BIBLE, EVANGILES, GALILEE (Terre Sainte), ISRAËL, JESUS-CHRIST, NOUVEAU TESTAMENT, TERRE SAINTE

La Galilée, la terre de Jésus

La Galilée, le pays où Jésus a vécu

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La Galilée (hébreu Ha-galîl, « le cercle, la région ») est une large région située dans le nord Palestine, traditionnellement divisée en trois parties:

la haute Galilée ;

la basse Galilée ;

la Galilée occidentale, aussi appelée « la côte nord de la Palestine».

 

Géographie

La Galilée est un massif montagneux rocailleux du nord de la Palestine  Son point culminant est le mont Méron, à plus de 1 200 mètres. Elle possède des températures douces et une pluviosité à même d’alimenter quelques cours d’eau et propre à l’agriculture. La Galilée englobe plus du tiers du territoire actuel de la Palestine, s’étendant de Dan au nord, au pied du mont Hermon, jusqu’aux monts Carmel et Guilboa au sud, et de la vallée du Jourdain du  à l’est jusqu’aux abords de la mer Méditerranée à l’ouest, en passant par les plaines de Jezreel et Akko. La particularité des frontières nord d’avant 1967 de l’État d’Israël forme le Doigt de Galilée.

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Toponyme d’origine hébraïque

Vient de l’hébreu, très ancien, dont l’origine et le sens évolue pour finir à la fin de la période de l’ancien testament dans le Livres des Maccabées ⟨1 M 5,15⟩ dans le sens « région des étrangers » (c’est à dire des juifs qui n’ont pas gardé la pureté de la tradition, sous des influences étrangères, ou aussi le sens d’une terre de mission, à enseigner, à convertir).

Le nom apparaît au pluriel dans le Livre de Josué, 13, 2, avec le sens de « contrées », puis semble désigner une région particulière. Dans le premier livre des Rois chapitre 9, versets 11 à 13, on apprend que Salomon récompensa Hiram pour certains services effectués par celui-ci en lui offrant une plaine parmi les montagnes de Nephtali. Hiram fut déçu du cadeau, et l’appela la « terre de Cabul ». Les Judéens l’appelèrent Galil. Dans les Livres des Maccabées, la Galilée est le théâtre de nombreux combats des Judéens qui se dressent contre la dynastie séleucide.

C’est là, en Galilée que l’histoire chrétienne (récit du Nouveau Testament)  situe l’origine de la famille de Jésus; dont sa ville de Nazareth d fait partie. Les trois premiers évangiles sont consacrés à ses activités dans cette région, décrite sous la forme symbolique et énigmatique d’un ensemble de déplacements dans tout le nord de la Palestine, ponctués à chaque étape par des exorcismes ou des miracles. L’expression de « Galilée des Nations » (Matthieu 4, 15, reprise d’Isaïe 8, 23) Galil haGoyim, laisse penser qu’elle symbolisait une région à convertir, face à la Judée et au Temple de Jérusalem. C’est peut-être aussi la trace de l’expression « Sagesse des Nations », les mots GLYL, Galil, Galilée, et HtKMH, Hokhmah, Sagesse ayant mêmes guématries. (Actes des Apôtres, 2, 7 : « ces hommes qui parlent, ne sont-ils pas galiléens ?) »

 

Histoire

La Galilée est souvent citée dans l’Ancien Testament, et sa partie septentrionale évoquée comme « la Galilée des Gentils » dans le Nouveau Testament. Elle est décrite par Flavius Josèphe qui évoque son histoire, son peuplement sa géographie, et lui donne deux parties : la Galilée supérieure, en grande partie peuplée de Gentils, et la Galilée inférieure, en grande partie peuplée de Juifs. Elle recouvrait avant la Captivité les territoires des tribus d’Issacar, de Zabulon, de Nephtali et d’Asher. Comme les Galiléens étaient de bons cultivateurs, plantant des figuiers, des oliviers, des noyers, des palmiers, des habiles artisans et de bons pêcheurs, la Galilée était prospère avec 400 villes, certaines très peuplées.

Durant la période romaine, sous l’Empereur romain Auguste (de 30 apr. J.-C. à 14 apr. J.-C.)  – l’empire ayant été divisé en provinces sénatoriales et impériales par l’Empereur Octave -, à la mort d’Hérode le Grand (-4) son royaume client est divisée en trois tétrarchies : la Judée : qui comporte outre les territoires de l’ancien royaume de Juda, la Samarie et l’Idumée) qui a été confiée à Hérode Archelaus, la Galilée qui a été donnée à Hérode Antipas, alors que Philippe le Tétrarque a reçu « la Batanée, avec la Trachonitide et l’Auranitide, une partie de ce qu’on appela le domaine de Zénodoré ». La tétrarchie de Philipe  est situé à l’est de la Galilée, sur l’autre rive du Jourdain.

La Galilée était située au nord de la Samarie, à l’ouest du fleuve Jourdain, voisine du pays des Phéniciens et des Syriens (syro-phénicie appartenant à la province de Syrie).Ses lieux significatifs étaient le mont Thabor, , le lac de Génézareth (lac de Tibériade). Selon Flavius Josèphe, les trois villes les plus importantes étaient : Tibériade, Séphoris cité importante qui sera renommée Diocesarée et qui deviendra la capitale de la Galilée sous Néron, Gabara (cité non localisée, située à l’est de Tarrychée). Il y a aussi Gishala, ville fortifiée au début de la révolte par Jean de Gischala. D’autres villes sont célèbres pour leur mention dans les évangiles ainsi que chez Joseph : Capharnaüm (cité où les Juifs avaient une synagogue), Chorazin. On y ajoute souvent Betsaïde (Julias), qui en fait est située juste à la frontière des territoires de la tétrarchie de Philippe, à l’Est du Jourdain. Le port de PtolémaIs (Acre) en grande partie peuplé de Grecs est situé hors de Galilée, en Syro-Phénicie. Nazareth, le lieu-dit où Jésus est probablement né, peut-être dans une grotte emménagée en étable, n’est mentionné dans aucun texte, ni inscription épigraphique, avant le IIIè siècle si on exclut les évangiles de l’enfance qui ne sont pas antérieurs à 80

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Les Galiléens étaient méprisés des Judéens qui leur reprochaient d’avoir une pratique religieuse impure, un langage grossier et d’avoir pour origine des Gentils mélangés à des descendants des Dix Tribus qui n’étaient pas partis en captivité (ou qui en étaient revenus). Considéré par la tradition juive autant que chrétienne comme originaire de Nazareth en Galilée, Jésus est souvent désigné par les Juifs comme « le Galiléen » (Yeshu haNotzri dans le talmud). Parmi ses disciples dont l’origine est discernable, quatre ne sont pas comptés comme Juifs mais comme « Galiléens » (Philippe, André et Pierre sont de Bethsaïde (Béthanie), à l’est de la Galilée – Jean 1, 44 – et Nathanaël de Cana, en Galilée aussi – Jean 21, 2). Les apôtres Jean et Jacques de Zébédée, Simon-Pierre et son frère André, sont recrutés par Jésus au bord du lac, vers Génézareth, où ils possédaient une de leurs résidence et où les Zébédée exploitaient une entreprise de pêche et de bateliers. Selon Flavius Josèphe, les Galiléens étaient des gens laborieux, ennemis de l’oisiveté et tellement guerriers qu’ils tenaient tête à toutes les nations voisines qui les harcelaient. Depuis la mort d’Hérode (-4), la Galilée connaît un grand nombre de révoltes, parfois dirigées par des hommes à prétention messianiques. Lors de la grande révolte, à part le siège de Jérusalem par les troupes de Titus en 70, c’est en Galilée qu’ont lieu les plus importants combats, parfois couronnés de succès tactiques (séquence de la bataille de Tarrychée, bataille navale sur le lac, bataille de Gamala où les romains perdent plusieurs milliers de légionnaires, leur troupe d’élite).

Sous l’Empereur Tibère (successeur de César Auguste), la province romaine de Judée est gouvernée et administrées par une suite de Préfet dont le plus célèbre est Ponce Pilate (26 – fin 36). La tétrarchie de Galilée est toujours administrée par Hérode Antipas (fils d’Hérode le Grand et de Malthaké), celle de Bathanée est administrée par le tétrarque Philippe (fils d’Hérode le Grand et de Cléopâtre de Jérusalem) jusqu’à sa mort en 34 et dont le problème de succession aboutira au célèbre meurtre de Jean le Baptiste par Hérode Antipas à la demande d’Hérodiade. Plus au nord, l’Abilène est placée sous la juridiction de Lysanias II.

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À la suite de la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70, la Galilée devint le centre spirituel du judaïsme. Elle abrita le Sanhédrin. Dans ses collines furent rédigés la Mishnaet et le Talmud de Jérusalem. De nombreux rabbins y vécurent et y sont enterrés, tels Rabbi-Ishmaël.

Après la prise de contrôle de la région par le califat arabe en 638, celle-ci fit partie du jund de Urdunn (Jourdain). Les Fatimides chiites prirent le contrôle de la région dans les années 900 ; une secte vénérant le calife Fatimide al-Hakim-bi-Amr-Allah forma la religion druze au centre-nord de la Galilée.

Durant les Croisades la Galilée fut organisée en une principauté de Galilée, une des plus importantes seigneuries des Croisades.

Au cours du XVIè siècle, la Galilée a connu une importante migration juive constituée essentiellement de Séfarades expulsés de la péninsule ibérique. Sous leur impulsion, la ville de Safed est devenu le centre mondial du mysticisme juif et de la diffusion de la Kabbale.

Au début du XXè siècle, la Galilée fut colonisée par les Arabes, les Druzes et des minorités telles que les Circassiens et les Juifs. La population juive fut grandement augmentée par l’immigation des juifs de la diaspora.

Après la création de l’État d’Israël et l’expulsion des Palestiniens en , 1948, la Galilée fut envahie par les forces syriennes mais fut finalement récupérée par Israël. Une grande partie de la population arabe prit la fuite, laissant des villages entiers vides ; toutefois, davantage de Palestiniens restèrent que dans la plupart des autres zones, particulièrement à cause d’un rapprochement avec les Druzes.

Dans les années 1950 à 1960, les kibboutz, autour de la mer de Galilée   subirent régulièrement les bombardements de l’artillerie de l’Armé syrienne depuis le plateau du Golan qui domine la région. Ces frappes syriennes cessèrent quand Israël envahit le plateau au cours de la guerre des Six Jours en 1967 puis l’annexa le 14 décembre 1981. Cette annexion est condamnée par le Conseil de sécurité des Nation unies   et n’est pas reconnue internationalement.

À la suite de son expulsion de Jordanie, l’Organisation de libération de la Palestine a lancé, depuis le Liban, des attaques sur des villages de la Haute Galilée dans les années 1970 et 1980. Ces attaques ont poussé Israël à envahir le Liban en mars 1978 puis en 1992 conduisant à la guerre..L’armée Occupante ne quitte le sud du Liban qu’en 2000.

Galilée moderne

Près d’un million d’Israéliens, dont approximativement la moitié sont Arabes, musulmans ou chrétiens, peuplent la Galilée. Il y a également une importante population Druze ainsi que des communautés de Bédouins, de Maronites et de Circassien. Les villes les plus peuplées sont Nazareth, Tibériade, Nahariya et Karmiel. L’économie est basée sur l’agriculture, l’industrie centralisée dans quelques parcs et le tourisme.

Safed est une plus petite ville mais qui tient une grande place dans le judaïsme. C’est l’une des quatre villes saintes juives, avec Jérusalem, Hébron et Tibériade. De célèbres rabbins, dont Moïse Cordovero, Isaac Louria, Yossef Karo et Salomon Alkabetz y ont vécu ou y sont enterrés. Il s’y déroule également un festival annuel de musique klezmer mondialement connu.

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Règne de Hérode le Grand et Hérode Antipas au temps de Jésus

Hérode le Grand et Hérode Antipas

 

Hérode le Grand

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Qui était Hérode ? Un grand roi ou un massacreur d’enfants ?

Qui était Hérode ? Un grand roi ou un massacreur d’enfants ? Le roi des juifs ou le collaborateur des romains ? Le portrait tracé par Matthieu correspond-il à la réalité ?

GenealogieHerodeleGrand

Jésus naît à la fin du règne d’Hérode. Celui-ci est monté sur le trône en l’an 37 avant notre ère et il est mort en – 4. En 33 ans de règne, il a marqué l’histoire d’Israël. Mais il a laissé un souvenir mitigé : on le qualifie de « Grand »… mais on lui attribue également de nombreux crimes.

Une personnalité puissante

Hérode semble être né pour régner et dominer. D’après l’historien juif Flavius Josèphe (premier siècle de notre ère), Hérode, physiquement, était un homme à la stature puissante, habile cavalier et excellent chasseur. On dit que jamais sa lance ne manquait son but.

Flavius Josèphe le décrit aussi comme un homme passionné, au caractère dur, intraitable. Par nature, la tendresse et les sentiments lui étaient inconnus. Il ne vivait que pour ses intérêts, n’hésitant pas à les défendre au prix du sang. Hérode craignait tellement de possibles rivaux qu’il fit assassiner certains de ses fils, à tel point qu’un jeu de mots ironique circulait sur Hérode : mieux valait être le “cochon” (hus en grec) d’Hérode que son “fils” (huios en grec).

Doté d’une vive intelligence, il avait compris qu’il ne pourrait se maintenir au pouvoir sans l’aide des Romains. Par conséquent, le principe dominant de sa politique a été de maintenir envers et contre tout, et surtout contre son peuple ! -une amitié indéfectible avec Rome où se rendait souvent pour rendre visite à l’empereur Agrippa… lequel vint aussi le voir à Jérusalem.

Hérode n’était pas un pantin. Il était arrivé au pouvoir grâce à son intelligence et à sa force. Il s’y est maintenu en usant tout à la fois de subtilité pour gagner la faveur des autorités religieuses juives, et de terreur en éliminant froidement les obstacles qui se présentaient.

Un historien juif, résume bien l’essentiel : « Telle fut l’histoire d’Hérode le Grand : des effusions de sang, des spoliations, des impôts écrasants, la débauche, le mépris des lois. La ruine des meilleurs éléments de civilisation, la plus accablante oppression politique, la perte des libertés, la méfiance régnant partout, l’espionnage, la flatterie et l’intrigue, et l’accroissement général de la misère, voilà ce qu’a été le règne d’Hérode. »

L’arrivée au pouvoir

La conquête du pouvoir a été pour Hérode un long chemin. Entraîné à la guerre dès sa jeunesse, il a remporté de petites victoires sur des groupes de brigands en Galilée. Cela a suffi à lui créer une réputation de guerrier redoutable. Remarqué par Rome, qui préférait exercer son pouvoir par personnage intermédiaire, il a été fait roi de Judée par le Sénat en 40 avant Jésus-Christ. Mais à Jérusalem il y avait une dynastie en place, celle des Hasmonéens. Il fallait donc qu’Hérode s’empare du trône et de la capitale. Il le fit en – 37 en éliminant le roi-prêtre Antigone. Impressionné par son efficacité et son absence de scrupules, Rome lui confie également trois autres régions : la Trachonitide, la Batanée et l’Auranitide.

Le rôle déterminant de Rome dans sa prise de pouvoir, ajouté au fait qu’Hérode était Iduméen (donc pas tout-à-fait Juif) a entraîné une forte hostilité du peuple et des chefs juifs. Les douze premières années de son règne (37 à 25) ont été une période de consolidation de son pouvoir. Sa politique de répression impitoyable a éliminé progressivement toute opposition. On rapporte ainsi qu’il a fait exécuter 45 partisans du roi et grand prêtre Antigone, dernier roi hasmonéen à régner. Au passage, il s’empare de tous leurs biens, s’assurant ainsi de revenus confortables qui lui permettent d’entreprendre de grands travaux. 

Les grands-prêtres et les scribes

Une fois écartée la dynastie hasmonéenne d’où était issus les grands-prêtres, Hérode confère ce pouvoir religieux à d’autres familles sacerdotales, moins virulentes du point de vue politique. Ces nouveaux grands-prêtres seront redevables à Hérode et deviendront ses alliés. Ils essayeront d’apaiser les critiques de Juifs qui reprochaient au roi son origine étrangère et son attitude envers la dynastie légitime. De plus, l’attirance d’Hérode pour la culture grecque n’arrangeait pas sa popularité. Dans ce contexte, les grands prêtres et les scribes l’aideront. Il n’est donc pas étonnant que, dans l’épisode de Mages, on les retrouve autours de lui.

Un grand bâtisseur

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La seconde période de son règne, de 25 à 13 avant J.-C., est marquée par une incroyable frénésie de constructions. L’empereur César Auguste ayant instauré la pax romana, dans tout l’Empire, la mode est à la construction de bâtiments en son honneur : temples, théâtres, amphithéâtres, stades…

Par goût personnel autant que pour que pour des raisons strictement politiques, Hérode se lance, lui aussi, dans de vastes projets. Il construit d’abord de nombreux temples en l’honneur de l’Empereur et, en 22, fait construire une nouvelle cité sur la côte, à laquelle il donne le nom de Césarée. Au centre de la ville, il érige évidemment un Temple dédié à César. Mais en même temps, pour se concilier la faveur du peuple juif, il restaure complètement le Temple de Jérusalem, bâti quatre cents ans plus tôt, après le retour d’exil. Voilà bien la personnalité d’Hérode, grand constructeur et habile homme politique.

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En tout cela Hérode vise toujours à préserver son prestige mais aussi sa sécurité. À Jérusalem il se construit un palais royal recouvert de marbre et d’or. Mais également une forteresse qui domine le Temple et à qui il donne le nom d’Antonia, en l’honneur de son premier soutien romain, Antoine. Une autre forteresse surgit dans le désert, près de Bethléem : l’Hérodion. Il refortifie d’anciennes places comme Massada, qui domine la Mer Morte, et Macheronte, de l’autre côté du Jourdain. Il fonde les villes de Sébaste, sur l’emplacement de l’ancienne Samarie, et Antipatris, à la mémoire de son père.

Cette frénésie de constructions révèle un trait caractéristique de la personnalité d’Hérode : il entend tout à la fois assurer la pérennité de son nom et consolider ses moyens de défense intérieure et extérieure. Hérode est un battant. Sous son règne, Israël a retrouvé les frontières telles qu’elles étaient à la grande époque de David et Salomon. D’un strict point de vue politique, le bilan d’un tel règne est loin d’être négatif.

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Une fin de règne troublée 

Malgré tous les efforts d’Hérode pour éliminer les prétentions de ses rivaux, les neuf dernières années de son règne seront marquées par des luttes de pouvoir internes. Hérode s’était marié plusieurs fois, avec des femmes d’origines différentes (juives hasmonéennes, iduméennes), et les enfants issus de ces mariages lui causant bien des soucis, il n’hésitera pas à les massacrer purement et simplement. Il fera ainsi périr trois de ses beaux-frères, trois de ses fils, dont un quelques jours seulement avant sa mort, et son épouse bien-aimée, l’Hasmonéenne Myriammé, qu’il chérissait entre toutes. Mais il ne se consolera pas de sa disparition !

 Comment faut-il appeler cet homme ? Hérode le Grand ou Hérode le Tyran ? Le deux qualificatifs ne s’opposent pas nécessairement. Il a fait de grande chose pour son peuple et a fait régner la paix. Mais à quel prix ! La communauté chrétienne en tous cas a gardé de lui le souvenir d’un homme cruel. Elle lui a opposé l’image d’un enfant venu apporter la véritable paix.

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© SBEV. Maurice Autané.

 

Hérode Antipas

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Fils d’Hérode le Grand mort en 4 av. J.-C., Hérode Antipas, nommé tétrarque de la Galilée et de la Pérée, gouverne de 4 av. J.-C. jusqu’en 39 apr. J.-C. Jean Baptiste et Jésus relèvent donc, en Galilée, de sa juridiction.

Tibériade 
Comme son père, Hérode Antipas se montre un bâtisseur. Il restaure Sepphoris, détruite par des insurgés à la mort d’Hérode le Grand. Il fonde Tibériade (entre 18 et 20) sur les rives du Lac, en l’honneur de l’empereur Tibère. La ville devient sa capitale. Selon Flavius Josèphe, le tétrarque dut pousser des gens de tout acabit à occuper le site, moyennant des franchises avantageuses : « Il savait en effet que cette fondation était contraire à la Loi et aux règles ancestrales des Juifs, puisque la construction de Tibériade se faisait sur des sépultures détruites, de surcroît nombreuses en cet endroit ; or, notre Loi déclare souillés pour sept jours (Nb 19,16) ceux qui s’installent en un tel lieu » (AJ XVIII, 38. Texte en Suppl. au C.E. 36, 1981, p. 66).
Jésus, Juif pratiquant, évoluera dans la Galilée rurale, dans un triangle de sept kilomètres de base et de trois kilomètres de hauteur, espace qui a Capharnaüm pour centre. Mais il ne fréquente pas ces villes nouvelles que le tétrarque organisait en cités (poleis) hellénistiques.
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Hérodiade 
Antipas avait épousé une princesse nabatéenne, fille du roi Arétas IV. Mais, en un imbroglio aux franges du vaudeville, il divorça pour épouser Hérodiade. Cette dernière était la fille d’Aristobule IV, frère d’Antipas. Elle était donc sa nièce ; mais, ayant épousé un autre Hérode, Philippe, elle était en même temps sa belle-sœur ! Pour les évangiles, ce sont les reproches du Baptiste contre cette liaison contraire à la Loi qui causent sa perte (Mc 6,17-20). Pour Josèphe, Antipas supprime le Baptiste parce que son message agite la population. Il a sans doute raison et les évangiles n’auront fait que sélectionner le motif moral du conflit. Et le peuple voit dans la défaite des armées d’Antipas contre Arétas IV, père de l’épouse répudiée, un châtiment divin sanctionnant le meurtre du Baptiste. La notice est d’autant plus importante que Jésus sortait sans doute des rangs de Jean et exerça d’abord une activité de baptiste (lire Jn 3,22-23).
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Exil 
Ami de Tibère (14-37), Antipas s’entremet pour négocier entre les Romains et les Parthes (vers 35). Mais son succès froisse l’orgueil de Vitellius, légat de Syrie, et ce faux pas signe sa perte. Antipas fut « un renard » (Lc 13,32), mais pas suffisamment. De toute façon, Caligula (37-41), successeur de Tibère, préfère Agrippa (Ier), fils d’Aristobule et frère d’Hérodiade, à son oncle Antipas et lui donne le titre de roi de Judée-Samarie. Jalouse et plus ambitieuse que son époux, Hérodiade pousse son mari à demander ce titre. Agrippa parvient alors à faire accuser son oncle d’entente avec les Parthes contre Rome. Antipas est exilé en Gaule à Lugdunum des Convènes (Saint-Bertrand-de-Comminges), et ses territoires sont cédés à Agrippa Ier.

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© Claude Tassin, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 144 (juin 2008), « Des fils d’Hérode à la 2e Guerre juive », p. 6-8.

ISRAËL, TERRE SAINTE

HISTOIRE D’ISRAËL

HISTOIRE D’ISRAËL
Géographie et histoire des débuts
La terre appelée Israël ou Palestine est un petit (10.000 milles carrés actuellement) territoire à l’extrémité orientale de la mer Méditerranée. Au cours de sa longue histoire, son étendue, sa population et ses occupants ont beaucoup changé. L’Etat actuel Israël occupe formellement tout le pays, du fleuve Jourdain à la Méditerranée, borné par l’Egypte dans le Sud, le Liban au Nord, et la Jordanie à l’Est. Les frontières reconnues Israël couvrent environ 78% de cette superficie. Le reste est divisé entre la zone occupée par Israël depuis la guerre des six jours en 1967 et des régions autonomes gérées par l’autorité palestinienne. La Bande de Gaza occupe de plus 365 km² au Sud d’Israël. Elle est sous le contrôle de l’Autorité palestinienne.
La Palestine a été habitée sans interruption depuis des dizaines de milliers d’années. On y a découvert des fossiles de l’homo Erectus, de l’homme de Neandertal et différents types entre ce dernier et l’homme moderne. A Jéricho, les archéologues ont trouvé du blé hybride EMER datant d’avant 8.000 B.C. Ce qui fait de Jéricho un des lieux d’activité agricole les plus anciens du monde. Les Amorrites, les Cananéens, et d’autres peuples sémites proches des Phéniciens de Tyr sont arrivés vers 2000 B.C. dans la région qui s’appelle alors le Pays de Canaan.

Les Royaumes Juifs
Les découvertes archéologiques indiquent que le peuple juif est issu des peuples indigènes de Canaan et des tribus qui ont envahi la contrée. Quelque part entre 1800 et 1500 av. J.-C., on pense qu’un peuple sémite appelé Hébreu (hapiru) a quitté la Mésopotamie pour s’installer en Canaan. Canaan était alors habité par différentes tribus y compris des peuples sémites, des Hittites et plus tard des Philistins, les peuples de la mer supposés être arrivés de Mycènes ou d’avoir appartenu aux peuples de la Grèce antique qui se sont également installés à Mycènes
Selon la bible, Moïse a emmené les Israélites, ou une partie d’entre eux, hors d’Egypte. Sous Josué, ils ont conquis les tribus et les villes-états de Canaan. Sur base des récits bibliques, on estime que vers 1000 av. J.-C., le Roi David a conquis Jérusalem et fondé un royaume israélite sur une grande partie de Canaan y compris des parties de la Transjordanie. Le royaume se divisa à la mort de Salomon, fils de David: la Judée au Sud et Israël au Nord. Jérusalem est resté le centre de la souveraineté et du culte juif chaque fois que les Juifs ont dominé le pays par la suite, jusqu’à la révolte juive de -133
Les Assyriens conquirent Israël vers -722 ou -721 . Les Babyloniens prirent Juda autour de -586 le temple de Salomon à Jérusalem fut détruit et un grand nombre de Juifs exilés. 50 ans plus tard, Cyrus, Roi de Perse, conquit Babylone. Cyrus a autorisé un groupe de Juifs de Babylone à reconstruire Jérusalem et à s’y installer. Cependant, un grand nombre de Juifs restèrent à Babylone où ils devinrent la première Diaspora juive. Après le rétablissement d’un état ou protectorat juif, les exilés babyloniens ont maintenu le contact avec les autorités de Jérusalem. Les Perses ont régné sur le pays d’environ- 530 à -331. Alexandre le grand conquit ensuite l’Empire perse. Après la mort d’Alexandre en -323, ses généraux ont divisé l’empire. L’un d’eux, Séleucos, fonda une dynastie qui a conquis une grande partie de la Palestine vers 200 B.C. Au début, les rois séleucides permirent la pratique du judaïsme. Plus tard, Antiochos IV a essayé de l’interdire. En -167 , les Juifs se sont révolté sous la conduite des Maccabées et soit chassèrent les Séleucides hors de Palestine soit gagnèrent au minimum une large autonomie pour leur nouveau royaume dont Jérusalem était la capitale. Le royaume a reçu la « protection » romaine et Juda Macchabée fût fait un « ami du sénat et du peuple romain » en -164 selon les historiens romains.
Palaestina – De l’Empire romain à l’Empire ottoman
Vers -61, les légions romaines de Pompée ont envahi Juda et mis Jérusalem à sac. Le pays passa sous contrôle romain. Les Romains l’appelèrent Judée. , Conformément à la foi chrétienne, Jésus Christ est né à Bethlehem dans les premières années de la période romaine. Les Romains ont maté les révoltes juives de 70 et 132. En 135, les Romains ont expulsé les Juifs hors de Jérusalem et appelèrent alors le pays Palaestina. Le nom de Palaestina, devenu Palestine en français, vient d’Hérodote, qui a employé le nom de Palaistine Syrie, « la Syrie philistine », pour parler de toute la région méridionale de la Syrie, La plupart des Juifs qui continuaient à pratiquer leur religion fuirent ou furent déportés de Palestine, formant une deuxième Diaspora juive. Cependant, des communautés juives continuèrent à exister en Galilée, au Nord de la Palestine. La Palestine a été gouvernée par l’empire romain jusqu’au quatrième siècle A.D. (300’s) quand elle devient une partie de l’empire byzantin. Le christianisme s’est répandu dans la majeure partie de la Palestine. La population se composa de Juifs convertis au christianisme et au paganisme, de peuples amenés par les Romains, et d’autres qui avaient probablement toujours habité la Palestine.
Au septième siècle (600), les armées arabes musulmanes partant du Nord de l’Arabie conquièrent la majeure partie du Moyen-Orient, y compris la Palestine. Jérusalem est conquise en 638 par le Calife Omar qui place les habitants sous sa protection. Les puissances musulmanes ont régné sur la région jusqu’au début des années 1900. Les chrétiens et les juifs étaient autorisés à garder leurs religions mais graduellement la majeure partie de la population locale a accepté l’Islam et la culture Arabe-Islamique de leurs dirigeants. Jérusalem est devenue sainte aux yeux des musulmans comme l’endroit d’où, selon la tradition, Mahomet est monté au ciel après une chevauchée nocturne miraculeuse sur son cheval Al-Buraq. La mosquée d’Al-Aqsa a été construite à l’emplacement de ce miracle, sur un lieu généralement admis comme celui où s’élevaient les temples juifs.
Les Turcs Seldjoukides ont pris la ville de Jérusalem en 1071. Ils ont régné moins de 30 ans sur la Palestine. En 1098, les Fatimides, basés en Egypte, ont tiré profit des luttes entre les Seldjoukides et les croisés chrétiens venus d’Europe pour s’allier avec ces derniers et capturer Jérusalem, Jaffa et d’autres régions de la Palestine. Cependant, les croisés rompirent l’alliance et envahirent la Palestine un an plus tard, prenant Jaffa et Jérusalem en 1099. Un grand massacre des défenseurs juifs et musulmans suivit et aucun Juif ne fut plus autorisé à habiter Jérusalem. Les croisés gardèrent la ville jusqu’en 1187, quand Saladin attaqua la Palestine et conquit Jérusalem. En vertu du traité avec Saladin, les croisés conservèrent un domaine le long de la côte de la Palestine. Cependant, les croisés rompirent le traité avec Saladin ainsi que les traités ultérieurs lors de plusieurs croisades successives qui essayèrent en vain de reprendre Jérusalem. En 1291, les croisés ont été expulsés avec la prise d’Acre par les musulmans. Suivit alors une période où les croisés lançaient fréquemment des raids de pillage contre la côte de Palestine. Pour réduire au minimum les bénéfices de ces incursions, les gouvernants musulmans ont retiré la population des côtes et pratiqué une politique de la terre brûlée dont le résultat fut le dépeuplement et l’appauvrissement considérable de la côte de la Palestine pour des centaines d’années.
Au milieu du 13ème siècle, les Mameluks, à l’origine des soldats-esclaves des Arabes, basés en Egypte, ont établi un empire qui, à terme, a inclus la Palestine. Les musulmans arabophones composaient la majeure partie de la population de la Palestine. Dans les dernières années 1300, des Juifs d’Espagne et d’autres régions méditerranéennes s’installèrent à Jérusalem et ailleurs dans la région. Les Ottomans battirent les Mameluks en 1517 et la Palestine devint une partie de l’Empire. Le Sultan invita les Juifs fuyant l’Inquisition espagnole à s’installer dans l’empire, y compris dans plusieurs villes de Palestine.
En 1798, Napoléon envahit la région. Cette guerre et la mauvaise administration des gouvernants égyptiens et ottomans qui suivirent, firent diminuer la population de la Palestine. Les Arabes et les Juifs sont partis pour des terres plus sûres et plus prospères. Les révoltes des Palestiniens arabes contre leurs dirigeants égyptiens et ottomans peuvent avoir contribué à la naissance du sentiment national palestinien. La réorganisation de l’Empire turc et son ouverture aux étrangers ont ramené un certain calme. Elles ont également permis le début de la colonisation juive par différents mouvements sionistes et proto-Sionistes. Les populations arabe et juive augmentèrent. Vers 1880, environ 24.000 Juifs habitaient la Palestine dont la population globale s’élevait à environ 400.000 personnes. Le gouvernement ottoman imposa alors de sévères restrictions à l’immigration et à l’achat de terres par les Juifs. Celles-ci furent éludées de diverses manières par les Juifs cherchant à coloniser la Palestine.
La naissance du sionisme – au dix-neuvième siècle, de nouveaux courants sociaux animèrent la société juive. L’émancipation des Juifs d’Europe apportée par la Révolution française sortit les Juifs du Ghetto et les exposa aux idées du monde moderne. Les concepts libéraux venus avec l’émancipation et les idées nationalistes modernes se mélangèrent avec les idées traditionnelles des Juifs au sujet d’Israël et de Sion. Le mariage de l’ »amour de Sion » avec le nationalisme moderne commença d’abord parmi la communauté juive Sépharade (d’Espagne et de l’est de l’Europe), où la tradition de la vie dans la terre des Juifs et du retour à Sion étaient restée un but pratique plutôt qu’une aspiration messianique et où l’hébreu était une langue vivante. Le rabbin Yehuda Alcalay vivait dans ce qui devint ensuite la Yougoslavie. Il a publié les premiers écrits sionistes dans les années 1840. Bien que pratiquement oubliées, ses idées prirent racine parmi quelques Juifs européens. L’émancipation des Juifs provoqua en Europe un nouveau type de mouvement social et politique fortement antijuif. Dès la fin du 19ème siècle l’oppression des Juifs en Europe de l’Est a servi de catalyseur à l’émigration des Juifs en Palestine.
Le mouvement sioniste fut formellement créé en 1897, lors du >le premier congrès sioniste à Bâle, organisé par Théodore Herzl. Le grand-père de Herzl connaissait les écrits d’Alcalay et il est très probable qu’ils l’ont influencé. Les Sionistes souhaitaient établir en Palestine « une patrie juive » sous souveraineté turque ou allemande. A l’origine, la plupart des Sionistes n’était pas concerné par la population arabe. Ils l’ignorait ou pensait qu’elle accepterait volontairement d’émigrer vers d’autres Etats arabes. De toute façon, ils envisageaient le peuplement de la Palestine par des millions de Juifs européens qui formeraient bientôt une majorité décisive dans le pays. Les Sionistes établirent des communautés agricoles à Petah Tikva, Zichron Jacob, Rishon Letzion et ailleurs. Plus tard ils ont établi la nouvelle ville de Tel Aviv au Nord de Jaffa. A la même époque, la population arabe de Palestine se développait rapidement. En 1914, la population totale de la Palestine était d’environ 700.000 dont à peu près 615.000 Arabes et 85.000 à 100.000 Juifs.
Première Guerre Mondiale – pendant la Première Guerre Mondiale (1914-1918), l’empire ottoman s’est rangé du coté de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie contre les Alliés. Un gouvernement militaire ottoman a gouverné la Palestine. La guerre fut dure pour les populations juives et arabes à cause des épidémies de choléra et de typhus. Cependant, elle fut plus difficile encore pour les Juifs. Le gouverneur militaire turc ordonna l’internement et la déportation temporaires de tous les ressortissants étrangers. Un grand nombre de Juifs étaient des ressortissants russes. Ils avaient pu entrer en Palestine malgré les restrictions à l’immigration en raison des concessions que la Turquie avait accordé aux citoyens russes. Ils avaient également conservé la citoyenneté russe pour éviter d’être mobilisés dans l’armée turque. Par conséquent, un grand nombre de Juifs ont été forcés de fuir la Palestine pendant la guerre. Un petit groupe a fondé le mouvement clandestin NILI qui a fourni des informations aux Anglais, afin de libérer le pays des Turcs. Les Turcs ont capturé des membres de NILI, mais il est admis que les informations qu’ils avaient fournies aidèrent la conquête britannique.
La Grande-Bretagne et la France projetaient de se répartir, après la guerre, les possessions ottomanes du Moyen-Orient. L’accord Sykes-Picot de 1916 prévoyait qu’une partie de la Palestine passe sous gouvernement britannique et qu’une autre partie soit placée sous un gouvernement allié commun. La Syrie et le Liban allaient à la France. Cependant, la Grande-Bretagne avait également offert, en échange du soutien arabe, de soutenir leurs demandes d’indépendance. Elle semble avoir promis les mêmes territoires aux Arabes. En 1916, les Arabes menés par T.E. Lawrence et soutenus par Shérif Husayn se révoltèrent contre les Ottomans. Ils étaient convaincus que la Grande-Bretagne les aiderait à établir l’indépendance arabe dans le Moyen-Orient. Les Arabes ont revendiqué plus tard que la Palestine soit incluse dans le secteur qui leur avait été promis mais les Anglais ont refusé.

