FILM UNE VIE CACHEE, FILMS, FRANZ JAGERSTATTER (1907-1943), TERENCE MALICK (1943-....), UNE VIE CACHEE

Le film Une vie cachée de Terrence Malick

LE FILM UNE VIE CACHÉE

DE TERRENCE MALICK

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« Si les choses ne vont pas si mal pour nous aujourd’hui, c’est notamment grâce à ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes que personne ne visite plus ». Cette phrase de George Eliot qui termine comme pour le résumer a donné son titre au film « Une vie cachée ».

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Il est difficile de parler de ce film après tous les éloges que l’on peut lire ça ou là dans toute la presse. Ce film inspiré de faits réels c’est l’histoire d’une résistance : la résistance d’un paysan autrichien, Franz Jägerslätter,  qui refuse le salut hitlérien, le serment d’allégeance à Hitler et de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable se trahison il est passible de la peine capitale. Comme le lui font remarqué le prêtre du village, l’évêque et son avocat son acte ne sert à rien : son acte ne changera pas le cours de l’histoire, n’aura aucune conséquence sur l’histoire du monde. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme Fani, Franz reste un homme libre : seule sa conscience le guide au milieu des arguties des uns et des autres et malgré l’hostilité de tout son village et malgré aussi les conséquences pour sa famille.

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La première partie est une ode à l’amour, au cœur de la vallée de montagnes où Franz (August Diehl) vient de fonder une famille avec Fani (Valerie Pachner). Leur bonheur éclate dans une nature généreuse, apaisante et très loin des malheurs qui se profilent à l’horizon. Quand les bruits de bottes nazies se rapprochent, cette harmonie se fissure. Au nom de sa foi et de ses convictions, Franz refuse de se soumettre quand il est appelé à porter les armes en 1943 : il le fait sans éclat, sans violence et presque sans bruit. S’attirant le mépris de toute la communauté villageoise, il se tourne cependant vers l’Eglise catholique qui lui enjoint la soumission en citant saint Paul : « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu ». (Rm 13,1).

Du fond de sa cellule Franz ne déviera pas de cette conduite : soutenu par les lettres de sa femme, il opposera son inflexible décision à tous ceux qui voudraient le convaincre du contraire. Cette conduite le conduira à la mort le 9 août 1943 dans la prison de Brandebourg.

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 L’on peut penser qu’effectivement l’acte de résistance de Franz Jägerslätter n’a rien changé. Certes il y eu en Allemagne des opposants à Hitler et au régime nazi et peu de ceux-ci ont survécu. L’on ne peut même pas dire que ces actes aient hâté la chute des nazis et la fin du régime.  La seule chose que l’on puisse dire c’est qu’au milieu de tant d’actes de barbarie, d’actes de soumission il y eut quelques hommes et quelques femmes pour dire « non ! ».

L’obéissance de Franz Jägerslätter à sa conscience est la lumière qui a brillé dans un temps d’intenses ténèbres. Par delà la mort son témoignage est une lueur d’espérance pour ne pas désespérer de l’humanité. Et ce faisant il rejoint ce qu’écrivait le cardinal John   Henry Newman dans sa Lettre au duc de Norfolk (en 1874) : « La conscience est le premier de tous les vicaires du Christ. Elle est le prophète qui nous révèle la vérité, le roi qui nous impose ses ordres, le prêtre qui nous anathématise et nous bénit »

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©Claude-Marie T.

 

Deux ouvrages pour aller plus loin

 

Etre-catholique-ou-nazi

Ce livre regroupe trois documents émouvants que Franz Jägerstätter adresse à son épouse Francisa, au moment où il est emprisonné à Berlin :
* une réflexion sur son objection de conscience : « Être catholique ou nazi »
* des notes sur son opposition nazisme
* sa dernière lettre à Francisa, quelques heures avant qu’il soit décapité.

