ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, DOCUMENTS PONTIFICAUX, DOGME DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, DOGME DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE (1er novembre 1950), EGLISE CATHOLIQUE, VIERGE MARIE

Proclamation du dogme de l’Assomption (1er novembre 1950)

CONSTITUTION APOSTOLIQUE DE PIE XII SUR L ASSOMPTION

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Pie XII 1950 – CONSTITUTION APOSTOLIQUE MUNIFICENTISSIMUS DEUS DÉFINISSANT LE DOGME DE L’ASSOMPTION

 

DISCOURS PRONONCÉ APRÈS LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION DEVANT LA FOULE RÉUNIE SUR LA PLACE SAINT-PIERRE

(ier novembre 1950) 1

Après avoir chanté le Te Deum Laudamus, pour remercier Dieu d’avoir pu proclamer le dogme de Y Assomption de la Sainte Vierge, Pie Xli adressa à la foule de plus de cinq cent mille personnes un discours dont voici le texte :

Vénérables Frères, chers fils et filles réunis devant Nous et vous tous qui Nous écoutez dans cette ville sainte de Rome et dans toutes les régions du monde catholique ‘.

Emu par la proclamation, comme dogme de foi, de l’Assomption, corps et âme, de la Bienheureuse Vierge Marie au ciel ; exultant devant la joie qui inonde le coeur de tous les croyants, dont les voeux fervents sont exaucés, Nous Nous sentons irrésistiblement poussé à chanter avec vous un hymne de reconnaissance à l’aimable Providence de Dieu, qui a voulu réserver à vous la joie de ce jour et à Nous la consolation de ceindre le front de la Mère de Jésus et notre Mère, Marie, de l’éclatant diadème qui en couronne les privilèges uniques.

Au milieu des épreuves, cet acte est un rayon de soleil :

Par un mystérieux dessein de Dieu sur les hommes de la génération présente, si tourmentée et souffrante, égarée et déçue,

D’après le texte italien des A. A. S., XXXXII, 1050 p. 779.

2 Ce discours étant radiodiffusé, plus de cent millions d’auditeurs purent l’entendre ainsi que, d’ailleurs, toutes les cérémonies de la proclamation.

mais aussi salutairement inquiète dans la recherche d’un grand bien perdu, un coin de ciel s’ouvre, lumineux, rayonnant d’innocence, d’espérance, de vie bienheureuse, où siège, Reine et Mère, à côte du Soleil de justice, Marie.

Le peuple chrétien est intimement associé à cette proclamation :

Ardemment désiré depuis longtemps, ce jour est finalement Nôtre; et il est finalement vôtre. Notre voix était la voix des siècles, — et Nous dirions même la voix de l’éternité — lorsque, avec l’assistance de l’Esprit-Saint, elle a solennellement défini l’insigne privilège de notre Mère céleste. Et c’est le cri des siècles qui éclate aujourd’hui avec le vôtre, dans la vaste enceinte de ce lieu vénérable, déjà consacré par les gloires chrétiennes, havre spirituel de toutes les nations, et devenu maintenant autel et temple pour votre surabondante piété.

Comme secouées par les battements de vos coeurs et par les mouvements fervents de vos lèvres, voici que vibrent les pierres même de cette basilique patriarcale ; et avec elles, exultent avec de mystérieux frémissements, les innombrables temples antiques élevés partout en l’honneur de l’Assomption de Marie, monuments d’une foi unique et assises terrestres du trône céleste de gloire de la Reine de l’Univers.

Ce ier novembre est un jour de grâces :

En ce jour d’allégresse, du ciel entr’ouvert, avec le courant d’exultation des esprits célestes, qui s’accorde avec celle de toute l’Eglise militante, il doit descendre sur les âmes un torrent de grâces et d’enseignements qui susciteront un large renouveau de sainteté.

Aussi, vers une aussi sublime créature, levons-Nous les yeux avec confiance de cette terre, à l’heure actuelle, parmi notre génération, et à tous, Nous crions : Haut les coeurs !

Ceux qui peinent seront soulagés par la bénie Vierge Marie :

A tant d’âmes inquiètes et angoissées, triste partage d’un âge troublé et agité, âmes opprimées, mais non résignées, qui ne croient plus à la bonté de la vie, mais, comme contraintes, en acceptent seulement le moment présent, l’enfant humble et ignorée de Nazareth, maintenant glorieuse dans le ciel, ouvrira des horizons plus hauts et les encouragera à contempler à quel destin et à quelles oeuvres sublimes fut élevée Celle qui, choisie par Dieu pour être la Mère du Verbe incarné, accueillit docilement la parole du Seigneur.

Et vous, plus particulièrement proches de Notre coeur, inquiétude douloureuse de Nos jours et de Nos nuits, souci angoissé de chacune de Nos heures, vous, pauvres, malades, exilés, prisonniers, persécutés, bras sans travail et corps sans abri, affligés de tous genres et de tous pays ; vous à qui le séjour sur terre semble ne procurer que des larmes et des privations, quels que soient les efforts qui se font et qui doivent se faire pour vous venir en aide, levez votre regard vers Celle qui, avant vous, a parcouru les chemins de la pauvreté, du mépris, de l’exil, de la douleur, qui a eu l’âme transpercée par un glaive au pied de la Croix, et dont le regard plonge maintenant fixement dans l’éternelle lumière.

Que la Vierge obtienne que la charité règne sur le monde :

A ce monde sans paix, martyrisé par les défiances réciproques, par les divisions, par les contrastes, par les haines, parce que la foi est affaiblie en lui et presque éteint le sens de l’amour et de la fraternité dans le Christ, alors que Nous demandons avec une ardeur suppliante à la Vierge montée au ciel de ramener l’ardeur de l’amour et de la vie dans les coeurs humains, Nous ne Nous lassons pas de rappeler que rien ne doit prévaloir sur le fait et sur la conscience que nous sommes tous les enfants d’une même Mère, Marie, qui vit dans les cieux, lien d’union pour le Corps mystique du Christ, nouvelle Eve et nouvelle mère des vivants, qui veut conduire tous les hommes à la vérité et à la grâce de son divin Fils.

Et maintenant, prions pieusement à genoux :

De vibrantes acclamations saluèrent à plusieurs reprises ce discours. Après quoi Pie XII récita la prière qu’il a lui-même composée pour la circonstance .

PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE HONORÉE DANS SON ASSOMPTION

(Ier novembre 1950)

Après avoir adressé la parole à la foule assemblée sur la Place Saint-Pierre, à la suite de la définition du Dogme de l’Assomption, le Saint-Père, à genoux, récita la prière suivante qu’il a composée lui-même :

1. O Vierge Immaculée, Mère de Dieu et Mère des hommes, nous croyons avec toute la ferveur de notre foi en votre Assomption triomphale, corps et âme, au ciel, où vous êtes acclamée Reine par tous les choeurs des anges et par toutes les phalanges des saints, et nous nous unissons à eux, pour louer et bénir le Seigneur, qui vous a exaltée sur toutes les autres créatures, et pour vous offrir l’élan de notre dévotion et de notre amour.

2. Nous savons que votre regard, qui maternellement enveloppait l’humble et souffrante humanité de Jésus sur la terre, se rassasie au ciel, en voyant l’humanité glorieuse de la sagesse incréée, et que la joie de votre âme à contempler face à face l’adorable Trinité fait tressaillir votre coeur de béatifiante tendresse. Et nous, pauvres pécheurs, nous dont le corps alourdit le vol de l’âme, nous vous supplions de purifier nos sens, pour que nous apprenions, dès ici-bas, à goûter Dieu et Dieu seul, dans la beauté des créatures.

3. Nous avons confiance que votre regard miséricordieux s’abaisse sur nos misères et sur nos angoisses, sur nos luttes et sur nos faiblesses : que vos lèvres sourient à nos joies et à nos victoires ; que vous entendez la voix de Jésus vous dire de chacun de nous, comme jadis de son disciple bien-aimé : « Voilà votre fils. »

Et nous, qui vous invoquons comme notre Mère, nous vous prenons, comme saint Jean, pour être notre guide, notre force et notre consolation, en cette vie mortelle.

4. Nous avons la vivifiante certitude que vos yeux, qui ont versé des larmes sur cette terre baignée du sang de Jésus, se tournent encore vers ce pauvre monde en proie aux guerres, aux persécutions, à l’oppression des justes et des faibles. Et nous, dans les ténèbres de cette vallée de larmes, nous attendons de votre céleste lumière et de votre maternelle compassion le soulagement des peines de nos coeurs, des épreuves de l’Eglise et de nos patries.

5. Nous croyons enfin que dans la gloire, où vous régnez, « vêtue de soleil et couronnée d’étoiles », vous êtes, après Jésus, la joie et l’allégresse de tous les anges et de tous les saints. Et nous, de cette terre où nous passons en pèlerins, réconfortés par la foi en la future résurrection, nous regardons vers Vous, notre vie, notre douceur, notre espérance ; attirez-nous par la suavité de votre voix, pour nous montrer, un jour, après notre exil, Jésus, le fruit béni de votre sein, ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.

Après avoir récité cette prière, et donné au monde la bénédiction apostolique, avec indulgence plênière, le Souverain Pontife pénétra dans la Basilique Saint-Pierre pour y chanter l’office de None, suivi de la Messe Papale dont le texte nouveau, en l’honneur de VAssomption, était chanté pour la première fois 2.

Messe dont l’Introït commence par ces mots : Signum magnum apparuit in caelo..

DISCOURS AUX ÉVÊQUES VENUS A ROME POUR LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION

(2 novembre 1950) 1

Le lendemain de la définition du dogme de l’Assomption, le Souverain Pontife reçut en audience les membres du Sacré-Collège et les Evêques qui étaient venus à Rome pour assister à cette cérémonie ; le Pape y prononça le discours que voici :

C’est avec une émotion telle que Nous en avons rarement éprouvé au cours des années de Notre pontificat que Nous vous saluons, Vénérables Frères, Notre bonheur et la couronne de Notre joie. Le motif de cette consolation vous est évident. Un dessein du Dieu éternel, dont la nature est la bonté, Nous a choisi, bien qu’indigne, Nous qui, depuis Notre jeune âge, honorons d’un culte très ardent la Sainte Mère de Dieu, pour sceller par un décret de Notre magistère suprême et déclarer par une proclamation exempte d’erreur que l’Assomption au ciel, en corps et en âme, de la Vierge immaculée, Mère de Dieu, est une vérité de foi divinement révélée.

Tel est le motif de Notre consolation et de Notre joie, de même qu’hier Notre joie fut grande de vous voir si nombreux autour de Nous dans l’exercice des prérogatives de Notre ministère, confirmant par votre présence les suffrages quasi unanimes que vous aviez émis, témoins également de la foi de vos fidèles en ce grand mystère qui regarde et la Mère de Dieu et nous-mêmes.

t A. A. S., XXXXII, 1950, p. 784-

La présence de tant d’evêques réunis est un fait extraordinaire et significatif dans l’histoire de l’Eglise :

C’est une heure solennelle que Nous avons conscience de passer avec vous. Jamais assurément, dans les fastes de l’Eglise, excepté au moment du Concile oecuménique du Vatican, un plus grand nombre d’évêques n’entoura le Successeur du Prince des Apôtres2. Les progrès de la technique et le perfectionnement des moyens de transport ont rendu possible cet heureux rassemblement, non sans un grand profit pour l’unité de l’Eglise. Aussi rendons-Nous grâce à la Providence divine de ce que ces avantages matériels ont été procurés au moment où, sous l’impulsion de la grâce, se fait sentir, aussi bien chez les pasteurs que chez les fidèles qui leur sont confiés, une volonté d’unité, plus efficace que jamais peut-être dans l’histoire.

Le fait que de régions éloignées et même des extrémités du monde, vous soyez réunis ici, est un nouveau et très éloquent témoignage sur la nature de l’Eglise qui embrasse dans son sein toutes les nations.

Cette audience est la plus solennelle et la plus importante de l’Année Sainte :

Aux spectacles que cette Année Sainte a ménagés comme aucune des précédentes, votre nombreuse assemblée met comme un couronnement en montrant de façon lumineuse comment les catholiques de toute race et de toute langue s’unissent dans la charité.

Toutefois, les evêques des pays soumis au joug soviétique sont absents. Ils n’ont pas reçu de leurs gouvernements respectifs les autorisations nécessaires. Bien plus, un certain nombre d’entre eux sont en prison :

Cependant, l’âme remplie d’une vive douleur, Nous ne pouvons taire ce qui n’est pas imputable à la faute de l’Eglise, mais à la violence extérieure. Il manque, hélas ! parmi vous et parmi les groupes de pèlerins, ceux à qui a été refusée la liberté de se joindre pacifiquement à leurs frères pour confesser une même

2 Au Concile du Vatican en 1870, 600 evêques furent présents. En ces fêtes du premier novembre, il y eut 39 cardinaux, 7 patriarches, 193 archevêques et 369 evêques réunis à Rome.

foi dans cette ville de Rome que l’univers chrétien considère comme sa mère aimée et aimante et comme sa capitale. O fils très regrettés, lamentablement privés des droits sacrés de la liberté, vous n’êtes pas sortis de Notre coeur ; bien plus, s’il convenait que Notre amour pour les brebis du Christ comportât des degrés, vous auriez la première place dans Notre bienveillance. Chaque jour, Nous prions instamment pour vous et pour les nations auxquelles vous appartenez.

Il est ridicule d’accuser l’Eglise de faire de la politique, encore bien plus d’être un agent qui pousse à la guerre. Aussi, le Saint-Père repousse les calomnies communistes qui disent que l’Eglise catholique est l’alliée du capitalisme américain :

Nous savons distinguer le vrai du faux, Nous savons distinguer les peuples des idéologies qu’on leur impose, bien qu’elles entraînent la ruine temporelle et éternelle. Si Nous avons rejeté et condamné certaines idéologies, Nous ne l’avons pas fait contre certaines nations ou contre aucun Etat en tant que tel, mais Nous avons protesté contre des opinions erronées qui s’efforcent de détruire la notion même de Dieu et la foi chrétienne et usent dans ce but infâme du pouvoir des partis politiques. Nous n’avons rien dit ni rien fait, sinon ce que la conscience de Notre devoir, qui est pour Nous un ordre, a demandé de Nous.

Une fois de plus, le Pape stigmatise les idéologies et les régimes antireligieux. En ce faisant, l’Eglise demeure strictement attachée à ses fonctions spirituelles qui lui sont propres :

Est-il donc besoin, dans ce discours que Nous vous adressons, de repousser l’accusation que certains — vous devinez tous à qui Nous faisons allusion — portent contre le Pontife Romain, de vouloir la guerre, de s’employer à fomenter et à provoquer la guerre, et de se mettre en cela au service d’un Etat considérable et puissant. Si ces dernières années, la guerre mondiale à peine achevée, les nations n’ont cessé d’être agitées et troublées, comme par un tremblement de terre, par la crainte d’un nouveau conflit armé, la faute n’en est nullement à rejeter sur l’Eglise et sur son Chef suprême, qui furent les défenseurs et soutiens de la paix. Les jugements que Nous avons cru devoir porter sur la paix et la guerre, Nous les avons portés ouvertement et librement — pour ne pas parler de Nos autres documents —

Dans ce message, le Pape disait : « Jamais depuis la cessation des hostilités, les esprits ne se sont sentis comme aujourd’hui accablés par le cauchemar d’une nouvelle guerre et par le désir ardent de la paix » (cf. Documents Pontificaux 1948, p. 440).

4 Luc, 1, 37.

Le 19 décembre 1941, un induit accordait des élargissements à la loi du jeûne et de l’abstinence (A. A. S., 33, 1941, p. 516). Durant la guerre, les evêques avaient la

dans Notre message radiophonique adressé au monde entier la veille de Noël 1948. Alors, en vérité, Nous ne pensions pas que dans un si bref délai, les événements confirmeraient Nos paroles3.

Le Pape invite à prier pour que la paix soit accordée au monde :

Nous sommes loin cependant d’abandonner tout espoir de voir la paix sauvegardée sans le risque d’une nouvelle guerre. Que Dieu, à qui rien n’est impossible 4, écarte les sinistres maux qu’on prévoit. Que Marie, la Mère très bonne de la grâce, la Mère de la Miséricorde, implore Dieu pour la conservation de la paix. Ce sera la première et très instante prière que Nous adresserons à la Reine des cieux après Nous être réjoui vivement d’avoir ajouté à ses louanges et à son honneur. Et vous, vénérables Frères, exhortez le clergé et les fidèles confiés à votre vigilance à s’efforcer incessamment et de toutes leurs forces de favoriser la vraie paix par leur charité, leurs prières et le don d’eux-mêmes.

Et Pie XII rappelle les devoirs de pénitence qui incombent à tout chrétien :

Saisissant donc les armes spirituelles, qu’ils engagent sous le signe de la Croix un saint combat. Nous voulons profiter de l’occasion qui Nous est actuellement offerte pour vous dire publiquement à vous, vénérables Frères, et à tous ceux qui portent le nom de catholiques, ce à quoi Nous réfléchissons depuis longtemps déjà. Vous savez que la loi ecclésiastique de l’abstinence et du jeûne a été très allégée en ces dernières années, sous la pression des circonstances dans lesquelles se trouvaient un très grand nombre de catholiques, ceux surtout qui habitent les grandes villes et qui travaillent dans les usines : pour eux, l’observation de l’ancienne loi était dure et presque impossible. C’est pourquoi le changement dont Nous venons de parler a été apporté provisoirement5.

Les chrétiens de notre temps dégénéreraient de la vertu de leurs ancêtres si, à un moment où sévissent plusieurs de ces démons qui, selon les paroles du Divin Maître, ne peuvent être chassés que par le jeûne et par la prière6 et où l’immolation spirituelle de soi est absolument nécessaire pour dominer et repousser tant de maux de l’ordre social et moral, ils ne compensaient par des oeuvres de pénitence volontaire convenant à notre époque l’affaiblissement de la vénérable loi ancienne. Cela se fait déjà assurément.

Le Pape loue tous ceux qui ont exercé la charité, pour soulager les souffrances de la guerre :

En ce qui concerne les oeuvres de charité, accomplies après la dernière guerre mondiale, et au temps même de la guerre, c’est une grande consolation pour Notre coeur de reconnaître que la libéralité des catholiques a été telle qu’elle ne craint la comparaison avec aucune autre sorte de libéralité accomplie aux âges précédents. En ce qui Nous concerne, profitant également de cette occasion, Nous adressons Nos remerciements aux Evêques du monde entier, à ceux en premier lieu qui exercent leur ministère- dans les régions riches et aux fidèles qui leur sont confiés, pour Nous avoir abondamment fourni les secours grâce auxquels Nous avons pu subvenir à l’indigence de tant de malheureux.

De même, les chrétiens ont gardé l’esprit de pénitence au cours de leurs épreuves :

Outre la munificence que Nous avons rappelée, les faits nous montrent que le goût de la pénitence reste encore vif dans l’Eglise ; il se manifeste clairement lorsqu’on supporte d’un coeur tranquille et fort l’épreuve ou la misère, permises ou envoyées par Dieu, ou bien lorsqu’on renonce spontanément au plaisir immodéré.

faculté de dispenser leurs fidèles de l’obligation du jeûne et de l’abstinence sauf le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint. Un décret de la Sacrée Congrégation du Concile au 28 janvier 194g — constatant qu’il y a une amélioration de la situation économique et en vue de 1 Année Sainte — décida que l’abstinence doit être rétablie tous les vendredis de l’année ; Ie jeûne et l’abstinence le Mercredi des Cendres, le Vendredi-Saint, aux vigiles de l’Assomption et de Noël (cf. Documents Pontificaux 1949, p. 35). » Matth., 17, 20.

II faut dénoncer toutefois ceux qui s’adonnent sans mesure aux plaisirs :

Nous ne pouvons faire allusion au plaisir sans déplorer l’accroissement intolérable des dépenses de luxe qui contrastent durement avec la misère d’un grand nombre. Sans aucun doute, le luxe et la soif des plaisirs sont la suite d’une conception de la vie viciée par le matérialisme et ils engendrent des moeurs correspondantes. Peut-il en être autrement ? En effet, quand l’homme perd le sens de sa dignité, quand, dans sa conduite, il rejette la mesure et l’équilibre et méprise les valeurs spirituelles, surnaturelles et éternelles, au lieu de reconnaître en elles la vraie source du bonheur, l’avarice et le désir effréné des biens de la terre débordent ; au lieu du respect dû à Dieu et à sa Majesté, c’est le culte de la technique et de la force brutale. Nous ne retirons pas ni ne désavouons les éloges que Nous avons faits plus haut. Mais on ne peut ignorer et nier ce flot de plaisirs et de luxe qui roule comme un torrent, qui ne passera point sans atteindre aussi les catholiques et même pénétrera sérieusement ici et là leur milieu. L’Eglise, Mère bienveillante et indulgente, ne contraint la liberté que là où le réclament la simplicité de la vie chrétienne, l’observation de la morale et le devoir de subvenir à l’indigence d’autrui. La joie n’est-elle pas comme un caractère et un ornement des nations catholiques ? Toutefois, la recherche des plaisirs de la vie ne doit pas outrepasser la mesure de l’honnête.

Les chrétiens doivent obéir à la loi de la pénitence :

Nous exhortons donc vivement tous les fidèles à s’enrôler sous le signe du renoncement chrétien et du don de soi, qui va au-delà de ce qui est prescrit et fait mener le combat généreusement, à chacun selon ses forces, selon l’appel de la grâce et sa propre condition. Il y a donc plusieurs buts à atteindre. Chacun doit d’abord par la pénitence expier ses tautes, purifier son âme des souillures du péché, s’affermir et se sanctifier. Il faut ensuite être un exemple et un stimulant pour ses frères dans la foi et pour ceux du dehors ; ce qu’on retranchera à la vanité, on le donnera à la charité, on le donnera miséricordieusement à l’Eglise et aux pauvres. Les fidèles de la primitive Eglise se conduisaient ainsi ; par le jeûne et l’abstinence, ils accroissaient les ressources de leur charité. L’imitation de leur exemple est digne de louange et convient à notre situation et à notre époque, non seulement dans telle ou telle région qui se fait remarquer par sa libéralité et secourt l’Eglise, mais à toutes les régions de la terre sans exception.

Vénérables Frères, Nous avons vivement à coeur que Notre conseil se réalise pleinement. A nos oreilles comme aux oreilles des premiers chrétiens, résonne l’exhortation de l’Apôtre Paul : « J’accomplis en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps qui est l’Eglise ‘. » Nous avons tous à nous évertuer « dans la patience, les travaux, les jeûnes, dans une charité vraie 8 » selon le mot du même Apôtre, àconstruire le règne de Dieu. N’est-ce pas expressément pour les prêtres que retentit cette parole menaçante : « Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu’ayant prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé   »

Après avoir prié la Sainte Vierge afin que Dieu accorde la paix au monde, il faut lui demander que par la pratique de la pénitence, les chrétiens lavent le monde du péché :

Tel est le deuxième motif qui Nous fait demander l’aide puissante de la Mère de Dieu. Que Marie élevée au Ciel, Elle dont l’âme et le corps ignorent absolument toute faute, nous obtienne de Son divin Fils l’accomplissement de notre espoir.

Le désordre social que le monde connaît est en grande partie la conséquence du fait que le mariage chrétien est méprisé en plusieurs régions :

Si nous considérons avec plus de soin le monde où nous vivons, de très graves problèmes, ceux notamment qui concernent le mariage et la famille, réclament plus instamment notre attention et notre zèle. Nous ne croyons point Nous tromper en estimant que le désordre qui trouble d’une manière générale et profonde l’institution de la famille, mine comme une maladie la société d’aujourd’hui et s’aggrave malgré les écrits si nombreux qui traitent de ces questions, théoriquement ou pratiquement ; il ne peut en être autrement tant que ceux qui

‘ Col., 1, 24.

II. Cor., 6, 4-6.

« I. Cor., 9, 27.

veulent guérir cette plaie séparent le mariage de la loi divine telle que la nature de l’homme la révèle de toute part et que la doctrine de l’Eglise la promulgue.

Une vaste offensive d’immoralité balaye le monde :

Le langage n’arrive pas à décrire le torrent fangeux des livres, brochures, essais, journaux de tout genre qui, par leurs propos et leurs images sans sérieux ni pudeur, corrompent le bon sens populaire et la vraie notion d’humanité.

Souvent, ces campagnes immorales se font sous le couvert d’une fausse science :

Certes, Nous n’ignorons pas et ne méprisons pas les progrès dont se glorifient la médecine, la psychologie et la science sociale. C’est Notre vif désir que le soin des âmes, les consultations matrimoniales et les institutions familiales en profitent. Mais Nous réprouvons et Nous condamnons le fait qu’au-delà des recherches honnêtes et sérieuses, se développe une misérable littérature qui, sous le couvert d’une science fausse et trompeuse, pousse les ignorants à éprouver les plaisirs malsains et à couvrir, sous le fard d’une science fausse, les poussées ténébreuses de leur nature corrompue.

Il est faux de prétendre que la science a tous les droits :

Il ne convient pas que les chercheurs et les praticiens d’un art exposent sans prudence à leurs clients, au détriment de l’âme et du corps, ce qui est pour eux-mêmes science utile. Il ne faut pas laisser s’accréditer l’opinion erronée, si répandue au temps de « l’illuminisme » qu’il suffit de savoir pour être vertueux 10. Cette opinion, toujours dangereuse, est ici mortelle.

Le mariage ne peut être subordonné à la science, il ne peut l’être également aux données sociales et économiques :

Tout aussi nuisibles sont les idées que l’on répand et propage dans le peuple pour créer une opinion artificielle, laquelle,

10 L’« illuminisme » se développa principalement au XVIIIe siècle. Ce système professait la croyance que la science suffisait désormais à tout expliquer et à procurer le bonheur aux hommes.

par contrainte morale, et plus souvent économique, réglera les relations entre les sexes, suggérera la façon de contracter le mariage et de constituer la famille. L’ordre moral n’est-il pas renversé quand l’homme, image de Dieu, se laisse conduire en sa vie la plus intime, par des gens qui ne poursuivent bassement que leurs intérêts ?

// convient de former une opinion publique qui ait des idées saines sur le mariage :

Une opinion saine et pure sur le mariage est sans doute une force qui peut appuyer les principes et les règles de la vie ; aussi est-elle nécessaire. Mais si on la proclame saine et si elle est telle, elle n’est pas seulement une prescription imposée de l’extérieur ; elle est avant tout une doctrine qui jaillit de la nature humaine prise en son entier et qui lie l’homme à Dieu et à la loi de Dieu.

Le mariage doit être considéré comme une institution sacrée :

Le point principal de Nos réflexions est l’union étroite du mariage et de la famille avec la loi de Dieu. Seule la reconnaissance du lien sacré du mariage donne, dans les difficultés de la vie, la garantie indispensable de la protection qu’il faut contre la légèreté humaine, l’Inconstance, l’esprit de changement. Même dans l’adversité, cet engagement sacré fait sentir sa force bienfaisante, sauvegarde le caractère de la société domestique et maintient dans la vérité et la fidélité le lien qui unit les époux.

17 esf faux de rejeter la loi divine qui dicte aux hommes les règles à suivre :

A ce sujet, bien des catholiques même ont des idées fausses et confuses. Une fausse philosophie enseigne, en effet, qu’il faut absolument rejeter une norme donnée du dehors, à savoir la loi, comme étant étrangère à la vraie nature de l’homme et dissolvant les forces de la vie intacte et féconde. Il est donc clair que cette philosophie ruine la morale conjugale telle qu’elle règne là où la doctrine de l’Eglise est observée.

Au contraire, il faut proclamer que le salut des hommes et des sociétés, réside dans l’observance de la loi divine :

C’est pourquoi il n’y a rien de plus important que de faire connaître à temps et le plus largement possible ce point de

doctrine, à savoir que l’homme, né pour atteindre le bonheur temporel et éternel, ne peut atteindre ni l’un ni l’autre qu’en accomplissant les devoirs auxquels il est tenu et en obéissant à la loi de Dieu.

Aucun motif ne peut être invoqué pour désobéir aux lois sur les-dles Dieu même a basé la vie familiale.

