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Dimanche 3 avril 2022 : 5ème dimanche de Carême : lectures et commentaires

Dimanche 3 avril 2022 : 5ème dimanche de Carême

40-08-05/64
Le Christ et la femme adultere Christ and the adulteress. Pendant to 40-08-05/63, R.F. 1961-81 Canvas, 112 x 179 cm R.F. 1961-80

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Livre d’Isaïe 43, 16-21

16 Ainsi parle le SEIGNEUR,
lui qui fit un chemin dans la mer,
un sentier dans les eaux puissantes,
17 lui qui mit en campagne des chars et des chevaux,
des troupes et de puissants guerriers ;
les voilà tous couchés pour ne plus se relever,
ils se sont éteints, consumés comme une mèche.
Le Seigneur dit :
18 « Ne faites plus mémoire des événements passés,
ne songez plus aux choses d’autrefois.
19 Voici que je fais une chose nouvelle :
elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ?
Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert,
des fleuves dans les lieux arides.
20 Les bêtes sauvages me rendront gloire,
– les chacals et les autruches –
parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert,
des fleuves dans les lieux arides,
pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi.
21 Ce peuple que je me suis façonné
redira ma louange. »

COMME DIEU VOUS A LIBERES D’EGYPTE…
Ce texte est surprenant ! A première vue, il comporte deux parties absolument contradictoires : la première partie est un rappel de la sortie d’Egypte, donc du passé ; la seconde, au contraire, recommande de faire table rase du passé… Mais peut-être pas de n’importe quel passé ? Tout est là. Je reprends ces deux parties l’une après l’autre.
Tout commence par la formule « Ainsi parle le SEIGNEUR », qui annonce toujours des paroles très importantes. Puis vient l’évocation de ce fameux « chemin dans la mer » : « Ainsi parle le SEIGNEUR, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes ». C’est le miracle mémorable de la Mer des Joncs, lorsque les Hébreux s’enfuyaient d’Egypte. Dans tous les livres de la Bible, une évocation de cet ordre est un rappel de cette fameuse nuit de la libération d’Egypte (rapportée par le livre de l’Exode, au chapitre 14). Isaïe précise encore « (le SEIGNEUR), lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, consumés comme une mèche. » Ce sont les Egyptiens, bien sûr, lancés à la poursuite des fuyards. Et Dieu a fait échapper son peuple. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si Isaïe a employé le Nom « SEIGNEUR » (le Tétragramme YHVH), puisque c’est ce nom-là, précisément, qui qualifie le Dieu du Sinaï, notre libérateur.
Voilà donc l’œuvre de Dieu dans le passé. C’est le meilleur soutien de l’espérance d’Israël pour l’avenir. Et c’est de cela qu’Isaïe va parler maintenant : « Voici que je fais une chose nouvelle ». De quoi s’agit-il ? A qui Isaïe promet-il un monde nouveau ? Ici, nous avons besoin de nous remettre dans le contexte historique de cette prédication. Le deuxième Isaïe, celui que nous lisons aujourd’hui, vit au sixième siècle pendant l’Exil à Babylone (qui a duré de 587 à 538 av. J.C.).
Nous avons souvent eu l’occasion d’évoquer cette période qui fut une terrible épreuve. Et, franchement, on ne voyait pas bien pourquoi l’horizon s’éclaircirait ! S’ils sont déportés à Babylone, c’est parce que Nabuchodonosor, roi de Babylone, a vaincu le tout petit royaume juif dont Jérusalem est la capitale. Et pour l’instant les affaires de Nabuchodonosor marchent encore très bien ! Et puis, à supposer que l’on arrive à s’enfuir un jour… de la Babylonie à Jérusalem, il faudrait traverser le désert de Syrie qui couvre des centaines de kilomètres, et en fuyards, c’est-à-dire dans les pires conditions qui soient.
Le prophète a donc fort à faire pour redonner le moral à ses contemporains : mais il le fait si bien qu’on appelle son livre « le livre de la Consolation d’Israël » parce que le chapitre 40 commence par cette phrase superbe : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu » ; et le seul fait de dire « votre Dieu » est un rappel de l’Alliance, une manière de dire « l’Alliance de Dieu n’est pas rompue, Dieu ne vous a pas abandonnés ». Car l’une des formulations de l’Alliance entre Dieu et son peuple était « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu » ; et chaque fois que l’on entend cette expression « mon Dieu » ou « votre Dieu », ce possessif est un rappel de l’Alliance en même temps qu’une profession de foi.
IL VOUS LIBERERA DE BABYLONE
Isaïe va donc, de toutes ses forces, raviver l’espoir chez les exilés : Dieu ne les a pas abandonnés, au contraire, il prépare déjà leur retour au pays. On ne le voit pas encore, mais c’est sûr ! Pourquoi est-ce sûr ? Parce que Dieu est fidèle à son Alliance, parce que, depuis qu’il a choisi ce peuple, il n’a cessé de le libérer, de le maintenir en vie à travers toutes les vicissitudes de son histoire.
Ce sont ces arguments-là qu’Isaïe développe ici : Nabuchodonosor vous fait peur ? Mais Dieu a déjà fait mieux : il vous a délivrés de Pharaon ! Le désert vous fait peur ? Mais le désert du Sinaï, c’était bien pire et Dieu a protégé son peuple tout du long ! Or, vous êtes toujours le peuple de Dieu, son élu. Sous-entendu « ce que Dieu a fait pour vous une fois, il le refera ». Comme il a fait passer son peuple à travers la Mer à pied sec au moment de la sortie d’Egypte, le SEIGNEUR saura faire passer son peuple « à pied sec » à travers toutes les eaux troubles de son histoire.
L’espérance d’Israël s’appuie toujours sur son passé : c’est le sens du mot « Mémorial » ; on fait mémoire de l’œuvre  de Dieu depuis toujours, pour découvrir que cette œuvre  de Dieu se poursuit pour nous aujourd’hui, et pour y puiser la certitude qu’elle se poursuivra demain. Passé, Présent, Avenir : Dieu est à jamais présent aux côtés de son peuple. C’est l’un des sens du Nom de Dieu « Je suis » (sous-entendu, « Je suis avec vous en toutes circonstances).
Je reviens à notre texte : c’est précisément au cours de cette période difficile de l’Exil, au moment où on risquait de s’installer dans la désespérance, que les prophètes ont développé une nouvelle métaphore, celle du germe : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? » dit Isaïe ici. Dans la Bible, ce n’est pas seulement un terme de botanique : à partir de l’expérience éminemment positive d’une minuscule graine capable de devenir un grand arbre, on voit bien comment le mot « germe » a pu devenir en Israël un symbole d’espérance. Le même prophète avait déjà dit équivalemment la même chose au chapitre précédent (preuve qu’il n’était pas inutile de le répéter) : « Je vous annonce de nouveaux événements, avant qu’ils germent, je vous les laisse entendre. » (Is 42,2). Il nous reste à apprendre aujourd’hui à déceler les germes du monde nouveau, du Royaume que Dieu est en train de construire.

PSAUME – 125 (126)

1 Quand le SEIGNEUR ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
2 Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le SEIGNEUR ! »
3 Quelles merveilles le SEIGNEUR fit pour nous :
nous étions en grande fête !

