EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE ET PEDOPHOLIE, LE SACRE INCESTUEUX : LES PRETRES PEDOPHILES, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PEDOPHILIE, PRÊTRE, PRETRE, PRETRES, PRETRES PEDOPHILES

Le sacré incestueux : les prêtres pédophiles. A propos d’un livre

 

Le sacré incestueux : Les prêtres pédophiles 

Olivier Bobineau, Joseph Merlet, Constance Lalo

Paris, Desclée de Brouwer, 2017. 256 pages.

 

41bpuOtcDZL

Présentation de l’éditeur

L’Église catholique est régulièrement secouée par des affaires de pédophilie dans ses rangs. Mais que cache en profondeur ce scandale à peine concevable d’un représentant de Dieu sur terre abusant la figure de l’innocence par excellence, l’enfant ?

Première enquête réalisée en France sur le sujet, Le sacré incestueux explore les dimensions culturelles, sociales, juridiques, religieuses et anthropologiques de ce scandale. L’Église fait face à une crise sans précédent et multiforme : crise de la formation du prêtre, dont le corps est censé ignorer toute sexualité ; crise du droit canonique et des institutions, en décalage avec les exigences de la société moderne dans la gestion des situations ; crise humaine pour les victimes, oubliées de l’Église. Mais c’est surtout une crise de sens : la pédophilie cléricale constitue un véritable choc entre deux figures sacrées, celle de la tradition, le prêtre, et celle de la modernité, l’enfant.

S’appuyant sur les témoignages de religieux coupables d’abus sexuels sur mineurs, de victimes, de leurs familles, de responsables ecclésiaux et d’experts, cette enquête menée par O. Bobineau, C. Lalo et J. Merlet interroge, déplace les lignes, bouscule le lecteur dans sa perception et sa compréhension du phénomène. Avec des propositions et sans ignorer la réalité des situations, elle ouvre un vaste chantier de réflexion autour de la pédophilie dans l’Église.

 

Olivier Bobineau, sociologue des religions et de la laïcité, est membre du Groupe Sociétés Religions Laïcités (Sorbonne-CNRS). Il est notamment l’auteur de L’empire des papes et de Notre laïcité ou les religions dans l’espace public. Il dirige un cabinet de sciences humaines appliquées à la pacification du lien social.

Constance Lalo est juriste et chargée d’enseignement à Sciences Po.

Joseph Merlet, sociologue et prêtre, a créé et dirigé le Centre d’études et d’action sociale de la Mayenne. Il travaille dans le secteur de la formation et de la recherche en développement

 

 

Olivier Bobineau pour Le Monde de la Bible

 «La pédophilie dans le clergé est une forme d’inceste»

 

shutterstock_551019295

Le 3 octobre dernier, le « numéro 2 » du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, ouvrait un congrès international sur la lutte contre la pédophilie sur Internet, à l’université pontificale grégorienne (Rome). Une manière de montrer que le Saint-Siège ne prend pas à la légère les récentes affaires de pédophilie qui ont à nouveau secoué l’Église catholique, de l’affaire Barbarin, en France – le cardinal Philippe Barbarin doit être jugé, en avril prochain, pour «non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs» commises par un prêtre dans son diocèse de Lyon, il y a 25 ans – au Vatican lui-même : le cardinal George Pell, « ministre de l’Économie » du pape François, est toujours en procès en Australie, accusé de « délits d’agressions sexuelles anciennes ». Il comparaît une seconde fois devant le tribunal de Melbourne ce 6 octobre. Des affaires qui ont mis au jour le malaise de l’Église, encore aujourd’hui, sur ces questions.

Comment expliquer ce phénomène de la pédophilie dans le clergé ? Comment la société en est-elle venue à prendre conscience de la gravité des abus sexuels sur mineurs, alors que la pédophilie était encore défendue par certains intellectuels dans les années 1980 ? Pour faire le point, Le Monde des Religions a rencontré Olivier Bobineau, sociologue spécialiste du fait religieux et co-auteur, avec Constance Lalo et Joseph Merlet, du livre Le Sacré incestueux. Les prêtres pédophiles (Desclée de Brouwer, 2017).

