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Dimanche 11 octobre 2020 : 28ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 11 octobre 2020 :

28ème dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaire de Marie-Noëlle Thabut




1ère Lecture

Psaume

Deuxième lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Livre du Prophète Isaïe 25, 6-10a

6 Le SEIGNEUR de l’univers,
préparera pour tous les peuples, sur sa montagne,
un festin de viandes grasses et de vins capiteux,

un festin de viandes succulentes et de vins décantés.
7 Sur cette montagne, il fera disparaître
le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples
et le linceul qui couvre toutes les nations.
8 Il fera disparaître la mort pour toujours.
Le SEIGNEUR Dieu essuiera les larmes sur tous les visages,
et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple.

Le SEIGNEUR a parlé.
9 Et ce jour-là, on dira :
« Voici notre Dieu,
en lui nous espérions, et il nous a sauvés ;
c’est lui le SEIGNEUR, en lui nous espérions ;
exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! »
10 Car la main du SEIGNEUR reposera sur cette montagne.


Un festin pour tous les peuples
Un festin : c’est l’image que le prophète Isaïe a choisie pour décrire l’aboutissement du projet de Dieu. Ce projet, nous le savons bien, c’est une humanité enfin unie, enfin pacifiée : s’asseoir à la même table, partager le même repas, faire la fête ensemble, c’est bien une image de paix. « Le SEIGNEUR de l’univers, préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés ».
Bien sûr, cette évocation est d’ordre poétique, symbolique : Isaïe ne cherche pas à décrire de façon réaliste ce qui se passera concrètement. Il veut nous dire « finies les guerres, les souffrances, les injustices », et il écrit « tous les peuples seront à la fête ». Et si ce chapitre a été écrit, comme on le croit, pendant ou après l’Exil à Babylone, on comprend que le rêve de fête se traduise par des images d’opulence.

On ne sait pas exactement quand ce texte a pu être écrit, mais il est clair que c’est dans une période difficile ! Si le prophète juge utile de proclamer « En ce jour-là, on dira « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés », il faut se dire qu’il cherche à remonter le moral de ses compatriotes ! Et il faut traduire : « Allez mes frères, dites-vous que dans quelque temps, vous ne regretterez pas d’avoir fait confiance… et je vais vous dire la fin de l’histoire : nous marchons lentement mais sûrement vers le jour de la paix définitive ; vous allez pouvoir redresser la tête ».
Je note que les promesses du salut ne sont pas réservées au seul peuple d’Israël : le festin préparé sur la montagne est pour tous les peuples : « Le SEIGNEUR de l’univers, préparera pour tous les peuples sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples. » Cette prise de conscience de l’universalisme du projet de Dieu a été tardive en Israël, mais ici c’est très clair.
C’est lui qui l’a promis
Et la seule vraie bonne raison d’y croire, c’est qu’il s’agit d’une promesse de Dieu : « Le SEIGNEUR a parlé », dit Isaïe. La voilà la phrase centrale du texte, pour le prophète, celle qui justifie son optimisme à toute épreuve. Le prophète est quelqu’un qui sait, qui a expérimenté l’œuvre  incessante de Dieu pour libérer son peuple. On ne peut pas être prophète (ou simplement témoin de la foi) si on n’a pas, d’une manière ou d’une autre, fait l’expérience personnelle ou collective de l’œuvre  de Dieu.

Or le peuple d’Israël prend bien soin de ressourcer perpétuellement sa foi dans la mémoire de l’œuvre  de Dieu. Et c’est parce qu’il ne l’oublie jamais qu’il peut traverser les heures d’épreuve. Comme Dieu a libéré son peuple des chaînes de l’Egypte, il continue au long des siècles à le libérer ; or les pires chaînes de l’homme, c’est l’incapacité à vivre en paix, à pratiquer la justice, à demeurer dans l’Alliance de Dieu. Si Dieu pousse son œuvre  jusqu’au bout (et Isaïe ne doute pas qu’il le fera), viendra le jour où tous les peuples vivront en paix et dans la fidélité à l’Alliance. Car c’est lui (le SEIGNEUR) qui l’a promis.
Il fera disparaître la mort pour toujours
Reste une phrase difficile : « Il fera disparaître la mort pour toujours » ; difficile… précisément parce qu’elle semble trop claire ! « Il fera disparaître la mort pour toujours » : quand nous lisons cette phrase aujourd’hui, nous sommes tentés de la lire à la lumière de notre foi chrétienne d’aujourd’hui et donc de prêter au prophète des pensées qui n’étaient pas les siennes. Dieu seul sait, évidemment, ce qu’Isaïe avait dans la tête, mais très certainement ce n’est pas encore ici une affirmation de la Résurrection au sens chrétien du terme ; le peuple d’Israël a peu à peu découvert, dès avant le Christ, la foi en la résurrection de la chair, mais très tardivement, bien après que le livre d’Isaïe ait été définitivement mis par écrit.
De quelle mort parle Isaïe ? Parle-t-il de mort physique ou de mort spirituelle ? De mort individuelle ou de mort collective, c’est-à-dire la disparition du peuple d’Israël ?
Pour l’homme de la Bible, la mort biologique individuelle fait partie de l’horizon ; elle est prévue, inéluctable, mais pas triste quand elle intervient normalement au soir d’une longue vie comblée. Pour l’individu, la seule mort que l’on craint c’est la disparition prématurée d’êtres jeunes ou la mort brutale, à la guerre par exemple. Isaïe évoque peut-être cela ici. Cela voudrait dire alors : il n’y aura plus jamais de mort brutale ou de mort prématurée. Le troisième Isaïe dit exactement cela.
Peut-être pense-t-il également à la mort spirituelle, car, parfois dans la Bible, on parle de mort et de vie dans un sens qui n’est pas biologique : pour le croyant de cette époque-là, vivre pleinement, c’est vivre sur la terre en Alliance avec Dieu (aujourd’hui on dirait en communion avec Dieu). Et ce qui est appelé mort, c’est la rupture d’Alliance avec Dieu. Et donc, ce qu’Isaïe entrevoit, c’est le Jour où on vivra en paix avec Dieu et avec soi-même ; les forces de mort seront détruites, la haine, l’injustice, la guerre.
Troisième hypothèse, peut-être Isaïe, ici, ne parle-t-il pas d’abord des individus, il parle du peuple dont la déchéance présente ressemble à une mort programmée. Grâce à sa foi dans les promesses de Dieu, Isaïe sait que ce peuple renaîtra
.
Depuis la Résurrection du Christ, en tout cas, la mort biologique a changé de visage. Il ne nous est pas interdit de penser : « Isaïe ne croyait pas si bien dire ! »
———————
Compléments à Isaïe 25
– Ce texte fait partie de ce qu’on appelle « L’Apocalypse d’Isaïe » (chap. 24-27). Quatre chapitres qui sont comme une vision de la fin du monde. Par avance, le prophète nous « dévoile » (c’est le sens du mot Apocalypse) les événements de la fin de l’histoire. D’ailleurs le chapitre 25, dont est tiré le passage d’aujourd’hui commence par une action de grâce : « SEIGNEUR, tu es mon Dieu, je t’exalte et je célèbre ton Nom, car tu as réalisé des projets merveilleux, conçus depuis longtemps, constants et immuables (25,1). Là
, le prophète parle au passé, comme si nous étions déjà parvenus à la fin de l’histoire et, comme s’il se retournait en arrière, il dit « Tu as réalisé des projets merveilleux, conçus depuis longtemps, constants et immuables ».
– « Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples » (verset 7) : le voile qui est traduit ici « voile de deuil » pourrait se traduire également le « voile d’ignorance » (celui qui empêche de voir et de comprendre). cf Is 29,10-12 ; 2 Co 3,12-18.
– « Sur sa montagne » : l’expression désigne Jérusalem. Puisqu’il n’entrevoit pas encore d’horizon autre que terrestre, on ne s’étonne pas qu’Isaïe situe l’avenir à Jérusalem, puisque c’est le lieu de la Présence de Dieu au milieu de son peuple.

PSAUME 22 (23)

1 Le SEIGNEUR est mon berger :
je ne manque de rien.
2 Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
3 et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

4 Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi,
ton bâton me guide et me rassure
.

5 Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

6 Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du SEIGNEUR
pour la durée de mes jours.


Le SEIGNEUR est mon berger
Ce psaume 22/23 (que nous connaissons bien pour avoir chanté « Le SEIGNEUR est mon berger, rien ne saurait me manquer »), ce psaume a un petit air bucolique tout à fait trompeur ! En fait, en quelques lignes seulement, puisque nous venons de l’entendre en entier, il aborde tous les aspects de notre vie ; contrairement aux apparences, il ne s’agit pas du tout d’une promenade champêtre ; il s’agit de la vie et de la mort ; de la peur des ennemis et de la foi en Dieu plus forte que toutes les menaces. Et il est très suggestif d’entendre ce psaume, en écho à la première lecture de ce vingt-huitième dimanche, première lecture tirée du livre d’Isaïe.
Ce psaume ne parle que de la vie dans l’Alliance avec Dieu, et nous avons vu avec Isaïe que seule cette vie mérite le nom de « Vie » ; toute situation de rupture avec Dieu s’appelle « Mort » quand on est croyant.

J’habiterai la Maison du SEIGNEUR
La Maison du Seigneur, c’est le Temple de Jérusalem. Une seule catégorie de personnes pouvait dire en vérité : « J’habiterai la Maison du SEIGNEUR tous les jours de ma vie », c’étaient les lévites.
Vous connaissez l’institution des lévites ; d’après le livre de la Genèse, Lévi est l’un des douze fils de Jacob, ces douze fils qui ont donné leurs noms aux douze tribus d’Israël ; mais la tribu de Lévi a depuis le début une place à part : au moment du partage de la terre promise entre les tribus, cette tribu n’a pas eu de territoire, pour être entièrement vouée au service du culte. On dit que c’est Dieu lui-même qui est leur héritage.
Les lévites vivaient dispersés dans les villes des autres tribus, vivant des dîmes qui leur étaient versées et ils montaient chaque année à Jérusalem pour y assurer leur service à tour de rôle. A Jérusalem, ils étaient consacrés au service du Temple et le gardaient nuit et jour.

Ce psaume évoque donc la joie qui habite le lévite dont la vie tout entière est consacrée à Dieu : « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du SEIGNEUR pour la durée de mes jours ». Mais, en réalité, si on parle du lévite, c’est pour mieux exprimer l’expérience du peuple tout entier.
Le peuple d’Israël comme un lévite
Comme le lévite a un sort particulier au sein du peuple d’Israël, de la même manière, Israël a un sort particulier au milieu des nations. C’est le mystère du choix de Dieu qui a élu ce peuple précis, sans autre raison apparente que sa souveraine liberté : chaque génération s’émerveille à son tour de ce choix, de cette Alliance proposée. Vous connaissez cette phrase du Deutéronome : « Interroge donc les jours du début, ceux d’avant toi, depuis le jour où Dieu créa l’humanité sur terre, interroge d’un bout à l’autre du monde ; est-il rien arrivé d’aussi grand ? A-t-on rien entendu de pareil ?… A toi, il t’a été donné de voir… » (Dt 4,32).
A ce peuple choisi librement par Dieu, il a été donné d’entrer le premier dans l’intimité de Dieu, bien sûr pas pour en jouir égoïstement, mais pour ouvrir la porte aux autres. En définitive, comme Isaïe nous l’a rappelé, c’est l’humanité tout entière qui entrera dans l’intimité de Dieu. Nous le lisons dans la première lecture de ce dimanche : le festin sur la montagne de Dieu est préparé pour tous les peuples.
Ce festin dont parle Isaïe, on en avait déjà un avant-goût dans les repas de communion qui suivaient les
sacrifices d’action de grâce au temple de Jérusalem : ce repas prenait les allures d’une joyeuse festivité entre amis avec une « coupe débordante » dans l’odeur des « parfums » (v. 5) : « Tu prépares la table pour moi… Tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante ».
Le peuple d’Israël comme une brebis
Il reste que, pour l’instant, historiquement, quand on chante ce psaume au Temple de Jérusalem, ce n’est encore qu’un avant-goût du bonheur promis pour la fin des temps. Il faut encore affronter bien des épreuves. Au sein de ces épreuves, il n’y a pas d’autre refuge que la confiance. Alors, on recourt à une autre image :
Israël est comparé à une brebis : son berger c’est Dieu ; on retrouve là un thème habituel dans la Bible : dans le langage de cour du Proche-Orient, les rois étaient couramment appelés les bergers du peuple ; le prophète Ezéchiel a repris cette image : il parlait des « bergers » d’Israël, et tout le monde comprenait qu’il s’agissait des rois.
Or, depuis les rois Saül et David, le peuple a eu de multiples bergers dont bien peu ont été de bons bergers selon les vues de Dieu. Lui seul mérite vraiment le nom de berger attentif aux besoins véritables de son troupeau : « Le SEIGNEUR est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles », là où rien ne manque.
Au milieu des difficultés du monde

Même quand il « traverse les ravins de la mort », comme dit le psaume, le peuple d’Israël sait que le Seigneur, comme un berger, le « mène vers des eaux tranquilles et le fait revivre ». Car il y a bien d’autres dangers sur le long chemin de l’histoire, ce sont les multiples ennemis… mais quoi qu’il arrive, il ne craint rien. Dieu est avec lui : « Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure… tu prépares la table pour moi devant mes ennemis » (v. 5).
Cette tranquille assurance du croyant s’appuie sur toute son expérience de la sollicitude de Dieu pour son peuple depuis tant de siècles. Les jours de découragement, il répète les paroles d’Isaïe : « Ce jour-là (sous-entendu à la fin des temps) on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés » (Is 25,9).

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Note sur Psaume 22/23
– Les lévites : Un des modèles de vie en communion avec Dieu, dans l’Ancien Testament, c’était le lévite. On disait que c’est Dieu lui-même qui est leur héritage : image que nous connaissons bien car elle a été reprise dans un autre psaume : « Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort. La part qui me revient fait mes délices ; j’ai même le plus bel héritage ! » (Ps 15/16).
Nous connaissons mieux, peut-être, le psaume 15/16 sous la forme qu’il a prise dans un negro spiritual : « Tu es, Seigneur, le lot de mon cœur , tu es mon héritage : en toi, Seigneur, j’ai mis mon bonheur, toi mon seul partage ».


DEUXIEME LECTURE –

Lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens 4, 12-14.19-20

Frères,
12 je sais vivre de peu,

je sais aussi être dans l’abondance.
J’ai été formé à tout et pour tout :
à être rassasié et à souffrir la faim,
à être dans l’abondance et dans les privations.
13 Je peux tout
en celui qui me donne la force.
14 Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires

quand j’étais dans la gêne.
19 Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse,
magnifiquement,
dans le Christ Jésus.
20 Gloire à Dieu notre Père
pour les siècles des siècles. Amen.


Paul et les problèmes d’argent
C’est depuis sa prison, probablement à Ephèse, dans les années 50, que Paul écrit aux Chrétiens de Philippes ; ils viennent de lui envoyer une aide financière par l’intermédiaire d’un certain Epaphrodite ; et Paul les en remercie ; cela nous vaut une superbe réflexion sur l’usage des biens de ce monde : « Je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance… être rassasié et souffrir la faim, être dans l’abondance et dans les privations… » Et Paul parle d’expérience puisqu’il ajoute : « J’ai été formé à tout et pour tout ». Et il fait même allusion à un vrai problème d’argent : « Vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne ».
Il y a là une leçon de liberté par rapport aux biens matériels. Ce n’est pas de la philosophie, ce n’est pas du stoïcisme, puisqu’il ajoute « Je peux tout en celui qui me donne la force (sous-entendu le Christ) ».
En même temps, Paul n’a ni fausse honte pour accepter une aide bienvenue, ni fausse pudeur pour parler d’argent. La vraie liberté par rapport à l’argent ne consiste pas à faire semblant de ne pas en avoir besoin ou envie ; il serait indécent vis-à-vis de tous les pauvres de la terre d’afficher de l’indifférence pour les biens matériels, quand on a la chance de ne pas en manquer.
Si on regarde bien, la Bible propose tout un enseignement sur l’usage des richesses. On peut retenir trois points principaux : Premièrement, les richesses sont une chance, elles méritent bien leur nom de « richesses ». Deuxièmement, elles peuvent aussi devenir un risque, une « pauvreté ». Troisièmement, contrairement aux apparences, nous ne sommes pas propriétaires de nos richesses, nous en sommes intendants.
Les richesses sont une chance

Premièrement, les richesses sont une chance, elles méritent bien leur nom de « richesses ». Aucun auteur biblique n’a jamais dit que les richesses étaient mauvaises en elles-mêmes : bien au contraire puisque la prospérité est reconnue comme un don de Dieu. Comme le dit Qohélet (l’Ecclésiaste) : « Si Dieu donne à quelqu’un biens et richesses avec pouvoir d’en profiter, d’en prendre sa part et de jouir ainsi de son travail, c’est là un don de Dieu » (Qo 5,18).
Les richesses sont aussi un risque

Deuxièmement, elles peuvent aussi devenir un risque, une « pauvreté »… et cela de deux manières : d’abord la richesse amassée pour elle-même devient un esclavage. « Nul ne peut avoir deux maîtres », on le sait bien. Et si la Bible fustige ceux qui accumulent des biens matériels, c’est d’abord parce qu’ils y perdent leur liberté. Par exemple, le livre du Deutéronome dit du roi : « Qu’il n’aille pas multiplier le nombre de ses chevaux… Son argent et son or, qu’il ne les multiplie pas à l’excès ! » (Dt 17,16-17). C’est Salomon qui est visé, lui, dont le livre des Rois racontait : « À Jérusalem, le roi fit abonder l’argent autant que les pierres, et les cèdres autant que les sycomores dans le Bas-Pays. » (1 Rois 10,27). On trouve chez tous les prophètes une croisade contre l’accumulation des richesses quand elles deviennent un but en elles-mêmes.
D’autre part, la richesse accumulée par les uns engendre la pauvreté des autres et cela on le sait bien. Il suffit de lire les diatribes du prophète Amos par exemple : « Ecoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays… » (Am 8,4) ou celles d’Isaïe : « Malheureux, vous qui ajoutez maison à maison, qui joignez champ à champ, jusqu’à occuper toute la place et habiter, seuls, au milieu du pays ! » (Is 5, 8).
Nous sommes seulement des intendants
Enfin, troisièmement, contrairement aux apparences, nous ne sommes pas propriétaires de nos richesses, nous en sommes intendants pour nous-mêmes et pour les autres. C’est le sens du geste d’offrande que nous faisons à chaque célébration de l’Eucharistie : nous apportons le pain et le vin qui symbolisent toutes les richesses de la terre et tout le travail humain : nous ne les donnons pas à Dieu… au contraire, nous reconnaissons qu’ils lui appartiennent déjà et qu’il nous les a confiés pour le bonheur de tous les hommes : « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes… » Peu à peu, ce geste répété nous fait entrevoir le mystère du plan de Dieu : ces biens reconnus comme ne nous appartenant pas, nous pourrons les partager et c’est ainsi que pourra s’instaurer le royaume de justice.
Dans la Lettre à Timothée, Paul fait en quelque sorte la synthèse de tout cet enseignement biblique : « Quant aux riches de ce monde, ordonne-leur de ne pas céder à l’orgueil. Qu’ils mettent leur espérance non pas dans des richesses incertaines, mais en Dieu qui nous procure tout en abondance pour que nous en profitions. Qu’ils fassent du bien et deviennent riches du bien qu’ils font ; qu’ils donnent de bon cœur et sachent partager. De cette manière, ils amasseront un trésor pour bien construire leur avenir et obtenir la vraie vie. (1 Tm 6,17-19).
Au fond, il nous est simplement demandé d’être des serviteurs fidèles et sensés, comme dit Saint Matthieu : « Que dire du serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison, pour leur donner la nourriture en temps voulu ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Amen, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. » (Mt 24,45).

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Compléments à Phi 4
– On trouve chez tous les prophètes une croisade contre l’accumulation des richesses, par exemple Zacharie : « Tyr s’est construit une forteresse, elle a accumulé de l’argent, épais comme la poussière et de l’or comme la boue des rues, mais voici que le Seigneur s’en emparera, il abattra son rempart dans la mer, et elle-même, le feu la dévorera » (Za 9,3-4).
– « Ce que vous avez en trop compensera ce qu’ils ont en moins, pour qu’un jour ce qu’ils auront en trop compense ce que vous aurez en moins » : peut-être est-ce cela que Jésus appelle « se faire des amis avec les richesses d’iniquité » ? Vous connaissez sa fameuse phrase : « Faites-vous des amis avec l’argent trompeur pour qu’une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles » (Luc 16,9).
– Enfin Saint Paul lui-même précise bien qu’il nous est demandé de partager, mais non pas de nous ruiner ! Dans la deuxième lettre aux Corinthiens, il écrit : « Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, mais de rétablir l’égalité. En cette occasion, ce que vous avez en trop compensera ce qu’ils ont en moins, pour qu’un jour ce qu’ils auront en trop compense ce que vous aurez en moins : cela fera l’égalité » (2 Co 8,13-14).


EVANGILE – selon saint Matthieu 22, 1-14

En ce temps-là,
1 Jésus se mit de nouveau à parler
aux grands prêtres et aux pharisiens,
et il leur dit en paraboles
:
2 « Le royaume des Cieux est comparable
à un roi qui célébra les noces de son fils.
3 Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités,
mais ceux-ci ne voulaient pas venir.
4 Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités :
‘Voilà : j’ai préparé mon banquet,

mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ;
tout est prêt : venez à la noce.’
5 Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent,
l’un à son champ, l’autre à son commerce ;
6 les autres empoignèrent les serviteurs,
les maltraitèrent et les tuèrent.
7 Le roi se mit en colère,
il envoya ses troupes,
fit périr les meurtriers

et incendia leur ville.
8 Alors il dit à ses serviteurs :
‘Le repas de noce est prêt,
mais les invités n’en étaient pas dignes.
9 Allez donc aux croisées des chemins :
tous ceux que vous trouverez,
invitez-les à la noce.’
10 Les serviteurs allèrent sur les chemins,

rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent,
les mauvais comme les bons,
et la salle de noce fut remplie de convives.
11 Le roi entra pour examiner les convives,
et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce.
12 Il lui dit :
‘Mon ami, comment es-tu entré ici,
sans avoir le vêtement de noce ?’
L’autre garda le silence.