4 Ramène, SEIGNEUR, nos captifs,
comme les torrents au désert.
5 Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

6 Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

QUELLES MERVEILLES LE SEIGNEUR FIT POUR NOUS !
Dans notre première lecture, le prophète Isaïe annonçait le retour au pays du peuple exilé à Babylone… et ce retour a eu lieu ! Très spontanément, on a chanté ce miracle par ce psaume, comme on avait chanté le miracle de la sortie d’Egypte. Vous connaissez l’histoire : en 587, c’est Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui avait conquis Jérusalem et déporté la population ; mais le vainqueur est vaincu à son tour. La nouvelle puissance montante dans cette région, c’est le royaume perse : le roi Cyrus vole de victoire en victoire ; dès avant cette conquête, ses succès sont vus d’un très bon oeil par les captifs de Babylone parce que Cyrus est précédé d’une très bonne réputation : les troupes de Nabuchodonosor, comme beaucoup d’autres, volaient, pillaient, violaient, massacraient, dévastaient… et les populations étaient systématiquement déplacées, déportées ; c’est un phénomène tristement connu à la surface du globe, depuis que le monde est monde.
Cyrus, lui, a une tout autre politique : probablement parce qu’il préfère être le maître de peuples riches, il autorise toutes les populations déplacées à rentrer dans leur pays d’origine, et il leur en donne les moyens : très concrètement, cela veut dire qu’il a conquis Babylone en 539, et que, dès 538, il a renvoyé les Juifs à Jérusalem mais aussi qu’il leur en a donné les moyens sous forme de subventions ; il est même allé jusqu’à restituer les biens du Temple pillés par les hommes de Nabuchodonosor.
Mais vous avez remarqué : on ne dit pas « Quand le roi de Perse Cyrus laissa les exilés rentrer à Sion », on dit « Quand le SEIGNEUR ramena les captifs à Sion*… » : c’est une manière d’affirmer que Dieu reste le maître de l’histoire. Pendant bien longtemps (et c’est encore le cas dans ce texte d’Isaïe), l’Ancien Testament a laissé penser que Dieu tirait toutes les ficelles de l’histoire : manière de dire qu’aucun autre dieu n’agissait sur les événements (il s’agissait alors pour les prophètes de lutter contre l’idolâtrie) ; aujourd’hui, nous pressentons bien, sans savoir l’exprimer de manière satisfaisante, que l’humanité est, partiellement au moins, libre et responsable des événements.
Je reviens à notre psaume : écrit plus tard, on ne sait pas exactement quand, mais bien longtemps peut-être après le retour de l’Exil, il évoque la joie, l’émotion de la libération et du retour. En Exil, là-bas, on en avait tant de fois rêvé… Et quand cela s’est réalisé, on osait à peine y croire : « Quand le SEIGNEUR ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve !… Quelles merveilles le SEIGNEUR fit pour nous : nous étions en grande fête ! »
Et on va jusqu’à s’imaginer que les autres peuples sont eux aussi émerveillés par ce miracle ! « Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le SEIGNEUR ! »… Soyons francs « les nations », comme on dit, c’est-à-dire les peuples païens, ont peut-être d’autres sujets de préoccupation : en fait, cette affirmation que même les païens s’inclinent devant l’œuvre  de Dieu pour son peuple élu est pour Israël un double rappel qui n’a rien à voir avec de la prétention ; il s’agit d’affirmer deux choses : premièrement une infinie reconnaissance pour la gratuité du choix de Dieu ; deuxièmement, on n’oublie jamais que le peuple élu l’est pour le monde : sa vocation est d’être un peuple témoin de l’œuvre  de Dieu, justement. Cette vocation, c’est pendant l’Exil, précisément, qu’on en a pris conscience.
La gratuité du choix de Dieu, d’abord, est un sujet toujours renouvelé d’étonnement : « Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le SEIGNEUR ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Il t’a été donné de voir tout cela pour que tu saches que c’est le SEIGNEUR qui est Dieu, il n’y en a pas d’autre. » (Dt 4,32-35).
Dans le psaume, cet émerveillement devant le choix de Dieu est traduit en français par le mot « merveilles » ; lequel fait toujours référence à l’œuvre  de libération de Dieu et d’abord à la libération d’Egypte. Les mots « exploit », « œuvre  », « hauts faits », « merveilles » que l’on rencontre souvent dans les psaumes sont toujours un rappel de l’Exode, c’est-à-dire la libération d’Egypte. Ici, il s’y ajoute la nouvelle œuvre  de libération de Dieu, la fin de l’Exil.
RAMENE, SEIGNEUR, TOUS LES CAPTIFS
Cette libération de l’Exil est ressentie par le peuple comme une véritable résurrection : pour l’exprimer, le psalmiste utilise deux images : première image, « les torrents au désert » : « Ramène, SEIGNEUR, nos captifs, comme les torrents au désert. » ; au sud de Jérusalem, le Néguev est un désert ; mais au printemps, des torrents dévalent les pentes et tout-à-coup éclosent des myriades de fleurs. Deuxième image, « la semence » : quand le grain de blé est semé en terre, c’est pour y pourrir, apparemment y mourir… quand viennent les épis, c’est comme une naissance… cette image est d’autant plus valable que le retour des exilés signifie pour la terre elle-même une véritable renaissance.
Dernière remarque, quand on chante ce psaume, le retour de l’Exil à Babylone est déjà loin dans le temps ; alors, pourquoi en parler encore ? Là-bas, on ne chante jamais le passé pour le seul plaisir de faire de l’histoire : il y a toujours un message pour l’avenir ; car cette libération, ce retour à la vie que l’on peut dater historiquement… devient une raison d’espérer d’autres résurrections, d’autres libérations. Chaque année, pour la fête des Tentes, à l’automne, ce cantique était chanté au cours du pèlerinage, tandis que l’on « montait » à Jérusalem. On chantait la libération déjà accomplie, on priait Dieu de hâter le Jour de la libération définitive, quand viendra Celui qu’on attend, le Messie promis… Car il y a encore aujourd’hui sur la surface de la terre, bien des lieux de captivité de toute sorte, bien des « Egypte », bien des « Babylone ». C’est à eux que l’on pense désormais quand on chante : « Ramène, SEIGNEUR, nos captifs, comme les torrents au désert. »
Aujourd’hui, quand nous, Chrétiens, chantons ce psaume, nous demandons la grâce de savoir seconder de toutes nos forces l’œuvre  de libération inaugurée par le Messie : il nous appartient de hâter le jour où enfin l’humanité tout entière chantera à pleine voix : « Quelles merveilles le SEIGNEUR fit pour nous : nous étions en grande fête ! »
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Note
* « Quand le SEIGNEUR ramena les captifs à Sion » : ici, c’est clair, il s’agit de la ville de Jérusalem ; mais, selon les textes, ce n’est pas toujours aussi clair : quand on parle de Sion, cela peut désigner soit la petite colline du début de l’histoire, celle sur laquelle David a bâti son palais, soit la ville tout entière de Jérusalem (et, en particulier, le Temple), soit toute la Judée, soit même le peuple d’Israël tout entier. Il suffit de se rappeler la phrase d’Isaïe : « Dis à Sion : Tu es mon peuple » (Is 51,16-17). Et aujourd’hui, si l’on regarde un plan de Jérusalem, c’est une autre colline qui a pris le nom de Sion !

DEUXIEME LECTURE – Lettre de Saint Paul aux Philippiens  3, 8 – 14

Frères,
tous les avantages que j’avais autrefois,
8 je les considère maintenant comme une perte
à cause de ce bien qui dépasse tout :
la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur.
A cause de lui, j’ai tout perdu ;
je considère tout comme des ordures,
afin de gagner un seul avantage, le Christ,
9 et, en lui, d’être reconnu juste
non pas de la justice venant de la loi de Moïse
mais de celle qui vient de la foi au Christ :
la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi.
10 Il s’agit pour moi de connaître le Christ,
d’éprouver la puissance de sa résurrection
et de communier aux souffrances de sa Passion,
en devenant semblable à lui dans sa mort,
11 avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts.
12 Certes, je n’ai pas encore obtenu cela
je n’ai pas encore atteint la perfection,
mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir,
puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus.
13 Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela
Une seule chose compte :
oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant,
14 je cours vers le but en vue du prix
auquel Dieu nous appelle là-haut
dans le Christ Jésus.

UNE SEULE CHOSE COMPTE
Nous retrouvons ici l’image de la course que Saint Paul emploie à plusieurs reprises dans ses lettres. Et, dans la course, c’est le but qui compte ! Le point de départ, il faut se dépêcher de l’oublier ! Imaginez un coureur qui se retournerait sans arrêt, il est assuré de perdre : « Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix… » Il faut donc savoir tourner le dos en quelque sorte : et depuis qu’il a été « saisi » par le Christ, comme il dit, Paul a tourné le dos à bien des choses, à bien des certitudes. Le mot « saisi » est très fort dans le langage de Paul : sa vie a été réellement complètement bouleversée depuis le jour où le Christ s’est littéralement emparé de lui sur le chemin de Damas.
D’habitude, pourtant, Paul présente sa foi chrétienne comme la suite logique de sa foi juive. A ses yeux, Jésus-Christ accomplit vraiment l’attente de l’Ancien Testament et il y a continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testaments. Mais ici, il insiste sur la nouveauté apportée par Jésus-Christ : « Tous les avantages que j’avais autrefois, je les considère comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. »
Cette nouveauté apportée par Jésus-Christ est donc radicale : désormais nous sommes réellement une « création nouvelle » ; cette expression, nous l’avons rencontrée dimanche dernier dans la deuxième lettre aux Corinthiens ; ici, Paul le dit autrement : « A cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d’être reconnu juste… » Traduisez : « Ce qui, auparavant, me paraissait le plus important, mes avantages, mes privilèges, désormais cela ne compte pas plus pour moi que des ordures ».
Ces « avantages » dont il parle : c’était la fierté d’appartenir au peuple d’Israël ; c’était la foi, la fidélité, l’espérance indéracinable de ce peuple ; c’était la pratique assidue, scrupuleuse de tous les commandements, ce qu’il appelle « l’obéissance à la loi de Moïse ». Mais, désormais, Jésus-Christ a pris toute la place dans sa vie : « Je considère tout comme des balayures en vue d’un seul avantage, le Christ ». Désormais Paul possède le bien qui dépasse tout, la seule richesse au monde à ses yeux : la « connaissance » du Christ ; pour parler de cela, Jésus employait des paraboles : il disait par exemple « le Royaume des cieux est comparable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme a découvert : il le cache à nouveau et, dans sa joie, il s’en va, met en vente tout ce qu’il a, et il achète ce champ. » (Mt 13,44).
Le vrai trésor de notre existence, nous dit Saint Paul, c’est d’avoir découvert le Christ ; et il sait de quoi il parle, lui qui a d’abord été un persécuteur des apôtres ! Sa vie a été complètement bouleversée par cette découverte, par cette « connaissance » du Christ. Une connaissance qui n’est pas d’ordre intellectuel : au sens biblique, connaître quelqu’un, c’est vivre dans son intimité, c’est l’aimer et partager sa vie. C’est bien dans ce sens d’intimité partagée que Paul parle du lien qui l’unit désormais, et avec lui tous les baptisés, à Jésus-Christ.
LA NOUVELLE ALLIANCE
Pourquoi insiste-t-il tellement sur ce lien ? Parce que nous sommes dans le contexte d’un conflit très grave qui traversait la communauté des Philippiens à propos de la circoncision ; nous l’avons rencontré déjà il y a quelques semaines, dans la deuxième lecture du deuxième dimanche de Carême : certains Chrétiens d’origine juive auraient voulu qu’on impose la circoncision à tous les Chrétiens, préalablement au Baptême ; on sait dans quel sens les Apôtres ont tranché cette question qui risquait de diviser les communautés, au cours d’une Assemblée à Jérusalem, une sorte de mini-Concile : parce que, dans la Nouvelle Alliance, la Loi de Moïse est dépassée ; le Baptême au Nom de Jésus fait de nous des fils de Dieu : « Vous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ », dit Paul dans la lettre aux Galates (Ga 3,27). La circoncision n’est donc plus indispensable pour faire partie du peuple de la Nouvelle Alliance, puisque cette Alliance est définitivement scellée une fois pour toutes en Jésus-Christ
L’une des grandes découvertes de Paul, c’est que notre salut n’est pas au bout de nos mérites, de nos efforts… Le salut de Dieu est gratuit ! C’est le sens même du mot « grâce » si on y réfléchit… Le livre de la Genèse disait déjà : « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR, et le SEIGNEUR estima qu’il était juste. » (Gn 15,6). Pour le dire autrement, notre justice vient uniquement de Dieu, il suffit de croire !
Mais alors pourquoi Paul parle-t-il de « communier aux souffrances de la Passion du Christ, de devenir semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts » ? Il ne s’agit évidemment pas d’accumuler des mérites pour faire bonne mesure ! Paul vient de nous dire exactement le contraire ! Ce qu’il veut dire, c’est que cette nouvelle vie que nous menons désormais en Jésus-Christ, comme greffés sur lui (pour reprendre l’image de la vigne chez Saint Jean) nous amène à prendre le même chemin que lui. « Communier aux souffrances de la Passion du Christ », c’est accepter de reproduire le comportement du Christ, accepter de courir les mêmes risques, qui sont les risques de l’annonce de l’évangile ; Jésus l’avait dit : « Nul n’est prophète en son pays » et il avait bien prévenu ses apôtres qu’ils ne seraient pas mieux traités que leur maître.
Reste à savoir si nous serions capables de dire comme saint Paul que le seul bien qui compte à nos yeux, c’est la connaissance du Christ ? Tout le reste n’est qu’« ordures » !
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Complément

– Une des idées maîtresses de Saint Paul c’est que le Christ est venu accomplir les Ecritures : le rapport entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance est fait à la fois de continuité et de rupture : c’est parce que Paul est Juif qu’il est Chrétien, et voilà la continuité… mais désormais, il faut abandonner les pratiques juives pour se laisser « saisir » par le Christ, et voilà la rupture.

EVANGILE – selon Saint Jean 8, 1-11

lui jette la première pierre » (Jn 8,7).
lui jette la première pierre » (Jn 8,7).

