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Le troisième secret de Fatima

      CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI 

  LE MESSAGE DE FATIMA 

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PRÉSENTATION   

Dans le passage du deuxième au troisième millénaire, le Pape Jean-Paul II a décidé de rendre public le texte de la troisième partie du « secret de Fatima ». 

Après les événements dramatiques et cruels du vingtième siècle, un des siècles les plus cruciaux de l’histoire de l’humanité, qui trouve son point culminant avec l’attentat sanglant envers le « doux Christ sur la terre », s’ouvre donc un voile sur une réalité qui marque l’histoire et qui l’interprète en profondeur, selon une dimension spirituelle à laquelle la mentalité actuelle, souvent empreinte de rationalisme, est réfractaire. 

Apparitions et signes surnaturels scandent l’histoire, elles entrent dans le vif des vicissitudes humaines et accompagnent le chemin du monde, surprenant croyants et non-croyants.Ces manifestations, qui ne peuvent pas contredire le contenu de la foi, doivent converger vers l’objet central de l’annonce du Christ: l’amour du Père qui suscite chez les hommes la conversion et qui donne la grâce pour s’abandonner à Lui avec une dévotion filiale. Tel est aussi le message de Fatima qui, avec l’appel déchirant à la conversion et à la pénitence, porte en réalité au cœur de l’Évangile. 

Fatima est sans aucun doute la plus prophétique des apparitions modernes.La première et la deuxième parties du « secret » — qui sont publiées dans l’ordre pour l’intégralité de la documentation — concernent avant tout la vision épouvantable de l’enfer, la dévotion au Cœur immaculé de Marie, la deuxième guerre mondiale, ainsi que la prédiction des très graves dommages que la Russie, abandonnant la foi chrétienne et adhérant au totalitarisme communiste, devait apporter à l’humanité. 

En 1917, personne n’aurait pu imaginer tout cela; les trois pastorinhos de Fatima voient, écoutent, gardent tout en mémoire, et Lucie, témoin survivant, à partir du moment où elle en a reçu l’ordre par l’évêque et la permission de Notre-Dame, le met par écrit. 

En ce qui concerne la description des deux premières parties du « secret », déjà publiées par ailleurs et donc connues, on a choisi le texte écrit de Sœur Lucie dans le troisième mémoire du 31 août 1941; dans le quatrième mémoire du 8 décembre 1941, elle y a ajouté quelques annotations. La troisième partie du « secret » fut écrite « sur l’ordre de Son Excellence l’Évêque de Leiria et de la Sainte Mère » le 3 janvier 1944. 

Il existe un seul manuscrit, qui est ici reproduit photographiquement. L’enveloppe scellée fut gardée d’abord par l’évêque de Leiria.Pour mieux conserver le « secret », l’enveloppe fut remise le 4 avril 1957 aux Archives secrètes du Saint-Office.Sœur Lucie en fut avertie par l’évêque de Leiria. 

Selon des notes d’archives, en accord avec le Cardinal Alfredo Ottaviani, le 17 août 1959, le Commissaire du Saint-Office, le Père Pierre-Paul Philippe, op, porta à Jean XXIII l’enveloppe contenant la troisième partie du « secret de Fatima ». Sa Sainteté, « après certaines hésitations », dit: « Attendons, je prierai. Je vous ferai savoir ce que j’ai décidé ».(1) 

En réalité, le Pape Jean XXIII décida de renvoyer l’enveloppe scellée au Saint-Office et de ne pas révéler la troisième partie du « secret ». 

Paul VI lut le contenu avec le Substitut, Mgr Angelo Dell’Acqua, le 27 mars 1965, puis renvoya l’enveloppe aux Archives secrètes du Saint-Office, décidant de ne pas publier le texte. 

Pour sa part, Jean-Paul II a demandé l’enveloppe contenant la troisième partie du « secret » après l’attentat du 13 mai 1981. Son Éminence le Cardinal Franjo Seper, Préfet de la Congrégation, remit à Son Excellence Monseigneur Eduardo Martinez Somalo, Substitut de la Secrétairerie d’État, le 18 juillet 1981, deux enveloppes: – l’une blanche, avec le texte original de Sœur Lucie en langue portugaise; – l’autre de couleur orange, avec la traduction du « secret » en langue italienne. Le 11 août suivant, Mgr Martinez a rendu les deux enveloppes aux Archives du Saint-Office.(2) 

Comme on le sait, le Pape Jean-Paul II pensa aussitôt à la consécration du monde au Cœur immaculé de Marie et composa lui-même une prière pour ce qu’il définit « un acte de consécration» à célébrer dans la Basilique Sainte-Marie-Majeure, le 7 juin 1981, solennité de la Pentecôte, jour choisi pour rappeler le 1600e anniversaire du premier Concile de Constantinople et le 1550e anniversaire du Concile d’Éphèse. Le Pape étant par force absent, on transmit son allocution enregistrée. Nous donnons le texte qui se réfère exactement à l’acte de consécration: 

« Mère des hommes et des peuples, toi qui connais toutes leurs souffrances et leurs espérances, toi qui ressens d’une façon maternelle toutes les luttes entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres qui secouent le monde, accueille l’appel que, dans l’Esprit Saint, nous adressons directement à ton cœur, et embrasse dans ton amour de mère et de servante du Seigneur, ceux qui ont le plus besoin de ta tendresse et aussi ceux dont tu attends toi-même d’une façon particulière qu’ils s’en remettent à toi. Prends sous ta protection maternelle toute la famille humaine que, dans un élan affectueux, nous remettons entre tes mains, ô notre Mère. Que vienne pour tous le temps de la paix et de la liberté, le temps de la vérité, de la justice et de l’espérance ».(3) 

Mais le Saint-Père, pour répondre plus complètement aux demandes de « Notre-Dame », voulut expliciter au cours de l’Année sainte de la Rédemption l’acte de consécration du 7 juin 1981, repris à Fatima le 13 mai 1982. Le 25 mars 1984, sur la place Saint-Pierre, en union spirituelle avec tous les évêques du monde, « convoqués » précédemment, évoquant le fiatprononcé par Marie au moment de l’Annonciation, le Pape consacre au Cœur immaculée de Marie les hommes et les peuples, avec des accents qui rappellent des paroles poignantes prononcées en 1981: 

C’est pourquoi, ô Mère des hommes et des peuples, toi qui connais toutes leurs souffrances et leurs espérances, toi qui ressens d’une façon maternelle toutes les luttes entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres qui secouent le monde contemporain, reçoit l’appel que, mus par l’Esprit Saint, nous adressons directement à ton Cœur, et avec ton amour de mère et de servante du Seigneur, embrasse notre monde humain, que nous t’offrons et te consacrons, pleins d’inquiétude pour le sort terrestre et éternel des hommes et des peuples. Nous t’offrons et te consacrons d’une manière spéciale les hommes et les nations qui ont particulièrement besoin de cette offrande et de cette consécration. 

« Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu! » « Ne rejette pas nos prières alors que nous sommes dans l’épreuve! ». 

Puis le Pape poursuit avec des références plus fortes et plus concrètes, comme un commentaire du Message de Fatima dans sa triste réalisation: 

« Devant toi, Mère du Christ, devant ton Cœur immaculé, nous voulons aujourd’hui, avec toute l’Église, nous unir à la consécration que ton Fils a faite de lui-même à son Père, par amour pour nous: “Pour eux, a-t-il dit, je me consacre moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité” (Jn 17, 19). Nous voulons nous unir à notre Rédempteur en cette consécration pour le monde et pour les hommes, laquelle, dans le cœur divin, a le pouvoir d’obtenir le pardon et de procurer la réparation. 

La puissance de cette consécrationdure dans tous les temps, elle embrasse tous les hommes, peuples et nations, elle surpasse tout mal que l’esprit des ténèbres est capable de réveiller dans le cœur de l’homme et dans son histoire, et que, de fait, il a réveillé à notre époque. 

Combien profondément nous sentons le besoin de consécration pour l’humanité et pour le monde, pour notre monde contemporain, dans l’unité du Christ lui-même! À l’œuvre rédemptrice du Christ, en effet, doit participer le monde par l’intermédiaire de l’Église

C’est ce que manifeste la présente Année de la Rédemption, le Jubilé extraordinaire de toute l’Église. 

En cette Année sainte, bénie sois-tu par-dessus toute créature, toi, la servante du Seigneur, qui as obéi de la manière la plus pleine à ce divin appel! 

Sois saluée, toi qui t’es entièrement unie à la consécration rédemptrice de ton Fils! 

Mère de l’Église! Enseigne au Peuple de Dieu les chemins de la foi, de l’espérance et de la charité! Éclaire spécialement les peuples dont tu attends de nous la consécration et l’offrande! Aide-nous à vivre dans la vérité de la consécration du Christ pour toute la famille humaine du monde contemporain! 

En te confiant, ô Mère, le monde, tous les hommes et tous les peuples, nous te confions aussi la consécration même du monde et nous la mettons dans ton cœur maternel. 

Ô Cœur immaculé! Aide-nous à vaincre la menace du mal qui s’enracine si facilement dans le cœur des hommes d’aujourd’hui et qui, avec ses effets incommensurables, pèse déjà sur la vie actuelle et semble fermer les voies vers l’avenir! 

De la faim et de la guerre, délivre-nous! 

De la guerre nucléaire, d’une autodestruction incalculable, de toutes sortes de guerres, délivre-nous! 

Des péchés contre la vie de l’homme depuis ses premiers moments, délivre-nous! 

De la haine et de la dégradation de la dignité des fils de Dieu, délivre-nous! 

De tous les genres d’injustice dans la vie sociale, nationale et internationale, délivre-nous! 

De la facilité avec laquelle on piétine les commandements de Dieu, délivre-nous! 

De la tentative d’éteindre dans les cœurs humains la vérité même de Dieu, délivre-nous! 

De la perte de la conscience du bien et du mal, délivre-nous! 

Des péchés contre l’Esprit Saint, délivre-nous! Délivre-nous! 

Écoute, ô Mère du Christ, ce cri chargé de la souffrance de tous les hommes! Chargé de la souffrance de sociétés entières! 

Aide-nous, par la puissance de l’Esprit Saint, à vaincre tout péché: le péché de l’homme et le “péché du monde”, le péché sous toutes ses formes. 

Que se révèle encore une fois dans l’histoire du monde l’infinie puissance salvifique de la Rédemption, la puissance de l’amour miséricordieux! Qu’il arrête le mal! Qu’il transforme les consciences! Que dans ton Cœur immaculé se manifeste pour tous la lumière de l’espérance!».(4) 

Sœur Lucie confirma personnellement que cet acte solennel et universel de consécration correspondait à ce que voulait Notre-Dame (« Sim, està feita, tal como Nossa Senhora a pediu, desde o dia 25 de Março de 1984 »: « Oui, cela a été fait, comme Notre-Dame l’avait demandé, le 25 mars 1984 »: lettre du 8 novembre 1989). C’est pourquoi toute discussion, toute nouvelle pétition est sans fondement. 

Dans la documentation ici présentée, on a ajouté aux manuscrits de Sœur Lucie quatre autres textes: 1) la lettre du Saint-Père à Sœur Lucie datée du 19 avril 2000; 2) une description de la rencontre avec Sœur Lucie du 27 avril 2000; 3) la communication lue par mandat du Saint-Père à Fatima le 13 mai dernier par Son Éminence le Cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’État; 4) le commentaire théologique de Son Éminence le Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. 

Une indication pour l’interprétation de la troisième partie du « secret » avait déjà été donnée par Sœur Lucie dans une lettre au Saint-Père le 12 mai 1982. Dans cette dernière, elle écrivait: 

« La troisième partie du secret se réfère aux paroles de notre-Dame: “Sinon la Russie répandra ses erreurs à travers le monde, favorisant guerres et persécutions envers l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites” (13-VI-1917). 

La troisième partie du secret est une révélation symbolique, qui se réfère à cette partie du Message, conditionné par le fait que nous acceptions ou non ce que le Message lui-même nous demande: “si on accepte mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix; sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, etc…”. 

Comme nous n’avons par tenu compte de cet appel du Message, nous constatons qu’il s’est réalisé, la Russie a inondé le monde de ses erreurs. Et si nous ne constatons pas encore la réalisation totale de la fin de cette prophétie, nous voyons que nous nous y acheminons peu à peu à grands pas. Si nous ne renonçons pas au chemin de péché, de haine, de vengeance qui viole les droits de la personne humaine, d’immoralité et de violence, etc. 

Et ne disons pas que c’est Dieu qui ainsi nous punit; au contraire, ce sont les hommes qui préparent eux-mêmes leur châtiment. Dans sa sollicitude, Dieu nous avertit et nous incite à prendre le bon chemin, respectant la liberté qu’il nous a donnée; c’est pourquoi les hommes sont responsables ».(5)   

La décision du Pape Jean-Paul II de rendre publique la troisième partie du « secret » de Fatima conclut une période de l’histoire, marquée par de tragiques volontés humaines de puissance et d’iniquité, mais pénétrée de l’amour miséricordieux de Dieu et de la vigilance prévenante de la Mère de Jésus et de l’Église. 

Action de Dieu, Seigneur de l’histoire, et coresponsabilité de l’homme, dans sa dramatique et féconde liberté, tels sont les deux pivots sur lesquels se construit l’histoire de l’humanité. 

La Vierge Marie apparue à Fatima nous rappelle ces valeurs oubliées, cet avenir de l’homme en Dieu, avenir dont nous sommes une part active et responsable. 

Tarcisio Bertone, sdb
Archevêque émérite de Vercelli
Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi

  

LE « SECRET » DE FATIMA   

    Jean-Paul-II-Lucie01

PREMIÈRE ET DEUXIÈME PARTIES DU « SECRET »

     DANS LA RÉDACTION QU’EN A FAITE SŒUR LUCIE DANS LE « TROISIÈME MÉMOIRE » DU 31 AOÛT 1941 DESTINÉ A L’ÉVÊQUE DE LEIRIA-FATIMA 

(traduction) (6

« Je devrai, pour cela, parler un peu du secret et répondre à la première question. 

En quoi consiste le secret? 

Il me semble que je peux le dire puisque le Ciel m’en a déjà donné la permission. Les représentants de Dieu sur la terre m’ont eux aussi autorisée à le faire, à plusieurs reprises, par lettres. Je crois que Votre Excellence a conservé l’une d’elles, celle du Père José Bernardo Gonçalves, dans laquelle il m’ordonne d’écrire au Saint-Père. Un des points qu’il m’indique est la révélation du secret. J’en ai déjà dit quelque chose, mais pour ne pas trop allonger cet écrit, qui devait être bref, je me suis limitée à l’indispensable, laissant à Dieu l’occasion d’un moment plus favorable. 

J’ai déjà exposé, dans le deuxième écrit, le doute qui m’avait tourmentée du 13 juin au 13 juillet, et qui disparut lors de cette dernière apparition. 

Bien. Le secret comporte trois choses distinctes, et je vais en dévoiler deux. La première fut la vision de l’Enfer. Notre-Dame nous montra une grande mer de feu, qui paraissait se trouver sous la terre et, plongés dans ce feu, les démons et les âmes, comme s’ils étaient des braises transparentes, noires ou bronzées, avec une forme humaine. Ils flottaient dans cet incendie, soulevés par les flammes, qui sortaient d’eux-mêmes, avec des nuages de fumée. Ils retombaient de tous côtés, comme les étincelles retombent dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, avec des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur. Les démons se distinguaient par leurs formes horribles et dégoûtantes d’animaux épouvantables et inconnus, mais transparents et noirs. Cette vision dura un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui auparavant nous avait prévenus, nous promettant de nous emmener au Ciel (à la première apparition). Autrement, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur. 

Ensuite nous levâmes les yeux vers Notre-Dame, qui nous dit avec bonté et tristesse: 

— Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur immaculé. Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes seront sauvées et on aura la paix. La guerre va finir. Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le pontificat de Pie XI en commencera une autre pire encore. Lorsque vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne, qu’Il va punir le monde de ses crimes par le moyen de la guerre, de la faim et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père. Pour empêcher cette guerre, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis. Si on accepte mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix; sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites. À la fin, mon Cœur immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie, qui se convertira, et il sera concédé au monde un certain temps de paix ».(7)    

 

TROISIÈME PARTIE DU « SECRET » 

(traduction) (8)   

« J.M.J. 

La troisième partie du secret révélé le 13 juillet 1917 dans la Cova de Iria-Fatima. 

J’écris en obéissance à Vous, mon Dieu, qui me le commandez par l’intermédiaire de son Exce Rév.me Monseigneur l’Évêque de Leiria et de Votre Très Sainte Mère, qui est aussi la mienne. 

Après les deux parties que j’ai déjà exposées, nous avons vu sur le côté gauche de Notre-Dame, un peu plus en hauteur, un Ange avec une épée de feu dans la main gauche; elle scintillait et émettait des flammes qui, semblait-il, devaient incendier le monde; mais elles s’éteignaient au contact de la splendeur qui émanait de la main droite de Notre-Dame en direction de lui; l’Ange, indiquant la terre avec sa main droite, dit d’une voix forte: PénitencePénitencePénitence! Et nous vîmes dans une lumière immense qui est Dieu: “Quelque chose de semblable à la manière dont se voient les personnes dans un miroir quand elles passent devant” un Évêque vêtu de Blanc, “nous avons eu le pressentiment que c’était le Saint-Père”. Divers autres Évêques, Prêtres, religieux et religieuses monter sur une montagne escarpée, au sommet de laquelle il y avait une grande Croix en troncs bruts, comme s’ils étaient en chêne-liège avec leur écorce; avant d’y arriver, le Saint-Père traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d’un pas vacillant, affligé de souffrance et de peine, il priait pour les âmes des cadavres qu’il trouvait sur son chemin; parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la grande Croix, il fut tué par un groupe de soldats qui tirèrent plusieurs coups avec une arme à feu et des flèches; et de la même manière moururent les uns après les autres les Évêques les Prêtres, les religieux et religieuses et divers laïcs, hommes et femmes de classes et de catégories sociales différentes. Sous les deux bras de la Croix, il y avait deux Anges, chacun avec un arrosoir de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des Martyrs et avec lequel ils irriguaient les âmes qui s’approchaient de Dieu.   

Tuy – 3-1-1944 ».  

 

INTERPRETATION DU « SECRET » 

LETTRE DE JEAN-PAUL II À SŒUR LUCIE 

   (traduction)   

Révérende Sœur 
Maria Lucia 
Couvent de Coimbra   

Dans la joie des fêtes pascales, je vous adresse le souhait de Jésus ressuscité à ses disciples: « La paix soit avec vous! ». 

Je serai heureux de pouvoir vous rencontrer au cours du jour attendu de la béatification de Francisco et Jacinta que, si Dieu le veut, je proclamerai le 13 mai prochain. 

Comme il n’y aura cependant pas de temps pour une rencontre mais seulement pour une brève salutation, j’ai expressément chargé Monseigneur Tarcisio Bertone, Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, de venir s’entretenir avec vous. C’est la Congrégation qui collabore le plus étroitement avec le Pape pour la défense de la vraie foi catholique et qui a conservé, comme vous le savez, depuis 1957, votre lettre manuscrite contenant la troisième partie du secret révélé le 13 juillet 1917 dans la Cova de Iria, à Fatima. 

Monseigneur Bertone, accompagné de l’évêque de Leiria, Monseigneur Serafim de Sousa Ferreira e Silva, vient en mon nom pour vous poser quelques questions sur l’interprétation de la « troisième partie du secret ». 

Révérende Sœur Maria Lúcia, parlez très ouvertement et sincèrement à Monseigneur Bertone, qui me transmettra directement vos réponses. 

Je prie ardemment la Mère du Ressuscité pour vous, pour la communauté de Coimbra et pour toute l’Église. Que Marie, Mère de l’humanité en pèlerinage, nous tienne toujours proches de Jésus, son Fils bien-aimé et notre Frère, Seigneur de la vie et de la gloire. 

Avec une particulière Bénédiction apostolique.   

JEAN-PAUL II. 

Du Vatican, le 19 avril 2000.

 

RENCONTRE AVEC SŒUR MARIA LUCIA DE JESUS E DO CORAÇÃO IMACULADO

Le rendez-vous de Sœur Lucie avec Monseigneur Tarcisio Bertone, Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, envoyé du Saint-Père, et de Monseigneur Serafim de Sousa Ferreira e Silva, Évêque de Leiria-Fatima, a eu lieu le jeudi 27 avril dernier, dans le Carmel de Sainte-Thérèse à Coimbra. 

Sœur Lucie était lucide et sereine; elle était très contente de la venue du Saint-Père à Fatima, pour la béatification de Francisco et Jacinta, qu’elle attendait depuis longtemps. 

L’évêque de Leiria-Fatima lut la lettre autographe du Saint-Père qui expliquait les motifs de la visite. Sœur Lucie s’est sentie honorée et elle la relut personnellement, la contemplant dans ses mains. Elle s’est dite disposée à répondre franchement à toutes les questions. 

Monseigneur Tarcisio Bertone lui présente alors les deux enveloppes: l’enveloppe extérieure et celle qui contient la lettre avec la troisième partie du « secret » de Fatima, et elle affirme aussitôt, la touchant avec ses doigts: « C’est mon papier », et puis en la lisant: « C’est mon écriture ». 

Avec l’aide de l’évêque de Leiria-Fatima, le texte original, qui est en portugais, est lu et interprété. Sœur Lucie partage l’interprétation selon laquelle la troisième partie du « secret » consiste en une vision prophétique, comparable à celles de l’histoire sainte. Elle réaffirme sa conviction que la vision de Fatima concerne avant tout la lutte du communisme athée contre l’Église et les chrétiens, et elle décrit l’immense souffrance des victimes de la foi du vingtième siècle.

À la question: « le personnage principal de la vision est-il le Pape? », Sœur Lucie répond immédiatement par l’affirmative et elle rappelle que les trois petits bergers étaient très tristes des souffrances du Pape, et que Jacinta répétait: « Coitadinho do Santo Padre, tenho muita pena dos pecadores! » (« Pauvre Saint-Père, il a beaucoup de peine pour les pécheurs! »). Sœur Lucie continue: « Nous ne connaissions pas le nom du Pape, la Vierge ne nous a pas donné le nom du Pape, nous ne savions pas s’il s’agissait de Benoît XV ou de Pie XII ou de Paul VI ou de Jean-Paul II, mais c’était le Pape qui souffrait et cela nous faisait aussi souffrir ». 

Quant au passage concernant l’évêque vêtu de blanc, à savoir le Saint-Père – comme le perçurent immédiatement les petits bergers durant la « vision » – qui est blessé à mort et qui tombe par terre, Sœur Lucie partage pleinement l’affirmation du Pape: « Ce fut une main maternelle qui guida la trajectoire du projectile et le Pape agonisant s’arrêta au seuil de la mort » (Jean-Paul II, Méditation avec les évêques italiens depuis l’hôpital polyclinique Gemelli, 13 mai 1994). 

Alors que Sœur Lucie, avant de remettre à l’évêque de Leiria-Fatima de l’époque la lettre scellée contenant la troisième partie du « secret », avait écrit sur l’enveloppe extérieure qu’elle pouvait être ouverte seulement après 1960, soit par le Patriarche de Lisbonne soit par l’évêque de Leiria, Monseigneur Bertone lui demande: « Pourquoi l’échéance de 1960? Est-ce la Vierge qui avait indiqué cette date? Sœur Lucie répond: « Ça n’a pas été Notre-Dame, mais c’est moi qui ai mis la date de 1960, car, selon mon intuition, avant 1960, on n’aurait pas compris, on aurait compris seulement après. Maintenant on peut mieux comprendre. J’ai écrit ce que j’ai vu, l’interprétation ne me regarde pas, elle regarde le Pape ». 

Enfin, est mentionné le manuscrit non publié que Sœur Lucie a préparé comme réponse à de nombreuses lettres de fidèles de la Vierge et de pèlerins. L’œuvre porte le titre « Os apelos da Mensagen de Fatima » et contient des pensées et des réflexions qui expriment ses sentiments et sa spiritualité simple et limpide, sous forme catéchétique et parénétique. Il lui a été demandé si elle était contente qu’elle soit publiée; elle répondit: « Si le Saint-Père est d’accord, je suis contente, autrement j’obéis à ce que décide le Saint-Père ». Sœur Lucie désire soumettre le texte à l’approbation de l’Autorité ecclésiastique, et nourrit l’espoir de contribuer, par son écrit, à guider les hommes et les femmes de bonne volonté sur le chemin qui conduit à Dieu, but ultime de toute attente humaine. 

La rencontre se termine par un échange de chapelets: à Sœur Lucie est remis celui qui a été donné par le Saint-Père, et elle, à son tour, remet quelques chapelets qu’elle a personnellement confectionnés. 

La Bénédiction donnée au nom du Saint-Père conclut l’entretien. 

 

COMMUNICATION DE SON ÉMINENCE 
LE CARDINAL ANGELO SODANO 
SECRÉTAIRE D’ÉTAT DE SA SAINTETÉ 

  

À la fin de la concélébration eucharistique solennelle présidée par Jean-Paul II à Fatima, le Cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’État, a prononcé en portugais les paroles que nous reproduisons ici en traduction française:   

Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur! 

Au terme de cette célébration solennelle, je ressens le devoir d’adresser à notre bien-aimé Saint-Père Jean-Paul II les vœux les plus cordiaux de toutes les personnes ici présentes pour son tout proche quatre-vingtième anniversaire, le remerciant de son précieux ministère pastoral au bénéfice de toute la sainte Église de Dieu. 

À l’occasion de l’événement solennel de sa venue à Fatima, le Souverain Pontife m’a chargé de vous faire une annonce. Comme vous le savez, le but de sa visite à Fatima a été la béatification des deux petits bergers. Mais il veut aussi donner à ce pèlerinage le sens d’un geste renouvelé de gratitude envers la Madone, pour la protection qu’elle lui a accordée durant ses années de pontificat. C’est une protection qui semble concerner aussi ce qu’on appelle « la troisième partie » du secret de Fatima. 

Ce texte constitue une vision prophétique comparable à celles de l’Écriture sainte, qui ne décrivent pas de manière photographique les détails des événements à venir, mais qui résument et condensent sur un même arrière-plan des faits qui se répartissent dans le temps en une succession et une durée qui ne sont pas précisées. Par conséquent, la clé de lecture du texte ne peut que revêtir un caractère symbolique. 

La vision de Fatima concerne surtout la lutte des systèmes athées contre l’Église et contre les chrétiens. Elle décrit l’immense souffrance des témoins de la foi du dernier siècle du deuxième millénaire. C’est un interminable chemin de croix, guidée par les Papes du vingtième siècle. 

Selon l’interprétation des petits bergers, interprétation confirmée récemment par Sœur Lucie, «l’Évêque vêtu de blanc » qui prie pour tous les fidèles est le Pape. Lui aussi, marchant péniblement vers la Croix parmi les cadavres des personnes martyrisées (évêques, prêtres, religieux, religieuses et nombreux laïcs), tombe à terre comme mort, sous les coups d’une arme à feu. 