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V Franz Jägerstätter (1907-1943) était un simple paysan qui vivait dans un petit village de la Haute Autriche. Pourtant, il sut dire non au mal que représentait le nazisme, et lui opposer une résistance ferme, ce que bien des élites n’ont pas su faire. Cette résistance était fondée sur une foi vécue profondément, nourrie de l’Ecriture, et renforcée par la prière. Il fut éxécuté à Berlin le 9 août 1943. Il a été béatifié le le’ juin 2007 par Benoît XVI, comme martyr de la foi. Le livre de l’historien italien Cesare Zucconi retrace le parcours d’un homme simple, un catholique de base, mais ardent, un homme de la campagne qui ne fréquentait pas les théologiens ni les grands penseurs, mais qui, instinctivement, parce que vivant intensément sa foi, avait compris l’incompatibilité fondamentale entre christianisme et nazisme et refusa de participer en quoi que ce soit à l’effort de guerre du IIIe Reich. Il s’appuie sur de nombreux documents, en particulier les notes spirituelles de Franz Jägerstätter, sa correspondance, mais aussi sur les archives du Vatican. L’intérêt majeur de ce livre vient de la mise en perspective que l’auteur établit constamment entre le refus absolu d’une personne quelconque, isolée, qui montre ce que le courage et la force faible de l’Esprit peuvent contre le pouvoir totalitaire, et l’évolution de la catholique Autriche face au nazisme, les compromissions de certains évêques, la soumission ou l’adhésion de la population. Cette biographie retrace aussi l’histoire dramatique de l’Autriche entre 1933 et 1943.

ADOLF HITLER (1889-1945), DANS LA TETE DES SS : LEURS DERNIERS AVEUX, FRANZ JAGERSTATTER (1907-1943), GUERRE MONDIALE 1939-1945, LA VIE CACHEE, NAZISME, SERGE DE CHAMPIGNY, TERENCE MALICK (1943-....)

Hitler et le régime nazi : Résistance et admiration

Résistance et fascination pour le régime hitlérien

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Une Vie cachée de Terrence Malick

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Un film de foi et d’amour

Cinéaste mystérieux autant que talentueux, l’Américain Terrence Malick (76 ans) s’est révélé avec Les Moissons du ciel (1978). Il nous offre ce 11 décembre 2019 un nouveau film à sa manière,  Une  Vie cachée.

C’est un film-fleuve (près de trois heures) à l’esthétique éblouissante, tant par l’image et la couleur que par la musique et la voix-off, sur un sujet ô combien sensible : que signifie de résister au Mal, quand il est incarné par Hitler, et comment rester un Homme dans une société totalitaire ?

On l’a compris, le film ne s’adresse pas particulièrement aux enfants.  Il  n’est pas destiné non plus à égayer les fêtes de fin d’année.  Mieux que cela, il a vocation à nous interpeller et élever notre conscience…

Film de foi et film d’amour, Une Vie cachée raconte l’histoire véridique d’un jeune paysan autrichien qui jouissait d’un parfait bonheur dans son village de Sankt-Ragedung (Sainte-Radegonde), non loin de Linz… et Braunau-am-Inn, lieu de naissance de Hitler.

Franz Jägerstätter a épousé en 1936 une jeune fille du village, Fani.

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Le couple vit avec ses trois fillettes ainsi que la mère de Franz et la sœur de Fani dans une ferme à l’orée du village. Très pieux, Franz s’inquiète quand Hitler annexe l’Autriche à l’Allemagne en mars 1938. Il est le seul homme de son village à voter Non au référendum qui suit l’annexion mais son charisme personnel lui évite l’opprobre.

Il fait ensuite ses classes dans une caserne.

Ce temps d’humiliations le renforce dans sa conviction du caractère profondément antichrétien du nazisme.

De retour au foyer, il tremble de devoir être appelé dans l’armée et participer aux horreurs dont il a pris conscience.

Il s’en ouvre au curé qui ne sait quoi lui répondre et le renvoie vers l’évêque, lequel l’invite à la soumission. Franz, porté par sa foi, excuse l’évêque en son for intérieur. Peut-être l’Éminence l’a-t-il suspecté d’être un espion ou craint-elle des représailles.

Dans le village, ses amis et le maire l’exhortent comme l’évêque à se soumettre avec le même argument : « À quoi cela sert-il de résister ? Tu vas faire ton malheur et celui de ta famille sans aucune utilité car personne ne saura rien de ton geste… »

Rejeter le Mal ou s’accommoder du moindre mal ?