1 Jésus s’était rendu au mont des Oliviers.
2 Dès l’aurore, il retourna au Temple.
Comme tout le peuple venait à lui,
il s’assit et se mit à enseigner.
3 Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme
qu’on avait surprise en situation d’adultère.
Ils la mettent au milieu,
4 et disent à Jésus :
« Maître, cette femme
a été surprise en flagrant délit d’adultère.
5 Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là.
Et toi, que dis-tu ? »
6 Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve,
afin de pouvoir l’accuser.
Mais Jésus s’était baissé
et, du doigt, il écrivait sur la terre.
7 Comme on persistait à l’interroger,
il se redressa et leur dit :
« Celui d’entre vous qui est sans péché,
qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »
8 Il se baissa de nouveau
et il écrivait sur la terre.
9 Eux, après avoir entendu cela,
s’en allaient, un par un,
en commençant par les plus âgés.
Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.
10 Il se redressa et lui demanda :
« Femme, où sont-ils donc ?
Personne ne t’a condamnée ? »
11 Elle répondit :
« Personne, Seigneur. »
Et Jésus lui dit :
« Moi non plus, je ne te condamne pas.
Va, et désormais ne pèche plus. »

DIEU N’A PAS ENVOYE SON FILS DANS LE MONDE POUR CONDAMNER LE MONDE
Nous sommes déjà dans le contexte de la Passion : la première ligne mentionne le Mont des Oliviers, or les évangélistes ne parlent jamais du Mont des Oliviers avant les derniers jours de la vie publique de Jésus ; d’autre part, le désir des Pharisiens de prendre Jésus au piège signifie que son procès se profile déjà à l’horizon. Raison de plus pour être particulièrement attentifs à tous les détails de ce texte : il s’agit de beaucoup plus qu’une anecdote de la vie de Jésus, il s’agit du sens même de sa mission. Au début de la scène, Jésus est en position d’enseignant (« Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner »), mais voici que par la question des scribes et des Pharisiens, il est placé en position de juge : on l’aura remarqué, de tous les protagonistes, il est le seul assis. Le thème du jugement, chez Saint Jean, est assez important pour qu’on ne s’étonne pas de cette insistance à ce moment. Cette scène de la femme adultère est la mise en pratique de la phrase qu’on trouve au début du même évangile : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » (Jn 3,17).
Dans ce simulacre de procès, les choses sont apparemment simples : la femme adultère a été prise en flagrant délit, il y a des témoins ; la Loi de Moïse condamnait l’adultère, cela faisait partie des commandements de Dieu révélés au Sinaï (« Tu ne commettras pas d’adultère » Ex 20,14 ; Dt 5,18) ; et le Livre du Lévitique prévoyait la peine capitale : « Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, homme adultère et cette femme seront mis à mort. » (Lv 20,10). Les scribes et les Pharisiens qui viennent trouver Jésus sont très attachés au respect de la Loi de Moïse : on ne peut quand même pas le leur reprocher ! Mais ils oublient de dire que la Loi prévoyait la peine capitale pour les deux complices, l’homme aussi bien que la femme adultère ; tout le monde le sait, mais personne n’en parlera, ce qui prouve bien que la vraie question posée par les Pharisiens ne porte pas sur l’observance exacte de la Loi ; leur question est ailleurs et le texte le dit très bien : « Dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. »
LA QUESTION-PIEGE
Où est le piège tendu à Jésus ? De quoi espérait-on l’accuser ? On se doute bien qu’il n’approuve pas la lapidation, ce serait contraire à toute sa prédication sur la miséricorde ; mais s’il ose publiquement plaider pour la libération de la femme adultère, on pourra l’accuser de pousser le peuple à désobéir à la Loi. Dans l’évangile de Jean (au chapitre 5), on l’a déjà vu donner au paralytique guéri l’ordre de porter son grabat, ce qui est un acte interdit le jour du sabbat. Ce jour-là, on n’a rien pu contre lui, mais cette fois l’incitation à la désobéissance va être publique. Au fond, malgré l’apparent respect de l’apostrophe « Maître, qu’en dis-tu ? » Jésus n’est pas en meilleure posture que la femme adultère : les deux sont en danger de mort.
Jésus ne répond pas tout de suite : « Jésus s’était baissé, et, du doigt, il écrivait sur la terre. » Ce silence est certainement destiné à laisser à chacun le soin de répondre : très respectueux, il n’humilie personne ; celui qui incarne la miséricorde ne cherche pas à mettre qui que ce soit dans l’embarras, pas plus les scribes et les Pharisiens que la femme adultère ! Aux uns comme à l’autre, il veut faire faire un bout de chemin. Son silence est constructif : il va faire découvrir aux Pharisiens et aux scribes le vrai visage du Dieu de miséricorde.
Quand il se décide à répondre, sa phrase ressemble plutôt à une question : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Sur cette réponse, ils s’en vont, « un par un, en commençant par les plus âgés ». Rien d’étonnant : les plus anciens sont les plus prêts à entendre l’appel à la miséricorde. Tant de fois, ils ont expérimenté pour eux-mêmes la miséricorde de Dieu… Tant de fois, ils ont lu, chanté, médité la phrase « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour » (Ex 34,6), tant de fois ils ont chanté le psaume 50/51 « Pitié pour moi, SEIGNEUR, en ta bonté, dans ta grande miséricorde efface mon péché »… Ils viennent de prendre conscience de tous les pardons reçus.
NE VOUS TROMPEZ PAS DE DIEU, SOYEZ MISERICORDIEUX
Plus encore, peut-être ont-ils compris que leur manquement à la miséricorde était en soi une faute, une infidélité au Dieu de miséricorde. La Loi n’est-elle pas devenue leur idole ? Peut-être est-ce la phrase de Jésus qui leur a suggéré cette réflexion : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Etre « le premier à jeter une pierre » était une expression connue de tous, dans le contexte de la lutte contre l’idolâtrie. La Loi ne disait pas que c’était le témoin de l’adultère qui devait lancer la première pierre ; mais elle le disait expressément pour le cas d’idolâtrie (Dt 13,9-10 ; Dt 17,7). Si bien que la réponse de Jésus peut se traduire : « Cette femme est coupable d’adultère, au premier sens du terme, c’est entendu ; mais vous, n’êtes-vous pas en train de commettre un adultère autrement plus grave, c’est-à-dire une infidélité au Dieu de l’Alliance ? » (On sait que, très souvent, les prophètes ont parlé de l’idolâtrie en termes d’adultère.)
Les Pharisiens et les scribes voulaient sincèrement être les fils du Très-Haut, alors Jésus leur dit « Ne vous trompez pas de Dieu, soyez miséricordieux ». Jésus, le Verbe, vient d’accomplir parmi eux sa mission de Révélation.
Alors, Jésus et la femme restent seuls : c’est le face à face, comme le dit Saint Augustin, de la misère et de la miséricorde. Pour elle, le Verbe va là encore accomplir sa mission, dire la parole de Réconciliation. Isaïe parlant du véritable serviteur de Dieu l’avait annoncé : « Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit… » (Is 42,3). Ce n’est pas du laxisme : Jésus dit bien « ne pèche plus », tout n’est pas permis, le péché reste condamné… mais seul le pardon peut permettre au pécheur d’aller plus loin.
—————————–
Complément
– La première lecture et l’évangile de ce dimanche ont le même discours : oublie le passé, ne t’attarde pas sur lui… que rien, pas même les souvenirs, ne t’empêche d’avancer. Dans la première lecture, Isaïe s’adresse au peuple exilé… dans l’Evangile, Jésus parle à une femme prise en flagrant délit d’adultère : apparemment, ce sont deux cas bien différents mais, dans les deux cas, le discours est le même : tourne-toi résolument vers l’avenir, ne songe plus au passé.

ANCIEN TESTAMENT, DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE, EVANGILE SELON SAINT MARC, LETTRE AUX HEBREUX, LIVRE DU PROPHETE JEREMIE, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 125

Dimanche 24 octobre 2021 : 30ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 24 octobre 2021 :

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« L’aveugle dit à Jésus : “Rabbouni, que je retrouve la vue !” Et Jésus lui dit : “Va, ta foi t’a sauvé”. » (Marc 11, 51-52)

30ème dimanche du Temps Ordinaire

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – livre de Jérémie 31, 7-9

7 Ainsi parle le SEIGNEUR :
Poussez des cris de joie pour Jacob,
acclamez la première des nations !
Faites résonner vos louanges et criez tous :
« SEIGNEUR, sauve ton peuple,
le reste d’Israël ! »
8 Voici que je les fais revenir du pays du Nord,
que je les rassemble des confins de la terre ;
parmi eux, tous ensemble, l’aveugle et le boiteux,
la femme enceinte et la jeune accouchée ;
c’est une grande assemblée qui revient.
9 Ils avancent dans les pleurs et les supplications,
je les mène, je les conduis vers les cours d’eau
par un droit chemin où ils ne trébucheront pas.
Car je suis un père pour Israël,
Ephraïm est mon fils aîné.