Si on écarte cette dépendance, il y a des choses que l’on ne peut ni comprendre ni assurer : le droit pour chaque personne d’être protégée et de se perfectionner, la liberté de cette même personne, la conscience d’avoir à rendre compte de nos actes. Si quelqu’un en appelle au don de la liberté que Dieu lui a concédé pour se déclarer dispensé d’observer l’ordre divin, il prononce des paroles qui se contredisent. On ne peut jamais s’engager sur cette voie parce qu’elle est criminelle et ruineuse, même lorsqu’on veut venir au secours des hommes dans les dures crises de la vie conjugale. Il est donc pernicieux, tant pour l’Eglise que pour la société civile, que les pasteurs d’âmes, dans leur enseignement, et dans la vie courante, se taisent habituellement et délibérément lorsque, dans le mariage, sont violées les lois de Dieu qui sont toujours en vigueur, quelles que soient les circonstances. On cherche des excuses principalement dans les privations et dans la pauvreté qui rendent ordinairement dur l’état familial. Notre coeur de Père regrette et déplore tout cela, mais il n’est pas permis de s’écarter de l’ordre ferme et stable établi par Dieu. Que nulle part et jamais il ne faiblisse ; mais il faut, dans une nécessité urgente, que l’ordre social soit amélioré. Si tout chrétien, par justice et par charité, doit concourir à cet heureux changement, cela importe d’autant plus qu’il s’agit de porter secours à une immense multitude d’hommes, qui ne peuvent mener une vie conjugale juste, honnête et heureuse, qu’en triomphant de très rudes difficultés.

Il y a une fausse conception de la sécurité sociale :

Il y a une parole que l’on répète actuellement beaucoup : « sécurité sociale ». Si cela veut dire sécurité grâce à la société, Nous craignons beaucoup, Vénérables Frères, que le mariage et la famille n’en souffrent. Comment donc ? Nous craignons non seulement que la société civile entreprenne une chose qui, de soi, est étrangère à son office, mais encore que le sens de la vie chrétienne et la bonne ordonnance de cette vie n’en soient affaiblis, et même ne disparaissent. Sous cette appellation, on entend déjà prononcer des formules malthusiennes, sous cette appellation, on cherche à violer entre autres les droits de la personne humaine ou du moins leur usage, même le droit au mariage et à la procréation.

Le Pape énonce les notions acceptables concernant la sécurité sociale :

Pour les chrétiens et en général, pour ceux qui croient en Dieu, la sécurité sociale ne peut être que la sécurité dans la société et avec la société, dans laquelle la vie surnaturelle de l’homme, la fondation et le progrès naturels du foyer et de la famille sont comme le fondement sur lequel repose la société elle-même avant d’exercer régulièrement et sûrement ses fonctions.

La famille étant l’assise solide sur laquelle on peut bâtir la société, il faut prier la Vierge afin que les hommes reviennent à l’institution familiale telle qu’elle a été voulue par Dieu :

Dans les années désastreuses qui viennent de s’écouler, la famille, bien qu’affaiblie de multiples manières, a montré clairement quelle était sa force de résistance. En effet, appuyée sur sa force naturelle, elle triomphe facilement de toutes les autres institutions humaines. C’est pourquoi, si l’on s’efforce activement d’aider la société humaine, il ne faut rien négliger pour que la famille soit préservée, soutenue et soit capable de pourvoir à sa propre défense. Telle est la troisième chose qu’avec d’instantes prières, Nous demandons à la Vierge de l’Assomption. Comme le mariage et la famille se trouvent dans des conditions si défavorables que l’espoir de leur triomphe est incertain, que Marie veuille par une supplication toute puissante implorer Dieu, Notre Créateur et Rédempteur, pour que les hommes reviennent au respect de la haute idée du mariage, qu’il a Lui-même voulu et établi, pour que les fils, de l’Eglise contractent toujours le mariage par le moyen du sacrement et uniquement entre eux, et par la chasteté de leur union, soient comme l’image de l’admirable lien qui unit le Christ et l’Eglise.

Là où règne la loi chrétienne du mariage, là aussi fleurit la virginité. Il faut donc promouvoir à la fois les principes sacrés qui fondent la famille et les avantages de la vie religieuse dans la chasteté totale au service de Dieu : ..)!;;

Là où les unions pures sont florissantes et ornées des vertus chrétiennes, fleurit également et dans la même mesure, la virginité nourrie de l’amour du Christ. Exhortez votre clergé, Nous vous en prions, à faire le plus grand cas de cette forme de vie supérieure qui égale les hommes aux anges, à la cultiver religieusement et à inviter aussi les autres à suivre un si noble chemin, spécialement le sexe féminin dont la coopération dans l’apostolat ne peut fléchir sans que l’Eglise en souffre grandement.

Telles sont les trois prières que l’Eglise fait en ce jour à la Bénie Vierge Marie :

Telles sont les trois prières ardentes que Nous adressons à Dieu après avoir invoqué le patronage efficace de la très bienveillante Vierge Marie, et Nous sommes certains, Vénérables Frères, d’avoir votre plein accord.

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En plus, le Pape rappelle aux evêques la nécessité :

— de maintenir l’intégrité de la Foi et, en particulier, veiller à observer ce qui est proclamé dans l’Encyclique Humani Generis 11 ;

— de promouvoir la sanctification du clergé telle qu’elle est précisée par l’Exhortation : Menti Nostrae 12. , j

A ce que Nous avons dit, il n’est point nécessaire que Nous ajoutions deux points qui Nous tiennent extrêmement à coeur, l’un concernant la conservation de l’intégrité de la doctrine catholique, l’autre le zèle pour la formation et la sanctification du clergé. Nous avons, en effet, traité longuement de ces sujets dans l’Encyclique Humani Generis et dans l’Exhortation Menti Nostrae.

Le Saint-Père félicite les evêques d’être si étroitement unis au Siège de Rome :

Cependant, c’est Notre ardent désir en cette réunion, si imposante et vraiment unique, de dire combien Notre coeur est

11 Encyclique Humani Generis, 12 août 1950, p. 295.

12 Exhortation Menti nostree, 15 septembre 1950, p. 394.

ému de reconnaissance en voyant les évêques du monde entier s’acquitter de leur office de telle manière, que s’attachant fidèlement au successeur de saint Pierre, ils font preuve d’une conscience admirable, d’une vigilance active de la religion et d’une énergique volonté d’action.

Etant donné cette union compacte de l’Episcopat : l’Eglise n’a rien à craindre des assauts livrés par ses ennemis :

Que s’élèvent donc les vagues écumantes et continuellement renouvelées de la tempête qui, soit de l’intérieur, soit de l’extérieur, sévit contre l’Eglise, leurs efforts se briseront contre cette inébranlable volonté d’unité dont Nous avons parlé et que le divin Rédempteur, dans sa dernière prière sacerdotale13, a recommandée, pour ne pas parler de la promesse du Christ dans laquelle il a affirmé lui-même que les portes de l’Enfer ne prévaudraient pas contre l’Eglise 14.

L’âme remplie de consolation et d’une sainte joie, à vous tous, Vénérables Frères, qui êtes ici maintenant, et à tous vos collègues répandus dans l’univers, ainsi qu’aux prêtres et aux fidèles confiés à vos soins, de tout coeur et volontiers, Nous accordons la Bénédiction apostolique.

13 Jean, 17, 13-21.

14 Matth., 16, 18.

Au cours de l’audience générale du samedi 4 novembre, 25.000 professeurs et élèves de l’enseignement moyen italien étaient présents. Ceux-ci offrirent au Saint-Père une « cathedra », symbole du magistère enseignant et des milliers d’exemplaires de l’Evangile destinés à être distribués dans les pays de mission.

S’adressant à cette foule, le Pape dit :

Emu plus que Nous ne pourrions le dire, chers fils et filles, qui représentez ici l’Ecole Secondaire, professeurs et élèves. Nous accueillons avec joie vos personnes et les dons que vous venez Nous offrir. Ces dons, sans parler de leur valeur artistique, sont comme la traduction à la fois matérielle et spirituelle des pensées que Nous avons développées devant vous, à l’occasion de votre Congrès de l’année dernière 2 : la Cathedra, don des professeurs ; le « livret missionnaire », don des élèves. C’est vraiment la réponse filiale à Nos paternelles exhortations, et comme leur écho prolongé transmis aux générations futures.

Une cathedra ! Une chaire de Maître : Cathedra docentis ! Le Magistère, comme Nous disions alors, n’est-il pas la première charge de Notre Siège apostolique ? Vous nous offrez une chaire, en en soulignant la signification symbolique avec les figures, — personnages historiques et allégoriques —, qu’y a sculptées le ciseau de l’artiste s. Sur cette chaire pontificale, sur

D’après le texte italien de VOsservatore Romano des 6 et 7 novembre 1950.

Le 6 septembre 1949, Pie XII prononçait un discours à l’adresse des membres de l’Union catholique italienne des Professeurs de l’enseignement secondaire (cf. Documents Pontificaux 1949, p. 358).

Cette cathedra est une oeuvre d’art due au sculpteur Venturino et représentant en figurines l’histoire de l’enseignement catholique depuis la venue du Christ jusqu’à nos jours

Pie XII 1950 – CONSTITUTION APOSTOLIQUE MUNIFICENTISSIMUS DEUS DÉFINISSANT LE DOGME DE L’ASSOMPTION

Pie XII 1950 – DISCOURS AUX ÉVÊQUES VENUS A ROME POUR LA DÉFINITION DU DOGME DE L’ASSOMPTION

 

 

 

 

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APPARITIONS DE LA VIERGE MARIE, MARIOLOGIE, RENE LAURENTIN (1917-2019), VIERGE MARIE

-René Laurentin (1917-2017), spécialiste de la Vierge

 

René Laurentin

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L’abbé René Laurentin, né le 19 octobre 1917 à Tours (Indre-et-Loire) et mort le 10 septembre 2017dans le 7e arrondissement de Paris, est un prêtre, théologien et exégète français, spécialiste notamment des apparitions mariales.

Il a été longtemps chroniqueur religieux au Figaro. Il a écrit de nombreux livres sur les apparitions mariales dans le monde. Il a publié plus d’une centaine d’ouvrages.

Ancien expert au Concile Vatican II, membre de l’Académie théologique pontificale Pontificia Academia Mariana Internationalis de Rome, professeur à l’université catholique de l’Ouest, il est « visiting professor » dans plusieurs universités d’Amérique et d’Italie.

  

Biographie

Né le 19 octobre 1917 à Tours, René Laurentin est le fils de Maurice Laurentin, architecte et de Marie Jactel. C’est le frère de la journaliste Menie Grégoire.
Il entre au séminaire des Carmes à l’Institut catholique de Paris en 1934. Il y obtient ses grades de licencié en philosophie thomiste avec Jacques Maritain en même temps que sa licence en philosophie à la Sorbonne en 1938. Il est en contact avec Henri Bergson, comme le relatent ses Mémoires.

Au terme de sa première année de théologie (1937-1938), il fait son service militaire. Officier d’infanterie pendant la guerre, il est fait prisonnier en 1940 et passe 5 ans en captivité, dont une partie dans la forteresse de Königstein. Il enseigne l’hébreu à l’université de son oflag et s’initie à la mariologie sous la direction du Père Génévois, dominicain (o.p.).

Ordonné prêtre le 8 décembre 1946, il commence à préparer ses trois thèses (ès lettres et théologie) sur la Vierge Marie en parcourant les principaux pays d’Europe (1946-1947). Le 7 juin 1952, il soutient deux thèses de doctorat sur Le Sacerdoce de la Vierge Marie (Paris, Lethielleux, 1952). Le 9 février 1953, il soutient sa thèse de théologie, présidée par Mgr Blanchet : Cum singulari prorsus laude. La même année, il publie la première édition de son Court traité sur la Vierge Marie (cinq éditions successives). Il est nommé professeur à la faculté de théologie à l’Université catholique d’Angers en 1955.

Consulteur à la commission théologique préparatoire au Concile Vatican II (1960), puis expert au Concile (1962-1965).

Journaliste professionnel, il a écrit près de 2 000 articles dont la moitié au Figaro où il est chroniqueur religieux (1963).

En 1978, il a fondé Chrétiens Magazine avec Christian Ravaz.

C’est un mariologue (études de la Vierge Marie) et un spécialiste des apparitions. Il a abondamment publié sur le cas d’Yvonne-Aimée de Malestroit (Yvonne Beauvais), sur laquelle un décret du Saint-Office avait interdit de publier. Rome l’a autorisé en 1981 à rouvrir le dossier. Il poursuit méthodiquement sa réhabilitation.

 

Critiques

Le père Laurentin s’est attiré de nombreuses critiques, notamment pour son traitement des apparitions mariales de Medjugorje. On lui reproche non seulement de manquer de discernement dès lors qu’il est persuadé d’être en présence de manifestations de la Vierge ou autres mais également de ne pas hésiter à minimiser voire à passer sous silence ou carrément falsifier des faits qui seraient de nature à invalider la réalité de ces manifestations5. Alors que dans certains de ses ouvrages, il prenait position pour des apparitions ou des révélations, l’Église a pris par la suite des positions condamnant sans ambiguïté ces manifestations, comme ce fut notamment le cas de Vassula Ryden.

 

 

Études et diplômes

Études secondaires à l’institut Sainte-Marie de Cholet ;

Licencié en philosophie scolastique Institut catholique de Paris, 1938 ;

Docteur en théologie de l’Institut catholique de Paris, 9 février 1953, « cum singulari prorsus laude » ;

Docteur ès lettres (Sorbonne de Paris, 7 juin 1952, mention très honorable).

 

Académies

Membre de l’Académie mariologique internationale des Franciscains – Rome (1955) ;

Membre de l’Académie mariologique salésienne (1988) – Théologique de Rome (1989) ;

Membre associé de l’Académie internationale Greci-Marino (Vercelli) ;

Membre de l’Académie des docteurs d’État.

 

Fonctions

Professeur à l’université catholique de l’Ouest ;

Visiting professor à l’Institut catholique de Paris, en plusieurs universités italiennes et américaines dont l’University of Dayton, Ohio et l’Institut pontifical catéchétique d’Arlington ;

Vice-président de la Société française d’études mariales (1962-1997).

 

Décorations et distinctions

L’abbé René Laurentin a reçu le Prix de la culture catholique7 le 25 octobre 1996 : « René Laurentin a exercé une profonde influence également dans la culture religieuse de l’Italie dont il parle la langue, et dans laquelle il est écouté et apprécié, tout comme d’ailleurs dans sa France natale. Il a mis son énergie de prêtre catholique au service d’un apostolat moderne, à la recherche d’une apologétique pour notre temps. Face aux attaques portées à la foi, tant par le rationalisme incrédule, que par un certain “spiritualisme” sentimental, ce chrétien s’est battu pour le caractère raisonnable du fait de croire ».

Il est également :

officier de la Légion d’honneur (2002) ;

Croix de guerre 1939-1945 (deux citations) ;

Prix de l’Académie française :

en 1954, Prix Ferrières pour sa thèse Marie, l’Église et le sacerdoce, sur examen de Paul Claudel,

en 1958, Prix Véga et Lods de Wegmann, pour Lourdes : documents authentiques,

en 1979, Prix Cardinal Grente, pour La vie de Bernadette (600 000 exemplaires),

en 1983, Prix Broquette-Gonin (littérature) pour Les Évangiles de l’Enfance) ;

Marian Award de l’University de Dayton pour son œuvre sur la Vierge (1964) ;

Prix Wlodzimierze Pietrzak (Varsovie) décerné pour l’ensemble de son œuvre (1974) ;

Prix œcuménique Sapienza (Italie) (1984) ;

Prix Magnificat pour son œuvre théologique décerné à Manille par Mme Cori Aquino (1987) ;

Plume d’or des amitiés Franco-Yougoslaves (1988) ;

Prix de culture catholique remis à Bassano di Grappa (Italie, Vénétie) (1996).

Le 30 avril 2009, Benoît XVI le promeut « monseigneur René Laurentin, prélat de sa Sainteté »

  

Œuvres du Père Laurentin

 

Le Père René Laurentin a écrit près de 160 livres.

Ouvrages de mariologie

Le titre de corédemptrice, étude historique Éditions Lethielleux (1951)

Iconographie du sacerdoce de la Vierge, Thèse secondaire de doctorat ès lettres – inédit (1952)

Marie, l’Église et le sacerdoce : I Étude historique – II Étude théologique – Éditions Lethielleux (1953)

Court traité sur la Vierge Marie – Éditions Lethielleux (1953) – Éditions François-Xavier de Guibert (2009)

Notre Dame et la messe – Éditions Desclée de Brouwer (1954)

Le mystère de la naissance virginale – Tirage privé (1955)

La question mariale – Éditions du Seuil (1963)

Marie, Mère du Seigneur – Éd. Desclée (1984)

Vie de Marie – Éditions François-Xavier de Guibert (1987)

Une année de grâce avec Marie – Éd. Fayard (1987)

Je vous salue Marie – Éd. Desclée de Brouwer (1988)

Le vœu de Louis XIII – Éditions François-Xavier de Guibert (1988)

Un avent avec Marie vers l’an 2000 – Éd. Fayard (1990)

Retour à Dieu avec Marie : de la sécularisation à la consécration – Éditions François-Xavier de Guibert (1991)

Comment la Vierge Marie leur a rendu la liberté – Éditions François-Xavier de Guibert (1991)

Magnificat : action de grâce de Marie – Éd. Desclée de Brouwer (1991) – Éditions François-Xavier de Guibert (2011)

Lire la bible avec Marie – Éditions François-Xavier de Guibert (1993)

Marie, clé du mystère chrétien – Éd. Fayard (1994)

Vie authentique de Marie – L’Œuvre Éditions (2008)

Présence de Marie histoire, spiritualité, fondements doctrinaux – Éd. Salvator (2011)

La Vierge des derniers temps – Éd. Salvator (2014)

Le Rosaire. Les Vingt Mystères revisités – Éd. du Gingko (2016)

 

Ouvrages sur les apparitions

Général

Multiplication des apparitions de la Vierge aujourd’hui. Est-ce elle ? – Éd. Fayard (1988, augmenté en 1996)

Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie, avec Patrick Sbalchiero – Éd. Fayard (2007).

Lourdes

Sens de Lourdes – Éd. Lethielleux (1955)

Lourdes : documents authentiques 7 volumes – Éd. Lethielleux (1957-1966) En collab. avec Dom B. Billet à partir du t. 2

Bernadette raconte les apparitions – Éd. Lethielleux (1958)

Lourdes, l’Église et la science – Éditions Albin Michel (1958)

Messages de Lourdes – Éditions Bonne Presse (1958)

Lourdes, histoire authentique des apparitions 6 vol. Éditions Lethielleux (1961-1964)

Lourdes, pèlerinage pour notre temps – Éd. du Chalet (1977)

Lourdes, récit authentique des apparitions, (2002)

Medjugorje

La Vierge apparaît-elle à Medjugorje ? – Éditions François-Xavier de Guibert (1984 et 1990, livre bilan augmenté)

Dernieres nouvelles de Medjugorje, série de 17 volumes – Éditions François-Xavier de Guibert (1984-1998)

Études médicales et scientifiques sur Medjugorje – Éditions François-Xavier de Guibert (1984 et 1998)

Medjugorje – Récit et chronologie des apparitions – Éditions François-Xavier de Guibert (1986)

Apparitions de la Vierge à Medjugorje, où est la vérité – Éd. du Berger (1987)

Message et pédagogie de Marie à Medjugorje. Corpus chronologique des messages – Éditions François-Xavier de Guibert (1990)

Autres

Pontmain, histoire authentique 3 vol. – Apostolat des éditions (1970)

Miracle à El Paso – Éd. Desclée de Brouwer (1981)

El Paso : le miracle continue – Éd. Desclée de Brouwer (1988)

Scottsdale: Messages du Christ et de Marie à une paroisse des États-Unis – Éditions François-Xavier de Guibert (1993)

Le secret de La Salette, avec M. Corteville – Éd. Fayard (2002)

Argentina

San Nicolas en Argentine : des apparitions assumées par l’Église – Éd. Éditions François-Xavier de Guibert (1990)

¿Se aparece la Virgen en Salta? – Éd. Bonum (2011)

Génesis de Salta – Éd. Bonum (2013)

Antecedentes de las apariciones de Salta – Éd. Mundo (2014)

Ouvrages d’exégèse et de théologie

Structure et théologie de Luc 2 tomes – Éditions Gabalda (1957)

Jésus et le Temple – Éditions Gabalda (1966)

Jésus-Christ présent – Éd. Desclée de Brouwer (1980)

Qu’est-ce-que l’Eucharistie ? – Éd. Desclée de Brouwer (1981)

Les Évangiles de l’enfance – Paris, Éditions Desclée, 630 p. (1982) –

Les Évangiles de Noël – Paris Éd. Desclée, 235 p. (1985,1999) – Ed Lethielleux (2010)

L’année sainte – Éditions François-Xavier de Guibert (1983)

Les routes de Dieu – Éditions François-Xavier de Guibert (1983)

Comment réconcilier l’exégèse et la foi – Éditions François-Xavier de Guibert (1984)

Comment prier – Éd. Desclée (1992)

Dieu existe, en voici les preuves – Éd. Brechant (1993)

Le Démon, mythe ou réalité – Éd. Fayard (1996)

Vie authentique de Jésus-Christ – Éd. Fayard (1996)

L’Esprit Saint – 1. Cet Inconnu, découvrir son expérience et sa personne – Éd. Fayard, (1997)

L’Esprit Saint – 2. Source de vie : Les beaux textes – Éd. Fayard, (1998)

Au-delà de la mort du Père, Dieu Notre Père – Éd. Fayard (1998)

Traité de la Trinité – Éd. Fayard (1999)

La Trinité, mystère et lumière – Éd. Fayard (1999)

Traité sur la Trinité. Principe, modèle et terme de tout amour – Éd. Fayard (2001)

Nouveau Diatessaron – Les quatre évangiles en un seul – Éd. Fayard (2002)

Ouvrages sur l’Église et le Concile

L’enjeu du Concile, bilan des quatre sessions et bilan général 5 vol. – Éditions du Seuil (1963 à 1966)

Enjeu et bilan du Synode 4 vol. – Éditions du Seuil (1966 à 1970)

L’Église et les juifs à Vatican II – Éditions Catermann (1967)

Nouveaux ministères et fin du clergé devant le 3e Synode (1971)

Crise et promesses d’Église aux États-Unis – Apostolat des éditions (1971)

Réorientation de l’Église après le Synode – Éd. du Seuil (1972)

Renaissance des Églises locales : Israël (1973)

L’Église a-t-elle trahi ? Verse et controverse – Dialogues avec Jean Fourastié – Éditions Beauchesne (1974)

Pentecôtisme chez les catholiques – Éditions Beauchesne (1974)

L’Évangélisation après le quatrième Synode – Éd. du Seuil (1975)

20 ans après le Concile : un synode extraordinaire – Éditions François-Xavier de Guibert (1984)

Église qui vient : Au-delà des crises – Éd. Desclée (1989)

Regards sur la société

Flashes sur l’Amérique latine – Éditions du Seuil (1966)

Dieu est-il mort ? – Apostolat des éditions (1968)

Développement et Salut – Éditions du Seuil (1969)

Nouvelles dimensions de la charité – Apostolat des éditions (1970)

Nouvelles dimensions de l’espérance – Éditions du Cerf (1972)

Flashes sur l’Extrême-Orient – Éd. du Seuil (1972)

Israël – Éd. du Seuil (1973)

Chine et christianisme – Éd. Desclée de Brouwer (1977)

Les chrétiens détonateurs des libérations à l’Est -Éditions François-Xavier de Guibert (1991)

Aveugles et voyants, Au-delà des malentendus – Éd. Salvator (2010)

Science philosophie révélation, Trois voies convergentes – Éd. Salvator (2013)

 

Vies de saints et cas de mystiques

Bernadette Soubirous

Logia de Bernadette 3 vol. – Apostolat des éditions (1971)

Bernadette vous parle 2 tomes – Apostolat des éditions (1972)

Visage de Bernadette 2 volumes – Éd. Letheilleux (1978)

Vie de Bernadette – Éd. DDB : Livre de poche – Livre Cadeau – Livre pour jeunes (1978 et 1979),

Petite vie de Bernadette – Éd. Desclée de Brouwer (1987)

Thérèse de Lisieux

Thérèse de Lisieux : Mythe et réalité – Éditions Beauchesne (1972)

Thérèse de Lisieux : Verse et controverse – Dialogues avec J.F. Six – Éditions Beauchesne (1973)

Catherine Labouré

Catherine Labouré et la médaille miraculeuse. Documents authentiques – Éd. Letheilleux (1976)

Procès de Catherine Labouré. Documents authentiques – Éd. Letheilleux (1978)

Vie authentique de Catherine Labouré 2 volumes – Éd. DDB – Livre de poche racontée à tous (1980 et 1981)

Petite vie de Catherine Labouré – Éd. Desclée de Brouwer (1988)

Alphonse de Ratisbonne

Alphonse de Ratisbonne : vie authentique – 1. La jeunesse 2 volumes – Éditions François-Xavier de Guibert (1980)

Alphonse de Ratisbonne : vie authentique – 2. L’apparition à Alphonse de Ratisbonne 2 volumes – Éditions François-Xavier de Guibert (1993)

Mère Yvonne-Aimée de Malestroit

Un amour extraordinaire : Yvonne-Aimée de Malestroit – Éditions François-Xavier de Guibert (1985)

Prédictions de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit : cas unique de vérification scientifique – Éditions François-Xavier de Guibert (1987)

Écrits spirituels de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit – Éditions François-Xavier de Guibert (1987)

Yvonne-Aimée : priorité aux pauvres en zone rouge et dans la Résistance – Éditions François-Xavier de Guibert (1988)

Stigmates de Mère Yvonne-Aimée – Éditions François-Xavier de Guibert (1988)

Formation spirituelle et discernement chez Mère Yvonne-Aimée de Malestroit – Éditions François-Xavier de Guibert (1990)

Bilocations de Mère Yvonne-Aimée – Éditions François-Xavier de Guibert (1990)

L’amour plus fort que la souffrance. Dossier médical d’Yvonne-Aimée, en collaboration avec le Docteur Patrick Mahéo – Éditions François-Xavier de Guibert (1993)

Biographie de sœur Yvonne-Aimée : 1. La sainte enfance – Éditions François-Xavier de Guibert (1998)

Biographie de sœur Yvonne-Aimée : 2. L’essor mystique – Éditions François-Xavier de Guibert (1999)

Biographie de sœur Yvonne-Aimée : 3. Premiers pas dans la vie religieuse et mort manquée – Éditions François-Xavier de Guibert (2000)

Biographie de sœur Yvonne-Aimée : 4. La grande épreuve et les gloires – Éditions François-Xavier de Guibert (2001)

Grignon de Montfort

Dieu est ma seule tendresse : Grignon de Montfort – Éditions François-Xavier de Guibert (1994) avec édition critique du secret (1996)

Petite vie de Grignon de Montfort – Éd. Desclée de Brouwer (1996)

Vassula Ryden

Quand Dieu fait signe. Réponse aux objections contre Vassula – Éditions François-Xavier de Guibert (1993)

Qui est Vassula ? – Éditions François-Xavier de Guibert (1995)

Autres

Petite vie de saint Pierre – Éd. Desclée de Brouwer (1992)

Petite vie de Jean-Baptiste – Éd. Desclée de Brouwer (1993)

Petite vie de Marie-Louis Trichet – Éd. Desclée de Brouwer (1993)

La passion de Madame R. Édition du journal d’une mystique – Éd. Plon (1993)

Marie Deluil-Martiny – Précurseur et martyre – Béatifiée par Jean-Paul II – Éd. Fayard (2003)

La vie de Marie d’après les révélations des mystiques : Que faut-il en penser ?, avec François-Michel Debroise – Presses de la Renaissance (2011)

Maria Valtorta

Dictionnaire des personnages de l’Évangile, selon Maria Valtorta, avec François-Michel Debroise et Jean-François Lavère – Éd. Salvator (2012)

Divers

Une centaine d’articles parus dans diverses revues théologiques : Nouvelle revue théologique – Revue des sources philosophiques et théologiques – Concilium – Vie spirituelle – Éphémérides mariologicae – Marianum etc.

Articles de dictionnaire dans : Catholicisme – dictionnaire des religions – Marienlexicon etc.

Plusieurs centaines d’articles dans Le Figaro et une douzaine dans Le Figaro Magazine – Ouest-France – Avvenire – Chrétiens Magazine

25 préfaces à divers ouvrages, dont le Tome 3 de Maria (1954) et le Dictionnaire de l’extraordinaire – Éd Fayard (2002)

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Source : Wikipédia

8 SEPTEMBRE, FETE LITURGIQUE, NATIVITE DE LA VIERGE MARIE, VIERGE MARIE

Nativité de la Vierge Marie

Fête de la Nativité de la Vierge Marie

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Chaque 8 septembre, l’Église catholique célèbre la naissance de la Vierge Marie. Depuis le concile d’Éphèse en 431, le culte marial s’est développé dans l’Église malgré l’absence de référence à la vie de la Sainte Vierge dans les textes saints. La fête de sa Nativité est particulièrement célébrée.

S’il y a bien une fête pour laquelle les églises occidentales et orientales se sont mises d’accord sur la date… c’est celle de la Nativité de la Vierge. Et même si les textes ne sont pas très nombreux sur la vie de la Sainte Vierge, on ne dénombre pas moins de 13 fêtes mariales tout au long de l’année liturgique. Les plus importantes sont la Présentation au temple le 2 février, l’Annonciation le 25 mars, l’Assomption le 15 août, et la Nativité le 8 septembre. Cette dernière est l’une des fêtes les plus anciennes de l’Église, en particulier en Orient. Elle figure au calendrier liturgique sans revêtir maintenant la solennité qui était la sienne à ses origines.

