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Visitation de la Vierge Marie à Elisabeth : méditation

La Visitation de la Vierge Marie à sa cousine Elisabeth

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  Se mettre en route pour accueillir le Christ

Voici comment Benoît XVI nous invitait à entrer dans ce mouvement :

« La scène de la Visitation exprime aussi la beauté de l’accueil : là où il y a accueil réciproque, écoute, où l’on fait de la place à l’autre, Dieu est présent, ainsi que la joie qui vient de lui. Imitons Marie durant le temps de Noël, en rendant visite à ceux qui vivent des difficultés, en particulier les malades, les prisonniers, les personnes âgées et les enfants. Et imitons aussi Élisabeth qui accueille l’hôte comme Dieu lui-même : sans le désirer, nous ne connaîtrons jamais le Seigneur ; sans l’attendre, nous ne le rencontrerons pas ; sans le chercher, nous ne le trouverons pas. Avec la même joie que Marie qui se rend en hâte chez Élisabeth (cf. Lc 1, 39), allons, nous aussi, à la rencontre du Seigneur qui vient. Prions pour que tous les hommes cherchent Dieu, qu’ils découvrent que c’est Dieu lui-même qui vient nous rendre visite en premier. À Marie, Arche de l’Alliance nouvelle et éternelle, confions notre cœur, pour qu’elle le rende digne d’accueillir la visite de Dieu dans le mystère de son Noël. »1

  

Se mettre en route

Monsieur Olier, en expliquant la première lecture de la messe de la Visitation (un extrait du Cantique des cantiques), nous dépeint Marie  ainsi :

« Oubliant sa faiblesse, son âge, sa délicatesse, animée du zèle de son fils, et brûlant d’ardeur pour le faire connaître, elle [Marie] court par les montagnes, elle gravit les collines, afin d’annoncer Jésus-Christ. Son admirable apostolat, dont les pas portent partout la paix et la grâce, est dépeint dans l’épître de ce jour [Ct 2]. Renfermé dans sainte Élisabeth, saint Jean, qui figurait l’Église en demandant sa sanctification, invite Jésus-Christ et Marie, désignés sous les images de la chèvre et du faon, à hâter leur course et à accomplir leur mission commune. “J’entends, dit-il, la voix de mon bien-aimé : le voici qui vient, sautant sur les montagnes, franchissant les collines” [Ct 2, 8] (dans l’ardeur qu’il a de venir à moi). “Car mon bien-aimé est semblable à la chèvre et au faon” (il court avec la même légèreté et la même vitesse). “Le voici arrivé ; le voilà qui se tient derrière notre muraille, qui regarde par les fenêtres, qui jette sa vue à travers les treillis” [v. 9]. La chèvre, qui monte au sommet des rochers, représente ici la Très Sainte Vierge gravissant dans sa course les collines et les montagnes ; et le faon exprime le Fils de Dieu qu’elle portait dans son sein. Il marche en elle, non pas à pas de géant, comme il fera dans la suite, d’après le prophète, mais semblable à un petit faon. Il est renfermé dans la Très Sainte Vierge, qui est notre muraille : il considère par son esprit, il regarde par ses yeux, comme par des treillis ; quoique ce soit Marie qui parle, Jésus-Christ emploie la parole de sa Mère, et agit lui-même par elle, comme il se sert de la parole de ses ministres pour nous sanctifier. »2

Marie croit à la parole de l’Ange, mais celle-ci est confirmée et amplifiée par sa rencontre avec Élisabeth, comme sans doute aussi par le récit du songe de Joseph.

Sainte Élisabeth de la Trinité nous la décrit ainsi comme modèle de vie intérieure :

« Il me semble que l’attitude de la Vierge durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle ! Car, à travers tout, la Vierge restait l’adorante du don de Dieu ! Cela ne l’empêchait pas de se dépenser au-dehors lorsqu’il s’agissait d’exercer la charité ; l’Évangile nous dit que Marie parcourut en toute diligence les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Élisabeth. Jamais la vision ineffable qu’elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure. Car, dit un pieux auteur, si la contemplation s’en va vers la louange et vers l’éternité de son Seigneur, elle possède l’unité et ne la perdra pas. Qu’un ordre du Ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu’elle pleure et qu’elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le Ciel ce qu’elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève, et reprend, brûlante de son feu, le chemin de la hauteur. »3

 

 Accueillir notre frère

Alors que Marie se met en route, il revient à Élisabeth de l’accueillir. Quelles sont les caractéristiques de cet accueil, modèle pour notre vie chrétienne ? Observons le dialogue des deux femmes. C’est Marie qui parle la première en adressant son salut. Élisabeth commence par écouter attentivement la salutation. Elle écoute aussi l’écho que rencontre cette salutation au-dedans d’elle, jusque dans le cœur de son enfant. Un enseignement pour nous qui sommes souvent tentés de parler avant d’écouter, et qui n’écoutons pas toujours de manière très intérieure. Demandons la grâce d’entendre ce que la parole d’autrui nous révèle en profondeur sur lui-même, et surtout sur Dieu. Demandons la même grâce pour la prière où nous sommes souvent trop bavards.

Suivons l’enseignement du cardinal Sarah, un grand homme de prière :

« Le silence est surtout l’attitude positive de celui qui se prépare à l’accueil de Dieu par l’écoute. Oui, Dieu agit dans le silence. D’où cette observation si importante du grand saint Jean de la Croix : “Le Père n’a dit qu’une parole, à savoir son Fils, et dans un silence éternel Il la dit toujours : l’âme doit L’entendre en silence.” Le livre de la Sagesse (Sg 18, 14) notait déjà, à propos de la manière dont Dieu intervint pour délivrer le peuple élu de sa captivité d’Égypte, que cette action inoubliable eut lieu pendant la nuit : “Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide, du haut des cieux, ta Parole toute-puissante s’élança du trône royal.” Plus tard, ce verset sera compris par la tradition liturgique chrétienne comme une préfiguration de l’Incarnation silencieuse du Verbe éternel dans la crèche de Bethléem. »4

Élisabeth est alors remplie de l’Esprit Saint (v. 41), qui la porte à cette louange si belle : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. » La bénédiction est la deuxième étape de l’accueil d’autrui. Bénir, c’est dire du bien de l’autre, et c’est le faire de la part du Seigneur.

Souvenons-nous de la bénédiction que Dieu avait inspirée à Moïse, lors de l’Exode, avec toutes les dispositions liturgiques décrites dans le livre des Nombres.

