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Dictionnaire amoureux des saints de Christiane Rancé

Dictionnaire amoureux des saints

Christiane Rancé

Paris, Plon, 2019. 800 pages.

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Un dictionnaire amoureux pour remettre au centre de nos vies ces homes et ces femmes à qui l’amour a tout rendu possible, même Dieu, et don’t l’exemple est toujours vivant. Un livre pour donner un avant-goût du paradis.

Qu’est-ce qu’être saint ? Qui sont les saints ? A quoi servent les saints ? Depuis le plus précoce – Jean-Baptiste qui tressaillit de sainteté dans le ventre de sa mère, et le premier des saints –un larron qui montera au ciel pour avoir ouvert son Coeur à Jésus – depuis les plus connus – de Paul de Tarse à Thérèse d’Avila, de François d’Assise à Thérèse de Lisieux en passant par saint Augustin, saint Louis ou encore Jeanne d’Arc, jusqu’aux plus inattendus – saint Lucifer, saint Glingin et saint Frusquin, Christiane Rancé évoque ceux que Renan appelait “les héros de la vie désintéressée”. Il y a ceux qu’elle interroge souvent, et ceux dont elle a fait la rencontre, – Mère Teresa ou Jean-Paul II. Qu’elles soient docteur angélique, docteur séraphique ou docteur de l’amour divin, ces grandes figues ont fondé et ne cessent d’engendrer le cours de l’histoire.

Avec jubilation, érudition et curiosité, l’auteur peint le portrait des saints qui nous sont le plus nécessaires, au cours de vingt siècles et dans tous les pays. Elle aborde par ailleurs les questions qui entourent la sainteté – ses modes, ses méthodes, et ceux qui l’ont célèbrée, Emil Cioran, Jean Cocteau, ou Georges Bernanos pour ne citer qu’eux… Elle rappelle aussi les pèlerinages et les révolutions du coeur  qu’ils ont suscitées.

Queslques critiques

[Le] Dictionnaire amoureux des saints est un livre merveilleusement réussi.  » Jean Sévillia, Le Figaro Magazine
 » Plein de passions, de colères, de fulminations, ce superbe livre nous fait revivre des personnages parfois peu connus qui valent le détour.  » Franz-Olivier Giesbert, Le Point
 » Du roi saint Louis à saint Benoît-Joseph le mendiant, de Claudel à Cendrars ou Cioran, un merveilleux dictionnaire buissonnier évoque la fascination des écrivains pour les fols en Dieu.  » Astrid de Larminat, Le Figaro Littéraire

Quelques mots sur l’auteur

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Christiane Rancé est romancière et essayiste. Ses livres s’attachent à dresser les portraits de figures littéraires  : Léon Tolstoï ou Simone Weil, et spirituelles : Jésus, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila ou le Pape François. Romancière, est également l’auteur d’un livre d’entretiens avec le philosophe Lucien Jerphagnon, De l’amour à la mort, de Dieu et autres bagatelles, et d’un essai, Prenez tout, mais laissez-moi  l’extase, une méditation sur la prière qui a reçu, en 2013, le “prix de spiritualité – Panorama – La Procure” ainsi que le Prix des Ecrivains croyants. En 2015, l’Académie française lui décerne le Prix de l’essai pour son Thérèse d’Avila. En 2016, elle publie En pleine lumière qui reçoit le Prix de l’Humanisme chrétien. Son essai, Lettre à un jeune chrétien et à ceux qui ignorant qu’ils le sont, publié en 2017, a reçu le prix Spiritualité d’aujourd’hui.

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EGLISE CATHOLIQUE, JOSEPH (saint ; 1er siècle), SAINTETE, SAINTS

La fête de Saint Joseph

Historique de la fête de Saint Joseph du 19 mars et du 1er mai

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LES FONDEMENTS. 

Les pères de l’Eglise du IVe siècle parlent des vertus de Saint Joseph à l’occasion du mystère de l’Incarnation et de la Virginité de Marie. Dans l’Eglise latine, saint Joseph est mentionné dans les plus anciens martyrologues : dans le calendrier d’Eusèbe de Césarée et dans le Martyrologue de saint Maximin de Trèves ; au IVe et Ve siècles, saint Jérôme, saint Augustin et saint Pierre Chrysologue posent quelques bases théologiques que viendront augmenter Bède le Vénérable au VIIIe siècle et Saint Pierre Damien au XIe. Le catalogue des images de Saint Joseph dans l’Art Chrétien des cinq premiers siècles, établi par le comte Rossi au XIXe, prouve que la piété des fidèles vénéraient dès l’origine saint Joseph.

C’est Saint Bernard, au XIIe s. qui ouvrira la voie aux grands théologiens de l’Université de Paris. Il parle de Saint Joseph et développe la théologie mariale. Sur les prémices qu’il a posé, saint Thomas d’Aquin pourra dire : 

 » En quelque genre que ce soit, plus une chose approche de son principe, plus elle participe à l’effet de son principe. Mais le Christ est le principe de la grâce ; en tant qu’homme, Il en est l’instrument et la source…Or, c’est la Bienheureuse Vierge qui approcha de plus près le Christ selon l’humanité puisque le Christ reçu d’elle la nature humaine… » 

Les théologiens devaient tirer la conclusion que nul après la Vierge n’a plus approché le Christ, source de la grâce, que Joseph, donc que nul n’a plus participé que Joseph à la grâce du Christ. On en déduit que saint Joseph est un saint incomparable. Ce raisonnement a été repris par le père Garrigou-Lagrange. 

Parti de l’université de Paris, le mouvement en faveur du culte de Saint Joseph ne va plus se ralentir. Saint Albert le Grand, les Franciscains, les Dominicains le répandent par leur prédication en tous lieux et tous pays. 

Le Bienheureux Jean Dun Scot, à propos du mariage de la Sainte Vierge et de Saint Joseph montre très justement que tout ce qui concerne le chaste époux de la Vierge Marie dans le décret de prédestination ( il s’agit de la théologie de l’Immaculée Conception) a été fait en vue de Marie. 

Saint Bonaventure et saint Bernardin de Sienne reviennent souvent sur le sujet de Saint Joseph. Le sermon de Bernardin de Sienne marque une étape dans la maturité de la dévotion à saint Joseph. 

LE TOURNANT : DE GERSON A BOSSUET EN PASSANT PAR L’ECOLE FRANCAISE 

Chancelier de l’Université de Paris, Gerson ( 1363-1429) deviendra le promoteur des fêtes de Saint Joseph. Il écrivit le 17 Aout 1413 une lettre à toutes les églises pour proposer les fêtes de Saint Joseph, une exposition en trois leçons sur l’Evangile  » exurgens autem Joseph » et une messe propre dont il composa lui-même les morceaux liturgiques ; il obtient progressivement l’établissement en France de fêtes de Saint Joseph. C’est surtout au Concile de Constance qu’il supplia avec succès les pères d’établir et de diffuser un culte public de Saint Joseph. En 1481, le pape Sixte IV étendit le culte de saint Joseph de France à l’Eglise Universelle. Par la suite, les guerres de religion freinent cette expansion et il faudra attendre le XVIIe siècle, grand siècle de saint Joseph en France pour que s’établissent les fêtes et le culte de Saint Joseph tel que nous le connaissons. Le cardinal de Bérulle, Monsieur Ollier, saint Jean-Eudes consacrent à saint Joseph de très belles pages. De nombreuses fondations et institutions, congrégations et confréries se placent sous sa protection. Chez les carmélites, madame Acarie rend plus populaire encore le culte de saint Joseph que leur fondatrice, Thérèse d’Avila, avait inculqué à ses filles. De son côté, Saint François de Sales compose ses « entretiens sur saint Joseph » et parle de lui aux filles de la Visitation. Le 19 Mars 1657, en présence du cardinal Barberini et de vingt-deux évêques, réunis à l’occasion de l’Assemblée du Clergé de France, Bossuet célèbre les gloires de Saint Joseph : le sermon marquera tant qu’il fut répété deux ans plus tard à la cour. Et le 7 juin 1660, Saint Joseph apparaît à Cotignac, apparition reconnue par les autorités religieuses.
L’EXTENSION DU CULTE DE SAINT JOSEPH ET HISTORIQUE DE SES FETES 

Les Syriens et les autres Orientaux font la fête de saint Joseph le 20 juillet, mais on la fait le 19 mars dans les églises d’Occident. 

La fête de Saint Joseph se place au 19 mars, et elle était très suivie par les artisans (il était charpentier) puis par les ouvriers – Saint Joseph voit son culte prendre de l’ampleur dès le XVIe siècle ; – en 1621 le pape Grégoire XV éleva la fête du de Saint Joseph le 19 mars au rang de fête d’obligation ; – en 1642 le pape Urbain VIII confirma à son tour le rang de cette fête ; – en 1661, après l’apparition et le miracle de la source de Cotignac, Mgr Joseph Ondedei, évêque de Fréjus, reconnaît officiellement les apparitions de saint Joseph et en approuve le culte ; – cette même année 1661 le roi Louis XIV consacre la France à saint Joseph, chef de la Sainte Famille à la suite des apparitions de Cotignac ; 

Le 8 décembre 1870 le pape Pie IX déclara officiellement Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle, et fit du 19 mars une fête solennelle ; – en 1889, le pape Léon XIII démontra comment Saint Joseph est le modèle des pères de famille et des travailleurs, et lui décerna officiellement le titre de « saint patron des pères de famille et des travailleurs », titre que la piété populaire lui avait déjà décerné depuis des siècles ; – en 1955 le pape Pie XII reprit bien volontiers le principe de la fête du travail en instituant la solennité de Saint Joseph artisan et en la fixant au 1er mai de chaque année ; Saint Joseph est ainsi l’un des saints que l’on fête deux fois dans l’année (19 mars et 1er mai) ; – le pape Jean XXIII a ajouté son nom au canon de la Messe. 

CITATIONS 

Saint Bernard de Clairvaux, au XIIème siècle, découvrait avec justesse la grandeur de saint Joseph : « Celui que de nombreux rois et prophètes ont désiré voir et n’ont pas vu, qu’ils ont désiré écouter et qu’ils n’ont pas entendu, il fut donné à Joseph, non seulement de le voir et de l’entendre, mais encore de le porter, de guider ses pas, de le prendre dans ses bras, de le couvrir de baisers, de lui donner à manger et de veiller sur lui ». 

Au XVème siècle, saint Bernardin de Sienne découvre davantage encore la gloire de saint Joseph. Il s’exprimait avec une rare pénétration : « Comment un esprit clairvoyant peut-il penser que le Saint-Esprit ait uni, d’une union si étroite à l’âme d’une Vierge si grande, quelqu’autre âme sans que celle-ci lui fut semblable par la pratique des vertus ? Je crois donc que saint Joseph fut le plus pur des hommes en virginité, le plus profond en humilité, le plus ardent en amour de Dieu et en charité, le plus élevé en contemplation ». 

Sainte Thérèse d’Avila, au XVIème siècle, avait choisi saint Joseph pour patron de son ordre. Voici comment elle en parle dans le sixième chapitre de sa vie : « Je choisis le glorieux saint Joseph pour mon patron et me recommande à lui en toutes choses. Je ne me souviens pas d’avoir jamais rien demandé à Dieu par son intercession que je ne l’aie obtenu. Jamais je n’ai connu personne qui l’ait invoqué sans faire des progrès notables dans la vertu. Son crédit auprès de Dieu est d’une merveilleuse efficacité pour tous ceux qui s’adressent à lui avec confiance ». 

Saint François de Sales a employé son dix-neuvième entretien à recommander la dévotion envers saint Joseph et à louer ses vertus, surtout sa virginité, son humilité, sa constance et son courage. 

Les Syriens et les autres Orientaux font la fête de saint Joseph le 20 juillet, mais on la fait le 19 mars dans les églises d’Occident. Les Papes Grégoire XV et Urbain VIII ordonnèrent, l’un en 1621 et l’autre en 1642, que cette fête fût d’obligation.

DU 19 MARS AU 1er MAI 

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Les Papes n’ont pas manqué de nous exhorter à recourir à saint Joseph et le bienheureux Pie IX, qui en 1870 proclama saint Joseph « Patron de l’Eglise Universelle », ne craignait pas d’affirmer : « La dévotion envers saint Joseph est le salut de la société contemporaine ». Léon XIII déclarait que « la divine maison que Joseph gouvernait avec l’autorité du père, contenait les prémices de l’Eglise naissante ». Le Pape Pie XII de glorieuse mémoire, institua en 1955, la fête de saint Joseph Artisan et en fixa la date au 1er mai. Le bienheureux Jean XXIII inséra le nom de notre glorieux Patron au sein même du canon de la messe et Notre Saint Père le Pape Jean Paul II écrit en conclusion de son Exhortation Apostolique Redemptoris Custos : « Je souhaite vivement que la présente évocation de la figure de Joseph renouvelle en nous aussi les accents de la prière que mon prédécesseur, il y a un siècle, le Pape Léon XIII recommanda d’élever vers lui. II est certain en effet, que cette prière et la figure même de Joseph ont acquis un renouveau d’actualité pour l’Eglise de notre temps, en rapport avec le nouveau millénaire chrétien ».

COTIGNAC 

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Une apparition de saint Joseph, en Provence, dans le haut pays varois au XVIIème siècle, a été reconnue par l’Eglise : le 7 juin 1660, Gaspard Ricard, un berger de Cotignac, fait paître ses moutons sur les pentes du Bessillon. En ce milieu d’une journée brûlante, il se repose avec ses bêtes, à l’ombre des arbres. Il est très éprouvé par la soif car il a depuis longtemps épuisé sa gourde. Tout à coup, un homme surgit devant lui et, montrant une pierre, lui dit : « Je suis Joseph, enlève-la et tu boiras ». 

D’un regard connaisseur, Gaspard évalue le poids de la roche et objecte : « Je ne pourrai, elle est trop lourde ». Mais le mystérieux visiteur réitère son ordre. Le pâtre obéit et il a la stupéfaction de faire basculer le rocher au premier effort. Une eau vive se met alors à ruisseler ! Alertée, la population de Cotignac accourt au lieu du prodige et s’émerveille lorsque huit hommes essaient en vain de déplacer le rocher. La crainte s’empare du berger qui s’écrie : « C’est saint Joseph qui était là, c’est bien lui qui m’en a donné pouvoir ». Son émotion se communique à toute la foule qui s’agenouille et rend grâce à l’Epoux de la Vierge Marie pour ce signe et pour cette source, image des grâces abondantes que le céleste Patriarche désire déverser sur ceux qui l’invoquent. 

Les guérisons obtenues par l’application de l’eau de la fontaine attirent les pèlerins sur les flancs du Bessillon et le culte de saint Joseph, inexistant jusqu’alors dans la contrée, prend un essor extraordinaire et se répand au-delà de la Provence. Une chapelle sera rapidement édifiée à l’endroit du miracle et des pères oratoriens prendront en charge la direction spirituelle des pèlerinages. 

Le 31 janvier 1661, après enquête, Monseigneur Joseph Ondedei, évêque de Fréjus, reconnaît officiellement les apparitions de saint Joseph et en approuve le culte. Cette même année et suite à ces merveilleux événements, le roi Louis XIV consacre la France à saint Joseph, chef de la Sainte Famille. A cette occasion, Bossuet, avec le talent qu’on lui connaît, s’exprimera en ces termes : « Joseph a mérité les plus grands honneurs parce qu’il n’a jamais été touché de l’honneur. L’Eglise n’a rien de plus illustre parce qu’elle n’a rien de plus caché ».
FATIMA 

Aux petits bergers de Fatima, la Sainte Vierge annonce, lors de sa quatrième apparition, le 19 août 1917 : « Le dernier mois … saint Joseph viendra avec l’Enfant Jésus pour donner la paix au monde ». Et en effet, le 13 octobre, lors de la sixième et dernière apparition voici suivant les termes de Lucie ce dont les enfants furent les témoins : « J’ai vu Notre-Dame du Rosaire, revêtue d’un manteau bleu, recouvrant le blanc très brillant de sa robe ; et, habillé d’un vêtement rouge, saint Joseph ayant l’enfant Jésus sur les bras ».

