ACTES DES APÔTRES, ACTES DES APOTRES, EGLISE CATHOLIQUE, LIVRES DES ACTES DES APÔTRES, MATTHAIS (saint ; apôtre), NOUVEAU TESTAMENT, SAINTS

L’apôtre saint Matthias

Saint Matthias,
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Fondée sur des textes apocryphes, la Tradition rapporte que Matthias, de trois plus jeune que Jésus, serait né à Bethléem d’une illustre et noble famille de la tribu de Juda ; il aurait reçu une savante éducation de Syméon qui fut grand prêtre[1]. Matthias est l’abréviation de Mattathias qui signifie don de Dieu. Invité aux noces de Cana, Matthias aurait été choisi par le Seigneur comme un des 72 disciples.

Quoi qu’il en fût, il apparaît dans les « Actes des Apôtres », entre l’Ascension et la Pentecôte, lorsqu’il s’agit de remplacer Judas (I 15-26).

Et en ces jours-là, Pierre[2], se levant au milieu des frères, dit (le nombre des personnes réunies était d’environ cent vingt[3]) : Frères[4], il fallait que s’accomplît l’Ecriture qu’a prédite l’Esprit Saint, par la bouche de David, au sujet de Judas, lequel s’est fait le guide de ceux qui ont saisi Jésus. Il était, en effet, compté parmi nous et un lot de ce service lui était échu. Cet homme donc a acquis un domaine avec le salaire de son injustice et, tombant la tête en avant, a crevé par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues. Et la chose a été connue de tous les habitants de Jérusalem, en sorte que ce domaine a été appelé dans leur langue Hakeldamach, c’est-à-dire Domaine du Sang. Il est écrit en effet au livre des Psaumes :  » Que son campement devienne désert et que personne n’y habite[5]  » ; et :  » Que sa charge, un autre la prenne[6] « . Il faut donc[7] que, parmi les hommes qui nous ont accompagnés pendant tout le temps que le Seigneur Jésus est allé et venu parmi nous, depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où il a été enlevé d’auprès de nous, il y en ait un qui devienne avec nous témoin de sa résurrection[8]. Et ils en présentèrent deux, Joseph appelé Barsabbas, qui avait été surnommé Justus[9], et Matthias. Et ils firent cette prière : Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel de ces deux-là tu as choisi pour prendre dans ce service apostolique la place dont Judas s’est retiré pour s’en aller à sa place à lui. Et on les fit tirer au sort, et le sort tomba sur Matthias, qui fut compté parmi les onze Apôtres.

 

Les Saintes Ecritures ne disent rien de plus à propos de saint Matthias, mais Clément d’Alexandrie (150-215) qui l’identifie à Zachée[10], le présente comme un prédicateur de la pénitence qui combattait ferme contre la chair. Il lui attribue un « Livre des Traditions », et Origène (185-253) parle d’un « Evangile » écrit par Matthias. On a perdu ces textes que le pape Innocent I° (401-417) a tous condamnés comme apocryphes.

Lorsque les apôtres se dispersèrent pour aller prêcher l’Évangile, Matthias, selon les saints Sophrone, Nicéphore et Dorothée, passa en Egypte et alla jusqu’en Ethiopie où il resta près de trente-trois ans. De retour à Jérusalem, les juifs ameutèrent contre lui les populations qui l’assommèrent par lapidation avant de le décapiter devant le Temple, vers l’an 63. D’autres dirent qu’il resta en Palestine où, en 61, à Giscala, il fut dénoncé au Grand-Prêtre Ananias qui, après l’avoir interrogé, le fit lapider et achever à la hache. Enfin, on le situa en Macédoine et dans quelques autres pays au-delà du Pont-Euxin.

Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, rapporta son corps à Rome, déposa une partie de ses reliques dans la basilique Sainte-Marie Majeure, et donna une bonne part du reste au saint évêque Agrice de Trêves qui les mit dans l’’glise Saint-Eucher, hors les murs de la ville, depuis nommée Saint-Matthias.  Padoue, Prague et Cologne disent posséder de ses reliques. Un morceau de sa tête, vénéré à Barbezieux (Saintonge) fut brûlé par les protestants. Jean Eck, le docte adversaire de Luther, affirmait qu’une part des reliques aurait été déposée à Augsbourg.

Patron de Trêves et de Goslar (Hanovre), il est aussi, à cause de la hache de son martyre, celui des charpentiers, des taillandiers et des bouchers ; on ne sait trop pourquoi, il est encore le patron des buveurs et des viveurs repentants en même temps que des personnes atteintes de la petite vérole et de la coqueluche.

Il est assez rarement représenté car, pour compléter le collège des apôtres après la trahison de Judas, les artistes ont souvent préféré introduire saint Paul. Son attribut est la hache à laquelle on substitue parfois une hallebarde, une lance ou une épée.

[1] Le « Livre des Condamnés », traduit de l’hébreux par un moine de Trèves au XII° siècle

[2] Le rôle de saint Pierre est d’exprimer la situation, pour que tous en prennent conscience, et de faire place au rôle de la communauté qui aura à choisir celui qu’elle jugera digne de remplir les fonctions définies par Pierre d’après la volonté de Dieu ; on retrouvera le même procédé pour l’élection des premiers diacres (Actes des Apôtres VI, 3). La communauté était d’ailleurs « unanime, assidue à la prière » (Actes des Apôtres, I 14), donc prête à réussir ce choix selon Dieu. Pierre agit en chef, c’est lui qui prend l’initiative : « Le troupeau lui ayant été confié par le Christ et étant le premier du chœur, il est toujours le premier à parler » (saint Jean Chrysostome).

[3] Il ne faut pas chercher un symbole dans le mombre cent vingts, puisque le mot environ (à peu près) lui enlève tout absolu.

[4] L’appellation de « Frères », si belle en sa simplicité est, à l’époque, nouvelle de la part d’un supérieur parlant à ses inférieurs.

[5] Psaume LXVIII 26.

[6] Psaume CVIII 8.

[7] Le rôle des Ecritures est ici d’indiquer (ou de confirmer) que Dieu souhaite le remplacernent de Judas. Très clairement, on dit que c’est l’Esprit-Saint qui parle par les auteurs bibliques (pour les Psaumes on ne nommait que David). Un tel emploi théologique de l’Ecriture est légitime certes à propos de Jésus-Christ (but de l’ensemble de l’Ancien Testament) et des actions essentielles qu’il a accomplies pour L’Eglise, comme la création de la fonction d’Apôtre avec les dons spirituels préparés pour chacun d’eux. La mort de Judas a réalisé la première prophétie : « Que son campement devienne désert et que personne n’y habite »  (Psaume LXVIII 26) ; il faut que la seconde s’accomplisse pareillement : « Que sa charge passe à un autre » (Psaume CVIII 8).

[8] Le rôle d’un apôtre est d’être témoin, ce qui suppose une très bonne connaissance de tout ce que Jésus a fait et a dit (I 1) durant sa vie publique, donc de son Baptéme à son Ascension. Et surtout qu’on ait alors fait partie du groupe accompagnant sans cesse Jésus, à la façon des disciples suivant leur maître. Les évangiles disent souvent les conditions requises pour « suivre » Jésus (évangile selon saint Luc, IX 23 et 57-62) et aussi les privilèges des disciples (évangile selon saint Luc, X 23 s ; XII 22-32 ; XVIII 23-30). Mais ne peuvent être apôtres que ceux qui ont été du petit nombre de ceux auxquels le Ressuscité s’est manifesté.

[9] Saint Jean Chrysostome loue l’humble douceur avec laquelle Joseph Barsabbas accepta le choix du Saint-Esprit. D’après Eusèbe de Césarée, Joseph Barsabbas aurait été un des soixante-douze disciples. Encore d’après Eusèbe de Césarée, Papias, renseigné par les filles de l’apôtre Philippe, affirmait que « Juste surnommé Barsabbas but un poison mortel et par la grâce du Seigneur n’en éprouva aucun mal » (Histoire Ecclésiastique, III 39). Adon (860) l’introduit dans les martyrologes latins au 20 juillet.

[10] Clément d’Alexandrie : « Stromates », IV 6, 35.

 

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SAINT MATHIAS, APOTRE

Mathias est un nom hébreu qui signifie donné par Dieu, ou donation du Seigneur, ou humble, petit, car il fut donné par le Seigneur quand il le choisit, et le sépara du monde et en fit un des soixante-douze disciples. Il fut donation du Seigneur quand; ayant été choisi par le sort, il mérita d’être du nombre des apôtres. Il fut petit, car toujours il garda une véritable humilité. Il y a trois sortes d’humilité, dit saint Ambroise : la première d’affliction quand quelqu’un est humilié ; la seconde de considération qui vient de la considération de (315) soi; la troisième de dévotion qui procède de la connaissance du créateur. Saint Mathias eut la première en souffrant le martyre, la seconde en se méprisant lui-même, la troisième en admirant la majesté de Dieu. Mathias vient encore de manu, qui veut dire bon, et thésis, qui signifie placement. De là Mathias, le bon à la place du méchant, savoir de Judas. Sa vie, qu’on lit dans les Eglises, est attribuée à Bède.

Mathias remplaça Judas dans l’apostolat. Mais voyons d’abord en peu de mots la naissance et l’origine de ce Judas le traître. On lit donc dans une histoire (toutefois elle est apocryphe), qu’il y eut à Jérusalem un homme du nom de Ruben, appelé autrement Simon, de la tribu de Dam, ou d’après saint Jérôme, de la tribu d’Issachar, qui eut pour femme. Cyborée. Or; une nuit qu’ils s’étaient mutuellement rendus le devoir, Cyborée s’endormit. et eut un songe dont elle fut effrayée et qu’elle raconta comme il suit à son mari avec sanglots et soupirs : « Il me semblait enfanter un fils souillé de vices qui devait être la cause de la ruine de toute notre nation. » Ruben lui dit : « Tu racontes là une chose affreuse; qu’on ne devrait jamais réciter : et tu as, je pense, été le jouet d’un esprit pithon. » Elle lui répondit : « Si. je  m’aperçois que j’ai conçu; et si je mets au monde un fils, il n’y aura certainement pas là d’esprit pithon; dès lors la révélation devient évidente. ». Or, son temps expiré, elle enfanta un fils ; ses parents furent dans une grande angoisse et réfléchirent sur ce qu’ils feraient de cet enfant; comme ils avaient horreur de le tuer, et qu’ils ne voulaient pas élever le destructeur de leur race, ils le placèrent dans. un panier de jonc qu’ils exposèrent sur la mer, dont les flots le jetèrent sur une île, (316) appelée Scarioth. Judas a donc pris de cette île son nom d’Iscarioth. Or, la reine de ce pays n’avait point , d’enfant. Etant allée se promener sur le bord de la mer, et voyant cette corbeille ballottée par les flots, elle l’ouvrit. En trouvant cet enfant qui était de forme élégante, elle dit avec un soupir : « Oh! que n’ai-je la consolation d’avoir un si grand enfant pour ne pas laisser mon royaume sans successeur! » Elle fit donc nourrir l’enfant en cachette, simula une grossesse; enfin elle déclara mensongèrement avoir mis au monde un fils, et cette grande nouvelle fut répandue par tout le royaume. Le prince fut dans l’ivresse d’avoir un fils et le peuple en conçut une grande joie. L’enfant fut élevé avec une magnificence royale. Mais peu de temps après la reine conçut du roi et elle enfanta un fils à son terme. Les enfants avaient déjà grandi un peu, fort souvent ils jouaient ensemble, et Judas tourmentait l’enfant du roi par de fréquentes taquineries et par des injures, au point de le faire  souvent pleurer. Or, la reine, qui le souffrait avec chagrin, et qui savait que Judas ne lui était de rien, le frappait souvent. Mais cela ne corrigea pas Judas de molester l’enfant. Enfin le fait est divulgué et Judas déclaré n’être pas le vrai fils de la reine, mais un enfant trouvé. Après cette découverte, Judas tout honteux tua, sans qu’on le vit, son frère putatif, le fils du roi. Craignant d’être condamné à perdre la tête pour ce crime, il s’enfuit à Jérusalem avec ceux qui étaient soumis au tribut, et se mit au service de la cour de Pilate pour lors gouverneur, et comme qui se ressemble se rassemble, Pilate trouva que Judas lui (317) convenait et conçut pour lui une grande affection. Judas est donc mis à la tête de la cour de Pilate, et tout se fait d’après ses ordres. Un jour que Pilate regardait de son palais dans un verger enclos, il fut pris d’une telle envie d’avoir des pommes qui s’y trouvaient qu’il faillit presque tomber faible. Or, ce jardin appartenait à Ruben, le père de Judas; mais Judas ne connaissait pas son père, ni Ruben ne connaissait son fils, parce que, d’abord, Ruben pensait que son fils avait péri dans la mer; et ensuite que Judas ignorait complètement qui était son père et quelle était sa patrie. Pilate fit donc mander Judas et lui dit : « J’ai un si grand désir de ces fruits que si j’en suis privé j’en mourrai. » Alors Judas s’empressa de sauter dans l’enclos et cueillit des pommes au plus vite. Sur ces entrefaites, arrive Ruben qui trouve Judas cueillant ses pommes. Alors voilà une vive dispute qui s’engage : ils se disent des injures ; après les injures, viennent les coups; et ils se font beaucoup de mal ; enfin Judas frappe Ruben avec une pierre à la jointure du cou, et le tue ; il prend ses pommes et vient racontera Pilate l’accident qui lui est arrivé. C’était au déclin du jour, et la nuit approchait, quand on trouva Ruben mort. On croit qu’il est la victime d’une mort subite. Pilate concéda alors à Judas tous les biens de Ruben ; de plus, il lui, donna pour femme l’épouse de ce même Ruben. Or, un jour que Ciborée poussait de profonds soupirs et que Judas son mari lui demandait avec intérêt ce qui l’agitait, elle répondit :  « hélas! je suis la plus misérable des femmes; j’ai noyé mon petit enfant dans la mer et j’ai trouvé mon mari mort avant le temps; (318) mais de plus, voici que Pilate a ajouté malheureusement une douleur à ma douleur, en me faisant marier au milieu de la pins grande tristesse, et en  m’unissant à toi contre ma volonté. » Quand elle lui eut raconté tout ce qui avait trait au petit enfant, et que Judas lui eut rapporté tous ses malheurs, il fut reconnu que Judas  avait épousé sa mère et qu’il avait tué son père. Touché de repentir, il alla, par le conseil de Ciborée, trouver N. S. J.-C. et lui demanda pardon de ses péchés. Jusqu’ici c’est le récit de l’histoire apocryphe qui est laissée à l’appréciation du lecteur, quoiqu’elle soit plutôt à rejeter qu’à admettre. Or, le Seigneur le fit son disciple ; de disciple il l’élut apôtre, et il l’eut en telle confiance et amitié qu’il fit son procureur de celui que peu de temps après il supporta comme traditeur : en effet il portait la bourse et il volait ce qu’on donnait à J.-C. Il fut marri, au temps de la passion du Seigneur, que le parfum, qui valait trois cents deniers, n’eût pas été vendu, pour les pouvoir encore ravir; alors il alla vendre son maître trente deniers, dont un valait dix des deniers courants, et il se compensa ainsi de la perte des trois cents deniers du parfum ; ou bien, d’après le rapport de quelques personnes, il volait la dixième partie de tout ce qu’on donnait pour J.-C. et pour la dixième partie qu’il avait perdue du parfum, c’est-à-dire, pour trente deniers, il vendit le Seigneur. Il est vrai que touché de repentir il les rapporta et qu’il alla se pendre avec un lacet, et s’étant pendu il a crevé par le milieu du ventre et toutes ses entrailles se sont répandues; et il ne rejeta rien par la bouche car il n’était pas (319) convenable qu’elle fût souillée d’une façon si ignominieuse après avoir été touchée par la glorieuse bouche de J.-C. Il était encore convenable que les entrailles qui avaient conçu la trahison fussent déchirées et répandues, et que la gorge par où la parole de trahison avait passé fût étranglée avec un lacet. Il mourut en l’air, afin qu’ayant offensé les anges dans le ciel et les hommes sur la terre, il fût placé ailleurs que dans l’habitation des anges et des hommes, et qu’il fût associé avec les démons dans l’air *.