 

 La pédophilie dans le clergé, écrivez-vous, est la confrontation de deux formes de « sacré ». Le prêtre, appelé « père », et l’enfant, constituent le « sacré incestueux ». Qu’est-ce à dire ?

La figure du sacré, qui vient de la société traditionnelle, du passé, dont la légitimité vient « d’en haut », c’est le prêtre. Si l’on reprend la définition du sociologue Émile Durkheim, dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), le sacré est ce qui est « intouchable, à part ». Celui que l’on n’a pas le droit de toucher. Or, dans le cadre de la pédophilie, le prêtre abuse de la figure du sacré de la société moderne, dont la légitimité vient « d’en bas » – c’est-à-dire des démocraties où une loi est fabriquée par les hommes, libres, autonomes et égaux en droit – : l’enfant.

 

En quoi l’enfant est-il la figure sacrée des sociétés modernes ?

Tout d’abord, l’enfant, avant d’être conçu, est chéri et attendu. Ensuite, quand il est né, il devient la projection de ses parents, de leurs désirs, de leurs frustrations, etc. En outre, l’enfant fait l’objet de tous les investissements possibles et imaginables : financiers, psychologiques et en termes de temps. Surtout, l’enfant est intouchable ! Oser porter la main sur un enfant est aujourd’hui inenvisageable. La consécration de cette figure sacrée de l’enfant est illustrée par la Convention relative aux droits de l’enfant adoptée par les Nations unies en 1989. Le Parlement européen a même proposé d’interdire les gifles !

 

 Pourtant, la pédophilie n’est un scandale que depuis très récemment.

La pédophilie n’est un scandale que depuis les années 1980-90. Auparavant, certains intellectuels en faisaient l’apologie. L’écrivain Gabriel Matzneff, qui exposa dans plusieurs livres ses relations sexuelles avec des garçons et des filles mineures (dont Les moins de seize ans paru en 1974) était invité à l’émission de télévision de Bernard Pivot sans que cela ne fasse scandale.

Mais dans les années 1980, la figure du sacré qui s’impose est celle de l’enfant. Même après sa naissance, il est celui qui incarne l’avenir. On est prêt à tout faire pour l’enfant, d’autant plus qu’il est devenu, dans les sociétés démocratiques qui ont connu la transition démographique, une rareté. Dans les sociétés modernes, la stérilité a augmenté. Les couples sacrifient beaucoup pour avoir un enfant, y compris à leurs convictions : combien de catholiques ont eu recours aux moyens non naturels de fécondation, contrairement à la doctrine de l’Église ? Or, le prêtre pédophile touche à cette figure du sacré !

Dès lors, la pédophilie dans le clergé opère la rencontre de « deux sacrés » : le sacré qui vient du passé traditionnel, qui rencontre l’enfant, et le sacré qui vient des démocraties, des hommes, dans le moment présent. L’enfant est le sacré du présent.

 

Finalement, l’interdit majeur entourant le corps du prêtre, dans les sociétés traditionnelles, s’est déplacé et focalisé sur celui de l’enfant dans la société moderne…

 Le corps sacré du prêtre est enseigné dès le séminaire, où l’on apprend la fameuse formule : «Touche pas à son corps» – celui de la femme –, «Touche pas à ton corps» – interdiction de la masturbation – et «Touche pas à son corps» – interdiction de l’homosexualité. Qu’est-ce qui reste ? L’enfant.

 

Vous définissez aussi la pédophilie des prêtres comme un abus sexuel issu d’une asymétrie de pouvoir. C’est-à-dire ?