 

L’origine de la Nativité

On ne connaît ni le lieu ni de la date de naissance de la Vierge Marie. Mais depuis le début du Ve siècle, on vénère près de la piscine de Bethesda, porte des Lions, à Jérusalem, le lieu où elle serait née. En effet, la tradition orientale y fixe la maison d’Anne et Joachim, parents de Marie, au niveau de l’église Sainte-Anne de Jérusalem dont la dédicace a eu lieu un 8 septembre. La fête de la Nativité de Marie est l’occasion de célébrer celle qui a eu le courage de dire oui, sans conditions, à Dieu.

 

Les traditions de la Nativité

Dans certaines régions françaises comme la Corse, le 8 septembre prend un relief particulier. Dans l’Île de beauté, où la majorité des églises sont dédiées à la Vierge, le 15 août est déjà l’équivalent d’une fête nationale, mais le 8 septembre est aussi fêté avec beaucoup d’éclat. À Lyon, on célèbre le vœu des échevins fait en 1643, qui avaient promis de monter à Fourvière chaque 8 septembre pour offrir au sanctuaire, au cours d’une messe, un écu d’or et sept livres de cire blanche. Chaque année, une messe réunit le maire de Lyon, les élus et de nombreux lyonnais. L’archevêque, depuis le balcon de la basilique, bénit la ville, rappelant ainsi la consécration de la ville à la Vierge Marie.

 

Comment a été conçue la Vierge Marie ?

Réponse dans les écrits apocryphes

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L’Église catholique célèbre la naissance de la Vierge Marie le 8 septembre. Depuis le dogme de l’Immaculée Conception proclamé en 1854 par le pape Pie IX, l’Église affirme qu’elle a été conçue sans péché. Mais finalement, qui sont les parents de Marie ? 

« La Bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel ». (Dogme de l’Immaculée Conception).

Rien dans les Évangiles n’évoque les origines familiales de la Vierge : on n’y découvre ni le nom de ses parents ni la manière dont elle fut conçue. Pour en connaître davantage sur sa vie, il faut se tourner vers l’Évangile apocryphe de Jacques (IIe après J.-C.), intitulé Nativité de Marie. Révélation de Jacques.

Ses parents se nomment Anne et Joachim. Le père de Marie, très pieux, est un homme riche et extrêmement généreux. Avec Anne, ils forment un couple heureux. Seule ombre au tableau : ils n’arrivent pas à concevoir d’enfants. Un jour, alors que Joachim se rend au temple de Jérusalem pour déposer des offrandes à l’occasion d’une fête religieuse, le Grand Prêtre lui refuse l’accès. Son infertilité est le signe qu’il est sous la malédiction de la Loi. Accablé de chagrin et couvert de honte, Joachim décide de se retirer dans le désert.

« Alors, accablé de tristesse, Joachim ne reparut pas devant sa femme, et il se rendit dans le désert ; il y planta sa tente et, quarante jours et quarante nuits, il jeûna, se disant : “Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m’ait visité. La prière sera ma nourriture et ma boisson” ».

Un jour, Anne et Joachim reçoivent, chacun, la visite d’un ange leur annonçant la venue prochaine d’un enfant. Heureux, Joachim quitte le désert et se précipite aux portes de Jérusalem. De même, Anne, qui a reçu la nouvelle, court à sa rencontre. Arrivés à la « Porte dorée », l’une des portes de l’enceinte, il se jettent dans les bras l’un de l’autre.

« Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne l’attendait, aux portes de la ville. Dès qu’elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se suspendit à son cou et s’écria : “Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m’a comblée de bénédictions ! Voici : la veuve n’est plus veuve et la stérile a conçu !” ».

Cet épisode célèbre a été illustré par de nombreux artistes, dont l’exemple le plus fameux demeure la fresque peinte par Giotto au XIVe siècle, dans l’église de l’Arena à Padoue. Comme une immense bande-dessinée, les parois illustrent la vie d’Anne et Joachim et celle du Christ.

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ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, DOGME DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE (1er novembre 1950), MULTICENTISSIMUS DEUS (proclamation du dogme de l'Assomption ; 1950), PIE XII (pape ; 1939-1958), VIERGE MARIE

Dogme de l’Assompion : Multicentissimus Deus (Pie XII, 1950)

Il s’agit du seul dogme proclamé ex cathedra par le pape depuis le concile Vatican I et la définition du dogme de l’infaillibilité pontificale.

Le dogme consiste dans le paragraphe 45 “par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.”

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Constitution apostolique Munificentissimus Deus du 1er novembre 1950
Sur la définition du dogme de l’Assomption – Pie XII

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, l’année du très saint Jubilé mil neuf cent cinquante,
le premier novembre, en la fête de tous les Saints

A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, evêques et autres Ordinaires en paix et communion avec le Siège apostolique, ainsi qu’à tout le clergé et aux fidèles de l’univers catholique

Vénérables Frères,

Salut et Bénédiction apostolique !

1. Dans sa munificence, Dieu, qui peut tout, et dont le plan providentiel est fait de sagesse et d’amour, adoucit par un mystérieux dessein de sa pensée, les souffrances des peuples et des individus en y entremêlant des joies, afin que par des procédés divers et de diverses façons, toutes choses concourent au bien de ceux qui l’aiment [1]

2. Notre pontificat, tout comme l’époque actuelle, est accablé de multiples soucis, préoccupations et angoisses causés par les très graves calamités et les déviations de beaucoup d’hommes qui s’écartent de la vérité et de la vertu. Cependant, c’est pour Nous une grande consolation de voir des manifestations publiques et vivantes de la foi catholique, de voir la piété envers la Vierge Marie, Mère de Dieu, en plein essor, et croître chaque jour davantage, et offrir presque partout des présages d’une vie meilleure et plus sainte. Il arrive de la sorte que tandis que la Très Sainte Vierge remplit amoureusement ses fonctions de mère en faveur des âmes rachetées par le sang du Christ, les esprits et les coeurs des fils sont incités à contempler avec plus de soin ses privilèges.

3. Dieu, en effet, qui, de toute éternité, regarde la Vierge Marie avec une toute particulière complaisance « dès que vint la plénitude des temps [2] », réalisa le dessein de sa Providence de façon que les privilèges et les prérogatives dont il l’avait comblée avec une suprême libéralité, resplendissent dans une parfaite harmonie. Que si l’Eglise a toujours reconnu cette très grande libéralité et cette parfaite harmonie des grâces, et si, au cours des siècles, elle les a chaque jour explorées plus intimement, il était cependant réservé à notre temps de mettre en plus grande lumière le privilège de l’Assomption corporelle au ciel de la Vierge Marie, Mère de Dieu.

4. Ce privilège resplendit jadis d’un nouvel éclat lorsque Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire, Pie IX, définit solennellement le Dogme de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu. Ces deux privilèges sont en effet très étroitement liés. Par sa propre mort, le Christ a vaincu le péché et la mort, et celui qui est surnaturellement régénéré par le baptême triomphe par le même Christ du péché et de la mort. Toutefois, en vertu d’une loi générale, Dieu ne veut pas accorder aux justes le plein effet de la victoire sur la mort, sinon quand viendra la fin des temps. C’est pourquoi, les corps même des justes sont dissous après la mort, et ne seront réunis, chacun à sa propre âme glorieuse qu’à la fin des temps.

5. Cependant, Dieu a voulu exempter de cette loi universelle la Bienheureuse Vierge Marie. Grâce à un privilège spécial, la Vierge Marie a vaincu le péché par son Immaculée Conception, et de ce fait, elle n’a pas été sujette à la loi de demeurer dans la corruption du tombeau, et elle ne dut pas non plus attendre jusqu’à la fin du monde la rédemption de son corps.

6. C’est pourquoi, lorsqu’il fut solennellement défini que la Vierge Marie, Mère de Dieu, a été préservée dès sa conception de la tache originelle, les fidèles furent remplis d’un plus grand espoir de voir définir le plus tôt possible, par le suprême magistère de l’Eglise, le Dogme de l’Assomption corporelle au ciel de la Vierge Marie.

7. En fait, on vit alors, non seulement les simples fidèles, mais encore les représentants des nations et des provinces ecclésiastiques, ainsi que de nombreux Pères du Concile du Vatican, postuler instamment cette définition auprès du Siège apostolique.

8. Au cours des siècles, ces pétitions et ces voeux, loin de diminuer, ne firent que croître en nombre et en instance. En effet, de pieuses croisades de prières furent organisées à cette fin ; de nombreux et éminents théologiens en firent l’objet de leurs études empressées et attentives, soit en particulier, soit dans des Athénées ou Facultés ecclésiastiques, soit d’autres Instituts destinés à l’enseignement des sciences sacrées ; des Congrès mariaux nationaux ou internationaux eurent lieu, en de nombreuses parties du monde. Ces études et ces recherches mirent en meilleure lumière le fait que, dans le dépôt de la foi chrétienne confié à l’Eglise, était également contenu le Dogme de l’Assomption au ciel de la Vierge Marie ; et généralement, il en résulta des pétitions dans lesquelles on priait instamment le Saint-Siège de définir solennellement cette vérité.9. Dans cette pieuse campagne, les fidèles se montrèrent admirablement unis à leurs évêques, lesquels adressèrent en nombre vraiment imposant des pétitions de ce genre à cette Chaire de Saint-Pierre. Aussi, au moment de Notre élévation au trône du Souverain Pontife, plusieurs milliers de ces suppliques avaient été présentées au Siège apostolique de toutes les régions de la terre et par des personnes de toutes les classes sociales : par Nos chers Fils les cardinaux du Sacré-Collège, par Nos vénérables Frères les archevêques et évêques, par les diocèses et les paroisses.

10. En conséquence, tandis que Nous adressions à Dieu de ferventes prières afin d’obtenir pour Notre âme la lumière du Saint-Esprit en vue de la décision à prendre en une si grave affaire, Nous édictâmes des règles spéciales, pour que fussent entreprises dans un effort commun, des études plus rigoureuses sur cette question et pour que, pendant ce temps, fussent rassemblées et examinées avec soin toutes les pétitions concernant l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie [3].

11. Mais comme il s’agissait d’une chose particulièrement grave et importante, Nous jugeâmes opportun de demander directement et officiellement à tous les vénérables Frères dans l’épiscopat de bien vouloir Nous exprimer ouvertement chacun son sentiment à ce sujet. C’est pourquoi, le 1er mai de l’année 1946, Nous leur adressâmes la lettre Deiparae Virginis Mariae, dans laquelle se trouvait ce qui suit : « Est-ce que vous, vénérable Frère, dans votre grande sagesse et prudence, vous pensez que l’Assomption corporelle de la Bienheureuse Vierge puisse être proposée et définie comme Dogme de foi et est-ce que vous, votre clergé et vos fidèles, vous désirez cela ? »

12. Et ceux que « l’Esprit-Saint a établis évêques pour gouverner l’Eglise de Dieu [4] » donnèrent à l’une et à l’autre question une réponse presque unanimement affirmative. Ce « singulier accord des évêques et des fidèles catholiques [5] », qui estiment que l’Assomption corporelle au ciel de la Mère de Dieu peut être définie comme un Dogme de foi, comme il nous offre l’accord de l’enseignement du magistère ordinaire de l’Eglise et de la foi concordante du peuple chrétien — que le même magistère soutient et dirige — manifeste donc par lui-même et d’une façon tout à fait certaine, et exempte de toute erreur, que ce privilège est une vérité révélée par Dieu et contenue dans le dépôt divin, confié par le Christ à son Epouse, pour qu’elle le garde fidèlement et le fasse connaître d’une façon infaillible [6], le magistère de l’Eglise, non point certes par des moyens purement humains, mais avec l’assistance de l’Esprit de vérité [7] et à cause de cela sans commettre absolument aucune erreur, remplit la mission qui lui a été confiée de conserver à travers tous les siècles, dans leur pureté et leur intégrité, les vérités révélées ; c’est pourquoi il les transmet, sans altération, sans y rien ajouter, sans y rien supprimer. « En effet, comme l’enseigne le Concile du Vatican, le Saint-Esprit ne fut pas promis aux successeurs de Saint-Pierre pour que, Lui révélant, ils enseignent une doctrine nouvelle, mais pour que, avec son assistance, ils gardent religieusement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi » [8]. C’est pourquoi, de l’accord universel, du magistère ordinaire de l’Eglise, on tire un argument certain et solide servant à établir que l’Assomption corporelle au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie — laquelle, en ce qui concerne la « glorification » céleste elle-même du corps virginal de la Mère de Dieu, ne pouvait être connue par les forces naturelles d’aucune faculté de l’âme humaine — est une vérité révélée par Dieu, et par conséquent elle doit être crue fermement et fidèlement par tous les enfants de l’Eglise. Car, ainsi que l’affirme le même Concile du Vatican, « on doit croire de foi divine et catholique toutes les choses contenues dans la parole de Dieu écrite ou transmise, et que l’Eglise propose à notre foi par son magistère ordinaire ou universel, comme des vérités révélées par Dieu [9] . »13. Des témoignages, des indices, des traces multiples de cette foi commune de l’Eglise ont apparu au cours des siècles, depuis l’antiquité, et cette même foi s’est manifestée dans une lumière plus vive de jour en jour.

14. En effet, sous la direction et la conduite de leurs pasteurs, les fidèles ont appris par la Sainte Ecriture que la Vierge Marie a mené au cours de son pèlerinage ici-bas, une vie de soucis, d’angoisses et de souffrances ; ils ont su, de plus, que s’est réalisée la prédiction du saint vieillard : qu’un glaive acéré lui transperça le coeur au pied de la croix de son divin Fils, notre Rédempteur. Les fidèles ont également admis sans peine que l’admirable Mère de Dieu, à l’imitation de son Fils unique, quitta cette vie. Mais cela ne les a aucunement empêchés de croire et de professer ouvertement que son corps si saint ne fut jamais soumis à la corruption du tombeau et que cet auguste tabernacle du Verbe divin ne fût pas réduit en pourriture et en poussière. Bien plus, éclairés par la grâce divine, et poussés par leur piété envers Celle qui est la Mère de Dieu et aussi notre très douce Mère, ils ont contemplé dans une lumière chaque jour plus vive l’admirable harmonie et concordance des privilèges que Dieu, dans son infinie Providence, a accordés à cette sainte associée de notre Rédempteur, privilèges si élevés que nulle autre créature, en dehors de Marie, sauf la nature humaine de Jésus-Christ, n’atteignit jamais pareil sommet.

15. Cette même croyance est clairement attestée par d’innombrables églises consacrées à Dieu en l’honneur de la Vierge Marie dans son Assomption ; elle l’est aussi par les images sacrées exposées dans les églises à la vénération des fidèles et représentant aux yeux de tous ce singulier triomphe de la Bienheureuse Vierge. En outre, des villes, des diocèses, des régions furent placés sous la protection et le patronage spéciaux de la Vierge, Mère de Dieu, élevée au ciel. Pareillement, des Instituts religieux approuvés par l’Eglise furent créés, qui portent le nom de ce privilège de Marie. On ne doit pas non plus passer sous silence que dans le rosaire mariai, dont le Siège apostolique recommande tant la récitation, est proposé à la méditation un mystère ayant trait, comme chacun sait, à l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge.

16. Mais cette foi des pasteurs de l’Eglise et des fidèles s’est manifestée d’une façon universelle et plus éclatante lorsque, depuis les temps anciens, en Orient, comme en Occident, furent célébrées des solennités liturgiques en l’honneur de l’Assomption. Les Pères et Docteurs de l’Eglise, en effet, n’ont jamais manqué de puiser là un lumineux argument, attendu que la liturgie sacrée, ainsi que tous le savent, « étant aussi une profession des vérités célestes, soumises au magistère suprême de l’Eglise, elle peut fournir des preuves et des témoignages de grande valeur pour décider de quelque point particulier de la doctrine chrétienne [10] ».

17. Dans les livres liturgiques où l’on trouve la fête, soit de la Dormition, soit de l’Assomption de Sainte Marie, il y a des expressions en quelque sorte concordantes pour attester que lorsque la Sainte Vierge, Mère de Dieu, quitta cet exil pour les demeures éternelles, il arriva pour son corps sacré, par une disposition de la divine Providence, ce qui était en harmonie avec sa dignité de Mère du Verbe incarné, et avec les autres privilèges qui lui avaient été accordés. Ces expressions, pour en donner un remarquable exemple, se lisent dans le Sacramentaire, que Notre prédécesseur d’immortelle mémoire, Adrien I, envoya à l’empereur Charlemagne. Il y est dit, en effet : « Vénérable est pour nous, Seigneur, la fête de ce jour, en lequel la Sainte Mère de Dieu subit la mort temporelle, mais cependant ne put être humiliée par les liens de la mort, elle qui engendra de sa chair, ton Fils, Notre-Seigneur [11]. »18. Ce qu’indique dans sa sobriété verbale habituelle la liturgie romaine, est exprimé avec plus de détails et de clarté dans les autres livres de l’ancienne liturgie, tant orientale qu’occidentale. Le Sacramentaire Gallican, pour apporter un seul exemple, qualifie ce privilège de Marie d’« inexplicable mystère, d’autant plus admirable qu’il est exceptionnel parmi les hommes, par l’Assomption de la Vierge ». Et, dans la liturgie byzantine, l’Assomption corporelle de la Vierge Marie est reliée plus d’une fois, non seulement à la dignité de Mère de Dieu, mais encore à ses autres privilèges, à un titre particulier à sa maternité virginale, faveur qu’elle doit à un singulier dessein de la divine Providence : « Dieu, le Roi de l’univers, t’a accordé des choses qui dépassent la nature, car, de même qu’il te garda vierge lorsque tu enfantas, de même il préserva ton corps de la corruption du tombeau et le glorifia par une divine translation » [12]

19. Cependant, le fait que le Siège apostolique, héritier de la mission confiée au Prince des apôtres de confirmer les frères dans la foi rendit, en vertu de son autorité, de plus en plus solennelle cette fête, a porté l’esprit des fidèles à considérer chaque jour davantage la grandeur du mystère qui était commémoré. C’est pourquoi la fête de l’Assomption, du rang honorable qu’elle obtint dès le commencement parmi les autres fêtes mariales, fut élevée au rang des fêtes les plus solennelles de tout le cycle liturgique. Et Notre prédécesseur, saint Serge I, prescrivant la litanie ou procession stationale pour les quatre fêtes mariales, énumère ensemble les fêtes de la Nativité, de l’Annonciation, de la Purification et de la Dormition de la Vierge Marie [13]. Plus tard, saint Léon IV eut à coeur de faire célébrer encore avec plus de solennité la fête déjà établie sous le titre d’Assomption de la Bienheureuse Mère de Dieu ; à cet effet, il en institua la vigile, puis il prescrivit des prières pour son octave ; et lui-même, heureux de profiter de cette occasion, entouré d’une immense foule, tint à participer à la célébration des solennités [14]. Enfin, on déduit très clairement l’obligation, remontant à une date ancienne, de jeûner la veille de cette solennité, des déclarations de Notre prédécesseur saint Nicolas Ier, au sujet des principaux jeûnes « que la Sainte Eglise romaine reçut en tradition et qu’elle observe encore [15] ».

20. Vu que la liturgie catholique n’engendre pas la foi catholique, mais plutôt en est la conséquence, et que, comme les fruits d’un arbre, en proviennent les rites du culte sacré, les Saints Pères et les grands Docteurs, à cause de cela même, n’y puisèrent pas cette doctrine comme d’une source première dans les homélies et discours qu’ils adressaient au peuple ; mais ils en parlaient plutôt comme d’une chose déjà connue des fidèles et par eux acceptée. Ils l’ont mise en plus grande lumière. Ils en ont exposé le fait et le sens par des raisons plus profondes, mettant surtout en un jour plus lumineux ce que les livres liturgiques très souvent touchaient brièvement et succinctement : à savoir que cette fête rappelait non seulement qu’il n’y eut aucune corruption du corps inanimé de la Bienheureuse Vierge Marie, mais encore son triomphe remporté sur la mort et sa « glorification » céleste, à l’exemple de son Fils unique Jésus-Christ.

21. C’est pourquoi saint Jean Damascène, qui demeure parmi tant d’autres, le héraut par excellence de cette vérité dans la tradition, lorsqu’il compare l’Assomption corporelle de l’auguste Mère de Dieu avec tous les autres dons et privilèges, proclame avec une puissante éloquence : « Il fallait que Celle qui avait conservé sans tache sa virginité dans l’enfantement, conservât son corps sans corruption même après la mort. Il fallait que Celle qui avait porté le Créateur comme enfant dans son sein, demeurât dans les divins tabernacles. Il fallait que l’Epouse que le Père s’était unie habitât le séjour du ciel. Il fallait que Celle qui avait vu son Fils sur la croix et avait échappé au glaive de douleur en le mettant au monde, l’avait reçu en son sein, le contemplât encore siégeant avec son Père. Il fallait que la Mère de Dieu possédât tout ce qui appartient à son Fils et qu’elle fût honorée par toute créature comme la Mère de Dieu et sa servante [16] ».

22. Cette voix de saint Jean Damascène répond fidèlement à celle des autres qui soutiennent la même doctrine. Car on trouve des déclarations non moins claires et exactes dans tous ces discours que les Pères de la même époque ou de la précédente ont tenus généralement à l’occasion de cette fête. C’est pourquoi, pour en venir à d’autres exemples, saint Germain de Constantinople estimait que l’incorruption du corps de la Vierge Marie, Mère de Dieu, et son élévation au ciel, non seulement convenaient à sa maternité divine, mais encore à la sainteté particulière de son corps virginal : « Tu apparais, comme il est écrit, en splendeur ; et ton corps virginal est entièrement saint, entièrement chaste, entièrement la demeure de Dieu ; de sorte que, de ce fait, il est ensuite exempt de tomber en poussière ; transformé dans son humanité en une sublime vie d’incorruptibilité, vivant lui-même et très glorieux, intact, et participant de la vie parfaite [17] ». Un autre écrivain des plus anciens déclare : « A titre donc de très glorieuse Mère du Christ, le Sauveur notre Dieu, Auteur de la vie et de l’immortalité, elle est vivifiée, dans une incorruptibilité éternelle de son corps, par Celui-là même qui l’a ressuscitée du tombeau et l’a élevée jusqu’à lui, comme lui seul la connaît  [18] ».

23. Comme cette fête liturgique se célébrait chaque jour en plus de lieux et avec une piété plus considérable, les pasteurs de l’Eglise et les orateurs sacrés, d’un nombre toujours croissant, estimèrent qu’il était de leur devoir d’exposer clairement et ouvertement le mystère que rappelle cette fête et de déclarer qu’il est très lié avec les autres vérités révélées.24. Parmi les théologiens scolastiques, il n’en manqua pas qui, voulant approfondir les vérités divinement révélées et désirant offrir cet accord parfait qui se trouve entre la raison théologique et la foi catholique, pensèrent qu’il fallait reconnaître que ce privilège de l’Assomption de la Vierge Marie s’accorde d’une façon admirable avec les vérités divines que nous livrent les Saintes Lettres.

25. En partant de là par voie de raisonnement, ils ont présenté des arguments variés qui éclairent ce privilège marial, et le premier, pour ainsi dire, de ces arguments, déclaraient-ils, est le fait que Jésus-Christ, à cause de sa piété à l’égard de sa Mère, a voulu l’élever au ciel. Et la force de ces arguments s’appuyait sur l’incomparable dignité de sa maternité divine et de toutes les grâces qui en découlent, à savoir : sa sainteté insigne qui surpasse la sainteté de tous les hommes et des anges : l’intime union de la Mère avec son Fils, et ce sentiment d’amour privilégié dont le Fils honorait sa très digne Mère.

26. Souvent ainsi, des théologiens et des orateurs sacrés se présentent qui, suivant les traces des Saints Pères [19], pour illustrer leur foi en l’Assomption, usant d’une certaine liberté, rapportent des événements et des paroles qu’ils empruntent aux Saintes Lettres. Pour Nous en tenir à quelques citations qui sont sur ce sujet le plus souvent employées, il y a des orateurs qui citent la parole du psalmiste : « Lève-toi, Seigneur, au lieu de ton repos, toi et l’arche de ta majesté [20] ; et ils envisagent l’« Arche d’alliance » faite de bois incorruptible et placée dans le temple de Dieu, comme une image du corps très pur de la Vierge Marie, gardé exempt de toute corruption du sépulcre et élevé à une telle gloire dans le ciel. De la même façon, en traitant de cette question, ils décrivent la Reine entrant triomphalement dans la cour des cieux et siégeant à la droite du divin Rédempteur [21] ; ainsi ils présentent l’Epouse du Cantique « qui monte du désert comme une colonne de fumée exhalant la myrrhe et l’encens » pour ceindre la couronne [22]. Ils proposent ce qui précède comme des images de cette Reine du ciel, cette Epouse céleste qui, en union avec son Epoux divin, est élevée à la cour des cieux.

27. Et de plus, les Docteurs scolastiques, non seulement dans les diverses figures de l’Ancien Testament, mais aussi dans cette Femme revêtue de soleil que contempla l’Apôtre Jean dans l’île de Patmos [23], ont vu l’indication de l’Assomption de la Vierge Mère de Dieu. De même, des passages du Nouveau Testament, ils ont proposé avec un soin particulier à leur considération ces mots : « Salut pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes [24], alors qu’ils voyaient dans le mystère de l’Assomption le complément de cette surabondante grâce accordée à la Bienheureuse Vierge, et cette bénédiction unique en opposition avec la malédiction d’Eve.

28. C’est pourquoi, au début de la théologie scolastique, cet homme très pieux, Amédée, évêque de Lausanne, affirme que la chair de la Vierge Marie est restée sans corruption — car on ne peut croire que son corps ait vu la corruption — puisqu’il a, en effet, été uni de nouveau à son âme et conjointement avec elle, dans la cour céleste, couronné de la gloire d’En-Haut. « Elle était, en effet, pleine de grâce et bénie entre les femmes [25]. » Seule, elle a mérité de concevoir le vrai Dieu de vrai Dieu, que vierge elle a mis au monde, que vierge, elle a allaité, le pressant sur son sein, et qu’elle a servi en toute chose d’une sainte obéissance [26].

29. Parmi les saints écrivains qui, à cette époque, se sont servis des textes et de diverses similitudes ou analogies des Saintes Ecritures pour illustrer ou confirmer la doctrine de l’Assomption, objet d’une pieuse croyance, le Docteur évangélique saint Antoine de Padoue occupe une place à part. C’est lui, en effet, qui, le jour de l’Assomption, expliquait ces paroles du Prophète Isaïe : « Je glorifierai le lieu où reposent mes pieds [27] », affirma d’une façon certaine que le divin Rédempteur a orné de la plus haute gloire sa Mère très chère, dont il avait pris sa chair d’homme. « Par là, vous savez clairement, dit-il, que la Bienheureuse Vierge dans son corps, où fut le lieu où reposèrent les pieds du Seigneur, a été élevée (au ciel). » C’est pourquoi le Psalmiste sacré écrit : « Lève-toi, Seigneur, au lieu de ton repos, toi, et l’arche de ta majesté. » De la même façon, comme il l’affirme lui-même, que Jésus-Christ est ressuscité en triomphant de la mort, et monté à la droite de son Père, ainsi pareillement « est ressuscitée aussi l’Arche de sa sanctification lorsqu’en ce jour, la Vierge Mère a été élevée dans la demeure céleste [28] ».

30. Au moyen âge, alors que la théologie scolastique était dans tout son éclat, saint Albert le Grand, après avoir réuni, pour en établir la preuve, divers arguments fondés sur les Saintes Lettres, les textes de la tradition ancienne et enfin la liturgie et le raisonnement théologique, comme on dit, conclut ainsi : « Pour toutes ces raisons, et ces témoignages qui font autorité, il est clair que la Bienheureuse Mère de Dieu a été élevée en âme et en corps au-dessus des choeurs des anges. Et nous croyons que cela est vrai de toutes façons [29] ». Dans le sermon qu’il prononça le saint jour de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie, en expliquant ces paroles de l’Ange la saluant : « Ave, gratia plena »…, le Docteur universel, comparant à Eve la Très Sainte Vierge, soutient clairement et expressément qu’elle fut exempte de la quadruple malédiction qui frappa Eve [30].

31. Le Docteur angélique, à la suite de son remarquable Maître, bien qu’il n’ait jamais traité expressément la question, chaque fois cependant qu’incidemment il y touche, maintient constamment en union avec l’Eglise catholique que le corps de Marie a été élevé au ciel avec son âme [31].