Comme, entre l’Ascension et la Pentecôte, les apôtres étaient réunis dans 1e cénacle, Pierre voyant que le nombre des douze apôtres était diminué, nombre que le Seigneur avait choisi lui-même pour annoncer la Trinité dans lés quatre parties du monde, il se leva au milieu des- frères et dit : « Mes Frères, il faut que nous mettions quelqu’un à la place de Judas, pour qu’il témoigne avec nous de la résurrection de J.-C. qui nous a dit : « Vous me serez des témoins à Jérusalem, en toute la Judée, en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre; et parce qu’un témoin ne peut rendre témoignage que de ce qu’il a vu, il nous faut choisir un de ces hommes qui ont toujours été avec nous, qui ont vu les miracles du Seigneur, et qui ont ouï sa doctrine. » Et ils présentèrent deux des soixante-douze disciples, Joseph, qui, pour sa sainteté, fut surnommé le Juste; frère de Jacques-Alphée, et Mathias,

* Papias, évêque d’Hyerapolis, disciple de saint Jean, affirme que Judas survécut à sa pendaison; mais que, devenu affreusement hydropique, il fut écrasé par un char ; Théophylacte et Euthyme l’assurent aussi (320) dont on ne fait pas l’éloge; il suffit, en effet, pour le louer, de dire qu’il a été choisi comme apôtre. Et s’étant mis en prières, ils dirent : « Seigneur, vous qui connaissez les cœurs  de tous les hommes, montrez lequel de ces deux vous avez choisi pour remplir ce ministère et pour entrer dans l’apostolat que Judas a perdu. » Ils les tirèrent au sort et 1e sort tombant sur Mathias, celui-ci fut associé aux onze apôtres. Il faut faire attention, dit saint Jérôme, que l’on ne peut pas se servir de cet exemple pour tirer au sort, car les privilèges dont jouissent quelques personnes ne font pas la loi commune. En outre, dit Bède, jusqu’à la venue de la vérité, il fut permis de se servir des figures, car la véritable hostie fut immolée à la passion, mais elle fut consommée à la Pentecôte, et dans l’élection de saint Mathias, on eut recours au sort pour ne pas déroger à la loi qui ordonnait de chercher par le sort quel serait le grand prêtre. Mais après là Pentecôte;, la vérité ayant été proclamée, les sept diacres furent ordonnés; non par la voie du sort, mais par l’élection des disciples, par la prière des apôtres et par l’imposition des mains. Quel fut le sort qu’on employa? il y a là-dessus deux sentiments parmi les saints Pères. Saint Jérôme. et Bède veulent que ce sort fut de ceux dont il gavait un très fréquent usage sous l’ancienne loi. Mais saint Denys, qui fut le disciple de saint Paul, pense que c’est, chose irréligieuse de penser ainsi ; et il affirme que ce sort ne fut rien autre chose qu’une splendeur et un rayon de la divine lumière qui descendit sur saint Mathias, comme un signé visible indiquant qu’il fallait le prendre pour (321) apôtre. Voici ses paroles dans le livre de la Hiérarchie ecclésiastique : Par rapport au sort divin qui échut du ciel à Mathias, quelques-uns ont avancé, à mon avis, des propositions qui ne sont pas conformes à l’esprit de la religion : Voici mon opinion : « Je crois donc que les Saintes Lettrés ont nommé sort en cet endroit quelque céleste indice par lequel fut manifesté au collège apostolique celui qu’avait adopté l’élection divine. » Saint Mathias apôtre eut en partage la Judée, où il se livra avec ardeur à la prédication, et où, après avoir ait beaucoup de miracles, il reposa en paix. On lit dans quelques manuscrits qu’il endura le supplice de la croix, et que c’est après avoir été couronné par ce genre de martyre, qu’il monta au ciel. Son corps a été, dit-on, enseveli à Rome en l’Eglise de Sainte-Marie-Majeure dans une pierre de porphyre; et dans le même lieu, on montre sa tête au peuple. Voici ce qu’on lit dans une légende * conservée à Trèves. Mathias de la tribu de Juda naquit à Bethléem d’une famille illustre. Dans les écoles il apprit en, peu de temps la science de la loi et des prophètes; et comme il avait en horreur la volupté, il triompha, par la maturité de ses mœurs, des séductions de la jeunesse. Il formait son cœur  à la vertu, pour devenir apte à concevoir, enclin à la miséricorde; simple dans la prospérité, constant et intrépide dans l’adversité. Il s’attachait à pratiquer ce qu’il avait lui-même commandé, et à Cette légende n’est autre que la traduction faite au XIIe siècle des Actes de saint Mathias extraits d’un ouvrage écrit en hébreu et intitulé : Livre des condamnés. Elle est attribuée à saint Euchaire, de Trèves, par le P. Henschénius des Bollandistes.

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prouver par ses œuvres la doctrine qu’il annonçait. Alors qu’il prêchait en Judée, il rendait la vine aux aveugles, guérissait les lépreux, chassait les démons, restituait aux boiteux le marcher, aux sourds l’ouïe, et la vie aux morts. Ayant été accusé devant le pontife, il se contenta de répondre : « Vous me reprochez des crimes : je n’ai que peu de mots à dire, ce n’est pas un crime d’être chrétien, c’est un titre de gloire. » Le pontife lui dit : « Si on t’accordait un délai, voudrais-tu te repentir ? » Tant s’en faut, répondit-il, que je  m’écarte par l’apostasie de la vérité que j’ai une fois trouvée. » Mathias était donc très instruit dans la loi, pur de cour, prudent d’esprit, subtil à résoudre les questions d’Ecriture sainte, prudent dans ses conseils, et habile à parler. Quand il prêchait la parole de Dieu en Judée, il opérait un grand nombre de conversions par ses miracles et ses prodiges. Delà naquit l’envie des juifs qui le traduisirent devant: le Conseil. Alors deux faux témoins qui l’avaient accusé jetèrent sur lui les premières pierres, et le suint demanda qu’on ensevelît ces pierres avec lui pour servir de témoignage contre eux. Pendant qu’on le lapidait, il fut frappé de la hache, selon la coutume des Romains, et après avoir levé les mains au ciel, il rendit l’esprit à Dieu. Cette légende ajoute que son corps fut transféré de Judée à Rome et de Rome à Trèves.

On dit dans une autre légende que quand Mathias vint en Macédoine prêcher la foi de J.-C., on lui donna une potion empoisonnée qui faisait perdre la vue; il la but au nom de J.-C., et il n’en ressentit aucun mal ; et comme on avait aveuglé plus de 250 personnes (323) avec cette potion, il leur rendit la vue à toutes en leur imposant les mains. Le diable cependant leur apparut sous les traits d’un enfant et conseilla de tuer Mathias qui détruisait leur culte : quoique le saint fût resté au milieu d’eux, ils ne le trouvèrent pas même après trois jours de recherche. Mais le troisième jour, il se manifesta à eux et leur dit : « Je suis celui qui a eu les mains liées derrière le dos, auquel on a mis une corde au cou, que l’on à cruellement traité, et qui fut mis eu prison. » Alors furent vus des diables qui grinçaient des dents contre lui, sans le pouvoir approcher. Mais le Seigneur vint le trouver avec une grande lumière, le leva de terre, le débarrassa de ses liens, et lui ouvrit la porte du cachot en le fortifiant par de douces paroles. Il ne fut pas plutôt sorti, qu’il prêcha la parole de Dieu. Comme plusieurs restaient endurcis, il leur dit : « Je vous préviens que vous descendrez vivants en enfer. » Et à l’instant la terre s’entr’ouvrit et les engloutit tous ; les autres se convertirent au Seigneur.

 

 

LA LÉGENDE DORÉE  DE JACQUES DE VORAGINE NOUVELLEMENT TRADUITE EN FRANÇAIS AVEC INTRODUCTION, NOTICES, NOTES ET RECHERCHES SUR LES SOURCES PAR L’ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d’Amiens ÉDOUARD ROUVEYRE, ÉDITEUR,   76, RUE DE SEINE, 76 PARIS MDCCCCII

EGLISE CATHOLIQUE, PAPAUTE, PIE V (pape ; saint ; 1504-1572), SAINTS

Saint Pie V

Pie V (1504-1572).

saint162

Antonio Michele Ghislieri (17 janvier 1504 à Bosco Marengo dans le Piémont – 1er mai 1572 à Rome)) fut le 225e pape de l’Eglise catholique de 1566 à 1572, sous le nom de sous le nom de Pie V. Il est canonisé en 1712.

 

Jeunesse et débuts

Né dans une famille de paysans aisés, il entre chez les dominicains à l’âge de 14 ans et est ordonné prêtre en 1528. Il enseigne la philosophie et la théologie pendant 16 ans au sein de l’ordre, et devient maître des novices.

En 1546, il entre au Saint-Office. Son activité à Côme et Bergame attire l’attention du cardinal Carafa, futur Paul IV qui le nomme commissaire général de l’Inquisition à Rome en 1551. En 1556 Paul IV le nomme évêque de Sutri et inquisiteur de la foi à Milan et en Lombardie.

En 1557, il reçoit le chapeau de cardinal au titre de Santa Maria sopra Minerva créé à cette occasion par Paul IV et est fait grand inquisiteur en 1558 par le même pape.

En 1559 il est transféré au diocèse de Mondovi. Il y mène une intense activité pastorale. Il se bat contre le duc de Savoie pour maintenir les privilèges de l’Église et protège les Barnabites, de fondation récente (1553).

Au sein du Sacré Collège, il s’oppose vigoureusement mais en vain au successeur de Paul IV, mort en 1559, le pape Pie IV, qui entend y admettre le fils du grand-duc de Toscane, Ferdinand de Médicis, , âgé d’à peine 13 ans, ainsi qu’à l’empereur Maximilien II, , qui, influencé par les idées luthériennes, veut autoriser le mariage des prêtres. Il tombe en disgrâce.

Pendant le Concile de Trente, il reste fidèle au clan Carafa..

 

Pape

À la mort de Pie IV, il est élu pape le 7 janvier 1566   et couronné le 19. Le conclave n’a duré que 18 jours.

Le caractère ascétique du nouveau pape, qui apparaît sur ses portraits, contraste avec le tempérament jouisseur de ses prédécesseurs notamment Alexandre Vi, Jules II, Léon X et Pie IV.

Dès son élection, il s’emploie à réduire le luxe et la dissipation à la cour pontificale. Sa première cible est la collection de statues gréco-romaines du Belvédère, qu’il considère comme des idoles. Les statues sont cachées au public et les plus sensuelles transférées au Capitole.

Il décrète des peines qui « sanctionnaient la profanation du dimanche et des jours de fête, punissaient le concubinage ou le blasphème. Dès la première année de son pontificat, il posa la première pierre du Palais de l’Inquisition qui remplacerait celui que le peuple avait démoli au lendemain de la mort de Paul IV ».

En 1566, Pie V fait réviser le procès institué par son prédécesseur, le pape Pie IV, contre la famille de Paul IV, la famille Carafa, dont plusieurs membres avaient été exécutés, les autres exilés ou frappés d’interdit. La sentence, estimée injuste, fut cassée et les Carafa furent réintégrés dans leurs titres et honneurs. Enfin, Pie V créa cardinal Antonio Carafa, l’un des neveux bannis de Paul IV, en 1568.

Le 1er novembre 1567, Pie V publie la Bulle De salute Gregis dominici interdisant formellement et pour toujours les courses de taureaux, et décrétant la peine d’excommunication immédiate contre tout catholique qui les autorise et y participe, ordonnant également le refus d’une sépulture religieuse aux catholiques qui pourraient mourir des suites d’une participation à quelque spectacle taurin que ce soit. Face aux réticences de Philippe II d’Espagne, , son successeur le Pape Grégoire XIII reviendra sur cette décision dès 1575.

« Pour Nous donc, considérant que ces spectacles où taureaux et bêtes sauvages sont poursuivis dans l’arène ou sur la place publique sont contraires à la piété et à la charité chrétiennes, et désireux d’abolir ces sanglants et honteux spectacles dignes des démons et non des hommes et d’assurer avec l’aide divine, dans la mesure du possible, le salut des âmes : à tous et à chacun des princes chrétiens, revêtus de n’importe quelle dignité aussi bien ecclésiastique que profane, même impériale ou royale, quels que soient leurs titres ou quelles que soient la communauté ou république auxquelles ils appartiennent, Nous défendons et Nous interdisons, en vertu de la présente constitution à jamais valable, sous peine d’excommunication ou d’anathème encourus ipso facto, de permettre qu’aient lieu dans leurs provinces, cités, terres, châteaux forts et localités, des spectacles de ce genre où l’on donne la chasse à des taureaux et à d’autres bêtes sauvages. Nous interdisons également aux soldats et aux autres personnes de se mesurer, à pied ou à cheval, dans ce genre de spectacle, avec les taureaux et les bêtes sauvages. »

Extrait de De salute Gregis dominici, bulle de Pie V du 1er novembre 1567.