C’est fondamental : le prêtre a le pouvoir sacré. Cela impressionne déjà l’adulte, mais la relation entre un prêtre et un adulte peut faire l’objet d’un consentement mutuel. En revanche, face au pouvoir sacré, l’enfant est impressionné. Ensuite, le prêtre sait que s’il abuse de l’enfant, celui-ci n’osera en parler à personne. À qui va-t-il le dire ? Aux parents catholiques ? Aux autres paroissiens ? L’enfant va-t-il être cru ? D’un côté, on a ce pouvoir sacré du prêtre qui a la légitimité de sept années d’études, accompagné spirituellement… De l’autre, on a un enfant. Il n’est pas ou peu crédible. D’où cette asymétrie entre le pouvoir sacré et la candeur de l’enfant. On peut même parler d’un « abus de pouvoir sacré » !

 

De plus, le prêtre représente la figure du « père ». Un terme omniprésent dans l’Église catholique. Pourquoi ?

L’Église catholique romaine intègre dans sa structuration hiérarchique, dans l’ensemble de ses cadres, un lexique paternel : le pape – qui veut dire « papa » en grec –, l’évêque appelé « Monseigneur », qui vient de « senior » et signifiant « les pères ancêtres », les « Pères du déserts » – les moines –, les « Pères des Conciles », les « Pères de la foi »…, les prêtres qu’on appelle « mon père », et les chefs d’une abbaye qu’on appelle « abbé », de l’araméen abba signifiant « papa » !

L’Église catholique décline le « pater familias » à tous les niveaux. Le pater familias n’est pas une autorité biologique : chez les Romains et les Grecs, la biologie compte très peu. Ce qui compte, c’est l’autorité morale, politique et juridique. Lors de la romanisation de l’Église catholique, au Ve siècle, cette figure du « pater familias » va être intégrée. Ainsi, quand le prêtre commet un abus, 1500 ans de « pater familias » le poussent : le pouvoir de son « corps sacré ». Pourtant, Jésus dit dans l’Évangile de Matthieu : « (…) Vous êtes tous frères, un seul est votre Maître, n’appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre Père, celui qui est aux cieux ». Et finalement, comme l’enfant appelle le prêtre « mon père », lequel lui répond « mon fils », il s’agit d’un inceste.

 

Ce « sacré incestueux », c’est aussi le « scandale des scandales », au regard de la définition qu’en donne l’Évangile. Expliquez-nous.

Jésus, dans l’Évangile de Matthieu, dit : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. » Pour l’exégèse, les enfants peuvent aussi représenter ceux qui commencent dans la foi, « ces petits ». Or souvent, les enfants victimes de pédophilie dans le clergé perdent la foi. C’est précisément le scandale des scandales condamné par Jésus !

 

 

Pourtant, les réactions sont différentes face au scandale de la pédophilie : la société moderne médiatise, quand l’Église reste plutôt bloquée dans le malaise, le silence, voire le déni.

 

La Curie romaine a été fondée en 1089. En 2011 fut éditée la circulaire de Benoît XVI qui oblige les Églises locales à s’en remettre à la justice des États. Une révolution. Durant 922 ans, la Curie, en cas de problèmes de mœurs, a choisi de les gérer en interne avec le droit canon. 2011, c’était il y a seulement six ans… La société moderne, elle, est scandalisée par la pédophilie depuis les années 1990 seulement. Cela reste récent à l’échelle de l’histoire.

 

 

N’y-a-t-il pas aussi une certaine culture qui perdure, entre prêtres, qui est celle de la « miséricorde », cette tendance à pardonner son « frère prêtre » avant même de laisser la justice œuvrer ?

 

Nous évoquons, dans Le Sacré incestueux, la « triple peine ». Souvent, les prêtres pédophiles purgent leur peine de prison. Ensuite, ils ont une peine « professionnelle » : ils n’ont plus de métier, ni de revenu. Puis, ils ont la peine sociale ! D’où l’intérêt du pardon. Le problème, c’est de pardonner avant la justice, avant la dette payée. Le pardon, disait Paul Ricœur, c’est le souvenir une fois que la dette est payée. Il faut une peine, mais pas la triple peine.

