CLAUDE LANGLOIS, EN MON AME ET CONSCIENCE, PEDOPHILIE, PHILIPPE BARBARIN, PRETRES PEDOPHILES

Pédophilie dans l’Eglise : deux ouvrages

On savait, mais quoi ?  La pédophilie dans l’Eglise de la Révolution à nos jours

Claude Langlois

Paris, Le Seuil, 2020. 231 pages.

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Les actes pédophiles des prêtres suscitent le scandale voire la fureur, non seulement à cause de leur grand nombre et de leur gravité, mais aussi du fait de leur dissimulation par l’Église. Chaque révélation soulève encore et encore la question : les gens d’Église savaient-ils ? Et que savait-on au juste ? Pour répondre à ces questions, Claude Langlois revient sur l’histoire longue : comment, depuis la Révolution française, l’Église a-t-elle géré la sexualité des clercs, célibataires par obligation sinon par vocation, et plus précisément : comment, en interaction permanente avec l’évolution de la société civile, a-t-elle traité les  » fautes  » sexuelles des prêtres ? Qu’a-t-elle fait de ceux qui commettaient des délits (viols, actes pédophiles et autres) ? L’enquête historique éclaire la question aujourd’hui essentielle : pourquoi a-t-on si longtemps et avant tout protégé les prêtres, au lieu de reconnaître la douleur des victimes.

Claude Langlois, directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études. Ce spécialiste reconnu des diverses manifestations du catholicisme au féminin a aussi exploré le domaine de la sexualité dans Le Crime d’Onan. Le discours catholique sur la limitation des naissances (1816-1930).

 

 

En mon âme et conscience : l’affaire, l’Eglise, la vérité d’un homme

Cardinal Philippe Barbarin

Paris, Plon, 2020. 320 pages

9782259284226

 

 

La vérité du Cardinal sur l’affaire qui a bouleversé l’Église.

 » Tout se dit mais où est la vérité ?
On a faussé tout ce que j’ai pu dire.
On a interprété des faits en les détournant.
On m’a traité de pédophile dans le métro,
dans les rues, quand j’allais prendre le train.
Je n’étais plus « audible’. J’étais coupable.
Je peux comprendre.
Face à de tels crimes commis par des hommes
d’Église, y a-t-il eu des affaires classées trop vite ?
Des dossiers écartés ? Une attitude dictée par la peur ?
On peut le craindre.
Le temps est venu d’apporter mon témoignage.
La vérité est nécessaire.
Pour tous. « 

 

Le cardinal Barbarin livre sa vision de l’affaire Preynat

2 octobre 2020 par Cath.ch

 

« J’ai voulu rétablir la vérité et aussi dire à toutes les victimes que je continue de prier pour elles », a expliqué le cardinal Philippe Barbarin à l’occasion de la parution de son nouveau livre « En mon âme et conscience » sorti en librairie le 1er octobre 2020.

Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque émérite de Lyon, revient sur quatre ans de tempête médiatico-judiciaire autour de l’affaire Preynat du nom de ce prêtre coupable d’abus sexuels sur mineurs.

« La cour d’appel a clos le débat: je n’étais pas coupable de ce dont on m’accusait. J’ai voulu rétablir la vérité et aussi dire à toutes les victimes que je continue de prier pour elles », explique le cardinal dans un entretien au quotidien La Croix .

« Mon nom est devenu symbolique de la pédophilie », raconte le cardinal. »Je suis encore pris à partie dans les gares, sur les quais de métro… Parce qu’un prêtre pédophile, c’est le scandale extrême. Je comprends la colère des gens contre l’Eglise. Que je ne sois plus archevêque de Lyon, c’était majeur. Et légitime. »

Le prélat reconnaît ses erreurs:« Pourquoi n’ai-je pas été plus rapide et incisif avec Preynat ? » Il revient aussi sur le combat judiciaire. « La justice oblige à écouter l’autre. J’avais déjà beaucoup écouté les victimes. Au tribunal, j’ai encore appris. Quand mon avocat a dit aux victimes: ‘Vous vous rendez compte que le cardinal Barbarin est traîné dans la boue depuis trois ans ?’, Didier Burdet a répondu: ‘Oui, c’est vrai, mais vous rendez vous compte que nous souffrons depuis trente et quarante ans ?’. Je m’en souviendrai toujours ».

