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Le bon Roi René, construction d’une légende

Le « bon Roi René » ou la fabrication d’une légende

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La figure du Roi René se partage surtout entre deux villes en France, entre deux régions  : Angers et Aix-en-Provence, l’Anjou et la Provence. Le duc d’Anjou ne bénéficie pas de la même aura dans les deux villes : bien qu’il soit également honoré dans sa ville natale, c’est Aix-en-Provence qui se prévaut du titre de « la ville du Roi René ».  Ceci est dû certainement au caractère plus mesuré, plus pondéré des angevins et à l’histoire : l’Anjou est, fortement ancré dans l’héritage des rois de France par des liens matrimoniaux et par sa situation proche des terres des rois de France ; la Provence, au sud et loin des terres sous la dépendance des rois de France, longtemps gouvernée par les souverains aragonais ne se tourna vers le royaume de France que lors du mariage de Marguerite de Provence (1221-1295), fille de Béranger V, avec Louis IX, le futur saint Louis, devenant ainsi reine de France.

Mais la popularité de René d’Anjou en Provence peut s’expliquer également de bien des manières même si bien souvent la réalité historique est recouverte par les récits hagiographiques engendrant la légende d’un souverain plus provençal qu’angevin et la nostalgie d’un âge d’or révolue.

Les débuts des Angevins en Provence

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Avec la mort de Raymond-Béranger IV en 1245 commence la mainmise de la Maison d’Anjou sur la Provence. En effet sa fille Béatrice de Provence mariée à Charles Ier d’Anjou, comte d’Anjou et du Maine et frère de saint Louis, apporte en héritage les deux comtés de Provence et Forcalquier, les transmettant à la première maison capétienne d’Anjou.

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La reine Jeanne Ire de Naples (1328-1382), comtesse de Provence de 1343 à 1382 adopte en 1380 Louis Ier d’Anjou-Valois (1339-1384) mais c’est son fils Louis II, duc d’Anjou (1377-1417), qui deviendra de fait comte de Provence de 1384 à 1417. Son fils Louis II (1403-1434) sera lui comte de Provence de 1417 à 1434. C’est donc en 1434 que René fils de Yolande d’Aragon et de Louis II d’Anjou reçoit la Provence en héritage. Ainsi commence l’histoire de René d’Anjou avec la Provence.

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Le roi René en Provence

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René d’Anjou, ou René Ier d’Anjou, ou encore René Ier de Naples ou René de Sicile né le 16 janvier 1409 cumule sur sa tête de nombreux titres prestigieux : seigneur puis comte de Guise (1417-1425), duc de Bar (1430-1480) de fait dès 1420, duc consort de Lorraine (1431-1453), duc d’Anjou (1434-1480), comte de Provence et de Forcalquier (1434-1480), comte de Piémont, comte de Barcelone, roi de Naples (1435-1442), roi titulaire de Jérusalem (1435-1480), roi titulaire de Sicile (1434-1480) et d’Aragon (1466-1480), marquis de Pont-à-Mousson (-1480) ainsi que pair de France et fondateur de l’ordre du Croissant. Mais il ne reste dans les mémoires que peu de souvenirs aujourd’hui de tous ces titres….

Si en 1434 il devient comte de Provence il ne viendra que très  peu dans son comté avant 1476 où il se fixera définitivement dans la ville d’Aix. Si ces visites en Provence furent épisodiques il faut rappeler le contexte historique : la France se trouve en guerre avec l’Angleterre dans ce qu’on appelle la Guerre de Cent Ans (1337-1453) et la Maison d’Anjou reste fidèle à la couronne de France et combat aux côtés des troupes de Charles VII ; d’autre part René se heurte aux visées expansionnistes de  Philippe II de Bourgogne qui le fera prisonnier en 1431 après la bataille de Bulgnéville ; en 1438 il s’installe dans son royaume de Naples d’où il est chassé en 1442 par Alphonse II d’Aragon qui revendiquait également le royaume de Naples. C’est dire combien René d’Anjou ne pouvait que faire de brefs séjours dans son comté de Provence.