Benoît XVI explique comment celle d’Élisabeth lui fait écho :

« Cette bénédiction [de Lc 1, 42] est en continuité avec la bénédiction sacerdotale que Dieu avait suggérée à Moïse pour qu’il la transmette à Aaron et à tout le peuple : “Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !” (Nb 6, 24-26.) En célébrant la solennité de sainte Marie, la sainte Mère de Dieu, l’Église nous rappelle que Marie est la première destinataire de cette bénédiction. En elle, celle-ci trouve son accomplissement : en effet, aucune créature n’a vu briller sur elle le visage de Dieu comme Marie, qui a donné un visage humain au Verbe éternel, de sorte que tous puissent le contempler. »5

Élisabeth fait ensuite un acte d’humilité : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (v. 43.). Elle se sent indigne.

Dans l’évangile de la Visitation, l’humilité de tous les personnages est impressionnante, comme le souligne Origène :

« Il faut observer que Marie, qui est supérieure, va vers Élisabeth, qui est inférieure, et le Fils de Dieu vers le Baptiste : cela nous apprend qu’il ne faut pas tarder à aider ceux qui sont inférieurs à nous, et nous enseigne aussi la modestie. »6

Nous arrive-t-il, devant certaines grâces particulières, certaines missions qui nous sont confiées, mais plus encore dans les sacrements, en particulier l’Eucharistie et le sacrement du pardon, de ressentir cette indignité ?

Nous aussi, comme Marie, avons été bénis par le Père, ainsi que l’exprime le pape François :

« De même que Marie est saluée par sainte Élisabeth comme étant “bénie entre toutes les femmes” (Lc 1, 42), nous aussi nous avons été depuis toujours “bénis”, c’est-à-dire “aimés”, et pour cela “choisis avant la création du monde pour être saints et immaculés” (cf. Ep 1, 4). Marie a été préservée tandis que nous nous avons été sauvés grâce au baptême et à la foi. Mais tous, que ce soit elle ou nous, “par le Christ”, “à la louange de sa grâce” (cf. v. 6), cette grâce dont l’Immaculée a été comblée en plénitude. »7

 

 Marie et l’Église

Nous pouvons enfin méditer sur la figure de Marie à travers les paroles d’Élisabeth. Elles ont inspiré la première partie de l’Ave Maria, que nous pouvons prier de manière toute particulière ces jours-ci.

Le romancier Julien Green mettait sur les lèvres de Jeanne, l’un de ses personnages en recherche spirituelle, ces réflexions qui montrent comment la maternité de Marie est universelle. Ayant pris place dans l’église de son village, elle décrit sa propre prière :

« Je la salue [Marie] parce qu’elle est belle et que le croissant de la lune est sous ses pieds, et parce que je suis toute seule et que j’ai besoin de parler à quelqu’un qui m’écoute avec bonté. Alors, je déballe tous mes ennuis. Je me plains à Marie de ma solitude, et je suis moins seule. Je lui dis que j’ai un cœur humain et que ce cœur a froid parce que l’homme que j’aime n’est pas là, et elle comprend parce qu’elle est la mère de toute l’humanité. Et lorsque je ferme les yeux, il me semble que je me blottis contre elle, le front près de ses genoux, et qu’elle me touche les cheveux du bout des doigts. »8

Mais nous pouvons aussi appliquer cette salutation à l’Église. En effet, Élisabeth souligne la fécondité de Marie (« le fruit de tes entrailles ») et sa grandeur (« entre toutes les femmes »), deux caractéristiques de la nouvelle « fille de Sion » qu’est l’Église, peuple béni entre toutes les nations, qui engendre les âmes à la vie divine.

Bien plus, l’Église contient en son sein − dans le tabernacle − le Seigneur de l’univers. Le concile Vatican II nous suggère cette piste spirituelle :

« En contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Église (grâce à la Parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi) devient à son tour Mère : par la prédication en effet, et par le baptême, elle engendre à une vie nouvelle et immortelle des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle aussi est vierge, ayant donné à son Époux sa foi, qu’elle garde intègre et pure ; imitant la Mère de son Seigneur, elle conserve, par la vertu du Saint-Esprit, dans leur pureté virginale, une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère. »9

Élisabeth termine sa louange par la foi : « Heureuse celle qui a cru… » Elle commente l’attitude de la Vierge lors de l’Annonciation, décrite quelques versets auparavant.  : « La foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ. » (Rm 10, 17) L’Église joue un rôle particulier dans cette dynamique : elle nous éduque dans la foi par la proclamation de l’Évangile.

Comme le dit le Catéchisme :

« C’est d’abord l’Église qui croit, et qui ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. C’est d’abord l’Église qui, partout, confesse le Seigneur, et avec elle et en elle, nous sommes entraînés et amenés à confesser, nous aussi : “Je crois”, “Nous croyons”. C’est par l’Église que nous recevons la foi et la vie nouvelle dans le Christ par le baptême. »10

L’évangile de ce dimanche nous invite donc à la louange : louons le Seigneur pour Marie qui va bientôt enfanter, et louons-le pour l’Église, notre Mère.

Écoutons par exemple saint Paul VI ; quelque temps avant de mourir, dans son testament spirituel, il exprimait ainsi sa grande passion pour l’Église :

« C’est pourquoi je prie le Seigneur qu’il m’accorde la grâce de faire de ma mort prochaine un don d’amour à l’Église. Je peux dire que je l’ai toujours aimée ; ce fut cet amour pour elle qui m’arracha à mon étroit et sauvage égoïsme et me conduisit à son service ; c’est pour elle, et pour nul autre, qu’il me semble avoir vécu. Mais je voudrais que l’Église le sache ; et que j’aie la force de le lui dire, comme une confidence du cœur qu’on n’a le courage de faire qu’aux derniers moments de la vie. Je voudrais, enfin, la comprendre tout entière, dans son histoire, dans son dessein divin, dans son destin final, dans sa composition complexe, totale et unitaire, dans sa consistance humaine et imparfaite, dans ses malheurs et ses souffrances, dans les faiblesses et les misères d’un si grand nombre de ses fils, dans ses aspects moins sympathiques et dans son effort permanent de fidélité, d’amour, de perfection et de charité. Corps mystique du Christ. Je voudrais l’embrasser, la saluer, l’aimer en chaque être qui la compose, en chaque évêque et prêtre qui l’assiste et la guide, dans toute âme qui la vit et la glorifie ; la bénir. Mais aussi parce que je ne la quitte pas, que je n’en sors pas, mais que je m’unis et me confonds plus et mieux avec elle : la mort est un progrès dans la communion des Saints. »11

Il est donc bon d’entonner de temps en temps, dans notre prière, une louange à notre Mère l’Église, c’est-à-dire de remercier Dieu pour un don si excellent

Voici comment un grand théologien, le père Henri de Lubac, s’adressait de manière lyrique à l’Église :

