LA ROUTE D’OSTIE

Et maintenant évoquons, avec vénération, la dernière scène de cette vie exemplaire. Sur la vieille route de Rome au port d’Ostie, par une fraîche matinée d’automne, un cortège militaire emmène le petit Juif de Tarse vers le lieu où il va mourir. C’est maintenant un homme âgé, courbé, ridé, totalement chauve, mais son regard n’a rien perdu de sa lumière ni sa voix de son autorité. Les gros brodequins des légionnaires martèlent les dalles en cadence ; le vent siffle doucement dans les branches des grands pins.

Un groupe d’amis fait escorte au condamné ; Luc, qui vient d’écrire son Évangile, Lin, le futur Pape, Marc, Timothée, Pudent, Eubule. Il y a aussi des curieux affreux et même des Juifs féroces qui viennent se moquer de leur grand adversaire. Mais Paul, calme, marche fermement, en priant. Parfois des mots tombent de ses lèvres pour réconforter ses frères, pour les encourager à suivre son exemple et à mourir, eux aussi, pour le Christ.

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Citoyen romain, Paul avait encore un ultime privilège, celui de ne pas mourir de la mort des esclaves, sur la croix, comme était mort Jésus, comme venait de mourir Pierre, qui n’était qu’un humble pêcheur. Lui, il serait décapité par le glaive. Quand il fut arrivé au lieu prévu pour le supplice, il s’agenouilla, continua à prier le Divin Maître. Un sous-officier romain leva la lourde lame et de la tête tranchée jaillit un jet de sang.

Aujourd’hui, pas très loin de l’endroit où le grand Apôtre donna sa vie pour le Christ, une basilique se dresse : Saint-Paul-Hors-les-Murs. Elle garde le souvenir de l’homme extraordinaire qui sema l’Évangile en tant de pays de la terre, du second fondateur de l’Église, de l’écrivain admirable des épîtres, de l’Apôtre, du Martyr. Et nous, qui connaissons maintenant son histoire, ne conserverons-nous pas aussi avec émotion la mémoire du petit Juif de Tarse, jeté à terre sur la piste de sable, et qui devint un des plus grands saints de tous les siècles, parce que Jésus l’avait assez aimé pour le frapper au cœur ?

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AUGUSTIN D'Ippone, CONVERSION DE SAINT PAUL, EGLISE CATHOLIQUE, PAUL (saint ; Apôtre), SERMONS

Conversion de saint Paul : Les sermons de saint Augustin

CONVERSION DE SAINT PAUL : SERMONS DE SAINT AUGUSTIN

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QUARANTE-NEUVIÈME SERMON. SUR LA CONVERSION DE SAINT PAUL. (PREMIER SERMON.)

 

ANALYSE. — 1. Ananie s’approche de Saul, comme la brebis du loup ravissant. — 2. Il reçoit l’ordre d’aller trouver Saul, et paraît refuser cette mission. — 3. Saul est baptisé par Ananie et reçoit le nom de Paul.

 

  1. Vous venez d’entendre, mes frères, le récit d’un grand prodige opéré par le Tout-Puissant; le nom seul des deux personnages qui en ont été l’objet et l’instrument nous en donnera l’explication. En hébreu , Ananie signifie brebis, et Saul signifie loup. Admirons la prescience divine et les profonds desseins de la Providence; la brebis que le loup recherchait pour la dévorer a été choisie pour guérir le loup ! Saul, te voilà frappé d’un complet aveuglement; maintenant que tu es plongé dans une complète obscurité , que feras-tu à la brebis? Voilà devant toi la brebis que tu cherchais ; tout à l’heure tu frémissais de rage, pourquoi maintenant tremblestu? La brebis que tu espérais dévorer est venue elle-même pour te baptiser. Méchant, tu te promettais de la mettre en lambeaux, et en ce moment tu t’inclines humblement pour recevoir ses ordres.
  2. Ananie avait dit au Seigneur : « Seigneur, j’ai appris tous les maux que cet homme a causés à vos saints dans la ville de Jérusalem, et il vient ici pour enchaîner tous ceux qui invoquent votre nom ! ». En d’autres termes : Vous n’inspirez que le bien à votre serviteur, mais comme vous êtes mon maître, moi je suis votre serviteur; si vous le voulez, les choses se passeront autrement. J’ai entendu David s’écriant dans l’un de ses psaumes : « Faites du bien, Seigneur, à ceux qui sont bons et droits de coeur (2) ». Je ferai du bien aux bons; mais vous, dites, dites, que prescrivez-vous? Seigneur, pourquoi me donnez-vous cet ordre ? Cet homme est un loup, et moi je ne suis qu’un agneau ; pourquoi donc ce qui vous plaît nous est-il à nous si
  3. Act. IX, 13.— 2. Ps. CXXIV, 4.

contraire? « Vous avez les clefs de David,  c’est vous qui ouvrez, c’est vous qui fermez (1) », et jamais vous ne renfermez; toutefois j’ignore en ce moment pourquoi vous renfermez le loup avec la brebis. Vous êtes le Seigneur, vous pouvez tout, rien ne vous est impossible. « Vous avez toute puissance sur la vie et sur la mort». Toutes les portes vous sont ouvertes. «Vous avez éprouvé mon coeur et l’avez visité pendant la nuit (2) ». Pourquoi ces embarras me sont-ils survenus? Je m’épuise à fuir la mort, et vous me dites Renfermez le loup dans la bergerie. Vous voyez que sur toute la ville, comme sur un vaisseau, souffle le vent de la mort, et vous voulez, sur cette mer déjà si agitée, déchaîner une tempête encore plus furieuse. Il ne faut pas que vous nous condamniez, mais vous savez comment la vergue se brise sous les coups de l’orage. Puisque vous voulez que personne ne meure dans le péché, soyez indulgent pour nos craintes et nos alarmes. Pourquoi laisseriez-vous l’agneau mourir sous les étreintes du loup? Seigneur, vous nous avez donné la liberté, puisque vous avez permis à Moïse de lutter avec vous. Moïse craignit le turbulent Hébreu, et moi je ne craindrais pas Saul, le persécuteur des chrétiens? O Seigneur, ô mon Dieu ! Vous avez fait un crime de l’homicide, pourquoi donc jetez-vous ainsi la brebis à la dent du loup ? Le Seigneur lui répondit: Pourquoi craignezvous le coursier fougueux, frappé d’aveuglement? Levez-vous, marchez avec moi, parce que je suis avec vous. Allez, visitez-le dans l’hôtellerie. Je veux vous honorer et je le dispose à marcher avec vous. Que vous le

  1. Apoc. I, 18. — 2. Ps. XVI, 3.

 346

vouliez ou ne le vouliez pas, c’est moi qui dompte sa perfidie et sa ruse, quoiqu’il ait été habitué à s’engraisser aux dépens de mon troupeau. Mais je lui montrerai comment il sera vaincu par les renards.

  1. Sur l’ordre du Seigneur, Ananie se présente devant Saul, la brebis devant le loup. Quoique ce loup eût été frappé d’aveuglement, il inspirait encore une si grande terreur à la brebis, que celle-ci invoque aussitôt avec le loup le nom même du pasteur. «Saul, mon frère », dit-il, « le Seigneur m’a envoyé vers vous ». — Quel est ce Seigneur? « Celui qui vous est apparu » . Où ? « Sur le chemin que vous suiviez pour venir (1) ». Mais ne craignez pas, car je suis venu afin que vous puissiez le voir. O Ananie, vous êtes pour nous la cause d’une bien grande joie, car avec la douceur extérieure de la brebis, vous n’avez pas hésité à vous adresser au loup, qui naguère vous aurait fait fuir à travers les montagnes. Le Seigneur nous a montré par là tout l’amour qu’il prodigue à celui qui le sert, puisqu’il inspire à Ananie de donner au loup le nom de frère. Ainsi donc la brebis se tient devant le loup, et elle tremble de frayeur; le loup s’abaisse devant la brebis et s’incline par respect. Ils s’étonnent de se rencontrer en face l’un de l’autre. Le loup s’arrête et sent faillir sa méchanceté; la brebis se tient au-dessus du loup et crie. Bientôt la brebis sait entraîner le loup au fleuve du baptême, et le loup, contrairement à ses propres instincts, demande la lumière à
  2. Act. IX, 17.

la brebis. Et les oeuvres du loup restèrent subitement suspendues, dès que la brebis eut versé sur le loup l’eau sainte du baptême. La nature alors subit une transformation des plus inattendues, à tel point que le monde connut clairement que Jésus-Christ est le maître de toute créature, puisque le loup laissait la brebis lui jeter sur les épaules le joug de la loi, et que le loup, bien loin de dévorer la brebis, devenait son défenseur et son appui. Cependant Ananie donne à Saul, la brebis confère au loup l’immense bienfait du baptême, et non-seulement Saul recouvre la lumière qu’il avait perdue, mais il trouve qu’un autre nom est substitué à celui qu’il portait. Saul descendit dans l’eau du baptême, mais c’est Paul qui en sortit. Le loup accablé sous le poids de ses péchés s’abîma dans les fonts sacrés, mais bientôt devenu agneau, il surnagea comme l’huile sur les eaux, et « lorsqu’Ananie lui eut imposé les mains, on vit comme des écailles s’échapper des veux de Paul (1) ». Ananie prêta le ministère de ses mains, mais c’est Dieu luimême qui illumina l’Apôtre. Or, dans le sens allégorique, ces écailles représentent ou bien la saleté des vêtements, ou bien l’enveloppe des poissons. L’imposition des mains dissipa l’aveuglement de Paul qui recouvra également ses forces, lorsque, après le baptême, il reçut de la nourriture; en effet, dès que ses péchés lui furent remis, il mangea le pain des anges et reçut la mission de prêcher le royaume des cieux.

 

  1. Act. IX. 18.

 

 

CINQUANTIÈME SERMON. SUR LA CONVERSION DE SAINT PAUL. (DEUXIÈME SERMON.)