Ce n’est qu’à partir de 1471 qu’il s’installa définitivement à Aix-en-Provence. Etait-ce par amour de la Provence ? Que non ! (D’ailleurs en bon angevin il prit soin d’emmener avec lui ses vaches pour lui procurer son beurre vu qu’il détestait l’huile d’olive !). Il s’y installe par nécessité : en effet il est soupçonné par son neveu Louis XI, le roi de France, d’avoir fait alliance avec le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, contre le roi de France qui voulait mettre la main sur les duchés de Lorraine et du Bar. De ce fait il est condamné pour crime de lèse-majesté et doit se réfugier dans ses terres provençales afin d’échapper à la vindicte du roi de France dont on sait qu’il ne supportait aucune opposition et que sa vengeance pouvait être terrible. Même s’il ne risquait rien en fait puisque la Provence était terre d’Empire et donc à l’abri de toute représailles de Louis XI mieux valait bon an mal an s’éloigner !

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Comme le remarque bon nombre d’historiens la légende du « bon Roi René » peut commencer. !

Certes il se montra un mécène en faisant venir nombre d’artistes italiens ou flamands, il se constitua une cour rehaussant ainsi le prestige de la ville d’Aix. C’est également sous son règne que fut découvert fort fortuitement d’ailleurs les reliques de sainte Marie-Madeleine ouvrant la voie au culte de la sainte à la Sainte Baume avec la bénédiction papale : une découverte très politique puisque la dévotion était accréditée depuis longtemps à Vézelay en terre bourguignonne où se trouve d’ailleurs une basilique Sainte-Marie-Madeleine ! Quand la religion sert les intérêts de la politique surtout quand on connaît les rivalités entre les deux maisons !….

A ce prince mécène, ami des arts et féru de littérature on reproche cependant une fiscalité plutôt favorable à ses intérêts qu’à ceux de ses sujets ce qui tranche avec la bonhommie qu’on lui prête après sa mort ; d’autre part, bien qu’on lui bâtit une réputation de piété,  il ne favorisa guère les églises et couvents de la ville d’Aix-en-Provence hormis le couvent de Saint Victor de Marseille.

A sa mort en 1480 il laisse un testament qui fait entrer la Provence dans le royaume de France : en effet il ne laisse comme unique héritier que son neveu Charles IV du Maine (1446-1481) (Charles III de Provence) qui meurt en 1481 sans héritier laissant le champ libre à Louis XI pour intégrer le comté de Provence au royaume de France ce qui sera effectif en janvier 1482. A l’époque certains provençaux verront dans le Roi René le « fossoyeur de la Provence » ! : mais ceci sera vite oublier quelques années années plus tard et surtout au XIXè siècle au moment de la Restauration des Bourbons !

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Ce n’est que quelques années plus tard , surtout du XIIIè au XVIIIè siècle, que se développa dans la bonne société la légende du « Bon Roi René » et où Aix-en-Provence se voudra la « ville du Roi René » oubliant qu’il fut avant tout un prince angevin puisqu’il désira qu’après sa mort, son corps fut transféré dans sa ville d’Angers, mettant de côté certains faits  : René d’Anjou fut un prince malheureux  dans ses batailles pour défendre ses terres et un politique qui ne fit pas le poids face à l’habileté de ses adversaires tels les princes de Bourgogne, les rois d’Aragon ou surtout un Louis XI et que la mort de René mit fin à l’indépendance de la Provence Si le mythe perdure encore aujourd’hui c’est aussi qu’avec le Roi René la Provence perd le faste d’une cour princière et surtout une grande partie de son indépendance face au pouvoir royal. Rien de tel pour faire perdurer un mythe et l’entretenir soigneusement en dépit des faits historiques… C’est ainsi que l’on vent aux touristes une histoire quelque peu différente de la réalité.

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La sépulture du roi René

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René Ier mourut à Aix-en-Provence le 10 juillet 1480. Les Provençaux désiraient garder la dépouille du monarque sur leurs terres certains allant jusqu’à affirmer que René d’Anjou aurait confié à certains qu’il désirait reposer dans la cathédrale d’Aix. Mais  sa seconde épouse, Jeanne de Laval décida de respecter les dernières volontés de son époux et de le faire enterrer en la cathédrale Saint-Maurice d’Angers aux côtés de sa première épouse Isabelle Ier  de Lorraine.