Le Mandat britannique
La déclaration Balfour – en novembre 1917, avant que la Grande-Bretagne ait conquis Jérusalem et la région qui allait de nouveau être appelée la Palestine, elle a publié la déclaration Balfour. Il s’agissait d’une lettre adressée à Lord Rothschild, en réponse à une demande de l’organisation sioniste en Grande-Bretagne. La déclaration stipulait le soutien de la Grande-Bretagne à la création d’un foyer national juif en Palestine, sans violer les libertés civiles et religieuses des communautés non-Juives existantes. La déclaration était le résultat du lobbying fait par le petit mouvement sioniste britannique, particulièrement par le Dr Haim Weizmann, qui avait émigré de Russie en Grande-Bretagne, mais elle était motivée par des considérations stratégiques britanniques. Paradoxalement, peut-être, une motivation importante pour la déclaration a pu avoir été la croyance, inspirée par l’antisémitisme, que la juiverie internationale viendrait à l’aide des Anglais s’ils se déclaraient en faveur d’une patrie juive et la crainte que les Allemands étaient sur le point de publier un engagement similaire.
Lors de la conférence pour la paix de Paris en 1919, les représentants des sionistes et des Arabes ont plaidé leur cause et se sont rencontrés. Les sionistes présentèrent une carte de la région revendiquée pour le foyer national juif. Le Dr Weizmann et l’Emir Faysal signèrent un accord pour le soutien arabe à un foyer national juif. Faysal assura également le juge Frankfurter, représentant sioniste américain, de son appui à la cause sioniste. Cependant, Faysal conditionnait son soutien à la satisfaction des aspirations arabes en Syrie. Lorsque la Syrie fur donnée à la France en mandant de la Ligue des nations, Faysal retira son appui et nia même d’avoir signé une convention à ce sujet.
Après la guerre, la Ligue des Nations a transformé en territoires sous mandat une grande partie de l’Empire ottoman. Les Britanniques et les Français voyaient dans les mandats des instruments pour leurs ambitions impériales. Le Président Wilson des USA a insisté pour que les mandats soient conçus pour favoriser l’indépendance à terme. Les Anglais étaient déterminés à garder la France hors de Palestine. Ils décidèrent de demander un mandat qui devrait instaurer le foyer national juif de la déclaration Balfour, un projet qui serait soutenu par les Américains. Les Arabes s’opposaient à l’idée d’un foyer national juif, considérant que le pays maintenant appelé Palestine était leur terre. Les Arabes sentirent qu’ils couraient le danger d’être dépossédés par les sionistes. Ils n’avaient pas envie de vivre sous domination juive. Leur lobby poussa la commission américaine King-Crane , en faveur de l’annexion à la Syrie de la Palestine sous mandat. Plus tard, ils formèrent un mouvement national pour combattre les conditions du mandat. À l’instigation du Président américain Wilson, la commission King-Crane était chargée d’entendre les vues des habitants. Lors des auditions de la commission, Aref Pasha Dajani a exprimé au sujet des Juifs cette opinion, « leur histoire et leur passé montrent qu’il est impossible de vivre avec eux. Dans tous les pays où ils vivent actuellement, ils ne sont pas désirés… parce qu’ils parviennent toujours à sucer le sang de tout le monde… »
Dés lors, les sionistes avaient reconnu l’inévitabilité du conflit avec les Arabes palestiniens. David Ben Gourion, le futur dirigeant du Yishuv (la communauté des juifs en Palestine) et également le futur premier Premier-Ministre d’Israël, a indiqué lors d’une réunion de la direction du »Yishuv » juif en 1919 » tout le monde ne voit pas qu’il n’y a aucune solution à cette question… nous en tant que nation voulons que ce pays soit à nous, les Arabes comme nation, veulent que ce pays soit à eux. »
Les Sionistes et les autres ont présenté leur point de vue à la conférence de paix de Paris. Finalement, le plan britannique a été adopté. La répartition des droits entre la France et l’Angleterre a été beaucoup plus discutée que les préférences des habitants.
En 1920, la Grande-Bretagne a reçu un mandat temporaire » sur » une Palestine, qui s’étendait à l’Ouest et à l’Est du Jourdain. Le secteur du mandat (voir la carte à droite) donné à la Grande-Bretagne lors de la conférence de San Remo était beaucoup plus vaste que la Palestine historique telle qu’envisagée par les Sionistes, qui envisagaient une frontière orientale à l’Ouest d’Amman. Le mandat, basé sur la déclaration Balfour, a été formalisé en 1922. Les Anglais devaient aider les Juifs à établir un foyer national et favoriser la création d’autorités autonomes. Le mandat prévoyait une agence, plus tard appelée « l’agence juive pour la Palestine » qui représenterait les intérêts juifs devant les Anglais et favoriserait l’immigration juive. Cette agence juive n’a été créée qu’en 1929, suite au désir de créer un organisme qui représenterait tant les Juifs sionistes que les non-sionistes. L’agence juive en Palestine devint à bien des égards le gouvernement De-facto du Yishuv juif (la communauté des juifs en Palestine).
Le secteur accordé au mandat était beaucoup plus grand que celui demandé par les Sionistes. Il est possible que, comme l’a suggéré Churchill en 1922, les Anglais n’ont jamais pensé faire un foyer national juif de toute cette région. D’un autre côté, certains croient que la Grande-Bretagne n’avait au début aucun projet particulier pour une Transjordanie. Dans ses mémoires, Sir Alec Kirkbride, le représentant britannique à Amman, a écrit que’ »il n’y avait aucune intention à ce stade [ 1920 ] de transformer le territoire à l’Est du fleuve Jourdain en un état arabe indépendant. »
Cependant, Abdulhah, le fils du Roi Hussein du Hijaz, a marché sur la Transjordanie avec 2.000 soldats. Il a annoncé son intention de continuer sur Damas, de mettre les Français dehors et de rétablir la monarchie Hachémite. Sir Alec Kirkbride disposait de 50 policiers. Il a demandé conseil au Haut Commissaire britannique, Herbert Samuel qui lui a finalement répondu qu’il était peu probable qu’Abdulhah pénétrerait dans les zones de contrôle britanniques. Deux jours plus tard, Abdulhah marchait vers le Nord et, en mars 1921, il occupait le pays entier. Abdullah n’a fait aucune tentative de marcher sur Damas. Il n’a peut-être jamais prévu de le faire.
En 1922, les Anglais ont déclaré que la Palestine serait limitée à la région à l’Ouest du fleuve. Le pays à l’Est du fleuve, appelé la Transjordanie (maintenant la Jordanie), devint un mandat britannique séparé à qui par la suite l’indépendance fur donnée (voir la carte à droite). Certains sionistes se sentirent trahis suite a la perte d’une grande partie de ce qu’ils nommaient « la Palestine historique » en faveur de la Transjordanie. Ils formèrent le mouvement « Révisionniste », dirigé par Benjamin Ze’ev Jabotinsky.
Les Anglais voulaient établir en Palestine les gouvernements autonomes demandés par le mandat. Les Juifs étaient alarmés à la perspective de ces gouvernements dont la majorité serait arabe. Cependant, les Arabes n’acceptaient pas les propositions de créer des gouvernements qui incluraient des Juifs et finalement aucun n’a été créé. Les Arabes voulaient avoir à faire le moins possible avec les Juifs et le mandat. Ils ne participaient pas aux conseils municipaux, ni même à l’agence arabe que les Britanniques ont voulu créer en Palestine. Ormsby-Gore, sous-secrétaire d’état aux colonies, en concluait, ‘ »la Palestine est en grande partie habitée par les personnes peu raisonnables. »
Émeutes arabes et immigration juive – au printemps de 1920, comme à celui de 1921 et lors de l’été 1929, les nationalistes arabes opposés à la déclaration Balfour, au mandat et au foyer national juif, incitèrent les émeutes et les pogroms contre les Juifs de Jérusalem, Hébron, Jaffa et Haïfa. La violence a mené à la formation de l’organisation juive d’autodéfense Hagana en 1920. Les émeutes de 1920 et de 1921 ont reflété l’opposition à la déclaration Balfour et la crainte que les Arabes de Palestine soient dépossédés. Elles étaient probablement des tentatives de montrer aux Anglais qu’une Palestine devenue le foyer national juif, serait ingouvernable. Les instigateurs principaux étaient Haj Amin El-Husseini, qui allait devenir le Grand Mufti de Jérusalem, et Arif – EL Arif, un journaliste palestinien très connu. Les émeutes de 1929 eurent lieu dans le contexte d’un antagonisme nationaliste Juif-Arabe. Elles étaient attisées par les fausses rumeurs que les Juifs avaient l’intention de construire une synagogue au Mur des Lamentations ou d’attaquer d’une manière ou l’autre la gestion musulmane du complexe du Mont du Temple, y compris la mosquée Al-Aqsa. Ces pogroms ont mené à l’évacuation de la communauté juive de Hébron. Environ la moitié des 5.000 résidents du quartier juif de la vieille ville de Jérusalem ont également été forcés de se sauver. Les Anglais ont réagi avec le livre blanc de Passfield, qui essayait d’arrêter l’immigration en Palestine en application des recommandations du rapport Hope-Simpson, selon lequel dans le meilleur cas, moyennant un développement économique intensif, le pays ne pourrait plus accueillir que 20.000 familles immigrées en tout, sinon l’immigration juive déborderait sur la position de la population arabe existante. Des parlementaires britanniques et le mouvement sioniste critiquèrent vivement la nouvelle politique et le Premier Ministre Ramsay McDonald publia une « clarification » déclarant que l’immigration juive ne serait pas arrêtée.
L’immigration juive a gonflé dans les années 30, suite aux persécutions en Europe de l’Est, bien avant le nazisme. Un grand nombre de Juifs ont quitté la Pologne suite aux lois discriminatoires et aux dures conditions économiques. L’arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne a ajouté à ce flot de l’immigration. L’Agence juive conclut un accord, le Hesder, qui permettait aux Juifs de quitter l’Allemagne pour la Palestine en échange des devises dont le Reich avait besoin. Le Hesder a sauvé des dizaines de milliers des vies.
La Révolte arabe et le livre blanc – En 1936 de grandes émeutes, plus tard appelées la Révolte arabe, ont éclaté. La révolte a été menée par la famille de Husseini et par Fawzi El Kaukji, un ancien officier turc. Elle était, semble-t-il financée par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Des centaines d’Arabes et Juifs ont été tués dans cette révolte, qui s’est répandue rapidement suite au manque initial de préparation des autorités britanniques. La famille Husseini a tué des Juifs et des membres des familles arabes palestiniennes opposées à leur hégémonie. Le Yishuv a répondu par des mesures défensives et aussi par la terreur aveugle et les bombardements de cibles civiles arabes, commis par l’Irgun (Irgun Tsvai Leumi ou « Etsel, »). Etsel était le bras militaire clandestin du groupe révisionniste » dissident de droite, séparé du mouvement sioniste, dirigé d’abord par Vladimir Jabotière, et plus tard par Menachem Begin. Les commissions Peel et Woodhead de 1937 et de 1938 ont recommandé la division de la Palestine en un petit Etat juif et un grand Etat arabe. Les recommandations des commissions prévoyaient également de séparer les populations par le transfert volontaire d’Arabes et de Juifs. La direction juive a envisagé le plan mais les Arabes, en particulier le roi Séoud d’Arabie Saoudite, ont rejeté la partition et exigé que les Anglais diminuent l’immigration juive. Séoud a prévenu que si les Anglais ne suivaient pas les souhaits arabes en Palestine, les Arabes se retourneraient contre eux et s’allieraient avec leurs ennemis. Il disait que les Arabes ne comprenaient pas « l’attitude étrange de votre gouvernement britannique, et moins encore l’étrange influence hypnotique dont les Juifs, une race maudite par Dieu selon le Livre saint, et vouée à la destruction finale et la malédiction éternelle ensuite, semblaient disposer sur les ministres britanniques et les Anglais en général. »
En réponse aux émeutes, les Anglais ont commencé par limiter l’immigration. Le livre blanc de 1939 a fixé pour 5 ans l’immigration en Palestine à 15.000 Juifs par an. Ensuite, l’immigration serait sujette à l’approbation arabe. En même temps, les Anglais ont pris des mesures énergiques et souvent cruelles pour mater les émeutes. Husseini s’est enfui en Irak et de là en Allemagne nazie, d’où il a, plus tard, fait des discours à la radio en faveur des puissances de l’Axe. Il s’est également occupé de stopper l’immigration juive des pays neutres et a organisé des escadrons de la mort pour la SS en Yougoslavie.
L’Holocauste – Au cours de la Seconde guerre mondiale (1939-1945), beaucoup d’Arabes et de Juifs de Palestine ont rejoint les forces alliées quoique quelques dirigeants arabes et palestiniens étaient favorables à la cause nazie. Les Juifs avaient une motivation particulière pour combattre les Allemands suite à leur persécution des Juifs et les suspicions grandissantes que les nazis étaient en train d’exterminer systématiquement les Juifs d’Europe. Ces suspicions furent plus tard confirmées et l’extermination des Juifs d’Europe est maintenant connue comme l’Holocauste. La menace d’extermination a également fortement augmenté la pression en faveur de l’émigration vers la Palestine mais les portes de la Palestine étaient fermées par le Livre Blanc britannique. En 1941, dans une amnistie générale, les Britanniques libérèrent les chefs de la Haganah clandestine. Ceux-ci s’allièrent aux britanniques pour combattre les Allemands..
Immigration illégale – les Juifs ont réagi au livre blanc en organisant l’immigration illégale en Palestine depuis l’Europe occupée. Ils créèrent une organisation d’immigration illégale » (Hamossad L’aliya parié). L’immigration illégale eut lieu entre 1939 et 1942 jusqu’à ce qu’un blocus britannique serré la rendit impossible et puis entre 1945 et 1948. Des bateaux déglingués remplis de réfugiés essayaient d’atteindre la Palestine. Plusieurs de ces bateaux ont coulés ou ont été capturés par les Anglais ou les nazis et renvoyés ou expédiés aux îles Maurice ou vers d’autres destinations pour y être internés. Le Patrie (également appelé « Patra ») a été remorqué au port de Haïfa avant d’être envoyé aux îles Maurice. Pour empêcher le transbordement, la Hagannah a placé sur le bateau, le 25 novembre 1941, une petite charge explosive, pensant qu’elle créerait une bréche dans la coque. Au lieu de cela, le bateau a coulé et 252 vies ont été perdues. Quelques semaines plus tard, le SS Bulgarie a accosté à Haïfa avec 350 réfugiés juifs avant de repartir avec eux vers la Bulgarie. Le Bulgarie a chaviré dans les détroits turcs, tuant 280 personnes. Le Struma, avait quitté Constanta en Roumanie avec 769 réfugiés. Il a accosté à Istanbul le 16 décembre 1941 pour des réparations au moteur et à la coque. Les Turcs ont refusé l’asile aux réfugiés. Les Anglais n’ont pas accepté le transbordement vers les îles Maurice ni l’entrée en Palestine. Le 24 février 1942, les Turcs ont ordonné au Struma de quitter le port. Il a coulé entraînant la perte de 428 hommes, 269 femmes et 70 enfants. Apparemment, il a été torpillé par un sous-marin soviétique, soit parce qu’il a été confondu avec un bateau nazi ou plus probablement parce que les Soviétiques avaient accepté de collaborer avec les Anglais pour bloquer l’immigration juive.
La Déclaration Biltmore – Des rapports sur les atrocités nazies devinrent progressivement fréquents et plus précis. Malgré le besoin vital de trouver un asile pour des réfugiés, les portes de la Palestine demeurèrent fermées à l’immigration juive. La direction sioniste se réunit en 1942 à l’hôtel Biltmore de New York . Ils déclarèrent qu’ils supportaient la transformation de la Palestine en un membre juif du Commonwealth. Il ne s’agissait pas seulement de revenir à la déclaration Balfour répudiée par le Livre blanc des Anglais mais de la réaffirmer des buts sionistes au-delà de ce document et de conclure que les Anglais étaient en principe plus un ennemi qu’un allié.
L’assassinat de Lord Moyne – Le 6 novembre 1944, des membres du mouvement clandestin juif Lehi, Eliyahu Hakim et Eliyahu Beit-Zuri ont assassiné Lord Moyne au Caire. Moyne, un anti-Sioniste connu, était Ministre d’Etat pour le Moyen-Orient et le responsable de faire appliquer le Livre Blanc de 1939 – c’est à dire d’empêcher par la force l’immigration juive vers la Palestine. L’assassinat n’a pas changé la politique britannique mais il a poussé Winston Churchill contre les Sionistes. Hakim et Beit-Zuri ont été capturés et pendus par les Anglais en 1945.
La Saison (la « Sézon ») – L’Agence Juive et la direction Sioniste ont cru que la réaction des Anglais et du monde à l’assassinat de Lord Moyne pouvait compromettre après la guerre la coopération que les Anglais avaient laissé sous-entendre et pouvait mettre en danger le yishuv juif s’il en venait à être perçu comme l’ennemi de la Grande-Bretagne et des Alliés. En conséquence, ils se lancèrent dans une campagne, connue en hébreu comme la « Sézon » (« Saison »), contre le Lehi et l’Irgun. Des membres de ces groupes furent ostracisés. Des chefs ont été capturés par la Haganah, interrogés et parfois torturés, et environ mille personnes ont été livrées aux Anglais.
Personnes déplacées- Après la guerre, on a découvert que les Allemands avaient massacré six millions de Juifs dans l’Holocauste. Ces personnes avaient été piégées en Europe parce que pratiquement aucun pays ne leur donnait asile. Les Sionistes ont estimé que la limitation britannique à l’immigration vers la Palestine a coûté des centaines de milliers de vies. Les Juifs essayèrent alors par tous les moyens d’amener en Palestine les Juifs survivants en Europe, environ 250.000 personnes vivant dans les camps de personnes déplacées.
Résistance unie – A l’été 1945, le parti travailliste est élu au pouvoir en Grande-Bretagne. Ils avaient promis qu’ils annuleraient le Livre Blanc britannique et soutiendraient un Etat juif en Palestine. Cependant, ils sont en fait revenus sur leur promesse. Ils ont poursuivi et redoublé leurs efforts afin d’arrêter l’immigration juive. La Haganah s’efforça d’introduire illégalement les immigrés en Palestine. Les groupes sionistes clandestins rivaux se sont alors uni, et tous, en particulier, les groupes dissidents terroristes, l’Irgun et le Lehi (le gang « Stern ») ont commencé une campagne violente pour pousser les Anglais à quitter la Palestine. Leurs bombes ont attaqué des trains, des gares de chemin de fer, un club des officiers, et le quartier général britannique à l’Hôtel King David. Ils ont également enlevé et assassiné du personnel britannique. En Grande-Bretagne, les journaux et les politiciens ont commencé à exiger que le gouvernement en finisse avec le conflit et cesse de mettre en danger les vies des soldats britanniques.
Les USA et d’autres pays ont fait pression sur les Anglais pour qu’ils permettent l’immigration. Une commission d’enquête Anglo-Américaine a recommandé de permettre à 100.000 juifs d’immigrer immédiatement en Palestine. Les Arabes ont fait également pression sur les Anglais mais pour bloquer cette immigration. Les Anglais ont jugé la Palestine ingouvernable et rendu leur mandat aux Nations Unies, successeur de la Ligue des Nations. Le rapport du Comité Anglo-Américain a établi un aperçu détaillé de la période du Mandat britannique de la situation de sécurité en Palestine, ainsi qu’un rapport sur l’Holocauste et la situation des Juifs européens.
Partition – la Commission spéciale des Nations Unies sur la Palestine (UNSCOP) a recommandé que la Palestine soit scindée en un Etat arabe et un Etat juif. La commission prévoyait de placer Jérusalem sous une administration internationale. Le 29 novembre 1947 l’Assemblée Générale de l’ONU a adopté ce plan, la résolution de l’ONU (GA 181), avec l’appui des USA et de l’Union soviétique, en particulier, l’appui personnel du Président américain Harry S. Truman . Sans doute, beaucoup de facteurs ont contribué à la décision de Truman de soutenir la partition, y compris des considérations de politique intérieure et un lobbying sioniste intense. Pourtant Truman a écrit dans son journal intime : »Je pense que la chose à faire et ce que j’ai fait est de faire ce que je crois juste et d’envoyer tout le monde au diable. »
Les Juifs ont accepté la décision de l’ONU mais les Arabes l’ont rejetée. La résolution divisait le pays en deux parties approximativement égales dans un arrangement compliqué avec des frontières en zigzag. L’intention était d’établir une union économique entre les deux Etats et des frontières ouvertes. Au moment de la partition, un peu moins de la moitié de toute la Palestine était la propriété d’Arabes, un peu moins de la moitié était domaine public, les « terres de la couronne », et environ 8% était possédés par des Juifs ou par l’Agence juive. Il y avait environ 600.000 Juifs en Palestine, presque tous vivant dans les secteurs alloués à l’Etat juif ou dans la zone internationale de Jérusalem, et à peu près 1,2 millions d’Arabes. La répartition de la terre par la Résolution 181 créait deux secteurs avec respectivement des majorités juive et arabe. Jérusalem et ses environs étaient internationalisés. La population juive proportionnellement importante de Jérusalem et de ses environs, soit 100.000 personnes, était géographiquement coupée du reste de l’Etat juif par une zone relativement grande, le ‘Corridor » attribué à l’Etat palestinien. Le Corridor comprenait les villes arabes très peuplées de Lod et de Ramla et les villes plus petites de Qoloniyeh, d’Emmaüs, de Qastel et d’autres qui gardaient la route de Jérusalem.
Il est bientôt devenu évident que l’arrangement ne pourrait pas fonctionner. L’antagonisme mutuel rendrait impossible que l’une ou l’autre communauté tolère l’autre. L’ONU ne voulait pas et ne pouvait pas imposer l’internationalisation de Jérusalem. La Ligue Arabe, à l’instigation de Haj Amin Al-Husseini, a déclaré la guerre dans le but de débarrasser la Palestine des Juifs. En fait cependant, chaque pays arabe avait son propre agenda. Abdulhah, le roi de Jordanie, avait conclu un accord informel et secret avec Israel, négocié avec Golda Meir, lui permettant d’annexer les territoires palestiniens de la Rive occidentale du Jourdain, empêchant de ce fait la formation d’un Etat palestinien. La Syrie voulait annexer la partie Nord de la Palestine, y compris des secteurs juifs et arabes.
L’histoire moderne D’Israel et Palestine