Il entreprend également de réformer la Curie romaine. Il modifie la daterie, chargée de la concession des bénéfices ecclésiastiques, et la Pénitencerie apostolique. En 1569, Il met fin à la controverse sur la primauté de construction des deux basiliques du Latran et du Vatican en accordant celle-ci à l’église du Latran.

Pour favoriser l’unité du monde catholique il étend à toute l’Eglise latine l’usage de la forme tridentine du rite romain (appelé ainsi car il fait suite au Concile de Trente) par la bulle Quo primum, en 1570. Par cette décision il ne crée pas un nouveau rite mais rend obligatoire la célébration des sacrements selon le rite en usage à Rome depuis fort longtemps.

Il crée également en 1571 la congrégation de l’Index, dont la mission est de veiller à l’orthodoxie et au niveau moral des publications. Enfin, il fait rédiger le Catéchisme romain issu du Concile de Trente, , un bréviaire et un missel latin, qui feront autorité jusqu’aux réformes liturgiques de Vatican II en 1965. Il réaffirme la primauté du pape face au pouvoir civil par la bulle In Cœna Domini.

Décidé d’en finir avec l’anglicanisme, il excommunie Elisabeth Ière en 1570 par la bulle Regnans in Excelsis. Il surveille de près la politique religieuse des princes européens catholiques, notamment Maximilien II du Saint-Empire, proche des protestants et disposé à leur faire des concessions. Il met en garde la reine de France, Catherine de Médicis, contre l’entourage huguenot de son fils Charles IX et soutient le duc d’Albe dans sa répression dans les Pays-Bas espagnols.

Il publie une Constitution contre les Juifs et les expulse de ses États, sauf de Rome, d’Ancône et du Comtat Venaissin, par la bulle Hebraeorum gens.

À l’extérieur, Pie V s’efforce d’unir la Chrétienté contre les Turcs. La première année de son règne, il proclame un jubilé pour implorer de Dieu la victoire. Dans cette même optique, il soutint les chevaliers de Malte et les chrétiens de Hongrie. Cette entreprise va lui sourire : la Sainte Ligue qu’il a formée avec l’Espagne et la République de Venise remporte le 7 octobre 1571 la victoire navale de Lepante. Si la victoire peut être imputée à la supériorité technique écrasante de la flotte de Don Juan d’Autriche sur celle des Turcs, le pape l’attribue également à la dévotion au rosaire : ainsi la tradition catholique attribue la victoire de Lépante à la Vierge Marie, d’autant que le pape Pie V avait appelé à un rosaire universel pour obtenir la victoire et qu’Il en eut surnaturellement connaissance avant que la nouvelle ne fut parvenue à Rome. L’anniversaire de la bataille fut inscrit sous le nom de Notre-Dame-du-Rosaire dans le calendrier liturgique romain ; par conséquent, il dédie le premier dimanche du mois d’octobre à la fête du rosaire, et ajoute « secours des chrétiens » à la litanie de Notre-Dame-de-Lorette. La victoire est fêtée dans les rues de Rome comme un triomphe antique.

Pie V meurt le 1er mai de la maladie de la pierre. Ses réformes ont engagé l’Église sur une voie nouvelle et opéré un redressement moral de l’institution ecclésiale.

Il sera béatifié par Clément X en 1672 et canonisé par Clément XI le 4 août 1712.

 

Bibliographie

Charles Hirschauer, La politique de St Pie V en France (1566-1572). Choix de pièces des archives vaticanes précédé d’une étude sur les relations de Rome et de la France à la veille de la saint Barthélémy. Paris, Fontemoing & Cie, 1922.

Nicole Lemaître, Saint Pie V, Fayard, Paris, 1994.

Philippe Verdin, Saint Pie V, le pape intempestif, Le Cerf, 2018, 218 p.

Robin Anderson, St Pius V, TAN Books and Publishers, Inc., 1973-1978.

Philippe Levillain. (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 2003 .

EGLISE CATHOLIQUE, JOSEPH (saint ; 1er siècle), SAINTETE, SAINTS

La fête de Saint Joseph

Historique de la fête de Saint Joseph du 19 mars et du 1er mai

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LES FONDEMENTS. 

Les pères de l’Eglise du IVe siècle parlent des vertus de Saint Joseph à l’occasion du mystère de l’Incarnation et de la Virginité de Marie. Dans l’Eglise latine, saint Joseph est mentionné dans les plus anciens martyrologues : dans le calendrier d’Eusèbe de Césarée et dans le Martyrologue de saint Maximin de Trèves ; au IVe et Ve siècles, saint Jérôme, saint Augustin et saint Pierre Chrysologue posent quelques bases théologiques que viendront augmenter Bède le Vénérable au VIIIe siècle et Saint Pierre Damien au XIe. Le catalogue des images de Saint Joseph dans l’Art Chrétien des cinq premiers siècles, établi par le comte Rossi au XIXe, prouve que la piété des fidèles vénéraient dès l’origine saint Joseph.

C’est Saint Bernard, au XIIe s. qui ouvrira la voie aux grands théologiens de l’Université de Paris. Il parle de Saint Joseph et développe la théologie mariale. Sur les prémices qu’il a posé, saint Thomas d’Aquin pourra dire : 

 » En quelque genre que ce soit, plus une chose approche de son principe, plus elle participe à l’effet de son principe. Mais le Christ est le principe de la grâce ; en tant qu’homme, Il en est l’instrument et la source…Or, c’est la Bienheureuse Vierge qui approcha de plus près le Christ selon l’humanité puisque le Christ reçu d’elle la nature humaine… » 

Les théologiens devaient tirer la conclusion que nul après la Vierge n’a plus approché le Christ, source de la grâce, que Joseph, donc que nul n’a plus participé que Joseph à la grâce du Christ. On en déduit que saint Joseph est un saint incomparable. Ce raisonnement a été repris par le père Garrigou-Lagrange. 

Parti de l’université de Paris, le mouvement en faveur du culte de Saint Joseph ne va plus se ralentir. Saint Albert le Grand, les Franciscains, les Dominicains le répandent par leur prédication en tous lieux et tous pays. 

Le Bienheureux Jean Dun Scot, à propos du mariage de la Sainte Vierge et de Saint Joseph montre très justement que tout ce qui concerne le chaste époux de la Vierge Marie dans le décret de prédestination ( il s’agit de la théologie de l’Immaculée Conception) a été fait en vue de Marie. 

Saint Bonaventure et saint Bernardin de Sienne reviennent souvent sur le sujet de Saint Joseph. Le sermon de Bernardin de Sienne marque une étape dans la maturité de la dévotion à saint Joseph. 

LE TOURNANT : DE GERSON A BOSSUET EN PASSANT PAR L’ECOLE FRANCAISE 

Chancelier de l’Université de Paris, Gerson ( 1363-1429) deviendra le promoteur des fêtes de Saint Joseph. Il écrivit le 17 Aout 1413 une lettre à toutes les églises pour proposer les fêtes de Saint Joseph, une exposition en trois leçons sur l’Evangile  » exurgens autem Joseph » et une messe propre dont il composa lui-même les morceaux liturgiques ; il obtient progressivement l’établissement en France de fêtes de Saint Joseph. C’est surtout au Concile de Constance qu’il supplia avec succès les pères d’établir et de diffuser un culte public de Saint Joseph. En 1481, le pape Sixte IV étendit le culte de saint Joseph de France à l’Eglise Universelle. Par la suite, les guerres de religion freinent cette expansion et il faudra attendre le XVIIe siècle, grand siècle de saint Joseph en France pour que s’établissent les fêtes et le culte de Saint Joseph tel que nous le connaissons. Le cardinal de Bérulle, Monsieur Ollier, saint Jean-Eudes consacrent à saint Joseph de très belles pages. De nombreuses fondations et institutions, congrégations et confréries se placent sous sa protection. Chez les carmélites, madame Acarie rend plus populaire encore le culte de saint Joseph que leur fondatrice, Thérèse d’Avila, avait inculqué à ses filles. De son côté, Saint François de Sales compose ses « entretiens sur saint Joseph » et parle de lui aux filles de la Visitation. Le 19 Mars 1657, en présence du cardinal Barberini et de vingt-deux évêques, réunis à l’occasion de l’Assemblée du Clergé de France, Bossuet célèbre les gloires de Saint Joseph : le sermon marquera tant qu’il fut répété deux ans plus tard à la cour. Et le 7 juin 1660, Saint Joseph apparaît à Cotignac, apparition reconnue par les autorités religieuses.
L’EXTENSION DU CULTE DE SAINT JOSEPH ET HISTORIQUE DE SES FETES 

Les Syriens et les autres Orientaux font la fête de saint Joseph le 20 juillet, mais on la fait le 19 mars dans les églises d’Occident. 

La fête de Saint Joseph se place au 19 mars, et elle était très suivie par les artisans (il était charpentier) puis par les ouvriers – Saint Joseph voit son culte prendre de l’ampleur dès le XVIe siècle ; – en 1621 le pape Grégoire XV éleva la fête du de Saint Joseph le 19 mars au rang de fête d’obligation ; – en 1642 le pape Urbain VIII confirma à son tour le rang de cette fête ; – en 1661, après l’apparition et le miracle de la source de Cotignac, Mgr Joseph Ondedei, évêque de Fréjus, reconnaît officiellement les apparitions de saint Joseph et en approuve le culte ; – cette même année 1661 le roi Louis XIV consacre la France à saint Joseph, chef de la Sainte Famille à la suite des apparitions de Cotignac ; 

Le 8 décembre 1870 le pape Pie IX déclara officiellement Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle, et fit du 19 mars une fête solennelle ; – en 1889, le pape Léon XIII démontra comment Saint Joseph est le modèle des pères de famille et des travailleurs, et lui décerna officiellement le titre de « saint patron des pères de famille et des travailleurs », titre que la piété populaire lui avait déjà décerné depuis des siècles ; – en 1955 le pape Pie XII reprit bien volontiers le principe de la fête du travail en instituant la solennité de Saint Joseph artisan et en la fixant au 1er mai de chaque année ; Saint Joseph est ainsi l’un des saints que l’on fête deux fois dans l’année (19 mars et 1er mai) ; – le pape Jean XXIII a ajouté son nom au canon de la Messe. 

CITATIONS 

Saint Bernard de Clairvaux, au XIIème siècle, découvrait avec justesse la grandeur de saint Joseph : « Celui que de nombreux rois et prophètes ont désiré voir et n’ont pas vu, qu’ils ont désiré écouter et qu’ils n’ont pas entendu, il fut donné à Joseph, non seulement de le voir et de l’entendre, mais encore de le porter, de guider ses pas, de le prendre dans ses bras, de le couvrir de baisers, de lui donner à manger et de veiller sur lui ». 

Au XVème siècle, saint Bernardin de Sienne découvre davantage encore la gloire de saint Joseph. Il s’exprimait avec une rare pénétration : « Comment un esprit clairvoyant peut-il penser que le Saint-Esprit ait uni, d’une union si étroite à l’âme d’une Vierge si grande, quelqu’autre âme sans que celle-ci lui fut semblable par la pratique des vertus ? Je crois donc que saint Joseph fut le plus pur des hommes en virginité, le plus profond en humilité, le plus ardent en amour de Dieu et en charité, le plus élevé en contemplation ». 

Sainte Thérèse d’Avila, au XVIème siècle, avait choisi saint Joseph pour patron de son ordre. Voici comment elle en parle dans le sixième chapitre de sa vie : « Je choisis le glorieux saint Joseph pour mon patron et me recommande à lui en toutes choses. Je ne me souviens pas d’avoir jamais rien demandé à Dieu par son intercession que je ne l’aie obtenu. Jamais je n’ai connu personne qui l’ait invoqué sans faire des progrès notables dans la vertu. Son crédit auprès de Dieu est d’une merveilleuse efficacité pour tous ceux qui s’adressent à lui avec confiance ». 

Saint François de Sales a employé son dix-neuvième entretien à recommander la dévotion envers saint Joseph et à louer ses vertus, surtout sa virginité, son humilité, sa constance et son courage. 

Les Syriens et les autres Orientaux font la fête de saint Joseph le 20 juillet, mais on la fait le 19 mars dans les églises d’Occident. Les Papes Grégoire XV et Urbain VIII ordonnèrent, l’un en 1621 et l’autre en 1642, que cette fête fût d’obligation.

DU 19 MARS AU 1er MAI 

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Les Papes n’ont pas manqué de nous exhorter à recourir à saint Joseph et le bienheureux Pie IX, qui en 1870 proclama saint Joseph « Patron de l’Eglise Universelle », ne craignait pas d’affirmer : « La dévotion envers saint Joseph est le salut de la société contemporaine ». Léon XIII déclarait que « la divine maison que Joseph gouvernait avec l’autorité du père, contenait les prémices de l’Eglise naissante ». Le Pape Pie XII de glorieuse mémoire, institua en 1955, la fête de saint Joseph Artisan et en fixa la date au 1er mai. Le bienheureux Jean XXIII inséra le nom de notre glorieux Patron au sein même du canon de la messe et Notre Saint Père le Pape Jean Paul II écrit en conclusion de son Exhortation Apostolique Redemptoris Custos : « Je souhaite vivement que la présente évocation de la figure de Joseph renouvelle en nous aussi les accents de la prière que mon prédécesseur, il y a un siècle, le Pape Léon XIII recommanda d’élever vers lui. II est certain en effet, que cette prière et la figure même de Joseph ont acquis un renouveau d’actualité pour l’Eglise de notre temps, en rapport avec le nouveau millénaire chrétien ».

COTIGNAC 

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Une apparition de saint Joseph, en Provence, dans le haut pays varois au XVIIème siècle, a été reconnue par l’Eglise : le 7 juin 1660, Gaspard Ricard, un berger de Cotignac, fait paître ses moutons sur les pentes du Bessillon. En ce milieu d’une journée brûlante, il se repose avec ses bêtes, à l’ombre des arbres. Il est très éprouvé par la soif car il a depuis longtemps épuisé sa gourde. Tout à coup, un homme surgit devant lui et, montrant une pierre, lui dit : « Je suis Joseph, enlève-la et tu boiras ». 