 

ANALYSE. — 1. Puissance de la grâce de Jésus-Christ. — 2. Histoire de la conversion de Saul. — 3. Conclusion.

  1. La sainte Ecriture est pour nous une source continuelle d’enseignements et de sa

lutaires conseils; que le chrétien sache lui donner son assentiment et la recevoir avec (347) affection, et, fût-il captif sous les liens si nombreux du péché, il poura être sauvé. Car telle est la grâce de Jésus-Christ, que d’un loup elle sait faire un agneau en l’arrachant à l’abîme de ses vices. Aussi, comptant sur le secours des prières de nos pères et de votre charité, je vais essayer de vous montrer comment elle a changé les loups en brebis et comment elle a sauvé ceux mêmes qui étaient plongés dans l’abîme du péché.

  1. Les Actes des Apôtres nous apprennent que Paul, alors appelé Saul, se présenta devant les princes des prêtres et leur demanda des lettres qui l’autorisassent à s’emparer de tous les chrétiens de Damas et à les ramener chargés de chaînes à Jérusalem. Mais écoutons ce qui advint à cet homme qui se déclarait ainsi l’ennemi de Jésus-Christ. Au moment où Saul se rendait à Damas pour s’emparer des chrétiens, « une lumière du ciel l’environna de toute part, et l’on entendit une voix d’en haut qui disait: Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous? Saul répondit : Qui êtes-vous, Seigneur? Et la « voix ajouta : Je suis Jésus de Nazareth, que vous persécutez. Saul s’écria : Seigneur, a que voulez-vous que je fasse? Et la voix lui a dit encore : Levez-vous et entrez dans la ville, et là vous trouverez un homme appelé Ananie; il priera pour vous, afin que vous voyiez et que vous soyez sauvé. Or, ceux qui l’accompagnaient le prirent par la main et le conduisirent dans la ville. D’un autre côté Ananie reçut une vision dans laquelle le Seigneur lui dit : Levez-vous et allez dans le bourg nominé Droit, et là vous trouverez un homme de Tharse appelé Saul (1) ». O puissance inénarrable de Dieu t Ananie trouve un grand pécheur et il le rend juste; il trouve un persécuteur des chrétiens, et il en fait un confesseur de la foi ; il trouve un vase souillé,

1 Act. II, 4-11.

et il en fait un vase précieux; il trouve un orgueilleux, et il en fait un modèle d’humilité ; il trouve un blasphémateur, et il en fait un Apôtre; il trouve le ministre des prêtres juifs devenus des bourreaux, et il en fait le frère des saints. Saul était porteur de lettres qui l’autorisaient à anéantir les chrétiens, et voici qu’aujourd’hui, dans le monde tout entier, ses admirables lettres sont lues avec respect et enfantent de nouvelles Eglises à Jésus-Christ. O saint Paul, vous avez été véritablement converti, puisque vous avez été dignement glorifié. Vous avez été véritablement converti, puisque vous avez été associé aux Apôtres. Vous avez été véritablement converti, puisque vous êtes devenu le docteur des Eglises. Vous avez été véritablement converti, puisque vous avez mérité d’entendre ces paroles : Mon frère Paul, excellent conseiller; vous avez été véritablement couverti, puisque vous avez mérité de prendre rang parmi les Apôtres. Vous avez été véritablement converti, puisque vous avez mérité d’occuper le douzième trône, selon cette parole de Jésus-Christ : « En vérité, en vérité, je vous le dis, à la résurrection, lorsque le Fils de l’homme siégera plein de majesté, vous aussi vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël (1) ».

  1. Comment donc une langue humaine pourrait-elle se trouver digne de faire l’éloge de Paul, que le Seigneur a appelé « un vase d’élection », et vraiment un vase très-pur et très-précieux, dans lequel Jésus-Christ a daigné habiter. Aussi, mes frères, empressons-nous de marcher sur les traces des saints, et de mériter par Jésus-Christ le bonheur du ciel, parce que tout est possible à Dieu, et que nous pouvons tout avec le secours de celui qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
  2. Matth. XIX, 28.

348

CINQUANTE ET UNIÈME SERMON. SUR LA CONVERSION DE SAINT PAUL. (TROISIÈME SERMON.)

ANALYSE. — Paul, d’abord nommé Saul, persécuteur de Jésus-Christ. — 2. Saul, frappant ses victimes le matin, et le soir partageant sa proie. — 3. Saul, devenu Paul, persécuté pour Jésus-Christ. — 4. Saul, aidé par la grate de Jésus-Christ, supporte d’innombrables souffrances. — 5. Saul, nom d’orgueil, Paul, nom d’humilité. — 6. Paul, apôtre de l’Eglise des Gentils. —  7. Conclusion.

  1. L’Apôtre saint Paul porta d’abord le nom de Saul, et surtout il fut l’ennemi déclaré de Jésus-Christ. Il persécuta cruellement les chrétiens, à l’époque où saint Etienne, premier martyr, fut lapidé. Il assistait à cette lapidation, et il gardait les vêtements des bourreaux. Il lui semblait que t’eût été trop peu pour lui de lapider de ses propres mains; tandis qu’au contraire, il agissait par les mains de tous ceux dont il gardait les vêtements. Après le martyre de saint Etienne, le premier couronné du martyre comme l’indique la signification de ce mot grec, Paul sentant sa haine redoubler, reçut des princes des prêtres des lettres qui lui permettaient, en quelque lieu que ce fût, de s’emparer des chrétiens, de les charger de chaînes et de les conduire au supplice. Il se rendait donc à Damas, plein de fureur, altéré de sang et de meurtre; mais « Celui qui habite dans les « cieux se jouait de lui , et le Seigneur le tournait en dérision (1) » . Pourquoi tant d’empressement à infliger à d’autres des tourments que bientôt tu subiras toi-même? Avec quelle facilité le Seigneur convertit son ennemi, terrassa son persécuteur et le releva prédicateur et apôtre: « Saul », dit-il, « Saul, encore Saul , pourquoi me persécutez-vous (2) ? » Quelle condescendance, mes frères, transpire dans cette parole du Seigneur ! Qui donc pourra encore persécuter Jésus-Christ, déjà alors assis à la droite de son Père dans le ciel ? Mais si le chef régnait dans le ciel, les membres souffraient sur la terre. Lui-même, le Docteur des nations, le
  2. Ps. II, 4.— 2. Act. IX, 4.

bienheureux apôtre Paul, nous apprend ce que nous sommes par rapport à Jésus-Christ« Vous êtes n, dit-il,«le corps de Jésus-Christ et « ses membres’ n, Jésus-Christ tout entier, c’est donc la tête et les ‘membres réunis. Voyez une comparaison tirée de notre propre corps.Vous vous trouvez pressé dans la foule, et quelqu’un heurte légèrement votre pied; aussitôt la tête crie pour le pied. Et que criet-elle? Vous me foulez. « Saul, Saul, pour« quoi me persécutez-vous n. Lorsque Saul persécutait les Evangélistes qui portaient le nom de Jésus-Christ dans toute la terre, il foulait réellement les pieds de Jésus-Christ. En effet, c’est dans la personne de ces Evangélistes que Jésus-Christ se transportait chez les Gentils; c’est dans leur personne qu’il serépandait de toute part. Celui qui devait devenir le pied de Jésus-Christ, foulait ainsi les pieds de Jésus-Christ. Celui qui devait porter l’Evangile à tous les peuples de la terre, foulait ce qu’il devait être. N’a-t-il pas cité lui-même ces paroles du Prophète : « Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix, qui annoncent tous les biens (1) ». Nous avons également chanté ces autres paroles du Psalmiste:.« Le son de leur voix s’est répandu sur toute la terre ». Voulez-vous voir comment Jésus-Christ est venu, porté sur ces pieds? « Et leur parole a retenti jusqu’aux confins de la terre (2) ».

  1. Le Seigneur ordonnait à Ananie de se rendre auprès de Saul pour le baptiser. Ananie répondit : « Seigneur, j’ai appris de cet homme qu’il persécute partout vos serviteurs (1) ».
  2. I Cor. XVIII, 5.— 2. Rom. X, 15.— 3. Ps. XII, 27.

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En d’autres termes: Pourquoi envoyez-vous la brebis au loup? Le mot hébreu Ananie se traduit en latin par un mot qui signifie brebis. Or, c’est à Saul, devant plus tard s’appeler Paul, et de persécuteur devant devenir Apôtre, que s’appliquent ces paroles du Prophète: « Benjamin, loup ravisseur (2) ». Pourquoi Benjamin? Ecoutez saint Paul lui-même: « Moi aussi je suis israélite, de la race d’Abraham, de la tribu de Benjamin (3). Le loup rapace frappe le matin sa victime, et le soir il partagera sa proie (4) ». Il consommera d’abord, et seulement après il nourrira. En effet, devenu prédicateur, Paul savait distribuer la nourriture, il savait à qui la donner; il connaissait l’alimentation propre à un malade, à un infirme, ou à un homme fort et vigoureux. C’est en distribuant ainsi la nourriture, qu’il s’écriait: « Et moi, mes frères, je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels , mais seulement comme à des hommes charnels, à des enfants en Jésus-Christ. Je vous ai donné du lait, et lion une nourriture solide ; car vous ne pouviez alors et vous ne pouvez encore la supporter (5) ». Je partage donc la nourriture, je ne la jette pas indifféremment partout.