La guerre de l’indépendance – la guerre 1948 – la guerre de l’indépendance, appelée également la guerre de 1948, est divisée en deux périodes : la période avant et la période après l’indépendance. Les affrontements entre les groupes israéliens clandestins et arabes irréguliers ont commencé pratiquement dès que l’ONU a approuvé la résolution de partition. Pendant ce temps, les pays arabes n’ont pas envahi bien que la Légion de Jordanie ait aidé l’attaque contre Gush Etzion, un petit bloc de colonies installées dans le territoire assigné à l’Etat palestinien au Sud de Jérusalem.
Avant l’Indépendance – pendant la période avant la proclamation de l’Indépendance israélienne, deux armées de volontaires irréguliers arabes, dirigées par Haj Amin El Hussein dans la région de Jérusalem, et par Fawzi El Kaukji en Galilée, ont placé leurs combattants dans les villes arabes et conduit, sous les yeux des Anglais, diverses agressions contre les villes et villages juifs. Kaukji et ses irréguliers furent autorisés par les Anglais, à passer de Syrie en Palestine moyennant l’engagement de ne pas engager d’actions militaires mais il a bientôt rompu l’accord et attaqué à travers la Galilée. Les irréguliers arabes ont été combattus par l’armée clandestine sioniste, la Haganah, et par les groupes clandestins des factions dissidentes de l’Irgoun et du Lehi
À Jérusalem, les émeutes arabes ont éclaté les 30 novembre et 1er décembre 1947. Les irréguliers palestiniens ont coupé l’approvisionnement en nourriture, eau et carburant de Jérusalem durant un long siège qui a commencé à la fin de 1947. Les combats et la violence éclatèrent immédiatement dans tout le pays, y compris les embuscades des transport, le blocus de Jérusalem, des émeutes telles que les troubles à la raffinerie de Haïfa les massacres à Gush Etzion ( commis par les Palestiniens) et à Deir Yassin (par les Juifs). Les Palestiniens arabes ont commencé à abandonner leurs villes et villages pour échapper aux combats. Ainsi, la majeure partie de la population arabe de Haïfa est partie en mars et avril 1948, en dépit des appels des fonctionnaires juifs et britanniques pour qu’ils restent.
Les Anglais ont peu fait pour arrêter le combat mais les hostilités restaient limitées, des deux côtés, par le manque d’armes et de soldats formés. Au commencement, les Palestiniens ont eu un avantage clair et un rapport de mars, 1948 de la Haganah sur les opérations a jugé la situation critique, particulièrement dans la région de Jérusalem. On convient généralement qu’avril 1948 a marqué un tournant dans le combat, avant l’invasion des armées arabes, en faveur des forces juives dépassées initialement en armes et en effectif. Pour briser le siège de Jérusalem, la Haganah a activé prématurément le « plan Dalet » – un plan préparé pour la défense générale et censé n’être mis en application qu’au départ des Anglais. Il a exigé l’utilisation des forces armées et de tactiques de troupes régulières combattant ouvertement plutôt que clandestinement. Il prévoyait également l’évacuation « provisoire » des civils arabes des villes dans certains secteurs stratégiques, tels que le corridor de Jérusalem. Cette disposition a été citée comme preuve que les Sionistes ont projeté à l’avance l’exode et l’expulsion des civils arabes.
La Haganah a monté sa première opération de grande envergure, l’opération Nahshon, avec 1.500 soldats. Elle a attaqué les villages arabes de Qoloniyah et de Qastel, occupés par des forces irrégulières arabes après la fuite des villageois sur la route de Jérusalem. Elle a brisé temporairement le siège, permettant aux convois d’approvisionnements d’atteindre la ville. Qastel est tombé le 8 avril et le principal commandant militaire palestinien, Abdel Khader Al-Husseini y a été tué. Qoloniyeh est tombé le 11 avril. Dans le Nord, l’armée du Salut de Fawzi El-Kaukji a été repoussée lors de la bataille de Mishmar Haemeq, le 12 avril 1948. Ces succès aidèrent à convaincre le Président Truman que les Juifs ne seraient pas écrasés par les forces arabes et lui ont fait abandonner la proposition de tutelle que les Etats-Unis avaient déposée plus tôt à l’ONU . A la suite d’attaques par des Arabes irréguliers, Irgoun a attaqué la ville arabe de Jaffa, juste au Sud de Tel Aviv. Les Palestiniens se sont sauvés en masse en dépit des appels des Anglais pour qu’ils restent.
L’invasion arabe – En dépit de leurs déclarations belliqueuses, les gouvernements des pays arabes voisins étaient plus réticents à entrer en guerre contre Israël qu’on ne le pense généralement. Cependant la peur de la pression populaire combinée avec la crainte que les autres Etats arabes gagneraient un avantage sur eux en combattant en Palestine aidèrent à persuader la Syrie, la Jordanie et l’Egypte d’entrer en guerre. Quoique officiellement, ils se battaient en conformité avec un plan unique, il n’y avait en fait qu’une faible coordination entre eux.
Le 14 mai 1948, les Juifs ont proclamé l’Etat indépendant de Israël, et les Anglais se sont retirés de Palestine. Au cours des jours et semaines qui ont suivi, les pays arabes voisines ont envahi la Palestine et Israël Les combats ont duré de brèves périodes séparées d’accords de cessez-le-feu (des trêves ont été déclarées du 11 juin au 8 juillet 1948 et du 19 juillet au 15 octobre 1948).
Au départ, les armées égyptiennes et syriennes ont remporté des succès notables. En particulier, les Egyptiens, soutenus par des tanks, de ‘artillerie, des avions dont Israël ne disposait pas, parvenaient à isoler tout le Néguev et à occuper des régions qui avaient été assignées à l’Etat juif. Dans son livre, « Dans les champs de Philistine: (bisdoth palesheth), l’activiste pacifiste israélien Uri Avnery raconte comment l’armée égyptienne a essayé une attaque blindée massive contre Tel Aviv. Les tentatives palestiniennes d’installer leur Etat ont été bloquées par l’Egypte et la Jordanie. La Jordanie a respecté son accord de ne pas envahir des régions assignées à l’Etat juif, contrairement à la Syrie et à l’Egypte. L’attaque a été repoussée par quelques avions Messerschmitt récemment arrivés de Tchécoslovaquie. Les Syriens avancèrent dans le territoire qui avait été alloué à l’Etat palestinien.
Si la Jordanie n’envahissait pas le territoire juif, la Légion arabe empêchait l’arrivée à la partie juive assiégée de Jérusalem des convois partis de ses positions fortifiées du Latrun. Jérusalem aurait dû être internationalisée selon les résolutions 181 et 303 de l’Assemblée Générale des nations Unies. la résolution 303 de la résolution 181 de l’Assemblée générale de l’ONU et de l’Assemblée générale de l’ONU. Les positions jordanienne dans le Latroun (ou Latrun) ne purent pas être conquises malgré plusieurs attaques sanglantes. Pour les contourner, les Israéliens ont finalement construit une « route de Birmanie « . Terminée en juin 1948, elle a permis de briser le siège de Jérusalem.
Le premier cessez-le-feu et l’Altalena – Le cessez-le-feu de juin a donné à toutes les parties un répit pour se regrouper et se réorganiser. Les Arabes ont commis une erreur majeure en acceptant la trêve. Les Israéliens en ont tiré profit pour se réorganiser et recruter et former des soldats. Ils pouvaient maintenant apporter de grandes cargaisons d’armes, en dépit des restrictions du traité, et former et organiser une vraie force de combat de 60.000 hommes qui leur a donné pour la première fois, l’avantage en effectif et en armement. La trêve a probablement sauvé Jérusalem, au bord de la famine. Pendant la longue trêve, les forces clandestines de la Haganah, du Palmach, de l’Irgoun et de Lehi ont été amalgamées en une armée nationale unique, la force de défense d’Israël (Tsahal). Les révisionnistes du mouvement Irgoun ont essayé d’introduire en Israël la cargaison d’armes d’un bateau appelé l’Altalena. Leur but était de maintenir une force de combat séparée. Le Premier Ministre israélien Ben Gourion a commandé à Tsahal de couler l’Altalena quand Menachem Begin, le chef de l’Irgoun, a refusé de renoncer à sa cargaison d’armes. Les Palestiniens et les Arabes n’ont pas bien utilisé le répit. Une grande cargaison d’armes destinées aux Palestiniens a été bloquée par Tsahal/Haganah et n’a jamais atteint la Syrie. Les Etats arabes étaient réticents à engager plus d’hommes dans la lutte comme de dépenser plus d’argent.
La reprise de la guerre – La guerre avec les Egyptiens avait été statique car ils étaient isolés dans la poche de « Faluja » dans le centre d’Israël. Après l’expiration du cessez-le-feu, Israël a porté la guerre contre les Egyptiens dans leur territoire en pénétrant dans la péninsule du Sinaï. Tsahal a été forcée de se retirer après des rencontres avec des avions britanniques.
Dans le Centre, Tsahal a conquis un arc de cercle de terre et ouvert le « Corridor » entre Jérusalem et le reste d’Israël. Au cours des dix jours de combat entre les deux trêves, les Israéliens ont envahi les villes arabes de Lod et de Ramla qui bloquaient la route de Jérusalem. Ils ont expulsé la plupart des Palestiniens qui vivaient là, après en avoir tué un grand nombre. Ils ont détruit de nombreux petits villages palestiniens autours de Tel-Aviv, de sorte que pratiquement aucun Palestinien ne restait dans le centre d‘israël. .Le conflit a créé à peu près autant de réfugiés juifs des pays arabes. Beaucoup d’entre eux furent privés de leur propriété, de leurs droits et de leur nationalité. Israël n’a pas initié des demandes d’indemnisation de ces réfugiés.
La défaite arabe et la naissance du problème des réfugiés – En dépit des reculs initiaux, leur meilleure organisation, les succès des services de renseignement ainsi que l’arrivée opportune de cargaisons clandestines d’armes, ont permis aux juifs de gagner une victoire décisive. Les Arabes et les Palestiniens ont perdu leur avantage initial parce qu’ils ne se sont pas organisés ni unis. Quand le combat s’est terminé en 1949, Israël occupait des territoires au-delà des frontières fixées par le plan de l’ONU – un total de 78% de la région à l’Ouest du fleuve Jourdain. L’ONU n’a fait aucune tentative sérieuse pour imposer l’internationalisation de Jérusalem, alors divisée entre la Jordanie et Israël par des barrières de barbelés et des zones de no man’s land. Le reste du secteur assigné à l’Etat arabe a été occupé par l’Egypte et la Jordanie. L’Egypte avait la bande de Gaza et la Jordanie tenait la Rive occidentale. Environ 726.000 Arabes s’étaient enfuis ou avaient été poussés hors d’Israël. Ils devenaient des réfugiés dans les pays arabes voisins. Les pays arabes ont refusé de signer un traité permanent de paix avec Israël En conséquence, les frontières d’Israël établies par la commission d’armistice n’ont jamais reçu de reconnaissance internationale de jure (légale).
L’ONU a arrangé, en 1948 et en 1949, une série de cessez-le-feu entre les Arabes et les Juifs. La résolution 194 de l’ONU GA a réclamé la cessation des hostilités et le retour des réfugiés qui souhaitaient vivre dans la paix. La résolution 62 du Conseil de sécurité a réclamé l’exécution d’accords d’armistice qui mèneraient à une paix permanente. Les frontières de Israël ont été établies suivant « la ligne verte » des accords d’armistice de 1949.). Ces frontières n’ont pas été reconnues par les Etats arabes, qui continuaient à refuser de reconnaître Israël. Bien que les hostilités aient cessé, le problème des réfugiés n’a pas été résolu. Les négociations ont bloqué lorsqu’Israël a refusé de réadmettre plus qu’un petit nombre de réfugiés. L’URSS, au début favorable à l’Etat sioniste, s’aligna avec les pays arabes. En dépit du soutien continu des USA pour l’existence de Israël, l’aide américaine vers Israël était minimale et n’a pas inclus d’aide militaire pendant les administrations de Truman et d’Eisenhower. Les forces de défense d’Israël (Tsahal) étaient équipées d’armes de surplus achetées en troisième main et d’avions et de blindés légers français. Les pays arabes, particulièrement la Syrie et Egypte, ont commencé à recevoir de grandes quantités d’aide militaire soviétique. La Ligue arabe a institué un boycott économique contre Israël. Il a été respecté en partie par la plupart des nations industrielles et est resté en vigueur jusque dans les années 90.
La campagne du Sinaï – A la suite du renversement du Roi Farouk d’Egypte par les officiers libres dirigés par Naguib et Nasser, l’Egypte fait quelques mouvements en direction de la paix avec Israël. Cependant, en 1954, un réseau d’espionnage israélien était capturé alors qu’il tentait de faire sauter l’agence d’information américaine et d’autres institutions étrangères installées en Egypte. Le but était de créer une crise entre les USA et l’Egypte et d’empêcher un rapprochement. En Israël, le ministre de la défense Pinhas Lavon et le Premier ministre David Ben Gourion ont chacun démenti leur responsabilité dans l’action, et se sont accusés réciproquement. Cet incident est connu indifféremment comme « l’affaire de Lavon » et « l’affaire honteuse.. L’Egypte est devenue soupçonneuse des intentions israéliennes, et a commencé à négocier l’achat de grandes quantités d’armes. Quand celles-ci lui ont été refusées par l’Ouest, les Egyptiens se sont tournés vers les pays du Bloc de l’Est. Ils ont fait affaire avec la Tchécoslovaquie. Le Président égyptien Gamal Nasser a également fermé aux transports israéliens le détroit de Tiran et le canal de Suez. Les stratèges israéliens ont cru que l’Egypte ferait la guerre ou lancerait une épreuve de force diplomatique dès que les armes seraient opérationnelles. Israël a également recherché un approvisionnement en armes. Il les a achetées à la France. Des incursions répétées de palestiniens et d’Egyptiens de Gaza à travers la frontière ont provoqué des représailles israéliennes de plus en plus graves, amenant à leur tour de plus grandes incursions. L’évaluation des « activistes » israéliens tels que Moshe Dayan était que Israël devait faire une guerre préventive avant que l’Egypte n’ait entièrement intégré ses nouvelles armes.
Au cours de l’été 1956, Israël, la France et la Grande-Bretagne se sont entendus sur une action visant à annuler la nationalisation du canal de Suez. Israël envahirait le Sinaï et ses parachutistes prendraient la passe de Mitla. La Grande-Bretagne et la France émettraient un ultimatum avant de débarquer des troupes, ostensiblement dans le but de séparer les parties. L’exécution du plan commença le 29 octobre 1956. Israël a vite conquis le Sinaï. Les Etats-Unis étaient irrités contre Israël, la Grande-Bretagne et la France. La résolution 997 de l’Assemblée générale de l’ONU a réclamé leur retrait immédiat. Les troupes israéliennes sont restées un bon nombre de mois dans le Sinaï avant de se retirer sous la pression de l’ONU et en particulier des Etats-Unis. Israël a obtenu la garantie que les voies d’eau internationales resteraient ouvertes à la navigation entre Israël et les USA et l’installation d’une force de l’ONU dans le Sinaï.
La naissance du Fatah – Yasser Arafat, un Palestinien né en Egypte, a grandi dans la bande de Gaza. Il a été un membre de l’Ikhwan (les Frères musulmans) et du Futtuwah (faction armée palestinienne de Haj Amin El Husseini). Recruté en 1955 par les services de sécurité égyptiens alors qu’il étudiait au Caire, il a fondé l’Union Générale des Etudiants Palestiniens (GUPS). En 1957 il s’est déplacé au Koweït où avec Khalil Al Wazir (Abu Jihad) Farouq Qadumi, Khalid al Hassan et d’autres, il a fondé le Comité de libération de la Palestine, plus tard renommé le Fatah (l’acronyme renversé de Harakat Tahrir Filistin – le mouvement de libération de la Palestine), modelé sur le FLN algérien.
1967 – La guerre des 6-jours – la tension a commencé à monter entre Israël et les pays arabes au cours des années 60. Israël a commencé la réalisation de son plan national de l’eau, pompant l’eau de la mer de Galilée pour irriguer le Sud et le Centre d’Israël. Le projet se conformait au plan proposé, en 1955, par le délégué américain Eric Johnston, en accord avec des ingénieurs arabes mais auquel les gouvernements arabes avaient refusé de participer pour ne pas reconnaître implicitement Israël. Lors de réunions secrètes, Israël et la Jordanie ont accepté de respecter les quotas fixés par ce plan.
Le mouvement palestinien Fatah, nouvellement créé, considéra, pour catalyser leur révolution, le captage de l’eau par les Israéliens comme un » acte impérialiste. Yasser Arafat commença à appeler à la guerre pour éliminer Israël. Yasser Arafat commença à appeler à la guerre pour éliminer Israël. Dans le journal du Fatah, Filistinunah, ( « Notre Palestine ») Arafat ridiculisait l’impuissance du Président égyptien Nasser et d’autres dirigeants arabes et réclamait une action efficace contre Israël. Nasser a décidé de fonder l’organisation de libération de la Palestine (OLP) comme une alternative » apprivoisée » au Fatah et a placé à sa tête Ahmed Shukhairy, un diplomate inefficace et pompeux.
Les Syriens, qui avaient rompu avec le pan-Arabisme de Nasser, le contrèrent en soutenant le Fatah qu’ils essayèrent de dominer. Les renseignements militaires syriens ont recruté des terroristes pour des actions contre Israël, donnant le crédit au Fatah. La première de ces actions a été annoncée le 31 décembre 1964. Il s’agissait d’une attaque contre un aqueduc israélien à Beit Netopha, mais en fait aucune attaque n’avait eu lieu. Une deuxième tentative a été faite le 2 janvier 1965 mais la charge d’explosifs a été désarmée. Cependant, les 14 janvier et 28 février, des attaques réussies ont suivi. Ces attaques terroristes mineures ont reçu une grande publicité dans le monde arabe. Elles étaient comparées au manque d’action et aux propos grandiloquents de Gamal Nasser, défiant son leadership. Ce ferment est considéré comme le catalyseur des événements qui ont mené à la guerre des six jours. S’il doit être attribué à la rivalité syrienne avec Nasser ou au mouvement Fatah, comme Yasser Arafat et les Palestiniens le revendiquent, n’a pas grande importance. Confronté aux actions « héroïques » des Palestiniens sous parrainage syrien, Nasser a été poussé à une position de plus en plus belliqueuse
Lors de plusieurs conférences au sommet, à partir de 1964, les chefs arabes ont ratifié la création de l’OLP, affirmé leur résolution de détruire Israël, et décidé de détourner les sources du fleuve Jourdain qui alimente la mer de Galilée, de manière à empêcher Israël de réaliser le plan israélien d’irrigation. Les Syriens et les Libanais ont commencé à construire des déviations. Israël a répondu en tirant sur les tracteurs et l’équipement utilisé en Syrie, à l’aide de canons, progressivement plus précis et à plus longue portée au fur et à mesure que les Syriens écartaient leurs engins de la frontière. Ensuite, il y eut des tentatives des Israéliens de cultiver les zones démilitarisées (DMZ) comme convenu dans les accords d’armistice. Israël était dans son droit selon ces accords mais Moshe Dayan, des années après, a reconnu que 80% des incidents avaient été délibérément provoqués. Les Syriens ont répondu en canonnant les DMZs Quand les Israéliens ont répondu en force, la Syrie a canonné les villes israéliennes du Nord. Le conflit s’est envenimé jusqu’à des attaques aériennes. L’URSS était attentive à protéger le nouveau gouvernement ba’athiste pro-Soviétique de Syrie. Elle avertissait les Syriens et les Egyptiens qu’Israël se préparait à attaquer la Syrie. Comme la tension montait, la Syrie a fait appel à l’Egypte, acceptant l’information soviétique qui disait qu’Israël amassait des troupes à la frontière syrienne. La nouvelle était fausse et a été démentie par l’ONU.
Dans ces circonstances, à la mi-mai 1967, le Président égyptien Gamal Nasser a fait des déclarations belliqueuses. Le 16 mai 1967, une émission à la radio du Caire a annoncé: « l’existence d’Israël a duré trop longtemps. Nous sommes heureux de l’agression israélienne. Nous aspirons à la bataille que nous avons longtemps attendue. L’heure H est là. La bataille est venue et nous détruirons Israël. » Le même jour, l’Egypte a demandé le retrait de la force d’interposition de l’ONU (UNEF) du Sinaï et de la bande de Gaza. Le 18 mai, le Secrétaire général de l’ONU U Thant a accepté de retirer les troupes. Formellement, les troupes ne pouvaient être stationnées en Egypte qu’avec l’accord égyptien. Cependant, pendant longtemps, on a cru que Nasser avait vraiment espéré qu’U Thant ne retirerait pas les troupes de l’ONU et qu’il pourrait utiliser leur présence comme excuse pour ne rien faire.
Le 23 mai, Nasser a fermé les détroits de Tiran aux Israéliens. Les Etats-Unis n’ont pas honoré leur garantie d’assurer la liberté des voies d’eau vers Israël. Un torrent de rhétorique venait des capitales arabes qui les répétaient dans les réunions de l’ONU. À l’ONU, le Président de l’OLP Ahmed Shukhairy a déclaré « que ce sera notre privilège de frapper le premier coup », que l’OLP expulserait de Palestine tous les Sionistes arrivés après 1917 et éliminerait l’état d’Israël Il a également critiqué les Jordaniens comme étant les outils des impérialistes, augmentant sa pression constante sur le Roi Hussein de Jordanie.
En dépit de cette rhétorique belliqueuse, les analystes tels qu’Avi Shlaim (le mur de fer) et d’autres croient que chaque pays a été entraîné dans le conflit par la rivalité inter-arabe et n’envisageait pas la guerre. Nasser n’a jamais eu l’intention d’attaquer Israël selon Shlaim. Il a été entraîné dans un conflit par les manœuvres des Soviétiques, les peurs syriennes et son besoin de prétendre au leadership du monde arabe. Quoiqu’il en soit, d’après Michael Oren, des documents récemment déclassés indiquent que les Egyptiens projetaient en fait d’attaquer Israël le 28 mai 1948. Le plan, connu sous le nom de code d’opération Aube, fut découvert par Israël. Les Israéliens ont prévenu les Américains. Le Président Johnson l’a dit au Premier Ministre soviétique Kossyguine, et ce dernier l’a écrit à Nasser. Nasser a compris qu’il avait perdu l’effet de surprise et annulé l’attaque. Pourtant, le 29 mai 1967, Nasser parlait toujours d’affronter Israël et déclarait à des parlementaires égyptiens, « Dieu nous aidera sûrement et nous demandera de rétablir la situation comme elle existait en 1948. »
Les officiers de Tsahal ont poussé le gouvernement à déclarer la guerre parce qu’il était admis qu’une attaque arabe était imminente et parce que la capacité d’Israël à maintenir entièrement mobilisée son armée était limitée. Le Premier ministre Eshkol était pourtant peu enclin à agir et le ministre des affaires étrangères Abba Eban s’opposait à une action unilatérale, qu’il croyait contraire aux souhaits des Etats-Unis. Ariel Sharon admet aujourd’hui que lui et d’autres, y compris Yitzhak Rabin, avaient discuté de la possibilité d’une sorte de putsch, dans laquelle les officiels du gouvernement seraient enfermés dans une chambre pendant que l’armée commencerait la guerre. L’idée ne passa cependant jamais l’étape de la réflexion à haute voix.
Le 30 mai, la Jordanie a signé un pacte de défense avec l’Egypte. Elle se préparait à la guerre et Nasser déclarait : « les armées d’Egypte, de Jordanie, de Syrie et du Liban sont prêtes aux frontières d’Israël… pour relever le défi, pendant que derrière nous se tiennent les armées d’Iraq, d’Algérie, du Koweït, du Soudan et de toute la Nation arabe. Cet acte étonnera le monde. Aujourd’hui ils sauront que les Arabes sont en ordre de bataille et que l’heure critique est arrivée. Nous en sommes au stade de l’action, plus à celui des déclarations. »
Le 4 juin, l’Irak se joignait également à l’alliance militaire avec l’Egypte et s’engageait à la guerre. Le 31 Mai, le Président irakien Rahman Aref annonçait, « c’est notre occasion d’éliminer l’ignominie qui a été avec nous depuis 1948. Notre but est clair – effacer Israël de la carte. »
Les évaluations israéliennes et américaines étaient qu’Israël gagnerait aisément n’importe quelle guerre, en dépit de la supériorité énorme en blindés, avions et soldats en faveur des forces combinées des pays arabes. Avant 1967, Israël n’a pratiquement reçu aucune aide militaire des Etats-Unis. L’Egypte et la Syrie étaient équipées de grandes quantités des derniers modèles d’armes soviétiques. Le fournisseur principal d’armes d’Israël était la France. Sur papier, Israël avait presque autant d’avions que les Egyptiens, mais les avions israéliens étaient pour la plupart âgés et même les Super-mirage n’étaient pas à comparer aux chasseurs Mig-21 acquis de l’URSS par l’Egypte. Sur papier, Tsahal avait un grand nombre de « tanks » aussi capables ou presque que ceux des pays arabes. Cependant, alors que les Syriens et les Egyptiens étaient équipés de tanks lourds soviétiques du dernier modèle, nombre des « blindés israéliens étaient en fait des petits véhicules antichars, des AMX français. Les tanks lourds étaient des chars Sherman de la Seconde guerre mondiale, remis en état et équipés de moteurs diesel. Israël avait également pu acheter aux Américains, en 1965, environ 250 Patton M-48. Le public israélien et Juif et certains membres du gouvernement ont cru à une menace mortelle pour Israël. Des milliers de tombes ont été creusés dans les parcs publics de Tel Aviv en prévision de lourdes pertes.
Il est probable que le gouvernement israélien n’a pas voulu la guerre et certains ministres, au moins, la craignaient. Ben Gourion a réprimandé le chef de l’état major, Itzhak Rabin, pour ses rapports agressifs qui avaient, selon lui, augmenté la tension et créé des difficultés pour Israël. Le Premier Ministre israélien, Levi Eshkol, a paru hésitant. Il a bégayé lors d’un discours dramatique, radiodiffusé à la nation. Suite à la pression exercée publiquement par les partis de l’opposition, un gouvernement d’unité fut formé. Abba Eban, le ministre des affaires étrangères, a essayé en vain d’obtenir des USA la garantie qu’ils feraient rouvrir le détroit de Tiran. Au début, le Président Johnson avait promis une flottille internationale et averti Israël de ne pas attaquer seul. Cependant, les USA ne sont pas parvenu à lancer une action internationale et ont fait marche arrière, faisant largement comprendre à Israël qu’il devrait résoudre le problème lui-même.
Israël ne pouvait pas maintenir indéfiniment une mobilisation totale. Le 5 juin 1967, quand il est devenu évident que l’Egypte ne reculerait pas, Israël a attaqué. Dans les premières heures de la guerre, Israël a détruit plus de 400 avions ennemis et obtenu une supériorité aérienne totale. Les troupes israéliennes ont rapidement conquis la péninsule du Sinaï et Gaza. Le premier jour de la guerre, l’artillerie jordanienne a commencé à tirer sur Jérusalem malgré l’avertissement du Premier Ministre israélien Levi Eshkol de rester en dehors de la guerre. Ensuite, la Légion de Jordanie a avancé. elle a pris le quartier général de l’ONU (la maison du Gouverneur – Armon Hanatziv ) à Jérusalem. Après avoir averti à plusieurs reprises le Roi Hussein de cesser le feu et de se retirer, Israël a conquis la Rive occidentale et Jérusalem. Pendant les premiers jours de la guerre, l’artillerie syrienne basée sur les Hauteurs du Golan a martelé des cibles civiles dans le Nord d’Israël. Après avoir battu l’Egypte, Israël a décidé de conquérir les Hauteurs du Golan malgré l’opposition et les doutes d’une partie du gouvernement, y compris de Moshe Dayan, qui avait été nommé ministre de la défense et en dépit du fait que l’ONU réclamait déjà un cessez-le-feu. Le 11 juin 11 1967, Israël acceptait le cessez-le-feu après avoir conquis les Hauteurs du Golan. La résolution 242 de l’ONU a appelé à la négociation d’une paix permanente entre les parties et au retrait israélien des terres occupées en 1967.
Les retombées de la guerre – La guerre de 1967 a changé la perception de l’équilibre des forces dans le Moyen-Orient et a créé une nouvelle réalité. Israël avait acquis des territoires étendus, plusieurs fois plus grands que les frontières de 1947 – le désert du Sinaï, les hauteurs du Golan et la Rive occidentale. En 1956, Nasser avait pu attribuer la défaite égyptienne à l’appui aux Israéliens des Anglais et des Français. Bien qu’il ait essayé de blâmer la défaite de1967 sur un appui supposé de la Sixième flotte des USA, c’était manifestement faux.
Selon des analystes tels que Fouad Ajami, la défaite désastreuse Arabes a signifié la fin de l’approche Pan arabe préconisée par Gamal Abdel Nasser. Elle a contribué à la montée du fondamentalisme islamique. Il devrait être rappelé cependant que Nasser et les Panarabistes se sont toujours vus comme les leaders du monde musulman aussi bien que du monde arabe.
Israël avait acquis des territoires et obtenu une victoire militaire ce qui marquait aussi un nouveau jour pour les aspirations palestiniennes. La défaite plaçait sous le contrôle d’Israël environ un million d’Arabes palestiniens. Après la guerre des Six Jours, le sort des Palestiniens en est venu à jouer un grand rôle dans le conflit Arabo-Israélien. Le Fatah (le mouvement pour la libération de la Palestine) était fondé vers 1957 (bien qu’il n’ait été formalisé que beaucoup plus tard) et l’OLP (organisation de libération de la Palestine) en 1964. Tous les deux avaient le but avoué de détruire Israël. Après la guerre des Six Jours, Ahmad Shukairy était remplacé comme Président de l’OLP par Yasser Arafat, qui dirigeait le Fatah. Le Fatah et l’OLP avaient maintenant la liberté d’agir sans les limites imposées par des régimes arabes discrédités. Puisque toute la Palestine était maintenant sous contrôle israélien, les actions du Fatah n’étaient plus une menace directe pour les gouvernements arabes. Avec le temps, l’organisation de libération de la Palestine a été reconnue par tous les Etats arabes et par la suite par l’ONU comme représentant les Palestiniens. Yasser Arafat, Président de l’OLP, a fait un exposé lors de l’Assemblée générale des Nations Unies de 1974. Israël s’est fortement opposé à l’OLP à cause de ses actions terroristes contre des Juifs et en raison des objectifs de sa charte de détruire l’Etat d’Israël et d’expulser les juifs arrivés après 1917.
A la requête du Roi Hussein de Jordanie, Ya’akov Herzog a rencontré lui, le 2 juillet 1967, au cabinet de son médecin de Londres. Selon les notes de Herzog, Hussein a discuté longuement les raisons qui l’avaient forcé à entrer en guerre. Le Roi disait que seule une paix dans l’honneur était possible mais il n’a pas demandé la paix. Lorsque Herzog lui demanda s’il offrait la paix, Hussein dit qu’il répondrait plus tard. Israël n’avait pas une offre de paix concrète à offrir à la Jordanie. Herzog offrit son opinion personnelle que la paix devait mener à une confédération économique. (Cette réunion est documentée par Tom Segev, Israël en 1967.
Des groupes religieux et nationalistes commencèrentà revendiquer l’annexion et la colonisation de régions de la Cisjordanie et des hauteurs du Golan. Quelques ministres, parmi eux, Pinchas Sapir, Zalman Aran du parti travailliste et Yaakov Shimshon Shapira du parti national religieux avertirent du danger démographique qui résulterait de la conquête de tous ces Arabes. Shapira a montré également que l’annexion de la Rive Occidentale donnerait du crédit à l’accusation qu’Israël était une entreprise coloniale. Menachem Begin et Yigal Alon prirent position en faveur de l’annexion. Moshe Dayan proposa que les Arabes de la Rive occidentale se voient accorder une autonomie mais se heurta à l’opposition de Menachem Begin qui plus tard défendrait cette idée. Il croyait alors qu’il était possible d’amener un grand nombre de Juifs en Israël pour s’installer dans les territoires et que les Arabes devraient choisir entre devenir des citoyens ou s’en aller.
Le Mossad avait proposé, dans un rapport du 14 juin 1967, un Etat palestinien sous la protection d’Israël mais cette idée ne fut pas acceptée. Selon certaines sources, Moshe Dayan reçut, durant l’été 67, une délégation de notables qui demandaient pour la Cisjordanie le droit de se gouverner mais il rejeta la proposition.
En juillet 1967, Yigal Alon a présenté le « plan Alon » qui prévoyait qu’Israël conserve, dans n’importe quel règlement de paix, pour des raisons stratégiques, de grands pans de la Rive occidentale. Un nombre croissant de colonies ont été établies lorsqu’il devint évident que les Etats arabes ne négocieraient pas avec Israël.
Un tournant décisif fut le sommet arabe de Khartoum, en août et septembre 1967, qui a paru fermer la porte à la possibilité de négociations avec Israël ou à la reconnaissance d’Israël sous n’importe quelle forme. Une deuxième barrière a été la résolution » Sionisme = Racisme » votée par l’Onu en 1975, qui a crédibilisé en Israël la thèse des extrémistes israéliens que l’opposition aux colonies était une opposition à Israël et qu’Israël étant essentiellement seul dans un monde hostile, ne pouvait s’attendre à aucune justice. Bien que la résolution ait été abrogée en 1991, des sentiments similaires sont apparus en 2001 à la conférence de l’ONU de Durban. De même, en novembre 1975, un assistant du Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Harold H Saunders, a dit à une Commission de l’intérieur du Congrès que les Etats-Unis reconnaissaient maintenant l’importance du problème national palestinien dans le conflit et sous-entendait fortement que les Etats-Unis accepteraient d’aider une solution qui tiendrait compte des droits palestiniens si l’OLP reconnaissait les résolutions de l’ONU sur ce sujet y compris le droits d’Israël à exister et qu’un compromis raisonnable pouvait être acceptable. Cette politique déboucha ultérieurement sur le Processus de paix d’Oslo après que le Président de l’OLP, Yasser Arafat, ait annoncé en 1988 l’acceptation de la résolution 242.
Pendant ce temps cependant, l’expansion de la colonisation, expansion des colonies est devenue la politique officielle israélienne avec l’arrivée au pouvoir du parti révisionniste Likoud en 1977. Elle a continué pendant les accords d’Oslo. En 2003, environ 220.000 Israéliens étaient installés dans les territoires de la Rive Ouest et de Gaza. 200.000 de plus habitaient les régions de Jérusalem et environs conquis en 1967. Environ 15.000 juifs sont installés sur les Hauteurs du Golan pris à la Syrie .
La guerre d’Usure – après la guerre des Six jours, le Président égyptien Nasser, rompant le cessez-le-feu, a lancé une guerre d’usure sur le canal de Suez. En Israël, le Premier ministre Levi Eshkol était mort et remplacé par Golda Meir, un faucon. Les troupes ont combattu depuis leurs positions dans des échanges de plus en plus sanglants qui comprenaient, du côté égyptien, la participation de pilotes soviétiques. La pression des USA amena la signature d’un second cessez-le-feu en août 1970, les deux parties déclarant officiellement accepter la résolution 242 des Nations Unies. Nasser est mort peu après. Il a été remplacé par Anwar Sadate. Sadate a essayé à plusieurs reprises d’amener Israël à des accords partiels en échange de retraits israéliens partiels. Les Etats Unis et l’ONU essayèrent de négocier la paix à travers les bons offices de Gunnar Jarring. Rien n’a résulté de ces efforts de paix, en partie suite à l’obstination du Premier Ministre israélien Golda Meir qui insistait pour que les troupes israéliennes ne bougent pas avant la réalisation d’un traité de paix. Sadate continuait à alterner les plans de paix avec les menaces de guerre mais Israël ne le prenait pas au sérieux. Les renseignements militaires israéliens et le gouvernement étaient convaincus de la supériorité militaire absolue d’Israël et que l’Egypte n’oserait pas attaquer avant d’avoir reconstruit son armée. Par conséquent, la meilleure politique semblait être d’attendre que les pays arabes acceptent les conditions d’Israël.
La guerre d’octobre (guerre du Kippour) – En octobre 1973, l’Egypte et la Syrie ont déclenché une autre guerre contre Israël, après que le gouvernement israélien de Golda Meir ai repoussé les offres de négocier du Président égyptien Anwar Sadate. Les Egyptiens ont traversé le canal de Suez l’après-midi du 6 octobre, lors de la fête du Yom Kippour, le jour le plus saint du calendrier religieux juif. Le gouvernement israélien avait ignoré les avertissements répétés des services de renseignements. Il était convaincu que la force militaire d’Israël était suffisante pour décourager n’importe quel agresseur. Sadate avait annoncé deux fois son intention de faire la guerre et rien ne s’était produit. Quand, le matin de l’attaque, les rapports des services de renseignements ont finalement été cru, le Premier ministre Meir et le ministre de la défense Dayan ont décidé de ne pas mobiliser les réserves
Les Israéliens ont été pris par surprise de plus d’une manière. Les Egyptiens ont, sans opposition, fait traverser le canal à des forces importantes. Ils ont réussi à établir une tête de pont. L’armée d’Israël avait négligé les entretiens de base et l’exercice. Pendant que les troupes se rassemblaient, il est apparu que de l’équipement manquait et que les blindés n’étaient pas opérationnels. La ligne des avant-postes, conçus pour être des sentinelles le long du canal de Suez – la ligne Bar Lev, était utilisée comme une ligne fortifiée dont le but aurait été d’arrêter les Egyptiens le plus longtemps possible. Une poignée de soldats a fait face à l’assaut égyptien et a été balayée après une résistance obstinée. Les Soviétiques avaient vendu aux Egyptiens de nouvelles armes – Les missiles sol-air SAM et les Sager, des antichars portables. Israël avait compté sur sa puissance aérienne pour prendre le dessus sur le champ de bataille, et avait négligé l’artillerie. Mais son aviation a été neutralisée au début par l’efficacité des missiles SAM et ce jusqu’à ce qu’Israël puisse détruire les stations radar qui les dirigeaient. Plusieurs jours durant, les contre-attaques furent rendues futiles par des embouteillages dans le Sinaï qui empêchaient la concentration des forces et par une résistance égyptienne efficace.
Pendant ce temps, moins de 200 blindés israéliens restaient disponibles pour garder les Hauteurs du Golan contre des forces très supérieures. Les Syriens ont fait de sérieuses incursions dans le Golan et sans opposition pendant que les Egyptiens traversaient le canal de Suez et reprenaient une partie de la péninsule du Sinaï. Après de lourdes pertes, Israël a pu reconquérir le Golan.
Dans le Sinaï, les soldats israéliens ont traversé le canal. Le Général Ariel Sharon , désobéissant aux ordres de supérieurs prudents, a foncé en avant des transports et des unités d’appui et créé une tête de pont sur la rive égyptienne du canal de Suez, isolant la troisième armée égyptienne toute entière. Au bout d’un mois, des cessez-le-feu ont terminé la plupart des combats. Environ 2.700 soldats israéliens et 8.500 soldats arabes étaient morts. Suite à cette guerre, Golda Meir a été forcée de démissionner de son poste de Premier ministre d’Israël, laissant la place à Izhak Rabin, qui avait été ambassadeur aux Etats Unis et précédemment chef d’état major.
L’embargo pétrolier arabe – Parmi les conséquences de la Guerre des Six Jours, il y eut la décision des pays arabes, emmenés par l’Arabie Saoudite, de déclarer un embargo pétrolier des Etats Unis et des Pays-Bas en particulier pour leur support à Israël. La production pétrolière diminua de 340 millions de barils entre octobre et décembre 1973. Les prix grimpèrent de 3 à 11$ le baril tant à cause de la panique qui mena à l’augmentation des stocks que des manques réels. Le pétrole vendu aux pays européens aboutit finalement aux USA et aux Pays-Bas mais il provoqua néanmoins des longues files devant les stations services et des augmentations brutales des prix. L’embargo dura jusqu’en mars 1971.
Il accrut la prise de conscience que les pays arabes pouvait exercer une influence politique par le contrôle des livraisons de pétrole. Il a peut-être aidé à motiver les gestes conciliants de la diplomatie européenne vis-à-vis des Arabes et joué un rôle dans l’invitation faite à Arafat de faire un discours à l’Assemblée générale des Nations Unies et l’obtention d’un siège d’observateur à l’ONU par l’OLP ainsi que dans le passage de la résolution » Sionisme = Racisme » en 1975.
Paix avec l’Egypte – la navette diplomatique entreprise par le Secrétaire d’Etat Henry Kissinger a résulté dans des retraits israéliens partiels de la péninsule du Sinaï sous des conditions beaucoup moins favorables que celles qui auraient pu être obtenues avant la guerre. Le chef de l’opposition de droite Menahem Begin était résolu dans son opposition à tout retrait. Cependant, en 1978, l’Egypte de Anwar Sadate et Israël, avec Menahem Begin comme Premier ministre, ont signé les accords-cadres de Camp david menant à un traité de paix en 1979. En 1982, Israël s’est retiré de la péninsule du Sinaï.
OLP au Liban et la guerre civile libanaise – Le Liban est devenu de plus en plus instable au fur et à mesure que les chrétiens maronites ont vu leur position dominante menacée par les changements démographiques qui donnaient aux musulmans une majorité grandissante. Les tensions entre les différents groupes religieux étaient aggravées par les rivalités des clans. Le Liban comptait de plus une population relativement importante de réfugiés palestiniens qui avait à subir l’animosité des Libanais d’origine, particulièrement des chrétiens. En 1970, la révolte de l’OLP contre le gouvernement jordanien s’est terminée par son expulsion de la Jordanie. Les combattants de l’OLP sont partis au Liban. Ils y ont attisé la tension entre les musulmans et les chrétiens et transformé le pays en une base d’attentats contre Israël. En 1975, l’attaque d’un autobus transportant des Palestiniens par les Phalanges chrétiennes a commencé la guerre civile. Les Phalanges chrétiennes et les milices musulmanes ont massacré au moins l600 musulmans et chrétiens à des points de contrôle routier et lancé ainsi la guerre civile de 1975-1976. Les Palestiniens se sont alliés aux forces musulmanes. Ensemble, ils ont contrôlé Beyrouth Ouest qui est devenue de plus en plus anarchique. La vie politique et sociale libanaise est tombée dans un chaos, caractérisé par une sinistre routine d’attentats à la bombe, d’assassinats, de harcèlements et de massacres de civils aux barrages routiers installés par les milices qui se faisaient la guerre.
Le 20 janvier 1976, des combattants de l’OLP, probablement renforcé par un contingent OLP venant de Syrie entré au Liban en 1975, ont détruit les villes chrétiennes de Jiyeh et Damour, massacrant environ 500 personnes. En mars, le Major Saad a formé l’Armée du Liban Sud (SLA), une milice qui s’est alliée à Israël et dont la mission était de protéger les chrétiens résidants dans le Sud Liban. En juin, 1976, les Maronites étant au bord de la défaite, le Président Elias Sarkis a, réclamé l’intervention de la Syrie. Avec l’accord des Américains et des Israéliens, les Syriens sont entrés dans le Liban sous couvert de protéger les chrétiens et la fragile constitution multi-religieuse multiethnique libanaise mais également pour réaliser la vieille ambition baasistes de faire du Liban un élément de la Grande Syrie. Le 13 août 1976, avec la protection et probablement la participation active de l’armée syrienne, la milice phalangiste chrétienne a attaqué le camp de réfugié d’Al-Za’atar et y a tué au moins 3.000 civils.
Après l’attaque d’un autobus sur la route Haifa-Tel-Aviv au cours de laquelle une trentaine de personnes ont été tuées, Israël a envahi le Liban en mars 1978 (opération Litani) et occupé la majeure partie de la région au sud du fleuve Litani. En réaction, la résolution 425 du Conseil de sécurité de l’ONU a demandé le retrait immédiat des forces israéliennes et la création d’une force intérimaire de l’ONU au Liban (UNIFIL), chargée du maintien de la paix.
Les forces israéliennes transférèrent au SLA leurs positions à l’intérieur du Liban, le long de la frontière. Le SLA et Israël établirent une zone de sécurité, large de 18 km. Son but était de , protéger le territoire israélien des attaques à travers la frontière et aussi les Libanais du Sud de l’OLP qui occupait et utilisait leurs villages comme bases pour canonner Israël. Le secteur sud est devenu une » frontière ouverte » séparée par la « bonne barrière, » qui permettait aux habitants du Liban de trouver du travail en Israël Les attaques et contre-attaques le long de la frontière Nord d’Israël ont about,i en juillet 1981, à un cessez-le-feu entre Israël et l’OLP, sponsorisé par les USA, Il a été généralement respecté par les deux côtés. Néanmoins, l’OLP a continué à se renforcer et à s’enraciner dans le Sud Liban.
La guerre du Liban de 1982 (Paix pour la Galilée) – Le 3 juin 1982, des terroristes du groupe Abu Nidal, indépendant de l’OLP, ont tiré sur l’Ambassadeur israélien Shlomo Argov à Londres. Il a été atteint à la tête. En réponse, Israël a envahi le Liban en force. La plupart des analystes croient que l’attentat contre Argov a simplement servi d’excuse à une opération prévue par le ministre de la défense Ariel Sharon avec l’approbation tacite de l’administration Etats Unis. Le régime islamiste iranien envoya au Liban des Pasdaran, les gardes révolutionnaires, qui avaient antérieurement organisé la prise de l’ambassade des USA à Téhéran. Ils ont commencé à organiser un mouvement de résistance, le Hizb Allah (le parti d’Allah) ou Hizbolla.
L’invasion par Israël a eu comme résultat, en août, l’expulsion de l’OLP du Liban vers Tunis. La guerre a commencé à être très contestée en Israël dès que l’armée a dépassé ses objectifs officiels. Le 14 septembre 1982, le président élu du Liban, Bashir Gemayel, un allié d’Israël, fut tué par une bombe apparemment installée par le service secret Syrien. Ostensiblement pour maintenir l’ordre, le gouvernement israélien décida d’entrer dans Beyrouth Ouest. Ils ont autorisé leurs alliés, les phalanges chrétiennes libanaises à pénétrer les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Shatilla ou ils les y ont envoyé. Les phalangistes ont perpétré un massacre, tuant environ 700 personnes dans Sabra et Shatilla et excitant la colère de la communauté internationale aussi bien que du public israélien. Une commission d’enquête israélienne dirigée par le juge Kahan a impliqué indirectement le ministre israélien de la défense Ariel Sharon et plusieurs autres dans les massacres, notant qu’ils auraient pu prévoir la possibilité de la violence et agir pour l’empêcher. Le rapport de Kahan a provoqué la démission de Sharon comme ministre de la défense. Israël s’est dégagé ensuite lentement du Liban. Pendant Israël se retirait, le Liban est devenu de plus en plus anarchique. La vie de Beyrouth en vint à être caractérisée par les tirs, les kidnappings et les bombardements. Les tentatives américaines de rétablir l’ordre ont échoué suite à des attentats suicide à grande échelle contre la base des marines et l’ambassade des USA. Les USA se sont retirés et le Liban, particulièrement Beyrouth, a plongé dans le chaos. L’ordre n’a été rétabli qu’après que le Liban soit devenu essentiellement un satellite de la Syrie. Israël a continué à maintenir une présence au Sud Liban jusqu’en 2000, quand les dernières troupes israéliennes ont été retirées par le Premier ministre Ehud Barak.
L’affaire Pollard – en novembre 1985, Jonathan Pollard, un Juif américain employé par le Centre de la marine américaine d’alerte antiterroriste a été arrêté pour espionnage au service Israël Il a plaidé coupable dans le cadre d’un accord entre parties que le gouvernement des USA n’a apparemment pas respecté et Pollard a été condamné à l’emprisonnement à vie en 1987, une condamnation exceptionnelle en comparaison à d’autres affaires. L’affaire a été un handicap grave aux relations américano-Israéliennes qui soulevait le spectre de l’accusation de double loyauté contre les Juifs américains. En même temps, Pollard est devenu une cause célèbre de la droite sioniste, qui a souligné qu’il avait été employé et abandonné par le gouvernement israélien, qui a peu fait pour obtenir sa liberté.
La première Intifada – Alors que l’OLP était affaiblie, les Palestiniens des territoires occupés ont pris leur destin dans leurs propres mains. Début 1987, une révolte appelée l’Intifada a éclaté dans la Bande de Gaza et la Rive ouest. Cette révolte, initiée par les habitants, n’a impliqué la plupart du temps qu’une faible violence comme le lancement de pierres, Elle a accru la sympathie pour la lutte des Palestiniens contre les occupants israéliens. Cette l’Intifada était terminée pour 1991.
Le processus d’Oslo
Après la guerre du Golfe, la pression des USA, l’éclatement de l’URSS et une opinion internationale favorable ont permis d’organiser des négociations pour régler le problème palestinien. En 1993 et 1995, Israël et l’OLP ont signéla Déclaration de principe d’Oslo et l’Accord intérimaire d’oslo. Cet accord a créé l’Autorité nationale palestinienne (ANP), une entité supposée provisoire avec la capacité de négocier avec Israël et de gouverner les secteurs de la Rive Ouest et de Gaza évacués par Israël. Israël et la Jordanie ont signé un traité de paix en 1994. Le processus de paix avec les Palestiniens a conduit au retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza et de la plupart des villes de la Rive occidentale pour le début de1996. En janvier 1996, les Palestiniens de Gaza et des parties sous contrôle de l’ANP de la Rive Ouest élisent une Assemblée législative contrôlée par le Fatah et avec Yasser Arafat comme Président (avec le titre de » Raïs » – » président » – pour les Palestiniens) pour administrer les régions dont les Palestiniens prenaient le contrôle après le retrait des Israéliens. Environ 97% des Palestiniens des territoires dépendaient directement de l’ANP mais seulement à peu près 8% du territoire. Israël s’est embarqué dans un programme accéléré de colonisation, bâtissant des milliers de logements sur la Rive Ouest et doublant le nombre de colons entre cette époque et 2004.
Bien que l’OLP ait accepté de renoncer à la violence par la Déclaration de principe d’Oslo, des attaques sur les colons ont continué. Sinistre avertissement, avant même la déclaration des principes d’Oslo, le 16 avril 1993, un attentat du Hamas, à Mehola, sur la Rive occidentale, a provoqué l’explosion d’une bombe suicide dans une voiture, entraînant la mort d’un Israélien en plus de celle du terroriste. Le 25 février 1994, Baruch Goldstein, un colon de droite irrité, a ouvert le feu sur des fidèles arabes dans le Caveau des Patriarches à Hébron, tuant 30 personnes avant d’être tué à son tour. En guise de vengeance, le Hamas a effectué plusieurs attaques suicide en Israël à partir d’avril 1994. En Israël, le processus de paix est devenu de plus en plus impopulaire. Le 5 novembre 1995, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin était assassiné par Yigal Amir, un jeune fanatique de droite durant un rassemblement pour la paix. Il a été remplacé par Shimon Peres , le père de l’Accord intérimaire d’Oslo. Une vague de bombardements suicide du Hamas au printemps de 1996 et sa stratégie inepte durant la campagne électorale ont fait perdre à Peres l’élection de mai 1996 qui a tourné à l’avantage de Benjamin Netanyahu, le chef du Likoud et adversaire du processus d’Oslo. Netanyahu a décidé d’achever une attraction touristique souterraine controversée à Jérusalem en ouvrant une porte entre deux tunnels. Les milieux arabes ont répandu la fausse rumeur que la porte mettait en danger les fondations de la mosquée Al-Aqsa. Il en est résulté plusieurs jours d’émeutes et de nombreuses victimes.
En dépit de l’opposition de Netanyahu au processus d’Oslo, Israël et l’ANP ont signé en janvier 1997 un accord intérimaire sur Hébron. Tsahal s’est retirée des la plus grande partie de Hébron, laissant une enclave d’environ 500 colons, protégée par Tsahal, au milieu d’une ville arabe. Les négociations de Wye River , en octobre d’1998 ont résulté en un accord comprenant un nouveau retrait des troupes israéliennes et le renouvellement de l’engagement des Palestiniens à empêcher la terreur et l’incitation. Cependant, la plupart des dispositions de l’accord n’ont pas été réalisées par les Palestiniens et les Israéliens ne se sont pas retirés comme stipulé dans les accords tant que Netanyahu est resté au pouvoir. En mai 1999, Benjamin Netanyahu a été battu et le travailliste Ehud Barak est devenu Premier ministre. Barak a continué les programmes d’expansion des colonies mais il s’est engagé à poursuivre activement les négociations de paix. Barak a d’abord essayé de reprendre des négociations avec la Syrie mais le Président syrien Hafez Assad a rejeté une offre relayée par le Président Clinton qui, est-il dit, aurait donné à la Syrie la plus grande partie des Hauteurs du Golan excepté un accès à la mer de Galilée.
Barak a tourné son attention vers la Syrie et les négociateurs ont commencé à travailler sur un règlement final. Barak a offert de rendre Abu Dis, une banlieue de Jérusalem, comme capitale palestinienne. Cependant, cette offre a été retirée suite à la violence qui éclata à la mi-mai 2000.
Les événements récents
La deuxième Intifada
En juillet, 2000, les négociations de Camp David aux Etats-Unis pour un règlement final ont fini dans une impasse. Les Palestiniens insistaient sur le droit des réfugiés à retourner en Israël ce qui aurait créé une majorité arabe en Israël. Israël insistait pour annexer des points clés des secteurs palestiniens et laisser intacte la plupart des colonies. Il n’offrait seulement qu’une forme limitée de souveraineté palestinienne. Les Palestiniens prétendent que les seules offres faites à Camp David prévoyaient un Etat palestinien constitué de cantons ou Bantoustans. Il semble que cela caractérise l’offre initiale d’Israël. Cependant dans son livre » The Missing Peace, 2004 « , Denis Ross montre une carte qui est supposée refléter le compromis proposé par les Américains à Camp David. Elle inclut à peu près 91% du territoire de la Cisjordanie. Les deux parties étaient d’accord sur le retrait de Gaza.
L’ction violente des Palestiniens a commencé le 28 septembre 2000, en réaction à la visite d’Ariel Sharon au Mont du Temple à Jérusalem. Cet endroit, le Haram as Sharif en arabe est le site de la mosquée Al-Aqsa, sainte pour les musulmans. Des fausses rumeurs que Sharon était entré dans la mosquée attisèrent la violence.
Les USA appelèrent une conférence à Charm el-Cheikh pour mettre un terme aux violences. Les deux parties s’engagèrent à mettre fin aux effusions de sang et à retourner à la table de négociation. Lors de cette Conférence, il fut également décidé qu’une commission d’enquête sous direction américaine étudierait les causes du conflit et ferait des recommandations à l’ONU. Cette décision aboutit au Rapport Mitchell. Peu de temps après cependant, Les dirigeants arabes et Yasser Arafat se réunirent au Caire, en un Sommet extraordinaire de la Ligue arabe. Ils publièrent un communiqué belliqueux en faveur de l’Intifada et appelant une enquête internationale plutôt que celle acceptée à Charm el-Cheikh. Deux semaines plus tard, un attentat suicide à Jérusalem mit un terme à la trêve.
Le temps manquait pour les négociations, car le Premier ministre israélien Ehud Barak avait à faire face à des élections et le Président Clinton terminait son mandat. Les négociations à Washington en décembre 2000 échouèrent. Le Président Clinton avait émis une proposition de compromis et demandé que els parties els acceptent pour le 27 décembre.,