 

 

Que penser de l’attitude du pape François vis-à-vis de la pédophilie ? Ses propos à l’encontre de la pédophilie dans le clergé sont forts, mais, pour l’instant, sa politique est contestée : trois membres de sa commission pontificale pour la protection des mineurs ont démissionné. Plusieurs de ses « ministres » semblent visés, de près ou de loin, par des affaires d’abus sur mineurs…

 

Son attitude est très ambivalente. C’est un jésuite qui sait communiquer de manière opportune. S’il me semble sincère dans ses discours, il hérite de « patates chaudes » et ne peut se permettre, d’un point de vue institutionnel, de désavouer tout de suite son entourage à la Curie romaine qui a 922 ans d’existence !

 

 

http://www.lemondedesreligions.fr/une/olivier-bobineau-la-pedophilie-dans-le-clerge-est-une-forme-d-inceste-06-10-2017-6694_115.php

CHASTETE, LA VIE EN ABONDANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PRÊTRE, PRETRES, RELIGIEUX, SACERDOCE

La vie en abondance de Jean-Marie Guellette

La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux

 Jean-Marie Gueullette
Paris, Le Cerf, 2019. 288 pages

2019-02-gueullette-la-vie-en-abondance-4-5c59c6e21f67c (1)

« Avant d’envisager comment mener une vie chaste à la suite du Christ, il est indispensable de prendre la mesure de ce qui, dans le contexte occidental  actuel, marque cette question d’une manière nouvelle. On trouve peu de publications sur la chasteté et celles qui datent un peu apparaissent comme très décalées par rapport au style de vie et de relations qui sont les nôtres. L’accueil de plus jeunes dans des formes de vies où cette vertu est essentielle, de même que l’accompagnement de plus anciens confrontés à des difficultés inhabituelles, doivent tenir compte de ce contexte qui transforme notre rapport au monde et à notre propre corps » (page 29)

« La vie en abondance : la vertu de chasteté pour les prêtres et les religieux » : le titre de cet ouvrage peut paraître provocateur tant il semble en contradiction dans l’ambiance où baignent le monde en général et l’église en particulier aujourd’hui. Les récents scandales révélés ces derniers temps, leurs conséquences et les prises de position de certains (débats sur le mariage des prêtres, remise en question du célibat sacerdotal) ne plaident pas en faveur d’un tel ouvrage où la chasteté est érigée en vertu pour une « vie en abondance ». Si le titre peut également faire sourire tant les mots de « vertu » et de « chasteté » ne semblent plus faire partie du vocabulaire courant mais paraissent plutôt faire penser aux ouvrages de théologie morale du XIXè siècle, il faudrait plutôt saluer le courage de l’auteur pour avoir abordé sans tabou ni langue de bois un tel sujet : finalement c’est peut-être un ouvrage salvateur pour aujourd’hui tant pour les prêtres, les religieux que pour tous ceux qui le liront sans préjugés aucun.

L’auteur dit bien dès son introduction que son propos est de parler pour les prêtres et les religieux et tout son livre est d’en affirmer le bien-fondé. D’emblé il remarque combien les ouvrages s’ils sont peu nombreux aujourd’hui sur ce sujet ceux qui ont été écrits auparavant sont dépassés : il ne s’agit donc pas d’un traité de morale ou de spiritualité qui ignore le monde actuel mais qui s’encre résolument dans la réalité du monde tel qu’il est aujourd’hui, dans la réalité qu’affrontent dans ce début du XXIè siècles les prêtres et les religieux. Il s’agit moins de parler de leur sexualité que de tout ce qui concerne leur vie d’homme appelé à vivre leur célibat d’une façon la plus épanouissante possible et la plus féconde possible

Au fil du texte – et pour s’en convaincre il n’est qu’à ce reporter à la table des matières – il insiste sur le fait que ces consacrés n’en demeurent pas moins des hommes avec un corps qu’il faut apprendre à aimer et à en prendre soin afin de na pas tomber dans des pièges qui peuvent les précipiter vers des chutes désastreuses : tentation du « tout ou rien » qui provoque le découragement, négation ou mépris du corps, activisme pastoral menant au burn-aout, s’en tenir à une norme formelle, rigueur dans une attitude raide par peur de soi ou des autres, fuite dans une spiritualité éthérée. L’auteur pointe avec acuité toutes ces attitudes qui sont autant d’erreurs et de pièges à éviter ; le prêtre et le religieux restent des hommes dans leur psychologie comme dans leur corps : ce sont des êtres sexués avec des désirs et des tentations non à refoulés mais à assumer afin que ce don d’eux-mêmes soient tournés par amour vers les autres et vers Dieu.