  1. Ananie, timide brebis, avait entendu prononcer le nom de ce loup, et il tremblait entre les mains du pasteur. Le loup l’effrayait, mais le pasteur le rassurait, le consolait, l’affermissait et le protégeait. On lui dit des choses incroyables sur la personne de ce loup, et pourtant ce n’est que la vérité même qu’il reçoit des renseignements précis et fidèles. Ecoutons la réponse que le Seigneur adresse à Ananie saisi de crainte : « Laissez, car cet homme est maintenant pour moi un vase d’élection, afin qu’il porte mon nom en présente des nations et des rois. Je lui montrerai ce qu’il lui faudra souffrir pour mon nom (6) ». « Je lui montrerai u. Cette parole ressemble à une menace , et cependant elle est l’annonce de la couronne. Toutefois, que n’a pas souffert saint Paul, de persécuteur devenu Apôtre ? « Périls sur mer, périls sur les flots, périls dans la cité, périls dans le désert, périls de la part des faux frères, dans le travail et la privation, dans les veilles nombreuses, dans la faim et la soif, dans les
  2. Act. IX, 13. — 2. Gen. XLIX, 27. — 3. Rom. XI, 1. — 4. Gen. XIX, 27. — 5. I Cor. III, 1, 2. — 6.  Act. IX, 15, 16.

jeûnes répétés, dans le froid et la nudité ; outre ces maux extérieurs, le soin que j’ai des Eglises attire sur moi une foule d’affamés qui m’assiègent tous les jours. Qui est faible sans que je m’affaiblisse avec lui? Qui est scandalisé, sans que je brûle (1) ? » Tel est ce persécuteur; souffrez, attendez. Car vous souffrirez plus que vous n’avez souffert jusque-là. Mais gardez-vous de vous irriter; vous avez reçu avec usure. Mais qu’attendait-il au sein de toutes ses souffrances? Ecoutez ce qu’il nous dit dans un autre passage: « Le léger fardeau de notre tribula« tion n. Pourquoi ce fardeau est-il si léger ? Parce « qu’il opère en nous un poids ima mense de gloire; pourvu que nous considé« rions, non pas ce qui se voit, mais ce qui est « invisible. Car les choses qui se voient sont « temporelles, tandis que les choses qui ne « se voient pas sont éternelles (2) ». Il brûlait de l’amour des choses éternelles, lorsqu’il supportait avec tant de courage ces maux de toute sorte qui pouvaient effrayer par leur intensité, mais dont la durée ne pouvait être que passagère. Dès qu’on nous promet une récompense sans fin, toute souffrance destinée à avoir une fin doit nous paraître légère.

  1. Mes frères, si l’Apôtre eut à subir tant de souffrances pour les élus, disons hardiment que ce n’est pas à lui qu’il faut en attribuer la gloire ; car la vertu de Jésus-Christ habitait en lui. Jésus-Christ régnait en lui, Jésus-Christ lui procurait des forces, Jésus-Christ ne l’abandonnait pas, Jésus-Christ courait avec lui la carrière, Jésus-Christ le conduisait à la couronne. Je ne lui fais donc pas injure, quand je dis que ce n’est pas à lui que revient la gloire. Je le dis en toute confiance et j’y suis autorisé par saint Paul lui-même. Puis-je craindre de m’attirer son courroux, lorsque je cite ses propres paroles? Paul, parlez, parlez, grand saint et glorieux Apôtre ; que lues frères sachent que je ne vous fais point injure. Que dit-il donc? Comparant ses travaux à ceux de ses collègues dans l’apostolat, il n’a pas craint de dire : « J’ai plus travaillé qu’eux tous (3) ». Mais aussitôt il ajoute: Ce n’est point moi. Dites donc ce qui suit, dans la crainte qu’on attribue à l’orgueil ces premières paroles: « J’ai plus travaillé qu’eux tous » . Vous commenciez à

 

  1. II Cor. XI, 26, 29. — 2. Id. IV, 17, 18. — 3. I Cor. XV, 10.

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vous irriter contre moi, mais voici que Paul lui-même prend ma défense et semble vous dire: Ne vous irritez pas. « Or, ce n’est pas moi, mais la grâce de Dieu avec moi (1) ». De même, sur le point de souffrir le martyre dont nous célébrions hier l’anniversaire, que dit-il? « Je suis déjà immolé, et le temps de ma dissolution approche. J’ai combattu le bon combat, j’ai consommé ma course, j’ai conservé la foi. Il ne me reste plus qu’à attendre la couronne de la justice, que le Seigneur me rendra en sa qualité de souverain Juge (2) ». Celui qui mérite la couronne est clairement désigné: « J’ai combattu le bon combat, j’ai consommé ma course, j’ai conservé la foi ». Le Seigneur rendra ce qui est dû, mais rien ne serait dû à personne, si Dieu lui-même n’avait commencé par nous donner ce qu’il ne nous devait pas. Vous venez d’entendre saint Paul, assuré de recevoir de Dieu ce qui lui est dû; écoutez maintenant Jésus-Christ, traitant avec nous; c’est l’Apôtre lui-même qui nous le montre nous comblant de bienfaits qui ne nous étaient dus à aucun titre. « Je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu (3) ». Cette parole doit vous faire comprendre ce que méritait celui pour qui vous voyez préparer une couronne. Considérez saint Paul, et voyez s’il n’a pas subi le châtiment qu’il méritait; il a persécuté l’Eglise de Dieu, de quelle croix n’est-il pas digne? Quels tourments n’a-t-il pas mérités? « Je ne suis pas digne », dit-il, « d’être appelé Apôtre. Je sais ce qui m’était dû; comment donc ai-je reçu l’Apostolat, moi qui ai persécuté l’Eglise de Dieu? Voyez-vous donc l’Apôtre ? Mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis (4) ». O grâce de Dieu, donnée gratuitement et sans qu’elle puisse paraître en quoi que ce soit une récompense ! Cette grâce ne trouva dans Saul que des titres au châtiment, et elle opéra en lui des titres à la récompense.

  1. Voyez ce qui suit : « C’est par la grâce de Dieu », dit-il, « que je suis ce que je suis, car je ne suis pas digne d’être appelé apôtre , moi qui ai persécuté l’Eglise de Dieu ? Je m’attendais à des supplices, et je trouve des récompenses. D’où me vient cette faveur? Parce que c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et la grâce
  2. I Cor. XV, 10. — 2. II Tim. IV, 7, 8. — 3. I Cor. XV, 9. — 4. Id. 10.

de Dieu n’a pas été vaine en moi, car j’ai plus travaillé que tous les autres apôtres ». De nouveau vous commencez à vous élever ? « Ce n’est pas moi, mais la grâce de Dieu avec moi ». Bien, très-bien, Paul et non plus Saul, petit et non plus orgueilleux. Saul était un nom d’orgueil, car c’était le nom du premier roi d’Israël , d’autant plus jaloux qu’il était plus célèbre, et qui persécuta le saint roi David; c’est donc par un secret dessein de Dieu que l’Apôtre avait d’abord reçu le nom de Saul, c’est-à-dire le nom d’un persécuteur. Mais que signifie le mot Paul ? Paul signifie petit, très-petit. Pesez cette parole, vous qui connaissez les belles-lettres; rappelez-vous également la coutume, vous qui n’entendez rien à la littérature. Paul est petit; regardez-le donc ; ce n’est plus Saul altéré de sang et de carnage, c’est maintenant Paul, qui ne craint pas de se dire « le dernier d’entre les Apôtres (1) ». Il en est le dernier , mais c’est lui qui a converti le plus grand nombre de pécheurs.

  1. Rappelons-nous ce vêtement, peut-être le plus petit de tous; en le touchant, une femme malade, image de l’église des Gentils, fut guérie d’une perte de sang. Or, c’est vers les Gentils que Paul fut envoyé pour leur porter le salut, quoiqu’il se crût le plus petit des Apôtres. Sachez également que cette femme qui toucha la robe du Sauveur, Jésus-Christ déclara qu’il ne la connaissait pas; mais cette ignorance n’était que simulée. En effet, que pouvait ignorer Jésus-Christ véritablement Dieu ? Et cependant, parce que cette femme représentait l’église des Gentils, dans laquelle le Seigneur ne se trouvait que par ses Apôtres, et non point par une présence corporelle, dès que le Sauveur sentit toucher la frange de son vêtement, il s’écria « Qui m’a touché ? » Les Apôtres répondirent « La foule vous presse et vous écrase, et vous « demandez : Qui m’a touché ? » Jésus-Christ répliqua: « Quelqu’un m’a touché (2) » . La foule accable, mais la foi touche. Mes frères, soyez de ceux qui touchent, et non pas de ceux qui accablent. « Qui m’a touché; quelqu’un m’a touché ». Jésus-Christ feint l’ignorance; ce n’est point un mensonge, mais une figure. Quelle est cette figure? « Le peuple que je n’ai pas connu est devenu mon serviteur fidèle (3) ».
  2. I Cor. XV, 9. — 2. Luc, VIII, 45, 47.— 3. Ps. XVII, 4.

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  1. Sur le point de souffrir le martyre, de terminer vos travaux et de recevoir la couronne, grand Apôtre, ne craignez pas de dire « Je me dissous déjà, le temps de ma mort approche ; j’ai combattu le bon combat, j’ai consommé ma course (1) ». A quoi servirait le combat, s’il n’était pas suivi de la victoire ? Vous dites que vous avez combattu ; dites d’où vous est venue la victoire; dans un autre passage il répond à cette question « Je rends grâces à Dieu qui nous a donné la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ (2). « J’ai consommé ma course ». Vous avez consommé votre course? Reconnaissez-le « C’est l’œuvre non pas de celui qui veut, ou de celui qui court, mais de Dieu qui fait a miséricorde (3) ». Vous dites encore: « J’ai conservé la foi ». Vous avez conservé la foi, vous l’avez gardée? Mais : « Si le Seigneur
  2. II Tim. IV, 7.— 2. I Cor. XV, 57.— 3. Rom. IX, 16.

ne construit pas la cité, c’est en vain que veillent ceux qui; la gardent (1) ». Si donc vous avez conservé la foi, c’est par le secours de Dieu ; c’est Dieu qui l’a conservée en vous, lui qui a dit à cet autre Apôtre martyrisé à Rome le même jour que vous : « J’ai prié pour toi, Pierre, pour que ta foi ne défaille point (2) ». Demandez donc, car la récompense est toute prête; dites : « J’ai combattu le bon combat », c’est vrai; «J’ai consommé ma course », c’est vrai; « J’ai conservé la foi», c’est vrai; il ne me reste plus qu’à attendre la couronne de justice que le Seigneur me rendra en sa qualité de souverain Juge (3) ». Exigez ce qui vous est dû. Votre couronne est toute prête; mais souvenez-vous que vos mérites ne sont que des dons de Dieu.