Après l’attentat du 13 mai 1981, il apparut clairement à Sa Sainteté qu’il y avait eu « une main maternelle pour guider la trajectoire du projectile », permettant au « Pape agonisant » de s’arrêter «au seuil de la mort » (Jean-Paul II, Méditation avec les Évêques italiens depuis l’hôpital polyclinique GemelliInsegnamenti, vol. XVII1, 1994, p. 1061). À l’occasion d’un passage à Rome de l’évêque de Leiria-Fatima de l’époque, le Pape décida de lui remettre le projectile, resté dans la jeep après l’attentat, pour qu’il soit gardé dans le sanctuaire. Sur l’initiative de l’Évêque, il fut enchâssé dans la couronne de la statue de la Vierge de Fatima. 

Les événements ultérieurs de 1989 ont conduit, en Union soviétique et dans de nombreux Pays de l’Est, à la chute du régime communiste, qui se faisait le défenseur de l’athéisme. Pour cela aussi, le Souverain Pontife remercie de tout cœur la Vierge très sainte. Cependant, dans d’autres parties du monde, les attaques contre l’Église et contre les chrétiens, accompagnées du poids de la souffrance, n’ont malheureusement pas encore cessé. Bien que les situations auxquelles fait référence la troisième partie du secret de Fatima semblent désormais appartenir au passé, l’appel de la Vierge de Fatima à la conversion et à la pénitence, lancé au début du vingtième siècle, demeure encore aujourd’hui d’une actualité stimulante. « La Dame du message semble lire avec une perspicacité spéciale les signes des temps, les signes de notre temps […]. L’invitation insistante de la très Sainte Vierge Marie à la pénitence n’est que la manifestation de sa sollicitude maternelle pour le sort de la famille humaine, qui a besoin de conversion et de pardon » (Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale des malades 1997, n. 1: La Documentation catholique, 93 [1996], p. 1051). 

Pour permettre aux fidèles de mieux recevoir le message de la Vierge de Fatima, le Pape a confié à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le soin de rendre publique la troisième partie du secret, après en avoir préparé un commentaire approprié. 

Nous remercions la Vierge de Fatima de sa protection. Nous confions à sa maternelle intercession l’Église du troisième millénaire. 

Sub tuum præsidium confugimus, Sancta Dei Genetrix! Intercede pro Ecclesia! Intercede pro Papa nostro Ioanne Paulo II. Amen.   

Fatima, le 13 mai 2000.

 

COMMENTAIRE THÉOLOGIQUE   

Celui qui lit avec attention le texte de ce qu’on appelle le troisième « secret » de Fatima, qui, après un long temps, par une disposition du Saint-Père, est publié ci-joint dans son intégralité, sera probablement déçu ou étonné après toutes les spéculations qui ont été faites. Aucun grand mystère n’est révélé; le voile de l’avenir n’est pas déchiré. Nous voyons l’Église des martyrs du siècle qui s’achève représentée à travers une scène décrite dans un langage symbolique difficile à déchiffrer. Est-ce cela que la Mère du Seigneur voulait communiquer à la chrétienté, à l’humanité, dans une période de grands problèmes et de grandes angoisses? Cela nous est-il utile au début du nouveau millénaire? Ou bien s’agit-il seulement de projections du monde intérieur d’enfants qui ont grandi dans une ambiance de profonde piété, mais qui étaient en même temps bouleversés par la tourmente qui menaçait leur époque? Comment devons-nous comprendre la vision, que faut-il en penser?  

Révélation publique et révélations privées – leur lieu théologique   

Avant d’entreprendre une tentative d’interprétation, dont les lignes essentielles peuvent être trouvées dans la communication que le Cardinal Sodano a prononcée le 13 mai dernier à la fin de la célébration eucharistique présidée par le Saint-Père à Fatima, il convient d’effectuer quelques clarifications de fond à propos de la manière dont, selon la doctrine de l’Église, doivent être compris des phénomènes comme celui de Fatima, à l’intérieur de la vie de foi. L’enseignement de l’Église distingue entre la « révélation publique » et les « révélations privées ». Entre ces deux réalités, il y a une différence non seulement de degré, mais de nature. Le terme « révélation publique » désigne l’action révélatrice de Dieu, qui est destinée à l’humanité entière et qui a trouvé son expression littéraire dans les deux parties de la Bible: l’Ancien et le Nouveau Testament. On l’appelle « révélation » parce que, en elle, Dieu s’est fait connaître progressivement aux hommes, au point de devenir lui-même homme, pour attirer à lui et réunir à lui tout le monde, par son Fils incarné, Jésus Christ. Il ne s’agit donc pas de communications intellectuelles, mais d’un processus vital, par lequel Dieu s’approche de l’homme; et dans ce processus, tout naturellement, se dévoilent aussi un contenu qui intéresse également l’intelligence et la compréhension du mystère de Dieu. Le processus concerne l’homme tout entier et donc aussi la raison, mais pas seulement cette dernière. Dieu étant unique, l’histoire qu’il vit avec l’humanité est unique; elle vaut pour tous les temps et elle a trouvé son accomplissement dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus Christ. En Christ, Dieu a tout dit, c’est-à-dire lui-même, et donc la révélation s’est achevée avec la réalisation du mystère du Christ, qui a trouvé son expression dans le Nouveau Testament. Le Catéchisme de l’Église catholique cite un texte de saint Jean de la Croix pour expliquer que la révélation est définitive et complète: « Dès lors qu’Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole […]; car ce qu’il disait par parties aux prophètes, Il l’a dit tout entier dans son Fils […]. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose en quelque nouveauté » (CÉC, n. 65: S. Jean de la Croix, Montée au Carmel, 2, 22).   

Le fait que l’unique révélation de Dieu adressée à tous les peuples est achevée avec le Christ et par le témoignage qui lui est rendu dans les livres du Nouveau Testament lie l’Église à l’événement unique de l’histoire sacrée et à la parole biblique, qui garantit et interprète cet événement, mais cela ne signifie pas que l’Église pourrait maintenant regarder seulement le passé et serait ainsi condamnée à une répétition stérile. Le Catéchisme de l’Église catholique dit à ce sujet: « Même si la Révélation est achevée, elle n’est pas complètement explicitée; il restera à la foi chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles » (n. 66). Les deux aspects, à savoir le lien avec l’unicité de l’événement et la progression dans sa compréhension, sont très bien illustrés dans le dernier discours du Christ, lorque, faisant ses adieux aux disciples, il leur dit: « J’aurai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même […]. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16, 12-14). D’une part, l’Esprit est un guide et il ouvre à une connaissance, mais il manquait auparavant le présupposé pour porter le poids de cette connaissance — telle est l’ampleur et la profondeur jamais atteintes de la foi chrétienne. D’autre part, cette fonction de guide est une manière de « prendre » dans le trésor de Jésus Christ lui-même, dont la profondeur insondable se manifeste dans la conduite opérée par l’Esprit. Le Catéchisme cite à ce sujet une parole profonde du Pape Grégoire le Grand: « Les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble » (CÉC, n. 94, Grégoire le Grand, Homélie sur Ezéchiel, 1, 7, 8). Le Concile Vatican II indique trois voies essentielles, par lesquelles s’opèrent l’action de guide de l’Esprit Saint dans l’Église et donc la « croissance de la Parole »; cette action s’accomplit au moyen de la méditation et de l’étude par les fidèles, au moyen d’une profonde intelligence qui provient de l’expérience spirituelle et de la prédication de « ceux qui, avec la succession dans l’épiscopat, ont reçu un charisme certain de vérité » (Dei Verbum, n. 8). 

Dans ce contexte, il devient désormais possible de comprendre correctement le concept de « révélation privée », qui se réfère à toutes les visions et à toutes les révélations qui ont lieu après la conclusion du Nouveau Testament; il s’agit donc de la catégorie à l’intérieur de laquelle nous devons placer le message de Fatima. À ce sujet, commençons par lire le Catéchisme de l’Église catholique: « Au fil des siècles, il y a eu des révélations dites “privées”, dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. […] Leur rôle n’est pas […] de “compléter” la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire » (n. 67). Deux éléments sont ainsi clarifiés: 

  1. L’autorité des révélations privées est substantiellement différente de l’unique révélation publique: cette dernière exige notre foi; en effet, en elle, par l’intermédiaire de paroles humaines et de la médiation de la communauté vivante de l’Église, Dieu lui-même nous parle. La foi en Dieu et dans sa Parole se distingue de toute autre foi, croyance ou opinion humaines. La certitude que Dieu parle me donne la sécurité que je rencontre la vérité elle-même, et ainsi une certitude qui ne peut se vérifier par aucune forme humaine de connaissance. C’est la certitude sur laquelle j’édifie ma vie et à laquelle je me confie en mourant.   
  2. La révélation privée est une aide pour la foi, et elle se manifeste comme crédible précisément parce qu’elle renvoie à l’unique révélation publique. Le Cardinal Prospero Lambertini, futur Pape Benoît XIV, dit à ce sujet dans son traité classique, devenu ensuite normatif pour les béatifications et les canonisations: « Un assentiment de foi catholique n’est pas dû à des révélations approuvées de cette manière; ce n’est même pas possible. Ces révélations requièrent plutôt un assentiment de foi humaine conforme aux règles de la prudence, qui nous les présentent comme probables et crédibles dans un esprit de piété ». Le théologien flamand E. Dhanis, éminent connaisseur de cette question, affirme de manière synthétique que l’approbation ecclésiale d’une révélation privée comporte trois éléments: le message relatif ne contient rien qui s’oppose à la foi et aux bonnes mœurs; il est licite de le rendre publique, et les fidèles sont autorisés à lui donner, de manière prudente, leur adhésion [E. Dhanis, Regard sur Fatima et bilan d’une discussionLa Civiltà cattolica 104 (1953, II), pp. 392-406, en particulier p. 397]. Un tel message peut être une aide valable pour comprendre et mieux vivre l’Évangile à l’heure actuelle; c’est pourquoi il ne doit pas être négligé. Il est une aide qui est offerte, mais dont il n’est nullement obligatoire de faire usage.   

Le critère pour la vérité et pour la valeur d’une révélation privée est donc son orientation vers le Christ lui-même. Quand elle nous éloigne de lui, quand elle se rend autonome ou même quand elle se fait passer pour un dessein de salut autre et meilleur, plus important que l’Évangile, elle ne vient certainement pas de l’Esprit Saint, qui nous guide à l’intérieur de l’Évangile, et non hors de lui. Cela n’exclut pas qu’une révélation privée mette de nouveaux accents, qu’elle fasse apparaître de nouvelles formes de piété, qu’elle en approfondisse ou en étende d’anciennes. Mais de toute façon, en tout cela, il doit s’agir d’une nourriture pour la foi, l’espérance et la charité, qui sont pour tous la voie permanente du salut. Nous pouvons ajouter que bien souvent les révélations privées proviennent avant tout de la piété populaire et se reflètent sur elle, lui donnent de nouvelles impulsions et ouvrent pour elle de nouvelles formes. Cela n’exclut pas qu’elles aient aussi des effets dans la liturgie elle-même, comme le montrent par exemple les fêtes du Corpus Domini et du Sacré-Cœur de Jésus. D’un certain point de vue, dans la relation entre liturgie et piété populaire, se dessine la relation entre la Révélation et les révélations privées: la liturgie est le critère, elle est la forme vitale de l’Église dans sa totalité, nourrie directement par l’Évangile. La religiosité populaire signifie que la foi plonge ses racines au cœur des peuples d’une façon telle qu’elle s’introduit dans le monde du quotidien. La religiosité populaire est la forme première et fondamentale de l’« inculturation » de la foi, qui doit continuellement se laisser orienter et guider par les indications de la liturgie, mais qui, à son tour, féconde la foi à partir du cœur. 

Ainsi, nous sommes déjà passés des précisions plutôt négatives, qui de prime abord étaient nécessaires, aux déterminations positives des révélations privées: comment peut-on les classer de manière correcte à partir de l’Écriture? Quelle est leur catégorie théologique? La plus ancienne lettre de saint Paul qui nous a été conservée, le texte qui, dans l’absolu, est peut-être le plus ancien du Nouveau Testament, la première lettre aux Thessaloniciens, me semble donner une indication. L’Apôtre y écrit: « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose, ce qui est bien, gardez-le » (5, 19-21). À toutes les époques est donné à l’Église le charisme de prophétie, qui doit être examiné, mais qui ne peut être déprécié. À ce sujet, il convient de tenir compte du fait que la prophétie, au sens biblique, ne signifie pas prédire l’avenir, mais expliquer la volonté de Dieu pour le présent, et donc montrer la voie droite vers l’avenir. Celui qui prédit l’avenir satisfait à la curiosité de la raison, qui désire ouvrir le voile de l’avenir; le prophète, quant à lui, satisfait à l’aveuglement de la volonté et de la pensée, et éclaire la volonté de Dieu comme exigence et indication pour le présent. Dans ce cas, l’importance de la prédiction de l’avenir est secondaire. Ce qui est essentiel, c’est l’actualisation de l’unique révélation, qui me concerne en profondeur: la parole prophétique est un avertissement ou encore une consolation, ou même les deux à la fois. En ce sens, on peut associer le charisme de la prophétie à la catégorie des « signes des temps », qui a été remise en lumière par le Concile Vatican II: « L’aspect de la terre et du ciel, vous savez le juger; mais le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger? » (Lc 12, 56). Par « signes des temps » dans ces paroles de Jésus, il faut entendre son propre chemin, lui-même. Interpréter les signes des temps à la lumière de la foi signifie reconnaître la présence du Christ en tout temps. Dans les révélations privées reconnues par l’Église — donc aussi celle de Fatima — il s’agit de ceci: nous aider à comprendre les signes des temps et à trouver pour eux la juste réponse dans la foi.   

La structure anthropologique des révélations privées   

Après avoir chercher à déterminer le lieu théologique des révélations privées par ces réflexions et avant de nous engager dans une interprétation du message de Fatima, nous devons encore chercher brièvement à éclaircir un peu leur caractère anthropologique (psychologique). L’anthropologie théologique distingue en ce domaine trois formes de perception ou de « vision »: la vision des sens, donc la perception externe corporelle, la perception intérieure et la vision spirituelle (visio sensibilis – imaginativa – intellectualis). Il est clair que, dans les visions de Lourdes, Fatima, etc., il ne s’agit pas de la perception normale extérieure des sens: les images et les figures qui sont vues ne se trouvent pas extérieurement dans l’espace, comme s’y trouve par exemple un arbre ou une maison. Cela est absolument évident, par exemple, en ce qui concerne la vision de l’enfer (décrite dans la première partie du « secret » de Fatima) ou encore la vision décrite dans la troisième partie du « secret », mais cela peut se montrer très facilement aussi pour les autres visions, surtout parce que toutes les personnes présentes ne les voient pas, mais en réalité seulement les « voyants ». De même, il est évident qu’il ne s’agit pas d’une « vision » intellectuelle, sans images, comme on le trouve dans les hauts degrés de la mystique. Il s’agit donc de la catégorie intermédiaire, la perception intérieure, qui a certainement pour le voyant une force de présence, laquelle équivaut pour lui à la manifestation externe sensible.   

Voir intérieurement ne signifie pas qu’il s’agit de fantaisies, ce qui serait seulement une expression de l’imagination subjective. Cela signifie plutôt que l’âme est effleurée par la touche de quelque chose de réel, même si c’est suprasensible, et qu’elle est rendue capable de voir le non-sensible, le non-visible par les sens – une vision avec les « sens internes ». Il s’agit de vrais « objets » qui touchent l’âme, bien qu’ils n’appartiennent pas à notre monde sensible habituel. C’est pourquoi cela exige une vigilance intérieure du cœur qui, la plupart du temps, n’existe pas en raison de la pression des fortes réalités externes, des images et des pensées qui remplissent l’âme. La personne est conduite au-delà de la pure extériorité et les dimensions les plus profondes de la réalité la touchent, se rendent visibles à elle. On se doit d’opérer une vérification, comme nous l’avons dit. Mais elle comporte aussi des limites. Déjà dans les visions extérieures, il existe aussi un facteur subjectif: nous ne voyons pas l’objet pur, mais celui-ci nous parvient à travers le filtre de nos sens, qui doivent accomplir un processus de traduction. Cela est encore plus évident dans la vision intérieure, surtout lorsqu’il s’agit de réalités qui outrepassent en elles-mêmes notre horizon. Le sujet, le voyant, est engagé de manière encore plus forte. Il voit avec ses possibilités concrètes, avec les modalités représentatives et cognitives qui lui sont accessibles. Dans la vision intérieure, il s’agit encore plus largement que dans la vision extérieure d’un processus de traduction, de sorte que le sujet est de manière essentielle participant de la formation, sous mode d’images, de ce qui apparaît. L’image peut advenir seulement selon ses mesures et ses possibilités. Ces visions ne sont donc jamais de simples « photographies » de l’au-delà, mais elles portent aussi en elles-mêmes les possibilités et les limites du sujet qui perçoit. 

On peut le montrer à travers toutes les grandes visions des saints; naturellement, cela vaut aussi pour les visions des enfants de Fatima. Les images qu’ils ont décrites ne sont pas en effet une simple expression de leur fantaisie, mais le fruit d’une réelle perception d’origine supérieure et intérieure, elles ne sont pas non plus à envisager comme si, pour un instant, le voile de l’au-delà avait été enlevé et que le ciel apparaissait dans ce qu’il a de purement essentiel, de la manière dont nous espérons le voir un jour dans l’union définitive avec Dieu. Les images sont plutôt, pour ainsi dire, une synthèse de l’impulsion qui provient d’En Haut et des possibilités de ce fait disponibles du sujet qui perçoit, en l’occurrence des enfants. C’est pour cela que le langage imaginatif de ces visions est un langage symbolique. Le Cardinal Sodano dit à ce sujet: les visions « ne décrivent pas de manière photographique les détails des événements à venir, mais résument et condensent sur un même arrière-plan des faits qui se répartissent dans le temps en une succession et une durée qui ne sont pas précisées ». Ce rassemblement de temps et d’espace en une image unique est typique de telles visions, qui en règle générale ne peuvent être déchiffrées qu’a posteriori. Dans ce domaine, on ne peut pas dire que chaque élément visuel doive avoir un sens historique concret. C’est la vision dans son ensemble qui compte, et c’est à partir de l’ensemble des images que les éléments particuliers doivent être compris. Quel que soit le centre d’une image, elle se révèle de manière ultime à partir de ce qui est le centre de la « prophétie » chrétienne elle-même: le centre est là où la vision devient appel et guide vers la volonté de Dieu.

Une tentative d’interprétation du « secret » de Fatima   

La première et la deuxième partie du « secret » de Fatima ont déjà été discutées amplement dans la littérature qui le concerne et qu’il n’est pas utile de les illustrer ici une nouvelle fois. Je voudrais seulement attirer brièvement l’attention sur le point le plus significatif. Pendant un instant terrible, les enfants ont fait l’expérience d’une vision de l’enfer. Ils ont vu la chute des « âmes des pauvres pécheurs ». Et maintenant, il leur est dit pourquoi ils ont été exposés à cet instant: « pour les sauver [les âmes] » — pour montrer un chemin de salut. Il vient à l’esprit la phrase de la première lettre de Pierre: « … Sûrs d’obtenir l’objet de votre foi: le salut des âmes » (1, 9). Comme chemin vers ce but, est indiquée — de manière surprenante pour des personnes provenant de l’ère culturelle anglo-saxonne et allemande — la dévotion au Cœur immaculé de Marie. Pour comprendre cela, une brève indication suffira ici. « Cœur » signifie dans le langage de la Bible le centre de l’existence humaine, la jonction entre la raison, la volonté, le tempérament et la sensibilité, où la personne trouve son unité et son orientation intérieure. Le « cœur immaculé » est, selon Mt 5, 8, un cœur qui, à partir de Dieu, est parvenu à une parfaite unité intérieure et donc « voit Dieu ». La « dévotion » au Cœur immaculé de Marie est donc une façon de s’approcher du comportement de ce cœur, dans lequel le fiat — que ta volonté soit faite — devient le centre qui informe toute l’existence. Si quelqu’un voulait objecter que nous ne devrions pas cependant interposer un être humain entre le Christ et nous, on devrait alors se rappeler que Paul n’a pas eu peur de dire à ses propres communautés: imitez-moi (cf. 1 Co 4, 16; Ph 3, 17; 1 Th 1, 6; 2 Th 3, 7. 9). Chez l’Apôtre, les communautés peuvent vérifier concrètement ce que signifie suivre le Christ. De qui pourrions-nous en tout temps apprendre d’une manière meilleure, sinon de la Mère du Seigneur?   

Ainsi, nous arrivons finalement à la troisième partie du « secret » de Fatima, publié ici pour la première fois dans son intégralité. Comme il ressort de la documentation précédente, l’interprétation que le Cardinal Sodano a donnée dans son texte du 13 mai a, dans un premier temps, été présentée personnellement à Sœur Lucie. À ce sujet, Sœur Lucie a tout d’abord observé qu’elle avait reçu la vision, mais pas son interprétation. L’interprétation, disait-elle, ne revient pas au voyant, mais à l’Église. Toutefois, après la lecture du texte, elle a dit que cette interprétation correspondait à ce dont elle avait fait l’expérience et que, pour sa part, elle reconnaissait cette interprétation comme correcte. Donc, dans ce qui suit, on pourra seulement chercher à donner de manière approfondie un fondement à cette interprétation à partir des critères développés jusqu’ici. 

Comme parole-clé de la première et de la deuxième parties du « secret », nous avons découvert celle qui dit « sauver les âmes »; de même, la parole-clé de ce « secret » est un triple cri: «Pénitence, Pénitence, Pénitence! » Il nous revient à l’esprit le début de l’Évangile: « Pænitemini et credite evangelio » (Mc 1, 15). Comprendre les signes des temps signifie comprendre l’urgence de la pénitence – de la conversion – de la foi. Telle est la réponse juste au moment historique, marqué par de graves dangers qui seront exprimés par les images ultérieures. Je me permets de rappeler ici un souvenir personnel; dans un colloque avec moi, Sœur Lucie m’a affirmé qu’il lui apparaissait toujours plus clairement que le but de toutes les apparitions a été de faire croître toujours plus dans la foi, dans l’espérance et dans la charité – tout le reste entendait seulement porter à cela.   

Examinons maintenant d’un peu plus près les différentes images. L’ange avec l’épée de feu à la gauche de la Mère de Dieu rappelle des images analogues de l’Apocalypse. Il représente la menace du jugement, qui plane sur le monde. La perspective que le monde pourrait être englouti dans une mer de flammes n’apparaît absolument plus aujourd’hui comme une pure fantaisie: l’homme lui-même a préparé l’épée de feu avec ses inventions. La vision montre ensuite la force qui s’oppose au pouvoir de destruction – la splendeur de la Mère de Dieu et, provenant d’une certaine manière de cette splendeur, l’appel à la pénitence. De cette manière est soulignée l’importance de la liberté de l’homme: l’avenir n’est absolument pas déterminé de manière immuable, et l’image que les enfants ont vue n’est nullement un film d’anticipation de l’avenir, auquel rien ne pourrait être changé. Toute cette vision se produit en réalité seulement pour faire apparaître la liberté et pour l’orienter dans une direction positive. Le sens de la vision n’est donc pas de montrer un film sur l’avenir irrémédiablement figé. Son sens est exactement opposé, à savoir mobiliser les forces pour tout changer en bien. Aussi sont-elles totalement fourvoyées les explications fatalistes du « secret » qui affirme par exemple que l’auteur de l’attentat du 13 mai 1981 aurait été, en définitive, un instrument du plan divin, guidé par la Providence, et qu’il n’aurait donc pas pu agir librement, ou encore d’autres idées semblables qui circulent. La vision parle plutôt de dangers et de la voie pour en être sauvegardé.   

Les phrases qui suivent dans le texte montrent encore une fois très clairement le caractère symbolique de la vision: Dieu reste l’incommensurable et la lumière qui dépasse toute notre vision. Les personnes humaines apparaissent comme dans un miroir. Nous devons garder continuellement présente cette limitation interne de la vision, dont les limites sont ici visuellement indiquées. L’avenir se dévoile seulement « comme dans un miroir, de manière confuse » (cf 1 Co 13, 12). Prenons maintenant en considération les diverses images qui suivent dans le texte du « secret ». Le lieu de l’action est décrit par trois symboles: une montagne escarpée, une grande ville à moitié en ruines et finalement une grande croix en troncs grossiers. La montagne et la ville symbolisent le lieu de l’histoire humaine: l’histoire comme une montée pénible vers les hauteurs, l’histoire comme lieu de la créativité et de la convivialité humaines, mais en même temps comme lieu de destructions, par lesquelles l’homme anéantit l’œuvre de son propre travail. La ville peut être lieu de communion et de progrès, mais aussi lieu des dangers et des menaces les plus extrêmes. Sur la montagne se trouve la croix – terme et point de référence de l’histoire. Par la croix, la destruction est transformée en salut; elle se dresse comme signe de la misère de l’histoire et comme promesse pour elle. 

Ici, apparaissent ensuite deux personnes humaines: l’évêque vêtu de blanc (« nous avons eu le pressentiment que c’était le Saint-Père »), d’autres évêques, des prêtres, des religieux et religieuses, et enfin des hommes et des femmes de toutes classes et toutes catégories sociales. Le Pape semble précéder les autres, tremblant et souffrant à cause de toutes les horreurs qui l’entourent. Non seulement les maisons de la ville sont à moitié écroulées, mais son chemin passe au milieu de cadavres des morts. La marche de l’Église est ainsi décrite comme un chemin de croix, comme un chemin dans un temps de violence, de destruction et de persécutions. On peut trouver représentée dans ces images l’histoire d’un siècle entier. De même que les lieux de la terre sont synthétiquement représentés par les deux images de la montagne et de la ville, et sont orientés vers la croix, de même aussi les temps sont présentés de manière condensée: dans la vision, nous pouvons reconnaître le siècle écoulé comme le siècle des martyrs, comme le siècle des souffrances et des persécutions de l’Église, comme le siècle des guerres mondiales et de beaucoup de guerres locales, qui en ont rempli toute la seconde moitié et qui ont fait faire l’expérience de nouvelles formes de cruauté. Dans le « miroir » de cette vision, nous voyons passer les témoins de la foi de décennies. À ce sujet, il semble opportun de mentionner une phrase de la lettre que Sœur Lucie a écrite au Saint-Père le 12 mai 1982: « La troisième partie du “secret” se réfère aux paroles de Notre-Dame: “Sinon [la Russie] répandra ses erreurs à travers le monde, favorisant guerres et persécutions envers l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites” ».   