13 Alors le roi dit aux serviteurs :
‘Jetez-le, pieds et poings liés,
dans les ténèbres du dehors ;
là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’
14 Car beaucoup sont appelés,
mais peu sont élus. »


Voici deux paraboles qui se suivent et ne se ressemblent pas ! Celle de l’invitation au repas de noce et celle du renvoi de l’homme qui ne portait pas la robe de noce. Certains pensent que ces deux paraboles n’étaient pas liées à l’origine : il serait contradictoire d’exiger une tenue de cérémonie de quelqu’un qu’on a ramassé sur la route ; mais si Matthieu les juxtapose volontairement c’est qu’il y a un enseignement à tirer de ce rapprochement. Prenons-les l’une après l’autre.
L’Alliance entre Dieu et l’humanité ressemble à des noces

« Un roi célébrait les noces de son fils »… et ce n’est pas n’importe quel roi, puisque, d’entrée de jeu, nous sommes prévenus, il s’agit du « Royaume des cieux » : cette seule expression nous suggère donc irrésistiblement qu’il s’agit de l’Alliance entre Dieu et l’humanité, Alliance qui s’accomplit en Jésus-Christ ; lui-même dans les évangiles se présente comme l’époux. Et d’ailleurs le mot « noce » revient sept fois dans cette parabole.
Cette symbolique des noces n’est pas très habituelle dans notre langage chrétien aujourd’hui et pourtant c’est dans ces termes-là que les textes tardifs de la Bible parlent du projet de Dieu sur l’humanité. Depuis les dernières prophéties d’Isaïe jusqu’à l’Apocalypse, en passant par le Cantique des Cantiques, et les livres de Sagesse, pour n’en citer que quelques-uns, l’amour de Dieu pour l’humanité est décrit en termes d’amour conjugal. Et c’est bien pour cela que Saint Paul dit que le mariage est « la meilleure image de la relation de Dieu avec l’humanité ».
Le peuple juif premier invité
Mais dans l’Ancien Testament, il était clair que cette annonce et l’accomplissement du salut universel de l’humanité passaient par Israël ; le peuple élu était en mission pour toute l’humanité ; c’est dans ce sens qu’on
a appris à lire la phrase de Dieu à Abraham « en toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12,3). Pour reprendre la comparaison de la noce, on dira que les Juifs étaient les premiers invités à la noce ; et le maître comptait sur eux pour élargir ensuite l’invitation et faire entrer derrière eux toute l’humanité.
Mais on sait la suite : la grande majorité des Juifs a refusé de reconnaître en Jésus le Messie. Dans la parabole, ils sont représentés par ces invités qui refusent de venir à la noce et vont jusqu’à maltraiter les serviteurs qui venaient les chercher. Que va-t-il se passer ? Dans la parabole, les serviteurs remplissent la salle de convives invités à la dernière minute. Dans la lettre aux Romains, Paul commente en disant que ce refus d’Israël, non seulement ne va pas faire obstacle à la noce, mais va même favoriser l’entrée de tous les peuples dans la salle du festin. « Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives »
.
La robe de noces
Passons à la deuxième parabole : un homme, invité de la dernière heure, entre sans habit de noce ; il est bien incapable de répondre à la question « Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? » Alors il est chassé. Cela ne signifie certainement pas qu’il lui fallait satisfaire à une exigence de comportement, que le vêtement de noce pourrait symboliser un mérite quelconque… Dès qu’on parle de « mérite » on dénature la grâce de Dieu, qui, par définition, est gratuite ! Avec Dieu, il n’y a pas de conditions à
remplir. La première parabole dit bien que tous ont pu rentrer, les mauvais comme les bons.
Alors, que peut signifier cette deuxième parabole ? Regardons la multitude qui entre dans la salle du festin des noces. Bons ou mauvais, tous ont été invités, tous ont accepté et ont revêtu la robe de fête : ils ont su accepter l’invitation imprévue et s’y sont préparés. Un seul n’a pas jugé utile de le faire : il n’a pas su apprécier l’aubaine de cette proposition inespérée et l’accueillir avec reconnaissance. A la question « comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? », il aurait suffi d’un mot d’excuse ou de regret,
mais il garde le silence. Ne pas se préparer pour un banquet, c’est s’en moquer et mépriser celui qui nous invite. Au fond, tout comme les premiers invités, il a péché par indifférence ou par suffisance. Conclusion : la première vertu qui nous est demandée, c’est l’humilité.
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Complément sur Matthieu 22
– Les premiers invités ayant décliné l’invitation, ce sont d’autres qui sont entrés : historiquement, c’est ce qui s’est passé : dans les Actes des Apôtres, on voit se répéter plusieurs fois le même scénario : chaque fois qu’il aborde une nouvelle ville, Paul se rend d’abord à la synagogue et commence par annoncer aux Juifs que Jésus est le Messie attendu ; certains le croient et deviennent chrétiens ; mais quand le succès de Paul commence à sortir des limites de la synagogue, et que des païens deviennent chrétiens à leur tour, ceux des Juifs qui ne se sont pas laissé convaincre prennent peur et chassent Paul. C’est exactement ce qui s’est passé à Antioche de Pisidie : « C’est à vous d’abord que devait être adressée la Parole de Dieu ! Puisque vous la repoussez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, alors nous nous tournons vers les païens. » (Ac 13,46).
A Iconium, à Thessalonique, il s’est passé la même chose (Ac 14,1) ; et c’est parce que les apôtres étaient chassés de ville en ville que l’Evangile s’est répandu de ville en ville. Une des leçons de la première parabole est alors que le refus d’Israël ne fait pas définitivement obstacle au projet de Dieu. De la même manière que les prostituées et les publicains ont pris la place des autorités religieuses du temps de Jésus, de la même manière, quelques années plus tard, au moment où Matthieu écrivait son Evangile, les païens sont entrés en masse dans l’Eglise grâce au refus des Juifs. D’un mal Dieu fait toujours sortir un bien.
– La robe de noce : autre interprétation possible : dans le vocabulaire du Nouveau Testament, on le sait, cette robe nuptiale, c’est celle des baptisés ; nous savons bien que ce que nous appelons aujourd’hui une « robe de baptême » est en réalité une « robe de mariée » ! La deuxième parabole concernerait donc les baptisés : ce sont eux qui sont entrés dans la salle des noces. Mais l’habit ne fait pas le moine, on le sait. Ce que Jésus rappellerait ici, ce sont les exigences qui découlent de notre Baptême. Comme il le dit lui-même « Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur ! qu’on entrera dans le Royaume des cieux ; mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7,21).

A L'ECOLE DE LA VIERGE MARIE, EGLISE CATHOLIQUE, JEAN EUDES (1601-1680), VIE CHRETIENNE, VIERGE MARIE

La vie chrétienne à l’école de la Vierge Marie selon saint Jean Eudes

A L’ECOLE DE LA VIERGE MARIE SELON SAINT JEAN EUDES

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« Nous ne devons pas séparer ce que Dieu a uni si parfaitement. Qui voit Jésus voit Marie, qui aime Jésus aime Marie. Celui-là n’est pas vraiment chrétien qui n’a pas de dévotion à la Mère de Jésus-Christ et de tous les chrétiens » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 337, Lecture 50).

« Il nous faut regarder et adorer son Fils en elle, et n’y regarder et adorer que lui. Car c’est ainsi qu’elle veut être honorée, parce que d’elle-même et par elle-même, elle n’est rien : son Fils est tout en elle » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 338, Lecture 50).

Dans la tension de ces deux citations, nous pouvons saisir le souci de saint Jean Eudes (SJE) (prêtre normand, 1601-1680) : donner une place à la Vierge Marie dans la vie et la dévotion chrétiennes, n’occulter en rien la place de Jésus-Christ.

Voilà la clé de la dévotion mariale chez Jean Eudes. Oui, Marie a une place importante, mais c’est à cause de son union à son Fils. « Elle n’est rien sans son Fils qui est tout en elle. » Cette considération doit nous interpeler dans notre pratique. Quand nous méditons le chapelet, nous ne contemplons pas la vie de Marie, mais les étapes et les mystères de la vie du Christ, dont Marie a été témoin et auxquels elle a été unie. Pour saint Jean Eudes, la dévotion mariale est contemplation de l’union indissociable du Christ et de Marie. « Son Fils Jésus est tout en elle : il est son être, il est sa vie, sa sainteté, sa gloire. Il faut le remercier et nous offrir à lui pour qu’il nous fasse participants de l’amour qu’elle lui a porté » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 337, Lecture 50).

Nous avons donc à contempler et respecter cette union : être de Marie – être de Jésus, vie de Marie – vie de Jésus, sainteté de Marie – sainteté de Jésus, gloire de Marie – gloire de Jésus.

 

 

  1. Sources scripturaires 
    Avec Luc, nous découvrons une femme banale, une jeune fille promise. Ce qui retient notre attention, c’est son « OUI » (Luc 1,38). À partir de ce « OUI », elle est unie au Christ. Elle le porte. Comme toute mère elle le portera toujours, jusqu’à avoir son cœur transpercé d’un glaive de douleur quand ce Fils mourra. À la Visitation, qu’est-ce que reconnaît Elisabeth ? « Comment ai-je ce bonheur que la Mère de mon Sauveur vienne jusqu’à moi » (Luc 1,43). Sous l’action de l’Esprit, Elisabeth authentifie l’union de Marie qui porte Jésus.

 

2 Marie favorise le passage de son union au Christ à notre union au Christ

À la crèche, la mère et l’enfant sont très proches. Mais Marie n’est pas propriétaire du don de Dieu. Aux bergers, aux mages, elle donne son fils à contempler, à reconnaître comme signe de l’œuvre de Salut de notre Dieu. Au Temple, elle laisse Syméon, cet inconnu, prendre l’enfant et lui-même en devenir porteur. Dès la naissance de Jésus, Marie découvre qu’elle doit communier à son offrande. Marie partage son union ; elle favorise le passage de son union au Christ à notre union au Christ. Cette part sacrificielle de sa vie en union au sacrifice du Christ, Marie l’expérimente peu à peu. C’est la leçon que nous pouvons retenir du pèlerinage au Temple quand Jésus eut douze ans (Luc 2,41-50). Elle doit apprendre que c’est au Temple, au lieu même du sacrifice, que son Fils doit être, dans l’accomplissement de la mission donnée par son Père. Et Marie doit y être aussi.

C’est ainsi que nous pouvons comprendre aussi l’épisode qui nous est rapporté de la rencontre de Jésus et de sa Mère alors qu’il est sur les routes (Matthieu XII, 46-50 ; Marc III, 31-35 ; Luc VIII, 19-21). Souvent, ces passages sont interprétés comme sévères vis-à-vis de Marie quand Jésus interroge : « Qui est ma mère ? » Mais la réponse du Seigneur est bien un éloge : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est ma mère. » Il n’y a pas de plus beau compliment fait à la Vierge Marie dans tout l’Évangile ! C’est bien elle qui fait la volonté de Dieu. Marie est bien celle par excellence qui communie à la volonté de Dieu, comme son Fils. Dans cette union totale avec le Fils, elle a souvent dit les paroles de Gethsémani : « Non pas ma volonté Seigneur, mais la tienne » (Luc 22,42).

Et c’est à partir de ces méditations de l’union du Christ et de Marie, que saint Jean Eudes a été conduit à contempler leur intimité. Et tout naturellement, il la situe dans le Cœur.

Dans l’Évangile de Jean, au chapitre 2, nous voici à Cana. Jésus et Marie sont là, ensemble, encore et toujours. Regardons Marie. Elle se préoccupe de la situation, elle est charité pour les mariés. Et se faisant, elle ne met pas le projecteur sur elle, mais sur son Fils : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2,5). SJE décrit ce mouvement : un amour qui unit Jésus et Marie, qui est ouvert sur l’amour pour tous les hommes et permet qu’ils rencontrent le Christ.

Cette dynamique culmine à la Croix. Jésus et Marie sont là, ensemble, encore et toujours. « Jésus dit à sa Mère : « Femme voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » » (Jean 19, 26-27). Tout est dit. Tout est vécu. L’amour culmine dans ce don. Jésus est donné. Marie aussi. De Mère du Christ, elle devient Mère des hommes. Son amour pour son Fils devient amour pour nous. Le Cœur de Marie, c’est le cœur de la Mère du Christ qui aime tous les hommes, avec un cœur de Mère. « Le Cœur de Marie est tout amour pour Dieu, car il n’a jamais rien aimé que Dieu seul […]. Il est tout amour, parce que la Vierge Marie a toujours aimé Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces. Il est tout amour parce qu’il a toujours voulu ce que Dieu voulait. […] Le Cœur de Marie est tout amour pour nous. Elle nous aime du même amour dont elle aime Dieu, car c’est Dieu qu’elle regarde et aime en nous. Et elle nous aime du même amour dont elle aime son Fils. Car elle sait qu’il est notre chef et que nous sommes ses membres » (Œuvres complètes, vol. VIII, p. 114, Lecture 53).

Voilà qui donne le vertige. Car si nous contemplons ce que Dieu a fait en Marie, nous sommes conduits à prendre conscience de ce qu’il a fait pour nous et, dans le même mouvement, à reconnaître combien nous lui en sommes redevables ! Nous pourrions fuir, nous estimer indignes de tels bienfaits. C’est à cause de ce risque qu’il y a le Carême. Il nous prépare à vivre la grandeur du don que Dieu nous fait et que nous célébrons à Pâques. Et c’est pour que nous ne fuyions pas que SJE lance cet appel : « Vous tous qui avez soif, venez boire à cette source. Hâtez-vous ! Pourquoi différez-vous d’un seul moment ? Vous craignez de faire du tort à votre Sauveur si vous vous adressez au Cœur de sa Mère ? Mais ne savez-vous pas que Marie n’est rien, n’a rien, ne peut rien que de Jésus, par Jésus et en Jésus ? Que c’est Jésus qui est tout, peut tout, et fait tout en elle ? Ne savez-vous pas que non seulement Jésus est résidant et demeurant continuellement dans le Cœur de Marie, mais qu’il est lui-même le Cœur de son Cœur, et qu’ainsi venir au Cœur de Marie, c’est venir à Jésus » (Œuvres Complètes, vol. VI, p. 148, Lecture 52).

Alors n’ayons pas peur. Comme Jean y a été invité au pied de la Croix, prenons Marie chez nous (Jean 19,27). C’est aussi l’expérience de Joseph : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, car l’enfant qu’elle porte, vient de l’Esprit Saint » (Matthieu 1,20). Nous voici dans notre troisième moment auquel nous invite saint Jean Eudes : vivre avec Marie.

 

  1. La vie chrétienne à l’école de la Vierge Marie 
    Le Cœur de Marie nous est donné pour devenir le nôtre, le siège du même amour, la force du même accueil de la volonté de Dieu, la capacité de la même offrande de notre vie. Mettons-nous à l’école de l’amour débordant de ce Cœur. « Ce Cœur admirable est l’exemplaire et le modèle de nos cœurs, et la perfection consiste à faire en sorte qu’ils soient autant d’images vives du saint Cœur de Marie » (Œuvres Complètes, vol. VIII, p. 431, Lecture 52). Saint Jean Eudes parle de Marie comme le prototype du chrétien puisque le Cœur de Marie est le modèle de notre cœur. Si nous nous référions au Cœur de Jésus seul, il paraîtrait normal qu’il soit la perfection de l’amour. Il est Dieu. Mais dans le Cœur de Marie, nous puisons le grand encouragement qu’un cœur humain puisse aimer de la sorte. Nous croisons ici toute la dynamique de la vie chrétienne prêchée par SJE. Il s’agit de « former Jésus en nous », de nous laisser configurer au Christ pour aller jusqu’à « continuer la vie de Jésus ». Voilà le programme. Impossible à remplir sans suivre l’exemple encourageant de Marie, sans être habité de l’amour de Dieu.

Notre cœur doit avoir une double orientation : aimer Dieu comme Marie à Cana qui va trouver son Fils, comme Marie du pèlerinage au Temple qui n’a de cesse de retrouver son Fils ; et aimer tous les hommes comme Marie de Cana qui se préoccupe de la situation, comme Marie de la Croix qui devient la mère de Jean, de nous tous.

À nous d’aller de l’avant dans cette lancée. Nous devons être à l’école du Cœur de Marie dont saint Jean Eudes décrit l’activité débordante : « Ô très douce et très pieuse Vierge Marie, vous qui regardez des yeux de votre bonté tant de misère et tant de misérables, dont toute la terre est remplie ; tant de pauvres, tant de veuves, tant d’orphelins, tant de malades en toutes manières, tant de captifs et de prisonniers, tant d’hommes qui sont traversés et persécutés par la malice des hommes, tant d’indéfendus qui sont opprimés par la violence de ceux qui sont au-dessus d’eux, tant de voyageurs et de pèlerins qui sont au milieu des périls, sur mer et sur terre, tant d’ouvriers évangéliques qui sont exposés à mille dangers pour sauver des âmes qui se perdent, tant d’esprits affligés, tant de cœurs angoissés, tant d’âmes travaillées de diverses tentations … » (Œuvres Complètes, vol. VII, p. 32, Lecture 57). À l’école de la Vierge Marie, c’est bien vers eux tous que nous devons orienter notre regard pour apporter, comme elle, la guérison par l’amour de son Fils.

Entendons pour nous-mêmes la réponse de Jésus : « Heureuse celle qui t’a nourri de son lait. – Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique » (Luc 11, 27-28). Vivons de cette béatitude vécue par Marie

 

 

SAINT JEAN EUDES (1601-1680)

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Jean Eudes est né le 14 novembre 1601 à Ri, près d’Argentan. Ses parents qui, pour obtenir un enfant, avaient invoqué la Vierge Marie, le lui consacrèrent dès avant sa naissance. Il passa son enfance à la campagne puis, à quatorze ans, il fut confié aux Jésuites de Caen. Adolescent, il manifestait une ténacité qui lui servira toujours, et il témoignait aussi d’une compréhension profonde de l’Evangile. Il fréquenta la Faculté de théologie de Caen (1621-1623) où il connut l’Oratoire, institut récemment fondé à Paris par Pierre de Bérulle. Jean Eudes, admis à l’Oratoire de Paris (25 mars 1623), poursuivit ses études dans les maisons de Marines et d’Aubervilliers. Il fut ordonné prêtre le 20 décembre 1625, après avoir été initié par Bérulle lui-même au mystère du Christ et de son Sacerdoce.

Les deux années suivantes furent un repos forcé, imposé par une grande fatigue. Jean Eudes fit de ce repos une longue retraite où il approfondit sa connaissance des Ecritures, des Pères et des spirituels. Il comprit de mieux en mieux que le Christ est notre Chef, que nous sommes ses membres et que nous devons vivre de sa vie. Il sera à la fois rénovateur et novateur. Rénovateur de la vie chrétienne, novateur par ses initiatives concrètes.

En 1627, son père lui écrivit que la peste ravageait la région d’Argentan où beaucoup mouraient seuls, sans sacrements. Il partit pour ce premier ministère, puis il rejoignit l’Oratoire de Caen. Dès lors, il se consacra aux missions intérieures. Durant cinquante ans, il prêcha, rappelant inlassablement la sainteté de la vie chrétienne : « Etre chrétien et être saint, c’est la même chose, c’est faire profession de Jésus-Christ. » Il insistait sur le baptême, point de départ et source de cette vie, dont recommandait de renouveler fréquemment les promesses.

Parce que Jean Eudes rencontrait souvent des prêtres médiocres ou ignorants, peu préparés à leur ministère, il se sentit appelé à préparer de meilleurs prêtres. Il rencontrait, chez ses supérieurs oratoriens un refus persistant. Il priait, réfléchissait, consultait mais attendait. Finalement, et non sans déchirement intérieur, il quitta l’Oratoire, et le 25 mars 1643, avec quelques prêtres, il commença une nouvelle communauté, la Congrégation de Jésus et Marie, dite aujourd’hui des Eudistes, qui ouvrit le séminaire de Caen. Désormais Jean Eudes travailla sur plusieurs fronts : les Missions, qu’il ne laissa jamais, et le séminaire. Cette seconde œuvre lui apparaissait primordiale, et si au cours d’une Mission il apprenait qu’il y avait besoin au séminaire, on devait, disait-il, « y courir comme au feu. »

Devenu supérieur d’une congrégation sacerdotale qu’il mit à la disposition des évêques, il fut sollicité pour fonder des séminaires en Normandie et en Bretagne. De 1643 à sa mort, il vécut un temps d’intense action pour le service de l’Eglise. Ce fut aussi des années d’épreuves. De la part de plusieurs personnes, d’anciens amis et de jansénistes, Jean Eudes rencontra toutes sortes d’oppositions. Raillé, vilipendé et calomnié, ce fut un homme à abattre. « La divine Miséricorde, écrit-il dans son Journal, m’a fait passer par un grand nombre de tribulations : c’est une des plus grandes faveurs qu’elle m’a faites. »

En 1648, Jean Eudes fit célébrer, à Autun, la première fête liturgique du Cœur de Marie. Un peu plus tard, en 1672, les communautés eudistes célébrèrent la première fête liturgique du Cœur de Jésus. L’institution de cette fête était l’aboutissement de toute une vie de prière et de service apostolique. Toute sa vie, Jean Eudes avait contemplé l’amour de Dieu. Il l’avait sans cesse découvert dans l’Écriture, médité dans les écrits des spirituels et dans sa prière ; il l’avait reconnu dans la vie, dans son ministère de prêtre.

Saint Jean Eudes mourut à Caen le 19 août 1680 et fut canonisé, le 31 mai 1925, en même temps que Jean-Marie Vianney. Dans le titre de sa canonisation, « Père, docteur et apôtre des cultes liturgiques des Cœurs de Jésus et de Marie », l’Église reconnaît l’engagement missionnaire constant de saint Jean Eudes au service de la vie chrétienne, invitant les baptisés à prendre conscience de l’union qu’ils sont invités à vivre avec le Christ pour ne faire qu’un seul cœur avec Lui et entre eux. Marie est « l’exemplaire » parfait et universel de la vie dans le Christ, elle dont le cœur ne fait qu’un avec celui de son Fils. Saint Jean Eudes demeure ainsi un des grands maîtres de l’École Française de Spiritualité au XVIIe siècle.

FILM BLAKkKLANDMAN, FILMS, SPIKE LEEE

Film BlacKkKlandman

Film BlacKkKlandman

Film de Spike Lee

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Deux critiques du film Balkkklandman qui donne l’histoire vraie d’un policier noir qui a infiltré le Klu Klu Klan au moment où les noirs d’Amérique revendique l’égalité avec les blancs avec le mouvement pour les droits civiques. Le film est surtout centré sur le mouvment des Blaks Power. C’est un film avec des moments parfois comiques mais aussi dramatiques car appuyés sur une réalté que l’on ne peut ignorer. Le film se termine avec les évènements de Charlestown. Un film d’hier et d’aujourd’hui : les braises du  racisme ne sont pas encore éteintes et pour combien de temps encore ?

 

Par l’intermédiaire d’un collègue blanc, un inspecteur noir infiltre le Ku Klux Klan. Une comédie engagée de Spike Lee, inspirée d’une histoire vraie.

La colère de Spike Lee se porte bien. Après quelques films médiocres, le réalisateur de Do the right thing et de Nola Darling n’en fait qu’à sa tête a retrouvé son mordant, son humour de sale gosse militant pour cette charge antiraciste et anti-­Donald Trump. Il faut dire que l’histoire — vraie ! — est totalement folle. A la fin des années 1970, Ron Stallworth (John David Washington, fils de Denzel, ­promis à une belle carrière) est un jeune inspecteur noir qui veut faire ses preuves dans la police de Colorado Springs. Quand, dans la presse locale, il tombe sur une petite annonce du Ku Klux Klan, son sang ne fait qu’un tour. L’organisation pour la « suprématie blanche » recrute ? Il décroche son téléphone et se fait passer pour un raciste de la pire espèce. Il ne commet qu’une erreur : se présenter sous son vrai nom !

Séduit par autant de haine, son inter­locuteur lui propose aussitôt un rendez-vous. Puisque, de toute évidence, Ron ne peut s’y rendre, son collègue Flip Zimmerman (Adam Driver) ira à sa place. Voilà donc la cellule du KKK de Colorado Springs infiltrée par un « Négro » et un Juif !… Les Mémoires de Ron Stallworth, parus en 2006, étaient déjà bourrés d’humour. Spike Lee en rajoute, s’en donne à cœur joie : il utilise la farce pour pourfendre ces bouseux bas du front qui prétendent représenter la crème de la race blanche. On jubile : voir un raciste pur jus se faire balader au bout du fil par l’incarnation même de ce qu’il honnit provoque un plaisir incommensurable. Et Spike Lee d’enfoncer le clou, non sans lourdeur par moments. Mais, à l’heure de Donald Trump, semble-t-il nous dire, la subtilité n’est pas de mise…

Peu à peu, pourtant, cette comédie ultra rythmée avance vers un grand moment dramatique où le cinéaste fait montre d’un étonnant sens du montage parallèle : d’un côté, une « messe » du Ku Klux Klan, avec baptême des ­recrues et projection de Naissance d’une nation, le film de Griffith, devant lequel les membres applaudissent à la mort des personnages noirs, comme à la corrida. De l’autre, au même ­moment, une réunion organisée par une jeune étudiante militante du Black Power où un vieil homme — incarné, superbe idée, par Harry Belafonte, le premier acteur noir à avoir lutté pour les droits civiques — fait le récit, insoutenable, du lynchage de Jesse Washington, qui, en 1916, fut émasculé, carbonisé et pendu à un arbre.

Rappeler l’horreur absolue du ­racisme. Se moquer, sans relâche, de ces Blancs suprémacistes. Mettre la musique à fond (la bande-son est ­géniale) pour noyer les affronts. Mais aussi, comme un leader du Black Power y engage son public au début du film, dire et redire la beauté des Noirs. Les exhorter à la fierté. C’est là que Spike Lee est le plus talentueux : lors de ce discours, le cinéaste cadre des ­visages dans l’auditoire. Trois femmes, ici. Deux hommes et une femme, là… ­Sublimes images d’une puissance qui vaut tous les manifestes. C’est à ces ­visages-là que l’on pense, à la fin du film, lorsque le réalisateur rappelle les manifestations d’extrême droite de Charlottesville, en 2017. Après avoir beaucoup ri face à la bêtise la plus crasse et la plus dangereuse, l’envie prend, soudain, de lever le poing.

 

Télérama

La critique par Guillemette Odicino

 

 

Tout ce qu’il faut savoir sur BlacKkKlansman, le dernier film de Spike

d’après le site : Lee http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-blackkklansman-le-dernier-film-de-spike-lee/

 

Sorti fin août dernier le nouveau long-métrage du cinéaste américain retrace l’histoire d’un policier noir qui infiltre le Ku Klux Klan dans les années 1970. Voici tout ce qu’il faut savoir.

 

BlacKkKlansman est basé sur les mémoires de Ron Stallworth. En 1979, alors qu’il est affecté au département des renseignements de la police de Colorado Springs, il lance une opération pour infiltrer le Ku Klux Klan, l’organisation terroriste défendant « l’Amérique blanche » et chrétienne qui orchestre des attentats contre la population afro-américaine et d’autres minorités.