« Louée sois-tu, Mère du bel amour, de la crainte salutaire, de la science divine et de la sainte espérance ! Sans toi, nos pensées restent éparses et flottantes : tu les lies en un faisceau robuste. Tu dissipes les ténèbres où chacun s’engourdit, ou se désespère, ou, pitoyablement, “se taille à sa guise son roman de l’infini” (Renan). Sans nous décourager d’aucune tâche, tu nous gardes des mythes trompeurs, tu nous épargnes les égarements et les dégoûts de toutes les églises faites de main d’homme. Tu nous sauves de la ruine en présence de notre Dieu ! Arche vivante, Porte de l’Orient, Miroir sans tache de l’activité du Très-Haut ! Toi qui es aimée du Maître de l’univers, initiée à ses secrets, et qui nous instruis de ce qui lui plaît ! Toi dont l’éclat surnaturel, aux pires heures, ne se ternit pas ! Toi grâce à qui notre nuit est baignée de lumière ! Toi par qui, chaque matin, le prêtre monte à l’autel du Dieu qui réjouit sa jeunesse ! Sous l’obscurité de ton enveloppe terrestre, la Gloire du Liban est en toi. Tu nous donnes chaque jour celui qui seul est la Voie et la Vérité. Par toi, nous avons en lui l’espérance de la Vie. Ton souvenir est plus doux que le miel, et celui qui t’écoute ne connaîtra jamais la confusion. Mère sainte, Mère unique, Mère immaculée ! Ô grande Mère ! Sainte Église, Ève véritable, seule vraie Mère des Vivants ! »12

 Notes

1.Pape Benoît XVI, Angélus, 23 décembre 2012.

2.J.-J. Olier, Vie intérieure de la Très Sainte Vierge Marie, op. cit., p. 27.

3.Élisabeth de la Trinité, J’ai trouvé Dieu, tome Ia des Œuvres Complètes, Cerf, 1985, p. 122.

4.Cardinal R. Sarah, La force du silence, Fayard, 2016, nº 271.

5.Pape François, Homélie, 1er janvier 2015.

6.Origène, Commentaire à l’évangile de Jean, VI, 49, dans l’édition de Preuschen (GCS 159,16).

7.Pape François, Angélus, 8 décembre 2014.

8.J. Green, Varouna, Fayard, 1995, p. 319.

9.Concile Vatican II, Lumen Gentium, nº 64 ; lire tout le chapitre 8, n° 60-65 (« La Vierge et l’Église »).

10.Catéchisme de l’Église catholique, n° 168.

11.Pape Paul VI, Pensée sur la mort, 1978 (www.vatican.va).

12.H. de Lubac, Méditation sur l’Église, Cerf, 2006, p. 239-240.

AUTOUR DE LA NAISSANCE DE JESUS, EVANGILE DE JEAN D'OUTREMEUSE (XIVè siècle), JEAN BAPTISTE (saint ; 1er siècle), JESUS CHRIST, NATIVITE DE JESUS, NOËL, NOEL, VISITATION DE LA VIERGE MARIE A SA COUSINE ELISABETH

Autour de la naissance de Jésus : L’Evangile selon Jean d’Outremeuse (XIVè siècle) (2)

L’Évangile selon Jean d’Outremeuse (XIVe s.)

Autour de la Naissance du Christ (Myreur, I, p. 307-347 passim). Commentaire.

[Extrait de Folia Electronica Classicat. 28, juillet décembre 2014]

Chapitre V : La Visitation et Jean Baptiste

 

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La Visitation de Marie à Élisabeth

  

Toujours inspiré par le Romanz de saint Fanuel, Jean d’Outremeuse place la Visitation au moment où Joseph, très inquiet après avoir découvert la grossesse de son épouse mais entièrement rassuré par l’ange, a demandé pardon à Marie d’avoir douté d’elle. Celle-ci le lui a accordé volontiers et lui a demandé de la conduire chez sa cousine Élisabeth. L’ange de l’Annonciation avait en effet appris à Marie qu’Élisabeth, pourtant stérile et très âgée (cent ans pour Jean d’Outremeuse, ch. 1, § 11), attendait, elle aussi, un enfant. Joseph avait accepté, comme dans Le Romanz de saint Fanuel, où il était dit : Joseph son oirre [= voyage] apareilla / Et nostre dame ovec ala (vers 1323-1324). C’est par ces mots d’ailleurs que se terminait le § 16 du récit des Épousailles.

Le présent chapitre raconte la Visitation, mais Joseph ne joue aucun rôle actif dans Ly Myreur, pas plus qu’il n’en jouait d’ailleurs dans le Romanz de saint Fanuel. Il faut dire que rares sont les auteurs antérieurs à Jean d’Outremeuse qui envisageaient un déplacement du couple. On trouve le motif chez Jean d’Outremeuse, dans le Romanz et dans Li Espozalizi, mais ce n’est que dans le drame liturgique provençal que Joseph joue réellement un rôle, on le verra plus loin.

On a mis précédemment en évidence la grande influence du Romanz de saint Fanuel sur la version des Épousailles chez Jean d’Outremeuse. Cette influence subsiste dans le récit de la Visitation.

 

Plan

  1. 1. Luc (I, 39-45)
  2. 2. Les saluts – les réactions de l’enfant à naître – le Magnificat(§ 1-3)
  3. 3. Les indications de lieu et de date (§ 4-5)
  4. 4. Le nom de l’enfant et la guérison de Zacharie (§ 5-6)
  5. 5. Courte présentation de Jean Baptiste (§ 7)
  6. 6. La version de l’Espozalizi de Nostra Dona

7.Quelques mots en guise de conclusion

 

  1. Luc (I, 39-45)

On n’oubliera pas que toute la tradition a été marquée par le récit de Luc (I, 39-80), le  seul évangéliste à faire état de la Visitation. Il la place immédiatement après l’épisode de l’Annonciation (Luc, I, 26-38), sans toutefois donner de détails sur la chronologie des faits ou les personnes qui auraient accompagné Marie (En ces jours-là, Marie partit et s’en alla en hâte vers la montagne, en une ville de Juda, I, 39). Il nous apprend simplement que Marie rendit visite à sa cousine, qu’elle demeura avec elle environ trois mois, et qu’elle s’en retourna chez elle (I, 56) – à Nazareth donc – avant la naissance de Jean-Baptiste.

Les centres d’intérêt de l’évangéliste sont ailleurs. Il traite d’abord des échanges verbaux entre les deux femmes (le salut d’Élisabeth auquel répond le Magnificat de Marie), évoque ensuite la circoncision de Jean Baptiste et la guérison de Zacharie, avant de terminer par un bref aperçu sur le Précurseur avant son entrée dans la vie publique. Une triple division qu’on retrouvera dans la version du chroniqueur liégeois, mais, on le verra, pareil rapprochement dans la structure – imposé en quelque sorte – n’implique pas une similitude de contenu.