Le drame se noue en février 1943 quand le facteur lui remet la lettre tant crainte (la Wehrmacht a besoin de toutes les forces vives du Reich suite à la défaite de Stalingrad, qui marque un tournant dans la guerre et signe la chute du nazisme).

Franz doit retourner à la caserne et prêter avec tous les autres appelés le serment de fidélité au Führer. Muet, figé, il s’y refuse. Il est aussitôt incarcéré.  C’est le début d’un long chemin de croix jusqu’à la guillotine (triste legs de la Révolution française à l’Allemagne et au IIIe Reich) et c’est la partie la plus éprouvante du film de Terrence Malick, lequel suit scrupuleusement les faits.

Gardiens, prêtres, juges, officiers… Tous ses interlocuteurs tiennent à Franz le même discours : « À quoi bon ? Après tout, un serment, ce ne sont que des mots… » Son avocat lui garantit l’indulgence du tribunal à une seule condition, prêter le serment au Führer.

Aux uns et aux autres, il fait la même  réponse, sobre : « Je ne me sens pas capable de faire ni de dire quelque chose que je sais être mal ». C’est aussi simple que cela.

À la différence des objecteurs de conscience qui s’opposent à la guerre quelle qu’elle soit, Franz Jägerstätter ne conteste pas le service militaire et sans doute aurait-il combattu s’il s’était agi de défendre son pays. Mais il s’est à juste titre convaincu que la guerre nazie incarnait le Mal et il ne veut pas en être. Pas par arrogance ou orgueil, ainsi qu’il le rappelle, mais par respect de lui-même et de ce à quoi il croit.

Dans un excellent dossier que l’hebdomadaire La Vie (5 décembre 2019) consacre au film et à son héros, le théologien Olivier Bonnewijn met en évidence le dilemme contenu dans cet acte de foi. On peut comme Franz rejeter le Mal sans concession ou bien conclure s’accommoder avec sa conscience en cherchant le moindre mal.

Le théologien donne pour exemple un officier allemand qui s’indigne de ce qu’un SS veuille fusiller dix enfants.  À quoi le SS lui répond : « D’accord, j’en épargne neuf à condition que tu tues toi-même le dixième ».  Qu’aurions-nous fait à la place de cet officier ? Glaçante question. C’est au nom du moindre mal, pour éviter des représailles, que l’Église s’est tue pendant que s’accomplissait l’irréparable. C’est aussi au nom du moindre mal, pour préserver les juifs français, que le gouvernement Laval a livré aux nazis les juifs étrangers… ou que les stratèges anglo-américains, pour faire fléchir les nazis, ont écrasé sous les bombes les villes allemandes.

Franz Jägerstätter est guillotiné le 9 août 1943 dans le camp de Brandebourg-sur-Havel avec plusieurs compagnons d’infortune parmi lesquels des opposants et des témoins de Jéhovah objecteurs de conscience.  Il laisse des carnets qui seront publiés plus tard et mis à profit pour sa béatification le 26 octobre 2007 à Linz par Benoît XVI.

Ces carnets serviront aussi de guide à Terrence Malick pour traduire en voix-off les tourments, les doutes et la foi du jeune paysan. Le génie du cinéaste et la magie de l’image nous transmettent aussi tout ce que le texte peine à dire. Il y a le trouble des personnages, villageois, officiers, juges… confrontés à l’entêtement moral de Franz.  Combien auront basculé dans le camp du Bien après son martyre, l’histoire ne le dit pas. Il y a plus encore l’amour indicible qui lie Franz et Fani son épouse.

Autant qu’un film de foi, Une Vie cachée est un film d’amour. Tout au long du film, on ne sait pas ce que pense Fani de la situation géopolitique. Aussi pieuse que son mari, partage-t-elle son intransigeance ou serait-elle portée au compromis comme tous les autres ? Elle se garde de le dire à son mari car elle ne veut pas altérer sa liberté, elle ne veut pas l’amener à faire un choix de confort au risque de le briser moralement à jamais.  Quelle plus belle preuve d’amour ?…

Pour toutes ces raisons et pour la beauté des images, ces trois heures de projection apparaissent revigorantes et propres à nous faire aimer la condition humaine.