Une fin très violente

Revenant sur sa démission de sa charge d’archevêque de Lyon, le cardinal parle d’une fin extrêmement violente. « Pendant dix-sept ans, j’ai fait corps avec ce diocèse, j’y ai tellement donné, célébré, accompagné de jeunes, ordonné de prêtres ! », relève le cardinal. « C’est aussi la fonction de l’évêque de payer pour tout le monde. Il fallait que je parte, c’est bien pour Lyon », conclut-il.

« En mon âme et conscience » ne comporte pas de grandes révélations. En trois cents pages, le cardinal livre sa vérité, après avoir été emporté dans un tourbillon médiatique, avant d’être innocenté par la justice. Il se répète bouleversé par le fléau des abus sexuels et espère que le combat mené par l’Eglise aidera à lutter dans les autres structures, notamment dans les familles.

https://www.cathobel.be/2020/10/le-cardinal-barbarin%E2%80%89livre-sa-vision-de-laffaire-preynat/

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Le sacré incestueux : les prêtres pédophiles. A propos d’un livre

 

Le sacré incestueux : Les prêtres pédophiles 

Olivier Bobineau, Joseph Merlet, Constance Lalo

Paris, Desclée de Brouwer, 2017. 256 pages.

 

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Présentation de l’éditeur

L’Église catholique est régulièrement secouée par des affaires de pédophilie dans ses rangs. Mais que cache en profondeur ce scandale à peine concevable d’un représentant de Dieu sur terre abusant la figure de l’innocence par excellence, l’enfant ?

Première enquête réalisée en France sur le sujet, Le sacré incestueux explore les dimensions culturelles, sociales, juridiques, religieuses et anthropologiques de ce scandale. L’Église fait face à une crise sans précédent et multiforme : crise de la formation du prêtre, dont le corps est censé ignorer toute sexualité ; crise du droit canonique et des institutions, en décalage avec les exigences de la société moderne dans la gestion des situations ; crise humaine pour les victimes, oubliées de l’Église. Mais c’est surtout une crise de sens : la pédophilie cléricale constitue un véritable choc entre deux figures sacrées, celle de la tradition, le prêtre, et celle de la modernité, l’enfant.

S’appuyant sur les témoignages de religieux coupables d’abus sexuels sur mineurs, de victimes, de leurs familles, de responsables ecclésiaux et d’experts, cette enquête menée par O. Bobineau, C. Lalo et J. Merlet interroge, déplace les lignes, bouscule le lecteur dans sa perception et sa compréhension du phénomène. Avec des propositions et sans ignorer la réalité des situations, elle ouvre un vaste chantier de réflexion autour de la pédophilie dans l’Église.

 

Olivier Bobineau, sociologue des religions et de la laïcité, est membre du Groupe Sociétés Religions Laïcités (Sorbonne-CNRS). Il est notamment l’auteur de L’empire des papes et de Notre laïcité ou les religions dans l’espace public. Il dirige un cabinet de sciences humaines appliquées à la pacification du lien social.

Constance Lalo est juriste et chargée d’enseignement à Sciences Po.

Joseph Merlet, sociologue et prêtre, a créé et dirigé le Centre d’études et d’action sociale de la Mayenne. Il travaille dans le secteur de la formation et de la recherche en développement

 

 

Olivier Bobineau pour Le Monde de la Bible

 «La pédophilie dans le clergé est une forme d’inceste»

 

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Le 3 octobre dernier, le « numéro 2 » du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, ouvrait un congrès international sur la lutte contre la pédophilie sur Internet, à l’université pontificale grégorienne (Rome). Une manière de montrer que le Saint-Siège ne prend pas à la légère les récentes affaires de pédophilie qui ont à nouveau secoué l’Église catholique, de l’affaire Barbarin, en France – le cardinal Philippe Barbarin doit être jugé, en avril prochain, pour «non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs» commises par un prêtre dans son diocèse de Lyon, il y a 25 ans – au Vatican lui-même : le cardinal George Pell, « ministre de l’Économie » du pape François, est toujours en procès en Australie, accusé de « délits d’agressions sexuelles anciennes ». Il comparaît une seconde fois devant le tribunal de Melbourne ce 6 octobre. Des affaires qui ont mis au jour le malaise de l’Église, encore aujourd’hui, sur ces questions.

