ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, LIVRE DE LA SAGESSE, SAGESSE (livre de la), SALOMON (roi d'Israël ; 970 av. J-C. - 931 av. J.-C.)

Le livre de la Sagesse

Le livre de la Sagesse de Salomon

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Le livre de la Sagesse, écrit en grec, est resté en dehors de la Bible hébraïque. Pourtant, quel bel exemple d’inculturation !

 Le livre de la Sagesse a failli faire partie du Nouveau Testament ! Il a finalement été classé dans le Premier Testament. Écrit en grec, il est resté en dehors de la Bible hébraïque (et donc des bibles protestantes). Il est pourtant un bel exemple d’inculturation. Quelques années avant Jésus, un Juif cultivé d’Alexandrie a osé exprimer sa foi et ses traditions juives séculaires dans un langage nouveau : celui de la rhétorique grecque, à l’intention de ses contemporains, juifs ou païens. Il a fourni aux chrétiens bien des concepts pour dire le mystère de la Sagesse faite chair en Jésus.


Sommaire

Introduction
La diaspora juive à Alexandrie

1ère partie : Le juste et les impies
Le prologue (1,1-15)

Le projet des impies (1,16 – 2,24)
Les paradoxes de l’existence :
le juste et les impies (3-4)
Le bilan des impies (5)
Exhortation aux responsables (6)

2e partie : L’éloge de la Sagesse
Qui est Salomon en 6,22 – 9,18 ?

La prière de Salomon (9)

3e partie : Les œuvres de la Sagesse dans l’histoire
De la création à l’Exode (10,1 – 11,1)

Le début du midrash de l’Exode (11,2-14)
1ère digression : la modération divine (11,15 – 12,27)
2e digression : l’idolâtrie (13-15)
Suite du midrash de l’Exode (16,1 – 19,9)
Réflexions finales (19,10-22)

 

Le livre de la Sagesse : L’auteur, la date et les destinataires

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L’auteur du livre de la Sagesse de Salomon appartient à la communauté juive d’Alexandrie…

L’auteur du livre de la Sagesse de Salomon (Sophia Salômônos) appartient à la communauté juive d’Alexandrie. Cette proposition est largement partagée dans l’étude et la recherche contemporaine. « L’auteur était manifestement un maître dans un des centres juifs d’enseignement à Alexandrie, bien informé de la culture contemporaine et engagé à démontrer l’importance des principes du judaïsme pour les futurs maîtres intellectuels de son peuple » (J.M. Reese). Mais toute tentative pour donner à l’auteur de ce livre un nom, célèbre (comme le petit-fils de Jésus Ben Sira ou Apollos d’Actes 18,24) ou non, semble une entreprise qui manifeste surtout l’imagination des auteurs, car avec les mêmes indices ou arguments, on peut arriver à des résultats opposés. La fiction salomonienne est commune à d’autres écrits de sagesse biblique : les Proverbes, le Cantique et Qohélet. Contentons-nous donc de l’anonymat du Pseudo-Salomon !

La date de composition ne fait pas non plus l’objet de consensus. La « fourchette » des datations s’étend de 200-150 avant J.-C. jusqu’à 150 après. Cependant les études de ces dernières décennies réduisent cette fourchette et oscillent entre le règne d’Auguste (27-14) et celui de Caligula (37-41). La première proposition semble plus probable pour les raisons suivantes :
– le livre est vraisemblablement antérieur à l’œuvre de Philon d’Alexandrie (-20 ? à 54),
– les contacts avec la culture grecque, la philosophie hellénistique et les religions à mystères sont désormais évalués avec plus de précisions, – le livre ne reflète pas une persécution ouverte contre la communauté juive, mais plutôt l’apostasie de certains qui font cause commune avec des grecs libertins,
– des allusions au culte des souverains (Sg 14,17) et à la pax romana (Sg 14,22) peuvent correspondre tout à fait au règne d’Auguste,
– enfin une étude précise du vocabulaire rare ou des mots qui apparaissent ici pour la première fois dans la littérature grecque ajoute quelques confirmations […]

Quels sont les destinataires de ce livre ? Par deux fois en Sg 1,1 et 6,1 l’auteur s’adresse aux gouvernants, aux rois « dont la juridiction s’étend à toute la terre ». Une telle lettre ouverte aux grands de ce monde est-elle une fiction littéraire ? Cette défense et illustration de la religion d’Israël est sans doute destinée aux Juifs déracinés, tentés parfois par l’apostasie, ces Juifs « qu’il faut encourager par un écrit qui eût quelque ampleur et dont les formules ne blessassent pas les Gentils, lecteurs éventuels, et même lecteurs visés » (A. Gelin).