UNE LUMIERE DANS LA NUIT
Il faut croire que cela allait bien mal ! Il suffit d’entendre ce ton presque triomphal par avance pour deviner dans quel contexte épouvantable Jérémie a pris la parole ici. Car c’est une caractéristique des prophètes. Jérémie, comme tous les prophètes, tient deux langages : à l’heure de l’insouciance et de l’infidélité à la Loi, il a des paroles très sévères pour inviter ses compatriotes à la conversion. Il menace, il annonce la catastrophe imminente. A temps et à contre-temps, au risque de devenir insupportable et d’être persécuté, il met en garde, il invite à ouvrir les yeux, à revenir vers Dieu. Son message, c’est « vos bêtises vous mènent tout droit à la catastrophe ! » Mais, au contraire, à l’heure du malheur et de la déportation, il vient redonner l’espérance, il rappelle que Dieu n’abandonne jamais son peuple, quelles que soient ses bêtises.
Donc, à lire entre les lignes, on devine que le prophète prêche dans un contexte de malheur. C’est parce qu’on est au fin fond du désespoir que Jérémie ose dire « Poussez des cris de joie », c’est parce qu’on est au fin fond de l’humiliation que Jérémie appelle Jacob (c’est-à-dire le peuple d’Israël) « la première des nations ». Ce n’est pas par goût du paradoxe, c’est le cri de la foi ! C’est quand on est dans la nuit, qu’il faut à tout prix croire que la lumière reviendra. Le prophète, dans ces cas-là, c’est celui qui sait, le premier, discerner les lueurs de l’aube. On aura peut-être du mal à croire à ce message d’espoir puisque tout va mal, c’est pour cela qu’il prend la peine d’introduire son message par la formule solennelle : « Ainsi parle le SEIGNEUR ». Manière de dire : je ne parle pas de moi-même, ce que je vous dis, c’est Dieu lui-même qui vous le promet1.
De quel malheur s’agit-il ? Bien évidemment de l’exil à Babylone. Il ne peut pas s’agir des malheurs du royaume du Nord : on ne connaît pas exactement les dates de Jérémie, mais ce qui est sûr, c’est qu’il est né longtemps après la fin du royaume du Nord, lequel a été définitivement détruit par l’Assyrie (c’est-à-dire Ninive) en 721. Lui-même dit avoir entendu la parole du Seigneur pour la première fois pendant le règne de Josias qui a régné de 640 à 609. Le malheur dont il s’agit ne peut donc être que l’Exil à Babylone qui a duré de 587 à 538.
Mais alors comment expliquer la phrase : « Je les fais revenir des pays du Nord » ? Babylone est au sud par rapport à Jérusalem, que l’on sache. Mais tout simplement, parce que pour se rendre à l’est ou au sud, il fallait commencer par se diriger vers le nord et emprunter les routes du croissant fertile.
Une première vague de déportations a eu lieu en 597 puis une deuxième vague en 587 ; Jérémie, lui, n’a pas été déporté ; il a bien failli l’être, pourtant, il faisait partie de la file de déportés enchaînés ; mais le chef de la garde personnelle de Nabuchodonosor lui a laissé le choix, soit de partir à Babylone avec les déportés, soit de rester à Jérusalem et Jérémie a choisi de rester ; il a fort à faire à Jérusalem pour maintenir le moral de ceux qui sont restés au pays. Sur le plan politique, plusieurs partis s’opposent : faut-il rester sur place, subir cette tutelle babylonienne, et essayer de faire survivre le pays en attendant des jours meilleurs ? C’était la position de Jérémie ; faut-il au contraire s’exiler en Egypte ? Ou encore faut-il continuer la guerilla, quitte à supprimer ceux qui s’accommodent trop bien de la présence babylonienne ?
Le texte que nous venons d’entendre est donc écrit par Jérémie resté à Jérusalem, pour lutter contre le désespoir de ses compatriotes. Il annonce le grand retour des exilés « Voici que je les fais revenir du pays du Nord, que je les rassemble des extrémités du monde… C’est une grande assemblée qui revient. » Et il oppose les conditions du départ en exil dans l’humiliation au retour triomphal au pays : « Ils étaient partis dans les larmes, dans les consolations je les ramène. » Dans les convois de déportés, on sait bien d’avance qu’un certain nombre ne supportera pas la brutalité des conditions de détention et les difficultés de la route. Mais quand il s’agira de revenir, la marche sera douce, si douce que, même les plus faibles pourront l’entreprendre ! « Il y a parmi eux l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée. » C’est un peuple vaincu, affaibli, trébuchant qui a été emmené enchaîné, et, pour certains, les yeux crevés… C’est un peuple libre, assuré qui reviendra.

JE SUIS UN PERE POUR ISRAEL
Ce qui est troublant, c’est que tous les noms (Jacob, Ephraïm, Israël) que Jérémie emploie pour parler du peuple sont des noms qui qualifiaient non pas le royaume du Sud (Jérusalem) mais le royaume du Nord avant sa destruction ; sachant qu’en aucun cas Jérémie ne peut avoir été contemporain du royaume du Nord, on peut penser qu’il annonce ici, tacitement, la réunification du peuple de Dieu. On sait également qu’une partie de la population du Nord s’était réfugiée à Jérusalem après la destruction de Samarie en 721 ; peut-être s’adresse-t-il à eux tout particulièrement ?
Dernière remarque, la paternité de Dieu est affirmée très clairement ici : « Je suis un père pour Israël, Ephraïm est mon fils aîné ». Cette manière de parler de Dieu est récente : c’est peut-être  le prophète Osée qui en a parlé le premier, au huitième siècle, dans le royaume du Nord, en décrivant la sollicitude de Dieu pour son peuple « Quand Israël était jeune, je l’aimai, et d’Egypte, j’appelai mon fils… J’étais pour eux comme celui qui élève un nourrisson, tout contre sa joue. » (Os 11, 1. 4). Jusque-là, on hésitait à appeler Dieu Père, pour éviter toute ambiguïté ; car les autres peuples utilisaient volontiers ce même titre mais ils envisageaient la paternité divine à l’image de la paternité humaine, charnelle, biologique. En Israël, Dieu est le Tout-Autre, et sa paternité est d’un autre ordre. Mais Jérémie franchit le pas, il emploie le mot « Père » : « Je suis un père pour Israël, Ephraïm est mon fils aîné » ; encore une fois, c’est au creux même de la catastrophe que la foi d’Israël a fait un bond en avant.

PSAUME – 125 (126) – « Chant des montées »

1 Quand le SEIGNEUR ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
2 Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le SEIGNEUR ! »
3 Quelles merveilles le SEIGNEUR fit pour nous :
nous étions en grande fête !

4 Ramène, SEIGNEUR, nos captifs,
comme les torrents au désert.
5 Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

6 Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

MERVEILLES QUE FIT POUR NOUS LE SEIGNEUR
Dans la première lecture de ce dimanche, le prophète Jérémie, au début de l’Exil à Babylone, annonçait déjà le retour au pays. Visiblement, au moment où ce psaume a été écrit, le retour est chose faite : « Quand le SEIGNEUR ramena nos captifs à Sion »… Vous connaissez l’histoire : la grande puissance Babylone vaincue à son tour ; le nouveau maître des lieux, Cyrus, a une tout autre politique : quand il s’empare de Babylone, en 538, il renvoie dans leurs pays respectifs toutes les populations déplacées par Nabuchodonosor. Les habitants de Jérusalem en ont bénéficié comme les autres. Cela paraît tellement miraculeux que Cyrus sera considéré comme l’envoyé de Dieu, ni plus, ni moins !
Ce psaume évoque donc la joie, l’émotion du retour : « Nous étions comme en rêve ». En exil, là-bas, on en avait tant de fois rêvé… quand cela s’est réalisé, on osait à peine y croire. Cette libération est pour le peuple une véritable résurrection : en exil à Babylone, il était littéralement condamné à la disparition, en tant que peuple : par l’oubli de ses racines et de ses traditions, par la contamination de l’idolâtrie ambiante. Pour évoquer cette résurrection, le psalmiste évoque deux images chères à ce peuple, celle de l’eau, celle de la moisson. L’eau pour commencer : « Ramène, SEIGNEUR nos captifs, comme torrents au désert » ; au sud de Jérusalem, le Néguev est un désert : mais au printemps, des torrents dévalent les pentes et tout à coup éclosent des myriades de fleurs. Deuxième image, quand le grain de blé est semé en terre, c’est pour y pourrir, apparemment y mourir… quand viennent les épis, c’est comme une naissance… « Il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence : il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes. » Il y a certainement là l’évocation de la joie que suscite chaque nouvelle récolte : il suffit de penser que, dans toutes les civilisations, la moisson a toujours donné lieu à des réjouissances.
Mais, plus profondément, il y a la joie de la reprise en main du pays et de ses cultures : quand les exilés reviennent au pays, le pays revit. Au dernier verset, la traduction littérale est « Il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence : il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte ses gerbes. » En clair, l’esclavage, la captivité sont du passé : désormais le peuple cultive « ses » terres, il est propriétaire de « sa » récolte.
« On rapporte les gerbes » : la fête des Tentes était primitivement une fête des récoltes. Dans la pratique d’Israël, il en reste des rites d’apport de gerbes, précisément. Chaque année, ce cantique était chanté au cours du pèlerinage, tandis que l’on « montait » à Jérusalem, pour la fête des Tentes, à l’automne. Si vous consultez votre Bible, vous verrez que ce psaume fait partie de ce qu’on appelle « les cantiques des montées » (c’est-à-dire des pèlerinages). En chantant ce psaume durant la montée à Jérusalem, on évoquait cette autre montée, celle du retour d’Exil.
Mais en Israël, quand on évoque le passé, ce n’est jamais pour le seul plaisir de faire de l’histoire. On rend grâce à Dieu pour son oeuvre dans le passé, on fait mémoire, comme on dit, mais c’est surtout pour puiser la force de croire à son oeuvre définitive pour demain. Cette libération, ce retour à la vie, que l’on peut dater historiquement, devient une raison d’espérer d’autres résurrections, d’autres libérations. Comme, déjà, on avait chanté la libération d’Egypte, et elle est évidemment sous-jacente ici, (dans le mot « merveilles » par exemple qui fait partie du vocabulaire de la libération d’Egypte), comme, désormais, on chantait la libération et le retour de l’exil à Babylone, on priait Dieu de hâter le Jour de la libération définitive. C’est pour cela qu’à l’action de grâce se mêle la prière « Ramène, SEIGNEUR, nos captifs… »

RAMENE, SEIGNEUR, NOS CAPTIFS
Ces « captifs », ce sont d’abord ceux qui sont restés au loin, dispersés parmi les peuples étrangers. Mais ce sont aussi tous les hommes : depuis l’Exil à Babylone, précisément, Israël sait qu’il a vocation à prier pour toute l’humanité. Ou pour le dire autrement, Israël sait que sa vocation, son « élection » est au service de l’humanité. C’est très net dans la deuxième strophe de ce psaume : « Alors on disait parmi les nations : Quelles merveilles fait pour eux le SEIGNEUR ! » : ce n’est pas de la prétention ; c’est la reconnaissance de la gratuité de ce choix que Dieu a fait d’un tout petit peuple, pas meilleur que les autres (comme dit le livre du Deutéronome) ; c’est aussi la joie missionnaire de voir les nations devenir sensibles à l’action de Dieu, premier pas vers leur conversion, et donc leur libération.
La libération définitive de toute l’humanité, des « nations » comme dit le psaume, c’est la venue du Messie : on sait que la fête des Tentes comportait une dimension d’attente messianique très forte. C’est au cours de cette fête, par exemple, qu’on faisait cette immense procession avec les gerbes, dont parle ce psaume, en chantant des « Hosanna » (ce qui veut dire « sauve ton peuple ») ; on poussait également cette exclamation que nous connaissons bien « Béni soit celui qui vient au nom du SEIGNEUR ! » qui était une acclamation anticipée du Messie.
Après tant et tant d’aventures, ce peuple, notre frère aîné, comme dit le Concile Vatican II, est bien placé pour nous donner une superbe leçon d’espérance et d’attente : faisons confiance au « Maître de la moisson ».