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Dans la tête des SS : Leurs derniers aveux

Serge de Sampigny

Paris, Albin Michel, 2019. 259 pages

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Mais que se passe-t-il dans la tête des derniers SS encore en vie aujourd’hui ? Le journaliste Serge de Sampigny est allé à leur recherche et les a contactés. Certains d’entre eux ont accepté de témoigner… Un récit troublant qu’il livre dans son ouvragDans la tête des SS, leurs deniers aveux.

Non, ils ne regrettent rien. Les vétérans des SS (abréviation de l’allemand Schutzstaffel, échelon de protection), rares nonagénaires encore en vie, finissent leur existence dans le déni, le plus souvent sous l’apparence d’honorables vieillards.

Sans honte des atrocités qu’ils ont commises durant la Seconde guerre mondiale sous l’uniforme de cette organisation paramilitaire et policière destinée à des opérations de répression, au combat sur divers fronts, affectée aussi à la surveillance des camps de concentration, et qui procédait impitoyablement à des massacres partout où elle passait comme à Oradour-sur-Glane.

L’ahurissante indécence de ces vétérans de « l’Ordre noir », encore imprégnés de leur sinistre cause, s’avère le principal enseignement du livre du journaliste Serge de Sampigny Dans la tête des SS, leurs derniers aveux.

Pendant plusieurs années, l’auteur aidé d’une équipe d’enquêteurs, s’est efforcé de retrouver les traces de ces survivants du nazisme à travers le monde, y compris en France car la SS s’est ouverte à des étrangers à partir de 1943. Il a réussi à en contacter une quarantaine, dont la moitié a accepté de se confier avec plus ou moins de réticence.

Si certains se cachent ou se fondent discrètement dans la population, d’autres font encore leur propre publicité sans complexe comme ce Finlandais engagé dans la division SS Wiking, qui a collé sur sa voiture la couverture de son livre de Mémoires récemment édité. Ainsi toute la ville d’Helsinki pouvait le voir en grand uniforme de SS…

Hitler, un modèle toujours d’actualité

Quelques-uns s’expriment à visage découvert devant la caméra pour les besoins d’un documentaire produit parallèlement par de Sampigny. En fait, cet ouvrage est tout autant un témoignage historique qu’un démontage des mécanismes du fanatisme que l’auteur rapproche de ceux de Daech. De manière didactique, il rappelle le contexte historique dans lequel ces inconditionnels d’Hitler se sont engagés pour le servir aveuglément, et il complète son enquête par les témoignages recueillis dans d’autres documentaires d’archives.

Les propos les plus sidérants recueillis par l’auteur proviennent de Herbert von Mildenburg, ancien officier de la division SS de montagne Nordland, 91 ans, vivant en Autriche. Il avoue avoir été « hypnotisé » quand Hitler est passé pour la première fois devant lui. : « Hitler c’est l’homme de ma vie à 100%. On avait attendu un sauveur et il était arrivé. » Depuis, son admiration n’a pas failli.

Sa maison est encore décorée d’un buste du Führer, de croix gammées, du poignard qu’il portait durant la guerre, posé près d’une statuette d’un Juif tel que les nazis se les représentaient physiquement et tenant une pièce de monnaie… La cible est encore toute désignée. Mildenburg est toujours habité par son antisémitisme : « Les Juifs sont partout où il y a de l’argent ! Aujourd’hui nous sommes gouvernés par trois groupes : les Rockfeller, les Rothschild et le Fonds monétaire international. Qu’il y en ait un seul qui vienne me prouver le contraire ! Quand j’étais volontaire à la Waffen-SS, nous voulions un État pur et nous devions veiller à ce qu’il n’y ait pas de Juifs dans le IIIe Reich ! Pas au sein de notre peuple ! C’est tout. »

