EGLISE CATHOLIQUE, VIETNAM

Le catholicisme au Vietnam

 

Catholicisme au Viêt Nam

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Le catholicisme est présent au Viêt Nam depuis le xviie siècle. Selon le Catholic Hierarchy Catalog, 5 658 000 de catholiques vivent au Viêt Nam, soit 6,87 % de la population. L’Eglise catholique  est une union d’églises locales, ou diocèses, en étroite communion avec « l’Église universelle » et le pape. Le catholicisme au Viêt Nam est donc représenté par l’ensemble des vingt-six diocèses, répartis en trois provinces ecclésiastiques. Il existe en outre, comme dans la plupart des pays où l’Église catholique est présente, une instance de concertation entre les évêques des différents diocèses vietnamiens : la conférence des évêques   catholiques du Viêt Nam.

 

Histoire

 Les débuts

Des missionnaires jésuites, français ou portugais, parcourent la région au xviie siècle, dont le jésuite français, Alexandre de Rhodes. Celui-ci ouvre une église à Hanoï en 1627. En 1645, les chrétiens en Cochinchine et au Tonkin sont déjà au nombre de 190 000, nombre restant stable, jusqu’à la fin du xviiie siècle. C’est en 1644 qu’est exécuté le premier martyr du Viêt Nam (en Cochinchine), André de Phû-Yên. En 1824, l’empereur Minh Mang,   surnommé le « Néron annamite » et successeur de son demi-frère qui fut baptisé, inaugure une période de persécution atteignant son paroxysme en 1835 avec le martyre du Père Marchand.

L’Église catholique au Viêt Nam a été implantée d’un point de vue institutionnel, à l’époque de l’Empire d’Annam, , par des prêtres de la Société des Missions étrangères de Paris, depuis Mgr Pallu, au Tonkin, au xviiie siècle. La Société a poursuivi son œuvre avant et pendant la période de colonisation en Cochinchine, dans le Tonkin, et en Annam, devenant l’Indochine française, jusqu’au milieu du xxe siècle. Les principales cathédrales du pays ont été construites par les Français. D’autres congrégations, comme les dominicains espagnols, évangélisent également le pays. Le sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Vang, devient symbole de la résistance religieuse, pendant les différentes vagues de persécution du xixe siècle (sous l’empereur Tu Duc notamment) et celles du xxe siècle (sous le régime vietminh).

  

Avant les Français au xixe siècle

Tandis que les missions commerciales européennes se multiplient en Extrême-Orient, l’empereur Minh Mang se refuse à ouvrir son pays au commerce et interdit le christianisme diffusé en marge depuis deux siècles. En 1825, l’empereur déclare que « la religion perverse des Européens corrompt le cœur des hommes. » La persécution est déclenchée après la mort du maréchal Lê Van Duyêt, gouverneur du Gia Dinh, et protecteur des chrétiens. L’édit impérial date du 6 janvier 1833. Les premiers à être condamnés sont un prêtre tonkinois, Pierre Tuy, et un missionnaire français, Isidore Gagelin. Joseph Marchand est condamné au supplice des cent plaies en 1835. De 1833 à 1838, nombre de missionnaires dominicains  espagnols et français des Missions étrangères de Paris sont exécutés par torture. Thiêu-Tri libère en 1845 certains missionnaires (comme Mgr Lefèbvre) sous la menace d’une flotille française, mais la persécution recommence en 1847. Des populations entières de villageois fuient d’une région à l’autre.

L’empereur Tu Duc en particulier refuse toute ouverture de l’Empire d’Annam pourtant conseillée par certains de ses mandarins à l’instar des Chinois qui avaient ouvert cinq ports de commerce à la suite de la guerre de l’Opium. Enfermé dans son palais de la Cité Interdite de Hué, il signe une suite de décrets qui condamne à mort tous les chrétiens. En 1856, le navire français Le Catinat bombarde Tourane, puis c’est l’échec de la mission française de Charles de Montigny à la cour de Hué. Prenant prétexte de l’ampleur des persécutions (en fait ses raisons de défense des droits de l’Homme – comme on dirait aujourd’hui – masquent des intérêts commerciaux des puissances européennes), Napoléon III fait envoyer un corps expéditionnaire de trois mille hommes, ce qui aboutit à la prise de Tourane (aujourd’hui Da-Nang) par Rigault de Genouilly le 1er septembre 1858, puis au protectorat français. La liberté de culte des chrétiens est en principe garantie désormais.

  

Sous la période française

Tandis que la Cochinchine voit se développer les missions des Missions étrangères de Paris qui ouvrent le chemin à des congrégations enseignantes et hospitalières: Sœurs-de-Saint—Paul-de-Chartres, Filles de la Charité, Frères des écoles chrétiennes, , etc. La seconde expédition du Tonkin de 1882-1884, lancée par Jules Ferry, entraîne une vague de persécution en 1885 dans le nord qui frappe des dizaines de milliers de chrétiens. Cependant à partir de 1880, les lois laïques s’appliquent à la colonie et la métropole n’envoie plus de subventions, ni pour les écoles, ni pour les hôpitaux. C’est aux congrégations d’assurer entièrement par elles-mêmes leur subsistance. La Cochinchine, l’Annam et le Tonkin (auxquels s’ajoutent le futur Laos et le Cambodge) forment les trois provinces du protectorat à l’intérieur de l’Indochine française les plus actives du point de vue des missions et de leurs œuvres sociales. Elles sont divisées en plusieurs vicariats apostoliques, avec un évêque à Saïgon (cathédrale Notre-Dame-de-Saïgon), à Hué (cathédrale Saint-Joseph-de-Hanoï),, à Bac*Ninh, à Quy-Nhon, etc. et plusieurs préfectures apostoliques. .