Selon le résumé de Ross, les propositions de Clinton donnaient aux Palestiniens à peu près 97% de la Cisjordanie et la souveraineté de leur espace aérien. Les Réfugiés ne pouvaient retourner en Israël qu’avec l’accord de celui-ci. Une force internationale serait basée 6 ans dans la vallée du Jourdain en remplacement de Tsahal. Les quartiers arabes de Jérusalem et le Haram as Sharif (Mont du Temple) serait incorporé à la Palestine.
Le 27 décembre, le gouvernement israélien accepta, avec des réserves qui, selon Ross, » étaient dans les paramètres « . Les Palestiniens ne disaient ni oui ni non. L’échéance passa sans une réponse Palestinien claire. Selon Ross, il dit le 29 décembre à Abu Ala (Abu Qurei) :
Retenez mes paroles. Ils (les Etats Unis) se retireront du problème et ils le feront à un moment où vous n’aurez pas à faire à Barak, ni à Amnon, ni à Shlomo, mais quand Sharon sera Premier ministre. Il sera certainement élu s’il n’y a pas d’accord et vos 97% deviendront 40-45%, votre capitale ) Jérusalem Est s’envolera, le départ de Tsahal de la Vallée du Jourdain aussi ainsi que le droit illimité de retour des Réfugiés à votre propre Etat.
Abu Ala a répondu:
J’ai peur qu’il ne faille un autre 50 ans pour régler le problème. »
Lors des négociations de dernières minutes de Taba du 21 au 27 janvier 2001, sous le patronage européen et égyptien, les Parties n’ont pas réussi à s’entendre malgré de nouvelles concessions israéliennes. Bien que les deux côtés se soient entendus sur un communiqué commun disant qu’ils n’ont jamais été aussi prés d’un accord, des divergences substantielles restaient à propos du problème des réfugiés et des cartes finales. Le Premier ministre israélien Barak a interrompu les négociations le 28 janvier 2001, les suspendant jusqu’après les élections. Barak avait espéré atteindre un accord qu’il pourrait présenter au public israélien. Il était fâché et déçu. Les négociations ont été arrêtées puisque que Barak, qui avait favorisé le processus de paix, avait perdu les élections du début février et était remplacé par Ariel Sharon et un gouvernement de droite.
Durant les négociations, aucune carte officielle n’a été présentée par ni aux parties. Après l’échec des négociations, les Palestiniens ont continué à dire qu’Israël n’avait offert que des » Bantoustans » en Cisjordanie. Le gouvernement israélien n’a publié aucune carte.. Le groupe Gush Shalom et la Fondation pour la Paix au Moyen-Orient ont en plus publié une carte de l’offre faite à Taba par le gouvernement Barak.
La violence a continué en 2001 et 2002, en dépit des tentatives de la commission Mitchell et d’autres de ramener le calme. L’attaque terroriste sur le World Trade Center, le 11 septembre 2001, a eu des répercussions directes sur le conflit Israélo-Palestinien. D’une part, les pays arabes et islamiques ont essayé de marchander leur coopération dans la guerre contre la terreur pour gagner des concessions en faveur des Palestiniens. De l’autre, beaucoup d’Américains ont commencé à regarder les actions terroristes d’un autre oeil, lorsque des organisations telles que Hamas et le Hizbulla ont été liées avec le groupe Al-Qaeda d’Osama Ben-Laden. Particulièrement dommageables pour les Palestiniens, les démonstrations qui eurent lieu en faveur de Ben Laden et l’évidence reliant une cargaison d’armes illégales interceptée par Israël, le Karine A, à un soutien iranien pour l’ANP. Ce bateau fut arraisonné le 3 janvier 2002, le jour de l’arrivée du délégué américain Anthony Zinni pour essayer d’arriver à un accord. Dans cette perspective, les USA et l’EU ont paru donner à Israël une liberté plus large d’action contre les Palestiniens. Israël a fait des incursions de plus en plus importantes dans les zones palestiniennes. Il a confiné Arafat, le Président de l’ANP, dans son bureau de Ramallah. Mais les Palestiniens ont intensifié les attaques sur les soldats aussi bien que les bombardements suicide.
La Proposition séoudienne de paix et la Résolution pour un Etat palestinien – Le Prince héritier séoudien Abdulhah a émis une proposition dramatique pour en finir avec la longue guerre arabe contre Israël moyennant le retrait israélien des territoires palestiniens et du Golan ainsi que des arrangements appropriés pour Jérusalem et les réfugiés. Cette proposition, modifiée pour la préciser en ce qui concerne les réfugiés, a été adoptée par une réunion de la Ligue arabe. Par la suite, elle a été incorporée dans le plan du Quartet appelé la » Feuille de route « . Le 12 mars, 2002 le Conseil de sécurité de l’ONU a voté la résolution 1397, invitant de nouveau les parties à arrêter la violence, mentionnant le plan de paix du Prince héritier séoudien Abdulhah et, pour la première fois, réclamant la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël.
Opération Mur défensif – Durant cette même période cependant, les attaques terroristes et suicide ainsi que les représailles israéliennes ont continué. Yasser Arafat a proclamé plusieurs fois l’arrêt de la violence mais cela n’a pas semblé affecter la fréquence ou la sévérité des bombardements suicides et des embuscades. Les Israéliens, de leur côté, ont continué leur politique d’assassinat des hommes recherchés dans les territoires palestiniens. Au cours de la dernière semaine de mars, comme le Général Zinni venait une fois de plus au Moyen-Orient, les Palestiniens ont réussit une attaque suicide pratiquement chaque jour, sans compter les nombreux échecs. Une explosion au Park Hotel de Netanya a tué 27 personnes qui célébraient la Pâque. Israël a lancé une incursion massive, l’Opération Mur défensif, dans le but de déraciner l’infrastructure terroriste. Ramallah, Naplouse, Jenine, Tulkarm et d’autres villes ont été réoccupées. Israël a déclaré qu’une cinquantaine de personnes seulement ont été tuées dans la bataille pour le camp de réfugiés de Jenine, la plupart des membres des brigades suicide du Fatah, les Martyrs d’Al-Aqsa. Les Palestiniens accusaient les Israéliens ‘d’avoir commis un massacre dans le camp de réfugiés de Jenine, tuant plus de 500 personnes. Ces accusations ont été répétées par la plupart des médias en Europe bien qu’elles aient plus tard été rétractées. Les groupes des droits de l’homme qui ont visité le camp de réfugiés de Jenine après l’invasion israélienne ont rapporté beaucoup de dégâts et que l’armée avait probablement commis des crimes de guerre en empêchant l’aide médicale, mais que seulement environ 50 personnes avaient été tuées dont plus de la moitié étaient des terroristes, confirmant la version israélienne des événements.
Les attaques suicide ont diminué, mais elles ne se sont pas arrêtées. Au cours des combats, Israël a capturé de nombreux documents fournissant des preuves que Yasser Arafat avait personnellement approuvé l’organisation de cellules terroristes et que le ministre des finances de l’ANP avait approuvé des paiements pour des ceintures d’explosif pour bombes suicides. Les Israéliens ont capturé ou tué de nombreuses personnes suspectes de participation aux activités terroristes. L’armée a également détruit des registres, des bâtiments, des routes et les infrastructures civiles innocentes de banques, d’ONG et d’autres organisations clairement extérieures au terrorisme. Plus tard dans la campagne, Tsahal est parvenue à localiser Marwan Barghouti, le chef de la jeune garde du Fatah, le Tanzeem, et à le capturer. Israël a déclaré avoir les preuves de sa complicité dans de nombreux actes terroristes et il l’a par la suite envoyé devant un tribunal. Barghouti a reçu cinq condamnations à perpétuité pour complicité de meurtre. Des critiques ont argué qu’il était impossible de mettre un terme à la terreur par la force militaire sans progrès vers un accord de paix. Cependant, à la suite de l’opération Mur défensif, le nombre et la fréquence des attaques terroristes réussies ont commencé à diminuer, comme les forces israéliennes de sécurité faisaient un toujours meilleur usage des renseignements recueillis pendant les combats pour détecter et arrêter les attaques. Le nombre des tentatives n’a cependant pas sensiblement diminué.
Après l’opération Mur défensif, le Secrétaire d’Etat des USA, Colin Powell, qui avait besoin de calme en Israël et en Palestine pour organiser une alliance contre l’Irak, vint essayer de terminer la violence. La mission de Powell échoua. Il n’a pas pu obliger les Israéliens à se retirer complètement des secteurs réoccupés, ni les Palestiniens à accepter un cessez-le-feu. Les manifestations et la colère dans les pays arabes, attisées par les bruits d’un massacre, ont poussé au vote par l’ONU de La résolution 1402 qui exigeait qu’Israël se retire immédiatement des territoires. Avant le départ de Powell, Israël s’était retiré de quelques villes mais Yasser Arafat était toujours emprisonné dans Ramallah et les Israéliens assiégeaient l’église de la Nativité à Bethlehem où des Palestiniens armés avaient cherché refuge. Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 1403 exprimant sa consternation du non-respect de la résolution 1402. Le 19 avril, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1405, réclamant une investigation impartiale des allégations palestiniennes. Israël s’est opposé à la composition de l’équipe. Israël avait d’abord accepté l’enquête mais plus tard, il a fait marche arrière et l’a bloquée, déclarant que la composition et les procédures seraient injustes vis-à-vis Israël, et que l’ONU avait dénoncé un accord initial au sujet de l’investigation. L’opposition à l’enquête a été attisée par le souvenir des Israéliens de la récente conférence de Durban ainsi que par l’infamante résolution » Sionisme = Racisme « de l’ONU, qui est revenue plusieurs fois dans le débat public.
Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a visité les USA en mai 2002. Il a été mis sous pression par l’administration américaine d’avancer un programme de paix acceptable aux Palestiniens et aux Etats arabes. Ils ont discuté le plan d’un sommet régional plus tard en 2002 et les Israéliens ont présenté les preuves de la participation de Yasser Arafat et de l’ANP aux activités terroristes. La nouvelle d’un bombardement suicide commis par le Hamas est arrivée au cours de la réunion de Bush et Sharon, obligeant le Premier ministre israélien à abréger sa visite et à retourner en Israël
Les sièges de la Muqata et de l’église de la Nativité été également conclus en mai 2002. Des militants de l’église de la Nativité ont été exilés à Chypre et en Europe. Certains des hommes recherchés abrités à la Muqata de Ramallah ont été emprisonnés à Jéricho mais d’autres y sont apparemment restés. Le chef du FPLP a été accusé d’avoir coordonné une attaque suicide à partir de sa cellule à Jéricho. À fin mai, pressé de démocratiser, Yasser Arafat a signé la loi fondamentale c’est a dire la constitution de l’Etat transitoire palestinien. Elle déclare que la loi palestinienne sera basée sur les principes de la loi islamique (Sha’ariyah).
En juin, suite à une autre série d’attaques suicide palestiniennes, les forces israéliennes ont t réoccupé pratiquement toute la Rive Ouest. Le gouvernement israélien s’est empressé d’annoncer que la nouvelle occupation ne durerait pas indéfiniment et puis il a dit le contraire. Le Président Bush a fait un long discours attendu sur la politique au Moyen-Orient réclamant un Etat palestinien tout en insistant pour une réforme démocratique de l’Autorité nationale palestinienne.
En août et septembre 2002, plusieurs tentatives palestiniennes de cessez-le-feu ont été contrecarrées par le refus des groupes extrémistes de participer et par des actions d’Israël tels que tuer Salah Shehadeh, le chef de l’aile militaire du Hamas avec des missiles sur Gaza coûtant la vie à 13 civils. Shehadeh a été remplacé par Mohamed Deif. Août et septembre ont vu un répit de six semaines de grandes attaques suicides terroristes ce qui a facilité un plan israélo-palestinien pour restaurer la pleine autorité palestinienne sur Gaza et Bethlehem pour commencer. Cependant, plusieurs attaques violentes dans Gaza ont fait échouer la tentative. Au début septembre, les forces israéliennes de sécurité ont contrecarré plusieurs tentatives d’attaque suicides. Elles ont trouvé un camion chargé de 1300 livres d’explosifs et de bonbonnes de gaz, qui devait être utilisé par des Palestiniens dans une attaque suicide.
Le PLC (parlement palestinien) s’est réuni en septembre pour approuver le nouveau cabinet choisi en conformité avec les efforts de réforme. Les membres du PLC ont refusé de ratifier le cabinet jusqu’à ce que Yasser Arafat permette au Premier ministre de partager son autorité. Au lieu de cela, Arafat a accepté des élections pour janvier 2003, en dépit de l’occupation israélienne. La popularité d’Arafat était au plus bas. Ces élections n’ont jamais eu lieu.
La période de calme relatif s’est terminée avec les attaques suicides de Umm El Fahm et dans un autobus de Tel-Aviv. Le gouvernement israélien a envahi Gaza y compris une incursion dans la ville de Gaza. Il a assiégé Yasser Arafat et environ 200 autres dans la Muqata de Ramallah. Israël a exigé que les Palestiniens cèdent les personnes recherchées qui avaient pris refuge dans la Muqata y compris Tawfiq Tirawi, le patron de la sécurité. Arafat est resté défiant. Israël a détruit tous les bâtiments de la Muqata excepté le principal, promettant de ne pas toucher à Arafat. La rumeur qu’Israël était sur le point de faire sauter la Muqata a provoqué des manifestations massives dans la Rive Ouest et à Gaza. Il y eut quatre décès. Les Etats-Unis ont fait pression pour qu’Israël cesse de détruire les bâtiments de la Muqata et se retire. En dépit d’une résolution de l’ONU, Israël a continué le siège. La popularité d’Arafat avec des Palestiniens a grandi. Par la suite, le siège a été levé mais Arafat est resté confiné et isolé à Ramallah. Un deuxième siège a eu lieu à l’automne.
En avril 2002, le gouvernement américain a initié une série de consultations avec un groupe de diplomates qui sont devenus connus comme « le Quartet. » Le Quartet a émis une Feuille de route pour un règlement, y compris le retrait israélien des territoires occupés et l’établissement d’un Etat palestinien.
En octobre 2002, le parti travailliste a quitté le gouvernement israélien d’union. Le Premier ministre Ariel Sharon a organisé une élection anticipée le 28 janvier. Le parti Likoud d’Ariel Sharon a reçu un large mandat pour continuer sa ligne politique dure contre les Palestiniens. Le parti travailliste d’Israël a refusé de former un gouvernement d’union. Israël a continué à occuper la majeure partie de la Rive Ouest.
Au cours de cette période, les USA continués à rassembler des forces pour l’invasion de l’Irak et les partenaires des Etats Unis et du Quartet ont continué à promouvoir la Feuille de route du Quartet pour la paix au Moyen-Orient. Les associés du Quartet et particulièrement les USA ont fait pression sur les Palestiniens pour qu’une réforme complète de leur gouvernement élimine la corruption et le soutien au terrorisme. Il a été proposé que Mahmud Abbas (Abu Mazen) assume le poste de Premier ministre, éclipsant et déplaçant le encore populaire Yasser Arafat.
La guerre d’Irak et la réforme de l’Autorité palestinienne – Le 20 mars 2003, les armées américaines, britanniques et australiennes ont envahi l’Irak. Les Palestiniens soutenaient Saddam Hussein. Son régime avait fourni une aide financière aux familles des auteurs des attentats suicide et abritait aussi des militants palestiniens. Les forces américaines sont entrées dans Bagdad le 9 avril et, le 1er mai, le Président Bush a déclaré la fin de la guerre. Celle-ci a provoqué le bouleversement du Moyen-Orient et particulièrement affecté les Palestiniens. Les Arabes ont été surpris par la rapidité de l’effondrement de l’Irak. Les gouvernements arabes, y compris le palestinien, se sont empressés de faire des gestes conciliants et de parler de démocratie, tout en critiquant l’occupation de l’Irak par les Etats Unis qui a suscité beaucoup de ressentiment.
Mahmud Abbas a été élu Premier ministre palestinien le 29 avril mais la violence n’a pas diminué. Le jour de son élection, les Israéliens ont fait des incursions sanglantes dans Gaza et d’autres places. Quelques heures plus tard, le Fateh et le Hama lançaient une attaque suicide contre une boîte de nuit de Tel-Aviv. Le jour suivant, Israël a commencé à faire des incursions étendues dans les territoires en violation de la Feuille de route, Yasser Arafat a pris lui-même en charge l’organisation d’une nouvelle force unifiée de sécurité. Comme promis aux Palestiniens, les USA ont publié une mise à jour de laFeuille de route avril 30 juste après l’élection d’Abu Mazen.
Lors d’un sommet de fête qui s’est tenu le 4 juin à Aqaba, le Premier ministre israélien Sharon et le palestinien Mahmud Abbas (Abu-Mazen) se sont engagés à remplir les conditions de la Feuille de route. Ils se sont serré la main en présence du président George Bush. Abu Mazen a appelé à la fin de la violence.
Les extrémistes islamistes du Hamas et les chefs du Jihad islamique ont juré de continuer la violence. Peu après le sommet, quatre soldats israéliens ont été tués dans Gaza lors d’une opération commune des extrémistes islamistes et du Fatah d’Abu Mazen. Israël a commencé à démanteler dix d’une centaine d’avant-postes illégaux mais il n’a démantelé finalement que ceux qui n’étaient pas habités. Le 10 juin, Israël a essayé d’assassiner Ahmed Rantissi, le chef du Hamas, provoquant la fureur des Palestiniens et une critique des Etats Unis. Le 11 juin, un attentat suicide du Hamas a tué 16 Israéliens dans un autobus sur la rue principale de Jérusalem. Le 20 août, un attentat suicide a tué 21 personnes dans un autobus de Jérusalem. Le jour suivant, Israël a assassiné Ismail Abu Shanab, un chef de Hamas, probablement en guise de représailles. Israël a également annoncé que tous les chefs du Hamas devenaient des cibles et il a procédé à plusieurs tentatives d’assassinat, certaines non réussies contre eux, y compris contre »leur chef spirituel » âgé et estropié. Pendant que la trêve se défaisait, il y avait des menaces et des rumeurs d’attentats par des extrémistes palestiniens contre la vie du Premier ministre de l’ANP Mahmud Abbas. Les jours suivants, Israël a envahi la Rive Ouest pour un nettoyage de sécurité prévu pour durer plusieurs jours. Abbas et Mohamed Dahlan, son chef sécurité à Gaza, ont commencé à agir contre les terroristes palestiniens en accord avec les exigences de la Feuille de route. Sur quoi Yasser Arafat a remplacé Dahlan par Gibril Rajoub pour remettre la sécurité et le ministère de l’intérieur dans les mains de ses partisans. Abbas a annoncé le 4 septembre qu’il n’agirait pas contre les terroristes mais cela n’a pas sauvé sa carrière politique. Abbas a démissionné le 6 septembre et Ahmed Qurei (« Abu Ala »), un supporter d’Arafat, est devenu Premier ministre à sa place. Qurei s’est engagé à une ligne dure contre Israël. Le 8 septembre les dirigeants de l’UE ont interdit l’aile politique du Hamas et stoppé les aides financières qu’elle recevait.
Au cours de la soirée du 10 septembre 2003, des attaques suicides simultanées à Jérusalem et à l’extérieur de la base militaire de Tzrifin près de Rishon Le Zion, ont coûté 15 vies. Le 4 octobre, une période de calme s’est terminée par l’attentat suicide, attribué au Jihad islamique, dans un restaurant de Haïfa, Le Premier ministre palestinien désigné, Ahmed Qurei, et l’ANP ont condamné cet attentat mais ont refusé de s’engager à agir contre les groupes terroristes. En représailles, Israël a envahi Gaza et Jenine et, le 5 octobre, Israël a attaqué une base en Syrie qu’il accusait de former les terroristes des groupes palestiniens. C’était la première attaque israélienne contre le territoire syrien depuis la guerre du Kippour (Ramadan) en 1973. Une longue période de diminution relative du nombre des attaques des Palestiniens a suivi mais Israël a continué ses attaques sur les cibles palestiniennes causant des pertes considérables en vie civile. Les attaques suicides ont sporadiquement continué, commises soit par le Hamas soit par le Jihad islamiques ou soit par les brigades du Fatah Al Aqsa, une groupe du Fatah d’Yasser Arafat dont l’ANP a apparemment perdu le contrôle. Des attaques suicide ont été effectuées le 25 décembre 2003, le 14 janvier 2004, le 29 janvier 2004, et le 22 février par les » modérés » des brigades du Fatah Al Aqsa comme par le Hamas et le Front Populaire pour la Libération de la Palestine.
L’Accord de Genève – Des leaders politiques israéliens de l’opposition et des personnalités palestiniennes ont annoncé leur accord de principe sur les conditions d’un accord final. Cet accord, connu comme l’Accord de Genève,demandait des concessions historiques aux deux parties. Israël renoncerait à la souveraineté sur les parties arabes de Jérusalem. Les Palestiniens renonceraient explicitement au droit de retour en Israël des réfugiés palestiniens. Bien qu’il n’ait aujourd’hui aucun caractère officiel, l’Accord a été largement publié. Il a reçu l’appui du Secrétaire d’état Colin Powell et un commentaire chaleureux du Président Yasser Arafat de l’ANP. Le gouvernement israélien a dénoncé l’accord et ses auteurs et a essayé de bloquer la publicité faite dans les médias publics. Les extrémistes palestiniens et leurs alliés ont aussi dénoncé l’accord.
La » Barrière de Sécurité » (appelée également la » Clôture de Sécurité « ou le » Mur de l’Apartheid « ) – une question importante en Israël, pour la campagne électorale 2003, a été la construction d’une barrière (mur) de sécurité que préconisait le parti travailliste d’Israël qui se range dans le camp de la paix. cette barrière, érigée en suivant la ligne verte, devait servir à empêcher les attaques suicide en Israël. Une barrière similaire à Gaza avait supprimé complètement les infiltrations. La droite, y compris le parti Likoud d’Ariel Sharon, s’opposait à une barrière qui créerait, à leur avis, une frontière de-facto, divisant Jérusalem, et plaçant la plupart des colonies israéliennes de la Rive Ouest en dehors de la protection qu’elle pouvait offrir. Sharon et le Likud ont gagné l’élection avec une majorité écrasante, provoquant la déroute totale du parti travailliste et du parti de gauche Meretz..
Pendant l’année 2003, le Premier ministre Ariel Sharon a adapté et adopté le concept de barrière, changeant son tracé pour inclure les principales colonies israéliennes et préparant le plan d’un tronçon oriental qui envelopperait les Palestiniens dans deux enclaves. Pendant que la barrière s’élevait, il est devenu évident qu’elle emprisonnerait beaucoup de Palestiniens qui se retrouveraient coupés de leurs champs et lieux de travail, certains du côté israélien de la ligne de l’armistice de 1948, la ligne Verte, et d’autres du côté palestinien. Dans les secteurs peuplés où elle est la plus visible, la barrière est en fait un mur menaçant de ciment quoiqu’il s’agisse d’une barrière sur la plus grande partie de son parcours.. Les groupes palestiniens et les groupes pacifistes israéliens ont commencé une campagne intensive de protestation. Le 8 décembre 2003, l’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie en session d’urgence. Elle a adopté la résolution ES-10/14, qui demandait à la Cour de Justice internationale (ICJ) de La Haye un avis consultatif sur la légalité de la barrière. L’ICJ a commencé ses auditions le 24 février. Israël les a boycottées mais a soumis un document expliquant sa position que la cour ne devrait pas se prononcer en la matière. Environ 30 autres pays, dont les Etats-Unis et plusieurs pays de l’UE, ont soumis des documents arguant que la cour ne devrait pas se prononcer dans une question politique plutôt que légale et n’ont pas non plus assisté aux auditions. La plupart de ces pays critiquaient également la barrière considérée comme illégale ou un obstacle aux négociations de paix. Les groupes sionistes et israéliens ont organisé des manifestations à La Haye. Les Palestiniens ont contre- manifesté. Les Israéliens ont apporté la carcasse d’un autobus bombardé et insisté que le mur devait empêcher des attaques suicide. Les Palestiniens ont utilisé les auditions comme plate-forme pour délégitimer l’occupation.
Le 9 Juillet, la Cour de Justice internationale a rendu un avis consultatif sur la barrière israélienne de sécurité. Le Tribunal a jugé que la barrière viole les droits de l’homme et qu’Israël doit la démanteler. Israël a annoncé qu’il ne respecterait pas la décision de la Cour mais il a projeté des modifications du tracé de la barrière pour répondre aux exigences de la Cour Suprême israélienne
Retrait unilatéral – une deuxième proposition du parti travailliste d’Israël, mené par Amram Mitzna, pendant la campagne électorale de 2003, était que si les négociations avec les Palestiniens échouaient, Israël devrait se retirer unilatéralement de la Bande de Gaza et peut-être aussi de parties de la Rive occidentale et essayer de vivre sa vie derrière la barrière de sécurité. Ariel Sharon et le Likoud ont condamné cette proposition comme défaitiste mais fin 2003, Sharon lui-même a annoncé qu’il élaborait un plan unilatéral de retrait, à effectuer « en 6 mois » (une date plus tard postposée). Le plan pour se retirer de tout Gaza a rencontré une opposition intense l’opposition intense des membres du parti Likoud et des colons. Les rapports de février indiquaient qu’Israël confisquait toujours des terres pour construire des barrières de sécurité autour de colonies de Gaza que Sharon était censé avoir marquées pour évacuation.
Un scandale de corruption en Israël – Après l’élection d’Ariel Sharon en 2003, une atmosphère oppressive de soupçons est tombée sur lui et sur d’autres membres du parti Likoud suite à des allégations de corruption et d d’influence mafieuse. En janvier 2003, David Appel, un associé étroit du Premier ministre israélien Ariel Sharon, a été mis en examen pour corruption. L’accusation a allégué qu’il avait suborné le fils de Sharon et le Vice-Premier ministre Ehud Olmert. La question évidente était de savoir si Sharon serait ou non mis en examen
Échange controversé de prisonniers – après plusieurs mois de négociations via un intermédiaire allemand, Israël et le mouvement Libanais Hezbollah se sont mis d’accord sur un échange de prisonniers à des conditions très inégales. Le 29 janvier 2004, Israël a libéré plus de 400 prisonniers palestiniens et libanais et rendu de nombreux cadavres en échange des corps de trois soldats israéliens enlevés et tués par le Hezbollah, et d’un civil, un officier de réserve, Elhanan Tannenbaum, un « homme d’affaires » douteux qui a menti à propos de la manière de son enlèvement. L’échange a offert au Hezbollah un film publicitaire gratuit pour la télévision Al-Manar .
L’assassinat de cheik Yassin – Israël avait l’intention depuis des mois d’assassiner Cheik Ahmed Yassin, le Chef du Hamas . Après l’attaque suicide dans le port d’Ashdod, Tsahal a intensifié les opérations contre les islamistes de Gaza, et prévenu de nouveau tous les chefs du Hamas qu’ils étaient des cibles. Le 22 mars, les renseignements israéliens ont établi qu’Ahmed Yassin, le fondateur et chef du mouvement islamiste Hamas, s’était rendu à la prière sans son épouse et ses enfants. Le feu vert a été donné pour l’assassiner. L’assassinat du vieil homme estropié, pourtant le responsable indirect du décès de centaines de personnes et du sabotage du processus de paix, a attiré des protestations d’une grande partie du monde et des serments de vengeance du Hamas. L’assassinat n’a probablement eu que peu de valeur stratégique et n’a été effectué que pour soutenir la popularité déclinante du Premier ministre Ariel Sharon.
Plan de désengagement et lettre de garantie de George Bush – en avril 2004, le Premier ministre israélien Ariel Sharon a voyagé aux USA. Le 14 avril, il a rencontré le Président George Bush, pour obtenir le support américain et des garanties pour son projet de désengagement unilatéral Bush lui a fourni une lettre déclarant que les Etats Unis acceptent le plan de dégagement et que la Feuille de route reste le seul plan de paix qu’ils soutiennent. En outre, pour aider Sharon à convaincre les Israéliens, Bush a ajouté que les Etats Unis croient que les réfugiés palestiniens doivent être accueillis dans le nouvel Etat palestinien plutôt qu’en Israël, qu’à son avis, Israël ne devrait pas être obligé der se retirer jusqu’aux frontières de l’armistice de 1949 et que les USA approuvent la barrière israélienne de sécurité. Sharon a réitéré l’engagement israélien à la Feuille de route et a affirmé que la barrière de sécurité n’était qu’une mesure provisoire et pas la frontière finale. La lettre de Bush ne pourra pas peser lourd dans de futures négociations. Elle répétait les positions prises par l’ancien Président Clinton sur les réfugiés et les frontières. Néanmoins, elle a attiré la réprobation générale du monde musulman. Le plan de dégagement a été refusé lors d’un référendum du Likoud, le 2 mai 2004. A la suite de quoi, Sharon a proposé une version modifiée du plan. En outre, Israël a conduit en mai des opérations militaires étendues à Gaza, l’opération Arc-en-ciel, tuant plus de 40 personnes, laissant des milliers de sans-abri et provoquant la colère internationale. En octobre 2004, Israël a lancé l’opération Jours de Repentir pour empêcher le tir de fusées palestiniennes sur les villes israéliennes. L’opération a tué beaucoup de civils et en a laissé beaucoup d’autres sans foyer. En octobre, le parlement israélien (la Knesset) a voté en première lecture la loi de désengagement, forçant finalement le parti national-religieux, de droite, à quitter le gouvernement, et réduisant le gouvernement à une minorité de 55 sièges.
L’assassinat d’Abdel Azis Rantisi – Le 17 avril 2004, l’aviation israélienne a tué le Dr Abdel Azis Rantisi, le chef nouvellement élu du Hamas. Le Dr Mahmoud Zahar a été apparemment élu pour le remplacer mais aucune annonce officielle n’a été faite par crainte d’un attentat israélien. Zahar est supposé être le dernier survivant des sept fondateurs du Hamas. Les autres ont tous été assassinés par Israël.
Le Gouvernement de Ahmed Qurei – Le 12 novembre 2003, après une longue période de négociations, le Premier ministre palestinien Ahmed Qurei a formé un gouvernement permanent. Des tentatives ont eu lieu pour installer un cessez-le-feu et pour renouveler les négociations avec les Israéliens mis sans grand résultat. Le 19 novembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé la résolution 1515, supportant la Feuille de route pour la paix du Quartet et appelé les parties à respecter leurs engagements à son égard. Les incursions israéliennes ont continué cependant. Les Palestiniens, pour leur part, ont semblé peu disposés ou incapables de contrôler les groupes terroristes. Des réunions possibles entre Ahmed Qurei et le Premier ministre israélien Ariel Sharon ont été successivement annoncées, l’objet de rumeur et vantées avant de s’évaporer. Pendant un temps, Qurei a annoncé qu’il ne rencontrerait pas Sharon tant qu’Israël construisait sa barrière de sécurité (voir ci-dessous). Cependant, quand Sharon a annoncé son plan unilatéral de dégagement et qu’il a paru sérieux, Qurei s’est inquiété de ce qu’un retrait sans aucune négociation soit une victoire pour le Hamas et le Jihad islamique, les rivaux politiques de l’OLP au pouvoir, qui se préparent à hériter du gouvernement palestinien. Qurei a alors annoncé qu’il était prêt à rencontrer Sharon et qu’une réunion aurait certainement lieu à la fin de février. Cependant, des négociations pour placer l’ordre du jour de cette réunion ont été remises à plus tard pour différentes raisons, y compris des attaques suicide et des assassinats israéliens.
Le Chaos à Gaza – En attendant, il est devenu évident que Qurei n’était pas vraiment capable de gouverner malgré quelques succès dans l’amélioration de la transparence financière exigée par l’UE et les Etats-Unis. Au début 2004 il y eut plusieurs rapports sur le chaos, la division et l’anarchie dans les territoires palestiniens. À la fin de février, l’ex-chef de la sécurité Mohamed Dahlan a indiqué que l’autorité palestinienne n’était pas à même d’arrêter les brigades dissidentes du Fatah Al-Aqsa, responsables de plusieurs attentats suicide. Les tentatives d’unifier les forces de sécurité étaient bloquées par Arafat. Elles ont fini dans la dissension et des récriminations amères. Le 26 février, le Président Arafat a promis de tenir les élections longtemps remises à plus tard. Beaucoup de Palestiniens n’ont pas cru qu’il tiendrait sa promesse. Dans Naplouse, l’anarchie régnait et le maire démissionnait.
Le week-end du 18 juillet 2004, la violence a éclaté entre les factions du Fatah de Gaza. Un groupe a enlevé le chef de la police Ghazzi Jibbali et plusieurs ressortissants français puis les a relâchés avec la condition que Jibbali soit poursuivi en justice. Yasser Arafat a réorganisé la Sécurité, nommant son neveu, Musa Arafat, responsable des forces palestiniennes de sécurité. Les opposants ont réagi en donnant l’assaut au QG de Musa Arafat. Le Premier ministre Ahmed Qurei a alors annoncé sa démission. Arafat ne l’a pas acceptée mais Qurei a affirmé qu’il démissionnait de toute façon. Arafat a retiré la nomination de Musa Arafat mais a ajouté qu’il restait responsable de la sécurité dans Gaza. L’agitation en faveur d’une réforme a suivi. Elle a obtenu des déclarations d’Arafat mais quand celles-ci n’ont pas été appliquées, les législateurs palestiniens ont ajourné l’Assemblée en protestation.
La situation de la sécurité en 2004 – Au cours du printemps et de l’été 2004 il n’y a eu aucune attaque terroriste majeure réussie en Israël, en dépit de nombreuses tentatives. Les Israéliens et les Palestiniens ont attribué la tranquillité relative à la barrière de séparation en construction et à de meilleurs renseignements israéliens. Israël a continué à arrêter et tuer des Palestiniens appartenant aux organismes terroristes et à occuper les villes palestiniennes de la Rive Ouest. Le 31 août 2004, Hamas a commis une double attaque suicide à Beersheba en représailles pour les assassinats de leurs chefs. Les attaquants sont venus de la zone Sud de Hébron dans la Rive Ouest, où aucune barrière n’avait été construite. L’attaque a accéléré la construction de la barrière et Israël a pris une revanche sanglante en bombardant un camp de formation du Hamas dans Gaza. En octobre 2004, Israël a réalisé l’opération Jours de Repentir pour empêcher les tirs palestiniens de fusées sur les villes israéliennes. L’opération a tué beaucoup de civils et en a laissé beaucoup d’autres sans foyer.
Les entretiens de paix entre la Syrie et Israël
Après la conférence de paix de Madrid, la Syrie et Israël ont commencé des entretiens de paix et en mai 1995, ils en étaient arrivés à un accord de paix assez détaillé impliquant le retrait israélien des Hauteurs du Golan, qu’Israël occupait depuis 1967 et a plus tard annexé. Les Syriens en retour reconnaissaient Israël, acceptaient de normaliser le commerce et autorisaient une station israélienne d’alerte sur le territoire syrien. La promesse israélienne de quitter tout le Golan a été donnée indirectement par le Premier ministre Yitzhak Rabin au Secrétaire d’Etat américain Warren Christopher, comme « un dépôt » à ne présenter aux Syriens que s’ils étaient d’accord sur les autres conditions israéliennes. Ce dépôt est également appelé » la poche « , car il est dit que Rabin a dit à Christopher : » Gardez ceci dans votre poche jusqu’à ce que toutes les autres conditions soient réunies « . Au cours des négociations, Christopher a violé l’accord avec Rabin et révélé le » dépôt » à Assad.ý Pendant la période des négociations, Rabin a souvent répété le slogan : « la profondeur du retrait sera équivalente à la profondeur de la paix », indiquant qu’en échange pour la vraie paix, Israël était disposé à se retirer jusqu’aux lignes d’armistice. Cependant, les négociations avec l’administration Rabin n’ont pas été poursuivies et Rabin a été assassiné le 5 novembre 1995. Les négociations ont été relancées en janvier 2000 par le Premier ministre Ehud Barak. Elles se sont arrêtées le 27 mars 2000. La Syrie a insisté pour que les négociations commencent au point où elles s’étaient terminées, y compris le « dépôt » du Premier ministre Rabin – les lignes du 4 juin 1967 – ce qui signifiait la présence syrienne sur les rives de la mer de la Galilée et le territoire supplémentaire conquis en 1948 tandis que l’offre israélienne suivait la frontière internationale négociée avant la guerre israélienne d’Indépendance. Rabin avait en fait promis les lignes du 4 juin dans le « dépôt » mais Barak n’était pas disposé à satisfaire ces demandes. Néanmoins, sous la pression des Américains, Barak acceptait d’honorer l’engagement d’un ýretrait israélien sur la ligne du 4 juin 1967, moyennant des modifications mineures. Le ýPrésident Clinton a présenté à Assad la proposition d’Israël de se retirer sur les lignes du 4 ýjuin modifiées de commun accord comme (voir la carte à droite) et en phase avec les ýaccords précédents pris avec la Syrie. Néanmoins, Assad a refusé.ý Le 10 juin 2000, Hafez Assad est mort. Il a été remplacé par son fils Bashar. La piste de paix entre la Syrie et Israël a disparu.
israel