Cependant il ne faut pas oublier la royauté de la Sagesse, dont Salomon est la personnification éminente. La figure du roi dans les écrits sapientiaux n’est pas uniquement politique. Le maître de sagesse chercher à faire œuvre d’éducation, d’instruction. Le disciple, destinataire d’un tel écrit, est celui qui demain aura sa place dans la conduite des affaires de la société et des relations internationales. Son éducation d’aujourd’hui doit le conduire à découvrir la sagesse de Dieu et à y conformer sa vie.

 

Le livre de la Sagesse : L’éloge de la Sagesse (Sg 6,22 – 8,21)

Ce discours est un véritable invitatoire à écouter la Sagesse, à en découvrir les mystères, pour en suivre la vérité…

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Ce discours du livre de la Sagesse n’est pas sans rappeler les grands poèmes de la Sagesse personnifiée en Pr 8,22-31; Jb 28; Si 1 ou Si 24. C’est un véritable invitatoire à écouter la Sagesse, à en découvrir les mystères, pour en suivre la vérité. L’élément nouveau par rapport aux textes antérieurs est l’allusion aux mystères (v. 22) qui renvoie au secret jalousement gardé dans les religions à mystères et les doctrines ésotériques.

  • Salomon n’est pas sage de naissance (7,1-6)

Salomon ne doit pas sa sagesse et sa compétence à une conception divine ou une naissance miraculeuse, contrairement à la prétention des souverains hellénistiques. Il est fils d’Adam, le « protoplaste » (premier-façonné). Il est fils d’un homme et d’une femme qui se sont unis « avec plaisir » (cf. 2 S 12,24-25). L’image du ciseleur (v. 1) ou celle du tisserand (Jb 10,1; Ps 139,13) ne peut renvoyer qu’à Dieu. Le temps de la gestation n’était évoqué que pour les animaux en Jb 39,2. Pour les humains, c’est la Septante (« Mon fils, aie pitié de moi, qui t’ai porté dans mon sein neuf mois » 2 M 7,27) et le N. T. (Lc 1,36.59) qui indiquent neuf mois. Mais bien des textes anciens (Épopée d’Atrahasis, 280-282; 2 M 16,7) parlent de dix mois, comme certains textes égyptiens et romains jusqu’au IVe siècle de notre ère. « La période de dix mois pour une gestation est à la fois la plus commune et la meilleure. L’enfant dont parle Sg 7,2 nait dans les meilleures conditions physiologiques, et l’auteur suit les théories communes de son époque. Il ne dit rien sur l’animation de l’embryon. Certes, cet embryon était déjà “lui”, mais l’auteur n’explique pas de quelle manière il l’était. En cela, il s’éloigne d’Aristote pour qui le père transmettait l’âme à son fils » (M. Gilbert). « Aucun roi n’a débuté autrement dans l’existence. Pour tous, il n’y a qu’une façon d’entrer dans la vie comme d’en sortir » (v.5-6).

  • Salomon a demandé la Sagesse (7,7-1 2)

S’appuyant sur la prière de Salomon au sanctuaire de Gabaon (1 R 3,4-15 et 2 Ch 1,6-12), ces versets exaltent la Sagesse comme le bien le plus précieux, au-dessus des trésors les plus rares (cf. Jb 28,15-19; Pr 3,14-15; 8,10-11.19). On remarque toutefois que ce sont les valeurs appréciées par les Grecs, santé et beauté, qui sont mises en avant. La Sagesse est « mère » de tous ces biens.