En 1885, le nombre des chrétiens se chiffre à 540 000 pour 300 prêtres vietnamiens et 176 missionnaires français (en majorité des Missions étrangères de Paris) ou espagnols. Plusieurs congrégations enseignantes ou contemplatives viennent y fonder de nouvelles maisons (trappistes, bénédictins, carmélites, franciscains et franciscaines, etc.) Des congrégations autochtones se développent (Amantes de la Croix).

En 1924, les vicariats et les préfectures apostoliques prennent le nom de leur siège: ainsi par exemple le vicariat apostolique de Cochinchine occidentale devient vicariat apostolique de Saïgon, ou celui du Tonkin méridional, devient celui de Bac-Ninh.

En 1929, un père missionnaire français, Jean Cassaigne4, entreprend de soigner les lépreux et d’installer un village de lépreux, à Djiring (actuellement Di Linh), qui devient à la fois une léproserie et un centre rayonnant d’évangélisation des « montagnards » et de scolarisation des enfants. Il a dû pour cela apprendre leur langue – le Koho- et créer des outils (dictionnaire, livre de catéchisme, entre autres) qui ont contribué à l’essor du catholicisme dans cette région.

Il y a en 1945 une majorité de prêtres vietnamiens, 1 400, pour 330 prêtres missionnaires missionnaires européens, pour une population d’1 800 000 catholiques sur près de vingt millions d’habitants dont 40 000 Français coloniaux. Cinq mille religieuses sont vietnamiennes et près de 400 européennes.

  

Après 1945

Le premier évêque vietnamien a été Jean-Baptite-Ngguên- Ba-Tong, , consacré en 1933. Pie XI souhaite une indigénisation massive de la hiérarchie, mais elle n’a surtout lieu qu’après l’indépendance. Les Japonais suppriment le protectorat français en mars 1945. Hô-Chi-Minh s’empare du nord du pays quelques mois plus tard, descendant de plus en plus vers le sud. En 1946, les Français envoient des troupes. C’est la guerre d’Indochine qui a lieu jusqu’en 1954 avec la chute de Dien-Bien-Phu.

Le nord du pays entre dans une période de persécution qui dure une trentaine d’années.

Après les accords de Genève du 21 juillet 1954, 800 000 Vietnamiens du Nord fuient vers le Sud-Viêt-Nam dont 600 000 catholiques. Il ne reste plus que 400 000 catholiques au Nord. Tous les prêtres du Nord sont incarcérés ou interdits de ministère (soit 375 prêtres), sauf trois prêtres. Les missionnaires étrangers sont expulsés ou se réfugient au Sud. Le 30 novembre 1955, le dernier évêque français de Saïgon, Jean Cassaigne participe à la consécration du premier évêque vietnamien de Saïgon, Mgr Simon-Hoa Nguyen-Van-Hien.

Les vicariats apostoliques sont supprimés en novembre 1960 et érigés en diocèse par Jean XXIII. . La guerre du Vietnam   avec les Américains commence avec une intensité de plus en plus importante pour se terminer avec la chute Saïgon en 1975. C’est l’époque des boat-people : un grand nombre d’entre eux fuit aux Etats-Unis, au Canada, en Australie  ou dans certains pays d’Europe, parmi eux, de nombreux catholiques.

Après l’invasion du Sud-Viêt-Nam par le Vietminh, tous les séminaires sont fermés en 1975. Un premier séminaire ouvre en 1986, contrôlé par le gouvernement, ne permettant l’entrée de nouveaux séminaristes qu’une fois tous les six ans sur autorisation des autorités locales.

 

Situation actuelle

Statistiques

 

Le 16 septembre 2007, pour le cinquième anniversaire de la mort du cardinal Nguyễn Văn Thuận, l’Église catholique a commencé sa procédure de béatification. Les catholiques au Viêt Nam en ont reçu positivement la nouvelle.

En décembre 2007, des milliers des catholiques sont allés en cortège à l’ancienne nonciature apostolique à Hanoï, confisquée par le gouvernement communiste en 1959, et y ont prié deux fois pour une restitution à l’Église. Le gouvernement du Viêt Nam en a fait une bibliothèque publique et aménagé un petit parc en février 2008.

En 2009, la CIA estimait que 6,6% de la population vietnamienne était catholique.

En 2011, l’Église du Viêt Nam compte 1 500 séminaristes dans sept grands séminaires et 80 000 jeunes laïcs engagés dans la catéchèse.

 

 Répression et engagement politique

Mgr François-Xavier-Nguyên-Van-Thuân,, emprisonné de 1975 à 1988, a été nommé cardinal en 2001.

Le Vietnam est un pays communiste, et le catholicisme est vu comme une idéologie occidentale. Comme une grande partie des minorités ethnique est chrétienne, c’est une source de soupçon supplémentaire pour la police.

Thaddée-Nguyên-Van-Ly est un prisonnier de conscience, selon Amnesty Internatioal.

Le journal italien La Stampa constatait qu’en 2015 les relations entre le Vatican et le Viêt Nam s’étaient améliorées.

