ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE DE MARC, FETE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST, LETTRE AUX HEBREUX, LIVRE DE L'EXODE, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 115

Dimanche 6 juin 2021 : Fête du Corps et du Sang du Christ : lectures et commentaires

Dimanche 6 juin 2021 : Fête du Corps et du Sang du Christ

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Exode 24,3-8

En ces jours-là,
3 Moïse vint rapporter au peuple
toutes les paroles du SEIGNEUR et toutes ses ordonnances.
Tout le peuple répondit d’une seule voix :
« Toutes ces paroles que le SEIGNEUR a dites,
nous les mettrons en pratique. »
4 Moïse écrivit toutes les paroles du SEIGNEUR.
Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne,
et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël.
5 Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël
d’offrir des holocaustes,
et d’immoler au SEIGNEUR des taureaux
en sacrifice de paix.
6 Moïse prit la moitié du sang et la mit dans des coupes ;
puis il aspergea l’autel avec le reste du sang.
7 Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple.
Celui-ci répondit :
« Tout ce que le SEIGNEUR a dit,
nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »
8 Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit :
« Voici le sang de l’Alliance
que, sur la base de toutes ces paroles,
le SEIGNEUR a conclue avec vous. »

 

L’ALLIANCE CONCLUE AU SINAI
Il y en a des choses surprenantes dans ce texte ! Ces usages bien loin des nôtres, d’abord, et puis l’insistance sur le sang, avec une expression que nous connaissons très bien, évidemment, « le sang de l’Alliance ».

Mais, si les usages qui sont rapportés ici nous surprennent, n’oublions pas que Moïse a vécu vers 1250 av. J.C. Ces coutumes sont donc vieilles de trois mille ans et même plus, car Moïse ne les a pas inventées ; elles étaient courantes dans beaucoup d’autres peuples à cette époque. Elles subsistent d’ailleurs encore aujourd’hui, au vingt-et-unième siècle, dans certains peuples dont l’histoire a évolué moins vite. Le texte biblique nous décrit ici le cérémonial habituellement utilisé pour un contrat d’Alliance entre deux peuples jusque-là ennemis. Mais, cette fois, les contractants sont Dieu lui-même… et un tout petit peuple.
Et, surtout, ce qui est intéressant, c’est de voir comment Moïse a repris un rite habituel mais en lui donnant un sens tout-à-fait neuf ! Si on y regarde bien, les deux réalités, le rite ancien, d’une part, le nouveau sens donné par Moïse, d’autre part, sont imbriquées dans ce texte de manière extrêmement serrée : ce qui vient de la tradition ancienne, ce sont les usages des pierres dressées, de l’immolation des animaux, de l’aspersion du sang sur un autel qui représente la divinité et également de l’aspersion de sang sur le peuple. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la notion même d’Alliance proposée par Dieu, c’est le don de la Loi par Dieu, et enfin, l’engagement du peuple d’obéir à cette loi.
Il suffit de relire le texte dans l’ordre pour voir à quel point tous ces éléments sont imbriqués :
« En descendant du Sinaï, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du SEIGNEUR et tous ses commandements. Le peuple répondit d’une seule voix : Toutes ces paroles que le SEIGNEUR a dites, nous les mettrons en pratique.  Moïse écrivit toutes les paroles du SEIGNEUR… »
Le récit commence donc par le plus important, la parole de Dieu. Quand les descendants de Moïse, des siècles plus tard, relisent ce passage, ils comprennent tout de suite le message : ce n’est pas le sacrifice en lui-même qui compte ; le plus important c’est l’Alliance, la fidélité à la Parole de Dieu.

Puis le récit décrit les rites du sacrifice lui-même : l’autel au pied de la montagne, les douze pierres qui représentent les douze tribus d’Israël, c’est-à-dire l’ensemble du peuple. Le mot « peuple » revient d’ailleurs à plusieurs reprises dans le texte ; car c’est bien avec un peuple et non avec un individu ou même des individus que l’Alliance est conclue ! Les douze pierres dressées signifient que le peuple entier est concerné et que son unité se fera autour de cette Alliance. Là encore, il y a un message pour les futurs lecteurs : il a peut-être été bien utile, parfois, de rappeler aux douze tribus ce qui les unissait et depuis si longtemps, puisque cela remonte au tout début de la sortie d’Egypte.
Quelques jeunes gens sacrifient les taureaux : soit dit en passant, cette fonction n’est donc pas encore réservée aux prêtres. Puis c’est le rite du sang : tout d’abord, Moïse asperge l’autel qui représente Dieu, et aussitôt il reprend le livre de l’Alliance et il lit au peuple les paroles de Dieu et le peuple s’engage à obéir.
« Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »

LE SACRIFICE, GESTE D’ALLIANCE
Enfin, Moïse asperge le peuple : ce rite du sang signifie que l’Alliance devient « vitale » pour les contractants ; manière de dire que désormais, le nouveau lien ainsi créé entre Dieu et le peuple l’est « à la vie à la mort ». Et aussitôt, Moïse rappelle que ceci n’a de sens que référé à l’Alliance que Dieu vient de sceller avec son peuple : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le SEIGNEUR a conclue avec vous. » Ce qui est premier, donc, ce n’est pas le sacrifice pour le sacrifice, c’est l’Alliance, formulée dans cette Parole de Dieu.

Pour le dire autrement, le sacrifice n’est jamais un but en soi : il ne vaut que par l’engagement d’amour et de fidélité qu’il instaure et couronne entre Dieu et son peuple.
Avec Moïse, une étape essentielle est donc franchie : le sacrifice n’est plus un rite magique, il est tissé de la parole d’un engagement réciproque, il devient mystère de foi.
Mais la confiance ne naît pas toute seule : l’amour filial ne peut naître qu’en réponse à un amour paternel ;
Moïse précise bien que c’est Dieu qui a pris l’initiative : il dit « L’Alliance que le SEIGNEUR a conclue avec vous » ; ce n’est pas Israël qui a essayé d’atteindre ce Dieu dont il n’avait même pas idée, c’est Dieu lui-même qui est venu le chercher, lui proposer l’Alliance et se révéler peu à peu comme le Dieu qui libère et qui fait vivre. Une des grandes particularités de la foi du peuple juif est d’avoir compris que toute l’initiative vient de Dieu ; tout ce que fait l’homme, prière, sacrifice, offrande ne vient qu’en réponse à l’amour de Dieu qui est premier.
Alors le peuple peut s’engager sur la voie de l’obéissance (« Tout ce que Dieu a dit, nous y obéirons ») parce qu’il a fait l’expérience très concrète de l’œuvre  de Dieu en sa faveur. Le don de la loi se situe par hypothèse après la sortie d’Egypte, donc après la libération de l’esclavage. Le peuple est devenu un peuple libre grâce à l’initiative de Dieu ; il peut donc désormais croire que l’obéissance qui lui est demandée maintenant s’inscrit en droite ligne de cette œuvre  de libération. C’est ce que Saint-Paul appelle « l’obéissance de la foi », c’est-à-dire la confiance tout simplement.
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Complément
« Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » (verset 7). Ne nous y trompons pas, ce n’est pas à Dieu que notre obéissance profite. Si Dieu nous donne des commandements, c’est parce que nous ne pouvons pas trouver notre bonheur hors d’un certain mode de vie. Quand nous désobéissons aux commandements, c’est à nous que nous faisons du mal, c’est notre propre malheur que nous construisons. Notre faute à l’égard de Dieu, c’est de ne pas lui faire confiance pour diriger notre vie. Quand l’enfant se brûle au feu que nous lui avions interdit d’approcher, c’est lui qui est brûlé. A notre égard, sa seule faute est de n’avoir pas écouté, par orgueil ou manque de confiance en nous.

 

PSAUME – 115 (116),12-13.15-16ac.17-18

12 Comment rendrai-je au SEIGNEUR
tout le bien qu’il m’a fait ?
13 J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.

15 Il en coûte au SEIGNEUR
de voir mourir les siens !
16 Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

17 Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.
18 Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR,
oui, devant tout son peuple.