  • La sagesse artisane des biens moraux et culturels (7,13-22a)

Puis Salomon demande à Dieu son aide pour parler correctement de la Sagesse, pour communiquer à d’autres ce qu’il en a reçu. C’est la première fois dans la Bible qu’un auteur demande à Dieu de l’aider avant d’écrire ! Dieu « guide de la Sagesse et directeur des sages » communique à Salomon le savoir encyclopédique. Déjà Si 39,12-35, à la suite de Jb 38-39, dressait un catalogue des connaissances scientifiques. Ici, la culture du monde hellénique est référée à Dieu comme source de toute vérité.

  • Éloge de la Sagesse (7,22b-8,1)

À l’esprit de la Sagesse sont dédiés 21 attributs (v. 22b-23) tirés du vocabulaire philosophico-religieux hellénistique. Ensuite l’activité de la Sagesse, dont l’origine divine est réaffirmée (v. 25) est envisagée d’abord dans le cosmos (v. 24-26), puis dans le monde des hommes devenant « amis de Dieu et prophètes » (7,27 – 8,1). Ces versets fourniront un langage à 1a christologie de certains écrits du N.T., que ce soit le « reflet » uni à la Gloire (Hb 1,3), ou le « miroir » ou 1’« image » (2 Co 3,18; 4,4; Col 1,15).

Le v. 27, qui est le cœur de la partie centrale du livre, révèle la grandeur de la Sagesse dans l’univers et surtout dans l’homme, la créature privilégiée : « Comme elle est unique, elle peut tout; demeurant en elle-même, elle renouvelle l’univers et, au long des âges, elle passe dans les âmes saintes pour former des amis de Dieu et des prophètes. »

  • La Sagesse épouse et mère (8,2-9)

En Sg 7,13-22a, la Sagesse était présentée comme un trésor; ici elle est la Sagesse divine, riche de l’intimité et de la science de Dieu, qui devient l’épouse parfaite et la mère de tous biens. Une histoire d’amour où les réflexions de l’amoureux s’épanouissent dans la décision finale : « Je résolus donc d’en faire la compagne de ma vie, sachant qu’elle serait ma conseillère pour le bien, mon réconfort dans les soucis et le chagrin » (v. 9).

  • La Sagesse royale (8,10-16)

La compagne idéale de Salomon dans l’exercice de sa royauté, dans l’administration du royaume et la responsabilité judiciaire: ainsi est tracé le portrait du sage dont la renommée franchit les barrières sociales et les frontières nationales. La réflexion de Salomon est construite autour du v. 13 : « J’obtiendrai, grâce à elle, l’immortalité et je laisserai à la postérité un souvenir éternel. » Telle était l’ambition du sage selon Si 39,9.

  • La Sagesse demandée dans la prière (8,17-21)

Les versets 17-18 ouvrent des perspectives nouvelles. La parenté avec la Sagesse n’introduit pas seulement la pérennité du souvenir (cf. v.13), mais bien une immortalité personnelle, au-delà de la mort, qui est d’une autre nature que la simple substance d’une âme préexistante.

« J’étais un enfant bien né et j’avais reçu une âme bonne; ou plutôt, étant bon, j’étais venu dans un corps sans souillure. » (8,19-20). « Bien né » (euphyês) apparaît en 2 M 4,32; ce terme grec « remonte à Socrate et Platon et concerne les qualités du corps et surtout celles de l’âme: un corps en bonne santé, en encore plus, un esprit bien disposé sur le plan intellectuel et moral ». Et « l’âme bonne » qu’il a reçue ne renvoie sans doute pas à quelque conception grecque de la préexistence de l’âme, mais plus simplement à Gn 2,7 où l’homme est un corps animé. Il reste cependant que Sg 8,20, sans rejoindre la préexistence de l’âme, accepte de la pensée grecque l’idée d’une prééminence de l’âme sur le corps (cf. Sg 9,15: « un corps corruptible appesantit l’âme et cette tente d’argile alourdit l’esprit aux multiples soucis » (M. Gilbert).

© Daniel Doré, SBEV / Éd du Cerf, Cahier Évangile n° 113 (Octobre 2000), « Le livre de la Sagesse de Salomon », p. 28-30.