EUROPE, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'EUROPE, HISTOIRE DU XXè SIECLE, RUSSIE, RUSSIE SOVIETIQUE, UKRAINE, UKRIANE : UNE HISTOIRE TOURMENTEE

L’Ukraine : une histoire tourmentée

L’Ukraine : une histoire tourmentée 

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Avant l’arrivée des Slaves, le territoire de l’Ukraine était habité par des peuples indo-iraniens venus du Sud, d’abord les Scythes, puis les Sarmates. Ces peuples vécurent dans la région entre le VIIe et le IIIe siècle avant notre ère. Si les Sarmates sont restés au nord de la mer Noire, là où est située l’Ukraine aujourd’hui, les Scythes se sont installés jusqu’à l’est de la mer Caspienne dans les steppes eurasiennes. Plus au sud se trouvaient les Parthes, une importante puissance politique et culturelle iranienne dans la Perse antique (aujourd’hui l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan).  Les Scythes et les Sarmates finirent par être absorbés par des peuples germaniques, notamment les Alains et les Goths.

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À la suite des invasions germaniques dans l’Empire romain, la région de l’actuelle Ukraine subit plusieurs vagues d’immigrations germaniques jusqu’au moment où les Varèques, un peuple scandinave associé aux Vikings, s’y installèrent pour fonder en 862 la principauté de Kiev, qui devint la capitale du premier État organisé de cette région, laquelle comprend aujourd’hui l’Ukraine, la Biélorussie et une partie de la Russie.

À partir de 912, la principauté de Kiev se mit à accroître son influence sur de nouvelles tribus slaves. Le grand-duc de Kiev, Sviatoslav Ier (945-972), instaura un État puissant au nord des steppes de la mer Noire; après 972, son aire d’influence s’étendit vers le sud et vers l’est, jusqu’à la mer Caspienne. La principauté fut ainsi le premier État slave à s’imposer dans la région, ce qui éveilla l’intérêt de l’Empire byzantin situé plus au sud.

L’État kiévien devint à ce moment-là pour Byzance un important partenaire commercial, et aussi un précieux allié militaire.

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Le traité d’Androussovo (1667), appelé aussi «trêve d’Androussovo», signé entre la République des Deux-Nations et la Russie, entérinait le partage de l’Ukraine entre la Pologne et la Russie. Le traité mettait fin à l’occupation russe, mais Moscou prenait possession de la rive orientale du Dniepr, y compris Kiev, tandis que la Pologne conservait la rive occidentale. Autrement dit, l’ouest de l’Ukraine, appelée aussi «Ukraine de la rive gauche», et la Biélorussie revenaient à la Pologne. Tout le sud de l’Ukraine actuelle, y compris la Crimée, demeurait sous occupation ottomane. La trêve de 1667 fut renouvelée en 1678 et aboutit au traité de Paix éternelle de 1686, dix-neuf ans plus tard.

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C’est dès 1667, sous le règne du tsar de Russie, Alexis Ier (1645-1676), que l’Ukraine commença à subir l’influence de la langue russe. Le tsar instaura dans l’Empire russe, y compris en Ukraine orientale, un État de plus en plus policier. Il poursuivit la colonisation de la Sibérie jusqu’au Pacifique. C’est à partir de cette époque que les Ukrainiens de l’Est commencèrent à se russifier, alors que les Ukrainiens de l’Ouest, devenus polonais, conservaient leur langue tout en l’imprégnant fortement de mots polonais. La Pologne avait accordé à l’Ukraine un statut de territoire autonome, tout en demeurant dans le giron polonais. Au milieu du XVIIe siècle, il y avait déjà d’énormes différences entre le russe et l’ukrainien: alors que le russe était parlé autour de Moscou, les territoires ukrainiens étaient déchirés entre plusieurs pays (comme l’Empire austro-hongrois et le régime de la Rzeczpospolita, l’ancêtre de la Pologne moderne).