 

  1. Les saluts – les réactions de l’enfant à naître – le Magnificat(§ 1-3)

Alors que Luc (I, 40) était très concis : « Marie entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth », Jean d’Outremeuse fournit des détails : Élisabeth vient à la rencontre de Marie sur le seuil de la maison de Zacharie ; elle l’embrasse et lui fait fête, avant d’adresser un salut en bonne et due forme à sa cousine Marie, qu’elle qualifie de « mère de Dieu, roi de ce monde et du ciel » (§ 1).

Il est plausible que le chroniqueur liégeois ait été influencé par le Romanz de saint Fanuel, où il est dit à propos de Marie :

Quant en l’ostel en est entrée,                             Quand [Marie] est entrée dans la maison,

1330         Elisabeth a encontrée.                                          Élisabeth est venue à sa rencontre.

Molt joieusement la salue,                                   Elle la salue très joyeusement,

Car grant joie ot de sa venue.                               Car elle se réjouissait beaucoup de sa venue.

Mais la grande originalité des § 2 et 3 est que le chroniqueur liégeois y a fortement retravaillé le passage évangélique.

Selon Luc, quand Élisabeth entendit le salut que lui adressait Marie à son arrivée, elle sentit son enfant « tressaillir dans son sein » (Luc, I, 41), formule qu’elle répétera dans sa réponse à Marie : « Votre voix […] n’a pas plus tôt frappé mes oreilles que l’enfant a tressailli de joie dans mon sein » (Luc, I, 44). Le chroniqueur liégeois a très lourdement « brodé » sur ce détail. Plus question chez lui d’un simple « tressaillement ». Le fœtus reconnaît à distance son Seigneur, puis, toujours dans le ventre de sa mère, « il se dresse sur ses pieds, joint les mains, lui rend grâce et lui adresse la parole », pour le remercier « de lui avoir donné assez de forces pour pouvoir se dresser là où il est » et aussi pour lui dire qu’il connaît le motif de sa venue : sauver le monde (§ 2).

Il est difficile de ne pas voir ici l’influence du Romanz de saint Fanuel, où on peut lire :

Saint Jehan, qi estoit a nestre,                                       Saint Jean qui devait naître

Connut son segnor et son mestre,                                reconnut son seigneur et son maître,

1335     Il se drecha sor ses .ii. pies,                                          il se dressa sur ses deux pieds,

Et puis se rest agenoilliez.                                            et puis resta agenouillé.

« Sire, dist-il, bien vieignes tu,                                     « Seigneur, dit-il, bienvenu sois-tu,

Qui m’as doné tele vertu                                              qui m’a donné la force

Que je me puis ceens drecier                                        de pouvoir me dresser ici,

1340     Et retorner et aaisier ;                                                    de me retourner à l’aise.

Or sai ge bien certain[em]ent                                        Maintenant je sais avec certitude

Que tu es Dex veraiement,                                           que tu es vraiment Dieu,

Qui revenis ta gent salver                                             revenu pour sauver ton peuple

Et de grans pechiés delivrer. »                                      et le délivrer de grands péchés. »

Avant le rédacteur du Romanz de saint Fanuel, d’autres auteurs de « gestes bibliques » avaient enregistré dans leurs poèmes le tressaillement du fœtus signalé par Luc. Ainsi Wace, dans la Conception Nostre Dame :

Sis fiz el ventre s’esjoï,                                                Son fils dans son ventre se réjouit,

D’amor et de joie s’esmut,                                           d’amour et de joie il bougea.

908       Sun seignor qui veneit conut.                                       Il reconnut son seigneur qui venait,

Cil qui esteit encore a naistre,                                       celui qui devait encore naître

Connut sun seignor e sun maistre.                               Reconnut son seigneur et son maître.

ou Herman de Valenciennes, dans Li Romanz de Dieu et de sa mere, lorsqu’il décrit la rencontre des deux cousines :

3381     Et lors se saluerent et se vont ambracent,                     Alors elles se saluèrent et s’embrassèrent,

Molt bel s’antr’acolerent, grant joie vont menant.        s’étreignirent longuement, menant grande joie.

Elysabeth s’estut, ne pot aller avant                              Élisabeth resta sur place, ne put avancer

3384     Por son fil qui s’aloit en son ventre movent                 à cause de son fils qui s’agitait dans son ventre.

Mais cela restait très sobre, fort éloigné des mouvements impressionnants de Jean Baptiste signalés dans le Romanz de saint Fanuel.

En fait, en matière de manifestations Jean d’Outremeuse dépasse encore – et de beaucoup – les extravagances du Romanz. On s’en rend compte à la lecture du § 3. Il s’agit du Magnificat dont le Romanz ne parle pas et que l’évangéliste Luc (I, 46-55) met dans la bouche de Marie. Pour sa part, Jean d’Outremeuse le fait prononcer par le fœtus, qui parlait « si haut que sa voix sortait par la bouche de sa mère Élisabeth ». On pourrait difficilement imaginer mieux.

Bref, le chroniqueur liégeois, qui ici encore a comme modèle le Romanz de saint Fanuel, enjolive le tableau qu’il y trouvait. On ne se trompera guère en portant ces additions à son crédit.

* Iconographie : On trouvera un intéressant aperçu de l’iconographie de la Visitation sur le site Itinéraire iconographique.

 

  1. Les indications de lieu et de date (§ 4-5)

L’évangéliste Luc plaçait la demeure de Zacharie et d’Élisabeth « en une ville de Juda » (I, 39), le terme désignant le pays, à savoir le royaume de Judée, une région montagneuse. Les exégètes modernes estiment généralement que la ville en question était Hébron, au sud de Jérusalem. Jean d’Outremeuse aurait-il pris ici Juda pour une ville ? Quand il parle du royaume, il utilise régulièrement le mot Judée. Ce détail est toutefois secondaire pour nous.

Jean d’Outremeuse ne pouvait pas ne pas dater l’événement. Il le place naturellement dans la première année de l’Incarnation, la conception de Jésus ayant déjà eu lieu quelques mois plus tôt, lors de l’Annonciation. Dans cette première année (imparfaite bien sûr), Jean d’Outremeuse date la visite du 24 juin, étant donné qu’il fait naître Jean Baptiste le jour même de la visite (§ 5) et que cette date marque, dans le calendrier liturgique, la fête de la Nativité de saint Jean Baptiste. On rappellera ici que, toujours selon Jean d’Outremeuse, le Précurseur avait été conçu le 24 septembre (cfr plus haut).

Lorsqu’il fait naître ainsi Jean Baptiste le 24 juin, c’est-à-dire le jour même de la Visitation, le chroniqueur liégeois, qui continue à suivre le calendrier, est donc cohérent avec lui-même. Il l’est toutefois moins avec l’évangéliste Luc (I, 56-58) qui dit explicitement que Marie resta avec sa cousine « environ trois mois » et qu’à son départ, le moment pour Élisabeth d’enfanter n’était pas encore venu.