D’un regard connaisseur, Gaspard évalue le poids de la roche et objecte : « Je ne pourrai, elle est trop lourde ». Mais le mystérieux visiteur réitère son ordre. Le pâtre obéit et il a la stupéfaction de faire basculer le rocher au premier effort. Une eau vive se met alors à ruisseler ! Alertée, la population de Cotignac accourt au lieu du prodige et s’émerveille lorsque huit hommes essaient en vain de déplacer le rocher. La crainte s’empare du berger qui s’écrie : « C’est saint Joseph qui était là, c’est bien lui qui m’en a donné pouvoir ». Son émotion se communique à toute la foule qui s’agenouille et rend grâce à l’Epoux de la Vierge Marie pour ce signe et pour cette source, image des grâces abondantes que le céleste Patriarche désire déverser sur ceux qui l’invoquent. 

Les guérisons obtenues par l’application de l’eau de la fontaine attirent les pèlerins sur les flancs du Bessillon et le culte de saint Joseph, inexistant jusqu’alors dans la contrée, prend un essor extraordinaire et se répand au-delà de la Provence. Une chapelle sera rapidement édifiée à l’endroit du miracle et des pères oratoriens prendront en charge la direction spirituelle des pèlerinages. 

Le 31 janvier 1661, après enquête, Monseigneur Joseph Ondedei, évêque de Fréjus, reconnaît officiellement les apparitions de saint Joseph et en approuve le culte. Cette même année et suite à ces merveilleux événements, le roi Louis XIV consacre la France à saint Joseph, chef de la Sainte Famille. A cette occasion, Bossuet, avec le talent qu’on lui connaît, s’exprimera en ces termes : « Joseph a mérité les plus grands honneurs parce qu’il n’a jamais été touché de l’honneur. L’Eglise n’a rien de plus illustre parce qu’elle n’a rien de plus caché ».
FATIMA 

Aux petits bergers de Fatima, la Sainte Vierge annonce, lors de sa quatrième apparition, le 19 août 1917 : « Le dernier mois … saint Joseph viendra avec l’Enfant Jésus pour donner la paix au monde ». Et en effet, le 13 octobre, lors de la sixième et dernière apparition voici suivant les termes de Lucie ce dont les enfants furent les témoins : « J’ai vu Notre-Dame du Rosaire, revêtue d’un manteau bleu, recouvrant le blanc très brillant de sa robe ; et, habillé d’un vêtement rouge, saint Joseph ayant l’enfant Jésus sur les bras ».

SAINT JOSEPH

CLAUDE LA COLOMBIERE (1641-1682), SAINTETE, SAINTS

Saint Claude la Colombière (1641-1682)

 

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Saint Claude la Colombière (1641-1682)

 

Claude La Colombière, troisième enfant du notaire Bertrand La Colombière et Marguerite Coindat, naquit le 2 février 1641 à St. Symphorien d’Ozon dans le Dauphiné.

La famille s’étant déplacée à Vienne (France), Claude y fit ses premières études, qu’il compléta ensuite à Lyon jusqu’aux classes de Rhétorique et de Philosophie.

C’est alors qu’il se sentit appelé à la vie religieuse dans la Compagnie de Jésus; mais nous ne connaissons pas les motifs de son choix et de sa décision. Par contre, dans ses écrits, il nous a livré cet aveu: « J’avais une horrible aversion pour la vie que je choisissais ». Cette affirmation se comprend facilement pour qui connaît la vie de Claude, dont la nature, sensible au charme des relations familiales et aux amitiés, était portée vers l’art et la littérature et attirée par tout ce qu’il y avait de plus digne dans la vie de société. Mais il n’était pas homme à se laisser guider par le sentiment.

A 17 ans, il entre au Noviciat de la Compagnie de Jésus, installé à Avignon. C’est là qu’en 1660 il passe du Noviciat au Collège pour terminer ses études de philosophie. Il y émet aussi ses premiers voeux de religion. A la fin des cours, il est nommé professeur de Grammaire et de Littérature; tâche qu’il assumera pendant cinq ans dans ce Collège.

En 1666 il est envoyé à Paris pour étudier la Théologie au Collège de Clermont; il reçoit à la même époque une charge de haute responsabilité. Sa compétence notoire pour les études d’humanités, unie à des dons exquis de prudence et de finesse, amènent les Supérieurs à le choisir comme précepteur des fils de Colbert, Ministre des Finances de Louis XIV.

Ses études terminées et ordonné prêtre, il retourne de nouveau à Lyon: il y est professeur pendant quelque temps, et ensuite se consacre entièrement à la prédication et à la direction de la Congrégation Mariale.

La prédication de La Colombière se distingue surtout par sa solidité et sa profondeur; il ne se perdait pas en idées vagues, mais s’adressait avec à propos à un auditoire concret. Son inspiration évangélique avait le pouvoir de transmettre à tous sérénité et confiance en Dieu. La publication de ses sermons produisit dans les âmes, comme elle continue à le faire, de grands résultats spirituels; en effet, si l’on considère l’endroit où ils ont été prononcés et la brièveté de son ministère, ils semblent avoir moins vieilli que les textes d’orateurs plus célèbres.

L’année 1674 est décisive dans la vie de Claude. Il fait son Troisième an de probation à la « Maison Saint-Joseph » de Lyon et au cours du mois traditionnel d’Exercices Spirituels, le Seigneur le prépare à la mission qu’il lui avait destinée. Les notes spirituelles de cette époque nous permettent de suivre pas à pas les luttes et les triomphes de son caractère, singulièrement sensible aux attraits humains, mais aussi généreux envers Dieu.

Il fait le vœu  d’observer toutes les Constitutions et les Règles de la Compagnie. Il ne s’agissait pas là comme but essentiel de se lier à une série d’observances minutieuses, mais de reproduire le vivant idéal apostolique décrit par saint Ignace. Puisque cet idéal lui paraissait magnifique, Claude l’adopta comme un programme de sainteté. Cela répondait à une invitation de Jésus Christ lui-même. La preuve en est qu’il fut ensuite pénétré d’un sentiment de libération et d’extension de son horizon apostolique, comme il en témoigne dans son journal spirituel.

Le 2 février 1675 il fait la Profession solennelle et est nommé Recteur du Collège de Paray-le-Monial. Certains s’étonnèrent qu’un homme si éminent fut envoyé dans un endroit aussi retiré que Paray. On en trouve l’explication dans le fait que les Supérieurs savaient qu’au Monastère de la Visitation, une humble religieuse, Marguerite Marie Alacoque, à laquelle le Seigneur révélait les trésors de son Cœur , vivait dans une angoissante incertitude; elle attendait que le Seigneur lui-même accomplisse sa promesse de lui envoyer son « fidèle serviteur et parfait ami », qui l’aurait aidée à réaliser la mission à laquelle il la destinait: manifester au monde les richesses insondables de son amour.

Dès que le P. La Colombière fut arrivé à destination, Marguerite Marie, après l’avoir rencontré plusieurs fois, lui manifesta toute son âme et les communications qu’elle croyait recevoir du Seigneur. Le Père, de son côté, l’approuva entièrement et lui suggéra de mettre par écrit tout ce qu’elle éprouvait dans son âme, l’orientant et l’encourageant dans l’accomplissement de la mission reçue. Lorsqu’il fut certain, à la lumière de la grâce divine manifestée dans la prière et le discernement, que le Christ désirait le culte de son Coeur, il s’y livra sans réserve, comme nous en avons le témoignage dans son engagement et ses notes spirituelles. On y voit clairement, que, déjà avant de recevoir les confidences de Marguerite Marie Alacoque, Claude, en suivant les directives de saint Ignace dans les Exercices Spirituels, était arrivé à contempler le Coeur du Christ comme symbole de son amour.

Après un an et demi de séjour à Paray, en 1676, le P. La Colombière part pour Londres, où il a été nommé prédicateur de la Duchesse d’York. Il s’agissait d’un ministère très délicat, étant donné les événements religieux qui à l’époque agitaient l’Angleterre. Avant la fin d’octobre de la même année, le Père occupait déjà l’appartement qui lui avait été réservé au palais de St. James. En plus des sermons qu’il prononce dans la chapelle et la direction spirituelle, orale et écrite, à laquelle il se livre, Claude peut consacrer du temps à instruire solidement dans la vraie foi plusieurs personnes qui avaient abandonné l’Eglise romaine. Même au coeur des plus grands dangers, il eut la consolation de voir plusieurs conversions, au point d’avouer, après un an: « Je pourrais écrire un livre sur la miséricorde dont Dieu m’a rendu témoin depuis que je suis ici ».

Un travail si intense et un climat pernicieux eurent raison de sa santé; des symptômes d’une grave affection pulmonaire commencèrent à se manifester. Cependant Claude continua courageusement son genre de vie.

A la fin de 1678, il fut arrêté a l’improviste sous l’accusation calomnieuse de complot papiste. Après deux jours, on l’enferma dans la sinistre prison de King’s Bench, où il resta trois semaines, en proie à de graves privations, jusqu’à ce qu’un décret royal lui signifiât son expulsion de l’Angleterre.
Toutes ses souffrances rendirent encore plus précaire son état de santé, qui, avec des hauts et des bas, ne fit qu’empirer à son retour en France.

Pendant l’été 1681, déjà très gravement atteint, il fut renvoyé à Paray. Et le 15 février 1682, premier dimanche du Carême, à la soirée, il fut pris d’un crachement de sang qui mit fin à ses jours.
Le Pape Pie XI a béatifié Claude La Colombière le 16 juin 1929. Son charisme, aux dires de S. Marguerite Marie Alacoque, fut d’élever les âmes à Dieu, en suivant le chemin de l’amour et de la miséricorde que le Christ nous révèle dans l’Evangile. Il fut canonisé en 1992..

 

http://www.vatican.va/news_services/liturgy/saints/ns_lit_doc_19920531_la-colombiere_fr.html

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La Prière de « Confiance en Dieu » de Saint Claude la Colombière : 

« Mon Dieu, je suis si persuadé que tu veilles sur ceux qui espèrent en toi, et qu’on ne peut manquer de rien quand on attend de toi toutes choses, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci, et de me décharger sur toi de toutes mes inquiétudes : « Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance » (Ps. 4, 9). Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l’honneur, les maladies peuvent m’ôter les forces et les moyens de te servir, je puis même perdre ta grâce par le péché; mais jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu’au dernier moment de ma vie, et tous les démons de l’enfer feront à ce moment de vains efforts pour me l’arracher : « Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors ». Certains peuvent attendre leur bonheur de leurs richesses ou de leurs talents, d’autres s’appuyer sur l’innocence de leur vie, ou sur la rigueur de leurs pénitences, ou sur le nombre de leurs aumônes, ou sur la ferveur de leurs prières. Pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c’est ma confiance même ; cette confiance ne trompa jamais personne. Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux, parce que j’espère fermement de l’être, et que c’est de toi, ô mon Dieu, que je l’espère. Amen.»


La Prière 
« Jésus, Vous êtes le seul et véritable Ami » de Saint Claude la Colombière : 

« Jésus, Vous êtes le seul et véritable Ami. Vous prenez part à tous mes maux, Vous Vous en chargez, Vous savez le secret de me les tourner en bien, Vous m’écoutez avec bonté, lorsque je Vous raconte mes afflictions, et Vous ne manquez jamais de les adoucir. Je Vous trouve toujours et en tout lieu ; Vous ne Vous éloignez jamais ; et si je suis obligé de changer de demeure, je ne laisse pas de Vous trouver où je vais. Vous ne Vous ennuyez jamais de m’entendre ; Vous ne Vous lassez jamais de me faire du bien. Je suis assuré d’être aimé, si je Vous aime. Vous n’avez que faire de mes biens, et Vous ne Vous appauvrissez point en me communiquant les Vôtres. Quelque misérable que je sois, un plus noble, un plus bel esprit, un plus saint même ne m’enlèvera point Votre amitié ; et la mort qui nous arrache à tous les autres amis, me doit réunir avec Vous. Toutes les disgrâces de l’âge ou de la fortune ne peuvent Vous détacher de moi ; au contraire, je ne jouis jamais de Vous plus pleinement, Vous ne serez jamais plus proche que lorsque tout me sera le plus contraire. Vous souffrez mes défauts avec une patience admirable ; mes infidélités mêmes, mes ingratitudes ne Vous blessent point tellement que Vous ne soyez toujours prêt à revenir, si je veux. » 

Saint Claude La Colombière (1641-1682)

EGLISE CATHOLIQUE, FETE DES AMOREUX, SAINTS, VALENTIN (saint ; IIIè siècle)

Saint Valetin, le patron des amoureux

Saint Valentin : le patron des amoureux

Origine de la St Valentin

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La Saint-Valentin symbolise aujourd’hui la fête des amoureux sans nul doute, mais ses origines sont sujettes à bien des hypothèses. La fête des lupercales ou Lupercalia, observée dans la Rome antique, semble être l’origine païenne de la Saint Valentin. Valentin est un martyr, ou plusieurs martyrs, dont l’histoire est assez floue, mais qui fut élevé en martyr au 3e ou 4e siècle.

L’église chrétienne combattit les lupercales en vain durant le 4e et 5e siècle, période durant laquelle de nombreux rites païens ont été remplacés par des fêtes chrétiennes. Les lupercales furent associées à la Saint-Valentin sans toutefois disparaître, jusqu’au Pape Gélase 1er (492 – 496), qui réussit à supplanter cette survivance païenne à travers une violente lettre Contra Lupercalia qui interdit aux chrétiens de participer aux lupercales12.

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Au Moyen Age, Valentin devient le patron des fiancés afin de correspondre à la période de reproduction des oiseaux. Les jeunes femmes désignaient alors leur fiancé comme leur Valentin, un terme dont l’origine provient peut-être du terme galantin. Les femmes tentaient d’en savoir plus sur leur futur mari en guettant les oiseaux le 14 février : un rouge-gorge signifiait que le mari serait un marin, un moineau annonçait un mariage heureux mais pauvre, tandis que le chardonneret figurait un homme riche comme mari1.

Par la suite, la Saint-Valentin perdura, notamment à travers la Fête des Brandons (premier dimanche de Carême), durant laquelle les cavaliers des jeunes filles étaient appelés valentins. La Saint-Valentin déclina jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle les Anglo-saxons la remirent au goût du jour. Les échanges de petits mots d’amour, répandus depuis le 17e siècle en Grande-Bretagne3, devinrent populaires en France. En 1965, la fête est entérinée par l’Union des commerçants de France et la Loterie nationale, avec le soutien des amoureux de Peynet.