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En 1720, le tsar Pierre II, qui régna de 1727 à 1730, ordonna de réécrire en russe tous les décrets et documents juridiques rédigés en ukrainien.  En 1763, un décret de Catherine II (1762-1796) interdit l’enseignement de la langue ukrainienne à l’Académie de Kiev-Mohyla.

En 1772 eut lieu un premier partage après plusieurs victoires successives de la Russie contre l’Empire ottoman. À la suite d’un accord entre la Prusse et la Russie, un second partage se fit en 1793. Les territoires situés à l’ouest du Dniepr restèrent dans l’orbite de Varsovie (Pologne) jusqu’en 1793-1795. Les guerres entre la Russie, la Prusse et l’Autriche se terminèrent par le démembrement du reste de la Pologne en janvier 1795. La Russie s’appropria l’est de la Pologne, la Prusse prit l’ouest et l’Autriche acquit le Sud-Ouest (Galicie)

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Le tsar Alexandre III (de 1881à 1894) poursuivit la même politique de russification que ses prédécesseurs, mais en y ajoutant une nouvelle «trouvaille» : l’interdiction de choisir un nom de baptême en ukrainien pour tout nouveau-né. C’est ainsi que les Piotr russes (Pierre en français) remplacèrent les Petro ukrainiens. Sous Alexandre III, les interdictions se succédèrent sans relâche. En 1881, l’ukrainien fut interdit dans les sermons à l’église; en 1884, ce fut à nouveau la prolongation de son interdiction dans les théâtres et dans les oblasts (régions); puis, en 1895, l’interdiction fut étendue à la publication de livres pour enfants en ukrainien. Alexandre III étendit même la russification en Pologne, dans les pays baltes et en Finlande. L’Empire russe multiethnique devait être de langue russe et de religion orthodoxe.

Sous Nicolas II (1894-1917), le gouvernement russe proscrivit en 1901 l’usage du mot «Ukraine» et imposa la dénomination de la «Malorossiia» («Petite Russie»), par opposition à la Grande Russie (Russie centrale européenne) et à la Russie blanche (Russie de l’Est ou Biélorussie). C’est pourquoi on disait que le tsar était «le souverain de toutes les Russies: la Grande, la Petite et la Blanche». Les Ukrainiens furent officiellement appelés les «Petits Russes». On attribue au tsar Nicolas II cette phrase: «Il n’y a pas de langue ukrainienne, juste des paysans analphabètes parlant peu le russe.»

 

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Au cours de la Première Guerre mondiale, à la suite de la Révolution bolchevique de 1917, appelée «Grande Révolution socialiste d’octobre», l’Ukraine proclama son indépendance. Au même moment, en Galicie, en Bucovine et en Ruthénie subcarpatique, les Ukrainiens sous domination autrichienne s’affranchirent, puis fondèrent en 1918 leur propre république en Galicie orientale. Celle-ci ne tarda pas à rejoindre l’Ukraine «russe»(par opposition à la Galicie polonaise) pour former une fédération sous le nom de République populaire d’Ukraine occidentale comprenant la Galicie ukrainienne, la Ruthénie subcarpathique et la Bucovine. Cette période d’indépendance permit de prendre des mesures favorisant la langue ukrainienne.

 

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Proclamée en novembre 1917, la République populaire d’Ukraine occidentale dut affronter la République soviétique d’Ukraine soutenue par les bolcheviques. La Russie soviétique créa en 1922 la République socialiste soviétique d’Ukraine. L’Ukraine de l’Ouest et l’Ukraine du Sud-Est furent réunies à nouveau et annexées à l’URSS. Par sa population, la République socialiste soviétique d’Ukraine était la deuxième république fédérée de l’URSS et, par sa superficie, elle était la troisième (3 % de sa superficie et 18 % de sa population).

Au moment où naissait l’Union soviétique, en octobre 1917, les différences entre le russe et l’ukrainien étaient au niveau qu’elles sont aujourd’hui: des langues différentes au même titre que le sont, par exemple, l’espagnol et le français ou l’allemand et l’anglais.