 

  1. Ps. CXXVI, 1.— 2. Luc,XXI, 32.— 3. II Tim. IV, 7, 8.

 

 

CINQUANTE-DEUXIÈME SERMON. SUR LA CONVERSION DE SAINT PAUL. (QUATRIÈME SERMON.)

 

ANALYSE. — 1. Les deux noms de saint Paul et sa conversion. — 2. Effet admirable de la grâce de Dieu dans cette conversion. — 3. De la grâce et des mérites dans la personne de saint Paul. —  4. Conclusion.

 

  1. Mes frères, essayons de parler un peu de l’apôtre saint Paul. Arrêtons-nous d’abord à son nom; car il s’est appelé Saul avant de s’appeler Paul; le premier nom symbolisait l’orgueil, comme le second symbolise l’humilité; le,premier était bien le nom d’un persécuteur. Saul vient du mot Saül. Saül fut ainsi désigné parce qu’il persécuta David, figure de Jésus-Christ qui devait sortir de la famille de David, par la Vierge Marie, selon la chair. Saul remplit le rôle de Saül, lorsqu’il persécuta les chrétiens; il était animé d’une haine violente contre les disciples du Sauveur, comme il le prouva au moment du martyre de saint Etienne ; car il voulut garder les vêtements de ceux qui le lapidaient, comme pour faire entendre qu’ils n’étaient tous que ses propres instruments. Après le martyre de saint Etienne, les chrétiens de Jérusalem se dispersèrent portant partout la lumière et le feu dont le SaintEsprit les embrasait. Paul, voyant la diffusion de l’Evangile de Jésus-Christ, fut rempli d’un zèle amer. Muni de pleins pouvoirs de la part des princes des prêtres et des docteurs, il se mit en mesure de châtier sévèrement tous ceux qui lui paraitraient invoquer le nom de Jésus-Christ, et il allait respirant le meurtre et altéré de sang.
  2. Ainsi désireux de s’emparer des chrétiens et de verser leur sang, il parcourait le chemin de Jérusalem à Damas, à la tête d’un (352) certain nombre de ses complices, lorsqu’il entendit une voix du ciel. Mes frères, quels mérites avait acquis ce persécuteur? Et cependant cette voix qui le frappe comme persécuteur, le relève apôtre; voici Paul après Saul; le voici qui prêche l’Evangile et il décline lui-même ses titres : « Je suis », dit-il, « le plus petit d’entre les Apôtres(1) ». Que ce nom de Paul est bien choisi ! Ce mot, en latin, ne signifie-t-il pas petit, modique, moindre? et cette signification, l’Apôtre ne craint pas de se l’appliquer à lui-même. Il se nomme le plus petit, rappelant ainsi la frange du vêtement de Jésus-Christ, que toucha une femme malade. Cette femme, affligée d’une perte de sang, figurait l’Eglise des Gentils; et c’est vers ces Gentils que Paul, le plus petit des Apôtres, a été envoyé, car il est la frange du vêtement, la partie la plus petite et la dernière. En effet, ce sont là les qualités que l’Apôtre se donne; il s’appelle le plus petit et le dernier. « Je suis le dernier des Apôtres (2) ; je suis le plus petit des Apôtres (3) ». Ce sont là ses propres paroles, et s’il en a prononcé d’autres, qu’il veuille bien nous les rappeler; car nous ne voulons pas lui faire injure, quoique ce ne soit pas faire injure à Paul que d’exalter la grâce de Dieu. Toutefois, écoutons-le : « Je suis », dit-il, « le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre », ; voilà ce qu’il était; « Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre » ; pourquoi ? « Parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu ». Et d’où lui est venu l’apostolat? « Mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis; et la grâce de Dieu n’a pas été vaine en moi , car j’ai plus travaillé que tous les Apôtres ».
  3. Mais, ô grand Apôtre, voici que des hommes inintelligents se figurent que c’est encore Saul qui parle et qui dit: « J’ai plus travaillé qu’eux tous » ; il semble se louer, et cependant son langage est plein de vérité. Il a remarqué lui-même que ce qu’il venait de dire pouvait tourner à sa louange; aussi, après avoir dit : « J’ai plus travaillé qu’eux tous », s’empresse-t-il d’ajouter : « Non pas « moi, mais la grâce de Dieu avec moi a. Son humilité a connu, sa faiblesse a tremblé, sa parfaite charité a confessé le don de Dieu. O vous qui êtes rempli de grâce, qui êtes un
  4. I Cor. XV, 9.— 2. I Cor. IV, 9.— 3. Id. XV, 9.

vase d’élection, et qui avez été élevé à un rang dont vous n’étiez pas digne, dites-nous les secrets de la grâce en votre personne; écrivez à Timothée et annoncez le jour de la justice. « Je suis déjà immolé », dit-il. Nous venons de lire l’épître de saint Paul; ce sont bien là ses propres paroles : « Je suis déjà immolé ». En d’autres termes: l’immolation m’attend, car la mort des saints est un véritable sacrifice offert à Dieu. « Je suis immolé, et le moment de ma dissolution approche; j’ai combattu le bon combat, j’ai consommé ma course, j’ai conservé la foi ; il ne me reste plus qu’à attendre la couronne de la justice, que Dieu me rendra en ce jour, en sa qualité de souverain juge ». Celui par qui nous avons mérité nous rendra selon nos mérites; Paul a été fait apôtre sans l’avoir mérité, et il ne sera pas couronné qu’il ne l’ait mérité. Parlant de la grâce qu’il avait reçue d’une manière absolument gratuite, il s’écrie : « Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ». Au contraire, quand il exige ce qui lui est dû, il s’exprime en ces termes : « J’ai combattu le bon combat; j’ai consommé ma course, j’ai conservé la foi, il ne me reste plus qu’à attendre la couronne de la justice ». Cette couronne m’est due; et afin que vous sachiez qu’elle m’est due, je déclare « que Dieu me la rendra ». Il ne dit pas : Dieu me la donne, ou m’en gratifie, mais : « Dieu me la rendra en ce jour, en sa qualité de souverain juge ». Il m’a tout donné dans sa miséricorde, il me rendra dans sa justice.

  1. Je vois, ô bienheureux Paul, à quels mérites vous est due la couronne ; en regardant ce que vous avez été, reconnaissez que vos mérites eux-mêmes ne sont que des dons de Dieu. Vous avez dit : « Je rends grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ. J’ai combattu le bon combat; mais tout me vient de Dieu, qui fait miséricorde ». Vous avez dit : « J’ai conservé la foi » ; mais vous avez dit également : « J’ai obtenu miséricorde, afin que je sois fidèle ». Nous voyons donc que vos mérites ne sont que des dons de Dieu, et voilà pourquoi nous nous réjouissons de votre couronne.

 

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CINQUANTE-TROISIÈME SERMON. SUR LA CONVERSION DE SAINT PAUL. (CINQUIÈME SERMON.)

 

ANALYSE. — 1. Grâce admirable de Dieu dans la conversion de saint Paul. — 2. Effets prodigieux de conversion dans la personne de saint Paul. — 8. Conclusion.

 

  1. La lecture que l’on vient de faire des Actes des Apôtres nous a rappelé que Paul avait été terrassé par une voix du ciel. Animé d’une rage insatiable, disposé à déchirer et à persécuter le troupeau de Jésus-Christ, il se rendait à Damas, lorsqu’il entendit cette voix du ciel : « Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ? n Pourquoi vous êtes-vous attaqué à mon nom; pourquoi avez-vous lapidé mon martyr? Je devais vous perdre à jamais, mais Etienne a prié pour vous. Paul répond : « Qui étes-vous, Seigneur? » Le Seigneur : « Je suis Jésus de Nazareth, que vous persécutez ». Le Chef réclame du haut du ciel en faveur de son membre. Parce qu’on persécute son corps, Jésus-Christ intervient du haut du ciel. « Saul », dit-il, « Saul, pourquoi me persécutez-vous ? » Le ciel se montre en courroux, toute l’armée céleste réprouve la cruauté de Paul; mais n’est-ce pas afin que celui qui n’avait pas cru à la résurrection de Jésus-Christ se vît contraint de croire à son triomphe dans le ciel? En effet, il est dit à Ananie : Allez le trouver, et marquez-le de mon sceau. Ananie répondit : « Seigneur, il m’a été dit de cet homme qu’il a fait beaucoup de mal à vos saints ». Le Seigneur répliqua: « Allez, car il est pour moi un vase d’élection ». O bienheureux Ananie, vous vous laisseriez facilement aller à la crainte, si vous ne sentiez que vous devez combattre pour Jésus-Christ. L’orgueil est ainsi terrassé, afin que la sainteté se relève plus éclatante. Ananie vint donc trouver Saul, le baptisa et le changea en Paul ; il baptisa le loup, qui alors devint agneau, et celui qui était persécuteur se trouva changé en prédicateur et en Apôtre.
  2. Après avoir persécuté Jésus-Christ, Paul prêcha hautement sa divinité; après avoir combattu contre lui, il se trouva disposé à tout souffrir pour lui ; Paul éprouva luimême ce que Saul faisait d’abord éprouver aux autres. Saul lapida, Paul fut lapidé; Saul frappa de verges les chrétiens, Paul reçut a pour Jésus-Christ cinq fois quarante coups de a verges, moins un » ; Saul persécuta l’Eglise de Dieu, Paul fut descendu de prison dans une corbeille; Saul enchaîna, Paul fut enchaîné; tandis que Saul cherche à diminuer le nombre des chrétiens, il se trouve adjoint lui-même au nombre des confesseurs; après avoir semé la mort dans les rangs des chrétiens, il reçoit lui-même la mort pour Jésus-Christ; après être entré comme un loup rapace dans la bergerie, il devient lui-même une brebis docile.
  3. Quel homme pourrait donc désespérer à cause de la grandeur de ses crimes, ou de l’humiliation de sa naissance? Pierre n’était qu’un pêcheur, et les empereurs se prosternent aujourd’hui à ses pieds, dans les sentiments du plus profond respect; Paul n’avait été d’abord qu’un cruel persécuteur des chrétiens, et il est aujourd’hui honoré comme l’Apôtre des nations; tant est puissante la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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CINQUANTE-QUATRIÈME SERMON. SUR L’APOTRE SAINT PAUL.