L’auteur consacre toute une partie de son livre à une réalité que l’on ne saurait négliger : la prise de conscience du « manque ». En effet « la forme de vie que nous avons choisie […] est inlassablement confrontée à la solitude et au manque de ce qui constitue pourtant une dimension importante de la vie humaine : l’amour dans sa dimension sexuelle… Réduit à une privation absurde, le manque serait à court intenable à court terme » (page 185). C’est pourquoi l’auteur insiste sur le fait que la chasteté est au service de la charité : dans l’amour de Dieu, dans l’amour des autres, l’amour de soi également et que la chasteté est une vie vécue par anticipation en vue du Royaume.

Jean-Marie Guillemette pour conforter son propos cite à de nombreuses reprises les exemples donnés par saint Thomas d’Aquin, de certains Pères du désert ou de moines dont les propos sont pleins de bons sens : prendre du plaisir, avoir des relations amicales avec d’autres que le milieu ecclésial, savoir prendre du repos, savoir se détendre, une vie de prière. Les exemples et les conseils égrainés tout au long de cet ouvrage peuvent être une aide précieuse afin que ces vies données à Dieu et aux autres soient une « vie en abondance »

 

« La chasteté est une vertu » conclut le dominicain : « Vivre la chasteté dans la forme spécifique qu’elle prend dans la vie religieuse ou le sacerdoce, c’et accueillir la vie que Dieu nous donne, la vie en abondance ».

 

Au final c’est un ouvrage qui est à recommander non seulement aux prêtres, aux religieux, mais également aux séminaristes et à tous ceux qui désirent aller au-delà d’un discours convenu sur le sens du célibat et sur la valeur et la beauté même de la chasteté comme vertu et en comprendre tout le sens.

 

 

TABLE DES MATIERES

 

LE CONTEXTE D’UN ENGAGEMENT DEROUTANE

Entre « trop bien » et « trop nul », le réel

Le culte de la performance, jusqu’aux illusions de toute-puissance

Maîtriser sa vie, dans tous les domaines

 

Les mirages de l’immédiateté

Internet, le monde à portée de main

La pornographie accessible à tous

La vie spirituelle et ses effets

 

Recherches de présence dans un monde éclaté

La conscience peut-elle être pleine ?

La communication ou la parole ?

Etre en lien ou rester présent

Un contexte pour la chasteté

 

CHASTETE ET SEXUALITE

 

Un angle mort dans le propos sur la suite du Christ

Avons-nous banni le trouble de nos vies ?

Que faire avec son désir ?

Imaginaire et intelligence à l’œuvre dans la chasteté

 

Dans une vie chaste, où est le corps ?

Le déni du corps ?

Sortir de l’amalgame entre corporel et sexuel

En dehors du plaisir sexuel, quelle place pour le plaisir ?

 

Dans une vie chaste, où s’exprime la sexualité ?

Le déni du sexe

Le déni de la différence sexuelle

Une forme spécifique de chasteté pour les personnes homosexuelles ?

 

Peut-on encore parler de maîtrise de soi ?

Tous les renoncements semblent acceptables, sauf un

Connaissance de soi

Peut-on se donner vraiment sans exercer une certaine maîtrise de son désir ?

La place de la continence dans la vertu de chasteté

Où se situe le volontaire ?

 

CHASTETE ET TEMPERANCE UN CHEMIN D’UNIFICATION

 

La vertu de tempérance

Qu’est-ce que la tempérance ?

Le pire ennemi de la tempérance : l’insensibilité

L’amour de la beauté et la pudeur disposent à la tempérance

La chasteté passe-t-elle par l’abstention de tout contact corporel ?