Les Lupercales

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En effet, cette fête célébrée le 15 février à Rome réunissait les familles Fabii et Quinctii au Lupercal, grotte située au pied du mont Palatin (l’une des 7 collines de Rome), et dont la légende veut que Romus et Romulus fussent nourris par une louve. Les participants, appelés luperques, sacrifiaient une chèvre ou un bouc (et peut-être d’autres animaux), dont la peau était découpée en lanière pour être ensuite utilisée comme fouet. Certains participants s’élançaient alors, armés des lanières et vêtus des restes de la peau de chèvre, dans une course effrénée autour du Palatin puis dans les rues de la ville.4

Les luperques fouettaient quiconque se présentait sur leur chemin, avec un acharnement particulier sur les femmes. Selon les écrits de l’époque, ces coups de fouet redonnaient aux femmes stériles leur fécondité, et permettait aux femmes enceintes d’accoucher sans douleur, aussi les jeunes femmes en âge de concevoir tendaient leurs mains aux luperques5. Le rituel du fouet pendant les lupercales apportait aussi purification et énergie aux passants, aux murailles et au sol de la cité6.

Cette étrange pratique, bien loin des règles de conduites et de dignité instaurées par la gravitas romaine7, symbolisait la libération des contraintes humaines et la libération des puissances naturelle, en particulier les forces de fécondité. Le dieu la fête Faunus, protecteur des troupeaux et symbole de la fertilité animale, était à l’honneur durant les lupercales4.

Les interprétations des lupercales vont bon train depuis des siècles, on peut lire des écrits papier ou sur le web diverses affirmations parfois fantasques, visant parfois à ajouter un rituel amoureux afin de justifier son statut d’origine de la Saint-Valentin. Certains ont aussi rapproché les lupercales du loup, en avançant la proximité des Lupercalia avec le terme lupus, et en prêtant à l’animal un aspect démoniaque que la fête était sensée éloigné.

Nombre de ces théories sont battues en brèche dans l’article de T. Camous8. Ce dernier explique que les lupercales étaient un rite de passage, qui illustrait « la valeur civilisatrice de la fondation de la Rome palatine, à travers la mise en scène de temps immémoriaux ». Une interprétation qui est rapprochée de l’article de Siobhan Hanley, qui présente les lupercales comme un rite de passage à l’âge adulte, un rituel pour les jeunes hommes et femmes qui acceptaient dès lors leur rôle et leurs responsabilités dans la société romaine9.

Les Saints Valentins

Plusieurs saints nommés Valentin existent dans les écrits catholiques :

Valentin prêtre et martyr de Rome : exécuté sous Claude II vers 270, Valentin aurait continué à marier les couples malgré l’interdiction prononcée par Claude II ;

Valentin évêque et martyr de Terni : exécuté par un préfet du nom de Placide à une date indéterminée, Valentin aurait guéri le fils d’un philosophe et amené bien des Romains à se convertir au christianisme ;

Valentin, martyr d’Afrique : peu de détails connus à son propos, sa fête est parfois donnée au 13 novembre10.

Les deux premiers Valentins sont potentiellement les mêmes, les dates étant similaires et leur persécuteur étant le même. La Saint-Valentin aurait été fêtée à Rome et à Terni (séparés de 100 km) pour ensuite devenir deux fêtes distinctes. Certains spécialistes pensent cependant que deux Valentins ont bien existé dans la même période, la date de l’exécution du Valentin de Terni ayant été oubliée pour être ensuite fixée au 14 février11.

À noter qu’en 1969, suite au IIe concile œcuménique du Vatican, l’Église fit un grand ménage dans les Saints officiellement reconnus, et Valentin fit parti du lot, ses origines étant ouvertes à débat. Ce sont Saints Cyrille et Méthode, évangélisateurs des Slaves, qui ont pris sa place au 14 février.

 

Références

Voir http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/saintValentin.html

Luke Lavan, Michael Mulryan, The Archaeology of Late Antique ‘Paganism’, p.217 (anglais)

En anglais http://www.history.com/topics/valentines-day/history-of-valentines-day

Jean-Paul BRISSON, « LUPERCALES », Encyclopædia Universalis [en ligne]

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SUET/CAES/PlutCesarB.htm#LXI et Ovide, Fastes II, 2,243-474 http://bcs.fltr.ucl.ac.be/FASTAM/F2-243-474.html

Louis Foucher, Flagellation et rite de fécondité aux Lupercale

Voir la définition de la gravitas sur Mos majorum

Thierry Camous, Du rire du pivert au rire du luperque. Propositions pour une nouvelle interprétation du rituel des Lupercalia, 2012, http://mefra.revues.org/104

Siobhan Hanley, The Lupercalia: A Roman Rite of Passage, The Helicon, Spring 2013

Les Saints Valentin http://missel.free.fr/Sanctoral/02/14_2.php

Célébration de la Saint Valentin

À la Saint-Valentin, il est de coutume de témoigner son amour à l’élu de son cœur, notamment à travers de petits papiers. C’est aussi l’occasion aux amoureux de s’offrir des petits cadeaux. Les fleurs font partie intégrante de la tradition, en particulier les roses rouges, symbole de l’amour. Elles sont traditionnellement accompagnées de chocolats, d’un bijou ou d’un parfum.

La Saint-Valentin donne souvent lieu à un petit repas romantique au restaurant ou à la maison. Toutes ces petites attentions étant destinées à montrer son attachement à la femme ou à l’homme de sa vie.

 

La Saint Valentin dans le monde

Si la France ne présente aucune tradition particulière pendant la Saint-Valentin, d’autres régions du monde observent des coutumes particulières :

les Brésiliens fêtent la Saint-Valentin le 12 juin, lors du dio dos namorados, tandis que le Portugal fête la Saint-Valentin le 14 février ;

au Japon, la Saint-Valentin est une fête répandue à partir de 1958 (première apparition connue en 1936) mais ce sont les industriels du chocolat qui l’ont rendu populaire à partir des années 70. Ainsi, à chaque Saint-Valentin, les jeunes filles offrent un chocolat à un jeune homme, qui pourront leur répondre un mois plus tard lors du jour blanc ;  en Chine, la Saint-Valentin est pratiquée de plus en plus depuis la révolution culturelle, mais une autre fête appelée Qīxī ou qǐqiǎo jié et célébré en août, pendant laquelle les jeunes femmes font la démonstration de leurs compétences domestiques !

dans quelques pays de tradition musulmane (Iran, Arabie Saoudite, Malaisie), la Saint-Valentin est interdite. La culture occidentale et l’influence capitaliste sont fortement reprochées à la Saint-Valentin en Inde et au Pakistan.

À Roquemaure (Gard, Languedoc-Roussillon), la Saint-Valentin est une fête particulière qui célèbre tous les 2 ans (années impaires), en février, l’arrivée des reliques de Saint-Valentin en 1868 dans son église. À cette occasion, le Roquemaure de l’époque est reconstitué, avec costumes d’époque, attelages, commerces décorés à l’ancienne, vieux manège, etc. En année paire, les festivités sont réduites à un repas des amoureux et un concert.

 

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CYRILLE (saint ; 827/828-869), EGLISE CATHOLIQUE, METHODE (saint ; 815/820-885), SAINTETE, SAINTS

Saint Cyrille et Saint Méthode, les oubliés du 14 février

 LE 14 FEVRIER : SAINT CYRILLE ET SAINT METHODE

 

cyrille-et-methode

Le mercredi 17 juin 2009, lors de l’audience générale, Benoît XVI consacrait sa catéchèse aux saints Cyrille et Méthode :

Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd’hui des saints Cyrille et Méthode, frères de sang et dans la foi, appelés apôtres des slaves. Cyrille naquit à Thessalonique, du magistrat de l’empire Léon en 826/827 :  il était le plus jeune de sept enfants. Dans son enfance, il apprit la langue slave. A l’âge de quatorze ans, il fut envoyé à Constantinople pour y être éduqué et fut le compagnon du jeune empereur Michel iii. Au cours de ces années, il fut initié aux diverses matières universitaires, parmi lesquelles la dialectique, ayant comme maître Photios. Après avoir refusé un brillant mariage, il décida de recevoir les ordres sacrés et devint “bibliothécaire” auprès du Patriarcat. Peu après, désirant se retirer dans la solitude, il alla se cacher dans un monastère, mais il fut bientôt découvert et on lui confia l’enseignement des sciences sacrées et profanes, une fonction qu’il accomplit si bien qu’elle lui valut le surnom de “philosophe”. Entre-temps, son frère Michel (né aux alentours de 815), après une carrière administrative en Macédoine, abandonna le monde vers 850 pour se retirer dans la vie monastique sur le mont Olympe en Bithynie, où il reçut le nom de Méthode (le nom monastique devait commencer par la même lettre que le nom de baptême) et devint higoumène du monastère dePolychron.

Attiré par l’exemple de son frère, Cyrille aussi décida de quitter l’enseignement et de se rendre sur le mont Olympe pour méditer et prier. Quelques années plus tard, cependant (vers 861), le gouvernement impérial le chargea d’une mission auprès des khazars de la Mer d’Azov, qui demandèrent que leur soit envoyé un homme de lettres qui sache dialoguer avec les juifs et les sarrasins. Cyrille, accompagné de son frère Méthode, s’arrêta longuement en Crimée, où il apprit l’hébreu. Là, il rechercha également le corps du Pape Clément i, qui y avait été exilé. Il trouva sa tombe, et lorsque son frère reprit le chemin du retour, il porta avec lui les précieuses reliques. Arrivés à Constantinople, les deux frères furent envoyés en Moravie par l’empereur Michel iii, auquel le prince moldave Ratislav avait adressé une requête précise :  “Notre peuple – lui avait-il dit – depuis qu’il a rejeté le paganisme, observe la loi chrétienne ; mais nous n’avons pas de maître qui soit en mesure de nous expliquer la véritable foi dans notre langue”. La mission connut très vite un succès insolite. En traduisant la liturgie dans la langue slave, les deux frères gagnèrent une grande sympathie auprès du peuple.

Toutefois, cela suscita à leur égard l’hostilité du clergé franc, qui était arrivé précédemment en Moravie et qui considérait le territoire comme appartenant à sa juridiction ecclésiale. Pour se justifier, en 867, les deux frères se rendirent à Rome. Au cours du voyage, ils s’arrêtèrent à Venise, où eut lieu une discussion animée avec les défenseurs de ce que l’on appelait l’”hérésie trilingue” :  ceux-ci considéraient qu’il n’y avait que trois langues dans lesquelles on pouvait licitement louer Dieu :  l’hébreu, le grec et le latin. Bien sûr, les deux frères s’opposèrent à cela avec force. A Rome, Cyrille et Méthode furent reçus par le Pape Adrien ii, qui alla à leur rencontre en procession, pour accueillir dignement les reliques de saint Clément. Le Pape avait également compris la grande importance de leur mission exceptionnelle. A partir du milieu du premier millénaire, en effet, les slaves s’étaient installés en très grand nombre sur ces territoires placés entre les deux parties de l’Empire romain, orientale et occidentale, qui étaient déjà en tension entre elles. Le Pape comprit que les peuples slaves auraient pu jouer le rôle de pont, contribuant ainsi à maintenir l’union entre les chrétiens de l’une et l’autre partie de l’Empire. Il n’hésita donc pas à approuver la mission des deux Frères dans la Grande Moravie, en acceptant l’usage de la langue slave dans la liturgie. Les livres slaves furent déposés sur l’autel de Sainte-Marie de Phatmé (Sainte-Marie-Majeure) et la liturgie en langue slave fut célébrée dans les Basiliques Saint-Pierre, Saint-André, Saint-Paul.

Malheureusement, à Rome, Cyrille tomba gravement malade. Sentant la mort s’approcher, il voulut se consacrer entièrement à Dieu comme moine dans l’un des monastères grecs de la Ville (probablement près de Sainte-Praxède) et prit le nom monastique de Cyrille (son nom de baptême était Constantin). Il pria ensuite avec insistance son frère Méthode, qui entre-temps avait été consacré évêque, de ne pas abandonner la mission en Moravie et de retourner parmi ces populations. Il s’adressa à Dieu à travers cette invocation :  “Seigneur, mon Dieu…, exauce ma prière et conserve dans la fidélité le troupeau auquel tu m’avais envoyé… Libère-les de l’hérésie des trois langues, rassemble-les tous dans l’unité, et rends le peuple que tu as choisi concorde dans la véritable foi et dans la droite confession”. Il mourut le 14 février 869.

Fidèle à l’engagement pris avec son frère, Méthode revint en 870 en Moravie et en Pannonie (aujourd’hui la Hongrie), où il retrouva à nouveau la violente aversion des missionnaires francs qui l’emprisonnèrent. Il ne perdit pas courage et lorsqu’il fut libéré en 873, il se prodigua activement dans l’organisation de l’Eglise, en suivant la formation d’un groupe de disciples. Ce fut grâce à eux si la crise qui se déchaîna à la mort de Méthode, qui eut lieu le 6 avril 885, put être surmontée :  persécutés et mis en prison, certains de ces disciples furent vendus comme esclaves et conduits à Venise, où ils furent rachetés par un fonctionnaire constantinopolitain, qui leur permit de repartir dans les pays des slaves balkaniques. Accueillis en Bulgarie, ils purent poursuivre la mission commencée par Méthode, en diffusant l’Evangile dans la “terre de la Rus’”. Dieu, dans sa mystérieuse providence, utilisait ainsi la persécution pour sauver l’œuvre des saints frères. De cette dernière, il reste également la documentation littéraire. Il suffit de penser à des œuvres telles que l’Evangéliaire (épisodes liturgiques du Nouveau Testament), le Psautier, différents textes liturgiques en langue slave, auxquels travaillèrent les deux frères. Après la mort de Cyrille, on doit à Méthode et à ses disciples, entre autres, la traduction de toute l’Ecriture Sainte, le Nomocanon et le Livre des Pères.