  

Organisation

Les catholiques sont répartis en 26 diocèses, dont 3 sont des archidiocèses. Les Archidiocèses sont :

Archidiocèse d’Hanoï

Archidiocèse de Hué

Archidiocèse d’Hô-Chi-Minh*Ville (anciennement Saigon)

Il y a en outre 23 autres diocèses.

 

Bibliogaphie

Elisabeth-Dufourcq. Les aventurières de Dieu, Paris, Perrin, 2de édition 2009, p. 289[

Alain Ruscio, Viet Nam: l’histoire, la terre, les hommes, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 101

 Louis et Madeleine Raillon, Jean Cassaigne, la lèpre et Dieu, éditions Saint Paul, 2015.

Pierre Brocheux. Histoire du Vietnam contemporain, Fayard, 2011

Alain Ruscio. Viet Nam: l’histoire, la terre, les hommes, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 103

Léon-Xavier Girod (missionnaire catholique français, mort en 1924), Dix Ans de Haut-Tonkin, édité chez Mame, & fils en 1899

 

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EGLISE CATHOLIQUE, VIETNAM

L’Eglise catholique du Vietnam au XXè siecle

L’EGLISE CATHOLIQUE AU VIETNAM AU XXè SIECLE

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L’Eglise du Vietnam aujourd’hui : l’analyse au scalpel de deux évêques vietnamiens

 

22/12/2016

Le présent exposé de la situation actuelle de l’Eglise catholique au Vietnam nous a été remis, lors de son voyage en Europe, par l’un de ses deux cosignataires, Mgr Michel Hoang Duc Oanh, 78 ans, évêque de 2003 à 2015 de Kontum, diocèse des Hauts Plateaux du Centre-Vietnam. Le second signataire est …… Mgr Dominic Mai Thanh Luong, 76 ans, évêque auxiliaire émérite du diocèse d’Orange (Orange County, Californie), aux Etats-Unis. Le texte est suivi d’un certain nombre de signatures de soutien, parmi lesquelles celle du P. Jean Trân Công Nghi, directeur de l’importante agence de presse Vietcatholic. News, dont le siège est en Californie, et celle du P. Etienne Bui Thuong Luu, directeur du magazine catholique Dân Chua (‘Peuple de Dieu’), destiné à la diaspora vietnamienne en Europe.

 

Au premier abord, ce texte se présente comme un portrait, on pourrait presque dire une photographie instantanée de la communauté catholique au Vietnam d’aujourd’hui. Le portrait est illustré par les références aux événements survenus au cours de ces dernières années. Cependant, le présent de l’Eglise catholique décrit dans cet exposé est sans cesse confronté aux quatre siècles de l’histoire connue de l’Eglise au Vietnam (1615-2016).

Si, pour les deux auteurs, le caractère « héroïque » de cette histoire du catholicisme au Vietnam ne fait pas de doute, les problèmes auxquels l’Eglise du Vietnam est affrontée n’en sont pas moins réels. Ils tiennent pour une part, selon eux, à la situation des catholiques vivant à l’intérieur d’un pays où un parti communiste détient le pouvoir, mais aussi à un certain type de rapport entretenu tout au long de l’histoire avec le Saint-Siège, puis, enfin, encore et surtout, à la présence de la menace millénaire d’un pays voisin agressif.

La traduction française présentée ici est de la rédaction d’Eglises d’Asie.
L’Eglise catholique au Vietnam

par Mgr Michel Hoang Duc Oanh et Mgr Dominic Mai Thanh Luong

L’Eglise catholique au Vietnam a été véritablement héroïque et glorieuse, mais il semble qu’aujourd’hui, on assiste à un certain déclin de cette Eglise au sein d’un pays lui-même en danger, bouleversé de l’intérieur par un ennemi venant de l’étranger.

 

 

Une Eglise héroïque

 

Une Eglise exceptionnellement héroïque et glorieuse ! Après seulement 401 années d’histoire, la foi a été propagée à de très nombreuses personnes qui ont cru et ont adhéré au christianisme.

L’Eglise s’est montrée héroïque à cause de l’Evangile, de sa vérité et de l’amour du Seigneur Jésus. Elle a contribué à accomplir au sein de notre peuple de très nombreuses œuvres dans des domaines comme la culture, la politique, la société, les sciences, l’éducation, la santé ! Pour parler concrètement, aujourd’hui même, les détenteurs du pouvoir communistes du Vietnam sont obligés de passer par les documents historiques rédigés par les missionnaires et les cartes géographiques dessinées par eux afin de faire la preuve de la souveraineté du Vietnam sur les archipels de la mer de Chine méridionale et de connaître son territoire. Mais plus particulièrement, les missionnaires se sont servis de l’alphabet latin pour créer l’écriture nationale (quôc ngu) avec seulement 27 lettres alors que l’écriture « Nôm » inspirée des caractères chinois en comportait 224. Il s’agit là d’une œuvre extrêmement précieuse pour notre peuple puisqu’elle lui a permis d’échapper à une étroite dépendance à l’égard de la Chine que toute l’Histoire nous rappelle. Cette belle œuvre a aidé le Vietnam à se développer et à se dépasser. Elle a aussi permis à l’évangélisation d’être plus efficace.

 

Malgré cela, deux fautes ont été reprochées aux catholiques : ils auraient manqué de « piété filiale » à l’égard des ancêtres et de loyauté à l’égard de la patrie. Ils portaient atteinte à la piété filiale en adhérant à une religion qui ne vénère pas les ancêtres. Ils n’auraient pas été loyaux vis-à-vis de leur patrie parce qu’ils ont suivi les envahisseurs français ! En réalité, il n’y a eu qu’un petit nombre de missionnaires étrangers qui, en partie à cause d’un patriotisme étroit, en partie parce qu’ils étaient en butte à la persécution, se sont attachés aux troupes des envahisseurs pour échapper à la mort.