 

ANALYSE. — 1. Saint Paul, modèle du zèle pour le salut des âmes. — 2. Eloge de saint Paul. — 3. Paul prêche à tous le nom de Jésus-Christ. — 4. Il ne vit que pour ses frères, et pour le Sauveur.

 

  1. Si nous voulons, mes frères, rester sans souillure, suivons la doctrine de Pierre et de Paul, qui, après avoir obtenu de Jésus-Christ la grâce de la parole, de la sagesse et de l’administration ecclésiastique, a se sont faits tout o à tous, afin de gagner tous les hommes à a Jésus-Christ (1) ». Or, pour nous, nous n’avons d’autre devoir que de nous laisser gouverner et conduire par ceux qui ont mission de le faire. Quand il s’agit du salut des âmes, nous pourrions citer tous ceux qui y ont contribué par la législation, par la prophétie, par la lutte et le martyre ou de toute autre manière; nous aurions Moïse, Aaron, Josué, Elie, Elisée, les Juges, Samuel, Daniel, la multitude des Prophètes, saint Jean-Baptiste, les Apôtres, et tous ceux qui avec eux ou par eux ont travaillé à la sanctification des peuples. Toutefois, nous faisons en ce moment abstraction de tous ces personnages, et il nous suffira de nommer saint Paul pour nous faire une idée précise de ce que sont dans l’Eglise le soin et la sollicitude des âmes, et ce que cette sollicitude suppose de travail et de prudence, d’efforts et de dévouement.
  2. Voyons donc ce que Paul dit de Paul, et étudions dans sa personne le sujet qui nous occupe. Je passe sous silence a les travaux et a les veilles dans la soif et la faim, les misères a supportées dans le froid et la nudité n, Je passe sous silence les embûches extérieures et les résistances intérieures. Je passe sous silence les persécutions, les complots judaïques, les prisons, les chaînes, les accusateurs, les jugements, les mortifications de chaque jour et de chaque moment . « J’ai été descendu le long du mur à l’aide d’une corbeille, j’ai été lapidé, j’ai été frappé de verges ». Je passe sous silence les pérégrinations
  3. I Cor IX, 22.

si lointaines et si nombreuses, « les dangers sur la mer, les dangers sur terre, les dangers du jour et de la nuit, le naufrage, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, périls de tout genre, périls de la part des faux frères (1) » ; le travail manuel pour subvenir à son alimentation (2); la gratuité absolue de ses prédications évangéliques (3); il est donné en spectacle aux hommes et aux anges (4), lui qui se présentait comme intermédiaire entre Dieu et les hommes, supportant pour tous des luttes et des combats, afin de les ramener tous à Dieu. Outre ces merveilles, que pouvons-nous penser de sa vigilance continuelle sur les moindres détails, et de sa sollicitude pour toutes les Eglises ? A l’égard de tous il était plein de miséricorde et d’une affection véritablement fraternelle. Il ressentait le contre-coup de toutes les souffrances de ses frères; et si l’un d’eux était scandalisé, lui-même était brûlé (5).

  1. Ce que je rappellerai surtout, c’est son zèle infatigable à enseigner, et toutes les richesses de sa prédication ; je rappellerai sa douceur à la fois et sa sévérité, ou plutôt l’heureuse alliance de ces deux qualités dans sa personne, de telle sorte qu’il n’ulcéra jamais par sa sévérité, et ne faiblit jamais par excès de douceur. Il trace les devoirs des serviteurs et des maîtres, des princes et des sujets, des hommes et des femmes, des parents et des enfants, des époux et des célibataires, des chastes et des voluptueux, des sages et des insensés, des circoncis et des incirconcis, de l’Eglise et du monde, des veuves et des vierges, de l’esprit et de la chair. Il se réjouit avec les uns et rend grâce pour eux; il châtie les autres et les reprend ; les uns sont sa joie

 

 

BIBLE, EPITRE DE SAINT PAUL AUX EPHESIENS, EPITRES, NOUVEAU TESTAMENT, PAUL (saint ; Apôtre)

Epitre de Saint Paul aux Ephésiens

Lettre de Saint Paul aux Ephésiens, « Une méditation sur un parcours spirituel »

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La lettre aux Ephésiens constitue un cas unique dans l’ensemble des textes du nouveau testament. Une lettre circulaire adressée à différentes communautés était probablement à l’origine de cette lettre.

Les sujets évoqués dans cette lettre (antagonisme entre communautés juives et païennes, souci de l’unité de l’Eglise, contraste entre le mode de vie des chrétiens et celui des païens) correspondent aux principaux soucis des communautés chrétiennes vivant à la fin du 1er siècle.

  

Sens la lettre de saint Paul aux Ephésiens :

Jésus-Christ est représenté comme le maître de la Création qui règne sur tous les habitans. Ressuscité il siège à la droite de Dieu.

Le thème majeur de la lettre est l’unité de l’Eglise universelle. Selon les passages, cette dernière est décrite comme un temple saint (2,20-22), l’homme parfait (2,14-16), l’épouse du Christ (5,22-33), la plénitude du Christ (1,23) ou encore le corps du Christ (1,22-23; 4,15-16) dont le Christ est la tête.

La lettre aborde également la question de la fin des temps : les chrétiens sont déjà ressuscités et siègent dès à présent avec le Christ dans les cieux (2,5-6) ! L’avenir n’apportera rien de nouveau mais révèlera pleinement ce qui est déjà acquis.

Pour finir, la lettre consacre une grande partie aux questions éthiques. Elle insiste notamment sur le statut très élevé du mariage et les exigences de comportement que doivent avoir les époux.

 

Histoire de la rédaction de la lettre de saint Paul aux Ephésiens.

Il est difficile d’identifier le contexte historique ayant conduit à la rédaction de cette lettre. Les spécialistes estiment toutefois qu’elle a dû être rédigée entre 80 et 100 après Jésus-Christ.

 

Plan de la lettre de Saint Paul aux Éphésiens:

 1 – Introduction (1,1-23)

  • Adresse et salutation (1,1-2)
  • Bénédiction (1,3-14)
  • Action de grâce (1,15-23)

 

2 – L’unité de l’Eglise

  • Exposé dogmatique

o Le rappel du passé païen des destinataires (2,1-10)
o L’unité de l’Eglise se fait dans le Christ pour pouvoir accéder à Dieu (2,11-22)
o Paul se présente lui-même comme serviteur de ce mystère (3,1-13)
o Paul intercède pour les destinataires (3,14-21)

  • Conséquences morales

o L’unité de l’Eglise et les différents ministères (4,1-16)
o Comment vivre en chrétien au sein du monde païen (4,17-5,20)
o Des consignes pour la vie quotidienne (rapports hommes / femmes, parents / enfants, maîtres / esclaves) (5,21-6,9)

 

3 – Conclusion (6,10-24)

  • Exhortation (6,10-20)
  • L’envoi par Paul de son collaborateur Tychique (6,21-22)
  • Salutation et bénédiction (6,23-24)
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Quel jour pour fêter les prêtres ?

Quel jour peut-on fêter les prêtres ?

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Le jour de la Saint-Pierre et Saint-Paul, les deux piliers sur lesquels se fonde l’Église, est la date le plus souvent choisie pour les ordinations. Mais ne serait-ce pas aussi la fête des prêtres ? Notre éclairage…

 

La fête des prêtres le 29 juin  ?

Le 29 juin, fête de saint Pierre et saint Paul , est la date traditionnelle des ordinations sacerdotales, mais c’est aussi l’occasion de fêter les apôtres du Christ. Pierre et Paul étant considérés comme les deux piliers ou les « pierres vivantes » sur lesquels est construite l’Église, les évêchés célèbrent souvent ce jour-là les jubilés des ordinations de leurs prêtres diocésains (10, 25, 40, 50 ou 60 ans d’ordination) et choisissent cette date pour les principales nominations au sein du diocèse. C’est donc un jour particulier pour prier pour les prêtres, ce qui se fait généralement lors d’une messe d’actions de grâces à leur intention.

Cette année, la solennité des saints Pierre et Paul aura lieu le vendredi 29 juin 2018.

 

La fête des prêtres le Jeudi Saint ?

Mais alors, et le Jeud Saint ?  En effet, le jour de la Cène est fondamental dans la liturgie chrétienne, car il est le fondement de l’Eucharistie. En 1969, Paul VI fait du Jeudi-Saint une fête du sacerdoce où tous les prêtres sont invités à renouveler l’engagement qu’ils ont pris à leur ordination. Le Jeudi saint est ainsi considéré comme la fête des prêtres. Le pape Jean Paul II leur adressait chaque année à l’occasion du Jeudi saint une lettre. Et le pape François, lors de la première messe chrismale qu’il célébra, a demandé aux croyants dans l’homélie et lors du renouvellement des promesses sacerdotales, d’être proches  des prêtres « par l’affection et par la prière afin qu’ils soient toujours des pasteurs selon le cœur de Dieu ».

 

La fête des prêtres le 4 août ?