Comment expliquer ce phénomène de la pédophilie dans le clergé ? Comment la société en est-elle venue à prendre conscience de la gravité des abus sexuels sur mineurs, alors que la pédophilie était encore défendue par certains intellectuels dans les années 1980 ? Pour faire le point, Le Monde des Religions a rencontré Olivier Bobineau, sociologue spécialiste du fait religieux et co-auteur, avec Constance Lalo et Joseph Merlet, du livre Le Sacré incestueux. Les prêtres pédophiles (Desclée de Brouwer, 2017).

 

 La pédophilie dans le clergé, écrivez-vous, est la confrontation de deux formes de « sacré ». Le prêtre, appelé « père », et l’enfant, constituent le « sacré incestueux ». Qu’est-ce à dire ?

La figure du sacré, qui vient de la société traditionnelle, du passé, dont la légitimité vient « d’en haut », c’est le prêtre. Si l’on reprend la définition du sociologue Émile Durkheim, dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), le sacré est ce qui est « intouchable, à part ». Celui que l’on n’a pas le droit de toucher. Or, dans le cadre de la pédophilie, le prêtre abuse de la figure du sacré de la société moderne, dont la légitimité vient « d’en bas » – c’est-à-dire des démocraties où une loi est fabriquée par les hommes, libres, autonomes et égaux en droit – : l’enfant.

 

En quoi l’enfant est-il la figure sacrée des sociétés modernes ?

Tout d’abord, l’enfant, avant d’être conçu, est chéri et attendu. Ensuite, quand il est né, il devient la projection de ses parents, de leurs désirs, de leurs frustrations, etc. En outre, l’enfant fait l’objet de tous les investissements possibles et imaginables : financiers, psychologiques et en termes de temps. Surtout, l’enfant est intouchable ! Oser porter la main sur un enfant est aujourd’hui inenvisageable. La consécration de cette figure sacrée de l’enfant est illustrée par la Convention relative aux droits de l’enfant adoptée par les Nations unies en 1989. Le Parlement européen a même proposé d’interdire les gifles !

 

 Pourtant, la pédophilie n’est un scandale que depuis très récemment.

La pédophilie n’est un scandale que depuis les années 1980-90. Auparavant, certains intellectuels en faisaient l’apologie. L’écrivain Gabriel Matzneff, qui exposa dans plusieurs livres ses relations sexuelles avec des garçons et des filles mineures (dont Les moins de seize ans paru en 1974) était invité à l’émission de télévision de Bernard Pivot sans que cela ne fasse scandale.

Mais dans les années 1980, la figure du sacré qui s’impose est celle de l’enfant. Même après sa naissance, il est celui qui incarne l’avenir. On est prêt à tout faire pour l’enfant, d’autant plus qu’il est devenu, dans les sociétés démocratiques qui ont connu la transition démographique, une rareté. Dans les sociétés modernes, la stérilité a augmenté. Les couples sacrifient beaucoup pour avoir un enfant, y compris à leurs convictions : combien de catholiques ont eu recours aux moyens non naturels de fécondation, contrairement à la doctrine de l’Église ? Or, le prêtre pédophile touche à cette figure du sacré !

Dès lors, la pédophilie dans le clergé opère la rencontre de « deux sacrés » : le sacré qui vient du passé traditionnel, qui rencontre l’enfant, et le sacré qui vient des démocraties, des hommes, dans le moment présent. L’enfant est le sacré du présent.

 

Finalement, l’interdit majeur entourant le corps du prêtre, dans les sociétés traditionnelles, s’est déplacé et focalisé sur celui de l’enfant dans la société moderne…

 Le corps sacré du prêtre est enseigné dès le séminaire, où l’on apprend la fameuse formule : «Touche pas à son corps» – celui de la femme –, «Touche pas à ton corps» – interdiction de la masturbation – et «Touche pas à son corps» – interdiction de l’homosexualité. Qu’est-ce qui reste ? L’enfant.

 

Vous définissez aussi la pédophilie des prêtres comme un abus sexuel issu d’une asymétrie de pouvoir. C’est-à-dire ?

C’est fondamental : le prêtre a le pouvoir sacré. Cela impressionne déjà l’adulte, mais la relation entre un prêtre et un adulte peut faire l’objet d’un consentement mutuel. En revanche, face au pouvoir sacré, l’enfant est impressionné. Ensuite, le prêtre sait que s’il abuse de l’enfant, celui-ci n’osera en parler à personne. À qui va-t-il le dire ? Aux parents catholiques ? Aux autres paroissiens ? L’enfant va-t-il être cru ? D’un côté, on a ce pouvoir sacré du prêtre qui a la légitimité de sept années d’études, accompagné spirituellement… De l’autre, on a un enfant. Il n’est pas ou peu crédible. D’où cette asymétrie entre le pouvoir sacré et la candeur de l’enfant. On peut même parler d’un « abus de pouvoir sacré » !