Si l’on fait exception de Jean d’Outremeuse, aucun auteur, à notre connaissance, ne fait naître Jean Baptiste le jour même de la Visitation, même pas le Romanz de saint Fanuel, qui a eu tellement d’influence sur le chroniqueur liégeois. Après avoir rapporté les échanges et les saluts à l’arrivée de Marie dans la maison d’Élisabeth, le poète sans aucune transition note en trois vers la naissance du Précurseur :

1351     Nostre dame sainte Marie                                             Notre dame sainte Marie,

Fu tant leenz en compaignie                                         resta en leur compagnie jusqu’à

Que Jehan fu nez de sa mere.                                       ce que Jean naisse de sa mère.

avant de consacrer près de vingt vers à la question du nom à lui donner. Et c’est seulement alors, une fois Jean bautisié […] selonc la loi (v. 1371), c’est-à-dire circoncis, que le rédacteur notera le départ de Marie, après les relevailles d’Élisabeth :

Quant la fame Zacarie                                                   Quand la femme de Zacharie

Fu relevée et purifie,                                                     fut relevée et purifiée,

1375     Nostre dame s’en est alée                                             Notre-Dame est retournée

En Nazareth en sa contrée.                                           À Nazareth, sa contrée.

Il est clair pour l’auteur du Romanz que Marie a attendu, avant de rentrer chez elle, non seulement la naissance du Précurseur, mais encore la fin des relevailles de sa cousine Élisabeth. Elle n’est donc pas repartie avant la naissance.

C’est une version assez répandue dans la tradition, comme semble le montrer la présentation de la Visitation chez Jacques de Voragine (ch. 81, sur Saint Jean Baptiste) :

La Vierge demeura donc avec sa cousine pour la servir pendant trois mois, et ce fut elle qui, de ses saintes mains, souleva l’enfant de terre quand il vint au monde, comme on peut le lire dans l’Histoire scolastique et qui remplit avec les plus grands soins l’office de garder l’enfant ». (trad. A. Boureau, p. 434-435)

Ce paragraphe de la Légende dorée apporte deux précisions, l’une, présente déjà dans le Protévangile de Jacques (Marie séjourne trois mois chez sa cousine) et l’autre, qui est pour nous une nouveauté (Marie soulève Jean Baptiste de terre à sa naissance). Elle figure effectivement au chapitre 3 de Pierre le Mangeur (« On lit dans le Livre des Justes, que la Vierge fut la première à le soulever de terre »). Cette dernière information est étrangère au Myreur des Histors et au Romanz de saint Fanuel.

 

  1. Le nom de l’enfant et la guérison de Zacharie (§ 5-6)

Pour ce qui est du nom de l’enfant et de la guérison de Zacharie, le récit évangélique (Luc, I, 59-64) racontait :

Le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l’enfant, et ils le nommaient Zacharie d’après le nom de son père. Alors sa mère, prenant la parole : « Non, dit-elle, mais il s’appellera Jean ». Ils lui dirent : « Il n’y a personne de votre parenté qui soit appelé de ce nom. » Et ils demandaient par signes à son père comment il voulait qu’on le nommât. S’étant fait donner une tablette, il écrivit : « Jean est son nom ; » et tous furent dans l’étonnement. À l’instant sa bouche s’ouvrit et sa langue (se délia) ; et il parlait, bénissant Dieu. (Luc, I, 59-64)

Le Romanz reste partiellement dans cette ligne quand il écrit :

Zacarias ne pot parler,                                              Zacharie ne pouvait parler,

Son non commence a embriever ;                              il se met à inscrire son nom.

Une grieffe et .i. tablel prist,                                     Il prit un stylet et une tablette,

1360     En la cire point et escri[s]t                                       et écrivit dans la cire

Que il aroit a non Jehans.                                         qu’il aurait comme nom Jean.

« Par foi, dient totes les gens,                                  «Ma foi, disent tous les gens,

Ainc mes n’oismes si fet non                                   jamais nous n’avons entendu pareil nom.

En ceste loi que nos tenon.                                      Dans la religion que nous avons,

1365     Il n’iert ja ainsi apelez,                                             personne ne s’appelait ainsi.

Dites encor, se vos volez,                                        Dites encore, si vous voulez bien,

Par quel non on l’apelera. »                                     quel nom on lui donnera.»

Zacarias le regarda                                                   Zacharie les regarda

Et puis escrist autre foïe :                                       et écrivit une nouvelle fois :

1370     « Jehans ait non, nel lessiez mie. »                         «Qu’il s’appelle Jean, ne m’importunez pas.»

Bautisié l’ont selonc la loi,                                      Ils l’ont baptisé selon la loi [= l’ont circoncis]

Jehan le nomerent tot droit.                                     Et l’ont immédiatement nommé.

 

Si Jean d’Outremeuse s’inspire du Romanz, il a fortement résumé son modèle, réduisant l’épisode au strict minimum. On notera toutefois qu’il présente lui aussi la circoncision comme le baptême selon la loi juive.

Luc racontait ensuite que l’événement fut commenté « partout dans la montagne de Judée » et que tout le monde s’était demandé qui serait cet enfant. « Et en effet la main du Seigneur était avec lui » (Luc, I, 65-66). Et, dans la foulée de cette observation générale, l’évangéliste avait alors introduit le long cantique prophétique de Zacharie (I, 67-79). De ces développements canoniques, Jean d’Outremeuse n’a rien conservé. Il ne faisait que suivre en cela le Romanz.

 

  1. Courte présentation de Jean Baptiste (§ 7)

De l’enfant, Luc (I, 80) se borne à dire : « il croissait et se fortifiait en esprit, et il demeura dans le désert jusqu’au jour de sa manifestation devant Israël ». Jean d’Outremeuse n’est pas très explicite non plus ici sur le personnage de Jean Baptiste, dont il sera longuement question plus loin aussi bien dans Ly Myreur (I, p. 385-401) que dans les évangiles.

Toutefois les précisions sur ses vêtements et sa nourriture intriguent un peu. Matthieu (III, 6) et Marc (I, 6) avaient traité ce sujet, en donnant tous les deux le même texte : « Et Jean avait un vêtement de poils de chameau et, autour de ses reins, une ceinture de cuir ; il mangeait des sauterelles et du miel sauvage ». Mais les différences avec la version de Jean d’Outremeuse sont trop importantes pour qu’on puisse penser que le chroniqueur liégeois ait suivi ici les textes évangéliques.