Dans la foulée, il profère des énormités sur l’inégalité des races avec une placidité stupéfiante et n’omet pas un couplet négationniste : « Le mot « Auschwitz » pour moi n’existe pas. Je l’ignore complètement. Qu’il y ait des fosses ou pas de fosses, qu’ils aient été tués avec tel ou tel produit, qu’ils étaient gazés ou fusillés, cela ne m’intéresse pas ! »

Et quand ces SS sont confondus aux images filmées à l’ouverture des camps à la fin de la guerre, faute de pouvoir nier les évidences, ils s’efforcent de les relativiser ou de les minimiser…

Des hommes dans le plus grand déni

Soixante-dix ans après la guerre, ces combattants d’Hitler sont encore persuadés qu’ils étaient dans leur bon droit, mus par une sorte de légitime défense, aussi aberrant que cela puisse paraître. De bourreaux, ils veulent se faire passer pour des victimes. Des victimes de qui ? Au fil du temps, la liste s’allonge. Bien sûr des Juifs et des communistes dans les années 1930 selon les clichés antisémites et anticommunistes de l’époque, puis des journalistes, des historiens, des démocrates qui, selon eux, ont réécrit l’Histoire.

« Dans le cas de la SS, on extermine tout en estimant défendre sa patrie, son foyer, sa famille, ses enfants », décrypte l’auteur. Il rappelle que le chef de la SS, Heinrich Himmler pensait que si les Juifs n’étaient pas exterminés, ce sont eux qui extermineraient plus tard le peuple allemand ;  il concluait sa démonstration par une interrogation propre à galvaniser ses troupes : « Avons-nous le droit de laisser notre peuple courir ce risque ? »  Dans une interview à la BBC, un ancien SS, Oskar Gröning, un des responsables d’Auschwitz, expliquait il y a quelques années : « Nous étions convaincus -c’était notre vision du monde- que nous, les Allemands, avions été trahis par le monde entier et qu’il y avait une énorme conspiration des Juifs contre nous. »

Mais au-delà des raisons idéologiques, Serge de Sampigny montre que l’adhésion à la SS, relevait aussi de raisons plus prosaïques. « A l’époque, appartenir à cette organisation d’élite, c’était faire carrière, réussir sa vie, c’était un facteur de promotion sociale. » Comme l’affirme Fernand Kaisergruber, ancien de la division SS Wallonie : « Entrer à la Waffen-SS, c’était une promotion pour nous. Ne pouvait pas y rentrer n’importe qui. Nous avions un idéal chevaleresque. On s’engageait à ramener la victoire, avec la possibilité de donner sa vie. »

Serge de Sampigny est frappé de constater qu’outre le fanatisme idéologique produit par la propagande à laquelle ils étaient nourris depuis leur enfance, « tous m’ont dit leur aspiration à réussir leur vie, à progresser dans la société, à rejoindre l’élite nationale-socialiste, cette nouvelle aristocratie à laquelle l’avenir semblait réservé. » Ils n’ont réussi qu’à semer la mort.

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CINEMA AMERICAIN, FESTIVAL DE CANNES, FILM UNE VIE CACHEE, FILMS, TERENCE MALICK (1943-....), UNE VIE CACHEE

Une vie cachée : film de Terence Malick

UNE VIE CACHÉE :

PRIX DU JURY OECUMÉNIQUE DE CANNES

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Une vie cachée ****

de Terrence Malick

Film américain – 2 h 53 – En compétition

 SYNOPSIS

Inspiré de faits réels.
Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

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Cannes 2019 : « Une vie cachée », la symphonie spirituelle de Terrence Malick

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Le cinéaste américain, rare et secret, a présenté une œuvre bouleversante, d’une très grande élévation, sur la résistance d’un paysan autrichien, objecteur de conscience.
Refusant de prêter serment à Hitler, sa vie devient un chemin de croix jusqu’à la Passion.

Il y a les inconditionnels de Terrence Malick (Palme d’or en 2011, pour The Tree of life, prix de la mise en scène pour Les Moissons du ciel en 1979) et les autres, réfractaires à son cinéma si singulier. Il est possible que son dernier film, Une vie cachée, présenté dimanche 19 mai en compétition, parvienne à les réconcilier, surtout si la Palme d’or lui est attribuée.

