HISTOIRE DE FRANCE, JEAN JAURES (1853-1914), POLITIQUE FRANÇAISE, RAOUL VILLAIN (1855-1936)

L’homme qui assassina Jean Jaurès

Raoul Villain, celui qui assassina Jean Jaurès

 

Raoul Villain, celui qui a assassiné Jean Jaurès le 31 juillet 1914 à la veille du déclenchement de la Première Guerre mondiale, est né à Reims en septembre 1885 et mort  à Ibiza en septembre 1936. C’était un étudiant nationalisre. Il fut acquitté lors de son procès en 1919.

 Biographie

Raoul Villain est le fils de Louis Marie Gustave Villain (1854-1940), greffier en chef au tribunal civil de Reims, et de Marie-Adèle Collery (1863-), atteinte d’aliénation mentale en 1887 et internée à l’asile de Châlons-sur-Marne. Sa grand-mère paternelle, Émélie Françoise Claudine Irma Alba (1828-1914), a elle aussi manifesté des troubles cérébraux.  C’est durant l’enterrement de cette dernière qu’il déclara : « il y a des gens qui font le jeu de l’Allemagne et qui méritent la mort ! », peu avant d’assassiner Jaurès. Son frère, Marcel Villain (1884-1972) a té lieutenant aviateuret officier de de la Légion d’honneur pour fait d’armes durant la Première Guerre mondiale.

D’abord élève des Jésuites au collège des du faubourg Cérès, puis au lycée de sa ville natale, il s’inscrit en octobre 1905 à l’Ecole nationale supérieure d’agriculture de Rennes. Sa fiche de police fait apparaître que, « avant son service militaire considéré comme un jeune homme très sérieux, très doux, bien éduqué », il « n’avait aucune mauvaise fréquentation, n’allait ni au café, ni aux spectacles »

En novembre 1906, il est incorporé au au 94ème régiment d’infanterie à Bar-le-Duc mai il est réformé en 107. En   juin 1909, il sort diplômé de l’école de Rennes.. Il travaille six semaines dans l’agriculture dans l’arrondissement de Rethel, puis revient à Reims chez son père. En septembre 1911, il va en Alsace. D’octobre 1911 au 29 juin 1912, il est surveillant suppléant et au  autorisé à préparer le baccalauréat. Son professeur de rhétorique, l’abbé Charles, dit de lui qu’« il semblait malheureux de vivre. Dans ses compositions il manquait de profondeur, de logique et d’esprit de suite. J’exprimais un jour mes craintes devant les menaces de guerre. Villain m’écoutait. Il répondit « les ennemis du dehors ne sont pas les plus redoutables ». Doux et poli avec tout le monde, il ne se lie cependant avec personne et se fait congédier en raison de son manque d’autorité. En 1912, il séjourne en Angleterre, en 1913 il se rend en Grèce. En juin 1914, de retour en France, il s’inscrit à l’Ecole du Louvre pour y étudier l’archéologie  Selon sa fiche de police, « depuis sept ans, le père ne parle de son fils Raoul qu’avec tristesse. Celui-ci est devenu exalté, instable, atteint de mysticisme religieux ». Il fréquente peu sa famille et ne leur donne aucun détail sur sa vie à Paris.

 

Étudiant nationaliste

Membre du Sillon, mouvement chrétien de Marc Sillon,  le jusqu’à sa condamnation par le Pape Pie X  en 1910, il adhère à la » Ligue des amis de l’Alsace-Lorraine » (groupement ultra-nationaliste d’extrême droite). A partir de là il s’oppose aux idées pacifistes de Jean Jaurès

 Assassinat de Jaurès

Raoul Villain décide alors de tuer Jaurès. Il achète un revolver et commence à traquer le chef socialiste en prenant des notes sur ses habitudes et son emploi du temps

Le vendredi 31 juillet 1914 à 21 h 40, Jaurès soupe avec ses collaborateurs, assis sur une banquette, le dos tourné vers une fenêtre ouverte, au Café du  Croissant (146 rue de Montmartre dans le 2ème arrondissement). Il tire violemment le rideau, lève son poing armé d’un revolver, et tire deux fois. Une balle atteint à la tête le tribun socialiste, qui s’affaisse aussitôt1.