C’est une fois de plus le Romanz de saint Fanuel qui apporte la solution. Il suffit de voir comment le poète présente Jean Baptiste à la fin de l’épisode de la Visitation. Il y est question non seulement de vêtements et de nourriture, mais aussi de l’ermitage et de l’âge qu’avait Jean Baptiste quand il y entra. La dame en question est Marie, dont le poète vient de signaler le départ :

De la dame lairons ester,                                              Sur la dame, nous en resterons là,

De S. Jehan voudron parler                                          nous voudrions parler de saint Jean.

Quant ot .XV. ans en son aage,                                    Quand il eut l’âge de 15 ans,

1380     Si entra en .I. hermitage,                                               il entra en un ermitage,

Ou il soufri mainte dolor                                              où il souffrit beaucoup

Por l’amistié nostre segnor.                                          pour l’amour de Notre-Seigneur.

Ainques ne fist si grant froidure                                   Même par les plus grands froids,

Ne fust toz nus sanz vesteure,                                      il était tout nu sans vêtements,

1385     Fors seulement que il faisoit,                                        sauf ceux qu’il se fabriquait,

En la forest ou il estoit,                                                 dans la forêt où il était,

Ses vestements de jonc marage,                                   en joncs de marécage.

Quant il aloit par le boscage.                                        Quand il allait dans le bocage,

Molt i mena honeste vie,                                              il menait une vie très simple ;

1390     Onques de pain n’i menga mie,                                    jamais il ne mangea de pain,

Fors les racines q’il tenoit                                            simplement les racines qu’il trouvait

Dedenz le bois ou les queroit.                                      dans le bois où il les cherchait.

 

Telle est indiscutablement l’origine des passages où Jean d’Outremeuse parlait de Jean Baptiste, de l’ermitage où il entra à l’âge de 15 ans, de ses vêtements et de sa nourriture. Ici encore il s’inspire de très près du Romanz.

Faisons remarquer, pour mémoire, que plus loin dans Ly Myreur (I, p. 395), lorsque le chroniqueur liégeois décrira le genre de vie de Jean Baptiste au début de sa prédication, il utilisera des termes relativement proches de ceux qu’on trouve ici au § 7 :

Et astoit Johans vestus d’onne haire, qui astoit faite de polhe de chamot, et avoit une chainture sus les rains, qui astoit de cure de berbis atout le poilhe [= cuir de brebis avec le poil]. Et vivoit saint Johans mult saintement, car ilh ne mangnoit que de une manere de rachines ; et bevoit de l’aighe qui plovoit des nues, plus sovent que aultre aighe.

Et Jean était vêtu d’une chemise, faite de poils de chameau et avait autour des reins une ceinture faite d’une toison de brebis. Jean vivait très saintement, car il ne mangeait que d’une sorte de racines, et buvait plus souvent l’eau qui tombait des nuées qu’une autre eau.

 

  1. La version de l’Espozalizide Nostra Dona

Nous dirons un mot pour terminer de l’Espozalizi de Nostra Dona, le drame provençal du XIIIe siècle, dont il a été question dans le chapitre quatrième à propos des Épousailles de Marie et de Joseph. Dans le récit de la Visitation (vv. 359-462), peu de choses sont à signaler, même pas en ce qui concerne les mouvements in utero de saint Jean. Élisabeth dit simplement à sa cousine :

Que tantost quan me saludetz                                  Lorsque tout à l’heure vous m’avez saluée,

388       Del sanh esperit m’esscalfetz,                                  de l’Esprit Saint vous m’avez réchauffée

Que tanfort m’a illuminat                                         et Il m’a tant illuminée

Que ins el ventre m’es bolegat                                  que dans mes entrailles a remué,

Mo filh, que se pogues per Dieu,                              mon fils, qui, si cela se peut grâce à Dieu,

392       De grat parlera am lo tieu.                                         volontiers parlera au vôtre.

(trad. G. Lefebvre, 1958, p. 79)

On épinglera cependant les derniers vers (vv. 391-392), qui font penser au passage de Jean d’Outremeuse où Jean Baptiste s’adresse à Jésus, les enfants étant tous les deux dans le ventre de leurs mères.

Outre la forme théâtrale qu’il adopte, une autre particularité du récit de la Visitation est que Marie, avec la permission de Joseph, part chez sa cousine, en compagnie de quelques chaperons, et que Joseph, inquiet de son retard, vient l’y rechercher. Ainsi dans le Romanz de saint Fanuel, dans Ly Myreur et dans l’Espozalizi, Joseph et Marie sont censés se trouver ensemble chez Élisabeth. Dans le drame liturgique, Zacharie se déclare d’ailleurs honoré « d’avoir sous son toit l’épouse et l’époux » (vv. 447-448). Mais les détails ne sont toutefois pas les mêmes dans l’Espozalizi et dans les deux autres œuvres. En tout cas, on ne trouve pas de traces nettes d’une influence de l’Espozilizi sur Jean d’Outremeuse.

 

Que dire au terme de ce chapitre ?

 

  1. Quelques mots en guise de conclusion

Si, dans son récit de la Visitation, Jean d’Outremeuse a conservé la structure de base qui remonte à Luc, il s’est écarté du texte de l’évangéliste sur de nombreux points, profondément influencé qu’il était par le Romanz de saint Fanuel. C’est que, ici comme dans les épisodes précédents, le chroniqueur liégeois avait certainement ce poème sous les yeux. Parfois il le suit d’assez près, comme lorsqu’il décrit l’ermite que fut Jean Baptiste avant son entrée dans la vie publique (§ 7) ; parfois il le résume, comme dans l’histoire de Zacharie consulté sur le nom à donner à l’enfant ; parfois il en reprend des éléments qu’il amplifie, en en exagérant les traits sans beaucoup de mesure.

C’est particulièrement le cas des mouvements impressionnants qu’il n’hésite pas à attribuer à Jean Baptiste, encore dans le ventre de sa mère. On songera à sa description du bébé se dressant sur ses deux pieds, puis s’agenouillant, joignant les mains, rendant grâces à l’enfant Jésus lui aussi dans le sein de sa mère et lui parlant notamment pour le remercier de lui avoir donné la force d’exécuter tous ces mouvements. Le sommet de la démesure, si l’on peut dire, est atteint lorsque Jean Baptiste se met à réciter le Magnificat d’une voix si haute qu’elle « sortait par la bouche de sa mère ». Jean Baptiste, il est vrai, toujours selon Jean d’Outremeuse, allait naître ce jour-là quelques instants plus tard. Mais c’est quand même un bel exploit, qui frise le miracle !