HISTORIEN JUIF, ISRAËL, TERRE SAINTE

FLAVIUS JOSEPHE (37/38 – ap.100)

FLAVIUS JOSEPHE
Flavius Josèphe
Historien juif (Jérusalem 37 ou 38 – apr. 100).
Issu d’une famille sacerdotale, il suit des études rabbiniques et, après trois années dans le désert, il décide, à 19 ans, de « se conduire en suivant les principes de la secte des Pharisiens, qui présente des ressemblances avec ce que les Grecs appellent l’école du Portique » (Autobiographie, 7-12). Envoyé à Rome, en 64, pour solliciter de Néron la libération de prêtres juifs, il revient impressionné par la puissance de l’Empire, et tente de convaincre ses compatriotes qu’une rébellion les mènera à l’échec, mais, ensuite, il organise la résistance en Galilée. Lorsque Vespasien envahit celle-ci, Josèphe est bloqué dans la ville de Jotapath, prise en quarante-neuf jours. Il se réfugie, avec des compagnons, dans une grotte, échappe au suicide collectif et se rend à l’ennemi. Conduit devant Vespasien, il prophétise l’élévation à l’Empire du général et de son fils, Titus. Vespasien devient empereur en 69 ; Josèphe, affranchi (« Flavius »), accompagne Titus à Jérusalem et sert d’intermédiaire. Après la chute de Jérusalem, il accompagne Titus à Rome.
Quatre ouvrages de Josèphe nous sont parvenus : deux traités historiques, la Guerre des Juifs contre les Romains et les Antiquités judaïques ; deux écrits polémiques, le Contre Apion et l’Autobiographie. La Guerre des Juifs [Peri tou Ioudaikou polemou], publiée vers 78 apr. J.-C., est consacrée à la révolte des Juifs en 66-70 et à sa répression. Ce récit, influencé par Thucydide, est aussi une apologie de son auteur, et rassemble les témoignages des acteurs du conflit et des documents dans un style empreint d’une grande vivacité. LesAntiquités judaïques [Ioudaïkê Arkhaiologia], imitant les Antiquités romaines de Denys d’Halicarnasse, furent publiées en 93-94, en vingt livres qui recouvrent l’histoire d’Israël de la Création du monde à la guerre contre Rome. Pour les derniers siècles, Josèphe utilise le ier Livre des Maccabées et recourt à des auteurs dont l’œuvre est perdue ou à la tradition orale : la haggadah traditionnelle enjolive les récits bibliques en y insérant des légendes colorées, par exemple à propos de Moïse. D’un grand intérêt historique pour la période du second Temple, le récit comporte des passages contestés, comme celui qui est relatif au Christ (XVIII, 3-3). L’Autobiographie, appendice à la seconde édition des Antiquités, répond aux accusations de Juste de Tibériade contre la conduite de Josèphe durant ses six mois de commandement en Galilée et le siège de Jotapath. LeContre Apion, en deux tomes, répond aux critiques soulevées par les Antiquités judaïques : Josèphe s’efforce d’y démontrer l’antiquité du peuple juif.
L’œuvre de Josèphe est importante pour l’histoire du canon des Écritures et du judaïsme. La halachah, ou pratique légale, n’étant pas encore fixée, certaines règles qu’il rapporte représentent un état antérieur à leur expression rabbinique. Enfin, on trouve dans les Antiquités judaïques de nombreuses traditions juives, ouhaggadot, qui n’ont pas d’équivalent dans les recueils midrashiques postérieurs
flavius josèphe

ISRAËL, TERRE SAINTE

LE MUR DES LAMENTATIONS

2015LE MUR DES LAMENTATIONS
Mur des Lamentations
Le Mur des Lamentations, appelé aussi Mur occidental (hébreu : הכותל המערבי, translit. : HaKotel HaMa’aravi) ou HaKotel(« le Mur » ; en arabe : il-Mabka) et El-Bourak, est un mur de soutènement de l’esplanade du Temple de Jérusalem situé dans le quartier juif de la vieille ville de Jérusalem datant du ier siècle av. J.-C., lors de la construction du Temple d’Hérode à la fin de l’époque du Second Temple. Il a été intégré au viie siècle aux murs d’enceinte de l’Esplanade des mosquées, ou Mont du Temple, lors de la construction du Dôme du Rocher et de la mosquée al-Aqsa1.
Il est révéré par les juifs pour sa proximité avec le Saint des Saints, situé sur le mont du Temple et est de ce fait considéré comme l’endroit le plus saint (généralement accessible) aux juifs pour la prière.
Le Mur des lamentations est également un symbole national israélien, et des cérémonies non intrinsèquement religieuses s’y tiennent comme la Yom Hazikaron.
Construction du mur : vers 17 ap. J.-C.
Le Mur occidental est un vestige du mur d’enceinte qui avait été érigé afin d’étendre le plateau quasi naturel sur lequel les temples de Jérusalem avaient été construits. Jusqu’au début du XXIe siècle, les historiens pensaient que1 cette extension avait été réalisée par Hérode Ier le Grand en vue d’agrandir, ou de reconstruire, le temple. Mais, en 2011 des recherches archéologiques par l’équipe de Ronny Reich (en) viennent remettre cette version en question. En effet, la découverte, au pied des fondations du Mur, de pièces de monnaie frappées par Valerius Gratus, préfet de Judée vers 17/18 de l’ère commune, démontrerait que la construction du mur n’avait même pas commencé avant la mort d’Hérode. Cela pourrait donner raison à l’historien romain Flavius Josèphe qui affirme que les travaux au Mont du Temple n’avaient été terminés que sous le règne du roi Agrippa II.
Le pan de 57 mètres de long visible n’est en fait qu’une partie de la muraille occidentale, de 497 mètres de long. Le reste du mur est actuellement situé pour une partie dans le quartier arabe de la ville, utilisé comme quatrième mur par les maisons attenantes, et pour l’autre enterré sur plus de 200 mètres. Cette partie souterraine peut être vue en empruntant le tunnel souterrain qui longe le mur sur plus de 200 mètres.
Le Mur occidental fait partie d’un plus grand site religieux de la vieille ville de Jérusalem, appelé Har haBayit par les juifs, mont du Temple par les chrétiens et Al-Haram al-Qudsi al-Sharif (le « Noble Sanctuaire ») par les musulmans. Il existe une autre portion de ce mur, un peu plus au nord, qui est appelée le Kotel HaKatan, le Petit Kotel, considérée par certains comme plus proche du Saint des Saints que le grand Kotel. Une petite chambre souterraine, appelée « La Grotte », située dans le tunnel du Mur occidental, est encore plus proche du Saint des Saints, mais elle ne peut être fréquentée que par quelques visiteurs à la fois.
Le lieu saint juif
Le Kotel est le lieu le plus saint selon la religion juive car c’est aujourd’hui l’endroit le plus proche du Kodesh Ha’ Kodashim (Saint des Saints), salle des premier et second temples à laquelle seul le Grand prêtre d’Israël pouvait accéder. Il existe en fait un endroit plus proche, dans le souterrain du Kotel, étant directement face au Kodesh Ha’Kodashim (où est aujourd’hui érigé le dôme du Rocher). Selon la coutume, certains juifs qui vont prier au Mur occidental ou Kotel, y déposent des vœux, le plus souvent sous la forme de prière et de petits papiers pliés où sont rédigés leurs souhaits, lesquels sont ensuite glissés dans les fentes qui séparent les différentes pierres du mur.
Origine de l’appellation de « mur des Lamentations »
Le terme de « Mur des Lamentations » est introduit au xixe siècle par les mandataires britanniques, qui le traduisent de l’arabe il-Mabka. Ce terme est tombé en disgrâce dans les milieux juifs5 ainsi que dans les milieux arabes, qui le nomment El-Bourak, le nom de la monture de Mahomet lorsqu’il fit son voyage nocturne5,. En revanche il reste toujours très majoritairement utilisé en France et dans la chrétienté en général.
Aujourd’hui, l’usage des termes « Mur occidental » ou « Mur des Lamentations » ou « El-Bourak » est un enjeu de la guerre des mots dans le conflit israélo-palestinien
Le Mur pour l’islam
Le Mur revêt aussi une signification importante pour les musulmans car il sert de soutènement à l’esplanade où sont construits le dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa, troisième lieu saint de l’Islam.
Selon la tradition islamique, lors du voyage nocturne du prophète Mahomet au cours duquel il est monté sur le buraq, qui l’a conduit de La Mecque jusqu’à Jérusalem, Mahomet attacha le buraq au mur occidental, avant de prier sur l’Esplanade et de voyager avec l’ange Jibril (Gabriel) au Ciel, où il a rencontré plusieurs autres prophètes (Adam, Jésus, Jean le Baptiste, Joseph fils de Jacob, Hénoch, Aaron,Moïse et Abraham) avec qui il a prié. À l’endroit précis où il attacha le buraq, une petite mosquée fut construite et nommée « mosquée du buraq ». Elle se situe au coin sud-ouest de l’Esplanade des mosquées, juste au-dessus du Mur occidental.
Des écrits du xive siècle d’Ibn Furkah racontent que la monture de Mahomet a été attachée au mur occidental lors du voyage du Prophète à Jérusalem11. Cette tradition aurait été surtout ravivée par les Jordaniens après la création de l’État d’Israël pour contrebalancer l’intérêt des juifs pour ce site.
En 2013, des travaux israéliens autour de la porte Al-Magharbeh (creusements, déblaiement des voies souterraines et destructions) provoquent une polémique et l’inquiétude des musulmans. Selon le chef adjoint du Mouvement islamique en Israël, Sheikh Kamal al-Khatib : « l’expansion israélienne en cours dans la partie où les juifs avaient l’habitude de prier comprend toute la zone restant aux musulmans et touche directement la mosquée Al-Buraq. .
Histoire
Selon la Bible, le Temple de Salomon aurait été le premier Temple de Jérusalem, dont la construction se situerait aux alentours duxe siècle av. J.-C. sur un site mégalithique. Sa destruction par les Babyloniens date de 586 av. J.-C.. Les archéologues n’ont cependant trouvé aucune trace de cette construction mais la conjoncture politique a empêché des fouilles systématiques. Le nombre d’habitants de Jérusalem à cette époque, quelques centaines, rend improbable la construction d’une grande structure.
Le second temple fut érigé en 515 av. J.-C., la cinquième année du règne de Darius le Grand (Esdras 6:15), considérablement agrandi et embelli par Hérode le Grand, inauguré en 63 ap. J.-C.et détruit par les armées romaines en 70, à la suite de la première guerre judéo-romaine. Le mur actuel semble postérieur à l’extension hérodienne et daterait du début du ier siècle.
Témoignage de la destruction du Temple par les Romains
Flavius Josèphe, témoin de la chute de Jérusalem prise par Titus en 70, relate dans La Guerre des juifs, Livre VII, que seule subsiste la partie occidentale du Mur :
« Quand l’armée n’eut plus rien à tuer ni à piller, faute d’objets où assouvir sa fureur – car si elle avait eu de quoi l’exercer, elle ne se serait abstenue par modération d’aucune violence – Titus César lui donna aussitôt l’ordre de détruire toute la ville et le Temple, en conservant cependant les tours les plus élevées, celles de Phasaël, d’Hippicos, de Mariamme, et aussi toute la partie du rempart qui entourait la ville du côté de l’ouest. Ce rempart devait servir de campement à la garnison laissée à Jérusalem ; les tours devaient témoigner de l’importance et de la force de la ville dont la valeur romaine avait triomphé. Tout le reste de l’enceinte fut si bien rasé par la sape que les voyageurs, en arrivant là, pouvaient douter que ce lieu eût jamais été habité. Telle fut la fin de Jérusalem, cité illustre, célèbre parmi tous les hommes, victime de la folie des factieux (Guerre des juifs Livre VII, I, 1). »
Destruction de Jérusalem vers 135
Après la défaite de la révolte de Bar Kokhba (vers 135), Jérusalem est détruite. La nouvelle ville qui porte le nom d’Ælia Capitolina est reconstruite sur le plan d’une colonie romaine.
Interdiction de la ville aux Juifs sauf un jour par an pour venir s’y « lamenter »
Les Juifs, toutes tendances confondues sont expulsés de la ville comme de l’ensemble de la Chôra13, y compris les juifs nazôréens qui reconnaissaient Jésus comme Messie. Selon Épiphane de Salamine, seuls les chrétiens de la « Grande Église » sont autorisés à vivre et à se rendre à Jérusalem. La population d’Aelia Capitolina est désormais essentiellement composée de vétérans de la Ve légion Macedonia et de la Xe légion romaine qui reconstruit son camp et forme aussi le cœur de la population de la ville, mais aussi de Grecs et de Syriens en général.
Certains historiens estiment que l’interdiction de venir dans l’ancienne Jérusalem aurait été assouplie à l’époque d’Antonin le pieux, toutefois cette interdiction semble avoir perduré même après la conversion de l’empereur Constantin au christianisme.
Ainsi au ive siècle, Jérôme de Stridon, l’un des quatre Pères de l’Église latine, violemment anti-juif, mentionne dans un commentaire de Sophonie 1.15 « Ce jour est un jour de fureur, Un jour de détresse et d’angoisse, Un jour de ravage et de destruction, Un jour de ténèbres et d’obscurité, Un jour de nuées et de brouillards,… », puis il reprend l’accusation de déicide formulée dans le corpus patristique: « Jusqu’à ce jour, ces locataires hypocrites ont l’interdiction de venir à Jérusalem, car ils sont les meurtriers des prophètes et notamment du dernier d’entre eux, le Fils de Dieu ; à moins qu’ils ne viennent pour pleurer car on leur a donné permission de se lamenter sur les ruines de la ville, moyennant paiement ».
Jérôme indique donc que les Juifs interdit de cité le reste de l’année, venaient « se lamenter » un jour particulier, moyennant paiement. Il s’agit du 9 Ab du calendrier hébraïque« où ils ont le droit de venir se lamenter sur les ruines du Temple afin d’en commémorer la chute ou ses chutes successives (Tisha Beav). » Bien que Jérôme ne mentionne pas explicitement le « Mur », on retrouve dans sa formulation le nom du « Mur des lamentations » que le monde chrétien utilisait pour désigner le mur Ouest du Temple, qui n’a pas été détruit en 70.
Il est également possible que dès l’époque des Sévères des Juifs « aient de nouveau habité Jérusalem, même si l’interdiction n’a pas été annulée car la population judéenne d’Ælia est attestée dans la littérature rabbinique par plusieurs mentions faisant état d’une « sainte synagogue de Jérusalem »»
Au Moyen Âge
Le mur est déjà un lieu de prière comme en témoigne Benjamin de Tudèle au xiie siècle : « À l’opposé de cet endroit, à l’occident est une muraille qui est un reste de celle du Temple et même du Saint des Saints. On l’appelle la porte de Miséricorde. Tous les juifs vont prier à cet endroit où était le parvis .
Sous l’Empire ottoman
Pendant 400 ans, de 1517 à 1917, les Turcs administrent la Palestine et laissent les juifs prier au Mur. La Jewish Encyclopedia décrit ainsi le Mur vers 1906 : « Le fameux lieu des Lamentations (le « Kotel Ma’arabi ») est intéressant à tout point de vue. Chaque vendredi après-midi et après le service du Chabbat matin ou des jours de fête, les juifs s’assemblent en une foule pittoresque pour se lamenter sur leur gloire passée. C’est le lieu de rassemblement des juifs de Jérusalem comme l’est le mont du Temple pour les musulmans ou le Saint-Sépulcre pour les chrétiens »18.
Sous le mandat britannique
À leur tour, les Britanniques administrent la Palestine de 1917 à 1948 et y perpétuent le statu quo. En 1929, des tensions apparaissent entre juifs et musulmans autour du Mur. Des émeutes éclatent. Elles s’étendent à Hébron où des juifs sont massacrés. Les Britanniques nomment une commission d’enquête qui conclut que le Mur était propriété des musulmans et administré par eux. Toutefois, les juifs ont le droit d’y prier à condition de se conformer à certaines régulations limitant leur droit d’y apporter des objets ou leur interdisant de sonner le shofar.
Sous contrôle jordanien
Durant la guerre israélo-arabe de 1948-1949, la Légion arabe prend le contrôle de la Vieille Ville de Jérusalem et l’accès au Mur est interdit aux Juifs par les autorités jordaniennes, en violation de l’article VIII des accords d’armistice. Pendant les dix-neuf années qui suivent, les nombreuses demandes par des officiels israéliens et des groupes juifs, tant aux Nations unies qu’auprès d’autres organismes internationaux pour essayer de mettre en application l’accord d’armistice, restent vaines. Seuls les soldats jordaniens et les touristes peuvent avoir accès au site qui est un temps transformé en dépotoir
Depuis 1967
Lors de la guerre des Six Jours en juin 1967, les Israéliens prennent le contrôle de toute la rive droite du Jourdain et donc de l’ensemble de la ville de Jérusalem. Cette reconquête du Mur occidental, près de 19 siècles après la prise de Jérusalem par Titus, est symbolisée par la sonnerie du shofar effectuée par le grand rabbin Shlomo Goren dès que les troupes israéliennes atteignent le Mur le 7 juin 1967. L’accès au Mur occidental, interdit aux juifs par les autorités jordaniennes pendant une vingtaine d’années, leur redevient alors possible. Très vite, les Israéliens entament la destruction d’un hectare du « quartier juif » et en expulsent 650 habitants, afin de dégager l’esplanade actuelle « alors que pendant des siècles les juifs qui venaient y prier se contentaient des quatre mètres existants entre les maisons et le mur » Le reste du quartier voit le retour des juifs et particulièrement l’établissement de yechivoth.
Le Mur, aujourd’hui
De l’extérieur de la vieille ville, on accède à l’esplanade devant le Mur par une porte des remparts, la porte des Maghrébins ou encore porte des Détritus, et les contrôles de police y sont stricts. Cette porte donne aussi accès au quartier des Maghrébins, l’ancien et à nouveau florissant quartier juif de la vieille ville de Jérusalem. L’esplanade devant le Mur est séparée en 3 parties : la plus éloignée est ouverte à tout public ; deux sections séparées par une mekhitsa (cloison) sont à la disposition des personnes qui voudraient se rendre près du Mur, la section nord étant réservée aux hommes et la section sud aux femmes.
Les salles souterraines bordant la section des hommes comprennent de nombreuses arches saintes où sont rangés des rouleaux de la Torah utilisés lors des offices de prière qui se tiennent à toute heure. C’est aussi au nord du Mur que s’amorce le tunnel du Mur occidental (dont la sortie est sur la via Dolorosa), accessible au public sur rendez-vous.
Le site est fréquemment choisi pour des célébrations et cérémonies, en particulier celles de bar mitzvah. Beaucoup sacrifient à la coutume fort populaire bien que non unanimement approuvée de déposer des feuillets contenant des souhaits ou des prières dans les fentes et crevasses du mur.
À l’extrémité sud du Mur occidental, on distingue nettement le départ de l’arche de Robinson (du nom de l’archéologue l’ayant le premier étudiée) qui supportait jadis les escaliers permettant de monter de la rue au mont du Temple. Au pied de cette arche a été découverte la pierre d’Isaïe sur laquelle est gravé en hébreu le verset Isaïe 66,14 : וראיתם ושש לבכם ועצמותיכם כדשא תפרחנה (« Vous le verrez, et votre cœur se réjouira, et vos os reprendront vigueur comme l’herbe reverdit »). Elle se trouve sous l’arche de Robinson dans le parc archéologique Davidson.
mur des lamentations