DEUXIEME LECTURE – lettre aux Hébreux 5, 1 – 6

1 Tout grand prêtre est pris parmi les hommes,
il est établi pour intervenir en faveur des hommes
dans leurs relations avec Dieu ;
il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés.
2 Il est capable de compréhension
envers ceux qui commettent des fautes par ignorance ou par égarement,
car il est, lui aussi, rempli de faiblesse ;
3 et, à cause de cette faiblesse,
il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés
comme pour ceux du peuple.
4 On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même,
on est appelé par Dieu, comme Aaron.
5 Il en est bien ainsi pour le Christ :
il ne s’est pas donné à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ;
il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit :
Tu es mon Fils,
moi, aujourd’hui, je t’ai engendré,
6 car il lui dit aussi dans un autre psaume :
Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédek
pour l’éternité.

LE SACERDOCE DANS L’ANCIEN TESTAMENT
Décidément on pourrait écrire la lettre aux Hébreux en deux colonnes : dans la colonne de gauche, il y a le régime (si l’on peut dire) de l’Ancien Testament, dans l’autre, celui du Nouveau Testament ; ou pour le dire autrement, ce qui était avant Jésus-Christ et ce qui est depuis ; pour l’auteur, comme pour tout le Nouveau Testament, depuis Jésus-Christ, tout est changé ; il passe son temps à comparer ces deux régimes pour dire : Faites le pas ; acceptez sans hésiter la nouveauté apportée par Jésus ; cette nouveauté du Christ n’est pas une infidélité à la religion de vos pères ; elle en est l’accomplissement. Comme avait dit Jésus lui-même « je ne suis pas venu abolir la loi et les prophètes, je suis venu accomplir. » (Mt 5, 17).
En Jésus-Christ, tout est nouveau et pourtant, tout est dans la droite ligne de l’Ancien Testament. Aujourd’hui, l’auteur évoque trois points précis : premier point, le grand prêtre est un homme comme les autres ; deuxième point, il fait le pont entre Dieu et les hommes (il est « pontife ») ; ces deux points nous les avons vus dans les passages que nous avons lus les dimanches précédents ; troisième point, la mission de grand prêtre découle d’un appel de Dieu.
Reprenons nos deux colonnes : dans l’Ancien Testament, vous vous rappelez que les prêtres devaient être des hommes séparés : le mot « consacré » dans l’Ancien Testament signifiait « séparé ». Et donc, parmi les douze tribus d’Israël, on avait choisi, mis à part une tribu particulière, celle de Lévi. Les descendants de Lévi (les lévites) ne possédaient pas un territoire particulier, ils étaient répartis sur l’ensemble du territoire, et ils étaient consacrés au service du Temple. Leurs revenus provenaient pour une part des offrandes faites au Temple.
L’institution du sacerdoce s’est précisée au cours des siècles et on distinguait plusieurs classes de prêtres selon les diverses fonctions à remplir dans le Temple. Il faut bien imaginer ce que pouvait être le service d’un lieu de culte où se déroulaient des sacrifices quotidiens, et des pèlerinages gigantesques avec de multiples chorales ; quand on pense qu’en certaines occasions, on a sacrifié en une seule cérémonie plusieurs milliers d’animaux, on imagine le personnel nécessaire ; le deuxième livre des Rois raconte par exemple que Salomon a sacrifié lors de la dédicace du Temple qu’il venait de construire vingt-deux mille têtes de gros bétail et cent vingt mille têtes de petit bétail !
Moïse et son frère Aaron étaient tous les deux descendants de Lévi ; plus tard, c’est aux descendants d’Aaron qu’on a réservé le privilège d’être grand prêtre ; il ne suffisait donc plus d’être lévite, il fallait faire partie de la famille d’Aaron. Ce grand prêtre nommé pour un an avait seul le droit d’entrer dans le Saint des Saints (la partie la plus sacrée du Temple de Jérusalem) le jour du Yom Kippour, c’est-à-dire du grand pardon. Voilà le régime de l’Ancien Testament.
Arrivé là, notre auteur a évidemment un problème pour remplir la colonne de droite concernant Jésus-Christ ! Car une chose est sûre : Jésus ne descend pas de Lévi ni d’Aaron : il descend de David par son père (on ne connaît pas l’origine de Marie, mais c’est l’origine paternelle qui comptait). Donc dans la logique de l’Ancien Testament, Jésus ne peut pas recevoir le titre de grand prêtre.
A moins que… A moins que Dieu soit quand même libre d’appeler qui il veut ! Notre auteur dit « On ne s’attribue pas à soi-même cet honneur d’être grand prêtre, on le reçoit par appel de Dieu ». L’appel de Dieu pour certains consiste dans leur naissance, c’étaient les lévites ; mais pour Jésus, Dieu en a décidé autrement : premièrement si son Fils s’est fait homme, c’est précisément pour être le médiateur, le « pont » entre Dieu et les hommes ; deuxièmement, une fois de plus, la liberté de Dieu déborde tous nos schémas : le psaume 109/ 110 affirme : « Le SEIGNEUR l’a juré, il ne s’en repentira pas : tu es prêtre pour toujours, à la manière de Melkisédek. » (Ps 109/110, 4).

JESUS, PRETRE A LA MANIERE DE MELCHISEDECH
Qui donc était Melkisédek? Nous sommes au temps d’Abraham, c’est-à-dire bien avant l’institution des lévites : Loth ayant été victime d’une razzia et fait prisonnier, Abraham a volé à son secours pour le délivrer. Ce faisant, il s’est taillé une réputation d’homme fort, dans la région. C’est là qu’il rencontre Melchidésech. Or la Bible présente ce personnage qui était jusque-là un inconnu comme roi de Salem (on pense qu’il s’agit peut-être de la future Jérusalem) ; et un peu plus bas, alors qu’on ne sait rien de ses ascendances, le texte précise « Il était prêtre du Dieu Très-Haut ». Ce qui veut bien dire qu’il peut exister un sacerdoce légitime en dehors de la descendance d’Aaron : puisque, je vous rappelle que Melkisédek était contemporain d’Abraham, et donc ne descendait pas de Lévi qui a vécu plusieurs générations plus tard.
Ce psaume a probablement été écrit par quelqu’un qui était très critique à l’égard du sacerdoce de Jérusalem, et il imaginait un sacerdoce dégagé des contraintes d’appartenance à la famille de Lévi ; plus tard, parmi les premiers Chrétiens, ceux qui attendaient un Messie-prêtre et étaient bien obligés d’admettre que Jésus ne descendait pas de Lévi, se sont référés à ce psaume qui reconnaissait le titre de grand prêtre à Melkisédek ; ils y ont lu l’annonce que le Messie déborderait toutes les catégories et les institutions de l’Ancien Testament, même celles du sacerdoce.
Enfin, pour faire alliance avec Abraham, Melkisédek, ce prêtre étonnant, lui propose un sacrifice à base de pain et de vin. Bien évidemment, l’auteur de la lettre aux Hébreux fait le rapprochement ! Pour lui, cela ne fait aucun doute : Jésus est le nouveau Melkisédek, il est bien dans la droite ligne de l’Ancien Testament.

EVANGILE – selon Saint Marc 10, 46b – 52

46 Tandis que Jésus sortait de Jéricho
avec ses disciples et une foule nombreuse,
le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait,
était assis au bord du chemin.
47 Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth,
il se mit à crier :
« Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »
48 Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire,
mais il criait de plus belle :
« Fils de David, prends pitié de moi ! »
49 Jésus s’arrête et dit :
« Appelez-le. »
On appelle donc l’aveugle, et on lui dit :
« Confiance, lève-toi ;
il t’appelle. »
50 L’aveugle jeta son manteau,
bondit et courut vers Jésus.
51 Prenant la parole, Jésus lui dit :
« Que veux-tu que je fasse pour toi ?
– Rabbouni, que je retrouve la vue ! »
52 Et Jésus lui dit :
« Va, ta foi t’a sauvé. »
Aussitôt l’homme retrouva la vue,
et il suivait Jésus sur chemin.

LE MESSIE AUX PORTES DE JERUSALEM
Ce texte s’inscrit juste après ceux des dimanches précédents, c’est-à-dire dans la dernière montée de Jésus vers Jérusalem ; Jésus a annoncé pour la troisième fois à ses disciples sa passion, sa mort et sa résurrection ; puis il y a eu cette demande des fils de Zébédée « accorde-nous de partager ta gloire » ; et Jésus a saisi cette occasion pour leur dire à tous : « Vous le savez, les chefs des nations païennes se conduisent en maîtres et font sentir leur pouvoir… Il ne doit pas en être ainsi parmi vous » ; et il terminait par cette phrase étonnante et inquiétante à la fois : « Le Fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon (libération) pour la multitude ». Lui et ses disciples quittent Jéricho, suivis par toute une foule, nous dit Marc. Ils entament la dernière étape avant Jérusalem. Et voilà que Bartimée, le mendiant aveugle se met à crier : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Marc précise que beaucoup cherchent à le faire taire : effectivement, par les temps qui courent, les disciples et l’entourage de Jésus se passeraient de cette publicité : après ce que Jésus vient de leur dire, ce n’est pas le moment d’attirer l’attention.
Mais rien ne fait taire les appels au secours de Bartimée : « Il criait de plus belle Fils de David, aie pitié de moi ! » On ne peut pas savoir ce que recouvre exactement sa demande « aie pitié de moi ». Car on employait la même expression que ce soit pour mendier ou pour prier. Tant il est vrai que nos prières sont bien des demandes d’aumône que nous adressons à Dieu. Jésus l’entend et dit « Appelez-le » ; lui, c’est clair, a décidé de ne pas prendre de précautions. Cette fois, au lieu de rabrouer Bartimée, les proches de Jésus l’encouragent : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » Est-ce cela qui décuple l’audace de Bartimée ? Cette fois, sa demande à Jésus est sans ambiguïté : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » Immédiatement, sans faire un geste, Jésus lui répond « Va, ta foi t’a sauvé. » Et aussitôt l’aveugle recouvra la vue.
Quelques jours plus tard, Jésus fera à ses disciples toute une leçon sur la foi : « Ayez foi en Dieu. En vérité je vous le déclare, si quelqu’un dit à cette montagne : ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, et s’il ne doute pas en son cœur , mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé. C’est pourquoi je vous déclare : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et cela vous sera accordé. » (Mc 12, 22-24). Et une autre fois, déjà, il avait dit : « Tout est possible à celui qui croit. » (Mc 9, 23).
Cette guérison miraculeuse d’un aveugle à ce moment précis résonne donc certainement comme une révélation de l’identité véritable de Jésus. C’est un aveugle, qui, le premier, sait ouvrir les yeux et appelle Jésus « Fils de David » (l’un des titres du Messie) ; et, (dans l’évangile de Saint Marc), cette guérison est suivie aussitôt de l’entrée triomphale à Jérusalem, où Jésus est acclamé comme le Messie : « Béni soit celui qui vient au Nom du Seigneur. Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père. »
On est tentés de faire le rapprochement avec l’annonce de Jérémie que nous avons entendue en première lecture : « Le SEIGNEUR sauve son peuple, le reste d’Israël… Il y a même parmi eux l’aveugle et le boiteux ». (Jr 31). D’autant plus que, à l’époque de Jésus, cette prophétie de Jérémie était considérée comme une annonce du Messie.