EN SOUVENIR DE LA LIBERATION D’EGYPTE
Nous retrouvons dans ce psaume tous les éléments importants de la première lecture de cette fête du Corps et du Sang du Christ : en tout premier, l’œuvre  libératrice de Dieu, puis la reconnaissance par les croyants de cette initiative de Dieu, et enfin l’engagement d’obéissance. « Moi dont tu brisas les chaînes », voilà l’œuvre  de Dieu ; et on sait bien à quelles chaînes le psalmiste pense : il s’agit d’abord de la libération d’Egypte ; chaque année, spécialement au moment de la Pâque, les descendants de ceux qui furent esclaves en Egypte revivent les grandes étapes de leur libération : la vocation de Moïse, ses multiples tentatives pour obtenir de Pharaon la permission de partir, sans avoir toute l’armée à leurs trousses, l’obstination du roi… et les interventions répétées de Dieu pour encourager Moïse à persévérer malgré tout dans son entreprise. Pour finir, le peuple a pu s’enfuir et survivre miraculeusement alors que l’endurcissement du Pharaon a causé sa perte.
Quand on chante ce psaume, des siècles plus tard, au Temple de Jérusalem, cette étape de la sortie d’Egypte est franchie depuis longtemps, mais elle n’est qu’une étape justement ; on sait bien qu’il ne suffit pas d’avoir quitté l’Egypte pour être vraiment un peuple libre ; que d’esclavages individuels ou collectifs sévissent encore à la surface de la terre ! Esclavage de la pauvreté, voire de la misère sous tant de formes ; esclavage de la maladie et de la déchéance physique ; esclavage de l’idéologie, du racisme, de la domination sous toutes ses formes… L’Egypte de la Bible a pris au long des siècles et prend encore aujourd’hui quantité de visages sous toutes les latitudes : mais on sait aussi que, inlassablement, Dieu soutient nos efforts pour briser nos chaînes.
Car l’histoire humaine qui nous donne, hélas, mille exemples d’esclavages, nous montre aussi (et c’est magnifique) la soif de liberté qui est inscrite au plus profond du cœur  de l’homme, et qui résiste à toutes les tentatives pour l’étouffer. Cette soif de liberté, les croyants savent bien qui l’a insufflée dans l’homme ; ils l’appellent l’Esprit. Notre psaume sait « qu’il en coûte au SEIGNEUR de voir mourir les siens ! » et qu’il lui en coûte tellement qu’Il est à l’origine de tous les combats pour la vie et pour la liberté de tout homme, quel qu’il soit.

LE LIBRE CHOIX DU SERVICE
A ce Dieu qui a fait ses preuves, si l’on peut dire, on peut faire confiance. Ce n’est pas lui qui nous enchaînera, il est bien trop jaloux de notre liberté ! Et, alors, librement, on se met à sa suite, on l’écoute : « Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes ? » ; le mot « serviteur » ici, peut s’entendre plutôt comme disciple. Dans la Bible, il ne s’agit pas de « servir » Dieu dans le sens où il aurait besoin de serviteurs…
Cela est valable pour les idoles, les dieux que l’homme s’est inventés : curieusement, quand nous imaginons des dieux, nous croyons qu’ils ont besoin de notre encens, de nos louanges, de nos compliments, de nos services.
Au contraire, le Dieu d’Israël, le Dieu libérateur n’a nul besoin d’esclaves à ses pieds, il nous demande seulement d’être ses disciples parce que lui seul peut nous faire avancer sur le difficile chemin de la liberté. Et l’expérience d’Israël, comme la nôtre, montre que dès qu’on cesse de se laisser mener par ce Dieu-là et par sa parole, on retombe très vite dans quantité de pièges, de déviations, de fausses pistes.
C’est pour cela que le psaume affirme si fort : « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » : résolution affirmée deux fois en quelques versets ; c’est une véritable résolution, effectivement, celle de ne pas invoquer d’autres dieux, donc de tourner le dos définitivement à l’idolâtrie. « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR », cela revient à dire « je m’engage à ne pas en invoquer d’autre ! » Et on sait que les prophètes ont dû lutter pendant de nombreux siècles contre l’idolâtrie.
Il faut dire que la fidélité à cette résolution exigeait une grande confiance en Dieu, mais aussi bien souvent un immense courage face au polythéisme des peuples voisins. Pendant la domination grecque sur la Palestine, par exemple, et ceci se passe très tardivement dans la Bible, peu avant la venue du Christ, les Juifs ont dû affronter l’effroyable persécution d’Antiochus IV Epiphane : rester fidèle à la promesse contenue dans cette phrase « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » revenait à signer son propre arrêt de mort.
Cette résolution « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » est associée à des rites : « J’élèverai la coupe du salut »… « Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce. » Nous retrouvons ici, comme dans le livre de l’Exode que nous lisons en première lecture, la transformation radicale apportée par Moïse : désormais, les gestes du culte ne sont plus des rites magiques, ils sont l’expression de l’Alliance, reconnaissance de l’œuvre  de Dieu pour l’homme. La coupe s’appelle désormais « coupe du salut » ; le sacrifice, désormais, est toujours sacrifice d’action de grâce parce que l’attitude croyante n’est que reconnaissance.
Enfin, ce psaume 115/116 fait partie d’un petit ensemble qu’on appelle les psaumes du Hallel, qui sont une sorte de grand Alleluia, et qui étaient chantés lors des trois grandes fêtes annuelles, la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tentes.
Lors de sa dernière Pâque à Jérusalem, Jésus lui-même a donc chanté ces psaumes du Hallel et en particulier notre psaume d’aujourd’hui, le soir du Jeudi Saint, alors qu’avec ses disciples, il venait d’élever une dernière fois la coupe du salut, alors qu’il allait offrir sa propre vie en sacrifice d’action de grâce : du coup, pour nous, ce psaume devient encore plus parlant ; nous savons que c’est Jésus-Christ qui délivre définitivement l’humanité de ses chaînes. A sa suite, et même avec lui, nous pouvons chanter : « Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? ».

 

DEUXIEME LECTURE – lettre aux Hébreux 9,11-15

Frères,
11 le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir.
Par la tente plus grande et plus parfaite,
celle qui n’est pas œuvre de mains humaines
et n’appartient pas à cette création,
12 il est entré une fois pour toutes
dans le sanctuaire,
en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux,
mais son propre sang.
De cette manière, il a obtenu une libération définitive.
13 S’il est vrai qu’une simple aspersion
avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse,
sanctifie ceux qui sont souillés,
leur rendant la pureté de la chair,
14 le sang du Christ fait bien davantage,
car le Christ, poussé par l’Esprit éternel,
s’est offert lui-même à Dieu
comme une victime sans défaut ;
son sang purifiera donc notre conscience
des actes qui mènent à la mort
pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant.
15 Voilà pourquoi il est le médiateur d’une Alliance nouvelle,
d’un testament nouveau :
puisque sa mort a permis le rachat des transgressions
commises sous le premier Testament,
ceux qui sont appelés
peuvent recevoir l’héritage éternel jadis promis.