Dans le chemin de croix de ce siècle, la figure du Pape a un rôle spécial. Dans sa pénible montée sur la montagne, nous pouvons sans aucun doute trouver rassemblés différents Papes qui, depuis Pie X jusqu’au Pape actuel, ont partagé les souffrances de ce siècle et se sont efforcés d’avancer au milieu d’elles sur la voie qui mène à la croix. Dans la vision, le Pape aussi est tué sur la voie des martyrs. Lorsque, après l’attentat du 13 mai 1981, le Pape se fit apporter le texte de la troisième partie du « secret », ne devait-il pas y reconnaître son propre destin? Il a été très proche des portes de la mort et il a lui-même expliqué de la manière suivante comment il a été sauvé: « C’est une main maternelle qui guida la trajectoire de la balle et le Pape agonisant s’est arrêté au seuil de la mort » (13 mai 1994). Qu’ici une « main maternelle » ait dévié la balle mortelle montre seulement encore une fois qu’il n’existe pas de destin immuable, que la foi et la prière sont des puissances qui peuvent influer sur l’histoire et que, en définitive, la prière est plus forte que les projectiles, la foi plus puissante que les divisions.   

La conclusion du « secret » rappelle des images que Sœur Lucie peut avoir vues dans des livres de piété et dont le contenu provient d’anciennes intuitions de foi. C’est une vision consolante, qui veut qu’une histoire de sang et de larmes soit perméable à la puissance de guérison de Dieu. Des Anges recueillent sous les bras de la croix le sang des martyrs et irriguent ainsi les âmes qui s’approchent de Dieu. Le sang du Christ et le sang des martyrs doivent être considérés ensemble: le sang des martyrs jaillit des bras de la croix. Leur martyre s’accomplit en solidarité avec la passion du Christ, il devient un tout avec elle. Ils complètent pour le Corps du Christ ce qui manque encore à ses souffrances (cf. Col 1, 24). Leur vie est devenue elle-même eucharistie, incorporée dans le mystère du grain de blé qui meurt et qui devient fécond. Le sang des martyrs est semence de chrétiens, a dit Tertullien. De même que de la mort du Christ, de son côté ouvert, est née l’Église, de même la mort des témoins est féconde pour la vie future de l’Église. La vision de la troisième partie du « secret », tellement angoissante à ses débuts, s’achève donc sur une image d’espérance: aucune souffrance n’est vaine, et précisément une Église souffrante, une Église des martyrs, devient un signe indicateur pour l’homme à la recherche de Dieu. Dans les mains amoureuses de Dieu sont accueillies non seulement les personnes qui souffrent comme Lazare, qui a trouvé une grande consolation et qui mystérieusement représente le Christ, Lui qui a voulu devenir pour nous le pauvre Lazare; mais il y a plus encore: des souffrances des témoins provient une force de purification et de renouveau, parce qu’elle est une actualisation de la souffrance même du Christ, et qu’elle transmet aujourd’hui son efficacité salvatrice.   

Nous sommes ainsi arrivés à une ultime interrogation: que signifie dans son ensemble (dans ses trois parties) le « secret » de Fatima? Que nous dit-il à nous? Avant tout, nous devons affirmer avec le Cardinal Sodano: « Les situations auxquelles fait référence la troisième partie du “secret” de Fatima semblent désormais appartenir au passé ». Dans la mesure où des événements particuliers sont représentés, ils appartiennent désormais au passé. Ceux qui attendaient des révélations apocalyptiques excitantes sur la fin du monde et sur le cours futur de l’histoire seront déçus. Fatima n’offre pas de telles satisfactions à notre curiosité, comme du reste en général la foi chrétienne ne veut pas et ne peut pas être une pâture pour notre curiosité. Ce qui reste, nous l’avons vu dès le début de notre réflexion sur le texte du « secret »: l’exhortation à la prière comme chemin pour le « salut des âmes » et, dans le même sens, l’appel à la pénitence et à la conversion.   

Je voudrais enfin reprendre encore une autre parole-clé du « secret » devenue célèbre à juste titre: « Mon Cœur immaculé triomphera ». Qu’est-ce que cela signifie? Le Cœur ouvert à Dieu, purifié par la contemplation de Dieu, est plus fort que les fusils et que les armes de toute sorte. Le fiat de Marie, la parole de son cœur, a changé l’histoire du monde, parce qu’elle a introduit le Sauveur dans le monde – car, grâce à son « oui », Dieu pouvait devenir homme dans notre monde et désormais demeurer ainsi pour toujours. Le Malin a du pouvoir sur ce monde, nous le voyons et nous en faisons continuellement l’expérience; il a du pouvoir parce que notre liberté se laisse continuellement détourner de Dieu. Mais, depuis que Dieu lui-même a un cœur d’homme et a de ce fait tourné la liberté de l’homme vers le bien, vers Dieu, la liberté pour le mal n’a plus le dernier mot. Depuis lors, s’imposent les paroles: « Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance; moi je suis vainqueur du monde » (Jn 16, 33). Le message de Fatima nous invite à nous fier à cette promesse. 

Joseph Card. Ratzinger
Préfet de la Congrégation
pour la Doctrine de la Foi

(1) Du journal de Jean XXIII, 17 août 1959: « Audience: P. Philippe, Commissaire du S.O., qui me porte la lettre contenant la troisième partie du secret de Fatima. Je me réserve de la lire avec mon confesseur ».  

(2) Il faut se rappeler le commentaire que le Saint-Père fit à l’audience générale du 14 octobre 1981 sur « l’événement du mois de mai: grande épreuve divine »: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, IV, 2, Cité du Vatican (1981), pp. 409-412. 

(3) Radiomessage durant la Messe dans la Basilique Sainte-Marie-Majeure. Vénération, remerciements et consécration à la Vierge Marie, la Théotokos: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, IV, 1, Cité du Vatican (1981), p. 1246. 

(4) Au cours de la journée jubilaire des familles, le Pape consacre à la Vierge Marie les hommes et les nations: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, VII, 1, Cité du Vatican (1984), pp. 775-777: La Documentation catholique 81 (1984), p. 287. 

(5) 

(6) Dans le « quatrième mémoire » du 8 décembre 1941, Sœur Lucie écrit: « Je commence donc mon nouveau devoir et j’obéirai aux ordres de Votre Excellence Révérendissime et aux désirs du Docteur Galamba. Hormis la part du secret qu’il ne m’est pas permis de révéler maintenant, je dirai tout. Je ne tairai rien volontairement. J’admets que je pourrai oublier quelques détails de minime importance ». 

(7) Dans le « quatrième mémoire » cité précédemment, Sœur Lucie ajoute : «Au Portugal, se conservera toujours le dogme de la foi, etc. ». 

(8) Dans la traduction, on a respecté le texte original, même dans les imprécisions de ponctuation, qui n’empêchent d’ailleurs pas la compréhension de ce que la voyante a voulu dire.   

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Les apparitions de Fatima

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En 1917, dans la région de Fatima, une « belle dame » apparaît à trois petits bergers, Lucie dos Santos et ses deux cousins, Francisco et Jacinthe Marto. 

 

Le déroulement des apparitions

Le 13 mai 1917, trois petits bergers, François Marto, 9 ans, sa sœur Jacinthe, 7 ans  et leur cousine Lucie dos Santos, 10 ans, rentrent le troupeau de moutons qu’ils ont gardé dans la journée. Ils disent à leurs parents incrédules qu’une belle dame leur est apparue lorsqu’ils gardaient le troupeau. Elle leur a demandé de réciter tous les jours le chapelet et de revenir le 13 de chaque mois.

Le 13 juin, les trois enfants retournent sur le lieu où ils ont vu «la belle dame». Aux questions qu’on leur pose, les enfants répondent que la dame leur a demandé de réciter le chapelet chaque jour, qu’elle leur a confié un secret et les a priés de revenir à la même heure le 13 juillet.

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Le 13 juillet, «la belle dame» demande de nouveau aux enfants de réciter le chapelet chaque jour en l’honneur de Notre Dame du Rosaire pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre Elle leur confie un secret, et leur dit que le 13 octobre elle leur dirait son nom et ferait un miracle afin que tous croient.

Le 13 août, les enfants ne peuvent pas venir car ils ont été arrêtés. Après avoir été soumis à de nombreux interrogatoires pour leur faire avouer leur mensonge, les enfants sont libérés le 16 août. Le 19 août, ils voient une nouvelle fois «la belle dame». Elle continue à leur demander de réciter le chapelet chaque jour et de »prier et de faire des sacrifices pour les pécheurs car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles ».

Le 13 septembre, accompagnés de près de 25 000 personnes, les enfants voient la dame qui leur recommande de poursuivre la récitation du Rosaire pour obtenir la fin de la guerre et leur promet de revenir le 13 octobre.

Le 13 octobre, entre 50 et 70 000 personnes sont venues pour voir le grand miracle annoncé par la dame le 13 juillet. A midi, Lucie crie à la foule »Regardez le soleil ! »et les pèlerins présents, voient distinctement le soleil qui s’agite dans le ciel. Ce phénomène qui sera appelé «la danse du soleil» qui dure 10 minutes. C’est la dernière apparition aux trois enfants.

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François et Jacinthe Marto, meurent de la grippe espagnole en 1919 et 1920. Ils sont béatifiés le13 mai 2000par le pape Jean-Paul II. Lucie Dos Santos décède en 2005 au Carmel de Coimbra.

 

Le message

Outre les secrets confiés aux enfants, le message de Marie aux enfants insiste sur la nécessité de méditer sur les mystères de la vie du Christ (récitation du chapelet), de prier pour la paix dans le monde et pour les pécheurs.

Les secrets

Lors de la troisième apparition, la Vierge a révélé un message aux enfants et leur a demandé de ne pas le divulguer immédiatement. Ce message contient trois parties, il ne sera révélé que plusieurs années après les événements.

Les deux premiers secrets sont officiellement publiés en 1941. Le premier serait l’annonce de la seconde guerre mondiale au travers d’une vision de l’enfer. Le second concernerait la Russie et sa consécration au cœur Immaculée de Marie. 
Le Pape Jean-Paul II a décidé de rendre public le 3è « secret de Fatima »   lors du passage au troisième millénaire.

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Les révélations privées de Fatima

 

L’Église célèbre en 2017 le centenaire des apparitions de Fatima. Ces apparitions font partie de ce qu’on appelle les «révélations privées» ou prophétisme chrétien. Qu’est-ce qu’une révélation privée?

Que sont les révélations privées ?

Apparitions de Lourdes, de La Salette, de Fatima – dont on célèbre cette année le centenaire –, visions d’Hildegarde de Bingen (1098-1179), Catherine de Sienne (1347-1380), Anne-­Catherine Emmerick (1774-1824), Marcel Van (1928-1959) ou encore Marthe Robin (1902-1981)… Ce sont tous ces phénomènes, dans lesquels Dieu communique à l’homme de manière extra-­ordinaire, que l’Église appelle révélations privées. «Privées», pour bien les distinguer de la Révélation «publique» contenue dans l’Écriture sainte et transmise à tous par la Tradition de l’Église.

Pour les chrétiens, la Révélation – c’est-à-dire l’action de Dieu lui-même qui se fait connaître progressivement aux hommes et se révèle en son Fils incarné pour les sauver – est close avec le Nouveau Testament. Le Christ est la «Parole unique et définitive donnée à l’humanité» (1). En lui, Dieu «nous a tout dit à la fois, d’un seul coup (…) et il n’a rien de plus à dire. Car ce qu’il disait par parties aux prophètes, il l’a dit tout entier dans son Fils», assure saint Jean de la Croix (2).

Néanmoins, l’Église admet que Dieu puisse continuer d’adresser des messages à certains, non pour compléter sa Révélation mais pour «aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire» (3). C’est même un phénomène courant dans l’histoire de l’Église, rappelle le dominicain Gilles Berceville, théologien étudiant le prophétisme dans le catholicisme contemporain (4). «À côté du prophétisme ordinaire – chaque chrétien ayant reçu l’Esprit Saint bénéficie d’une lumière qui l’éclaire sur la réalité des choses et les signes des temps –, il existe un prophétisme extraordinaire donné à certains. Beaucoup de théologiens éprouvent un certain mépris ou une répugnance à l’étudier, mais il a toujours existé dans le christianisme. Dieu ne parle pas seulement à travers le magistère et les savants mais aussi à travers ses prophètes.»

Ainsi la dévotion au Sacré-Cœur est-elle déjà contenue dans l’enseignement traditionnel de l’Église mais déployée par les visions que sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690) eut de ­Jésus-Christ à Paray-le-Monial. De même pour la dévotion à la miséricorde divine promue par sainte Faustine (1905-1938).

Comment discerner le vrai du faux ?

Il n’est pas un mois sans que Joachim Bouflet, historien spécialiste des phénomènes mystiques (5), «entende parler d’une nouvelle apparition dans le monde». «L’Église manifeste toujours une grande prudence car ces phénomènes sont incontrôlables scientifiquement, et peuvent être le fait d’une exaltation, de maladies psychiques ou donner lieu à des dérives sectaires», souligne-t-il, donnant en exemple les dérives d’une des premières révélations privées du christianisme, le montanisme, au IIesiècle.

L’histoire du christianisme a connu, de fait, des floraisons de phénomènes mystiques, qui ont poussé très tôt à établir des critères de discernement. Le concile de Bâle (1431), notamment, étudia les visions de sainte Brigitte de Suède, et le théologien Torquemada formula des principes de base.

Du côté du contenu doctrinal, d’une part, les révélations privées ne peuvent contredire la Révélation. Elles doivent être orientées «vers le Christ lui-même» : «Quand celle-ci nous éloigne de Lui, à ce moment-là elle ne vient certainement pas de l’Esprit Saint, qui nous conduit à l’Évangile et non hors de lui» (1).

Les qualités du messager (ou voyant), d’autre part, sont importantes : il doit être équilibré psychiquement et d’une moralité parfaite ; avoir «une humilité sincère, l’obéissance qui ne cherche pas ses propres intérêts, la force d’âme dans les épreuves et les contradictions» (6).

Tous ces critères (réunis dans les normes de 1978) ne suffisent pas, pour autant, à prouver l’authenticité des révélations. Même quand elle les approuve, l’Église reste très prudente et «ne se porte pas garante de la vérité du fait» (Pie X, Pascendi). Il s’agit plutôt d’une «permission accordée, après un examen attentif, de faire connaître cette révélation pour l’instruction et le bien des fidèles»,note Benoît XIV. Et l’on n’est pas pour autant tenu d’y croire.

Alors que l’Église ne s’est pas encore prononcée sur Medjugorje, certains estiment que les conversions et guérisons qui ont pu y avoir lieu sont aussi des critères, des «signes», de l’authenticité des apparitions. Joachim Bouflet tempère : «Les grâces données en un lieu ne sont pas liées au fait avéré de l’apparition mais elles sont toujours gratuites, accordées par la miséricorde divine pour les pèlerins venus en ce lieu avec un cœur pur».

Comment s’y retrouver ?

Il y a différents niveaux de reconnaissance. Dans le cas des révélations sans apparitions, détaille Joachim Bouflet, l’Église se contente d’affirmer qu’elles n’ont «rien de contraire à la doctrine et à la morale». Pour les apparitions, elle va estimer, après examen, que l’origine surnaturelle est : soit exclue (ce qui revient à une condamnation), comme à San Damiano, Garabandal, Kerezinen… ; soit non établie (l’Église maintient le doute) ; soit établie (c’est la reconnaissance). Entre le doute et la reconnaissance officielle, l’Église peut autoriser le culte ou le pèlerinage, comme à l’Île-Bouchard ou à Pellevoisin.

À quoi servent les révélations privées ?

Elles sont une aide à la vie spirituelle, invitant à la conversion. «Elles apportent à l’Église l’assurance que Dieu l’accompagne, relève Joachim Bouflet, qu’il est présent au milieu de son peuple. On le sait par la foi, mais les humbles ont besoin de signes.»

Leur message peut être très rude, comme à La Salette où le message de la Vierge aux jeunes voyants épingle les péchés du clergé, ou encore à Fatima, lorsque les petits bergers voient l’enfer, la possibilité laissée à tout homme de refuser Dieu et les souffrances de ceux en sont éternellement séparés.

Elles interviennent souvent à un moment particulier de l’histoire. «En particulier dans un contexte difficile, où les gens sont déboussolés. Le prophète vient leur indiquer la bonne direction», ajoute Gilles Berceville. C’est le cas par exemple de Pontmain en 1871, de Kibeho au Rwanda avant le génocide, des visions de ­l’Allemande Thérèse Neumann en pleine montée du nazisme…

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  • Synode des évêques sur la Parole de Dieu, Verbum Domini.
    (2) La Montée du Carmel.
    (3) Catéchisme de l’Église catholique n° 66-67.
    (4) « Comment croire aux révélations privées ? Nature de la foi et de la théologie selon Y. Congar », Transversalités 98 (avril-juin 2006).
    (5) Faussaires de Dieu, Presses de la Renaissance, 727 p.
    (6) Dictionnaire de spiritualité, vol. XIII, Beauchesne.

 

Source : Croire.com

CHARLES PEGUY, PRIERE, PRIERE A LA VIERGE MARIE, PRIERE MARIALE DE CHARLES PEGUY, VIERGE MARIE

Prière à la Vierge Marie de Charles Péguy

« Et voici le plateau de notre pauvre amour » – Charles Péguy –

DSC00181-Modifier.jpgÉtoile du matin, inaccessible reine, 
Voici que nous marchons vers votre illustre cour,
Et voici le plateau de notre pauvre amour,
Et voici l’océan de notre immense peine.

Ainsi nous naviguons vers votre cathédrale.
De loin en loin surnage un chapelet de meules
Rondes comme des tours, opulentes et seules
Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l’âme solitaire.

Vous nous voyez marcher sur cette route droite,
Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents
Sur ce large éventail ouvert à tous les vents
La route nationale est notre porte étroite.

Nous allons devant nous, les mains le long des poches,
Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours,
D’un pas toujours égal, sans hâte ni recours.
Des champs les plus présents vers les champs les plus proches...

Nous sommes nés pour vous au bord de ce plateau,
Dans le recourbement de notre blonde Loire,
Et ce fleuve de sable et ce fleuve de gloire
N’est là que pour baiser votre auguste manteau.

Un homme de chez nous, de la glèbe féconde
A fait jaillir ici d’un seul enlèvement,
Et d’une seule source et d’un seul portement,
Vers votre assomption la flèche unique au monde.

Tour de David, voici votre tour beauceronne.
C’est l’épi le plus dur qui soit jamais monté
Vers un ciel de clémence et de sérénité,
Et le plus beau fleuron dedans votre couronne.

Un homme de chez nous a fait ici jaillir,
Depuis le ras du sol jusqu’au pied de la croix,
Plus haut que tous les saints, plus haut que tous les rois,
La flèche irréprochable et qui ne peut faillir.

C’est la pierre sans tache et la pierre sans faute,
La plus haute oraison qu’on ait jamais portée,
La plus droite raison qu’on ait jamais jetée,
Et vers un ciel sans bord la ligne la plus haute.
 
 Charles PÉGUY

EGLISE CATHOLIQUE, FOI, HANS URS VON BLATHASAR, JOSEPH RATZINGER, LA FILLE DE SION : MARIE ET LA FOI MARIALE DE L'EGLISE, MARIE DANS L'EGLISE, MARIOLOGIE, Non classé, VIERGE MARIE

Marie dans l’Eglise

MARIE ET LA FOI MARIALE DE L’EGLISE

La fille de Sion : considérations sur la foi mariale de l’Eglise

Joseph Ratzinger

Paris, Parole et Silence, 2002. 111 pages.

Marie selon Benoît XVI

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 Marie, première Eglise

Cardinal Joseph Ratzinger, Hans Urs von Balthasar

Médiaspaul, Paris, Montréal, Médiaspaul, 1998. 183 pages

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Si le cardinal Ratzinger a consacré l’essentiel de ses travaux à l’Église, il considère Marie comme «la figure parfaite» de la communauté chrétienne

Si le cardinal Ratzinger a consacré l’essentiel de ses travaux à l’Église, il considère Marie comme «la figure parfaite» de la communauté chrétienne

«L’Église abandonne quelque chose qui lui était confié lorsqu’elle ne loue pas Marie», écrivait en 1988, dans la revue internationale Communio, le futur Benoît XVI. Réflexion qui montre bien que l’actuel pape n’a rien voulu perdre de la foi mariale de l’Église. Si l’essentiel de sa réflexion de théologien tourne autour du thème de l’Église, la figure de Marie n’en est pas absente, loin de là. Dans les textes qu’il lui a consacrés (1), le cardinal Joseph Ratzinger remet même Marie à sa juste place : à savoir au coeur même de la confession de foi dans le Dieu vivant ; une affirmation qu’il ressitue dans la droite ligne de Vatican II.

Lors du Concile, les débats avaient mis au jour le fossé qui s’était creusé entre ceux qui critiquaient une mariologie hypertrophiée (telle qu’elle s’était développée notamment au XIXe siècle) et ceux qui dénonçaient une «foi bibliciste et positiviste» (excluant toute référence à Marie). Après d’âpres discussions entre les deux extrêmes, les Pères conciliaires décidaient le 29 octobre 1963, à seulement vingt voix de majorité, d’intégrer dans le schéma sur l’Église ( Lumen gentium) le texte prévu à propos de la Vierge Marie ; au lieu d’en faire l’objet d’un texte en soi.

Pour certains, cela revenait à brader le culte marial et la suite parut parfois leur donner raison. De fait, s’ensuivit dans l’église une éclipse mariale de plus de vingt ans, la mariologie étant comme absorbée par l’ecclésiologie.

« Marie n’est pas une option de la foi chrétienne »

Aux yeux de l’actuel pape, c’était mal comprendre le Concile que de réduire ainsi la figure de Marie. Au contraire, explique-t-il, la décision de Vatican II replace Marie au coeur de la foi. Elle signifie que «la mariologie ne peut jamais être simplement mariologique, mais se tient dans la totalité de l’ensemble fondamental formé par le Christ et l’Église, qu’elle est l’expression la plus concrète de cet ensemble». Ainsi, Marie n’est plus un élément isolé, ce qui justement ouvrait la porte à toutes les dérives «mariolâtres». Elle donne tout son sens à la vocation chrétienne.

«En cela, la théologie mariale du cardinal Ratzinger est novatrice, affirme le P. André Cabes, curé de la paroisse d’Ossun (près de Lourdes) et spécialiste de mariologie. Marie n’est pas une option de la foi chrétienne, puisqu’elle se trouve en son centre.» C’est là une conception qui est dans la logique conciliaire, mais «qui est encore loin d’être entrée pleinement dans nos mentalités», estime le P. Cabes. Lequel regrette, par exemple, que dans les textes oecuméniques les dogmes mariaux soient explicités de manière isolée : «En voulant les justifier, on en fait des sortes d’à-côtés facultatifs», explique-t-il.

Le cardinal Ratzinger, lui, va plus loin : «Sans Marie , écrit-il, l’entrée de Dieu dans l’histoire n’aurait pu aboutir.» Parole extrêmement forte, qui fait de Marie beaucoup plus que celle par laquelle le Christ est venu au monde. Et à partir de laquelle il développe une théologie de l’accueil et du don : «Avec Marie , le Seigneur veut manifester que le rôle de la créature est essentiel dans l’accueil du don qu’il nous fait», analyse encore le P. Cabes.

L’usage contesté du terme de « médiatrice » au sujet de Marie

Dieu, en Marie, s’est appuyé sur l’humilité active de sa créature. Marie se trouve ainsi au carrefour du biologique et du théologique, du fait et du sens, de la christologie et de l’ecclésiologie. D’où un long développement du futur pape sur le corps. Lorsque l’homme oublie ce principe d’unité, lorsque la théologie ne se sert du biologique que comme moyen d’expression symbolique, sans lui accorder plus d’importance, il se fourvoie, selon l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le discours sur le seul biologique «est l’antithèse de ce que la foi pense, elle qui veut parler de la spiritualité du biologique et de la corporéité du spirituel et du divin ».

Cette théologie ne fait pas l’unanimité : «Pour certains, accorder trop d’importance à la Vierge Marie dans l’oeuvre du Salut, c’est enlever quelque chose à Dieu», poursuit le P. Cabes. Certes Dieu est le seul qui donne mais, selon lui, «Marie accueille, car elle va jusqu’au bout du oui».

En ce sens, l’utilisation par le cardinal Ratzinger du terme de «médiation», à propos de Marie, est parfois critiquée. De fait, mal interprété, il risque de faire de Marie une intermédiaire entre l’humanité et Dieu : ce à quoi, justement, l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi s’est lui-même toujours opposé. En particulier, il n’a jamais voulu donner raison au courant théologique – pourtant influent – qui vise à introduire un nouveau dogme marial, en faisant de Marie la «corédemptrice» du Salut.

«Dans sa pensée, commente le P. Cabes, il entend simplement par cette médiation signifier combien la personne participe elle-même au Salut qui lui est donné. Nous n’avons pas tout accueilli, et c’est pourquoi nous avons besoin de Marie.»

En ce sens, le cardinal Ratzinger remet la christologie au coeur des dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption. L’un et l’autre sont indispensables à la foi chrétienne : si nous enlevons le premier, dit-il en substance, nous supprimons les prémices, le fait que Marie accueille «parfaitement» le don de Dieu. Et nier l’Assomption, c’est nier que la Résurrection soit possible : en Marie, le Salut a abouti.

La mariologie, « théologie de l’histoire » et « appel à l’action »

«Marie nous montre que le Seigneur n’est pas un météore inexpliqué», ajoute joliment le P. Cabes, à propos du livre du cardinal Ratzinger. La Vierge assume le don de Dieu non seulement à l’incarnation, mais jusqu’au pied de la croix (lire ci-dessous). En cela, avec son ami théologien Hans Urs von Balthasar, Joseph Ratzinger fait de Marie la figure de l’Église. «Marie, écrit le futur Benoît XVI, est et demeure présente et active dans l’histoire actuelle ; elle est une personne qui agit ici et aujourd’hui. Elle ne se tient pas au-dessus de nous, elle nous précède, la mariologie devient une théologie de l’histoire et un appel à l’action.»

Encore fallait-il, pour ancrer totalement la mariologie dans la foi chrétienne, en étudier les fondements bibliques. L’enjeu est de taille : certains ont en effet voulu réduire la mariologie à l’intrusion d’un modèle non biblique, façonné au cours de l’histoire, et admis par l’Église au titre d’une quelconque «piété populaire». À travers une magnifique méditation sur la figure de la femme dans l’Ancien Testament (La Fille de Sion), l’image de Marie apparaît, sous la plume du cardinal Ratzinger, entièrement «tissée des fils de l’Ancien Testament». Une théologie de la femme s’en dégage, qui n’est pas sans évoquer l’encyclique de Jean-Paul II Redemptoris mater.

Trois lignes se distinguent : la figure d’Ève, les matriarches (Esther, Anne ou Judith) et la fille de Sion (Israël). Concernant les matriarches, l’auteur y relève le «remarquable transfert des valeurs» lorsque la femme stérile fait face à la femme féconde. La première sera finalement la vraiment bénie, car «seule la promesse qui surplombe la vie rend la vie entièrement vie». La femme, écrit-il, touche le mystère de Dieu. «L’Ancien Testament contient une théologie de la femme profondément ancrée en lui et indispensable à sa compréhension globale», conclut-il.