Lors de sa béatification en 1905, le curé d’Ars avait été déclaré le « patron des prêtres de France », puis canonisé en 1925 par Pie XI, ce dernier l’avait proclamé « patron de tous les curé de l’univers ». Aussi pour certains, le curé d’Ars étant le saint patron des prêtres, le 4 août, le jour de la saint Jean-Marie- Vianney, est aussi celle des prêtres…

Alors la fête des prêtres se fête-t-elle le Jeudi saint, le 29 juin ou le 4 août ? Pourquoi choisir, finalement ? On peut tout à fait fêter trois fois ceux qui se sont donnés pour accompagner et guider la communauté chrétienne !

 

Pourquoi les ordinations ont lieu en juin ?

 

Le 29 juin, fête de la Saint Pierre et saint Paul, est aussi le jour de la fête des prêtres, qui guident et accompagnent la communauté chrétiennes dans leurs pas.

Saint Pierre et saint Paul : on ne peut les séparer. Ils sont les deux piliers de l’Église et jamais la Tradition ne les a fêtés l’un sans l’autre. L’Église romaine, c’est l’Église de Pierre et de Paul, l’Église des témoins directs qui ont partagé la vie du Seigneur. Ils sont les « pierres vivantes » sur lesquelles est construite l’Église, et c’est pourquoi ils sont fêtés le 29 juin, et que cette date est choisie comme date traditionnelle pour les ordinations sacerdotales ou pour célébrer les jubilés d’ordination (10, 25, 40, 50 ou 60 ans d’ordination) des prêtres.

 

Pierre et Paul, deux destins vers les mêmes buts

Pierre était galiléen, pêcheur installé à Capharnaüm au bord du lac de Tibériade. Paul était un juif de la diaspora, de Tarse en Asie Mineure, mais pharisien et citoyen romain. Tous deux ont vu leur vie bouleversée par l’irruption d’un homme qui leur dit : « Suis-moi. Tu t’appelleras Pierre » ou « Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ». L’un, Simon devenu Pierre, laisse ses filets et son foyer pour le suivre. L’autre, Saul, persécuteur des premiers chrétiens, foudroyé par la lumière du Christ sur le chemin de Damas, devient Paul et se met à la disposition des apôtres.  Pierre reçoit la charge de paître le troupeau de l’Église. Paul devient l’apôtre des païens. Pour le Maître, Pierre mourra crucifié et Paul décapité.

Deux destins pour une finalité commune, comme le souligne saint Augustin dans un sermon prononcé lors de la célébration de cette fête : « En un seul jour, nous fêtons la passion des deux apôtres, mais ces deux ne font qu’un. Pierre a précédé, Paul a suivi. Aimons donc leur foi, leur existence, leurs travaux, leurs souffrances ! Aimons les objets de leur confession et de leur prédication ! »

Un événement important pour la vie de l’Église locale

À l’occasion des ordinations sacerdotales du mois de juin, les initiatives de prière pour les vocations sont nombreuses. Événement important pour la vie de l’Église locale, la célébration d’une ordination presbytérale a lieu de préférence le dimanche et à la cathédrale, en présence du plus grand nombre. Par l’ordination, le nouveau prêtre reçoit le caractère sacerdotal « qui le configure au Christ Prêtre pour le rendre capable d’agir en la personne du Christ Tête » (Presbyterorum ordinis, n.2). Sur les 125 prêtres ordonnés cette année en France, 67 d’entre eux le seront comme prêtres diocésains sans appartenir à d’autres institutions et 20 comme prêtres religieux.

 

 

Le 29 juin c’est aussi…

Mais à savoir que le 29 juin est aussi le jour où les archevêques métropolitains nouvellement créés reçoivent symboliquement, à la basilique Saint-Pierre de Rome, le pallium, symbole du lien personnel qui les unit à l’évêque de Rome. Une fête qui a lieu en présence des évêques du monde entier qui fait revivre en un certain sens « l’évènement de la Pentecôte : aujourd’hui, comme alors, la foi de l’Église s’exprime dans toutes les langues et veut unir les peuples en une seule famille », soulignait le pape François, le 29 juin 2013, à sa première messe et imposition du pallium. Depuis 2015, le Pape n’impose plus lui-même mais bénit les palliums qui sont désormais remis en public aux archevêques métropolitains dans leur pays respectif. La messe à Saint-Pierre aura lieu en présence du collège cardinalice et des 14 nouveaux cardinaux « créés » la veille.

 

 

https://fr.aleteia.org/2017/06/04/date-de-la-fete-des-pretres/

NOUVEAU TESTAMENT, PAUL (saint ; Apôtre)

Saint Paul, le sportif de Dieu

Le sport dans la vie de Saint Paul

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« Mais je ne fais aucun cas de ma vie, comme si elle m’était précieuse, pourvu que j’accomplisse ma course, et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage à la bonne nouvelle de la grâce de Dieu » (Actes 20,24).

« Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu’un seul reçoit le prix ? Courez de manière à l’obtenir. Tout lutteur s’impose toute espèce d’abstinences ; eux pour recevoir une couronne corruptible, nous, pour une couronne incorruptible. Moi donc, je cours, mais non pas à l’aventure ; je donne des coups de poing, mais non pour battre l’air. Au contraire, je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur, après avoir prêché aux autres, d’être moi-même disqualifié » (1 Corinthiens 9:24-27).

« Je leur exposai l’Evangile que je prêche parmi les païens ; je l’exposai en privé aux plus considérés, de peur de courir ou d’avoir couru en vain » (Galates 2,2).

« Car il vous a été fait la grâce non seulement de croire en Christ, mais encore de souffrir pour lui, en soutenant le même combat que vous m’avez vu livrer et que, vous l’apprenez, je livre encore maintenant » (Philippiens 1, 29-30).

« Ce sera mon sujet de gloire au Jour de Christ de n’avoir pas couru ni peiné en vain » (Philippiens 2, 16).

« Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je poursuis ma course afin de le saisir, puisque moi aussi, j’ai été saisi par le Christ-Jésus. Frères, pour moi-même je n’estime pas encore avoir saisi le prix ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et tendant vers ce qui est en avant, je cours vers le but pour obtenir le prix de la vocation céleste de Dieu en Christ-Jésus » (Philippiens 3, 12-14).

« Je veux, en effet, que vous sachiez quel grand combat je soutiens pour vous, pour ceux de Laodicée et pour tous ceux qui n’ont pas vu mon visage » (Colossiens 2,2).

« J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » (2 Timothée 4,7).

« Que personne, sous prétexte d’humilité ou d’un culte des anges, ne vous conteste à son gré le prix de la course ; un tel homme s’abandonne à des visions, il est enflé d’un vain orgueil par ses pensées charnelles » (Colossiens 2, 8

« Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Romains 9, 16).

« Vous couriez bien : qui vous a arrêtés, en vous empêchant d’obéir à la vérité ? » (Galates 5, 7).

« Exerces-toi à la piété ; car l’exercice corporel est utile à peu de choses, tandis que la piété est utile à tout, elle a la promesse de la vie présente et le la vie à venir » (1 Timothée 4, 7-8)

« Combats le bon combat de la foi… » (1 Timothée 6,12)

 « …et l’athlète n’est pas couronné, s’il n’a combattu suivant les règles » (2 Timothée 2, 5).

« Mais souvenez-vous de ces premiers jours où, après avoir été éclairés, vous avez soutenu un grand et douloureux combat » (Hébreux 10,32)

« Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée » (Hébreux 12, 1).

 « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est saint, et c’est ce que vous êtes. » (1 Corinthiens, 3, 16-17).

 « Ne savez-vous pas ceci : votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu, et vous n’êtes pas à vous-mêmes ? Car vous avez été rachetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps. » (1 Corinthiens, 6, 19-20).

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Film Saint Paul, apôtre du Christ

Paul, apôtre du Christ

Un film d’Andrew Hyatt

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« Moi, en effet, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. » (2 Timothée, 4,6-7)

Prendre comme héros d’un film l’apôtre Paul une terrible gageure qu’a su relever le réalisateur Andrew Hyatt. Mais ici il ne s’agira pas d’analyser ce film sur le plan cinématographique (car beaucoup a déjà été dit ou écrit car je voudrais plutôt dire que l’on peut le recevoir comme une lettre scellée que Paul nous envoie par l’intermédiaire de ces chrétiens (c’est à partir de cette image – l’une des dernières du film –  où l’on voit les chrétiens recopier avec ferveur les écrits de l’apôtre que je partirais dans ce commentaire !) Une lettre scellée que nous font parvenir ces chrétiens survivants à la folie de Néron, une lettre scellée que nous  sommes invités à lire pour tenter de comprendre ce que Paul avait à nous dire sur ce Jésus qu’il avait servi avec tant de zèle et pourquoi il est allé jusqu’au martyre.

Le film en lui-même ne nous dit presque rien des voyages missionnaires de cet infatigable porteur de la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité, comme il est peu fait mention de ses épîtres (épîtres où il encourageait les premiers convertis, où parfois même il leur faisait des reproches sur leur conduite) qu’il envoyait aux communautés qu’il avait fondé depuis sa conversion sur le chemin de Damas. En effet nous ne verrons pas l’Apôtres des Nations portant la Bonne Nouvelle tout autour de la Méditerranée, nous ne verrons pas arranguer  les Grecs à Athènes, nous le verrons pas dans ses disputes avec les Juifs. Là nous voyons un apôtre qui a presque achevé sa course et qui est seul dans la prison de Mamertine à Rome en 67. « Je suis seul avec Luc » écrivait l’apôtre dans sa deuxième lettre à son cher Timothée. Mais Paul, même affaibli par les coups des soldats, humilié par l’arrogance du Préfet de la prison, peut encore encourager Luc et s’inquiéter pour la communauté chrétienne de Rome en butte à la persécution déclenchée par la fureur de Néron après l’incendie de Rome en 64 ; il délivrer son message malgré tout : « C’est lorsque que je suis faible que je suis fort ! », « Si le Christ n’est pas ressuscité, ma foi est vaine ! » et c’est appel au pardon : «L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;  il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;  il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais. » (1 Cor, 13, 4-8) 

L’on sait que Paul fut décapité à la sortie de Rome, sur la Via Ostiense. La tradition orale des chrétiens de Rome indique qu’il se tourna vers l’orient pour prier longuement. « Il termina sa prière en hébreu pour être en communion avec les Patriarche. Puis il tendit son cou, sans plus prononcer un mot »

Avec Paul il y a donc le fidèle Luc, le compagnon qui a toujours accompagné l’apôtre dans ses voyages et qui nous l’a ait connaître dans les Actes des Apôtres qui ont sans doute été rédigés après la mort de Paul dans les années 70 ou 80. Ici  Luc l’Evangéliste, médecin, grec converti , est le seul réconfort de l’apôtre, le seul lien entre lui et la communauté de chrétienne de Rome. Luc se fait le porte-parole  de ses messages auprès de ceux qui se sentent menacés dans leur vie par les Romains.