SAINT JOSEPH

DOCUMENTS PONTIFICAUX, EGLISE CATHOLIQUE, GAUDETE ET EXSULTATE, GNOSTICISME, PAPE FRANÇOIS, Pape François, SAINTETE

Gaudete et Exsultate : l’appel à la sainteté

Gaudete et Exsultate : sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel

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– Deux ennemis subtils de la Sainteté

 

 

  1. Dans ce cadre, je voudrais attirer l’attention sur deux falsifications de la sainteté qui pourraient nous faire dévier du chemin : le gnosticisme et le pélagianisme. Ce sont deux hérésies apparues au cours des premiers siècles du christianisme mais qui sont encore d’une préoccupante actualité. Même aujourd’hui les cœurs de nombreux chrétiens, peut-être sans qu’ils s’en rendent compte, se laissent séduire par ces propositions trompeuses. En elles s’exprime un immanentisme anthropocentrique déguisé en vérité catholique.[1] Voyons ces deux formes de sécurité, doctrinale ou disciplinaire, qui donnent lieu à « un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle. Dans les deux cas, ni Jésus-Christ ni les autres n’intéressent vraiment ».[2]

 

Le gnosticisme actuel

  1. Le gnosticisme suppose « une foi renfermée dans le subjectivisme, où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances que l’on considère comme pouvant réconforter et éclairer, mais où le sujet reste en définitive fermé dans l’immanence de sa propre raison ou de ses sentiments ».[3]

 

Un esprit sans Dieu et sans chair

 

  1. Grâce à Dieu, tout au long de l’histoire de l’Église, il a toujours été très clair que la perfection des personnes se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des données et des connaissances qu’elles accumulent. Les ‘‘gnostiques’’ font une confusion sur ce point et jugent les autres par leur capacité à comprendre la profondeur de certaines doctrines. Ils conçoivent un esprit sans incarnation, incapable de toucher la chair souffrante du Christ dans les autres, corseté dans une encyclopédie d’abstractions. En désincarnant le mystère, ils préfèrent finalement « un Dieu sans Christ, un Christ sans Église, une Église sans peuple »[4].

 

  1. En définitive, il s’agit d’une superficialité vaniteuse : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut. Cette superficialité arrive cependant à subjuguer certains par une fascination trompeuse, car l’équilibre gnostique réside dans la forme et semble aseptisé ; et il peut prendre l’aspect d’une certaine harmonie ou d’un ordre qui englobent tout.

 

  1. Mais attention ! Je ne fais pas référence aux rationalistes ennemis de la foi chrétienne. Cela peut se produire dans l’Église, tant chez les laïcs des paroisses que chez ceux qui enseignent la philosophie ou la théologie dans les centres de formation. Car c’est aussi le propre des gnostiques de croire que, par leurs explications, ils peuvent rendre parfaitement compréhensibles toute la foi et tout l’Evangile. Ils absolutisent leurs propres théories et obligent les autres à se soumettre aux raisonnements qu’ils utilisent. Une chose est un sain et humble usage de la raison pour réfléchir sur l’enseignement théologique et moral de l’Evangile ; une autre est de prétendre réduire l’enseignement de Jésus à une logique froide et dure qui cherche à tout dominer.[5]

 

 

Une doctrine sans mystère

 

  1. Le gnosticisme est l’une des pires idéologies puisqu’en même temps qu’il exalte indûment la connaissance ou une expérience déterminée, il considère que sa propre vision de la réalité représente la perfection. Ainsi, peut-être sans s’en rendre compte, cette idéologie se nourrit-elle elle-même et sombre-t-elle d’autant plus dans la cécité. Elle devient parfois particulièrement trompeuse quand elle se déguise en spiritualité désincarnée. Car le gnosticisme « de par sa nature même veut apprivoiser le mystère »,[6] tant le mystère de Dieu et de sa grâce que le mystère  de la vie des autres.

 

  1. Lorsque quelqu’un a réponse à toutes les questions, cela montre qu’il n’est pas sur un chemin sain, et il est possible qu’il soit un faux prophète utilisant la religion à son propre bénéfice, au service de ses élucubrations psychologiques et mentales. Dieu nous dépasse infiniment, il est toujours une surprise et ce n’est pas nous qui décidons dans quelle circonstance historique le rencontrer, puisqu’il ne dépend pas de nous de déterminer le temps, le lieu et la modalité de la rencontre. Celui qui veut que tout soit clair et certain prétend dominer la transcendance de Dieu.

 

  1. On ne peut pas non plus prétendre définir là où Dieu ne se trouve pas, car il est présent mystérieusement dans la vie de toute personne, il est dans la vie de chacun comme il veut, et nous ne pouvons pas le nier par nos supposées certitudes. Même quand l’existence d’une personne a été un désastre, même quand nous la voyons détruite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie. Si nous nous laissons guider par l’Esprit plus que par nos raisonnements, nous pouvons et nous devons chercher le Seigneur dans toute vie humaine. Cela fait partie du mystère que les mentalités gnostiques finissent par rejeter, parce qu’elles ne peuvent pas le contrôler.

 

 

Les limites de la raison

 

  1. Nous ne parvenons à comprendre que très pauvrement la vérité que nous recevons du Seigneur. Plus difficilement encore nous parvenons à l’exprimer. Nous ne pouvons donc pas prétendre que notre manière de la comprendre nous autorise à exercer une supervision stricte sur la vie des autres. Je voudrais rappeler que dans l’Église cohabitent à bon droit diverses manières d’interpréter de nombreux aspects de la doctrine et de la vie chrétienne qui, dans leur variété, « aident à mieux expliquer le très riche trésor de la Parole ». En réalité « à ceux qui rêvent d’une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances, cela peut sembler une dispersion imparfaite ».[7] Précisément, certains courants gnostiques ont déprécié la simplicité si concrète de l’Evangile et ont cherché à remplacer le Dieu trinitaire et incarné par une Unité supérieure où disparaissait la riche multiplicité de notre histoire.

 

  1. En réalité, la doctrine, ou mieux, notre compréhension et expression de celle-ci, « n’est pas un système clos, privé de dynamiques capables d’engendrer des questions, des doutes, des interrogations », et « les questions de notre peuple, ses angoisses, ses combats, ses rêves, ses luttes, ses préoccupations, possèdent une valeur herméneutique que nous ne pouvons ignorer si nous voulons prendre au sérieux le principe de l’Incarnation. Ses questions nous aident à nous interroger, ses interrogations nous interrogent ».[8]

 

  1. Il se produit fréquemment une dangereuse confusion : croire que parce que nous savons quelque chose ou que nous pouvons l’expliquer selon une certaine logique, nous sommes déjà saints, parfaits, meilleurs que la « masse ignorante ». Saint Jean-Paul II mettait en garde ceux qui dans l’Église ont la chance d’une formation plus poussée contre la tentation de nourrir « un certain sentiment de supériorité par rapport aux autres fidèles ».[9] Mais en réalité, ce que nous croyons savoir devrait être toujours un motif pour mieux répondre à l’amour de Dieu, car « on apprend pour vivre : théologie et sainteté sont un binôme inséparable ».[10]

 

  1. Quand saint François d’Assise a vu que certains de ses disciples enseignaient la doctrine, il a voulu éviter la tentation du gnosticisme. Il a donc écrit ceci à saint Antoine de Padoue : « Il me plaît que tu lises la théologie sacrée aux frères, pourvu que, dans l’étude de celle-ci, tu n’éteignes pas l’esprit de sainte oraison et de dévotion ».[11] Il percevait la tentation de transformer l’expérience chrétienne en un ensemble d’élucubrations mentales qui finissent par éloigner de la fraîcheur de l’Evangile. Saint Bonaventure, d’autre part, faisait remarquer que la vraie sagesse chrétienne ne doit pas être séparée de la miséricorde  envers le prochain : « La plus grande sagesse qui puisse exister consiste à diffuser fructueusement ce qu’on a à offrir, ce qui a été précisément donné pour être offert […]
    C’est pourquoi tout comme la miséricorde est amie de la sagesse, l’avarice est son ennemi ».[12] « Il y a une activité qui, en s’unissant à la contemplation ne l’entrave pas, mais la favorise ainsi que les œuvres de miséricorde et de piété ».[13]

 

 

Le pélagianisme actuel

 

  1. Le gnosticisme a donné lieu à une autre vieille hérésie qui est également présente aujourd’hui. A mesure que passait le temps, beaucoup ont commencé à reconnaître que ce n’est pas la connaissance qui nous rend meilleurs ni saints, mais la vie que nous menons. Le problème, c’est que cela a dégénéré subtilement, de sorte que l’erreur même des gnostiques s’est simplement transformée mais n’a pas été surmontée.

 

  1. Car le pouvoir que les gnostiques attribuaient à l’intelligence, certains commencèrent à l’attribuer à la volonté humaine, à l’effort personnel. C’est ainsi que sont apparus les pélagiens et les semi-pélagiens.
    Ce n’était plus l’intelligence qui occupait la place du mystère et de la grâce, mais la volonté. On oubliait qu’« il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Rm 9, 16) et que « lui nous a aimés le premier» (1Jn 4, 19).

 

 

Une volonté sans humilité

 

  1. Ceux qui épousent cette mentalité pélagienne ou semi-pélagienne, bien qu’ils parlent de la grâce de Dieu dans des discours édulcorés, « en définitive font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique ».[14] Quand certains d’entre eux s’adressent aux faibles en leur disant que tout est possible avec la grâce de Dieu, au fond ils font d’habitude passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine, comme si celle-ci était quelque chose de pur, de parfait, de tout-puissant, auquel s’ajoute la grâce. On cherche à ignorer que ‘‘tous ne peuvent pas tout’’,[15] et qu’en cette vie les fragilités humaines ne sont pas complètement et définitivement guéries par la grâce.[16] De toute manière, comme l’enseignait saint Augustin, Dieu t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas ;[17] ou bien à dire humblement au Seigneur : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux ».[18]

 

  1. Au fond, l’absence de la reconnaissance sincère, douloureuse et priante de nos limites est ce qui empêche la grâce de mieux agir en nous, puisqu’on ne lui laisse pas de place pour réaliser ce bien possible qui s’insère dans un cheminement sincère et réel de croissance.[19] La grâce, justement parce qu’elle suppose notre nature, ne fait pas de nous, d’un coup, des surhommes. Le prétendre serait placer trop de confiance en nous-mêmes. Dans ce cas, derrière l’orthodoxie, nos attitudes pourraient ne pas correspondre à ce que nous affirmons sur la nécessité de la grâce, et dans les faits nous finissons par compter peu sur elle. Car si nous ne percevons pas notre réalité concrète et limitée, nous ne pourrons pas voir non plus les pas réels et possibles que le Seigneur nous demande à chaque instant, après nous avoir rendus capables et nous avoir conquis par ses dons. La grâce agit historiquement et, d’ordinaire, elle nous prend et nous transforme de manière progressive.[20] C’est pourquoi si nous rejetons ce caractère historique et progressif, nous pouvons, de fait, arriver à la nier et à la bloquer, bien que nous l’exaltions par nos paroles.

 

  1. Quand Dieu s’adresse à Abraham, il lui dit : « Je suis Dieu tout-puissant. Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 1). Pour que nous soyons parfaits comme il le désire, nous devons vivre humblement en sa présence, enveloppés de sa gloire ; il nous faut marcher en union avec lui en reconnaissant son amour constant dans nos vies.
    Il ne faut plus avoir peur de cette présence qui ne peut que nous faire du bien. Il est le Père qui nous a donné la vie et qui nous aime tant. Une fois que nous l’acceptons et que nous cessons de penser notre vie sans lui, l’angoisse de la solitude disparaît (cf. Ps 139, 7). Et si nous n’éloignons plus Dieu de nous et que nous vivons en sa présence, nous pourrons lui permettre d’examiner nos cœurs pour qu’il voie s’ils sont sur le bon chemin (cf. Ps 139, 23-24). Ainsi, nous connaîtrons la volonté du Seigneur, ce qui lui plaît et ce qui est parfait (cf. Rm 12, 1-2) et nous le laisserons nous modeler comme un potier (cf. Is 29, 16). Nous avons souvent dit que Dieu habite en nous, mais il est mieux de dire que nous habitons en lui, qu’il nous permet de vivre dans sa lumière et dans son amour. Il est notre temple : « La chose que je cherche, c’est d’habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie » (cf. Ps 27, 4). « Mieux vaut un jour dans tes parvis que mille à ma guise » (Ps 84, 11). C’est en lui que nous sommes sanctifiés.

 

 

Un enseignement de l’Église souvent oublié

 

  1. L’Église catholique a maintes fois enseigné que nous ne sommes pas justifiés par nos œuvres ni par nos efforts mais par la grâce du Seigneur qui prend l’initiative. Les Pères de l’Église, même avant saint Augustin, exprimaient clairement cette conviction primordiale. Saint Jean Chrysostome disait que Dieu verse en nous la source même de tous les dons avant même que nous n’entrions dans le combat[21] Saint Basile le Grand faisait remarquer que le fidèle se glorifie seulement en Dieu, car il sait qu’il « est dépourvu de vraie justice et ne [trouve] sa justice que dans la foi au Christ ».[22]

 

  1. Le deuxième Synode d’Orange a enseigné avec grande autorité que nul homme peut exiger, mériter ou acheter le don de la grâce divine et que toute coopération avec elle est d’abord un don de la grâce elle-même : « Même notre volonté de purification est un effet de l’infusion et de l’opération du Saint Esprit en nous ».[23] Plus tard, même quand le Concile de Trente souligne l’importance de notre coopération pour la croissance spirituelle, il réaffirme cet enseignement dogmatique : on dit que nous sommes « justifiés gratuitement parce que rien de ce qui précède la justification, que ce soit la foi ou les œuvres, ne mérite cette grâce de la justification. En effet, si c’est une grâce, elle ne vient pas des œuvres ; autrement, la grâce n’est plus la grâce (Rm 11, 6)».[24]

 

  1. Le Catéchisme de l’Église catholique aussi nous rappelle que le don de la grâce « surpasse les capacités de l’intelligence et les forces de la volonté humaine »,[25] et qu’« à l’égard de Dieu, il n’y a pas, au sens d’un droit strict, de mérite de la part de l’homme. Entre Lui et nous l’inégalité est sans mesure ».[26] Son amitié nous dépasse infiniment, nous ne pouvons pas l’acheter par nos œuvres et elle ne peut être qu’un don de son initiative d’amour.
    Cela nous invite à vivre dans une joyeuse gratitude pour ce don que nous ne mériterons jamais, puisque « quand [quelqu’un] possède déjà la grâce, il ne peut mériter cette grâce déjà reçue ».[27] Les saints évitent de mettre leur confiance dans leurs propres actions : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux ».[28]

 

  1. C’est l’une des grandes convictions définitivement acquises par l’Église, et cela est si clairement exprimé dans la Parole de Dieu que c’est hors de toute discussion. Tout comme le commandement suprême de l’amour, cette vérité devrait marquer notre style de vie, parce qu’elle s’abreuve au cœur de l’Evangile et elle demande non seulement à être accueillie par notre esprit, mais aussi à être transformée en une joie contagieuse. Cependant nous ne pourrons pas célébrer avec gratitude le don gratuit de l’amitié avec le Seigneur si nous ne reconnaissons pas que même notre existence terrestre et nos capacités naturelles sont un don. Il nous faut « accepter joyeusement que notre être soit un don, et accepter même notre liberté comme une grâce.
    C’est ce qui est difficile aujourd’hui dans un monde qui croit avoir quelque chose par lui-même, fruit de sa propre originalité ou de sa liberté ».[29]

 

  1. C’est seulement à partir du don de Dieu, librement accueilli et humblement reçu, que nous pouvons coopérer par nos efforts à nous laisser transformer de plus en plus.[30] Il faut d’abord appartenir à Dieu. Il s’agit de nous offrir à celui qui nous devance, de lui remettre nos capacités, notre engagement, notre lutte contre le mal et notre créativité, pour que son don gratuit grandisse et se développe en nous : « Je vous exhorte, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rm 12, 1). D’autre part, l’Église a toujours enseigné que seule la charité rend possible la croissance dans la vie de la grâce car « si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1Co 13, 2).

 

 

Les nouveaux pélagiens

 

  1. Il y a encore des chrétiens qui s’emploient à suivre un autre chemin : celui de la justification par leurs propres forces, celui de l’adoration de la volonté humaine et de ses propres capacités, ce qui se traduit par une autosatisfaction égocentrique et élitiste dépourvue de l’amour vrai. Cela se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment différentes : l’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église, la vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, l’enthousiasme pour les dynamiques d’autonomie et de réalisation autoréférentielle. Certains chrétiens consacrent leurs énergies et leur temps à cela, au lieu de se laisser porter par l’Esprit sur le chemin de l’amour, de brûler du désir de communiquer la beauté et la joie de l’Evangile, et de chercher ceux qui sont perdus parmi ces immenses multitudes assoiffées du Christ.[31]

 

  1. Souvent, contre l’impulsion de l’Esprit, la vie de l’Église se transforme en pièce de musée ou devient la propriété d’un petit nombre. Cela se produit quand certains groupes chrétiens accordent une importance excessive à l’accomplissement de normes, de coutumes ou de styles déterminés.
    De cette manière, on a l’habitude de réduire et de mettre l’Evangile dans un carcan en lui retirant sa simplicité captivante et sa saveur. C’est peut-être une forme subtile de pélagianisme, parce que cela semble soumettre la vie de la grâce à quelques structures humaines. Cela touche des groupes, des mouvements et des communautés, et c’est ce qui explique que, très souvent, ils commencent par une vie intense dans l’Esprit mais finissent fossilisés…ou corrompus.