Après qu’il a vu une publicité du Ku Klux Klan dans le journal local, Ron Stallworth joint l’organisation par téléphone et se fait passer pour un homme blanc et raciste afin de rejoindre le groupe, qui accepte. Lorsqu’il doit rencontrer les membres du Klan et se rendre aux réunions, il envoie un collègue blanc équipé d’un micro à sa place.

Cependant, comme le soulève le site Quartz, le film ne suit pas l’histoire au pied de la lettre. Par exemple, le partenaire blanc de Ron Stallworth (campé par Adam Driver) n’était pas juif dans la vraie vie. Aussi, dans le film, le policier évite qu’une bombe ne tue une jeune militante noire. Dans la réalité, cet attentat à la bombe n’a pas eu lieu et donc aucun membre du KKK ne s’est fait arrêter.

Dans le livre, Stallworth soupçonne l’organisation de planifier des bombardements dans des bars gays de la ville, mais aucun attentat n’est rapporté. Le film invente également certains personnages : Patrice, la militante dont Ron tombe amoureux, et Flanders, le policier raciste qui harcèle un groupe d’étudiants noirs au début du film. Ce dernier fait sans doute écho aux violences policières qui avaient lieu à l’époque – et qui ont lieu encore aujourd’hui.

« J’ai vu le film deux fois », a déclaré le véritable Ron Stallworth, âgé aujourd’hui de 65 ans, au Washington Post. Malgré ceux qui ont critiqué la véracité historique du film, le policier retraité a déclaré que le long-métrage était « un film très puissant ».Il a ajouté : « Spike a tissé une histoire autour de mon histoire. Il a fait du bon travail en faisant se rejoindre ces deux histoires et en connectant leur contexte historique, des États confédérés d’Amérique à Charlottesville, de David Duke à Donald Trump. »

 

Une légende au casting

Au casting, on retrouve Harry Belafonte, un acteur, chanteur et militant. Dans les années 1950 et 1960, il est le premier acteur noir à lutter pour les droits civiques  et devient le confident de Martin Luther King Jr. Dans BlacKkKlansman, il joue un militant âgé qui, lors d’une conférence avec une association étudiante du Black Power, raconte le lynchage de Jesse Washington.

Pour se rapprocher au maximum des faits réels, le film s’est aidé d’un article écrit par W.E.B. Du Bois, un militant de l’époque, qui avait publié, en juillet 1916, un compte rendu des événements long de huit pages dans le journal mensuel de l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP), The Crisis. Slate l’a récemment repris :

« De grandes masses d’humanité se précipitaient le plus vite possible dans les rues de la ville pour être présentes sur le pont au moment où la pendaison aurait lieu, mais quand on apprit que le Nègre serait emmené sur la pelouse de la mairie, une foule d’hommes, de femmes et d’enfants s’est dirigée vers cette pelouse.

Au moment où le corps allait être brûlé, les gens voulaient montrer leur engagement et se sont mis à frapper le Nègre avec tout ce qu’ils trouvaient, certains l’ont frappé avec des pelles, des briques et des bâtons, d’autres l’ont poignardé alors qu’il était pendu. Son corps était rouge, le sang de ses nombreuses blessures avait recouvert son corps de la tête aux pieds. »

À l’occasion de la 71e édition du Festival de Cannes, où le long-métrage a remporté le Grand Prix en mai dernier, Spike Lee confiait qu’il n’était pas sûr qu’Harry Belafonte puisse figurer dans le film. « À 91 ans, il nous a fait cet honneur », a-t-il ajouté, comme le rapporte AlloCiné.

 

Spike Lee raconte l’histoire des Afro-Américains

Depuis son tout premier court-métrage, sorti en 1979, le réalisateur d’Atlanta n’a cessé de raconter l’histoire des Afro-Américains au cinéma. Alors qu’il est étudiant à la New York University, il réalise The Answer, un film qui a presque provoqué son renvoi de l’institution. Il y raconte l’histoire d’un scénariste et réalisateur noir qui veut faire un remake de The Birth of a Nation, un film de 1915 sur la naissance du Ku Klux Klan.

L’œuvre de Spike Lee vise explicitement la violence raciste (4 Little Girls, Do the Right Thing, Chi-Raq) ou met en valeur des figures emblématiques de l’histoire afro-américaine (Malcolm X, Michael Jackson’s Journey from Motown to Off the Wall). Sorti en 1994, Crooklyn, est une chronique semi-autobiographique de son enfance à Brooklyn, qui suit l’histoire d’une petite fille noire. BlacKkKlansman s’inscrit dans cette lignée revendicatrice.

 

Mais comment prononcer « BlacKkKlansman » ?

Pour son nouveau film, Spike Lee a choisi de rajouter un « k » au titre des mémoires de Ron Stallworth, Black Klansman. « BlacKkKlansman » permet ainsi d’inclure « KKK » dans le titre, le sigle du Ku Klux Klan. Mais enfin, comment prononcer le titre du film ? Aux États-Unis, Slate s’est posé la question :

« Est-ce que c’est ‘Black K. Klansman’ ? ‘Black-K-K-K-Klansman’ ? ‘Blac-K-K-K-Lansman’ ? Ou peut-être simplement ‘Black Klansman’ ? Spike Lee a tendance à l’appeler ‘le film’ dans ses interviews, mais le producteur Jordan Peele a bien prononcé le titre ».

Heureusement, un représentant de Focus Features, la boîte de production du film, a confirmé que la prononciation officielle du titre est, tout simplement, « Black Klansman ». Le K en plus ne se prononce donc pas.

http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-blackkklansman-le-dernier-film-de-spike-lee/

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 62, PSAUMES

Le Psaume 62

PSAUME 62

lumignon-Taize

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire.

Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom.

Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler.

Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes.

Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient.

 [Mais ceux qui pourchassent mon âme, qu’ils descendent aux profondeurs de la terre,

qu’on les passe au fil de l’épée, qu’ils deviennent la pâture des loups !

 Et le roi se réjouira de son Dieu. Qui jure par lui en sera glorifié, tandis que l’homme de mensonge aura la bouche close !]

PRIERE POUR MON QUARTIER, PRIERES

Prière pour mon quartier

Prière pour mon quartier

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Seigneur, donne-moi le temps de poser mon regard 
sur les évènements et les personnes de mon quartier 
et de les voir avec Ton regard d’amour et d’attention.
Ces gens que chaque matin je croise 
sans toujours vraiment les voir 
à longueur de jours, de mois, d’années.

Donne-moi le temps de poser mon regard sur les êtres que j’aime,
mais aussi sur tous ces visages inconnus, 
qui passent devant ma maison, 
que je croise dans un escalier, 
à qui je donne un sourire, un bonjour, 
à qui je glisse un « message » dans la boîte à lettres.

Donne-moi de les regarder avec Ton regard de lumière 
quand, parfois, je ne les vois même plus, 
tant le souci de mes affaires, de mon travail, de mes fatigues,
parasite mon cœur et mon corps.

Oui, donne-moi de prendre le temps de les découvrir, 
de les apprécier, de me laisser surprendre encore et toujours 
par ceux et celles qui habitent mon quartier.

Oui, donne-moi de prendre le temps 
d’écouter leurs histoires, leurs joies et leurs peines, 
d’être un peu Ton oreille qui écoute, 
Ton visage qui éclaire, Tes mains qui réconfortent.
Apprends-moi à les porter dans mes prières 
quand, le soir, je me tourne vers Toi.

Oui, Seigneur, je vais prendre le temps de Te rencontrer 
dans mes frères et sœurs que tu me donnes de croiser 
chaque jour dans la rue.
Oui, je vais prendre le temps de Te les offrir, 
chaque dimanche, à l’eucharistie, 
pour qu’ils soient remplis de ton Esprit d’amour et de vie ! 
Amen !

 

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Paroisse Saint Jean Bosco, Paris XXème

 

EGLISE CATHOLIQUE, LITURGIE, MAURIE ZUNDEL (1877-1975), MESSE

La messe : un vrai poème ! — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

La messe est un véritable poème donné au monde par le Christ. Réflexions sur la dimension poétique du saint sacrifice.Dans son livre, Le poème de la sainte liturgie, Maurice Zundel propose une vision sacramentelle de l’univers où, par la liturgie, toutes les réalités chantent la gloire de Dieu et sont recréées dans le Verbe. En 1975,…

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PARIS (France), POEME, POEMES, TABLEAU DE PARIS A CINQ HEURES DU SOIR

Tableau de Paris à cinq heures du soir de Marc-Antoine Desaugiers

Marc-Antoine Desaugiers (1772-1827)

Tableau de Paris à cinq heures du soir
(1802)
1673
Notice.

DÉSAUGIERS, après avoir tracé la peinture de Paris à cinq heures du Matin, voulut faire un pendant à son tableau, et esquissa Paris à cinq heures du Soir. Je dis esquissa, car quel pinceau pourrait rendre complètement la physionomie de l’immense capitale, à cette heure où commencent tant de scènes dramatiques et bouffonnes, tant d’orgies et de mystères lugubres, tant de misères et de brillantes folies. Et comment circonscrire ce qui ferait le sujet d’un vaste poème, dans le cadre étroit d’une Chanson.

Si l’auteur voulait prendre le ton de la satire, il lui fallait lutter avec Boileau et avec Voltaire. Tout le monde sait par cœur cette philippique qui commence par ces vers :

Qui frappe l’air, bon Dieu, de ces lugubres cris ?
Est-ce donc pour veiller qu’on se couche à Paris ?

Ce sont les embarras de la rue que Boileau a dépeints. Les scènes d’intérieur ont été retracées de la manière la plus piquante dans la pièce de Voltaire où il fait le tableau d’un salon de son époque :

Après dîner, l’insolente Glycère
Sort pour sortir, sans avoir rien à faire.
Le Chansonnier dans une revue rapide et générale aiguise un trait, moins acéré peut être, mais d’une philosophie plus gaie et olus rieuse ; car ce qui distingue Désaugiers des faiseurs de chansons qui remplissent leurs couplets de banalités, et qui amènent tant bien que mal un refrain vulgaire, c’est qu’il pense souvent en philosophe et écrit en poète.

Le gai Désaugiers, avec son extérieur joyeux, était un homme mélancolique. Épanoui dans la société, son ame était rêveuse dans la solitude. Bouffon en apparence, boute-en-train à table, il était au fond épicurien, dans l’acception que l’on doit donner à ce mot. Epicurien à la façon de Chaulieu et de Saint-Evremond.

Désaugiers avait fait d’excellentes études, il était nourri de plusieurs modèles, et quand il s’élevait, il était à leur hauteur, autant que le lui permettait le genre auquel il avait voué sa muse. Il chante son refrain Il faut rire, ou il faut boire, comme Horace disait : Nunc est bibendum.

La Chanson de l’Epicurien est le code philosophique d’un homme dont le cœur est sensible ; et plusieurs Romances, où Désaugiers a laissé tomber ses pensées mélancoliques, respirent une grace touchante. Tant il est vrai que malgré soi, l’homme se peint toujours dans un coin de ses écrits.

Marc-Antoine Désaugiers, né à Fréjus en 1772, reçut bien jeune encore les leçons du malheur. C’est à cette école que les ames se trempent fortement ; la sienne résista aux plus rudes épreuves. Il raconte lui-même dans la préface de son premier recueil de chansons, comment la gaité le soutint dans les circonstances les plus pénibles, au milieu des horreurs de l’insurrection de Saint-Domingue, au moment où, condamné par un conseil de guerre, et les yeux déjà couverts d’un bandeau, il allait recevoir le coup fatal, lorsque par miracle il fut soustrait à la mort. Il appelle gaité ce qui était le courage de la résignation.

Il revoit sa patrie, et le goût de la poésie et du théâtre qui est si rarement la route de la fortune, l’entraîne par ces jouissances qui ne sont connues que de ceux qui aiment les lettres pour elles-mêmes. Il s’essaye dans ces petits spectacles où l’on retirait de ses pièces un gain bien léger, à cette époque où les théâtres supérieurs offraient eux-mêmes aux auteurs d’assez faibles ressources. Il voyage avec quelques amis, et leur bourse légère étant épuisée, ils se font acteurs de circonstance. Leur talent ne répondant pas à leur bonne volonté, ils fuyent la scène ingrate qui ne les nourrissait pas, et laissent jusqu’à leurs vêtements pour gages.

Mais de retour à Paris, Désaugiers parvient enfin à faire connaître son esprit, et bientôt son talent et son caractère lui assurent une position.

Dès lors, il marche de succès en succès. Sa verve s’anime, il chante, il est partout reçu, accueilli, fêté. Ses jours s’écoulent dans la joie, on l’applaudi au théâtre, on l’applaudit dans les banquets, où ses Chansons, chantées par lui, avaient un double attrait, car il les chantait aussi bien qu’il les faisait.

Le Caveau moderne nomme son président, celui qui avait hérité de l’esprit de Collé, de la gaité de Vadé, et du sel de Panard. Le Théâtre du Vaudeville choisit pour directeur l’émule des Piis et des Barré.

Mais Désaugiers n’économisait ni ses forces ni son esprit, il abrégea sa carrière en la remplissant trop. Il n’avait que cinquante-cinq ans, lorsque sa santé robuste chancela sous les rudes assauts qu’il lui faisait soutenir. Un lit de douleurs fut le dernier asyle de sa gaité. L’esprit lutta en vain contre le corps épuisé. Il fit en riant son épitaphe, et ses amis la lurent en pleurant.

Le 9 août 1827, Désaugiers ne chantait plus.

 

DU MERSAN.

 

Texte.

 

 

En tous lieux la foule
Par torrents s’écoule ;
L’un court, l’autre roule ;
Le jour baisse et fuit,
Les affaires cessent ;
Les dîners se pressent,
Les tables se dressent ;
Il est bientôt nuit.

Là, je devine
Poularde fine,
Et bécassine,
Et dindon truffé ;
Plus loin je hume
Salé, légume,
Cuits dans l’écume
D’un bœuf réchauffé.

Le sec parasite
Flaire… et trotte vite
Partout où l’invite
L’odeur d’un repas ;
Le surnuméraire
Pour vingt sous va faire
Une maigre chère
Qu’il ne paiera pas.

Plus loin qu’entends-je ?
Quel bruit étrange
Et quel mélange
De tons et de voix !
Chants de tendresse,
Cris d’allégresse,
Chorus d’ivresse
Partent à la fois.

Les repas finissent ;
Les teints refleurissent ;
Les cafés s’emplissent ;
Et trop aviné,
Un lourd gastronome
De sa chûte assomme
Le corps d’un pauvre homme
Qui n’a pas dîné.

Le moka fume,
Le punch s’allume,
L’air se parfume ;
Et de crier tous :
« Garçons, ma glace !
– Ma demi-tasse !…
– Monsieur, de grâce,
L’Empire après vous. »

Les journaux se lisent ;
Les liqueurs s’épuisent,
Les jeux s’organisent ;
Et l’habitué,
Le nez sur sa canne,
Approuve ou chicane,
Défend ou condamne
Chaque coup joué.

La Tragédie,
La Comédie,
La Parodie,
Les escamoteurs ;
Tout, jusqu’au drame
Et mélodrame,
Attend, réclame
L’or des amateurs.

Les quinquets fourmillent ;
Les lustres scintillent ;
Les magasins brillent ;
Et l’air agaçant
La jeune marchande
Provoque, affriande
Et de l’œil commande
L’emplette au passans.

Des gens sans nombre
D’un lieu plus smbre
Vont chercher l’ombre
Chère à leurs desseins.
L’époux convole,
Le fripon vole,
Et l’amant  vole
A d’autres larcins.

                       
Jeannot, Claude, Blaise,
Nicolas, Nicaise,
Tous cinq de Falaise
Récemment sortis,
Elevant la face,
Et cloués sur place,
Devant un Paillasse
S’amusent gratis.

La jeune fille,
Quittant l’aiguille,
Rejoint son drille
Au bal du Lucquet ;
Et sa grand’mère
Chez la commère,
Va coudre et faire
Son cent de piquet.

Dix heures sonnées,
Des pièces données
Trois sont condamnées
Et se laissent choir.
Les spectateurs sortent,
Se poussent, se portent…
Heureux s’ils rapportent
Et montre et mouchoir !

« Saint-Jean, la Flèche,
Qu’on se dépêche…
Notre calêche !
– Mon cabriolet ! »
Et la livrée,
Quoiqu’enivrée,
Plus altérée
Sort du cabaret.

Les carrosses viennent,
S’ouvrent et reprennent
Leurs maîtres qu’ils mènent
En se succédant ;
Et d’une voix âcre,
Le cocher de fiacre
Peste, jure et sacre
En rétrogradant.                     
Quel tintamarre !
Quelle bagarre !
Aux cris de gare
Cent fois répétés,
Vite on traverse,
On se renverse,
On se disperse
De tous les côtés.

La sœur perd son frère,
La fille son père,
Le garçon sa mère
Qui perd son mari ;
Mais un galant passe,
S’avance avec grâce,
Et s’offre à la place
De l’époux chéri.

Plus loin des belles
Fort peu rebelles,
Par ribambelles
Errant à l’écart,
Ont doux visage,
Gentil corsage…
Mais je suis sage…
D’ailleurs il est tard.

Faute de pratique,
On ferme boutique,
Quel contraste unique
Bientôt m’est offert !
Ces places courues,
Ces bruyantes rues,
Muettes et nues,
Sont un noir désert.

Une figure
De triste augure
M’approche et jure
En me regardant…
Un long qui vive ?
De loin m’arrive,
Et je m’esquive
De peur d’accident.

Par longs intervalles,
Quelques lampes pâles,
Faibles, inégales,
M’éclairent encor…
Leur feu m’abandonne
L’ombre m’environne ;
Le vent seul résonne,
Silence !… tout dort.

 

http://www.miscellanees.com/d/paris02.htm

EMILE ZOLA (1840-1902), LE REVE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le Rêve de Emile Zola

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Le Rêve (roman)

 

Le Rêve est un roman d’Emile Zola publié en 1888, , le seizième volume de la série Les Rougon-Macquart. Zola y aborde le thème de la religion mais de façon beaucoup moins violente et polémique qu’il ne l’avait fait dans La Conquête de Plassans ou La Faute de l’Abbé Mouret. Cette fois-ci, il s’intéresse à la foi populaire et au renouveau du mysticisme dans la société française de la seconde moitié du XIXè siècle.

Résumé

L’histoire se déroule dans le Val-d’Oise, dans une ville appelée Baumont-sur-Oise (inspiré de Cambrai pour décrire cette ville). La description de Beaumont-sur-Oise est précise, avec la ville haute ancienne et la ville basse plus moderne. La ville est accessible par la gare du Nord. L’héroïne est Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d’un père inconnu (elle est née quinze mois après le décès du mari de sa mère). Dès sa naissance, elle a été placée par la sage-femme à l’Assistance publique, puis confiée à une nourrice dans la Nièvre, à une fleuriste, et enfin aux Rabier, une famille de tanneurs qui la maltraitent. Une nuit de Noël, elle décide de fuir les Rabier et est recueillie par un couple de brodeurs, les Hubert, qui l’ont découverte transie, adossée à un pilier de la cathédrale de Beaumont. Cette famille très pieuse (ils confectionnent des broderies pour les vêtements et ornements ecclésiastiques) vit dans une toute petite maison adossée à la cathédrale. Angélique, qui est devenue la pupille des Hubert, montre beaucoup d’application et de goût pour la broderie. En même temps elle lit, et découvre la Légende dorée de Jacques de Vorogine, un ouvrage qui va changer sa vie d’adolescente. Elle s’identifie aux martyres, rêve d’avoir le même destin glorieux qu’elles, guettant par la fenêtre l’apparition qui va changer sa vie.

Cette apparition se présente finalement sous la forme d’un charmant jeune homme, Félicien, peintre verrier qu’elle identifie à saint Georges descendu de son vitrail. L’amour naît en eux, mais leurs familles s’opposent à leur mariage : d’un côté, Hubertine Hubert, sa mère adoptive, qui s’est mariée malgré l’interdiction de sa mère et estime en avoir été punie par le fait qu’elle ne peut avoir d’enfant, ne veut pas d’un mariage dicté par la passion ; même chose pour le père de Félicien, Monseigneur d’Hautecœur, évêque entré dans les ordres à la suite du décès de sa femme. Finalement, voyant qu’Angélique se consume peu à peu devant cette interdiction, les deux familles consentent au mariage. Mais Angélique meurt à la sortie de l’église, après avoir donné à Félicien son premier et dernier baiser.

 

 

Les Personnages des Rougon-Macquart
POUR SERVIR À LA LECTURE ET À L’ÉTUDE DE L’ŒUVRE DE 
ÉMILE ZOLA

par C. RAMOND (1901)

 

Personnages du livre « Le rêve »

Angélique Marie (l). — Fille non reconnue de Sidonie Rougon. Père inconnu. Elle est née à Paris, le 22 janvier 1851, quinze mois après la mort du mari de Sidonie. La sage-femme Foucart l’a déposée le 23 du même mois aux Enfants-Assistés de la Seine; elle y a été inscrite sous le numéro matricule 1634 et, faute de nom, a reçu les prénoms d’Angélique Marie. Le 25 janvier, l’enfant a été confiée à la nourrice Françoise Hamelin, maman Nini, qui l’a emportée dans la Nièvre, où elle a grandi en pleine campagne, conduisant la Rousse aux prés, marchant pieds nus, sur la route plate de Soulanges. Au bout de neuf ans, le 20 juin 1860, comme il fallait lui apprendre un état, elle est passée aux mains d’une ouvrière fleuriste, Thérèse Franchomme, née Rabier, cousine par alliance de maman Nini. Thérèse est morte six mois après chez son frère, un tanneur établi à Beaumont, et Angélique Marie, affreusement traitée par les Rabier, s’est enfuie, une nuit de décembre, le lendemain de Noël, emportant comme un trésor, cachant avec un soin jaloux le seul bien qu’elle possédât, son livret d’enfant assisté ! Habillée de loques, la tête enveloppée d’un lambeau de foulard, les pieds nus dans de gros souliers d’homme, elle a passé la nuit sous la neige, adossée à un pilier de la cathédrale et serrée contre la statue de sainte Agnès, la Vierge martyre, fiancée à Jésus. Au matin, la ville est couverte d’un grand linceul blanc, toutes les Saintes du portail sont vêtues de neige immaculée, et l’enfant misérable, blanche de neige, elle aussi, raidie à croire qu’elle devient de pierre, ne se distingue plus des grandes Vierges [4.].

Les Hubert la recueillent toute froide, d’une légèreté de petit oiseau tombé du nid [9]. C’est une gamine blonde, avec des yeux couleur de violette, la face allongée, le col surtout très long, d’une élégance de lis sur des épaules tombantes [5]. Son allure est celle d’un animal qui se réveille, pris au piège; il y a en elle un orgueil impuissant, la passion d’être la plus forte [12], on la sent enragée de fierté souffrante, avec pourtant des lèvres avides de caresses [17]. Elle va, pendant une année, déconcerter les Hubert par des sautes brusques; après des journées d’application exemplaire à son nouveau métier de brodeuse, elle deviendra tout à coup molle, sournoise, et, si on la gronde, elle éclatera en mauvaises réponses; certains jours, quand on voudra la dompter, elle en arrivera à des crises de folie orgueilleuse, raidie, tapant des pieds et des mains, prête à déchirer et à mordre. Mais ces affreuses scènes se terminent toujours par le même déluge de larmes, la même exaltation de repentir, qui la jette sur le carreau, dans une telle soif de châtiment qu’il faut bien lui pardonner [25]. C’est la lutte de l’hérédité et du milieu. Hubertine lui a enseigné le renoncement et l’obéissance, qu’elle oppose à la passion et à l’orgueil. A chaque révolte, elle lui a infligé une pénitence, quelque basse besogne de cuisine qui l’enrageait d’abord et finissait par la vaincre. Ce qui inquiète encore, chez cette enfant, c’est l’élan et la violence de ses caresses, on la surprend se baisant les mains; elle s’enfièvre pour des images, des petites gravures de sainteté qu’elle collectionne; elle s’énerve, les yeux fous, les joues brûlantes.