En dehors de la prison de Paul, nous avons cette communauté  autour d’Aquila et de Priscilla qui ont suivi Paul jusqu’à Rome. Malgré le peu que nous en savons elle se montre à la fois solide dans la foi et fragile face à un avenir incertain ! Faut-il rester pour ne pas abandonner les autres ? Faut-il fuir pour sauver sa vie ? Faut-il, comme le pensent certains prendre les armes et se venger devant tant de souffrances ? Ces questions qui hantent cette communauté n’est pas sans rappeler ce que doivent vivre et penser les chrétiens persécutés aujourd’hui pour leur foi en Jésus ? Loin de nous montrer une communauté courant au martyre avec joie ce sont des êtres de chair et de sang avec leur courage, avec leurs limites et leurs faiblesses aussi ! Et c’est peut-être ce qui peut nous toucher le plus !  Comme peut nous toucher cette ferveur avec laquelle ils copient les textes de Paul et les emportent dans leurs balluchons avant de fuir Rome ! Et j’aime à penser que ce sont ces lettres que nous lisons aujourd’hui  à chaque messe : ces lettres tâchées du sang des martyrs mais des lettres d’espérance pour le monde d’aujourd’hui ! Précieuses lettres qui font mémoire de la vie de l’Eglise !

On ne peut oublier le Préfet Mauricius dont la fille est malade et qui consulte en vain les médecins, qui prie en vain les dieux. A travers son drame personnel il va rencontrer Paul. Il n’est pas indifférent aux paroles de l’Apôtre même si l’on sent sceptique. Ces dialogues ne sont pas sans rappeler les rencontres qu’avaient connus avec Festus, un consul romain, Paul pendant un autre emprisonnement. Quel sera le fruit de ces entrevues ? Nous ne le sauront pas même si on perçoit de plus en plus réceptif à ce qu’il entend !

Ce film a ses faiblesses et peut comporter certaines malgré des erreurs factuelles : il est peu probable que Paul ait pu participer de manière aussi active aux persécutions contre  les chrétiens avant sa conversion, de même qu’il n’est pas certain que la mort de l’apôtre soit lié directement à l’incendie de Rome  (mais plutôt due  à une trahison venant peut-être des juifs ou des judéo-chrétiens). Même si l’on aurait aimé à travers les flash-back voir cette colonne de l’Eglise qui a porté avec zèle la Bonne Nouvelle, même si l’on aurait le voir écrire ses épîtres, le réalisateur ne s’est pas trompé en faisant le choix de nous montrer ce géant de l’Eglise dans ses derniers moments de sa vie : ainsi l’on peut relire ces lettres en n’oubliant pas les souffrances, le martyre de cet Apôtre de feu. A la suite de ce film il faudrait relire ces épîtres qui continuent  encore aujourd’hui  de nous exhorter à tenir bon dans la foi :

08 C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ.

09 Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

20 Où est-il, le sage ? Où est-il, le scribe ? Où est-il, le raisonneur d’ici-bas ? La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ?

22 Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, ; 23 nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes.

25 Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.

 30 C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption. 31 Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens

Un film à voir pour se rappeler d’où nous nous venons et où nous allons comme Paul le savait ! Un film à voir en mémoire de tous ceux qui portent le Christ au mépris de leur propre vie.

@Claude-Marie T.

13 juin 2018

EGLISE CATHOLIQUE, EVANGELISATION, LIVRES - RECENSION, MARIE-CHRISTINE BASLEZ, PAUL (saint ; Apôtre)

Saint Paul par Marie-Françoise Baslez

Saint Paul, artisan d’un monde chrétien

Marie-Françoise Baslez

Paris, Fayard, 2008. 480 pages.

 

 

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Présentation du livre

  

Saint Paul, surtout connu grâce aux Actes des Apôtres écrits par l’Evangéliste saint Luc et par ses nombreuses lettres aux communautés qu’il a ondé, est un l’une des colonnes de l’Eglise au même titre que Pierre. Converti sur le chemin de Damas il va parcourir le monde méditerranéen pour annoncer l’Evangile : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ! » (Première lettre aux Corinthiens 9, 16). Il mourra en martyr à Rome en décapité sous le règne de Néron sans doute en 67. Même s’il n’a pas fondé la communauté chrétienne de Rome l’Eglise va les associer tous les deux dans une même fête le 29 juin.

 Qui était le vrai Paul ? Le personnage historique aujourd’hui souvent cité dans les controverses philosophiques et politiques a été présenté par l’Eglise comme le doctrinaire de la conversion des païens. En réalité, il était d’abord homme d’action. Cet originaire de Tarse, devenu disciple de Jésus, s’est comporté au Ier siècle de notre ère en véritable entrepreneur religieux et a sillonné l’Orient romain pour multiplier les noyaux de croyants. Pourtant, l’apôtre connut des échecs qui témoignent de l’autonomie des premières communautés chrétiennes ainsi que des particularismes locaux même si la tendance hellénistique l’emportait. En vrai stratège, Paul a su composer avec les pouvoirs publics et il fut le premier à comprendre que le christianisme devait pour être compris des païens s’inculture et cela malgré les contestations des autres apôtres , et même l’hostilité des premiers chrétiens d’origine juive

 

 

 Rechercher Paul derrière les portraits stéréotypés que nous en livrent les sources, c’est donc découvrir une personnalité complexe : un être qui resta attaché à ses origines juives ; un savant doué d’un sens évident de la communication, qui acquit une formidable maîtrise de l’espace politique romain grâce à son statut de citoyen romain et à ses nombreuses relations. Un homme, tout simplement, qui partout suscita des attachements au point qu’on en fit le premier héros de roman chrétien.

 

Cependant il faut souligner que l’apôtre des nations demeure encore incompris aujourd’hui. Il reste pour beaucoup de chrétiens un apôtre certes zélé mais aussi l’auteur des Epîtres qui mettent l’accent sur la soumission de chacun au pouvoir en place, qui passe pour myosine alors qu’il prône l’égalité de tous devant Dieu et dans le Christ : «   Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre; mais Christ est tout et en tous. (Epître aux Colossiens, 3, 10-11)

 Marie-Françoise Baslez grâce à cet ouvrage nous fait pénétrer dans l’univers de saint Paul, un univers multiple. Nous suivons par une large documentation le parcours de « l’Apôtres des Gentils » de Tarse où il est né à Jérusalem où il étudie pour le suivre ensuite, après sa « rencontre »  avec le Christ sur le chemin de Damas dans ses différents périples autour du bassin méditerranéen pour prêcher le Christ. Nous accompagnerons enfin l’apôtre à Rome jusqu’au moment de sa mort. L’auteur a le mérite de nous faire découvrir un Paul loin des stéréotypes que l’on véhicule parfois car plus complexe que ne le laisse apparaître ses lettres parfois et qui a su ouvrir au christianisme l’ensemble du monde connu à cette époque.

 

  

 

 

Biographie de l’auteur

Marie-Françoise Basiez, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, professeur d’histoire ancienne à l’université de Paris-XII, est spécialiste d’histoire des religions dans le monde gréco-romain. Son livre Les Persécutions dans l’Antiquité (Fayard) a reçu le prix Chateaubriand 2007.

 

 ©Claude-Marie T.

 

22 mai 2018.

CONCILE DE JERUSALEM, EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE PRILITIVE (30-600), PAUL (saint ; Apôtre)

Le Concile de Jérusalem

 LE CONCILE DE JÉRUSALEM

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Vers 48, se pose à Antioche la question de l’opportunité de la circoncision pour les non-juifs, lorsque des chrétiens arrivés de Judée dénoncent la « liberté acquise dans le Christ Jésus », que Paul et Barnabé invoquent pour ne pas imposer ce rite aux chrétiens venus du paganisme. La communauté décide alors de demander l’arbitrage des apôtres et des anciens de Jérusalem, et y envoie Paul et Barnabé, ainsi que leur compagnon grec, Tite, accompagnés par une délégation.

Apôtres et Anciens de Jérusalem acceptent Tite, « non circoncis », reconnaissant par là la validité de l’annonce de Paul concernant la liberté de la grâce. Ils désignent aussi les principaux responsables de l’Église et reconnaissent la vocation missionnaire de Pierre, pour les circoncis, et de Paul, pour les incirconcis. Ce discernement fonde une sorte de partage du champ missionnaire : les « colonnes » de l’Église – Jacques, Képhas et Jean – évangéliseront les Juifs, et Paul et Barnabé, les païens.

 

L’INCIDENT D’ANTIOCHE

L’incident survenu lors de la visite de Pierre à Antioche témoigne de la rectitude de Paul, pour qui la vérité de l’Évangile ne souffre pas d’accommodation. De quoi s’agit-il ? Un chrétien juif circoncis ne pouvait alors s’asseoir à la table d’un chrétien païen sans encourir d’impureté. Or, dans le contexte d’Antioche, Pierre témoigne de la primauté en la foi au Christ qui rassemble tous les hommes et y contrevient… jusqu’à l’arrivée de chrétiens envoyés par Jacques qui préside à la communauté de Jérusalem ; il dissimule alors ses sentiments. Paul se dresse : « Je lui résistai en face, car il avait tort ».