FINI, LE TEMPS DU SECRET
Chose curieuse, Jésus ne cherche pas à garder secret ce dernier miracle : dans le chapitre 8, Marc avait déjà raconté un miracle identique : c’était à Bethsaïde, en Galilée, juste avant la profession de foi de Pierre à Césarée. Mais alors Jésus n’avait autorisé ni l’aveugle guéri ni les disciples à lui faire la moindre publicité ; Marc précisait « Il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne. » Parce qu’à cette phase de sa vie, on risquait encore de se méprendre sur son titre de messie : on ne rêvait que trop encore d’un messie glorieux, chassant l’occupant romain par la force.
Cette fois, au contraire, aux portes de Jérusalem, Jésus accepte pour la première fois d’être reconnu pour ce qu’il est, le Messie, le fils de David. C’est la première fois que ce titre apparaît dans l’évangile de Marc. Car, désormais, les choses sont claires : Jésus lui-même s’est reconnu comme le Messie en se disant « Fils de l’homme » mais il a aussitôt précisé que ce serait à la manière d’un serviteur et non d’un maître. Cette guérison vient confirmer que Jésus est bien le Messie attendu. Il accomplit en sa personne ce que le prophète Isaïe disait du Serviteur de Dieu : « C’est moi le SEIGNEUR, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai tenu par la main, je t’ai mis en réserve et je t’ai destiné à être l’alliance du peuple, à être la lumière des nations, à ouvrir les yeux aveuglés, à tirer du cachot les prisonniers et de la maison d’arrêt, les habitants des ténèbres. » (Is 42, 6 – 7).
Dans l’ambiance de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, les apôtres ont certainement repensé à plusieurs annonces du Messie dans l’Ancien Testament : dans un autre passage d’Isaïe, par exemple : « Alors, les yeux des aveugles verront et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. » (Is 35, 5-6)… ou encore : « En ce jour-là, les sourds entendront la lecture du livre et, sortant de l’obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. De plus en plus, les humbles se réjouiront dans le SEIGNEUR et les pauvres gens exulteront à cause du Saint d’Israël. » (Is 29, 18-19).
Marc précise que l’aveugle s’est levé d’un bond pour venir près de Jésus. Lui, l’humble, s’est, le premier, réjoui dans le Seigneur… Le pauvre, le mendiant, a exulté à cause du Saint d’Israël et est entré à sa suite dans Jérusalem.

CAREME, EVANGILE SELON SAINT JEAN, LETTRE DE SAINT PAUL AUX PHILIPPIENS, PSAUME 125

Cinquième dimanche de Carême : lectures et commentaires

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, année liturgique C, 5e dimanche de Carême (7 avril 2019)

 

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

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LECTURE DU LIVRE D’ISAÏE 43, 16-21

 

16 Ainsi parle le SEIGNEUR,
 lui qui fit un chemin dans la mer,
 un sentier dans les eaux puissantes,
17 lui qui mit en campagne des chars et des chevaux,
 des troupes et de puissants guerriers ;
les voilà tous couchés pour ne plus se relever,     
ils se sont éteints,   consumés comme une mèche.
Le Seigneur dit :
18 « Ne faites plus mémoire des événements passés,
ne songez plus aux choses d’autrefois.
19 Voici que je fais une chose nouvelle :
elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ?   
 Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert,
 des fleuves dans les lieux arides.
20 Les bêtes sauvages me rendront gloire,   
 les chacals et les autruches – 
 parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert,
des fleuves dans les lieux arides,
 pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi.
21 Ce peuple que je me suis façonné
redira ma louange. »
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Ce texte est surprenant ! À première vue, il comporte deux parties absolument contradictoires : la première partie est un rappel de la sortie d’Égypte, donc du passé ; la seconde, au contraire, recommande de faire table rase du passé… Mais peut-être pas de n’importe quel passé ? Tout est là. Je reprends ces deux parties l’une après l’autre.

Tout commence par la formule « Ainsi parle le SEIGNEUR », qui annonce toujours des paroles très importantes. Puis vient l’évocation de ce fameux « chemin dans la mer » : « Ainsi parle le SEIGNEUR, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes ». C’est le miracle mémorable de la Mer des Joncs, lorsque les Hébreux s’enfuyaient d’Égypte.Dans tous les livres de la Bible, une évocation de cet ordre est un rappel de cette fameuse nuit de la libération d’Égypte (rapportée par le livre de l’Exode, au chapitre 14). Isaïe précise encore « (le SEIGNEUR), lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, ils se sont consumés comme une mèche. » Ce sont les Égyptiens, bien sûr, lancés à la poursuite des fuyards. Et Dieu a fait échapper son peuple. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si Isaïe a employé le Nom « SEIGNEUR », puisque c’est ce nom-là, précisément, qui qualifie le Dieu du Sinaï, notre libérateur.

Voilà donc l’œuvre de Dieu dans le passé. C’est le meilleur soutien de l’espérance d’Israël pour l’avenir. Et c’est de cela qu’Isaïe va parler maintenant : « Voici que je fais une chose nouvelle ». De quoi s’agit-il ici ? À qui Isaïe promet-il un monde nouveau ? Ici, nous avons besoin de nous remettre dans le contexte historique de cette prédication. Le deuxième Isaïe, celui que nous lisons aujourd’hui, vit au sixième siècle pendant l’Exil à Babylone (qui a duré de 587 à 538 av. J.-C.).

Nous avons souvent eu l’occasion de parler de cette période qui fut une terrible épreuve. Et, franchement, on ne voyait pas bien pourquoi l’horizon s’éclaircirait ! S’ils sont déportés à Babylone, c’est parce que Nabuchodonosor, roi de Babylone, a vaincu le tout petit royaume juif dont Jérusalem est la capitale. Et pour l’instant les affaires de Nabuchodonosor marchent encore très bien ! Et puis, à supposer que l’on arrive à s’enfuir un jour… de la Babylonie à Jérusalem, il faudrait traverser le désert de Syrie qui couvre des centaines de kilomètres, et en fuyards, c’est-à-dire dans les pires conditions qui soient.

Le prophète a donc fort à faire pour redonner le moral à ses contemporains : mais il le fait si bien qu’on appelle son livre « le livre de la Consolation d’Israël » parce que le chapitre 40 commence par cette phrase superbe : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu » ; et le seul fait de dire « votre Dieu » est un rappel de l’Alliance, une manière de dire « l’Alliance de Dieu n’est pas rompue, Dieu ne vous a pas abandonnés ». Car l’une des formulations de l’Alliance entre Dieu et son peuple était « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu » ; etchaque fois que l’on entend cette expression « mon Dieu » ou « votre Dieu », ce possessif est un rappel de l’Alliance en même temps qu’une profession de foi.

Isaïe va donc, de toutes ses forces, raviver l’espoir chez les exilés : Dieu ne les a pas abandonnés, au contraire, il prépare déjà leur retour au pays. On ne le voit pas encore, mais c’est sûr ! Pourquoi est-ce sûr ? Parce que Dieu est fidèle à son Alliance, parce que, depuis qu’il a choisi ce peuple, il n’a cessé de le libérer, de le maintenir en vie à travers toutes les vicissitudes de son histoire.

Ce sont ces arguments-là qu’Isaïe développe ici : Nabuchodonosor vous fait peur ? Mais Dieu a déjà fait mieux : il vous a délivrés de Pharaon ! Le désert vous fait peur ? Mais le désert du Sinaï, c’était bien pire et Dieu a protégé son peuple tout du long ! Or, vous êtes toujours le peuple de Dieu, son élu. Sous-entendu « ce que Dieu a fait pour vous une fois, il le refera ». Comme il a fait passer son peuple à travers la Mer à pied sec au moment de la sortie d’Égypte, le SEIGNEUR saura faire passer son peuple « à pied sec » à travers toutes les eaux troubles de son histoire.

L’espérance d’Israël s’appuie toujours sur son passé : c’est le sens du mot « mémorial » ; on fait mémoire de l’œuvre de Dieu depuis toujours, pour découvrir que cette œuvre de Dieu se poursuit pour nous aujourd’hui, et pour y puiser la certitude qu’elle se poursuivra demain. Passé, présent, avenir : Dieu est à jamais présent aux côtés de son peuple. C’est l’un des sens du Nom de Dieu « Je suis » (sous-entendu, « Je suis avec vous en toutes circonstances).

Je reviens à notre texte : c’est précisément au cours de cette période difficile de l’Exil, au moment où on risquait de s’installer dans la désespérance, que les prophètes ont développé une nouvelle métaphore, celle du germe : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? » dit Isaïe ici. Dans la Bible, ce n’est pas seulement un terme de botanique : à partir de l’expérience éminemment positive d’une minuscule graine capable de devenir un grand arbre, on voit bien comment le mot « germe » a pu devenir en Israël un symbole d’espérance. Le même prophète avait déjà dit équivalemment la même chose au chapitre précédent (preuve qu’il n’était pas inutile de le répéter) : « Je vous an­non­ce de nou­veaux évé­ne­ments, avant qu’ils ger­ment, je vous les lais­se en­ten­dre. » (Is 42, 2). Il nous reste à apprendre aujourd’hui à déceler les germes du monde nouveau, du Royaume que Dieu est en train de construire.

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PSAUME  125 (126)

Quand le SEIGNEUR ramena les captifs à Sion

nous étions comme en rêve !
2   Alors notre bouche était pleine de rires,  
 nous poussions des cris de joie.

 Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le SEIGNEUR ! »
3   Quelles merveilles le SEIGNEUR fit pour nous :

nous étions en grande fête !

4   Ramène, SEIGNEUR, nos captifs
 comme les torrents au désert.
5   Qui sème dans les larmes 
 moissonne dans la joie.

6 Il s’en va, il s’en va en pleurant,   
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.
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Dans notre première lecture, le prophète Isaïe annonçait le retour au pays du peuple exilé à Babylone… et ce retour a eu lieu ! Très spontanément, on a chanté ce miracle par ce psaume, comme on avait chanté le miracle de la sortie d’Égypte. Vous connaissez l’histoire : en 587, c’est Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui avait conquis Jérusalem et déporté la population ; mais le vainqueur est vaincu à son tour. La nouvelle puissance montante dans cette région, c’est le royaume perse : le roi Cyrus vole de victoire en victoire ; dès avant cette conquête, ses succès sont vus d’un très bon œil par les captifs de Babylone parce que Cyrus est précédé d’une très bonne réputation : les troupes de Nabuchodonosor, comme beaucoup d’autres, volaient, pillaient, violaient, massacraient, dévastaient… et les populations étaient systématiquement déplacées, déportées ; c’est un phénomène tristement connu à la surface du globe, depuis que le monde est monde.