Angélique est une Rougon, aux fougues héréditaires, et elle vit loin du monde, comme en un cloître où tout conspire à l’apaiser. A l’heure de la première communion, elle a appris le mot à mot du catéchisme dans une telle ardeur de foi qu’elle émerveillait tout le monde par la sûreté de sa mémoire. Elle adore la lecture. Le livre qui achèvera de former son âme est la Légende dorée, de Jacques de Voragine, où d’abord les vieilles images naïves l’ont ravie, et dont elle s’est accoutumée à déchiffrer le texte. La Légende l’a passionnée, avec ses Saints et ses Saintes, aux aventures merveilleuses aussi belles que des romans, les miracles qu’ils accomplissent, leurs faciles victoires sur Satan, les effroyables supplices des persécutions, subis le sourire aux lèvres, un dégoût de la chair qui aiguise la douleur d’une volupté céleste, tant d’histoires captivantes où les bêtes elles-mêmes ont leur place, le lion serviable, le loup frappé de contrition; elle ne vit plus que dans ce monde tragique et triomphant du prodige, au pays surnaturel de toutes les vertus, récompensées de toutes les joies [39]. Le livre lui a appris la charité; c’est un emportement de bonté, où elle se dépouille d’abord de ses menues affaires, commence ensuite à piller la maison et se plaît à donner sans discernement, la main ouverte. A quatorze ans, elle devient femme, et quand elle relit la Légende, ses oreilles bourdonnent, le sang bal dans les petites veines bleues de ses tempes, elle s’est prise d’une tendresse fraternelle pour les Vierges. Elisabeth de Hongrie lui devient un continuel enseignement; à chacune des révoltes de son orgueil, lorsque la violence l’emporte, elle songe à ce modèle de douceur et de simplicité [43] et la gardienne de son corps est la vierge-enfant, Sainte Agnès [45].

A quinze ans, Angélique est ainsi une adorable fille; elle a grandi sans devenir fluette, le cou et les épaules toujours d’une grâce fière, la gorge ronde, la taille souple : et gaie, et saine, une beauté rare, d’un charme infini, où fleurissent la chair innocente et l’âme chaste [46]. Elle est devenue une brodeuse remarquable, qui donne de la vie aux fleurs, de la foi aux symboles ; elle a le don du dessin, on s’extasie devant ses Vierges, comparables aux naïves figures des Primitifs, on lui confie tous les travaux de grand luxe, des merveilles lui passent par les mains. Et sa pensée s’envoie, elle vit dans l’attente d’un miracle, au point qu’ayant planté un églantier, elle croit qu’il va donner des roses. A seize ans, Angélique s’enthousiasme pour les Hautecœur , en qui elle voit les cousins de la Vierge; elle voudrait épouser un prince, un prince qu’elle n’aurait jamais aperçu, qui viendrait au jour tombant la prendre par la main et la mènerait dans un palais; il serait très beau, très riche, le plus beau, le plus riche que la terre eût jamais porté. Et elle voudrait qu’il l’aimât à la folie, afin elle-même de l’aimer comme une folle, et ils seraient très jeunes, très purs et très nobles, toujours, toujours [69]. C’est ce rêve qu’elle va poursuivre maintenant.

Le miracle naîtra de son imagination échauffée de fables, des désirs inconscients de sa puberté. Elle s’est exaltée dans la contemplation du vitrail de la chapelle Hautecœur et quand, sous le mince croissant de la lune nouvelle, elle entrevoit une ombre immobile, un homme qui, les regards levés, ne la quitte plus, il lui semble que Saint Georges est descendu de son vitrail et vient à elle. L’apparition se précise, l’homme est un peintre verrier qui fait un travail de restauration ; elle sourit, dans une absolue confiance en son rêve de royale fortune. Lorsque l’inconnu pénètre chez les Hubert, elle peut bien jouer l’indifférence, la femme qui est en elle peut obéir à un obscur atavisme, se réfugier dans la méfiance et le mensonge; Angélique, malgré ses malices d’amoureuse, ne cesse de croire à sa grande destinée, elle reste certaine que l’élu de son cœur ne saurait être que le plus beau, le plus riche, le plus noble. Et la révélation décisive, l’humble verrier devenu Félicien VII de Hautecœur, héritier d’une illustre famille, riche comme un roi, beau comme un dieu, ne parvient pas a l’étonner. Sa joie est immense, parfaite, sans souci des obstacles, qu’elle ne prévoit pas. il semble à Angélique que le mariage s’accomplira dès le lendemain, avec celle aisance des miracles de la Légende. Hubertine la bouleverse en lui montrant la dure réalité, le puissant évêque ne pouvant marier son fils à une pauvresse. Son orgueil est abattu, elle retombe à l’humilité de la grâce, elle se cloître même, sans chercher à revoir Félicien ; mais elle est certaine que les choses se réaliseront malgré tout ; elle attend un miracle, une manifestation de l’invisible. Dans son inlassable confiance, sûre que si monseigneur refuse, c’est parce qu’il ne la connaît pas, elle se présente à lui au seuil de la chapelle Hautecœur et, d’une voix pénétrante de charme, peu à peu raffermie, elle dépend sa cause, elle se confesse toute, dans un élan de naïveté, d’adoration croissante; elle dit le cantique de son amour et elle apparaît comme une décès vierges légendaires des anciens missels, avec quelque chose de frêle, d’élancé dans la passion, de passionnément, pur [227]. Au refus de l’évêque, toute espérance humaine est morte, il semble que le rêve soit à jamais aboli. Une courte révolte soulève Angélique, elle aime en désespérée, prête à fuir aveu l’amant : c’est une dernière bataille que se livrent l’hérédité et le milieu. Elle sort de ce suprême combat touchée définitivement par la grâce, mais une langueur l’épuisé, c’est un évanouissement de tout son être, une disparition lente, elle n’est plus qu’une flamme pure et très belle [254].

Et alors le miracle s’accomplit. Monseigneur a cédé. Angélique était sans connaissance, les paupières closes, les mains l’aidés, pareille aux minces et rigides figures de pierre couchées sur les tombeaux. Le : « SI DIEU DIEU VEUT, JE VEUX » des Hautecœur l’a ressuscitée. Plus rien des révoltes humaines ne vit eu elle. Désormais en état d’humilité parfaite, elle remet au cher seigneur qu’elle va épouser son livret d’élève, celte pièce administrative, cet écrou où il n’y a qu’une date suivie d’un numéro et qui est son unique parchemin. ET c’est maintenant la pleine réalisation de son rêve ; elle laisse tomber sur les misérables un fleuve de richesses, un débordement de bien-être; elle épouse la fortune, la beauté, la puissance, au delà de tout espoir et, toute blanche dans sa robe de moire ornée de dentelles et de perles, parvenue au sommet du bonheur, elle meurt en mettant un baiser sur la bouche de Félicien [309]. (Le Rêve.)

 

Hautecœur (Félicien VII de) (l). — Fils de Jean XII de Hautecœur, depuis évêque de Beaumont, et de Paule de Valençay. il a perdu sa mère en naissant. Un oncle de celle-ci, un vieil abbé, l’a recueilli, son père ne voulant pas le voir, faisant tout pour oublier son existence. On l’a élevé dans l’ignorance de sa famille, durement, comme s’il avait été un enfant pauvre. Plus tard, le père a décidé d’en faire un prêtre, mais le vieil abbé n’a pas voulu, le petit manquant tout à fait de vocation. Et le fils de Paule de Valençay n’a su la vérité que très tard, à dix-huit ans. Il a connu alors son ascendance illustre, ce long cortège de seigneurs dont les noms emplissent l’histoire et dont il est le dernier rejeton; l’obscur neveu du vieil abbé est brusquement devenu Félicien VII de Hautecœur, et ce jeune homme qui, épris d’un art manuel, devait gagner sa vie dans les vitraux d’église, a vu toute une fortune s’écrouler sur lui ; les cinq millions laissés par sa mère ont’ été décuplés par des placements en achats de terrains à Paris, ils représentent aujourd’hui cinquante millions [66]. Un des grands chagrins de l’évêque est la fougue du jeune homme, sur laquelle l’oncle lui fournit des rapports inquiétants, ce ne sera jamais qu’un passionné, un artiste. Et, craignant les sottises du cœur, il l’a fait venir près de lui, à Beaumont, réglant à l’avance un mariage pour prévenir tout danger [207].

A cette époque, Félicien Vil a vingt ans. Blond, grand et mince, il ressemble au saint Georges de la cathédrale, à un Jésus superbe, avec ses cheveux bouclés, sa barbe légère, son nez droit, un peu fort, ses yeux noirs d’une douceur hautaine. Et malgré ces yeux de bataille, il est timide; à la moindre émotion, colère ou tendresse, le sang de ses veines lui monte à la face [106]. Le fils de Jean XII de Hautecœur habite un pavillon dans le parc de l’évêché, séparé par le clos Marie de la fraîche maison des Hubert où vit Angélique. Il aime la petite brodeuse depuis un soir qu’il l’a aperçue à sa fenêtre; elle n’était alors qu’une blancheur vague ; il distinguait à peine son visage et pourtant, il la voyait, il la devinait telle qu’elle était. El comme il avait très peur, il a rôdé pendant des nuits sans trouver le courage de la rencontrer en plein jour. Plus lard, il a su qui était cette jeune fille ; c’est alors que la fièvre a commencé, grandissant à chaque rencontre ; il s’est senti très gauche la première fois, ensuite il a continué à être très maladroit en poursuivant Angélique jusque chez ses pauvres ; il a cessé d’être le maître de sa volonté, faisant des choses avec l’étonnement et la crainte de les faire, et lorsqu’il s’est présenté chez les Hubert pour la commande d’une mitre, c’est une force qui l’a poussé [159]. Longtemps il a cru qu’on ne l’aimait pas, il a erré en rase campagne, il a marché la nuit, le tourment galopant aussi vite que lui et le dévorant. Mais lorsqu’il reçoit l’aveu d’Angélique, sa jeunesse vibre dans la pensée d’aimer et d’être aimé.

Il est la passion même, la passion dont sa mère est morte, la passion qui l’a jeté à ce premier amour, éclos du mystère [197]. Angélique connaît maintenant son grand nom, il est le fier seigneur dont les Saintes lui ont annoncé la venue, mais la sage Hubertine, inaccessible aux mirages du rêve, a exigé de Félicien le serment de ne plus reparaître, tant qu’il n’aura pas l’assentiment de monseigneur [215]. Le soir même, il s’est confessé à son père, qui, le cœur déchiré par sa passion ancienne, a formellement condamné en son fils cette passion nouvelle, grosse de peines; la parole de l’évêque est d’ailleurs engagée aux Voincourt, jamais il ne la reprendra. Et Félicien s’en est allé, se sentant envahir d’une rage, dans la crainte du flot de sang dont ses joues s’empourprent, le flot de sang des Hautecœur, qui le jetterait au sacrilège d’une révolte ouverte [219].

Il s’enfièvre, il écrit à Angélique des lettres que les parents interceptent, il voudrait partir avec elle, conquérir le bonheur qu’on leur refuse, mais la pure enfant est défendue par les vierges de la Légende [269]. Celte fois, Félicien se révolte contre l’impitoyable évêque, perdant tout ménagement, parlant de sa mère ressuscitée en lui pour réclamer les droits de la passion. Enfin, devant Angélique mourante, l’évêque a fléchi ; il accomplit le miracle de la faire revivre, elle deviendra sa fille, Félicien Vil de Hautecœur sera uni, en une cérémonie pompeuse, à l’humble créature qui, pour tous parchemins, possède un livret d’enfant assisté [296].

Et Félicien achète derrière l’Evêché, rue Magloire, un ancien hôtel, qu’on installe somptueusement. Ce sont de grandes pièces, ornées d’admirables tentures, emplies des meubles les plus précieux, un salon en vieilles tapisseries, un boudoir bleu, d’une douceur de ciel matinal, une chambre à coucher surtout, un nid de soie blanche et de dentelle blanche, rien que du blanc, léger, envolé, le frisson même de la lumière [298]. Mais Angélique ne connaîtra pas cet hôtel princier, plein de bijoux et de toilettes de reine. Au sortir de la cathédrale, parmi l’encens et le chant des orgues, elle s’éteint dans un baiser et Félicien ne tient plus qu’un rien très doux, très tendre, cette robe de mariée, toute de dentelles et de perles, la poignée de plumes légères, tièdes encore, d’un oiseau [310]. (Le Rêve.)

(l) Félicien de Hautecœur, marié en 1869 a Angélique Rougon. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

 

Rougon (Sidonie) (1). — Fille de Pierre Rougon et de Félicité Puech. Sœur d’Eugène, Pascal, Aristide et Marthe. Mère d’Angélique Marie. Elle est née en 1818 à Plassans. A vingt ans, elle a épousé un clerc d’avoué de Plassans et est allée se fixer avec lui à Paris [81]. (La Fortune des Rougon.)

Elle s’est établie rue Saint-Honoré, où elle a tenté avec son mari, un sieur Touche, le commerce des fruits du Midi. Mais les affaires n’ont pas été heureuses et, en 1850, on la retrouve veuve, pratiquant des métiers interlopes, dans une boutique avec entresol et entrée sur deux rues, faubourg Poissonnière et rue Papillon.

Petite, maigre, blafarde, doucereuse, sans âge certain [231], elle tient bien aux Rougon par cet appétit de l’argent, ce besoin de l’intrigue qui caractérise la famille. Les influences de son milieu en ont fait une sorte de femme neutre, homme d’affaires et entremetteuse à la fois [69]. La fêlure de cet esprit délié est de croire elle-même à une fantastique histoire de milliards que l’Angleterre doit rembourser, appât magique dont elle sait se servir avec habileté pour griser ses clientes. Son frère aîné Eugène Rougon, qui estime fort son intelligence, l’emploie à des besognes mystérieuses ; elle a puissamment aidé aux débuts de son frère cadet Aristide, en combinant son mariage avec Renée Béraud Du Châtel et elle continue ses bons offices au ménage, servant les intérêts du mari auprès des puissants [98], offrant des amants à la femme, dont elle abrite les passades [131], mettant son entresol à la disposition du jeune Maxime Saccard [133]. Elle juge les femmes d’un coup d’œil, comme les amateurs jugent les chevaux [132] et s’emploie, moyennant finances, à protéger toutes les turpitudes et àétouffer tous les scandales. Mielleuse et aimant l’église, Sidonie est au fond très vindicative. Pleine de colère contre Renée, qui s’est révoltée devant la grossièreté d’un de ses marchés d’amour [235], elle se charge de l’espionner et dénonce à Aristide ses amours avec Maxime [310]. Cette dernière infamie lui rapporte dix mille francs [336], qu’elle va manger à Londres, à la recherche des milliards fabuleux. (La Curée.)

Son mari mort et enterré, elle a eu une fille quinze mois après, en janvier 1851, sans savoir au juste où elle l’a prise. L’enfant, déposée sans état civil, par la sage-femme Foucart, à, l’Assistance publique, a reçu les prénoms d’Angélique Marie. Jamais le souvenir de cette enfant, née d’un hasard, n’a échauffé le cœur de la mère [50]. (Le Rêve.)

Sidonie vient à l’enterrement de son cousin le peintre Claude Lantier. Elle a toujours sa tournure louche de brocanteuse. Arrivée rue Tourlaque, elle monte, fait le tour de l’atelier, flaire cette Misère Due et redescend, la bouche dure, irritée d’une corvée inutile [477]. (L’Œuvre.)

Beaucoup plus tard, lasse de métiers louches, elle se retire, désormais d’une austérité monacale, à l’ombre d’une sorte de maison religieuse; elle est trésorière de l’Œuvre du Sacrement, pour aider au mariage des filles-mères [l29]. (Le Docteur Pascal.)

(1) Sidonie Rougon, née en 1818; épouse, en 1838, un clerc d’avoué de Plassans, qu’elle perd à Paris, en 1850 ; a d’un inconnu, en 1851, une fille qu’elle met aux Enfants Assistés. [Élection du père. Ressemblance physique avec la mère]. Courtière, entremetteuse, tous les métiers, puis austère. Vit encore à Paris, trésorière de l’Œuvre du Sacrement. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

 

 

Emile Zola (1840-1902)

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Emile Zola n’a que sept ans quand meurt son père, ingénieur vénitien. Il vit alors dans la pauvreté. Après avoir abandonné ses études scientifiques, il devient, de 1862 à 1866, chef de publicité à la librairie Hachette, ce qui lui permet de connaître les plus grands auteurs de l’époque. Emile Zola publie son premier ouvrage, « Contes à Ninon » à l’âge de vingt-quatre ans et fréquente les républicains. Puis il se lance dans une carrière de journaliste engagé. Dans ses critiques littéraires, il prône une littérature « d’analyse » s’inspirant des méthodes scientifiques. Son premier succès, le roman « Thérèse Raquin », lui vaut de nombreuses critiques de la part de la presse. 

Influencé par les études de Prosper Lucas et de Charles Letourneau sur l’hérédité et la psychologie des passions, Emile Zola entreprend une immense œuvre naturaliste, « Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire », une saga constituée de romans réalistes et « scientifiques ». Ce projet l’occupera pendant un quart de siècle. Chacune des œuvres des « Rougon-Macquart », préparée par une enquête détaillée, montre l’affrontement des forces naturelles, soumises aux circonstances et à l’environnement social, qui gouvernent le destin des personnages. Et ceci quel que soit leur milieu d’origine : Paris populaire, courtisanes, capitalisme, mineurs, paysans… C’est le septième roman de la série, « L’assommoir » (1877), chef d’œuvre du roman noir qui lui apporte la célébrité. Dans « Germinal » (1885), il dépeint le monde ouvrier comme jamais il ne l’avait été auparavant et décrit le déterminisme économique comme la fatalité moderne. 

Avec toute son ardeur combattante, son courage et le poids de sa notoriété, Emile Zola s’engage dans l’affaire Dreyfus en publiant plusieurs articles dont son célèbre « J’accuse » dans le journal « L’Aurore » du 13 janvier 1898. Il est très critiqué par les nationalistes et le procès qui s’en suit l’oblige à s’exiler pendant un an en Angleterre. 

A l’issue des « Les Rougon-Macquart », il veut montrer qu’il ne sait pas uniquement peindre les tares de la société. Séduit par les idées socialistes, il souhaite proposer des remèdes sous la forme d’une vision prophétique du devenir de l’homme dans ses « Quatre Evangiles : « Fécondité », « Travail », « Vérité ». Le quatrième, « Justice », vient d’être commencé, lorsqu’il meurt « accidentellement » asphyxié dans son appartement.

Principales œuvres (Les titres suivis de * font partie des Rougon-Macquart) :

Contes à Ninon (1864)

La confession de Claude (1865)

Thérèse Raquin (1867)

Madeleine Férat (1868)

La Fortune des Rougon* (1871)

La Curée* (1872)

Le Ventre de Paris* (1873)

La Conquête de Plassans* (1874)

La Faute de l’abbé Mouret* (1875)

Son Excellence Eugène Rougon* (1876)

L’Assommoir* (1877)

Une Page d’Amour* (1878)

Le Roman Expérimental (1880)

Nana* (1880)

Pot-bouille* (1882)

Au bonheur des dames* (1883)

La Joie de Vivre* (1884)

Germinal* (1885)

L’Oeuvre* (1886)

La Terre* (1887)

Le Rêve* (1888)

La Bête humaine* (1890)

L’Argent* (1891)

La Débâcle* (1892)

Le Docteur Pascal* (1893)

Lourdes (1894)

Rome(1896)

Paris (1898)

Fécondité (1899)

Travail (1901)

Vérité (1903)

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 3, PSAUMES

Psaume 3

Psaume 3

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Chant de David. A l’occasion de sa fuite devant Absalon, son fils

Yahweh, que mes ennemis sont nombreux Quelle multitude se lève contre moi

Nombreux sont ceux qui disent à mon sujet:  » Plus de salut pour lui auprès de Dieu!  » – Séla.

Mais toi, Yahweh, tu es mon bouclier tu es ma gloire, et tu relèves ma tête.

De ma voix je crie vers Yahweh, et il me répond de sa montagne sainte. – Séla.

Je me suis couché et me suis endormi; je me suis réveillé, car Yahweh est mon soutien.

je ne crains pas devant le peuple innombrable, qui m’assiège de toutes parts.

Lève-toi, Yahweh ! Sauve-moi, mon Dieu! Car tu frappes à la joue tous mes ennemis, tu brises les dents des méchants.

A Yahweh le salut! Que ta bénédiction soit sur ton peuple! – Séla

ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES DE BREBEUF (1617-1661), LE COMBAT SPIRITUEL, MEDITATIONS, PRIERE, PRIERES

Le combat spirituel

De quelle manière le péché anéantit l’homme

et de la résistance que la Grâce trouve en lui
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Georges de Brébeuf  compte de nos combats spirituels
(Fragment)

 » Vien vien, me dites-vous, appaiser ma colere,
Change en respect tous tes mépris,
J’ai toûjours de l’amour, et je suis toûjours Pere
Ne veux-tu plus estre mon fils ?

Si tu n’aimes un Pere, au moins redoute un Juge,
Prens toy-mesme pitié de toy ;
Contre moy quel moyen de trouver un refuge,
Si tu n’en cherches pas en moy ? « 

Mon coeur stupide et froid à des soins si propices
Ne vous montre que ses dédains,
Le mépris de vos loix fait toutes mes délices,
Et ma perte tous mes desseins.

Du remords inspiré l’officience atteinte
Fait sur moy peu d’impression,
Je n’écoûte pour vous, ny l’amour ny la crainte,
Ny pour moy la compassion.

Ainsi honteusement je voy couler mon âge
Dans les soins de la vanité,
Et je perds des moments dont le prudent usage
Me devoit une Eternité.

Au lieu de m’assurer une gloire immortelle,
Qui ne peut jamais se ternir,
Je m’assure des maux dont la rigueur cruelle
Ne peut ny changer ny finir.

Parlez-moy donc si haut qu’enfin je vous entende,
Réveillez un coeur hébété,
Ou tonnez, s’il le faut, afin que j’apprehende
Le couroux d’un Dieu rebuté.

Que je vous puisse aimer comme un Dieu tout aimable,
Qui m’a comblé de ses bien-faits,
Et vous craindre en tout temps comme un Dieu redoutable
Qui peut me perdre pour jamais.

Que mon esprit soûmis ne goûte point d’amorce
Qu’à se ranger sous vostre Loy,
Que je me donne à vous, et qu’ainsi je vous force
A vous donner enfin à moy.

C’est de mes voeux enfin le seul que j’entretienne,
Luy seul va faire tous mes soins,
Et quelque autre succez qui me flatte ou m’avienne,
Je ne puis me passer à moins.

Pardonnez-moy, Seigneur, cette ardeur vehemente ;
C’est un feu que vous m’inspirez,
C’est vous qui dans mon cœur  avez mis cette attente,
Et c’est vous qui la remplirez. »

 

Georges de Brébeuf (1617-1661)

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Georges de Brébeuf, né dans la Manche en 1617 et mort à Venoix (aujourd’hui quartier de Caen) en 1661, est un poète français, neveu de Jean de Brébeuf.

Vers 1641, il devint le précepteur du jeune marquis et futur maréchal Bernardin Gigault de Bellefonds (1630-1694).

Événement littéraire, sa traduction de la Pharsale de Lucain fut saluée par Corneille. Boileau, en revanche, la ridiculisa dans son Art poétique avant de lui reconnaître certaines qualités dans ses épigrammes : « Malgré son fatras obscur, souvent Brébeuf étincelle » (extrait d’un dictionnaire de 1876, qui en outre le dit né à Torigni-sur-Vire).

ANCIEN TESTAMENT, DEUXIEME LETTRE DE SAINT PAUL AUX CORINTHIENS, EVANGILE SELON SAINT MARC, LIVRE DU PROPHETE EZECHIEL, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 91

Dimanche 13 juin 2021 : 11ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 13 juin 2021 : 11ème dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Ezechiel 17,22-24

22  Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu :
A la cime du grand cèdre,
je prendrai une tige ;
au sommet de sa ramure,
j’en cueillerai une toute jeune,
et je la planterai moi-même
sur une montagne très élevée.
23  Sur la haute montagne d’Israël je la planterai.
Elle portera des rameaux, et produira du fruit,
elle deviendra un cèdre magnifique.
En dessous d’elle habiteront tous les passereaux,
et toutes sortes d’oiseaux
à l’ombre de ses branches ils habiteront.
24  Alors tous les arbres des champs sauront
que Je suis le SEIGNEUR :
je renverse l’arbre élevé
et relève l’arbre renversé,
je fais sécher l’arbre vert
et reverdir l’arbre sec.
Je suis le SEIGNEUR, j’ai parlé,
et je le ferai.

