JESUS CHRIST, MEDITATIONS, PASSION DE JESUS, SEULEMENT TROIS AU PIED DE LA CROIX, VENDREDI SAINT

Seulement trois au pied de la Croix

Seulement trois au pied de la Croix

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Ils étaient seulement trois au pied de la Croix

En ce vendredi

Seulement trois qui avaient suivi Jésus

De Gethsémani au Golgotha

Debout au pied de la Croix

Se tenait Marie mère de Jésus

Seule dans sa douleur

Se souvenant de l’enfant qu’elle avait bercé

Regardant aujourd’hui son Fils son Sauveur

Qui se meurt

Tout près tenant les pieds de Jésus

Se trouvait Marie de Magdala

Pleurant celui qu’elle aimait

Pleurant l’ami dont elle avait parfumé les pieds

Au cours du repas chez Simon le pharisien

Et Jean le disciple que Jésus aimait était là aussi

Contemplant une dernière son ami son maître

Il était le seul et se souvenait des signes et des paroles

Vus et entendus durant ses trois années

Il était là pour retenir les dernières paroles de son Dieu

Ils étaient seulement trois au pied de la Croix

L’un avait trahi l’autre l’avait renié

Les autres s’étaient enfuis pour ne rien voir

La foule qu’Il avait nourrie et l’avait acclamé à Jérusalem

Avait condamné le juste et absous le meurtrier

Ils étaient seulement trois au pied de la Croix

Comme une Trinité d’amour

Ils n’étaient plus que trois….

© Claude Tricoire

15 avril 2022.

CLAUDE TRICOIRE (1951-...), JESUS CHRIST, L'HUMBLE SUPPICATION DE DIEU OU LA DOULEUR DE DIEU, MEDITATIONS, PASSION DE JESUS, PRIERE, PRIERES, VENDREDI SAINT

L’humble supplication de Dieu ou la douleur de Dieu

L’humble supplication de Dieu

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O mon peuple que t’ai-je fait ?
En quoi t’ai-je contristé ?
Réponds-moi !

Au commencement

Je t’ai façonné de mes mains

Je t’ai fais un peu moindre qu’un dieu

Te couronnant de gloire et de beauté

Et tu Me livres au bourreau par un baiser

Depuis l’aube des temps

Je t’arrache des mains de tes oppresseurs

Je voile tes crimes du manteau de la miséricorde

Je ne fais souvenir d’aucune de tes trahisons

Et tu couvre Mon visage de crachats

Depuis longtemps

Je t’ai appelé par ton  nom

Je t’ai planté dans mon jardin

Je t’ai établi sur la montagne de Sion

Et tu Me rejettes  hors des murs de Jérusalem

Au long des siècles

Je t’ai accompagné dans tous tes exils

Je t’ai enseigné par les  prophètes

Pour te rappeler mon Alliance éternelle

Et tu dresses un Croix à ton Sauveur

Pour toi j’ai fait jaillir l’eau du rocher dans le désert

Je t’ai donné un pays où coulent le lait et le miel

J’ai protégé tes villes de hautes fortifications contre tes ennemis

Et tu Me donnes le fiel de l’amertume

Et du vinaigre pour étancher ma soif

A main levé et bras étendus

J’ai englouti dans la mer Pharaon et ses chars

J’ai combattu à tes côtés contre les Philistins et contre Babylone

Et tu Me livres aux mains des grands prêtres et Pilate M’a fait flageller

Pour toi j’ai ouvert les eaux de la mer et du Jourdain

Toi d’un coup de lance tu ouvres Mon Cœur

Des abîmes de la mer Je t’ai arraché

E toi tu Me  précipites au fonds des abîmes de la mort

Au long des siècles

Tu as  contemplé ma Gloire dans la colonne de feu

Et tu Me revêts du manteau de pourpre par pure dérision

J’ai fait de toi Mon peuple parmi toutes les nations

J’ai fait de toi un peuple de rois

Et tu Me couronnes de la couronne d’épines

J’ai fait de toi un peuple choisi entre tous

J’ai fait éclater ta magnificence aux yeux des nations

Et tu M’élève sur la Croix comme un bandit

O mon peuple que t’ai-je fait ?
En quoi t’ai-je contristé ?
Réponds-moi !

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© Claude Tricoire

15 avril 2022

CHARLES PEGUY, JESUS CHRIST, JESUS-CHRIST, MYSTERE DE LA CHARITE DE JEANNE D'ARC, PASSION DE JESUS, VENDREDI SAINT, VIERGE MARIE

La Passion selon Charles Péguy

LA PASSION

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Tout cela se passait sous la clarté des cieux ;
Les anges dans la nuit avaient formé des chœurs.
Les anges dans la nuit chantaient comme des fleurs.
Par dessus les bergers, par dessus les rois mages
L’étoile dans la nuit brillait comme un clou d’or.
L’étoile dans la nuit brillait éternellement.

Le Juste seul poussa la clameur éternelle.
Les larrons ne criaient qu’une clameur humaine ;
Car ils ne connaissaient qu’une détresse humaine ;
Ils n’avaient éprouvé qu’une détresse humaine.
Lui seul pouvait crier la clameur surhumaine ;
Lui seul connut alors cette surhumaine détresse.
Sa gorge qui lui faisait mal.
Qui lui cuisait.
Qui lui brûlait.
Qui lui déchirait.
Sa gorge sèche et qui avait soif.
Son gosier sec.
Son gosier qui avait soif.
Sa main gauche qui lui brûlait.
Et sa main droite.
Son pied gauche qui lui brûlait.
Et son pied droit.
Parce que sa main gauche était percée.
Et sa main droite.
Et son pied gauche était percé.
Et son pied droit.
Tous ses quatre membres.
Ses quatre pauvres membres.
Et son flanc qui lui brûlait.
Son flanc percé.
Son cœur percé.
Et son cœur qui lui brûlait.
Son cœur consumé d’amour.