 

  1. Sans nous en rendre compte, en pensant que tout dépend de l’effort humain canalisé par des normes et des structures ecclésiales, nous compliquons l’Evangile et nous devenons esclaves d’un schéma qui laisse peu de place pour que la grâce agisse. Saint Thomas d’Aquin nous rappelait que les préceptes ajoutés à l’Evangile par l’Église doivent s’exiger avec modération « de peur que la vie des fidèles en devienne pénible » et qu’ainsi notre religion ne se transforme en « un fardeau asservissant ».[32]

 

 

Le résumé de la Loi

 

  1. Pour éviter cela, il est bon de rappeler fréquemment qu’il y a une hiérarchie des vertus qui nous invite à rechercher l’essentiel. Le primat revient aux vertus théologales qui ont Dieu pour objet et cause. Et au centre se trouve la charité. Saint Paul affirme que ce qui compte vraiment, c’est la « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6). Nous sommes appelés à préserver plus soigneusement la charité: « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi […]. La charité est donc la loi dans sa plénitude » (Rm 13, 8.10). « Car une seule formule contient toute la Loi en sa plénitude : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” » (Ga 5, 14).

 

  1. En d’autres termes : dans l’épaisse forêt de préceptes et de prescriptions, Jésus ouvre une brèche qui permet de distinguer deux visages : celui du Père et celui du frère. Il ne nous offre pas deux formules ou deux préceptes de plus. Il nous offre deux visages, ou mieux, un seul, celui de Dieu qui se reflète dans beaucoup d’autres. Car en chaque frère, spécialement le plus petit, fragile, sans défense et en celui qui est dans le besoin, se trouve présente l’image même de Dieu. En effet, avec cette humanité vulnérable considérée comme déchet, à la fin des temps, le Seigneur façonnera sa dernière œuvre d’art. Car « qu’est-ce qui reste, qu’est-ce qui a de la valeur dans la vie, quelles richesses ne s’évanouissent pas ? Sûrement deux : le Seigneur et le prochain. Ces deux richesses ne s’évanouissent pas ».[33]
  2. Que le Seigneur délivre l’Église des nouvelles formes de gnosticisme et de pélagianisme qui l’affublent et l’entravent sur le chemin de la sainteté ! Ces déviations s’expriment de diverses manières, selon le tempérament et des caractéristiques propres à chacun. C’est pourquoi j’exhorte chacun à se demander et à discerner devant Dieu de quelle manière elles peuvent être en train de se manifester dans sa vie.

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[1] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lett. Placuit Deo sur certains aspects du salut chrétien (22 février 2018), n. 4 : L’Osservatore Romano (2 mars 2018), pp.4-5 : « L’individualisme néo-pélagien et le mépris néo-gnostique du corps défigurent la confession de foi au Christ, Sauveur unique et universel ». Dans ce document, se trouvent les bases doctrinales pour la compréhension du salut chrétien en référence aux dérives néo-gnostiques et néo-pélagiennes actuelles.

[2] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 94 : AAS 105 (2013), p. 1060.

[3] Ibid : AAS 105 (2013), p. 1059.

[4] Homélie lors de la Messe à la Résidence Sainte-Marthe (11 novembre 2016) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (1er décembre 2016), p. 8.

[5] 37 Comme l’enseigne saint Bonaventure, on doit « laisser en arrière toutes les opérations de l’intelligence, puis transporter et transformer en Dieu le foyer de toutes nos affections […] Il faut accorder peu à la recherche et beaucoup à l’onction ; peu à la langue et le plus possible à la joie intérieure ; peu aux discours et aux livres, et tout au don de Dieu, c’est-à-dire au saint Esprit ; peu ou rien à la créature et tout à l’Être créateur : Père, Fils et saint Esprit » (Itinerarium mentis in Deum, VII, 4-5 [Texte latin de Quaracchi traduit par H. Dumery], Paris 2001, pp. 103.105).

[6] Lettre au Grand Chancelier de l’Université Pontificale Catholique d’Argentine pour le centenaire de la Faculté de théologie (3 mars 2015) : L’Osservatore Romano (9-10 mars 2015), p. 6

[7] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013),n. 40 : AAS 105 (2013), p. 1037.

[8] Vidéo-message au congrès international de théologie de l’Université Pontificale Catholique d’Argentine (1-3 septembre 2015) : AAS 107 (2015), p. 980.

[9] Exhort. ap. post-synodale Vita consecrata (25 mars 1996), n. 38 : AAS 88 (1996), p. 412.

[10] Lettre au Grand Chancelier de l’Université Pontificale Catholique d’Argentine pour le centenaire de la Faculté de théologie (3 mars 2015) : L’Osservatore Romano (9-10 mars 2015), p. 6.

[11] Lettre à Frère Antoine, 2 (Ecrits, vies, témoignages, Ed. du 8ème centenaire vol. 1, Paris 2010, p. 383).

[12]  Les sept dons de l’Esprit Saint, 9, 15.

[13] Id, Commentaire sur le Livre IV des Sentences 37, 1, 3, ad 6.

[14]  46 Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 94 : AAS 105 (2013), p. 1059.

[15] Cf. Bonaventure de Bagnoregio, De sex alis Seraphim 3, 8 : « Non omnes omnia possunt ». Il faut le comprendre dans la ligne du Catéchisme de l’Église catholique, n. 1735.

[16]  Cf. Thomas d’Aquin, Somme Théologique I-II, q. 109, a. 9, ad 1. « La grâce est de quelque manière imparfaite en ce qu’elle ne guérit pas totalement l’homme ».

[17] Cf. La nature et la grâce XLIII, 50 : PL 44, p. 271.

[18] Confessions X, XXIX, 40 (Paris 1962, Livres VIII-XIII, p. 213).

[19] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n.44 : AAS 105 (2013), p. 1038.

[20] Dans la compréhension de la foi chrétienne, la grâce est prévenante, concomitante et subséquente à tout notre agir. (Cf. Conc. oecum. de Trente, Sess. VI, Decr. de iustificatione, ch. 5, in DH, n. 1525)

[21] Cf. Homélie sur la Lettre aux Romains IX, 11 : PG 60, p. 470

[22] Homélie sur l’humilité : PG 31, p. 530

[23] Canon 4, DH 374 (H. Denziger, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris 2010, p. 137).

[24] Ses. 6ème, Decretum de iustificatione, chap. 8, DH 1532 (H. Denziger, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris 2010, p. 422)

[25] N. 1998

[26] Ibid., n. 2007

[27] Thomas d’Aquin, Somme Théologique I-II, q. 114, art. 5

[28] Thérèse de Lisieux, ‘‘Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux’’(Prières, 6), (Œuvres complètes, Paris 1996, p. 963)

[29] Liucio Gera, Sobre el misterio del pobre, dans P. Grelot- L. Gera-A. Dumas, El Pobre, Buenos Aires 1962, p. 103.

[30] 62 C’est, en définitive, la doctrine catholique du “mérite” postérieur à la justification. Il s’agit de la coopération du justifié à l’accroissement de la vie de la grâce (cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 2010). Mais cette coopération ne fait en aucune manière que la justification elle-même et l’amitié de Dieu deviennent l’objet d’un mérite humain

[31] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n.95 : AAS 105 (2013), p. 1060

[32] Somme Théologique I-II, q. 107, art. 4.

[33] Homélie de la Sainte Messe à l’occasion du Jubilé des personnes socialement exclues (13 novembre 2016) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (17 novembre 2016), p. 7.

CLAUDE LA COLOMBIERE (1641-1682), SAINTETE, SAINTS

Saint Claude la Colombière (1641-1682)

 

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Saint Claude la Colombière (1641-1682)

 

Claude La Colombière, troisième enfant du notaire Bertrand La Colombière et Marguerite Coindat, naquit le 2 février 1641 à St. Symphorien d’Ozon dans le Dauphiné.

La famille s’étant déplacée à Vienne (France), Claude y fit ses premières études, qu’il compléta ensuite à Lyon jusqu’aux classes de Rhétorique et de Philosophie.

C’est alors qu’il se sentit appelé à la vie religieuse dans la Compagnie de Jésus; mais nous ne connaissons pas les motifs de son choix et de sa décision. Par contre, dans ses écrits, il nous a livré cet aveu: « J’avais une horrible aversion pour la vie que je choisissais ». Cette affirmation se comprend facilement pour qui connaît la vie de Claude, dont la nature, sensible au charme des relations familiales et aux amitiés, était portée vers l’art et la littérature et attirée par tout ce qu’il y avait de plus digne dans la vie de société. Mais il n’était pas homme à se laisser guider par le sentiment.

A 17 ans, il entre au Noviciat de la Compagnie de Jésus, installé à Avignon. C’est là qu’en 1660 il passe du Noviciat au Collège pour terminer ses études de philosophie. Il y émet aussi ses premiers voeux de religion. A la fin des cours, il est nommé professeur de Grammaire et de Littérature; tâche qu’il assumera pendant cinq ans dans ce Collège.

En 1666 il est envoyé à Paris pour étudier la Théologie au Collège de Clermont; il reçoit à la même époque une charge de haute responsabilité. Sa compétence notoire pour les études d’humanités, unie à des dons exquis de prudence et de finesse, amènent les Supérieurs à le choisir comme précepteur des fils de Colbert, Ministre des Finances de Louis XIV.

Ses études terminées et ordonné prêtre, il retourne de nouveau à Lyon: il y est professeur pendant quelque temps, et ensuite se consacre entièrement à la prédication et à la direction de la Congrégation Mariale.

La prédication de La Colombière se distingue surtout par sa solidité et sa profondeur; il ne se perdait pas en idées vagues, mais s’adressait avec à propos à un auditoire concret. Son inspiration évangélique avait le pouvoir de transmettre à tous sérénité et confiance en Dieu. La publication de ses sermons produisit dans les âmes, comme elle continue à le faire, de grands résultats spirituels; en effet, si l’on considère l’endroit où ils ont été prononcés et la brièveté de son ministère, ils semblent avoir moins vieilli que les textes d’orateurs plus célèbres.

L’année 1674 est décisive dans la vie de Claude. Il fait son Troisième an de probation à la « Maison Saint-Joseph » de Lyon et au cours du mois traditionnel d’Exercices Spirituels, le Seigneur le prépare à la mission qu’il lui avait destinée. Les notes spirituelles de cette époque nous permettent de suivre pas à pas les luttes et les triomphes de son caractère, singulièrement sensible aux attraits humains, mais aussi généreux envers Dieu.

Il fait le vœu  d’observer toutes les Constitutions et les Règles de la Compagnie. Il ne s’agissait pas là comme but essentiel de se lier à une série d’observances minutieuses, mais de reproduire le vivant idéal apostolique décrit par saint Ignace. Puisque cet idéal lui paraissait magnifique, Claude l’adopta comme un programme de sainteté. Cela répondait à une invitation de Jésus Christ lui-même. La preuve en est qu’il fut ensuite pénétré d’un sentiment de libération et d’extension de son horizon apostolique, comme il en témoigne dans son journal spirituel.

Le 2 février 1675 il fait la Profession solennelle et est nommé Recteur du Collège de Paray-le-Monial. Certains s’étonnèrent qu’un homme si éminent fut envoyé dans un endroit aussi retiré que Paray. On en trouve l’explication dans le fait que les Supérieurs savaient qu’au Monastère de la Visitation, une humble religieuse, Marguerite Marie Alacoque, à laquelle le Seigneur révélait les trésors de son Cœur , vivait dans une angoissante incertitude; elle attendait que le Seigneur lui-même accomplisse sa promesse de lui envoyer son « fidèle serviteur et parfait ami », qui l’aurait aidée à réaliser la mission à laquelle il la destinait: manifester au monde les richesses insondables de son amour.

Dès que le P. La Colombière fut arrivé à destination, Marguerite Marie, après l’avoir rencontré plusieurs fois, lui manifesta toute son âme et les communications qu’elle croyait recevoir du Seigneur. Le Père, de son côté, l’approuva entièrement et lui suggéra de mettre par écrit tout ce qu’elle éprouvait dans son âme, l’orientant et l’encourageant dans l’accomplissement de la mission reçue. Lorsqu’il fut certain, à la lumière de la grâce divine manifestée dans la prière et le discernement, que le Christ désirait le culte de son Coeur, il s’y livra sans réserve, comme nous en avons le témoignage dans son engagement et ses notes spirituelles. On y voit clairement, que, déjà avant de recevoir les confidences de Marguerite Marie Alacoque, Claude, en suivant les directives de saint Ignace dans les Exercices Spirituels, était arrivé à contempler le Coeur du Christ comme symbole de son amour.

Après un an et demi de séjour à Paray, en 1676, le P. La Colombière part pour Londres, où il a été nommé prédicateur de la Duchesse d’York. Il s’agissait d’un ministère très délicat, étant donné les événements religieux qui à l’époque agitaient l’Angleterre. Avant la fin d’octobre de la même année, le Père occupait déjà l’appartement qui lui avait été réservé au palais de St. James. En plus des sermons qu’il prononce dans la chapelle et la direction spirituelle, orale et écrite, à laquelle il se livre, Claude peut consacrer du temps à instruire solidement dans la vraie foi plusieurs personnes qui avaient abandonné l’Eglise romaine. Même au coeur des plus grands dangers, il eut la consolation de voir plusieurs conversions, au point d’avouer, après un an: « Je pourrais écrire un livre sur la miséricorde dont Dieu m’a rendu témoin depuis que je suis ici ».

Un travail si intense et un climat pernicieux eurent raison de sa santé; des symptômes d’une grave affection pulmonaire commencèrent à se manifester. Cependant Claude continua courageusement son genre de vie.

A la fin de 1678, il fut arrêté a l’improviste sous l’accusation calomnieuse de complot papiste. Après deux jours, on l’enferma dans la sinistre prison de King’s Bench, où il resta trois semaines, en proie à de graves privations, jusqu’à ce qu’un décret royal lui signifiât son expulsion de l’Angleterre.
Toutes ses souffrances rendirent encore plus précaire son état de santé, qui, avec des hauts et des bas, ne fit qu’empirer à son retour en France.

Pendant l’été 1681, déjà très gravement atteint, il fut renvoyé à Paray. Et le 15 février 1682, premier dimanche du Carême, à la soirée, il fut pris d’un crachement de sang qui mit fin à ses jours.
Le Pape Pie XI a béatifié Claude La Colombière le 16 juin 1929. Son charisme, aux dires de S. Marguerite Marie Alacoque, fut d’élever les âmes à Dieu, en suivant le chemin de l’amour et de la miséricorde que le Christ nous révèle dans l’Evangile. Il fut canonisé en 1992..

 

http://www.vatican.va/news_services/liturgy/saints/ns_lit_doc_19920531_la-colombiere_fr.html

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La Prière de « Confiance en Dieu » de Saint Claude la Colombière : 

« Mon Dieu, je suis si persuadé que tu veilles sur ceux qui espèrent en toi, et qu’on ne peut manquer de rien quand on attend de toi toutes choses, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci, et de me décharger sur toi de toutes mes inquiétudes : « Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance » (Ps. 4, 9). Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l’honneur, les maladies peuvent m’ôter les forces et les moyens de te servir, je puis même perdre ta grâce par le péché; mais jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu’au dernier moment de ma vie, et tous les démons de l’enfer feront à ce moment de vains efforts pour me l’arracher : « Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors ». Certains peuvent attendre leur bonheur de leurs richesses ou de leurs talents, d’autres s’appuyer sur l’innocence de leur vie, ou sur la rigueur de leurs pénitences, ou sur le nombre de leurs aumônes, ou sur la ferveur de leurs prières. Pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c’est ma confiance même ; cette confiance ne trompa jamais personne. Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux, parce que j’espère fermement de l’être, et que c’est de toi, ô mon Dieu, que je l’espère. Amen.»