UNE PARABOLE D’ESPERANCE
Pour comprendre la parabole d’Ezéchiel, il faut se rappeler le contexte historique dans lequel parle le prophète : en 597, Nabuchodonosor, roi de Babylone, s’est emparé de Jérusalem ; il a déporté le roi et une partie des habitants (parmi eux, Ezéchiel). Dix ans plus tard, en 587, nouvelle vague, cette fois, Jérusalem est complètement détruite et pillée, une nouvelle partie de ses habitants déportés à leur tour à Babylone.
Le peuple juif semble avoir tout perdu : sa terre, signe concret de la bénédiction de Dieu, son roi, médiateur entre Dieu et le peuple, son Temple, lieu de la Présence divine. D’où la question qui, désormais, taraude tous les cœurs  : Dieu aurait-il abandonné son peuple ? C’est, au sens propre du terme, la « question de confiance ».
Le miracle de la foi, justement, c’est qu’au sein même de l’épreuve, elle se purifie et s’approfondit : c’est exactement ce qui s’est passé pour Israël. L’exil à Babylone a été l’occasion d’un sursaut extraordinaire de la foi juive ; Ezéchiel est l’un des artisans de ce sursaut : avant la catastrophe, il avait alerté le peuple sur les conséquences désastreuses et inévitables de sa conduite. Il avait multiplié les menaces, dans l’espoir d’obtenir une conversion. Désormais, la catastrophe étant survenue, il se consacre à relever l’espoir défaillant. A ce peuple humilié, en exil, il apporte une parole d’espérance. Cette parabole du cèdre que nous lisons aujourd’hui en est une.
Pourquoi un cèdre, d’abord ? Parce que le cèdre était le symbole de la dynastie royale. Ezéchiel prend l’image du cèdre pour parler du roi, comme La Fontaine prenait celle du lion. Le roi en exil est comme un cèdre renversé (à noter que l’on emploie en français l’expression « renverser un roi »), il est comme un arbre desséché… Mais Dieu va prélever une tige tendre du vieil arbre et le replanter lui-même.
« Sur la haute montagne d’Israël, je la planterai » : la « haute montagne d’Israël », c’est évidemment Jérusalem ; topographiquement, ce n’est pas la plus haute montagne du pays, mais c’est d’une autre élévation qu’il est question ! Cette phrase annonce donc deux choses : le retour au pays et la restauration du royaume de Jérusalem.
Et la petite bouture deviendra un cèdre magnifique. Tellement vaste que tous les passereaux du monde viendront y faire leur nid, toutes sortes d’oiseaux habiteront à l’ombre de ses branches. « Tous les arbres des champs sauront que je suis le SEIGNEUR ». « Tous les arbres des champs », c’est-à-dire le monde entier, même les païens, ceux qui n’ont rien à voir avec le cèdre de la royauté. Quant à l’expression « ils sauront que Je suis le SEIGNEUR », nous l’avons déjà rencontrée ; elle signifie « Je suis le SEIGNEUR, il n’y en a pas d’autre ». Thème très fréquent chez les prophètes, dans le cadre de leur lutte contre l’idolâtrie. La suite du texte va dans le même sens : quand un prophète insiste sur la puissance de Dieu, c’est toujours pour marquer le contraste avec les idoles qui, elles, sont incapables du moindre geste, de la moindre action.
RIEN N’EST IMPOSSIBLE A DIEU
« Je suis le SEIGNEUR, je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert, et reverdir l’arbre sec. » Il ne s’agit pas du tout de présenter Dieu comme jouant pour son plaisir avec la création, au gré de quelque caprice… ce qui serait, tout compte fait, très inquiétant ; au contraire, c’est une manière de nous rassurer, du style « rien n’est impossible à Dieu ». Vous, les croyants, ne vous laissez pas impressionner par qui que ce soit, ou quoi que ce soit, faites confiance, tout est dans la main de Dieu.
« Je suis le SEIGNEUR, j’ai parlé et je le ferai » : cela veut dire au moins deux choses : d’abord, bien sûr, dans le même sens que tout ce que je viens de dire, la puissance de Dieu, l’efficacité de sa Parole. Le poème de la Création, au premier chapitre de la Genèse, qui a été écrit sensiblement à la même époque, répète comme un refrain : « Dieu dit… et il en fut ainsi ».
Ensuite, il y a certainement là, pour le peuple juif, un rappel de ce que l’on pourrait appeler la grande promesse, ou la grande espérance ; ce qu’Ezéchiel dit là, c’est quelque chose comme « c’est vrai, apparemment, tout est perdu ; mais n’oubliez jamais que Dieu est fidèle à ses promesses ; donc, quelles que soient les apparences, la promesse faite au roi David est toujours valable. » Je l’ai dit et je le ferai, cela revient à dire « J’ai promis, donc je tiendrai ».
Cette promesse faite à David, par le prophète Natan, quatre cents ans plus tôt, annonçait un roi idéal né de sa descendance. On la trouve au deuxième livre de Samuel : « Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté… Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils… Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » (2 S 7,12… 17).
Cette promesse répercutée de siècle en siècle par les prophètes a nourri l’espérance d’Israël aux heures les plus sombres. La parabole du cèdre, chez Ezéchiel, en est la reprise imagée. Au moment où le peuple dépositaire de la promesse expérimente cruellement son impuissance, l’insistance du prophète sur l’œuvre de Dieu et de Dieu seul, est la meilleure source de confiance.

PSAUME – 91 (92),2-3, 13-14, 15-16

2  Qu’il est bon de rendre grâce au SEIGNEUR,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
3  d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits,

13  Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
14  planté dans les parvis du SEIGNEUR,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

15  Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
16  pour annoncer : « Le SEIGNEUR est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

LE PIEGE DU SOUPCON
« Pas de ruse en Dieu, mon rocher » : le peuple d’Israël sait bien qu’il lui est arrivé d’accuser Dieu de ruse ; dans le désert du Sinaï, par exemple, un jour de grande soif, quand la déshydratation menaçait bêtes et gens, on avait accusé Moïse et Dieu : ils nous ont fait sortir d’Egypte, en nous faisant miroiter la liberté, mais en réalité, c’était pour nous perdre ici. C’est le fameux épisode de Massa et Meriba (Ex 17,1-7) ; or, malgré ces murmures, ces bruits de révolte, Dieu avait été plus grand que son peuple en colère ; il avait fait couler l’eau d’un rocher. Désormais, on appelait Dieu « notre rocher », manière de rappeler la fidélité de Dieu plus forte que tous les soupçons de son peuple.
Dans ce rocher, Israël a puisé l’eau de sa survie… Mais surtout, au long des siècles, la source de sa foi, de sa confiance… C’est la même chose de dire à la fin du psaume « Dieu est mon rocher » ou au début du psaume « J’annonce dès le matin, ton amour, ta fidélité, au long des nuits ». Le rappel du rocher, c’est le rappel de l’expérience du désert, et de la fidélité de Dieu plus forte que toutes les révoltes… Et la formule « ton amour et ta fidélité », c’est également le rappel de l’expérience du désert : c’est l’expression employée par Dieu lui-même pour se faire connaître à son peuple : « Le SEIGNEUR, le SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité… » (Ex 34, 6).
Bien souvent, cette expression a été reprise dans la Bible, et en particulier dans les Psaumes, comme un rappel de l’Alliance entre Dieu et son peuple : « Dieu d’amour et de fidélité, lent à la colère et plein d’amour… »
L’épisode de Massa et Meriba dont je parlais il y a un instant, (ou plutôt cette séquence), épreuve du désert, soupçon du peuple, intervention de Dieu, s’est répété bien des fois, quand on a eu soif, mais aussi quand l’eau n’était pas bonne ou quand on eu faim (rappelons-nous la manne et les cailles et les eaux amères de Mara). Cela s’est répété si souvent qu’on a fini par comprendre que c’était presque inévitable, si on n’y prenait pas garde… Parce que l’homme est tenté d’accuser Dieu de ruse chaque fois que quelque chose ne va pas selon ses désirs. Et alors, pour bien retenir cette leçon capitale, on a écrit le récit du Jardin d’Eden : un serpent, particulièrement rusé, fait croire à l’homme et à la femme que c’est Dieu qui ruse avec eux. Il insinue : Dieu vous interdit les meilleurs fruits sous prétexte de vous garder du danger, il prétend que ces fruits sont vénéneux, alors que c’est tout le contraire. Et l’homme et la femme tombent dans le piège. Et c’est toujours la même histoire depuis que le monde est monde.
Comment se prémunir une fois pour toutes contre ce danger ? Ce psaume nous dit le moyen de nous protéger : il suffit de se planter dans le Temple comme un cèdre et de chanter pour Dieu « Qu’il est bon de rendre grâce au SEIGNEUR, de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut ». On devrait traduire « il est bon pour nous de rendre grâce au SEIGNEUR, il est bon pour nous de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut ». Car, en fait, le peuple d’Israël ne nous a pas attendus pour comprendre que notre chant pour Dieu, c’est à nous qu’il fait du bien ! Saint Augustin dira : « Tout ce que l’homme fait pour Dieu profite à l’homme et non à Dieu ». Chanter pour Dieu, résolument, ouvrir les yeux sur son amour et sa fidélité, dès le matin et au long des nuits, c’est se protéger des ruses du serpent.
ANNONCER LA FIDELITE DE DIEU
Pour le dire, le psalmiste emploie l’expression : « Qu’il est bon… » ; c’est le même mot « bon » (tôv en hébreu) qui est employé pour dire « bon à manger ». Encore faut-il y avoir goûté pour pouvoir en parler !
Le psaume dit un peu plus loin (dans un verset qui n’est pas lu ce dimanche) « l’homme borné ne le sait pas… l’insensé ne peut pas le comprendre »… Mais le croyant, lui le sait : oui il est bon pour nous de chanter l’amour de Dieu et sa fidélité. Parce que c’est la vérité et que seule cette confiance invincible dans l’amour de Dieu, dans son dessein bienveillant, peut illuminer notre vie en toutes circonstances… alors que la méfiance, le soupçon fausse complètement notre regard. Soupçonner Dieu de ruse, c’est le piège dans lequel il ne faut pas tomber, un piège mortel.
Celui qui se protège ainsi est, dit notre psaume, comme un arbre qui « garde sa sève et sa verdeur » : en Terre Sainte, c’est une image très suggestive. Si les cèdres du Liban, les palmiers des oasis font rêver, c’est parce qu’ici, le problème de l’eau est crucial ; l’eau est vitale et par endroits, tellement rare. On attend avec impatience la moindre pluie de printemps qui fait reverdir les paysages désertiques tout près de Jérusalem. Pour le croyant, l’eau vivifiante, c’est la présence de son Dieu. Si bien que, quand Jésus, plus tard, parlera d’eau vive, il ne fera que reprendre une image déjà bien connue.
Il est bon pour nous de prendre conscience et de chanter que Dieu est Amour… mais il est bon aussi pour les autres que nous le leur disions… C’est ce que veut dire la répétition du mot « annoncer » au début et à la fin du psaume. On a ici une « inclusion » : au début « Qu’il est bon de rendre grâce au SEIGNEUR, de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut, d’annoncer dès le matin ton amour » et à la fin « Le juste est comme un cèdre du Liban… vieillissant, il fructifie encore pour annoncer « le SEIGNEUR est droit ! » Ici, le mot « annoncer » signifie « annoncer aux autres, aux non-croyants »… Le peuple d’Israël n’oublie pas sa mission d’être témoin de l’amour de Dieu pour tous les hommes.
Dernière remarque : ce psaume porte une inscription tout au début (qu’on appelle la « suscription1 ») : elle précise que c’est un psaume pour le jour du sabbat, le jour par excellence où l’on chante l’amour et la fidélité de Dieu. C’est le jour ou jamais de le faire, bien sûr. Nous, Chrétiens, pourrions bien en faire le psaume du dimanche ; car notre dimanche chrétien ne fait pas autre chose : chanter l’amour et la fidélité de Dieu qui se sont manifestés de manière totale et définitive en Jésus-Christ.
—————-
Note
1 – La suscription : dans certains psaumes, le premier verset ne fait pas partie de la prière ; il est une indication pour sa mise en œuvre ou bien une présentation du thème et de l’esprit dans lequel il doit être chanté. On rencontre souvent, par exemple, la formule « De David ». Cela ne signifie pas que David est l’auteur incontesté du psaume en question, mais qu’il aurait pu partager la prière ou les sentiments qui y sont exprimés. On peut traduire « A la manière de David ».

DEUXIEME LECTURE – lettre de Paul aux Corinthiens 5, 6-10

Frères,
6  nous gardons toujours confiance,
tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur
tant que nous demeurons dans ce corps ;
7  en effet, nous cheminons dans la foi,
non dans la claire vision.
8  Oui, nous avons confiance,
et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps
pour demeurer près du Seigneur.
9  Mais, de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors,
notre ambition, c’est de plaire au Seig0000000neur.
10  Car il nous faudra tous apparaître à découvert
devant le tribunal du Christ,
pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait,
soit en bien soit en mal,
pendant qu’il était dans son corps.

LA MORT COMME UNE NAISSANCE
Qui sait ce que pense le bébé qui va naître ; est-il conscient, seulement ? Et s’il l’est, appréhende-t-il ce passage ? Il paraît qu’une fois né, la lumière du jour l’aveugle, lui qui était dans l’obscurité ; jusqu’ici, il entendait quelques voix, désormais, il verra face à face ceux qui l’ont aimé, ceux qui lui ont parlé, ceux qui lui ont donné son nom avant même qu’il le sache.
Eh bien, pour Paul, la mort est une naissance. Jusque-là, nous sommes comme l’enfant qui va naître ; nous aussi, nous sommes dans l’obscurité. Mais quand nous naîtrons à la vraie vie, nous serons en pleine lumière : « Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. » (1 Co 13,12)
Tout comme le temps de la gestation n’a de sens qu’en fonction de la naissance qui se prépare, notre vie terrestre n’a de sens qu’en fonction de la vie définitive auprès du Seigneur. En attendant, heureusement, dans cette obscurité, il y a un rayon de lumière, c’est la foi. C’est elle qui nous aide à cheminer, qui nous aide à préparer la naissance qui approche : « Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision ». C’est la foi qui nous révèle le sens de notre vie actuelle, le sens de notre mort. C’est dans la foi que nous savons que notre mort est une naissance. Paul la compare ici à un passage de frontière entre l’exil et la mère-patrie. Pour l’instant, nous dit-il, nous sommes « en exil loin du Seigneur ». Car notre vraie patrie, c’est Lui.
C’est dans la foi, aussi, que nous savons que notre vie a un sens, c’est-à-dire à la fois une direction et une signification. La direction, on la connaît : pour le bébé, c’est le jour de l’accouchement, de la naissance… pour nous, le jour de notre mort biologique ; la signification, on risque peut-être plus de l’oublier ; alors Paul  y insiste ; car sur ce point, notre situation est très différente de celle du bébé qui va naître : lui ne peut rien faire pour activer les choses ; tout se déroule en-dehors de lui ; tandis que nous, nous avons un rôle capital à jouer : notre vie terrestre est vraiment le temps d’une gestation ; tout ce que nous faisons aujourd’hui prépare demain.
Paul s’en explique dans la lettre aux Philippiens : « Pour moi, vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ, car c’est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. » (Ph 1,21-23).
On voit bien ici que Paul a dépassé la crainte de la mort, au contraire il la désire.
LE BUT DU VOYAGE
Pour autant, notre vie terrestre n’est pas ignorée, méprisée ; elle est orientée ; elle n’est pas dépréciée, car c’est son but, au contraire, qui lui donne tout son prix. Un peu comme quand on est en voyage, il est essentiel de ne jamais perdre de vue le but du voyage ; et c’est le but qu’on s’est fixé qui justifie tout le reste, la route choisie, les étapes, et même les difficultés du chemin… Or, quel est le but du voyage du Chrétien ? Demeurer auprès du Seigneur, de façon totale et définitive et faire entrer dans cette demeure, dans cette mère-patrie tous les exilés que nous avons rencontrés sur notre route.
Or l’efficacité de nos efforts n’est pas toujours évidente ! Sur ce point aussi nous sommes dans l’obscurité… Peut-être ici, pour comprendre ce texte, faut-il essayer d’imaginer ce que peuvent être les sentiments d’un apôtre qui consacre toutes ses forces à sa mission et qui n’en voit guère les fruits. Combien ont eu l’impression de travailler en pure perte, de prêcher dans le désert, comme on dit ? C’est à eux que Paul s’adresse. Et c’est pour cela qu’il insiste tellement sur la confiance : «  Nous gardons toujours confiance… Oui, nous avons confiance… ». S’il doit le répéter, c’est que cela ne va peut-être pas de soi tous les jours pour tout le monde !
Nous ne verrons que plus tard la récolte, pour l’instant, il ne faut pas se lasser de semer. Quel genre de graines ? On s’en doute, évidemment. Paul emploie l’expression : « Notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » ; il suffit d’avoir un peu lu l’Ancien Testament pour savoir ce qui plaît au Seigneur. A commencer par le prophète Michée : « Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu ». (Mi 6,8).
Jérémie dit exactement la même chose, il dit, ce qui plaît au Seigneur, c’est le droit, la solidarité, la justice ; « Ainsi parle le SEIGNEUR : que le sage ne se vante pas de sa sagesse ! Que le fort ne se vante pas de sa force, que le riche ne se vante pas de sa richesse. Mais celui qui se vante, qu’il se vante plutôt de ceci : avoir assez d’intelligence pour me connaître, moi, le SEIGNEUR, qui exerce sur la terre la fidélité, le droit et la justice. Oui, en cela je me plais – oracle du SEIGNEUR ». (Jr 9,22-23).
Isaïe a même poussé l’audace jusqu’à dire qu’un païen comme le roi Cyrus pouvait plaire au Seigneur parce qu’il travaillait dans le bon sens si j’ose dire, quand il avait contribué à la reconstruction de la ville de Jérusalem et du Temple après l’Exil à Babylone.
Peut-être aurons-nous des surprises en passant la frontière ? Comme les hommes de la parabole rapportée par Saint Matthieu ; à certains, le Seigneur dira : « Venez, les bénis de mon Père… Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif et vous m’avez donné à boire… » Alors ils demanderont : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ?…  Eux aussi, comme dirait Paul, cheminaient sans voir. Et dans la lettre aux Ephésiens, il nous le promet : « Vous savez bien que chacun sera rétribué par le Seigneur selon le bien qu’il a fait. » (Ep 6,8).

EVANGILE – selon Saint Marc 4, 26-34

En ce temps-là,
parlant à la foule,
26  Jésus disait :
« Il en est du règne de Dieu
comme d’un homme
qui jette en terre la semence :
27  nuit et jour,
qu’il dorme ou qu’il se lève,
la semence germe et grandit,
il ne sait comment.
28  D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe,
puis l’épi, enfin du blé plein l’épi.
29  Et dès que le blé est mûr,
il y met la faucille,
puisque le temps de la moisson est arrivé. »
30  Il disait encore :
« A quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ?
Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?
31  Il est comme une graine de moutarde :
quand on la sème en terre,
elle est la plus petite de toutes les semences.
32  Mais quand on l’a semée,
elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ;
et elle étend de longues branches,
si bien que les oiseaux du ciel
peuvent faire leur nid à son ombre. »
33  Par de nombreuses paraboles semblables,
Jésus leur annonçait la Parole,
dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre.
34  Il ne leur disait rien sans parabole,
mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.

LA PAQUE JUIVE
On imagine bien dans quelle ambiance Jésus a célébré ce dernier repas : dans tout Jérusalem, on préparait la Pâque ; d’innombrables agneaux étaient égorgés au Temple pour être ensuite partagés en famille ; dans les maisons, c’était le premier jour de la fête des pains sans levain (on disait des « azymes »), les femmes débarrassaient méticuleusement la maison de toute trace du levain de l’année écoulée pour accueillir le levain nouveau, huit jours plus tard.
Depuis des siècles, ces deux rites commémoraient la libération d’Egypte, au temps de Moïse : ce jour-là, Dieu était « passé » parmi son peuple pour en faire un peuple libre ; puis, au Sinaï, il avait fait Alliance avec ce peuple et le peuple s’était engagé dans cette Alliance, « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous y obéirons »

UN ROYAUME PAS COMME LES AUTRES
Jésus ne disait rien à la foule sans employer de paraboles, nous dit Marc ; c’était certainement la seule manière d’avoir un petit espoir d’être compris ! Car la leçon était quand même rude à faire passer ! Jésus lui-même annonce d’entrée de jeu qu’il va parler du Royaume de Dieu, mais tout le monde a déjà des idées là-dessus ; et les idées des hommes ne coïncident pas du tout avec les siennes, apparemment ! Alors il lui faut déployer toute une pédagogie dans la ligne de la conversion que l’Ancien Testament avait déjà entreprise.
Au début, le peuple d’Israël, comme tous les peuples, ne pouvait envisager le Règne de Dieu qu’en termes de Souveraineté.
Les psaumes, par exemple, chantent la souveraineté de Dieu sur le monde : « Le SEIGNEUR a établi son trône dans les cieux et sa royauté domine tout. » (Ps 102/103, 19)… « Le Seigneur, le Très-Haut est terrible ; il est le grand roi sur toute la terre. » (Ps 46/47, 3)… « Le SEIGNEUR est roi, il est vêtu de majesté. » (Ps 92/93, 1)… « Le SEIGNEUR est roi, que la terre exulte, que tous les rivages se réjouissent. » (Ps 96/97, 1).
Dans cette optique, dire « A toi le règne, la puissance et la gloire » revient à dire « c’est toi le plus fort ! » Si les textes du livre de l’Exode nous présentent toujours les rencontres de Moïse avec Dieu dans l’orage, les éclairs, le feu et le tremblement de la montagne, c’est que sans toutes ces preuves de grandeur et de puissance, le peuple n’aurait jamais pu prendre ce Dieu au sérieux !
Même le grand prophète Elie, au début de sa carrière, ne peut pas imaginer Dieu autrement que dans des manifestations grandioses : et c’est le feu du ciel qu’il implore pour impressionner les prophètes des idoles. On se souvient de cette grande démonstration qui devait faire taire à tout jamais les incrédules : « A l’heure de l’offrande, le prophète Elie s’approcha et dit : SEIGNEUR, Dieu d’Abraham et d’Israël, fais que l’on sache aujourd’hui que c’est toi qui es Dieu en Israël… Réponds-moi, réponds-moi : que ce peuple sache que c’est toi, SEIGNEUR, qui es Dieu…  Et le feu du SEIGNEUR tomba et dévora l’holocauste, le bois, les pierres, la poussière, et il absorba même l’eau qui était dans le fossé. A cette vue, tout le peuple se jeta face contre terre et dit : C’est le SEIGNEUR qui est Dieu ; c’est le SEIGNEUR qui est Dieu ! » (1 R 18,36-39).
Ce jour-là, Dieu n’a pas désavoué son prophète, mais, quelque temps après… On se souvient comment, plus tard, Dieu a révélé au prophète Elie que sa puissance n’est pas ce que l’homme croit spontanément. C’est le fameux épisode d’Elie à l’Horeb : « Le SEIGNEUR dit à Elie : Sors et tiens-toi sur la montagne devant le SEIGNEUR ; voici, le SEIGNEUR va passer. Il y eut devant le SEIGNEUR un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; le SEIGNEUR n’était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; le SEIGNEUR n’était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; le SEIGNEUR n’était pas dans le feu. Et après le feu, le bruissement d’un souffle ténu (une brise légère)*. Alors, en l’entendant, Elie se voila le visage avec son manteau. » (1 R 19,11-13). Cette fois, Elie avait tout compris : Dieu n’est pas dans les démonstrations de puissance que nous aimons tant, il est dans la brise légère.
Ce paradoxe, si on y réfléchit, parcourt toute la Bible, dès l’Ancien Testament : à commencer par le choix surprenant d’un tout petit peuple pour porter au monde la plu !s grande des nouvelles. Et que dire du choix d’un homme bègue (Moïse) comme porte-parole et d’un couple stérile (Abraham et Sara) pour porter l’espoir d’une descendance nombreuse comme les étoiles. Dieu a choisi un petit berger de Bethléem pour vaincre le géant Goliath ; et des siècles plus tard, c’est aussi de Bethléem, petit village insignifiant que sortira le Fils de Dieu lui-même ; lequel va vivre caché pendant trente ans dans uns bourgade perdue dont on se demandait « Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? »
Ce qui sort de Nazareth, justement, c’est le Verbe, comme dit Saint Jean, la Parole : comme une semence, elle est jetée à tous les vents, aux risques de la mauvaise terre et des piétinements ; et Dieu sait si le Verbe a été piétiné ; au risque même de se faire traiter de possédé du démon (Béelzéboul : Mc 3,22) ; mais il court le risque quand même, simplement parce que c’est la seule chose à faire. A travers même les échecs apparents du Christ, la déchéance et la mort sur la Croix, s’est levé sur le monde le triomphe de l’amour.
CONFIANCE, LA MOISSON VIENDRA
Telle est la leçon de ces paraboles, une magnifique leçon de confiance : Dieu agit, le royaume est une semence qui germe irrésistiblement, il est peut-être encore invisible, mais la moisson viendra. Jésus nous dit quelque chose comme : « Vous savez la puissance de vie qui se cache même dans une toute petite graine. Contentez-vous de semer : c’est votre travail de jardiniers. Dieu vous fait confiance pour cultiver son jardin. A votre tour, faites-lui confiance : la semence poussera toute seule, car c’est Dieu qui agit… C’est votre meilleure garantie. »
Jésus l’avait bien dit en parlant de lui-même : « En vérité, en vérité je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si, au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. » (Jn 12, 24).C’est là que se manifeste la vraie puissance de Dieu : la parole semée dans la pauvreté et l’humilité devient peu à peu un arbre immense dont les bras sont assez grands pour accueillir l’humanité tout entière. Voilà le dessein bienveillant de Dieu : « Réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. »
« La graine de moutarde, quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères, et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »

AU SACRE-COEUR, POEME, POEMES, POESIES, PRIERE, PRIERES, SACRE-COEUR DE JESUS, THERESE DE L'ENFANT-JESUS (sainte ; 1873-1897)

Au Sacré-Coeur de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Au Sacré-Coeur 

sacré coeur de paray le monial

1) Au sépulcre saint, Marie-Madeleine

Cherchant son Jésus, se baissait en pleurs

Les anges voulaient adoucir sa peine

Mais rien ne pouvait calmer ses douleurs.