ISRAËL, TERRE SAINTE

BETHLEEM

BETHLEEM
Bethléem
Bethléem
(ar) بيت لحم
Bethléem (en arabe بيت لحم bayt laḥm, étymologie artificielle qui viendrait du syriaque « maison du pain », en hébreu בית לחםbéth leḥem, « maison du pain », l’étymologie plus probable étant beit lahamu, « maison de Lahamu », dieu cananéen de la guerre) est une ville située en Cisjordanie, une région de Palestine, à environ 10 km au sud de Jérusalem, qui compte 30 000 habitants3, essentiellement des Palestiniens musulmans. La ville compte une petite communauté de chrétiens palestiniens, une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde. Son agglomération s’étend aux villes de Beit Jala et Beit Sahour.
La ville est un important centre religieux. La tradition juive, qui l’appelle aussi Éphrata, en fait le lieu de naissance et de couronnement du roi d’Israël David. Elle est considérée par les chrétiens comme le lieu de naissance de Jésus de Nazareth. C’est un lieu de pèlerinage qui génère une activité économique importante à la période de Noël. La ville est également le siège d’un lieu saint du judaïsme, le tombeau de Rachel, situé à l’entrée de la ville.
Depuis 1995, aux termes des accords d’Oslo, la ville est sous administration de l’Autorité palestinienne.
Religion
Dans la Genèse, Bethléem est le lieu où meurt Rachel et où naît Benjamin, second fils de Rachel et benjamin de Jacob. La formule « Bethléem sur le chemin d’Ephrata » revient plusieurs fois dans les textes bibliques.
Dans les Livres de Samuel, le Roi David est le fils de Jessé de Bethléem, c’est pourquoi le prophète Michée en fait la patrie du futur Messie : « Et toi, Bethléem, Ephrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël, et duquel les origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité .
Dans le Nouveau Testament, selon Matthieu et Luc, Bethléem en Judée est le lieu de naissance de Jésus ; ses parents s’y rendent pour s’y faire recenser, Joseph, descendant de David, en étant originaire.
Au xie siècle, Bernard de Clairvaux prolonge l’étymologie hébraïque Bethléem (maison du pain) dans une utilisation chrétienne : Jésus (né à Bethléem) devient le Pain vivant descendu du Ciel7.
Plusieurs lieux saints se trouvent à Bethléem : le tombeau de Rachel, la Basilique de la Nativité, la grotte du Lait.
Histoire
Lieu de naissance de Jésus
Le lieu de naissance de Jésus n’est pas connu avec certitude, et les historiens hésitent entre Bethléem — mentionné par deux évangiles, correspondant à une prophétie de Michée sur l’origine davidique du Messie — et le berceau familial de Nazareth, où il aurait passé une partie de sa jeunesse, après le retour de ses parents qui avaient fui en Égypte (évangile attribué à Matthieu).
Ce sont les évangiles selon Luc et selon Matthieu qui rapportent que Bethléem est le lieu de naissance de Jésus, Marc et Jean commençant avec la vie publique de Jean le Baptiste, puis de Jésus et ne disant rien de son enfance. D’après Jérôme de Stridon(Epistola, 58, 3), qui vécut à Bethléem à la fin du ive siècle, la grotte de la Nativité du Christ aurait été vénérée déjà du temps d’Hadrien, qui pour empêcher cette vénération y fit édifier un temple consacré à Adonis ; l’Empereur aurait procédé de même à Jérusalem avec leTemple et le Saint-Sépulcre. Si elles sont avérées dans le cas du Saint-Sépulcre, les affirmations de l’apologète chrétien ne sont pas corroborées par les découvertes archéologiques à Bethléem où aucune trace d’habitat contemporain de Jésus n’a été mise au jour jusqu’à présent. Par ailleurs, un autre endroit de culte de la Nativité/Épiphanie du Christ, avant la basilique constantinienne, semble avoir existé, cela en dépit des allusions des apologètes Justin de Naplouse et Origène.
Entre 1992 et 2003, l’archéologue israélien Aviram Oshri a conduit des fouilles de sauvetage dans le village homonyme de Bethléem en Galilée, à six kilomètres à l’ouest de Nazareth. Il y a mis au jour les vestiges d’une occupation juive d’époque hérodienne (Ier siècles av. et ap. J.-C.) et, au vie siècle, ceux d’une basilique chrétienne, associée à un monastère et une hôtellerie. De ces indices, il a conclu à l’existence d’un pèlerinage chrétien. et émis l’hypothèse que le village galiléen de Bethléem serait le véritable berceau de Jésus.
Basilique de la Nativité
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Après les exécutions de Crispus et de l’impératrice Fausta par son fils Constantin Ier, Hélène, visita le lieu saint et son fils y fit construire la basilique de la Nativité. Jérôme se retira dans une grotte voisine et y traduisit la Bible hébraïque en latin, dans une version connue sous le nom de Vulgate.
La Basilique de la Nativité fut restaurée par Justinien et fut le seul sanctuaire épargné par les Perses lorsqu’ils envahirent la Palestine. Elle fut encore restaurée par les Croisés, au xiie siècle. Aux xiie et xiiie siècles, sa protection fut confiée à l’ordre du Temple.
Histoire contemporaine
La ville est aujourd’hui partiellement entourée par la Barrière de séparation israélienne sous la forme d’un mur de 8 mètres de haut construit par les autorités israéliennes.
Bethléem a reçu en 2000 la visite du Pape Jean-Paul II pour commémorer le bimillénaire de la naissance du Christ et fut accueilli par la population chrétienne locale. À l’image de cette visite, les papes suivants se rendront aussi à Bethléem. Benoît XVI visite la ville durant le mois de mai 2009 et cinq ans plus tard, en mai 2014, le pape François se rend aussi dans la ville.
En 2012, Vera Baboun est élue au conseil municipal de la ville et choisie comme maire. C’est la première femme à occuper ce poste.
BETHLEEM2

EGLISE MELKITE, ISRAËL, TERRE SAINTE

EGLISE MELKITE

EGLISE MELKITE CATHOLIQUE
« Embrasse la Croix ! Accepte-la ! Vénère l’icône de la Résurrection, et accepte le mystère de la Résurrection dans ta vie quotidienne ! Ainsi, tu uniras dans ta vie les mystères de la Croix et de la Résurrection… » Lettre des pâques 2014
ÉGLISE GRECQUE-MELKITE CATHOLIQUE
Les melkites – Origine du mot « melkite »

Les Grecs-melkites catholiques se trouvent, à l’origine, dans les trois grands Patriarcats orientaux d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem. Le mot « melkite » vient du syriaque « malko » et signifie « royal » ou « impérial » ; c’est un surnom donné pour la première fois en 460, en Égypte, par les monophysites, aux orthodoxes qui avaient pris parti pour le patriarche légitime, Timothée II, appuyé par l’empereur romain (byzantin) Léon 1er. C’était donc, à l’époque, un synonyme de loyalisme politico-religieux. De l’Égypte, ce surnom est rapidement passé en Syrie. Actuellement, l’usage commun réserve ce nom aux catholiques de rite byzantin (grec) de langue arabe dans les trois patriarcats ci-dessus mentionnés et dans l’émigration. Quant aux non catholiques de ces mêmes trois patriarcats, ils sont appelés, en arabe, «Roum», c’est-à-dire grecs d’Orient, tandis que les catholiques melkites sont aussi appelés «Roum katholik». Le catholicisme est tellement caractéristique des grecs-melkites catholiques que, pour un homme du peuple, surtout en Syrie, le terme «katholik», sans autre précision, désigne toujours les grecs-melkites catholiques. Aujourd’hui, tous les melkites sont de langue arabe. Autrefois, notamment du Ve au XIIe siècles, il y avait des melkites d’origine byzantine qui parlaient encore le grec, d’autres de race autochtone qui parlaient le syriaque, et enfin d’autres d’ethnie arabe, convertis au christianisme dès le Vesiècle, donc bien avant l’islam, qui parlaient arabe. Cette pluralité ethnique et linguistique existait aussi chez les monophysites de l’époque, mais avec une prédominance de la langue syriaque. Les melkites d’aujourd’hui, aussi bien catholiques qu’orthodoxes, représentent donc le tronc des deux grands arbres formés par les deux grandes circonscriptions ecclésiastiques déjà reconnues au concile de Nicée (325) et qui avaient leurs centres respectivement à Alexandrie (pour les territoires correspondant au « diocèse » civil romain d’Égypte) et à Antioche (pour le « diocèse » de l’Orient).

Les melkites du Ve au XVIIe siècles
Le Patriarcat d’Alexandrie, reconnu comme tel, en confirmation de ce qui avait été décidé à Nicée, par le deuxième concile Œcuménique (Constantinople, 381), fut divisé par le schisme consécutif à la diffusion du monophysisme en deux branches : l’une orthodoxe ou melkite, l’autre copte (les coptes, pour des raisons en partie politiques, avaient adhéré au monophysisme). Ce n’est qu’à l’époque moderne, au XVIIIe siècle, que chacune de ces deux branches s’est, à son tour, divisée en deux. Nous avons ainsi, actuellement, pour Alexandrie, un Patriarcat orthodoxe de rite byzantin, avec des fidèles qui, en Égypte, sont en grande majorité des Grecs plus ou moins récemment immigrés, et une minorité arabophone (il y a aussi, depuis une époque assez récente, des fidèles de ce Patriarcat dans divers pays francophones et anglophones d’Afrique), un Patriarcat grec-melkite catholique (du même rite, mais entièrement arabophone, avec des fidèles originaires de Syrie, du Liban, de Palestine et de Jordanie, et lié au Patriarcat grec-melkite catholique d’Antioche), un Patriarcat copte orthodoxe (monophysite) et un Patriarcat copte catholique. Les autres Églises orientales catholiques ont toutes des communautés en Égypte, dont l’organisation ecclésiastique dépend de leurs patriarches respectifs, qui résident au Liban (arménien, maronite et syrien) ou en Irak (chaldéen).

Les divisions successives du Patriarcat d’Antioche
Le Patriarcat d’Antioche, tel qu’il était en 416, a donné origine, depuis cette époque, à plusieurs autres Églises, qui sont ses filles « émancipées ». 1. – En 416, l’île de Chypre, déjà indépendante sur le plan politique, reçut du pape Innocent 1er (401-417) une autonomie conditionnée de son Église ; cette autonomie devint autocéphalie au concile d’Ephèse (431), pratiquement instaurée en 488 sous le règne de l’empereur Zénon. Entraînée dans le schisme de Michel Cérulaire (1054), l’Église orthodoxe de Chypre, actuellement, est toujours autocéphale ; il y a dans l’île quelque 10.000 catholiques, principalement maronites, avec une minorité latine. 2. – L’Église de Perse tire ses origines de la métropole d’Édesse, qui dépendait d’Antioche, bien qu’elle n’eût jamais avec la capitale de l’Orient romain un lien hiérarchique très solide ; elle proclama son indépendance en 424 (c’est d’elle que provient l’actuelle Église chaldéenne, catholique depuis le XVle siècle). 3. – En 451, au concile œcuménique de Chalcédoine, Juvénal, évêque de Jérusalem, obtint l’amplification des prérogatives honorifiques accordées à son siège par le concile de Nicée, c’est-à-dire le titre patriarcal, avec juridiction sur les trois provinces de Palestine. Le Patriarcat orthodoxe de Jérusalem fut gouverné, à partir de 1543, par une hiérarchie exclusivement grecque (sauf de rares exceptions), avec des patriarches et des métropolites appartenant à la Confrérie du Saint Sépulcre et originaires de Grèce ou de Chypre, tandis que les fidèles sont en grande majorité arabes. Le Patriarcat latin de Jérusalem, créé à l’époque des croisades, en 1099, devint purement titulaire à partir de 1191, puis redevint résidentiel en 1847, avec juridiction sur les fidèles latins de Palestine, d’Israël, de Jordanie et de Chypre, en partie immigrés récents, en partie autochtones, catholiques d’ancienne date ou convertis au XIXe siècle (à une époque où le clergé grec-melkite catholique, trop peu nombreux dans ces territoires, n’était pas en mesure de les accueillir dans l’Église qui aurait dû être la leur). 4. – Du Patriarcat de Jérusalem se détacha, en 1575, le petit archevêché du Sinaï, dont la juridiction est limitée au célèbre monastère grec de Sainte-Catherine (dont l’archevêque est higoumène) et à quelques villages arabes des environs. Il est autonome, mais son archevêque reçoit toujours la chirotonie épiscopale du patriarche grec orthodoxe de Jérusalem. 5. – Vers 470, la Géorgie, convertie au christianisme, surtout par des missionnaires provenant des Patriarcats d’Antioche et de Constantinople, forma un Catholicossat qui, vers la moitié du VIIIe siècle, obtint une autonomie presque complète, avec lequel le Patriarcat d’Antioche communiquait par l’intermédiaire du siège métropolitain melkite de Theodosiopolis (Erzeroum), en Arménie ; ces relations continuèrent, bien que sporadiquement jusqu’au XVIIIe siècle. En 1736 fut nommé un archevêque grec-melkite catholique de Tiflis, qui dut s’exiler ensuite et n’eut pas de successeur. 6. – Le schisme le plus important en 543-544, a été celui dû au monophysisme ; et créa, en opposition à la hiérarchie orthodoxe, un autre Patriarcat d’Antioche (dont le patriarche ne résida presque jamais à Antioche). Sur les quatre millions d’habitants que comptait alors la Syrie, quelques deux millions adhérèrent au monophysisme, sous la juridiction de ce nouveau Patriarcat. 7. – Le Patriarcat (orthodoxe) d’Antioche ayant été vacant de 701 à 742, à cause d’une vague de persécutions, les moines du grand monastère de Saint-Maron, en Syrie, près des sources de l’Oronte, qui partageaient avec les melkites la défense de la foi chalcédonienne contre les monophysites, profitèrent de la longue vacance du siège patriarcal pour se donner un propre patriarche, dans des circonstances qui ne sont pas très claires. En 742, le calife Hicham permit l’élection du patriarche melkite Étienne III, mais le successeur de celui-ci, Théophylacte Bar Qambara, protégé par le calife Marouan II, eut recours à la violence pour faire cesser cette double juridiction, à la suite de quoi les moines de Saint-Maron et leur patriarche, appuyés par un certain nombre de fidèles et de prêtres liés à leur communauté, résistèrent sur place, puis se réfugièrent au Liban, presque indépendant à l’époque, où ils formèrent une nouvelle Église, d’abord réunissant un petit nombre de fidèles, qui progressèrent ensuite du fait d’une démographie fertile et forment aujourd’hui l’Église maronite. Affaibli par toutes ces pertes, le Patriarcat orthodoxe d’Antioche pouvait compter, à l’époque des croisades, environ un demi-million de fidèles. Les Byzantins avaient repris Antioche en 969 et conservèrent la ville jusqu’à l’arrivée des croisés en 1098 : le prince Bohémond, malgré les promesses faites à l’empereur byzantin Alexis Comnène, la garda pour lui-même et obligea le patriarche melkite Jean V à abandonner la ville. C’est à ce moment que les patriarches melkites d’Antioche (tous Grecs pendant cette période) allèrent résider à Constantinople, et cela jusqu’à la reconquête d’Antioche en 1268 par le sultan mamelouk d’Égypte Baibars.

Evolution

La domination des Byzantins eut une première conséquence, d’ordre liturgique : jusqu’alors, le Patriarcat d’Antioche, même dans sa branche orthodoxe (chalcédonienne), avait observé le rite antiochien, très influencé par celui de Jérusalem, et qui est encore maintenant suivi par l’Église syrienne orthodoxe et (avec diverses modifications) par l’Église syrienne catholique et l’Église maronite. Progressivement, il y eut interaction entre la liturgie antiochienne et celle de Constantinople, jusqu’à la fin du XIIIe siècle ; il en fut de même à Jérusalem et à Alexandrie. Comme une bonne partie de la population parlait syriaque, les livres liturgiques byzantins furent traduits dans cette langue (les bibliothèques d’Europe ont plus de deux cents manuscrits melkites en syriaque, de cette époque, les plus récents datant de la moitié du XVIIe siècle). Mais la progression de l’arabe en tant que langue parlée par la majorité de la population eut pour conséquence l’introduction de l’arabe dans la liturgie. Au début du XVIIe siècle, le métropolite d’Alep Meletios Karmé révisa les traductions arabes des textes liturgiques et leur donna la forme qui a été conservée jusqu’à nos jours, avec quelques améliorations. La seconde conséquence du séjour des patriarches melkites d’Antioche à Constantinople, de 1098 à 1268, fut l’introduction du schisme de Michel Cérulaire, malgré la résistance, bien connue, du patriarche d’Antioche Pierre III. L’installation d’un patriarche latin à Antioche après le départ de Jean V, l’antagonisme de Bohémond et de l’empereur byzantin, la subordination forcée de la hiérarchie orientale à la hiérarchie latine, furent autant d’éléments qui poussèrent les melkites à l’opposition. Quant au moment précis de la séparation, qui eut un caractère plus politique que religieux, il n’est pas possible de le dater exactement. Á partir de 1268, les patriarches furent de nouveau presque tous autochtones ; mais les relations avec l’Occident étaient sévèrement interdites par les sultans d’Égypte, auxquels la Syrie était alors soumise ; de plus, le πatriarche melkite était beaucoup plus surveillé que le πatriarche maronite, plus indépendant dans ses montagnes du Liban. On constate néanmoins l’union avec Rome en 1098, en 1242 et pendant les années qui suivirent et de 1274 à 1283 ; l’union fut rétablie au concile de Florence (1439) et dura jusque vers 1443 ; fut de nouveau restaurée en 1457 par le Patriarcat d’Antioche et en 1460 par les Patriarcats d’Alexandrie et de Jérusalem au moyen d’une délégation de Moïse Giblet qui se rendit auprès du pape Pie II à Sienne. Cette union semble avoir duré jusqu’à la conquête de la Syrie par les Ottomans en 1517. Á partir de 1517, les rapports avec Rome devinrent de nouveau pratiquement impossibles ; l’influence des Grecs de Constantinople augmenta et l’Union tomba dans l’oubli. Dans les deux autres Patriarcats, le schisme de Cérulaire ne fut pas accepté immédiatement. Dans le Patriarcat de Jérusalem, sans titulaire résident depuis que la ville fut prise par les croisés (1098), la hiérarchie gréco-melkite fut subordonnée au Patriarcat latin selon un modus vivendi qui s’établit progressivement. Après la conquête de la Ville Sainte par Saladin en 1187, le patriarche grec regagna son siège, et les relations avec les latins cessèrent, ne fût-ce que par nécessité politique. Dans le Patriarcat d’Alexandrie, il était très difficile de connaître le nom du pape de Rome régnant. L’historien Yahya ibn Saïd (XIe siècle), qui était melkite d’Antioche, rapporte, au début de son œuvre, comment, de 685 à l’an mil, en Égypte, on faisait toujours mémoire du pape Benoît II (684-685) parce qu’on ignorait les noms de ses successeurs, et cela jusqu’à Jean XVIII (l003-1009), et l’auteur s’excuse de ne pas donner les noms des papes qui manquaient pour ce motif. Cependant, encore dans la première moitié du XIVe siècle, le diplôme officiel donné par les califes fatimides du Caire au patriarche melkite d’Alexandrie faisaient mention explicite de sa soumission au pape de Rome, tout en lui interdisant les rapports quels qu’ils fussent avec l’Occident. Après sa destruction par Baibars en 1268, Antioche perdit de son importance, et le patriarche Pacôme Ier transféra sa résidence à Damas entre 1375 et 1386. De ce fait, peu à peu, Damas cessa d’avoir son métropolite propre et devint une éparchie patriarcale.

Les melkites depuis le XVIIIe siècle

Envoyé en Orient par le pape Grégoire XIII, l’évêque titulaire (latin) de Sidon, Leonardo Abel, maltais, entre 1583 et 1587 gagna à la foi catholique le vieux patriarche émérite d’Antioche, Michel VII, démissionnaire en 1582 et retiré à Alep. Il est très probable qu’à cette mission de l’évêque maltais remonte la constitution à Alep d’un petit noyau catholique, qui grandit peu à peu en nombre lorsque les jésuites et les capucins (1625), puis les carmes (1626) ouvrirent des résidences à Alep. En 1634, le patriarche Euthyme II (Karmé) envoya sa profession de foi catholique à Rome, mais mourut avant de recevoir la confirmation papale. En 1653, on comptait quelque 7.000 catholiques à Damas. En 1664, Macaire III (Zaim), patriarche d’Antioche de 1637 à 1672, imita l’exemple d’Euthyme II, mais sans se déclarer publiquement, et sans interrompre ses rapports avec les autres patriarches orthodoxes. En 1687, Athanase III (Dabbas), compétiteur de Cyrille V (Zaim), fit de même, puis se retira en 1694 à Alep, ville devenue la citadelle du catholicisme en Syrie. En 1701, le métropolite de Beyrouth et l’évêque de Baalbek adhérèrent formellement à la foi catholique. Ceux qui étaient en communion avec Rome étaient devenus assez nombreux pour que la Congrégation pour la Propagation de la Foi (de Propaganda Fide) nomme ouvertement, en 1684, le métropolite de Tyr et de Saïda, Euthyme Saïfi (disciple des jésuites et catholique de cœur depuis longtemps), comme administrateur apostolique des catholiques melkites éparpillés dans tout le Patriarcat d’Antioche ; ce métropolite, fondateur de l’ordre Basilien du Saint-Sauveur, fut un grand propagateur du catholicisme en Syrie en dehors de Damas et d’Alep. En 1716, le patriarche Cyrille V, jusqu’alors opposé à Rome, ayant été gagné par son ami Poullard, consul de France à Saïda, envoya sa profession de foi catholique à Rome, en même temps que l’évêque de Seidnaya, Gerasimos, puis mourut en 1720, laissant le Patriarcat à Athanase III. Celui-ci, bien qu’il se fût montré favorable aux catholiques lors de sa retraite à Alep, eut ensuite un comportement différent. Quand il mourut en 1724, le parti catholique, devenu assez puissant, choisit rapidement comme patriarche, à défaut du métropolite Euthyme Saïfi (mort en 1723), son neveu Seraphim Tanas, qui prit le nom de Cyrille VI. Les Grecs de Constantinople lui opposèrent immédiatement le chypriote Sylvestre, et une lutte acharnée s’enflamma pour la possession du Patriarcat. Expulsé de Damas, Cyrille VI trouva asile au Liban, alors semi-indépendant. L’union avec Rome put se propager facilement au Liban et resta toujours solide à Alep et à Damas, malgré les persécutions parfois violentes ; dans le reste de la Syrie, l’opposition de la hiérarchie orthodoxe paralysa les efforts, tandis que les successeurs de Cyrille VI furent tous des melkites autochtones, ceux du Grec Sylvestre furent tous Grecs jusqu’en 1899, année au cours de laquelle le parti autochtone, appuyé par la Russie, parvint à exclure les Grecs. Dans les Patriarcats d’Alexandrie et de Jérusalem, les catholiques melkites, dispersés et en petit nombre, étaient confiés aux franciscains de la Custodie de Terre Sainte. En date du 19 mai 1772, à la demande du clergé et des fidèles, Rome les confia, à titre d’administrateur apostolique, au patriarche grec-melkite catholique d’Antioche, alors résidant au Liban. En 1832, les Égyptiens s’emparèrent de Damas et de toute la Syrie, qu’ils conservèrent jusqu’en 1841. Profitant de cela, le patriarche Maximos III (Mazloum), élu en 1833, revint à Damas dès 1834 ; jusqu’à sa mort en 1855, il passa une bonne partie de son patriarcat à préparer puis à faire appliquer, non sans vives luttes, l’émancipation civile qu’il obtint de la Sublime Porte pour son Église en 1848. En 1838, il avait obtenu du pape Grégoire XVI le privilège personnel de porter, outre celui de patriarche d’Antioche, les titres de patriarche d’Alexandrie et de Jérusalem. En 1894, le pape Léon XIII étendit la juridiction du patriarche grec-melkite catholique, au-delà des limites des trois Patriarcats, à ses fidèles habitant dans tout le reste de l’Empire ottoman. L’introduction trop précipitée du calendrier grégorien par le patriarche Clément Ier (Bahouth), en 1857, fut le prétexte d’un petit schisme occasionné en réalité par d’autres motifs, et vite résorbé par l’administration (1864-1897) sage, prudente et énergique du patriarche Gregorios II (Youssef-Sayyour), sous lequel la communauté grecque-melkite catholique fit de grands progrès, notamment dans les régions de Tripoli du Liban et de Jdeidet Marjeyoun ; sous ses successeurs, de Pierre IV (Géraigiry) à Cyrille IX (Moghabghab), ces progrès s’étendirent notamment à la Galilée, en Transjordanie et dans la région de Homs, en compensation des graves pertes occasionnées par la famine durant la première guerre mondiale et les émigrations conséquentes. En même temps, ces patriarches eurent à affronter les conséquences dans tout le Proche-Orient de la décomposition de l’Empire ottoman et des deux guerres mondiales de 1914-1918 et de 1939-1945. Maximos IV (Saïgh), patriarche de 1947 à 1967, est surtout rappelé pour le rôle éminent qu’il eut, avec le soutien de tout l’épiscopat grec-melkite catholique, au concile Vatican II, rôle reconnu et apprécié par tous, notamment par les papes Jean XXIII et Paul VI ; il fut le précurseur de plusieurs initiatives et développements contenus dans les documents du concile, notamment sur la collégialité, sur la place des Églises orientales dans l’Église catholique, sur l’œcuménisme, sur la liturgie, etc. Son successeur Maximos V (Hakim), de 1967 à 2000, grand bâtisseur, s’attela à répondre aux nouveaux défis posés à l’Église grecque-melkite catholique, notamment sur les plans de l’assistance pastorale aux fidèles dans la diaspora, désormais plus nombreux que ceux du Proche-Orient, et du dialogue avec le Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche. Enfin, le patriarche Gregorios III (Laham), élu le 29 novembre 2000, se veut continuateur de ses prédécesseurs. avec une insistance spéciale sur la place des chrétiens dans la société arabe et la nécessité d’endiguer l’émigration, le dialogue avec l’islam, l’œcuménisme, un travail assidu en matière de liturgie (président de la commission liturgique patriarcale dès l’époque où il était vicaire patriarcal à Jérusalem : renouveau et publication des livres liturgiques, textes et annotation psaltique), ainsi que la clarification des rapports de l’Église grecque-melkite catholique avec le Saint-Siège apostolique de Rome. Actuellement, cinq patriarches portent le titre d’Antioche ; ce sont, outre le patriarche de l’Église grecque-melkite catholique : celui du Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche (Sa Béatitude Ignace IV Hazim), celui de l’Église syrienne-orthodoxe (Sa Sainteté Ignace Zakka Ier Iwas), celui de l’Église maronite (Sa Béatitude Eminentissime le cardinal Boutros Nasrallah Sfeir) et celui de l’Église syrienne-catholique (Sa Béatitude Ignace Joseph III Younan).
église de sakhnin

CAPHARNAÜM, ISRAËL, SAINT PIERRE, TERRE SAINTE

BASILIQUE SAINT-PIERRE DE CAPHARNAÜM

BASILIQUE SAINT-PIERRE DE CAPHARNAÜM
Basilique Saint-Pierre de Capharnaüm
La basilique Saint-Pierre de Capharnaüm est une basilique contemporaine du xxe siècle, construite sur une église byzantine du ive siècle, elle-même construite sur les restes archéologiques présumés de la « maison de saint Pierre » (domus ecclesiae) du début du christianisme, à Capharnaüm en Terre sainte.
Historique
Au début du xxe siècle, des fouilles archéologiques de près de 70 ans mettent au jour une église byzantine octogonale du ive siècle construit sur une habitation de deux pièces du Ier siècle (retrouvée en 1968). Sur les murs de la maison sont retrouvés plus de 120 inscriptions : 9 en araméen, 151 en grec ancien, 13 en syriaque et 2 en latin mentionnant les mots : Seigneur, Messie, Jésus, Christ, Dieu et Pierre de même que des dessins de croix, de navires et de poissons … Dès les débuts du christianisme, les pèlerins ont afflué en Terre sainte (pèlerinage de Jérusalem), fréquenté ses « Domus ecclesiae » (premiers lieux de culte chrétien) et laissé des témoignages (dont Égérie au ive siècle) …
En 1990 la basilique franciscaine moderne actuelle Saint-Pierre de Capharnaüm est construite sur le site tout en préservant les découvertes archéologiques. Elle est consacrée par le cardinal Duraisamy Simon Lourdusamy le 29 juin 1990.
Bethsaïde et Capharnaüm dans le Nouveau Testament
Bethsaïde (bourgade voisine de Capharnaüm au bord du lac de Tibériade) est connue dans le Nouveau Testament comme lieu de naissance des apôtres Pierre et de son frère André, ainsi que Jean et son frère Jacques le Majeur, de Nathanaël et de Philippe qui y sont nés et y ont vécu avec leurs familles.
Pierre, André, Jean et Jacques le Majeur y étaient pêcheurs sur le lac de Tibériade jusqu’à leur rencontre avec Jésus de Nazareth (venu de Nazareth s’installer à Capharnaüm) qui leur demande de tout abandonner pour le suivre.
Selon les Évangiles, Jésus de Nazareth, aurait marché sur les eaux du lac de Tibériade pour convaincre Pierre de ses pouvoirs divins, ainsi que les miracles de la multiplication des poissons et de la guérison de l’aveugle … Ces deux évènements importants se sont passés dans les environs de Capharnaüm et Bethsaide.
Lorsqu’il quitta la maison familiale de Nazareth, c’est à Capharnaüm que Jésus semble avoir résidé, lorsqu’il n’était par sur les routes et chemins de Galilée, Samarie et Judée, ou à Jérusalem.
CAPHARNAUM

ISRAËL, PELERINAGE, TERRE SAINTE

EN TERRE SAINTE : SUR LES PAS DE JESUS

Sur les pas de Jésus

Sur les traces de Jésus en Terre Sainte
Visiter un pays chargé d’Histoire en suivant les pas du fondateur d’une religion aurait peu de sens si l’on ne connaissait pas sa vie et sa spiritualité. Replongeons-nous un instant dans les évangiles.
Jésus de Nazareth quitte le foyer familial vers trente ans afin de mener sa vie publique à travers la terre d’Israël. Il se rend d’abord sur les rives du Jourdain, où il est baptisé par Jean, puis il se retire dans le désert en solitaire pour se préparer à sa mission. De retour en Galilée après quarante jours, il entreprend un ministère itinérant auprès des populations rurales. Accompagné de douze apôtres qu’il a choisis, il s’adresse aux habitants avec éloquence et opère de spectaculaires guérisons miraculeuses auprès des personnes malades et handicapées. Sa renommée d’orateur et de thaumaturge se diffuse dans tout le pays et l’on vient en foule pour le rencontrer.
La théologie de Jésus s’exprime à travers des paraboles inspirées de la vie ordinaire et dotées d’un sens moral et spirituel. Il décrit la relation avec un Dieu totalement bienveillant, qui invite chaque être humain à construire sa vie sur un altruisme pacifique, l’invitant à se mettre au service de ses semblables au point de s’effacer lui-même. Aimer son prochain à l’exemple de Jésus, soutenir les personnes en difficulté, ne pas thésauriser, éviter de juger, pardonner en toutes circonstances, être confiant dans la prière : tous les efforts consentis ne seront rien devant le bénéfice réel attendu d’En-haut.