 

La tempérance n’est pas la mort des passions

La chasteté est-elle contre nature ?

Vivre la tempérance n’est pas vivre à moitié

Le combat de la chasteté

 

Et si on parlait de Dieu ?

L’amour trinitaire principe et modèle

Suivre le Christ chaste

Dieu en qui la virginité retrouve un nouveau sens

Un don de Dieu

 

UN CHOIX MARQUE PAR LE MANQUE

 

L’engagement à la chasteté comme réponse à un don de Dieu

Vivre dans la chasteté : une décision accompagnée par la grâce

C’est au nom d’une relation qu’un tel renoncement est vécu

Le Christ, un choix prioritaire, exclusif, absolu ?

Le choix comporte un manque, il n’et pas le choix du manque

 

Comme toute vie humaine, notre vie est marquée par le manque

La finitude, la condition corporelle

Bienheureuses défaillances qui nous rappellent le réel

Le célibat : scandale ou condition commune

Marqués par un manque, et pourtant toujours des hommes

Marqués par le manque et pourtant disponibles

 

LE MANQUE SUSCITE UNE ELABORATION DE SENS

La solitude du désir

Au-delà de la conformité à la norme

Au-delà de la signification

Penser le manque à la lumière de la virginité

 

EVITER LE MANQUE, UNE TENTATION

Le comblement du manque

Par le travail, jusqu’au burn-aout

Par les responsabilités, les charges, mêmes minimes

Par la séduction

Par la vie spirituelle

Par la radicalité

 

La fuite du manque

En confondant chasteté et toute-puissance

En confondant impuissance et chasteté

En fuyant la complexité des relations humaines

 

 

LA CHASTETE AU SERVICE DE LA CHARITE

 

Amour de Dieu

Se donner à Dieu, une expérience amoureuse ?

La prière, un défi pour la chasteté

La liturgi, une expérience de chasteté

 

Amour des autres

La chasteté dans les relations humaines

La vie apostolique

La vie de communauté

L’amitié

La chasteté dans la parole

 

Amour de soi

Nul ne peut vivre sans plaisir

Aimer son propre corps

Aimer son corps d’homme

 

LE TEMPS DE LA CHASTETE

Une intégration progressive, qui prend du temps

Du bon usage des rechutes

Une contre-façon du temps de Dieu

La procrastination

La patience, sœur de la chasteté

 

La chasteté, anticipation du Royaume à venir

 

©Claude Tricoire

 

^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Quatrième de couverture

Impossible de vivre sans sexe ? Un mirage, la chasteté ? Et, d’ailleurs, comment font-ils ces hommes qui se disent de Dieu ? Sans tabou et sans concession, un vrai guide.

La chasteté, comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire pour des raisons religieuses, a toujours suscité beaucoup de suspicion. Les récents scandales qui frappent l’Église semblent donner raison à ceux qui y voient un mirage ou une imposture. Mais est-ce si vrai ? Ne serait-ce pas plutôt qu’il faut comprendre cette même chasteté dans un élan de vie consacré où la sexualité n’est pas amputée, refoulée, mais transcendée. Mais alors comment ? À quel prix ? Et par quels moyens ? L’enjeu spirituel de la chasteté est-il de l’ordre de la conformité à un modèle ou de l’humilité ?

Mobilisant l’histoire, la théologie, la biologie, la psychologie, c’est en religieux mais aussi en scientifique que Jean-Marie Gueullette livre ici une réflexion concrète où la frustration s’efface devant la transfiguration. Il ne s’agit pas de tuer le désir, mais de le vivre autrement.

Un traité libérateur.

 

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Comment la chasteté peut être une manière d’aimer

À la fois théologien et médecin, le dominicain Jean-Marie Gueullette explore avec simplicité et franchise les défis posés aux prêtres et religieux par la chasteté, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ».

Pourquoi la chasteté, lorsqu’elle est vécue dans le célibat, n’est-elle plus comprise comme un signe particulier de l’amour de Dieu ? Est-ce la conséquence d’une évolution de la société et de ses mœurs, d’un défaut d’explication par l’Église ? Ou encore de la manière dont elle est parfois vécue par les intéressés ?