Exclure la femme de l’ensemble de la théologie signifie nier la Création et l’Élection, et abolir la Révélation. «Nier ou rejeter le féminin dans la foi, disons concrètement le caractère marial, conduit finalement à la négation de la Création.»

On découvre alors comment le théologien bavarois en vient, sinon à approuver, du moins à comprendre les lectures féministes de la Bible : «D’Ève à Marie, regrette-t-il, la perspective féminine n’a pu trouver aucune signification théologique. On peut assurément comprendre alors les courants extrémistes du féminisme contemporain comme étant l’expression de l’irritation causée par une telle lecture unilatérale.»

Pour Benoît XVI, c’est en cela que la redécouverte de Marie est actuelle. Dans le monde contemporain de l’esprit, seul prévaut encore le principe masculin, déplore-t-il. Un esprit masculin qu’il décrit en ces termes : «Le faire, l’oeuvre, l’activité qui peut elle-même projeter et produire le monde, qui ne veut pas attendre quelque chose dont elle serait ensuite dépendante, mais qui fait tout dépendre de son propre pouvoir.»

 «Seule la compassion peut guérir»

«La parole « Heureux le corps qui t’a porté » devient vraie au moment seulement où l’autre béatitude trouve son accomplissement : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 11, 27). Ainsi Marie est-elle préparée à vivre le mystère de la Croix qui ne s’achèvera pas simplement au Golgotha. Son fils demeure le signe de la contradiction ; quant à elle, elle est maintenue dans la douleur de cette contradiction jusqu’à la fin : c’est la douleur de sa maternité messianique. Cette image de la mère souffrante, toute compatissante avec son fils reposant sur son sein, est devenue particulièrement chère à la piété chrétienne. Dans cette mère compatissante, les hommes éprouvés de tous les temps ont trouvé le reflet de toute compassion divine, qui offre la seule consolation véritable. Car toute souffrance, toute douleur plonge par nature dans une solitude, entraîne la disparition de tout amour, la destruction du bonheur causée par ce qui est inacceptable. Seule la compassion peut guérir de la douleur.»

Extrait de Marie, Première Église, du Cardinal Joseph Ratzinger.

Source : La Croix du 12 août 2005.

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Marie, miroir pour l’Eglise
par Raniero Cantalamessa
Saint-Augustin, St-Maurice 2002, 320 p.

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Marie est comparée à un miroir. «Comblée de grâce», toute sa personne reflète la grâce divine par son acquiescement, son désir de servir, son courage au pied de la croix. Le chrétien est invité à se regarder devant cette belle figure pour chercher à lui ressembler davantage, pour, en ce miroir, corriger ce qui doit être transformé. Marie est peu citée dans l’Evangile. Cependant l’auteur fait remarquer que Marie est présente aux trois moments constitutifs du mystère chrétien : à l’Incarnation, dans le Mystère pascal, à la Pentecôte lors de la venue de l’Esprit sur les apôtres rassemblés autour d’elle. Nous sommes invités à lire la vie de Marie à la lumière de la Parole de Dieu plutôt qu’à partir des exposés dogmatiques ; ceux-ci ne facilitent pas les rapprochements œcuméniques avec les réformés. Cette lecture ne cherche pas à entretenir une dévotion à tendance idolâtrique envers Marie, mais propose un itinéraire spirituel, à la suite du Christ, dans le sillage de sa Mère. L’auteur permet de réactualiser nos connaissances sur quelques thèmes fondamentaux comme celui de la grâce, de la foi, de la maternité spirituelle… Il le fait en théologien averti (n’est-il pas prédicateur à la Maison pontificale !) mais soulignons-le, dans un langage très accessible, qui laisse sourdre un amour communicatif pour la Mère de son Seigneur.

Source : Revue Choisir, mai 2003

MEDITATIONS, PRIERES, THERESE DE L'ENFANT-JESUS (sainte ; 1873-1897), VIERGE MARIE

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : sa dévotion à Marie

Pourquoi je t’aime, ô Marie !

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 « Que j’aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la Sainte Vierge ! Une seule fois m’aurait suffi pour dire tout ce que je pense à ce sujet. J’aurais d’abord fait comprendre à quel point on connaît peu sa vie. Il ne faudrait pas dire des choses invraisemblables ou qu’on ne sait pas ; par exemple que, toute petite, à trois ans, la Sainte Vierge est allée au Temple s’offrir à Dieu avec des sentiments brûlants d’amour et tout à fait extraordinaires ; tandis qu’elle y est peut-être allée tout simplement pour obéir à ses parents. Pourquoi dire encore, à propos des paroles prophétiques du vieillard Siméon, que la Sainte Vierge, à partir de ce moment là a eu constamment devant les yeux la passion de Jésus ? » Un glaive de douleur transpercera votre âme « avait dit le vieillard. Ce n’était donc pas pour le présent, vous voyez bien, ma petite Mère ; c’était une prédiction générale pour l’avenir. Pour qu’un sermon sur la Ste Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu’elle vivait de foi comme nous, en donner des preuves par l’Evangile où nous lisons : » Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. « Et cette autre, non moins mystérieuse : » Ses parents étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui. « Cette admiration suppose un certain étonnement, ne trouvez-vous pas, ma petite Mère ? On sait bien que la Sainte Vierge est la Reine du Ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine, et il ne faut pas dire à cause de ses prérogatives qu’elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants ! Moi je pense tout le contraire, je crois qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus C’est bien de parler de ses prérogatives, mais il ne faut pas dire que cela, et si, dans un sermon, on est obligé du Commencement à la fin de s’exclamer et de faire Ah ! ah ! on en a assez ! Qui sait si quelque âme n’irait pas même jusqu’à sentir alors un certain éloignement pour une créature tellement supérieure et ne se dirait pas : » Si c’est cela, autant aller briller comme on pourra dans un petit coin ! « Ce que la Sainte Vierge a de plus que nous, c’est qu’elle ne pouvait pas pécher, qu’elle était exempte de la tache originelle, mais d’autre part, elle a eu bien moins de chance que nous, puisqu’elle n’a pas eu de Sainte Vierge à aimer ; et c’est une telle douceur de plus pour nous, et une telle douceur de moins pour elle ! Enfin j’ai dit dans mon Cantique : » Pourquoi je t’aime, ô Marie « tout ce que je prêcherais sur elle. » (DE 8 août 3)

 

« Oh ! je voudrais chanter, Marie pourquoi je t’aime !

Pourquoi ton nom si doux fait tressaillir mon cœur

Et pourquoi la pensée de ta grandeur suprême

Ne saurait à mon âme inspirer de frayeur.

Si je te contemplais dans ta sublime gloire

Et surpassant l’éclat de tous les bienheureux

Que je suis ton enfant je ne pourrais le croire

O Marie devant toi, je baisserais les yeux !…

 

Il faut pour qu’un enfant puisse chérir sa mère

Qu’elle pleure avec lui, partage ses douleurs

O ma Mère chérie, sur la rive étrangère

Pour m’attirer à toi, que tu versas de pleurs !…. »

En méditant ta vie dans le saint Evangile

J’ose te regarder et m’approcher de toi

Me croire ton enfant ne m’est pas difficile

Car je te vois mortelle et souffrant comme moi :

 

Oh ! je t’aime, Marie, te disant la servante

Du Dieu que tu ravis par ton humilité

Cette vertu cachée te rend toute-puissante

Elle attire en ton cœur la Sainte Trinité

Alors l’Esprit d’Amour te couvrant de son ombre

Le Fils égal au Père en toi s’est incarné

De ses frères pécheurs bien grand sera le nombre

Puisqu’on doit l’appeler : Jésus, ton premier-né !

 

O Mère bien-aimée, malgré ma petitesse

Comme toi je possède en moi Le Tout-Puissant

Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse :

Le trésor de la mère appartient à l’enfant

Et je suis ton enfant, ô ma Mère chérie

Tes vertus, ton amour, ne sont-ils pas à moi ?

Aussi lorsqu’en mon cœur descend la blanche Hostie

Jésus, ton Doux Agneau, croit reposer en toi !…

 

Tu me le fais sentir, ce n’est pas impossible

De marcher sur tes pas, ô Reine des élus,

L’étroit chemin du Ciel, tu l’as rendu visible

En pratiquant toujours les plus humbles vertus.

Auprès de toi, Marie, j’aime à rester petite,

Des grandeurs d’ici-bas je vois la vanité,

Chez Sainte Elisabeth, recevant ta visite,

J’apprends à pratiquer l’ardente charité.

 

Je sais qu’à Nazareth, Mère pleine de grâces

Tu vis très pauvrement, ne voulant rien de plus

Point de ravissement, de miracle et d’extase

n’embellise ta vie ô Reine des Elus !

Le nombre des petits est bien grand sur la terre

Ils peuvent sans trembler vers toi lever les yeux

C’est par la voie commune, incomparable Mère

Qu’il te plaît de marcher pour les guider aux Cieux.

 

Tu nous aimes, Marie, comme Jésus nous aime

Et tu consens pour nous à t’éloigner de Lui.

Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même

Tu voulus le prouver en restant notre appui.

Le Sauveur connaissait ton immense tendresse

Il savait les secrets de ton cœur maternel,

Refuge des pécheurs c’est à toi qu’Il nous laisse

Quand il quitte la Croix pour nous attendre au Ciel

 

La maison de Saint Jean devient ton seul asile

Le fils de Zébédée doit remplacer Jésus

C’est le dernier détail que donne l’Evangile

De la Reine des Cieux il ne me parle plus.

Mais son profond silence, ô ma Mère chérie

Ne révèle-t-il pas que le Verbe éternel

Veut lui-même chanter les secrets de ta vie

Pour charmer tes enfants, tous les Elus du Ciel ?

 

Bientôt je l’entendrai cette douce harmonie

Bientôt dans le beau Ciel, je vais aller te voir

Toi qui vins me sourire au matin de ma vie

Viens me sourire encor… Mère…. voici le soir !…

Je ne crains plus l’éclat de ta gloire suprême

Avec toi j’ai souffert et je veux maintenant

Chanter sur tes genoux, Marie, pourquoi je t’aime

Et redire à jamais que je suis ton enfant !…… (PN 54)

 

« J’aime beaucoup les prières communes car Jésus a promis de se trouver au milieu de ceux qui s’assemblent en son nom je sens alors que la ferveur de mes sœurs supplée à la mienne, mais toute seule (j’ai honte de l’avouer) la récitation du chapelet me coûte plus que de mettre un instrument de pénitence… Je sens que je le dis si mal ! J’ai beau m’efforcer de méditer les mystères du rosaire, je n’arrive pas à fixer mon esprit… Longtemps je me suis désolée de ce manque de dévotion qui m’étonnait, car j’aime tant la Sainte Vierge qu’il devrait m’être facile de faire en son honneur des prières qui lui sont agréables. Maintenant je me désole moins, je pense que la Reine des Cieux étant ma MÈRE, elle doit voir ma bonne volonté et qu’elle s’en contente. Quelquefois, lorsque mon esprit est dans une si grande sécheresse qu’il m’est impossible d’en tirer une pensée pour m’unir au Bon Dieu, je récite très lentement un »Notre Père« et puis la salutation angélique ; alors ces prières me ravissent, elles nourrissent mon âme bien plus que si je les avais récitées précipitamment une centaine de fois… La Sainte Vierge me montre qu’elle n’est pas fâchée contre moi, jamais elle ne manque de me protéger aussitôt que je l’invoque. S’il me survient une inquiétude, un embarras, bien vite je me tourne vers elle et toujours comme la plus tendre des Mères elle se charge de mes intérêts. Que de fois en parlant aux novices, il m’est arrivé de l’invoquer et de ressentir les bienfaits de sa maternelle protection ! »

 

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms C, 25v)

Copyright Cerf/DDB

APPARITIONS DE LA VIERGE MARIE, APPARITIONS ET MIRACLES, BERNADETTE SOUBIROUS (sainte ; 1844-1879), EGLISE CATHOLIQUE, FETE LITURGIQUE, NOTRE-DAME DE LOURDES, VIERGE MARIE

Notre-Dame de Lourdes

Le 11 février C’est sa fête : Notre-Dame de Lourdes

Lourdes

Le 11 février 1858, près du village pyrénéen de Lourdes, une jeune femme apparait à Bernadette Soubirous dans une grotte appelée Massabielle.

Selon ses dires, la petite bergère assista dans les semaines qui suivirent à plusieurs apparitions du même type.

Au cours de l’une d’elles, la Dame lui confia (en gascon) : Que soy era immaculada councepciou (« Je suis l’Immaculée Conception »), c’est-à-dire épargnée par le péché originel dès sa conception à la différence des autres humains depuis Adam et Ève.

La bergère rapporta ces mots à son curé sans savoir que le pape Pie IX avait proclamé quatre ans plus tôt le dogme de l’Immaculée Conception à propos de Marie, la mère du Christ.

Les apparitions de la grotte miraculeuse stimulèrent la dévotion à Marie… et firent de Lourdes l’un des plus célèbres pèlerinages du monde.

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Les apparitions de Lourdes

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Jeudi 11 février 1858 : la première rencontre

Première apparition. Accompagnée de sa sœur et d’une amie, Bernadette se rend à Massabielle, le long du Gave, pour ramasser des os et du bois mort. Enlevant ses bas pour traverser le ruisseau et aller dans la Grotte, elle entend un bruit qui ressemblait à un coup de vent, elle lève la tête vers la Grotte : « J’aperçus une dame vêtue de blanc : elle portait une robe blanche, un voile blanc également, une ceinture bleue et une rose jaune sur chaque pied. » Bernadette fait le signe de la croix et récite le chapelet avec la Dame. La prière terminée, la Dame disparaît brusquement.

 Dimanche 14 février 1858 : l’eau bénite

Deuxième apparition. Bernadette ressent une force intérieure qui la pousse à retourner à la Grotte malgré l’interdiction de ses parents. Sur son insistance, sa mère l’y autorise ; après la première dizaine de chapelet, elle voit apparaître la même Dame. Elle lui jette de l’eau bénite. La Dame sourit et incline la tête. La prière du chapelet terminée, elle disparaît.

 Jeudi 18 février 1858 : la Dame parle

Troisième apparition. Pour la première fois, la Dame parle. Bernadette lui présente une écritoire et lui demande d’écrire son nom. Elle lui dit : « Ce n’est pas nécessaire. » Elle ajoute : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre. Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? »

 Vendredi 19 février 1858 : le premier cierge

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Quatrième apparition. Bernadette vient à la Grotte avec un cierge bénit et allumé. C’est de ce geste qu’est née la coutume de porter des cierges et de les allumer devant la Grotte.

Samedi 20 février 1858 : la grande tristesse

Cinquième apparition. La Dame a appris une prière personnelle à Bernadette. A la fin de la vision, une grande tristesse envahit Bernadette.

 Dimanche 21 février 1858 : « Aquero »

Sixième apparition. La Dame se présente à Bernadette le matin de bonne heure. Une centaine de personnes l’accompagnent. Elle est ensuite interrogée par le commissaire de police Jacomet. Il veut lui faire dire ce qu’elle a vu. Bernadette ne lui parle que d’ « Aquero » (cela).

 Mardi 23 février 1858 : le secret

Septième apparition. Entourée de cent cinquante personnes, Bernadette se rend à la Grotte. L’Apparition lui révèle un secret « rien que pour elle. »

 Mercredi 24 février 1858 : «Pénitence !»

Huitième apparition. Message de la Dame : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs ! Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs !  »

 Jeudi 25 février 1858 : la source

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Neuvième apparition. Trois cents personnes sont présentes. Bernadette raconte : « Elle me dit d’aller boire à la source (…). Je ne trouvai qu’un peu d’eau vaseuse. Au quatrième essai je pus boire. Elle me fit également manger une herbe qui se trouvait près de la fontaine puis la vision disparut et je m’en allai. » Devant la foule qui lui demande: « Sais-tu qu’on te croit folle de faire des choses pareilles ? » Elle répond : « C’est pour les pécheurs. »

 Samedi 27 février 1858 : silence

Dixième apparition. Huit cents personnes sont présentes. L’Apparition est silencieuse. Bernadette boit l’eau de la source et accomplit les gestes habituels de pénitence.

 Dimanche 28 février 1858 : l’extase

Onzième apparition. Plus de mille personnes assistent à l’extase. Bernadette prie, baise la terre et rampe sur les genoux en signe de pénitence. Elle est ensuite emmenée chez le juge Ribes qui la menace de prison.

 Lundi 1er mars 1858 : la première guérison miraculeuse
Douzième apparition. Plus de mille cinq cents personnes sont rassemblées et parmi elles, pour la première fois, un prêtre. Dans la nuit, Catherine Latapie, une amie lourdaise, se rend à la Grotte, elle trempe son bras déboîté dans l’eau de la source : son bras et sa main retrouvent leur souplesse.

 Mardi 2 mars 1858 : le message aux prêtres

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Treizième apparition. La foule grossit de plus en plus. La Dame lui demande : « Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y bâtisse une chapelle ». Bernadette en parle à l’abbé Peyramale, curé de Lourdes. Celui-ci ne veut savoir qu’une chose : le nom de la Dame. Il exige en plus une preuve : voir fleurir en plein hiver le rosier (l’églantier) de la Grotte.

 Mercredi 3 mars 1858 : le sourire de la Dame

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Quatorzième apparition. Dès 7 h le matin, en présence de trois mille personnes, Bernadette se rend à la Grotte, mais la vision n’apparaît pas ! Après l’école, elle entend l’invitation intérieure de la Dame. Elle se rend à la Grotte et lui redemande son nom. La réponse est un sourire. Le curé Peyramale lui redit : « Si la Dame désire vraiment une chapelle, qu’elle dise son nom et qu’elle fasse fleurir le rosier de la Grotte ».

 Jeudi 4 mars 1858 : 8 000 personnes à la Grotte

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Quinzième apparition. La foule toujours plus nombreuse (environ huit mille personnes) attend un miracle à la fin de cette quinzaine. La vision est silencieuse. Le curé Peyramale campe sur sa position. Pendant vingt jours, Bernadette ne va plus se rendre à la Grotte : elle n’en ressent plus l’irrésistible attrait.

 Jeudi 25 mars 1858 : la Dame révèle son nom

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Seizième apparition. La vision révèle enfin son nom, mais le rosier (ou églantier) sur lequel elle pose les pieds au cours de ses Apparitions ne fleurit pas. Bernadette raconte : « Elle leva les yeux au ciel, joignant en signe de prière ses mains qui étaient tendues et ouvertes vers la terre, et me dit: Que soy era immaculada councepciou ». Bernadette part en courant et répète sans cesse, sur le chemin, des mots qu’elle ne comprend pas. Ces mots troublent le brave curé. Bernadette ignorait cette expression théologique qui désigne la Sainte Vierge. Quatre ans plus tôt, en 1854, le pape Pie IX en avait fait une vérité de la foi catholique (dogme de l’Immaculée Conception).

 Mercredi 7 avril 1858 : le miracle du cierge

Dix-septième apparition. Pendant cette apparition, Bernadette tient son cierge allumé. La flamme entoure longuement sa main sans la brûler. Ce fait est immédiatement constaté par le médecin, le docteur Douzous..

 Vendredi 16 juillet 1858 : la dernière apparition

Dix-huitième apparition. Bernadette ressent le mystérieux appel de la Grotte, mais l’accès à Massabielle est interdit et fermé par une palissade. Elle se rend donc en face, de l’autre côté du Gave… et voit la Vierge Marie, une ultime fois : « Il me semblait que j’étais devant la grotte, à la même distance que les autres fois, je voyais seulement la Vierge, jamais je ne l’ai vue aussi belle ! ».

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Bernadette Soubirous

 

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Tout ce que nous savons des apparitions et du Message de Lourdes nous vient de Bernadette. Elle seule a vu. Qui est-elle donc ? On peut distinguer trois périodes dans sa vie : les années de son enfance au sein d’une famille pauvre ; une vie « publique » au temps des apparitions et du témoignage ; enfin, une vie « cachée » comme religieuse, à Nevers.

 Avant les apparitions

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Quand on raconte les apparitions, Bernadette est souvent présentée comme une fille pauvre, malade et ignorante, logée misérablement au Cachot. Sans doute, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsqu’elle naît le 7 janvier 1844, au Moulin de Boly, elle est le premier enfant, l’héritière, de François Soubirous et Louise Castérot qui se sont mariés par amour. Bernadette grandit dans une famille unie où l’on s’aime et où l’on prie. Dix ans de bonheur en ces années décisives de son enfance qui vont forger sa forte personnalité et lui donner un bel équilibre. La descente dans la misère qui suivra n’effacera pas cette richesse humaine. Il reste que Bernadette, à 14 ans, mesure 1m 40. Elle a des crises d’asthme. Elle a une nature vive, spontanée, volontaire, prompte aux réparties, incapable de dissimuler. Elle a de l’amour-propre, ce qui n’a pas échappé à la mère Vauzou, à Nevers, qui disait d’elle : « Caractère raide, très susceptible. » Bernadette se désolait de ses défauts et les combattait énergiquement. Une forte personnalité mais inculte. Pas d’école pour Bernadette : il faut servir au cabaret de tante Bernarde. Pas de catéchisme : sa mémoire rebelle ne retient pas les formules abstraites. À 14 ans, elle ne sait ni lire, ni écrire et en souffre, elle se sent exclue. Alors elle réagit. Septembre 1857 : on l’envoie à Bartrès. Le 21 janvier 1858, Bernadette rentre à Lourdes : elle veut faire sa première communion. Elle la fera le 3 juin 1858, durant les apparitions.

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La vie “publique”

Les apparitions débutent le 11 février 1858. Pour aider ses parents, Bernadette se chargeait notamment d’aller chercher du bois mort sur les berges du Gave. La voici confrontée au mystère. Un bruit « comme un coup de vent », une lumière, une présence. Sa réaction ? Elle fait preuve d’un bon sens et d’un discernement remarquables ; croyant se tromper, elle mobilise toutes ses ressources humaines : elle regarde, elle se frotte les yeux, elle essaie de comprendre. Ensuite, elle se tourne vers ses compagnes pour vérifier ses impressions : « Avez-vous rien vu ? ». Elle se tourne ensuite vers Dieu : elle prie son chapelet. Elle se tourne vers l’Église et prend conseil en confession auprès de l’abbé Pomian : « J’ai vu quelque chose de blanc ayant la forme d’une dame. » Interrogée par le commissaire Jacomet, elle répond avec une assurance, une prudence et une fermeté qui surprennent chez une jeune fille sans instruction : « Aquero, je n’ai pas dit la Sainte Vierge… Monsieur, vous m’avez tout changé ». Elle dit ce qu’elle a vu avec un détachement, une liberté étonnants : « Je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire. »

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Elle raconte les apparitions avec exactitude, sans rien ajouter ni retrancher. Une seule fois, effrayée par la rudesse de l’abbé Peyramale, elle ajoute un mot : « Monsieur le curé, la Dame demande toujours la chapelle… même « toute petite ». » Dans son Mandement sur les Apparitions, Mgr Laurence souligne « la simplicité, la candeur, la modestie de cette enfant… elle raconte tout sans affectation, avec une ingénuité touchante… et, aux nombreuses questions qu’on lui adresse, elle fait, sans hésiter, des réponses nettes, précises, empreintes d’une forte conviction ». Insensible aux menaces comme aux offres avantageuses, « la sincérité de Bernadette est incontestable : elle n’a pas voulu tromper ». Mais ne s’est-elle pas trompée elle-même… victime d’une hallucination ? – se demande l’évêque. Il évoque alors le calme de Bernadette, son bon sens, l’absence chez elle de toute exaltation et aussi le fait que les apparitions ne dépendent pas de Bernadette : elles ont lieu alors que Bernadette ne s’y attendait pas, et dans la quinzaine, par deux fois, alors que Bernadette se rendait à la Grotte, la Dame n’y était pas. Pour en arriver à ces conclusions, Bernadette a dû répondre aux curieux, admirateurs, journalistes et autres, comparaître devant des commissions d’enquête civiles et religieuses. La voilà tirée de l’ombre et projetée au premier plan de l’actualité : « une tempête médiatique » s’abat sur elle. Il lui aura fallu de la patience et de l’humour pour lui résister et préserver la pureté de son témoignage. Elle n’accepte rien : « Je veux rester pauvre. » Elle ne bénit pas les chapelets qu’on lui présente : « Je ne porte pas l’étole. » Elle ne vendra pas de médailles : « Je ne suis pas marchande. » Et, devant les images à dix sous qui la représentent, elle lance : « Dix sous, c’est tout ce que je vaux ! ».

Dans ces conditions, au Cachot la vie n’est plus possible, il faut protéger Bernadette. Le curé Peyramale, et le maire Lacadé se mettent d’accord : Bernadette sera admise comme « malade indigente » à l’hospice tenu par les Sœurs de Nevers ; elle y arrive le 15 juillet 1860. À 16 ans, elle apprend à lire et à écrire. On peut voir encore aujourd’hui, à l’église de Bartrès, les « bâtons » tracés de sa main ! Par la suite, elle écrira souvent à sa famille et même au pape ! Elle rend visite à ses parents qui ont été relogés à la « maison paternelle ». Elle soigne quelques malades, mais surtout elle cherche sa voie : bonne à rien et sans dot, comment être religieuse ? Finalement, elle entre chez les Sœurs de Nevers « parce qu’on ne m’y a pas attirée ». Dès lors, une vérité s’impose à son esprit : « À Lourdes, ma mission est finie. » Maintenant, elle doit s’effacer pour laisser toute la place à Marie.

 La vie “cachée” à Nevers

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C’est elle-même qui emploie cette expression : « Je suis venue ici pour me cacher. » À Lourdes, elle était Bernadette, la voyante. A Nevers, elle devient Sœur Marie-Bernard, la sainte. On a souvent parlé de la sévérité des supérieures à son égard, mais il faut bien comprendre que Bernadette était un cas : il fallait la soustraire à la curiosité, la protéger, et protéger aussi la congrégation. Bernadette fera le récit des apparitions devant la communauté des sœurs réunies, dès le lendemain de son arrivée ; ensuite, elle ne devra plus en parler. On la gardera à la Maison-mère, alors qu’elle aurait tant aimé soigner les malades. Au jour de sa profession, aucun emploi n’est prévu pour elle : alors l’évêque lui donne « l’emploi de prier ». « Priez pour les pécheurs », avait dit la Dame. Elle y sera fidèle. « Mes armes, écrit-elle au pape, sont la prière et le sacrifice. » La maladie fait d’elle un pilier d’infirmerie, et puis il y a ses interminables séances au parloir : « Ces pauvres évêques, ils feraient mieux de rester chez eux. » Lourdes est bien loin… revenir à la Grotte, jamais ! Mais, tous les jours, elle y fait son pèlerinage en esprit. Elle ne parlera pas de Lourdes, elle en vivra. « Vous devez être la première à vivre le message », lui dit le Père Douce, son confesseur. Et, de fait, après avoir été aide-infirmière, elle entre peu à peu dans l’état de malade. Elle en fera « son emploi », acceptant dans un acte d’amour parfait toutes les croix, pour les pécheurs : « Après tout, ce sont nos frères. » Au cours des longues nuits sans sommeil, s’unissant aux messes qui sont célébrées dans le monde entier, elle s’offre comme une « crucifiée vivante » dans le gigantesque combat des ténèbres et de la lumière, associée, avec Marie, au mystère de la Rédemption, les yeux fixés sur le crucifix : « C’est là que je puise ma force. »

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Bernadette meurt à Nevers, le 16 avril 1879, à l’âge de 35 ans. L’Église l’a proclamée sainte le 8 décembre 1933, non pour avoir été favorisée des apparitions, mais pour la manière dont elle y a répondu.