Après presque une année d’attente et de tractations la reine organisa, de nuit, avec la complicité de quelques chanoines de la cathédrale et l’aide de Charles III, la fuite du corps du défunt en le dissimulant dans un tonneau au milieu de ses fourrures. Une fois mis sur une embarcation, celle-ci s’éloigna discrètement sur le Rhône. Le corps du roi René arriva en Anjou et fut placé, avec honneur et dévotion, dans le tombeau le 10 octobre 1481 qu’il avait fait réaliser lui-même dans la cathédrale d’Angers.

La statue du Roi René

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 Tout en haut du cours Mirabeau, le roi René trône. Et pour rappeler à Marseille que les comtes de Provence sont installés ici, on y érige en 1820 une belle fontaine ainsi qu’une statue sculptée par le sculpteur David d’Angers (à ne pas confonde avec le peintre du même nom) sauf que la statue du roi René ne lui ressemble en rien. « Le spectre dans sa main ne veut rien dire et le portrait original n’a rien à voir avec celui-ci. Et les Aixois s’en souviennent bien, alors à l’inauguration c’est le malaise. Les élus se sont même demandé s’ils n’allaient pas renvoyer la statue à Paris » souligne le guide Jérôme Segard. A noter que la statue représenterait le roi Louis XII (1462-1515), celui-là même qui installa le Parlement d’Aix en 1501. 200 ans plus tard, la fontaine est toujours là ainsi que la statue qui, soit dit en passant, ne fut jamais payée à David d’Angers par la ville d’Aix !

© Claude Tricoire

15 juin 2022

Rites, histoires et mythes de Provence

Noël Coulet

Presses universitaires de Provence, 2020. 256 pages.

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Cet ouvrage analyse la formation des rites et traditions dans la Provence de la fin du Moyen Âge, puis leur évolution et parfois transformation en mythe. Ainsi l’entrée royale dont le rituel s’inspire de l’entrée de Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux s’enrichit au XVIè  siècle d’un décor d’arcs de triomphe qui développent un discours historique à la gloire du souverain. Ainsi la procession de la Fête-Dieu d’Aix, cortège modeste et pieux à ses débuts au XIVè siècle, devient, à partir du XVIè  siècle une parade bruyante et colorée, rythmée par la représentation de tableaux vivants, les « jeux » attribués sans raison au roi René.

Un second ensemble d’études s’organise autour des histoires anciennes de la Provence et la constitution de l’image de deux personnages devenus de véritables figures légendaires, la reine Jeanne et le roi René, donnant lieu à une tradition narrative qui parasite encore aujourd’hui l’histoire. Un dernier ensemble d’articles s’attache à quelques récits apocryphes incrustés dans la mémoire collective et que l’on voit périodiquement resurgir : la légende du juif blasphémateur écorché vif à l’entrée de la Juiverie d’Aix, la bénédiction des calissons d’Aix, récit apocryphe à la limite du canular, fabriqué au milieu du XXè siècle.

Louis XI, le roi René et la Provence

Yannick Frizet

Presses universitaires de Provence, 2015. 364 pages

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Comment la Provence devient-elle française, à l’instigation du redoutable Louis XI ? Quelles sont les convoitises et ambitions royales face aux diverses principautés du Midi provençal, relevant alors de l’empire germanique ? Quels moyens se donne le roi comment use-t-il du Dauphiné frontalier ? Ces questions jusqu’alors peu fréquentées par les historiens trouvent ici de larges éclairages, fondés sur des sources parfois inédites, couvrant une période de quatre décennies (1440-1483) et une zone géographique comprenant tous les États du Midi provençal. Autant de petits territoires porteurs d’enjeux géopolitiques qui mobilisent jusqu’aux grandes puissances européennes. Une attention particulière est portée aux rapports houleux et aux intrigues nouées entre Louis XI et le roi René, avant-dernier comte de Provence, que l’on découvre bien peu conforme à sa légende dorée, mais aussi aux intermédiaires entre deux États sur le point de s’« unir » et aux vecteurs humains de l’influence française dans le Midi. Voici donc le récit d’une étape majeure de l’histoire d’une principauté méridionale qui aurait pu ne jamais devenir française.

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