 

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Les réformes commencées en 1985 par Mikhaïl Gorbatchev, le dernier président en exercice de l’URSS, donnèrent un nouvel élan aux mouvements des nationalités au sein de l’URSS. Le 16 juillet 1990, alors que l’URSS existait encore, le Rada (Conseil) suprême de l’Ukraine adopta une Déclaration sur la souveraineté nationale de l’Ukraine:

 

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Ukraine : histoire

 

  1. DE L’ÉTAT DE KIEV À LA DOMINATION POLONO-LITUANIENNE

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L’État de Kiev

Les régions où se développa la nationalité ukrainienne à partir des XIIIè-XIVè  siècles ont fait partie de l’État de Kiev (IXè-XIIè siècles) dont l’ensemble des territoires formait la « Rous », la « terre russe ». Ces régions constituent après le démembrement de l’État de Kiev au XIIIè siècle les principautés de Kiev, de Galicie et de Volhynie sur la rive droite du Dniepr, celles de Pereïaslav, Tchernigov et Novgorod-Severski sur la rive gauche.

Les attaques incessantes des Polovtses (ou Coumans) à partir du milieu du xie siècle poussent les habitants des régions de Kiev et de Pereïaslav à abandonner leurs terres et à gagner le Nord-Est (régions de Rostov-Souzdal), ou à chercher refuge dans les forêts de Polésie et de Volhynie, dans le bassin du Boug, en Galicie et sur les pentes des Carpates. Dans ces régions marginales, trois courants colonisateurs se rencontrent, celui des Slaves de l’Est que l’afflux des réfugiés vient renforcer, celui des Polonais et celui des Hongrois, maîtres du versant méridional des Carpates et qui s’emparent au xie siècle de la Transcarpatie (qui portera le nom d’Ukraine subcarpatique). La Galicie, réunie à la Volhynie en 1199, recueille une bonne partie de l’élite de la société kievienne et connaît un grand essor. La région de Kiev est définitivement ruinée par les dévastations de la conquête mongole (1238-1240). En marge des territoires contrôlés par les Mongols, la Galicie, qui reconnaît leur suzeraineté, devient un foyer de civilisation slave et orthodoxe, ukrainien déjà par la langue parlée, ouvert aux influences occidentales qui pénètrent par la Pologne et la Hongrie.

Les territoires ukrainiens du Sud, ravagés et dépeuplés, sont annexés par le grand-duché de Lituanie dans les années 1350-1360, tandis que la Galicie-Volhynie est conquise par la Pologne (1348-1366). L’Ukraine occidentale est dès lors soumise à un processus de polonisation qui conduira à la disparition des catégories supérieures du peuple ukrainien. L’Ukraine orientale subit aussi l’influence polonaise après l’union des couronnes de Lituanie et de Pologne (Krewo, 1385). Les populations du grand-duché de Lituanie recherchent la protection de la Moscovie et de la Pologne contre les raids des Tatars de Crimée à partir du milieu du xve siècle. L’État moscovite annexe en 1500-1503 la majeure partie de la région de Tchernigov, tandis que les possessions ukrainiennes du grand-duché de Lituanie sont rattachées à la Couronne de Pologne par l’Union de Lublin (1569). Ainsi la majeure partie de l’Ukraine dépend-elle d’un État catholique. Le métropolite orthodoxe de Kiev et une partie du clergé ukrainien reconnaissent l’autorité du pape par l’Union de Brest (1596). La noblesse polonaise colonise les terres ukrainiennes, sur lesquelles s’établissent également des communautés juives.