La Prière 
« Jésus, Vous êtes le seul et véritable Ami » de Saint Claude la Colombière : 

« Jésus, Vous êtes le seul et véritable Ami. Vous prenez part à tous mes maux, Vous Vous en chargez, Vous savez le secret de me les tourner en bien, Vous m’écoutez avec bonté, lorsque je Vous raconte mes afflictions, et Vous ne manquez jamais de les adoucir. Je Vous trouve toujours et en tout lieu ; Vous ne Vous éloignez jamais ; et si je suis obligé de changer de demeure, je ne laisse pas de Vous trouver où je vais. Vous ne Vous ennuyez jamais de m’entendre ; Vous ne Vous lassez jamais de me faire du bien. Je suis assuré d’être aimé, si je Vous aime. Vous n’avez que faire de mes biens, et Vous ne Vous appauvrissez point en me communiquant les Vôtres. Quelque misérable que je sois, un plus noble, un plus bel esprit, un plus saint même ne m’enlèvera point Votre amitié ; et la mort qui nous arrache à tous les autres amis, me doit réunir avec Vous. Toutes les disgrâces de l’âge ou de la fortune ne peuvent Vous détacher de moi ; au contraire, je ne jouis jamais de Vous plus pleinement, Vous ne serez jamais plus proche que lorsque tout me sera le plus contraire. Vous souffrez mes défauts avec une patience admirable ; mes infidélités mêmes, mes ingratitudes ne Vous blessent point tellement que Vous ne soyez toujours prêt à revenir, si je veux. » 

Saint Claude La Colombière (1641-1682)

CYRILLE (saint ; 827/828-869), EGLISE CATHOLIQUE, METHODE (saint ; 815/820-885), SAINTETE, SAINTS

Saint Cyrille et Saint Méthode, les oubliés du 14 février

 LE 14 FEVRIER : SAINT CYRILLE ET SAINT METHODE

 

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Le mercredi 17 juin 2009, lors de l’audience générale, Benoît XVI consacrait sa catéchèse aux saints Cyrille et Méthode :

Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd’hui des saints Cyrille et Méthode, frères de sang et dans la foi, appelés apôtres des slaves. Cyrille naquit à Thessalonique, du magistrat de l’empire Léon en 826/827 :  il était le plus jeune de sept enfants. Dans son enfance, il apprit la langue slave. A l’âge de quatorze ans, il fut envoyé à Constantinople pour y être éduqué et fut le compagnon du jeune empereur Michel iii. Au cours de ces années, il fut initié aux diverses matières universitaires, parmi lesquelles la dialectique, ayant comme maître Photios. Après avoir refusé un brillant mariage, il décida de recevoir les ordres sacrés et devint “bibliothécaire” auprès du Patriarcat. Peu après, désirant se retirer dans la solitude, il alla se cacher dans un monastère, mais il fut bientôt découvert et on lui confia l’enseignement des sciences sacrées et profanes, une fonction qu’il accomplit si bien qu’elle lui valut le surnom de “philosophe”. Entre-temps, son frère Michel (né aux alentours de 815), après une carrière administrative en Macédoine, abandonna le monde vers 850 pour se retirer dans la vie monastique sur le mont Olympe en Bithynie, où il reçut le nom de Méthode (le nom monastique devait commencer par la même lettre que le nom de baptême) et devint higoumène du monastère dePolychron.

Attiré par l’exemple de son frère, Cyrille aussi décida de quitter l’enseignement et de se rendre sur le mont Olympe pour méditer et prier. Quelques années plus tard, cependant (vers 861), le gouvernement impérial le chargea d’une mission auprès des khazars de la Mer d’Azov, qui demandèrent que leur soit envoyé un homme de lettres qui sache dialoguer avec les juifs et les sarrasins. Cyrille, accompagné de son frère Méthode, s’arrêta longuement en Crimée, où il apprit l’hébreu. Là, il rechercha également le corps du Pape Clément i, qui y avait été exilé. Il trouva sa tombe, et lorsque son frère reprit le chemin du retour, il porta avec lui les précieuses reliques. Arrivés à Constantinople, les deux frères furent envoyés en Moravie par l’empereur Michel iii, auquel le prince moldave Ratislav avait adressé une requête précise :  “Notre peuple – lui avait-il dit – depuis qu’il a rejeté le paganisme, observe la loi chrétienne ; mais nous n’avons pas de maître qui soit en mesure de nous expliquer la véritable foi dans notre langue”. La mission connut très vite un succès insolite. En traduisant la liturgie dans la langue slave, les deux frères gagnèrent une grande sympathie auprès du peuple.

Toutefois, cela suscita à leur égard l’hostilité du clergé franc, qui était arrivé précédemment en Moravie et qui considérait le territoire comme appartenant à sa juridiction ecclésiale. Pour se justifier, en 867, les deux frères se rendirent à Rome. Au cours du voyage, ils s’arrêtèrent à Venise, où eut lieu une discussion animée avec les défenseurs de ce que l’on appelait l’”hérésie trilingue” :  ceux-ci considéraient qu’il n’y avait que trois langues dans lesquelles on pouvait licitement louer Dieu :  l’hébreu, le grec et le latin. Bien sûr, les deux frères s’opposèrent à cela avec force. A Rome, Cyrille et Méthode furent reçus par le Pape Adrien ii, qui alla à leur rencontre en procession, pour accueillir dignement les reliques de saint Clément. Le Pape avait également compris la grande importance de leur mission exceptionnelle. A partir du milieu du premier millénaire, en effet, les slaves s’étaient installés en très grand nombre sur ces territoires placés entre les deux parties de l’Empire romain, orientale et occidentale, qui étaient déjà en tension entre elles. Le Pape comprit que les peuples slaves auraient pu jouer le rôle de pont, contribuant ainsi à maintenir l’union entre les chrétiens de l’une et l’autre partie de l’Empire. Il n’hésita donc pas à approuver la mission des deux Frères dans la Grande Moravie, en acceptant l’usage de la langue slave dans la liturgie. Les livres slaves furent déposés sur l’autel de Sainte-Marie de Phatmé (Sainte-Marie-Majeure) et la liturgie en langue slave fut célébrée dans les Basiliques Saint-Pierre, Saint-André, Saint-Paul.

Malheureusement, à Rome, Cyrille tomba gravement malade. Sentant la mort s’approcher, il voulut se consacrer entièrement à Dieu comme moine dans l’un des monastères grecs de la Ville (probablement près de Sainte-Praxède) et prit le nom monastique de Cyrille (son nom de baptême était Constantin). Il pria ensuite avec insistance son frère Méthode, qui entre-temps avait été consacré évêque, de ne pas abandonner la mission en Moravie et de retourner parmi ces populations. Il s’adressa à Dieu à travers cette invocation :  “Seigneur, mon Dieu…, exauce ma prière et conserve dans la fidélité le troupeau auquel tu m’avais envoyé… Libère-les de l’hérésie des trois langues, rassemble-les tous dans l’unité, et rends le peuple que tu as choisi concorde dans la véritable foi et dans la droite confession”. Il mourut le 14 février 869.

Fidèle à l’engagement pris avec son frère, Méthode revint en 870 en Moravie et en Pannonie (aujourd’hui la Hongrie), où il retrouva à nouveau la violente aversion des missionnaires francs qui l’emprisonnèrent. Il ne perdit pas courage et lorsqu’il fut libéré en 873, il se prodigua activement dans l’organisation de l’Eglise, en suivant la formation d’un groupe de disciples. Ce fut grâce à eux si la crise qui se déchaîna à la mort de Méthode, qui eut lieu le 6 avril 885, put être surmontée :  persécutés et mis en prison, certains de ces disciples furent vendus comme esclaves et conduits à Venise, où ils furent rachetés par un fonctionnaire constantinopolitain, qui leur permit de repartir dans les pays des slaves balkaniques. Accueillis en Bulgarie, ils purent poursuivre la mission commencée par Méthode, en diffusant l’Evangile dans la “terre de la Rus’”. Dieu, dans sa mystérieuse providence, utilisait ainsi la persécution pour sauver l’œuvre des saints frères. De cette dernière, il reste également la documentation littéraire. Il suffit de penser à des œuvres telles que l’Evangéliaire (épisodes liturgiques du Nouveau Testament), le Psautier, différents textes liturgiques en langue slave, auxquels travaillèrent les deux frères. Après la mort de Cyrille, on doit à Méthode et à ses disciples, entre autres, la traduction de toute l’Ecriture Sainte, le Nomocanon et le Livre des Pères.

Voulant à présent résumer brièvement le profil spirituel des deux frères, on doit tout d’abord remarquer la passion avec laquelle Cyrille aborda les écrits de saint Grégoire de Nazianze, apprenant à son école la valeur de la langue dans la transmission de la Révélation. Saint Grégoire avait exprimé le désir que le Christ parle à travers lui :  “Je suis le serviteur du Verbe, c’est pourquoi je me mets au service de la Parole”. Voulant imiter Grégoire dans ce service, Cyrille demanda au Christ de vouloir parler en slave à travers lui. Il introduit son œuvre de traduction par l’invocation solennelle :  “Ecoutez, ô vous tous les peuples slaves, écoutez la Parole qui vint de Dieu, la Parole qui nourrit les âmes, la Parole qui conduit à la connaissance de Dieu”. En réalité, déjà quelques années avant que le prince de Moravie ne demande à l’empereur Michel iii l’envoi de missionnaires dans sa terre, il semble que Cyrille et son frère Méthode, entourés d’un groupe de disciples, travaillaient au projet de recueillir les dogmes chrétiens dans des livres écrits en langue slave. Apparut alors clairement l’exigence de nouveaux signes graphiques, plus proches de la langue parlée :  c’est ainsi que naquit l’alphabet glagolithique qui, modifié par la suite, fut ensuite désigné sous le nom de “cyrillique” en l’honneur de son inspirateur. Ce fut un événement décisif pour le développement de la civilisation slave en général. Cyrille et Méthode étaient convaincus que chaque peuple ne pouvait pas considérer avoir pleinement reçu la Révélation tant qu’il ne l’avait pas entendue dans sa propre langue et lue dans les caractères propres à son alphabet.

C’est à Méthode que revient le mérite d’avoir fait en sorte que l’œuvre entreprise avec son frère ne soit pas brusquement interrompue. Alors que Cyrille, le “Philosophe”, avait tendance à la contemplation, il était plutôt porté vers la vie active. C’est grâce à cela qu’il put établir les présupposés de l’affirmation successive de ce que nous pourrions appeler l’”idée cyrillo-méthodienne” :  celle-ci accompagna les peuples slaves pendant les diverses périodes historiques, favorisant le développement culturel, national et religieux. C’est ce que reconnaissait déjà le Pape Pie xi dans la Lettre apostolique Quod Sanctum Cyrillum, dans laquelle il qualifiait les deux frères :  “fils de l’Orient, byzantins de patrie, grecs d’origine, romains par leur mission, slaves par leurs fruits apostoliques” (AAS 19 [1927] 93-96). Le rôle historique qu’ils jouèrent a ensuite été officiellement proclamé par le Pape Jean-Paul ii qui, dans la Lettre apostolique Egregiae virtutis viri, les a déclarés copatrons de l’Europe avec saint Benoît (AAS 73 [1981] 258-262). En effet, Cyrille et Méthode constituent un exemple classique de ce que l’on indique aujourd’hui par le terme d’”inculturation” :  chaque peuple doit introduire dans sa propre culture le message révélé et en exprimer la vérité salvifique avec le langage qui lui est propre. Cela suppose un travail de “traduction” très exigeant, car il demande l’identification de termes adaptés pour reproposer, sans la trahir, la richesse de la Parole révélée. Les deux saints Frères ont laissé de cela un témoignage significatif au plus haut point, vers lequel l’Eglise se tourne aujourd’hui aussi, pour en tirer son inspiration et son orientation.

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EGLISE CATHOLIQUE, SAINTETE, SAINTS, THOMAS D'AQUIN

Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

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Thomas d’Aquin (né en 1224/1225 au château de Roccasecca près d’Aquino), en Italie du Sud (Latium)  mort le 7 mars 1274 à l’abbaye de Fossanova près de Priverno dans le Latium également) est un religieux de l’ordre dominicain, célèbre pour son œuvre théologique et philosophique. Considéré comme l’un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique,  il a été canonisé le 18 juillet 1323, puis proclamé docteur de l’Eglise par Pie V en 1767 et patron des universités, écoles et académies catholiques, par Léon XIII en 1880. Il est également un des patrons des libraires. Il est aussi qualifié du titre de « Docteur angélique ». Son corps est conservé sous le maître-autel de l’église de l’ancien couvent des dominicains de Toulouse.

De son nom dérivent les termes :

« thomisme » / « thomiste » : concerne l’école ou le courant philosophico-théologique qui se réclame de Thomas d’Aquin et en développe les principes au-delà de la lettre de son expression historique initiale ;

« néothomisme »,: courant de pensée philosophico-théologique de type thomiste, développé à partir du xixe siècle pour répondre aux objections posées au christianisme catholique par la modernité ;

« thomasien » : ce qui relève de la pensée de Thomas d’Aquin lui-même, indépendamment des développements historiques induits par sa réception.

En 1879, le pape Léon XIII, dans l’encyclique Aeterni Patris a déclaré que les écrits de Thomas d’Aquin exprimaient adéquatement la doctrine de l’Église. Le concile Vatican II (décret Optatam Totius sur la formation des prêtres, no 16) propose l’interprétation authentique de l’enseignement des papes sur le thomisme en demandant que la formation théologique des prêtres se fasse « avec Thomas d’Aquin pour maître ».

Thomas d’Aquin a proposé, au xiiie siècle, une œuvre théologique qui repose, par certains aspects, sur un essai de synthèse de la raison et de la foi, notamment lorsqu’il tente de concilier la pensée chrétienne et la philosophie d’Aristote, redécouvert par les scolastiques à la suite des traductions latines du XIIè siècle. Il distingue les vérités accessibles à la seule raison, de celles de la foi, définies comme une adhésion inconditionnelle à la Parole de Dieu. Il qualifie la philosophie de servante de la théologie (philosophia ancilla theologiæ) afin d’exprimer comment les deux disciplines collaborent de manière « subalternée » à la recherche de la connaissance de la vérité, chemin vers la béatitude.

L’homme et sa pensée

Thomas d’Aquin doit son nom à la petite ville d’Aquino, sur la route de Naples à Rome, près de laquelle il naquit d’une famille qui détenait là un minuscule pouvoir féodal.

Il est l’un des plus grands théologiens de l’Église catholique en Occident, qui le considère comme l’un de ses docteurs. Mais cet honneur posthume ne doit pas dissimuler la réalité humaine de son rôle dans l’essor culturel des universités au xiiie s. Sa première démarche est significative : élevé dans une famille féodale qui l’avait envoyé, non sans ambition, faire ses premières études à l’abbaye voisine du Mont-Cassin, haut lieu religieux et politique de ce temps, Thomas se dégagea de ce milieu monastique pour poursuivre ses études à la jeune université de Naples, où il trouva une bonne occasion de s’engager dans la communauté des Frères prêcheurs, jeune ordre religieux en plein essor qui, à l’encontre des monastères, engageait ses membres dans le monde pour y porter l’évangile. Ses parents, déconcertés, tentèrent de l’en détourner et le firent arrêter sur la route qui le conduisait à l’université de Paris. Relâché au bout d’un an, Thomas réalisa son projet, qui décidait de son destin dans le cadre de l’évolution institutionnelle et doctrinale du plus grand centre de haut enseignement de l’Europe. Sa vie se déroula tout entière à l’intérieur de cette carrière universitaire, à Paris à deux reprises (1252-1259, 1269-1272), dans plusieurs villes italiennes, enfin à Naples même (1272-1274).

À son arrivée à Paris en 1245, Thomas eut pour maître, dans le collège universitaire des Dominicains, un Allemand, Albert de Souabe, connu sous le nom d’Albert le Grand, qui y était alors, à l’encontre de la tradition commune et des directives officielles, le promoteur des diverses disciplines de la culture grecque, de la biologie à la métaphysique. « Rendre Aristote intelligible aux Latins », tel était le projet d’Albert le Grand, qui discernait dans son disciple un génie hors pair.

Suivant son maître à Cologne, où se fondait une nouvelle université, Thomas y acheva ses études, tant en philosophie qu’en théologie, avant de revenir à Paris comme maître assistant, « bachelier », puis bientôt comme maître en 1256, responsable d’une des deux chaires que tenait le couvent-collège des Dominicains. Son enseignement fit sensation, non sans provoquer déjà les réticences de ses collègues ; Thomas fut alors mêlé aux vives controverses, qui opposaient les théologiens et les maîtres de la faculté des arts, au sujet des relations entre la foi et la raison.

Autant il refusait une rupture entre les deux types de connaissance, la chrétienne et la profane, autant il tenait au principe de l’autonomie de la raison en son ordre contre la tutelle abusive de la théologie. C’est pourquoi, lors même qu’il s’opposait aux solutions ambiguës des maîtres de la faculté des arts, il conservait leur estime, et, lorsqu’il mourut, leur corporation demanda à l’ordre des Frères prêcheurs l’honneur de conserver son corps.

Cette dure controverse avait un enjeu capital dans l’université de Paris, où, par vagues successives, les traductions des penseurs et savants grecs venaient affronter la foi traditionnelle. Deux domaines, à la fois homogènes et différents, déterminaient le champ de travail : la découverte de la nature et la confiance en la raison, puissance et dignité de l’homme. Autour de quoi se développaient plusieurs problèmes sur la conception qu’on peut se faire de notre rapport avec Dieu dans cette autonomie de la nature et de la raison. Ainsi se dressaient une théologie de la création, de son opération dans le temps et l’histoire ; une théologie de l’union de l’esprit et de la matière dans l’homme, et de sa situation dans l’univers. D’où les questions posées par la spiritualité de l’âme, sa survie hors du corps après la mort, sa personnalité contre l’unicité de l’intellect, sa liberté à l’intérieur même des déterminismes de la nature que la science nouvelle était en train d’observer et d’analyser.