Ce n’était pas vous, lumineux archanges

Que cette âme ardente venait chercher

Elle voulait voir Le Seigneur des anges

Le prendre en ses bras, bien loin l’emporter… 

2) Auprès du tombeau, restée la dernière

Elle était venue bien avant le jour

Son Dieu vint aussi, voilant sa lumière

Marie ne pouvait le vaincre en amour !

Lui montrant d’abord sa Face Bénie

Bientôt un seul mot jaillit de son Cœur 

Murmurant le nom si doux de : Marie

Jésus lui rendit la paix, le bonheur. 

3) Un jour, ô mon Dieu, comme Madeleine,

J’ai voulu te voir, m’approcher de toi

Mon regard plongeait dans l’immense plaine

Dont je recherchais le Maître et le Roi

Et je m’écriais, voyant l’onde pure, 

L’azur étoilé, la fleur et l’oiseau : 

« Si je ne vois Dieu, brillante nature,

Tu n’es rien pour moi, qu’un vaste tombeau. »

4) J’ai besoin d’un cœur brûlant de tendresse

Restant mon appui sans aucun retour

Aimant tout en moi, même ma faiblesse…

Ne me quittant pas, la nuit et le jour.

Je n’ai pu trouver nulle créature

Qui m’aimât toujours, sans jamais mourir 

Il me faut un Dieu prenant ma nature

Devenant mon frère et pouvant souffrir ! 

5) Tu m’as entendue, seul Ami que j’aime

Pour ravir mon cœur, te faisant mortel

Tu versas ton sang, mystère suprême !…

Et tu vis encore pour moi sur l’Autel.

Si je ne puis voir l’éclat de ta Face,

Entendre ta voix remplie de douceur

Je puis, ô mon Dieu, vivre de ta grâce

Je puis reposer sur ton Sacré Cœur ! 

6) Ô Cœur de Jésus, trésor de tendresse

C’est toi mon bonheur, mon unique espoir,

Toi qui sus charmer ma tendre jeunesse 

Reste auprès de moi jusqu’au dernier soir

Seigneur, à toi seul j’ai donné ma vie

Et tous mes désirs te sont bien connus

C’est en ta bonté toujours infinie

Que je veux me perdre, ô Cœur de Jésus ! 

7) Ah ! je le sais bien, toutes nos justices

N’ont devant tes yeux aucune valeur

Pour donner du prix à mes sacrifices

Je veux les jeter en ton Divin Cœur 

Tu n’as pas trouvé tes anges sans tache 

Au sein des éclairs tu donnas ta loi !…

En ton Cœur Sacré, Jésus, je me cache

Je ne tremble pas, ma vertu, c’est Toi !… 

8) Afin de pouvoir contempler ta gloire

Il faut, je le sais, passer par le feu

Et moi je choisis pour mon purgatoire

Ton Amour brûlant, ô Cœur de mon Dieu !

Mon âme exilée quittant cette vie

Voudrait faire un acte de pur amour

Et puis s’envolant au Ciel sa Patrie

Entrer dans ton Cœur sans aucun détour. 

( Au Sacré-Coeur – Poème de Sainte Thérèse de Lisieux – PN 23 )

FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, MASSACRE D'ORADOUR-SUR-GLANE (10 jiin 1944), ORADOUR-SUR-GLANE

Le massacre d’Oradour-sur Glane le 10 juin 1944

Sur le massacre d’Oradour,

162101

 

Oradour n’a plus de femmes

Oradour n’a plus un homme

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus de pierres

Oradour n’a plus d’églises

Oradour n’a plus d’enfants

*****

Plus de fumée plus de rires

Plus de toits plus de greniers

Plus de meules plus d’amour

Plus de vin plus de chanson

*****

Oradour, j’ai peur d’entendre

Oradour, je n’ose pas

Approcher de tes blessures

De ton sang de tes ruines

Je ne peux pas je ne peux pas

Voir ni entendre ton nom.

*****

Oradour je crie et hurle

Chaque fois qu’un coeur éclate

Sous les coups des assassins

Une tête épouvantée

Deux yeux larges deux yeux rouges

Deux yeux graves deux yeux grands

Comme la nuit la folie

Deux yeux de petit enfant

Ils ne me quitteront pas

Oradour je n’ose plus

lire ou prononcer ton nom.

*****

Oradour, honte des hommes

*****

Oradour, honte éternelle.

Nos coeurs ne s’apaiseront

Que par la pire vengeance

Haine et honte pour toujours.

*****

Oradour n’a plus de forme

Oradour, femmes ni hommes

Oradour n’a plus d’enfants

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus d’église

Plus de fumée plus de filles

Plus de soirs ni de matins

Plus de pleurs ni de chansons

*****

Oradour n’est plus qu’un cri

Et c’est bien la pire offense

Au village qui vivait

Et c’est bien la pire honte

Que de n’être plus qu’un cri

Nom de la haine des hommes

Nom de la honte des hommes

Le nom de notre vengeance

Qu’à travers toutes nos terres

On écoute en frissonnant

Qui hurle pour tous les temps.

(Jean Tardieu)

 

 

 

10 juin 1944

Le martyre d’Oradour-sur-Glane

Le samedi 10 juin 1944, à 8 heures du matin, c’est sans méfiance particulière que les habitants d’Oradour-sur-Glane voient des chenillettes chargées de soldats allemands pénétrer dans le village et s’y arrêter.

Oradour-sur-Glane est reliée par un tramway à Limoges, distante de 17 km. C’est une bourgade de 300 à 400 habitants. Avec les hameaux et fermes des environs, la commune en compte au total 1200 dont quelques centaines de réfugiés du village de Charly, en Moselle.

En ce mois de juin, les fenaisons viennent d’être faites et les granges sont pleines à craquer de foin. Les habitants vaquent paisiblement à leurs activités. Ils ne savent pas que la veille, les Allemands ont pendu 99 malheureux otages aux balcons de Tulle, à une centaine de kilomètres au sud de Limoges…

Oradour1

Représailles

Trois jours plus tôt, les maquisards de la région ont fait sauter un pont pour freiner la remontée des troupes allemandes vers la Normandie où les Alliés viennent de débarquer. L’attaque a causé la mort de deux soldats allemands de la 2ème division SS Panzer Das Reich.

Cette division a pratiqué la terreur en URSS avant d’être repliée à Montauban, dans le Sud-Ouest de la France. En bons connaisseurs, ses soldats surnomment leur nouvelle région d’affectation la «petite Russie», par allusion à l’action importante de la Résistance… Le général Lammerding, qui commande la division, se fixe comme en URSS des ratios en représailles des attaques de maquisards : 3 otages exécutés par Allemand blessé, 10 par Allemand tué !

Après avoir organisé les brutales représailles de Tulle, le général ordonne à la 3ème compagnie du régiment Der Führer de détruire aussi Oradour-sur-Glane. Puis il part pour la Normandie.

Le commandant de la compagnie, Dickman, planifie l’opération avec ses adjoints, le capitaine Kahn et le sous-lieutenant Barth. Les trois hommes ont sous leurs ordres environ 120 SS, pour la plupart très jeunes. Il s’agit de forces spéciales qui pratiquent plus volontiers la répression que la guerre et se sont déjà illustrées en Russie dans l’extermination des populations civiles.

À Oradour, nul ne devine encore le drame qui va se dérouler dans les heures suivantes.

 

L’horreur

Tandis que les premières chenillettes pénètrent dans le village, d’autres soldats allemands, aux ordres du sous-lieutenant Barth, ratissent les champs des environs et poussent les habitants vers le village.

En début d’après-midi, le bourg est cerné et toute la population est rassemblée sur le champ de foire sous le prétexte d’une vérification d’identité, sans oublier les enfants des écoles, sous la surveillance de leur maître. Les SS agissent dans le calme et la population s’exécute sans broncher.

Les hommes sont séparés des femmes et des enfants et alignés contre les murs, dos à la place. Les SS les interrogent sur une supposée cache d’armes mais ils se tiennent muets. Le maire Paul Desourteaux  se voit alors sommé de remettre des otages, ce qu’il refuse. 

Au nombre d’environ deux cents, les hommes sont alors divisés en six groupes de quelques dizaines de personnes et enfermés dans des granges bourrées de foin et de paille, sous la menace de mitraillettes. Vers 16 heures, les SS tirent des rafales et tuent les malheureux en quelques secondes. Ils achèvent leur besogne en lançant des grenades et mettant le feu aux granges.

Oradour

Pendant l’interrogatoire des hommes, les femmes et les enfants ont quant à eux été enfermés dans la vénérable église gothique d’Oradour. Des SS déposent une caisse d’explosifs et de la paille dans la nef. Le feu ravage bientôt l’édifice comme il a ravagé les granges. De l’extérieur, les SS mitraillent les malheureuses et leurs enfants qui tentent de sortir, en visant les membres inférieurs.

Quelques fuyards sont pourchassés dans les rues et les champs. Un groupe est jeté dans un puits. Au total, seuls cinq hommes et une femme survivront par miracle.

Leur forfait accompli, les SS pillent le village et achèvent de l’incendier. Ils se réservent cependant une maison pour y passer la nuit.

Le lendemain, un groupe de soldats revient dans le village en vue d’enfouir les corps dans des fosses communes mais, ne pouvant venir à bout de leur travail, ils quittent à leur tour Oradour, laissant 642 victimes derrière eux. Parmi elles 246 femmes et 207 enfants, dont 6 de moins de 6 mois, qui ont été brûlés dans l’église.

Ces victimes sont des habitants du bourg ainsi que des réfugiés lorrains, des promeneurs qui se sont trouvés là par hasard et des habitants des environs amenés par les SS.

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Un procès douloureux

Après la Libération de la France, le 12 janvier 1953, un procès s’ouvre devant le tribunal militaire de Bordeaux, pour juger les meurtriers d’Oradour-sur-Glane.

Le général Lammerding, condamné à mort par contumace deux ans plus tôt pour le massacre de Tulle, ne se présente pas au procès et la France ne fait rien pour obtenir son extradition. Il finira ses jours en 1971 à Düsseldorf en chef d’entreprise prospère. Cinq-cents anciens SS suivront son cortège funèbre.

Dans le box des accusés figurent seulement vingt et un SS sur les 65 accusés. Parmi eux 14 Alsaciens, dont deux engagés volontaires et 12 qui disent avoir été enrôlés de force dans le corps des SS.

Cette présence d’Alsaciens rend le forfait doublement douloureux pour la conscience nationale. Elle ravive en Alsace et en Moselle la plaie laissée ouverte par l’incorporation de 130.000 «malgré-nous» dans la Wehrmacht en 1942. Beaucoup étaient des jeunes gens, très jeunes, incapables de résister à la pression de l’occupant.

À Bordeaux, les «malgré-nous» sont condamnés comme les autres à différentes peines d’emprisonnement. Mais ils sont amnistiés huit jours après par une loi d’exception votée par l’Assemblée nationale au nom de la réconciliation nationale. Cette loi modifie opportunément la loi du 15 septembre 1948 sur la responsabilité collective.

Il s’ensuit dans le Limousin un profond ressentiment. L’association des familles des martyrs et le maire d’Oradour-sur-Glane renvoient la Légion d’Honneur au représentant de l’État. La ville attendra octobre 2000 pour accepter enfin cette décoration et se réconcilier avec l’Alsace.

 

Une tragédie ordinaire

Oradour-sur-Glane est devenu en Europe occidentale le symbole de la barbarie nazie, à l’égal du village tchèque de Lidice, pour l’Europe centrale, détruit le 10 juin 1942 en représailles de l’assassinat de Reinhard Heydrich, Reichsprotektor de Bohême-Moravie.

En Italie, du 8 septembre au 5 octobre 1944, le village de Marzabotto a perdu 1836 des siens du fait des nazis. Distomon, en Grèce en a perdu 239 le 10 juin 1944. En France même, enfin, le village de Maillé en a aussi perdu 126 le 25 août 1944. Mais dans les plaines de Pologne et de Russie, c’est par centaines que se comptent les villages martyrisés par les nazis.

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Oradour-sur-Glane, Limousin : interieur de l’eglise ou eut lieu le massacre de 600 femmes et enfants brules vifs par les nazis le 10 juin 1944 — 

https://www.herodote.net/10_juin_1944-evenement-19440610.php

CLAUDE TRICOIRE (1951-...), ESPERANCE, L'ESPERANCE.... TOUJOURS !, POEME, POEMES

L’Espérance…. toujours !

L’espérance … toujours !

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Si le soleil s’obscurcit

Si les étoiles s’éteignent la nuit

Si la lune disparait

Si les montagnes s’affaissent

Si les eaux recouvrent la terre

Au cœur de ses abimes

L’’Espérance

Jamais ne disparaîtra

Si paix ne trouve plus de demeure ici-bas

Si la haine embrase les cœurs

Si les massacres les guerres

Rougissent la terre du sang des innocents

Si la terre devient le cimetière de l’humanité

Au cœur de ses enfers

L’Espérance

Jamais ne disparaîtra

L’Espérance

Ne peut disparaître

Elle est promesse de vie

Elle est promesse d’Eternité

©Claude Tricoire

3 juin 7 mai 2021

ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE DE MARC, FETE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST, LETTRE AUX HEBREUX, LIVRE DE L'EXODE, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 115

Dimanche 6 juin 2021 : Fête du Corps et du Sang du Christ : lectures et commentaires

Dimanche 6 juin 2021 : Fête du Corps et du Sang du Christ

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Exode 24,3-8

En ces jours-là,
3 Moïse vint rapporter au peuple
toutes les paroles du SEIGNEUR et toutes ses ordonnances.
Tout le peuple répondit d’une seule voix :
« Toutes ces paroles que le SEIGNEUR a dites,
nous les mettrons en pratique. »
4 Moïse écrivit toutes les paroles du SEIGNEUR.
Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne,
et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël.
5 Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël
d’offrir des holocaustes,
et d’immoler au SEIGNEUR des taureaux
en sacrifice de paix.
6 Moïse prit la moitié du sang et la mit dans des coupes ;
puis il aspergea l’autel avec le reste du sang.
7 Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple.
Celui-ci répondit :
« Tout ce que le SEIGNEUR a dit,
nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »
8 Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit :
« Voici le sang de l’Alliance
que, sur la base de toutes ces paroles,
le SEIGNEUR a conclue avec vous. »

 

L’ALLIANCE CONCLUE AU SINAI
Il y en a des choses surprenantes dans ce texte ! Ces usages bien loin des nôtres, d’abord, et puis l’insistance sur le sang, avec une expression que nous connaissons très bien, évidemment, « le sang de l’Alliance ».

Mais, si les usages qui sont rapportés ici nous surprennent, n’oublions pas que Moïse a vécu vers 1250 av. J.C. Ces coutumes sont donc vieilles de trois mille ans et même plus, car Moïse ne les a pas inventées ; elles étaient courantes dans beaucoup d’autres peuples à cette époque. Elles subsistent d’ailleurs encore aujourd’hui, au vingt-et-unième siècle, dans certains peuples dont l’histoire a évolué moins vite. Le texte biblique nous décrit ici le cérémonial habituellement utilisé pour un contrat d’Alliance entre deux peuples jusque-là ennemis. Mais, cette fois, les contractants sont Dieu lui-même… et un tout petit peuple.
Et, surtout, ce qui est intéressant, c’est de voir comment Moïse a repris un rite habituel mais en lui donnant un sens tout-à-fait neuf ! Si on y regarde bien, les deux réalités, le rite ancien, d’une part, le nouveau sens donné par Moïse, d’autre part, sont imbriquées dans ce texte de manière extrêmement serrée : ce qui vient de la tradition ancienne, ce sont les usages des pierres dressées, de l’immolation des animaux, de l’aspersion du sang sur un autel qui représente la divinité et également de l’aspersion de sang sur le peuple. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la notion même d’Alliance proposée par Dieu, c’est le don de la Loi par Dieu, et enfin, l’engagement du peuple d’obéir à cette loi.
Il suffit de relire le texte dans l’ordre pour voir à quel point tous ces éléments sont imbriqués :
« En descendant du Sinaï, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du SEIGNEUR et tous ses commandements. Le peuple répondit d’une seule voix : Toutes ces paroles que le SEIGNEUR a dites, nous les mettrons en pratique.  Moïse écrivit toutes les paroles du SEIGNEUR… »
Le récit commence donc par le plus important, la parole de Dieu. Quand les descendants de Moïse, des siècles plus tard, relisent ce passage, ils comprennent tout de suite le message : ce n’est pas le sacrifice en lui-même qui compte ; le plus important c’est l’Alliance, la fidélité à la Parole de Dieu.

Puis le récit décrit les rites du sacrifice lui-même : l’autel au pied de la montagne, les douze pierres qui représentent les douze tribus d’Israël, c’est-à-dire l’ensemble du peuple. Le mot « peuple » revient d’ailleurs à plusieurs reprises dans le texte ; car c’est bien avec un peuple et non avec un individu ou même des individus que l’Alliance est conclue ! Les douze pierres dressées signifient que le peuple entier est concerné et que son unité se fera autour de cette Alliance. Là encore, il y a un message pour les futurs lecteurs : il a peut-être été bien utile, parfois, de rappeler aux douze tribus ce qui les unissait et depuis si longtemps, puisque cela remonte au tout début de la sortie d’Egypte.
Quelques jeunes gens sacrifient les taureaux : soit dit en passant, cette fonction n’est donc pas encore réservée aux prêtres. Puis c’est le rite du sang : tout d’abord, Moïse asperge l’autel qui représente Dieu, et aussitôt il reprend le livre de l’Alliance et il lit au peuple les paroles de Dieu et le peuple s’engage à obéir.
« Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »

LE SACRIFICE, GESTE D’ALLIANCE
Enfin, Moïse asperge le peuple : ce rite du sang signifie que l’Alliance devient « vitale » pour les contractants ; manière de dire que désormais, le nouveau lien ainsi créé entre Dieu et le peuple l’est « à la vie à la mort ». Et aussitôt, Moïse rappelle que ceci n’a de sens que référé à l’Alliance que Dieu vient de sceller avec son peuple : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le SEIGNEUR a conclue avec vous. » Ce qui est premier, donc, ce n’est pas le sacrifice pour le sacrifice, c’est l’Alliance, formulée dans cette Parole de Dieu.

Pour le dire autrement, le sacrifice n’est jamais un but en soi : il ne vaut que par l’engagement d’amour et de fidélité qu’il instaure et couronne entre Dieu et son peuple.
Avec Moïse, une étape essentielle est donc franchie : le sacrifice n’est plus un rite magique, il est tissé de la parole d’un engagement réciproque, il devient mystère de foi.
Mais la confiance ne naît pas toute seule : l’amour filial ne peut naître qu’en réponse à un amour paternel ;
Moïse précise bien que c’est Dieu qui a pris l’initiative : il dit « L’Alliance que le SEIGNEUR a conclue avec vous » ; ce n’est pas Israël qui a essayé d’atteindre ce Dieu dont il n’avait même pas idée, c’est Dieu lui-même qui est venu le chercher, lui proposer l’Alliance et se révéler peu à peu comme le Dieu qui libère et qui fait vivre. Une des grandes particularités de la foi du peuple juif est d’avoir compris que toute l’initiative vient de Dieu ; tout ce que fait l’homme, prière, sacrifice, offrande ne vient qu’en réponse à l’amour de Dieu qui est premier.
Alors le peuple peut s’engager sur la voie de l’obéissance (« Tout ce que Dieu a dit, nous y obéirons ») parce qu’il a fait l’expérience très concrète de l’œuvre  de Dieu en sa faveur. Le don de la loi se situe par hypothèse après la sortie d’Egypte, donc après la libération de l’esclavage. Le peuple est devenu un peuple libre grâce à l’initiative de Dieu ; il peut donc désormais croire que l’obéissance qui lui est demandée maintenant s’inscrit en droite ligne de cette œuvre  de libération. C’est ce que Saint-Paul appelle « l’obéissance de la foi », c’est-à-dire la confiance tout simplement.
———————-
Complément
« Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » (verset 7). Ne nous y trompons pas, ce n’est pas à Dieu que notre obéissance profite. Si Dieu nous donne des commandements, c’est parce que nous ne pouvons pas trouver notre bonheur hors d’un certain mode de vie. Quand nous désobéissons aux commandements, c’est à nous que nous faisons du mal, c’est notre propre malheur que nous construisons. Notre faute à l’égard de Dieu, c’est de ne pas lui faire confiance pour diriger notre vie. Quand l’enfant se brûle au feu que nous lui avions interdit d’approcher, c’est lui qui est brûlé. A notre égard, sa seule faute est de n’avoir pas écouté, par orgueil ou manque de confiance en nous.

 

PSAUME – 115 (116),12-13.15-16ac.17-18

12 Comment rendrai-je au SEIGNEUR
tout le bien qu’il m’a fait ?
13 J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.

15 Il en coûte au SEIGNEUR
de voir mourir les siens !
16 Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

17 Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du SEIGNEUR.
18 Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR,
oui, devant tout son peuple.

EN SOUVENIR DE LA LIBERATION D’EGYPTE
Nous retrouvons dans ce psaume tous les éléments importants de la première lecture de cette fête du Corps et du Sang du Christ : en tout premier, l’œuvre  libératrice de Dieu, puis la reconnaissance par les croyants de cette initiative de Dieu, et enfin l’engagement d’obéissance. « Moi dont tu brisas les chaînes », voilà l’œuvre  de Dieu ; et on sait bien à quelles chaînes le psalmiste pense : il s’agit d’abord de la libération d’Egypte ; chaque année, spécialement au moment de la Pâque, les descendants de ceux qui furent esclaves en Egypte revivent les grandes étapes de leur libération : la vocation de Moïse, ses multiples tentatives pour obtenir de Pharaon la permission de partir, sans avoir toute l’armée à leurs trousses, l’obstination du roi… et les interventions répétées de Dieu pour encourager Moïse à persévérer malgré tout dans son entreprise. Pour finir, le peuple a pu s’enfuir et survivre miraculeusement alors que l’endurcissement du Pharaon a causé sa perte.
Quand on chante ce psaume, des siècles plus tard, au Temple de Jérusalem, cette étape de la sortie d’Egypte est franchie depuis longtemps, mais elle n’est qu’une étape justement ; on sait bien qu’il ne suffit pas d’avoir quitté l’Egypte pour être vraiment un peuple libre ; que d’esclavages individuels ou collectifs sévissent encore à la surface de la terre ! Esclavage de la pauvreté, voire de la misère sous tant de formes ; esclavage de la maladie et de la déchéance physique ; esclavage de l’idéologie, du racisme, de la domination sous toutes ses formes… L’Egypte de la Bible a pris au long des siècles et prend encore aujourd’hui quantité de visages sous toutes les latitudes : mais on sait aussi que, inlassablement, Dieu soutient nos efforts pour briser nos chaînes.
Car l’histoire humaine qui nous donne, hélas, mille exemples d’esclavages, nous montre aussi (et c’est magnifique) la soif de liberté qui est inscrite au plus profond du cœur  de l’homme, et qui résiste à toutes les tentatives pour l’étouffer. Cette soif de liberté, les croyants savent bien qui l’a insufflée dans l’homme ; ils l’appellent l’Esprit. Notre psaume sait « qu’il en coûte au SEIGNEUR de voir mourir les siens ! » et qu’il lui en coûte tellement qu’Il est à l’origine de tous les combats pour la vie et pour la liberté de tout homme, quel qu’il soit.