DE L’ANCIEN AU NOUVEAU TESTAMENT
La lettre aux Hébreux s’adresse à des Chrétiens qui connaissent parfaitement bien la religion juive et l’Ancien Testament ; c’est d’ailleurs ce qui la rend un peu difficile pour nous parce qu’elle parle abondamment de tous les rites juifs que nous ne connaissons pas toujours très bien ! Ici, par exemple, il est question de prêtre, de temple, de sacrifice, de victime, de sang versé : tous ces mots appartiennent à l’Ancien Testament : nous les connaissons, nous les utilisons, nous aussi, en Christianisme, mais nous serions parfois bien en peine de dire quelles réalités ils recouvrent, pour les Juifs, d’une part, pour les Chrétiens, de l’autre, et s’il s’agit bien de la même chose !
L’objectif clairement avoué de la lettre aux Hébreux est de nous dire : les mots sont ceux de l’Ancien Testament mais la réalité qu’ils recouvrent est totalement nouvelle : parce que, avant Jésus-Christ, on était dans le régime de la première Alliance, alors que, désormais, nous sommes dans le régime de la Nouvelle Alliance.
Nous avons déjà eu souvent l’occasion de déchiffrer au long de l’histoire biblique un changement radical d’orientation, de compréhension, une conversion du sens de certains mots (la crainte de Dieu par exemple) ou de certains gestes : rappelons-nous l’évolution des sacrifices. Tout récemment, nous avons vu comment a évolué la foi au Dieu unique jusqu’à ce qu’on puisse enfin entendre la Révélation du Dieu-Trinité.
En lisant la lettre aux Hébreux, il est plus que jamais indispensable de se rappeler que Dieu a déployé auprès de son peuple une pédagogie très lente, très patiente ; au départ, quand Dieu a choisi les Hébreux pour en faire son peuple, ils avaient une religion semblable à celle de leurs voisins, inspirée par une certaine idée de Dieu : au fur et à mesure que Dieu se révélait à eux tel qu’il est et non tel qu’on se l’imaginait, inévitablement, l’attitude de l’homme changeait ; les gestes religieux étaient épurés, convertis, transformés.
Avec la venue du Christ, sa vie terrestre, sa Passion, sa mort et sa Résurrection, tout ce qui a précédé est considéré par les Chrétiens comme une étape nécessaire, mais révolue ; et donc, c’est volontairement que l’auteur de la lettre aux Hébreux accumule les références aux usages de l’Ancien Testament pour annoncer haut et fort qu’ils sont caducs.
Mais, pour comprendre le nouveau sens des mots, il faut refaire le chemin qu’ont fait les hommes de l’Ancien Testament, comprendre quelle logique animait tout le culte juif avant Jésus-Christ. Au départ, tout reposait sur l’idée d’un Dieu lointain, tout-puissant, qui tenait entre ses mains le sort de l’humanité. Tout-Autre que l’homme, il demeurait dans des horizons inaccessibles : aucun homme ne pouvait l’atteindre, ni même l’apercevoir : pour l’atteindre, il aurait presque fallu n’être plus un homme ; or il fallait bien l’atteindre pour qu’il entende les prières des hommes et qu’il répande sur eux tous les bienfaits dont lui seul avait le secret.

UN SACERDOCE NOUVEAU
De là est née l’institution du sacerdoce : certains hommes étaient mis à part, séparés des autres, pour être réservés (on disait « consacrés ») au rôle d’intermédiaires entre Dieu et le reste du peuple. Pour accéder au domaine de Dieu, le domaine du « sacré », il leur fallait quitter définitivement le domaine des autres hommes, qu’on appelait le domaine profane. Concrètement, c’était la tribu des lévites qui avait été mise à part, de façon définitive, et, à l’intérieur de cette tribu, une famille précise était consacrée de manière particulière. Pris dans cette famille, le prêtre devait encore être consacré par des rites précis (bains rituels, onction, aspersion, sacrifices de consécration) ; il portait des vêtements spéciaux et il devait observer des règles de pureté très sévères pour être en permanence maintenu dans la sphère du sacré. Il y avait donc tout un système de séparations successives entre les hommes du sacré et le peuple.
Le prêtre ne pouvait pas non plus entrer en contact avec Dieu n’importe où, n’importe comment : d’où l’institution du Temple, et l’organisation extrêmement précise du culte. Le Temple étant le lieu du sacré, il ne pouvait être question d’y laisser pénétrer des profanes ; ce qui explique la série d’enceintes successives à l’intérieur du Temple de Jérusalem, qui reproduisait le même système de séparations que dans la société : seuls les prêtres pouvaient entrer dans le domaine de Dieu, et seul le grand prêtre pouvait accéder jusqu’au Saint des Saints, là où réside la Présence de Dieu. Toutes ces précautions prises, que faire pour être sûr d’entrer en contact avec Dieu, pour offrir à ce Maître de la Vie un présent digne de lui ? On n’a rien trouvé de mieux que de lui offrir un être vivant, dont le sang répandu est le symbole de la vie qui circulait en lui. Le Dieu d’Israël a fait savoir dès le début qu’il ne voulait à aucun prix de sacrifice humain, mais il n’a pas refusé tout de suite les sacrifices d’animaux : une pédagogie ne peut se faire que par étapes.
Jésus est venu faire franchir à l’humanité le pas décisif : parce que Dieu est tout proche de l’homme, tout l’ancien système de séparation des prêtres devient caduc ; Jésus n’est pas de la tribu de Lévi, ce n’est plus nécessaire ; plus besoin de temple non plus, puisque le lieu de rencontre entre Dieu et l’homme c’est le Dieu fait homme ; plus besoin de sacrifices sanglants : le Dieu de la Vie nous demande de consacrer notre vie à servir nos frères, ce que Jésus a fait et nous donne désormais la force de faire.

 

EVANGILE – selon Saint Marc 14,12-16.22-26

12 Le premier jour de la fête des pains sans levain,
où l’on immolait l’agneau pascal,
les disciples de Jésus lui disent :
« Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs
pour que tu manges la Pâque ? »
13 Il envoie deux de ses disciples en leur disant :
« Allez à la ville ;
un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre.
Suivez-le,
14 et là où il entrera, dites au propriétaire :
Le Maître te fait dire : Où est la salle
où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?
15 Il vous indiquera, à l’étage,
une grande pièce aménagée et prête pour un repas.
Faites-y pour nous les préparatifs. »
16 Les disciples partirent, allèrent à la ville ;
ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit,
et ils préparèrent la Pâque.
22 Pendant le repas,
Jésus, ayant pris du pain,
et prononcé la bénédiction, le rompit,
le leur donna,  et dit :
« Prenez, ceci est mon Corps. »
23 Puis, ayant pris une coupe,
et ayant rendu grâce, il la leur donna,
et ils en burent tous.
24 Et il leur dit :
« Ceci est mon Sang,
le sang de l’Alliance,
versé pour la multitude.
25 Amen, je vous le dis :
je ne boirai plus du fruit de la vigne,
jusqu’au jour où je le boirai, nouveau,
dans le royaume de Dieu. »
26 Après avoir chanté les Psaumes,
ils partirent pour le mont des Oliviers.

LA PAQUE JUIVE
On imagine bien dans quelle ambiance Jésus a célébré ce dernier repas : dans tout Jérusalem, on préparait la Pâque ; d’innombrables agneaux étaient égorgés au Temple pour être ensuite partagés en famille ; dans les maisons, c’était le premier jour de la fête des pains sans levain (on disait des « azymes »), les femmes débarrassaient méticuleusement la maison de toute trace du levain de l’année écoulée pour accueillir le levain nouveau, huit jours plus tard.
Depuis des siècles, ces deux rites commémoraient la libération d’Egypte, au temps de Moïse : ce jour-là, Dieu était « passé » parmi son peuple pour en faire un peuple libre ; puis, au Sinaï, il avait fait Alliance avec ce peuple et le peuple s’était engagé dans cette Alliance, « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous y obéirons » (nous l’avons entendu dans la première lecture) parce qu’il faisait confiance à la Parole du Dieu libérateur ; et le psaume 115/116 répétait en écho « Je suis, SEIGNEUR, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes ».
Désormais, pour toutes les générations suivantes, célébrer la Pâque, c’était entrer à son tour dans cette Alliance, vivre d’une manière nouvelle, débarrassée des vieux ferments, libérée de toute chaîne. Car faire mémoire, ce n’est pas seulement égrener des souvenirs, c’est vivre aujourd’hui de l’œuvre  inlassable de Dieu qui fait de nous des hommes libres.
Il est clair, dans cet évangile, que Jésus a choisi d’inscrire ses derniers instants dans cette perspective-là, perspective d’Alliance, perspective de vie libérée : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. » Ce soir-là, il ne fait aucun doute pour personne qu’il parle de sa mort et de son sang qui va être répandu ; mais voilà qu’il donne à sa mort le sens d’un Sacrifice d’Alliance avec Dieu, dans la ligne de celui de Moïse au Sinaï. Le problème, c’est qu’il ne pouvait être question pour aucun Juif, même pas pour les disciples, d’envisager le moins du monde la Passion du Christ comme un sacrifice : Jésus n’est pas prêtre, il n’est pas de la tribu de Lévi, et surtout son exécution s’est déroulée hors du Temple, hors même des murs de Jérusalem ; or seul un prêtre pouvait offrir des sacrifices à Dieu et ce ne pouvait être que dans le Temple de Jérusalem. Enfin, et c’est beaucoup plus grave, il n’était pas possible en Israël d’envisager la mort d’un homme comme un sacrifice susceptible de plaire à Dieu : il y avait des siècles qu’on savait cela. Ceux qui ont exécuté Jésus n’ont jamais eu l’intention d’accomplir un sacrifice : ils ont cru se débarrasser purement et simplement d’un mauvais Juif qui, à leurs yeux, troublait la vie et la religion du peuple d’Israël.