Le pivot de ces controverses se trouvait, historiquement parlant, dans le recours à l’un des interprètes d’Aristote, le philosophe arabe Averroès, dont les œuvres considérables exerçaient leur séduction et fournissaient un instrument technique de grande efficacité. Cependant, ses thèses poussaient à l’extrême la différence entre la connaissance religieuse par la révélation de Dieu – le Coran pour Averroès, l’Évangile pour les chrétiens –, et la connaissance issue des multiples expériences, dont l’analyse constitue les sciences profanes. À la faculté des arts, une équipe de jeunes maîtres, menés par Siger de Brabant (vers 1235-1281), développait un humanisme naturaliste et rationaliste difficilement conciliable avec la foi chrétienne. Leur évolution manifesta que, peu à peu, les oppositions se résorbaient : on sait que Dante place dans son Paradis,au quatrième chant, parmi les maîtres à penser que lui présente Thomas d’Aquin lui-même, Siger de Brabant, « le maître de la rue du Fouarre qui syllogisa d’importunes vérités ».

Cependant, la grande majorité des théologiens, nourris d’un augustinisme où la nature était dépréciée et la raison suspecte, continuait son opposition. En décembre 1270, après des séances houleuses, les maîtres, dont la corporation, présidée par l’évêque, constituait alors la plus haute juridiction doctrinale de l’Église, condamnèrent treize propositions résumant les positions averroïstes. Il semble que Thomas d’Aquin fut implicitement menacé. En 1277, trois ans après sa mort, un long syllabus de deux cent dix-neuf propositions contre les « erreurs de ce temps » touchait cette fois directement plusieurs positions de Thomas d’Aquin, en particulier sur son anthologie et sur sa thèse de l’éternité du monde. Ce syllabus, désordonné et composé avec une hâte passionnelle, n’était pas sans clairvoyance sur la diffusion, même hors des élites universitaires, du rationalisme et du naturalisme. Saint Thomas ne devait être réhabilité que cinquante ans plus tard, en 1323, lorsqu’il fut canonisé. Il sera déclaré docteur de l’Église en 1567 et patron des écoles catholiques sous Léon XIII.

L’œuvre

Les œuvres de Thomas d’Aquin sont entièrement commandées par la pédagogie universitaire de son temps : lecture, d’une part, des textes accrédités en chaque discipline (la Bible, Denys, Pierre Lombard, Aristote) et, d’autre part, des « questions disputées », c’est-à-dire les rédactions des cours publics où un maître discutait devant ses pairs et ses étudiants des thèmes choisis. Ainsi avons-nous de Thomas d’Aquin, avec des commentaires de l’Écriture et des œuvres d’Aristote, une longue série de questions disputées, classées sous des titres généraux : la vérité, la puissance, le mal, les vertus, etc. Parmi ces questions, et en pointe dans ce très actif enseignement, se situaient des questions dites de quolibet, c’est-à-dire sur n’importe quel sujet, au gré non plus du maître, mais des auditeurs, qui jetaient sur le tapis leurs problèmes, depuis l’existence de Dieu jusqu’aux incidents récents de la vie politique et économique. Thomas d’Aquin a été sinon le fondateur, du moins le promoteur de ce genre littéraire, dont nous possédons dix séances, dont celle où il a subi les violentes attaques de ses adversaires.

Deux œuvres sont plus célèbres, quoiqu’elles relèvent de sa composition privée : Summa contra gentiles (Somme contre les gentils, 1258-1264), présentation d’ensemble de la foi chrétienne contre les philosophes païens, et Summa theologiae (Somme théologique, 1266-1273), exposé des débutants, dit-il, dont la valeur réside dans l’articulation générale plus encore que dans le détail des parties. À quoi il faut ajouter de nombreux opuscules de circonstance.

Saint Thomas devait mourir alors qu’il était en route pour le concile œcuménique de Lyon, grande opération de rencontre entre l’Occident et l’Orient, où il avait été appelé comme expert. On ne peut mieux évoquer ce théologien qu’en reprenant le texte de son ancien élève et biographe Guillaume de Tocco (vers 1238-vers 1323), qui, dans une phrase de cinq lignes, reprend avec insistance le caractère de nouveauté de la doctrine, de la méthode, de l’inspiration : « Frère Thomas posait dans ses cours des problèmes nouveaux, découvrait de nouvelles méthodes, employait de nouveaux réseaux de preuves ; et, à l’entendre ainsi enseigner une nouvelle doctrine, avec des arguments nouveaux, on ne pouvait douter que Dieu, par l’irradiation de cette nouvelle lumière et par la nouveauté de cette inspiration, lui ait donné d’enseigner, dès le début, en pleine conscience, en parole et par écrit, de nouvelles opinions. »

 

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/saint_Thomas_dAquin/146643

 

EGLISE CATHOLIQUE, FETE DE LA TOUSSAINT, HALLOWEENN, JOUR DES DEFUNTS, SAINTETE, SAINTS, TOUSSAINT

La fête de la Toussaint

Qu’est-ce-que la Toussaint ?

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Comme son nom l’indique, la Toussaint est la fête de tous les saints. Chaque 1er novembre, l’Église honore ainsi la foule innombrable de ceux et celles qui ont été de vivants et lumineux témoins du Christ.

Si un certain nombre d’entre eux ont été officiellement reconnus, à l’issue d’une procédure dite de « canonisation », et nous sont donnés en modèles, l’Eglise sait bien que beaucoup d’autres ont également vécu dans la fidélité à l’Evangile et au service de tous. C’est bien pourquoi, en ce jour de la Toussaint, les chrétiens célèbrent tous les saints, connus ou inconnus.
Cette fête est donc aussi l’occasion de rappeler que tous les hommes sont appelés à la sainteté, par des chemins différents, parfois surprenants ou inattendus, mais tous accessibles.

La sainteté n’est pas une voie réservée à une élite : elle concerne tous ceux et celles qui choisissent de mettre leurs pas dans ceux du Christ. Le pape Jean-Paul II nous l’a fait comprendre en béatifiant et canonisant un grand nombre de personnes, parmi lesquelles des figures aussi différentes que le Père Maximilien Kolbe, Edith Stein, Padre Pio ou Mère Térésa…

La vie de ces saints constitue une véritable catéchèse, vivante et proche de nous. Elle nous montre l’actualité de la Bonne nouvelle et la présence agissante de l’Esprit Saint parmi les hommes. Témoins de l’amour de Dieu, ces hommes et ces femmes nous sont proches aussi par leur cheminement – ils ne sont pas devenus saints du jour au lendemain -, par leurs doutes, leurs questionnements… en un mot : leur humanité.
La Toussaint a été longtemps célébrée à proximité des fêtes de Pâques et de la Pentecôte. Ce lien avec ces deux grandes fêtes donne le sens originel de la fête de la Toussant: goûter déjà à la joie de ceux qui ont mis le Christ au centre de leur vie et vivre dans l’espérance de la Résurrection.

 

Qu’est-ce que la sainteté ?

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Le texte des Béatitudes, qui est l’Évangile lu au cours de la messe de la Toussaint, nous dit à sa manière, que la sainteté est accueil de la Parole de Dieu, fidélité et confiance en Lui, bonté, justice, amour, pardon et paix.

« Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice: ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! » » (Matthieu 5, 1-12a)

 

Toussaint et Halloween, est-ce la même chose ?

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Chaque année, le 31 octobre, c’est Halloween, une fête d’origine celte. N’est-ce pas, pour les catholiques, une occasion à saisir pour redécouvrir la Toussaint ?

Il y a plus de 2500 ans, les Celtes célébraient, le 31 octobre, leur Nouvel an, la fin des récoltes, le changement de saison et l’arrivée de l’hiver.

Cette cérémonie festive, en l’honneur de la divinité Samain (dieu de la mort), permettait de communiquer avec l’esprit des morts. Ce jour-là, les portes entre le monde des vivants et celui des morts s’ouvraient : selon la légende, cette nuit-là, les fantômes des morts rendaient visite aux vivants. Pour apaiser les esprits, les villageois déposaient des offrandes devant leurs portes.

Cette fête est conservée dans le calendrier irlandais après la christianisation du pays, comme un élément de folklore, de carnaval. Elle s’implante ensuite aux Etats-Unis avec les émigrés irlandais de la fin du XIXème siècle où elle connaît, aujourd’hui encore, un immense succès. Halloween traversera ensuite l’Atlantique et arrivera en France essentiellement pour des raisons commerciales.

« All Hallows Eve » ?

Etymologiquement, « Halloween » vient de l’expression anglaise « All Hallows Eve »?, qui signifie « veille de la Toussaint » ? N’y a-t-il donc pas là, pour les catholiques, une occasion de redécouvrir la Toussaint ?

Il est, bien entendu, difficile de comparer Halloween à la Toussaint. Ces deux fêtes sont en effet, si l’on y réfléchit, totalement contradictoires.

La « vraie lumière »

Halloween est avant tout un prétexte pour « faire la fête » et oublier les longues soirées automnales, souvent pluvieuses et tristes. La Toussaint, elle, est une fête beaucoup plus recueillie, « intérieure ». L’Eglise nous libère de cette peur de la mort en insistant, au jour de la Toussaint, sur l’espérance de la Résurrection et sur la joie de ceux qui ont mis les Béatitudes au centre de leur vie. Elle recentre sur le Christ, vainqueur de la mort.

Quelques passages d’Évangile peuvent d’ailleurs éclairer ce débat (Jn 1, 9 ; Mt 5, 14 ; Ps 139, verset 12).

Fête de la peur et communion

Halloween est une fête de la peur. Les enfants « s’amusent » à se faire peur (aux autres et à eux-mêmes).  La Toussaint, au contraire, est une fête de la communion, communion avec les saints, le 1er novembre, et avec les morts, le 2 novembre. Communion de tous par et avec un Dieu d’Amour. Être en communion de pensée, par la prière, c’est être en lien, en
relation, en sympathie avec les autres. A contrario, cultiver la peur, c’est s’éloigner des autres, s’isoler d’eux, se replier sur ses peurs.

« Négatif » et « positif »

Halloween est une fête du négatif :  la peur, la frayeur, la mort anonyme, l’angoisse.
La Toussaint, elle, est une fête du positif : les saints, la proximité avec les morts de sa famille, la mémoire des autres. Les saints
ont des individus qui, soucieux de suivre l’Evangile, ont aimé les autres, se sont dévoués corps et
âme pour l’humanité souffrante. Ils sont des modèles de vie.

Alors que faire ? Sans doute redonner éclat à la Toussaint, fêter avec plus de joie et de dignité ce grand jour. Et expliquer à nos enfants qu’Halloween, c’est juste pour s’amuser !

Trick or treat

Les enfants ont l’habitude, la nuit d’Halloween, de passer de maison en maison et de demander des bonbons en disant “trick or treat » ? : ils échangent une protection contre un “mauvais sort » ?
contre un bonbon.
L’expression anglaise Trick or Treat (Courir l’Halloween en français) provient d’une vieille coutume européenne qu’on appelait souling. Des mendiants allaient de village en village en demandant des soul cakes (gâteaux de l’âme) qui étaient faits de morceaux de pain carrés avec des raisins secs. S’ils recevaient beaucoup de gâteaux, ils promettaient beaucoup de prières pour les âmes des parents défunts du donneur.
On croyait que les âmes des défunts restaient encore un moment dans leur corps et que des prières, même par des étrangers, pourraient garantir le passage de l’âme vers le Ciel.

 

Source : Gratiane DORLANNE, diocèse de Valence

 

D’où vient la fête de la Toussaint que nous célébrons le 1er novembre ?

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La Toussaint est une solennité célébrée le 1er novembre par l’Église catholique latine en l’honneur de tous les saints, connus et inconnus. La célébration liturgique commence aux vêpres le soir du 31 octobre et se termine à la fin du 1er novembre. La Toussaint est la veille de la Commémoration des fidèles défunts. Mais quelles sont les origines de cette fête ?

Dès le 4ème siècle, l’Eglise syrienne consacrait un jour à fêter tous les martyrs dont le nombre était devenu si grand qu’il rendait impossible toute commémoration individuelle. Trois siècles plus tard, dans son effort pour christianiser les traditions païennes, le pape Boniface IV transformait un temple romain dédié à tous les dieux, le Panthéon, en une église consacrée à tous les saints. Cette coutume se répandit en Occident, mais chaque Eglise locale les fêtait à des dates différentes jusqu’en 835, où elle fut fixée au 1er novembre. Dans l’Eglise byzantine, c’est le dimanche après la Pentecôte qui est consacré à la fête de tous les saints.

 

 Que commémore-t-on le jour de prière des défunts ?

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Le  2 novembre, après avoir célébré tous les saints, les catholiques prient pour leurs défunts. Dans la lumière de la Toussaint, cette journée est pour les chrétiens l’occasion d’affirmer et de vivre l’espérance en la vie éternelle donnée par la résurrection du Christ. C’est bien pour signifier cela, qu’à l’occasion de ces célébrations, un grand nombre de personnes se rendent dans les cimetières pour honorer leurs proches disparus et fleurir leur tombe.

L’Évangile de la messe du jour de prière pour les défunts rappelle ces propos du Christ :

Tous ceux que le Père me donne viendront à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. Car je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, la volonté du Père qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. Car la volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle ; et moi, je les ressusciterai au dernier jour.
(Jean 6, 37-40)

 

Quelles sont les origines du jour de prière pour les défunts ?

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La fête de la Toussaint est inséparable de du jour de prière pour les défunts, que l’Eglise commémore le 2 novembre. La première célébration s’est vécue dans la joie; la seconde est plus en lien avec les souvenirs envers ceux que nous avons aimés.

La conviction que les vivants ont à prier pour les morts s’est établie dès les premiers temps du christianisme. L’idée d’une journée spéciale de prière pour les défunts dans le prolongement de la Toussaint a vu le jour dès avant le Xe siècle. Le lien ainsi établi avec la fête de tous les saints répond à une vue cohérente : le 1er novembre, les catholiques célèbrent dans l’allégresse la fête de tous les saints ; le lendemain, ils prient plus généralement pour tous ceux qui sont morts.
Par ce jour consacré aux défunts, l’Église signifie aussi que la mort est une réalité qu’il est nécessaire et possible d’assumer puisqu’elle est un passage à la suite du Christ ressuscité.
Dans la lumière de la Toussaint, cette journée est pour les chrétiens l’occasion d’affirmer et de vivre l’espérance en la vie éternelle donnée par la résurrection du Christ.
L’Evangile de la messe du jour de prière pour les défunts rappelle ces propos du Christ :

Tous ceux que le Père me donne viendront à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. Car je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé.
Or, la volonté du Père qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. Car la volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle ; et moi, je les ressusciterai au dernier jour. » (Jean 6, 37-40)

EGLISE CATHOLIQUE, OSCAR ROMERO (1917-1980), SAINTETE, SAINTS, SALVADOR (Amérique latine)

Saint Oscar Romero, martyr

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Monseigneur Romero, martyr du Salvdor (1917-1980)

J.R. Brockman

Paris, Le Centurion, 1984. 319 pages.

 

« J’ai souvent été menacé de mort. Mais comme chrétien, je ne crois pas qu’il y ait de mort sans résurrection. Si on me tue, je ressusciterai  dans le peuple salvadorien.

« Comme pasteur, je suis obligé, par mandat divin, de donner ma vie pour ceux que j’aime, pour tous les Salvadoriens, même pour ceux qui vont peut-être me tuer. Si les menaces viennent à exécution, dès maintenant, j’offre mon sang à Dieu pour la rédemption et la résurrection du Salvador.

« Le martyre est une grâce de Dieu que je ne crois pas mériter. Mais si Dieu accepte le sacrifice de ma vie, que mon sang soit une semence de liberté et le signe que l’espérance deviendra bientôt réalité. Puisse ma mort, si elle est acceptée par Dieu, être pour la libération de mon peuple et comme un témoignage d’espérance pour l’avenir.

« Vous pouvez dire, s’ils réussissent à me tuer, que je pardonne et bénis ceux qui le feront. Ah ! S’ils pouvaient se convaincre qu’ils perdront leur temps. Un évêque mourra, mais l’Eglise de Dieu, qui est le peuple, ne périra jamais. »

Ainsi parlait Oscar Romero, archevêque de San Salvador, à un journaliste qui l’interviewait au début de mois de mars 1980. Quinze jours plus tard Mgr Romero était abattu en pleine célébration de l’Eucharistie.