Cyrus, lui, a une tout autre politique : probablement parce qu’il préfère être le maître de peuples riches, il autorise toutes les populations déplacées à rentrer dans leur pays d’origine, et il leur en donne les moyens : très concrètement, cela veut dire qu’il a conquis Babylone en 539, et que, dès 538, il a renvoyé les Juifs à Jérusalem mais aussi qu’il leur en a donné les moyens sous forme de subventions ; il est même allé jusqu’à restituer les biens du Temple pillés par les hommes de Nabuchodonosor.  

Mais vous avez remarqué : on ne dit pas « Quand le roi de Perse Cyrus laissa les exilés rentrer à Sion », on dit « Quand le SEIGNEUR ramena les captifs à Sion… » : c’est une manière d’affirmer que Dieu reste le maître de l’histoire. Pendant bien longtemps (et c’est encore le cas dans ce texte d’Isaïe), l’Ancien Testament a laissé penser que Dieu tirait toutes les ficelles de l’histoire : manière de dire qu’aucun autre dieu n’agissait sur les événements (il s’agissait alors pour les prophètes de lutter contre l’idolâtrie) ; aujourd’hui, nous pressentons bien, sans savoir l’exprimer de manière satisfaisante, que l’humanité est, partiellement au moins, libre et responsable des événements.

 « Quand le SEIGNEUR ramena les captifs à Sion » : ici, c’est clair, il s’agit de la ville de Jérusalem ; mais, selon les textes, ce n’est pas toujours aussi clair : quand on parle de Sion, cela peut désigner soit la petite colline de départ, celle sur laquelle David a bâti son palais, soit la ville tout entière de Jérusalem (et, en particulier, le Temple), soit toute la Judée, soit même le peuple d’Israël tout entier. Il suffit de se rappeler la phrase d’Isaïe : « Dis à Sion : Tu es mon peuple » (Is 51, 16-17). Et aujourd’hui, si l’on regarde un plan de Jérusalem, c’est une autre colline qui a pris le nom de Sion !

Je reviens à notre psaume : écrit plus tard, on ne sait pas exactement quand, mais bien longtemps peut-être après le retour de l’Exil, il évoque la joie, l’émotion de la libération et du retour. En Exil, là-bas, on en avait tant de fois rêvé… Et quand cela s’est réalisé, on osait à peine y croire : « Quand le SEIGNEUR ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve !… Quelles merveilles le SEIGNEUR fit pour nous : nous étions en grande fête ! »

Et on va jusqu’à s’imaginer que les autres peuples sont eux aussi émerveillés par ce miracle ! « Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le SEIGNEUR ! »… Soyons francs « les nations », comme on dit, c’est-à-dire les peuples païens, ont peut-être d’autres sujets de préoccupation : en fait, cette affirmation que même les païens s’inclinent devant l’œuvre de Dieu pour son peuple élu est pour Israël un double rappel qui n’a rien à voir avec de la prétention ; il s’agit d’affirmer deux choses : premièrement une infinie reconnaissance pour la gratuité du choix de Dieu ; deuxièmement, on n’oublie jamais que le peuple élu l’est pour le monde : sa vocation est d’être un peuple témoin de l’œuvre de Dieu, justement.

La gratuité du choix de Dieu, d’abord, est un sujet toujours renouvelé d’étonnement : « Interroge donc les jours du début, ceux d’avant toi, depuis le jour où Dieu créa l’humanité sur la terre, interroge d’un bout à l’autre du monde ; est-il rien arrivé d’aussi grand ? A-t-on rien entendu de pareil ?… À toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le SEIGNEUR qui est Dieu : il n’y en a pas d’autre que lui. » (Dt 4, 32… 35). Ici, cet émerveillement devant le choix de Dieu est traduit en français par le mot « merveilles » ; lequel fait toujours référence à l’œuvre de libération de Dieu et d’abord à la libération d’Égypte. Les mots « exploit », « œuvre », « hauts faits », « merveilles » sont toujours un rappel de l’Exode, c’est-à-dire la libération d’Égypte. Ici, il s’y ajoute la nouvelle œuvre de libération de Dieu, la fin de l’Exil.

Cette libération de l’Exil est ressentie par le peuple comme une véritable résurrection : pour l’exprimer, le psalmiste utilise deux images : première image, « les torrents au désert » : « Ramène, SEIGNEUR, nos captifs, comme les torrents au désert. » ; au sud de Jérusalem, le Néguev est un désert ; mais au printemps, des torrents dévalent les pentes et tout-à-coup éclosent des myriades de fleurs. Deuxième image, « la semence » : quand le grain de blé est semé en terre, c’est pour y pourrir, apparemment y mourir… quand viennent les épis, c’est comme une naissance… cette image est d’autant plus valable que le retour des exilés signifie pour la terre elle-même une véritable renaissance.

 Dernière remarque, quand on chante ce psaume, le retour de l’Exil à Babylone est déjà loin dans le temps ; alors, pourquoi en parler encore ? Là-bas, on ne chante jamais le passé pour le seul plaisir de faire de l’histoire : il y a toujours un message pour l’avenir ; car cette libération, ce retour à la vie que l’on peut dater historiquement… devient une raison d’espérer d’autres résurrections, d’autres libérations. Chaque année, pour la fête des Tentes, à l’automne, ce cantique était chanté au cours du pèlerinage, tandis que l’on « montait » à Jérusalem.On chantait la libération déjà accomplie, on priait Dieu de hâter le Jour de la libération définitive, quand viendra Celui qu’on attend, le Messie promis… Car il y a encore aujourd’hui sur la surface de la terre, bien des lieux de captivité de toute sorte, bien des « Égypte », bien des « Babylone »… C’est à eux que l’on pense désormais quand on chante : « Ramène, SEIGNEUR, nos captifs, comme les torrents au désert. »

Aujourd’hui, quand nous, chrétiens, chantons ce psaume, nous demandons la grâce de savoir seconder de toutes nos forces l’œuvre de libération inaugurée par le Messie : il nous appartient de hâter le jour où c’est enfin l’humanité tout entière qui chantera à pleine voix : « Quelles merveilles le SEIGNEUR fit pour nous : nous étions en grande fête ! »

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LECTURE DE LA LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX PHILIPPIENS 3, 8 – 14

  Frères

 tous les avantages que j’avais autrefois,
8   je les considère maintenant comme une perte  

 à cause de ce bien qui dépasse tout :  
 la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur.  
 À cause de lui, j’ai tout perdu ;
 je considère tout comme des ordures,
 afin de gagner un seul avantage, le Christ,
9   et, en lui, d’être reconnu juste
 non pas de la justice venant de la loi de Moïse
 mais de celle qui vient de la foi au Christ :
la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi.
10 Il s’agit pour moi de connaître le Christ,  
 d’éprouver la puissance de sa résurrection
et de communier aux souffrances de sa Passion,
 en devenant semblable à lui dans sa mort,
11 avec l’espoir de parvenir    à la résurrection d’entre les morts.
12 Certes, je n’ai pas encore obtenu cela
 je n’ai pas encore atteint la perfection,
 mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir,
 puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus.
13 Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela
 Une seule chose compte :
 oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant,
14 je cours vers le but en vue du prix
 auquel Dieu nous appelle là-haut
 dans le Christ Jésus.
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Nous retrouvons ici l’image de la course que saint Paul emploie à plusieurs reprises dans ses lettres. Et, dans la course, c’est le but qui compte ! Le point de départ, il faut se dépêcher de l’oublier ! Imaginez un coureur qui se retournerait sans arrêt, il est assuré de perdre : « Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but pour remporter le prix… » Il faut donc savoir tourner le dos en quelque sorte : et depuis qu’il a été « saisi » par le Christ, comme il dit, Paul a tourné le dos à bien des choses, à bien des certitudes. Le mot « saisi » est très fort dans le langage de Paul : sa vie a été réellement complètement bouleversée depuis le jour où le Christ s’est littéralement emparé de lui sur le chemin de Damas.

D’habitude, pourtant, Paul présente sa foi chrétienne comme la suite logique de sa foi juive. À ses yeux, Jésus-Christ accomplit vraiment l’attente de l’Ancien Testament et il y a continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testaments : par exemple, au cours de son procès devant le tribunal romain à Césarée, il dira : « Les prophètes et Moïse ont prédit ce qui devait arriver (c’est-à-dire que Jésus est le Messie) et je ne dis rien de plus… » (Ac 26, 22). Mais ici, Paul insiste sur la nouveauté apportée par Jésus-Christ : « Tous les avantages que j’avais autrefois, je les considère maintenant comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. »

 Cette nouveauté apportée par Jésus-Christ est donc radicale : désormais nous sommes réellement une « création nouvelle » ; cette expression, nous l’avons rencontrée dimanche dernier dans la deuxième lettre aux Corinthiens ; ici, Paul le dit autrement : « À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des balayures, en vue du seul avantage, le Christ, en qui Dieu me reconnaîtra comme juste. » Traduisez : « ce qui, auparavant, me paraissait le plus important, mes avantages, mes privilèges, désormais cela ne compte pas plus pour moi que des balayures ».

Ces « avantages » dont il parle : c’était la fierté d’appartenir au peuple d’Israël ; c’était la foi, la fidélité, l’espérance indéracinable de ce peuple ; c’était la pratique assidue, scrupuleuse de tous les commandements, ce qu’il appelle « l’obéissance à la loi de Moïse ». Mais, désormais, Jésus-Christ a pris toute la place dans sa vie : « Je considère tout comme des balayures en vue d’un seul avantage, le Christ ». Désormais il possède le bien qui dépasse tout, la seule richesse au monde à ses yeux : la « connaissance » du Christ ; pour parler de cela, Jésus employait des paraboles : il disait par exemple « le Royaume des cieux est comparable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme a découvert : il le cache à nouveau et, dans sa joie, il s’en va, met en vente tout ce qu’il a, et il achète ce champ. » (Mt 13, 44).

Le vrai trésor de notre existence, nous dit saint Paul, c’est d’avoir découvert le Christ ; et il sait de quoi il parle, lui qui a d’abord été un persécuteur des apôtres ! Sa vie a été complètement bouleversée par cette découverte, par cette « connaissance » du Christ. Une connaissance qui n’est pas d’ordre intellectuel : au sens biblique, connaître quelqu’un, c’est vivre dans son intimité, c’est l’aimer et partager sa vie. C’est bien dans ce sens d’intimité partagée que Paul parle du lien qui l’unit désormais, et avec lui tous les baptisés, à Jésus-Christ.