Le lac de Tibériade vu du mont Arbel.

Une importance première est accordée au souci des personnes défavorisées, que Jésus délivre de leurs maux tout en leur transmettant la « bonne nouvelle », un message d’espoir pour l’Au-delà. Pourtant il ne cache pas qu’après la mort une sélection est faite entre les âmes en fonction des actes accomplis sur Terre. Le royaume céleste est promis à ceux qui font preuve d’une grande humanité. Pour cela Jésus veut sauver toutes les consciences égarées, préconisant la conversion des pécheurs par la patience et la prière plutôt que leur condamnation. Toute prière peut être exaucée avec une foi profonde, et même les miracles sont à la portée de chacun.
Jésus se réclame du judaïsme auquel il veut cependant donner une dimension nouvelle. Tout en respectant la loi hébraïque, il la libère de la rigidité d’une pratique trop littérale. La conception d’un Dieu juste et autoritaire fait place à celle d’un Dieu d’amour et de compassion. Pourtant son interprétation de la Loi dérange les habitudes des prêtres et des docteurs, dont il fustige l’hypocrisie. Il entre peu à peu en conflit avec le pouvoir religieux du Temple, celui-ci considérant qu’il blasphème lorsqu’il déclare être le fils de Dieu.
Son enseignement se transmet oralement lors des déplacements en Terre sainte à travers la Galilée, la Judée, la Samarie et occasionnellement dans les pays limitrophes.
Bien qu’il soit impossible de reconstituer l’itinéraire exact qu’il suivit, un grand nombre de lieux qu’il traversa sont aujourd’hui assez bien identifiés. Quelques-uns sont marqués par la tradition locale ou sont sortis de terre à la suite de fouilles archéologiques.
Capharnaüm
Les écritures font en quelque sorte de Capharnaüm la seconde patrie de Jésus après Nazareth. Elles rapportent en effet que Jésus s’y rendit plusieurs fois et qu’il y résida : « Puis, quittant Nazareth, il habita Capharnaüm aux bords de la mer ». Il y accomplit plusieurs miracles, notamment les guérisons du serviteur d’un centurion, de la belle-mère de l’apôtre Pierre et d’un paralytique. Il enseigna dans la synagogue de cette ville, où il guérit également un possédé.
La ville fut identifiée en 1838 par l’archéologue américain Edouard Robinson au site désolé de Tel Hun, sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade. Le terrain fut acheté par l’ordre des franciscains en 1894, qui y mena plusieurs campagnes de fouilles dont la plus importante fut conduite entre 1968 et 1986 par les pères Virgilio Corbo et Stanislao Loffreda.
L’occupation du site est attestée à partir du IIème siècle avant notre ère. Ce village de pêcheurs était également un poste-frontière avec la Transjordanie et comprenait un bureau de douane. La présence d’une garnison romaine est évoquée dans les évangiles, qui précisent que le centurion dont Jésus guérit le serviteur avait fait construire la synagogue de cette cité.
Une ancienne borne militaire trouvée en 1975 près des ruines de Capharnaüm porte les noms de plusieurs citoyens romains. Bien qu’en partie illisible, cette pierre atteste d’une présence romaine en ce point qui contrôlait la route principale vers Damas.
Les restes d’un antique bâtiment prestigieux se dressent encore dans la plaine, constitué de hautes colonnes de calcaire blanc et d’un seul pan de mur, qui tiennent sur une vaste terrasse dallée. Les parois et les chapiteaux des piliers sont ornés de nombreux motifs sculptés évoquant la liturgie hébraïque : un chandelier à sept branches, l’Arche d’Alliance et plusieurs espèces d’animaux. Il s’agit visiblement des restes d’une synagogue dont la construction remonte au IVème siècle de notre ère.
La structure repose sur un soubassement de basalte noir, qui contraste avec la clarté du dallage en calcaire. Sa position surélevée suggéra aux fouilleurs qu’elle pouvait dissimuler un monument plus ancien construit en dessous. C’est ce que l’équipe du père Corbo tenta de révéler à partir de 1969, en retirant une partie du dallage de la terrasse. On exhuma en effet de vieux murs d’habitations et une seconde cour qui semblait appartenir à un monument public. Il s’agissait vraisemblablement d’une autre synagogue plus ancienne. Celle-ci fut datée du Ier siècle de l’ère chrétienne, ce qui permit de l’identifier à celle que Jésus devait fréquenter lorsqu’il séjournait à Capharnaüm.
Une autre découverte d’importance majeure a été faite à une trentaine mètres au sud de la synagogue. Au milieu des ruines d’anciennes habitations, la base d’une petite église byzantine du IVème siècle furent mise au jour, curieusement disposée selon un plan en deux octogones concentriques. Sous cette structure se trouvaient les restes d’une simple habitation, qui portait les traces explicites d’un christianisme primitif. Plusieurs graffiti inscrits sur les restes des murs portent en effet les noms de Jésus et de Pierre, ainsi que les mots « Messie », « Seigneur », « Dieu », de même que des dessins de croix, de navires et de poissons.
Les moines qui ont examiné ces précieuses inscriptions ont fait un rapprochement avec le contenu d’un document littéraire susceptible de se rapporter à ce site. C’est le récit de voyage de la pèlerine Egérie (IVème siècle), qui nous apprend que : « A Capharnaüm, la maison du prince des apôtres (Pierre) est devenue une église. Les murs sont restés jusqu’aujourd’hui tels qu’ils étaient ». Il est possible que ce texte concerne la maison aux graffiti, puisqu’une église paléochrétienne de l’époque d’Egérie lui est superposée. Ces éléments menèrent à la conclusion que cette maison n’était autre que la demeure de saint Pierre, et que Jésus-Christ lui-même avait vécu dans cette habitation.
Depuis la découverte de la « maison de Pierre », les vestiges de Capharnaüm sont redevenus un lieu de pèlerinage. Juste au-dessus des fouilles a été récemment construit un bâtiment contemporain surélevé, dont le plancher partiellement vitré offre de l’intérieur une vue sur les anciens murs.

Tibériade
Sur les rives du lac auquel elle a donné son nom, la ville de Tibériade fut fondée vers l’an 26 de notre ère par le tétrarque Hérode Antipas, pour honorer l’empereur romain alors en place. Elle est citée une fois dans l’évangile de Jean (6, 23) alors que Jésus parcourt la Galilée et la région du lac. Il n’est pas précisé si Jésus s’est rendu à Tibériade. Cependant, les ruines de cette cité ont réservé aux archéologues de belles surprises.
Bien identifiée sur la rive occidentale du lac (appelé également lac de Génésareth, ou mer de Galilée), elle est entourée d’une muraille du VIème siècle d’une longueur exceptionnelle, qui escalade les pentes escarpées du mont Bérénice en incluant le sommet dans son périmètre. Ce point culminant a été fouillé en 1990 par Yizhar Hischfeld, du Département des Antiquités d’Israël, qui cherchait alors le palais de la reine Bérénice de Judée. Au lieu d’un palais, c’est en fait un important complexe ecclésiastique et une superbe basilique qui l’attendaient. L’église byzantine du VIème siècle qu’il dégagea était entourée d’une vaste cour et de nombreuses salles aux sols couverts de mosaïques. Les splendides sols multicolores représentaient des oiseaux, des plantes et des motifs géométriques. Les fouilleurs se demandaient ce qui avait pu justifier la construction d’un tel complexe en un tel lieu, lorsqu’ils constatèrent qu’il dissimulait un objet inhabituel.
Sous la base de l’autel principal de la basilique, une plaque de marbre attira l’attention des chercheurs. En la soulevant, ils virent apparaître une fosse contenant une grande pierre taillée d’une manière particulière. Longue de un mètre, sa base était grossièrement taillée en pointe et son centre était percé d’un trou biconique. A quel usage cet objet était-il destiné ? De toute évidence, cette pierre était une ancre de navire. C’est son emplacement qui est le plus surprenant. Pourquoi une ancre était-elle enterrée sous l’autel de cette église ? Si l’on sait que les chrétiens placent parfois des reliques sous leurs autels, on peut supposer que cette ancre en était une. La proximité du lac de Tibériade permet d’envisager un lien avec une barque qui servit à Jésus ou à ses proches. Cependant, si cette ancre a la forme de celles des barques du Ier siècle, sa taille est en revanche nettement supérieure ; elle correspondrait plutôt à une ancre plus ancienne de quelques siècles. L’ « église à l’ancre » n’a pas fourni davantage d’explications.

Gennésareth
Une belle opération d’archéologie de sauvetage fut réalisée à la faveur d’une forte sécheresse, qui marqua l’année 1986 et qui provoqua une baisse exceptionnelle du niveau du lac de Tibériade. Ce fut pour deux pêcheurs israéliens l’occasion de réaliser un vieux rêve.
Les frères Yuval et Moshe Lufan habitaient le village de Kibboutz Ginosar, un port de pêche implanté sur la rive nord-ouest du lac. Ils pratiquaient occasionnellement l’archéologie en amateurs dans l’espoir de découvrir quelque vestige ou épave antique. Ils arpentaient les berges semi-asséchées du lac, lorsqu’ils distinguèrent les contours d’un objet ovale ayant la forme d’une barque qui affleurait dans la boue. En grattant le sable ils virent que l’objet était fait de bois vermoulu. Petite coïncidence, l’instant de la découverte s’accompagna d’un phénomène naturel extrêmement rare : un arc-en-ciel lunaire …
L’existence de l’épave fut signalée au professeur Shelley Wachsmann, spécialiste d’archéologie sous-marine au Département des Antiquités d’Israël. L’expert l’examina et confirma qu’elle semblait très ancienne et qu’elle justifiait un sauvetage. On décida d’extraire l’objet de la boue, entreprise à la fois délicate et urgente avant la remontée des eaux. Une méthode adaptée à la situation fut définie, et l’opération fut menée promptement durant onze jours et onze nuits avec la participation active des villageois.
La méthode consista à créer d’abord une digue d’assèchement, qui permit d’évacuer manuellement la glaise entourant le navire. Puis l’épave fut conditionnée dans une enveloppe de mousse polyuréthane, remise à l’eau ainsi empaquetée et remorquée jusqu’au port de Gennésareth. Arrivé à bon port, le vieux navire fut délivré de sa mousse et plongé dans un bain chimique soigneusement contrôlé. Le traitement avait pour but de remplacer progressivement l’eau imprégnant le bois par de la cire synthétique. L’épave demeura ainsi immergée pendant une durée de sept ans. Ce processus terminé, l’objet fut empaqueté de nouveau et emporté par une grue jusqu’à son lieu de conservation définitif, c’est-à-dire dans le musée Ygal Allon de Kibboutz Ginosar créé pour l’occasion.
L’examen détaillé du navire révéla que c’était un voilier de pêche d’époque romaine. Mesurant plus de huit mètres, il fut construit avec des matériaux de réemploi fixés avec des tenons et des mortaises, et avait subi plusieurs réparations avec des bois d’essences différentes. Le lieu de sa découverte était jonché de clous et d’attaches métalliques, et la coque contenait une petite lampe à huile. Le professeur Richard Steffy, de l’Université du Texas, estima son âge, d’après les techniques employées, à une période comprise entre le Ier siècle avant et le second siècle après J.-C. Des analyses au carbone 14 complétèrent la datation en donnant une fourchette de 50 avant à 75 après J.-C.
Le navire est désormais l’une des épaves les mieux conservées de cette époque. C’est probablement un navire de ce type qu’utilisèrent Jésus et ses apôtres, ce qui a rendu cet objet célèbre sous le nom de « barque de Jésus ».
Le puits de Jacob – la Samaritaine
Tout voyageur qui se rend par voie terrestre de Judée en Galilée est obligé de traverser la région de Samarie. Si l’on remonte à l’Ancien Testament, les habitants de la Samarie étaient les héritiers de l’ancien royaume du Nord qui avait fait sécession à la mort du roi Salomon. Cette séparation avait laissé dans les esprits une forte animosité. Les Samaritains construisirent même leur propre Temple sur le mont Garizim, ce qui fut une source supplémentaire de différend. Bien que majoritairement déplacée sous la domination assyrienne, la petite communauté des Samaritains subsiste encore aujourd’hui, et a conservé sur place ses rites propres issus de leurs origines hébraïques, toujours pratiqués après trois millénaires.
Jésus traversa la Samarie à plusieurs reprises pour se rendre en Galilée. Le regard qu’il portait sur ses habitants était différent de celui des autres Juifs, comme le montre l’évangile de la femme samaritaine avec laquelle Jésus entra en conversation au bord d’un puits (Jean. 3). Celle-ci s’étonna d’abord qu’il daigne lui parler, puis réalisa sa qualité de prophète lorsqu’il devina sa vie privée. Lorsqu’elle lui demande de quelle montagne le culte devait être rendu, Jésus répondit de manière sibylline : « En esprit et en vérité ». Entendant qu’il était le messie, elle retourna hâtivement en informer les habitants de la ville.
L’évangile précise en outre que ce puits avait jadis appartenu au patriarche Jacob, et que son fils Joseph y avait été enterré au retour d’Egypte (Gn. 34 ; Js. 24, 32).
Non loin de Sichem en Samarie, il existe un « puits de Jacob » que la tradition locale rattache aux récits des deux Testaments. Les premières fouilles furent effectuées en 1893 sur le site du puits. Il est permis de rapprocher ce puits de celui de l’évangile, si l’on tient compte de plusieurs éléments. Le point d’eau semble d’abord très ancien et daterait de plusieurs siècles avant l’ère chrétienne. De plus, dans sa conversation avec Jésus la Samaritaine désigne une montagne sacrée toute proche ; or le puits de Jacob traditionnel se trouve précisément au pied du mont Garizim. La Samaritaine précise également que le puits est profond, ce qui est le cas de celui-ci qui descend à 46 mètres. Ces caractéristiques correspondent bien aux indications des textes bibliques.
L’histoire du puits de Jacob durant les siècles suivants est assez bien documentée. Au IVème siècle de notre ère, les Byzantins élevèrent au-dessus du puits une petite église grecque en forme de croix. Elle fut rasée au IXème, puis remplacée par une autre en 1150, qui se dégrada. Les moines orthodoxes grecs firent l’acquisition du site en 1860, et entamèrent une nouvelle construction qui resta inachevée. Ce n’est qu’en 2007 que fut menée à son terme la construction d’une église moderne de grandes dimensions. Si l’on descend aujourd’hui dans la crypte de ce vaste sanctuaire, on peut encore s’asseoir comme le fit le Christ sur la margelle du vénérable puits.

La montagne de la Multiplication des pains
L’un des miracles les plus célèbres semble s’être déroulé en un lieu aujourd’hui marqué par une pierre désignant l’endroit exact où il se produisit. Jésus accompagné par la foule s’était éloigné de toute habitation, et la journée était bien avancée lorsque les apôtres soulevèrent le problème du ravitaillement. La foule qui avait suivi Jésus était innombrable, au moins cinq mille personnes est-il écrit. Il prit alors les seuls cinq pains et deux poissons qu’on avait trouvés et les fit distribuer au peuple, qui en reçut en quantité plus que suffisante.
Les indications géographiques données quant au lieu du miracle sont assez floues. La multiplication des pains se serait déroulée « de l’autre côté de la mer de Galilée, de Tibériade ». Il est également précisé qu’ « Il les prit alors avec lui en direction d’une ville appelée Bethsaïde », qu’ « Ils partirent donc en barque pour gagner un lieu solitaire, isolé » et qu’ « Il y avait en cet endroit beaucoup d’herbe ». Le souvenir du lieu a été perdu au VIIème siècle, lorsque le pays fut dévasté par l’invasion perse. Sa redécouverte fut possible des siècles plus tard grâce aux écrits de la pèlerine Egérie, une voyageuse espagnole du IVème siècle. Son témoignage décrit le lieu du miracle comme un lieu verdoyant placé en bordure du lac :
« Dans ces lieux–mêmes (non loin de Capharnaüm), face à la mer de Galilée, est une terre où l’eau abonde, où pousse une végétation luxuriante, aux nombreux arbres et palmiers. A proximité se trouvent sept sources qui fournissent de l’eau en abondance. Dans ce jardin fertile Jésus nourrit cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons. La pierre sur laquelle le Seigneur déposa le pain devint un autel. Les nombreux pèlerins venus sur le site la brisèrent en pièces pour soigner leurs maux. »
Cette description pourrait correspondre à un lieu-dit appelé Tabgha, une vallée fertile située sur la rive nord-ouest du lac entre Capharnaüm et Magdala, et arrosée par plusieurs sources. Le nom de Tabgha est peut-être une déformation arabe du mot grec Heptapegon qui signifie « sept sources ».
Le terrain de Tabgha fut acquis en 1888 par la Deutsche Katholische Palestinamission, qui avait l’intention d’y entreprendre des fouilles. En 1932, ce furent les archéologues allemands Mader et Schneider qui s’attelèrent à cette tâche. Ils ne furent pas déçus, car les bases d’une splendide église byzantine du Vème siècle se révélèrent à eux. Le monument intégrait une magnifique mosaïque qui recouvrait tout le sol de la nef. Cette oeuvre exceptionnelle représentait un environnement fluvial et marécageux plein de bonheur, avec diverses espèces d’oiseaux et de plantes aquatiques.
Juste devant l’autel, une image devenue célèbre montre une corbeille contenant cinq pains et entourée de deux poissons. Elle a permis d’identifier le lieu : c’est l’église des pains et des poissons, que l’on a reliée au récit biblique du miracle. Sous la table du même autel se trouve l’élément le plus important, un bloc de calcaire non taillé qui émerge au milieu de la mosaïque. Si la description d’Egérie est juste, il s’agit alors de la pierre sur laquelle Jésus aurait déposé le pain au moment de sa multiplication …
Les fouilles de Tabgha révélèrent également que l’église byzantine du Vème siècle était construite sur les fondations d’un autre sanctuaire encore plus ancien, qui fut identifié comme une chapelle du IVème siècle. L’ensemble du site a été patiemment restauré, et son architecture antique même respectée, puisqu’en 1982 une église a été rebâtie sur les ruines de celle du Vème siècle, selon un plan autant que possible conforme à l’originale.

Le mont de la Transfiguration
Jésus se déplaça jusqu’à la région de Césarée de Philippe, dans le sud de la Syrie. Il gravit une haute montagne accompagné de trois de ses apôtres qui furent les témoins d’une vision surnaturelle. Devant eux son aspect physique changea soudain pour apparaître extrêmement lumineux. Deux autres personnages apparurent au cours de cette vision, identifiés aux anciens prophètes Moïse et Elie. Une voix céleste retentit et recommanda de faire confiance au Fils Bien-aimé (Mt. 17, 1 ; Mc. 9, 2).
Le nom de la montagne où se passa la Transfiguration n’est pas précisé, ce qui ne facilite pas son identification. On a longtemps situé cet épisode sur le mont Thabor, une colline haute de 600 mètres située au sud-ouest du lac de Tibériade. Cette position est défendue par certains textes anciens. Pourtant le mont Thabor est peu élevé et bien éloigné de la nordique Césarée de Philippe. La ville de Césarée de Philippe se trouve à cinquante kilomètres au nord du lac, et sur la rive est du Jourdain. De plus, le sommet du Thabor était au premier siècle occupé par un fort militaire.
En revanche, une autre montagne qui a davantage ses chances est la chaîne de l’Hermon, un massif situé encore plus au nord que Césarée et qui culmine à 2800 mètres. C’est plutôt dans ce lieu lointain et isolé que le phénomène se serait produit. Toujours est-il que la tradition a conservé le mont Thabor comme lieu supposé de l’évènement ; c’est sur le Thabor, plus facile d’accès pour les pèlerins, qu’ont été construites plusieurs églises successives dont l’actuelle basilique de la Transfiguration.
L’absence de certitude sur l’authenticité du lieu a cependant laissé de la place pour le rêve et l’imagination. Un pèlerin du Vème siècle plein d’inspiration eut un jour l’idée de concrétiser les paroles prononcées par Pierre pendant la vision : »Maître, il est heureux que nous soyons ici ; dressons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie ». Trois sanctuaires byzantins furent par conséquent élevés sur le mont Thabor. Démolis et reconstruits plusieurs fois durant les siècles suivants, leurs restes sont aujourd’hui intégrés à l’actuelle basilique franciscaine de la Transfiguration bâtie en 1924.
Si l’on descend dans la crypte de la basilique, on peut admirer quatre magnifiques mosaïques représentant la vie du Christ. Les moines franciscains aiment à dire que par beau temps, les rayons solaires filtrent à travers les vitraux et jouent avec les couleurs des mosaïques, produisant des effets merveilleux en souvenir de la luminosité du Christ resplendissant.

Le ministère de Jésus
à Jérusalem
Jésus se rendit plusieurs fois dans la capitale judéenne ; il fit sa dernière entrée en apparaissant monté sur un âne et fut reçu triomphalement par les habitants, qui élevèrent des palmes en son honneur et disposèrent leurs manteaux sur son chemin. Il fréquenta ensuite largement le Temple d’Hérode, où il diffusa librement son enseignement, quoique ses relations avec le clergé fussent tendues. Il opéra plusieurs miracles dans la grande cité.
La piscine de Siloé
La guérison d’un aveugle de naissance se fit au contact de l’eau d’un bain public. Jésus mit de la boue sur les yeux de l’aveugle, puis l’envoya se laver dans la piscine de Siloé. A son retour l’aveugle avait acquis la vue (Jean. 9, 7).
L’ancienne piscine de Siloé n’a pas été identifiée sans erreur du premier coup. On a longtemps cru que cette piscine n’était autre que la sortie étroite et sombre du canal souterrain d’Ezéchias, à l’extrémité sud de la cité de David. Cependant une meilleure proposition fut faite en 2004.
Des travaux réalisés sur une canalisation proche de là permirent de découvrir les marches d’un très large escalier de calcaire qui descendait en pente douce vers un jardin. Des fouilles furent aussitôt menées par l’archéologue Elie Shoukron, du Bureau des Antiquités d’Israël, et par le professeur Ronny Reich, de l’université de Haïfa. Elles permirent de dégager une grande partie de l’escalier, qui devait constituer le pourtour d’une ancienne piscine. Des tessons de poterie récoltés confirmèrent que ces bains étaient en usage au Ier siècle.
Bien mieux que la sortie obscure du canal d’Ezéchias, la disposition plus spacieuse du nouveau site s’accorde avec un bain public antique. Les larges marches entourant le plan d’eau devaient permettre à un grand nombre de personnes d’y accéder. Sa proximité avec le débouché du tunnel et le quartier de Siloé permet de les identifier à coup sûr à la piscine citée dans l’évangile. Ce site archéologique a été considéré par ses découvreurs comme l’une des plus importantes trouvailles récentes en matière de vestiges bibliques

La piscine de Bézetha
Un autre récit de guérison par contact avec l’eau figure dans un passage moins connu de l’évangile de Jean, celui du paralytique et de la piscine de Bézétha, ou Béthesda (Jn. 5, 1-9). Ce point d’eau, dit l’évangéliste, était déjà un lieu où des miracles se produisaient fréquemment. L’eau de la piscine se mettait régulièrement à bouillir, sous l’action d’un ange disait-on, et dès cet instant la première personne malade qui s’y plongeait guérissait. Le paralytique ayant expliqué à Jésus qu’il y parvenait toujours trop tard, Jésus le délivra alors de son infirmité sur le champ.
La piscine de Bézétha est décrite dans le texte comme étant proche de la « porte des Brebis » et dotée de cinq portiques. C’est l’Allemand Conrad Schick qui la redécouvrit au XIXe siècle, tout près de l’église Sainte-Anne au Nord du mont du Temple.
Des fouilles menées par les Pères blancs dans les années 1950-60, révélèrent un bassin rectangulaire encadré sur ses quatre côtés par une colonnade, et séparé en deux par une cinquième [2]. L’identification du site avec la Bézétha évangélique ne fait aucun doute, soutenue également par l’âge des monnaies trouvées sur place et qui s’échelonnent entre 10 et 68 ap. J.-C. On trouva également sur place d’autres constructions de factures romaines, byzantines et médiévales. Un temple païen dédié à Esculape a suggéré que les guérisons pouvaient également être attribuées à ce dieu. La piscine de Bézétha fut l’un des rares endroits où des guérisons surnaturelles étaient signalées indépendamment des interventions de Jésus [3][4].
Le Temple d’Hérode
Comme le mentionne le Nouveau Testament, Jésus de Nazareth fréquenta plus d’une fois le Temple de Jérusalem. Parvenu dans l’enceinte du sanctuaire, il provoqua un incident en chassant les marchands d’articles de sacrifices. A l’adresse de ses disciples qui en admiraient l’architecture, Jésus annonça prophétiquement la ruine prochaine du monument (Jean. 2, 20, Marc. 13, 2).
Cette prédiction ne manquerait pas de se réaliser, car le sanctuaire fut détruit en l’an 70 par l’armée romaine lors de la grande révolte juive. Il ne reste aujourd’hui qu’une portion de son mur de soutènement, le fameux « mur des Lamentations » ou Kotel, visible de l’extérieur par sa face sud-ouest et devant lequel les Juifs du monde entier viennent se recueillir. Ce vestige symbolique du Temple hérodien est un lieu de première importance pour la communauté juive actuelle.
Les informations dont nous disposons sur ce Second Temple, également disparu, proviennent essentiellement des écrits de l’historien juif Flavius Josèphe et de la Mishna rabbinique [5]. Le sanctuaire magnifique qu’avait construit Salomon, abattu par les Babyloniens en 587 et partiellement remis en état après l’exil à Babylone, fut remplacé en l’an 19 avant notre ère par un monument entièrement neuf bâti par Hérode le Grand. Elevé à la place du premier sur la même colline du mont du Temple, il fut achevé en une quarantaine d’années
Sa construction nécessita des travaux encore plus conséquents que le premier. L’esplanade fut pratiquement doublée de surface, ce qui nécessita le creusement de la colline rocheuse au Nord et l’agrandissement du remblai au Sud. La nouvelle cour fut entourée d’un mur de soutènement cylopéen qui la maintenait sur quatre côtés. L’esplanade se divisait en plusieurs zones, d’abord le « parvis des gentils », c’est-à-dire des païens, puis une zone accessible aux seuls Juifs, elle-même compartimentée en parvis réservés aux hommes, aux femmes et aux prêtres. C’est dans ce dernier périmètre qu’était bâti le Temple proprement dit.
Les architectes d’Hérode reproduisirent plus ou moins fidèlement l’ouvrage de Salomon. Plus grand que le premier avec ses cinquante mètres de haut, cinquante mètres de long, cinquante mètres de large en façade et trente-cinq à l’arrière, il était également subdivisé intérieurement en trois salles : porche, lieu saint et lieu très saint. Ce dernier était séparé du précédent non plus par une porte mais par un rideau, et n’était plus occupé par l’Arche d’Alliance qui avait entretemps disparu.
La vaste cour extérieure communiquait avec le reste de la ville par huit portes. Celles du sud-ouest donnaient sur des escaliers d’accès supportés par des arches dont les extrémités sont encore visibles aujourd’hui, l’arche de Wilson et l’arche de Robinson. La partie sud-est du remblai est encore soutenue aujourd’hui par un réseau caché de piliers et d’arches souterrains, qui forment une vaste salle portant l’appellation impropre d’ « écuries de Salomon ».
Les recherches contemporaines menées par les archéologues israéliens se sont concentrées autour du mur de soutènement de l’esplanade des mosquées. Des fouilles conduites au Sud du mont du Temple à partir de 1968 par le professeur Benjamin Mazar, de l’Université hébraïque de Jérusalem, ont permis de dégager des ruelles antiques pavées et entourées de boutiques couvertes, des restes d’habitations et un large escalier d’accès à la face sud du mont du Temple. Quelques éléments exhumés à cette occasion semblent provenir du Temple d’Hérode. Ainsi une grande pierre taillée en angle porte une courte inscription gravée en hébreu qui signifie : « à la place des trompettes ». Mazar l’identifia avec la pierre d’angle du parapet d’où un prêtre venait rituellement sonner de la trompe. Un autre bloc porte également une inscription gravée en grec interdisant l’entrée du sanctuaire aux non-juifs. Il s’agit sans doute d’une portion du parapet qui séparait la cour des gentils des différents parvis, et qui portait des mentions d’interdiction d’accès
Un tunnel permet aujourd’hui de longer la base du mur occidental, depuis le Kotel jusqu’à l’extrémité nord de l’enceinte. Il a été creusé à la demande du rabbin Meir Yehuda Guetz, afin d’explorer les fondations enfouies du mur de soubassement. Ce travail a permis de constater que la maçonnerie était entièrement hérodienne, et laisse songeur quant à l’ampleur des moyens employés. Les blocs taillés sont des monolithes géants, polis avec soin et reliés entre eux par des attaches métalliques. Le plus volumineux de ces blocs cyclopéens ne mesure pas moins de treize mètres de long ! Ce gigantisme dans la méthode de construction est à la hauteur des ambitions hérodiennes.
Dans cette terre d’Israël occupée où le nationalisme juif et l’autoritarisme romain s’affrontaient par le biais de la question religieuse, le prophète Jésus défendait une position spirituelle à la fois monothéiste et pacifique. Toutefois sa mission de ne se limitait pas à des miracles et à des paroles éloquentes. Elle avait également un caractère sacrificiel. Le Nazaréen affirmait devoir subir une peine mortelle en réparation des fautes commises par l’Humanité. Ce processus allait s’accomplir à Jérusalem où Jésus serait condamné à périr dans d’inhumaines conditions.
Le procès de Jésus
Quelques jours avant la Pâque juive, Jésus se rendit à Jérusalem en même temps que de nombreux pélerins juifs venus célébrer la fête religieuse traditionnelle. Il y fit une entrée triomphale, monté sur un âne et salué par une population en liesse qui agitait des branchages pour l’honorer. Il était pourtant conscient qu’il allait être arrêté et condamné à mort, mais il ne chercha aucunement à éviter l’issue fatale qu’il considérait comme une nécessité théologique.
Jésus prit son dernier repas en compagnie des douze apôtres, dans l’angoisse d’un soir précédant la Pâque et la veille de son arrestation. Il institua le rite de l’Eucharistie, qui consistait à consommer du pain et du vin identifiés à son corps et à son sang.
En référence à l’Ancien Testament, le dîner pascal commémorait la libération des Hébreux retenus esclaves en Egypte. Ceux-ci avaient consommé un agneau sacrifié la veille de leur départ. Jésus renouvela le rite en s’offrant lui-même en sacrifice, le pain et le vin consommés s’assimilant à la chair et au sang de l’agneau tué. Sa démarche spirituelle s’inscrivait dans le plan divin du rachat des fautes de l’humanité par le sacrifice du Christ sur la croix.
Le Cénacle
Le dernier repas de Jésus, appelé la Cène, fut pris au premier étage d’une demeure de Jérusalem, dans une salle qui avait été réservée par les apôtres à la demande de Jésus (Mc. 14, 12-17). Pierre et Jean s’étant rendus en ville, ils suivirent « un homme portant une cruche d’eau ». Entrés à sa suite dans une habitation, ils demandèrent à réserver la salle du haut, « une grande pièce garnie de coussins ». Les apôtres y préparèrent le repas prévu pour le soir-même.
La tradition chrétienne a gardé mémoire de cette pièce, appelée le Cénacle ou encore la « chambre haute ». Elle se trouve sur la colline de Sion, à quelques mètres au sud de la muraille actuelle de la ville et de la porte de Sion. Cette pièce devait encore servir après la mort de Jésus, comme lieu de réunion et de refuge pour les apôtres et les premiers chrétiens. C’est là qu’aurait eu lieu une apparition de Jésus ressuscité, et c’est également là que se déroula la Pentecôte.
Au cours des siècles suivants, la « chambre haute » fut démolie et reconstruite. Au XIVème siècle on lui donna la forme d’une chapelle gothique à plan carré, avec une magnifique voûte en ogives. Aujourd’hui il en reste une belle pièce carrée au premier étage d’un bâtiment complexe. Le rez-de-chaussée est connu pour abriter un autre lieu saint traditionnel : le tombeau supposé du roi David, qui n’est en fait qu’un cénotaphe, ou mémorial.