UN SACRIFICE NOUVEAU POUR UNE ALLIANCE NOUVELLE
Pourtant, c’est clair, Jésus, lui, donne à sa mort le sens d’un sacrifice, le sacrifice de l’Alliance nouvelle : mais en donnant désormais un tout autre sens au mot « sacrifice ». Là, il est dans la droite ligne du prophète Osée qui avait bien dit : « Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes » (Os 6,6). A bien comprendre Osée, le vrai sens du mot « sacrifier » (sacrum facere, en latin, faire sacré) c’est tout simplement connaître Dieu et lui ressembler en faisant oeuvre de miséricorde ; les deux vont ensemble, c’est clair. Jésus est venu nous montrer jusqu’où va cette miséricorde de Dieu : elle va jusqu’à pardonner à ceux qui tuent le maître de la Vie. Désormais, ceux qui veulent bien regarder vers le Crucifié, et y reconnaître le vrai visage de Dieu, sont frères du Christ : ils connaissent, tel qu’il est vraiment, le Dieu de tendresse et de pitié, et, à leur tour, ils peuvent vivre,  dans la tendresse et la pitié. Finalement, c’est cela, être des hommes libres. Parce que nos pires chaînes sont celles que nous dressons entre nous.
Voilà la vie nouvelle à laquelle nous sommes invités et qui est symbolisée par le pain sans levain, le pain azyme : c’est la raison pour laquelle notre Eglise est restée fermement attachée à la tradition des pains azymes pour fabriquer les hosties ; quand Jésus a dit  « Ceci est mon Corps », il avait entre les mains un morceau de pain sans levain, une « matsah » : il annonçait ainsi une nouvelle manière d’être homme, pure, c’est-à-dire libre. Il nous invitait, comme dit la lettre aux Ephésiens, à « nous revêtir de l’homme nouveau, créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. » (Ep 4,24).
Dans ce sens-là, Jésus peut bien être comparé à l’agneau pascal : non pas qu’il serait une victime égorgée pour plaire à Dieu, mais parce que le sang de l’agneau pascal signait l’Alliance entre le Dieu libérateur et son peuple ; le nouvel agneau pascal, parce qu’il dévoile enfin aux yeux des hommes le Vrai Visage de Dieu libère les hommes de toutes leurs fausses images de Dieu et alors l’Alliance est possible. C’est parce qu’il est en lui-même l’incarnation de l’Alliance qu’il peut vivre tous ces événements en homme libre « Ma vie, on ne me la prend pas, c’est moi qui la donne. »
L’acceptation libre, volontaire de sa mort, est bien le summum de la liberté ; il en a la force parce que, pas un instant, il ne doute de son Père. C’est sur ce chemin-là qu’il nous entraîne.
Désormais, pour participer aux « biens à venir » (deuxième lecture), nous accomplissons ce que Jésus nous a dit de faire « en mémoire de lui ». Ces « biens à venir », c’est l’humanité enfin rassemblée dans l’amour autour de lui au point de ne faire qu’un seul Corps ; pour être en union avec Dieu, il nous suffit désormais d’être en communion avec Jésus-Christ.
———————–
Compléments
Voici l’une des prières qui est dite pendant le repas pascal juif : « Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui fais sortir le pain de la terre. Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui nous as sanctifiés par tes ordonnances, et nous ordonnas de manger le pain azyme. »
Saint Paul : « Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain. Car le Christ, notre Pâque, a été immolé. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni avec du levain de méchanceté et de perversité, mais avec des pains sans levain : dans la pureté et dans la vérité. » (1 Co 5,6-8).

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Dimanche 28 février 2021 : 2ème dimanche du Temps de Carême : lectures et commentaires

Dimanche 28 février 2021 :

2ème dimanche du Temps de Carême

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – livre de la Genèse 22,1-2. 9a. 10-13. 15-18

1             En ces jours-là,
Dieu mit Abraham à l’épreuve.
Il lui dit : « Abraham ! »
Celui-ci répondit : « Me voici ! »
2          Dieu dit :
« Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac,
va au pays de Moriah,
et là tu l’offriras en holocauste
sur la montagne que je t’indiquerai. »
9             Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué.
Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois ;
puis il lia son fils Isaac
et le mit sur l’autel par-dessus le bois.
10        Abraham étendit la main
et saisit le couteau pour immoler son fils.
11        Mais l’Ange du SEIGNEUR l’appela du haut du ciel et dit :
« Abraham ! Abraham ! »
Il répondit : « Me voici ! »
12        L’Ange lui dit :
« Ne porte pas la main sur le garçon !
Ne lui fais aucun mal !
Je sais maintenant que tu crains Dieu :
tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »
13      Abraham leva les yeux et vit un bélier
retenu par les cornes dans un buisson.
Il alla prendre le bélier
et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
15          Du  ciel, l’Ange du SEIGNEUR appela une seconde fois Abraham :
16        Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du SEIGNEUR :
parce que tu as fait cela,
parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique,
17        je te comblerai de bénédictions,
je rendrai  ta descendance aussi nombreuse
que les étoiles du ciel
et que le sable au bord de la mer,
et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis.
18        Puisque tu as écouté ma voix,
toutes les nations de la terre
s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction
par le nom de ta descendance. »

UN TEXTE A LIRE DANS LA FOI
Le malheur de ce texte, c’est qu’il y a deux manières de le lire ! La manière épouvantable qui imagine Dieu donnant un ordre à Abraham pour le seul plaisir de voir si Abraham obéira… et seulement ensuite, arrive le contr’ordre : « Ne porte pas la main sur l’enfant »…
On a envie de dire : Il était temps ! Et, toujours dans cette même optique, (épouvantable !) on pense que, parce qu’Abraham s’est bien conduit, parce qu’il a fait ce qui lui était commandé (deux fois de suite, il répond seulement « me voici »…), Dieu lui promet monts et merveilles.
Mais, cela, c’est une lecture païenne ! Avec un Dieu qui nous attend au tournant et qui récompense et punit souverainement… un Dieu tel que nous l’imaginons parfois, et pas tel qu’Il est vraiment.
La lecture de la foi est toute différente ; vous savez, comme on dit qu’on regarde celui ou celle qu’on aime avec les « yeux de l’amour », il existe des « yeux de la foi ». D’ailleurs, si nous avions eu le temps de lire ce texte en entier, tel que la Bible le raconte (ici, nous avons eu la lecture liturgique qui est malheureusement très abrégée), vous auriez constaté que le thème du regard est très présent dans ces lignes : les mots « voir, regarder, lever les yeux » reviennent tout le temps ; le nom même de Moriah est un jeu de mots sur le verbe voir : il veut dire à la fois « Le SEIGNEUR voit » et « Le SEIGNEUR est vu ». Manière de dire que la foi est un peu comme une paire de lunettes qu’on chausse pour regarder Dieu et le monde.
Donc, si vous voulez bien, je vous propose une lecture croyante de ce texte, une lecture avec les yeux de la foi.
Premièrement, quand ce texte est écrit, il y a mille ans au moins que tout le monde sait qu’Isaac n’a pas été tué par Abraham, et qu’il a au contraire vécu jusqu’à un âge très avancé. L’auteur de ce récit ne nous propose donc pas une sorte de film à suspense.
Sur ce point, on peut penser que certains tableaux représentant l’offrande d’Isaac forcent un peu trop le trait sur ce suspense.
Deuxièmement, quand ce texte est écrit (seulement vers 700 av. J. C. alors qu’Abraham a vécu au deuxième millénaire av. J. C.), on sait parfaitement bien que Dieu refuse absolument les sacrifices humains !1 Et cela depuis toujours. On sait aussi qu’il est bien difficile d’obéir à cette interdiction quand les peuples environnants pratiquent, eux, des sacrifices humains. Cela exige une conversion du regard de l’homme sur Dieu. Et donc les descendants d’Abraham lisent ce texte comme le récit de la conversion du regard d’Abraham sur Dieu ; un peu comme si Dieu lui disait : « Quel regard as-tu sur moi, Abraham, quand je te demande un sacrifice ? Imagines-tu un Dieu qui veut la mort de ton enfant ? Eh bien, tu te trompes ! Pourtant, j’ai tout fait pour te rappeler que je n’ai pas oublié ma Promesse de te donner une descendance, par ce fils, précisément. »
Cette fameuse Promesse, nous la connaissons par les chapitres précédents du livre de la Genèse : « Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom… En toi seront bénies toutes les familles de la terre… Je multiplierai ta descendance comme la poussière de la terre… Contemple le ciel, compte les étoiles si tu peux les compter : telle sera ta descendance… C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom… » (toutes ces promesses se trouvent dans les chapitres 12 à 21 de la Genèse).