 

 

  1. DES LIBERTÉS COSAQUES À L’INTÉGRATION AUX EMPIRES RUSSE ET AUTRICHIEN (XVIe-XVIIIeSIÈCLES)

Les cosaques jouent à partir du XVIè  siècle un rôle déterminant dans l’histoire de l’Ukraine, et notamment dans la région du Dniepr. Ils appuient les résistances des paysans qui, pour fuir les contraintes imposées par les nobles polonais, gagnent les steppes méridionales et orientales. Certains s’établissent à l’intérieur des frontières moscovites et mettent en valeur la région où est fondée la forteresse cosaque de Kharkov vers 1655-1656 et qui portera le nom d’Ukraine Slobidska. Les cosaques se font aussi les champions de l’orthodoxie, à laquelle est restée fidèle la masse paysanne, et favorisent la résistance aux influences uniates.

À l’issue de plusieurs guerres entre cosaques et Polonais (1625-1637 ; 1648-1654), l’hetman Bogdan Khmelnitski se place sous la protection du tsar de Moscou (traité de Pereïaslav, 1654), suivant ainsi les tendances de la population à s’écarter de la Pologne. Désormais la population non cosaque de l’Ukraine orientale dépend de l’administration russe et le clergé ukrainien du patriarcat de Moscou. En 1667, le traité d’Androussovo entérine le partage de l’Ukraine entre la Pologne et la Russie, qui conserve la rive gauche du Dniepr et la région de Kiev. L’Ukraine de la rive droite du Dniepr subit les attaques des Ottomans, qui occupent la Podolie de 1672 à 1699 et conservent la Bucovine du Nord jusqu’en 1774. Elle se dépeuple au profit de l’Ukraine orientale où l’administration russe maintient la paix et où la settch des cosaques Zaporogues attire les fugitifs.

L’Ukraine orientale, gouvernée par un hetman, est peu à peu assimilée par l’État russe. La tentative de Mazeppa de constituer une Ukraine réunifiée et indépendante avec l’appui de la Pologne et de la Suède se solde par la défaite de Poltava (1709). Pierre le Grand crée en 1722 le collège de Petite-Russie pour contrôler les activités de l’hetman et de la starchina (c’est-à-dire des autorités cosaques). L’hetmanat est définitivement supprimé en 1764 ; la setch des Zaporogues est liquidée en 1775. Catherine II parachève l’assimilation administrative (création dans les années 1780 des gouvernements de Kiev, Tchernigov, Novgorod-Severski, Kharkov et Iekaterinoslav). Elle étend le servage à la majeure partie de l’Ukraine en 1783 et concède à la starchina les privilèges de la noblesse russe (1785).

À l’issue des partages de la Pologne de 1793 et de 1795, l’Ukraine est partagée entre l’Empire russe, qui annexe la rive droite du Dniepr, la Podolie et la Volhynie, et l’Empire autrichien, dont dépendent la Galicie, la Bucovine et l’Ukraine subcarpartique.

 

 L’ESSOR ÉCONOMIQUE ET LE PROBLÈME NATIONAL (XIXe-DÉBUT DU XXeSIÈCLE)

 

L’établissement des Russes sur la mer Noire après la signature du traité de Kutchuk-Kaïnardji (1774) et l’annexion de la Crimée (1783) va permettre la mise en valeur de l’Ukraine méridionale, appelée « Nouvelle-Russie ».

L’Ukraine connaît au XIXè siècle un développement remarquable de la culture du blé (que l’Empire russe exporte par les ports qu’il a fondés sur la mer Noire) et de la betterave à sucre, ainsi que, à partir de 1835-1840, des industries alimentaires, celle du sucre en particulier. L’essor rapide de l’extraction minière (houille du Donets, fer de Krivoï-Rog) et de l’industrie métallurgique à partir de 1870, grâce aux investissements des capitalistes étrangers, français, belges ou allemands, transforme l’Ukraine en la région industrielle la plus importante de l’Empire. Le développement économique de la fin du XIXè siècle entraîne un brassage de populations dans les villes, où la langue dominante est le russe alors que la campagne demeure ukrainienne. D’importantes communautés juives se sont développées malgré les massacres de 1648-1649, et elles constituent, au recensement de 1897, 30 % de la population des villes et des bourgs. Elles sont les victimes de pogroms particulièrement nombreux de 1881 à 1884, de 1903 à 1906 et de 1917 à 1921.