32. Le Docteur séraphique, entre beaucoup d’autres, se déclare dans le même sens. Pour lui, il est tout à fait certain que Dieu, de la même façon qu’il a gardé Marie, la Très Sainte, exempte de la violation de son intégrité virginale et de sa pureté virginale, soit quand elle a conçu, soit quand elle enfanta, ainsi Dieu n’a pas permis en aucune façon que son corps fût réduit à la corruption ou réduit en cendres [32]. En interprétant ces paroles de la Sainte Ecriture et les appliquant en un certain sens accomodatice à la Bienheureuse Vierge : Quae est ista, quae ascendit de deserto, deliciis affluens, innixa super dilectum suum. « Quelle est celle-ci qui monte du désert, pleine de délices, appuyée sur son bien-aimé [33] ? », il raisonne ainsi : « De là encore, il résulte qu’elle s’y trouve en corps… Car, en effet, sa béatitude ne serait pas consommée si elle ne s’y trouvait pas en personne, mais c’est l’union (du corps et de l’âme) qui la constitue ; il est évident qu’en tant que suivant cette union, c’est-à-dire en son corps et en son âme, elle s’y trouve : sans quoi, elle n’aurait pas la jouissance béatifique achevée [34]. »

33. A une époque plus tardive de la théologie scolastique, soit au XVe siècle, saint Bernardin de Sienne, reprenant d’une manière générale, et étudiant de nouveau avec soin tout ce que les théologiens du Moyen Age avaient déclaré et discuté sur cette question, ne se contenta pas de rapporter les principales considérations que les docteurs du temps passé avaient proposées, mais il en ajouta de nouvelles. A savoir la ressemblance de la divine Mère et de son divin Fils pour ce qui touche à la noblesse et à la dignité de l’âme et du corps — à cause de cette ressemblance, nous ne pouvons pas même penser que la Reine du Ciel soit séparée du Roi du Ciel — demande que Marie « ne puisse se trouver que là où est le Christ [35] », et, d’autre part, il est conforme à la raison et convenable que de même que pour l’homme, ainsi le corps et l’âme de la femme arrivent à la gloire éternelle dans le ciel ; et, enfin, puisque l’Eglise n’a jamais recherché les restes de la Bienheureuse Vierge et ne les a jamais proposés au culte du peuple. Il y a là un argument qu’on peut offrir, « comme une preuve sensible [36] ».

34. En des temps plus récents, ces déclarations des Saints Pères et Docteurs que nous avons rapportées furent d’un usage commun. Embrassant cette unanimité des chrétiens dans la tradition des siècles antérieurs, saint Robert Bellarmin s’écrie : « Et qui pourrait croire, je vous prie, que l’arche de la sainteté, la demeure du Verbe, le temple de l’Esprit-Saint se soit écroulé ? Mon âme répugne franchement même à penser que cette chair virginale qui a engendré Dieu, lui a donné le jour, l’a allaité, l’a porté, ou soit tombée en cendres ou ait été livrée à la pâture des vers [37]. »

35. De la même façon, saint François de Sales, après avoir soutenu qu’on ne peut mettre en doute que Jésus-Christ a accompli à la perfection le commandement divin qui prescrit aux fils d’honorer leurs parents, se pose cette question : « Qui est l’enfant qui ne ressuscitast sa bonne mère s’il pouvoit et ne la mist en paradis après qu’elle seroit décédée [38] ? » Et saint Alphonse écrit : « Jésus n’a pas voulu que le corps de Marie se corrompît après sa mort, car c’eût été un objet de honte pour lui si sa chair virginale était tombée en pourriture, cette chair dont lui-même avait pris la sienne [39]. »

36. Mais comme ce mystère, objet de la célébration de cette fête, se trouvait déjà mis en lumière, il ne manqua pas de Docteurs qui, plutôt que de se servir des arguments théologiques qui démontrent qu’il convient absolument et qu’il est logique de croire à l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie en son corps, tournaient leur esprit et leur coeur à la foi de l’Eglise, Epouse mystique du Christ qui n’a ni tache ni ride [40], et que l’Apôtre appelle « la colonne et la base de la vérité [41] » ; appuyés sur cette foi commune, ils pensaient que l’opinion contraire était téméraire pour ne pas dire hérétique. Du moins, saint Pierre Canisius, comme tant d’autres, après avoir déclaré que le mot même d’Assomption signifie « glorification » non seulement de l’âme, mais encore du corps, et que l’Eglise, déjà au cours de nombreux siècles, vénère et célèbre avec solennité ce mystère mariai de l’Assomption, remarque ce qui suit : « Ce sentiment prévaut déjà depuis des siècles ; il est ancré au coeur des pieux fidèles et confié ainsi à toute l’Eglise. Par conséquent, on ne doit pas supporter d’entendre ceux qui nient que le corps de Marie a été élevé dans le ciel, mais on doit les siffler, à l’occasion, comme des gens trop entêtés, et par ailleurs téméraires, et comme des gens imbus d’un esprit plus hérétique que catholique [42] ».

37. A la même époque, le Docteur excellent qui professait cette règle en marialogie que « les mystères de grâce opérés par Dieu dans la Vierge ne doivent pas se mesurer aux règles ordinaires, mais à la toute-puissance divine, étant supposée la convenance de ce dont il s’agit et que cela ne soit pas en contradiction avec les Saintes Ecritures ou inconciliable avec le texte sacré [43] », en ce qui concerne le mystère de l’Assomption, fort de la foi commune de l’Eglise tout entière, il pouvait conclure que ce mystère doit être cru avec la même fermeté d’âme que l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, et déjà il affirmait que ces vérités pouvaient être définies.

38. Tous ces arguments et considérations des Saints Pères et des théologiens s’appuient sur les Saintes Lettres comme sur leur premier fondement. Celles-ci nous proposent, comme sous nos yeux, l’auguste Mère de Dieu dans l’union la plus étroite avec son divin Fils et partageant toujours son sort. C’est pourquoi il est impossible de considérer Celle qui a conçu le Christ, l’a mis au monde, nourri de son lait, porté dans ses bras et serré sur son sein, séparée de lui, après cette vie terrestre, sinon dans son âme, du moins dans son corps. Puisque notre Rédempteur est le Fils de Marie, il ne pouvait certainement pas, lui qui fut l’observateur de la loi divine le plus parfait, ne pas honorer, avec son Père éternel, sa Mère très aimée. Or, il pouvait la parer d’un si grand honneur qu’il la garderait exempte de la corruption du tombeau. Il faut donc croire que c’est ce qu’il a fait en réalité.

39. Il faut surtout se souvenir que, depuis le IIe siècle, les Saints Pères proposent la Vierge Marie comme une Eve nouvelle en face du nouvel Adam et, si elle lui est soumise, elle lui est étroitement unie dans cette lutte contre l’ennemi infernal, lutte qui devait, ainsi que l’annonçait le protévangile [44], aboutir à une complète victoire sur le péché et la mort, qui sont toujours liés l’un à l’autre dans les écrits de l’Apôtre des Nations [45]. C’est pourquoi, de même que la glorieuse Résurrection du Christ fut la partie essentielle de cette victoire et comme son suprême trophée, ainsi le combat commun de la Bienheureuse Vierge et de son Fils devait se terminer par la « glorification » de son corps virginal ; car, comme le dit ce même Apôtre, « lorsque ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite : la mort a été engloutie dans sa victoire [46] ».

40. C’est pourquoi l’auguste Mère de Dieu, unie de toute éternité à Jésus-Christ, d’une manière mystérieuse, par « un même et unique décret [47] » de prédestination, immaculée dans sa conception, Vierge très pure dans sa divine Maternité, généreuse associée du Divin Rédempteur qui remporta un complet triomphe du péché et de ses suites, a enfin obtenu comme suprême couronnement de ses privilèges d’être gardée intacte de la corruption du sépulcre, en sorte que, comme son Fils, déjà auparavant, après sa victoire sur la mort, elle fut élevée dans son corps et dans son âme, à la gloire suprême du ciel où Reine, elle resplendirait à la droite de son fils, Roi immortel des siècles. [48] ».

41. Alors, puisque l’Eglise universelle, en laquelle vit l’Esprit de vérité, cet Esprit qui la dirige infailliblement pour parfaire la connaissance des vérités révélées, a manifesté de multiples façons sa foi au cours des siècles, et puisque les évêques du monde entier, d’un sentiment presque unanime, demandent que soit définie, comme dogme de foi divine et catholique, la vérité de l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie — vérité qui s’appuie sur les Saintes Lettres et ancrée profondément dans l’âme des fidèles, approuvée depuis la plus haute antiquité par le culte de l’Eglise, en parfait accord avec les autres vérités révélées, démontrée et expliquée par l’étude, la science et la sagesse des théologiens, — nous pensons que le moment, fixé par le dessein de Dieu dans sa Providence, est maintenant arrivé où nous devons déclarer solennellement cet insigne privilège de la Vierge Marie.

42. Nous, qui avons confié Notre pontificat au patronage particulier de la Très Sainte Vierge, vers qui Nous Nous réfugions en tant de vicissitudes des plus tristes réalités, Nous qui avons consacré à son Coeur Immaculé le genre humain tout entier en une cérémonie publique, et qui avons éprouvé souvent sa très puissante assistance, Nous avons une entière confiance que cette proclamation et définition solennelle de son Assomption apportera un profit non négligeable à la société humaine, car elle tournera à la gloire de la Très Sainte Trinité à laquelle la Vierge Mère de Dieu est unie par des liens tout particuliers. Il faut, en effet, espérer que tous les fidèles seront portés à une piété plus grande envers leur céleste Mère ; que les âmes de tous ceux qui se glorifient du nom de chrétiens, seront poussées au désir de participer à l’unité du Corps mystique de Jésus-Christ et d’augmenter leur amour envers Celle qui, à l’égard de tous les membres de cet auguste corps, garde un coeur maternel. Et il faut également espérer que ceux qui méditent les glorieux exemples de Marie se persuaderont de plus en plus de quelle grande valeur est la vie humaine si elle est entièrement vouée à l’accomplissement de la volonté du Père céleste et au bien à procurer au prochain ; que, alors que les inventions du « matérialisme » et la corruption des moeurs qui en découle menacent de submerger l’existence de la vertu et, en excitant les guerres, de perdre les vies humaines, sera manifesté le plus clairement possible, en pleine lumière, aux yeux de tous, à quel but sublime sont destinés notre âme et notre, corps ; et enfin que la foi de l’Assomption céleste de Marie dans son corps rendra plus ferme notre foi en notre propre résurrection, et la rendra plus active.

43. Ce Nous est une très grande joie que cet événement solennel arrive, par un dessein de la Providence de Dieu, alors que l’Année Sainte suit son cours, car ainsi nous pouvons, pendant la célébration du très grand Jubilé, orner le front de la Vierge Mère de Dieu de ce brillant joyau et laisser un souvenir plus durable que l’airain de Notre piété très ardente envers la Mère de Dieu.

44. C’est pourquoi, après avoir adressé à Dieu d’incessantes et suppliantes prières, et invoqué les lumières de l’Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu Tout-Puissant, qui prodigua sa particulière bienveillance à la Vierge Marie, pour l’honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et vainqueur de la mort et du péché, pour accroître la gloire de son auguste Mère et pour la joie et l’exultation de l’Eglise tout entière, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.

45. C’est pourquoi, si quelqu’un — ce qu’à Dieu ne plaise — osait volontairement nier ou mettre en doute ce que Nous avons défini, qu’il sache qu’il a fait complètement défection dans la foi divine et catholique.

46. Et pour que Notre définition de l’Assomption au ciel de la Vierge Marie dans son corps parvienne à la connaissance de l’Eglise universelle, Nous voulons que Nos lettres apostoliques présentes demeurent pour en perpétuer la mémoire, ordonnant que les copies qui en seront faites, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés de la main d’un notaire public, et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, obtiennent foi absolument auprès de tous, comme le feraient les présentes Lettres elles-mêmes si elles étaient exhibées ou montrées.

47. Qu’il ne soit permis à qui que ce soit de détruire ou d’attaquer ou contredire, par une audacieuse témérité, cet écrit de Notre déclaration, décision et définition. Si quelqu’un avait la présomption d’y attenter, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation du Dieu Tout-Puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.

48. Donné à Rome, près de Saint-Pierre, l’année du très saint Jubilé mil neuf cent cinquante, le premier novembre, en la fete de tous les Saints, de Notre pontificat la douzième année.

Pie XII, Pape.

 

Notes

[1]Rom 8, 28.
[2] Gal 4, 4.
[3]Cf. Hentrich-Von Moos, Petitiones de Assumptione corporea B. Virginis Mariae in Caelum definienda ad S. Sedem delatae, 2 volumes, Typis Polyglottis Vaticanis, 1942.
[4] Act 20, 28.
[5]Bulle Ineffabilis Deus, Acta Pii IX, pars 1 , Vol. 1, p. 615.
[6]Concile du Vatican, Constitution Dei Filius, c. 4.
[7]Jean 14, 26.
[8]Concile du Vatican, Constitution Pastor Aeternus, c. 4.
[9]Ibid., Dei Filius, c. III.
[10]Encyclique Mediator Dei, Acta Apostolicae Sedis, XXXIX, 541.
[11]Sacramentorum Gregorianum.
[12]Menaei Totius Anni.
[13]Liber Pontificalis.
[14]Ibid.
[15]Responsa Nicolai Papae I ad Consulta Bulgarorum.
[16]S. Jean Damascène, Encomium in Dormitionem Dei Genitricis Semperque Virginis Mariae, hom. II, n. 14 ; cf. également ibid., n. 3.
[17]S. Germain de Constantinople, In sanctae Dei Genitricis Dormitionem, sermon I.
[18]Encomium in Dormitionem Sanctissimae Dominae Nostrate Deiparae Semperque Virginis Mariae, attribué à S. Modeste de Jérusalem, n. 14.
[19]Cf. S. Jean Damascène, op. cit., Hom. II, n. 11 ; et aussi l’Encomium attribué à saint Modeste.
[20]Ps. 131, 8.
[21]Ps. 44, 10 -14ff.
[22]Cant 3, 6 ; cf. 4, 8 ; 6, 9.
[23]Ap 12, 1 et seq., IV.
[24]Luc 1, 23.
[25]Luc 1, 28.
[26]Amédée de Lausanne, De Beatae Virginis Obitu, Assumptione in Caelum Exaltatione ad Filii Dexteram.
[27]Is 61,13.
[28]S. Antoine de Padoue, Sermones dominicales et in solemnitatibus, In Assumptione S. Mariae Virginis sermo.
[29]S. Albert le Grand, Mariale, q. 132.
[30]S. Albert le Grand, Sermones de Sanctis, sermon XV in Annuntiatione B. Mariae ; cf- également Mariale, q. 132.
[31]St. Thomas d’Aquin, Summa Theol., I, lla ; q. 27, a. 1 ; q. 83, a. 5, ad 8 ; Expositio Salutationis Angelicae ; In Symb. Apostolorum Expositio, a. S ; In IV Sent., d. 12, q. 1, a. 3, sol. 3 ; d. 43, q. 1, a. 3, sol. 1, 2.
[32]S. Bonaventure, De Nativitate B. Mariae Virginis, Sermon V.
[33]Cant 8, 5.
[34]S. Bonaventure, De Assumptione B. Mariae Virginis, sermon 1.
[35]S. Bernardin de Sienne, in Assumptione Beatae Mariae Virginis, sermon 11.
[36]Ibid.
[37]S. Robert Bellarmin, Contiones habitae Lovanii, n. 40, De Assumptione B. Mariae Virginis.
[38]Œuvres de S. François de Sales, sermon pour la fête de l’Assomption.
[39]S. Alphonse de Liguori, Les Gloires de Marie, Part. 2, d. 1.
[40]Eph 5, 27.
[41]I Tim 3, 15.
[42]S. Pierre Canisius, De Maria Virgine.
[43]Suarez, In Tertiam Partem D. Thomae, q.27, a. 2, disp. 3, seq. 5, n. 31.
[44]Gen 3, 15.
[45]Rom 5-6 ; I Cor. 15, 21-26, 54-57.
[46]I Cor 15, 54.
[47]Bulle Ineffabilis Deus, doc. cit., p. 599.
[48]I Tim 1, 17.

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, EGLISE CATHOLIQUE, EPHREM LE SYRIEN (saint ; 306-373), PRIERE, PRIERES, VIERGE MARIE

Assomption de la Vierge Marie

Prière de Saint Éphrem à la Sainte Vierge

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« Vierge Souveraine, Génitrice de Dieu, Salut de la famille unie des chrétiens, Tu ne cesses de jeter sur nous le regard d’une tendre mère.

Tu nous aimes comme si nous étions tes enfants, toujours disposée à nous chérir, Tu répands sur nous d’ineffables bienfaits :

Tu nous protèges et Tu nous sauves ; veillant sur nous avec sollicitude, Tu nous délivres du danger des tentations, et de la multitude des pécheurs qui nous environnent; pleins de reconnaissance, nous Te remercions, nous célébrons Ta munificence, nous publions Tes bienfaits, nous chantons à haute voix Tes merveilles, nous louons Ta sollicitude, Ta prévoyance, nous élevons dans nos hymnes Ta puissance tutélaire, nous immortalisons Ton inépuisable miséricorde.

Les bienfaits que Tu as répandus sur nous par le passé sont gravés dans notre mémoire, et nous nous souvenons à quels dangers imminents

Tu nous as arrachés; nous T’adressons ce cantique de grâces, comme une dette que nous acquittons, cantique toujours au-dessous de Tes bienfaits : eh ! Quelle voix pourrait les célébrer dignement ? Cependant, nous prenons courage, nous implorons humblement Ta miséricorde, pour que Tu entendes les cris de détresse de tes serviteurs.

Dépose notre demande aux Pieds de ce Dieu que Tu as engendré, pour qu’Il nous sauve de la damnation éternelle, et que nous puissions louer le Nom trois fois saint du Père, du Fils et du saint Esprit; et aujourd’hui et dans l’éternité des siècles.

Tu vois, ô Très Sainte Souveraine Enfantrice de Dieu, Tu vois tous les pièges dont nous enveloppe l’esprit malin, l’esprit impur. Vois toutes les passions criminelles qu’il éveille en nous, et dont il nous enlace comme d’un réseau.

Apparais et ne repousse point notre prière. Pourquoi détourner Ton visage et oublier notre faiblesse ?

Écarte les embûches du démon qui nous tente, sois notre asile dans cette guerre, apaise par Ton intercession bienfaisante la Colère divine que nos égarements ont excitée; ajoute ce nouveau bienfait à tant d’autres, et nous célébrerons dans nos cantiques Ton nom, Celui de ton Fils et notre Dieu qui, de même que son Père, est sans commencement. Souveraine Mère de Dieu qui enfantas le Christ Dieu notre Sauveur, je place toute mon espérance en Toi qui es au-dessus de toutes les puissances du ciel.

Ô Vierge, emblème de la pureté, fortifie-moi de Ta sainte grâce; dans cette vie, sois mon guide, conduis-moi selon la Volonté de ton auguste Fils notre Dieu.

Obtiens-moi la rémission de mes péchés, sois mon refuge, ma protection, ma délivrance, sois la main qui me dirige vers la vie éternelle. Souveraine, Souveraine, ne m’abandonne pas à l’heure suprême, hâte-toi de m’apporter le secours qui m’est nécessaire, arrache-moi de la cruelle tyrannie des esprits de l’enfer. T

u es la très bonne Mère du Christ notre Dieu, tout ce que Tu veux, Tu dois le pouvoir. Toi, seule Souveraine et Génitrice de Dieu, Tu es dans une sphère élevée au-dessus de toute la terre.

Quant à nous, Épouse de Dieu, nous Te bénissons avec foi, nous T’honorons avec amour, nous Te rendons un culte respectueux, nous chantons Tes louanges et nous proclamons Ta béatitude dans le langage de la vénération. Tu es en effet la gloire des gloires, la récompense des récompenses, la puissance des puissances.

Ô Souveraine, mon bonheur après Dieu, rosée divine qui apaises l’ardeur brûlante qui me dévore, source jaillissante du sein de Dieu même, à laquelle se rafraîchit mon cœur embrasé, lumière éclatante de mon âme plongée dans les ténèbres, guide du faible, appui du pauvre, manteau de la nudité, richesse de l’indigent, remède des plaies incurables, Tu taris les pleurs, Tu apaises les soupirs, Tu allèges les infortunes, Tu guéris les douleurs, Tu brises les chaînes; Espérance de mon salut, exauce mes prières; aie pitié de mes gémissements, accueille mes lamentations, aie compassion de moi, laisse-toi fléchir par mes larmes.

Que pour moi tes entrailles soient émues; n’es-Tu pas la Mère d’un Dieu bienfaisant ?

Jette un regard de bonté, accueille favorablement ma prière, réponds à mon désir, étanche ma soif; unis-moi à ma famille, à mes compagnons de service, dans la terre des hommes pacifiques, dans le sanctuaire des justes, dans le chœur des saints, et rends-moi digne, Toi, protection et joie de tous et volupté pure, de participer à Ta félicité, je Te le demande, à la joie inénarrable du Dieu et Roi que Tu as engendré, à ses noces inexplicables aux délices inépuisables, à son Règne éternel et sans fin.

Car tu es ma Souveraine, mon refuge, ma vie, ma protection, mon armure, ma joie, mon espérance, ma force; fais-moi jouir, de concert avec Toi, vers les régions célestes, des Dons indicibles et inconcevables de ton Fils. Tu as, je le sais, une puissance égale à Ta volonté, telle enfin que doit l’avoir la Mère du Très-Haut.

Aussi me suis-je enhardi; fais que je ne sois pas trompé dans mon attente, fais que cette attente soit remplie, ô très pure Souveraine, Épouse de Dieu, Toi qui, contre les lois de la nature, as enfanté le Seigneur attendu de tous, notre Seigneur et vrai Dieu Jésus Christ à qui revient toute gloire, tout honneur et toute vénération, avec son Père sans commencement et son très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Amen. » 

Saint Éphrem le Syrien de Nisibe (306-373), Diacre et Docteur de l’Eglise, Grand Théologien et chantre des Eglises de langue syriaque du IVe siècle.

APPARITIONS DE LA VIERGE MARIE, APPARITIONS ET MIRACLES, ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, COTIGNAC (Bouches-du-Rhône), NOTRE-DAME DE GRACE (sanctuaire), VIERGE MARIE, VOEU DE LOUIS XIII (1637)

Le voeu de Louis XIII (1637)

Le Vœu de Louis XIII

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Un Roi, une Reine et toute une Nation implorent Dieu de donner un héritier au Trône

En 1615, âgé de 14 ans, Louis XIII épousait Anne d’Autriche qui était plus jeune encore. Selon la coutume, les époux royaux ne vivent guère entsemble, même plus tard; de surcroît, Richelieu tendra toujours, notre Pierre Delattre (4), à éloigner le Roi de la Reine, dont il craignait l’influence (en faveur de la paix). La Reine avait ses appartements au Louvre, et le Roi séjournait habituellement à Saint-Germain-en-Laye. Ceci n’affecta pas, d’ailleurs, la fidélité qu’Anne et Louis se promirent un jour.

On ne s’inquiéta donc pas de la stérilité de leur union avant plusiueurs années. Après 10 ans de mariage, la question commença à être préoccupante, ne serait-ce que d’un point de vue politique. La Reine priait beaucoup à cette intention. Hélas, en 1630 encore, elle « avait eu une grossesse qui n’avait pas plus abouti que les autres » (4). On eût dit qu’il faudrait un miracle. Le miracle eut lieu, après 22 ans de mariage, par l’intercession de Notre-Dame de Grâces, et c’est bien ainsi que les royaux parents le virent: il prénommèrent l’héritier « Louis Dieudonné » (c.-à-d. donné par Dieu). Mais voyons-en les circonstances.

Le  » Vœu » de Louis XIII se préparait…

En 1635, Louis XIII faisait alliance avec les Protestants de Hollande et envahissait la Belgique (les « Provinces-Unies »), catholique, unie à l’Espagne et alliée de l’Empire; la guerra allait durer près de 25 ans. En effet, la promenade militaire tourne mal: l’armée est proprement anéantie. Bientôt, c’est le tour des Impériaux d’envahir la France (1636-37), au point de menacer Paris. Le Roi qui, inquiet quand même, va prendre lui-même la direction des armées hâtivement rassemblées, fit alors le voeu de « fonder une lampe à perpétuité à Notre-Dame de Paris » (4) en cas de victoire; ce qui fut fait peu après (très prématurément, du reste: une bataille était gagnée, mais l’Espagne n’était pas vaincue pour autant. Peu importe pour nous).

L’idée de s’engager plus loin dans un voeu, de vouer le pays entier à Notre-Dame, était dans l’air. Tout le monde savait d’ailleurs que les Habsbourg catholiques, à qui l’on faisait la guerre, avaient consacré à la Vierge leurs personnes et leurs Etats; et qu’ils portaient son image peinte sur leurs étendars, et frappée sur leur monnaie… (4).

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… et s’accomplit à titre de remerciement…

Louis XIII lui-même, Roi pieux mais d’une piété pas très ouverte à l’universalisme chrétien et à la cause de la paix, avait déjà esquissé diverses formules de consécration, conseillé par son confesseur, le Père Caussin, les choses n’avaient pas été plus loin. Cependant, en novembre 1637, un texte était enfin soumit au Parlement; il sera signé par le Roi le 10 février 1638, en son château de St-Germain, puis enregistré comme loi: c’est le fameaux « VOEU DE LOUIS XIII » -, (qui sera rappelé chaque année en la fête de l’Assomption de Marie, le 15 août) -). Que s’était-il donc passé en cette période?

Le Père Caussin, selon sa biographie (4), poussa le Roi à promulguer la consécration de la France « aussitôt qu’on ne douta plus de la grossesse de la Reine » – en février 1638, celle-ci était enceinte de deux mois. C’est un élément. Par ailleurs, trois jours avant le 10 févirer, Louis venait d’envoyer au sanctuaire de Cotignac un Frère Augustin déchausssé de Paris, le frère Fiacre (1609-1684), avec son supérieur, pour qu’y « soit célébrée pendant neuf jours la sainte messe, précisait l’ordonnance royale, afin que, par l’offrande de ce grand sacrifice, il plaise à la Divine Bonté d’accorder à la Reine, son épouse, une heureuse lignée et et conduire à la fin désirée le fruit dont toute la France espère qu’elle est enceinte ». Le début de la lettre mentionnait « les grandes assistances que plusieurs femmes enceintes ont reçues pour la conservation de leur fruit par l’intercession de NOTRE-DAME DE GRÂCES ». (7-8)

Un Roi, et un Roi circonspect, ne pose pas d’actes officiels à la légère; il doit avoir quelque certitude. Laquelle et pourquoi? Il nous faut revenir en arrière, peu avant le mois de novembre 1637…

… pour une grâce que le Roi davait encore recevoir…

Le 27 octobre 1637, tandis qu’il était en prière avec ses confrères dans le choeur, le frère Fiacre, déjà mentionné, eut une soudaine révélation intérieure: la Reine devait demander publiquement qu’on fît en son nom trois neuvaines de prières à la sainte Vierge, et un fils lui serait donné: la première neuvaine à Notre-Dame de Grâces en Provence, la seconde à Notre-Dame de Paris, la cathédrale, et la troisième à Notre-Dame des Victoires, l’église de son couvent. Il faut savoir que, deux ans auparavant, encore jeune novice, Frère Fiacre avait reçu la même inspiration, mais avec moins de force et d’urgence. Une nouvelle fois, néanmoins, ses Supérieurs restèrent sceptiques et lui interdirent d’en parler. Ou alors, il faudrait amener une preuve…

Six jours plus tard, le 3 novembre vers les 2 heures du matin, le pieux Augustin dans sa cellule est tiré de sa prière par des cris d’enfant. Étonnement et frayeur: il se trouve en face de la Vierge Marie, qui lui montre sur ses bras un enfant vagissant:

« N’ayez pas peur, dit-Elle, je suis la Mère de Dieu, et l’enfant que vous voyez est le Dauphin que Dieu veu donner à la France ».

Et la vision dsparaît, puis se manifeste à nouveau un court moment, mais sans plus dire un mot. Enfin, deux heures plus tard, Marie se fit voir encore, mais seule, et dit:

« Ne doutez plus, mon enfant, de ce que vous avez déclaré à votre confesseur. Pour marquer que je veux qu’on avertissse la Reine de faire trois neuvaines en mon honneur, volà LA MÊME IMAGE qui est à Notre-Dame de Grâces, en Provence, et la façon de l’église ».

Et Frère Fiacre vit avec précision le tableau ainsi que le choeur où il se trouvait (comme aujourd’hui).