LE LIBRE CHOIX DU SERVICE
A ce Dieu qui a fait ses preuves, si l’on peut dire, on peut faire confiance. Ce n’est pas lui qui nous enchaînera, il est bien trop jaloux de notre liberté ! Et, alors, librement, on se met à sa suite, on l’écoute : « Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes ? » ; le mot « serviteur » ici, peut s’entendre plutôt comme disciple. Dans la Bible, il ne s’agit pas de « servir » Dieu dans le sens où il aurait besoin de serviteurs…
Cela est valable pour les idoles, les dieux que l’homme s’est inventés : curieusement, quand nous imaginons des dieux, nous croyons qu’ils ont besoin de notre encens, de nos louanges, de nos compliments, de nos services.
Au contraire, le Dieu d’Israël, le Dieu libérateur n’a nul besoin d’esclaves à ses pieds, il nous demande seulement d’être ses disciples parce que lui seul peut nous faire avancer sur le difficile chemin de la liberté. Et l’expérience d’Israël, comme la nôtre, montre que dès qu’on cesse de se laisser mener par ce Dieu-là et par sa parole, on retombe très vite dans quantité de pièges, de déviations, de fausses pistes.
C’est pour cela que le psaume affirme si fort : « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » : résolution affirmée deux fois en quelques versets ; c’est une véritable résolution, effectivement, celle de ne pas invoquer d’autres dieux, donc de tourner le dos définitivement à l’idolâtrie. « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR », cela revient à dire « je m’engage à ne pas en invoquer d’autre ! » Et on sait que les prophètes ont dû lutter pendant de nombreux siècles contre l’idolâtrie.
Il faut dire que la fidélité à cette résolution exigeait une grande confiance en Dieu, mais aussi bien souvent un immense courage face au polythéisme des peuples voisins. Pendant la domination grecque sur la Palestine, par exemple, et ceci se passe très tardivement dans la Bible, peu avant la venue du Christ, les Juifs ont dû affronter l’effroyable persécution d’Antiochus IV Epiphane : rester fidèle à la promesse contenue dans cette phrase « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » revenait à signer son propre arrêt de mort.
Cette résolution « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » est associée à des rites : « J’élèverai la coupe du salut »… « Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce. » Nous retrouvons ici, comme dans le livre de l’Exode que nous lisons en première lecture, la transformation radicale apportée par Moïse : désormais, les gestes du culte ne sont plus des rites magiques, ils sont l’expression de l’Alliance, reconnaissance de l’œuvre  de Dieu pour l’homme. La coupe s’appelle désormais « coupe du salut » ; le sacrifice, désormais, est toujours sacrifice d’action de grâce parce que l’attitude croyante n’est que reconnaissance.
Enfin, ce psaume 115/116 fait partie d’un petit ensemble qu’on appelle les psaumes du Hallel, qui sont une sorte de grand Alleluia, et qui étaient chantés lors des trois grandes fêtes annuelles, la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tentes.
Lors de sa dernière Pâque à Jérusalem, Jésus lui-même a donc chanté ces psaumes du Hallel et en particulier notre psaume d’aujourd’hui, le soir du Jeudi Saint, alors qu’avec ses disciples, il venait d’élever une dernière fois la coupe du salut, alors qu’il allait offrir sa propre vie en sacrifice d’action de grâce : du coup, pour nous, ce psaume devient encore plus parlant ; nous savons que c’est Jésus-Christ qui délivre définitivement l’humanité de ses chaînes. A sa suite, et même avec lui, nous pouvons chanter : « Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? ».

 

DEUXIEME LECTURE – lettre aux Hébreux 9,11-15

Frères,
11 le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir.
Par la tente plus grande et plus parfaite,
celle qui n’est pas œuvre de mains humaines
et n’appartient pas à cette création,
12 il est entré une fois pour toutes
dans le sanctuaire,
en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux,
mais son propre sang.
De cette manière, il a obtenu une libération définitive.
13 S’il est vrai qu’une simple aspersion
avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse,
sanctifie ceux qui sont souillés,
leur rendant la pureté de la chair,
14 le sang du Christ fait bien davantage,
car le Christ, poussé par l’Esprit éternel,
s’est offert lui-même à Dieu
comme une victime sans défaut ;
son sang purifiera donc notre conscience
des actes qui mènent à la mort
pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant.
15 Voilà pourquoi il est le médiateur d’une Alliance nouvelle,
d’un testament nouveau :
puisque sa mort a permis le rachat des transgressions
commises sous le premier Testament,
ceux qui sont appelés
peuvent recevoir l’héritage éternel jadis promis.

DE L’ANCIEN AU NOUVEAU TESTAMENT
La lettre aux Hébreux s’adresse à des Chrétiens qui connaissent parfaitement bien la religion juive et l’Ancien Testament ; c’est d’ailleurs ce qui la rend un peu difficile pour nous parce qu’elle parle abondamment de tous les rites juifs que nous ne connaissons pas toujours très bien ! Ici, par exemple, il est question de prêtre, de temple, de sacrifice, de victime, de sang versé : tous ces mots appartiennent à l’Ancien Testament : nous les connaissons, nous les utilisons, nous aussi, en Christianisme, mais nous serions parfois bien en peine de dire quelles réalités ils recouvrent, pour les Juifs, d’une part, pour les Chrétiens, de l’autre, et s’il s’agit bien de la même chose !
L’objectif clairement avoué de la lettre aux Hébreux est de nous dire : les mots sont ceux de l’Ancien Testament mais la réalité qu’ils recouvrent est totalement nouvelle : parce que, avant Jésus-Christ, on était dans le régime de la première Alliance, alors que, désormais, nous sommes dans le régime de la Nouvelle Alliance.
Nous avons déjà eu souvent l’occasion de déchiffrer au long de l’histoire biblique un changement radical d’orientation, de compréhension, une conversion du sens de certains mots (la crainte de Dieu par exemple) ou de certains gestes : rappelons-nous l’évolution des sacrifices. Tout récemment, nous avons vu comment a évolué la foi au Dieu unique jusqu’à ce qu’on puisse enfin entendre la Révélation du Dieu-Trinité.
En lisant la lettre aux Hébreux, il est plus que jamais indispensable de se rappeler que Dieu a déployé auprès de son peuple une pédagogie très lente, très patiente ; au départ, quand Dieu a choisi les Hébreux pour en faire son peuple, ils avaient une religion semblable à celle de leurs voisins, inspirée par une certaine idée de Dieu : au fur et à mesure que Dieu se révélait à eux tel qu’il est et non tel qu’on se l’imaginait, inévitablement, l’attitude de l’homme changeait ; les gestes religieux étaient épurés, convertis, transformés.
Avec la venue du Christ, sa vie terrestre, sa Passion, sa mort et sa Résurrection, tout ce qui a précédé est considéré par les Chrétiens comme une étape nécessaire, mais révolue ; et donc, c’est volontairement que l’auteur de la lettre aux Hébreux accumule les références aux usages de l’Ancien Testament pour annoncer haut et fort qu’ils sont caducs.
Mais, pour comprendre le nouveau sens des mots, il faut refaire le chemin qu’ont fait les hommes de l’Ancien Testament, comprendre quelle logique animait tout le culte juif avant Jésus-Christ. Au départ, tout reposait sur l’idée d’un Dieu lointain, tout-puissant, qui tenait entre ses mains le sort de l’humanité. Tout-Autre que l’homme, il demeurait dans des horizons inaccessibles : aucun homme ne pouvait l’atteindre, ni même l’apercevoir : pour l’atteindre, il aurait presque fallu n’être plus un homme ; or il fallait bien l’atteindre pour qu’il entende les prières des hommes et qu’il répande sur eux tous les bienfaits dont lui seul avait le secret.

UN SACERDOCE NOUVEAU
De là est née l’institution du sacerdoce : certains hommes étaient mis à part, séparés des autres, pour être réservés (on disait « consacrés ») au rôle d’intermédiaires entre Dieu et le reste du peuple. Pour accéder au domaine de Dieu, le domaine du « sacré », il leur fallait quitter définitivement le domaine des autres hommes, qu’on appelait le domaine profane. Concrètement, c’était la tribu des lévites qui avait été mise à part, de façon définitive, et, à l’intérieur de cette tribu, une famille précise était consacrée de manière particulière. Pris dans cette famille, le prêtre devait encore être consacré par des rites précis (bains rituels, onction, aspersion, sacrifices de consécration) ; il portait des vêtements spéciaux et il devait observer des règles de pureté très sévères pour être en permanence maintenu dans la sphère du sacré. Il y avait donc tout un système de séparations successives entre les hommes du sacré et le peuple.
Le prêtre ne pouvait pas non plus entrer en contact avec Dieu n’importe où, n’importe comment : d’où l’institution du Temple, et l’organisation extrêmement précise du culte. Le Temple étant le lieu du sacré, il ne pouvait être question d’y laisser pénétrer des profanes ; ce qui explique la série d’enceintes successives à l’intérieur du Temple de Jérusalem, qui reproduisait le même système de séparations que dans la société : seuls les prêtres pouvaient entrer dans le domaine de Dieu, et seul le grand prêtre pouvait accéder jusqu’au Saint des Saints, là où réside la Présence de Dieu. Toutes ces précautions prises, que faire pour être sûr d’entrer en contact avec Dieu, pour offrir à ce Maître de la Vie un présent digne de lui ? On n’a rien trouvé de mieux que de lui offrir un être vivant, dont le sang répandu est le symbole de la vie qui circulait en lui. Le Dieu d’Israël a fait savoir dès le début qu’il ne voulait à aucun prix de sacrifice humain, mais il n’a pas refusé tout de suite les sacrifices d’animaux : une pédagogie ne peut se faire que par étapes.
Jésus est venu faire franchir à l’humanité le pas décisif : parce que Dieu est tout proche de l’homme, tout l’ancien système de séparation des prêtres devient caduc ; Jésus n’est pas de la tribu de Lévi, ce n’est plus nécessaire ; plus besoin de temple non plus, puisque le lieu de rencontre entre Dieu et l’homme c’est le Dieu fait homme ; plus besoin de sacrifices sanglants : le Dieu de la Vie nous demande de consacrer notre vie à servir nos frères, ce que Jésus a fait et nous donne désormais la force de faire.

 

EVANGILE – selon Saint Marc 14,12-16.22-26

12 Le premier jour de la fête des pains sans levain,
où l’on immolait l’agneau pascal,
les disciples de Jésus lui disent :
« Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs
pour que tu manges la Pâque ? »
13 Il envoie deux de ses disciples en leur disant :
« Allez à la ville ;
un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre.
Suivez-le,
14 et là où il entrera, dites au propriétaire :
Le Maître te fait dire : Où est la salle
où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?
15 Il vous indiquera, à l’étage,
une grande pièce aménagée et prête pour un repas.
Faites-y pour nous les préparatifs. »
16 Les disciples partirent, allèrent à la ville ;
ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit,
et ils préparèrent la Pâque.
22 Pendant le repas,
Jésus, ayant pris du pain,
et prononcé la bénédiction, le rompit,
le leur donna,  et dit :
« Prenez, ceci est mon Corps. »
23 Puis, ayant pris une coupe,
et ayant rendu grâce, il la leur donna,
et ils en burent tous.
24 Et il leur dit :
« Ceci est mon Sang,
le sang de l’Alliance,
versé pour la multitude.
25 Amen, je vous le dis :
je ne boirai plus du fruit de la vigne,
jusqu’au jour où je le boirai, nouveau,
dans le royaume de Dieu. »
26 Après avoir chanté les Psaumes,
ils partirent pour le mont des Oliviers.

LA PAQUE JUIVE
On imagine bien dans quelle ambiance Jésus a célébré ce dernier repas : dans tout Jérusalem, on préparait la Pâque ; d’innombrables agneaux étaient égorgés au Temple pour être ensuite partagés en famille ; dans les maisons, c’était le premier jour de la fête des pains sans levain (on disait des « azymes »), les femmes débarrassaient méticuleusement la maison de toute trace du levain de l’année écoulée pour accueillir le levain nouveau, huit jours plus tard.
Depuis des siècles, ces deux rites commémoraient la libération d’Egypte, au temps de Moïse : ce jour-là, Dieu était « passé » parmi son peuple pour en faire un peuple libre ; puis, au Sinaï, il avait fait Alliance avec ce peuple et le peuple s’était engagé dans cette Alliance, « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous y obéirons » (nous l’avons entendu dans la première lecture) parce qu’il faisait confiance à la Parole du Dieu libérateur ; et le psaume 115/116 répétait en écho « Je suis, SEIGNEUR, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes ».
Désormais, pour toutes les générations suivantes, célébrer la Pâque, c’était entrer à son tour dans cette Alliance, vivre d’une manière nouvelle, débarrassée des vieux ferments, libérée de toute chaîne. Car faire mémoire, ce n’est pas seulement égrener des souvenirs, c’est vivre aujourd’hui de l’œuvre  inlassable de Dieu qui fait de nous des hommes libres.
Il est clair, dans cet évangile, que Jésus a choisi d’inscrire ses derniers instants dans cette perspective-là, perspective d’Alliance, perspective de vie libérée : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. » Ce soir-là, il ne fait aucun doute pour personne qu’il parle de sa mort et de son sang qui va être répandu ; mais voilà qu’il donne à sa mort le sens d’un Sacrifice d’Alliance avec Dieu, dans la ligne de celui de Moïse au Sinaï. Le problème, c’est qu’il ne pouvait être question pour aucun Juif, même pas pour les disciples, d’envisager le moins du monde la Passion du Christ comme un sacrifice : Jésus n’est pas prêtre, il n’est pas de la tribu de Lévi, et surtout son exécution s’est déroulée hors du Temple, hors même des murs de Jérusalem ; or seul un prêtre pouvait offrir des sacrifices à Dieu et ce ne pouvait être que dans le Temple de Jérusalem. Enfin, et c’est beaucoup plus grave, il n’était pas possible en Israël d’envisager la mort d’un homme comme un sacrifice susceptible de plaire à Dieu : il y avait des siècles qu’on savait cela. Ceux qui ont exécuté Jésus n’ont jamais eu l’intention d’accomplir un sacrifice : ils ont cru se débarrasser purement et simplement d’un mauvais Juif qui, à leurs yeux, troublait la vie et la religion du peuple d’Israël.

UN SACRIFICE NOUVEAU POUR UNE ALLIANCE NOUVELLE
Pourtant, c’est clair, Jésus, lui, donne à sa mort le sens d’un sacrifice, le sacrifice de l’Alliance nouvelle : mais en donnant désormais un tout autre sens au mot « sacrifice ». Là, il est dans la droite ligne du prophète Osée qui avait bien dit : « Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes » (Os 6,6). A bien comprendre Osée, le vrai sens du mot « sacrifier » (sacrum facere, en latin, faire sacré) c’est tout simplement connaître Dieu et lui ressembler en faisant oeuvre de miséricorde ; les deux vont ensemble, c’est clair. Jésus est venu nous montrer jusqu’où va cette miséricorde de Dieu : elle va jusqu’à pardonner à ceux qui tuent le maître de la Vie. Désormais, ceux qui veulent bien regarder vers le Crucifié, et y reconnaître le vrai visage de Dieu, sont frères du Christ : ils connaissent, tel qu’il est vraiment, le Dieu de tendresse et de pitié, et, à leur tour, ils peuvent vivre,  dans la tendresse et la pitié. Finalement, c’est cela, être des hommes libres. Parce que nos pires chaînes sont celles que nous dressons entre nous.
Voilà la vie nouvelle à laquelle nous sommes invités et qui est symbolisée par le pain sans levain, le pain azyme : c’est la raison pour laquelle notre Eglise est restée fermement attachée à la tradition des pains azymes pour fabriquer les hosties ; quand Jésus a dit  « Ceci est mon Corps », il avait entre les mains un morceau de pain sans levain, une « matsah » : il annonçait ainsi une nouvelle manière d’être homme, pure, c’est-à-dire libre. Il nous invitait, comme dit la lettre aux Ephésiens, à « nous revêtir de l’homme nouveau, créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. » (Ep 4,24).
Dans ce sens-là, Jésus peut bien être comparé à l’agneau pascal : non pas qu’il serait une victime égorgée pour plaire à Dieu, mais parce que le sang de l’agneau pascal signait l’Alliance entre le Dieu libérateur et son peuple ; le nouvel agneau pascal, parce qu’il dévoile enfin aux yeux des hommes le Vrai Visage de Dieu libère les hommes de toutes leurs fausses images de Dieu et alors l’Alliance est possible. C’est parce qu’il est en lui-même l’incarnation de l’Alliance qu’il peut vivre tous ces événements en homme libre « Ma vie, on ne me la prend pas, c’est moi qui la donne. »
L’acceptation libre, volontaire de sa mort, est bien le summum de la liberté ; il en a la force parce que, pas un instant, il ne doute de son Père. C’est sur ce chemin-là qu’il nous entraîne.
Désormais, pour participer aux « biens à venir » (deuxième lecture), nous accomplissons ce que Jésus nous a dit de faire « en mémoire de lui ». Ces « biens à venir », c’est l’humanité enfin rassemblée dans l’amour autour de lui au point de ne faire qu’un seul Corps ; pour être en union avec Dieu, il nous suffit désormais d’être en communion avec Jésus-Christ.
———————–
Compléments
Voici l’une des prières qui est dite pendant le repas pascal juif : « Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui fais sortir le pain de la terre. Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui nous as sanctifiés par tes ordonnances, et nous ordonnas de manger le pain azyme. »
Saint Paul : « Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain. Car le Christ, notre Pâque, a été immolé. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni avec du levain de méchanceté et de perversité, mais avec des pains sans levain : dans la pureté et dans la vérité. » (1 Co 5,6-8).

DAVID LE BRETON (1954-...), ELOGE DE LA MARCHE

Eloge de la marche

Eloge de la marche 

…La marche est une méthode tranquille de réenchantement de la durée et de l’espace.
Elle est un dessaisissement provisoire par l’atteinte d’un gisement intérieur
qui tient seulement dans le frisson de l’instant.
Elle implique un état d’esprit, une humilité heureuse devant le monde,
une indifférence à la technique et aux moyens modernes de déplacement
ou, du moins, un sens de la relativité des choses…

…Et toujours le sac pèse sur les épaules, même quand, au fil du temps,
l’expérience contraint à se débarrasser du superflu…
Au terme d’une journée de marche, quand les épaules n’en peuvent plus de la charge,
le marcheur croit porter un sac de pierres.
La somme de bagages à emporter avec soi alimente longtemps le souci du voyageur.
L’évaluation des objets nécessaires exige une savante alchimie, bien différente pour chacun.
S’il est prudent de pas trop s’alourdir, il ne faut pas davantage trop lésiner,
au risque à un moment ou à un autre de se trouver dépourvu de l’essentiel.
Le confort du voyage en est la conséquence pour le meilleur ou pour le pire.
Nourriture, affaires de toilette, vêtements de rechange, couchages, livres,
carnet de notes, cartes, etc.. nourrissent de savants calculs…

…Le voyageur à pied est en quête de noms, celui du village à venir, du lieu-dit,
jalons de sens qui humanisent le parcours et font sortir
le monde du chaos où il se complaisait.
« Je te demande comment s’appelle cette descente ? « 
Le petit berger est effaré et manifestement ne sait que dire.
Il baisse les yeux, rougit jusqu’aux oreilles et se frotte le genou.
Enfin, dans un souffle, il se décide à répondre :
« Elle n’a pas de nom »
Il faut en effet parfois réduire son ambition,
chaque fragment du monde n’est pas nommé,
il règne encore des haies inconnues ou des champs anonymes,
des plaines ou des vallées que nul n’a songé à baptiser.
Et puis la destinée de tout homme est seulement de connaître
une poignée de noms parmi leur nombre infini,
il faut donc s’adresser à la bonne personne,
celle qui sait précisément celui que l’on cherche.
Comment s’appellent ce hameau, le ruisseau là-bas, la rivière, le bois,
et les habitants de ce village ?
Il s’agit de se repérer devant l’énigme des lieux,
se retrouver dans les taches de couleur et les lignes de la carte
ou des paysages, calculer au regard de l’échelle le chemin déjà parcouru,
celui qui reste à accomplir, évaluer les efforts à fournir…

David Le Breton « Eloge de la Marche »

David Le Breton

Strasbourg, 26 juin 2020. David Le Breton, anthropologue et sociologue. marche dans les rue de Strasbourg.

David Le Breton est professeur à l’Université de Strasbourg, membre de l’Institut universitaire de France et chercheur au laboratoire Cultures et Sociétés en Europe.

Anthropologue et sociologue français, il est spécialiste des représentations et des mises en jeu du corps humain qu’il a notamment étudiées en analysant les conduites à risque.

Il a aussi écrit sur des thèmes plus personnels : le silence (Du silence – Métailié) ou sur la marche (Éloge de la marche).

En 2007, il publie un polar Mort sur la route chez Métailié qui reçoit le prix Michel Lebrun à la 25ème heure (Salon du livre du Mans).

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ECRIVAIN FRANÇAIS, JUIN, LITURGIES INTIMES, MEDITATIONS, PAUL VERLAINE, PAUL VERLAINE (1844-1896), POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, PRIERE, PRIERES

Juin, poème de Paul Verlaine

 
 

 Juin

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Mois de Jésus, mois rouge et or, mois de l’Amour,
Juin, pendant quel le cœur en fleur et Tàme en flamme
Se sont épanouis dans la splendeur du jour
Parmi des chants et des parfums d’épithalame,

Mois du Saint-Sacrement et mois du Sacré-Cœur,
Mois splendide du Sang réel, et de la Chair vraie,
Pendant que l’herbe mûre offre à l’été vainqueur
Un champ clos où le blé triomphe de l’ivraie,

Et pendant quel, nous misérables, nous pécheurs,
Remémorés de la Présence non pareille.
Nous sentons ravigorés en retours vengeurs
Contre Satan, pour des triomphes que surveille

Du ciel là-haut, et sur terre, de l’ostensoir,
L’adoré, l’adorable Amour sanglant et chaste,
Et du sein douloureux où gîte notre espoir
Le Cœur, le Cœur brûlant que le désir dévaste,

Le désir de sauver les nôtres, ô Bonté
Essentielle, de leur gagner la victoire
Éternelle. Et l’encens de l’immuable été
Monte mystiquement en des douceurs de gloire.