La première moitié du XIXè siècle est décisive pour le développement d’une conscience nationale dans l’Ukraine orientale. L’intelligentsia ukrainienne entreprend l’étude du folklore, du langage populaire et de l’histoire du pays. Elle participe aux mouvements d’opposition à l’absolutisme tsariste (complot décabriste, panslavisme libéral, populisme, organisation de gromada dans les villes). La première organisation ouvrière ukrainienne, l’union des ouvriers du sud de la Russie, est fondée à Odessa en 1875. Le gouvernement russe, proscrivant le terme d’Ukraine au profit de celui de Petite-Russie, adopte une attitude particulièrement répressive après l’insurrection polonaise de 1863. L’oukase d’Ems (1876), qui interdit d’imprimer des ouvrages en ukrainien, restera en vigueur jusqu’à la révolution de 1905.

Les Ukrainiens de Galicie conservent un certain nombre de libertés inconnues en Ukraine russe, tel l’emploi de la langue ukrainienne dans les écoles primaires. Mais, en dépit de la Constitution de 1860 et du statut de 1867, qui garantissent aux Ukrainiens des droits égaux à ceux des autres nationalités de l’Empire austro-hongrois, la Galicie orientale demeure dominée par une riche aristocratie polonaise et par une bourgeoisie urbaine polonaise ou juive.

L’Ukraine participe au mouvement révolutionnaire qui se développe dans l’Empire russe : troubles agraires de 1902, grèves ouvrières de 1900-1903 et révolution de 1905. Les libertés accordées en 1905 permettent au mouvement national ukrainien de se renforcer. Mais les tensions entre les Empires centraux et la Russie entraînent un durcissement du gouvernement russe. Lorsque les troupes russes occupent la Galicie orientale à l’automne 1914, elles lui infligent une brutale russification.

  

  1. LA GUERRE CIVILE (1917-1920)

Après le déclenchement de la révolution russe à Petrograd et la chute du tsarisme, une Rada centrale est créée à Kiev en mars 1917 sous la présidence de Grouchevski. En désaccord avec le gouvernement provisoire, elle déclare en juin que l’Ukraine tout entière jouira d’un statut autonome sans se séparer de la Russie. Réprouvant la prise en pouvoir par les bolcheviks, la Rada centrale proclame à Kiev la « République populaire d’Ukraine » le 7 (20) novembre 1917. Les bolcheviks, qui ne sont solidement implantés que dans les villes industrielles de l’Est et du Sud, proclament à Kharkov la « République soviétique d’Ukraine » (11 [24] décembre 1917). La Rada riposte en déclarant l’indépendance de l’Ukraine (9 [22] janvier 1918), mais les troupes bolcheviks occupent toutes les grandes villes du pays en janvier-février 1918 et l’obligent à se réfugier à Jitomir.

La Rada envoie une délégation à Brest-Litovsk, qui signe le 26 janvier (8 février) 1918 une paix séparée avec l’Allemagne. Les Allemands occupent l’Ukraine en avril et, après y avoir dissous la Rada, restaurent l’hetmanat au profit de P.P. Skoropadski. La défaite de l’Allemagne entraîne la chute de l’hetmanat (décembre 1918) et permet le rétablissement à Kiev d’un gouvernement indépendant ukrainien présidé par Petlioura. À la même époque est proclamée à Lvov la République d’Ukraine occidentale, qui affirme son union au reste de l’Ukraine. Son territoire sera occupé en juillet 1919 par les troupes polonaises. La Bucovine du Nord a été annexée en novembre 1918 par la Roumanie. Durant les années 1919-1920, l’Ukraine orientale est le théâtre d’âpres combats entre les forces de Denikine, soutenues par l’Entente, l’Armée rouge, les forces nationales ukrainiennes, les bandes anarchistes de Makhno, les troupes polonaises, qui l’envahissent en mai 1920, et l’armée Wrangel, refoulée des régions méridionales et de la Crimée par les bolcheviks en octobre-novembre 1920.