A cause de ces deux fautes qu’on leur attribuait injustement, les Vietnamiens adhérant au catholicisme ont été considérés comme des citoyens de seconde ou de troisième classe. On les a traités de réactionnaires, de traîtres à la patrie. On les a dépouillés de leurs droits civiques. Ils ont été dispersés, persécutés pendant des centaines d’années jusqu’à présent ! Malgré cela, les catholiques continuent avec persévérance de vivre en accord avec leurs convictions : « en harmonisant leur vie profane et leur vie religieuse » parce qu’ils sont convaincus qu’« un chrétien authentique fait preuve de la piété filiale la plus intense et qui aime avec le plus d’authenticité ses compatriotes et sa patrie ! ». En termes simples : « L’amour de Dieu et l’amour des autres sont une seule et même chose ! »

 

Mais alors pourquoi donc une Eglise vivant dans l’harmonie et l’unité, bénéficiant d’effectifs missionnaires éprouvés, est-elle en train de décliner dans un pays pour lequel le Seigneur a choisi le « fouet » du communisme, au pouvoir dans le pays depuis soixante-dix ans ? Des événements comme l’exode de 1954 et le mouvement des boat people de 1975 ne seraient-ils pas une façon pour le Seigneur de proclamer à l’Eglise du Vietnam : « Il faut te mettre en marche ! » ?

 

 

Une Eglise sur une pente déclinante…

 

Selon les données statistiques de 2015, l’Eglise du Vietnam, qui fut autrefois appelée « la fille aînée de l’Eglise en Asie », avec une moyenne de 8 % de catholiques pour la décennie 1950, n’est plus aujourd’hui qu’au cinquième rang derrière les Philippines, la Corée du Sud, le Timor-Oriental et le Liban. Les catholiques ne représentent plus aujourd’hui que 6,50 % de la population. L’Eglise catholique du Vietnam bénéficie d’une organisation structurée, de l’intégralité des commissions épiscopales, y compris les commissions missionnaires mises en place depuis le sommet de l’Eglise jusqu’à la moindre des paroisses. Malgré cela, les résultats se font attendre… Pourquoi donc ? Serait-ce parce que l’organisation n’est pas assez serrée, parce que l’activité des commissions n’est pas encore effective ?

 

Nos associations, pour l’essentiel, mènent leurs activités dans le cadre de l’Eglise. Les apparences sont imposantes : on célèbre les cérémonies religieuses ; on construit des églises, des maisons pour les activités catéchétiques. Mais la pratique religieuse pèse moins lourd si l’on considère le domaine de la prière ou encore de la mission. La jeunesse, les pauvres, les non-chrétiens, les communications sociales, les livres et journaux, autant de domaines dont on se préoccupe très peu.

 

En ce qui concerne le personnel d’Eglise, plus particulièrement les religieux et le clergé diocésain, ils sont formés dans des établissements comme les séminaires, les instituts de formation « où il y a beaucoup d’enseignants et peu de formateurs ». La formation des clercs se fait en fonction des besoins des paroisses et non pas dans la perspective de leur envoi en mission ! Nos prêtres et les religieux sont formés en référence à la culture européenne ou américaine, beaucoup plus qu’en fonction de la culture de l’Asie orientale. Les étudiants manquent de connaissances sur leur propre langue, sur la culture, l’histoire du Vietnam, de telle sorte qu’il y a un écart dans le langage et le comportement entre les pasteurs et la population, qu’elle soit non chrétienne ou chrétienne. A cause de leur cléricalisme et de leurs goûts occidentaux, beaucoup de pasteurs ne font pas confiance aux laïcs. Par ailleurs, la richesse apparente affichée par certains clercs et religieux constitue un véritable obstacle à la propagation de l’Evangile.

 

L’attitude des masses catholiques à l’égard de leur pays a joué un rôle décisif dans le développement de l’Eglise. A l’époque de la domination française, puis durant la période de dite du nationalisme (époque de la République du Sud-Vietnam, 1954-1975), il y a eu des éléments relativement positifs, souvent trop positifs. Dans la période communiste que nous vivons, notre pays est menacé par la Chine, qui s’empare de nos archipels et bouleverse tous nos domaines d’activité. A l’intérieur, une très grande pauvreté rend la population insatisfaite. Elle se soulève, elle manifeste, elle fait entendre ses plaintes un peu partout. L’ensemble des catholiques et plus particulièrement la Conférence des évêques du Vietnam gardent un silence redoutable, une attitude qui pourrait bien être une barrière empêchant de nombreux non-chrétiens de rejoindre l’Eglise…, mais qui pourrait aussi écarter d’elle de nombreux catholiques.