Un jésuite américain, James R. Bockman, a mené une enquête minutieuse pour reconstituer l’itinéraire de l’évêque martyr. C’est tout le drame du Salvador qui resurgit en ces pages, avec ses manœuvres politiques, son opposition économique, ses tergiversations ecclésiastiques. Terrible épreuve pour un peuple. Instant de vérité pour l’Eglise. Une histoire passionnante et révélatrice pour tous ceux qui veulent, pour l’humanité, un avenir aux couleurs de la justice et de la fraternité.

 

 

Mgr Romero, un martyr pour le peuple du Salvador

Oscar Arnulfo Romero

Dimanche 23 mars 1980. Comme à l’habitude, la cathédrale de San Salvador est comble et Mgr Oscar Romero, archevêque depuis 1977, se lance dans une de ces homélies musclées devenues un des événements de la vie nationale. Retransmises en direct par la radio diocésaine Ysax, elles sont attendues dans tout le pays.

L’archevêque a commenté l’Evangile puis la vie du diocèse. Alors, comme à l’habitude, il aborde la vie nationale en pleine tourmente (750 morts dans ce petit pays, depuis le début de l’année). Il estime que « l’Eglise ne peut se taire devant tant d’abomination » et doit dénoncer les crimes, les tortures, les mensonges, fussent-ils proférés par le gouvernement. Son audace évangélique a fait le tour du monde puisque, à deux reprises, il a été fait docteur honoris causa d’universités étrangères et proposé au prix Nobel de la Paix).

Bien conscient du risque qu’il prend, alors que l’Eglise est en proie à une véritable « persécution », il s’adresse aux membres de l’armée, de la Garde nationale et de la police : « Frères, vous êtes du même peuple que nous, vous tuez vos frères paysans. Devant l’ordre de tuer donné par un homme, c’est la loi de Dieu qui doit prévaloir, la loi qui dit : « Tu ne tueras pas. » Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Je vous en supplie, je vous l’ordonne, au nom de Dieu : « Arrêtez la répression ! »

La balle mortelle atteint le pays tout entier

Avec la même force, il avait dénoncé l’assassinat du ministre Borgonovo par les Forces populaires de libération (FPL) d’extrême gauche. Pourtant, l’armée qualifie son appel à la désobéissance de « crime ». Le sort de l’archevêque, dès lors, est scellé. Il s’y était préparé, comme en témoigne une précédente homélie : « Par mandat divin, je suis obligé de donner ma vie pour ceux que j’aime, même pour ceux qui vont peut-être me tuer… » D’avance, il leur accorde son pardon.

Le lendemain soir, l’archevêque recevra une balle en pleine poitrine, alors qu’il célèbre une messe de requiem. Plus tard, on retrouva des explosifs dans la sacristie de la cathédrale. D’ailleurs, Mgr Romero avait reçu maintes menaces de mort. Cet assassinat, prémédité, n’a pas été revendiqué, mais sera d’emblée attribué au groupe d’extrême droite Union Guerrea Blanca (UGB). Plus tard, les enquêtes menées par la Commission de la vérité, créée par l’ONU lors des accords de paix de 1992, désigneront comme commanditaire le major Roberto d’Aubuisson, alors responsable des services de renseignement de l’armée.

Cette balle mortelle atteint l’Eglise, mais aussi le peuple tout entier. Car, en muselant l’une des seules voix capables de crier haut et fort « basta ! » (cela suffit ! »), elle plonge le pays dans la guerre civile. Le meurtre confirme aussi dans leur choix tous les membres de l’Eglise latino-américaine qui ont opté pour les pauvres. Désormais des centaines de communautés se placent sous le patronage d’Oscar Romero, dont on retrouvera le visage dans les favelas des grandes mégapoles aussi bien qu’au fond de l’Amazonie…

« Basta » ! Tel est le cri qu’avait lancé Mgr Romero, trois ans plus tôt avant sa mort. Il venait alors de prendre ses fonctions d’archevêque en apprenant, le 12 mars 1977, l’assassinat du P. Rutilio Grande, son ami et confident. Ce jésuite de haute stature, limogé du séminaire de San Salvador et envoyé en milieu rural, avait développé à Aguilarès une pastorale exemplaire. Elle en avait fait l’homme à abattre pour les grands propriétaires terriens, dans un Salvador surpeuplé dont 14 grandes familles seulement possédaient 90 % des terres.

C’est l’assassinat du P. Grande qui a marqué la conversion aux pauvres de Mgr Romero, lequel exige du président de la République une enquête judiciaire et le châtiment des coupables. A défaut, il ne participera plus aux cérémonies officielles. Il rejoint désormais, aux côtés de Mgr Rivera Dama et de Mgr Chavez (l’ancien archevêque réputé « rouge »), la minorité de l’épiscopat attachée à la ligne pastorale définie à la conférence de Medellin (en 1968 en Colombie), mais critiquée par les évêques conservateurs qui ont l’appui du nonce Mgr Prigione, et se feront forts de les dénoncer à Rome.

L’archevêque, comme déjà l’ensemble des jésuites du pays, est soupçonné de complaisance marxiste. « Fantasme, riposte l’archevêque, et qui sert de prétexte à ceux qui veulent créer la confusion entre une exigence de justice et le communisme. » Les 115 évêques réunis à Puebla (Mexique), en 1979, souligneront son courage évangélique : « Tu as fait tiens les combats des paysans et des travailleurs avec lesquels une minorité cramponnée au pouvoir ne veut pas partager. »

C’est en cette même année de la prise de fonctions de Mgr Romero, en 1977, que la puissante Ligue anticommuniste internationale a lancé un ultimatum aux 47 jésuites du pays, les menaçant de mort s’ils ne le quittent pas dans un délai d’un mois. Au vu et au su des autorités, des militants distribuaient alors des tracts assassins (du type : « Construis ton pays, tue un curé ! »). Sommées par l’archevêque d’intervenir, les autorités s’abstinrent.

La justice, partie intégrante du service de la foi

En trois ans de « vie publique » de Mgr Romero, neuf autres prêtres diocésains furent assassinés. Mais ces crimes ne mirent pas un terme à la violence : le 2 décembre 1980, c’était au tour de quatre femmes missionnaires américaines d’être violées puis assassinées. Cette persécution, comme le démontre Charles Antoine dans son dernier livre (Le Sang des justes), trouve ses racines dans l’engagement radical des jésuites, à partir de leur 31e Congrégation générale (en 1975), à reconnaître « la défense de la justice comme partie intégrante du service de la foi » : un engagement dont le préposé général Arrupe percevait qu’il n’irait pas sans sacrifices. De fait, il conduisit à la mort six des têtes pensantes de l’université de San Salvador, en novembre 1989, dont le recteur Ignacio Ellacuria, l’une des plus fortes personnalités du pays.

Aujourd’hui, alors que le peuple a déjà canonisé « saint Romero », les pauvres se sentent un peu abandonnés de la hiérarchie ecclésiastique du Salvador. Surtout depuis le décès de Mgr Rivera Damas en 1994, et sa succession en avril 1995 par Mgr Saenz Lacalle (membre de l’Opus Dei et ancien évêque aumônier aux armées) qui se montre plus que timide sur l’héritage de Mgr Romero. Il a même été promu général aux armées, fonction dont il démissionna en 1997. Mgr Urioste, l’un des proches collaborateurs de Mgr Romero, se trouve plus ou moins isolé. La radio et la revue diocésaines ont repris un tour plus « conservateur ». D’où le désarroi de quelque 188 prêtres qui ont écrit à Rome leur mécontentement face aux dernières nominations. Quant à la Tutela Legal, bureau des droits de l’homme de l’archevêché, elle déplore le blocage de la justice par une loi d’amnistie, dans ce pays qui demeure l’un des plus violents d’Amérique latine.

« Nous nous employons à démontrer l’existence canonique du martyre de Mgr Romero », explique Mgr Paglia, postulateur de cette cause en béatification qui a été demandée par plusieurs Conférences épiscopales. Il vient de publier 600 pages d’enquête pour démentir ceux qui voudraient encore considérer la mort de l’ancien archevêque de San Salvador comme le fruit d’un engagement politique.

Ce jour-là

Il est 18 h 25, le lundi 24 mars 1980. Mgr Romero, qui célèbre une messe de requiem dans la chapelle de l’hôpital de la Divine-Providence, au nord-ouest de San Salvador, vient de commenter l’Evangile de Jean : « Si le grain ne meurt, il ne porte pas de fruit… »

Alors qu’il s’apprête à dire l’offertoire, une balle tirée de l’extérieur l’atteint en pleine poitrine. Il tombe dans une flaque de sang et s’éteint quelques heures plus tard à l’hôpital, après avoir dit ces paroles : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Un communiqué du diocèse commente le lendemain : « Sa mort à l’autel (…) est une garantie de résurrection et de victoire, appose le sceau du martyre sur une vie de prophète, de pasteur et de père de tous les Salvadoriens. »

« Frères, vous êtes du même peuple que nous, vous tuez vos frères paysans »

Mgr Romero. Pour l’archevêque de San Salvador, l’Eglise devait dénoncer les crimes, les tortures, les mensonges.

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A LIRE

_ « Le Sang des Justes », Mgr Romero, les Jésuites et l’Amérique latine, de Charles Antoine (DDB, 183 p., 135 F).

_ Journal d’Oscar Romero (Karthala, 430 p., 160 F).

_ « Mgr Romero, martyr du Salvador », de James R. Brockmann (Centurion, 1984).

_ Les principaux extraits de textes de Mgr Romero (« Dial », n 1095, mars 1986).

https://www.la-croix.com/Archives/2000-03-18/Mgr-Romero-un-martyr-pour-le-peuple-du-Salvador-_NP_-2000-03-18-104532

 

Réflexion Sur Le Bienheureux Oscar Romero

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 « Martyr » est le mot grec qui désigne le « témoin »

L’Église catholique déclare martyres les personnes assassinées pour avoir refusé de renoncer à leur foi, souvent lors de persécutions antichrétiennes. Une fois déclaré(e) « martyr(e)s », le candidat ou la candidate à la béatification n’a plus à produire de miracle que le Vatican puisse attribuer officiellement à son intercession. Il faut généralement un second miracle pour la canonisation. Pour qu’il y ait martyre, on doit pouvoir supposer que l’assassin a agi par haine de la foi au Christ de sa victime, ce qui fut le cas de nombreux martyrs chrétiens assassinés en Amérique latine et ce qui est le cas des personnes exécutées aujourd’hui au Moyen-Orient par des extrémistes islamiques. Si autrefois l’expression in odium fidei (par haine de la foi) ne portait que sur la foi, elle recouvre aujourd’hui les enjeux majeurs de la charité, de la justice et de la paix.

Un des plus grands exemples de martyre chrétien des dernières décennies est celui d’Oscar Arnulfo Romero y Goldamez, né en 1917 dans la petite ville Ciudad Barrios, dans les montagnes du Salvador près de la frontière hondurienne. Jeune prêtre, le père Romero a travaillé dans une paroisse de campagne avant de prendre la responsabilité de deux séminaires. En 1967, il était nommé secrétaire général de la Conférence épiscopale du Salvador.

Oscar devint évêque en 1970 quand il fut ordonné auxiliaire de l’archevêque de San Salvador, déjà avancé en âge. Trois ans plus tard, il devenait archevêque de San Salvador. Un mois après son inauguration, le père jésuite Rutilio Grande, curé d’une paroisse rurale et grand ami de Romero, était assassiné par des agents de l’État. Cet événement tragique allait avoir une influence aussi profonde que durable sur la vie et le ministère d’Oscar.

L’agitation augmentait dans le pays, car les gens prenaient conscience des graves injustices sociales qui pesaient sur l’économie paysanne. La chaire de Romero devint une source de vérité quand l’État censura l’information. L’archevêque mit sa vie en jeu en se portant à la défense des pauvres et des opprimés. Il allait chez les gens et les écoutait. « Je suis un pasteur, disait-il, qui a commencé à découvrir avec ses gens une vérité aussi belle que difficile : notre foi chrétienne exige que nous nous immergions dans ce monde. »

Romero fut brutalement assassiné le 24 mars 1980 par un escadron de la mort de droite, alors qu’il célébrait la messe. Il fut exécuté parce que, semaine après semaine, il disait la vérité sur la violence que subissaient les plus pauvres : arrêtés, disparus, assassinés, menacés. Ses assassins étaient probablement des catholiques baptisés – la population du Salvador est en grande majorité catholique – qui s’opposaient farouchement à sa dénonciation de la répression des pauvres par l’armée, au début de la guerre civile qui allait déchirer le pays de 1980 à 1992. Les derniers mots de Romero dans l’homélie qu’il prononça quelques minutes avant de mourir expliquaient à l’assemblée la parabole du blé qui meurt. « Ceux qui se donnent au service des pauvres par amour du Christ vivront comme le grain de blé qui meurt. Il ne meurt qu’en apparence. S’il ne mourait pas, il resterait seul. La moisson lève à cause de la mort du grain de blé… »

Oscar Romero n’était pas théologien et n’a jamais pensé se rattacher à la Théologie de la libération, mouvement catholique radical né de Vatican II. Mais il partageait avec les membres de ce courant l’idée que l’Évangile est là pour protéger les pauvres. « Entre les puissants et les riches, d’un côté, et les pauvres et les vulnérables, de l’autre, où doit se situer le pasteur ? demandait-il. Je n’ai pas le moindre doute. Le pasteur doit être avec son peuple. » Cette décision était sage, sur le plan pastoral et politique, et elle était justifiée sur le plan théologique.

La spiritualité et la foi qui ont inspiré Romero dans sa lutte pour la vie découlent de sa foi au Dieu des vivants, qui est entré dans l’histoire humaine pour détruire les forces de mort et permettre aux forces de vie de guérir, réconcilier et relever ceux et celles qui cheminent dans la vallée de la mort. La pauvreté et la mort vont main dans la main. L’option morale fondamentale de Romero portait sur le dialogue et la violence. Le dialogue n’est pas affaire de compromis ou de négociation, mais de transformation. Les vérités les plus profondes ne deviennent accessibles que dans un échange patient qui édifie l’amitié et qui transforme les esprits et les cœurs. C’est le contraire de la violence.

Pour Romero, la méditation de la Parole de Dieu comporte une expérience beaucoup plus troublante. Elle renverse notre identité étroite et superficielle, et nous libère pour vivre l’amitié avec Dieu et accueillir des interlocuteurs inattendus. « J’ai toujours voulu suivre l’Évangile, disait Romero, mais je ne savais pas où il me conduirait. »

Le 23 mai 2015, trente-cinq ans après son assassinat, Oscar Romero était béa-tifié lors d’une cérémonie à San Salvador. Sa cause de béatification et de canonisation avait été retardée pendant des années, surtout à cause de l’opposition d’ecclésiastiques latino-américains conservateurs qui craignaient qu’en associant sa figure à la théologie de la libération, on ne renforce un courant de pensée pour lequel l’enseignement de Jésus exige de ses disciples qu’ils luttent pour la justice sociale et économique. La béatification fut encore retardée parce qu’on discutait à savoir si Romero avait été tué par haine de la foi ou de ses positions politiques. Si c’était pour des motifs politiques, faisait-on valoir, impossible de le déclarer martyr de la foi.

Dans les derniers jours de son pontificat, le pape émérite Benoît XVI avait donné le feu vert à l’ouverture de la cause. Mais ce serait un pontife latino-américain, François d’Argentine, qui promulguerait que Romero était mort martyr de la foi, in odium fidei. Ce décret venait confirmer une nouvelle interprétation de la tradition, selon laquelle il est possible que des martyrs soient tués par des catholiques pratiquants, par haine du travail qu’ils font en faveur des pauvres et des défavorisés au nom de l’Évangile. La vie d’Oscar Romero était enracinée dans la Parole de Dieu, parole d’amitié. Elle nous invite à sortir de nos cocons, de la fiction de nos bulles spirituelles et de nos structures théologiques hermétiquement closes pour échapper à notre égocentrisme. Elle nous appelle à nous épanouir et à trouver le vrai bonheur dans un amour qui ne connaît pas de limites. N’est-ce pas là l’essence même de la joie de l’Évangile dont Romero a donné l’exemple et que l’évêque de Rome incarne aujourd’hui avec force pour le monde entier ?

Tué à l’autel, Oscar Romero n’a pas terminé la célébration de l’Eucharistie. La messe de ses funérailles a, elle aussi, été interrompue. Des coups de feu ont éclaté et la mort a fait irruption. Les fidèles ont dû chercher refuge dans la cathédrale. Le sang de Romero continue de crier, aujourd’hui encore, partout où des femmes et des hommes sont torturés, avilis, humiliés et exécutés, en particulier pour leur foi.