Voulant à présent résumer brièvement le profil spirituel des deux frères, on doit tout d’abord remarquer la passion avec laquelle Cyrille aborda les écrits de saint Grégoire de Nazianze, apprenant à son école la valeur de la langue dans la transmission de la Révélation. Saint Grégoire avait exprimé le désir que le Christ parle à travers lui :  “Je suis le serviteur du Verbe, c’est pourquoi je me mets au service de la Parole”. Voulant imiter Grégoire dans ce service, Cyrille demanda au Christ de vouloir parler en slave à travers lui. Il introduit son œuvre de traduction par l’invocation solennelle :  “Ecoutez, ô vous tous les peuples slaves, écoutez la Parole qui vint de Dieu, la Parole qui nourrit les âmes, la Parole qui conduit à la connaissance de Dieu”. En réalité, déjà quelques années avant que le prince de Moravie ne demande à l’empereur Michel iii l’envoi de missionnaires dans sa terre, il semble que Cyrille et son frère Méthode, entourés d’un groupe de disciples, travaillaient au projet de recueillir les dogmes chrétiens dans des livres écrits en langue slave. Apparut alors clairement l’exigence de nouveaux signes graphiques, plus proches de la langue parlée :  c’est ainsi que naquit l’alphabet glagolithique qui, modifié par la suite, fut ensuite désigné sous le nom de “cyrillique” en l’honneur de son inspirateur. Ce fut un événement décisif pour le développement de la civilisation slave en général. Cyrille et Méthode étaient convaincus que chaque peuple ne pouvait pas considérer avoir pleinement reçu la Révélation tant qu’il ne l’avait pas entendue dans sa propre langue et lue dans les caractères propres à son alphabet.

C’est à Méthode que revient le mérite d’avoir fait en sorte que l’œuvre entreprise avec son frère ne soit pas brusquement interrompue. Alors que Cyrille, le “Philosophe”, avait tendance à la contemplation, il était plutôt porté vers la vie active. C’est grâce à cela qu’il put établir les présupposés de l’affirmation successive de ce que nous pourrions appeler l’”idée cyrillo-méthodienne” :  celle-ci accompagna les peuples slaves pendant les diverses périodes historiques, favorisant le développement culturel, national et religieux. C’est ce que reconnaissait déjà le Pape Pie xi dans la Lettre apostolique Quod Sanctum Cyrillum, dans laquelle il qualifiait les deux frères :  “fils de l’Orient, byzantins de patrie, grecs d’origine, romains par leur mission, slaves par leurs fruits apostoliques” (AAS 19 [1927] 93-96). Le rôle historique qu’ils jouèrent a ensuite été officiellement proclamé par le Pape Jean-Paul ii qui, dans la Lettre apostolique Egregiae virtutis viri, les a déclarés copatrons de l’Europe avec saint Benoît (AAS 73 [1981] 258-262). En effet, Cyrille et Méthode constituent un exemple classique de ce que l’on indique aujourd’hui par le terme d’”inculturation” :  chaque peuple doit introduire dans sa propre culture le message révélé et en exprimer la vérité salvifique avec le langage qui lui est propre. Cela suppose un travail de “traduction” très exigeant, car il demande l’identification de termes adaptés pour reproposer, sans la trahir, la richesse de la Parole révélée. Les deux saints Frères ont laissé de cela un témoignage significatif au plus haut point, vers lequel l’Eglise se tourne aujourd’hui aussi, pour en tirer son inspiration et son orientation.

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EGLISE CATHOLIQUE, SAINTETE, SAINTS, THOMAS D'AQUIN

Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

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Thomas d’Aquin (né en 1224/1225 au château de Roccasecca près d’Aquino), en Italie du Sud (Latium)  mort le 7 mars 1274 à l’abbaye de Fossanova près de Priverno dans le Latium également) est un religieux de l’ordre dominicain, célèbre pour son œuvre théologique et philosophique. Considéré comme l’un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique,  il a été canonisé le 18 juillet 1323, puis proclamé docteur de l’Eglise par Pie V en 1767 et patron des universités, écoles et académies catholiques, par Léon XIII en 1880. Il est également un des patrons des libraires. Il est aussi qualifié du titre de « Docteur angélique ». Son corps est conservé sous le maître-autel de l’église de l’ancien couvent des dominicains de Toulouse.

De son nom dérivent les termes :

« thomisme » / « thomiste » : concerne l’école ou le courant philosophico-théologique qui se réclame de Thomas d’Aquin et en développe les principes au-delà de la lettre de son expression historique initiale ;

« néothomisme »,: courant de pensée philosophico-théologique de type thomiste, développé à partir du xixe siècle pour répondre aux objections posées au christianisme catholique par la modernité ;

« thomasien » : ce qui relève de la pensée de Thomas d’Aquin lui-même, indépendamment des développements historiques induits par sa réception.

En 1879, le pape Léon XIII, dans l’encyclique Aeterni Patris a déclaré que les écrits de Thomas d’Aquin exprimaient adéquatement la doctrine de l’Église. Le concile Vatican II (décret Optatam Totius sur la formation des prêtres, no 16) propose l’interprétation authentique de l’enseignement des papes sur le thomisme en demandant que la formation théologique des prêtres se fasse « avec Thomas d’Aquin pour maître ».

Thomas d’Aquin a proposé, au xiiie siècle, une œuvre théologique qui repose, par certains aspects, sur un essai de synthèse de la raison et de la foi, notamment lorsqu’il tente de concilier la pensée chrétienne et la philosophie d’Aristote, redécouvert par les scolastiques à la suite des traductions latines du XIIè siècle. Il distingue les vérités accessibles à la seule raison, de celles de la foi, définies comme une adhésion inconditionnelle à la Parole de Dieu. Il qualifie la philosophie de servante de la théologie (philosophia ancilla theologiæ) afin d’exprimer comment les deux disciplines collaborent de manière « subalternée » à la recherche de la connaissance de la vérité, chemin vers la béatitude.

L’homme et sa pensée

Thomas d’Aquin doit son nom à la petite ville d’Aquino, sur la route de Naples à Rome, près de laquelle il naquit d’une famille qui détenait là un minuscule pouvoir féodal.

Il est l’un des plus grands théologiens de l’Église catholique en Occident, qui le considère comme l’un de ses docteurs. Mais cet honneur posthume ne doit pas dissimuler la réalité humaine de son rôle dans l’essor culturel des universités au xiiie s. Sa première démarche est significative : élevé dans une famille féodale qui l’avait envoyé, non sans ambition, faire ses premières études à l’abbaye voisine du Mont-Cassin, haut lieu religieux et politique de ce temps, Thomas se dégagea de ce milieu monastique pour poursuivre ses études à la jeune université de Naples, où il trouva une bonne occasion de s’engager dans la communauté des Frères prêcheurs, jeune ordre religieux en plein essor qui, à l’encontre des monastères, engageait ses membres dans le monde pour y porter l’évangile. Ses parents, déconcertés, tentèrent de l’en détourner et le firent arrêter sur la route qui le conduisait à l’université de Paris. Relâché au bout d’un an, Thomas réalisa son projet, qui décidait de son destin dans le cadre de l’évolution institutionnelle et doctrinale du plus grand centre de haut enseignement de l’Europe. Sa vie se déroula tout entière à l’intérieur de cette carrière universitaire, à Paris à deux reprises (1252-1259, 1269-1272), dans plusieurs villes italiennes, enfin à Naples même (1272-1274).

À son arrivée à Paris en 1245, Thomas eut pour maître, dans le collège universitaire des Dominicains, un Allemand, Albert de Souabe, connu sous le nom d’Albert le Grand, qui y était alors, à l’encontre de la tradition commune et des directives officielles, le promoteur des diverses disciplines de la culture grecque, de la biologie à la métaphysique. « Rendre Aristote intelligible aux Latins », tel était le projet d’Albert le Grand, qui discernait dans son disciple un génie hors pair.

Suivant son maître à Cologne, où se fondait une nouvelle université, Thomas y acheva ses études, tant en philosophie qu’en théologie, avant de revenir à Paris comme maître assistant, « bachelier », puis bientôt comme maître en 1256, responsable d’une des deux chaires que tenait le couvent-collège des Dominicains. Son enseignement fit sensation, non sans provoquer déjà les réticences de ses collègues ; Thomas fut alors mêlé aux vives controverses, qui opposaient les théologiens et les maîtres de la faculté des arts, au sujet des relations entre la foi et la raison.

Autant il refusait une rupture entre les deux types de connaissance, la chrétienne et la profane, autant il tenait au principe de l’autonomie de la raison en son ordre contre la tutelle abusive de la théologie. C’est pourquoi, lors même qu’il s’opposait aux solutions ambiguës des maîtres de la faculté des arts, il conservait leur estime, et, lorsqu’il mourut, leur corporation demanda à l’ordre des Frères prêcheurs l’honneur de conserver son corps.

Cette dure controverse avait un enjeu capital dans l’université de Paris, où, par vagues successives, les traductions des penseurs et savants grecs venaient affronter la foi traditionnelle. Deux domaines, à la fois homogènes et différents, déterminaient le champ de travail : la découverte de la nature et la confiance en la raison, puissance et dignité de l’homme. Autour de quoi se développaient plusieurs problèmes sur la conception qu’on peut se faire de notre rapport avec Dieu dans cette autonomie de la nature et de la raison. Ainsi se dressaient une théologie de la création, de son opération dans le temps et l’histoire ; une théologie de l’union de l’esprit et de la matière dans l’homme, et de sa situation dans l’univers. D’où les questions posées par la spiritualité de l’âme, sa survie hors du corps après la mort, sa personnalité contre l’unicité de l’intellect, sa liberté à l’intérieur même des déterminismes de la nature que la science nouvelle était en train d’observer et d’analyser.

Le pivot de ces controverses se trouvait, historiquement parlant, dans le recours à l’un des interprètes d’Aristote, le philosophe arabe Averroès, dont les œuvres considérables exerçaient leur séduction et fournissaient un instrument technique de grande efficacité. Cependant, ses thèses poussaient à l’extrême la différence entre la connaissance religieuse par la révélation de Dieu – le Coran pour Averroès, l’Évangile pour les chrétiens –, et la connaissance issue des multiples expériences, dont l’analyse constitue les sciences profanes. À la faculté des arts, une équipe de jeunes maîtres, menés par Siger de Brabant (vers 1235-1281), développait un humanisme naturaliste et rationaliste difficilement conciliable avec la foi chrétienne. Leur évolution manifesta que, peu à peu, les oppositions se résorbaient : on sait que Dante place dans son Paradis,au quatrième chant, parmi les maîtres à penser que lui présente Thomas d’Aquin lui-même, Siger de Brabant, « le maître de la rue du Fouarre qui syllogisa d’importunes vérités ».

Cependant, la grande majorité des théologiens, nourris d’un augustinisme où la nature était dépréciée et la raison suspecte, continuait son opposition. En décembre 1270, après des séances houleuses, les maîtres, dont la corporation, présidée par l’évêque, constituait alors la plus haute juridiction doctrinale de l’Église, condamnèrent treize propositions résumant les positions averroïstes. Il semble que Thomas d’Aquin fut implicitement menacé. En 1277, trois ans après sa mort, un long syllabus de deux cent dix-neuf propositions contre les « erreurs de ce temps » touchait cette fois directement plusieurs positions de Thomas d’Aquin, en particulier sur son anthologie et sur sa thèse de l’éternité du monde. Ce syllabus, désordonné et composé avec une hâte passionnelle, n’était pas sans clairvoyance sur la diffusion, même hors des élites universitaires, du rationalisme et du naturalisme. Saint Thomas ne devait être réhabilité que cinquante ans plus tard, en 1323, lorsqu’il fut canonisé. Il sera déclaré docteur de l’Église en 1567 et patron des écoles catholiques sous Léon XIII.

L’œuvre

Les œuvres de Thomas d’Aquin sont entièrement commandées par la pédagogie universitaire de son temps : lecture, d’une part, des textes accrédités en chaque discipline (la Bible, Denys, Pierre Lombard, Aristote) et, d’autre part, des « questions disputées », c’est-à-dire les rédactions des cours publics où un maître discutait devant ses pairs et ses étudiants des thèmes choisis. Ainsi avons-nous de Thomas d’Aquin, avec des commentaires de l’Écriture et des œuvres d’Aristote, une longue série de questions disputées, classées sous des titres généraux : la vérité, la puissance, le mal, les vertus, etc. Parmi ces questions, et en pointe dans ce très actif enseignement, se situaient des questions dites de quolibet, c’est-à-dire sur n’importe quel sujet, au gré non plus du maître, mais des auditeurs, qui jetaient sur le tapis leurs problèmes, depuis l’existence de Dieu jusqu’aux incidents récents de la vie politique et économique. Thomas d’Aquin a été sinon le fondateur, du moins le promoteur de ce genre littéraire, dont nous possédons dix séances, dont celle où il a subi les violentes attaques de ses adversaires.

Deux œuvres sont plus célèbres, quoiqu’elles relèvent de sa composition privée : Summa contra gentiles (Somme contre les gentils, 1258-1264), présentation d’ensemble de la foi chrétienne contre les philosophes païens, et Summa theologiae (Somme théologique, 1266-1273), exposé des débutants, dit-il, dont la valeur réside dans l’articulation générale plus encore que dans le détail des parties. À quoi il faut ajouter de nombreux opuscules de circonstance.

Saint Thomas devait mourir alors qu’il était en route pour le concile œcuménique de Lyon, grande opération de rencontre entre l’Occident et l’Orient, où il avait été appelé comme expert. On ne peut mieux évoquer ce théologien qu’en reprenant le texte de son ancien élève et biographe Guillaume de Tocco (vers 1238-vers 1323), qui, dans une phrase de cinq lignes, reprend avec insistance le caractère de nouveauté de la doctrine, de la méthode, de l’inspiration : « Frère Thomas posait dans ses cours des problèmes nouveaux, découvrait de nouvelles méthodes, employait de nouveaux réseaux de preuves ; et, à l’entendre ainsi enseigner une nouvelle doctrine, avec des arguments nouveaux, on ne pouvait douter que Dieu, par l’irradiation de cette nouvelle lumière et par la nouveauté de cette inspiration, lui ait donné d’enseigner, dès le début, en pleine conscience, en parole et par écrit, de nouvelles opinions. »

 

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/saint_Thomas_dAquin/146643

 

CARMEL, EGLISE CATHOLIQUE, JEAN DE LA CROIX (1542-1591), SAINTS

Saint Jean de la Croix (1542-1591)

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Saint Jean de la Croix (1542-1591)

Vie de Jean de la Croix

Jean de la Croix est un homme d’origine pauvre, mais noble, chercheur d’absolu, capable de se laisser guider et d’entraîner les autres, ayant acquis une grande culture dans l’Église et la société du temps.