DIEU N’A PAS OUBLIE SA PROMESSE
Au moment d’éprouver Abraham, Dieu prend soin de lui rappeler cette promesse pour lui montrer qu’il ne l’a pas oubliée. Cela commence dès le premier mot : « Abraham… ». Dieu l’appelle, non par son nom de naissance, Abram, mais par le nom qu’Il lui a donné depuis qu’ils ont fait Alliance, « Abraham » qui veut dire « Père des multitudes ». « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… »
Dans la lecture païenne, on dira : non seulement Dieu lui demande une chose horrible, mais en plus il s’amuse à « retourner le fer dans la plaie », comme on dit…
L’autre lecture c’est : si Dieu insiste « ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac… », c’est une manière de dire : Je n’ai pas oublié ma Promesse, je n’ai pas oublié que c’est sur lui, Isaac, que tous nos espoirs reposent… « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… »
Isaac, son nom veut dire « l’enfant du rire » : rappelle-toi, Abraham, tu as ri quand je te l’ai promis ; et Sara aussi a ri… tu n’y croyais plus à cette naissance, à ton âge, et elle est venue, parce que je te l’ai promis. « Ton Unique », c’est par lui et par lui seul que la Promesse se réalisera, par qui ta descendance naîtra… » Une descendance aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre (Gn 13), aussi nombreuse que les étoiles (Gn 15).
Vous avez remarqué, certainement, au passage, que j’ai employé une curieuse formule ; j’ai imaginé que Dieu dit à Abraham « C’est sur Isaac que tous nos espoirs reposent … » : elle est là la différence entre la lecture païenne et la lecture de la foi : le païen soupçonne Dieu de se désintéresser de lui ; le croyant, lui au contraire, découvre que l’espoir de l’homme peut être aussi l’espoir de Dieu, il croit que les intérêts de l’humanité et ceux de Dieu sont les mêmes, puisque Dieu s’est engagé dans l’aventure de l’Alliance ; croire, j’y reviens toujours, c’est croire, malgré tout ce qui peut arriver, que le dessein de Dieu n’est que bienveillant !
Justement, Abraham avait la foi jusque-là ; jusqu’à croire que, d’une manière qui lui échappait, mais d’une manière certaine, Dieu accomplirait sa Promesse de lui donner une descendance, par Isaac et non par un autre ; et c’est pour cela qu’Abraham est donné en exemple à ses descendants ; et c’est pour cela aussi que Dieu a pu éprouver sa foi jusque-là.
Et, du coup, grâce à cette foi invincible d’Abraham, un tournant unique, décisif a été franchi dans l’histoire de la Révélation. Abraham a découvert que quand Dieu dit « sacrifie », il ne dit pas « tue » ; comme si le sang lui faisait plaisir ! Dieu a bien dit à Abraham « offre-moi ton fils en sacrifice » ; et Abraham a découvert que cela veut seulement dire « fais-le vivre, sans jamais oublier que c’est moi qui te l’ai donné ». Désormais, on saura pour toujours en Israël que Dieu ne veut jamais la mort de l’homme, sous aucun motif.
Alors, parce qu’Abraham n’a pas quitté la confiance, il peut réentendre à nouveau la promesse dont il n’a jamais douté : « Je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance tiendra les places fortes de ses ennemis. Puisque tu m’as obéi, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. » Ce qui est l’exacte reprise des promesses des chapitres 12 à 21 de la Genèse .
Encore aujourd’hui, cette promesse de Dieu n’est pas accomplie : la descendance innombrable existe, certes, mais qu’elle soit source de bénédictions pour l’humanité tout entière à commencer par elle-même, c’est encore à venir ! Quand on voit quelle est la rudesse des luttes entre les descendants eux-mêmes ! Méritent d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient que la Promesse de Dieu se réalisera, quoi qu’il arrive, simplement parce que Dieu l’a promis et qu’il est fidèle. Ou plutôt… Méritent, à vrai dire, d’être appelés « fils d’Abraham » aujourd’hui ceux qui croient à cette Promesse et oeuvrent  de toutes leurs forces pour qu’elle advienne !

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Note
1 – Sur l’interdiction des sacrifices humains, lire Dt 18,10 ; Jr 7,31 ; Jr 19,5. On peut penser que ce récit concernant l’offrande d’Isaac (ce que les Juifs appellent la « ligature d’Isaac ») a été composé pour rassurer les croyants à qui l’on rappelait l’interdiction des sacrifices humains. A une époque où la tentation réapparaissait d’imiter cette pratique en usage dans les peuples voisins, on rappelait l’exemple d’Abraham : lui, le modèle des croyants, avait compris que Dieu n’en a jamais voulu.

 

PSAUME – 115 (116), 10. 15, 16ac-17, 18-19

10        Je crois, et je parlerai,
moi qui ai beaucoup souffert.
15        Il en coûte au SEIGNEUR !
de voir mourir les siens !

16        Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?
17        Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.

18        Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR,
oui, devant tout son peuple,
19        à l’entrée de la maison du SEIGNEUR,
au milieu de Jérusalem !