 

Dangers pour la liberté de l’Eglise

 

Si l’on se tourne du côté du Saint-Siège, on s’aperçoit qu’il y a aussi de nombreuses situations compliquées. Est-il vrai que le Saint-Siège classe les catholiques vietnamiens à un niveau peu élevé ? Cela tient-il à l’influence du colonialisme français ou au communisme ? Concrètement, les nominations des premiers évêques vietnamiens aux postes importants ont été très tardives alors qu’au Vietnam, il y avait de nombreux croyants cultivés et généreux. Il a fallu attendre 318 années, de 1615, date de l’arrivée des premiers jésuites, jusqu’à 1933, pour qu’un Vietnamien soit ordonné évêque. Il a fallu 335 ans pour que la capitale, Hanoi, obtienne son premier évêque vietnamien ; c’était en 1950. Ensuite, Saigon, alors capitale de la République du Sud-Vietnam, dut attendre cinq ans de plus pour être dirigée par un évêque vietnamien (1955). Pour bénéficier du premier cardinal, le Vietnam dut patienter jusqu’à 1976, après que les communistes se soient emparés du Sud, en 1975. La reconnaissance de l’âge adulte de l’Eglise du Vietnam n’a eu lieu qu’en 1960, date de la proclamation de la hiérarchie. Malgré cette reconnaissance, elle est restée sous le patronage de la Congrégation de la propagation de la foi…, cela après 345 années de prédication de l’Evangile (1615-1960).

 

Au contraire, en 1975, les nominations du Saint-Siège furent, semble-t-il, trop hâtives et les changements de postes embrouillés et difficiles à comprendre. (…). On peut citer le cas de Mgr Paul Nguyên Van Hoa, qui avait été nommé évêque du diocèse de Phan Thiêt. Mais, arrivé sur place, il constate que Mgr Nicolas Huynh Van Nghi est déjà sur les lieux pour occuper ce poste. Un peu plus tard, Mgr Nghi a été appelé à l’archevêché de Saigon, où il est l’objet d’un refus.

En 1972, pourquoi le pape Paul VI a-t-il refusé de recevoir le président de la Républiques du Sud-Vietnam, Nguyên Van Thiâu, alors qu’il recevait Xuân Thuy, envoyé spécial de la République démocratique du Nord-Vietnam ?

 

En 2008, le 30 janvier, pourquoi donc le cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone a lui-même signé la lettre N° 915/08/RS/FAX, intervenant directement dans l’affaire de la Délégation apostolique de Hanoialors que la Conférence épiscopale du Vietnam pouvait très bien résoudre le problème elle-même ? Mais ce qui est le peut-être le plus regrettable, c’est le grand nombre de concessions auxquelles a dû se résoudre l’Eglise après 1975, face au régime communiste, en particulier en ce qui concerne le choix des candidats à l’épiscopat ! Ce choix est à l’origine de multiples ennuis. Il a causé et causera dans le futur de grands dommages pour l’indépendance, la liberté et le prestige de l’Eglise. Il semble que l’on soit en train d’appliquer cette politique de concessions en Chine continentale. Souhaitons qu’elle ne se réalise pas !

 

L’expérience ressentie au plus profond d’eux-mêmes par de nombreux membres du parti communiste de haut niveau, dans le monde comme au Vietnam, ou par les personnes qui se sont laissées fasciner par la doctrine communiste et qui se sont réveillées, devrait être soigneusement méditée par les diplomates du Saint-Siège lorsqu’ils travaillent avec les dirigeants communistes vietnamiens, particulièrement dans les négociations en vue de l’établissement de relations diplomatiques entre le Vietnam et le Saint-Siège. Comme l’a dit le président actuel de la Russie, Vladimir Poutine : « Celui qui croit à ce que disent les communistes n’a pas de tête ! Celui qui fait ce qu’ils ordonnent n’a pas de cœur ! ». Quant à Mikhaïl Gorbatchev, ancien secrétaire général du Parti communiste soviétique, il a déclaré : « J’ai consacré la moitié de ma vie à l’idéal communiste. Aujourd’hui, je dois dire avec tristesse que le parti communiste ne connaît que la propagande et le mensonge ! » Espérons qu’il n’arrivera rien à Mgr Paul Nguyên Thai Hop, du diocèse de Vinh, rien de semblable à ce qui s’est passé pour Mgr Ngô Quang Kiêt il y a quelques années. Espérons aussi que le Saint-Siège ne recherchera pas à établir des relations diplomatiques à n’importe quel prix !

La Conférence des évêques du Vietnam a besoin de courage pour assumer la responsabilité de l’orientation du navire qu’est l’Eglise du Vietnam d’une façon plus positive, plus énergique et fournir en temps opportun des spécialistes capables et fidèles auprès du Saint-Siège.

 

Nous avons énuméré ci-dessus une série de considérations sur la situation de l’Eglise dans un pays où la population vit pauvrement sous un régime communiste dictatorial, menacée par les multiples formes de l’expansionnisme de la Chine. Mais ces considérations émanent d’un cœur qui aime l’Eglise ainsi que la patrie, le Vietnam, (…) l’Eglise au Vietnam.

Prenons la route de la mission dans l’esprit et à la manière d’Esther et du peuple juif autrefois. C’est un chemin qui permettra à l’Eglise au Vietnam de dépasser toutes les vicissitudes et les épreuves pour proclamer dans l’enthousiasme la bonne nouvelle de la vérité et de l’amour et de contribuer à l’édification d’un pays développé et prospère.

 

 

A Orange County, le 25 novembre 2016.

Mgr Dominic Mai Thanh Luong, évêque auxiliaire émérite de Orange County.
Mgr Michel Hoang Duc Oanh, évêque émérite de Kontum

(eda/jm)

 

 

http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2016-12-22-l2019eglise-du-vietnam-aujourd2019hui-l2019analyse-au-scalpel-de-deux-eveques-vietnamiens

 

 

Histoire de l’Eglise au Vietnam

Quelques repères historiques

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– 1533 :  L’histoire du pays remarque pour la première fois la présence d’un missionnaire dans le pays

– 1580 : Quelques franciscains des Philippines se rendent en Cochinchine.