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Immédiatement mis au courant, ses Supérieurs qui, comme lui, ne s’étaient jamais rendu à Cotignac, consultèrent des amis qui avaient fait le pèlerinage: les descriptions correspondaient. Le 5 novembre, on rédigea un procès-verbal de tout cela, que toute la communauté des Augustins contre-signa (Le procès-verbal, les mémoires que Frère Fiacre rédigea par la suite, le procès-verbal même de l’ouverture de ces mémoires par Monsieur de Pompone, ministre de Louis XIV (après la mort dudit Frère) nous sont bien connus par la Vie du vénérable frère Fiacre, Paris, 1722, qui les cite in extenso. (7)), à l’intention du Cardinal de la Rochefoucauld. Car ces trois neuvaines étaient devenues une affaire d’Etat. Tôt informée, la Reine se mit à croire, dans la Foi, en la réalisation de ces promesses du Ciel transmises par Frère Fiacre. Son royal époux en entendit parler, de son côté. Mais l’avis du Cadinal était déterminant, et celui-ci se renseignait. Bref, le temps passait…

Insoucieux de toutes ces palabres et sous une forte inspiration intérieure, le 8 novembre 1637, Frère Fiacre avait déjà commencé les trois neuvaines au nom de la Reine. Celles-ci se terminèrent le 5 décembre suivant (la Reine l’apprit), soit, ainsi que le fait remarquer discrètement la biographie du vénérable Frère (8), « précisément neuf mois avant la naissance du future Roi Louis XIV »! Simple coïncidence? L’histoire nous apprend que non.

TEXTE DU « VOEU DE LOUIS XIII », conçu par le Roi comme un remerciement

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Le Roi commence par rappeler, d’une manière générale, les divers évènements de son règne dans lesquels s’est manifesté le secours du ciel, comme les divisions des partis, la rébellion protestante et les guerres étrangères; puis, il déclare que ne se trouvant pas assez digne de présenter lui-même ses remerciements à la Souveraine Majesté, il prend pour médiatrice de sa reconnaissance envers Dieu, Celle qui a été la médiatrice des bienfaits. C’est pouquoi il ajoute:

« A ces causes, nous avons déclaré et nous déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge Marie pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets, et nous avertisssons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons que tous les ans, fête et jour de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand’messe, qui se dira en son église cathédrale, et qu’après les vêpres dudit jour, il soit fait une procession en la dite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et les corps de ville, avec pareilles crérémonies que celles qui s’observent aux processions générales les plus solennelles; ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises, tant paroissiales que celles des monastères de la dite ville et faubourg, et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris. Exhortons pareillement les archevêques et évêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres de leurs diocèses, entendant qu’à la dite cérémonie les cours de Parlement et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents, et d’avertir tous les peuples d’avoir une dévotion paritculière à la Vierge, d’implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de nos ennemis, qu’il jouisse longtemps d’une bonne paix, que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés, car tel est notre plaisir.

« Donné en Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l’an de grâce mil six cent trente-huit, et de notre règne le vingut-huitième ».

« Signé: LOUIS »

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…mais dont il était sûr par la Foi!

En effet, ce jour même du 5 décembre, Louis XIII allait rendre visite au couvent des Visitandines, à Paris, où Melle de la Fayette était entrée selon son désir de toujours (4). Pierre Delattre, qui cite un auteur du début du siècle suivant, faisait remarquer que « dans ce grand 17e siècle, où la foi tenait une si grande place dans le monde, une foule de personnes du plus haut rang se faisaient un honneur et une joie de venir remonter le ton de leurs âmes et de leurs consciences au contact des âmes consacrées à Dieu. » (4) Dieu ne manque jamais d’humour. Au sortir du couvent, Louis XIII est surpris par un orage d’une rare violence. Il va falloir passer la nuit à Paris, mais où aller? Il n’y a que les appartements de la Reine, au Louvre, qui soient susceptibles de le recevoir. Prévenue la Reine fut tout heureuse d’inviter son royal époux; ils dinèrent en tête-à-tête et ne se quittèrent que le lendemain.

Et nous en arrivons aux premiers jours de févirer 1638. Sentant l’enfant remuer en elle, la Reine n’eut plus qu’un désir: connaître le fameux Frère Fiacre. L’humble religieux fut donc obligé de se rendre au Louvre où, aussi confus qu’ému, il vit la Reine s’agenouiller davant lui et le remercier (8). C’est dire combien Anne d’Autriche avait confiance en l’heureux aboutissment de sa grossesse! Peu après, il dut également rencontrer le Roi qui le chargea, ainsi qu’un confrère prêtre, d’aller à Cotignac. Le 7 février, l’ordonnance royale leur prescrivant ce voyage leur parvenait: nous l’avons déjà citée (en p. 13). Le Roi veillait à tout ce qui pouvait faciliter le voyage: en fin de lettre, il ordonnait « à tous les gouverneurs et lieutenants généraux » de donner aux porteurs du pli « libre et sûr passage… en leur faisant toute faveur et assistance si besoin est requis en tout ». Frère Fiacre n’en demandait pas autant pour se mettre en route!

Le Roi et la Reine étant absolument sûrs, dans la Foi, de l’heureux terme, il devanait absurde, voire indécent, d’attendre encore avant de promulguer le fameux « VOEU », conçu comme un remerciement. Trois jours plus tard, le Roi signait donc cette Consécration qui vouait la France à Notre-Dame.

La grossesse d’Anne d’Autriche fut ainsi la cause, occasionnelle sans doute, mais aussi détermiante de l’Acte du 10 février. Plus encore: il faut dire que cette Consécration fut un acte de foi chrétienne véritable.

Epilogue.

Le 5 septembre 1638 nassait l’hériter au trône, regardé par le couple royal comme une grâce obtenue par Notre-Dame de Cotignac. Louis XIII, annonçant l’heureux événement aux ambassadeurs, s’exprimait ainsi dans sa lettre: « Tout ce qui a précédé la délivrance de la Reine, le peu de durée de son travail et toutes les circonstances de la naissance du Dauphin font voir que ce fils lui est donné de Dieu par la puissante intercession de la Sainte Vierge. » (8)

Quatre ans et demi plus tard, le Roi mourait, nommant Anne d’Autriche Régente du Royaume – elle le sera jusqu’en 1661 -. Pour son fils, alors âgé de 5 ans, elle espère une royauté qui soit illuminée par la Foi. En témoigne le tableau qu’elle fit peindre à ce moment du futur Roi iéal, lequel est représenté à genoux, offrant pieusement à Notre-Dame son sceptre et sa couronne (ce ne sera pas exactement l’image que l’histore retiendra du « Roi-Soleil »…) Et c’est Frère Fiacre qui est chargé d’acheminer le tableau jusqu’au Sanctuaire de Cotignac, en avril 1644, pour y être « appendu » (voir encadré ci-après).

Le vénérabel Frère aura encore une dernière occasion de faire le pèlerinage de Cotignac, mais auparavant, ce seront la Régente et le jeune Roi qui viendront. L’occasion leur fut fournie par le « Traité des Pyrénées », réconciliant en 1659 la France et l’Espagne. Etait prévue une rencontre des deux Rois, sur la frontière commune, afin de signer officiellement le Traité, et surtout d’en réaliser la clause principale: Louis XIV doit y rencontrer Marie-Thérèse, Infante d’Espagne, à qui il est promis. Le mauvais temps et l’hiver retardent le voyage. Dès l’arrivé à Aix, début 1660, la rumeur de la venue du jeun Roi au Sanctaire se répand jusqu’à Cotignac; chacun sait en effet qu « c’est un de ses voeux », comme le note la délibération du conseil de Cotignac du 20 janvier. Ce sera le samedi 21 févirer seulement que le cortège royal arrivera.

De par la Reine régente, mère du Roi,

Très chers et dévots orateurs, le frère Fiacre, religieux de l’Ordre des Augustins déchaussés, que nous affectionnons pour sa bonne vie, s’en allant à Notre-Dame de Grâces pour appendre, devant l’image de la Sainte Vierge, un tableau représentant le roi, notre très honoré sieur et fils.

Nous vous écrivons cette lettre pour vous dire que vous ferez chose qui nous sera agréable, de recevoir ce bon religieux, et lui permettre de placer le dit tableau en lieu le plus honorable de votre église, avec la dévotion et cérémonie convenable à cette action, en laquelle vous assurant que vous seconderez notre bonne intention par vos prières à Dieu, pour la prospérité du roi, notre dit sieur et fils; nous ajouterons seulement ici celle que nous faison à sa divine bonté, de vous avoir, très chers et dévots orateurs, en sa sainte et digne garde,

Donné à Paris le 4ème jour de mai 1644,

Signé: ANNE

(Lettre adressée par la Régente Anne d’Autriche aux Oratoriens (« Orateurs) de Notre-Dame de Grâces en 1644)

Un seul chemin « carrossable » (au sens propre!) atteignait alors le Sanctuaire, depuis la route de Montfort. Encore fallut-il l’élargir, et en un temps record! Ce « chemin de LOUIS XIV » – ainsi fut-il baptisé -, Louis, la Reine et tout le cortège le suivirent jusqu’à l’escalier qui reçut le même nom (p. 17). Le jeune Roi de 21 ans gravit-il ses 37 degrés à cheval? Des traditions orales l’affirment (8). Elles s’accordent en tout cas avec les archives municipales pour rapporter le don qu’il fit de sa bague en or et d’un cordon bleu.

Plaque de marbre gravé et apposée à la demande de Louis XIV, à la mémoire de sa mère Anne d’Autriche (+1666), pour rappeler les prières qu’elle fit à Notre-Dame de Grâces.

L’histoire le précise: il s’agit d’un long cordon de moire bleu céleste que portaient les membres du prestigieux ordre de chevalerie du St-Esprit. Louis XIV en était, comme tous les membres de la Famille Royale.

Le 6 juin 1660 enfin, Louis atteignait la frontière espagnole où Philippe IV et sa fille Marie-Thérèse l’attendaient. Le 7, il ‘sen retourne avec celle-ci; le 9, à Saint Jean de Luz, le mariage religieux était célébré. De retour à Pais, il manda bientôt le Frère Fiacre pour aller offir en son nom à Notre-Dame de Grâces, plusieurs exemplaires dudit Traité des Pyrennées; ce dont Frère Fiacre s’acquitta en mars 1661, avant de continuer son pèlerinage vers Rome, mandaté cette fois par la Reine Anne. Celle-ci mourait en 1666. Un an après, dans le sanctuaire, Louis XIV faisait apposer une plaque à la mémoire de sa mère, rappelant qu’il fut « donné à son peuple par les voeux qu’Anne d’Autriche… a faits dans cette église. » Elle s’y trouve toujours, bien lisible.

 son tour, le 16 février 1684, Frère Fiacre s’endormait dans le Seigneur. L’annonce de sa mort, répercutée par Le Mercure de Paris, fit quelque bruit (6)! Sa renommée de sainteté était telle que, selon l’Histoire de Paris de Dulaure (cité in 6), son portrait fut bientôt collé dans les voitures à cheval de Paris, « comme préservant du malheur », est-il précisé (les accidents de circulation n’étaient pas rares); la coincidence de son nom avec celui des fiacres y est peut-être pour quelque chose, ou quelque miracle ? 

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Petite Bibliographie:

(1) Archives National. M 229 B, M 623

(2) BLANC Gabriel-Henri, Histoire religieuse de Cotignac, 1985, 319 p.

(3) BLANC Gabriel-Henri, le Var religieux, 1986, 705 p.

(4) DELATTRE Pierre, le voeu de Louis XIII, Paris, 1937

(5) DANIEL-ROPS, Histoire de l’Église, Tome 11, Paris, 1965

(6) DROCHON J.-E., Hostoire illustrée des pélérinages françcais de la Très Sainte Vierge, Plon, 1890

(7) LAURE Abbé, Histoire de Notre-Dame de Grâces de Cotignac, Marseille, 1886

(8) MARTEL pr. orat., Étude historique sur l’Oratoire de Notre-Dame de Grâces en Provence, Téqui, 1881

(9) MUSSET Lucien, Les invasions. Le second assaut contre l’Europe chrétienne (VIIe-XIe s.), PUF, 1971

(10) SEILLE Jacques, Histoire d’Entrecasteaux et de St-Antonin, 1984

(11) VIGNERON Paul, Histoire des crises du clergé français contemporain, Téqui, 1976

(12) VINCENT Abbé, Notice historique et populaire sur Notre-Dame de Grâces, 1918

(13) ALAIn Gérard, Essai sur la toponymie d’un village Varois, Cotignac

SAINTE CLAIRE Gabriel de a.d., Vie du vénérable frère Fiacre, Paris 1722 bibliothèque minicipale de Draguigan, FM 308 (par ex.)

LAURENTIN René, Le voeu de Louis XIII, passé ou avenir de la France, Paris, l’Oeil, 1988, 185p (concernant le chapitre 3).

BLANC Gabriel Henri, Souvenirs d’enfance, chez l’auteur, 3, rue d’Arcole, Cotignac 1991 (spécialement la 2ème partie, sur l’histoire de Cotignac au XXè siècle.)

Éditions du SUD-EST, 135, Bd des Remparts, F-83300 Draguignan
Association de Notre-Dame de Grâces, Père Chapelain, F-83570 Cotignac

Source : http://gallia-catholica.blogspot.fr/2008/03/le-voeu-de-louis-xiii.html

http://www.nd-de-graces.com/index.php?option=com_content&view=article&id=46%3Anotre-dame-de-graces-et-la-naissance-de-louis-xiv-un-roi-une-reine-et-toute-une-nation-implorent-dieu-de-donner-un-heritier-au-trone&catid=20%3Ahistoire-ndg&Itemid=485&lang=fr

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Sanctuaire Notre-Dame de Grâces

 » Qu’ on vienne en procession ici à Cotignac pour recevoir les dons que je veux y répandre « 

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Récit des apparitions de Notre Dame

10 et 11 août 1519 : la Vierge Marie apparaît à Jean de la Baume

Le 10 août 1519, Jean de la Baume gravit le mont Verdaille pour y couper du bois. Pieux bûcheron, il commence sa journée de travail en priant. Lorsqu’il se relève, quelle n’est pas sa surprise de voir dans la nuée, la Vierge Marie tenant l’Enfant Jésus dans ses bras. A leurs côtés se tiennent l’Archange Saint Michel et Saint Bernard de Clairvaux.

La Dame délivre à Jean ce message : « Je suis la Vierge Marie. Allez dire au clergé et aux Consuls de Cotignac de me bâtir ici même une église, sous le vocable de Notre-Dame de Grâces et qu’on y vienne en procession pour recevoir les dons que je veux y répandre. » Puis, la vision disparaît.

Jean pense qu’il s’agit d’une hallucination à cause de la chaleur estivale. Il garde donc pour lui le message. Le lendemain, il vient au même endroit pour finir de tailler l’arbre. De nouveau, la même apparition a lieu. Jean se précipite alors au village pour transmettre le message aux autorités de Cotignac.

Le 14 septembre, à peine 1 mois après les apparitions, la première pierre du Sanctuaire est posée. Tout le village vient sur le Mont Verdaille en procession avec clergé et syndics en tête.

Notre-Dame de Grâces intervient dans l’Histoire de France

Après 20 ans de mariage, le roi Louis XIII et la reine Anne d’Autriche n’ont toujours pas d’enfant. C’est alors que Frère Fiacre, religieux augustin, a une vision de la Vierge Marie dans la nuit du 3 novembre 1637. Notre Dame s’adresse à lui en ces termes : « N’ayez pas peur, je suis la Mère de Dieu, et l’enfant que vous voyez est le Dauphin que Dieu veut donner à la France. Pour marquer que je veux qu’on avertisse la Reine de faire trois neuvaines en mon honneur, voilà la même image qui est à Notre-Dame de Grâces, en Provence et la façon de l’église. »

Frère Fiacre s’exécute donc et fait ces neuvaines au nom de la Reine : une à Notre-Dame de Grâces, la suivante à Notre-Dame de Paris et la dernière à Notre-Dame des Victoires. Moins d’1 an plus tard, le 5 septembre 1638, nait Louis-Dieudonné.

Le 21 février 1660, Louis XIV, accompagné de sa mère, vient à Cotignac rendre grâce de sa naissance.

Prière à Notre Dame de Grâces

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Comme en témoignent les ex-votos qui tapissent le muret du Sanctuaire, de nombreux pèlerins reçoivent des grâces en venant à Cotignac et en implorant l’intercession de la Vierge Marie.
Vous pouvez réciter cette prière pendant 9 jours accompagnée d’une dizaine de chapelet.

Mère de la Divine Grâce, dans votre apparition au mont Verdaille
Vous nous avez invités à solliciter vos faveurs.
Nous accourons avec confiance implorer votre secours.
Accordez,
Aux justes la persévérance,
Aux âmes tristes la consolation,
Aux coeurs abattus le courage et la confiance,
Aux malades la santé,
Aux pécheurs le repentir et le pardon,
Aux âmes du purgatoire soulagement et délivrance,
A chacun de nous votre maternelle protection.
Nous implorons surtout votre assistance à l’heure de notre mort.
Soyez notre avocate au jugement de Dieu.
Nous voulons au ciel vous dire éternellement notre reconnaissance.
Notre Dame de Grâces, priez pour nous.

 

DOCUMENTS PONTIFICAUX, EGLISE CATHOLIQUE, FETE LITURGIQUE, LUNDI DE PENTECÔTE, MARIE, MERE DE L'EGLISE, PAPE FRANÇOIS, PENTECÔTE, VIERGE MARIE

Marie, Mère de l’Eglise : lundi de Pentecôte

Mémoire de Marie, Mère de l’Eglise,

le lundi de Pentecôte

 

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Conformément à la volonté du Pape, la mémoire de Marie Mère de l’Église est désormais obligatoire pour toute l’Église de rite romain, le lundi après la Pentecôte.

La Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements a publié le samedi 3 mars 2018 un décret en ce sens, signé le 11 février 2018, date du cent-soixantième anniversaire de la première apparition de la Vierge à Lourdes.

Décret sur la célébration de la bienheureuse ViergeMarie Mère de l’Eglise dans le Calendrier Romain Général

La joyeuse vénération dédiée à la Mère de Dieu dans l’Eglise contemporaine, à la lumière de la réflexion sur le mystère du Christ et sur sa propre nature, ne pouvait pas oublier cette figure de Femme (cf. Gal 4, 4), la Vierge Marie, qui est à la fois Mère du Christ et Mère de l’Eglise.

Ceci était déjà en quelque sorte présent dans la pensée de l’Eglise à partir des paroles prémonitoires de saint Augustin et de saint Léon le Grand. Le premier, en effet, dit que Marie est la mère des membres du Christ, parce qu’elle a coopéré par sa charité à la renaissance des fidèles dans l’Eglise; puis l’autre, quand il dit que la naissance de la Tête est aussi la naissance du Corps, indique que Marie est en même temps mère du Christ, Fils de Dieu, et mère des membres de son Corps mystique, c’est-à-dire de l’Eglise. Ces considérations dérivent de la maternité de Marie et de son intime union à l’œuvre du Rédempteur, qui a culminé à l’heure de la croix.

La Mère en effet, qui était près de la croix (Jn 19, 25), accepta il testament d’amour de son Fils et accueillit tous les hommes, personnifiés par le disciple bien-aimé, comme les enfants qui doivent renaître à la vie divine, devenant ainsi la tendre mère de l’Eglise que le Christ a générée sur la croix, quand il rendait l’Esprit. A son tour, dans le disciple bien-aimé, le Christ choisit tous les disciples comme vicaires de son amour envers la Mère, la leur confiant afin qu’ils l’accueillent avec affection filiale.

Guide prévoyante de l’Eglise naissante, Marie a donc commencé sa propre mission maternelle déjà au cénacle, priant avec les Apôtres dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint (cf. Ac 1,14). Dans ce sentiment, au cours des siècles, la piété chrétienne a honoré Marie avec les titres, en quelque sorte équivalents, de Mère des disciples, des fidèles, des croyants, de tous ceux qui renaissent dans le Christ, et aussi de “Mère de l’Eglise”, comme il apparaît dans les textes d’auteurs spirituels ainsi que dans le Magistère de Benoît XIV et de Léon XIII.

De ce qui précède on voit clairement le fondement sur lequel le bienheureux pape Paul VI, en concluant, le 21 novembre 1964, la troisième session du Concile Vatican II, a déclaré la bienheureuse Vierge Marie “Mère de l’Eglise, c’est-à-dire Mère de tout le peuple chrétien, aussi bien des fidèles que des Pasteurs, qui l’appellent Mère très aimable”, et a établi que “le peuple chrétien tout entier honore toujours et de plus en plus la Mère de Dieu par ce nom très doux”.

Le Siège apostolique a ainsi proposé, à l’occasion de l’Année Sainte de la Réconciliation (1975), une messe votive en l’honneur de la bienheureuse Marie Mère de l’Eglise, insérée par la suite dans le Missel Romain; il a aussi accordé la faculté d’ajouter l’invocation de ce titre dans les Litanies Laurétanes (1980) et il a publié d’autres formules dans le recueil des messes de la bienheureuse Vierge Marie (1986). Pour certaines nations, diocèses et familles religieuses qui en ont fait la demande, il a concédé d’ajouter cette célébration dans leur Calendrier particulier.

Le Souverain Pontife François, considérant avec attention comment la promotion de cette dévotion peut favoriser, chez les Pasteurs, les religieux et les fidèles, la croissance du sens maternel de l’Eglise et de la vraie piété mariale, a décidé que la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, soit inscrite dans le Calendrier Romain le lundi de la Pentecôte, et célébrée chaque année.

Cette célébration nous aidera à nous rappeler que la vie chrétienne, pour croître, doit être ancrée au mystère de la Croix, à l’oblation du Christ dans le banquet eucharistique et à la Vierge offrante, Mère du Rédempteur et de tous les rachetés.

Une telle mémoire devra donc apparaître dans tous les Calendriers et les Livres liturgiques pour la célébration de la Messe et de la Liturgie des Heures; les textes liturgiques nécessaires à ces célébrations sont joints à ce décret et leurs traductions, approuvées par les Conférences Episcopales, seront publiées après la confirmation de ce Dicastère.

Là où la célébration de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, est déjà célébrée, selon les normes du droit particulier approuvé, à un jour différent avec un degré liturgique supérieur, même dans le futur, peut être célébrée de la même manière.

Nonobstant toutes choses contraires.

Du siège de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 11 février 2018, en la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie de Lourdes.

Robert Cardinal Sarah
Préfet

+ Arthur Roche
Archevêque Secrétaire

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Dieu nous réconforte ; ainsi, nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse »

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1, 1-7)

Paul, apôtre du Christ Jésus
par la volonté de Dieu,
et Timothée notre frère,
à l’Église de Dieu qui est à Corinthe
ainsi qu’à tous les fidèles
qui sont par toute la Grèce.
À vous, la grâce et la paix
de la part de Dieu notre Père
et du Seigneur Jésus Christ.

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ,
le Père plein de tendresse,
le Dieu de qui vient tout réconfort.
Dans toutes nos détresses, il nous réconforte ;
ainsi, nous pouvons réconforter
tous ceux qui sont dans la détresse,
grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu.
En effet, de même que nous avons largement part aux souffrances du Christ,
de même, par le Christ, nous sommes largement réconfortés.
Quand nous sommes dans la détresse,
c’est pour que vous obteniez le réconfort et le salut ;
quand nous sommes réconfortés,
c’est encore pour que vous obteniez le réconfort,
et cela vous permet de supporter avec persévérance
les mêmes souffrances que nous.
En ce qui vous concerne, nous avons de solides raisons d’espérer,
car, nous le savons,
de même que vous avez part aux souffrances,
de même vous obtiendrez le réconfort.

 

PSAUME

(33 (34), 2-3, 4-5, 6-7, 8-9)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

L’ange du Seigneur campe alentour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

 

ÉVANGILE

« Heureux les pauvres de cœur »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (5, 1-12)

En ce temps-là,
voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
Réjouissez- vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux !
C’est ainsi qu’on a persécuté
les prophètes qui vous ont précédés. »

 

 

 « Ô Marie, aide notre foi ! »

Dans son encyclique Lumen Fidei parue en juin 2013, le pape François a écrit une prière à Marie, Mère de l’Eglise et Mère de notre foi

 

Prière à Marie, Mère de l’Église et Mère de notre foi*

 

Ô Mère, aide notre foi !

Ouvre notre écoute à la Parole, pour que nous reconnaissions la voix de Dieu et son appel.

Éveille en nous le désir de suivre ses pas, en sortant de notre terre et en accueillant sa promesse.

Aide-nous à nous laisser toucher par son amour, pour que nous puissions le toucher par la foi.

Aide-nous à nous confier pleinement à Lui, à croire en son amour, surtout dans les moments de tribulations et de croix, quand notre foi est appelée à mûrir.

Sème dans notre foi la joie du Ressuscité.

Rappelle-nous que celui qui croit n’est jamais seul.

Enseigne-nous à regarder avec les yeux de Jésus, pour qu’il soit lumière sur notre chemin. Et que cette lumière de la foi grandisse toujours en nous jusqu’à ce qu’arrive ce jour sans couchant, qui est le Christ lui-même, ton Fils, notre Seigneur !

 

*Prière à Marie extraite de l’encyclique Lumen Fidei (29 juin 2013)

 

 

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE Place Saint-Pierre Mercredi 23 octobre 2013

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En poursuivant les catéchèses sur l’Église, je voudrais aujourd’hui tourner mon regard vers Marie comme image et modèle de l’Église. Je le fais en reprenant une expression du Concile Vatican ii. La constitution Lumen gentium  dit : « De l’Église, comme l’enseignait déjà saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ » (n. 63).

 

  1. Partons du premier aspect. Marie comme modèle de foi. De quelle manière Marie représente-t-elle un modèle pour la foi de l’Église ? Pensons à qui était la Vierge Marie : une jeune fille juive, qui attendait de tout son cœur la rédemption de son peuple. Mais dans ce cœur de jeune fille d’Israël, il y avait un secret qu’elle-même ne connaissait pas encore : dans le dessein d’amour de Dieu, elle était destinée à devenir la Mère du Rédempteur. Dans l’Annonciation, le Messager de Dieu l’appelle « pleine de grâce » et lui révèle ce projet. Marie répond « oui » et à partir de ce moment-là, la foi de Marie reçoit une lumière nouvelle : elle se concentre sur Jésus, le Fils de Dieu né de sa chair et dans lequel s’accomplissent les promesses de toute l’histoire du salut. La foi de Marie est l’accomplissement de la foi d’Israël, en elle est vraiment concentré tout le chemin, toute la route de ce peuple qui attendait la rédemption, et en ce sens elle est le modèle de la foi de l’Église, qui a comme centre le Christ, incarnation de l’amour infini de Dieu.

Comment Marie a-t-elle vécu cette foi ? Elle l’a vécue dans la simplicité des mille occupations et préoccupations quotidiennes de toute maman, comment s’occuper de la nourriture, des vêtements, du soin de la maison… C’est précisément cette existence normale de la Vierge qui fut le terrain où se développa une relation singulière et un dialogue profond entre elle et Dieu, entre elle et son Fils. Le « oui » de Marie, déjà parfait au commencement, a grandi jusqu’à l’heure de la Croix. Là, sa maternité s’est élargie pour embrasser chacun de nous, notre vie, pour nous conduire à son Fils. Marie a vécu toujours plongée dans le mystère du Dieu fait homme, comme sa première et parfaite disciple, en méditant toute chose dans son cœur à la lumière du Saint-Esprit, pour comprendre et mettre en pratique toute la volonté de Dieu.

Nous pouvons nous poser une question : nous laissons-nous éclairer par la foi de Marie, qui est notre Mère ? Ou bien pensons-nous qu’elle est lointaine, trop différente de nous ? Dans les moments de difficulté, d’épreuve, d’obscurité, tournons notre regard vers elle comme vers un modèle de confiance en Dieu, qui veut toujours et uniquement notre bien ? Pensons à cela, peut-être cela nous fera-t-il du bien de retrouver Marie comme modèle et figure de l’Église dans cette foi qu’elle avait !

 

  1. Venons au deuxième aspect : Marie modèle de charité. De quelle manière Marie est-elle pour l’Église un exemple vivant d’amour ? Pensons à sa disponibilité à l’égard de sa parente Élisabeth. En lui rendant visite, la Vierge Marie lui a aussi apporté une aide matérielle, mais pas seulement, elle lui a apporté Jésus, qui vivait déjà dans son sein. Apporter Jésus dans cette maison voulait dire apporter la joie, la pleine joie. Élisabeth et Zacharie étaient heureux pour la grossesse qui semblait impossible à leur âge, mais c’est la jeune Marie qui leur apporte la pleine joie, celle qui vient de Jésus et de l’Esprit Saint et s’exprime dans la charité gratuite, dans le partage, dans l’aide mutuelle, dans la compréhension réciproque.