Il est de tradition, lorsque l’on parle de saint Jean de la Croix, de rappeler l’épreuve de son emprisonnement au cachot de Tolède. Enlevé le 2 décembre 1577 par des frères de l’ordre des Carmes, du monastère de l’Incarnation à Avila où il résidait comme confesseur ordinaire des religieuses, il est mis au secret dans le couvent des Carmes à Tolède. C’est là, en effet, dans le drame d’une nuit dont il ne voit pas la fin, qu’il compose ses premiers grands poèmes : en particulier, au temps de Noël, les neufs romances sur l’Incarnation et, au temps de Pâques, le Chant de l’âme et de l’Époux. Il s’évade du couvent le 17 août 1578, au lendemain de la fête de l’Assomption. Ces neufs mois d’enfermement à Tolède, terre natale de sa mère, sont pour lui temps de naissance à soi-même, temps qui lui aura permis de devenir pleinement créatif.

Fils de Gonzalo de Yepes et de Catalina Alvarez, Jean naît en 1542 à Fontiveros en Vieille Castille ; certains historiens avancent l’année 1540. Deux frères le précédent, Francisco et Luis. Gonzalo est aristocrate, Catalina issue d’humble milieu ; tous deux laissent une interrogation quant à leur véritable origine : conversos, convertis du judaïsme et maranes, d’origine musulmane. La famille vit du tissage, commerce et artisanat très communs en cette région d’élevage du mouton. Le père Gonzalo meurt en 1545, ainsi que le frère puîné Luis. Le reste de la famille connaît alors l’exclusion, l’errance et la misère.

En 1551, la famille, réduite à trois, s’installe à Medina del Campo où elle trouve du travail. Jean commence à exprimer ses multiples dons naturels : dons artistiques, il aime le beau ; dons intellectuels, il est ouvert aux choses de l’esprit ; dons religieux, il manifeste beaucoup de piété et surtout il a le sens du service d’autrui, des siens et des plus pauvres ou des malades et des souffrants. Il fréquente les écoles de la ville, celle des frères de la Doctrine, puis le collège des jésuites, et il travaille à l’hôpital à de multiples tâches.

En 1563, à vingt ans, sous le patronyme de Jean de Saint-Matthias, il prend l’habit chez les Carmes. L’Ordre marial, venu en Europe avec le retour des croisades au XIIIe siècle, vient de s’installer dans la ville. Son grand frère Francisco, qui demeurera pour toujours son confident, y fonde foyer.

Après l’année de noviciat et la profession religieuse, il part pour Salamanque au collège Saint-André des Carmes accomplir le cycle des études scolastiques. En 1567, il revient quelques jours à Medina pour célébrer sa première messe en présence de ses frères, de sa famille et des amis du couvent. Il rencontre Thérèse d’Avila (1515-1582) qui vient de fonder dans la ville un Carmel de sa Réforme et souhaite entraîner quelques frères dans sa Réforme de l’Ordre… Jean pensait alors à la Chartreuse comme lieu plus intense de contemplation, Thérèse l’en dissuade…

Un an plus tard, en 1568, il inaugure avec deux autres compagnons, dans une masure de village perdu, Duruelo, une vie de retour aux pratiques primitives de l’Ordre. Thérèse veille à la réussite de l’entreprise, engagée non sans difficulté. Très vite, Jean devient formateur de nouveaux membres. Plusieurs nouvelles fondations s’en suivent : Mancera, Pastrana. Thérèse a été envoyée par les autorités de l’Église à l’Incarnation d’Avila, le grand couvent où elle était entrée à vingt ans, pour y introduire sa Réforme. En 1572, elle y fait venir Jean à demeure, avec un autre frère déchaux, surtout pour accompagner spirituellement les moniales.

C’est du 2 décembre 1577 au 17 août 78 qu’il est alors mis au secret dans le couvent de Tolède par les religieux de l’ordre qui combattent la Réforme. Après son évasion, pour tenter d’apaiser la situation, les frères de la Réforme l’envoient à Jaén dans le sud de l’Espagne. Il accompagne aussi Thérèse dans ses dernières fondations. Il ouvre encore près de l’université de Baeza un collège carmélitain pour les jeunes étudiants de la Réforme

Catalina, sa mère, meurt en 1580. Après la mort de Thérèse en 1582, il devient prieur du couvent de Grenade… Grenade, cité où perdurent dans les architectures un ineffable des cultures juives et musulmanes, comme dans bien d’autres citées en cette Espagne du sud. Une fraternité de Déchaux y est déjà implantée à Los Martyres, face à la Sierra Nevada. Là, Jean révèle tous ses dons de maître spirituel et écrivain ; il compose d’autres poèmes et il rédige tous ses grands Écrits ; il montre aussi ses dons de supérieur de communautés de la Réforme. Toujours accompagné d’un frère laïc, à dos d’âne ordinairement, il voyage beaucoup pour encourager les nouveaux couvents de frères et de moniales. En 1589, il est élu prieur du couvent de Ségovie.

Alors qu’il a été présent au départ de la Réforme et qu’il en a assumé différentes responsabilités, sauf celle de supérieur provincial, il finit par être marginalisé de nouveau en 1591, chez les Réformés eux-mêmes. Un Chapitre général veut l’envoyer fonder au Mexique ; il se retire dans l’ermitage proche de La Peñuela, le 10 août, porteur d’une fièvre qui ne le quittera plus. Le 28 septembre, il se rend au couvent le plus proche à Ubeda, pour s’y faire soigner. Entouré des frères de la petite communauté, il meurt dans la nuit du 13 au 14 décembre 1591, après avoir demandé au Prieur de lire en guise de prière des agonisants le Cantique des cantiques qui avait chanté en lui toute sa vie.

Toute sa vie, riche de dons naturels et oblatifs, est marquée par une intense expérience spirituelle et apostolique. Il est maintenant reconnu comme le Prince des poètes. Sa poésie composée en langue castillane, dans les formes du temps, est faite de 999 vers. Ses grandes œuvres sont Les Cantiques spirituels, La Montée du Carmel et La Nuit obscure, et La vive Flamme d’amour, traités et commentaires partiels de ses poèmes. D’autres textes plus brefs permettent une connaissance approfondie de sa personne et de son message.

 

La rencontre de Jean de la Croix

Quelques portes d’entrée dans sa pensée…

Inévitablement, le chercheur de Dieu est marqué par la tradition dans laquelle il est né, par exemple la tradition catholique. Mais il y a beaucoup de chercheurs de Dieu en d’autres traditions…

Aujourd’hui, ils perçoivent le concert ouvert entre les grandes religions. Ils se laissent enchanter par la richesse extraordinaire de ces différentes traditions, de leurs promesses de béatitude et par les valeurs culturelles de leur humanisme.

Ils peuvent aussi être tentés de prendre du champ devant leurs ombres : la résurgence des fondamentalismes, les dérives du fanatisme…. Ils n’ignorent pas le foisonnement des sectes et de leurs « maîtres », et leurs confortables sécurisations.

Quelqu’un nous a parlé des Écrits de Jean de la Croix. Il y a des images fausses de Jean de la Croix : c’est difficile ! Il manque de sensibilité et il la rejette ! Ses écrits sont impersonnels !…

Même si le chemin vertueux et spirituel qu’il propose est exigeant, son humanité, sa grande sensibilité transparaissent dans ses œuvres. La connaissance la plus fondée de sa vie nous le rend proche et le peu que nous savons de lui nous invite à progresser. Jean de la Croix peut devenir le guide et l’ami de toute une vie, ce fût le cas pour Thérèse de l’Enfant-Jésus.

L’œuvre de Jean de la Croix possède bien des portes d’entrée. À titre d’exemples :

Un certain primat de la poésie dans sa vie qui n’est pas à démontrer. Nous sommes très vite enchantés par ses poèmes, la beauté de la langue castillane du 16e, sa sonorité. La poésie, souvent apophatique, peut être lue en humaniste. Elle se suffit à elle-même. Le symbole central de la « nuit » traduit de nombreuses expériences intérieures et il fascine.

La radicalité métaphysique de son raisonnement. Alors que la question du sens de la vie entraîne un regard d’attentisme sur la religion et que les pesanteurs des Églises peuvent éloigner nombre de nos contemporains, Jean de la Croix pointe vers l’essentiel et porte un jugement critique sur toutes choses et tout comportement.

La critique du fait religieux. Dans le contexte de la rencontre des religions… comment juger, comment discerner ? L’apophatisme, la rigueur et l’universalisme de sa pensée montrent la parenté des expériences religieuses dans l’humain, celle de la psychologie et de la spiritualité, la valeur de l’acte moral en société.

L’art de décrire tout ensemble la personnalité du Christ, centrale en sa vie et son œuvre, et la quête nocturne de Dieu. Nous cherchons Dieu. Nous désirons mieux nous connaître, vivre dans l’authenticité. Nous aimerions trouver le maître qui nous entraîne et nous accompagne… qui nous aide à discerner surtout spirituellement. L’universalisme de son anthropologie et de son sens de Dieu nous accueille. -, ainsi que sa lecture existentielle des Écritures saintes, sa manière abondante et circonstanciée de s’y référer. Il n’élude pas le rapport aux choses et aux personnes.

Nous poursuivons un chemin de conversion, de vie intérieure, de prière. Nous découvrons que l’expérience mystique et le chemin qui peut y mener ont quelque chose d’universel. À ce niveau de profondeur et d’intériorité, s’expérimente la rencontre de toutes les religions : celles des mystiques juifs, musulmans, hindous…une compréhension de l’incroyant, de l’athée, de l’agnostique…

La pensée qui se développe dans ses Écrits est d’une grande cohérence, limpidité, et d’un très grand réalisme. Sa sobriété, et sa maîtrise de l’expérience mystique inspirent confiance.

Reste à se procurer ses œuvres, mais surtout à se faire aider, si nécessaire, pour entrer dans sa pensée. Il existe différentes introductions et présentations.

 

Les oeuvres de Jean de la Croix

Sa personnalité (sa sensibilité, son attention à l’autre) filtre souvent à travers ses écrits. Il est attachant d’entrevoir ainsi son humanité dans les textes qui parlent de Dieu et montrent le Christ !

Sa vie et ses enseignements

Il est important de connaître sa vie, son humanité, pour ne pas faire de contresens massifs sur son enseignement.

Les biographies peuvent être marquées par leurs époques ; par exemple, au 18e siècle, elles on été surchargées de merveilleux, voire de diableries !

Les témoignages de son frère de sang Francisco, avec lequel il est demeuré intime toute sa vie, sont précieux.

L’étude critique de ses Écrits a été entreprise au début du vingtième siècle. Peu de textes sont rédigés de sa main. Il est rapporté qu’il avait un secrétaire, que des frères et des sœurs se chargeaient de recopier sa pensée et ses textes.

L’attribution des poèmes est claire, même si des doutes ont existé pour quelques-uns. L’authenticité d’Écrits et de Commentaires, du CSB en particulier, est contestée.

Depuis le 17e siècle, les traductions françaises ne manquent pas …

L’ensemble des Écrits de Jean de la Croix forme comme une cathédrale de la vie spirituelle. Pour les citer ici, des abréviations sont ordinairement employées.

Les sigles et les traductions sont repris de l’Édition :

JEAN DE LA CROIX, ŒUVRES COMPLÈTES

Traduction par Mère Marie du Saint-Sacrement, carmélite déchaussée,

Édition établie, révisée et présentée par Dominique Poirot, carme déchaux, Les Éditions du Cerf, Paris 2001

Sigles de renvoi aux œuvres de Jean de la Croix

A : Quatre avis à un religieux

CE : Censure

CO : Conseils de spiritualité

CSA et CSB : Cantique spirituel A et B

D : Degrés de perfection

L : Lettres

MC : Montée du Carmel

MONTE : Monte Carmelo

NO : Nuit obscure

PA : Paroles de lumière et d’amour

PO : Poèmes

PR : Précautions

TO : Textes officiels

VFA et VFB : Vive Flamme d’amour A et B

Les chiffres qui suivent indiquent dans l’ordre : le livre, le chapitre ou la strophe, le n° d’ordre ou le paragraphe.

Source : Carmel de France

ANDRE (saint ; 1er siècle), BIBLE, EGLISE CATHOLIQUE, NOUVEAU TESTAMENT, SAINTS

Saint André, apôtre

Saint André, apôtre

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Encore que cité par Hérodote, André est un prénom grec assez rare qui, selon le Breviarum Apostolorum, signifie viril, beau ou courageux.  

Frère de Simon-Pierre1, saint André né à Bethsaïde2, au nord du lac de Tibériade, habitait avec saint Pierre à Capharnaüm3, et fut d’abord, comme saint Jean, un disciple de saint Jean-Baptiste : Jean se tenait là avec deux de ses disciples ; et regardant Jésus qui passait, il dit :  » Voici l’Agneau de Dieu.  » ; et les deux disciples l’entendirent parler, et ils suivirent Jésus. Mais, se retournant et voyant qu’ils le suivaient, Jésus leur dit :  » Que cherchez-vous ?  » Ils lui dirent :  » Maître, où demeures-tu ?  » Il leur dit :  » Venez et vous verrez.  » Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent chez lui ce jour-là ; c’était environ la dixième heure. André, le frère de Simon-Pierre était l’un des deux qui avaient entendu Jean et suivi Jésus. Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit :  » Nous avons trouvé le Messie.  » Il l’amena à Jésus4.

L’évangile selon saint Matthieu raconte5 que, plus tard, Simon et André étaient en train de pêcher dans la mer de Galilée lorsque Jésus leur dit : Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes.

La tradition grecque appelle André le Protoclet, c’est-à-dire le premier appelé des douze apôtres. Dans la hiérarchie des apôtres, il est classé le quatrième par les Actes des Apôtres (I 13) comme par l’évangile selon saint Marc (III 18), tandis que l’évangile selon saint Matthieu (X 2) et que l’évangile selon saint Luc (VI 14), le mettent à la deuxième place.

Lors de la multiplication des pains et des poissons, c’est André qui repère le jeune garçon avec ses cinq pains et ses deux poissons6. C’est aussi André qui, avec l’apôtre Philippe, introduit auprès de Jésus les païens de langue grecque7. André est encore avec Pierre, Jacques et Jean, lorsqu’ils interrogent Jésus sur la destruction du Temple8.

Les traditions nous disent que, lors du partage du monde, André reçut la Scythie, immense contrée entre le bas du Danube et le bassin inférieur du Don. Ces mêmes traditions, dans la composition du Symbole des apôtres, lui attribuent la rédaction de l’article Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur.

Ayant rejoint les territoires qui lui furent échus, affirment les traditions, saint André, apôtre de la pénitence, fit de nombreuses conversions et fonda de nouvelles églises qu’il pourvut d’évêques : l’Achaïe, l’Epire, la Thrace et la Grèce considèrent André comme leur évangélisateur, au même titre que Byzance qui en fait l’installateur de son premier patriarche ;  d’autres ajoutent à son crédit la Cappadoce, la Galatie, la Bithynie, les pays des Sogdiens et des Secces.