– 1615 :  Début officiel de la mission en Cochinchine avec l’arrivée des jésuites François Buzoni et Diego Carvalho

– 1627 : Alexandre de Rhodes, s.j. se rend au Tonkin (Vietnam du Nord)

– 1630: Interdiction du christianisme. Expulsion du P. de Rhodes

– 1640 : édit contre le christianisme

– 1650 : Le P. de Rhodes suggère à la Congrégation de la Propaganda d’envoyer des Évêques pour créer un clergé vietnamien

– 1658: La nommination de deux vicaires apostoliques Mgr François Pallu et Mgr Lambert de la Motte.

– 1663 : Début de la persécution

– 1668 : Deux premiers prêtres au Tonkin et en Cochinchine

– 1670 : Premier synode du Tonkin tenu à Pho Hien (Hung Yen d’aujourd’hui)

– 1672 : Premier synode de Cochinchine

– 1676 : Les dominicains des Philippines entament un travail missionnaire dans l’est du Tonkin

– 1679 : Division du Vicariat Apostolique du Tonkin en deux Vicariats Apostoliques : l’un confié aux Pères des Missions Étrangères de Paris, l’autre confié aux dominicains des Philippines.

– 1698 : Persécutions

– 1712-1720: Persécutions. Déportation du Vicaire Apostolique de Cochinchine, Mgr Bourges

– 1745 : Le P. Gil de Fedesich, O.P. premier martyr dominicain

– 1759 : Dans l’ouest du Tonkin, on compte 120.000 catholiques et 25 prêtres autochtones

– 1773 : Persécutions

– 1787 : Traité entre la France et l’Annam (Vietnam du Sud). Mgr Pigneaux de Béthanie, Vicaire Apostolique de Cochinchine, joue un rôle important dans la conclusion de ce traité.

– 1798 : Martyr des saints E. Trieu et J. Dat, prêtres vietnamiens

– 1802: Union du Tonkin et de la Cochinchine dans l’Empire d’Annam (liberté relative) par Nguyen Anh.

– 1821-1841: En Annam règne l’Empereur Minh Mang (le « Néron d’Indochine »). Début des persécutions

– 1861 : Martyre de saint Théophane Vénard, M.E.P.

– 1874 : Traité entre l’Annam et la France qui reconnaît la souveraineté de l’empereur d’Annam. Pleine liberté pour les missionnaires et les chrétiens

– 1884: Au Tonkin, révolte des princes autochtones. Persécution des chrétiens

– 1887 : Réunion du Tonkin, Annam,  Cochinchine, Cambodge et Laos pour former l’Indochine française

– 1909 : Béatification des martyrs annamites

– 1925 : Erection de la Délégation Apostolique pour l’Indochine française. Son siège est établi à Hué, puis transféré à Hanoi en 1951

– 1933: Premier Concile plénier à Hanoi

– 1946: Accord entre Hô-Chi-Minh et la France : reconnaissance de la République du Vietnam (Tonkin) comme État libre au sein de la Fédération Indochinoise.

– 1947: Massacre de 29 catholiques par les partisans du Viet-Minh à Annam

– 1951: A Hanoi, première Conférence Épiscopale Vietnamienne

– 1954: Division du Vietnam

– 1960 : Institution de la Sainte Hiérarchie

– 1975 :  Réunification du pays, et le chute de Saigon. Le pays est unifié sous le régime communiste, fermeture des Séminaires, des écoles. Le Coadjuteur de Saigon est mis en prison. Expulsion du Délégué Apostolique. Ingérences des Autorités civiles dans les nominations d’Évêques et dans les ordinations sacerdotales. Les contacts entre le Saint-Siège et les Évêques deviennent chaque jour plus difficiles

– 1979 : Elévation au cardinalat de Mgr Joseph-Marie Trinh Van Can, Archevêque de Hanoi

– 1980: La première conférence des Evêques du Vietnam après guerre, réaffirmation de la volonté de l’Eglise aux services des vietnamiens au sein du peuple.

– 1988 : Canonisation de 117 martyrs, dont 11 missionnaires espagnols et 10 français

– 1989 : Visite pastorale du Cardinal Roger Etchegaray, délégué du pape.

– 1990: Début du dialogue entre le Saint-Siège et le gouvernement vietnamien pour traiter en particulier de la nomination des Évêques

– 1994: au Consistoire du 26 novembre, Mgr Paul Joseph Pham Dinh Tung, Archevêque de Hanoi, est créé Cardinal par Jean Paul II

– 2001 : Au Consistoire du 21 février, S. Exc. François-Xavier Nguyên Van Thuân, Président du Conseil Pontifical de la Justice et de la Paix est créé Cardinal

– 2003 : Au Consistoire du 21 octobre S. Exc. Jean-Baptiste Pham Minh Mân, Archevêque de Thàn-Phô Hô Chi Minh est créé Cardinal

– 2009 – 2010 : l’Année jubilaire de en mémoire de 350 ans de l’arrivée des deux premiers vicaires apostoliques et de 50 ans de l’institution de la hiérarchie Vietnamienne.

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EGLISE CATHOLIQUE, EVANGELISATION, VIETNAM

L’évangélisation du Vietnam

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L’EVANGELISATION DU VIETNAM

 

La Société des Missions Étrangères a joué un rôle très important dans l’évangélisation du Vietnam, depuis l’arrivée des vicaires apostoliques, jusqu’aux événements de 1975 et à la création de la République Socialiste du Vietnam. Elle contribue encore actuellement à participer à la formation des prêtres étudiants à Paris ou en France dans les universités catholiques françaises.