La Vierge veut nous apporter à nous aussi, à nous tous, le grand don qu’est Jésus ; et avec Lui, elle nous apporte son amour, sa paix, sa joie. Ainsi, l’Église est comme Marie : l’Église n’est pas un magasin, ce n’est pas une agence humanitaire, l’Église n’est pas une ong, l’Église est envoyée pour apporter à tous le Christ et son Évangile ; elle ne s’apporte pas elle-même — qu’elle soit petite, qu’elle soit grande, qu’elle soit forte, qu’elle soit faible, l’Église apporte Jésus et doit être comme Marie quand elle est allée rendre visite à Élisabeth. Que lui apportait Marie ? Jésus. L’Église apporte Jésus : tel est le centre de l’Église, apporter Jésus ! Si, par hypothèse, il arrivait une fois que l’Église n’apporte pas Jésus, ce serait une Église morte ! L’Église doit apporter la charité de Jésus, l’amour de Jésus, la charité de Jésus.

Nous avons parlé de Marie, de Jésus. Et nous ? Nous qui sommes l’Église ? Quel est l’amour que nous portons aux autres ? C’est l’amour de Jésus, qui partage, qui pardonne, qui accompagne, ou bien est-ce un amour dilué, comme lorsqu’on allonge du vin qui semble devenir de l’eau ? Est-ce un amour fort, ou faible au point de suivre les sympathies, qui recherche une contre-partie, un amour intéressé ? Une autre question : Jésus aime-t-il l’amour intéressé ? Non, il ne l’aime pas, car l’amour doit être gratuit, comme le sien. Comment sont les rapports dans nos paroisses, dans nos communautés ? Nous traitons-nous en frères et sœurs ? Nous jugeons-nous, parlons-nous mal les uns des autres, nous occupons-nous chacun de notre « petit jardin », ou bien avons-nous soin l’un de l’autre ? Ce sont des questions de charité !

 

  1. Et abordons brièvement un autre aspect : Marie modèle d’union avec le Christ. La vie de la Sainte Vierge a été la vie d’une femme de son peuple : Marie priait, travaillait, allait à la synagogue… Mais chaque action était toujours accomplie en union parfaite avec Jésus. Cette union atteint son sommet sur le Calvaire : là, Marie s’unit à son Fils dans le martyre du cœur et dans l’offrande de la vie au Père pour le salut de l’humanité. La Vierge a fait sienne la douleur de son Fils et a accepté avec Lui la volonté du Père, dans cette obéissance qui porte du fruit, qui donne la véritable victoire sur le mal et sur la mort.

Cette réalité que Marie nous enseigne est très belle : être toujours unis à Jésus. Nous pouvons nous demander : nous rappelons-nous de Jésus seulement quand quelque chose ne va pas et que nous avons besoin, où avons-nous une relation constante, une amitié profonde, même quand il s’agit de le suivre sur le chemin de la croix ?

Demandons au Seigneur qu’il nous donne sa grâce, sa force, afin que dans notre vie et dans la vie de chaque communauté ecclésiale se reflète le modèle de Marie, Mère de l’Église. Ainsi soit-il !

 

 

EGLISE CATHOLIQUE, EVANGILE DE LA VISITATION, EVANGILE SELON SAINT LUC, LA VISITATION, LITURGIE, VIERGE MARIE, VISITATION DE LA VIERGE MARIE A SA COUSINE ELISABETH

Visitation de la Vierge Marie à sa cousine Elisabeth

FÊTE DE LA VISITATION DE LA VIERGE MARIE

A SA COUSINE ELISABERTH

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Quel est le sens de la fête de la Visitation ?

Le mystère de la Visitation offre, toutes les dimensions du salut christique : une charité attentive ; une joie d’un coeur ouvert au projet de Dieu ; une vision de foi sur la nature et la mission de Jésus.

 Le sens de la fête

Deux femmes se rencontrent, Marie et Élisabeh. Marie, à l’annonce de la grossesse de sa vieille cousine par l’ange Gabriel (Luc 1, 26-39), se met en route pour être aux côtés d’Élisabeth enceinte de six mois de Jean Baptiste. Les deux femmes se retrouvent (Luc 1, 39-56). A peine la salutation de Marie retentit-elle aux oreilles d’Élisabeth que l’enfant qu’elle porte tressaille en elle. L’évangéliste Luc précise qu’aussitôt Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, déclarant Marie « pleine de grâce ».

Le mystère de la Visitation nous propose, en condensé, toutes les dimensions du salut apporté par Jésus : une charité attentive aux besoins des autres, surtout des plus pauvres ; la joie d’un cœur ouvert au projet de Dieu ; une vision de foi sur la nature et la mission de Jésus.

L’enfant a tressailli d’allégresse

Qu’un enfant bouge dans le sein de sa mère, rien que de très naturel. Mais l’enfant d’Élisabeth tressaille d’allégresse, on pourrait même dire qu’il « bondit de joie ». Voilà qui dépasse les mouvements d’un enfant à naître. En réalité, la rencontre d’Élisabeth et de Marie semble se calquer sur celle de David et de l’Arche d’Alliance (2 Samuel 6,2-11). Le roi David se met à tressaillir d’allégresse et s’écrie : « Comment se fait-il que l’arche du Seigneur vienne chez moi ? » Ce rapprochement des deux scènes permet à l’évangéliste d’exprimer la foi chrétienne. Marie, comparée à l’Arche d’Alliance, porte en elle celui qui est la présence de Dieu parmi ses frères. Élisabeth reconnaît en l’enfant de Marie son « Seigneur » et son propre enfant reconnaît en bondissant de joie la grandeur de Jésus.

Celle qui a cru

Élisabeth est « remplie de l’Esprit Saint », autrement dit l’évangéliste la présente ici comme une prophétesse, une porte-parole de Dieu. Voilà pourquoi Luc note qu’elle « s’écria d’une voix forte ». Les lecteurs de cette scène de la Visitation peuvent comprendre que les paroles d’Élisabeth portent l’empreinte divine. Or ce que dit Élisabeth concerne Marie. Elle reconnaît d’abord dans sa parente « la mère de son Seigneur ». La prophétie d’Élisabeth culmine dans la béatitude qu’elle adresse à Marie : « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur« . Marie est reconnue comme « croyante ». Elle a pleine confiance. Pour Luc l’évangéliste, c’est bien la foi qui caractérise la mère du Seigneur.

Une scène à contempler

Contemplons cette scène de la Visitation. N’est-elle pas le prototype de toute rencontre authentique ? Car notre vocation est bien de nous porter mutuellement cette Bonne Nouvelle : oui, en Jésus, Dieu a établi sa demeure parmi nous. Mais comment le pourrons-nous, si nous nous fermons à l’Esprit et à sa mystérieuse fécondité ? Alors, à la suite de Marie et d’Élisabeth, osons croire que Dieu peut faire merveille dans nos vies. Ouvrons-nous à sa présence agissante, pour connaître ce tressaillement d’allégresse qui fut celui de Jean Baptiste.

 

Visitation : une méditation de Elisabeth de la Trinité

Il me semble que l’attitude de la Vierge, durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité, est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre « au dedans »…

Si tu savais le don de Dieu, disait un jour le Christ à la Samaritaine (Jn 4,10). Mais quel est-il ce don de Dieu, si ce n’est lui-même ? Et, nous dit le disciple bien-aimé, il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu (Jn 1,11). Saint Jean Baptiste pourrait dire encore à bien des chrétiens cette parole de reproche : II y en a un au milieu de vous, en vous, que vous ne connaissez pas (Jn 1/26). Si tu savais le don de Dieu !

Il est une créature qui connut ce don de Dieu, une créature qui n’en perdit pas une parcelle, une créature qui fut si pure, si lumineuse, qu’elle semble être la Lumière elle-même ! Une créature dont la vie fut si simple, si perdue en Dieu que l’on ne peut presque rien en dire. C’est la Vierge fidèle, celle qui gardait toutes choses en son cœur (Luc 2,19.51). Elle se tenait si petite, si recueillie en face de Dieu dans le secret du temple, qu’elle attira les complaisances de la Trinité Sainte : Parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante, désormais toutes les générations m’appelleront bienheureuse (Luc 1,48).

Le Père se penchant vers cette créature si belle, si ignorante de sa beauté, voulut qu’elle soit la Mère, dans le temps, de celui dont il le Père dans l’éternité. Alors l’Esprit d’amour qui préside à toutes les opérations de Dieu survint, la Vierge dit son « Fiat » : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole (Luc 1,38). Et le plus grand des mystères fut accompli ; et, par la descente du Verbe en elle, Marie fut pour toujours la proie de Dieu.

Il me semble que l’attitude de la Vierge, durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité, est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre « au dedans », au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement, Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle car à travers tout, la Vierge restait l’adorante du don de Dieu ! Cela ne l’empêchait pas de se dépenser au dehors lorsqu’il s’agissait d’exercer la charité. L’Évangile nous dit que Marie parcourut en toute hâte les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Elisabeth (Luc 1,39).

Jamais la vision ineffable qu’elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure car, dit le bienheureux Ruusbroek, si la contemplation « s’en va vers la louange, et vers l’éternité de son Seigneur, elle possède l’unité et ne la perdra pas. Qu’un ordre du ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu’elle pleure et qu’elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le ciel ce qu’elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève et reprend brûlante de son feu le chemin de la hauteur ».

Pourquoi fêter la Visitation ?

« Quel est le charisme de la Visitation ? » ;  Dieu donne la vie et comble les attentes de ceux qui l’espèrent contre toute espérance.

Un charisme est un don que Dieu fait à l’Eglise pour le service de l’humanité. La scène de la Visitation dans l’Evangile de Luc (1, 39-55) peut être lue comme une mise en mot du plus grand des dons de Dieu aux hommes et femmes de désir. Dieu donne son Fils pour leur plus grande joie.

Pourtant, cette irruption de vie n’aurait jamais dû se produire. Une Vierge et une vieille femme stérile ne peuvent pas humainement enfanter ! Néanmoins, ces deux femmes, cousines de sang et de désir, vont donner la vie par la grâce du Seigneur lui-même.

Cousines de désir

Marie, la jeune Vierge, porte le Fils de Dieu à Elisabeth, la femme usée et fatiguée. Celle-ci donnera naissance au dernier des prophètes de l’Ancienne Alliance : Jean Baptiste.

Jésus Christ, annoncé dans une rencontre (par les Marie d’hier et d’aujourd’hui : tous ceux qui annoncent le Christ)… ou reçu dans une visite (par les Elisabeth de tous les temps : les chercheurs de Dieu, les hommes et les femmes de bonne volonté…) est le don que Dieu fait à l’humanité pour qu’elle vive. Ainsi le croyant comprend qu’au-delà des situations qui semblent impossibles à vivre, Dieu ouvre un passage.

Hier comme aujourd’hui, Dieu donne la vie et comble les attentes de ceux qui l’espèrent contre toute espérance ; ce don de la vie a un visage en Jésus-Christ, pour la plus grande joie de la famille humaine et celle de Dieu.

Sébastien Antoni, aa

 

Visitation : Une méditation de Charles de Foucauld

 

Ô ma Mère, c’est à la fois une de vos fêtes, et une des fêtes de Jésus, aujourd’hui. Mais c’est plus encore la fête de Notre Seigneur, car c’est Lui qui agit en vous et par vous

La Visitation, c’est la charité du Christ vous pressant. C’est Jésus qui, à peine est-Il entré en vous,
 
a soif de faire d’autres saints et d’autres heureux… Par l’Annonciation, II S’est manifesté et donné à vous. Il vous a sanctifiée merveilleusement. 
 
Cela ne Lui suffit pas ; dans son amour pour les hommes, II veut tout de suite Se manifester, et Se donner par vous à d’autres.

Il veut en sanctifier d’autres. Et il se fait porter par vous chez Jean. C’est donc votre fête, ô ma Mère… la fête des communautés contemplatives et silencieuses (…).

Ce que va faire, en effet, la Vierge dans sa Visitation, ce n’est pas une visite à sa cousine pour se consoler mutuellement par le récit des merveilles de Dieu en elles. C’est encore moins une visite de charité matérielle pour aider sa cousine dans les derniers mois de sa grossesse et dans ses couches. C’est bien plus que cela. Marie part pour sanctifier saint Jean, pour lui annoncer  la Bonne Nouvelle, pour l’évangéliser et le sanctifier, non par ses paroles, mais en portant Jésus en silence, auprès de lui, au milieu de sa demeure. Ainsi font les religieux qui sont voués à la contemplation...

 

Les textes de la fête de la Visitation

Première lecture : Sophonie 3, 14-18 ; le psaume : Is 12, 1-6 ; l’évangile : Luc 1, 39-56.

 

Première lecture : Sophonie 3, 14-18

Pousse des cris de joie, fille de Sion !
Éclate en ovations, Israël !
Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem !
Le Seigneur a écarté tes accusateurs, il a fait rebrousser chemin à ton ennemi.
Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi.
Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem :
« Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ;
il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. »
J’ai écarté de toi le malheur, pour que tu ne subisses plus l’humiliation.

 

Psaume : Is 12, 1-6

Seigneur, je te rends grâce : ta colère pesait sur moi, 
mais tu reviens de ta fureur et tu me consoles.
Voici le Dieu qui me sauve : 
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut.
Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut.
Ce jour-là, vous direz :
« Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! »
Redites-le : « Sublime est son nom ! ».
Jouez pour le Seigneur, car il a fait les prodiges que toute la terre connaît.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

 

Evangile : Luc 1, 39-56

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ».

Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
 Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,  de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais. » Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.

 

Il est dans la nature de Marie de « visiter »

Selon René Voillaume, fondateur des Frères de Charles de Foucauld, Marie vient tous les jours nous visiter..

D’habitude, nous voyons surtout dans le mystère de la Visitation une action à imiter, comme si Marie n’avait fait que cette visite-là et pour qu’elle nous soit un exemple, oubliant qu’il est dans la nature de la Vierge de faire des visites, et que c’est même devenu pour elle une fonction que de visiter les hommes. Comme si nous étions pour elle un ami, un proche parent, elle vient nous visiter souvent.

Total dévouement de Marie

La Visitation est pour toujours la fête de ce total dévouement qui anime le coeur de Marie depuis qu’elle sait être la mère de Jésus ; elle va commencer désormais cette série innombrable de « visitations » qui ne finira plus tant qu’il y aura un homme sur la terre. Sa glorification et l’extension prodigieuse de la maternité à tous ceux qui naîtront de son Fils, vont donner à Marie un nombre infini de parents à visiter, simplement pour aider, avec cette présence tout humble qui la caractérise. Marie vient nous visiter avec Jésus caché en elle, pour nous aider dans nos nécessités les plus urgentes, les plus quotidiennes, j’allais dire les plus « ménagères », nécessités de travail, de devoir d’état, de relations.

Marie nous rend visite, et nous n’y avons peut-être pas pensé ? Elle nous visite souvent, tous les jours. C’est cela le sens le plus profond, le plus vrai de cette fête : la fête des visites innombrables, toutes simples, toutes personnelles, bien à nous, que Marie multiplie dans nos vies, à chaque moment, à chaque difficulté. Ce n’est pas là une pieuse pensée, mais une admirable réalité. Il est dans la nature de Marie de « visiter ». Elle fait des visites parce qu’elle porte Jésus, parce que nous lui sommes apparentés et parce que nous avons besoin d’elle.

Sa présence

Marie est présente dans notre vie : elle connaît, elle voit, elle s’inquiète, elle aime, elle demande, elle intervient. C’est sa manière à elle de nous visiter. La Visitation donne à cette présence de Marie un caractère plus familier, très humain : elle veut aider si discrètement qu’on ne saura pas que c’est elle, que nous ne nous sommes pas aperçus que Marie nous visitait ! Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle a commencé ; ce que je viens de vous en dire doit vous faire découvrir la réalité.

Non, elle ne commence pas de nous visiter, car elle l’a toujours fait, sans attendre que vous lui disiez merci. Vous ne le saviez pas ? Peut-être aujourd’hui commencerez-vous d’être un peu plus attentifs, et vous efforcerez-vous de recevoir les visites de Marie d’une manière plus consciente, de les désirer, de les attendre, et, quelquefois, d’y assister dans le fond de votre coeur, avec émerveillement et dans un sentiment d’infinie gratitude.

René Voillaume, fondateur des Frères de Charles de Foucauld.

 

Source : site Croire.com

 

 

APPARITIONS DE FATIMA, EGLISE CATHOLIQUE, FATIMA, NOTRE-DAME-DE-FATIMA, SECRETS DE FATIMA, VIERGE MARIE

Le troisième secret de Fatima

      CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI 

  LE MESSAGE DE FATIMA 

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PRÉSENTATION   

Dans le passage du deuxième au troisième millénaire, le Pape Jean-Paul II a décidé de rendre public le texte de la troisième partie du « secret de Fatima ». 

Après les événements dramatiques et cruels du vingtième siècle, un des siècles les plus cruciaux de l’histoire de l’humanité, qui trouve son point culminant avec l’attentat sanglant envers le « doux Christ sur la terre », s’ouvre donc un voile sur une réalité qui marque l’histoire et qui l’interprète en profondeur, selon une dimension spirituelle à laquelle la mentalité actuelle, souvent empreinte de rationalisme, est réfractaire. 

Apparitions et signes surnaturels scandent l’histoire, elles entrent dans le vif des vicissitudes humaines et accompagnent le chemin du monde, surprenant croyants et non-croyants.Ces manifestations, qui ne peuvent pas contredire le contenu de la foi, doivent converger vers l’objet central de l’annonce du Christ: l’amour du Père qui suscite chez les hommes la conversion et qui donne la grâce pour s’abandonner à Lui avec une dévotion filiale. Tel est aussi le message de Fatima qui, avec l’appel déchirant à la conversion et à la pénitence, porte en réalité au cœur de l’Évangile. 

Fatima est sans aucun doute la plus prophétique des apparitions modernes.La première et la deuxième parties du « secret » — qui sont publiées dans l’ordre pour l’intégralité de la documentation — concernent avant tout la vision épouvantable de l’enfer, la dévotion au Cœur immaculé de Marie, la deuxième guerre mondiale, ainsi que la prédiction des très graves dommages que la Russie, abandonnant la foi chrétienne et adhérant au totalitarisme communiste, devait apporter à l’humanité. 

En 1917, personne n’aurait pu imaginer tout cela; les trois pastorinhos de Fatima voient, écoutent, gardent tout en mémoire, et Lucie, témoin survivant, à partir du moment où elle en a reçu l’ordre par l’évêque et la permission de Notre-Dame, le met par écrit. 

En ce qui concerne la description des deux premières parties du « secret », déjà publiées par ailleurs et donc connues, on a choisi le texte écrit de Sœur Lucie dans le troisième mémoire du 31 août 1941; dans le quatrième mémoire du 8 décembre 1941, elle y a ajouté quelques annotations. La troisième partie du « secret » fut écrite « sur l’ordre de Son Excellence l’Évêque de Leiria et de la Sainte Mère » le 3 janvier 1944. 

Il existe un seul manuscrit, qui est ici reproduit photographiquement. L’enveloppe scellée fut gardée d’abord par l’évêque de Leiria.Pour mieux conserver le « secret », l’enveloppe fut remise le 4 avril 1957 aux Archives secrètes du Saint-Office.Sœur Lucie en fut avertie par l’évêque de Leiria. 

Selon des notes d’archives, en accord avec le Cardinal Alfredo Ottaviani, le 17 août 1959, le Commissaire du Saint-Office, le Père Pierre-Paul Philippe, op, porta à Jean XXIII l’enveloppe contenant la troisième partie du « secret de Fatima ». Sa Sainteté, « après certaines hésitations », dit: « Attendons, je prierai. Je vous ferai savoir ce que j’ai décidé ».(1) 

En réalité, le Pape Jean XXIII décida de renvoyer l’enveloppe scellée au Saint-Office et de ne pas révéler la troisième partie du « secret ». 

Paul VI lut le contenu avec le Substitut, Mgr Angelo Dell’Acqua, le 27 mars 1965, puis renvoya l’enveloppe aux Archives secrètes du Saint-Office, décidant de ne pas publier le texte. 

Pour sa part, Jean-Paul II a demandé l’enveloppe contenant la troisième partie du « secret » après l’attentat du 13 mai 1981. Son Éminence le Cardinal Franjo Seper, Préfet de la Congrégation, remit à Son Excellence Monseigneur Eduardo Martinez Somalo, Substitut de la Secrétairerie d’État, le 18 juillet 1981, deux enveloppes: – l’une blanche, avec le texte original de Sœur Lucie en langue portugaise; – l’autre de couleur orange, avec la traduction du « secret » en langue italienne. Le 11 août suivant, Mgr Martinez a rendu les deux enveloppes aux Archives du Saint-Office.(2) 

Comme on le sait, le Pape Jean-Paul II pensa aussitôt à la consécration du monde au Cœur immaculé de Marie et composa lui-même une prière pour ce qu’il définit « un acte de consécration» à célébrer dans la Basilique Sainte-Marie-Majeure, le 7 juin 1981, solennité de la Pentecôte, jour choisi pour rappeler le 1600e anniversaire du premier Concile de Constantinople et le 1550e anniversaire du Concile d’Éphèse. Le Pape étant par force absent, on transmit son allocution enregistrée. Nous donnons le texte qui se réfère exactement à l’acte de consécration: 

« Mère des hommes et des peuples, toi qui connais toutes leurs souffrances et leurs espérances, toi qui ressens d’une façon maternelle toutes les luttes entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres qui secouent le monde, accueille l’appel que, dans l’Esprit Saint, nous adressons directement à ton cœur, et embrasse dans ton amour de mère et de servante du Seigneur, ceux qui ont le plus besoin de ta tendresse et aussi ceux dont tu attends toi-même d’une façon particulière qu’ils s’en remettent à toi. Prends sous ta protection maternelle toute la famille humaine que, dans un élan affectueux, nous remettons entre tes mains, ô notre Mère. Que vienne pour tous le temps de la paix et de la liberté, le temps de la vérité, de la justice et de l’espérance ».(3) 

Mais le Saint-Père, pour répondre plus complètement aux demandes de « Notre-Dame », voulut expliciter au cours de l’Année sainte de la Rédemption l’acte de consécration du 7 juin 1981, repris à Fatima le 13 mai 1982. Le 25 mars 1984, sur la place Saint-Pierre, en union spirituelle avec tous les évêques du monde, « convoqués » précédemment, évoquant le fiatprononcé par Marie au moment de l’Annonciation, le Pape consacre au Cœur immaculée de Marie les hommes et les peuples, avec des accents qui rappellent des paroles poignantes prononcées en 1981: 

C’est pourquoi, ô Mère des hommes et des peuples, toi qui connais toutes leurs souffrances et leurs espérances, toi qui ressens d’une façon maternelle toutes les luttes entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres qui secouent le monde contemporain, reçoit l’appel que, mus par l’Esprit Saint, nous adressons directement à ton Cœur, et avec ton amour de mère et de servante du Seigneur, embrasse notre monde humain, que nous t’offrons et te consacrons, pleins d’inquiétude pour le sort terrestre et éternel des hommes et des peuples. Nous t’offrons et te consacrons d’une manière spéciale les hommes et les nations qui ont particulièrement besoin de cette offrande et de cette consécration. 

« Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu! » « Ne rejette pas nos prières alors que nous sommes dans l’épreuve! ». 

Puis le Pape poursuit avec des références plus fortes et plus concrètes, comme un commentaire du Message de Fatima dans sa triste réalisation: 

« Devant toi, Mère du Christ, devant ton Cœur immaculé, nous voulons aujourd’hui, avec toute l’Église, nous unir à la consécration que ton Fils a faite de lui-même à son Père, par amour pour nous: “Pour eux, a-t-il dit, je me consacre moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité” (Jn 17, 19). Nous voulons nous unir à notre Rédempteur en cette consécration pour le monde et pour les hommes, laquelle, dans le cœur divin, a le pouvoir d’obtenir le pardon et de procurer la réparation. 

La puissance de cette consécrationdure dans tous les temps, elle embrasse tous les hommes, peuples et nations, elle surpasse tout mal que l’esprit des ténèbres est capable de réveiller dans le cœur de l’homme et dans son histoire, et que, de fait, il a réveillé à notre époque. 

Combien profondément nous sentons le besoin de consécration pour l’humanité et pour le monde, pour notre monde contemporain, dans l’unité du Christ lui-même! À l’œuvre rédemptrice du Christ, en effet, doit participer le monde par l’intermédiaire de l’Église

C’est ce que manifeste la présente Année de la Rédemption, le Jubilé extraordinaire de toute l’Église. 

En cette Année sainte, bénie sois-tu par-dessus toute créature, toi, la servante du Seigneur, qui as obéi de la manière la plus pleine à ce divin appel! 

Sois saluée, toi qui t’es entièrement unie à la consécration rédemptrice de ton Fils! 

Mère de l’Église! Enseigne au Peuple de Dieu les chemins de la foi, de l’espérance et de la charité! Éclaire spécialement les peuples dont tu attends de nous la consécration et l’offrande! Aide-nous à vivre dans la vérité de la consécration du Christ pour toute la famille humaine du monde contemporain! 

En te confiant, ô Mère, le monde, tous les hommes et tous les peuples, nous te confions aussi la consécration même du monde et nous la mettons dans ton cœur maternel. 

Ô Cœur immaculé! Aide-nous à vaincre la menace du mal qui s’enracine si facilement dans le cœur des hommes d’aujourd’hui et qui, avec ses effets incommensurables, pèse déjà sur la vie actuelle et semble fermer les voies vers l’avenir! 

De la faim et de la guerre, délivre-nous! 

De la guerre nucléaire, d’une autodestruction incalculable, de toutes sortes de guerres, délivre-nous! 

Des péchés contre la vie de l’homme depuis ses premiers moments, délivre-nous! 

De la haine et de la dégradation de la dignité des fils de Dieu, délivre-nous! 

De tous les genres d’injustice dans la vie sociale, nationale et internationale, délivre-nous! 

De la facilité avec laquelle on piétine les commandements de Dieu, délivre-nous! 

De la tentative d’éteindre dans les cœurs humains la vérité même de Dieu, délivre-nous! 

De la perte de la conscience du bien et du mal, délivre-nous! 

Des péchés contre l’Esprit Saint, délivre-nous! Délivre-nous! 

Écoute, ô Mère du Christ, ce cri chargé de la souffrance de tous les hommes! Chargé de la souffrance de sociétés entières! 

Aide-nous, par la puissance de l’Esprit Saint, à vaincre tout péché: le péché de l’homme et le “péché du monde”, le péché sous toutes ses formes. 

Que se révèle encore une fois dans l’histoire du monde l’infinie puissance salvifique de la Rédemption, la puissance de l’amour miséricordieux! Qu’il arrête le mal! Qu’il transforme les consciences! Que dans ton Cœur immaculé se manifeste pour tous la lumière de l’espérance!».(4) 

Sœur Lucie confirma personnellement que cet acte solennel et universel de consécration correspondait à ce que voulait Notre-Dame (« Sim, està feita, tal como Nossa Senhora a pediu, desde o dia 25 de Março de 1984 »: « Oui, cela a été fait, comme Notre-Dame l’avait demandé, le 25 mars 1984 »: lettre du 8 novembre 1989). C’est pourquoi toute discussion, toute nouvelle pétition est sans fondement. 

Dans la documentation ici présentée, on a ajouté aux manuscrits de Sœur Lucie quatre autres textes: 1) la lettre du Saint-Père à Sœur Lucie datée du 19 avril 2000; 2) une description de la rencontre avec Sœur Lucie du 27 avril 2000; 3) la communication lue par mandat du Saint-Père à Fatima le 13 mai dernier par Son Éminence le Cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’État; 4) le commentaire théologique de Son Éminence le Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. 

Une indication pour l’interprétation de la troisième partie du « secret » avait déjà été donnée par Sœur Lucie dans une lettre au Saint-Père le 12 mai 1982. Dans cette dernière, elle écrivait: 

« La troisième partie du secret se réfère aux paroles de notre-Dame: “Sinon la Russie répandra ses erreurs à travers le monde, favorisant guerres et persécutions envers l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites” (13-VI-1917). 

La troisième partie du secret est une révélation symbolique, qui se réfère à cette partie du Message, conditionné par le fait que nous acceptions ou non ce que le Message lui-même nous demande: “si on accepte mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix; sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, etc…”. 

Comme nous n’avons par tenu compte de cet appel du Message, nous constatons qu’il s’est réalisé, la Russie a inondé le monde de ses erreurs. Et si nous ne constatons pas encore la réalisation totale de la fin de cette prophétie, nous voyons que nous nous y acheminons peu à peu à grands pas. Si nous ne renonçons pas au chemin de péché, de haine, de vengeance qui viole les droits de la personne humaine, d’immoralité et de violence, etc. 

Et ne disons pas que c’est Dieu qui ainsi nous punit; au contraire, ce sont les hommes qui préparent eux-mêmes leur châtiment. Dans sa sollicitude, Dieu nous avertit et nous incite à prendre le bon chemin, respectant la liberté qu’il nous a donnée; c’est pourquoi les hommes sont responsables ».(5)   

La décision du Pape Jean-Paul II de rendre publique la troisième partie du « secret » de Fatima conclut une période de l’histoire, marquée par de tragiques volontés humaines de puissance et d’iniquité, mais pénétrée de l’amour miséricordieux de Dieu et de la vigilance prévenante de la Mère de Jésus et de l’Église. 