Nombreux sont ceux qui voient dans la « messe interrompue » de Romero le symbole de ce qu’il reste à faire au Salvador, en Amérique centrale et en Amérique du Sud et, partout où des gens souffrent dans le combat qu’ils mènent pour la libération. Qui terminera l’Eucharistie ? L’Eucharistie nous fait revivre le drame de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus Christ. Oscar Romero célébrait de façon rituelle ce qu’il avait fait toute sa vie : le don de lui-même avec le Christ en offrande pacifique pour que la terre soit réconciliée avec son Créateur et que les péchés soient pardonnés. Le bienheureux Oscar Romero donne espérance et consolation à la nouvelle vague des martyrs, aujourd’hui, et à tous ceux et celles qui se lèvent pour défendre la vérité. Voici qu’on a ouvert le procès de béatification de son ami, le père Rutilio Grande, s.j. – celui qui a inspiré son ministère en faveur des pauvres. Espérons et prions pour que la béatification de Romero ouvre la voie à celle d’autres martyrs d’Amérique latine et de diverses autres régions du monde.

Un texte du bienheureux Oscar Romero, dans La violence de l’amour, résume très bien le sens de sa béatification.

Pour l’Église, toutes les agressions contre la vie, la liberté et la dignité humaines sont une grande souffrance. L’Église, chargée de défendre la gloire de Dieu sur terre, croit qu’en chaque personne vit l’image du Créateur et que quiconque la bafoue fait offense à Dieu. Pour défendre les droits de Dieu et ceux de ses images, l’Église doit élever la voix. Elle reçoit autant de crachats aux visages, autant de coups de fouet, comme la croix de sa passion, tout ce que subissent les êtres humains, croyants ou non. Ils souffrent en tant qu’images de Dieu. Il n’y a pas de dichotomie entre l’homme et l’image de Dieu. Qui torture un être humain, qui agresse un être humain, qui outrage un être humain s’en prend à l’image de Dieu, et l’Église fait sienne cette croix, elle fait sien ce martyre.

Bienheureux Oscar Romero, Serviteur de Dieu Rutilio Grande, s.j., priez pour nous.

Cet extrait provient du magazine Sel et Lumière édition hiver 2015

 

Guerre civile du Salvador

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La guerre civile du Salvador est une guerre civile ayant eu lieu de 1979 à 1992 au Salvador entre le Front Farabundo Marti de Libération nationale (FMLN. La rébellion du FMLN était soutenue par Cuba et le Nicaragua qui le fournissaient notamment en armes Elle se solde par la signature des Accods de paix de Chapultepec mettant fin au conflit en 1992. Le gouvernement salvadorien était soutenu en revanche par les Etats-Unis, inscrivant le conflit dans le contexte de la guerre froide.

Selon les rapports rendus par la commission de vérité de l’ONU, les escadrons de la mort pro-gouvernementaux et l’armée salvadorienne seraient responsables de 85 % des meurtres perpétrés durant la guerre civile et la guérilla du FMLN de 5 %.

 

Historique du conflit

En 1972, l’Union nationale d’opposition (constituée par la Démocratie chrétienne, le Parti communiste et le Mouvement national révolutionnaire) remporte les élections mais l’armée opère un coup d’État afin de l’évincer. S’ajoutant à l’Orden (Organisation démocratique nationaliste), créée en 1960 avec le soutien de administration Kennedy, des groupes paramilitaires se multiplient (la Main blanche, l’Union guerrière blanche, la Phalange, l’Armée secrète anticommuniste) et se livrent à une campagne d’assassinats politiques. Dans les années 1970, les inégalités sociales (0,5 % des propriétaires possèdent 40 % des terres et 60 % des paysans n’en possèdent aucune), la pauvreté (45 % d’analphabétisme et la consommation de calories la plus faible de l’Amérique continentale selon les statistiques de l’ONU) et l’impossibilité d’un changement démocratique en raison des ingérences de l’armée conduisent à la formation de guérillas.

Une minorité dissidente du PC fonde les Forces populaires de libération. Apparait ensuite l’Armée révolutionnaire du peuple, d’orientation socialiste et chrétienne. Une scission de cette organisation entraine la création des Forces armées de la résistance nationale. En 1979, le Parti communiste, jusqu’alors opposé à la lutte armée, constitue les Forces armées de libération nationale. Le 10 octobre 1980, , avec l’apport du Parti révolutionnaire des travailleurs centraméricains (communiste et souhaitant l’unification de l’Amérique centrale) les groupes armés de gauche s’unissent sous le nom de Frente Farabundo Marti de liberacion Nacional (FMLN) tout en conservant leur autonomie.

  

Junte et escadrons de la mort

Le 15 octobre 1979, un groupe d’officiers militaires et de leaders civils évincèrent le gouvernement de droite du général Carlos Humberto Romero (1977 – 1979) et formèrent une junte. En janvier 1980, huit ministres et onze secrétaires d’État en démissionnent, expliquant que les commandants des Forces armées continuent d’exercer la réalité du pouvoir. Suite à des pressions des États-Unis, la Démocratie chrétienne est contrainte de s’associer à une seconde junte et son leader José Napoléon Duarte prend la tête du régime jusqu’aux élections de mars 1982. Dans le souci de donner une image plus modérée, la junte initia un programme de réforme du pays et nationalisa certaines banques et une partie du marché du café et du sucre.

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Cependant, au même moment, la junte autorisa des membres des « escadrons de la mort » groupes paramilitaires possédant de forts liens avec l’armée, à mener une campagne de terreur contre les dissidents politiques. Le journaliste salvadorien Oscar Martinez Penate explique que « chaque jour, au matin, sur les chemins, sur les décharges publiques, on trouve les corps aux yeux crevés, torturés, découpés vivants, décapités, soumis aux plus abominables tourments avant d’être achevés. Des instituteurs sont assassinés simplement parce qu’ils ont rejoint un syndicat. La barbarie est telle qu’un militant n’a plus peur de mourir mais vit dans la hantise d’être capturé vivant »

Les escadrons de la mort exécutèrent également plusieurs meurtres de hautes personnalités. Ainsi l’archevêque Oscar Romero, engagé au côté des paysans dans la lutte politique, fut assassiné par des membres des escadrons de la mort salvadoriens en 1980 dans la chapelle de l’hôpital la providence de San Salvador   après avoir publiquement pressé le gouvernement américain de ne pas fournir une aide militaire au gouvernement salvadorien. Quatre religieuses furent également violées et tuées à cette même occasion. Le successeur d’Óscar Romero, Aruro Rivera y Damas, déclare alors: « Les pays étrangers, dans leur désir d’hégémonie mondiale, fournissent les armes. Le peuple salvadorien fournit les morts ». Ce sont plusieurs dizaines de milliers de salvadoriens qui furent assassinés par les escadrons de la mort.

 

Réformes politiques

Pendant cette période, les partis politiques furent de nouveau autorisés à fonctionner. Pourtant, le 27 novembre 1980, six membres de la direction du FDR, parti de gauche socialiste, sont arrêtés et torturés à mort. Le 28 mars 1982, les salvadoriens désignèrent une nouvelle assemblée constituante. Après les élections, auxquelles seuls les partis de droite furent autorisés à figurer, l’autorité fut transférée à Alvaro Magana Borja, président provisoire choisi par l’assemblée. La constitution de 1983 rédigée par l’assemblée, renforça nettement les droits individuels, établit un garde-fou contre les détentions provisoires et les perquisitions excessives, établit également une forme républicaine et pluraliste de gouvernement. Elle renforça, aussi, la branche législative et l’indépendance judiciaire. Elle codifia le code du travail, particulièrement pour les ouvriers agricoles. Cependant, en dépit de ces réformes symboliques, dans la pratique les Droits de l’homme continuèrent d’être bafoués par la campagne de terreur instituée par les brigades de la mort. De cette manière, les changements n’ont pas satisfait les mouvements de guérilla. Duarte gagna les élections en face du candidat de la droite Roberto d’Aubuisson de l’Alliance Républicaine Nationaliste (ARENA) avec 54 % des voix et devint ainsi le premier président du Salvador librement élu en plus de 50 ans. Craignant une victoire de d’Aubuisson, la CIA utilisa environ 2 millions de dollars pour soutenir la candidature de Duarte. D’Aubuisson avec son parti ARENA entretenait d’étroits liens avec les brigades de la mort, et fut décrit comme un « tueur pathologique » par l’ancien ambassadeur américain Robert White.   En 1989, Alfredo Cristini appartenant à l’ARENA remporta l’élection présidentielle avec 54 % des voix. Son investiture le 1er juin 1989 représente la première passation pacifique du pouvoir d’un leader civil librement élu à un autre.

En 1986, , la Commission Salvadorienne des Droits de l’Homme publia un rapport de 165 pages sur la prison de Mariona. Le rapport révéla l’usage courant d’au moins 40 pratiques de torture  sur les prisonniers politiques. Des militaires américains auraient supervisé ces actes. Le 26 octobre 1987, Herbert Ernesto Anaya, chef de la Commission Salvadorienne des Droits de l’Homme, fut assassiné.

En dépit des controverses concernant la répression et la brutalité des Forces Armées Salvadoriennes les États-Unis continuèrent d’apporter de l’aide au Salvador, ce qui vaut à Reagan les critiques de Brezinski pourtant guère conciliant avec le FMLN. L’ambassadrice américaine à l’ONU y explique que « Les intérêts stratégique des États-Unis au Salvador ont plus d’importance que la violation des droits de l’homme dans ce pays centraméricain. » Pour Alexandre Haig, secrétaire d’État sous l’administration Reagan, « Le Salvador n’est pas simplement un problème local, c’est également un problème régional qui menace la stabilité de toute l’Amérique centrale, y compris le canal de Panama, le Mexique et le Guatemala, avec leurs immenses réserves pétrolières. »

 

Les accords de paix

Les Etats-Unis réduisent de moitié l’aide militaire fournie au Salvador, à la suite de la multiplication des pressions internes s’opposant à la poursuite cette aide par le gouvernement de Georges H. W. Bush.. Consécutivement le gouvernement salvadorien fut forcé d’adopter une approche différente face à l’insurrection. Lors de son investiture en juin 1989, le président Cristiani appela à un dialogue direct dans le but de mettre fin à la décennie de conflits entre le gouvernement et les guérilleros. Un processus de dialogue mettant en place des réunions mensuelles entre les deux camps fut lancé en septembre 1989 mais avec peu de résultats, le gouvernement exigeant un cessez-le-feu unilatéral du FMLN comme préalable à toute réforme, et les guérillas étant en désaccord sur l’attitude à adopter.

En novembre de la même année, le FMLN conduit une offensive sur la capitale. Une vingtaine de positions militaires sont assailles simultanément et les quartiers populaires qui entourent la capitale sont pris par les rebelles. Le 16 novembre, six jésuites impliqués dans le processus de dialogue sont exécutés par des paramilitaires gouvernementaux. Les combats se poursuivent une dizaine de jours, marqués, entre autres faits, par la capture de l’hôtel Sheraton où les guérilleros retiennent dix-huit bérets verts des Forces spéciales US (libérés le 21), ce que le département d’État qualifie d’« abominable acte de terrorisme ».

Début 1990, suivant une demande des présidents d’Amérique centrale, les Nations-Unies firent l’effort d’engager des médiations directes entre les deux camps. Après une année de peu de progrès, le gouvernement et le FMLN acceptèrent une invitation du Secrétariat Général de l’ONU pour une rencontre à New-York. Le 25 septembre 1991, les deux camps signèrent l’Acte de New York. Qui lança un processus de négociation en créant le Comité pour la Consolidation de la Paix (COPAZ), constitué de représentants du gouvernement, du FMLN, et de partis politiques, avec des observateurs de l’ONU et de l’Eglise catholique. Le 31 décembre, le gouvernement et le FMLN ébauchèrent un accord de paix sous les auspices du Secrétaire général de l’ONU Javier Pérez de Cuéllar. Les accords finaux, appelés les Accords de Paix de Chapultepec, furent signés à Mexico le 16 janvier 1992. Un cessez-le-feu de 9 mois prit effet le 1er février 1992 et ne fut jamais rompu. Une cérémonie, le 15 décembre 1992, marqua la fin officielle des conflits, concordant avec la démobilisation des dernières structures militaires du FMLN et la reconnaissance du statut de parti politique au FMLN. De leur coté, les commandants des Forces armées se rallient aux accords de paix ; grâce au détournement d’une partie de l’aide américaine, beaucoup sont devenus propriétaires ou actionnaires de grandes entreprises.

En juillet 2002, un jury détermina que les deux anciens ministres salvadoriens de la défense, José Guillermo Garcia et Carlos Eugenio Casanova étaient responsables des tortures pratiquées sur trois hommes par les escouades de la mort dans les années 1980. Les victimes poursuivirent les anciens commandants grâce à une loi américaine permettant de telles poursuites. Ces commandants furent condamnés à payer 54,6 millions de dollars aux victimes. En octobre 2016 la justice salvadorienne rouvre une enquête sur le massacre d’El Mozote, considéré comme le crime le plus sanglant de la guerre, au cours duquel plus d’un millier de personnes (pour la plupart des femmes et des enfants) avaient été exécutées par une unité de contre-insurrection de l’armée.

 

 

Bibliographie

Francisco Metzi, Par les chemins du Chalatenango, EDES, 1990

Oscar Martinez Penate, Le soldat et la guerillera. Une histoire orale de la guerre civile au Salvador, Syllepse, 2018

 

 

EGLISE CATHOLIQUE, OSCAR ROMERO (1917-1980), SAINTETE, SAINTS

Mgr Oscar Romero, l’évêque des pauvres

Saint Óscar Romero

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Óscar Romero, de son nom complet Óscar Arnulfo Romero y Galdámez, (né en août 1917 à Ciudad Barrios au Salvador et  mort assassiné le 24 mars 1980) fut un prélat de l’Eglise. Il meurt en martyr, assassiné en pleine messe, alors qu’il est archevêque de San Salvador (Salvador) pour avoir été le défenseur des droits de l’homme et particulièrement des paysans de son diocèse.

Sa béatification est célébrée le 23 mai 2015 à San Salvador parle pape François et canonisé le 14 octobre 2018

 

Biographie

 

Óscar Romero est le second d’une famille nombreuse de sept enfants (cinq frères et deux sœurs), dont le père est postier. Il est baptisé à l’âge d’un an le 11 mai 1919. Il naît dans un pays déchiré où 40 % des terres sont détenues par treize familles. À l’époque, l’Église est persécutée et les assassinats sont fréquents.

Après quelques années à l’école il devient apprenti menuisier à l’âge de douze ans. Deux ans plus tard, en 1931, il entre au séminaire des prêtres Clarétains   à San Miguel, contre l’avis de son père.

En 1937, il rejoint le séminaire national de San Salvador, dirigé par les Pères jésuites puis continue ses études à Rome, où il est ordonné prêtre le 4 avril 1942. Il vise l’obtention d’un doctorat en théologie mais doit en 1943, à l’âge de 26 ans, interrompre ses études et sous la pression de l’évêque, dans une Italie encore fasciste, rentre au Salvador. Sur la route du retour, il fait escale en Espagne puis à Cuba où la police cubaine l’interne au motif qu’il provient de l’Italie mussolinienne. Des ennuis de santé lui valent son élargissement et un retour vers le Salvador via Mexico.

Romero travaille comme prêtre de paroisse à Abamoros, puis est affecté pendant vingt ans dans le cadre du diocèse de San Miguel. Il promeut différents groupes apostoliques, inaugure une équipe des « Alcooliques anonymes », aide à la construction de la Cathédrale San Miguel et soutient la dévotion à la « Vierge de la Paix ». Il est par suite nommé recteur du séminaire inter-diocésain de San Salvador.

En 1966, sa vie publique démarre avec sa nomination de Secrétaire de la conférence épiscopale de San Salvador1. Il devient le directeur-éditeur du journal « Orientacion » qui adopte une ligne assez conservatrice, dans le cadre d’un magistère plutôt traditionaliste de l’Église catholique.

Nommé par Paul VI évêque auxiliaire de San Salvador en avril 1970 avec le titre d’évêque titulaire (in partibus de Tambeae), il  est consacré le 21 juin suivant par Mgr Girolamo Prigione, nonce apostolique au Salvador.

 

Archevêque de San Salvador

En octobre 1974 il est nommé évêque de Santiago de Maria, puis trois ans plus tard (février 1977) il devient archevêque de San Salvador, capitale du pays.

Car Mgr Romero est réputé être un conservateur : il n’avait pas hésité, du temps où il était encore évêque auxiliaire, à dénoncer publiquement, lors de la célébration de la transfiguration du Christ (fête patronale de San Salvador), « la nouvelle Christologie »comme étant une menace pour la doctrine de l’Église et de la Foi. Ainsi en 1975, à l’occasion de la mort de Josemaria Escriva de Balaguer,  fondateur de l’Opus Dei, il envoie au pape Paul VI  une lettre louant les mérites du défunt et adjurant le pape d’ouvrir rapidement son procès en canonisation. Il indique notamment « avoir confié avec satisfaction à l’Œuvre la direction spirituelle de sa propre vie et de celle d’autres prêtres ».