 

Première évangélisation

Au XVIIe et au XVIIIe siècles, l’ancien Vietnam, appelé Dai Viêt, ou Annam par les Chinois, était divisé en deux seigneuries rivales, sous l’autorité nominale des rois Lê : celle des Trinh au Nord, celle des Nguyên au Sud. Elles étaient séparées par le mur de Dông Hoi. Depuis les voyages des grandes découvertes et la formation des premiers empires coloniaux ou comptoirs de l’Espagne et du Portugal, le pape Alexandre VI avait concédé au Portugal le droit de patronage (padroado) sur les Missions en Afrique et en Asie, et à l’Espagne (patronato) sur celles d’Amérique, par le traité de Tordesillas (1494). Les premiers missionnaires, dépendant du « Padroado » portugais, dominicains, franciscains, augustins, arrivèrent sur les côtes du Vietnam venant de Malacca, Macao, ou Manille pour les dominicains espagnols.

À la suite des édits d’interdiction des missions chrétiennes au Japon par le Tokugawa Ieyasu (en 1600 et 1614), les missionnaires subirent le martyre ou furent expulsés. Dès 1615, des jésuites, destinés au Japon, débarquent au Vietnam, soit chez les seigneurs (chua) Nguyên ou Trinh.

L’un des plus célèbres fut le Père Alexandre de Rhodes qui fit deux séjours au Vietnam, au Centre à Fai Fo (Hôi An) et au nord. Avec d’autres jésuites, il contribua à l’utilisation des caractères latins avec les signes diacritiques pour les six tons de la langue vietnamienne (Quôc Ngu). La transcription du vietnamien en utilisant l’alphabet occidental deviendra officielle au XXème siècle, remplaçant les caractères chinois (Han) et sino-vietnamiens (Nôm).

La mission du P. de Rhodes connut un grand succès, mais suscita de fortes oppositions et des persécutions. Son principal catéchiste, André, fut condamné à mort en 1644. Ce fut le premier des martyrs vietnamiens.
Le P. de Rhodes, fut arrêté, menacé de la peine de mort, puis gracié et banni du Vietnam, le 3 juillet 1645. De retour à Rome, en 1651, il publia son “dictionnaire vietnamien-portugais-latin” et son “catéchisme pour ceux qui veulent recevoir le baptême, divisé en huit journées”(texte rédigé en latin et en vietnamien (Quôc Ngu).

Le P. de Rhodes, qui estime le nombre de chrétiens vietnamiens à 100 000, attire l’attention de la Congrégation de la Propagande sur la nécessité d’envoyer au Vietnam des évêques dépendant directement de la Propagande pour former un clergé autochtone, en l’absence des missionnaires expulsés. Ce projet se heurta à l’opposition du Portugal.

De retour en France, il plaida la cause de l’Église du Vietnam, à Paris, au collège de Clermont. Il donna des conférences à une Association d’amis (A.a.), dirigée par le Père Bagot, jésuite. Certains membres de l’A.a. se portèrent volontaires pour être envoyés au Vietnam et être appelés à l’épiscopat ; parmi eux le P. François Pallu (1626-1684), futur vicaire apostolique au Tonkin et en Chine, principal fondateur des Missions Étrangères, François de Montmorency Laval et Pierre Picques. Mais ce premier projet d’envoi d’évêques échoua.

Après le départ du P. de Rhodes, l’envoi d’évêques dépendant de la Propagande fut soutenu par l’Église de France, des membres influents de la Compagnie du Saint-Sacrement, ainsi que par Saint Vincent de Paul et Saint Jean Eudes.

En 1657, le P. François Pallu se rendit à Rome avec un groupe d’amis, pour entreprendre des démarches auprès de la Propagande. Il y fut rejoint par le P. Pierre Lambert de la Motte (1624-1679), conseiller à la cour des Aides du Parlement de Rouen, devenu prêtre et directeur de l’Hospice général. Habile négociateur, il joua un rôle de premier plan dans la décision de la Propagande du 13 mai 1658, d’élever à l’épiscopat, les Pères François Pallu, Pierre Lambert de la Motte et Ignace Cotolendi (1630-1662). Ils furent sacrés évêques et nommés vicaires apostoliques pour le Tonkin, l’Annam et de nombreuses missions en Chine.

« L’Instruction de la Propagande aux vicaires apostoliques », publiée par la Propagande le 10 novembre 1659, précisait les conditions de leur Mission, avant leur départ, durant le voyage et en Extrême-Orient. Ils devaient s’efforcer, en organisant des écoles de catéchistes et en créant des séminaires et un Collège général d’établir un clergé séculier autochtone. Dans leur apostolat, ils s’efforceraient de respecter les coutumes et usages, des peuples de l’Extrême-Orient, tout en se référant aux décisions de la Propagande sur toutes les questions litigieuses. Les missionnaires du Padroado devaient reconnaître le pouvoir de juridiction des vicaires apostoliques.