Action de Dieu, Seigneur de l’histoire, et coresponsabilité de l’homme, dans sa dramatique et féconde liberté, tels sont les deux pivots sur lesquels se construit l’histoire de l’humanité. 

La Vierge Marie apparue à Fatima nous rappelle ces valeurs oubliées, cet avenir de l’homme en Dieu, avenir dont nous sommes une part active et responsable. 

Tarcisio Bertone, sdb
Archevêque émérite de Vercelli
Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi

  

LE « SECRET » DE FATIMA   

    Jean-Paul-II-Lucie01

PREMIÈRE ET DEUXIÈME PARTIES DU « SECRET »

     DANS LA RÉDACTION QU’EN A FAITE SŒUR LUCIE DANS LE « TROISIÈME MÉMOIRE » DU 31 AOÛT 1941 DESTINÉ A L’ÉVÊQUE DE LEIRIA-FATIMA 

(traduction) (6

« Je devrai, pour cela, parler un peu du secret et répondre à la première question. 

En quoi consiste le secret? 

Il me semble que je peux le dire puisque le Ciel m’en a déjà donné la permission. Les représentants de Dieu sur la terre m’ont eux aussi autorisée à le faire, à plusieurs reprises, par lettres. Je crois que Votre Excellence a conservé l’une d’elles, celle du Père José Bernardo Gonçalves, dans laquelle il m’ordonne d’écrire au Saint-Père. Un des points qu’il m’indique est la révélation du secret. J’en ai déjà dit quelque chose, mais pour ne pas trop allonger cet écrit, qui devait être bref, je me suis limitée à l’indispensable, laissant à Dieu l’occasion d’un moment plus favorable. 

J’ai déjà exposé, dans le deuxième écrit, le doute qui m’avait tourmentée du 13 juin au 13 juillet, et qui disparut lors de cette dernière apparition. 

Bien. Le secret comporte trois choses distinctes, et je vais en dévoiler deux. La première fut la vision de l’Enfer. Notre-Dame nous montra une grande mer de feu, qui paraissait se trouver sous la terre et, plongés dans ce feu, les démons et les âmes, comme s’ils étaient des braises transparentes, noires ou bronzées, avec une forme humaine. Ils flottaient dans cet incendie, soulevés par les flammes, qui sortaient d’eux-mêmes, avec des nuages de fumée. Ils retombaient de tous côtés, comme les étincelles retombent dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, avec des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur. Les démons se distinguaient par leurs formes horribles et dégoûtantes d’animaux épouvantables et inconnus, mais transparents et noirs. Cette vision dura un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui auparavant nous avait prévenus, nous promettant de nous emmener au Ciel (à la première apparition). Autrement, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur. 

Ensuite nous levâmes les yeux vers Notre-Dame, qui nous dit avec bonté et tristesse: 

— Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur immaculé. Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes seront sauvées et on aura la paix. La guerre va finir. Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le pontificat de Pie XI en commencera une autre pire encore. Lorsque vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne, qu’Il va punir le monde de ses crimes par le moyen de la guerre, de la faim et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père. Pour empêcher cette guerre, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis. Si on accepte mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix; sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites. À la fin, mon Cœur immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie, qui se convertira, et il sera concédé au monde un certain temps de paix ».(7)    

 

TROISIÈME PARTIE DU « SECRET » 

(traduction) (8)   

« J.M.J. 

La troisième partie du secret révélé le 13 juillet 1917 dans la Cova de Iria-Fatima. 

J’écris en obéissance à Vous, mon Dieu, qui me le commandez par l’intermédiaire de son Exce Rév.me Monseigneur l’Évêque de Leiria et de Votre Très Sainte Mère, qui est aussi la mienne. 

Après les deux parties que j’ai déjà exposées, nous avons vu sur le côté gauche de Notre-Dame, un peu plus en hauteur, un Ange avec une épée de feu dans la main gauche; elle scintillait et émettait des flammes qui, semblait-il, devaient incendier le monde; mais elles s’éteignaient au contact de la splendeur qui émanait de la main droite de Notre-Dame en direction de lui; l’Ange, indiquant la terre avec sa main droite, dit d’une voix forte: PénitencePénitencePénitence! Et nous vîmes dans une lumière immense qui est Dieu: “Quelque chose de semblable à la manière dont se voient les personnes dans un miroir quand elles passent devant” un Évêque vêtu de Blanc, “nous avons eu le pressentiment que c’était le Saint-Père”. Divers autres Évêques, Prêtres, religieux et religieuses monter sur une montagne escarpée, au sommet de laquelle il y avait une grande Croix en troncs bruts, comme s’ils étaient en chêne-liège avec leur écorce; avant d’y arriver, le Saint-Père traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d’un pas vacillant, affligé de souffrance et de peine, il priait pour les âmes des cadavres qu’il trouvait sur son chemin; parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la grande Croix, il fut tué par un groupe de soldats qui tirèrent plusieurs coups avec une arme à feu et des flèches; et de la même manière moururent les uns après les autres les Évêques les Prêtres, les religieux et religieuses et divers laïcs, hommes et femmes de classes et de catégories sociales différentes. Sous les deux bras de la Croix, il y avait deux Anges, chacun avec un arrosoir de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des Martyrs et avec lequel ils irriguaient les âmes qui s’approchaient de Dieu.   

Tuy – 3-1-1944 ».  

 

INTERPRETATION DU « SECRET » 

LETTRE DE JEAN-PAUL II À SŒUR LUCIE 

   (traduction)   

Révérende Sœur 
Maria Lucia 
Couvent de Coimbra   

Dans la joie des fêtes pascales, je vous adresse le souhait de Jésus ressuscité à ses disciples: « La paix soit avec vous! ». 

Je serai heureux de pouvoir vous rencontrer au cours du jour attendu de la béatification de Francisco et Jacinta que, si Dieu le veut, je proclamerai le 13 mai prochain. 

Comme il n’y aura cependant pas de temps pour une rencontre mais seulement pour une brève salutation, j’ai expressément chargé Monseigneur Tarcisio Bertone, Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, de venir s’entretenir avec vous. C’est la Congrégation qui collabore le plus étroitement avec le Pape pour la défense de la vraie foi catholique et qui a conservé, comme vous le savez, depuis 1957, votre lettre manuscrite contenant la troisième partie du secret révélé le 13 juillet 1917 dans la Cova de Iria, à Fatima. 

Monseigneur Bertone, accompagné de l’évêque de Leiria, Monseigneur Serafim de Sousa Ferreira e Silva, vient en mon nom pour vous poser quelques questions sur l’interprétation de la « troisième partie du secret ». 

Révérende Sœur Maria Lúcia, parlez très ouvertement et sincèrement à Monseigneur Bertone, qui me transmettra directement vos réponses. 

Je prie ardemment la Mère du Ressuscité pour vous, pour la communauté de Coimbra et pour toute l’Église. Que Marie, Mère de l’humanité en pèlerinage, nous tienne toujours proches de Jésus, son Fils bien-aimé et notre Frère, Seigneur de la vie et de la gloire. 

Avec une particulière Bénédiction apostolique.   

JEAN-PAUL II. 

Du Vatican, le 19 avril 2000.

 

RENCONTRE AVEC SŒUR MARIA LUCIA DE JESUS E DO CORAÇÃO IMACULADO

Le rendez-vous de Sœur Lucie avec Monseigneur Tarcisio Bertone, Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, envoyé du Saint-Père, et de Monseigneur Serafim de Sousa Ferreira e Silva, Évêque de Leiria-Fatima, a eu lieu le jeudi 27 avril dernier, dans le Carmel de Sainte-Thérèse à Coimbra. 

Sœur Lucie était lucide et sereine; elle était très contente de la venue du Saint-Père à Fatima, pour la béatification de Francisco et Jacinta, qu’elle attendait depuis longtemps. 

L’évêque de Leiria-Fatima lut la lettre autographe du Saint-Père qui expliquait les motifs de la visite. Sœur Lucie s’est sentie honorée et elle la relut personnellement, la contemplant dans ses mains. Elle s’est dite disposée à répondre franchement à toutes les questions. 

Monseigneur Tarcisio Bertone lui présente alors les deux enveloppes: l’enveloppe extérieure et celle qui contient la lettre avec la troisième partie du « secret » de Fatima, et elle affirme aussitôt, la touchant avec ses doigts: « C’est mon papier », et puis en la lisant: « C’est mon écriture ». 

Avec l’aide de l’évêque de Leiria-Fatima, le texte original, qui est en portugais, est lu et interprété. Sœur Lucie partage l’interprétation selon laquelle la troisième partie du « secret » consiste en une vision prophétique, comparable à celles de l’histoire sainte. Elle réaffirme sa conviction que la vision de Fatima concerne avant tout la lutte du communisme athée contre l’Église et les chrétiens, et elle décrit l’immense souffrance des victimes de la foi du vingtième siècle.

À la question: « le personnage principal de la vision est-il le Pape? », Sœur Lucie répond immédiatement par l’affirmative et elle rappelle que les trois petits bergers étaient très tristes des souffrances du Pape, et que Jacinta répétait: « Coitadinho do Santo Padre, tenho muita pena dos pecadores! » (« Pauvre Saint-Père, il a beaucoup de peine pour les pécheurs! »). Sœur Lucie continue: « Nous ne connaissions pas le nom du Pape, la Vierge ne nous a pas donné le nom du Pape, nous ne savions pas s’il s’agissait de Benoît XV ou de Pie XII ou de Paul VI ou de Jean-Paul II, mais c’était le Pape qui souffrait et cela nous faisait aussi souffrir ». 

Quant au passage concernant l’évêque vêtu de blanc, à savoir le Saint-Père – comme le perçurent immédiatement les petits bergers durant la « vision » – qui est blessé à mort et qui tombe par terre, Sœur Lucie partage pleinement l’affirmation du Pape: « Ce fut une main maternelle qui guida la trajectoire du projectile et le Pape agonisant s’arrêta au seuil de la mort » (Jean-Paul II, Méditation avec les évêques italiens depuis l’hôpital polyclinique Gemelli, 13 mai 1994). 

Alors que Sœur Lucie, avant de remettre à l’évêque de Leiria-Fatima de l’époque la lettre scellée contenant la troisième partie du « secret », avait écrit sur l’enveloppe extérieure qu’elle pouvait être ouverte seulement après 1960, soit par le Patriarche de Lisbonne soit par l’évêque de Leiria, Monseigneur Bertone lui demande: « Pourquoi l’échéance de 1960? Est-ce la Vierge qui avait indiqué cette date? Sœur Lucie répond: « Ça n’a pas été Notre-Dame, mais c’est moi qui ai mis la date de 1960, car, selon mon intuition, avant 1960, on n’aurait pas compris, on aurait compris seulement après. Maintenant on peut mieux comprendre. J’ai écrit ce que j’ai vu, l’interprétation ne me regarde pas, elle regarde le Pape ». 

Enfin, est mentionné le manuscrit non publié que Sœur Lucie a préparé comme réponse à de nombreuses lettres de fidèles de la Vierge et de pèlerins. L’œuvre porte le titre « Os apelos da Mensagen de Fatima » et contient des pensées et des réflexions qui expriment ses sentiments et sa spiritualité simple et limpide, sous forme catéchétique et parénétique. Il lui a été demandé si elle était contente qu’elle soit publiée; elle répondit: « Si le Saint-Père est d’accord, je suis contente, autrement j’obéis à ce que décide le Saint-Père ». Sœur Lucie désire soumettre le texte à l’approbation de l’Autorité ecclésiastique, et nourrit l’espoir de contribuer, par son écrit, à guider les hommes et les femmes de bonne volonté sur le chemin qui conduit à Dieu, but ultime de toute attente humaine. 

La rencontre se termine par un échange de chapelets: à Sœur Lucie est remis celui qui a été donné par le Saint-Père, et elle, à son tour, remet quelques chapelets qu’elle a personnellement confectionnés. 

La Bénédiction donnée au nom du Saint-Père conclut l’entretien. 

 

COMMUNICATION DE SON ÉMINENCE 
LE CARDINAL ANGELO SODANO 
SECRÉTAIRE D’ÉTAT DE SA SAINTETÉ 

  

À la fin de la concélébration eucharistique solennelle présidée par Jean-Paul II à Fatima, le Cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’État, a prononcé en portugais les paroles que nous reproduisons ici en traduction française:   

Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur! 

Au terme de cette célébration solennelle, je ressens le devoir d’adresser à notre bien-aimé Saint-Père Jean-Paul II les vœux les plus cordiaux de toutes les personnes ici présentes pour son tout proche quatre-vingtième anniversaire, le remerciant de son précieux ministère pastoral au bénéfice de toute la sainte Église de Dieu. 

À l’occasion de l’événement solennel de sa venue à Fatima, le Souverain Pontife m’a chargé de vous faire une annonce. Comme vous le savez, le but de sa visite à Fatima a été la béatification des deux petits bergers. Mais il veut aussi donner à ce pèlerinage le sens d’un geste renouvelé de gratitude envers la Madone, pour la protection qu’elle lui a accordée durant ses années de pontificat. C’est une protection qui semble concerner aussi ce qu’on appelle « la troisième partie » du secret de Fatima. 

Ce texte constitue une vision prophétique comparable à celles de l’Écriture sainte, qui ne décrivent pas de manière photographique les détails des événements à venir, mais qui résument et condensent sur un même arrière-plan des faits qui se répartissent dans le temps en une succession et une durée qui ne sont pas précisées. Par conséquent, la clé de lecture du texte ne peut que revêtir un caractère symbolique. 

La vision de Fatima concerne surtout la lutte des systèmes athées contre l’Église et contre les chrétiens. Elle décrit l’immense souffrance des témoins de la foi du dernier siècle du deuxième millénaire. C’est un interminable chemin de croix, guidée par les Papes du vingtième siècle. 

Selon l’interprétation des petits bergers, interprétation confirmée récemment par Sœur Lucie, «l’Évêque vêtu de blanc » qui prie pour tous les fidèles est le Pape. Lui aussi, marchant péniblement vers la Croix parmi les cadavres des personnes martyrisées (évêques, prêtres, religieux, religieuses et nombreux laïcs), tombe à terre comme mort, sous les coups d’une arme à feu. 

Après l’attentat du 13 mai 1981, il apparut clairement à Sa Sainteté qu’il y avait eu « une main maternelle pour guider la trajectoire du projectile », permettant au « Pape agonisant » de s’arrêter «au seuil de la mort » (Jean-Paul II, Méditation avec les Évêques italiens depuis l’hôpital polyclinique GemelliInsegnamenti, vol. XVII1, 1994, p. 1061). À l’occasion d’un passage à Rome de l’évêque de Leiria-Fatima de l’époque, le Pape décida de lui remettre le projectile, resté dans la jeep après l’attentat, pour qu’il soit gardé dans le sanctuaire. Sur l’initiative de l’Évêque, il fut enchâssé dans la couronne de la statue de la Vierge de Fatima. 

Les événements ultérieurs de 1989 ont conduit, en Union soviétique et dans de nombreux Pays de l’Est, à la chute du régime communiste, qui se faisait le défenseur de l’athéisme. Pour cela aussi, le Souverain Pontife remercie de tout cœur la Vierge très sainte. Cependant, dans d’autres parties du monde, les attaques contre l’Église et contre les chrétiens, accompagnées du poids de la souffrance, n’ont malheureusement pas encore cessé. Bien que les situations auxquelles fait référence la troisième partie du secret de Fatima semblent désormais appartenir au passé, l’appel de la Vierge de Fatima à la conversion et à la pénitence, lancé au début du vingtième siècle, demeure encore aujourd’hui d’une actualité stimulante. « La Dame du message semble lire avec une perspicacité spéciale les signes des temps, les signes de notre temps […]. L’invitation insistante de la très Sainte Vierge Marie à la pénitence n’est que la manifestation de sa sollicitude maternelle pour le sort de la famille humaine, qui a besoin de conversion et de pardon » (Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale des malades 1997, n. 1: La Documentation catholique, 93 [1996], p. 1051). 

Pour permettre aux fidèles de mieux recevoir le message de la Vierge de Fatima, le Pape a confié à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le soin de rendre publique la troisième partie du secret, après en avoir préparé un commentaire approprié. 

Nous remercions la Vierge de Fatima de sa protection. Nous confions à sa maternelle intercession l’Église du troisième millénaire. 

Sub tuum præsidium confugimus, Sancta Dei Genetrix! Intercede pro Ecclesia! Intercede pro Papa nostro Ioanne Paulo II. Amen.   

Fatima, le 13 mai 2000.

 

COMMENTAIRE THÉOLOGIQUE   

Celui qui lit avec attention le texte de ce qu’on appelle le troisième « secret » de Fatima, qui, après un long temps, par une disposition du Saint-Père, est publié ci-joint dans son intégralité, sera probablement déçu ou étonné après toutes les spéculations qui ont été faites. Aucun grand mystère n’est révélé; le voile de l’avenir n’est pas déchiré. Nous voyons l’Église des martyrs du siècle qui s’achève représentée à travers une scène décrite dans un langage symbolique difficile à déchiffrer. Est-ce cela que la Mère du Seigneur voulait communiquer à la chrétienté, à l’humanité, dans une période de grands problèmes et de grandes angoisses? Cela nous est-il utile au début du nouveau millénaire? Ou bien s’agit-il seulement de projections du monde intérieur d’enfants qui ont grandi dans une ambiance de profonde piété, mais qui étaient en même temps bouleversés par la tourmente qui menaçait leur époque? Comment devons-nous comprendre la vision, que faut-il en penser?  

Révélation publique et révélations privées – leur lieu théologique   

Avant d’entreprendre une tentative d’interprétation, dont les lignes essentielles peuvent être trouvées dans la communication que le Cardinal Sodano a prononcée le 13 mai dernier à la fin de la célébration eucharistique présidée par le Saint-Père à Fatima, il convient d’effectuer quelques clarifications de fond à propos de la manière dont, selon la doctrine de l’Église, doivent être compris des phénomènes comme celui de Fatima, à l’intérieur de la vie de foi. L’enseignement de l’Église distingue entre la « révélation publique » et les « révélations privées ». Entre ces deux réalités, il y a une différence non seulement de degré, mais de nature. Le terme « révélation publique » désigne l’action révélatrice de Dieu, qui est destinée à l’humanité entière et qui a trouvé son expression littéraire dans les deux parties de la Bible: l’Ancien et le Nouveau Testament. On l’appelle « révélation » parce que, en elle, Dieu s’est fait connaître progressivement aux hommes, au point de devenir lui-même homme, pour attirer à lui et réunir à lui tout le monde, par son Fils incarné, Jésus Christ. Il ne s’agit donc pas de communications intellectuelles, mais d’un processus vital, par lequel Dieu s’approche de l’homme; et dans ce processus, tout naturellement, se dévoilent aussi un contenu qui intéresse également l’intelligence et la compréhension du mystère de Dieu. Le processus concerne l’homme tout entier et donc aussi la raison, mais pas seulement cette dernière. Dieu étant unique, l’histoire qu’il vit avec l’humanité est unique; elle vaut pour tous les temps et elle a trouvé son accomplissement dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus Christ. En Christ, Dieu a tout dit, c’est-à-dire lui-même, et donc la révélation s’est achevée avec la réalisation du mystère du Christ, qui a trouvé son expression dans le Nouveau Testament. Le Catéchisme de l’Église catholique cite un texte de saint Jean de la Croix pour expliquer que la révélation est définitive et complète: « Dès lors qu’Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole […]; car ce qu’il disait par parties aux prophètes, Il l’a dit tout entier dans son Fils […]. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose en quelque nouveauté » (CÉC, n. 65: S. Jean de la Croix, Montée au Carmel, 2, 22).   

Le fait que l’unique révélation de Dieu adressée à tous les peuples est achevée avec le Christ et par le témoignage qui lui est rendu dans les livres du Nouveau Testament lie l’Église à l’événement unique de l’histoire sacrée et à la parole biblique, qui garantit et interprète cet événement, mais cela ne signifie pas que l’Église pourrait maintenant regarder seulement le passé et serait ainsi condamnée à une répétition stérile. Le Catéchisme de l’Église catholique dit à ce sujet: « Même si la Révélation est achevée, elle n’est pas complètement explicitée; il restera à la foi chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles » (n. 66). Les deux aspects, à savoir le lien avec l’unicité de l’événement et la progression dans sa compréhension, sont très bien illustrés dans le dernier discours du Christ, lorque, faisant ses adieux aux disciples, il leur dit: « J’aurai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même […]. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16, 12-14). D’une part, l’Esprit est un guide et il ouvre à une connaissance, mais il manquait auparavant le présupposé pour porter le poids de cette connaissance — telle est l’ampleur et la profondeur jamais atteintes de la foi chrétienne. D’autre part, cette fonction de guide est une manière de « prendre » dans le trésor de Jésus Christ lui-même, dont la profondeur insondable se manifeste dans la conduite opérée par l’Esprit. Le Catéchisme cite à ce sujet une parole profonde du Pape Grégoire le Grand: « Les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble » (CÉC, n. 94, Grégoire le Grand, Homélie sur Ezéchiel, 1, 7, 8). Le Concile Vatican II indique trois voies essentielles, par lesquelles s’opèrent l’action de guide de l’Esprit Saint dans l’Église et donc la « croissance de la Parole »; cette action s’accomplit au moyen de la méditation et de l’étude par les fidèles, au moyen d’une profonde intelligence qui provient de l’expérience spirituelle et de la prédication de « ceux qui, avec la succession dans l’épiscopat, ont reçu un charisme certain de vérité » (Dei Verbum, n. 8). 

Dans ce contexte, il devient désormais possible de comprendre correctement le concept de « révélation privée », qui se réfère à toutes les visions et à toutes les révélations qui ont lieu après la conclusion du Nouveau Testament; il s’agit donc de la catégorie à l’intérieur de laquelle nous devons placer le message de Fatima. À ce sujet, commençons par lire le Catéchisme de l’Église catholique: « Au fil des siècles, il y a eu des révélations dites “privées”, dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. […] Leur rôle n’est pas […] de “compléter” la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire » (n. 67). Deux éléments sont ainsi clarifiés: 

  1. L’autorité des révélations privées est substantiellement différente de l’unique révélation publique: cette dernière exige notre foi; en effet, en elle, par l’intermédiaire de paroles humaines et de la médiation de la communauté vivante de l’Église, Dieu lui-même nous parle. La foi en Dieu et dans sa Parole se distingue de toute autre foi, croyance ou opinion humaines. La certitude que Dieu parle me donne la sécurité que je rencontre la vérité elle-même, et ainsi une certitude qui ne peut se vérifier par aucune forme humaine de connaissance. C’est la certitude sur laquelle j’édifie ma vie et à laquelle je me confie en mourant.   
  2. La révélation privée est une aide pour la foi, et elle se manifeste comme crédible précisément parce qu’elle renvoie à l’unique révélation publique. Le Cardinal Prospero Lambertini, futur Pape Benoît XIV, dit à ce sujet dans son traité classique, devenu ensuite normatif pour les béatifications et les canonisations: « Un assentiment de foi catholique n’est pas dû à des révélations approuvées de cette manière; ce n’est même pas possible. Ces révélations requièrent plutôt un assentiment de foi humaine conforme aux règles de la prudence, qui nous les présentent comme probables et crédibles dans un esprit de piété ». Le théologien flamand E. Dhanis, éminent connaisseur de cette question, affirme de manière synthétique que l’approbation ecclésiale d’une révélation privée comporte trois éléments: le message relatif ne contient rien qui s’oppose à la foi et aux bonnes mœurs; il est licite de le rendre publique, et les fidèles sont autorisés à lui donner, de manière prudente, leur adhésion [E. Dhanis, Regard sur Fatima et bilan d’une discussionLa Civiltà cattolica 104 (1953, II), pp. 392-406, en particulier p. 397]. Un tel message peut être une aide valable pour comprendre et mieux vivre l’Évangile à l’heure actuelle; c’est pourquoi il ne doit pas être négligé. Il est une aide qui est offerte, mais dont il n’est nullement obligatoire de faire usage.   

Le critère pour la vérité et pour la valeur d’une révélation privée est donc son orientation vers le Christ lui-même. Quand elle nous éloigne de lui, quand elle se rend autonome ou même quand elle se fait passer pour un dessein de salut autre et meilleur, plus important que l’Évangile, elle ne vient certainement pas de l’Esprit Saint, qui nous guide à l’intérieur de l’Évangile, et non hors de lui. Cela n’exclut pas qu’une révélation privée mette de nouveaux accents, qu’elle fasse apparaître de nouvelles formes de piété, qu’elle en approfondisse ou en étende d’anciennes. Mais de toute façon, en tout cela, il doit s’agir d’une nourriture pour la foi, l’espérance et la charité, qui sont pour tous la voie permanente du salut. Nous pouvons ajouter que bien souvent les révélations privées proviennent avant tout de la piété populaire et se reflètent sur elle, lui donnent de nouvelles impulsions et ouvrent pour elle de nouvelles formes. Cela n’exclut pas qu’elles aient aussi des effets dans la liturgie elle-même, comme le montrent par exemple les fêtes du Corpus Domini et du Sacré-Cœur de Jésus. D’un certain point de vue, dans la relation entre liturgie et piété populaire, se dessine la relation entre la Révélation et les révélations privées: la liturgie est le critère, elle est la forme vitale de l’Église dans sa totalité, nourrie directement par l’Évangile. La religiosité populaire signifie que la foi plonge ses racines au cœur des peuples d’une façon telle qu’elle s’introduit dans le monde du quotidien. La religiosité populaire est la forme première et fondamentale de l’« inculturation » de la foi, qui doit continuellement se laisser orienter et guider par les indications de la liturgie, mais qui, à son tour, féconde la foi à partir du cœur. 

Ainsi, nous sommes déjà passés des précisions plutôt négatives, qui de prime abord étaient nécessaires, aux déterminations positives des révélations privées: comment peut-on les classer de manière correcte à partir de l’Écriture? Quelle est leur catégorie théologique? La plus ancienne lettre de saint Paul qui nous a été conservée, le texte qui, dans l’absolu, est peut-être le plus ancien du Nouveau Testament, la première lettre aux Thessaloniciens, me semble donner une indication. L’Apôtre y écrit: « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose, ce qui est bien, gardez-le » (5, 19-21). À toutes les époques est donné à l’Église le charisme de prophétie, qui doit être examiné, mais qui ne peut être déprécié. À ce sujet, il convient de tenir compte du fait que la prophétie, au sens biblique, ne signifie pas prédire l’avenir, mais expliquer la volonté de Dieu pour le présent, et donc montrer la voie droite vers l’avenir. Celui qui prédit l’avenir satisfait à la curiosité de la raison, qui désire ouvrir le voile de l’avenir; le prophète, quant à lui, satisfait à l’aveuglement de la volonté et de la pensée, et éclaire la volonté de Dieu comme exigence et indication pour le présent. Dans ce cas, l’importance de la prédiction de l’avenir est secondaire. Ce qui est essentiel, c’est l’actualisation de l’unique révélation, qui me concerne en profondeur: la parole prophétique est un avertissement ou encore une consolation, ou même les deux à la fois. En ce sens, on peut associer le charisme de la prophétie à la catégorie des « signes des temps », qui a été remise en lumière par le Concile Vatican II: « L’aspect de la terre et du ciel, vous savez le juger; mais le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger? » (Lc 12, 56). Par « signes des temps » dans ces paroles de Jésus, il faut entendre son propre chemin, lui-même. Interpréter les signes des temps à la lumière de la foi signifie reconnaître la présence du Christ en tout temps. Dans les révélations privées reconnues par l’Église — donc aussi celle de Fatima — il s’agit de ceci: nous aider à comprendre les signes des temps et à trouver pour eux la juste réponse dans la foi.   

La structure anthropologique des révélations privées   

Après avoir chercher à déterminer le lieu théologique des révélations privées par ces réflexions et avant de nous engager dans une interprétation du message de Fatima, nous devons encore chercher brièvement à éclaircir un peu leur caractère anthropologique (psychologique). L’anthropologie théologique distingue en ce domaine trois formes de perception ou de « vision »: la vision des sens, donc la perception externe corporelle, la perception intérieure et la vision spirituelle (visio sensibilis – imaginativa – intellectualis). Il est clair que, dans les visions de Lourdes, Fatima, etc., il ne s’agit pas de la perception normale extérieure des sens: les images et les figures qui sont vues ne se trouvent pas extérieurement dans l’espace, comme s’y trouve par exemple un arbre ou une maison. Cela est absolument évident, par exemple, en ce qui concerne la vision de l’enfer (décrite dans la première partie du « secret » de Fatima) ou encore la vision décrite dans la troisième partie du « secret », mais cela peut se montrer très facilement aussi pour les autres visions, surtout parce que toutes les personnes présentes ne les voient pas, mais en réalité seulement les « voyants ». De même, il est évident qu’il ne s’agit pas d’une « vision » intellectuelle, sans images, comme on le trouve dans les hauts degrés de la mystique. Il s’agit donc de la catégorie intermédiaire, la perception intérieure, qui a certainement pour le voyant une force de présence, laquelle équivaut pour lui à la manifestation externe sensible.   