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LE MESSAGE DE LOURDES

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Le 18 février 1858 : des paroles extraordinaires

Lors de la troisième apparition, le 18 février, la Vierge parle pour la première fois : « Ce que j’ai à vous dire, ce n’est pas nécessaire de le mettre par écrit ». Cela veut dire que Marie veut entrer avec Bernadette dans une relation qui est de l’ordre de l’amour, qui se situe au niveau du cœur. Bernadette est d’emblée invitée à ouvrir les profondeurs de son cœur à ce message d’Amour.

A la deuxième parole de la Vierge : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours? », Bernadette est bouleversée. C’est la première fois qu’on lui dit « vous ». Bernadette, se sentant ainsi respectée et aimée, fait l’expérience d’être elle- même une personne. Nous sommes tous dignes aux yeux de Dieu. Parce que chacun est aimé par Dieu.

Troisième parole de la Vierge : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre ». Quand Jésus, dans l’Évangile, nous invite à découvrir le Royaume des cieux, il nous invite à découvrir, dans le monde tel qu’il est, un « autre monde ». Là où il y a l’Amour, Dieu est présent. La Vierge Marie transmet à Bernadette la certitude d’une terre promise qui ne pourra être atteinte que par delà la mort.

Dieu est Amour

Malgré sa misère, sa maladie, son inculture, Bernadette a toujours été profondément heureuse. C’est cela le Royaume de Dieu, le monde du vrai Amour. Pendant les sept premières apparitions de Marie, Bernadette a montré un visage rayonnant de joie, de bonheur, de lumière. Mais, entre la huitième et la douzième apparition, tout change : le visage de Bernadette devient dur, triste, douloureux et surtout elle accomplit des gestes incompréhensibles… Marcher à genoux jusqu’au fond de la Grotte; embrasser le sol sale et dégoûtant de cette Grotte; manger quelques herbes amères ; gratter le sol et essayer de boire de l’eau boueuse ; se barbouiller le visage avec de la boue. Puis, Bernadette regarde la foule, tous disent : « Elle est folle ». Pendant quatre apparitions, Bernadette reproduira les mêmes gestes. Qu’est-ce que cela signifie ? Personne n’a rien compris ! Nous sommes pourtant au cœur du « Message de Lourdes ».

Le sens biblique des apparitions

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Les gestes de Bernadette sont des gestes bibliques. Bernadette exprimera l’Incarnation, la Passion et la Mort du Christ. Marcher à genoux jusqu’au fond de la Grotte: c’est le geste de l’Incarnation, de l’abaissement de Dieu fait homme. Manger les herbes amères rappelle la tradition juive que l’on trouve dans les textes anciens. Se barbouiller le visage: le prophète Isaïe, lorsqu’il parle du Christ, le montre sous les traits du Serviteur souffrant.

La Grotte cache un trésor incommensurable

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A la neuvième apparition, « la Dame » demandera à Bernadette d’aller gratter le sol, en lui disant : « Allez à la source, boire et vous y laver ». Par ces gestes, nous est dévoilé le mystère même du cœur du Christ : « Un soldat, de sa lance, lui transperça le cœur et, aussitôt, jaillit du sang et de l’eau ». Le cœur de l’homme, blessé par le péché, est signifié par les herbes et la boue. Mais au fond de ce cœur, il y a la vie même de Dieu, signifiée par la source. On demande à Bernadette: « Est-ce que « la Dame » te disait quelque chose ? ». Elle répondra : « Oui, de temps à autre elle disait : « Pénitence, pénitence, pénitence. Priez pour les pécheurs ». Par « pénitence », il faut comprendre conversion. Pour l’Église, la conversion consiste, comme le Christ l’a enseigné, à tourner son cœur vers Dieu, vers ses frères.

Lors de la treizième apparition , Marie s’adresse ainsi à Bernadette : « Allez dire aux prêtres qu’on bâtisse ici une chapelle et qu’on y vienne en procession ». « Qu’on vienne en procession », signifie marcher, dans cette vie, toujours auprès de nos frères. « Qu’on bâtisse une chapelle ». A Lourdes, des chapelles ont été construites, pour accueillir la foule des pèlerins. La chapelle, c’est  » l’Église » que nous devons construire, là où nous sommes.

La dame dit son nom : « Que soy era Immaculada Counceptiou »

Le 25 mars 1858, jour de la seizième apparition, Bernadette demande à « la Dame » de dire son nom. « La Dame » lui répond en patois : « Que soy era Immaculada Counceptiou », ce qui veut dire en français « Je suis l’Immaculée Conception ». L’Immaculée Conception, c’est « Marie conçue sans péché, grâce aux mérites de la Croix du Christ » (définition du dogme promulgué en 1854). Bernadette se rend aussitôt chez Monsieur le Curé pour lui transmettre le nom de « la Dame ». Il comprend que c’est la Mère de Dieu qui apparaît à la Grotte. Plus tard, l’évêque de Tarbes, Mgr Laurence, authentifiera cette révélation.

Tous appelés à devenir immaculés

La signature du message – quand la Dame dit son nom – intervient après trois semaines d’apparitions et trois semaines de silence (du 4 au 25 mars). Le 25 mars est le jour de l’Annonciation, de la « conception » de Jésus dans le sein de Marie. La Dame de la Grotte dit sa vocation : elle est la mère de Jésus, tout son être est de concevoir le Fils de Dieu, elle est toute pour lui. Pour cela, elle est immaculée, habitée par Dieu. Ainsi, l’Église et tout chrétien ont à se laisser habiter par Dieu pour devenir immaculés, radicalement pardonnés et graciés de façon à être, eux aussi, témoins de Dieu.

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Source : Sanctuaire de Lourdes

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Présentation de Jésus au Temple

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2 Février

La fête de la présentation du Seigneur et la purification de la très Sainte Vierge[1]

 

  1. Commentaire biblique

La loi du Seigneur ordonnait aux femmes d’Israël, après leur enfantement, de demeurer quarante jours sans approcher du tabernacle ; après l’expiration de ce terme, elles devaient, pour être purifiées, offrir un sacrifice. « Toute femme, ayant conçu et enfanté un garçon, disait la loi des relevailles, sera (légalement) impure pendant sept jours. Apres la circoncision de l’enfant, elle se tiendra encore à la maison durant trente-trois jours. Elle ne touchera à aucune chose sainte et elle n’ira pas au sanctuaire. Dès que le temps de la purification sera accompli, elle présentera au prêtre, à l’entrée du Tabernacle, un agneau d’un an en holocauste et un jeune pigeon ou une tourterelle en sacrifice pour le péché. Si elle n’a pas de quoi se procurer un agneau (à cause de sa pauvreté), qu’elle offre deux tourterelles ou deux jeunes pigeons. Le prêtre fera pour elle l’expiation et elle sera pure » (Lv 12, 28). Si la mère avait mis au monde une fille, ces chiffres étaient doublés ; la purification n’avait lieu qu’au bout de 80 jours (Lv 12, 8).

 Un second commandement divin déclarait tous les premiers-nés propriété du Seigneur, et prescrivait la manière de les racheter. Le prix de ce rachat était de cinq sicles, qui, au poids du sanctuaire, représentaient chacun vingt oboles (cf. Nom 18, 16). Les premiers-nés appartenaient au Seigneur au double titre de prémices et de chefs de famille. Dans les sociétés patriarcales, les chefs de famille exercent une sorte de sacerdoce ; c’est à eux que revient le droit d’offrir des sacrifices et le devoir de veiller au maintien du culte divin. Il est vrai qu’en Israël la tribu sacerdotale de Lévi leur avait été substituée, mais ils n’en continuaient pas moins à être consacrés à Dieu et ils devaient se racheter à prix d’argent. Le paiement du rachat, dû dès le trentième jour après la naissance, incombait au père de l’enfant ; mais il n’était pas nécessaire pour cela de se rendre au Temple et l’on pouvait s’acquitter n’importe où (Nom 18n 15-16).

Voilà pourquoi l’Eglise a toujours eu l’habitude d’associer à cet épisode la consécration totale de ses fils religieux et pour la même raison offrir en Jésus-Christ le modèle suprême de la vie consacrée[2].   

 Joseph est porteur de l’humble offrande que la mère doit présenter au prêtre. Leur pauvreté ne leur permet pas d’acheter un agneau; et d’ailleurs n’est-il pas l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, ce céleste enfant que Marie tient dans ses bras ?

Un vieillard vivait à Jérusalem, et sa vie touchait au dernier terme ; mais cet homme de désirs, nommé Siméon, n’avait point laissé languir dans son cœur l’attente du Messie. De lui la Parole de Dieu nous donne des caractéristiques extraordinaires : (a) il était un homme « juste et religieux » l’un des éloges plus beau des Saintes Ecritures. (b) il « espérait fermement la prochaine venue du consolateur d’Israël », espérance centrée sur la figure du Messie. (c) « L’Esprit Saint était sur lui »,  en effet il avait reçu du Saint-Esprit l’assurance de ne pas mourir avant d’avoir vu le Christ. (d) Il était un prophète, notamment en ce qui concerne les jours de la passion du Seigneur.    

 Au moment où Marie et Joseph montaient les degrés du Temple, portant vers l’autel l’enfant de la promesse, Siméon se sent poussé donc intérieurement par la force irrésistible de l’Esprit divin ; ses yeux inspirés ont bientôt reconnu la Vierge féconde prophétisée par Isaïe ; et son cœur vole vers l’enfant qu’elle tient dans ses bras. Siméon prenant dans ses bras le divin enfant donna cours à son allégresse dans ce cantique d’action de grâces que nous connaissons aujourd’hui avec les mots initiales en latin :« Nunc dimitis ».

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Ce cantique est l’un de plus beau de la Bible. C’est un cantique de préparation pour la bonne mort et un même temps un acte de remerciements à Dieu qui accomplit ce qu’il promet.    

Les prophéties de Siméon. Elles font référence à l’enfant et à sa mère : Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. La destinée du Sauver est en effet de mettre à nu le secret des cœurs et de révéler les bonnes et les mauvaises dispositions des hommes, c’est par leur faute, occasion de chute pour ceux qui refuseront de le recevoir, mais source de gloire pour tous ceux qui l’accueilleront : car s’il veut les sauver, il ne veut pas les sauver malgré eux ni sans eux.

Mais aussi sa prophétie rattache intimement les douleurs de Marie aux persécutions dont son Fils sera objet. La passion de Jésus et la compassion de Marie vont toujours de pair et ont leur point culminant au Clavaire. Les douleurs de Marie auront pour cause principale pas seulement les souffrances de Jésus sur la croix, mais aussi le fait de voir à son fils converti en cause de contradiction et de scandale et surtout voir que son peuple et en quelque sorte, tous les hommes devenus ses enfants, refuserons d’accepter Jésus leur sauver. Mais comme Jésus sauve le monde par ses souffrances, Marie doit au glaive qui transperce son cœur d’être associée à l’œuvre de rédemption.   

Tout à coup survient, attirée aussi par le mouvement du divin Esprit, la pieuse Anne, fille de Phanuel, illustre par sa piété et vénérable à tout le peuple par son grand âge. Les deux vieillards, représentants de la société antique, unissent leurs voix, et célèbrent l’avènement fortuné de l’enfant qui vient renouveler la face de la terre, et la miséricorde de Dieu qui, selon la prophétie d’Aggée, dans ce lieu, au sein même du second Temple, donne enfin la paix au monde[3].

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  1. Origine de la fête  

De savants hommes, au nombre desquels on compte le docte Henschenius, dont Benoît XIV partage le sentiment, inclinent à donner une origine apostolique à cette solennité.

La tradition orientale célèbre depuis au moins le IVème siècle la fête de la Présentation de Jésus au Temple, ou plus exactement, en grec, sa ‘Rencontre (παπάντη) avec Siméon et Anne’. Elle apparaît en premier dans le rite de l’Église de Jérusalem [4]. À l’origine elle se célébrait le 14 février, puisque Jérusalem célébrait la nativité de Jésus, à cette époque et jusqu’au milieu du VIème siècle, le 6 janvier. En effet, on trouve ainsi des homélies sur la fête de Methodius de Patara (+ 312 )[5], du pseudo-Cyrille de Jérusalem[6], du pseudo-Grégoire de Nyssa (+ 400)[7] ou de Saint Jean Chrysostome (+ 407) [8].

Des documents arméniens, géorgiens et grecs éclairent les circonstances historiques dans lequel s’est réalisé le passage du 14 au 2 février [9]. De toute façon la Nativité était, en Occident, fêté le 25 décembre depuis, au moins, sa fixation en l’an 354 par le pape Libère. Quarante jours après, cela tombe automatiquement le 2 février. Dans la partie orientale de l’empire romain, Justin institue la fête de l’hypapante (la rencontre) le 2 février 521.

En ce qui concerne le nom de la fête, l’Eglise Romaine la comptait jusqu’à 1969 entre les fêtes de la sainte Vierge, pour cela on appelait cette célébration « Purification de Marie ». Elle concluait, quarante jours après la Nativité du Seigneur, le temps liturgique de Noël.

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La raison du nom de cette fête selon Dom Guéranger était la suivante :

« Sans doute, l’enfant Jésus est offert dans le Temple et racheté ; mais c’est à l’occasion de la Purification de Marie, dont cette offrande et ce rachat sont comme la conséquence. Les plus anciens Martyrologes et Calendriers de l’Occident donnent cette fête sous le titre qu’elle conserve aujourd’hui ; et la gloire du Fils, loin d’être obscurcie par les honneurs que l’Eglise rend à la Mère, en reçoit un nouvel accroissement, puisque lui seul est le principe de toutes les grandeurs que nous révérons en elle ».

Cependant, l’actuel directoire sur la piété populaire revenant sur l’ancien nom de la fête, tient à remarquer le suivant :

« La célébration du 2 février doit conserver son caractère populaire, tout en se conformant pleinement au sens authentique de la fête. Il ne serait donc pas juste qu’en célébrant la Présentation du Seigneur, la piété populaire obscurcisse le sens christologique de cette fête, en insistant presqu’exclusivement sur ses aspects mariologiques. Le fait qu’elle doive ‘être considérée […] comme une mémoire conjuguée du Fils et de la Mère’ ne peut avoir pour conséquence de favoriser une telle inversion de perspective »[10].

  

  1. La bénédiction des cierges

L’Eglise pratique, en ce jour, la bénédiction solennelle des Cierges avec une procession. Pourquoi ?

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L’origine de cette cérémonie est assez difficile à assigner d’une manière précise. Selon Baronius, Thomassin, Baillet, etc., elle aurait été instituée, vers la fin du Vème siècle, par le Pape saint Gélase (né d’une famille tunisienne), pour donner un sens chrétien aux restes de l’antique fête des « Lupercales » célébrée en février, dont le peuple de Rome avait encore retenu quelques usages superstitieux [11].

Innocent III, dans un de ses Sermons sur la fête de la Purification, enseigne que l’attribution de la cérémonie des Cierges au deux février est due à la sagesse des Pontifes romains. Ainsi nous pouvons adopter donc le sentiment de D. Hugues Ménard, Rocca, Henschenius et Benoît XIV, qui tiennent que la fête antique connue en février sous le nom d’Amburbalia, et dans laquelle les païens parcouraient la ville en portant des flambeaux, a donné occasion aux Souverains Pontifes de lui substituer un rite chrétien qu’ils ont uni à la célébration de la fête dans laquelle le Christ, Lumière du monde, est présenté au Temple par la Vierge-mère.

Le mystère de cette cérémonie a été fréquemment expliqué par les liturgistes depuis le VIIème siècle.

Selon saint Ives de Chartres, dans son deuxième Sermon sur la fête de la Présentation, la cire des cierges, formée du suc des fleurs par les abeilles, que l’antiquité a toujours considérées comme un type de la virginité, signifie la chair virginale du divin enfant, lequel n’a point altéré, dans sa conception ni dans sa naissance, l’intégrité de Marie. Dans la flamme du cierge, le saint Evêque nous apprend à voir le symbole du Christ qui est venu illuminer nos ténèbres.

Saint Anselme, dans ses Enarrations sur saint Luc, développant le même mystère, nous dit qu’il y a trois choses à considérer dans le Cierge : la cire, la mèche et la flamme. La cire, dit-il, ouvrage de l’abeille virginale, est la chair du Christ ; la mèche, qui est intérieure, est l’âme ; la flamme, qui brille en la partie supérieure, est la divinité.

Il est nécessaire aussi que les fidèles sachent que les cierges bénis au jour de la Chandeleur, car tel est le nom populaire de la fête de la Présentation du Seigneur, emprunté à la cérémonie même dont nous parlons; que ces cierges, disons-nous, sont bénis, non seulement pour servir à la procession, mais encore pour l’usage des chrétiens qui, en les gardant avec respect dans leurs maisons, en les portant avec eux, comme un souvenir de l’immortalité que le Christ nous a méritée, et comme un signe de la protection de Marie.

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  1. La procession des cierges

Remplie d’allégresse, illuminée de ces feux mystérieux, entraînée, comme Siméon, par le mouvement de l’Esprit-Saint, la sainte Eglise se met en marche pour aller à la rencontre de l’Emmanuel. L’Eglise invite donc les fidèles à participer vivement de cette procession : « ils participent volontiers à la procession qui évoque l’entrée de Jésus dans le Temple, et en premier lieu la rencontre du Fils avec Dieu le Père, dans la demeure duquel il pénètre pour la première fois, ainsi que sa rencontre avec Siméon et Anne. En Occident, cette procession, dont le caractère pénitentiel s’était substitué à l’immoralité des défilés païens, fut marquée par l’introduction du rite liturgique de la bénédiction des cierges, allumés en l’honneur du Christ « lumière pour éclairer les nations » (Lc 2, 32) [12]

Saint Bernard, dans son premier sermon pour la Fête de la Présentation, dit:

« Aujourd’hui la Vierge-mère introduit le Seigneur du Temple dans le Temple du Seigneur ; Joseph présente au Seigneur, non un fils qui soit le sien, mais le Fils bien-aimé du Seigneur, dans lequel il a mis ses complaisances. Le juste reconnaît Celui qu’il attendait; la veuve-Anne l’exalte dans ses louanges. Ces quatre personnes ont célébré pour la première fois la procession d’aujourd’hui, qui, dans la suite, devait être solennisée dans l’allégresse de la terre entière, en tous lieux, et par toutes les nations. Ne nous étonnons pas que cette procession ait été si petite; car Celui qu’on y recevait s’était fait petit. Aucun pécheur n’y parut: tous étaient justes, saints et parfaits».

Marchons néanmoins sur leurs traces. Allons au-devant de l’Epoux, comme les vierges sages, portant dans nos mains des lampes allumées au feu de la charité. Conduits par la foi, éclairés par l’amour, nous le rencontrerons, nous le reconnaîtrons, et il se donnera à nous.

 

 

  1. L’ancien rite de « relevailles »

« La piété populaire est sensible à l’événement, à la fois délibéré et mystérieux, de la conception et de la naissance d’une vie nouvelle. Les mères chrétiennes, en particulier, établissent sans peine une relation entre, d’une part, la maternité de la Vierge Marie, qui est la toute pure et la mère du Corps mystique, et, d’autre part, leur propre maternité, tout en étant conscientes de certaines différences importantes dues au caractère unique de la conception et de l’enfantement de Marie: de fait, leur maternité s’inscrit aussi dans le plan de Dieu et elles ont enfanté les futurs membres de ce même Corps mystique. Cette intuition des mères chrétiennes, ainsi que leur désir d’imiter le geste accompli par Marie (cf. Lc 2, 22-24), ont inspiré le rite des relevailles, dont quelques éléments reflétaient une vision négative de certains aspects de l’accouchement » (Directoire n. 121).

Les relevailles, était une cérémonie dans l’Eglise qui consistait à purifier une jeune mère, qui était considérée comme souillée par le fait d’avoir accouché, 40 jours après la naissance de son enfant s’il s’agit d’un garçon et 80 jours s’il s’agit d’une fille (en suivant la tradition de l’Ancien testament). Elle avait pour but de réintégrer l’accouchée, qui n’avait pu se rendre à l’église pendant sa période de quarantaine, dans le cercle des fidèles et auprès de Dieu. Ce rituel présentait plusieurs variantes en fonction des régions d’Europe, notamment en France où il était particulièrement répandu. Le mot “relevailles” en lui-même provient du fait que la femme se “relève” après une période de repos pour rendre grâce à Dieu.

Après le Concile Vatican II et avec le Rituale Romanum rénové ce rite a été supprimé et on prévoit tout simplement la bénédiction d’une mère, soit avant, soit après l’enfantement; il faut toutefois noter que la bénédiction postérieure à l’accouchement ne peut être donnée que dans le cas où la nouvelle mère n’a pas pu être présente à la cérémonie du baptême de son enfant.

« Il est néanmoins très important, rappel le directoire pour la piété populaire, que les mères et leurs proches parents, en demandant de telles bénédictions, se conforment aux intentions de la prière de l’Église, c’est-à-dire qu’elles aient lieu dans une communion de foi et de charité, et dans la prière, afin que l’attente de l’enfant s’effectue dans la joie (bénédiction avant l’enfantement) et avec le désir de rendre grâces à Dieu pour le don reçu de lui (bénédiction après l’enfantement).

http://www.blogcathedraletunis.com/2016/01/presentation-de-jesus-au-temple.html

 

BIBLE, EVANGILE SELON SAINT LUC, JESUS CHRIST, JUDAÏSME, NOUVEAU TESTAMENT, VIERGE MARIE

La présentation de Jésus au Temple et la purification de la Vierge Marie

PRESENTATION DE JESUS AU TEMPLE ET PURIFICATION DE LA VIERGE MARIE

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L’Evangile, après avoir parlé de la rencontre du vieillard Siméon et d’Anne la prophétesse, ajoute seulement que Marie accomplit tout ce qui était prescrit par la loi, c’est-à-dire la cérémonie de la purification et le rachat de son premier-né. Nous emprunterons encore à saint Vincent Ferrier les pieuses considérations qu’il fait sur ces deux sujets.

« Il y avait dans le Temple, dit-il, et cet usage s’observe encore aujourd’hui parmi les Juifs, un endroit réservé pour les femmes nobles et riches, un autre pour les femmes de conditions médiocres, et un troisième pour les vierges. Marie, en entrant, examina pour voir à quel groupe elle devait se joindre. Elle appartenait à la plus haute noblesse, puisqu’elle était fille de David ; mais elle était pauvre et simplement vêtue, car elle avait donné pour l’amour de Dieu tout l’or que lui avait apporté les rois de l’Orient, et ne voulait vivre que du travail de ses mains. Si donc elle était allée du côté des riches, ces femmes hautaines auraient pu lui dire : « Allez à la place qui vous convient. Quoi ! la femme d’un artisan prétend prendre rang parmi nous ! » Elle avait droit de s’associer aux Vierges. Mais celles-ci lui auraient dit : « Comment pouvez-vous venir avec nous, vous qui avez reçu un époux et un fils ? »

« Elle alla donc se mettre avec les pauvres femmes du peuple. Et ainsi fut réalisée la prophétie du livre des Cantiques : Ma bien-aimée est entre les femmes comme le lis entre les épines. Et ce fut là le premier exemple d’humilité que Marie donna en ce jour.

Elle en donna un second non moins étonnant en se conformant aux prescriptions de la loi. Car la loi ordonnait que la femme, quarante jours après son enfantement, se présentât au Temple, et que fléchissant les genoux devant le prêtre, elle lui dit : « Voici mon oblation, offrez pour moi le sacrifice, afin que Dieu me remette mes péchés. » Le prêtre offrait le sacrifice, bénissait ensuite la femme, et celle-ci se retirait.

La Vierge Marie voulut passer par toutes ces observances. Elle dit au prêtre : « C’est aujourd’hui le quarantième jour depuis que j’ai enfanté ce fils ; il a été circoncis le huitième jour et a reçu le nom de Jésus. » Et elle lui remit son offrande de deux tourterelles et de deux colombes, en lui demandant de prier pour elle. O comble d’humilité ! La Très Sainte dit au pécheur : « Priez pour moi. » Et le prêtre ne la connaissait pas. Mais Isaïe la connaissait mieux lorsqu’il disait : « Voici que la Vierge concevra et enfantera un Fils, et son nom sera Emmanuel. »

Jésus ne le céda pas en humilité à sa mère lorsqu’il voulut être présenté à Dieu. Il n’en avait certes pas besoin, car il n’avait pas quitté son père pour venir sur la terre, mais il était descendu comme le rayon qui ne se sépare pas du soleil pour venir éclairer la terre. Il voulut cependant, lui, être présenté comme un étranger.

Il était né si pauvre, que sa mère ne put offrir pour lui un agneau au prêtre. Il ne convenait pas du reste qu’elle présentât cet agneau figuratif, quand elle portait dans ses bras le véritable Agneau de Dieu, et qu’elle venait offrir au Père céleste la grande Victime qui devait être immolée pour le salut de tous les hommes. Marie se contenta donc d’offrir comme les pauvres, deux tourterelles et deux colombes

http://viedessaints.free.fr/vds/purificationSainteVierge.html

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ÉVANGILE

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (2, 22-35)

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce
qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître souverain,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller
en paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut
que tu préparais à la face des peuples :
lumière qui se révèle aux nations
et donne gloire à ton peuple Israël. »
Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère :
« Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

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Présentation de Jésus au Temple

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La Présentation de Jésus au Temple est un événement de la vie de Jésus tel que relaté dans l’Evangile selon Luc Lc 2:22s). Accomplissant une prescription de la loi juive – « Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur » (Ex 13:2,11-13) – les parents de l’enfant Jésus le présentent et l’offrent au Temple de Jérusalem. Il y est reçu par le vieillard Syméon.  Ce récit lucanien a plus un caractère apocalyptique et théophanique qu’historique.

La fête chrétienne qui y est associée est célébrée quarante jours après Noël c’est-à-dire le 2 février dans le calendrier grégoriene. Dans les Églises d’Orient, elle est aussi célébrée le 2 février du calendrier julien, qui équivaut au 14 février du calendrier grégorien. Le 2 février fut longtemps une date importante pour les paysans ce qui est commémoré par un grand nombre de proverbes. Cette date est traditionnellement celle de la Chandeleur, originairement une fête païenne célébrant la lumière remplacée par la fête chrétienne.