Cinéaste rare, secret, déroutant par ses fulgurances formelles et la hauteur morale de son inspiration, il s’attaque à un sujet historique, à partir de faits réels. L’intransigeante résistance d’un paysan autrichien, appelé à combattre, refusant obstinément de prêter serment à Hitler, quelles qu’en soient les conséquences pour lui et les siens.

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La première partie est une ode à l’amour naissant, au cœur de la vallée de montagnes où Franz (August Diehl) vient de rencontrer Fani (Valerie Pachner) et de fonder une famille. Leur bonheur s’épanouit, immergé dans une nature généreuse, apaisante. Quand les bruits de bottes nazies se rapprochent, cette harmonie se fissure. Au nom de sa foi et de ses convictions, Franz fait sécession, sans éclat, et s’attire la haine immédiate de la communauté villageoise qui l’ostracise et le menace. Tourmenté d’être confronté à cette montée du mal qui réclame sa participation, il se tourne vers l’Église catholique qui lui enjoint la soumission.

 Le silence de Dieu

Isolé, marginalisé, rejeté, Franz s’en remet à Dieu, lui parle, incrédule face à son silence. Emprisonné, humilié, avili, torturé, Franz ne dévie pas de sa ligne de conduite. Sous les insultes de ses voisins, les aboiements des nazis, et la perspective de la peine capitale, il oppose, sans un mot, son inflexible droiture à l’injonction violente de se renier. Du fond de sa solitude, il se parle à lui-même, correspond avec Fani, lettres d’amour magnifiques de simplicité.

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La composition de chaque plan est un tableau, un poème, une élégie à la nature, si présente, si capitale dans l’œuvre de Terrence Malick. Pour ce cinéaste, quand Dieu se tait, c’est elle qui a les réponses aux questions existentielles, surtout aux jours les plus sombres, quand rien ne vient éclairer, ni dissiper la propension des hommes, toujours renaissante, d’écarter le bien pour se livrer aux forces du mal et en retirer une jouissance malsaine. Avant de réaliser, quand il est trop tard, vers quels abîmes sombre l’humanité, abandonnée à ses pires instincts.

 Un sommet de spiritualité

Chemin de croix et Passion d’un homme déchiré entre la tentation de céder pour protéger les siens et la constance de sa conviction, Une vie cachée est un film stupéfiant de beauté, d’intériorité, irrigué par la virtuosité méditative de la mise en scène, le mouvement symphonique du montage, le jeu au diapason des acteurs, ébloui par la lumière de l’espérance et de l’amour.

La force douloureuse et inspiratrice des souvenirs qui hantent et fortifient Franz au fond de son cachot, images de ce merveilleux que construit un couple, prolongé par l’innocence joueuse et joyeuse des enfants, trouve en Malick un portraitiste sublimé par la grandeur de ces aspirations. Comme son personnage, dans son exigence d’élévation, le cinéaste s’adresse à l’âme des spectateurs. Son poème symphonique, habité par la grâce, est un sommet de spiritualité.

À lire : l’excellent Dictionnaire Terrence Malick, de Damien Ziegler, qui vient de paraître chez LettMotif, 326 p, 24 €.

 

 

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Cannes-2019-vie-cachee-symphonie-spirituelle-Terrence-Malick-2019-05-19-1201022973

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TERRENCE MALICK

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BIOGRAPHIE

Avec Stanley Kubrick, Terrence Malick est certainement le réalisateur le plus mystérieux de ces dernières décennies. On sait finalement très peu de choses sur lui, tant il prend un soin obsessionnel à contrôler son image.

Ayant sans doute vécu au Texas, Terrence Malick aurait passé son enfance entre les champs de blé et les puits de pétrole, à côtoyer les agriculteurs et travailleurs saisonniers. Un amour des grands espaces qui hantera ses oeuvres futures. Après des études brillantes à Harvard où il se familiarise avec la philosophie (il est le premier traducteur du Principe de raison de Martin Heidegger), il débute comme journaliste chez Life puis au New Yorker. Entré au Centre d’Etudes Avancées de l’American Film Institute, il va rencontrer George Stevens Jr. (futur producteur de La Ligne rouge) et le producteur Mike Medavoy, qui le chargera de réécrire le scénario de L’ Inspecteur Harry. Une commande qui, si elle n’aboutira pas, provoquera un déclic chez Terrence Malick. A 28 ans, il se lance dans la réalisation.