Le chroniqueur n’a manifestement pas peur d’innover. Et cela frappe d’autant plus que l’auteur du Romanz ne mentionnait même pas le Magnificat et que, pour la tradition, qui suit généralement le récit évangélique, c’est Marie elle-même qui récite cette prière, le plus souvent lors de la Visitation, parfois lors de l’Annonciation même (comme chez Herman de Valenciennes, vv. 3357-3374)

 

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Visitation de la Vierge Marie à sa cousine Elisabeth

FÊTE DE LA VISITATION DE LA VIERGE MARIE

A SA COUSINE ELISABERTH

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Quel est le sens de la fête de la Visitation ?

Le mystère de la Visitation offre, toutes les dimensions du salut christique : une charité attentive ; une joie d’un coeur ouvert au projet de Dieu ; une vision de foi sur la nature et la mission de Jésus.

 Le sens de la fête

Deux femmes se rencontrent, Marie et Élisabeh. Marie, à l’annonce de la grossesse de sa vieille cousine par l’ange Gabriel (Luc 1, 26-39), se met en route pour être aux côtés d’Élisabeth enceinte de six mois de Jean Baptiste. Les deux femmes se retrouvent (Luc 1, 39-56). A peine la salutation de Marie retentit-elle aux oreilles d’Élisabeth que l’enfant qu’elle porte tressaille en elle. L’évangéliste Luc précise qu’aussitôt Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, déclarant Marie « pleine de grâce ».

Le mystère de la Visitation nous propose, en condensé, toutes les dimensions du salut apporté par Jésus : une charité attentive aux besoins des autres, surtout des plus pauvres ; la joie d’un cœur ouvert au projet de Dieu ; une vision de foi sur la nature et la mission de Jésus.

L’enfant a tressailli d’allégresse

Qu’un enfant bouge dans le sein de sa mère, rien que de très naturel. Mais l’enfant d’Élisabeth tressaille d’allégresse, on pourrait même dire qu’il « bondit de joie ». Voilà qui dépasse les mouvements d’un enfant à naître. En réalité, la rencontre d’Élisabeth et de Marie semble se calquer sur celle de David et de l’Arche d’Alliance (2 Samuel 6,2-11). Le roi David se met à tressaillir d’allégresse et s’écrie : « Comment se fait-il que l’arche du Seigneur vienne chez moi ? » Ce rapprochement des deux scènes permet à l’évangéliste d’exprimer la foi chrétienne. Marie, comparée à l’Arche d’Alliance, porte en elle celui qui est la présence de Dieu parmi ses frères. Élisabeth reconnaît en l’enfant de Marie son « Seigneur » et son propre enfant reconnaît en bondissant de joie la grandeur de Jésus.

Celle qui a cru

Élisabeth est « remplie de l’Esprit Saint », autrement dit l’évangéliste la présente ici comme une prophétesse, une porte-parole de Dieu. Voilà pourquoi Luc note qu’elle « s’écria d’une voix forte ». Les lecteurs de cette scène de la Visitation peuvent comprendre que les paroles d’Élisabeth portent l’empreinte divine. Or ce que dit Élisabeth concerne Marie. Elle reconnaît d’abord dans sa parente « la mère de son Seigneur ». La prophétie d’Élisabeth culmine dans la béatitude qu’elle adresse à Marie : « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur« . Marie est reconnue comme « croyante ». Elle a pleine confiance. Pour Luc l’évangéliste, c’est bien la foi qui caractérise la mère du Seigneur.

Une scène à contempler

Contemplons cette scène de la Visitation. N’est-elle pas le prototype de toute rencontre authentique ? Car notre vocation est bien de nous porter mutuellement cette Bonne Nouvelle : oui, en Jésus, Dieu a établi sa demeure parmi nous. Mais comment le pourrons-nous, si nous nous fermons à l’Esprit et à sa mystérieuse fécondité ? Alors, à la suite de Marie et d’Élisabeth, osons croire que Dieu peut faire merveille dans nos vies. Ouvrons-nous à sa présence agissante, pour connaître ce tressaillement d’allégresse qui fut celui de Jean Baptiste.

 

Visitation : une méditation de Elisabeth de la Trinité

Il me semble que l’attitude de la Vierge, durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité, est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre « au dedans »…

Si tu savais le don de Dieu, disait un jour le Christ à la Samaritaine (Jn 4,10). Mais quel est-il ce don de Dieu, si ce n’est lui-même ? Et, nous dit le disciple bien-aimé, il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu (Jn 1,11). Saint Jean Baptiste pourrait dire encore à bien des chrétiens cette parole de reproche : II y en a un au milieu de vous, en vous, que vous ne connaissez pas (Jn 1/26). Si tu savais le don de Dieu !

Il est une créature qui connut ce don de Dieu, une créature qui n’en perdit pas une parcelle, une créature qui fut si pure, si lumineuse, qu’elle semble être la Lumière elle-même ! Une créature dont la vie fut si simple, si perdue en Dieu que l’on ne peut presque rien en dire. C’est la Vierge fidèle, celle qui gardait toutes choses en son cœur (Luc 2,19.51). Elle se tenait si petite, si recueillie en face de Dieu dans le secret du temple, qu’elle attira les complaisances de la Trinité Sainte : Parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante, désormais toutes les générations m’appelleront bienheureuse (Luc 1,48).

Le Père se penchant vers cette créature si belle, si ignorante de sa beauté, voulut qu’elle soit la Mère, dans le temps, de celui dont il le Père dans l’éternité. Alors l’Esprit d’amour qui préside à toutes les opérations de Dieu survint, la Vierge dit son « Fiat » : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole (Luc 1,38). Et le plus grand des mystères fut accompli ; et, par la descente du Verbe en elle, Marie fut pour toujours la proie de Dieu.

Il me semble que l’attitude de la Vierge, durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité, est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre « au dedans », au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement, Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle car à travers tout, la Vierge restait l’adorante du don de Dieu ! Cela ne l’empêchait pas de se dépenser au dehors lorsqu’il s’agissait d’exercer la charité. L’Évangile nous dit que Marie parcourut en toute hâte les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Elisabeth (Luc 1,39).

Jamais la vision ineffable qu’elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure car, dit le bienheureux Ruusbroek, si la contemplation « s’en va vers la louange, et vers l’éternité de son Seigneur, elle possède l’unité et ne la perdra pas. Qu’un ordre du ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu’elle pleure et qu’elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le ciel ce qu’elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève et reprend brûlante de son feu le chemin de la hauteur ».

Pourquoi fêter la Visitation ?

« Quel est le charisme de la Visitation ? » ;  Dieu donne la vie et comble les attentes de ceux qui l’espèrent contre toute espérance.

Un charisme est un don que Dieu fait à l’Eglise pour le service de l’humanité. La scène de la Visitation dans l’Evangile de Luc (1, 39-55) peut être lue comme une mise en mot du plus grand des dons de Dieu aux hommes et femmes de désir. Dieu donne son Fils pour leur plus grande joie.