 

L’assassinat du père Rutilio Grande

Comme il est considéré comme conservateur, sa nomination est d’abord bien accueillie par l’oligarchie salvadorienne. Le clergé plus progressiste redoute son opposition aux engagements vis-à-vis des plus pauvres tels que ceux formulés dans le cadre notamment de la théologie de la libération. Mais quelques semaines plus tard, le 12 mars 1977, l’assassinat d’un prêtre de son diocèse (et ami personnel) le jésuite Rutilio Grande avec deux compagnons de voyage par un escadron de la mort, soutien du pouvoir en place, va tout changer. La mort du Père Rutilio bouleverse profondément le nouvel archevêque qui considère que « la mort de Grande l’avait converti ». Il dira plus tard : « Quand je vis Rutilio, étendu mort, j’ai pensé que s’ils l’avaient tué pour ce qu’il avait réalisé, alors moi aussi j’avais à avancer sur le même chemin ».

Le jour même des funérailles, il écrit au président Arturo Armandi Molina pour lui demander une enquête exhaustive des faits et ajoute : « je ne suis pas disposé à participer à un acte officiel du gouvernement aussi longtemps que ce dernier n’aura pas fait tous ses efforts pour rendre la justice au sujet de ce sacrilège qui a horrifié tout le monde et soulevé une vague de protestation et de violence » Et, effectivement, jamais Mgr Romero n’assiste à aucun acte officiel, car jamais aucune enquête sérieuse n’est menée au sujet de ce triple meurtre.

 

La dénonciation des persécutions de l’Église.

Dès lors, il ne craint pas de dénoncer désormais ouvertement la pauvreté, l’injustice sociale, les assassinats et les actes de torture6.

En 1979 une junte gouvernementale prend le pouvoir dans un climat de violations des droits de l’homme opérées tant par le gouvernement que par des ligues d’extrême droite. Óscar Romero dénonce l’aide militaire apportée au nouveau régime par les États-Unis : en février 1980, il écrit au président Jimmy Carter : « Une aide militaire accrue de la part des États-Unis aurait sans doute pour effet d’accentuer l’injustice et la répression infligée à des hommes qui s’organisent pour défendre les droits humains les plus fondamentaux. ». L’administration américaine maintiendra son soutien au régime en place, craignant semble-t-il que le Salvador ne devienne un autre Nicaragua.

 

L’orientation pastorale de Mgr Romero

Les actions de Mgr Romero lui gagnent la notoriété internationale : en février 1980, il reçoit un doctorat honoraire de l’Université catholique de Louvain.

Pour Monseigneur Romero, la foi chrétienne comporte une dimension politique : la foi ne sépare pas le croyant du monde réel, mais au contraire l’y plonge tout entier. La raison d’être de l’Église est de se solidariser avec les pauvres. Dans son discours à l’Université catholique de Louvain en Belgique, il lance : « le monde des pauvres nous apprend que la libération arrivera non seulement quand les pauvres seront les destinataires privilégiés des attentions des gouvernements et de l’Église, mais bien quand ils seront les acteurs et les protagonistes de leur propre lutte et de leur libération en démasquant ainsi la dernière racine des faux paternalismes, même ceux de l’Église ».

À l’occasion de sa visite en Europe, il rencontre le Pape Jean-Paul II auquel il fait part de ses préoccupations concernant la situation de son pays, où un gouvernement use régulièrement de la torture et l’assassinat :

« En moins de trois ans, plus de cinquante prêtres ont été attaqués, menacés ou calomniés. Six qui ont été assassinés méritent d’être considérés comme martyrs. Certains ont été torturés, d’autres expulsés du pays. Des sœurs ont été également persécutées. La radio de l’archidiocèse, des institutions éducatives catholiques ou d’inspiration chrétienne ont été attaquées, menacées, intimidées ou ont subi des attentats à l’explosif. Plusieurs communautés paroissiales ont fait l’objet de « raids ». Si tout cela s’est produit à l’encontre des personnes représentantes de l’Église, on peut imaginer ce qui a été fait aux chrétiens ordinaires, aux paysans, aux catéchistes, aux délégués et aux communautés de base . […] Mais il est important de remarquer pourquoi l’Église est persécutée : Ce n’est pas tous les prêtres ou n’importe lequel d’entre eux. Ce n’est pas toutes les institutions ou n’importe laquelle de ces institutions. Est attaquée ou persécutée cette partie de l’Église qui s’est mise aux côtés du peuple et se pose en défenseur du peuple. Ici aussi, se trouve la même clé d’explication de la persécution de l’Église : les pauvres. »

 L’assassinat de Mgr Romero

Ses prises de position, comme sa dénonciation des crimes, enlèvements et assassinats menés quotidiennement par l’armée salvadorienne et les escadrons de la mort le font passer pour un dangereux agitateur aux yeux du pouvoir en place et de l’oligarchie salvadorienne.

Le 23 mars 1980, à l’occasion d’un sermon dans la Basilique du Sacré-Cœur de San Salvador,   Monseigneur Romero lance un appel aux soldats face aux exactions de l’armée : « Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter. Il est temps de revenir à votre conscience et d’obéir à votre conscience plutôt qu’à l’ordre du péché. Au nom de Dieu, au nom de ce peuple souffrant, dont les lamentations montent jusqu’au ciel et sont chaque jour plus fortes, je vous prie, je vous supplie, je vous l’ordonne, au nom de Dieu : Arrêtez la répression ! »

Le lendemain, alors que Monseigneur Romero prononce une homélie pendant la célébration de la messe dans la chapelle de l’hôpital de la Divine-Providence, un coup de fusil atteint l’Évêque en pleine poitrine : il agonise quelques minutes plus tard.

Les funérailles de Monseigneur Romero sont accompagnées par 350 000 personnes à San Salvador. Trois cents prêtres et trente évêques du monde entier y assistent. Mais tandis que la messe commence, une bombe éclate et des coups de feu provoquent un début de panique parmi la foule. Une cinquantaine de personnes (dont de nombreux enfants) meurent piétinés, tandis qu’on relève une dizaine de corps tués par balle. Le corps de Monseigneur Romero est enterré à la hâte dans une tombe située dans le transept droit de la basilique du Sacré-Cœur, la messe de funérailles ne pouvant se terminer. Tandis que les médias et gouvernements américain et salvadorien accusent une attaque de groupuscules d’extrême gauche, un texte ronéotypé daté du 30 mars, signé par vingt-deux hauts représentants du clergé présents aux funérailles, affirmait que la panique avait été déclenchée par l’explosion d’une bombe jetée du palais présidentiel, suivie de tirs de mitrailleuse et d’armes automatiques provenant du second étage

L’assassin de Mgr Romero ne fut officiellement jamais retrouvé. Se fondant sur un grand nombre d’interviews de militants du parti Arena et de responsables américains, ainsi que sur l’étude de télégrammes du département d’État, les journalistes Craig Pyes et Laurie Beclund affirmèrent dès 1983 que le major Roberto d’Aubuisson   avait planifié le meurtre avec un groupe d’officiers d’active qui tirèrent même au sort à qui reviendrait l’honneur d’être chargé de l’exécution. L’ex-ambassadeur américain Robert White, qui lorsqu’il était en poste au Salvador avait accès aux télégrammes du département d’État, entre autres informations internes, déclara en 1984 devant le Congrès des États-Unis qu’il ne faisait pas « l’ombre d’un doute » que d’Aubuisson avait lui-même « planifié et ordonné l’assassinat » d’Óscar Romero. Il expliqua ensuite en 1986 toujours devant le Congrès des États-Unis qu’il y avait suffisamment d’éléments pour mettre en cause des escadrons de la mort menés par le major Roberto d’Aubuisson. Cette thèse fut reprise en 1993 par un rapport officiel des Nations unies, décrivant d’Aubuisson comme le maître d’œuvre de l’assassinat.

Une enquête judiciaire conduite au Salvador par le juge Atilio Ramirez avait rapidement désigné d’Aubuisson et le général Medrano (protégé des États-Unis). Mais après des menaces et une tentative d’assassinat, Atilio Ramirez quitta subitement le pays et les poursuites judiciaires cessèrent. En exil, le juge Ramirez expliqua que l’équipe d’enquêteurs de la police criminelle ne s’était présentée sur les lieux du crime que quatre jours après qu’il eut été commis et que ni la police ni le représentant du ministère de la justice ne présentèrent au procès aucune pièce à conviction. Sa conclusion était qu’il existait « indubitablement », depuis le début, une « sorte de conspiration pour couvrir le meurtre » Quelques années plus tard, Roberto d’Aubuisson fut nommé président du Parlement salvadorien.

  

Mémoire et procès en béatification et canonisation

La question de la mémoire d’Óscar Romero et de son héritage politique et spirituel fait l’objet de divergences importantes d’analyse. Ses adversaires politiques, tout comme les opposants de gauche au régime, voient en lui une figure de la théologie de la libération.

Le Vatican souligne au contraire l’ampleur spirituelle des homélies d’Óscar Romero, qu’il qualifie de « prophète de l’espérance ». Concernant son propre rôle, Mgr Romero y développe le thème du ministère vécu comme un service bien plus qu’un pouvoir : « Je ne me suis jamais posé en chef d’un peuple, car il n’y a qu’un chef : Jésus-Christ. Jésus est la source de l’espérance. » (homélie du 28 août 1977).

Ainsi qu’en témoigne Jon Sobrino,  , dès l’annonce de sa mort, les pauvres Salvadoriens ont immédiatement dit : « Il est saint ! » et Mgr Pedro Casaldaliga, dans un long poème composé dans les jours qui suivent proclame : « Saint Romero d’Amérique, notre pasteur et martyr ». Depuis 1998, une statue d’Oscar Romero figure dans la série des dix martyrs de l’abbaye de Westminter , entre celles des pasteurs protestants Martin Luther King et DQietrich Bonhoeffer.

En 2007, le pape Benoit XVI se prononce en faveur de la béatification, voyant en lui un « grand témoin de la foi » mais en s’opposant à une lecture exclusivement politique de sa mort. Le pape considère d’ailleurs qu’éviter une « récupération politique » par certaines parties est la difficulté principale rencontrée par la procédure de béatification.

Depuis le début de son pontificat, le pape François encourage le procès en béatification d’Oscar Romero et souhaite qu’il soit béatifié au plus vite. Mgr Vincenzo Paglia, qui est le président du Conseil pontifical pour la famille  et qui est aussi le postulateur de la cause en béatification, annonce en avril 2013 que le pape va autoriser l’ouverture du procès romain pour la béatification. S’agissant d’un martyr, la procédure est plus rapide, un miracle préalable n’étant pas nécessaire. Le 3 février 2015, le pape François reconnaît Oscar Romero comme martyr de la foi, engendrant la signature du décret de la Congrégation pour les causes des saints. En 2015, le pape François a autorisé le décret en vue de sa béatification, célébrée le 23 mai 2015 à San Salvador.

Le 6 mars 2018, le pape François reconnaît comme authentique un miracle attribué à l’intercession d’Oscar Romero. Il est canonisé le 14 octobre 2018.

  

Hommages et distinctions

Le 18 mai 1980 : Oscar Romero est fait docteur honoris causa post mortem de la Université du Salvador.

En 1985 : Pierre Gambarelli écrit en 1985 écrit la chanson Le vent des prophètes en hommage à Oscar Romero . En 1986, Oliver Stone réalise le film Salvador. Son assassinat y est reconstitué, commandité par un certain major Maximiliano Casonava, personnage inspiré du major Roberto D’Aubuisson.

En 2008, il est désigné comme l’un des quinze « Champions de la démocratie mondiale » par le magazine européen « A Different view ».

En 2009 : le nouveau président du Salvador, Mauricio Funes (FMLN) visite la tombe d’Oscar Romero juste avant de prendre ses fonctions, en juin 2009.

Le 24 mars 2010, lors du trentième anniversaire de la mort d’Oscar Romero, le président salvadorien Mauricio Funes a présenté au nom de l’État des excuses officielles pour ce meurtre. En présence de la famille Romero, des représentants de l’Église Catholique, des diplomates étrangers et officiels du Gouvernement, le président Funes déclare que « malheureusement ceux qui ont perpétré cet assassinat ont agi avec la protection, la collaboration ou la participation d’agents de l’État. »

En mars 2014, l’aéroport de San Salvador se nomme désormais « et pour toujours, aéroport international Monseñor Oscar Arnulfo Romero y Galdámez ».

Le 1er octobre 2015, le service Oscar Romero d’Apprentis d’Auteuil ouvre ses portes. Dispositif de protection de l’enfance, il est destiné à accompagner les mineurs isolés étrangers dans leur insertion professionnelle, administrative et sociale.

 

Bibliographie

 

Oscar Romero, L’Église ne peut garder le silence. Inédits 1977-1980, Éd. Parole et Silence.

Oscar Romeroesquisses pour un portrait , María López Vigil

Journal d’Oscar Romero, Óscar Arnulfo Romero, Maurice Barth, Editions Karthala

L’Amérique latine en mouvement: situations et enjeux, Alain Durand, Nicolas Pinet : « Il y a 25 ans, l’assassinat de Mgr Romero ».

Yves Carrier, Mgr Oscar A. Romero, Histoire d’un peuple, destinée d’un homme, Éditions du Cerf.

James R. Brockman, Mgr Romero, martyr du Salvador, 1917-1980, Bayard Centurion.

Roberto Morozzo della Rocca, Monseigneur Oscar Romero, DDB.

Chantal Joly, Oscar Romero, martyr de la cause des pauvres, Éd. Salvador.

Jon Sobrino, Mgr Oscar Romero, Dieu est passé par le Salvador, Éd. Jésuites.

Source : wikipédia

EGLISE CATHOLIQUE, HOMELIES, OSCAR ROMERO (1917-1980), SAINTETE, SAINTS

Monseigneur Oscar Romero : la dernière homélie

MGR OSCAR ROMERO

La dernière homélieweb3-oscar-romero-procession-march-el-salvador-000_was7371671-jose-cabezas-afp

 

Choisi pour sa modération comme archevêque de San-Salvador, Mgr Oscar Romero ne restera pas longtemps impassible devant une répression qui va croissant (six prêtres assassinés, des centaines de civils massacrés) : sa troisième lettre pastorale, intitulée « L’Eglise et les organisations politiques populaires » (1978), reconnaît la légitimité de ces organisations et autorise les chrétiens à y militer.

Le 23 mars 1980, devant l’horreur des tueries perpétrées par l’armée, il appelle, au cours de ce qui devait être sa dernière homélie, les soldats à la désobéissance au nom de la loi de Dieu :

… Chers frères, il serait maintenant intéressant – mais je ne voudrais pas abuser de votre temps – d’analyser la signification de ces derniers mois de gouvernement qui entendait précisément nous faire sortir de ce climat d’horreur. Si ce qu’on cherche c’est à décapiter le peuple organisé et à empêcher l’évolution que veut le peuple, on ne peut pas mieux faire. Sans racines populaires, aucun gouvernement ne peut être efficace, et encore moins quand il cherche à s’imposer par la force sanglante et dans la douleur.

Je voudrais lancer tout spécialement un appel aux membres de l’armée, et concrètement aux hommes de troupe de la Garde nationale, de la police et des casernes. Frères, vous êtes du même peuple que nous, vous tuez vos frères paysans. Devant l’ordre de tuer donné par un homme, c’est la loi de Dieu qui doit prévaloir, la loi qui dit : « Tu ne tueras point ». Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter. Il est temps de revenir à votre conscience, et d’obéir à votre conscience plutôt qu’à l’ordre du péché.

L’Eglise, qui défend les droits de Dieu, la loi de Dieu, la dignité humaine, la personne, l’Eglise ne peut se taire devant tant d’abomination. Nous voulons que le gouvernement prenne au sérieux le fait que les réformes ne servent à rien si elles sont tachées de tant de sang. Au nom de Dieu, au nom du peuple souffrant dont les lamentations montent jusqu’au ciel et sont chaque jour plus fortes, je vous en prie, je vous en supplie, je vous l’ordonne au nom de Dieu : arrêtez la répression !

 Le lendemain, lundi 24 mars 1980, vers 18h30, alors qu’il venait de terminer l’homélie pour une messe d’enterrement à la chapelle de l’hôpital de la Divine Providence, à San-Salvador, Mgr Romero s’affaissait soudain, atteint d’une balle explosive en pleine poitrine, tirée de l’extérieur, probablement d’une voiture où avait pris place un tireur muni d’un fusil à lunette.

(Oscar Romero, évêque et martyr, DIAL, 32 pages, Paris, 1980).

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