Paul Verlaine (1844-1896)
Recueil liturgies intimes (1892).
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ANCIEN TESTAMENT, DIMANCHE DE LA TRINITE, EVANGILE SELON MATTHIEU, LETTRE DE SAINT PAUL AUX ROMAINS, LIVRE DU DEUTERONOME, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 32, TRINITE

Dimanche 30 mai 2021 : Fête de la Trinité

Dimanche 30 mai 2021 : Fête de la Trinité

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Deutéronome 4,32-34.39-40

Moïse disait au peuple :
32 « Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé,
depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre :
d’un bout du monde à l’autre,
est-il arrivé quelque chose d’aussi grand,
a-t-on jamais connu rien de pareil ?
33 Est-il un peuple qui ait entendu comme toi
la voix de Dieu parlant du milieu du feu,
et qui soit resté en vie ?
34 Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation,
de venir la prendre au milieu d’une autre,
à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats,
à main forte et à bras étendu,
et par des exploits terrifiants
comme tu as vu le SEIGNEUR ton Dieu,
le faire pour toi en Egypte  ?
39 Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur  :
c’est le SEIGNEUR qui est Dieu,
là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ;
il n’y en a pas d’autre.
40 Tu garderas les décrets
et les commandements du SEIGNEUR
que je te donne aujourd’hui,
afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie
sur la terre que te donne le SEIGNEUR ton Dieu, tous les jours. »

UNE DECOUVERTE PROGRESSIVE
Nous lisons ce texte pour la fête de la Trinité, mais s’il est bien question de Dieu, du SEIGNEUR et de tout ce qu’il a fait pour son peuple, nous n’avons pas entendu le mot « Trinité » ; tout simplement parce que, lorsque le livre du Deutéronome a été écrit, la révélation n’en était pas encore là, si j’ose dire. La découverte du mystère de la Trinité sera la dernière étape de la révélation de Dieu à son peuple. A l’époque du Livre du Deutéronome et pendant tout l’Ancien Testament, il s’agissait d’abord de libérer le peuple du polythéisme. Parce que, tout au début de l’histoire d’Israël, quand Dieu a choisi le peuple élu pour se révéler aux hommes, les peuples du Moyen Orient étaient polythéistes ; dans ce contexte-là, il était impossible pour l’homme d’entendre le double message : Dieu est UN et il est en Trois Personnes. La première étape de la pédagogie de Dieu a donc été de se révéler d’abord comme le Dieu Unique (et c’est l’objet de l’Ancien Testament) ; la deuxième étape sera l’objet du Nouveau Testament : ce Dieu UN n’est pas solitaire, il est une communion d’amour entre trois Personnes.
Revenons à ce texte du Livre du Deutéronome. Nous avons là, en quelques lignes, tout le catéchisme du peuple d’Israël ; nous sommes donc dans la première étape de la pédagogie de Dieu ; l’auteur inspiré insiste : « Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton coeur : c’est le SEIGNEUR qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. » Sous-entendu, il n’y a pas les dieux du ciel et ceux de la mer, et ceux des armées et ceux de la fécondité… Dieu seul est Dieu.
Curieusement, dans ce catéchisme, il n’y a pas de définition de Dieu, ni de description de Dieu ; en revanche, il y a la longue énumération émerveillée des œuvres  de Dieu pour l’humanité, puis pour son peuple élu. Dieu a créé l’humanité (« Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre… »), Dieu a parlé à son peuple (« Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu …? » Il s’agit du Sinaï), Dieu a choisi ce peuple et l’a libéré (« Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre …? »), Dieu lui a donné les commandements comme recette du bonheur pour tous (« Tu garderas les décrets et les commandements du SEIGNEUR que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie… »), enfin Dieu a donné à son peuple sa terre.
UN DIEU INATTENDU
J’ai parlé d’émerveillement : « Interroge les temps anciens… Est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? » Il y a là la reconnaissance du peuple élu, conscient d’avoir été choisi sans aucun mérite de sa part.
Il y a aussi et surtout la surprise, l’étonnement, devant cette révélation d’un Dieu tellement inattendu, tellement différent de tout ce qu’on aurait pu imaginer ! Un Dieu créateur, c’est facile à imaginer, mais un Dieu qui se révèle, un Dieu qui choisit une nation, qui vient la « prendre », la distinguer, qui s’intéresse à elle, qui intervient pour elle à de multiples reprises, qui lui donne une terre, qui lui dévoile les secrets du bonheur et de la vie…
On imaginait spontanément un Dieu de puissance, celui qu’on appelait « Elohim » ; mais on a découvert tellement plus merveilleux : ou plutôt, on n’a rien découvert, c’est Dieu qui s’est révélé… Dieu seul peut parler valablement de Dieu. Il nous fallait bien la Révélation ! Et Dieu s’est révélé non comme l’Elohim, le Dieu de la puissance mais comme le SEIGNEUR, le Dieu de la Présence. Le fameux nom de Dieu, révélé à Moïse, ce nom en quatre lettres « YHVH » qu’on ne prononce jamais, dit justement la Présence permanente de Dieu auprès de son peuple, hier, aujourd’hui et demain.
Cette présence permanente de Dieu auprès de son peuple, il restera à découvrir qu’elle n’est pas réservée à Israël, que Dieu est le Dieu de tous les hommes ; là encore, il faut déchiffrer la pédagogie de Dieu ; dans un contexte historique où chaque peuple, pour se faire sa place au soleil, croit avoir son ou ses dieux qui combattent avec lui, aucun peuple au monde, et pas non plus le peuple hébreu, n’aurait pu envisager un dieu qui aurait été pour lui sans prendre parti contre tous les autres.
Puis, peu à peu, le peuple élu découvrira qu’il a été élu, non au détriment des autres, mais au service de tous les autres. Comme le dit André Chouraqui : « Le peuple de l’Alliance est destiné à devenir le futur instrument de l’Alliance des peuples ».
Le Livre du Deutéronome que nous lisons aujourd’hui est un livre déjà tardif de la Bible et il amorce bien cette étape de la Révélation : à la fois Israël est le peuple élu (« Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu ? ») et en même temps Dieu est le Dieu de tous les peuples, puisqu’il est le seul Dieu.
« Sache donc aujourd’hui, et médite cela dans ton coeur : c’est le SEIGNEUR qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. »

PSAUME – 32  (33), 4-5.6.9.18-19.20-22

4 Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
5 Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

6 Le SEIGNEUR a fait les cieux par sa parole,
l’univers, par le souffle de sa bouche.
9 Il parla, et ce qu’il dit exista ;
il commanda et ce qu’il dit survint.

18 Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
19 pour les délivrer de la mort,
Les garder en vie aux jours de famine.

20 Nous attendons notre vie du SEIGNEUR :
il est pour nous un appui, un bouclier.
22 Que ton amour, SEIGNEUR, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

LA TERRE EST REMPLIE DE SON AMOUR
Pas un mot du mystère de la Trinité dans ce psaume, au moins apparemment. Evidemment, puisque ce Mystère du Dieu Unique en Trois Personnes n’a été découvert par les croyants qu’après la Pentecôte. Mais en revanche des mots très beaux dans ces quelques versets sur l’énorme découverte que les hommes de l’Ancien Testament avaient déjà faite.
Vous avez entendu par exemple « La terre est remplie de son amour » : c’est déjà une superbe profession de foi ! Il a fallu tout un long chemin de Révélation pour que l’humanité découvre cette réalité fondamentale que Dieu est Amour et que la terre (entendez la Création) est remplie de son amour. Et c’est bien la caractéristique des croyants, il me semble : ils traversent l’existence et ses réalités de joie ou même d’épreuves en affirmant, quoi qu’il arrive, que la terre est remplie de l’amour de Dieu. Ce qui ne veut pas dire que l’amour règne partout sur la terre ! Ni l’amour universel, ni le bonheur ne sont encore au rendez-vous. Pour l’instant, ce qui est sûr, c’est que Dieu regarde le cosmos et l’humanité avec amour. Pour le reste, ce n’est pas encore accompli, mais c’est la vocation de la Création tout entière d’être le lieu de l’amour, du droit et de la justice.
L’amour de Dieu pour l’humanité est donc vieux comme le monde, pourrait-on dire : c’est le sens du rappel de la Création que nous entendons ici : « Le SEIGNEUR a fait les cieux par sa parole, l’univers, par le souffle de sa bouche. Il parla, et ce qu’il dit exista ; il commanda et ce qu’il dit survint. »
Mais Dieu ne s’est pas contenté de créer le cosmos et l’humanité un beau jour pour les abandonner à leur sort ensuite ; depuis l’aube du monde, il veille sur nous à chaque instant : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ».
Cette certitude de la foi est assise sur une expérience : celle de la vigilance de Dieu au long des siècles. Depuis Abraham, Isaac et Jacob, depuis Moïse et le buisson ardent et la sortie d’Egypte, et l’entrée en terre promise… et je pourrais reprendre les uns après les autres les événements de l’histoire du peuple élu, à chaque étape on a su, expérimenté que Dieu veille et que la terre est remplie de son amour.
DIEU VEILLE SUR CEUX QUI LE CRAIGNENT
Je reviens sur ce verset étonnant : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». Je ferai deux remarques. Premièrement, nous avons là une définition du mot « crainte » : Traduisez : ceux qui craignent le Seigneur, ce sont justement ceux qui mettent leur espoir en son amour, qui lui font confiance en toutes circonstances. Deuxièmement, on peut être surpris de la formulation : « Dieu veille sur ceux qui le craignent » ; on a envie de demander : « et les autres ? Ceux qui ne sont pas croyants ? Est-ce que Dieu ne veille pas sur eux ? » Bien sûr, Dieu veille sur tous ses enfants, mais seuls ceux qui le connaissent le savent et peuvent le dire pour l’instant !
Autre caractéristique de ce psaume, l’importance attachée à la Loi ! L’amour du peuple d’Israël pour la Loi nous étonne parfois ; mais pour les croyants, cela va de soi car ils y voient l’expression de la vigilance de Dieu pour ses enfants : sa Loi nous accompagne, tout comme un code de la route protège des accidents et des faux pas ; elle est donc considérée comme un cadeau d’amour de Dieu. Et ce n’est pas un hasard si ce psaume comporte exactement vingt-deux versets, (qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu), en hommage à la Parole de Dieu qui est le tout de notre vie, de A à Z.
Et désormais pour les croyants, la seule attitude valable, la seule manière de respecter Dieu c’est d’obéir aux commandements, parce qu’on sait qu’ils ne sont guidés que par l’amour. C’est exactement le sens de la profession de foi juive (Dt 6,4) : « Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur , de tout ton être, de toute ta force. » Traduisez « Tu l’aimeras, tu lui feras confiance et (parce que c’est inséparable) tu observeras ses commandements, sa parole » ; c’est le deuxième sens du mot « parole » ; le verset « Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR » est un hommage à la Parole créatrice, mais aussi à la Loi donnée par Dieu.
Car il ne faut pas oublier que la création dont on s’émerveille le plus en Israël, ce n’est pas celle de la terre, c’est celle du peuple. A chaque époque de son histoire, la parole de Dieu l’appelle à la liberté, et lui donne la force de conquérir cette liberté ; liberté par rapport à toute idolâtrie, liberté par rapport à tout esclavage.
A première vue, dans ces versets, comme je le disais en commençant, nous ne trouvons pas trace de la Trinité. Il a fallu attendre la venue du Christ pour comprendre que la Parole de Dieu dont ce psaume a tant parlé est une Personne : « Au commencement était le Verbe… C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui », médite Saint Jean dans son prologue (Jn 3) ; alors nous pouvons donner tout leur sens aux affirmations du psaume 32/33 : « Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait… Le SEIGNEUR a fait les cieux par sa Parole, l’univers, par le souffle de sa bouche… Il parla et ce qu’il dit exista ; il commanda et ce qu’il dit survint. »

DEUXIEME LECTURE – lettre de Saint Paul aux Romains 8,14-17

Frères,
14 tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu,
ceux-là sont fils de Dieu.
15 Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves
et vous ramène à la peur ;
mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ;
et c’est en lui que nous crions « Abba ! »
c’est-à-dire : Père !
16 C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit
que nous sommes enfants de Dieu.
17 Puisque nous sommes ses enfants,
nous sommes aussi ses héritiers ;
héritiers de Dieu,
héritiers avec le Christ,
si du moins nous souffrons avec lui
pour être avec lui dans la gloire.

ESCLAVES DE DIEU ? OU FILS DE DIEU ?
A l’époque de Paul, l’esclavage faisait partie de la réalité quotidienne et c’est cette réalité qui lui a inspiré la méditation que nous lisons ici. Lorsqu’un maître de maison a auprès de lui en même temps des fils et des esclaves, les uns et les autres n’ont évidemment pas avec lui le même type de relations. L’esclave a peur de son maître, il se sait à sa merci ; le fils, lui, vit dans la confiance, la sécurité. Quand il dit « Père » (« Abba »), il sait d’avance qu’il sera entendu, compris, aimé. Tous les deux (l’esclave et le fils) obéissent ; car le propre du maître de maison, du père, c’est de dire la loi ; un père qui ne donne pas de loi n’est pas un père, on le sait bien, et il ne fait grandir personne ; mais la grande différence entre l’esclave et le fils devant la loi du père, c’est que l’esclave obéit par peur du châtiment, tandis que le fils obéit par confiance dans la sagacité de son père.
Si, dans la lettre aux Romains, Paul s’intéresse tant à ce sujet, c’est qu’il y voit une image de notre relation à Dieu. Dieu est notre Père, il l’est depuis toujours, et donc, dès le début de la création, il veut nouer avec l’humanité un rapport de père à fils ; mais voilà, l’homme a bien du mal à se comporter en fils. Ne croyant pas que Dieu est Père, l’homme se comporte non pas en fils mais en esclave : il a peur de son maître et il lui prête toute sorte de mauvaises intentions : il imagine un maître jaloux, exigeant, vindicatif et injuste. Il est clair que dans tout le début de la lettre aux Romains, Paul a toujours devant les yeux le portrait d’Adam : Adam, c’est une manière d’être homme qui consiste justement à soupçonner Dieu ; Adam se méfie du commandement donné par Dieu, parce qu’il s’imagine que ce commandement est mal intentionné !… Et donc, Adam désobéit à la loi de Dieu, puis il se cache quand Dieu l’appelle, pensant que Dieu va certainement se venger de cette désobéissance…
De la même manière, plus tard, quand Dieu dira à Caïn de dominer sa violence, au lieu de se laisser dominer par elle (Gn 4,7), Caïn n’écoutera pas et tuera Abel… Et voilà, l’engrenage de la violence et du malheur est installé. Si Adam avait fait confiance, il aurait simplement obéi au commandement ; il n’aurait pas eu peur de Dieu qui le cherchait ; si Caïn avait fait confiance au conseil qui lui était donné, il se serait dominé. La racine de la désobéissance, au fond, c’est le manque de confiance.
Si l’on peut dire « Pour Paul, Adam, c’est une manière d’être homme », c’est parce que Paul sait bien que Adam n’est pas un individu particulier qui serait le premier spécimen de l’humanité ; les rabbins juifs ont même l’habitude de dire « chacun est Adam pour soi ». Manière de dire que chacun de nous est esclave de la fausse idée qu’il se fait de Dieu. Et cet esclavage-là est le pire de tous ; on l’appelle « originel » précisément parce qu’il est à la racine de nos comportements et qu’il engendre le malheur de l’humanité ; d’ailleurs, quand on parle de ce texte du livre de la Genèse, on l’appelle le « récit de la chute d’Adam » ; le mot « chute » dit bien qu’il s’agit d’un engrenage épouvantable ; comme on dit « mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose », on pourrait dire « soupçonnez, soupçonnez, il en restera toujours quelque chose ». Parce que, une fois le soupçon installé, il défigure tout ; c’est vraiment à la base que tout est faussé.
On pourrait reprendre les commandements l’un après l’autre ; le premier manquement était peut-être sans gravité, et on le croyait sans lendemain, on l’imaginait comme une exception ; mais qui a volé volera, qui a trompé trompera, qui a menti mentira. Saint Paul décrit cet engrenage dans les premiers chapitres de cette lettre aux Romains, et il brosse un tableau tellement triste qu’on a envie de dire « pauvre humanité ».
Les nouvelles du monde, que nous entendons certains jours, ne sont pas plus réjouissantes ! Mais Paul ne reste pas sur ce triste bilan ! Car il sait, lui, que la face du monde est changée par la venue, la vie, la mort et la Résurrection du Christ.
QUE TA VOLONTE SOIT FAITE PARCE QU’ELLE EST BONNE
A l’opposé du chemin d’Adam, l’autre chemin, l’autre voie, c’est celle du Christ : lui, dont Jean dit qu’il est celui qui est en permanence « tourné vers le Père » dans l’attitude du dialogue sans ombre. C’est le sens de ce verset du prologue de saint Jean « Il (le Verbe) était auprès de Dieu » Jn 1,2). Même en plein cœur  de l’épreuve, de l’angoisse devant la torture et la mort violente, « Il disait : « Abba, Père, tout est possible pour toi. Eloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » (Mc 14,36). Parce que sa confiance en son Père était plus forte que toute autre voix.
Déjà, le récit des tentations dans les évangiles nous le montrait résistant aux propositions les plus alléchantes de celui qu’on appelle le diviseur (c’est le sens du mot grec « diabolos » qui se traduit « diable »), celui qui voulait le séparer de son Père.
Le secret de Jésus, l’évangile le précise bien, c’est qu’il est rempli de l’Esprit de Dieu, habité, conduit par cet Esprit. Quand Paul dit « si, du moins, nous souffrons avec lui », c’est de cela qu’il parle : il n’y a pas de souffrance exigée par Dieu, mais il y a une attitude à adopter : dans nos épreuves, être avec le Christ, nous comporter comme lui, nous laisser conduire, comme lui, par l’Esprit.
Toute l’histoire de l’humanité est celle d’un long apprentissage pour passer de l’attitude de l’esclave (celle d’Adam) à l’attitude de fils, celle de Jésus-Christ.
Quand les rabbins juifs disent « chacun est Adam pour soi », ils ne veulent pas dire que nos vies se déroulent toutes et tout le temps sous le signe d’Adam. Nous avons nos heures selon Adam et nos heures selon le Christ. Les heures « selon le Christ », ce sont celles où nous nous laissons mener par l’Esprit qui nous habite depuis notre Baptême ; quand Paul dit « nous souffrons avec Jésus », il pense à tous ces moments de tentation qui sont autant d’épreuves à surmonter.
Allons-nous faire confiance au sein même de l’épreuve, garder le cap de notre vocation ou de nos engagements, obéir au commandement parce qu’il ne peut qu’être bon pour nous et pour les autres…?
Si nous reprenons le même chemin que Jésus, si, résolument, nous refusons le soupçon d’Adam, si nous acceptons de faire confiance à Dieu au jour le jour, nous nous conduisons comme Jésus en fils de Dieu et nous vivons de la vie de Dieu ; c’est ce que Paul appelle « être avec lui dans la gloire ».

EVANGILE – selon Saint Matthieu 28, 16 – 20

En ce temps-là
16 les onze disciples s’en allèrent en Galilée,
à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
17 Quand ils le virent, ils se prosternèrent,
mais certains eurent des doutes.
18 Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles :
« Tout pouvoir m’a été donné
au ciel et sur la terre.
19 Allez !
De toutes les nations faites des disciples :
baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
20 apprenez-leur
à observer tout ce que je vous ai commandé.
Et moi, je suis avec vous
tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

DE TOUTES LES NATIONS FAITES DES DISCIPLES
Aussitôt après la Résurrection, voici le très bref discours d’adieu de Jésus. Cela se passe en Galilée qu’on appelait couramment le « carrefour des païens », la « Galilée des nations » ; car désormais la mission des Apôtres concerne « toutes les nations ». L’Evangile de Matthieu semble tourner court : mais, en fait, l’aventure commence ; tout se passe comme dans un film où le mot « FIN » s’inscrit sur une route qui ouvre vers l’infini. Car c’est bien vers l’infini que Jésus les envoie : l’immensité du monde et l’infini des siècles ; « Allez… De toutes les nations faites des disciples… Jusqu’à la fin du monde. »
Curieusement, ils n’ont l’air qu’à moitié préparés à cette mission !
Si Jésus était un chef d’entreprise, il ne pourrait pas prendre le risque de confier la suite de son affaire à des collaborateurs comme ceux-là : des collaborateurs qui semblent bien ne pas avoir assimilé toute la formation qu’il leur a assurée pendant trois ans. Ils font erreur sur l’objectif, sur les délais, sur la nature de l’entreprise.
Ils vont même jusqu’à douter de la réalité qu’ils sont en train de vivre ; puisque Matthieu dit clairement « Certains eurent des doutes ». La mission qui leur est confiée et qui est pleine de risques est de promouvoir un message qui les surprend encore. Folie, diront les gens sages, Sagesse de Dieu répondrait Saint Paul. C’est que l’entreprise dont il s’agit n’est pas banale : elle dépasse tout ce que l’esprit humain peut imaginer ou concevoir. Il s’agit de la communication entre Dieu et les hommes. Celui qui est venu en allumer l’étincelle confie à ses disciples le soin d’en répandre le feu. « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. »
« Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » : nous n’avons pas souvent l’occasion de nous arrêter sur cette formule extraordinaire de notre foi. Première formulation du mystère de la Trinité : l’expression « Au nom de », très habituelle dans la Bible, signifie qu’il s’agit bien d’un seul Dieu ; en même temps les trois Personnes sont nommées et bien distinctes : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Si l’on se souvient que le NOM, dans la Bible, c’est la personne, et que baptiser veut dire étymologiquement « plonger », cela veut dire que le Baptême nous plonge littéralement dans la Trinité. On comprend l’ordre express de Jésus à ses disciples « Allez !», il y a urgence. Comment ne pas être pressés de voir toute l’humanité profiter de cette proposition ?
PLONGES DANS LA TRINITE
En même temps, il faut bien dire que cette formule, si habituelle pour nous aujourd’hui, était pour la génération du Christ une véritable révolution !
A preuve, quand les apôtres, Pierre et Jean, ont guéri le boiteux de la Belle Porte (Ac 3 et 4), les autorités leur ont aussitôt demandé « Par quelle puissance, par le nom de qui avez-vous fait cette guérison ? » (Ac 4,7) : parce qu’il n’était pas permis d’invoquer un autre nom que celui de Dieu.
Jésus parle bien de Dieu, mais sa phrase cite trois personnes, or Dieu était unique, les prophètes l’avaient assez dit. L’incompréhension des Juifs pour les fidèles du Christ est inscrite ici, la persécution était inévitable. Jésus le sait, qui les a prévenus le dernier soir : « On vous exclura des assemblées. Bien plus, l’heure vient où ceux qui vous tueront s’imagineront qu’ils rendent un culte à Dieu, (c’est-à-dire croiront défendre l’honneur de Dieu)… Et Jésus ajoutait : « Ils feront cela parce qu’ils n’ont connu ni le Père ni moi. » (Jn 16,2-3).
La mission confiée aux apôtres s’apparente bien à une folie ; mais ils ne sont pas seuls, et cela, il ne faut jamais l’oublier : dans la mesure où notre engagement n’est pas le nôtre, mais le sien, nous n’avons pas de raison de nous inquiéter des résultats : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! »… En d’autres termes, c’est nous qui allons, mais c’est lui qui a tout pouvoir…
Voici ce que l’on raconte de Jean XXIII : il paraît que peu de jours après son élection il reçoit la visite d’un ami qui lui dit « Très Saint Père, comme la charge doit être lourde ! » Jean XXIII répond « C’est vrai, le soir, quand je me couche, je pense « Angelo, tu es le Pape » et j’ai bien du mal à m’endormir ; mais, au bout de quelques minutes je me dis « Angelo, que tu es bête, le responsable de l’Eglise, ce n’est pas toi, c’est le Saint-Esprit… Alors je me tourne de l’autre côté et je m’endors…! » Nous aussi, semble-t-il, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles : l’évangélisation doit être notre travail, mais pas notre angoisse ! Jésus a bien précisé « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. »
A elle toute seule, cette petite phrase est un résumé extraordinaire de la vie du Christ : ceci se passe sur une montagne, a dit Matthieu ; laquelle on ne sait pas, mais elle évoque, bien sûr, celle de la tentation ; sur la montagne de la tentation, Jésus a refusé de recevoir d’un autre que son Père le pouvoir sur la Création : « Le diable l’emmène sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : Tout cela je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. Alors Jésus, lui dit : Arrière Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » (Mt 4,8). Ce pouvoir que Jésus n’a pas revendiqué, n’a pas acheté, lui est donné par son Père.
Et, désormais, ce pouvoir est entre nos mains ! A nous d’y croire… « Allez ! Et moi, ajoute Jésus, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Le Dieu de la Présence révélé à Moïse au buisson ardent, l’Emmanuel (ce qui signifie « Dieu avec nous ») promis par Isaïe ne font qu’un dans l’Esprit d’amour qui les unit. A nous désormais de révéler au monde cette présence aimante du Dieu-Trinité.
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Compléments
Qui donc est Dieu ? C’est la question que l’humanité se pose depuis le premier jour. Il y a deux manières d’y répondre : trouver la réponse nous-mêmes, tout seuls comme des grands… Mais cela suppose que le mystère de Dieu soit à notre portée. Ou bien laisser Dieu nous souffler lui-même la réponse… Et je dis bien « souffler » : depuis des milliers d’années, le souffle de Dieu nous révèle peu à peu qui Il est.
La Trinité : l’aboutissement de la trajectoire
Il a fallu toute la durée de l’Ancien Testament pour se libérer du polythéisme et croire en un Dieu unique ; ce fut, comme on sait, une œuvre  de longue haleine des prophètes. Encore ne parvint-on pas d’une seule traite au monothéisme pur. Une étape intermédiaire fut celle de l’hénothéisme : on professait un seul Dieu d’Israël, mais on concevait que les autres peuples aient leurs dieux. C’est pendant l’Exil à Babylone, semble-t-il, que l’on découvrit que Dieu est le Dieu unique de tout l’univers. La profession de foi « Shema Israël, Ecoute Israël, notre Dieu est le SEIGNEUR UN » prenait alors toute sa valeur. Mais cette unicité de Dieu aurait alors paru totalement incompatible avec la reconnaissance de l’Esprit comme une personne ; il a fallu pour cela la Pentecôte et l’expérience des premières communautés chrétiennes. Quant au Fils de Dieu, ce titre habituellement donné à chaque roi le jour de son sacre, ne signifiait nullement un lien d’engendrement. C’est Jésus lui-même qui l’a révélé, mais ses paroles n’ont été comprises, elles aussi, qu’à la lumière de la Pentecôte.

CLAUDE TRICOIRE (1951-...), PARTIR !..., POEME, POEMES

Partir !…

Partir !….

lhommeauxsemellesdevent

Fermer une porte derrière soi

Jeter les clés d’une maison

Derrière son épaule

Prendre comme viatique

Le souvenir des jours heureux

Chausser les semelles de vent

Et puis partir !

Partir

Loin des chimères de la ville

Le cœur en bandoulière

Les mains dans les poches

Les pieds bien sur terre

La tête dans les étoiles

Vivre d’autres aventures

Partir

S’éblouir  le cœur de la beauté du monde

Ecouter le silence de la terre

S’enivrer du chant du vent des oiseaux

Se draper tout au long du chemin

Dans les rayons du soleil de la lune

Avec les étoiles pour parures

Et puis un soir

S’endormir

A l’ombre des palmiers en fleurs

©Claude Tricoire

19 mai 2021

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