 

De plus, le prêtre représente la figure du « père ». Un terme omniprésent dans l’Église catholique. Pourquoi ?

L’Église catholique romaine intègre dans sa structuration hiérarchique, dans l’ensemble de ses cadres, un lexique paternel : le pape – qui veut dire « papa » en grec –, l’évêque appelé « Monseigneur », qui vient de « senior » et signifiant « les pères ancêtres », les « Pères du déserts » – les moines –, les « Pères des Conciles », les « Pères de la foi »…, les prêtres qu’on appelle « mon père », et les chefs d’une abbaye qu’on appelle « abbé », de l’araméen abba signifiant « papa » !

L’Église catholique décline le « pater familias » à tous les niveaux. Le pater familias n’est pas une autorité biologique : chez les Romains et les Grecs, la biologie compte très peu. Ce qui compte, c’est l’autorité morale, politique et juridique. Lors de la romanisation de l’Église catholique, au Ve siècle, cette figure du « pater familias » va être intégrée. Ainsi, quand le prêtre commet un abus, 1500 ans de « pater familias » le poussent : le pouvoir de son « corps sacré ». Pourtant, Jésus dit dans l’Évangile de Matthieu : « (…) Vous êtes tous frères, un seul est votre Maître, n’appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre Père, celui qui est aux cieux ». Et finalement, comme l’enfant appelle le prêtre « mon père », lequel lui répond « mon fils », il s’agit d’un inceste.

 

Ce « sacré incestueux », c’est aussi le « scandale des scandales », au regard de la définition qu’en donne l’Évangile. Expliquez-nous.

Jésus, dans l’Évangile de Matthieu, dit : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. » Pour l’exégèse, les enfants peuvent aussi représenter ceux qui commencent dans la foi, « ces petits ». Or souvent, les enfants victimes de pédophilie dans le clergé perdent la foi. C’est précisément le scandale des scandales condamné par Jésus !

 

 

Pourtant, les réactions sont différentes face au scandale de la pédophilie : la société moderne médiatise, quand l’Église reste plutôt bloquée dans le malaise, le silence, voire le déni.

 

La Curie romaine a été fondée en 1089. En 2011 fut éditée la circulaire de Benoît XVI qui oblige les Églises locales à s’en remettre à la justice des États. Une révolution. Durant 922 ans, la Curie, en cas de problèmes de mœurs, a choisi de les gérer en interne avec le droit canon. 2011, c’était il y a seulement six ans… La société moderne, elle, est scandalisée par la pédophilie depuis les années 1990 seulement. Cela reste récent à l’échelle de l’histoire.

 

 

N’y-a-t-il pas aussi une certaine culture qui perdure, entre prêtres, qui est celle de la « miséricorde », cette tendance à pardonner son « frère prêtre » avant même de laisser la justice œuvrer ?

 

Nous évoquons, dans Le Sacré incestueux, la « triple peine ». Souvent, les prêtres pédophiles purgent leur peine de prison. Ensuite, ils ont une peine « professionnelle » : ils n’ont plus de métier, ni de revenu. Puis, ils ont la peine sociale ! D’où l’intérêt du pardon. Le problème, c’est de pardonner avant la justice, avant la dette payée. Le pardon, disait Paul Ricœur, c’est le souvenir une fois que la dette est payée. Il faut une peine, mais pas la triple peine.

 

 

Que penser de l’attitude du pape François vis-à-vis de la pédophilie ? Ses propos à l’encontre de la pédophilie dans le clergé sont forts, mais, pour l’instant, sa politique est contestée : trois membres de sa commission pontificale pour la protection des mineurs ont démissionné. Plusieurs de ses « ministres » semblent visés, de près ou de loin, par des affaires d’abus sur mineurs…

 

Son attitude est très ambivalente. C’est un jésuite qui sait communiquer de manière opportune. S’il me semble sincère dans ses discours, il hérite de « patates chaudes » et ne peut se permettre, d’un point de vue institutionnel, de désavouer tout de suite son entourage à la Curie romaine qui a 922 ans d’existence !

 

 

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