 

 L’UKRAINE SOVIÉTIQUE

 

La République soviétique d’Ukraine, proclamée en décembre 1917 à Kharkov, est liée à la Russie soviétique par un accord militaire et politique conclu en juin 1919. Reconnue par la Pologne au traité de Riga (mars 1921), elle adhère à l’Union soviétique en tant que république fédérée en décembre 1922.

Jusqu’au début des années 1930, les dirigeants bolcheviks y mettent en œuvre une politique d’« ukrainisation » destinée à faciliter la construction du socialisme. Cette politique repose sur l’usage officiel de la langue ukrainienne dans l’enseignement et dans l’administration et sur la promotion sociale du peuple. Le parti communiste de l’URSS impose une centralisation et un contrôle rigoureux de la vie politique et économique, tout en réfrénant le « chauvinisme de nation dominante » grand-russien et le nationalisme ukrainien. Au prix d’une collectivisation forcée de l’agriculture mise en œuvre en 1929 et d’une famine orchestrée par Staline en 1933 – qui fait 6 millions de morts –, le gouvernement soviétique impose les transformations sociales et économiques prévues par les premiers plans quinquennaux et fait ainsi avancer l’unification. Il s’oppose au développement du nationalisme en éliminant les cadres soviétiques ukrainiens lors des purges staliniennes de 1937-1938.

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L’Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale

Conformément aux clauses du pacte germano-soviétique (août 1939), l’URSS annexe les territoires polonais peuplés d’Ukrainiens, ainsi que la Bucovine et la Bessarabie (1940), réalisant ainsi le rassemblement de la quasi-totalité de la nation ukrainienne. L’Ukraine est soumise à partir de 1941 à un régime d’occupation nazie très dur, dont les armées soviétiques la libèrent en 1943-1944. Durant la guerre, elle perd 4 millions d’hommes. L’Ukraine subcarpatique lui est cédée en 1945 par la Tchécoslovaquie et l’oblast de Crimée lui sera rattaché en 1954. L’Ukraine fait partie, en 1945, des membres fondateurs de l’Organisation des nations unies (ONU). L’après-guerre est marqué par une vague d’épurations touchant les anciens « collaborateurs », les « traîtres à la patrie », le clergé uniate, les nationalistes des régions récemment acquises par l’Ukraine (membres de l’UPA, l’armée insurrectionnelle ukrainienne), et partisans de Stepan Bandera. Les troubles persistent jusqu’en 1950.

Le rôle important joué par les Ukrainiens au niveau de la fédération soviétique s’accompagne d’une russification qui touche particulièrement les Ukrainiens vivant en dehors de leur territoire national. Dès 1986, la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl – accélère le réveil national, qui se cristallise autour de la question de l’enseignement de l’ukrainien. Le Mouvement populaire pour la perestroïka (Roukh), fondé en 1989, obtient très vite une forte audience dans l’ouest du pays, qui reste le moins russifié et dont l’Église est majoritairement uniate. Les communistes remportent toutefois les élections du Soviet suprême de mars 1990, qui élit un apparatchik, Leonid Kravtchouk, à la présidence, en remplacement de Vladimir Chtcherbitski. L’échec du putsch de Moscou, les 19 et 21 août 1991, accélère l’histoire : trois jours plus tard, l’Ukraine, souveraine depuis juillet 1990, proclame son indépendance.

https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Ukraine_histoire/187635#:~:text=La%20R%C3%A9publique%20sovi%C3%A9tique%20d’Ukraine,r%C3%A9publique%20f%C3%A9d%C3%A9r%C3%A9e%20en%20d%C3%A9cembre%201922.