Cette fête est également un thème de l’iconographie religieuse, aussi bien en peinture qu’en enluminures, sculpture, vitraux, tapisseries, etc. Elle s’inspire d’une scène décrite par l’Evangile de Lu II, 22-39 où le fils de la Vierge Marie est annoncé par Syméon comme le « Maître » et « la lumière qui portera la révélation aux païens », c’est-à-dire aux non-juifs.

Luc 2,21-40

« Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelle ou deux petites colombes.. Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. L’Esprit lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie du Seigneur. Poussé par l’Esprit, Syméon vint au Temple. Les parents y entraient avec l’enfant Jésus pour accomplir les rites de la Loi qui le concernaient. Syméon prit l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ton peuple. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qu’on disait de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. – Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. – Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre. » Il y avait là une femme qui était prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Demeurée veuve après sept ans de mariage, elle avait atteint l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. S’approchant d’eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. »

Éléments d’histoire et d’interprétation.

L’interprétation traditionnelle de cet épisode est que les parents de Jésus accomplissent le rite religieux de rachat du premier-né selon lequel les garçons premiers-nés devaient être « rachetés », à l’âge d’un mois, par un sacrifice animal (Nb, 18, 15) car ils étaient considérés comme appartenant à Dieu (Ex 13:2-12). Cependant, cette interprétation semble erronée, le sacrifice offert (deux colombes) étant celui de la purification du Marie (Lévitique 12, 1-8). Purification était le nom de la fête du 2 février dans l’Église latine jusqu’au moins le concile Vatican II.

La tradition orientale célèbre depuis au moins le IVè siècle la fête de la Présentation de Jésus au Temple, ou plus exactement, en grec, sa Rencontre avec Siméon et Anne. Elle apparaît en premier dans le rite de l’Eglise de Jérusalem. À l’origine elle se célébrait le 14 février, puisque Jérusalem célébrait la nativité de Jésus, à cette époque et jusqu’au milieu du VIè siècle, le 6 janvier. Des documents arméniens, géorgiens et grecs éclairent les circonstances historiques tragiques dans lequel s’est réalisé le passage du 14 au 2 février.

Cette fête portait, et porte encore, le nom de Chandeleur, fort appréciée des enfants, car on y faisait, ou fait encore des crêpes au sucre.

Prière de Syméon

Le récit rapporte le cantique de Syméon (le Nunc dimittis) :

« Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut. […]

Et sa prophétie sur Jésus et Marie :

 » Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi-même une épée te transpercera l’âme » (Lc, 2:34-35).

Cette prière est récitée traditionnellement par les fidèles chrétiens avant le coucher du soir ou dans les offices funèbres.

Ce récit évoque aussi Anne la prophétesse (Lc, 2:36-38).

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Rite de la purification

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Les lois concernant la femme qui vient d’accoucher.

Si celle-ci accouche d’un garçon, elle reste impure pendant 40 jours, tandis que si elle accouche d’une fille, elle reste impure pendant 80 jours, soit deux fois plus longtemps.

 Impureté rituelle et perte de sang dans le judaïsme

L’impureté n’est pas un terme péjoratif, et ce n’est pas une punition ; c’est d’abord un état spirituel lié au religieux : on parle d’impureté rituelle. Une personne en état d’impureté ne peut pas participer au culte. Cet état d’impureté est provisoire, il prend fin par un rituel qui permet de redevenir pur.

La plus grande source d’impureté est la mort. Tout contact, même symbolique, avec la mort engendre l’impureté. Autrement dit, la pureté correspond à la vie tandis que l’impureté est liée à la mort.

Il existe un rapport très important entre le judaïsme et la sainteté de la vie, le respect et le choix de la vie, comme nous l’explique le verset où Moïse recommande aux enfants d’Israël de choisir la vie et non la mort et de donner un sens à la vie : « J’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et le malheur. Choisis la vie ! » – Deutéronome 30, 19 – Par ce commandement, nous ne devons pas nous contenter juste de vivre mais nous devons faire consciemment le choix de la vie.

Les règles sont la source la plus fréquente d’impureté de la femme. Le sang menstruel représente la vie, donc lorsqu’il est perdu, on suppose qu’il y a perte de la vie et l’on devient impur. Mais cet état d’impureté n’est pas définitif, d’ailleurs le rituel du Mikvé, accompli par la femme à la fin de ses règles, lui permet une renaissance symbolique et donc le retour à la vie.

 Impureté après l’accouchement

Il y a pourtant plusieurs raisons à l’état d’impureté qui suit l’accouchement.

Nous avons déjà signalé qu’après l’accouchement, la mère perd beaucoup de sang. La Paracha  dit : « elle sera impure pendant 7 jours comme au moment de ses règles ». La mère est donc impure à cause de cette perte de sang qui représente la vie, pendant 7 jours pour un garçon et 14 jours pour une fille. Elle est ensuite dans une période d’isolement entre la pureté et l’impureté pendant une période de 33 jours si le bébé est un garçon, et 66 jours si c’est une fille.

C’est cette période d’isolement où la mère n’a pas encore retrouvé son état de pureté qui est spécifique à l’accouchement. Il faut se souvenir qu’à une époque lointaine, la femme risquait sa vie en mettant au monde un enfant. L’état d’impureté découle en partie du fait qu’elle a échappé à la mort. Il lui faut du temps pour se remettre :

– physiquement

– spirituellement

– psychologiquement

– symboliquement

Pour redevenir pure, la mère doit offrir un sacrifice.

Lorsqu’un enfant naît, on sait qu’il est mortel puisque l’on sait qu’il va mourir un jour. Lorsqu’on n’a pas encore d’enfant, on se dit : « j’aimerais tellement avoir un bébé ! ». C’est comme s’il était immortel puisqu’on n’en a pas encore et qu’il ne mourra pas. La prise de conscience d’avoir donné naissance à un être mortel peut également expliquer l’impureté de la nouvelle maman.

Enfin, quand elle accouche, la mère doit faire le deuil du fœtus qu’elle portait en elle. Quand son enfant est né, elle n’a plus cette vie qu’elle gardait en elle. C’est ce que les psychologues appellent le baby- blues, et la mère doit surmonter cela.

Pourquoi alors la période d’isolement est-elle doublée pour une fille ?
Peut-être parce que la fille portera un jour elle-même la vie. Lorsqu’elle donne naissance à une petite fille, la mère portait doublement la vie et aura donc besoin, selon la Torah, de deux fois plus de temps que pour un garçon pour se reconstruire spirituellement.

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Cantique de Syméon

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Le Cantique de Syméon, appelé le Nunc dimittis dans le catholicisme le  et dans les œuvres musicales qu’il a inspirées, est une prière chrétienne traditionnelle. Il figure dans l’Evangile selon Luc (2:29-32) et appartient au Sondergut de ce texte.

Le texte biblique

La prière vient du passage de l’Evangile de Luc (Lc 2:29-32) dans lequel le vieillard Syméon (ou Siméon selon les translittérations) reconnaît en l’Enfant Jésus le Messie et annonce dans les versets suivants de Luc 2, 34-35 à Marie la souffrance qu’elle endurera :

νῦν ἀπολύεις τὸν δοῦλόν σου, δέσποτα, κατὰ τὸ ῥῆμά σου ἐν εἰρήνῃ, ὅτι εἶδον οἱ ὀφθαλμοί μου τὸ σωτήριόν σου, ὃ ἡτοίμασας κατὰ πρόσωπον πάντων τῶν λαῶν, φῶς εἰς ἀποκάλυψιν ἐθνῶν καὶ δόξαν λαοῦ σου Ἰσραήλ.

« Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum in pace. Quia viderunt oculi mei salutare tuum, quod parasti ante faciem omnium populorum. Lumen ad revelationem gentium et gloria plebis tuae Israel.»

« Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, Salut que tu as préparé devant tous les peuples, Lumière pour éclairer les nations, et gloire d’Israël, ton peuple »

Catholicisme

Dans le catholicisme, cette prière caractérise en particulier l’office des complies, l’office qui précède le silence de la nuit de la liturgie des Heures.

Le nom de cette prière en latin lui vient de son incipit, dont le sens est Maintenant, laisse partir [ton serviteur].

En langage courant, l’expression «Nunc dimittis… » s’emploie pour signifier qu’on se retire, la satisfaction du devoir accompli ou pour reconnaitre que sa relève est assurée par une ou des personnes mieux qualifiées ou plus jeunes.

Dans le rite byzantin

Le texte du cantique est utilisé à deux reprises dans l’ensemble des offices liturgiques byzantins :

aux vêpres, après les apostiches et avant les prières du Trisaghion ; suivi peu après de la fin de l’office, ce chant est littéralement le congé pris par les fidèles à la fin du jour liturgique.

dans le rite de présentation de l’enfant dans l’église (aussi appelé ecclésialisation) peu après le baptême (généralement le lendemain, ou juste après, si le baptême est célébré au cours d’une liturgie), une fois que le prêtre est revenu à la soléa avec l’enfant dans les bras ; en reprenant le rite du temple et les paroles du prophète Syméon, le rite manifeste l’identité du nouveau baptisé avec le Christ.

Parmi les trois cantiques néotestamentaires, le cantique de Syméon est le seul qui n’est pas lu à la neuvième ode des matines.

Prophétie de Siméon

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La prophétie de Siméon est une prophétie dite par Syméon, personnage de la Bible, à la Vierge Marie.

Le récit biblique décrit Siméon comme un homme juste et pieux, qui attendait la consolation d’Israël et qui avait l’Esprit-Saint sur lui. Toujours dans le récit de saint Luc, Siméon avait été averti par Dieu qu’il ne mourrait point avant de voir le Christ. On écrit parfois Syméon pour épeler son nom.

Siméon est venu au temple de Jérusalem pour avertir Joseph et Marie que leur fils Jésus est la lumière des nations. Sa prophétie fait d’abord une allusion au récit de la Passion. Parlant à Marie, il lui annonce que son âme sera transpercée par une épée au pied de la croix.

Cette prophétie a fait pleurer la Vierge Marie. Les chrétiens prient Notre-Dame des Douleurs en méditant sur cet événement. Le chapelet des douleurs est consacré aux sept douleurs de Marie, et cet événement biblique constitue la première de ses sept douleurs. Selon Jean-Paul II, la prophétie de Siméon lui a semblé comme une seconde annonciation (cf. Redemptoris Mater). Avec Joseph, elle rencontre ensuite Anne la prophétesse..

Saint Jean ne dit pas que Marie fut transpercée par une épée dans son récit mais il ne l’exclut pas :

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui. »

Le Stabat Mater est beaucoup plus clair là-dessus: « Alors, son âme gémissante, toute triste et toute dolente, un glaive la transperça ». Munificentissimus Deus reprend la prophétie de Siméon en proclamant le dogme de l’Assomption de la Vierge Marie.

Marie a survécu au glaive car l’Évangile dit qu’elle fut présente devant le Saint Sépulcre, où elle pleura de nouveau. Elle est également mentionnée dans le récit de la Pentecôte.

Les théologiens affirment qu’elle a accompagné les apôtres et qu’elle a vécu jusqu’à un âge avancé. Ils affirment aussi que Marie a subi une mort temporelle avant son Assomption. Ils sont cependant incertains sur le lieu de sa mort: soit Ephèse ou Jérusalem.

 

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La prophétesse Anne

La mention de la prophétesse Anne dans l’évangile de l’enfance de Luc apparaît effectivement surprenante. Les motifs sont d’ailleurs divers: il n’existe pas de précédents bibliques pour cette personne et son rôle, tel que l’auteur la décrit, ne présente pas les traits caractéristiques des prophètes: la vocation, les oracles de jugement, les messages de consolation, les actions symboliques, les visions… Qui est alors la prophétesse Anne? Et pourquoi l’auteur la nomme-t-il de cette manière? Etait-elle vraiment une prophétesse? Anne apparaît dans l’évangile selon Luc, avec le vieux Siméon qui accueille Jésus lors de la présentation au Temple (cf. 2, 22-38). Il s’agit du moment de la circoncision, un rituel commun chez les juifs, qui est réalisé le huitième jour sur chaque enfant de sexe masculin, selon la prescription de la Loi. Marie et Joseph apportèrent donc l’enfant à Jérusalem «pour l’offrir au Seigneur» (2, 22). Dans cette expression, l’évangéliste introduit le lecteur au coeur du rituel de la circoncision dont le sens profond consiste en effet à l’appartenance au Seigneur. Il est ainsi écrit dans la Loi: «Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur » ( Luc 2, 23; cf. Exode 13, 2.12.15).

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Avec Marie et Joseph, deux figures lumineuses se trouvent dans le Temple: Siméon le juste et la prophétesse Anne; un homme juste et une femme prophétesse, deux figures qui sont donc unies par une tâche — la reconnaissance — extraordinairement significative. En effet, leur louange jaillit du plus profond de leur foi et de leur espérance. Tous les deux, Siméon et Anne, très âgés, sont habités par l’Esprit Saint. Et c’est précisément cet Esprit qui inspire leur louange, faite de chant et de prophétie, que personne, jusqu’à ce moment du récit évangélique, n’avait été capable de proclamer. Ces deux personnes âgées réagissent cependant de façon différente dans leur présentation de l’enfant, chacune selon son propre rôle.

Siméon est l’homme de l’attente (cf. Luc 2, 25). Dans le Temple, il veillait et attendait l’accomplissement de la promesse messianique (cf. 2, 26) annoncée par les antiques prophètes (cf. Isaïe 40, 1; 52, 9). Son cœur se réjouit, car il est capable de comprendre que Jésus est le salut promis par Dieu. En d’autres termes, la promesse divine s’est réalisée dans cet enfant offert au Seigneur. Plongé dans l’Esprit, Siméon est capable de voir et de comprendre la signification profonde de ce qu’il est en train de vivre: «Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël» (Luc 2, 30). L’évangéliste Luc nous offre la clé pour comprendre les faits racontés: la reconnaissance de Jésus comme réalisation de la promesse messianique dépend de la communion avec l’Esprit Saint, grâce auquel nous a été donnée la capacité de voir en profondeur (cf. Isaïe 52, 10).

La prophétesse Anne partage pleinement ce regard qui naît de la profondeur, toutefois l’auteur la présente comme une figure très particulière: une femme prophétesse, une veuve âgée, fille de Phanuel de la tribu d’Aser et qui vit dans le Temple de la ville sainte. Ces références ne sont pas un hasard. Phanuel rappelle le nom Peniel (“visage de Dieu”), que Jacob donne au lieu où se déroula sa lutte intérieure nocturne avec l’ange (cf. Genèse 32, 31). La tribu d’Aser rappelle en revanche une ascendance prestigieuse, c’est-à-dire le fils de la matriarche Lia (cf.Genèse 30, 13). Anna est donc une femme ayant d’importantes références bibliques, étroitement liées à l’histoire d’Israël. Ce qui surprend le plus est que, à la différence de Siméon, l’auteur ne lui fait rien dire, il la décrit simplement. Anne ne fait pas irruption, comme Siméon, avec un chant de louange, dans lequel sont rappelées et célébrées les espérances messianiques d’Israël. Nous devons la voir et l’imaginer là-bas, dans le Temple, avec Siméon, Marie et Joseph, à travers la présentation voilée de l’évangéliste.

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Il faut noter un détail: Anne «ne s’éloignait jamais du Temple» ( Luc 2, 37). Que veut nous dire Luc par cette image: une veuve qui utilisait le Temple comme sa maison? A notre avis, c’est une manière pour dire qu’Anne a passé sa longue vie (elle avait quatre-vingt quatre ans) en prière et donc en communion avec Dieu. Elle n’est pas là par hasard, elle est là parce qu’elle avait élu ce lieu — la demeure de Dieu — comme sa demeure habituelle: le Temple était le centre de sa vie. A ce point, l’évangéliste ajoute une information supplémentaire: Anne servait Dieu «nuit et jour dans le jeûne et la prière» ( Luc 2, 37). C’est une affirmation impressionnante, cette veuve âgée était “toujours” employée au même service, c’est-à-dire qu’elle se donnait de manière pleine et totale. L’affirmation frappe encore davantage quand on se rend compte que rien de semblable n’a jamais été dit, avant ou après, à propos d’une autre femme, pas même de Marie ou d’Elisabeth. Toutes les deux apparaissent dans un environnement familial. Elles ne se détachent pas de leur activité quotidienne, bien que restant concentrées sur leur propre intériorité et capables de s’ouvrir à la surprise de Dieu. Anne, en revanche, a fait du Temple sa maison. Elle reste là-bas nuit et jour, en louant, en jeûnant et en priant sans cesse. Nous pouvons comprendre que pour Anne cette lounage incessante est devenue le sens de sa vie, la raison d’être de son existence. Bien qu’étant une femme fragile, en tant qu’âgée et veuve, celle-ci fait l’expérience dans sa propre chair de la joie authentique et inépuisable que seul le Seigneur peut donner.

Nous ne savons pas pourquoi l’évangéliste l’appelle prophétesse. La compréhension que nous avons des prophètes est plutôt liée à l’écoute intérieure, à l’annonce du salut et à la dénonciation des méfaits; en somme, au fait de parler explicitement au nom de Dieu. Cela, Anne ne le fait pas. Le lecteur est étonné devant le silence d’Anne, il ne réussit pas à comprendre qu’une prophétesse ne prophétise pas. Et Houldah lui vient immédiatement à l’esprit, la prophétesse qui, outre confirmer l’authenticité du rouleau retrouvé dans le temple au cours du règne de Josias, annonça la chute du royaume du Sud (cf. 2 R 22). Alors, comment se fait-il que nous n’entendons pas la voix d’Anne? Pourquoi se tait-elle devant le sauveur du monde? Et bien, les réponses à ces questions doivent être recherchées dans la manière de raconter de Luc. Il présente la prophétie d’une manière différente de celle des auteurs des livres prophétiques. Pour Luc, la prophétie se déroule non sur la place publique ou à la cour des monarques, mais dans la présence et dans le rapport intime avec Dieu, devenant ainsi une totalité de vie, comme dans la cas de notre prophétesse. Anne répond parfaitement à ce “nouveau type” de prophétie.

C’est précisément en cela que consiste la dimension prophétique de nombreux chrétiens, des premiers temps et de tous les temps. Autrement dit, la prophétie est une décision libre d’être et de demeurer dans un rapport personnel et intime avec Dieu; un rapport d’amour duquel apparaît le témoignage éloquent de foi et de louange. Peut-être l’auteur a-t-il compris qu’au témoignage de Siméon manquait celui d’Anne; à la parole prophétique de Siméon qui annonce le destin dramatique de son fils et le sien comme mère (cf. Luc 2, 34-35), manquait le témoignage de foi d’Anne, mûri dans l’incommensurable intériorité d’une vie. Anne est la première d’une longue liste de prophètes et de prophétesses qui joueront un rôle fondamental dans l’annonce de Jésus Christ, bien que restant jusqu’à aujourd’hui ignorés et inconnus de nombreux chrétiens.

Comme Elisabeth et Marie, Anne est une femme qui communique une vérité qui ne se confond ps avec les autres: la reconnaissance de Jésus comme don de salut a besoin d’un cœur capable d’attendre dans le silence et dans l’intériorité, nuit et jour. Le rôle de Anne n’a pas la nouveauté de celui d’Elisabeth ou la grandeur de celui de Marie, mais en elle sont anticipés les traits les plus importants des disciples, homme et femmes, de Jésus. En tant que prophétesse, Anne continue la longue tradition des femmes prophétesses de l’Ancien Testament dont la présence, bien que très discrète, est attestée dans divers écrits bibliques et doit être interprétée à l’intérieur du contexte général de la prophétie d’Israël. Pensons à Myriam, la sœur de Moïse et d’Aaron (cf. Exode 15, 20), une figure très admirée dans la littérature rabbinique; à Deborah, prophétesse et juge, qui annonça à Barak la victoire d’Israël par la volonté de Dieu (cf. Juges 4, 4.9); à Houldah, dont nous avons parlé précédemment (cf. 2 R 22, 14); ou même à la femme d’Isaïe, appelée la prophétesse (cf. Isaïe 8, 3). Mais notre protagoniste, en faisant du Temple sa demeure, dépasse le seuil de l’Ancien Testament, anticipant le rôle des femmes prophétesses des premiers temps de l’Eglise (cf. Actes des apôtres 2, 17; 21, 9; 1 Corinthiens 11, 5). Sa bénédiction consiste à louer Dieu et à parler de l’enfant «à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem» ( Luc 2, 38). En effet, Joseph et Marie, dans leur désir d’obéir à la Loi à propos de la circoncision de l’enfant et de la purification de la mère, reçoivent la bénédiction de Dieu par l’intermédiaire de Siméon et d’Anne. Toutefois, ce qui est souligné est leur attitude d’attente et de louange. Marie et Joseph restent dans l’ombre. Il semble que Luc veuille avertir ses lecteurs qu’un temps nouveau va commencer, un temps où la louange et l’annonce prennent le dessus.

Le récit biblique est imprégné, d’une part, de la beauté du rituel hébraïque et, de l’autre, de la foi et de Marie et Joseph à travers les paroles de Siméon et la présence de la prophétesse Anne. Les paroles du vieux Siméon constituent le centre du récit, bien qu’elles apparaissent dans un contexte marqué par des éléments théologiques riches de signification: obéissance à la Loi, célébration d’une naissance, adoration dans le Temple et reconnaissance que la promesse de Dieu s’est réalisée. La célébration dans le Temple ne représente pas une intrusion dans leur vie, mais la réalisation de leur foi. Marie et Joseph vivaient dans un contexte d’alliance et voulaient introduire leur fils dans le même contexte. Siméon et Anne, sensibles à la présence de Dieu dans les événements du passé d’Israël, répondent à l’obéissance de Joseph et Marie par des paroles de bénédiction. Leur bénédiction a donné à la célébration de la présentation de l’enfant une signification qu’elle n’aurait jamais eue autrement. Nous imaginons que Marie et Joseph se sont toujours rappelés de cette bénédiction, signe d’un Dieu qui est parmi nous, mais cela reste un mystère indicible. Jésus est un Dieu qui est venu dans l’histoire pour nous donner la joie, mais il reste dans l’attente de notre intimité et de notre espérance.

Luísa Maria Almendra

L’auteure

Luísa Maria Almendra, titulaire d’un doctorat en théologie biblique, dans le domaine des Ecrits sapientiels, enseigne à la faculté de théologie de l’Université catholique portugaise. Elle tient des cours et des séminaires sur l’Ancien et le Nouveau Testament et enseigne les langues bibliques. Elle est membre de la Society for the Study of Biblical and Semitic Rhetoric, de l’Association Catholique Française pour l’étude de la Bible et della Society of Biblical Literature. Elle est responsable du cours de théologie de la faculté et des relations internationales de cette même faculté.

 http://www.osservatoreromano.va/fr/news/la-prophetesse-anne

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PURIFICATION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE.

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La Purification de la Vierge Marie eut lieu quarante jours après la Nativité du Seigneur. Cette fêté a été nommée ordinairement de trois manières, la Purification, Hypopante ou rencontre, et la Chandeleur. On la nomme Purification parce que, quarante jours après la naissance du Seigneur, la Vierge vint au Temple se purifier, selon la coutume introduite par la loi, quoique cette loi ne l’obligeât point. En effet au Lévitique (XII), la loi ordonnait que là femme qui, ayant usé du mariage, enfanterait un fils, serait impure pendant sept jours, impure au point de s’abstenir de toute espèce de commerce avec les hommes, et de l’entrée du temple:

Mais après les sept jours; elle redevenait pure ; en sorte qu’elle pouvait se trouver avec les hommes mais elle avait encore trente trois jours a passer avant de pouvoir entrer’ dans le temple à raison de son impureté. Enfin après quarante jours, elle entrait dans le temple et offrait son enfant avec des présents. Que si elle avait enfanté une femme, les jours étaient doublés pour ses rapports avec les hommes et pour l’entrée du temple. Pourquoi donc le Seigneur a-t-il ordonné que, au 40e jour, l’enfant fût offert dans le temple ? on peut en donner trois raisons. La première afin que l’on comprenne par là que (271) comme l’enfant est introduit au 40e jour dans le temple matériel, de même 40 jours après sa conception, pour le plus souvent, son âme est infuse dans le corps comme dans son temple. Ceci est rapporté dans l’Histoire scholastique *, quoique les physiciens (médecins) disent que le corps est perfectionné en 46 jours. La seconde, que comme l’âme infuse au 40e jour dans le corps, est souillée par le corps lui-même, de même au 40e jour, en entrant dans le temple, l’âme est désormais lavée de cette tache par les offrandes. La troisième, pour donner à comprendre que; ceux-là mériteront d’entrer dans le temple céleste qui auront voulu observer les dix commandements avec la, foi aux quatre Evangiles. Pour celle qui enfantait une femme, ces jours sont doubles, quant à l’entrée dans le temple, comme ils sont doublés pour la formation de son corps : car ainsi que le corps d’un homme est organisé et rendu parfait en 40 jours. et que pour le plus souvent, l’âme est infuse au 40e jour, ainsi le corps d’une femme est achevé en 80 jours et au 80e jour, pour le plus souvent, l’âme anime son corps. Pourquoi donc le corps d’une femme met-il plus de temps à se parfaire et l’âme à l’animer que le corps d’un homme ? Sans parler des raisons prises de la nature, on peut en assigner trois autres. La première, c’est que J.-C.; devant prendre chair dans le sexe viril, afin d’honorer, ce sexe et lui octroyer une plus grande grâce, il voulut que l’enfant fût formé plus tôt et que la femme fut purifié plus vite.

* Ch. XVIII. C’est l’œuvre de Pierre Comestor, auteur du XIIe siècle, qui eut une vogue immense a peu près égale à celle de la Légende dorée.