C’est en dominicain, théologien et médecin à la fois, que Jean-Marie Gueullette s’affronte au beau est vaste sujet de la chasteté des prêtres et des religieux, « comprise comme l’abstinence sexuelle volontaire ». Sa parole, précise-t-il d’emblée, loin de se réduire au seul contexte des révélations d’agressions sexuelles commises par des clercs, s’adresse en priorité « à des hommes, prêtres ou religieux », car « la manière de vivre ces questions est profondément différente entre hommes et femmes ». Mais d’autres qu’eux pourront lire ses réflexions avec profit, tant les prises de paroles sur le sujet sont à la fois rares… et nécessaires. « La période douloureuse que traverse l’Église sur ces sujets a le mérite de faire prendre conscience de la pauvreté de son propos éducatif et théologique sur la chasteté », note-t-il au passage.

Soucieux de ne pas copier ces écrits « qui énoncent des principes respectables, voire de profondes pensées spirituelles, mais qui laissent leurs lecteurs sur leur faim car ils n’ont pas répondu à leur principale question – quotidienne parfois : dans cette vie que j’ai choisie, que faire avec mon désir, que faire avec mes émotions ? », Jean-Marie Gueullette n’esquive pas ni le combat et ni la souffrance. Il aborde les questions délicates comme cette « tendance vers un déni du corps » lorsque celui-ci n’est plus « investi dans le registre du travail manuel ou de la performance sportive », la recherche d’un « plaisir solitaire », ou plus récemment, ces règlements adoptés par des institutions religieuses en forme de « listes de gestes interdits » et qui confondent « corporel et sexuel ».

L’auteur met aussi en garde contre une forme de chasteté qui « fermerait le cœur et nourrirait l’orgueil », consisterait « à élever une muraille autour de soi » au point d’être « incapable de se confier ou de se montrer vulnérable », ou encore comprise comme « un empire absolu exercé par l’esprit sur la chair ». Ses interrogations se font parfois provocantes : « Est-ce qu’on honore Dieu en ayant honte de la créature qu’on est ? (…) Comment se fait-il que les chrétiens aient de telles difficultés avec leur corps, alors qu’ils sont censés contempler inlassablement le mystère de leur création à l’image de Dieu  ? »

Mais si le chemin est parsemé de tant d’embûches, pourquoi exiger un tel renoncement de ceux qui choisissent la vie religieuse ou le ministère presbytéral  ? Parce que la chasteté, qui est une vertu et non un interdit, peut être « la source d’une manière de vivre et d’aimer » qui convient à certains, affirme ce disciple de Thomas d’Aquin, amusé de voir la surprise de ses interlocuteurs lorsqu’il leur répond qu’ils « n’ont aucune idée de ce dont ils sont privés »  ! « Ce n’est qu’une fois qu’elle est goûtée comme simplicité de vie, pureté et liberté du cœur, capacité à entrer en relation autrement que par la séduction que la chasteté peut devenir aimable et ne pas être vécue exclusivement comme une privation », témoigne-t-il.

« Oui, le célibat consacré est une croix »

Vingt ans après le frère Timothy Radcliffe, ancien maître de son ordre, Jean-Marie Gueullette prend à son tour son bâton de pèlerin pour rappeler que « le premier péché contre la chasteté, c’est le manque d’amour » (1). Pour construire leur équilibre personnel, prêtres et religieux doivent reconnaître que le choix d’une vie consacrée au Christ comporte un manque « que rien ni personne ne viendra combler ». Mais ce manque n’a de sens qu’orienté vers « un bien », qui n’est pas seulement la disponibilité à Dieu ou à l’Église : « Si nous avons fait le choix de vouer toute notre existence à son service, ce ne peut être que parce que nous voyons dans cette forme de vie une manière d’accueillir la vie, la vie qu’il nous offre en abondance. »

Cf. Je vous appelle amis, Entretiens avec G. Goubert. (Cerf, 2000).

La Croix du 27 mai 2019.