 

La guerre rebat les cartes de l’orthodoxie ukrainienne 

 

La question de l’orthodoxie tient une place centrale dans la justification par Vladimir Poutine de l’invasion de l’Ukraine. Paradoxalement, la guerre pourrait contribuer à renforcer l’Église autocéphale d’Ukraine.

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Une religieuse prie sur la place de l’Indépendance, à Kiev, le 24 février.DANIEL LEAL/AFP

 

Pour justifier l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine a invoqué, le 21 février, la défense des orthodoxes ukrainiens rattachés au Patriarcat de Moscou, contre lesquels Kiev préparait selon lui des « représailles ». Un argument que les observateurs qualifient de « prétexte ». Le président russe, pour qui la religion sert avant tout l’ordre social, joue sur une corde qu’il sait sensible chez ses concitoyens.

Car même si le Patriarcat de Moscou est de loin le premier numériquement (150 millions de fidèles, sur 250 millions d’orthodoxes dans le monde), et que la grande majorité de ses fidèles vivent en Russie, l’Ukraine contribue largement à son prestige. Kiev s’apparente à la « Jérusalem » de l’orthodoxie slave. C’est là, dans les eaux du Dniepr, que la population de la ville fut collectivement baptisée en 988 à la suite du prince Vladimir, et que l’État médiéval de la Rus’adopta le christianisme byzantin.

Pour le Patriarcat de Moscou, l’Ukraine représente encore des ressources humaines et matérielles non négligeables. Avant 2018, elle regroupait environ le tiers de ses fidèles, et deux des plus grands monastères du Patriarcat de Moscou y sont situés : la laure des Grottes de Kiev et Saint-Job de Potchaïv.

 Très proche idéologiquement de Vladimir Poutine, le patriarche Kirill de Moscou est « l’un des principaux théoriciens du “monde russe”, invoqué par le président russe pour envahir l’Ukraine », souligne l’historien Antoine Arjakovsky. La conformité entre l’idéologie du Kremlin et celle du Patriarcat de Moscou s’est encore illustrée par une homélie très politique de Kirill, le 27 février. Il semblait alors approuver la vision de Poutine sur l’unité entre Russie et Ukraine, et justifier l’invasion militaire.

► Quel est le panorama des Églises en Ukraine ?

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Avec environ 30 millions de fidèles (sur 42 millions d’habitants), l’Ukraine abrite la troisième communauté orthodoxe du monde, derrière la Russie et l’Éthiopie. Mais contrairement à la Russie, elle ne dispose pas d’une « grande Église » unique.

Jusqu’à fin 2018, il comptait trois Églises orthodoxes principales, dont une seule, celle rattachée au Patriarcat de Moscou (l’Église orthodoxe ukrainienne), bénéficiait de la reconnaissance canonique du monde orthodoxe. Jusqu’à ce que le Patriarcat de Constantinople décide d’octroyer l’autocéphalie à une nouvelle Église constituée (l’Église orthodoxe d’Ukraine). Affront insupportable pour le Patriarcat de Moscou, qui a suspendu tout lien avec Constantinople le 15 octobre 2018, provoquant une fracture majeure au sein du monde orthodoxe.

L’Église liée au Patriarcat de Moscou contrôle encore la majorité des paroisses en Ukraine. « En janvier 2021, elle disposait de 12 406 églises, contre 7 188 pour sa concurrente », dénombre Jivko Panev, fondateur du site orthodoxie.com, citant les statistiques officielles du gouvernement ukrainien.

Mais la nouvelle Église autocéphale, reconnue à ce jour par quatre des quatorze Églises orthodoxes jouissant d’une autonomie complète, attire un nombre croissant de fidèles. En novembre 2021, selon un sondage du Centre Razoumkov, 40 % des Ukrainiens orthodoxes se revendiquaient de cette nouvelle Église, et 22 % de celle liée au Patriarcat de Moscou.