Pourtant, cette irruption de vie n’aurait jamais dû se produire. Une Vierge et une vieille femme stérile ne peuvent pas humainement enfanter ! Néanmoins, ces deux femmes, cousines de sang et de désir, vont donner la vie par la grâce du Seigneur lui-même.

Cousines de désir

Marie, la jeune Vierge, porte le Fils de Dieu à Elisabeth, la femme usée et fatiguée. Celle-ci donnera naissance au dernier des prophètes de l’Ancienne Alliance : Jean Baptiste.

Jésus Christ, annoncé dans une rencontre (par les Marie d’hier et d’aujourd’hui : tous ceux qui annoncent le Christ)… ou reçu dans une visite (par les Elisabeth de tous les temps : les chercheurs de Dieu, les hommes et les femmes de bonne volonté…) est le don que Dieu fait à l’humanité pour qu’elle vive. Ainsi le croyant comprend qu’au-delà des situations qui semblent impossibles à vivre, Dieu ouvre un passage.

Hier comme aujourd’hui, Dieu donne la vie et comble les attentes de ceux qui l’espèrent contre toute espérance ; ce don de la vie a un visage en Jésus-Christ, pour la plus grande joie de la famille humaine et celle de Dieu.

Sébastien Antoni, aa

 

Visitation : Une méditation de Charles de Foucauld

 

Ô ma Mère, c’est à la fois une de vos fêtes, et une des fêtes de Jésus, aujourd’hui. Mais c’est plus encore la fête de Notre Seigneur, car c’est Lui qui agit en vous et par vous

La Visitation, c’est la charité du Christ vous pressant. C’est Jésus qui, à peine est-Il entré en vous,
 
a soif de faire d’autres saints et d’autres heureux… Par l’Annonciation, II S’est manifesté et donné à vous. Il vous a sanctifiée merveilleusement. 
 
Cela ne Lui suffit pas ; dans son amour pour les hommes, II veut tout de suite Se manifester, et Se donner par vous à d’autres.

Il veut en sanctifier d’autres. Et il se fait porter par vous chez Jean. C’est donc votre fête, ô ma Mère… la fête des communautés contemplatives et silencieuses (…).

Ce que va faire, en effet, la Vierge dans sa Visitation, ce n’est pas une visite à sa cousine pour se consoler mutuellement par le récit des merveilles de Dieu en elles. C’est encore moins une visite de charité matérielle pour aider sa cousine dans les derniers mois de sa grossesse et dans ses couches. C’est bien plus que cela. Marie part pour sanctifier saint Jean, pour lui annoncer  la Bonne Nouvelle, pour l’évangéliser et le sanctifier, non par ses paroles, mais en portant Jésus en silence, auprès de lui, au milieu de sa demeure. Ainsi font les religieux qui sont voués à la contemplation...

 

Les textes de la fête de la Visitation

Première lecture : Sophonie 3, 14-18 ; le psaume : Is 12, 1-6 ; l’évangile : Luc 1, 39-56.

 

Première lecture : Sophonie 3, 14-18

Pousse des cris de joie, fille de Sion !
Éclate en ovations, Israël !
Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem !
Le Seigneur a écarté tes accusateurs, il a fait rebrousser chemin à ton ennemi.
Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi.
Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem :
« Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ;
il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. »
J’ai écarté de toi le malheur, pour que tu ne subisses plus l’humiliation.

 

Psaume : Is 12, 1-6

Seigneur, je te rends grâce : ta colère pesait sur moi, 
mais tu reviens de ta fureur et tu me consoles.
Voici le Dieu qui me sauve : 
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut.
Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut.
Ce jour-là, vous direz :
« Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! »
Redites-le : « Sublime est son nom ! ».
Jouez pour le Seigneur, car il a fait les prodiges que toute la terre connaît.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

 

Evangile : Luc 1, 39-56

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ».

Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
 Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,  de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais. » Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.

 

Il est dans la nature de Marie de « visiter »

Selon René Voillaume, fondateur des Frères de Charles de Foucauld, Marie vient tous les jours nous visiter..

D’habitude, nous voyons surtout dans le mystère de la Visitation une action à imiter, comme si Marie n’avait fait que cette visite-là et pour qu’elle nous soit un exemple, oubliant qu’il est dans la nature de la Vierge de faire des visites, et que c’est même devenu pour elle une fonction que de visiter les hommes. Comme si nous étions pour elle un ami, un proche parent, elle vient nous visiter souvent.

Total dévouement de Marie

La Visitation est pour toujours la fête de ce total dévouement qui anime le coeur de Marie depuis qu’elle sait être la mère de Jésus ; elle va commencer désormais cette série innombrable de « visitations » qui ne finira plus tant qu’il y aura un homme sur la terre. Sa glorification et l’extension prodigieuse de la maternité à tous ceux qui naîtront de son Fils, vont donner à Marie un nombre infini de parents à visiter, simplement pour aider, avec cette présence tout humble qui la caractérise. Marie vient nous visiter avec Jésus caché en elle, pour nous aider dans nos nécessités les plus urgentes, les plus quotidiennes, j’allais dire les plus « ménagères », nécessités de travail, de devoir d’état, de relations.

Marie nous rend visite, et nous n’y avons peut-être pas pensé ? Elle nous visite souvent, tous les jours. C’est cela le sens le plus profond, le plus vrai de cette fête : la fête des visites innombrables, toutes simples, toutes personnelles, bien à nous, que Marie multiplie dans nos vies, à chaque moment, à chaque difficulté. Ce n’est pas là une pieuse pensée, mais une admirable réalité. Il est dans la nature de Marie de « visiter ». Elle fait des visites parce qu’elle porte Jésus, parce que nous lui sommes apparentés et parce que nous avons besoin d’elle.

Sa présence

Marie est présente dans notre vie : elle connaît, elle voit, elle s’inquiète, elle aime, elle demande, elle intervient. C’est sa manière à elle de nous visiter. La Visitation donne à cette présence de Marie un caractère plus familier, très humain : elle veut aider si discrètement qu’on ne saura pas que c’est elle, que nous ne nous sommes pas aperçus que Marie nous visitait ! Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle a commencé ; ce que je viens de vous en dire doit vous faire découvrir la réalité.

Non, elle ne commence pas de nous visiter, car elle l’a toujours fait, sans attendre que vous lui disiez merci. Vous ne le saviez pas ? Peut-être aujourd’hui commencerez-vous d’être un peu plus attentifs, et vous efforcerez-vous de recevoir les visites de Marie d’une manière plus consciente, de les désirer, de les attendre, et, quelquefois, d’y assister dans le fond de votre coeur, avec émerveillement et dans un sentiment d’infinie gratitude.

René Voillaume, fondateur des Frères de Charles de Foucauld.

 

Source : site Croire.com