L’auteur des coups de feu tente de s’enfuir à grands pas vers la rue Réaumur, mais il est vu par le metteur en page de L’Humanité, qui le poursuit, l’assomme d’un coup de sa canne et l’immobilise au sol avec l’aide d’un policier. Conduit au poste, il s’exclame : « Ne me serrez pas si fort, je ne veux pas m’enfuir. Prenez plutôt le revolver qui est dans ma poche gauche. Il n’est pas chargé. »

Cet assassinat, qui a lieu trois jours avant le début de la Première Guerre mondiale, a pour conséquence de rallier la gauche et nombre de socialistes à l’ « Union sacrée » décrétée par le gouvernement face au danger.

 Le procès

En attente de son procès, Raoul Villain restera incarcéré durant toute la Première Guerre mondiale. Dans une lettre adressée à son frère de la prison de la Santé le 10 août 1914, il affirme : « j’ai abattu le porte-drapeau, le grand traître de l’époque de la « loi des trois ans », la grande gueule qui couvrait tous les appels de l’AlsaceLorraine. Je l’ai puni, et c’était le symbole de l’ère nouvelle, et pour les Français et pour l’Étranger »

Après 56 mois de détention préventive, le procès s’ouvre le 24 mars 1919 devant la Cour d’assises de la Seine , dans un contexte patriotique. L’accusé a pour défenseurs Maître Henri Géraud, et Maitre Alexandre Bourson, , ancien député socialiste. Le dernier jour des débats, Villain déclare : « Je demande pardon pour la victime et pour mon père. La douleur d’une veuve et d’une orpheline ne laisseront plus de bonheur dans ma vie ». Le jury populaire doit répondre à deux questions : « 1re) Villain est-il coupable d’homicide volontaire sur Jaurès ? 2e) Cet homicide a-t-il été commis avec préméditation ? ». Après une courte délibération, par onze voix contre une, le 29 mars 1918  Raoul Villain est acquitté. Le président ordonne sa mise en liberté et l’honore d’être un bon patriote. La Cour prend un arrêt accordant un franc de dommages et intérêts à la partie civile, et la condamne aux dépens du procès envers l’État. Madame Jaurès2 est donc condamnée à payer les frais de justice.

En réaction à ce verdict, l’écrivain Anatole France adresse  une brève lettre à la rédaction de L’Humanité   le 4 avril : « Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. Travailleurs, veillez ! ».  Dès sa publication, ce billet provoque une manifestation organisée par l’Union de Syndicats et la Fédération socialiste de la Seine le dimanche 6 avril suivant de l’avenue Victor Hugo jusqu’au domicile de Jaurès à Passy.

 Vie errante

En avril 1918 Raoul Villain doit quitter précipitamment Auxerre suite à l’hostilité des   syndicats ouvriers. Il retourne à l’anonymat à Paris   sous le nom de René Alba. Il sera par la suite arrêté plusieurs fois pour trafic de monnaie.   En septembre 1921, il se tire deux balles dans le ventre dans le cabinet de son père au palais de justice de Reims pour protester contre l’opposition de ce dernier à un projet de mariage

Il s’expatrie à Dantzig , où il exerce le métier de croupier, puis à Memel jusqu’en 1926 avant de s’installer en 1932 dans l’Ile d’Ibiza où il vit grâce à un héritage.  Avec l’aide de quelques amis peintres -, il entreprend de bâtir une maison bizarre au bord de l’eau. La demeure, qui existe toujours, n’a jamais été terminée.

 jaurès2La mort de Raoul Villain

Peu après le début de la Guerre d’Espagne, en juillet 1936 lla garnison militaire et les gardes civils de l’île se rallient aux franquistes. Les Républicains de Barcelone envoient un détachement, pour reprendre les Baléares. Il débarque à Ibiza le 8 août. Les 9 et 10 septembre 1936, une colonne de 500 anarchistes   arrive à Ibiza et fait 114 morts. Les 12 et 13 septembre 1936, l’île est bombardée par l’aviation italienne et, dans le chaos, les anarchistes exécutent Raoul Villain

Il est inhumé au cimetière de Sant Vicent de sa Cala à Ibiza et une messe d’enterrement est célébrée à la Basilique Saint-Rémi de Reims et au cimetière du Nord de Reims  , la tombe qui porte son nom (et qui rappelle son souvenir) est celle de ses parents. Ses restes, malgré les demandes familiales, n’ont jamais été transférés à Reims.