272

La seconde, que la femme ayant plus péché que l’homme, ses infirmités fussent doubles des infirmités de l’homme extérieurement en ce mondé, de même alors, elles ont dû être doublées intérieurement dans le sein. La troisième, pour donner à comprendre par là que la femme a été d’une certaine manière plus à charge à Dieu que l’homme, puisqu’elle a failli davantage. En effet Dieu est en quelque sorte fatigué par nos actions mauvaises, ce qui lui fait dire dans Isaïe (XLIII) : «Vous  m’avez rendu comme votre esclave par vos péchés. » Et ailleurs il dit encore par Jérémie (VI) : « J’ai travaillé avec grand effort. » La bienheureuse Vierge n’était donc pas tenue à cette loi de la purification, puisqu’elle n’a pas conçu en usant du mariage, mais par un souffle mystique. Aussi Moïse a ajouté : « en usant du mariage, » ce qui n’était pas nécessaire par rapport aux autres femmes qui conçoivent toutes , de cette manière, mais Moïse a ajouté ces mots, dit saint Bernard, parce qu’il venait de faire injure à la mère du Seigneur. Cependant elle voulut se soumettre à la loi pour quatre raisons. La première, pour donner l’exemple de l’humilité. Ce qui fait dire à saint Bernard : «O Vierge vraiment bienheureuse, vous n’aviez aucun motif ni aucun besoin de vous purifier ; mais est-ce que votre Fils avait besoin de la circoncision? Soyez au milieu des femmes comme l’une d’elles, car vôtre fils aussi se rend semblable aux autres enfants. » Or, cette humilité ne vint pas seulement de la mère, mais encore du Fils, qui voulut ici, comme elle, se soumettre à la loi. En effet, dans sa naissance, il se posa en homme (273) pauvre, dans sa circoncision en homme pauvre et pécheur, mais aujourd’hui il se traite en homme pauvre, et pécheur et esclave; en pauvre, puisqu’il choisit l’offrande des pauvres; en pécheur, puisqu’il veut être purifié avec sa mère; en esclave, puisqu’il a voulu être racheté, et même peu après il voulut être baptisé, non pour effacer en sondes fautes, mais pour offrir au monde l’exemple de la plus grande humilité, et pour donner des preuves que ces remèdes ont été bons au temps où on les employait.. Car cinq remèdes furent institués, dans une certaine succession de temps, contre le péché originel. Trois d’entre eux, selon Hugues de Saint-Victor, ont été institués sous la’ loi ancienne les oblations, les dîmes et les immolations des sacrifices, qui signifiaient merveilleusement l’œuvre de notre rédemption. Car le mode de rachat était exprimé par l’oblation; le prix lui-même de l’oblation, par le sacrifice, où il y avait effusion de sang; celui-là même, qui était racheté, par la dîme, parce que l’homme est figuré par la dixième dragme : Le premier remède fut l’offrande : ainsi l’on voit Caïn offrir à Dieu des présents de ses fruits,  et Abel, de ses troupeaux. Le second fut la dîme, comme dans Abraham qui offre la dîme au prêtre. Melchisédech : car selon saint Augustin, on dîmait sur tout ce dont on prenait soin. Le troisième fut l’immolation des sacrifices : car, d’après saint Grégoire, les sacrifices étaient établis contre le péché originel. Mais parce qu’il était de rigueur, eût au moins l’un ou l’autre des parents eût la foi et qu’il pouvait se faire quelquefois que tous les deux fussent infidèles, alors vint le quatrième remède, (274) savoir : la circoncision qui avait sa valeur, soit que les parents fussent fidèles, soit qu’ils ne le fussent point. Mais ce remède ne pouvant convenir seulement qu’aux mâles, et ne pouvant pas ouvrir les portes du paradis, alors à la circoncision succéda comme cinquième remède le baptême qui est commun à tous et qui ouvre la porte du ciel. J.-C. donc paraît avoir reçu, en quelque manière, le premier remède quand il fut offert dans le temple par ses parents; le second, quand il jeûna 40 jours et 40 nuits, parce que n’ayant point de biens avec quoi il pût payer la dîme, il offrit du moins à Dieu la dîme de ses jours. J.-C., s’est appliqué le troisième remède, quand sa mère offrit pour lui une paire de tourterelles, ou deux petits de colombes pour en faire un sacrifice, ou bien encore, quand il s’offrit lui-même en sacrifice sur la croix. Le quatrième, quand il se laissa circoncire, et le cinquième en recevant le baptême de saint Jean. — La seconde raison était d’accomplir la loi. Le Seigneur en effet n’était pas venu pour détruire la loi mais pour l’accomplir : car si en cela il se fût exempté de la loi, les Juifs auraient pu apporter cette excuse : « Nous ne recevons pas votre doctrine puisque vous n’êtes pas semblable à nos pères et que vous n’observez pas les traditions de la loi. » Mais aujourd’hui J.-C. et la Vierge se soumettent à une triple loi : 1° à la loi de la purification comme des modèles de vertu, afin que nous disions, après, avoir fait le bien, en tout, que nous sommes dès serviteurs inutiles ; 2° à la loi de la rédemption, pour donner un exemple d’humilité ; 3° à la loi de l’offrande, pour servir de modèle de pauvreté. —  La (275) troisième raison est pour mettre fin à la loi de la purification ; car comme au premier rayon de la lumière, les ténèbres disparaissent et que, au lever du soleil, l’ombre s’enfuit; de même, après la véritable purification, a cessé la purification figurative. Or, ici a en lieu la véritable purification dans J.-C. qui est réellement appelé la purification par excellence, puisqu’il nous purifie par la foi, selon qu’il est dit (Act., XV) : « Dieu purifie nos coeurs par la foi. » De là encore il sait que désormais les pères ne sont pas tenus à l’accomplissement de cette loi, ni les mères à la purification ou à l’entrée du temple, ni les enfants à ce rachat. —  La quatrième raison, c’est pour nous apprendre à nous purifier. Selon le droit, il y a cinq manières de se purger dès l’enfance, quoiqu’il n’y en ait que trois de prescrites; et nous devons les employer savoir, par le jurement, qui marque le renoncement au péché; par l’eau qui indique l’ablution baptismale; par le feu, qui désigne l’infusion de la’ grâce spirituelle; parles témoins, qui montrent la multitude des bonnes oeuvres; parla guerre, qui signifie la tentation. Or, la sainte Vierge, en venant au temple a offert son fils et l’a racheté avec cinq sicles. Il faut aussi remarquer que certains premiers-nés étaient rachetés comme les premiers-nés des onze tribus moyennant cinq sicles; quelques autres ne pouvaient être rachetés, par exemple, les premiers-nés des lévites, qui jamais n’étaient rachetables;- mais, parvenus à l’âge des adultes; ils servaient constamment le Seigneur dans le temple; de même encore les premiers-nés des animaux purs ils pouvaient être rachetés; mais ils étaient offerts au (276) Seigneur. Quelques autres devaient être échangés, comme le premier-né de l’âne qui était remplacé par une brebis; d’autres étaient tués, par exemple, le premier-né du chien. Or, puisque J.-C. était de la tribu de Juda, l’une des douze, il est clair qu’il a dû être racheté. « Et ils offrirent pour lui au Seigneur une paire de tourterelles ou deux petits de colombes. » C’était l’offrande des pauvres, tandis que l’agneau était celle des riches. L’Ecriture ne dit pas des petits de tourterelles, mais des petits de colombes, parce qu’on trouve toujours des petits de colombes, mais qu’on ne trouve pas toujours des petits de tourterelles, bien que l’on trouve toujours des tourterelles ; on ne dit pas non plus une paire de colombes, comme on dit une paire de tourterelles, parce que la colombe est un oiseau voluptueux, et pour cela Dieu n’a pas voulu qu’il lui en fût offert en sacrifice, mais la tourterelle est un oiseau pudique. — Cependant la Sainte Vierge Marie n’avait-elle pas, peu auparavant, reçu des mages une grosse somme d’or ? il est évident donc qu’elle a bien pu acheter un agneau. A cela on répond, qu’il n’est pas douteux, comme le dit saint Bernard, que les mages aient offert une grosse somme d’or, parce qu’il n’est pas vraisemblable, que des rois de cette importance aient offert à un tel Enfant de maigres présents; toutefois, d’après une opinion, elle ne garda pas cet or pour soi, mais elle le distribua de suite aux pauvres, ou bien peut-être, elle le garda pour pourvoir aux frais de son voyage de sept ans en Egypte ; ou encore, les mages n’offrirent pas une grande quantité d’or, car leur offrande avait une signification (277) mystique. — On distingue trois offrandes touchant le Seigneur : La première quand ses parents l’offrirent; la seconde quand on offrit pour lui des oiseaux; il fit lui-même la troisième pour les hommes sur la croix. La première montre son humilité, puisque le maître de la loi se soumet à la foi; la seconde, sa pauvreté, puisqu’il a choisi l’offrande des pauvres ; la troisième, sa charité, puisqu’il s’est livré pour les pécheurs. Voici les propriétés de la tourterelle : son vol est élevé ; ses chants sont dés gémissements; elle annonce le printemps; elle vit chastement; elle reste isolée; la nuit elle réchauffe ses petits elle s’éloigne des cadavres. Voici les propriétés de la colombe :

Elle ramasse le grain ; elle vole en troupe ; elle évite les cadavres ; elle n’a pas de fiel ; elle gémit elle caresse son compagnon de ses baisers ; la pierre lui fournit un nid; elle fuit son ennemi qu’elle a vu sur le fleuve ; elle ne blesse pas avec son bec; elle nourrit ses deux petits avec soin.

Secondement; cette fête a reçu le nom d’Hypapante, ce qui est la même chose que Présentation, parce que J.-C. a été présenté au temple: Hypapante veut encore dire rencontre *, parce que Siméon et Anne se rencontrèrent avec le Seigneur, qu’on offrait dans le temple. Alors donc Siméon le prit dans ses bras. Notons ici trois sortes d’ombres, trois anéantissements de notre Sauveur: 1° l’anéantissement de la vérité : car celui qui est. la vérité, par laquelle l’homme est conduit, qui est aussi la voie, laquelle conduit l’homme à Dieu qui est la vie, a permit que d’autres le conduisent aujourd’hui :

* De hypa, qui veut dire aller, et anti, contre.

278     

Alors, dit-il, qu’ils introduisaient Jésus enfant. » 2° L’anéantissement de la bonté, puisque lui qui est le seul bon, le seul saint, a voulu être purifié avec sa mère, comme un homme immonde. 3° C’est l’anéantissement de sa majesté, puisque celui qui porte tout par la parole de sa force; s’est laissé prendre et porter entre lés bras d’un vieillard, qui cependant portait celui qui le portait lui-même;, d’après cette parole de la liturgie : « Le vieillard portait l’enfant, mais l’enfant dirigeait le vieillard. » Alors Siméon le bénit en disant : « Vous laisserez maintenant, Seigneur, aller votre serviteur en paix, etc. » Et Siméon lui donne trois noms, savoir : le salut, la lumière et la gloire du peuple d’Israël. On peut entendre ces trois noms de quatre manières : 1° comme notre justification; et il est appelé sauveur, en remettant la faute, parce que Jésus veut dire sauveur, par cela qu’il sauvera le peuple de ses péchés; lumière, en donnant sa grâce.; gloire, il la donne à son peuple; 2° comme notre régénération, car 1° l’enfant est exorcisé et baptisé, et il est ainsi purifié du péché; 2° on lui donne un cierge allumé ; 3° il est présenté à l’autel; 4° la procession qui se fait en ce jour, car 1° les cierges sont bénits et exorcisés ; 2° ils sont allumés et distribués entre lés mains des fidèles; 3° on entre à l’église, en chantant, des cantiques ; 4° à cause du triple nom de la fête : on 1’appelle.Purifrcation, et c’est parce que la faute est purifiée, que Siméon appelle Jésus le salut. On l’appelle chandeleur, pour l’illumination de la grâce ; de là le nom de lumière. On l’appelle Hypapante, (279) pour la collation de la gloire: de là le nom de gloire du peuple d’Israël. « Alors en effet nous viendrons au-devant de J.-C. dans les airs » (saint Paul). On petit dire encore que par ce cantique de Siméon, J.-C. est loué comme paix, comme salut, comme lumière, comme gloire. Comme paix, car il est médiateur; comme salut, car il est rédempteur; comme lumière, car il est docteur; comme gloire, car il est récompense.

Troisièmement cette fête a reçu le nom de Chandeleur, parce qu’on porte à la main des chandelles allumées. Pourquoi l’Eglise a-t-elle établi qu’on porterait à la main des chandelles allumées ? On en peut assigner quatre raisons : 1° pour détruire une coutume mauvaise. En effet, autrefois, aux calendes de février, en l’honneur de Februa, mère de Mars; dieu de la guerre, les Romains illuminaient la ville de cinq en cinq ans avec des cierges et des flambeaux pendant toute la nuit, afin que Mars leur accordât la victoire sur leurs ennemis, en raison des honneurs qu’ils rendaient à sa mère ; et cet espace de temps était un lustre. Au mois de février encore les Romains offraient des sacrifices à Febvrius c’est-à-dire à Pluton et aux autres dieux infernaux, pour les âmes de leurs ancêtres : afin donc qu’ils eussent pitié d’eux, ils leur offraient des victimes solennelles, et toute la nuit. ils veillaient en chantant leurs louanges et tenaient des cierges et des torches allumées. Le pape Innocent dit encore que les femmes romaines célébraient en ce jour la fête des lumières, dont l’origine est tirée des fables des poètes. Ceux-ci rapportent que Proserpine était si belle que Pluton, dieu des enfers, en devint épris, (280) qu’il l’enleva et en fit une déesse. Ses parents la cherchèrent longtemps dans les forêts, et les bois avec des torches et des flambeaux, et c’est ce souvenir que rappelaient les femmes de Rome. Or, parce qu’il est difficile d’abandonner une coutume, les chrétiens nouvellement convertis a la foi ne savaient pas s’y résoudre alors le pape Sergius lui donna un but meilleur, en ordonnant aux chrétiens de célébrer, chaque année, à pareil jour, par tout, l’univers, une fête en l’honneur de la sainte Mère du Seigneur, avec cierges allumes et chandelles bénites. De cette manière la solennité restait, mais la fin était toute autre. 2° Pour montrer la pureté de la Vierge. En entendant que la Vierge s’était purifiée, quelques personnes pourraient penser qu’elle avait besoin de purification : afin donc de montrer que toute sa personne fut très pure et toute brillante, l’Eglise nous a ordonné de porter des flambeaux allumés, comme si. par le fait elle disait : « O bienheureuse Vierge, vous n’avez pas besoin de purification, mais vous êtes toute brillante, toute resplendissante. » De vrai, elle n’avait pas besoin de purification, elle qui avait conçu, sans user du mariage, elle qui avait été purifiée d’une manière très parfaite, et qui avait été sanctifiée dans le sein de sa mère. Or, elle avait tellement été glorifiée et purifiée dans le sein de sa mère et dans la venue du Saint-Esprit que, nom seulement il ne resta en elle aucune inclination au péché; mais l’effet de sa sainteté se communiquait et s’épanchait dans les autres, en sorte qu’elle éteignait tous les mouvements de charnelle concupiscence en tous. Ce qui fait dire aux Juifs que quoique Marie ait (281) été d’une extrême beauté, elle ne put cependant jamais être convoitée par personne; et la raison en est que la vertu de sa chasteté pénétrait tous ceux qui la regardaient et écartait d’eux toute concupiscence. Ce qui l’a fait comparer au cidre dont l’odeur fait mourir les serpents ; sa sainteté projetait comme des rayons sur les autres, de manière à étouffer tous les mouvements qui se glissaient en la chair. On la compare encore à la myrrhe; car de même que la myrrhe fait périr les vers, de même aussi sa sainteté détruisait toute concupiscence charnelle ; et elle jouit de cette prérogative dans un degré plus éminent que ceux qui ont été sanctifiés dès le sein de leur mère, ou qui sont restés vierges; dont la sainteté et la chasteté ne se transmettaient pas aux autres, ni n’éteignait en eux les mouvements de la chair, tandis que la force de la chasteté de la Vierge pénétrait jusqu’au fond même du coeur des impudiques et qu’elle les rendait tout aussitôt chastes à son égard. 3° A cause de la procession qui eut lieu à pareil jour : car Marie, Joseph, Siméon et Anne firent aujourd’hui une procession digne d’honneur, et présentèrent l’enfant Jésus au temple. De même encore, nous faisons la procession et portons à la main un cierge allumé, figure de Jésus-Christ, et nous le tenons jusque dans les églises. Il y a trois choses dans le cierge, savoir, la cire, la mèche et le feu, qui sont la figure des trois substances qui existèrent en J.-C. : la cire est la figure de sa chair qui est née de la Vierge Marie sans la corruption de la chair, comme les abeilles composent la cire sans mélange ; la mèche cachée dans le cierge est la figure (282) de son âme très candide cachée dans sa chair; et le feu ou la lumière est la figure de la divinité, parce que notre Dieu est un feu qui consume. Ce qui a fait dire à un poète : « Cette chandelle, je la porte en l’honneur de la pieuse Marie. Par la cire voyez une chair véritable née d’une Vierge ; par la lumière, la divinité et l’excellence de la majesté ; la mèche, c’est somme infiniment riche se cachant dans la chair. » 4° Pour notre instruction. Tout nous instruit : que si nous voulons être purs et nets, nous devons avoir en nous trois dispositions, savoir : une foi véritable, une conduite sainte, et une intention droite. La chandelle allumée à la main, c’est la foi avec les bonnes œuvres; et de même que la chandelle sans lumière est réputée morte, et que la lumière par elle-même ne brille pas sans chandelle, mais paraît être morte, de même les œuvres sans la foi et la foi sans les bonnes œuvres sont appelées mortes. Quant à la mèche enfermée dans la cire, c’est l’intention droite; ce qui fait dire à saint Grégoire : « L’action se fait devant le publie, mais l’intention reste cachée dans le secret. »

Une noble dame avait une très’ grande dévotion envers la sainte Vierge. Ayant fait construire une chapelle auprès de sa maison, elle y entretenait un chapelain, et voulait entendre chaque jour une messe de la Bienheureuse Vierge. Alors que la fête de la Purification de la Sainte Vierge était proche, le prêtre fit un voyage au loin pour une affaire particulière, et la dame ne put avoir une messe ce jour-là; ou bien, comme on le lit autre part, elle avait donné tout ce qu’elle avait jusqu’à ses vêtements pour l’amour de la (283) Vierge; or, comme elle avait donné sa robe et qu’elle ne pouvait aller à l’église il lui fallait rester sans messe en ce jour. Sous l’impression d’une vive douleur elle entra dans son oratoire ou sa chambre et se prosterna devant un autel de la Sainte Vierge. Tout à coup elle fut transportée hors d’elle-même, et il lui semblait être dans une église magnifique et toute resplendissante ; alors elle vit, entrer une foule extraordinaire de vierges, que, précédait une Vierge d’une admirable beauté, dont la tête était couronnée d’un diadème. Après que toutes se furent assises, voici venir une autre foule de jeunes gens qui prirent place chacun selon son rang. Alors quelqu’un qui portait une grande quantité de cierges, en donna d’abord un à la vierge qui avait le pas sur les autres; il en distribua ensuite aux autres vierges ut aux jeunes gens, enfin il vint auprès de la dame et lui offrit un cierge qu’elle accepta volontiers. Elle tourna alors les yeux vers le chœur et vit deux céroféraires, un sous-diacre, un diacre et un prêtre revêtus de leurs ornements sacrés s’avancer vers l’autel comme pour célébrer une messe solennelle. Il lui semblait que les acolytes étaient saint Vincent et saint Laurent; que le diacre. et le sous-diacre étaient deux anges; quant au prêtre, c’était J.-C. Après la confession, deux jeunes gens d’une rare beauté allèrent au milieu du chœur, commencèrent à haute voix et fort dévotement l’office de la, messe, que poursuivirent ceux qui étaient dans le tuteur. Quand on fut à l’offrande, la reine dés Vierges et toutes les vierges avec ceux qui étaient dans le chœur, vinrent offrir, comme de coutume, leurs cierges (284) au prêtre en fléchissant les genoux. Or, comme le prêtre attendait que la dame vînt lui offrir son cierge, et que celle-ci ne le voulait pas faire, la.reine des vierges lui envoya dire par un exprès qu’elle manquait de savoir-vivre, en faisant attendre le prêtre si longtemps. Elle répondit que le prêtre continuât sa messe parce qu’elle -ne lui offrirait pas son cierge. Alors la reine lui envoya encore un autre exprès à qui la dame répondit qu’elle ne donnerait à personne. le cierge qu’elle avait reçu, mais qu’elle le garderait par dévotion. Toutefois la reine des vierges donna cet ordre à l’exprès.: « Allez la prier de nouveau d’offrir son cierge, sinon vous le lui enlèverez par force, de ses mains. » Le messager étant venu et la dame refusant d’accéder à sa prière, il dit qu’il avait ordre de le lui arracher de force. Alors il saisit le cierge avec une grande violence et s’efforça de l’enlever. La dame le tenait plus fortement. encore et se défendait comme un homme. Le débat traînait en longueur, le cierge était tiré avec force deçà, de-là, quand tout à coup le cierge se cassa, une moitié restant entre les mains du messager, l’autre moitié danses mains de la dame. Au moment où le cierge se brisa avec bruit, elle revint tout aussitôt à elle et se trouva devant l’autel, où elle s’était placée, avec le cierge brisé à la main. Elle en fut dans l’admiration et rendit d’immenses actions de grâces à la Sainte Vierge qui n’avait pas permis qu’elle restât sans messe en ce jour, mais qui l’avait fait assister à un tel office. Elle eut grand soin de son cierge et le garda comme les plus précieuses reliques. On dit que tous ceux qui en étaient touchés étaient aussitôt guéris des (285) infirmités qui ses tourmentaient. — Une autre dame enceinte vit en songe qu’elle portait un étendard teint de couleur sanguine. En s’éveillant elle perdit de suite les sens : le démon se jouait tellement d’elle qu’il lui semblait qu’elle portait entre ses mamelles la foi chrétienne à laquelle elle avait été jusque-là fort attachée, et qu’elle la perdait à chaque instant. Rien ne la pouvant guérir, elle passa dans une église de la Sainte Vierge la nuit de la Purification et fut guérie parfaitement.

 

La légende dorée de Jacques de Vorogine, nouvellement traduite en français, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l’Abbé J.-B.-M. Roze, … – Paris, Edouard Rouveyre Editeur, 1942.

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ANCIEN TESTAMENT, AVENT, BIBLE, EVANGILE DE LA VISITATION, VIERGE MARIE

L’Evangile de la Visitation

EVANGILE DE LA VISITATION DE MARIE A SA COUSINE ELIZABETH

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 23 décembre 2018

4éme dimanche de l’Avent

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

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 PREMIERE LECTURE – livre du prophète Michée 5, 1-4

Ainsi parle le SEIGNEUR :
1 Et toi, Bethléem Ephrata,
le plus petit des clans de Juda,
c’est de toi que sortira pour moi
celui qui doit gouverner Israël.
Ses origines remontent aux temps anciens,
aux jours d’autrefois.
2 Mais Dieu livrera son peuple
jusqu’au jour où enfantera
celle qui doit enfanter,
et ceux de ses frères qui resteront
rejoindront les fils d’Israël.
3 Il se dressera et il sera leur berger
par la puissance du SEIGNEUR,
par la majesté du nom du SEIGNEUR, son Dieu.
Ils habiteront en sécurité, car désormais
Il sera grand jusqu’aux lointains de la terre,
4 et lui-même, il sera la paix !

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QUAND IL DEVIENT DIFFICILE D’ESPERER
Nous avons vu déjà souvent que les prophètes emploient deux types de langage : premier langage, les avertissements pour ceux qui se laissent aller, qui oublient l’Alliance avec Dieu et ses exigences : le prophète est là pour les avertir qu’ils sont en train de fabriquer eux-mêmes leur propre malheur… deuxième langage, les encouragements pour ceux qui essaient de rester fidèles mais qui risquent bien de se décourager à la longue. Et c’est aussi difficile d’écouter les encouragements quand on n’en peut plus que d’accepter les reproches quand ils sont mérités. Le texte que nous avons sous les yeux est bien évidemment de la deuxième veine, celle des encouragements. Entre les lignes, on devine qu’on est en période difficile et qu’on est bien près de se décourager ; très certainement le peuple se sent délaissé par Dieu. Et il en vient à dire : toutes les promesses de bonheur qu’on nous a répétées depuis des siècles, ce n’étaient que de belles paroles. Le roi idéal qu’on nous a promis, il n’est pas encore né ! Il ne verra jamais le jour.
De quelle période historique s’agit-il ? On ne le sait pas trop : le prophète  Michée a vécu au huitième siècle dans la région de Jérusalem, à l’époque où l’empire assyrien était très inquiétant ; et les rois de l’époque ne ressemblaient guère au portrait idéal du roi-Messie qu’on attendait ; on pouvait bien se croire délaissés ; ce texte pourrait donc être de Michée. Mais, pour des quantités de raisons, de langue, de style, de vocabulaire, beaucoup pensent que ce texte, dans sa forme actuelle, est très tardif et qu’il aurait été inséré a posteriori dans le livre de Michée.1 A ce moment-là, les raisons du découragement seraient dans la disparition de la royauté ; depuis l’exil à Babylone, le trône de Jérusalem n’existe plus, David n’a plus de descendant ; on vit presque sans discontinuer sous domination étrangère. C’est bien à ce moment-là, justement, qu’on a éprouvé le plus urgent besoin de se rappeler les promesses concernant le Messie.  
Notre prophète (que ce soit Michée ou un autre ne change pas le sens) répond : vous vous croyez délaissés, mais pourtant, soyez certains que le projet de Dieu se réalisera. Le Messie naîtra : « le jour où enfantera celle qui doit enfanter », cela signifie que cela doit arriver, non pas par nécessité, mais c’est une certitude. Simplement parce que Dieu l’a promis. « Celle qui doit enfanter », cela veut dire : celle qui est prévue pour cela dans le plan de Dieu. Et alors, il faut comprendre que le temps de délaissement apparent qu’on est en train de vivre n’est qu’un moment dans le déroulement de l’histoire humaine.
Pourquoi cette insistance sur Bethléem ? « Toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. » Il y a deux raisons : premièrement, on sait que le Messie doit être de la descendance de David ; or c’est à Bethléem que le prophète Samuel était venu, sur ordre de Dieu, choisir un roi parmi les huit fils de Jessé. Donc, pour des oreilles

DIEU S’APPUIE SUR LES PETITS
Deuxièmement, le contraste est voulu entre la grande et orgueilleuse Jérusalem et l’humble bourgade de Bethléem : « le plus petit des clans de Juda ». Un prophète ne peut pas manquer d’épingler cela ! C’est dans la petitesse, la faiblesse que la puissance de Dieu se manifeste. Selon sa méthode habituelle, Dieu choisit les petits pour faire de grandes choses. Et ce n’est certainement pas par hasard que le prophète accole le nom Ephrata à celui de Bethléem : car Ephrata signifie « féconde » ; ce nom était en fait le nom d’un clan seulement parmi tous ceux qui étaient installés dans la région de Bethléem ; mais, désormais, c’est Bethléem tout entière qui sera appelée « féconde ».
Cette prophétie de Michée sur la naissance du Messie à Bethléem était certainement bien connue du peuple juif. La preuve en est que, dans l’épisode des rois Mages (Mt 2, 6), Matthieu nous rapporte que les scribes ont cité au roi Hérode la phrase de Michée pour guider la route des Mages vers Bethléem. Mais qui s’est souvenu ensuite que Jésus était effectivement né à Bethléem ? Pour beaucoup des contemporains de Jésus, il était le Nazaréen ; pour ceux-là, il était impensable que ce Galiléen soit le Messie. On en a la preuve dans l’évangile de Jean par exemple : quand on a commencé à se poser sérieusement des questions au sujet de Jésus, quand certains ont commencé à dire « il est peut-être le Christ ? », on répondait : « Mais voyons… le Christ ne peut pas venir de Galilée, Michée l’a bien dit… » ; voici ce passage : « Parmi les gens de la foule qui avaient écouté les paroles de Jésus, les uns disaient : Vraiment, voici le Prophète ! D’autres disaient : le Christ, c’est lui. Mais d’autres encore disaient : le Christ pourrait-il venir de Galilée ? L’Ecriture ne dit-elle pas qu’il sera de la lignée de David et qu’il viendra de Bethléem, la petite cité dont David était originaire ? C’est ainsi que la foule se divisa à son sujet. » (Jn 7, 40 – 43).
Revenons aux paroles de Michée ; il reprend les termes de la fameuse promesse, toujours la même, répétée au long des siècles depuis David : un roi naîtra dans la descendance de David ; tel un berger, il fera régner la justice et la paix. Et pas seulement sur Jérusalem : le prophète insiste comme à plaisir sur l’extension de la paix promise : c’est l’humanité tout entière qui est concernée dans l’espace et dans le temps : dans l’espace « Ils vivront en sécurité, car désormais sa puissance s’étendra jusqu’aux extrémités de la terre »… dans le temps puisque « ses origines remontent aux temps anciens, à l’aube des siècles ». Le dessein bienveillant de Dieu est vraiment pour tous les hommes de tous les temps !
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Note
1 – La note d’universalisme très marquée au verset 3 s’explique mieux si cette prédication (insérée dans le livre de Michée) n’est pas du prophète Michée lui-même (au huitième siècle av.J.C.), mais d’un disciple postérieur : car l’universalisme du projet de Dieu (tout comme le monothéisme strict dont il est le corollaire) n’a été compris que pendant l’Exil à Babylone probablement.