Pourquoi insiste-t-il tellement sur ce lien ? Parce que nous sommes dans le contexte d’un conflit très grave qui traversait la communauté des Philippiens à propos de la circoncision ; nous l’avons rencontré déjà il y a quelques semaines, dans la deuxième lecture du deuxième dimanche de Carême  : certains chrétiens d’origine juive auraient voulu qu’on impose la circoncision à tous les chrétiens préalablement au baptême ; c’est à la circoncision qu’il pense quand il parle « d’obéissance à la Loi de Moïse » ; on sait dans quel sens les Apôtres ont tranché cette question qui risquait de diviser les communautés, au cours d’une assemblée à Jérusalem, une sorte de mini-Concile : dans la Nouvelle Alliance, la Loi de Moïse est dépassée ; le baptême au Nom de Jésus fait de nous des fils de Dieu : « Vous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ », dit Paul dans la lettre aux Galates (Ga 3, 27). La circoncision n’est donc plus indispensable pour faire partie du peuple de la Nouvelle Alliance, puisque cette Alliance est définitivement scellée une fois pour toutes en Jésus-Christ : « En Jésus-Christ, Dieu me reconnaîtra comme juste. Cette justice ne vient pas de moi-même, c’est-à-dire de mon obéissance à la Loi de Moïse, mais de la foi au Christ : c’est la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi. » L’une des grandes découvertes de Paul, c’est que notre salut n’est pas au bout de nos mérites, de nos efforts… Le salut de Dieu est gratuit ! C’est le sens même du mot « grâce » si on y réfléchit… Le livre de la Genèse disait déjà : « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR, et le SEIGNEUR estima qu’il était juste. » (Gn 15, 6). Pour le dire autrement, notre justice vient uniquement de Dieu, il suffit de croire !

Mais alors pourquoi parle-t-il de « communier aux souffrances de la Passion du Christ, de reproduire sa mort, avec l’espoir de parvenir à ressusciter d’entre les morts » ? Il ne s’agit évidemment pas d’accumuler des mérites pour faire bonne mesure ! Paul vient de nous dire exactement le contraire ! Ce qu’il veut dire, c’est que cette nouvelle vie que nous menons désormais en Jésus-Christ, comme greffés sur lui (pour reprendre l’image de la vigne chez saint Jean) nous amène à prendre le même chemin que lui. « Communier aux souffrances de la passion du Christ », c’est accepter de reproduire le comportement du Christ, accepter de courir les mêmes risques, qui sont les risques de l’annonce de l’évangile ; Jésus l’avait dit : « Nul n’est prophète en son pays » et il avait bien prévenu ses apôtres qu’ils ne seraient pas mieux traités que leur maître.

Reste à savoir si nous serions capables  de dire comme saint Paul que le seul bien qui compte à nos yeux, c’est la connaissance du Christ ? Tout le reste n’est que « balayures » !

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Complément

 Une des idées maîtresses de saint Paul c’est que le Christ est venu accomplir les Écritures : le rapport entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance est fait à la fois de continuité et de rupture : c’est parce que Paul est Juif qu’il est chrétien, et voilà la continuité… mais désormais, il faut abandonner les pratiques juives pour se laisser « saisir » par le Christ, et voilà la rupture.

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ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT JEAN 8, 1-11

 1   Jésus s’était rendu au mont des Oliviers.
2   Dès l’aurore, il retourna au Temple

Comme tout le peuple venait à lui,
il s’assit et se mit à enseigner.
3   Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme
 qu’on avait surprise en situation d’adultère.
Ils la mettent au milieu,
4   et disent à Jésus :  
« Maître, cette femme      
a été surprise en flagrant délit d’adultère.
5   Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là.
 Et toi, que dis-tu ? »
6   Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve

afin de pouvoir l’accuser.
 Mais Jésus s’était baissé    
et, du doigt, il écrivait sur la terre.
7   Comme on persistait à l’interroger,
 il se redressa et leur dit :   
« Celui d’entre vous qui est sans péché,  
 qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »
8   Il se baissa de nouveau     
 et il écrivait sur la terre.
9   Eux, après avoir entendu cela,
s’en allaient, un par un,
 en commençant par les plus âgés.
Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.
10 Il se redressa et lui demanda :
 « Femme, où sont-ils donc ?
 Personne ne t’a condamnée ? »
11 Elle répondit :
 « Personne, Seigneur. »
 Et Jésus lui dit :
« Moi non plus, je ne te condamne pas.   
 Va, et désormais ne pèche plus. »
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 Nous sommes déjà dans le contexte de la Passion : la première ligne mentionne le mont des Oliviers, or les évangélistes ne parlent jamais du mont des Oliviers avant les derniers jours de la vie publique de Jésus ; d’autre part, le désir des pharisiens de prendre Jésus au piège signifie que son procès se profile déjà à l’horizon. Raison de plus pour être particulièrement attentifs à tous les détails de ce texte : il s’agit de beaucoup plus qu’une anecdote de la vie de Jésus, il s’agit du sens même de sa mission. Au début de la scène, Jésus est en position d’enseignant (« Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner »), mais voici que par la question des scribes et des pharisiens, il est placé en position de juge : on l’aura remarqué, de tous les protagonistes, il est le seul assis. Le thème du jugement, chez saint Jean, est assez important pour qu’on ne s’étonne pas de cette insistance à ce moment. Cette scène de la femme adultère est la mise en pratique de la phrase qu’on trouve au début du même évangile : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 17).

 Dans ce simulacre de procès, les choses sont apparemment simples : la femme adultère a été prise en flagrant délit, il y a des témoins ; la Loi de Moïse condamnait l’adultère, cela faisait partie des commandements de Dieu révélés au Sinaï (« Tu ne commettras pas d’adultère » Ex 20, 14 ; Dt 5, 18) ; et le Livre du Lévitique prévoyait la peine capitale : « Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère. » (Lv 20, 10). Les scribes et les pharisiens qui viennent trouver Jésus sont très attachés au respect de la Loi de Moïse : on ne peut quand même pas le leur reprocher ! Mais ils oublient de dire que la Loi prévoyait la peine capitale pour les deux complices, l’homme aussi bien que la femme adultère ; tout le monde le sait, mais personne n’en parlera, ce qui prouve bien que la vraie question posée par les pharisiens ne porte pas sur l’observance exacte de la Loi ; leur question est ailleurs et le texte le dit très bien : « Dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. »

 Où est le piège tendu à Jésus ? De quoi espérait-on l’accuser ? On se doute bien qu’il n’approuve pas la lapidation, ce serait contredire toute sa prédication sur la miséricorde ; maiss’il ose publiquement plaider pour la libération de la femme adultère, on pourra l’accuser de pousser le peuple à désobéir à la Loi. Dans l’évangile de Jean (au chapitre 5), on l’a déjà vu donner au paralytique guéri l’ordre de porter son grabat, ce qui est un acte interdit le jour du sabbat. Ce jour-là, on n’a rien pu contre lui, mais cette fois l’incitation à la désobéissance va être publique. Au fond, malgré l’apparent respect de l’apostrophe « Maître, qu’en dis-tu ? » Jésus n’est pas en meilleure posture que la femme adultère : les deux sont en danger de mort.

Jésus ne répond pas tout de suite : « Jésus s’était baissé, et, du doigt, il écrivait sur la terre. » Ce silence est certainement destiné à laisser à chacun le soin de répondre : très respectueux, il n’humilie personne ; celui qui incarne la miséricorde ne cherche pas à mettre qui que ce soit dans l’embarras, pas plus les scribes et les pharisiens que la femme adultère !Aux uns comme à l’autre, il veut faire faire un bout de chemin. Son silence est constructif : il va faire découvrir aux pharisiens et aux scribes le vrai visage du Dieu de miséricorde.

Quand il se décide à répondre, sa phrase ressemble plutôt à une question : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Sur cette réponse, ils s’en vont, « un par un, en commençant par les plus âgés ». Rien d’étonnant : les plus anciens sont les plus prêts à entendre l’appel à la miséricorde. Tant de fois, ils ont expérimenté pour eux-mêmes la miséricorde de Dieu… Tant de fois, ils ont lu, chanté, médité la phrase « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour » (Ex 34, 6), tant de fois ils ont chanté le psaume 50/51 « Pitié pour moi, SEIGNEUR, en ta bonté, dans ta grande miséricorde efface mon péché »… Ils viennent de prendre conscience de tous les pardons reçus.

Plus encore, peut-être ont-ils compris que leur manquement à la miséricorde était en soi une faute, une infidélité au Dieu de miséricorde. La Loi n’est-elle pas devenue leur idole ?Peut-être est-ce la phrase de Jésus qui leur a suggéré cette réflexion : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Être « le premier à jeter la pierre » était une expression connue de tous, dans le contexte de la lutte contre l’idolâtrie. La Loi ne disait pas que c’était le témoin de l’adultère qui devait lancer la première pierre ; mais elle le disait expressément pour le cas d’idolâtrie (Dt 13, 9-10 ; Dt 17, 7). Si bien que la réponse de Jésus peut se traduire : « Cette femme est coupable d’adultère, au premier sens du terme, c’est entendu ; mais vous, n’êtes-vous pas en train de commettre un adultère autrement plus grave, c’est-à-dire une infidélité au Dieu de l’Alliance ? » (On sait que, très souvent, les prophètes ont parlé de l’idolâtrie en termes d’adultère.)

Les pharisiens et les scribes voulaient sincèrement être les fils du Très-Haut, alors Jésus leur dit « Ne vous trompez pas de Dieu, soyez miséricordieux ». Jésus, le Verbe, vient d’accomplir parmi eux sa mission de Révélation.

Alors, Jésus et la femme restent seuls : c’est le face à face, comme le dit saint Augustin, de la misère et de la miséricorde. Pour elle, le Verbe va là encore accomplir sa mission, dire la parole de Réconciliation. Isaïe parlant du véritable serviteur de Dieu l’avait annoncé : « Il ne brisera pas le roseau ployé, il n’éteindra pas la mèche qui s’étiole… » (Is 42, 3). Ce n’est pas du laxisme : Jésus dit bien « ne pèche plus », tout n’est pas permis, le péché reste condamné… mais seul le pardon peut permettre au pécheur d’aller plus loin.

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Complément 

La première lecture et l’évangile de ce dimanche ont le même discours : oublie le passé, ne t’attarde pas sur lui… que rien, pas même les souvenirs, ne t’empêche d’avancer. Dans la première lecture, Isaïe s’adresse au peuple exilé… dans l’Évangile, Jésus parle à une femme prise en flagrant délit d’adultère : apparemment, ce sont deux cas bien différents mais, dans les deux cas, le discours est le même : tourne-toi résolument vers l’avenir, ne songe plus au passé.

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 125, PSAUMES

Le Psaume 125

PSAUME 125

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Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,* nous étions comme en rêve !

Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie ; + alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » *

Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !

 Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert.

 Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie : +

il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence ; * il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes.

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