Les premiers missionnaires des Missions Étrangères choisirent la route du Moyen-Orient, de la Perse et de l’Inde. Mgr Cotolendi mourut en Inde. Mgr Lambert de la Motte, les Pères Jacques de Bourges (1630-1714) et François Deydier (1634-1693) arrivèrent au Siam et obtinrent du roi Narai la permission de construire une église et un collège près d’Ayuthaya, capitale du Siam, le 22 août 1662. Le Siam avait autorisé la création de comptoirs portugais et hollandais. Il y avait des groupes chrétiens dépendant du Padroado. Les religieux portugais du Padroado s’opposèrent aux vicaires apostoliques. Mgr Pallu, accompagné de quatre missionnaires, Louis Chevreuil (1627-1693), Antoine Hainques (1637-1670), Pierre Brindeau (1636-1671) et Louis Laneau (1637-1696) (futur vicaire apostolique du Siam) arriva à Ayuthaya, le 27 janvier 1664.

Au synode d’Ayuthaya (1664) réunissant les évêques et les missionnaires, Mgr Lambert de la Motte présenta un projet de fondation d’une congrégation apostolique, qui regrouperait des prêtres, des laïcs, dénommée, « Congrégation des Amateurs de la Croix de Jésus-Christ » s’engageant par les trois voeux de religion. Le pape Clément IX ne ratifia pas ce projet. Toutefois, le second ordre de la Congrégation, réservé aux femmes ayant une vocation religieuse, aboutit à la fondation des « Amantes de la Croix », par Lambert de la Motte au Vietnam, où elles joueront un rôle important dans l’évangélisation, au milieu des difficultés de toutes sortes et des persécutions ; grâce à leur structure très souple, elles pouvaient visiter les chrétientés dispersées, assurer la catéchèse et les prières, en l’absence de missionnaires ou de prêtres autochtones.

Le synode fixa aussi les programmes et règlements du Collège général, fixé à Ayuthaya (1665) avec l’accueil de séminaristes venus du Tonkin, de Cochinchine, du Cambodge, de Chine et du Siam. Après la destruction d’Ayuthaya par les Birmans, en1767, ce Collège fut rétabli à Ha Tiên (Cochinchine), puis à Pondichéry et à Penang, au début du XIXe siècle. De nombreux prêtres vietnamiens y furent formés jusqu’au XXe siècle.

 

 Missions en Cochinchine et au Tonkin

Le Père Louis Chevreuil fut le premier missionnaire à pénétrer en Cochinchine. Vicaire de Mgr Lambert de la Motte, il débarqua à Fai Fô (Hôi An), le 26 juillet 1664. Il rencontra deux jésuites et Joan de la Cruz, fondeur de canons, au service du Chua Hiên Vuong qui avait publié des « Instructions pour la réforme des moeurs », s’inspirant du confucianisme et prohibant livres taoïstes et bouddhiques et des édits condamnant le christianisme.

Hiên Vuong fit mettre à mort 47 chrétiens de Fai Fô en 1665. le P. Louis Chevreuil fut expulsé. Il n’y avait alors que 5 000 chrétiens dans la seigneurie des Nguyên. Puis il fut nommé provicaire pour le Cambodge, alors rattaché au vicariat de Cochinchine. Le P. Antoine Hainques exerça son apostolat dans la région du Champa, puis à Fai Fô et à Huê. Il envoya deux de ses séminaristes, Joseph Trang et Luc Bên au Collège général d’Ayuthaya où ils furent ordonnés prêtres, en 1668 et 1669. Ils furent les deux premiers prêtres vietnamiens séculiers du vicariat de Cochinchine. Hainques mourut, empoisonné, dans la province du Quang Ngai en septembre 1670.

Le P. François Deydier arriva au Tonkin, en 1666, sur un bateau chinois, sous l’habit d’un marchand, à Hung Yên. Il put rencontrer des catéchistes vietnamiens et visiter des chrétientés. Le vicariat du Tonkin comptait environ 80 000 fidèles. Tous les missionnaires étrangers avaient été bannis par le Chua Trinh Tac en 1663. Le P. Deydier organisa secrètement un séminaire dans des barques de pêcheurs. Il put envoyer au Collège général d’Ayuthaya, Benoît Hiên et Jean Huê qui seront ordonnés prêtres, en 1668. Ces ordinations de prêtres vietnamiens manifestent bien la volonté des vicaires apostoliques d’établir, en priorité, un clergé séculier vietnamien, afin d’assurer la survie de l’Église et l’évangélisation durant ces périodes de persécution et d’expulsion des prêtres étrangers. Le P. Deydier, dans une lettre à Mgr Pallu, fait l’éloge des chrétiens mais constate aussi que certaines chrétientés du Nghê An avaient, sous les menaces, apostasié :

« Sur dix mille chrétiens, du Nghê An, il n’en restait pas deux mille qui eussent persévéré ».

Le P. Deydier, caché dans un comptoir des Européens, sur une des branches du fleuve Rouge, put réunir des catéchistes. En 1669, Mgr Lambert de la Motte, en l’absence de Mgr Pallu, alors en Europe, rencontra le P. Deydier et put ordonner à la prêtrise sept catéchistes vietnamiens. Il présida un synode à Dinh Hiên où furent rédigés trente-trois statuts de la Mission, reprenant les dispositions essentielles des Monita. La Mission fut divisée en neuf districts, une réunion synodale serait tenue tous les ans. La Congrégation des Amantes de la Croix fut établie. Les agents de la Mission, missionnaires, prêtres vietnamiens et catéchistes mettraient en commun leurs ressources selon le système de la Maison-Dieu déjà organisé par les jésuites. Le Vicariat du Tonkin compte alors neuf prêtres vietnamiens, trente séminaristes et de nombreux catéchistes.
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