 

VERS UNE RUPTURE ?

Le compromis décidé à Jérusalem préservait l’existence des communautés mixtes, tout en refusant la pleine communion entre circoncis et incirconcis, telle que Paul l’avait prêchée dans les jeunes Églises d’Asie mineure. Paul rejette ce compromis avec indignation : le salut de Jésus-Christ est donc considéré comme secondaire ? Paul revendique la vie nouvelle dans la foi, le don de l’Esprit et l’antériorité de la promesse divine sur la loi… La rupture est brutale : avec Jacques et l’Église de Jérusalem, avec Pierre et Barnabé, hésitants, qui se rallient à Jacques, avec l’Église d’Antioche elle-même qui entérine ce compromis (Ac 15,40). Seul, Silas le suivra. Après ce long noviciat de 15 ans, une nouvelle période s’ouvre pour Paul.

 

 LIVRE DES ACTES DES APÔTRES (chapitre 15)

 01 Des gens, venus de Judée à Antioche, enseignaient les frères en disant : « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. »

02 Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question.

03 L’Église d’Antioche facilita leur voyage. Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie en racontant la conversion des nations, ce qui remplissait de joie tous les frères.

04 À leur arrivée à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les Apôtres et les Anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux.

05 Alors quelques membres du groupe des pharisiens qui étaient devenus croyants intervinrent pour dire qu’il fallait circoncire les païens et leur ordonner d’observer la loi de Moïse.

06 Les Apôtres et les Anciens se réunirent pour examiner cette affaire.

07 Comme cela provoquait une intense discussion, Pierre se leva et leur dit : « Frères, vous savez bien comment Dieu, dans les premiers temps, a manifesté son choix parmi vous : c’est par ma bouche que les païens ont entendu la parole de l’Évangile et sont venus à la foi.

08 Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous ;

09 sans faire aucune distinction entre eux et nous, il a purifié leurs cœurs par la foi.

10 Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter ?

11 Oui, nous le croyons, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux. »

12 Toute la multitude garda le silence, puis on écouta Barnabé et Paul exposer tous les signes et les prodiges que Dieu avait accomplis grâce à eux parmi les nations.

13 Quand ils eurent terminé, Jacques prit la parole et dit : « Frères, écoutez-moi.

14 Simon-Pierre vous a exposé comment, dès le début, Dieu est intervenu pour prendre parmi les nations un peuple qui soit à son nom.

15 Les paroles des prophètes s’accordent avec cela, puisqu’il est écrit :

16 Après cela, je reviendrai pour reconstruire la demeure de David, qui s’est écroulée ; j’en reconstruirai les parties effondrées, je la redresserai ;

17 alors le reste des hommes cherchera le Seigneur, oui, toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué, – déclare le Seigneur, qui fait ces choses

18 connues depuis toujours.

19 Dès lors, moi, j’estime qu’il ne faut pas tracasser ceux qui, venant des nations, se tournent vers Dieu,

20 mais écrivons-leur de s’abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang.

21 Car, depuis les temps les plus anciens, Moïse a, dans chaque ville, des gens qui proclament sa Loi, puisque, dans les synagogues, on en fait la lecture chaque sabbat. »

22 Alors les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas.

23 Voici ce qu’ils écrivirent de leur main : « Les Apôtres et les Anciens, vos frères, aux frères issus des nations, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut !

24 Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi,

25 nous avons pris la décision, à l’unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul,

26 eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ.

27 Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit :

28 L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent :

29 vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »

30 On laissa donc partir les délégués, et ceux-ci descendirent alors à Antioche. Ayant réuni la multitude des disciples, ils remirent la lettre.

31 À sa lecture, tous se réjouirent du réconfort qu’elle apportait.

32 Jude et Silas, qui étaient aussi prophètes, parlèrent longuement aux frères pour les réconforter et les affermir.

33 Après quelque temps, les frères les laissèrent repartir en paix vers ceux qui les avaient envoyés.

35 Quant à Paul et Barnabé, ils séjournaient à Antioche, où ils enseignaient et, avec beaucoup d’autres, annonçaient la Bonne Nouvelle de la parole du Seigneur.

36 Quelque temps après, Paul dit à Barnabé : « Retournons donc visiter les frères en chacune des villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir où ils en sont. »

37 Barnabé voulait emmener aussi Jean appelé Marc.

38 Mais Paul n’était pas d’avis d’emmener cet homme, qui les avait quittés à partir de la Pamphylie et ne les avait plus accompagnés dans leur tâche.

39 L’exaspération devint telle qu’ils se séparèrent l’un de l’autre. Barnabé emmena Marc et s’embarqua pour Chypre.

40 Paul, lui, choisit pour compagnon Silas et s’en alla, remis par les frères à la grâce du Seigneur.

41 Il traversait la Syrie et la Cilicie, en affermissant les Églises.

ALAIN DECAUX (1925-2016), CHRISTIANISME, L'AVORTON DE DIEU : UNE VIE DE SAINT PAUL, LIVRE, LIVRES, PAUL (saint ; Apôtre)

Une vie de saint Paul par Alain Decaux

L’avorton de Dieu : une vie de saint Paul

Alain  Decaux

Paris, Perrin, Deslée de Brouwer, 2003. 331 pages.

 

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Présentation du  livre

  

« Dans les rues de Jérusalem, des gens fuient, d’autres les poursuivent, les capturent. Se mêlent imprécations, injures, menaces, cris de terreur ou de douleur. Cette chasse à l’homme est une chasse aux chrétiens. C’est vers les prisons que l’on rabat le gibier. Aucun quartier n’est épargné. Ce pogrom de juifs par des juifs a duré longtemps, de jour comme de nuit. Tous ces détails se déduisent des propres écrits du meneur. Par toute la ville, on le voit courir. Sa fureur épouvante. Il stimule, entraîne, paie de sa personne. A ceux qui veulent savoir qui est ce jeune inconnu – on lui donne vingt-cinq ans -, la réponse ne se fait pas attendre : c’est un Tarsiote, son nom est Saul » (page 58)

« L’homme est immense. Fou du Christ. Bouleversant par sa foi-brasier. D’abord persécuteur impitoyable des chrétiens – ses méthodes préfigurent celles des polices politiques du XXE siècle -, il reconnaît le Fils de Dieu quand, sur le chemin de Damas, 
Jésus s’adresse à lui :  » Il m’est apparu à moi, l’avorton, car je suis le plus petit des apôtres… » (1 Corinthiens  15, 8)
 » Mystique et stratège. Caractériel. Souffrant mille morts quand ses certitudes sont mises en doute mais refusant d’en abdiquer aucune. Premier à comprendre que le christianisme n’avait d’avenir que s’il s’adressait aux païens.
« Épistolier grandiose. Convertisseur génial. Architecte du christianisme – certains veulent qu’il en ait été le fondateur -, il impose sa vision d’un Christ qu’il n’a pas connu et forge, bien avant que soient écrits les Évangiles, les lois qui régiront l’Église »

« J’ai hésité pendant vingt ans, tant le sujet me paraissait redoutable, à lui consacrer un livre. J’ai cherché Paul sur les routes qu’il a suivies, de Tarse à Jérusalem, d’Antioche à Chypre, d’Anatolie en Grèce et jusqu’à Rome où il a trouvé la mort. Je l’ai vu emprisonné, torturé, lapidé, décapité sur l’ordre de Néron. Parfois il m’a déconcerté, voire exaspéré. Jamais je n’ai douté qu’il fût unique ». (nous dit l’auteur dès l’introduction).
Alain Decaux nous livre ainsi une biographie de Paul de Tarse, l’une des colonnes de l’Eglise avec Pierre. Ce Paul est l’une des figures principales des débuts du christianisme que l’on connait grâce aux Actes des Apôtres écrits par l’évangéliste Luc et par ses nombreuses lettres aux communautés qu’il a fondé autour du bassin méditerranéen.

Né à Tarse, il rejoint Jérusalem et étudie afin de devenir Rabbin. Dans un premier temps, Paul, connu sous le nom de Saul avant sa conversion est un fervent opposant aux chrétiens et partisan de leur persécution.
C’est sur le chemin de Damas que lui apparaît le Christ, événement qui va bouleverser sa vie. Baptisé, il prend le nom de Paul et devient un fervent chrétien. Partisan de l’ouverture de l’Eglise «aux gentils » (et donc en opposition avec l’Eglise de Jérusalem sur ce sujet) il entreprend trois  voyages au cours desquels il va participer à l’évangélisation de l’est du bassin méditerranéen. Confronté à l’hostilité des Juifs c’est à Rome qu’il terminera sa route décapité sur la Via Ostiensis sans doute sous l’empereur Néron (en 64) lors d’une grande persécution sous prétexte que les chrétiens avaient incendié la Ville. Mais cette date est incertaine et l’on peut penser que son martyr eut lieu en 67 selon certaines sources.

Comme à son habitude grâce à ses talents de conteur Alain Decaux
nous fait vivre au travers de l’histoire de Paul de Tarse les actes fondateurs de la chrétienté. Cette biographie à l’avantage de présenter dans un style simple les débuts du christianisme et sa rapide  expansion. Il y manquera cependant pour le familier de la Bible et donc des écrits de Paul une analyse de sa pensée  qui reste d’une grande importance pour le comprendre, pour saisir le monde dans lequel il a évolué et aussi pour ce qu’il nous de ce Jésus auquel il a voué toute sa vie jusqu’au martyr.

 

L’auteur

Alain Decaux (1925-2016) fut journaliste, écrivain, biographe, scénariste, et un homme de télévision et de radio. Membre de l’Académie française il captivé par ses émissions de vulgarisation historique et ses nombreuses publications tout un public. Il est considéré comme l’un des pionniers de l’histoire médiatique.

©Claude-Marie T.

26 avril 2018