Son premier film, La Balade sauvage (1974), inspiré d’une histoire vraie, retrace l’équipée sanglante de deux amants auxquels on refuse le droit de s’aimer. Le coup d’essai est unanimement salué. Selon le critique David Thompson, c’est même  » le premier film le plus maîtrisé depuis le Citizen Kane d’ Orson Welles ». Révélant au grand public Martin Sheenet Sissy Spacek, Badlands obtiendra le prix du meilleur film au festival de San Sebastian.

Quatre ans plus tard, il revient avec Les Moissons du ciel, chef d’oeuvre élégiaque qui n’est pas sans rappeler les toiles d’Edward Hooper. Produit pour 3 millions de $ par la Paramount, ce film hanté par les grands espaces fait en outre connaître un certain Richard Gere. Fasciné par l’oeuvre au point de pardonner le perfectionnisme du cinéaste (deux ans de montage !), Charlie Bluhdorn, un ponte de la Paramount, lui donne une avance pour son prochain film : Q. Mais le projet ne se montera jamais. Terrence Malick disparaît…

Deux décennies de silence qui contribueront à la légende du metteur en scène. Certains disent qu’il vécut en France, allant de villes en villes et méditant sur divers projets. Il aurait aussi participé au scénario de Will hunting. Puis, à la surprise générale, plus de 20 ans après Les Moissons du ciel, il reparait pour livrer un film de guerre : La Ligne rouge. Inspiré du roman de James Jones sur la bataille de Guadalcanal, ce long métrage s’offre le luxe d’un casting quatre étoiles : Sean Penn, Woody Harrelson, George Clooney, Adrien Brody, Nick Nolte, John Travolta, Jim Caviezel… Tout le monde veut tourner avec Terrence Malick. Mais le film, sorti peu de temps après Il faut sauver le soldat Ryan, ne remportera qu’un succès d’estime et repartira bredouille de la cérémonie des Oscars.

Il faut attendre encore sept ans pour voir le film suivant de Terrence Malick. S’inspirant de l’histoire de Pocahontas, Le Nouveau monde livre une nouvelle réflexion sur le rapport de l’homme à la civilisation et à la nature. Porté encore une fois par un prestigieux casting (Colin Farrell et Christian Bale), par une musique sublime et par des images superbes sur la nature omniprésente, le film, même s’il déroute une nouvelle fois le grand public, est un nouveau chef d’œuvre.

Contre toute attente, Malick se lance très vite dans son projet suivant. Reprenant l’idée qui avait présidé à l’élaboration du projet « Q », il prépare son film peut-être le plus ambitieux: un histoire qui mêle le destin du monde depuis l’origine de la vie et celui d’une famille dans les années 1950. Avec à sa tête Brad Pitt et Sean Penn et entouré d’une aura de mystère, The Tree of Life fait très vite parler de lui. Attendu à Cannes en 2010, le film n’est pas prêt et sa sortie est repoussée sans date connue. Les cinéphiles doivent se contenter d’une magnifique bande-annonce en décembre suivant et patienter jusqu’au 64e Festival de Cannes en 2011, où le cinéaste mythique présente enfin son œuvre qui reçoit la récompense suprême, la Palme d’or.

Seulement deux ans ! Il faut attendre seulement deux ans avant de voir au cinéma un nouveau film de Terrence Malick, un record pour le cinéaste, connu pour prendre son temps entre deux films. En mars 2013, A la merveille met en scène Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel McAdams et Javier Bardem. Dans la lignée de The Tree of Life, le long métrage est une magnifique ode à l’amour. Preuve que le cinéaste est définitivement passé à un autre rythme : en 2015 sort Knight of Cups, soit l’histoire envoûtante d’un  auteur de comédies (Christian Bale) en pleine crise existentielle qui évolue dans le monde de la célébrité à Los Angeles.

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