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PSAUME – 79 (80) 2ac. 3bc, 15-16, 18-19

2 Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
3 Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

15 Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
16 celle qu’a plantée ta main puissante.

18 Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
19 Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

UN VIGNERON ATTENTIONNE
Un mot d’abord sur les « Kéroubim » : nous les appelons les « chérubins » : c’étaient des statues d’animaux ailés à tête d’homme, corps et pattes de lion. Deux chérubins surplombaient l’arche d’alliance dans le Saint des Saints du temple de Jérusalem. Ils symbolisaient le trône de Dieu.
« Jamais plus nous n’irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! » Cette simple phrase nous dit que nous sommes dans une liturgie  pénitentielle. Le « jamais plus » est évidemment une résolution : « Jamais plus nous n’irons loin de toi », cela veut dire que le peuple reconnaît ses infidélités et il considère que ses malheurs présents en sont la conséquence. Le reste du psaume détaillera ces malheurs, mais déjà, sans aller chercher plus loin, nous lisons « Réveille ta vaillance et viens nous sauver », une phrase qu’on ne dirait pas si on n’expérimentait pas cruellement le besoin d’être sauvé.
Et vers qui se tourne-t-on quand tout va mal ? Evidemment vers Dieu, parce qu’on sait qu’il n’a jamais abandonné son peuple, quoi qu’il arrive. Pour le supplier, on l’invoque sous deux titres : il est le berger d’Israël, il en est aussi le vigneron. Deux images de sollicitude, d’attention constante ; deux images évidemment inspirées par la vie quotidienne en Palestine, où, aux temps bibliques, les bergers et les vignerons étaient très présents dans la vie économique.

Première métaphore, Dieu est le Berger d’Israël : dans le langage de cour du Proche-Orient ancien, le titre de berger était couramment appliqué aux rois. Dans la Bible, il est d’abord appliqué à Dieu, et si les rois d’Israël sont eux aussi appelés “bergers du peuple”, ce n’est que par délégation ; le véritable berger d’Israël, c’est Dieu. On trouve donc parfois dans l’Ancien Testament le titre de berger appliqué à Dieu, par exemple dans le psaume 22/23 : “Le SEIGNEUR est mon berger, je ne manque de rien.” Ou dans le livre de la Genèse, quand Jacob bénit son fils Joseph, il invoque “le Dieu en présence de qui ont marché mes pères Abraham et Isaac, le Dieu qui fut mon berger depuis que j’existe jusqu’à ce jour…” (Gn 48, 15) ; et quand il bénit ses douze fils, il le fait “par le nom du Pasteur, la Pierre d’Israël” (Gn 49, 24). On trouve encore chez Isaïe “Voici votre Dieu, voici le SEIGNEUR Dieu !… Comme un berger, il fait paître son troupeau, de son bras, il rassemble les agneaux, il les porte sur son coeur, il mène les brebis qui allaitent.” (Is 40, 9… 11).

Quant à l’image du peuple d’Israël comme le troupeau de Dieu, elle est très souvent développée : par exemple dans le psaume 94/95 : “Oui, il est notre Dieu, nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main.” Ce psaume est une méditation sur l’Exode : c’est là qu’on a fait l’expérience première de la sollicitude de Dieu ; sans lui, on ne s’en serait jamais sortis ! C’est lui qui a rassemblé son peuple comme un troupeau et lui a permis de survivre malgré tous les obstacles. Et quand le psaume d’aujourd’hui reprend la même image “Berger d’Israël, écoute, toi qui conduis ton troupeau, resplendis !” c’est aussi une référence à l’expérience fondamentale de l’Exode et de la sortie d’Egypte.
La deuxième métaphore développée dans ce psaume compare Dieu à un vigneron :
« Dieu de l’univers, reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu’a plantée ta main puissante. » Le texte le plus évocateur sur ce thème (et visiblement notre psaume s’en est inspiré), c’est le chant de la vigne chez Isaïe : « Que je chante pour mon ami le chant du bien-aimé et de sa vigne : mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau plantureux. Il y retourna la terre, enleva les pierres, et installa un plant de choix. Au milieu, il bâtit une tour et il creusa aussi un pressoir. » (Is 5, 1-2d). (On pense généralement que ce chant de la vigne chez Isaïe s’inspire d’un chant populaire, qu’on chantait dans les mariages comme modèle de sollicitude du jeune marié pour sa bien-aimée.)
En écho, dans des versets que nous ne lisons pas ce dimanche, notre psaume développe la comparaison ; la sollicitude de Dieu pour son peuple y est comparée à celle du vigneron pour sa vigne : « La vigne que tu as prise à l’Egypte, tu la replantes en chassant des nations. Tu déblaies le sol devant elle, tu l’enracines pour qu’elle envahisse le pays. Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage les cèdres géants ; elle étendait ses sarments jusqu’à la mer, et ses rejets jusqu’au Fleuve. » (v. 9-12). On a ici l’évocation des heures de gloire d’Israël : les débuts du peuple, avec la sortie d’Egypte, l’Exode, l’entrée en terre Promise, l’Alliance de Dieu avec les douze tribus, la conquête progressive de la terre… et surtout, l’ascension irrésistible de ce peuple parti de rien ! Et cette aventure extraordinaire, ce peuple sait bien que c’est à son Dieu qu’il la doit, à sa Présence continuelle, à sa sollicitude. C’est lui, réellement, qui a fait naître et grandir son peuple avec un soin jaloux. Et la croissance a été telle qu’on peut réellement parler d’heures de gloire : « Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage les cèdres géants ; elle étendait ses sarments jusqu’à la mer, et ses rejets jusqu’au Fleuve », c’est une évocation des conquêtes de David qui a considérablement repoussé les frontières de son royaume.

UNE VIGNE DECEVANTE
Seulement voilà : la lune de miel n’a pas duré ; chez Isaïe, déjà, la chanson racontait un amour heureux au début, mais finalement malheureux : la bien-aimée a été infidèle. Que disait l’amoureux déçu ? Voici la suite du chant de la vigne chez Isaïe : « Il en attendait de beaux raisins, il n’en eut que de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne. Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’en attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle produit de mauvais ? (Is 5, 2-4). Et l’on connaît la fin de la chanson, le vigneron en colère abandonne sa vigne : « Je vais vous apprendre ce que je vais faire de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée : elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. » (Is 5, 5-6).
Dans ce psaume, c’est la même histoire d’un amour trompé ; bien sûr, quand il s’agit d’Israël, ce qu’on appelle ses infidélités, ce sont l’idolâtrie et tous les manquements à la Loi de Dieu. Et, là encore cela n’a pas été sans conséquences : à entendre en entier notre psaume d’aujourd’hui, le malheur est arrivé.
Voici quelques versets : « Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent. » (v. 13-14). Et, un peu plus loin : « La voici détruite, incendiée (v. 17), ailleurs encore : « Tu fais de nous la cible des voisins : nos ennemis ont vraiment de quoi rire ! » (v. 7). Traduisez : nous sommes en période d’occupation étrangère, les animaux qui dévastent la vigne (et les sangliers, comme les porcs, étaient des animaux impurs), ce sont les puissances étrangères, les ennemis du moment. De quels ennemis s’agit-il précisément ? L’histoire ne le dit pas. En tout cas, il est clair qu’Israël reconnaît une faute et pense être châtié par Dieu ; le psaume implore son pardon en disant : « Vas-tu longtemps encore opposer ta colère aux prières de ton peuple, le nourrir du pain de ses larmes, l’abreuver de larmes sans mesure ? » (v. 5-6).
Cette image d’un Dieu qui punit nous heurte aujourd’hui, parce que, grâce à la pédagogie patiente de Dieu, nous avons progressé dans la Révélation : alors que ce psaume, évidemment, reflète l’état de la réflexion théologique à l’époque où il a été écrit. A cette époque-là, on considère que tout vient de Dieu, le bonheur comme le malheur. Plus tardivement on découvrira que Dieu respecte tellement la liberté de l’homme qu’il ne tire pas toutes les ficelles de l’histoire.
Quoi qu’il en soit, ce psaume nous donne une magnifique leçon de foi et d’humilité : le peuple reconnaît ses infidélités et prend la ferme résolution de ne pas les répéter : « Jamais plus nous n’irons loin de toi ». En même temps c’est vers Dieu aussi qu’il se tourne pour demander la force de la conversion : « Fais-nous vivre et invoquer ton nom. »

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DEUXIEME LECTURE – lettre aux Hébreux 10, 5-10

Frères,
5 en entrant dans le monde,
le Christ dit :
Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande,
mais tu m’as formé un corps.
6 Tu n’as pas agréé les holocaustes
ni les sacrifices pour le péché ;
7 alors j’ai dit : Me voici,
je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté,
ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre.
8 Le Christ commence donc par dire :
Tu n’as pas voulu ni agréé
les sacrifices et les offrandes,
les holocaustes et les sacrifices pour le péché ,
ceux que la Loi prescrit d’offrir.
9 Puis il déclare :
Me voici, je suis venu pour faire ta volonté.
Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second.
10 Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés,
par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps,
une fois pour toutes.

LA DISPONIBILITE VAUT MIEUX QUE TOUS LES SACRIFICES
Par deux fois, dans ces quelques lignes, nous avons entendu la même phrase : « Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté » ; elle est extraite du psaume 39/40. Quelques mots, d’abord, sur ce psaume : c’est un psaume d’action de grâces ; il commence par décrire le danger mortel auquel le peuple d’Israël a échappé : « D’un grand espoir j’espérais le SEIGNEUR : il s’est penché vers moi pour entendre mon cri. Il m’a tiré de l’horreur du gouffre, de la vase et de la boue ; il m’a fait reprendre pied sur le roc, il a raffermi mes pas. » Ce dont il est question ici, c’est la sortie d’Egypte ! Et c’est pour cette libération qu’on rend grâce. Le psaume continue : « Dans ma bouche, il a mis un chant nouveau, une louange à notre Dieu. » Et un peu plus loin : « Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, mais tu m’as fait un corps. Tu n’as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ; alors je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté ». Traduisez : la meilleure manière de rendre grâce à Dieu, ce n’est pas de lui offrir des sacrifices, c’est de nous rendre disponibles pour faire sa volonté.
Car, en définitive, ce « me voici », c’est la seule réponse que Dieu attend du coeur de l’homme ; c’est le fameux « me voici » des grands serviteurs de Dieu ; c’est celui d’Abraham, pour commencer, au moment du sacrifice d’Isaac ; entendant la voix de Dieu qui l’appelait, il a répondu simplement « me voici » ; et cette disponibilité du patriarche a toujours été donnée en exemple aux fils d’Israël : l’épisode que nous appelons le « sacrifice d’Isaac » (Gn 22) est considéré comme un modèle alors qu’on sait bien qu’Isaac n’a pas été immolé ; preuve qu’on a compris depuis longtemps que la disponibilité vaut mieux que tous les sacrifices.
Un autre célèbre « me voici », ce fut celui de Moïse au buisson ardent ; et cette disponibilité a suffi à Dieu pour faire de ce berger qui se disait bègue le grand chef de peuple qu’il est devenu.
Quelques siècles plus tard, au temps des Juges, un autre « Me voici » fut celui du petit Samuel, celui qui devait devenir un grand prophète   du peuple d’Israël. Rappelez-vous le récit de sa vocation : il avait été consacré par ses parents au service de Dieu dans le sanctuaire  de Silo auprès du prêtre Eli, et il habitait avec le vieux prêtre, Une nuit, il avait entendu à plusieurs reprises une voix qui l’appelait ; ce ne pouvait être que le prêtre, bien sûr ; et par trois fois, l’enfant s’était levé précipitamment pour répondre au prêtre « tu m’as appelé, me voici ». Et celui-ci, chaque fois, répondait « mais non, je ne t’ai pas appelé ». A la troisième fois, le prêtre avait compris que l’enfant ne rêvait pas et lui avait donné ce conseil : « la prochaine fois que la voix t’appellera, tu répondras : Parle SEIGNEUR, ton serviteur écoute. » (1 S 3, 1-9). Et Samuel est resté dans la mémoire d’Israël comme un modèle de disponibilité à la volonté de Dieu. C’est lui qui, quelques années après cette nuit mémorable, devenu adulte, a osé dire au premier roi d’Israël (Saül) cette phrase superbe : « Le SEIGNEUR aime-t-il les holocaustes et les sacrifices autant que l’obéissance à la parole du Seigneur ? Non ! L’obéissance est préférable au sacrifice, la docilité à la graisse des béliers. » (1 S 15, 22). L’idéal de Samuel c’était tout simplement d’être un humble serviteur de Dieu, ce qu’il fut pendant de nombreuses années.
Et vous savez bien que le titre de « serviteur » de Dieu est le plus beau compliment que l’on puisse faire à un croyant dans la Bible. Au point que, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, dans les pays de langue grecque, on aimait donner à son enfant le prénom de « Christodule » (christodoulos) qui veut dire « serviteur du Christ » ! (Il y a un monastère de saint Christodule à Patmos, par exemple).

PAS D’EXCUSE VALABLE POUR SE DEROBER
Cette insistance sur la disponibilité nous donne une double leçon à la fois très encourageante et terriblement exigeante : si Dieu ne sollicite que notre disponibilité, cela signifie que chacun, chacune de nous, tels que nous sommes, peut être utile pour le Royaume de Dieu ; voilà qui est encourageant et merveilleux. Mais, deuxième conséquence, cela veut dire également que, lorsqu’un engagement de service nous est demandé, nous ne pourrons plus jamais nous abriter derrière nos arguments habituels : notre fatigue, notre ignorance, notre incompétence ou notre indignité !
L’auteur de la Lettre aux Hébreux reprend donc le texte du psaume 39/40 et il sait bien qu’il parle au nom du peuple tout entier ; mais il l’applique à Jésus-Christ, car personne mieux que lui ne peut dire en toute vérité : « Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, mais tu m’as fait un corps. Tu n’as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ; alors je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté, car c’est bien de moi que parle l’Ecriture. » Notons bien que la disponibilité du Christ à la volonté du Père ne commence pas au soir du Jeudi-Saint. Ce n’est donc pas seulement la mort du Christ qui est la matière de son offrande, mais sa vie tout entière, l’amour donné à tous au jour le jour, depuis le début de sa vie : « En entrant dans le monde, le Christ dit… tu m’as fait un corps… me voici. » (v. 5-7 citant encore le psaume 39/40).
Désormais, bien sûr, le Corps du Christ, que nous sommes, n’a rien d’autre à faire que de continuer chaque jour à dire « me voici »… (et à agir en conséquence évidemment).
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Compléments
– « La disponibilité vaut mieux que tous les sacrifices » : cette formule hébraïque ne signifie pas que l’on devrait supprimer les sacrifices ; mais que ceux-ci perdent leur sens s’ils ne sont pas accompagnés par une vie de disponibilité et de service de Dieu et des hommes.
– Dans un contexte de lutte contre les idoles, on parlait aussi du « sacrifice des lèvres » ; c’est-à-dire une prière et une louange adressées au seul Dieu d’Israël. Parce que cela pouvait bien arriver qu’on offre de coûteux sacrifices au temple de Jérusalem tout en continuant à adresser des prières à d’autres dieux ; si cela ne fait pas de bien, cela ne fait pas de mal, comme on dit ; les prophètes étaient très sévères là-dessus, parce que cela fait du mal justement, contrairement à ce qu’on croit ! Offrir à Dieu le « sacrifice des lèvres » c’était lui appartenir sans partage. Et cela valait mieux, on le savait, que tous les sacrifices d’animaux. Il suffit de lire Osée par exemple : « En guise de taureaux, nous t’offrirons en sacrifice les paroles de nos lèvres. » (Os 14,3). Et en écho le psaume 49/50 : « Offre à Dieu la louange comme sacrifice et accomplis tes voeux envers le Très-Haut… Qui offre la louange comme sacrifice me glorifie. » (Ps 49/50,14.23).
– En matière de disponibilité comme unique condition pour le service de Dieu, on en a un bel exemple avec l’histoire de Jacob : ce n’était pas un « enfant de choeur », et le récit biblique ne fait rien pour atténuer sa malhonnêteté parfois ! Mais il avait une qualité majeure, la soif de Dieu. C’est cela qui lui a permis d’entrer dans la grande chaîne des serviteurs du projet de Dieu.

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EVANGILE  selon Saint Luc 1,39-45

39 En ces jours-là,
Marie se mit en route et se rendit avec empressement
vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
40 Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Elisabeth.
41 Or, quand Elisabeth entendit la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Elisabeth fut remplie d’Esprit Saint ,
42 et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
43 D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
44 Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
45 Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

TU ES BENIE ENTRE TOUTES LES FEMMES
Nous sommes encore au tout début de l’évangile de Luc ; il y a eu, d’abord, les deux récits d’Annonciation : à Zacharie pour la naissance de Jean-Baptiste, puis à Marie pour la naissance de Jésus ; et voici ce récit que nous appelons couramment la « Visitation ». Tout ceci a plutôt les apparences d’un récit de famille, mais il ne faut pas s’y tromper : en fait, Luc écrit une œuvre  éminemment théologique ; il faut certainement donner tout son poids à la phrase centrale de ce texte : « Elisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint et s’écria d’une voix forte » ; cela veut dire que c’est l’Esprit-Saint en personne qui parle pour annoncer dès le début de l’Evangile ce qui sera la grande nouvelle de l’évangile de Luc tout entier : celui qui vient d’être conçu est le « Seigneur ».
Et quelles sont ces paroles que l’Esprit inspire à Elisabeth ? « Tu es bénie »… « le fruit de tes entrailles est béni » : ce qui veut dire Dieu agit en toi et par toi et Dieu agit en ton fils et par ton fils. Comme toujours l’Esprit-Saint est celui qui nous permet de découvrir dans nos vies et celle des autres, tous les autres, la trace de l’œuvre  de Dieu.
Luc n’ignore certainement pas non plus que la phrase d’Elisabeth « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni » reprend au moins partiellement une phrase de l’Ancien Testament. C’est dans le livre de Judith (Jdt 13,18-19) : quand Judith revient de l’expédition dans le camp ennemi, où elle a décapité le général Holopherne, elle est accueillie dans son camp par Ozias qui lui dit : « Tu es bénie entre toutes les femmes et béni est le Seigneur Dieu ». Marie est donc comparée à Judith : et le rapprochement entre ces deux phrases suggère deux choses : la reprise de la formule « tu es bénie entre toutes les femmes » laisse entendre que Marie est la femme victorieuse qui assure à l’humanité la victoire définitive sur le mal ; quant à la finale (pour Judith « béni est le Seigneur Dieu » et pour Marie « le fruit de tes entrailles est béni »), elle annonce que le fruit des entrailles de Marie est le Seigneur lui-même. Décidément, ce récit de Luc n’est pas seulement anecdotique !
Au passage, on ne peut pas s’empêcher de comparer la force de parole d’Elisabeth au mutisme de Zacharie ! Parce qu’elle est remplie de l’Esprit-Saint, Elisabeth a la force de parler ; tandis que, vous vous en souvenez, Zacharie ne savait plus parler après le passage de l’ange parce qu’il avait douté des paroles qui lui annonçaient la naissance de Jean-Baptiste.
Quant au futur Jean-Baptiste, lui aussi, il manifeste sa joie : Elisabeth nous dit qu’il « tressaille d’allégresse » dans le sein de sa mère dès qu’il entend la voix de Marie. Il faut dire que lui aussi est rempli de l’Esprit-Saint: rappelez-vous les paroles de l’ange à Zacharie : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta prière a été exaucée. Ta femme Elisabeth t’enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jean. Tu en auras joie et allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance… il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère. »

LA NOUVELLE ARCHE D’ALLIANCE
Je reviens aux paroles d’Elisabeth : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Elle aussi nous renvoie à un épisode de l’Ancien Testament : l’arrivée de l’arche d’Alliance à Jérusalem (2 S 6, 2-11) ; lorsque David se fut installé comme roi à Jérusalem, lorsqu’il eut un palais digne du roi d’Israël, il envisagea de faire monter l’Arche d’Alliance dans cette nouvelle capitale. Mais il était partagé entre la ferveur et la crainte ; il y eut donc une première étape dans l’enthousiasme et la joie : « David réunit toute l’élite d’Israël, trente mille hommes. David se mit en route et partit, lui et tout le peuple qui était avec lui… pour faire monter l’arche de Dieu … On chargea l’arche de Dieu sur un chariot neuf… David et toute la maison d’Israël s’ébattaient devant le SEIGNEUR au son de tous les instruments… des cithares, des harpes, des tambourins, des sistres et des cymbales… ». Mais là se produisit un incident qui rappela à David qu’on ne met pas impunément la main sur Dieu : un homme qui avait mis la main sur l’arche sans y être habilité mourut aussitôt.
Alors, chez David la crainte l’emporta et il dit « comment l’Arche du SEIGNEUR pourrait-elle venir chez moi ? » Du coup le voyage s’arrêta là : David crut plus prudent de renoncer à son projet et remisa l’Arche dans la maison d’un certain Oved-Edom où elle resta trois mois. Mais là, il se produit du nouveau : la rumeur publique disait que la présence de l’arche apportait le bonheur à cette maison. Voilà David rassuré. Du coup, il se décida à faire venir l’arche à Jérusalem. La Bible raconte : « David et toute la maison d’Israël faisaient monter l’arche du SEIGNEUR parmi les ovations et au son du cor. » Au comble de la joie et de l’émotion, David dansait devant l’arche : on nous dit qu’il « tournoyait de toutes ses forces devant le SEIGNEUR… »
On peut penser que Luc a été heureux d’accumuler dans le récit de la Visitation les détails qui rappellent ce récit de la montée de l’Arche à Jérusalem : les deux voyages, celui de l’Arche, celui de Marie se déroulent dans la même région, les collines de Judée ; l’Arche entre dans la maison d’Oved-Edom et elle y apporte le bonheur (2 S 6,12), Marie entre dans la maison de Zacharie et Elisabeth et y apporte le bonheur ; l’Arche reste trois mois dans cette maison d’Oved-Edom, Marie restera trois mois chez Elisabeth ; enfin David dansait devant l’Arche (le texte nous dit qu’il « sautait et tournoyait ») (2 S 6,16), et Luc note que Jean-Baptiste « bondit de joie » devant Marie qui porte l’enfant.
Tout ceci n’est pas fortuit, évidemment. Luc nous donne de contempler en Marie la nouvelle Arche d’Alliance. Or l’Arche d’Alliance était le lieu de la Présence de Dieu. Marie porte donc en elle mystérieusement, cette Présence de Dieu ; désormais Dieu habite notre humanité : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »

 

 

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L’Evangile de la Visitation

SERMON DE SAINT AMBROISE SUR L’ÉVANGILE DE LUC

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« Heureuse, toi qui as cru »

Lorsque l’ange annonce à Marie le mystère de sa maternité virginale, il lui apprend, pour éclairer sa foi par un exemple, qu’une femme âgée et stérile a conçu, ce qui fait comprendre que Dieu peut accomplir tout ce qu’il a décidé.

Dès que Marie l’eut appris, elle partit vers la montagne de Judée. Ce n’était de sa part ni incrédulité en la prophétie, ni incertitude sur cette annonce, ni doute sur l’exemple proposé. Elle partait dans l’allégresse de son désir, pour l’accomplissement d’un service, avec l’empressement de sa joie.

Elle qui était maintenant remplie de Dieu, où pouvait-elle se rendre avec empressement, sinon vers les hauteurs ? La grâce du Saint-Esprit ne connaît pas les hésitations ni les retards. L’arrivée de Marie et la présence du Seigneur manifestent aussitôt leurs bienfaits, car, au moment même où Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle, et elle fut remplie de l’Esprit Saint.

Remarquez les nuances et l’exactitude de chaque mot. Élisabeth fut la première à entendre la parole, mais Jean fut le premier à ressentir la grâce : la mère a entendu selon l’ordre naturel des choses, l’enfant a tressailli en raison du mystère ; elle a constaté l’arrivée de Marie, lui, celle du Seigneur ; la femme, l’arrivée de la femme, l’enfant, celle de l’enfant ; les deux femmes échangent des paroles de grâce, les deux enfants agissent au-dedans d’elles et commencent à réaliser le mystère de la piété en y faisant progresser leurs mères ; enfin, par un double miracle, les deux mères prophétisent sous l’inspiration de leur enfant.

Jean a tressailli, la mère a été comblée. La mère n’a pas été comblée avant son fils, mais, comme le fils était comblé de l’Esprit Saint, il en a aussi comblé sa mère. Jean a exulté, etl’esprit de Marie a exulté, lui aussi. L’exultation de Jean comble Élisabeth ; cependant, pour Marie, on ne nous dit pas que son esprit exulte parce qu’il est comblé, car celui qu’on ne peut comprendre agissait en sa mère d’une manière qu’on ne peut comprendre. Élisabeth est comblée après avoir conçu, Marie, avant d’avoir conçu. Heureuse, lui dit Élisabeth, toi qui as cru.

Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.

Que l’âme de Marie soit en chacun de vous, pour qu’elle exalte le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun de vous, pour qu’il exulte en Dieu. S’il n’y a, selon la chair, qu’une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. Car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, pourvu qu’elle soit irréprochable et préservée des vices en gardant la chasteté dans une pureté intégrale.

Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur, comme l’âme de Marie a exalté le Seigneur, et comme son esprit a exulté en Dieu son Sauveur.

En effet, le Seigneur est exalté, comme vous l’avez lu ailleurs : Exaltez le Seigneur avec moi. Certes, la parole humaine ne peut faire grandir le Seigneur, mais c’est en nous qu’il est exalté ; en effet, le Christ est l’image de Dieu. Par conséquent, si l’âme agit de façon juste et religieuse, elle exalte cette image de Dieu, à la ressemblance de qui elle a été créée ; et par conséquent, en exaltant cette image, elle s’élève par une certaine participation à sa sublimité.