L’arrestation à Gethsémané et le procès juif
Le repas terminé, Jésus et ses disciples se rendirent dans un jardin appelé Gethsémané, sur le mont des Oliviers situé à l’est de la ville, de l’autre côté de la vallée du Cédron. Jésus passa la nuit sans dormir dans l’angoisse et la prière, redoutant le sort terrible qui l’attendait. Son arrestation eut lieu en fin de nuit dans ce même jardin. Jésus fut saisi par un groupe d’hommes armés qui firent irruption dans le jardin, sous l’ordre des prêtres juifs et guidés par l’apôtre Judas, qui servit de témoin pour identifier Jésus à coup sûr.
Sur cette colline est bâtie depuis 1924 une « église de toutes les nations », à la construction de laquelle de nombreux pays ont participé. A l’intérieur de ce sanctuaire et devant l’autel est visible un large rocher plat sur lequel Jésus aurait prié et pleuré pendant les longues heures nocturnes.
A quelques mètres de là se trouve un autre lieu-symbole de la Passion : l’endroit supposé de l’arrestation. La tradition identifie ce point avec l’entrée d’une grotte, bien que les évangiles n’en fassent pas état. La vénération de cette caverne est attestée par saint Jérôme au VIème siècle. Un récit apocryphe de la Passion déclare que les moments les plus angoissés de Jésus ont été passés dans une caverne. En 1956, le site fut fouillé par les moines franciscains, qui y trouvèrent des fragments de mosaïque et d’autres vestiges remontant aux cinq premiers siècles. Parmi ceux-ci figuraient un pressoir à huile d’olive et une citerne. On comprend mieux que les évangiles aient employé le nom de Gethsémané, car il signifie effectivement « pressoir à huile ».
Jésus fut d’abord conduit au domicile du grand-prêtre Caïphe, où le conseil des prêtres (Sanhédrin) s’était réuni. Ce conseil religieux exerçait une autorité pour faire appliquer la loi juive. Il déclara que le prisonnier méritait la mort parce qu’il avait blasphémé. Cependant le clergé hébreu n’étant pas habilité à prononcer la peine capitale, Jésus fut présenté à l’autorité romaine qui seule décidait de la vie ou de la mort.
Jésus au prétoire : le procès romain
Le gouverneur romain Ponce Pilate qui siégeait dans le prétoire (le palais du prêteur), fut embarrassé par le cas de ce prisonnier qui lui semblait innocent. Apprenant que Jésus était originaire de Galilée, il le fit transférer vers le tétrarque de Galilée, Hérode Antipas, de passage à Jérusalem. Celui-ci ne voulut pas le condamner non plus et renvoya le prisonnier vers Pilate. Les prêtres et le peuple juif insistèrent alors lourdement auprès du romain pour que Jésus fût condamné à la croix. Ils arguèrent du fait que Jésus s’était déclaré « roi des Juifs », alors que le seul roi légitime était César. Pilate finit par céder sous la pression de la foule, et la sentence de mort par crucifixion fut prononcée. Il rendit son jugement depuis un tribunal séparé appelé Lithostratos, c’est-à-dire « siège de pierre ».
Une tradition répandue identifie le prétoire à la forteresse Antonia, un bastion militaire qui se dressait à l’angle nord-ouest du mont du Temple. Ce terrain est aujourd’hui occupé par le monastère des soeurs de Sion, ou couvent de l’Ecce homo, bâti au XIXème siècle sur un site où subsistent des vestiges romains. Le sous-sol du couvent contient un lieu assimilé au Lithostratos, une grande salle où subsiste aujourd’hui un dallage romain. Des graffiti gravés sur le sol figurent le « jeu du roi » que les légionnaires devaient pratiquer pour s’occuper. On reconnaît le tracé de la lettre B qui pourrait être l’initiale du mot Basileus (roi, en grec). Au niveau le plus bas subsiste la « citerne de Strouthion », un réservoir d’eau voûté qui alimentait probablement la garnison romaine. Au sous-sol toujours, une cellule de prison porte l’inscription grecque : « Prison du Christ », où Jésus aurait été enfermé et maltraité. Cependant rien de tout cela n’est attesté, car le prétoire pourrait tout aussi bien se trouver dans le palais d’Hérode le Grand implanté à l’ouest du mont du Temple.
Des informations historiques sur le gouverneur Ponce Pilate sont fournies par des auteurs anciens comme Tacite, Philon d’Alexandrie et Josèphe, ainsi que par quelques pièces de monnaie émises sous sa législature. L’existence de Pilate a également été confirmée en 1961, par une stèle trouvée dans la ville de Césarée maritime, à quatre-vingts kilomètres à l’ouest de Jérusalem. Cette cité construite sur la côte méditerranéenne avait été bâtie par le roi Hérode le Grand au service de l’occupant romain. Lorsque les archéologues italiens fouillèrent Césarée, l’équipe du docteur Antonio Frova dégagea un ancien théâtre, au milieu duquel trônait une dalle de calcaire de réemploi portant l’inscription latine suivante : « Tiberieum, Pontius Pilatus, Prefectus Iudea », c’est-à-dire : « A Tibère, Ponce Pilate, préfet de Judée ».
Il est intéressant de remarquer que l’historien Tacite donne par erreur à Pilate le titre de procurateur. La présente inscription « rétablit » Pilate dans sa fonction de préfet ; en effet le titre de préfet disparut à la fin du premier siècle, remplacé par celui de procurateur. Les évangiles, quant à eux, emploient simplement le terme de gouverneur.

Le jour du dernier repas
Si le récit de la Passion de Jésus de Nazareth est rapporté en détail, il donne en revanche assez peu d’informations permettant d’en connaître la date exacte. Les historiens qui ont essayé de la calculer se sont plongés dans de difficiles reconstitutions du calendrier. L’un des problèmes rencontrés concerne le déroulement de la semaine sainte qui précède la condamnation, car le calendrier recèle une contradiction : alors que les trois premiers évangiles font de la Cène un repas pascal (Matthieu. 26,17 ; Marc. 14,12 ; Luc. 22,7), l’évangile selon saint Jean place le dernier repas un ou plusieurs jours avant la fête de la Pâque (Jean. 13,1 ; Jean. 18,28).
D’autres incohérences ont été relevées dans le récit. Habituellement, la liturgie chrétienne célèbre le dernier repas pascal de Jésus le jeudi saint, et sa mort le lendemain vendredi saint. Le problème tient au laps de temps écoulé entre son arrestation et son exécution, délai qui peut paraître bien court pour un déroulement complet du procès. En l’espace d’une nuit, Jésus aurait été transféré chez l’ancien grand-prêtre, puis chez le nouveau, puis deux fois au prétoire où siégeait Pilate, et entretemps chez Hérode … Il faut aussi tenir compte de certaines lois et pratiques juives qui figurent dans le Talmud : interdiction pour un tribunal de siéger la nuit, interdiction de condamner à mort un prisonnier en moins de vingt-quatre heures, et interdiction de condamner à mort une veille de sabbat.
Crucifixion
L’exécution de Jésus, telle qu’elle est rapportée dans les évangiles, est précédée du récit des épreuves qui lui furent infligées. Dès la sentence prononcée Jésus fut maltraité, flagellé, coiffé par dérision d’une couronne tressée d’épines, puis dirigé vers le lieu d’exécution. Il fut contraint de porter sa croix et fit plusieurs chutes en subissant les coups des soldats. Un passant nommé Simon de Cyrène fut réquisitionné pour l’aider à porter son fardeau.
Les Ecritures désignent le lieu de la mise à mort par le mot « Golgotha », qui signifie « crâne » en hébreu et qui se trouvait à l’extérieur du rempart. On peut croire que l’itinéraire suivi correspond à l’actuelle Via dolorosa, une ruelle qui traverse d’Est en Ouest le centre ancien de Jérusalem, à partir du couvent de l’Ecce homo et jusqu’à la Basilique du Saint-Sépulcre.
Jésus fut cloué sur la croix en même temps que deux autres condamnés. Un écriteau portant la mention : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs » fut fixé au-dessus de sa tête. Une foule de témoins hostiles assista à l’affreuse agonie en l’insultant. Quelques-uns de ses proches étaient également présents, dont sa mère, l’apôtre Jean et Marie de Magdala. Les soldats récupérèrent même ses vêtements en se les partageant par tirage au sort. On lui tendit à boire une éponge imbibée de vinaigre qu’il refusa de prendre. Vers la sixième heure (environ midi) le ciel s’assombrit et demeura obscur jusqu’à la neuvième heure (trois heures de l’après-midi), moment où il mourut à l’issue de douleurs extrêmes.
Si l’on en croit les Ecritures, l’instant de sa mort s’accompagna de phénomènes extraordinaires : séisme, fissuration du sol, déchirement du rideau du Temple et résurrection des morts dans les cimetières. Le centurion s’en émut et reconnut Jésus comme le « fils de Dieu », tandis qu’un autre soldat lui perçait la poitrine d’où sortirent du sang et de l’eau. Entretemps on avait brisé les jambes des autres crucifiés pour hâter leur mort, mesure épargnée à Jésus qui avait déjà expiré (Matthieu. 27, Marc. 15, Luc. 23, Jean. 19).
Le récit de cet évènement fondateur contient des faits dont la crédibilité relève de la foi. Cependant les informations figurant dans ces textes nous ont permis de retrouver quelques éléments concrets relatifs au martyre.
Les témoignages historiques
Les plus anciens échos de la crucifixion de Jésus de Nazareth apparaissent dans la littérature antique des Ier et IIe siècles. Ce sont des écrits émanant d’historiens non chrétiens qui évoquent l’existence de Jésus-Christ et sa condamnation à mort. Le plus important d’entre eux est sans doute celui de Flavius Josèphe (37-97), qui écrivit vers 93 dans ses Antiquités judaïques :
« En ce temps-là paraît Jésus, un homme sage, si toutefois il faut l’appeler un homme, car c’était un faiseur de prodiges, un maître des gens qui recevaient avec joie la vérité. Il entraîna beaucoup de Juifs et aussi beaucoup de Grecs ; Celui-là était le Christ. Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix, ceux qui l’avaient aimé précédemment ne cessèrent pas ».
Au début du IIe siècle, l’historien romain Tacite (v. 55-120 ap. J.-C.) déclare dans ses Annales (15, 44) à propos d’un incendie ayant ravagé la ville de Rome : « Néron accusa ceux que leurs abominations faisait détester et que la foule appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui fut condamné sous le principat de Tibère par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée sur le moment, cette détestable superstition perçait de nouveau, non pas seulement en Judée mais encore à Rome ».
Un orateur syrien du IIe siècle, Lucien de Samosate (125-192), affirme également que le fondateur du christianisme a été crucifié : « Celui qui est honoré en Palestine, où il fut mis en croix pour avoir introduit ce nouveau culte parmi les hommes … Le premier législateur [des chrétiens] les a encore persuadés qu’ils sont tous frères. Dès qu’ils ont une fois changé de culte, ils renoncent aux dieux des Grecs et adorent le sophiste crucifié dont ils suivent les lois ».
Citons enfin un document judaïque, le Talmud de Babylone (Sanhédrin 43a), compilé à partir du IIIe siècle et qui indique : « La veille de Pâques, on a pendu Yéshu (Jésus). Pendant les 40 jours qui précédèrent l’exécution, un héraut allait en criant : ‘Il sera lapidé parce qu’il a pratiqué la magie, trompé et égaré Israël. Si quiconque a quelque chose à dire en sa faveur, qu’il s’avance en son nom.’ Mais on ne trouva personne qui témoignât en sa faveur et on le pendit la veille de Pâques »
La crucifixion dans l’Antiquité
En-dehors de son application au personnage de Jésus, la pratique de la crucifixion à l’époque romaine est attestée par d’autres textes anciens. Cette méthode d’exécution qui consistait à suspendre ou clouer les condamnés sur des planches de bois pour provoquer leur mort par asphyxie fut d’abord pratiquée chez les Celtes, les Perses et les Phéniciens avant d’être introduite chez les Romains. Ceux-ci l’utilisèrent parfois en masse, comme en 71 av. J.-C. lorsque six mille partisans de l’insurrection spartakiste furent crucifiés sur la Via Appia, ou lors de la révolte juive de 70 ap. J.-C. quand le général Titus fit crucifier des milliers de Juifs à Jérusalem. Considéré comme la plus cruelle des formes de mise à mort, ce supplice fut finalement interdit au IVe siècle par l’empereur Constantin.
Pendant longtemps on ne disposa pas de trace matérielle de cette pratique barbare, jusqu’à ce qu’en 1968 l’archéologue israélien Vassilios Tzaferis découvre dans une tombe de Givat ha-Mivtar, près de Jérusalem, le squelette d’un homme qui avait été crucifié. Le corps trouvé dans un sarcophage avait les chevilles traversées de part en part par un clou long de 17 centimètres. L’état des poignets montrait qu’ils avaient également été percés de clous. Le tibia gauche présentait une fracture, indiquant qu’il avait reçu le coup de grâce comme le notent les évangiles. Le talon avait éclaté, témoignant de la violence des coups portés par le bourreau.
Le nom gravé sur le cercueil précise l’identité du condamné : Yohan, fils de Hagakol. Son exécution date probablement de l’an 70, moment où Titus ordonna la crucifixion de plusieurs milliers de Juifs. Cette découverte est l’unique preuve archéologique connue de la réalité de la crucifixion en Israël.
La date de la crucifixion de Jésus
Ceux qui reconnaissent la réalité historique de la Passion de Jésus-Christ ont cependant encore à résoudre le problème de sa chronologie. En deux millénaires de chrétienté, de nombreux savants ont tenté de retrouver par le calcul la date précise de l’évènement, sans pour autant parvenir à un véritable consensus.
Les calculs se fondent d’abord sur les indices temporels fournis par les textes bibliques. Des évangiles il ressort que l’exécution a eu lieu une veille de sabbat, donc un vendredi, et que la Pâque juive tombait cette année-là un samedi. Or d’après l’Ancien Testament (Ex. 12,18), la Pâque juive se place le 14 ou le 15 du mois de Nisan (mars-avril). Par ailleurs, nous savons par des sources historiques que le gouverneur Ponce Pilate fut préfet de Judée de 26 à 36. Durant cette décennie, il se trouve seulement cinq années pour lesquelles le 14 ou le 15 de Nisan tombe un samedi. Par recoupements, les historiens retiennent fréquemment les deux dates les plus plausibles pour la crucifixion, celles du vendredi 26 mars 30 et du 3 avril 33.
Un moyen de départager ces deux possibilités se trouve peut-être dans le récit de la Passion lui-même, qui décrit la survenue de phénomènes surnaturels et spectaculaires perçus par les témoins de la scène.
Le premier élément de comparaison concerne les ténèbres qui auraient accompagné la crucifixion de Jésus. A ce propos, l’auteur chrétien Jules l’Africain (v. 160-240) cite un historien mal connu du Ier siècle, un certain Thallus : « Thallus, au troisième livre de son Histoire, explique cette obscurité par une éclipse, ce qui me parait inacceptable ! » [4].
Il est certes tentant d’attribuer à une éclipse l’obscurité signalée dans le récit. En fait une éclipse de Soleil (le Soleil masqué par la Lune) n’est pas envisageable, car la Pâque juive a toujours lieu en période de pleine Lune et les éclipses de Soleil sont alors impossibles. Seule une éclipse de Lune (la Lune dans l’ombre de la Terre) peut se produire pendant cette période, mais en aucun cas elle ne peut expliquer une telle obscurité, et certainement pas pendant trois heures.
Jules l’Africain cite également l’historien Phlégon de Tralles, qui aurait mentionné l’observation d’une éclipse anormale à cette époque : « Phlégon rapporte qu’au temps de César Tibère, pendant la pleine Lune, il y eut une éclipse totale de Soleil de la sixième à la neuvième heure »
Ce passage paraît concorder de manière surprenante avec les évangiles. Un texte comparable du même Phlégon et cité par saint Jérôme (347-420) en dit davantage : « La quatrième année de la 202ème Olympiade, une éclipse de soleil se produisit, plus importante et plus extraordinaire que toutes les précédentes. A la sixième heure, le jour se transforma en nuit noire de sorte que les étoiles furent visibles dans le ciel. Un tremblement de terre ébranla en Bithynie de nombreuses constructions dans la ville de Nicée »
Ces affirmations reprises par des auteurs chrétiens ont certes pu être influencées par le contexte religieux de leur époque ; quoi qu’il en soit, cet extrait donne un élément chronologique, car la 202ème olympiade correspond à l’an 32 ou 33 de notre ère. Ce qui n’explique pas l’origine de l’obscurité, à moins de croire à un véritable miracle au sens strict.
La Lune prend parfois une couleur rougeâtre
pendant une éclipse de Lune
Une étude publiée en 1983 dans la revue Nature par deux physiciens de l’université d’Oxford, Colin J. Humphreys et W. Graeme Waddington, reprenait la piste de l’éclipse de Lune en supposant que la Lune ait pris ce jour-là une couleur rougeâtre, comme pourrait le suggérer l’interprétation de certains textes [7]. Ces chercheurs constataient avec surprise qu’une telle éclipse avait effectivement eu lieu le 3 avril 33, l’une des deux dates déjà pressenties par ailleurs. Cette date emportait donc leur adhésion pour s’apparenter à celle de la mort du Christ. Quant à l’origine de l’obscurité, elle serait due à un phénomène de vent des sables. Cette conclusion est-elle satisfaisante ? A défaut d’un scénario plus convaincant ou plus complet, le mystère demeure.
Une solution élégante a été proposée en 1959 par une spécialiste de l’exégèse biblique et chercheur au CNRS, Annie Jaubert. Elle a publié une étude remarquable qui permet de lever la contradiction tout en étalant davantage dans le temps le récit du procès. Son travail se fonde sur une information déterminante fournie par les manuscrits de la mer Morte.
En effet les rouleaux de parchemin découverts à Qumran nous apprennent l’existence d’un deuxième calendrier hébreu utilisé au temps de Jésus. Les incohérences tombent si l’on suppose que les quatre évangélistes n’ont pas utilisé le même calendrier. Cette hypothèse met les quatre textes d’accord en proposant que la Cène se soit déroulée non pas le jeudi, mais le mardi. De ce fait, les contradictions disparaissent, les délais sont respectés et le déroulement devient plausible.
La thèse est en outre appuyée par des témoignages chrétiens très anciens, comme la Didachè des apôtres, un texte catéchétique du Ier ou du IIème siècle retrouvé en 1873 à Constantinople. Ce document semble indiquer qu’au temps de l’Eglise primitive la Cène était célébrée le mardi soir. Si Jésus prit réellement son dernier repas pascal un mardi, il aurait donc passé deux jours en captivité.
Le résultat de ce travail a emporté de nombreux suffrages chez les exégètes, y compris même au sein du Vatican. Toutefois, cette conclusion risque de perturber les habitudes de la pratique chrétienne. Faut-il pour autant remettre en question le calendrier liturgique actuel de Pâques ? Pas nécessairement : celui-ci a une vocation de célébration plutôt que de reproduction rigoureuse des faits.
Golgotha et le tombeau de Jésus-Christ
Le lieu précis où Jésus de Nazareth aurait été exécuté, appelé « Golgotha » par les évangiles, c’est-à-dire « lieu du crâne » ou « Calvaire », était d’après ces sources situé tout près de Jérusalem. Deux millénaires se sont écoulés depuis, et l’emplacement supposé du martyre du Christ attire toujours la piété des pélerins. Aujourd’hui, la recherche de sa localisation exacte relève de l’enquête archéologique.
De timides indices descriptifs figurent dans les textes eux-mêmes. Le soir de la mort de Jésus, ses proches détachèrent son corps de la croix et le déposèrent dans une tombe implantée à proximité immédiate qu’un prêtre du Temple et sympathisant, Joseph d’Arimathie, mit à sa disposition. Le Nouveau Testament précise que cette tombe était située dans un jardin, taillée dans le rocher, que c’était un tombeau neuf et qu’après l’inhumation on la referma en roulant devant son entrée une grande pierre ronde sur laquelle on pouvait s’asseoir (Matthieu. 27-28 ; Marc 15-16 ; Luc 23-24 ; Jean. 19 ; Hébreux. 13).

La basilique du Saint-Sépulcre
La plus ancienne tradition chrétienne place le tombeau de Jésus dans l’actuelle basilique du Saint-Sépulcre, construite au l’intérieur de la cité historique de Jérusalem et à l’Ouest du mont du Temple. A l’époque de l’évènement, le site se trouvait en-dehors de l’enceinte fortifiée de la ville, mais celle-ci fut agrandie en vers l’an 44, intégrant désormais le lieu saint dans le périmètre du rempart.
Le souvenir de l’emplacement de la tombe fut perdu au IIème siècle, lorsqu’à la suite de la révolte juive de 132 l’empereur romain Hadrien fit raser tous les lieux saints de Jérusalem. Dans le secteur de la future basilique, il fit élever une grande esplanade et bâtir un temple dédié à Jupiter.
En 323, l’empereur Constantin se convertit au christianisme et s’intéressa aux lieux saints chrétiens de Jérusalem. Il fit démolir le temple d’Hadrien et creuser sous l’esplanade. Selon l’évêque Eusèbe de Césarée, c’est là que la tombe de Jésus fut retrouvée, quoiqu’il ne précise pas comment elle fut identifiée. Selon d’autres sources, c’est à sainte Hélène, la mère de Constantin, que l’on doit la découverte du Sépulcre à la suite d’un rêve qui lui en révéla l’emplacement.
Constantin fit construire au-dessus de cette tombe une immense coupole, complétée par une vaste basilique. Le caveau fut entièrement dégagé de la masse de calcaire qui l’entourait, et devint un volumineux bloc rocheux isolé que l’on appela « édicule » et qui trôna prestigieusement sous la coupole.
L’histoire de la basilique de Constantin est mouvementée. En 1009, le calife arabe Al-Hakim fit entièrement démolir le monument, ainsi que le caveau lui-même qui fut littéralement pulvérisé … Au point qu’aujourd’hui il n’en reste que quelques fragments épars. La nouvelle de ce geste heurta les chrétiens d’Occident et contribua sans doute à motiver le mouvement des croisades. En 1099, les chevaliers français s’emparèrent de Jérusalem après cinq semaines de siège. Ils rebâtirent la basilique sur un plan plus modeste, celui que nous lui connaissons, et taillèrent un nouvel édicule pour remplacer le premier.
Aujourd’hui, l’un des lieux les plus saints de la Terre aux yeux des chrétiens est un monument bâti comme une sorte de labyrinthe truffé de passages dérobés et de curiosités historiques ; il mérite de ce fait une brève visite virtuelle.
Vu de l’extérieur, ses deux grandes coupoles et son clocher rapprochés lui donnent une allure compacte, enserré au milieu des constructions annexes. L’organisation de l’espace intérieur, décoré à profusion, se répartit entre plusieurs confessions chrétiennes. La nef est occupée en son centre par un vaste choeur au sol de marbre entouré d’un mur, où siègent les patriarches ortodoxes. Face à celui-ci et sur la gauche se tient un imposant cube de pierre, qui n’est autre que le massif édicule du tombeau de Jésus-Christ.
Autour du volume central de la basilique se greffent plusieurs salles annexes non dépourvues d’intérêt. L’une des chapelles latérales qui entourent l’édicule communique avec un ancien tombeau aménagé dans une antique carrière et appelé sans certitude « la tombe de Joseph d’Arimathie ». Face à l’entrée principale s’ouvre un double oratoire franciscain, ainsi qu’un long couloir en angle conduisant à une magnifique chapelle romane dite des Croisés.
Percé à l’extrémité est du monument, un large escalier descend vers une vaste salle souterraine, la chapelle Sainte-Hélène, qui possède elle-même encore deux ouvertures discrètes. L’une descend vers la citerne où la croix du Christ aurait été retrouvée, et l’autre vers une seconde cavité dénommée la chapelle Saint-Vartan.
A droite de l’entrée principale, deux escaliers étroits montent vers une double chapelle abondamment ornée d’or et d’argent et qui n’est autre que le traditionnel Calvaire. Un rocher protégé par une vitrine matérialise le point où aurait été plantée la croix.
Lorsqu’on retourne sur le parvis extérieur, on ne manquera pas d’aller explorer une autre curiosité souterraine. En traversant deux pauvres chapelles copte et éthiopienne, on atteindra une petite église copte dédiée à sainte Hélène, qui donne accès via un escalier rupestre à deux plans d’eau souterrains ; l’histoire admet qu’ils servirent de citernes au chantier de construction du premier sanctuaire.
L’importance que les pélerins accordent au Saint-Sépulcre ne prouve pas l’authenticité du lieu saint. Quels éléments pourraient l’attester ? Pour le savoir, une importante campagne de fouilles a été menée sur place à partir des années 1960, dans le cadre d’un programme interconfessionnel coordonné par le père Virgilio Corbo, du Studium Biblicum Franciscanum de Jérusalem. Après avoir retiré le dallage du sol, les fouilleurs trouvèrent des vestiges qui confirmaient l’existence d’une vaste carrière durant l’ère préchrétienne et d’un cimetière au temps de Jésus. Les tombes qui datent du Ier siècle accréditent le lien avec les évangiles de la Passion, quoique l’identification de celle de Jésus demeure incertaine.
Des recherches effectuées dans la chapelle Saint-Vartan ont cependant donné des résultats déterminants : d’autres traces de carrières, un pan de mur et surtout un antique graffiti qui représente un élégant navire marchand accompagné d’une inscription latine signifiant : « Seigneur, nous devons partir » (Domine ivimus). Or cette œuvre, datée à peu près du IIème siècle, est antérieure à l’époque byzantine ; elle prouve donc que la vénération du site est plus ancienne. Le site du Saint-Sépulcre semble dès lors compatible avec l’antique tradition.

La Tombe du Jardin
La solution précédente paraît donc solidement établie, et pourtant elle n’est pas la seule proposée. A partir du XVIIIème siècle en effet, des doutes furent émis quant à l’identification du Saint-Sépulcre au tombeau de Jésus-Christ. Les esprits sceptiques soulevaient le fait que la tombe traditionnelle se trouvait à l’intérieur du rempart de Jérusalem, alors que la crucifixion avait eu lieu en-dehors des murs. Partant de cette idée, le général britannique Charles Gordon se mit à la recherche d’un site alternatif, et prospecta en 1883 à l’extérieur du rempart. Il remarqua au Nord de la ville un escarpement rocheux percé de deux grandes cavités qui ressemblaient étrangement aux orbites d’un crâne humain. Faisant alors le rapprochement avec l’expression de « lieu du crâne » citée dans l’Ecriture, il pensa que c’était là le lieu historique de la crucifixion.
L’hypothèse de Gordon fit son chemin dans la société britannique. Un rapport de fouilles de 1867 émanant de l’archéologue suisse Conrad Schick avait d’ailleurs déjà décrit une ancienne tombe rupestre découverte à quelques mètres du rocher de Gordon. La façade de cette tombe toujours accessible portait des traces évoquant la forme d’une grande pierre circulaire, ainsi qu’une rainure dans le sol, et l’intérieur consistait en deux petites pièces rectangulaires. Ces détails paraissant compatibles avec les écritures, un nombre croissant de pélerins se rangèrent à l’avis de Gordon. Aujourd’hui intégré à un jardin magnifique, le site est tenu par des pélerins protestants qui le considèrent comme la sépulture possible de Jésus de Nazareth.
Cependant les résultats des investigations ultérieures n’allèrent pas dans ce sens. Des fouilles menées sur place par Karl Beckholt en 1904 mirent au jour divers objets, parmi lesquels des figurines de terre cuite typiques de l’âge du fer. Le professeur israélien Gabriel Barkay, de l’Université hébraïque de Jérusalem, étudia à son tour le site en 1974 et en conclut que la disposition de la tombe du jardin indiquait également le VIIème siècle av. J.-C., d’autant plus qu’elle était entourée d’un immense cimetière lui aussi daté de l’âge du fer.
Dès lors que Jésus avait été enterré dans un tombeau neuf, la tombe du jardin ne pouvait plus prétendre être la sienne. Par suite, la tombe du jardin bénéficia de moins de crédit que celle du Saint-Sépulcre.
Au-delà du problème de l’authenticité de cette sépulture, les visiteurs apprécient néanmoins son intérêt pédagogique et le fait qu’elle est restée pratiquement dans son état d’origine.

Le caveau de Talpiot
En 2007, la diffusion télévisée d’un film documentaire intitulé « Le tombeau de Jésus » fit la « une » de la presse mondiale. Il décrivait une nécropole souterraine antique découverte en 1980 dans le quartier de Talpiot, dans la banlieue sud de Jérusalem. Elle contenait une dizaine d’ossuaires datant du premier siècle, dont six portaient des noms gravés parmi lesquels on pouvait lire des expressions à consonance biblique : « Jésus fils de Joseph », « Maria », « Yosé », « Matthieu », « Mariamene e Mara » et « Juda fils de Jésus ». Le cinéaste James Cameron affirmait qu’il s’agissait sans doute là de Jésus de Nazareth et de sa famille, suggérant que Mariamene n’était autre que Marie-Madeleine son épouse, et Juda leur fils. Maria devait être sa mère, et Matthieu et Yosé ses frères.
Cette thèse défendue par l’archéologue israélien Simcha Jacobovichi s’appuyait essentiellement sur des calculs statistiques d’occurrence des prénoms et sur des analyses de l’ADN trouvé sur des fragments d’ossements.
La diffusion de ce reportage souleva une controverse passionnée et surtout beaucoup de scepticisme. Le rapprochement avec le Jésus des évangiles paraissait un peu forcé pour plusieurs raisons. En premier lieu, les prénoms trouvés sur ces ossuaires étaient très courants à l’époque, et même l’expression « Jésus fils de Joseph » a été retrouvée dans deux ou trois autres tombes. Ensuite, aucun texte biblique ne présentait Jésus-Christ comme marié et père de famille. De même, le prénom de Marie-Madeleine n’existait pas au Ier siècle, et il n’avait rien à voir avec celui de Mariamene. Enfin, l’absence de parenté entre Mariamene et Jésus, indiquée par l’ADN, ne prouvait pas qu’ils étaient mari et femme. En résumé, cette enquête pêchait par un manque de rigueur et ne remporta pas beaucoup de suffrages dans le milieu universitaire.

Conclusion
Entre les trois sites précédemment décrits, l’identification du véritable tombeau de Jésus de Nazareth n’est plus guère discutée. Une longue tradition soutient le Saint-Sépulcre, et les résultats des fouilles semblent le confirmer. La tombe du jardin paraît trop ancienne pour être celle du Christ, et le caveau de Talpiot souffre d’un lien difficile à établir avec les évangiles. Cela dit, le choix d’une conclusion dépend également du regard que l’on porte sur le récit de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ.

sur les pas de jesus

ISRAËL, PELERINAGE, TEMOIGNAGE, TERRE SAINTE

PELERINAGE EN TERRE SAINTE (17-28 août 2015)

PELERINAGE EN TERRE SAINTE (17-28 août 2015)
Qu’est ce faire un pèlerinage en Terre Sainte ?
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est répondre à un appel comme pour Abraham : « Pars ! Quitte ton pays et va vers la terre que je te montrerai ! »
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est lire la Bible avec ses pieds : marcher sur les pas des Hébreux à travers un désert de pierres, entendre leurs cris quand ils regrettaient la terre d’esclavage en Eypte.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est entendre la vox des prophètes qui reprochent au peuple d’Israël son infidélité, c’est entendre la voix du Baptiste qui appelle à la conversion.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est entendre les pierres nous raconter l’épopée du Peuple Elu : de l’Egypte à la Terre promise, de l’exil de Babylone au retour à Sion. Les pierres disent l’histoire fabuleuse de ce petit peuple, son histoire tumultueuse mais aussi dramatique jusqu’à la ruine du Temple (en 70) et la chute de Massada (en 132).
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est Béthléem qui fait mémoire du mystère de l’Incarnation depuis le « Fiat » de Marie ; c’est Nazareth et la vie cachée de Jésus au milieu des siens.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est Capharnaüm avec la maison de Pierre et la synagogue qui nous fait entendre Jésus prêcher, c’est le lac de Tibériade et la pêche miraculeuse, c’est toute la Galilée qui redit le message de Celui qui a parcouru cette région avec ses disciples. C’est la multiplication des pains et le Mont Tabor où Il se révèle dans sa gloire.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est monter à Jérusalem là où Jésus a enseigné dans le Temple, c’est Jésus chassant les marchands du Temple, c’est Jésus pleurant sur Jérusalem car « la Lumière est venue dans le monde et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1), c’est l’entrée triomphale au milieu d’une foule en liesse.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est aller de Gethsémani à la prison de Caïphe, du Palais d’Hérode jusqu’au Palais de Ponce Pilate et marcher dans les ruelles de la Via Dolorasa de station en station jusqu’au Calvaire pour la mort sur la Croix puis au tombeau.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est attendre dans la Chambre Haute avec les disciples et Marie de Magdala jusqu’au matin de Pâques.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est se sentir chez soi, retrouver ses racines profondes, c’est savoir que nous sommes de la lignée d’Abraham, enfants de la même promesse comme le dit si bien le Psaume 87
Elle est fondée sur les montagnes saintes.
Le Seigneur aime les portes de Sion
Plus que toutes les demeures de Jacob.
Pour ta gloire on parle de toi,
Ville de Dieu!
« Je cite l’Égypte et Babylone
Entre ce lles qui me connaissent. »
Voyez Tyr, la Philistie, l’Éthiopie:
Chacune est née là-bas.
Mais on appelle Sion: « Ma mère! »
Car en elle tout homme est né.
C’est lui, le Très-Haut, qui la maintient.
Au registre des peuples, le Seigneur écrit:
« Chacun est né là-bas. »
Tous ensemble ils dansent, et ils chantent :
« En toi, toutes nos sources! »
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est l’histoire de la première communauté des chrétiens après la Résurrection, la conquête par l’Islam, l’histoire de la chrétienté qui se dévoile dans les basiliques et les églises depuis Constantin jusqu’aux avec les Croisades.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est entendre encore les prières du peuple juif aux Mur des Lamentations, entendre la voix des muezzin qui appelle les musulmans à la prière, c’est entendre les cloches des églises qui disent que le Christ est encore présent.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est revenir pour partir de nouveau avec cette parole au fond du coeur: « Allez de toutes les nations faites des disciples ! »
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est aussi se rendre compte que les pleurs de Jésus sur sa ville sont toujours d’actualité : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes et vous ne l’avez pas voulu » (Matthieu, 22, 38). Car est voir que au-delà des murs de béton qui séparent Juifs, chrétiens et musulmans les murs dans coeurs sont, ô combien, plus perceptibles.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est savoir que Dieu a tenu sa promesse, qu’Il tient encore aujourd’hui sa Promesse : « Je ferai de toi une grande nation ! ». Du Peuple Elu est né un peuple qui s’étend jusqu’aux confins de la terre.
Faire un pèlerinage en Terre Sainte c’est beau parce que c’est tout cela à la fois ; alors l’Espérance même si elle semble vacillée ne peut pas s’éteindre : après la nuit il y a toujours l’aube d’un matin de Pâques qui se lève, après le silence il y a toujours le souffle de l’Esprit.

SEPTEMBRE 2015
Claude-MARIE T.TERRES SAINTE