Des catholiques sont aussi présents dans ce pays des confins des mondes orthodoxe et latin. L’Église gréco-catholique, interdite sous l’Union soviétique et bien implantée dans l’ouest du pays, représente près de 9 % de la population. Les images de prêtres gréco-catholiques célébrant la messe dans des sous-sols et des abris anti-bombes ont fait le tour du monde.

 

► L’Église ukrainienne rattachée au Patriarcat de Moscou suit-elle son patriarche, Kirill ?

Ces derniers jours, le gouffre n’a cessé de se creuser entre l’épiscopat de l’Église ukrainienne rattachée au Patriarcat de Moscou et son chef spirituel, Kirill. Une prise de distance marquée par plusieurs signaux majeurs, dont la virulente opposition du métropolite de Kiev, Onufrij, à l’invasion russe.

Le 24 février, ce dernier l’a qualifiée de « répétition du péché de Caïn tuant son propre frère », arguant qu’une telle guerre « ne (pouvait)avoir de justification devant Dieu et devant les hommes ». Le 28 février, le saint-synode de son Église a encore exhorté Kirill à intervenir auprès des dirigeants russes pour l’arrêt immédiat d’un conflit « menaçant de se transformer en guerre mondiale ».

Depuis ce jour-là, quatre diocèses ont indiqué leur décision de ne plus faire référence au « patriarche de Moscou pendant les offices ». Pour Kathy Rousselet, chercheuse à Sciences Po, « rien ne permet d’affirmer qu’ils veulent pour autant quitter le giron de Moscou, mais tout peut changer d’un jour à l’autre ».

« Dans la capitale ukrainienne, certaines paroisses – dont l’emblématique laure des Grottes de Kiev – auraient aussi cessé d’en faire mention », précise Antoine Nivière, professeur à l’université de Lorraine et spécialiste de l’histoire religieuse russe. Selon des sources non officielles qu’il rapporte, 12 évêques – sur les 53 que compte l’Église orthodoxe ukrainienne – suivraient ce mouvement.

Mercredi 2 mars, la dissidence a gravi un échelon supérieur, avec l’appel lancé par 236 prêtres et diacres au métropolite Onufrij pour la convocation d’un nouveau synode pour entériner officiellement une séparation avec le Patriarcat de Moscou. « On s’achemine ainsi vers un renforcement de l’Église autocéphale, abonde un fin spécialiste du dossier. Finalement, Vladimir Poutine aura peut-être, malgré lui, réussi par cette guerre à contribuer à réunifier le monde orthodoxe ukrainien… »

 

► Comment réagissent les orthodoxes de Russie ?

Bien que très minoritaires, plusieurs voix se sont élevées ces derniers jours au sein de l’Église orthodoxe russe pour contester la prise de position de Kirill. Mardi 1er mars, 26 responsables du clergé local ont ainsi publié une lettre ouverte réclamant l’arrêt des hostilités.

 « Nous appelons toutes les parties belligérantes au dialogue (…). Seule la capacité d’entendre l’autre peut donner l’espoir d’une sortie de l’abîme dans lequel nos pays ont été précipités (…)», exhortaient les signataires, dont l’higoumène Arseni Sokolov, représentant du Patriarcat de Moscou auprès du Patriarcat d’Antioche. « Leur voix ne touche pas la masse des fidèles. Kirill continue de bénéficier d’une réelle autorité spirituelle », tempère Antoine Nivière.

À quoi s’exposent donc ces religieux en s’érigeant contre leur chef ? « Le moindre individu sortant avec un panneau “non à la guerre” peut être emmené au poste. On peut s’attendre à ce qu’ils soient sanctionnés, à un moment ou à un autre », souligne Antoine Nivière. Et certains autres d’évoquer une suspension temporaire, voire même un risque de « réduction à l’état laïc »…

https://www.la-croix.com/Religion/guerre-rebat-cartes-lorthodoxie-ukrainienne-2022-03-03-1201203117

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