Voir intérieurement ne signifie pas qu’il s’agit de fantaisies, ce qui serait seulement une expression de l’imagination subjective. Cela signifie plutôt que l’âme est effleurée par la touche de quelque chose de réel, même si c’est suprasensible, et qu’elle est rendue capable de voir le non-sensible, le non-visible par les sens – une vision avec les « sens internes ». Il s’agit de vrais « objets » qui touchent l’âme, bien qu’ils n’appartiennent pas à notre monde sensible habituel. C’est pourquoi cela exige une vigilance intérieure du cœur qui, la plupart du temps, n’existe pas en raison de la pression des fortes réalités externes, des images et des pensées qui remplissent l’âme. La personne est conduite au-delà de la pure extériorité et les dimensions les plus profondes de la réalité la touchent, se rendent visibles à elle. On se doit d’opérer une vérification, comme nous l’avons dit. Mais elle comporte aussi des limites. Déjà dans les visions extérieures, il existe aussi un facteur subjectif: nous ne voyons pas l’objet pur, mais celui-ci nous parvient à travers le filtre de nos sens, qui doivent accomplir un processus de traduction. Cela est encore plus évident dans la vision intérieure, surtout lorsqu’il s’agit de réalités qui outrepassent en elles-mêmes notre horizon. Le sujet, le voyant, est engagé de manière encore plus forte. Il voit avec ses possibilités concrètes, avec les modalités représentatives et cognitives qui lui sont accessibles. Dans la vision intérieure, il s’agit encore plus largement que dans la vision extérieure d’un processus de traduction, de sorte que le sujet est de manière essentielle participant de la formation, sous mode d’images, de ce qui apparaît. L’image peut advenir seulement selon ses mesures et ses possibilités. Ces visions ne sont donc jamais de simples « photographies » de l’au-delà, mais elles portent aussi en elles-mêmes les possibilités et les limites du sujet qui perçoit. 

On peut le montrer à travers toutes les grandes visions des saints; naturellement, cela vaut aussi pour les visions des enfants de Fatima. Les images qu’ils ont décrites ne sont pas en effet une simple expression de leur fantaisie, mais le fruit d’une réelle perception d’origine supérieure et intérieure, elles ne sont pas non plus à envisager comme si, pour un instant, le voile de l’au-delà avait été enlevé et que le ciel apparaissait dans ce qu’il a de purement essentiel, de la manière dont nous espérons le voir un jour dans l’union définitive avec Dieu. Les images sont plutôt, pour ainsi dire, une synthèse de l’impulsion qui provient d’En Haut et des possibilités de ce fait disponibles du sujet qui perçoit, en l’occurrence des enfants. C’est pour cela que le langage imaginatif de ces visions est un langage symbolique. Le Cardinal Sodano dit à ce sujet: les visions « ne décrivent pas de manière photographique les détails des événements à venir, mais résument et condensent sur un même arrière-plan des faits qui se répartissent dans le temps en une succession et une durée qui ne sont pas précisées ». Ce rassemblement de temps et d’espace en une image unique est typique de telles visions, qui en règle générale ne peuvent être déchiffrées qu’a posteriori. Dans ce domaine, on ne peut pas dire que chaque élément visuel doive avoir un sens historique concret. C’est la vision dans son ensemble qui compte, et c’est à partir de l’ensemble des images que les éléments particuliers doivent être compris. Quel que soit le centre d’une image, elle se révèle de manière ultime à partir de ce qui est le centre de la « prophétie » chrétienne elle-même: le centre est là où la vision devient appel et guide vers la volonté de Dieu.

Une tentative d’interprétation du « secret » de Fatima   

La première et la deuxième partie du « secret » de Fatima ont déjà été discutées amplement dans la littérature qui le concerne et qu’il n’est pas utile de les illustrer ici une nouvelle fois. Je voudrais seulement attirer brièvement l’attention sur le point le plus significatif. Pendant un instant terrible, les enfants ont fait l’expérience d’une vision de l’enfer. Ils ont vu la chute des « âmes des pauvres pécheurs ». Et maintenant, il leur est dit pourquoi ils ont été exposés à cet instant: « pour les sauver [les âmes] » — pour montrer un chemin de salut. Il vient à l’esprit la phrase de la première lettre de Pierre: « … Sûrs d’obtenir l’objet de votre foi: le salut des âmes » (1, 9). Comme chemin vers ce but, est indiquée — de manière surprenante pour des personnes provenant de l’ère culturelle anglo-saxonne et allemande — la dévotion au Cœur immaculé de Marie. Pour comprendre cela, une brève indication suffira ici. « Cœur » signifie dans le langage de la Bible le centre de l’existence humaine, la jonction entre la raison, la volonté, le tempérament et la sensibilité, où la personne trouve son unité et son orientation intérieure. Le « cœur immaculé » est, selon Mt 5, 8, un cœur qui, à partir de Dieu, est parvenu à une parfaite unité intérieure et donc « voit Dieu ». La « dévotion » au Cœur immaculé de Marie est donc une façon de s’approcher du comportement de ce cœur, dans lequel le fiat — que ta volonté soit faite — devient le centre qui informe toute l’existence. Si quelqu’un voulait objecter que nous ne devrions pas cependant interposer un être humain entre le Christ et nous, on devrait alors se rappeler que Paul n’a pas eu peur de dire à ses propres communautés: imitez-moi (cf. 1 Co 4, 16; Ph 3, 17; 1 Th 1, 6; 2 Th 3, 7. 9). Chez l’Apôtre, les communautés peuvent vérifier concrètement ce que signifie suivre le Christ. De qui pourrions-nous en tout temps apprendre d’une manière meilleure, sinon de la Mère du Seigneur?   

Ainsi, nous arrivons finalement à la troisième partie du « secret » de Fatima, publié ici pour la première fois dans son intégralité. Comme il ressort de la documentation précédente, l’interprétation que le Cardinal Sodano a donnée dans son texte du 13 mai a, dans un premier temps, été présentée personnellement à Sœur Lucie. À ce sujet, Sœur Lucie a tout d’abord observé qu’elle avait reçu la vision, mais pas son interprétation. L’interprétation, disait-elle, ne revient pas au voyant, mais à l’Église. Toutefois, après la lecture du texte, elle a dit que cette interprétation correspondait à ce dont elle avait fait l’expérience et que, pour sa part, elle reconnaissait cette interprétation comme correcte. Donc, dans ce qui suit, on pourra seulement chercher à donner de manière approfondie un fondement à cette interprétation à partir des critères développés jusqu’ici. 

Comme parole-clé de la première et de la deuxième parties du « secret », nous avons découvert celle qui dit « sauver les âmes »; de même, la parole-clé de ce « secret » est un triple cri: «Pénitence, Pénitence, Pénitence! » Il nous revient à l’esprit le début de l’Évangile: « Pænitemini et credite evangelio » (Mc 1, 15). Comprendre les signes des temps signifie comprendre l’urgence de la pénitence – de la conversion – de la foi. Telle est la réponse juste au moment historique, marqué par de graves dangers qui seront exprimés par les images ultérieures. Je me permets de rappeler ici un souvenir personnel; dans un colloque avec moi, Sœur Lucie m’a affirmé qu’il lui apparaissait toujours plus clairement que le but de toutes les apparitions a été de faire croître toujours plus dans la foi, dans l’espérance et dans la charité – tout le reste entendait seulement porter à cela.   

Examinons maintenant d’un peu plus près les différentes images. L’ange avec l’épée de feu à la gauche de la Mère de Dieu rappelle des images analogues de l’Apocalypse. Il représente la menace du jugement, qui plane sur le monde. La perspective que le monde pourrait être englouti dans une mer de flammes n’apparaît absolument plus aujourd’hui comme une pure fantaisie: l’homme lui-même a préparé l’épée de feu avec ses inventions. La vision montre ensuite la force qui s’oppose au pouvoir de destruction – la splendeur de la Mère de Dieu et, provenant d’une certaine manière de cette splendeur, l’appel à la pénitence. De cette manière est soulignée l’importance de la liberté de l’homme: l’avenir n’est absolument pas déterminé de manière immuable, et l’image que les enfants ont vue n’est nullement un film d’anticipation de l’avenir, auquel rien ne pourrait être changé. Toute cette vision se produit en réalité seulement pour faire apparaître la liberté et pour l’orienter dans une direction positive. Le sens de la vision n’est donc pas de montrer un film sur l’avenir irrémédiablement figé. Son sens est exactement opposé, à savoir mobiliser les forces pour tout changer en bien. Aussi sont-elles totalement fourvoyées les explications fatalistes du « secret » qui affirme par exemple que l’auteur de l’attentat du 13 mai 1981 aurait été, en définitive, un instrument du plan divin, guidé par la Providence, et qu’il n’aurait donc pas pu agir librement, ou encore d’autres idées semblables qui circulent. La vision parle plutôt de dangers et de la voie pour en être sauvegardé.   

Les phrases qui suivent dans le texte montrent encore une fois très clairement le caractère symbolique de la vision: Dieu reste l’incommensurable et la lumière qui dépasse toute notre vision. Les personnes humaines apparaissent comme dans un miroir. Nous devons garder continuellement présente cette limitation interne de la vision, dont les limites sont ici visuellement indiquées. L’avenir se dévoile seulement « comme dans un miroir, de manière confuse » (cf 1 Co 13, 12). Prenons maintenant en considération les diverses images qui suivent dans le texte du « secret ». Le lieu de l’action est décrit par trois symboles: une montagne escarpée, une grande ville à moitié en ruines et finalement une grande croix en troncs grossiers. La montagne et la ville symbolisent le lieu de l’histoire humaine: l’histoire comme une montée pénible vers les hauteurs, l’histoire comme lieu de la créativité et de la convivialité humaines, mais en même temps comme lieu de destructions, par lesquelles l’homme anéantit l’œuvre de son propre travail. La ville peut être lieu de communion et de progrès, mais aussi lieu des dangers et des menaces les plus extrêmes. Sur la montagne se trouve la croix – terme et point de référence de l’histoire. Par la croix, la destruction est transformée en salut; elle se dresse comme signe de la misère de l’histoire et comme promesse pour elle. 

Ici, apparaissent ensuite deux personnes humaines: l’évêque vêtu de blanc (« nous avons eu le pressentiment que c’était le Saint-Père »), d’autres évêques, des prêtres, des religieux et religieuses, et enfin des hommes et des femmes de toutes classes et toutes catégories sociales. Le Pape semble précéder les autres, tremblant et souffrant à cause de toutes les horreurs qui l’entourent. Non seulement les maisons de la ville sont à moitié écroulées, mais son chemin passe au milieu de cadavres des morts. La marche de l’Église est ainsi décrite comme un chemin de croix, comme un chemin dans un temps de violence, de destruction et de persécutions. On peut trouver représentée dans ces images l’histoire d’un siècle entier. De même que les lieux de la terre sont synthétiquement représentés par les deux images de la montagne et de la ville, et sont orientés vers la croix, de même aussi les temps sont présentés de manière condensée: dans la vision, nous pouvons reconnaître le siècle écoulé comme le siècle des martyrs, comme le siècle des souffrances et des persécutions de l’Église, comme le siècle des guerres mondiales et de beaucoup de guerres locales, qui en ont rempli toute la seconde moitié et qui ont fait faire l’expérience de nouvelles formes de cruauté. Dans le « miroir » de cette vision, nous voyons passer les témoins de la foi de décennies. À ce sujet, il semble opportun de mentionner une phrase de la lettre que Sœur Lucie a écrite au Saint-Père le 12 mai 1982: « La troisième partie du “secret” se réfère aux paroles de Notre-Dame: “Sinon [la Russie] répandra ses erreurs à travers le monde, favorisant guerres et persécutions envers l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites” ».   

Dans le chemin de croix de ce siècle, la figure du Pape a un rôle spécial. Dans sa pénible montée sur la montagne, nous pouvons sans aucun doute trouver rassemblés différents Papes qui, depuis Pie X jusqu’au Pape actuel, ont partagé les souffrances de ce siècle et se sont efforcés d’avancer au milieu d’elles sur la voie qui mène à la croix. Dans la vision, le Pape aussi est tué sur la voie des martyrs. Lorsque, après l’attentat du 13 mai 1981, le Pape se fit apporter le texte de la troisième partie du « secret », ne devait-il pas y reconnaître son propre destin? Il a été très proche des portes de la mort et il a lui-même expliqué de la manière suivante comment il a été sauvé: « C’est une main maternelle qui guida la trajectoire de la balle et le Pape agonisant s’est arrêté au seuil de la mort » (13 mai 1994). Qu’ici une « main maternelle » ait dévié la balle mortelle montre seulement encore une fois qu’il n’existe pas de destin immuable, que la foi et la prière sont des puissances qui peuvent influer sur l’histoire et que, en définitive, la prière est plus forte que les projectiles, la foi plus puissante que les divisions.   

La conclusion du « secret » rappelle des images que Sœur Lucie peut avoir vues dans des livres de piété et dont le contenu provient d’anciennes intuitions de foi. C’est une vision consolante, qui veut qu’une histoire de sang et de larmes soit perméable à la puissance de guérison de Dieu. Des Anges recueillent sous les bras de la croix le sang des martyrs et irriguent ainsi les âmes qui s’approchent de Dieu. Le sang du Christ et le sang des martyrs doivent être considérés ensemble: le sang des martyrs jaillit des bras de la croix. Leur martyre s’accomplit en solidarité avec la passion du Christ, il devient un tout avec elle. Ils complètent pour le Corps du Christ ce qui manque encore à ses souffrances (cf. Col 1, 24). Leur vie est devenue elle-même eucharistie, incorporée dans le mystère du grain de blé qui meurt et qui devient fécond. Le sang des martyrs est semence de chrétiens, a dit Tertullien. De même que de la mort du Christ, de son côté ouvert, est née l’Église, de même la mort des témoins est féconde pour la vie future de l’Église. La vision de la troisième partie du « secret », tellement angoissante à ses débuts, s’achève donc sur une image d’espérance: aucune souffrance n’est vaine, et précisément une Église souffrante, une Église des martyrs, devient un signe indicateur pour l’homme à la recherche de Dieu. Dans les mains amoureuses de Dieu sont accueillies non seulement les personnes qui souffrent comme Lazare, qui a trouvé une grande consolation et qui mystérieusement représente le Christ, Lui qui a voulu devenir pour nous le pauvre Lazare; mais il y a plus encore: des souffrances des témoins provient une force de purification et de renouveau, parce qu’elle est une actualisation de la souffrance même du Christ, et qu’elle transmet aujourd’hui son efficacité salvatrice.   

Nous sommes ainsi arrivés à une ultime interrogation: que signifie dans son ensemble (dans ses trois parties) le « secret » de Fatima? Que nous dit-il à nous? Avant tout, nous devons affirmer avec le Cardinal Sodano: « Les situations auxquelles fait référence la troisième partie du “secret” de Fatima semblent désormais appartenir au passé ». Dans la mesure où des événements particuliers sont représentés, ils appartiennent désormais au passé. Ceux qui attendaient des révélations apocalyptiques excitantes sur la fin du monde et sur le cours futur de l’histoire seront déçus. Fatima n’offre pas de telles satisfactions à notre curiosité, comme du reste en général la foi chrétienne ne veut pas et ne peut pas être une pâture pour notre curiosité. Ce qui reste, nous l’avons vu dès le début de notre réflexion sur le texte du « secret »: l’exhortation à la prière comme chemin pour le « salut des âmes » et, dans le même sens, l’appel à la pénitence et à la conversion.   

Je voudrais enfin reprendre encore une autre parole-clé du « secret » devenue célèbre à juste titre: « Mon Cœur immaculé triomphera ». Qu’est-ce que cela signifie? Le Cœur ouvert à Dieu, purifié par la contemplation de Dieu, est plus fort que les fusils et que les armes de toute sorte. Le fiat de Marie, la parole de son cœur, a changé l’histoire du monde, parce qu’elle a introduit le Sauveur dans le monde – car, grâce à son « oui », Dieu pouvait devenir homme dans notre monde et désormais demeurer ainsi pour toujours. Le Malin a du pouvoir sur ce monde, nous le voyons et nous en faisons continuellement l’expérience; il a du pouvoir parce que notre liberté se laisse continuellement détourner de Dieu. Mais, depuis que Dieu lui-même a un cœur d’homme et a de ce fait tourné la liberté de l’homme vers le bien, vers Dieu, la liberté pour le mal n’a plus le dernier mot. Depuis lors, s’imposent les paroles: « Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance; moi je suis vainqueur du monde » (Jn 16, 33). Le message de Fatima nous invite à nous fier à cette promesse. 

Joseph Card. Ratzinger
Préfet de la Congrégation
pour la Doctrine de la Foi

(1) Du journal de Jean XXIII, 17 août 1959: « Audience: P. Philippe, Commissaire du S.O., qui me porte la lettre contenant la troisième partie du secret de Fatima. Je me réserve de la lire avec mon confesseur ».  

(2) Il faut se rappeler le commentaire que le Saint-Père fit à l’audience générale du 14 octobre 1981 sur « l’événement du mois de mai: grande épreuve divine »: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, IV, 2, Cité du Vatican (1981), pp. 409-412. 

(3) Radiomessage durant la Messe dans la Basilique Sainte-Marie-Majeure. Vénération, remerciements et consécration à la Vierge Marie, la Théotokos: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, IV, 1, Cité du Vatican (1981), p. 1246. 

(4) Au cours de la journée jubilaire des familles, le Pape consacre à la Vierge Marie les hommes et les nations: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, VII, 1, Cité du Vatican (1984), pp. 775-777: La Documentation catholique 81 (1984), p. 287. 

(5) 

(6) Dans le « quatrième mémoire » du 8 décembre 1941, Sœur Lucie écrit: « Je commence donc mon nouveau devoir et j’obéirai aux ordres de Votre Excellence Révérendissime et aux désirs du Docteur Galamba. Hormis la part du secret qu’il ne m’est pas permis de révéler maintenant, je dirai tout. Je ne tairai rien volontairement. J’admets que je pourrai oublier quelques détails de minime importance ». 

(7) Dans le « quatrième mémoire » cité précédemment, Sœur Lucie ajoute : «Au Portugal, se conservera toujours le dogme de la foi, etc. ». 

(8) Dans la traduction, on a respecté le texte original, même dans les imprécisions de ponctuation, qui n’empêchent d’ailleurs pas la compréhension de ce que la voyante a voulu dire.   

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Notre-Dame de Fatima : les apparitions

Les apparitions de Fatima

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En 1917, dans la région de Fatima, une « belle dame » apparaît à trois petits bergers, Lucie dos Santos et ses deux cousins, Francisco et Jacinthe Marto. 

 

Le déroulement des apparitions

Le 13 mai 1917, trois petits bergers, François Marto, 9 ans, sa sœur Jacinthe, 7 ans  et leur cousine Lucie dos Santos, 10 ans, rentrent le troupeau de moutons qu’ils ont gardé dans la journée. Ils disent à leurs parents incrédules qu’une belle dame leur est apparue lorsqu’ils gardaient le troupeau. Elle leur a demandé de réciter tous les jours le chapelet et de revenir le 13 de chaque mois.

Le 13 juin, les trois enfants retournent sur le lieu où ils ont vu «la belle dame». Aux questions qu’on leur pose, les enfants répondent que la dame leur a demandé de réciter le chapelet chaque jour, qu’elle leur a confié un secret et les a priés de revenir à la même heure le 13 juillet.

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Le 13 juillet, «la belle dame» demande de nouveau aux enfants de réciter le chapelet chaque jour en l’honneur de Notre Dame du Rosaire pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre Elle leur confie un secret, et leur dit que le 13 octobre elle leur dirait son nom et ferait un miracle afin que tous croient.

Le 13 août, les enfants ne peuvent pas venir car ils ont été arrêtés. Après avoir été soumis à de nombreux interrogatoires pour leur faire avouer leur mensonge, les enfants sont libérés le 16 août. Le 19 août, ils voient une nouvelle fois «la belle dame». Elle continue à leur demander de réciter le chapelet chaque jour et de »prier et de faire des sacrifices pour les pécheurs car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles ».

Le 13 septembre, accompagnés de près de 25 000 personnes, les enfants voient la dame qui leur recommande de poursuivre la récitation du Rosaire pour obtenir la fin de la guerre et leur promet de revenir le 13 octobre.

Le 13 octobre, entre 50 et 70 000 personnes sont venues pour voir le grand miracle annoncé par la dame le 13 juillet. A midi, Lucie crie à la foule »Regardez le soleil ! »et les pèlerins présents, voient distinctement le soleil qui s’agite dans le ciel. Ce phénomène qui sera appelé «la danse du soleil» qui dure 10 minutes. C’est la dernière apparition aux trois enfants.

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François et Jacinthe Marto, meurent de la grippe espagnole en 1919 et 1920. Ils sont béatifiés le13 mai 2000par le pape Jean-Paul II. Lucie Dos Santos décède en 2005 au Carmel de Coimbra.

 

Le message

Outre les secrets confiés aux enfants, le message de Marie aux enfants insiste sur la nécessité de méditer sur les mystères de la vie du Christ (récitation du chapelet), de prier pour la paix dans le monde et pour les pécheurs.

Les secrets

Lors de la troisième apparition, la Vierge a révélé un message aux enfants et leur a demandé de ne pas le divulguer immédiatement. Ce message contient trois parties, il ne sera révélé que plusieurs années après les événements.

Les deux premiers secrets sont officiellement publiés en 1941. Le premier serait l’annonce de la seconde guerre mondiale au travers d’une vision de l’enfer. Le second concernerait la Russie et sa consécration au cœur Immaculée de Marie. 
Le Pape Jean-Paul II a décidé de rendre public le 3è « secret de Fatima »   lors du passage au troisième millénaire.

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Les révélations privées de Fatima

 

L’Église célèbre en 2017 le centenaire des apparitions de Fatima. Ces apparitions font partie de ce qu’on appelle les «révélations privées» ou prophétisme chrétien. Qu’est-ce qu’une révélation privée?

Que sont les révélations privées ?

Apparitions de Lourdes, de La Salette, de Fatima – dont on célèbre cette année le centenaire –, visions d’Hildegarde de Bingen (1098-1179), Catherine de Sienne (1347-1380), Anne-­Catherine Emmerick (1774-1824), Marcel Van (1928-1959) ou encore Marthe Robin (1902-1981)… Ce sont tous ces phénomènes, dans lesquels Dieu communique à l’homme de manière extra-­ordinaire, que l’Église appelle révélations privées. «Privées», pour bien les distinguer de la Révélation «publique» contenue dans l’Écriture sainte et transmise à tous par la Tradition de l’Église.

Pour les chrétiens, la Révélation – c’est-à-dire l’action de Dieu lui-même qui se fait connaître progressivement aux hommes et se révèle en son Fils incarné pour les sauver – est close avec le Nouveau Testament. Le Christ est la «Parole unique et définitive donnée à l’humanité» (1). En lui, Dieu «nous a tout dit à la fois, d’un seul coup (…) et il n’a rien de plus à dire. Car ce qu’il disait par parties aux prophètes, il l’a dit tout entier dans son Fils», assure saint Jean de la Croix (2).

Néanmoins, l’Église admet que Dieu puisse continuer d’adresser des messages à certains, non pour compléter sa Révélation mais pour «aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire» (3). C’est même un phénomène courant dans l’histoire de l’Église, rappelle le dominicain Gilles Berceville, théologien étudiant le prophétisme dans le catholicisme contemporain (4). «À côté du prophétisme ordinaire – chaque chrétien ayant reçu l’Esprit Saint bénéficie d’une lumière qui l’éclaire sur la réalité des choses et les signes des temps –, il existe un prophétisme extraordinaire donné à certains. Beaucoup de théologiens éprouvent un certain mépris ou une répugnance à l’étudier, mais il a toujours existé dans le christianisme. Dieu ne parle pas seulement à travers le magistère et les savants mais aussi à travers ses prophètes.»

Ainsi la dévotion au Sacré-Cœur est-elle déjà contenue dans l’enseignement traditionnel de l’Église mais déployée par les visions que sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690) eut de ­Jésus-Christ à Paray-le-Monial. De même pour la dévotion à la miséricorde divine promue par sainte Faustine (1905-1938).

Comment discerner le vrai du faux ?

Il n’est pas un mois sans que Joachim Bouflet, historien spécialiste des phénomènes mystiques (5), «entende parler d’une nouvelle apparition dans le monde». «L’Église manifeste toujours une grande prudence car ces phénomènes sont incontrôlables scientifiquement, et peuvent être le fait d’une exaltation, de maladies psychiques ou donner lieu à des dérives sectaires», souligne-t-il, donnant en exemple les dérives d’une des premières révélations privées du christianisme, le montanisme, au IIesiècle.

L’histoire du christianisme a connu, de fait, des floraisons de phénomènes mystiques, qui ont poussé très tôt à établir des critères de discernement. Le concile de Bâle (1431), notamment, étudia les visions de sainte Brigitte de Suède, et le théologien Torquemada formula des principes de base.

Du côté du contenu doctrinal, d’une part, les révélations privées ne peuvent contredire la Révélation. Elles doivent être orientées «vers le Christ lui-même» : «Quand celle-ci nous éloigne de Lui, à ce moment-là elle ne vient certainement pas de l’Esprit Saint, qui nous conduit à l’Évangile et non hors de lui» (1).

Les qualités du messager (ou voyant), d’autre part, sont importantes : il doit être équilibré psychiquement et d’une moralité parfaite ; avoir «une humilité sincère, l’obéissance qui ne cherche pas ses propres intérêts, la force d’âme dans les épreuves et les contradictions» (6).

Tous ces critères (réunis dans les normes de 1978) ne suffisent pas, pour autant, à prouver l’authenticité des révélations. Même quand elle les approuve, l’Église reste très prudente et «ne se porte pas garante de la vérité du fait» (Pie X, Pascendi). Il s’agit plutôt d’une «permission accordée, après un examen attentif, de faire connaître cette révélation pour l’instruction et le bien des fidèles»,note Benoît XIV. Et l’on n’est pas pour autant tenu d’y croire.

Alors que l’Église ne s’est pas encore prononcée sur Medjugorje, certains estiment que les conversions et guérisons qui ont pu y avoir lieu sont aussi des critères, des «signes», de l’authenticité des apparitions. Joachim Bouflet tempère : «Les grâces données en un lieu ne sont pas liées au fait avéré de l’apparition mais elles sont toujours gratuites, accordées par la miséricorde divine pour les pèlerins venus en ce lieu avec un cœur pur».

Comment s’y retrouver ?

Il y a différents niveaux de reconnaissance. Dans le cas des révélations sans apparitions, détaille Joachim Bouflet, l’Église se contente d’affirmer qu’elles n’ont «rien de contraire à la doctrine et à la morale». Pour les apparitions, elle va estimer, après examen, que l’origine surnaturelle est : soit exclue (ce qui revient à une condamnation), comme à San Damiano, Garabandal, Kerezinen… ; soit non établie (l’Église maintient le doute) ; soit établie (c’est la reconnaissance). Entre le doute et la reconnaissance officielle, l’Église peut autoriser le culte ou le pèlerinage, comme à l’Île-Bouchard ou à Pellevoisin.

À quoi servent les révélations privées ?

Elles sont une aide à la vie spirituelle, invitant à la conversion. «Elles apportent à l’Église l’assurance que Dieu l’accompagne, relève Joachim Bouflet, qu’il est présent au milieu de son peuple. On le sait par la foi, mais les humbles ont besoin de signes.»

Leur message peut être très rude, comme à La Salette où le message de la Vierge aux jeunes voyants épingle les péchés du clergé, ou encore à Fatima, lorsque les petits bergers voient l’enfer, la possibilité laissée à tout homme de refuser Dieu et les souffrances de ceux en sont éternellement séparés.

Elles interviennent souvent à un moment particulier de l’histoire. «En particulier dans un contexte difficile, où les gens sont déboussolés. Le prophète vient leur indiquer la bonne direction», ajoute Gilles Berceville. C’est le cas par exemple de Pontmain en 1871, de Kibeho au Rwanda avant le génocide, des visions de ­l’Allemande Thérèse Neumann en pleine montée du nazisme…

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  • Synode des évêques sur la Parole de Dieu, Verbum Domini.
    (2) La Montée du Carmel.
    (3) Catéchisme de l’Église catholique n° 66-67.
    (4) « Comment croire aux révélations privées ? Nature de la foi et de la théologie selon Y. Congar », Transversalités 98 (avril-juin 2006).
    (5) Faussaires de Dieu, Presses de la Renaissance, 727 p.
    (6) Dictionnaire de spiritualité, vol. XIII, Beauchesne.

 

Source : Croire.com

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