IL EN COUTE AU SEIGNEUR DE VOIR MOURIR LES SIENS
C’est le peuple croyant qui parle ; il a expérimenté, au sein même de la souffrance, que Dieu était son allié « Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert… moi dont tu brisas les chaînes ». La souffrance dont il parle, c’est celle de l’esclavage en Egypte : dix fois Pharaon a promis la liberté, mais toujours en définitive, il s’est comporté en ennemi ; seul Dieu a soutenu l’effort de libération de son peuple, et a couvert sa fuite.
Je vous cite les premiers versets que nous n’avons pas lus aujourd’hui et qui expliquent ce contexte : « Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert, moi qui ai dit dans mon trouble : l’homme n’est que mensonge. Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? (verset 12). Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes ? »
Les chaînes dont le peuple d’Israël parle ici, ce sont celles de l’Egypte ; mais au cours des siècles, on a connu bien d’autres chaînes, bien d’autres esclavages. Et chacun de nous sait que, même apparemment libre, on peut se forger des chaînes.
C’en est une, entre autres, et bien pire encore, que d’avoir une fausse image de Dieu : d’imaginer un Dieu qui serait rival de l’homme, par exemple (comme la mythologie mésopotamienne) ou d’imaginer un Dieu avide de sacrifices humains par exemple (comme la religion cananéenne). Quand le peuple hébreu s’est installé en Canaan, il a été en contact avec une religion qui exigeait des sacrifices humains ; et il a fallu résister, pas toujours avec succès, à cette contamination. Quand tout va mal, quand on a peur de la guerre, ou d’une catastrophe, on ferait bien n’importe quoi ; et si quelqu’un nous convainc que, pour l’obtenir, il faut satisfaire telle exigence de telle divinité, nous sommes prêts à tout…
C’est comme cela que, au huitième siècle av. J. C., le roi Achaz a sacrifié son fils, croyant qu’il fallait aller jusque-là pour sauver son royaume.
C’est précisément pour cela qu’a été écrit le récit de l’épreuve d’Abraham, dans le livre de la Genèse. La découverte extraordinaire qu’Abraham a faite, c’est : Dieu veut que tout homme vive ; aucune mort ne l’honore, il ne veut pas de ce genre de sacrifices… Et quand on entend dans le psaume « Il en coûte au SEIGNEUR de voir mourir les siens… », on comprend que ce psaume nous soit proposé aujourd’hui, en écho au récit de l’épreuve d’Abraham.
Cette découverte, « Il en coûte au SEIGNEUR de voir mourir les siens… » n’est jamais acquise une fois pour toutes.
Le serpent du Jardin de la Genèse insinuait que Dieu préférerait voir l’homme mourir… et justement le récit biblique affirmait que cette pensée est une tentation à laquelle il ne faut pas succomber.
La tentation renaît sans cesse de voir en Dieu un rival de notre liberté et de notre vie. Lui qui semble pouvoir jouer avec notre vie à sa guise.
Evidemment, notre relation à Dieu dépend de l’image que nous nous faisons de lui :
Dans le schéma païen, on pourrait dire qu’il y a deux étapes : 1) l’homme souhaite quelque chose ; 2) pour l’obtenir, il essaie d’amadouer la divinité par tous les moyens possibles, y compris un sacrifice humain, s’il le faut.
Le psaume d’aujourd’hui traduit l’attitude croyante, qui est un retournement complet de ce schéma : il y a deux étapes, oui, mais inversées.
Premièrement, en Israël, on sait que c’est Dieu qui a l’initiative depuis toujours ; avec Adam, avec Noé, avec Abraham, chaque fois c’est Dieu qui a appelé l’homme à l’existence et à l’Alliance pour le bonheur de l’homme et non pour son profit, à lui, Dieu. Puis, quand le peuple a souffert en Egypte, Dieu est venu à son secours : « Le SEIGNEUR dit à Moïse : J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups des chefs de corvée. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens… Et maintenant, puisque le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi, puisque j’ai vu le poids que les Egyptiens font peser sur eux, va, maintenant ; je t’envoie vers Pharaon, fais sortir d’Egypte mon peuple, les fils d’Israël ». (Ex 3,7… 10). Et Dieu a libéré son peuple.
Deuxièmement, et c’est la conséquence, tout geste de l’homme vis-à-vis de Dieu n’est qu’une réponse ; par exemple, quand le peuple rend grâce, il ne fait que reconnaître l’œuvre  de Dieu ; « Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? »

JE TIENDRAI MES PROMESSES AU SEIGNEUR
Et désormais l’action de grâce se manifestera non seulement par des sacrifices au Temple, mais aussi et surtout par un comportement quotidien fait d’obéissance à la volonté de Dieu. « Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du SEIGNEUR. Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR, oui, devant tout son peuple, à l’entrée de la maison du SEIGNEUR, au milieu de Jérusalem. »
Bien sûr, ce psaume prend tout son sens quand on sait qu’il fait partie des psaumes  du Hallel, (les psaumes 112/113 à 117/118 qui étaient chantés à l’occasion de la fête juive de la Pâque) ; Jésus l’a donc chanté le soir du Jeudi-Saint.
Marc note : « Après avoir chanté les psaumes, (il s’agit des psaumes du jour, donc du Hallel, et en particulier de ce psaume-ci), ils sortirent pour aller au mont des Oliviers. » (Mc 14,26).1
Et ce qui est très frappant, c’est la parenté entre ce psaume que Jésus a chanté le Jeudi soir et celui qu’il dira sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (le psaume 21/22). L’un et l’autre évoquent la douleur : nous venons d’entendre le cri du psaume 21/22 (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »), et je vous rappelle le premier verset d’aujourd’hui : « Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert ». L’un et l’autre se terminent par l’action de grâce, et presque dans les mêmes termes ; Psaume 21/22 : « Tu seras ma louange dans la grande assemblée ; devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses… Vous qui le craignez, louez le SEIGNEUR, glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob… Car il n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s’est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte ».
En écho, notre psaume d’aujourd’hui, reprend la même résolution : « Je tiendrai mes promesses2 au SEIGNEUR, oui, devant tout son peuple, à l’entrée de la maison du SEIGNEUR, au milieu de Jérusalem !
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Notes
1 – Les psaumes 112/113 et 113/114 sont chantés au début du repas pascal, les psaumes 114/115 à 117/118, à la fin.
2 – On peut penser que le psaume 115/116 est un ex-voto tout comme le psaume 21/22.

 

DEUXIEME LECTURE – lettre de Saint Paul aux Romains 8, 31b-34

Frères,
31        si Dieu est pour nous,
qui sera contre nous  ?
32        Il n’a pas épargné son propre Fils,
mais il l’a livré pour nous tous :
comment pourrait-il,
avec lui, ne pas nous donner tout ?
33        Qui accusera ceux que Dieu a choisis ?
Dieu est celui qui rend juste :
34        alors, qui pourra condamner ?
Le Christ Jésus est mort ;
bien plus, il est ressuscité,
il est à la droite de Dieu,
il intercède pour nous.

DIEU A TELLEMENT AIME LE MONDE
Ces quelques lignes sont extraites d’une longue contemplation émerveillée de Paul : Dieu a tellement aimé les hommes qu’il n’hésite pas à leur livrer son Fils ; celui-ci a tellement aimé les hommes qu’il s’est abandonné entre leurs mains ; désormais son Esprit est en nous et plus rien ne peut nous séparer de l’Amour infini du Père, du Fils et de l’Esprit. Et, dans la lettre de Paul, le paragraphe que nous lisons ici commence par les mots « Que dire de plus ? »
Arrivé là, peut-être devine-t-il la question que beaucoup d’entre nous se posent : « Vous ne parlez que d’amour, mais où est la justice de Dieu là-dedans ? » Alors Paul développe ce thème de la justice de Dieu ; vous avez entendu les mots « accuser, justifier, condamner » : ils suggèrent le cadre d’un procès. Paul imagine l’humanité comparaissant devant un tribunal. Et là, une fois encore, il est en droite ligne de l’Ancien Testament ; car le thème du jugement de Dieu court tout au long de l’histoire biblique ; et comme tous les autres mots du vocabulaire de la foi, celui de « jugement » a changé de sens au fur et à mesure que les croyants découvraient le vrai visage de Dieu. Nous, hommes, nous imaginons toujours la justice en forme de balance ; mais le Dieu tout-Autre a une tout autre conception de la justice. Son jugement n’est jamais condamnation, emprisonnement, mais toujours salut, libération.
L’un des plus beaux textes dans ce sens est peut-être le premier chant du Serviteur dans le livre d’Isaïe : « Voici mon serviteur… j’ai mis mon Esprit sur lui. Pour les nations, il fera paraître le jugement, il ne criera pas, il n’élèvera pas le ton, il ne fera pas entendre sa clameur ; il ne brisera pas le roseau ployé, il n’éteindra pas la mèche qui s’étiole ; à coup sûr, il fera paraître le jugement. » (Is 42,1-3). C’est un jugement tout en douceur qui nous est décrit là. Et Isaïe dit un peu plus loin ce que sera le verdict : le Serviteur va « ouvrir les yeux aveuglés, tirer du cachot le prisonnier, de la maison d’arrêt, les habitants des ténèbres. » (Is 42,7). Autrement dit, le jugement de Dieu est une levée d’écrou. Assortie cependant d’un envoi en mission pour aller annoncer à l’humanité tout entière jusqu’où va l’amour de Dieu.
Alors, dit Paul, « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Qui pourrait bien se permettre d’être contre nous ? Qui pourrait se permettre de juger à la place de Dieu ? « Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Puisque c’est Dieu qui justifie. » Or la preuve que « Dieu est pour nous », il nous l’a donnée en livrant son Fils entre nos mains : « Il n’a pas épargné son propre Fils, mais Il l’a livré pour nous tous » ; il n’a pas « éloigné cette coupe » comme le Christ le demandait à Gethsémani ; il ne l’a pas fait échapper miraculeusement à la haine des hommes.
« Il l’a livré » : en bonne logique, avant la venue du Christ, la situation de l’humanité était sans issue : c’est le thème que Saint Paul développe dans ses huit premiers chapitres ; les hommes se sont enfermés dans une sorte d’esclavage ; les païens sont esclaves d’idoles, des dieux qui n’en sont pas, et cela leur inspire toute sorte de conduites aberrantes, de fanatismes, de haines, de désordres ; quant aux Juifs, pourtant bénéficiaires de la révélation, et pourtant de bonne foi, ils se sont rendus esclaves de la Loi, ils n’ont pas su reconnaître le Christ ; ils l’ont sacrifié à une fausse interprétation de la Loi.