De retour dans la ville de Patras, capitale d’Achaïe, fit tant et si bien qu’on envoya contre lui le proconsul Egée qui le fit emprisonner. Or, l’emprisonnement de l’apôtre André provoqua une émeute populaire qu’il dut lui-même calmer en disant : Le chrétien ne devient pas victorieux en se défendant mais en mourant. Les supplices qui sont à craindre ne sont pas ceux que l’on endure en cette vie, mais ceux qui sont préparés aux impies dans les enfers. Vous devez avoir plutôt de la compassion du malheur d’Egée qui se rend digne de ces tourments éternels, que de l’indignation pour sa fureur contre nous. Il viendra bientôt un temps où nous serons récompensés de nos peines, et où Egée sera rigoureusement puni pour sa cruauté.

Le lendemain, Egée convoquait saint André à son tribunal et après l’avoir condamné à être fouetté sur un chevalet, le fit attacher sur une croix en forme de X. Comme Egée s’approchait de la croix d’André, celui-ci lui dit : Que viens-tu faire ici, Egée ? Si c’est pour croire en Jésus-Christ, à la bonne heure, je t’assure qu’il te fera miséricorde ; mais si c’est pour me faire descendre de la croix, sache que tu n’en viendra pas à bout et que j’aurai la consolation d’y mourir pour mon cher maître. Je le vois déjà, je l’adore et sa présence me comble de joie. Je n’ai point d’autre regret que celui de ta damnation qui est inévitable si tu ne te converstis pas maintenant que tu le peux, car peut-être ne le pourras-tu pas lorsque tu le voudras. Egée ordonna de détacher André, mais les bourreaux étaient mystérieusement affaiblis lorsqu’ils en approchaient, tandis que l’Apôtre priait d’une voix forte : Ne permettez pas, mon Seigneur, que votre serviteur qui est attaché à cette croix pour la confession de votre Nom, en soit délié ; ne souffrez pas que je reçoive cette humiliation de la part d’Egée qui est un homme corruptible ; mais recevez-moi, s’il vous plaît , entre vos mains, tout plein de connaissance de vos grandeurs que ce supplice m’a données. Vous êtes mon cher maître que j’ai connu, que j’ai aimé et que je désire uniquement contempler. C’est en vous que je suis ce que je suis et il est temps que je me réunisse à vous, comme au centre de tous mes désirs et à l’objet de toutes mes affections.

C’était, croit-on, le 30 novembre 62. A la grande fureur d’Egée, Maximille, femme d’un sénateur, recueillit le corps de saint André, l’embauma et l’enterra. Lorsqu’Egée voulut envoyer une députation dénoncer Maximille à l’Empereur, un démon se jeta sur lui, le traîna sur la place publique et l’étrangla.

Après saint Pierre et saint Paul, saint André est l’apôtre qui a le plus d’églises en France où il est le patron d’Agde, d’Avranches, de Bordeaux, d’Orange et de la Bourgogne dont le duc Philippe III le Bon mit sous sa protection l’ordre de la Toison d’Or. A l’étranger, saint André est le patron d’Amalfi, de Baeza (Andalousie) qui fut arrachée aux Maures le 30 novembre 1227, du Brabant, de Brescia (Italie), du Brunswick, de l’Ecosse, du Holstein, de Lunebourg (Hanovre), de la Hongrie, de Mantoue, de Minden (Westphalie), de Pesaro (Italie), de Ravenne, de Rochester (comté de Kent), de la Russie, de Santander (Espagne), du Sleswig, de Verceil (Italie) et de Wells (comté de Somerset). Saint André qui est le patron des pêcheurs de poissons d’eau douce, des poissonniers et des cordiers, est aussi invoqué par les femmes qui cherchent un mari et celles veulent devenir mères.

1 Evangile selon saint Matthieu,  IV 18 ; Evangile selon saint Marc, I 16 ; Evangile selon saint Jean, I 40 & VI 8.

2 Evangile selon saint Jean, I 44.

3 Evangile selon saint Marc, I 29.

4 Evangile selon saint Jean, I 35-42.

5 Evangile selon saint Matthieu, IV 18-20.

6 Evangile selon saint Jean,  VI 8.

7 Evangile selon saint Jean, XII 21-22.

8 Evangile selon saint Marc, XIII 3.

EGLISE CATHOLIQUE, FETE DE LA TOUSSAINT, HALLOWEENN, JOUR DES DEFUNTS, SAINTETE, SAINTS, TOUSSAINT

La fête de la Toussaint

Qu’est-ce-que la Toussaint ?

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Comme son nom l’indique, la Toussaint est la fête de tous les saints. Chaque 1er novembre, l’Église honore ainsi la foule innombrable de ceux et celles qui ont été de vivants et lumineux témoins du Christ.

Si un certain nombre d’entre eux ont été officiellement reconnus, à l’issue d’une procédure dite de « canonisation », et nous sont donnés en modèles, l’Eglise sait bien que beaucoup d’autres ont également vécu dans la fidélité à l’Evangile et au service de tous. C’est bien pourquoi, en ce jour de la Toussaint, les chrétiens célèbrent tous les saints, connus ou inconnus.
Cette fête est donc aussi l’occasion de rappeler que tous les hommes sont appelés à la sainteté, par des chemins différents, parfois surprenants ou inattendus, mais tous accessibles.

La sainteté n’est pas une voie réservée à une élite : elle concerne tous ceux et celles qui choisissent de mettre leurs pas dans ceux du Christ. Le pape Jean-Paul II nous l’a fait comprendre en béatifiant et canonisant un grand nombre de personnes, parmi lesquelles des figures aussi différentes que le Père Maximilien Kolbe, Edith Stein, Padre Pio ou Mère Térésa…

La vie de ces saints constitue une véritable catéchèse, vivante et proche de nous. Elle nous montre l’actualité de la Bonne nouvelle et la présence agissante de l’Esprit Saint parmi les hommes. Témoins de l’amour de Dieu, ces hommes et ces femmes nous sont proches aussi par leur cheminement – ils ne sont pas devenus saints du jour au lendemain -, par leurs doutes, leurs questionnements… en un mot : leur humanité.
La Toussaint a été longtemps célébrée à proximité des fêtes de Pâques et de la Pentecôte. Ce lien avec ces deux grandes fêtes donne le sens originel de la fête de la Toussant: goûter déjà à la joie de ceux qui ont mis le Christ au centre de leur vie et vivre dans l’espérance de la Résurrection.

 

Qu’est-ce que la sainteté ?

Toussaint (1)

Le texte des Béatitudes, qui est l’Évangile lu au cours de la messe de la Toussaint, nous dit à sa manière, que la sainteté est accueil de la Parole de Dieu, fidélité et confiance en Lui, bonté, justice, amour, pardon et paix.

« Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice: ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! » » (Matthieu 5, 1-12a)

 

Toussaint et Halloween, est-ce la même chose ?

Toussaint-3

  

Chaque année, le 31 octobre, c’est Halloween, une fête d’origine celte. N’est-ce pas, pour les catholiques, une occasion à saisir pour redécouvrir la Toussaint ?

Il y a plus de 2500 ans, les Celtes célébraient, le 31 octobre, leur Nouvel an, la fin des récoltes, le changement de saison et l’arrivée de l’hiver.

Cette cérémonie festive, en l’honneur de la divinité Samain (dieu de la mort), permettait de communiquer avec l’esprit des morts. Ce jour-là, les portes entre le monde des vivants et celui des morts s’ouvraient : selon la légende, cette nuit-là, les fantômes des morts rendaient visite aux vivants. Pour apaiser les esprits, les villageois déposaient des offrandes devant leurs portes.

Cette fête est conservée dans le calendrier irlandais après la christianisation du pays, comme un élément de folklore, de carnaval. Elle s’implante ensuite aux Etats-Unis avec les émigrés irlandais de la fin du XIXème siècle où elle connaît, aujourd’hui encore, un immense succès. Halloween traversera ensuite l’Atlantique et arrivera en France essentiellement pour des raisons commerciales.

« All Hallows Eve » ?

Etymologiquement, « Halloween » vient de l’expression anglaise « All Hallows Eve »?, qui signifie « veille de la Toussaint » ? N’y a-t-il donc pas là, pour les catholiques, une occasion de redécouvrir la Toussaint ?

Il est, bien entendu, difficile de comparer Halloween à la Toussaint. Ces deux fêtes sont en effet, si l’on y réfléchit, totalement contradictoires.

La « vraie lumière »

Halloween est avant tout un prétexte pour « faire la fête » et oublier les longues soirées automnales, souvent pluvieuses et tristes. La Toussaint, elle, est une fête beaucoup plus recueillie, « intérieure ». L’Eglise nous libère de cette peur de la mort en insistant, au jour de la Toussaint, sur l’espérance de la Résurrection et sur la joie de ceux qui ont mis les Béatitudes au centre de leur vie. Elle recentre sur le Christ, vainqueur de la mort.

Quelques passages d’Évangile peuvent d’ailleurs éclairer ce débat (Jn 1, 9 ; Mt 5, 14 ; Ps 139, verset 12).

Fête de la peur et communion

Halloween est une fête de la peur. Les enfants « s’amusent » à se faire peur (aux autres et à eux-mêmes).  La Toussaint, au contraire, est une fête de la communion, communion avec les saints, le 1er novembre, et avec les morts, le 2 novembre. Communion de tous par et avec un Dieu d’Amour. Être en communion de pensée, par la prière, c’est être en lien, en
relation, en sympathie avec les autres. A contrario, cultiver la peur, c’est s’éloigner des autres, s’isoler d’eux, se replier sur ses peurs.

« Négatif » et « positif »

Halloween est une fête du négatif :  la peur, la frayeur, la mort anonyme, l’angoisse.
La Toussaint, elle, est une fête du positif : les saints, la proximité avec les morts de sa famille, la mémoire des autres. Les saints
ont des individus qui, soucieux de suivre l’Evangile, ont aimé les autres, se sont dévoués corps et
âme pour l’humanité souffrante. Ils sont des modèles de vie.

Alors que faire ? Sans doute redonner éclat à la Toussaint, fêter avec plus de joie et de dignité ce grand jour. Et expliquer à nos enfants qu’Halloween, c’est juste pour s’amuser !

Trick or treat

Les enfants ont l’habitude, la nuit d’Halloween, de passer de maison en maison et de demander des bonbons en disant “trick or treat » ? : ils échangent une protection contre un “mauvais sort » ?
contre un bonbon.
L’expression anglaise Trick or Treat (Courir l’Halloween en français) provient d’une vieille coutume européenne qu’on appelait souling. Des mendiants allaient de village en village en demandant des soul cakes (gâteaux de l’âme) qui étaient faits de morceaux de pain carrés avec des raisins secs. S’ils recevaient beaucoup de gâteaux, ils promettaient beaucoup de prières pour les âmes des parents défunts du donneur.
On croyait que les âmes des défunts restaient encore un moment dans leur corps et que des prières, même par des étrangers, pourraient garantir le passage de l’âme vers le Ciel.

 

Source : Gratiane DORLANNE, diocèse de Valence

 

D’où vient la fête de la Toussaint que nous célébrons le 1er novembre ?

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La Toussaint est une solennité célébrée le 1er novembre par l’Église catholique latine en l’honneur de tous les saints, connus et inconnus. La célébration liturgique commence aux vêpres le soir du 31 octobre et se termine à la fin du 1er novembre. La Toussaint est la veille de la Commémoration des fidèles défunts. Mais quelles sont les origines de cette fête ?

Dès le 4ème siècle, l’Eglise syrienne consacrait un jour à fêter tous les martyrs dont le nombre était devenu si grand qu’il rendait impossible toute commémoration individuelle. Trois siècles plus tard, dans son effort pour christianiser les traditions païennes, le pape Boniface IV transformait un temple romain dédié à tous les dieux, le Panthéon, en une église consacrée à tous les saints. Cette coutume se répandit en Occident, mais chaque Eglise locale les fêtait à des dates différentes jusqu’en 835, où elle fut fixée au 1er novembre. Dans l’Eglise byzantine, c’est le dimanche après la Pentecôte qui est consacré à la fête de tous les saints.

 

 Que commémore-t-on le jour de prière des défunts ?

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Le  2 novembre, après avoir célébré tous les saints, les catholiques prient pour leurs défunts. Dans la lumière de la Toussaint, cette journée est pour les chrétiens l’occasion d’affirmer et de vivre l’espérance en la vie éternelle donnée par la résurrection du Christ. C’est bien pour signifier cela, qu’à l’occasion de ces célébrations, un grand nombre de personnes se rendent dans les cimetières pour honorer leurs proches disparus et fleurir leur tombe.

L’Évangile de la messe du jour de prière pour les défunts rappelle ces propos du Christ :

Tous ceux que le Père me donne viendront à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. Car je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, la volonté du Père qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. Car la volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle ; et moi, je les ressusciterai au dernier jour.
(Jean 6, 37-40)

 

Quelles sont les origines du jour de prière pour les défunts ?

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La fête de la Toussaint est inséparable de du jour de prière pour les défunts, que l’Eglise commémore le 2 novembre. La première célébration s’est vécue dans la joie; la seconde est plus en lien avec les souvenirs envers ceux que nous avons aimés.

La conviction que les vivants ont à prier pour les morts s’est établie dès les premiers temps du christianisme. L’idée d’une journée spéciale de prière pour les défunts dans le prolongement de la Toussaint a vu le jour dès avant le Xe siècle. Le lien ainsi établi avec la fête de tous les saints répond à une vue cohérente : le 1er novembre, les catholiques célèbrent dans l’allégresse la fête de tous les saints ; le lendemain, ils prient plus généralement pour tous ceux qui sont morts.
Par ce jour consacré aux défunts, l’Église signifie aussi que la mort est une réalité qu’il est nécessaire et possible d’assumer puisqu’elle est un passage à la suite du Christ ressuscité.
Dans la lumière de la Toussaint, cette journée est pour les chrétiens l’occasion d’affirmer et de vivre l’espérance en la vie éternelle donnée par la résurrection du Christ.
L’Evangile de la messe du jour de prière pour les défunts rappelle ces propos du Christ :

Tous ceux que le Père me donne viendront à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. Car je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé.
Or, la volonté du Père qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. Car la volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle ; et moi, je les ressusciterai au dernier jour. » (Jean 6, 37-40)