DIEU VEUT QUE TOUS LES HOMMES SOIENT SAUVES
Face à ce désastre, à cet échec de l’humanité, c’est Dieu qui a pris l’initiative de nous donner un Sauveur ; ce que l’homme était incapable de faire par lui-même pour son salut, Dieu l’a réalisé. Le comble : c’est au nom même de la Loi donnée par Dieu que le fils de Dieu a été exécuté comme s’il était un pécheur public ; et Dieu laisse faire cette folie humaine. La croix manifeste l’amour du Père autant qu’elle manifeste l’amour du Fils : Dieu laisse faire pour que nous découvrions jusqu’où va son amour pour nous. C’est en contemplant la mort du Christ que nous pouvons enfin ouvrir les yeux sur l’immensité de l’amour de Dieu.
« Il l’a livré pour nous tous » : c’est l’une des grandes insistances de Paul : « pour tous » ; l’amour, par hypothèse, est gratuit. La lettre aux Ephésiens (reprenant une phrase de Ben Sirac) dit : « Le Maître est dans les cieux et il ne fait aucune différence entre les hommes » (Ep 6,9). La lettre à Timothée y insiste : « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il n’y a qu’un seul Dieu, qu’un seul médiateur aussi entre Dieu et les hommes, un homme, Christ Jésus, qui s’est donné en rançon pour tous. » (1 Tm 2,4-6). Et vous savez bien que le mot « rançon » veut dire « libération » ; il s’agit de nous libérer définitivement de notre effroyable méprise : nous n’arrivons jamais à croire que Dieu n’est qu’amour. Et justement, le salut, c’est d’ouvrir enfin les yeux. Dans la lettre à Timothée que je citais il y a un instant, il faut lire : « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés c’est-à-dire parviennent à la connaissance de la vérité », cette vérité que Dieu est Amour.
Un peu plus haut, dans cette lettre aux Romains, Paul affirme : « Maintenant, la justice de Dieu a été manifestée… il n’y a pas de différence : tous ont péché, sont privés de la gloire de Dieu, mais sont gratuitement justifiés par sa grâce, en vertu de la délivrance accomplie en Jésus-Christ ». (Rm 3,21… 24). Et la lettre aux Ephésiens, reprend une phrase superbe d’Isaïe : « Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches » (Ep 2,17). Enfin, Paul termine ce chapitre en disant : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » (Rm 8,39).
La grande phrase du Carême c’est « convertissez-vous, croyez à la Bonne Nouvelle ! » Voilà que la Nouvelle est encore bien meilleure que nous n’osons le croire.

EVANGILE – selon saint Marc 9, 2 – 10

En ce temps-là,
2          Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean,
et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne.
Et il fut transfiguré devant eux.
3          Ses vêtements devinrent resplendissants,
d’une blancheur telle
que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
4          Elie leur apparut avec Moïse,
et tous deux s’entretenaient avec Jésus.
5          Pierre alors prend la parole
et dit à Jésus :
« Rabbi, il est bon que nous soyons ici !
Dressons donc trois tentes :
une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie. »
6          De fait, Pierre ne savait que dire,
tant leur frayeur était grande.
7          Survint une nuée qui les couvrit de son ombre,
et de la nuée une voix se fit entendre :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ;
écoutez-le ! »
8          Soudain, regardant tout autour,
ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
9          Ils descendirent de la montagne,
et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu,
avant que le Fils de l’homme
soit ressuscité d’entre les morts.
10        Et ils restèrent fermement attachés à cette parole,
tout en se demandant entre eux ce que voulait dire :
« ressusciter d’entre les morts ».

JESUS LEUR ORDONNA DE NE RACONTER A PERSONNE
Chaque année, le deuxième dimanche de Carême nous fait relire l’un des trois récits de la Transfiguration   dans les évangiles ; je ne m’attacherai donc ici qu’à un aspect de ce texte de Marc, un aspect un peu surprenant, il faut bien le dire : « Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » On peut se demander pourquoi Jésus donne une telle consigne de secret à ses disciples.
Tout d’abord, qu’ont-ils vu ? Jésus leur est apparu ici en gloire sur une montagne entre deux des plus grandes figures d’Israël : Moïse le libérateur, celui qui a transmis la Loi ; et Elie le prophète de l’Horeb. Nous qui connaissons la fin de l’histoire, si j’ose dire, nous savons (ce que les disciples ne savent pas encore) que, quelque temps plus tard, Jésus sera sur une autre montagne, crucifié entre deux brigands.
Jésus, lui, sait bien que la plus grande difficulté de la foi des apôtres sera de reconnaître dans ces deux visages du Messie l’image même du Père : « Qui m’a vu a vu le Père » dira Jésus à Philippe la veille de sa mort. (Jn 14,9). Je crois qu’on a là une phrase-clé du mystère du Christ.
Car ces deux images, la gloire et la souffrance, sont les deux faces du même amour de Dieu pour l’humanité tel qu’il s’est incarné en Jésus-Christ ; comme dit Saint Paul dans la lettre aux Romains, l’amour de Dieu est « manifesté » (rendu visible) en Jésus-Christ (Rm 8,39). Et, à plusieurs reprises, Jésus lui-même a fait le lien entre gloire et souffrance en parlant du Fils de l’homme ; mais il est encore trop tôt pour que les disciples comprennent et acceptent ce mystère  du Messie  souffrant. C’est pour cela, probablement, que Jésus leur recommande de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, « jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts ».
Je reprends cette phrase : « Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » Et Marc nous dit qu’ils ont obéi tout en se demandant ce que pouvait bien vouloir dire « ressusciter d’entre les morts ». On peut penser que les disciples croyaient bien à la résurrection des morts, comme la majorité des Juifs de leur époque, mais qu’ils l’imaginaient seulement pour la fin des temps. Et donc, ils ne voyaient peut-être pas le sens de cette consigne de silence « jusqu’à la résurrection   des morts » c’est-à-dire « jusqu’à la fin des temps » !
Autre surprise pour eux, certainement, ce titre de Fils de l’homme que, visiblement, Jésus s’attribuait à lui-même : quand il parlait du Fils de l’homme, on pensait tout de suite au prophète Daniel qui parlait du Messie en l’appelant « fils d’homme » ; mais ce « fils d’homme » était en réalité un être collectif, puisque le prophète l’appelait aussi « le peuple des Saints du Très-Haut » ; à l’époque de Jésus, cette idée d’un Messie collectif était courante dans certains milieux, dans lesquels on parlait volontiers aussi du Reste d’Israël, c’est-à-dire le petit noyau fidèle qui sauverait le monde.
Mais, évidemment, Jésus, à lui tout seul, ne pouvait pas être considéré comme un être collectif ! Là encore, il faudra attendre la Résurrection et même la Pentecôte pour que les disciples de Jésus de Nazareth comprennent que Jésus a pris la tête du « peuple des Saints du Très-Haut » et que tous les baptisés de par le monde sont invités à ne faire qu’un avec lui pour sauver l’humanité.
Deux bonnes raisons donc pour les inviter à ne pas raconter tout de suite ce qu’ils n’avaient pas encore compris. En attendant, il leur est demandé d’écouter, seul chemin pour entrer dans les mystères de Dieu. « Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, écoutez-le ».

« CELUI-CI EST MON FILS BIEN-AIME, ECOUTEZ-LE »
L’expression « Ecoutez-le » retentit aux oreilles des apôtres comme un écho de cette profession de foi qu’ils récitent tous les jours, puisqu’ils sont Juifs, « Shema Israël », « Ecoute Israël ». C’est un appel à la confiance quoi qu’il arrive. Confiance qui sera durement éprouvée dans les mois qui viennent : car la Transfiguration a lieu au moment-charnière du ministère de Jésus : le ministère en Galilée se termine, Jésus va maintenant prendre le chemin de Jérusalem et de la croix. Le titre de « Bien-Aimé » va dans le même sens : car c’était l’un des noms que le prophète Isaïe donnait à celui qu’il appelait le Serviteur de Dieu ; il disait que ce Messie connaîtrait la souffrance et la persécution pour sauver son peuple.
Mais Jésus estime que tout cela doit encore demeurer secret : précisément parce que les disciples ne sont pas encore prêts à comprendre (et les foules encore moins) le mystère de la Personne du Christ : cette lueur de gloire de la Transfiguration ne doit pas tromper ceux qui en ont été spectateurs : ce n’est pas la marque du succès et de la gloire à la manière humaine, c’est le rayonnement de l’amour ; on est loin des rêves de triomphe politique et de puissance magique qui habitent encore les apôtres et qui les habiteront jusqu’à la fin. En leur donnant cette consigne de silence, Jésus leur fait entrevoir que seule la Résurrection éclairera son mystère   Pour l’instant, il faut redescendre de la montagne, résister à la tentation de s’installer ici à l’écart, sous la tente, mais au contraire affronter l’hostilité, la persécution, la mort.
La vision s’est effacée : « Ils ne virent plus désormais que Jésus seul » ; cette phrase résonne comme un rappel de la réalité présente, inéluctable. La gloire du Christ, bien réelle, ne le dispense pas des exigences de sa mission. Peut-être la consigne de silence qu’il donne à ses disciples traduit-elle sa volonté de ne pas se soustraire à ce qui l’attend et de surmonter pour lui-même la tentation d’y échapper ?

EUCHARISTIE, EVANGILE SELON SAINT JEAN, EVANGILE SELON SAINT LUC, JEUDI SAINT, LETTRE DE SAINT PAUL AUX CORINTHIENS, LIVRE D'ISAÎE, LIVRE D'ISAÏE, LIVRE DE L'APOCALYPSE, LIVRE DE L'EXODE, PSAUME 115, PSAUME 88

Jeudi Saint : Messe chrismale, lavement des pieds et institution de la Cène

18 AVRIL 2019

Jeudi Saint — 

 

MESSE CHRISMALE

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PREMIÈRE LECTURE

Le Seigneur m’a consacré par l’onction, il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, et leur donner l’huile de joie

Lecture du livre du prophète Isaïe (61, 1-3a.8b-9)

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles,
guérir ceux qui ont le cœur brisé,
proclamer aux captifs leur délivrance,
aux prisonniers leur libération,
proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur,
et un jour de vengeance pour notre Dieu,
consoler tous ceux qui sont en deuil,
ceux qui sont en deuil dans Sion,
mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre,
l’huile de joie au lieu du deuil,
un habit de fête au lieu d’un esprit abattu.
Vous serez appelés « Prêtres du Seigneur » ;
on vous dira « Servants de notre Dieu ».
Loyalement, je vous donnerai la récompense,
je conclurai avec vous une alliance éternelle.
Vos descendants seront connus parmi les nations,
et votre postérité, au milieu des peuples.
Qui les verra pourra reconnaître
la descendance bénie du Seigneur.

  

PSAUME

(88 (89), 20ab.21, 22.25, 27.29)

Autrefois, tu as parlé à tes amis,
dans une vision tu leur as dit :
« J’ai trouvé David, mon serviteur,
je l’ai sacré avec mon huile sainte.

« Ma main sera pour toujours avec lui,
mon bras fortifiera son courage.
Mon amour et ma fidélité sont avec lui,
mon nom accroît sa vigueur.

« Il me dira : “Tu es mon Père,
mon Dieu, mon roc et mon salut !”
Sans fin je lui garderai mon amour,
mon alliance avec lui sera fidèle. »

  

DEUXIÈME LECTURE

« Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père »

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (1, 5-8)

Que la grâce et la paix vous soient données
de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle,
le premier-né des morts,
le prince des rois de la terre.

À lui qui nous aime,
qui nous a délivrés de nos péchés par son sang,
qui a fait de nous un royaume
et des prêtres pour son Dieu et Père,
à lui, la gloire et la souveraineté
pour les siècles des siècles. Amen.
Voici qu’il vient avec les nuées,
tout œil le verra,
ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ;
et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre.
Oui ! Amen !

Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga,
dit le Seigneur Dieu,
Celui qui est, qui était et qui vient,
le Souverain de l’univers.

  

ÉVANGILE

« L’Esprit du Seigneur est sur moi ; il m’a consacré par l’onction »

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (4, 16-21)

En ce temps-là,
Jésus vint à Nazareth, où il avait été élevé.
Selon son habitude,
il entra dans la synagogue le jour du sabbat,
et il se leva pour faire la lecture.
On lui remit le livre du prophète Isaïe.
Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération,
et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
remettre en liberté les opprimés,
annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.

Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture
que vous venez d’entendre. »

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MESSE DU SOIR

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PREMIÈRE LECTURE

Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)

Lecture du livre de l’Exode (12, 1-8.11-14)

En ces jours-là, dans le pays d’Égypte,
le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci
sera pour vous le premier des mois,
il marquera pour vous le commencement de l’année.
Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël :
le dix de ce mois,
que l’on prenne un agneau par famille,
un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau,
elle le prendra avec son voisin le plus proche,
selon le nombre des personnes.
Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année.
Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois.
Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël,
on l’immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang,
que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau
des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là,
on la mangera rôtie au feu,
avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins,
les sandales aux pieds,
le bâton à la main.
Vous mangerez en toute hâte :
c’est la Pâque du Seigneur.
Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ;
je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte,
depuis les hommes jusqu’au bétail.
Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements :
Je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe,
sur les maisons où vous serez.
Je verrai le sang, et je passerai :
vous ne serez pas atteints par le fléau
dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là
sera pour vous un mémorial.
Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage.
C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

  

PSAUME

(115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

  

DEUXIÈME LECTURE

« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur »

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (11, 23-26)

Frères,
moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,
et je vous l’ai transmis :
la nuit où il était livré,
le Seigneur Jésus prit du pain,
puis, ayant rendu grâce,
il le rompit, et dit :
« Ceci est mon corps, qui est pour vous.
Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe,
en disant :
« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.
Chaque fois que vous en boirez,
faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu’à ce qu’il vienne.

  

ÉVANGILE

« Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (13, 1-15)

Avant la fête de la Pâque,
sachant que l’heure était venue pour lui
de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,
les aima jusqu’au bout.

Au cours du repas,
alors que le diable
a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote,
l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains,
qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
se lève de table, dépose son vêtement,
et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre,
qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit :
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;
plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit :
« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit :
« Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre
lui dit :
« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit :
« Quand on vient de prendre un bain,
on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :
on est pur tout entier.
Vous-mêmes,
vous êtes purs,
mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ;
et c’est pourquoi il disait :
« Vous n’êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds,
il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit :
« Comprenez-vous
ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”,
et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds,
vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j’ai fait pour vous. »

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, Non classé, PSAUME 115, PSAUMES

Le Psaume 115

PSAUME 115

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Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert,

moi qui ai dit dans mon trouble : « L’homme n’est que mensonge. »

Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ?

J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur.

Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple !

Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens !

Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, ton serviteur, le fils de ta servante, * moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur.

Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple,

à l’entrée de la maison du Seigneur, au milieu de Jérusalem !