Son cœur dévoré d’amour.

Le reniement de Pierre et la lance romaine ;
Les crachats, les affronts, la couronne d’épines ;
Le roseau flagellant, le sceptre de roseau ;
Les clameurs de la foule et les bourreaux romains.
Le soufflet. Car ce fut la première fois qu’il fut souffleté.
Il n’avait pas crié sous la lance romaine ;
Il n’avait pas crié sous le baiser parjure ;
Il n’avait pas crié sous l’ouragan d’injure ;
Il n’avait pas crié sous les bourreaux romains.
Alors pourquoi cria-t-il ; devant quoi cria-t-il.
Tristis, tristis usque ad mortem ;
Triste jusqu’à la mort ; mais jusqu’à quelle mort ;
Jusqu’à faire une mort ; ou jusqu’à cette date
De la mort.

Il revoyait l’humble berceau de son enfance,
La crèche,
Où son corps fut couché pour la première fois ;
Il prévoyait le grand tombeau de son corps mort,
Le dernier berceau de tout homme,
Où il faut que tout homme se couche.
Pour dormir.
Censément.
Apparemment.
Pour enfin reposer.
Pour pourrir.
Son corps.
Entre quatre planches.
En attendant la résurrection des corps.
Jusqu’à la résurrection des corps.
Heureux quand les âmes ne pourrissent point.
Et il était homme ;
Il devait subir le sort commun ;
S’y coucher comme tout le monde ;
Il devait y passer comme tout le monde ;
Il y passerait.
Comme les autres.
Comme tout le monde.
Comme tant d’autres.
Après tant d’autres.
Son corps serait couché pour la dernière fois.
Mais il n’y resterait que deux jours, trois jours ; à cause de sa résurrection.
Car il ressusciterait le troisième jour.
À cause de sa résurrection particulière et de son ascension.
À lui.
Qu’il fit avec son propre corps, avec le même corps.

Le linge de son ensevelissement ;
Blanc comme le mouchoir de cette nommée Véronique ;
Le linge blanc comme un lange.
Et que l’on entoure tout à fait comme un lange.
Mais plus grand, beaucoup plus grand.
Parce que lui-même il avait grandi.
Il était devenu un homme.
C’était un enfant qui avait beaucoup grandi.
Il serait enseveli par ces femmes.
Pieusement par les mains de ces femmes.
Comme un homme qui est mort dans un village.
Tranquillement dans sa maison dans son village.
Accompagné des derniers sacrements.

Il saisit d’un regard toute sa vie humaine,
Que trente ans de famille et trois ans de public
N’avaient point accomplie ;
Que trente ans de travail et trois ans de prières,
Trente-trois ans de travail, trente-trois ans de prières
N’avaient point achevée ;
Que trente ans de charpente et trois ans de parole,
Trente-trois ans de charpente, trente-trois ans de parole, secrète ; publique ;
N’avaient point épuisée ;
Car il avait travaillé dans la charpente, de son métier.
Il travaillait, il était dans la charpente.
Dans la charpenterie.
Il était ouvrier charpentier.
Il avait même été un bon ouvrier.
Comme il avait été un bon tout.
C’était un compagnon charpentier.
Son père était un tout petit patron.
Il travaillait chez son père.
Il faisait du travail à domicile.

Il voyait, il revoyait aussi l’établi et le rabot.
L’établi. Le billot pour appuyer le morceau de bois que l’on fend.
La scie et la varlope.
Les beaux vrillons, les beaux copeaux de bois.
La bonne odeur du bois frais.
Fraîchement coupé.
Fraîchement taillé.
Fraîchement scié.
Et la belle couleur, et la belle odeur,
Et la bonne couleur, et la bonne odeur.
Du bois quand on enlève l’écorce.
Quand on le pelure.
Comme un beau fruit.
Comme un bon fruit.
Que l’on mangerait.
Mais ce sont les outils qui le mangent.
Et l’écorce qui se sépare.
Qui s’écarte.
Qui se pèle.
Qui s’enlève délicatement sous la cognée.
Qui sent si bon et qui a une si belle couleur brune.

Il était fait pour ce métier-là.
Sûrement.
Le métier des berceaux et des cercueils.
Qui se ressemblent tant.
Des tables et des lits.
Et aussi des autres meubles.
De tous les meubles.
Car il ne faut oublier personne.
Il ne faut décourager personne.
Le métier des buffets, des armoires, des commodes.
Des maies.
Pour mettre le pain.
Des escabeaux.
Et le monde n’est que l’escabeau de vos pieds.

Il avait été un bon ouvrier.
Un bon charpentier.
Comme il avait été un bon fils.
Un bon fils pour sa mère Marie.
Un enfant bien sage.
Bien docile.
Bien soumis.
Bien obéissant à ses père et mère.
Un enfant.
Comme tous les parents voudraient en avoir.
Un bon fils pour son père Joseph.
Pour son père nourricier Joseph.
Le vieux charpentier.
Le maître charpentier.
Comme il avait été un bon fils aussi pour son père.
Pour son père qui êtes aux cieux.

Comme il avait été un bon pauvre.
Comme il avait été un bon citoyen.
Il avait été un bon fils pour ses père et mère.
Jusqu’au jour où il avait commencé sa mission.
Sa prédication.
Un bon fils pour sa mère Marie.
Jusqu’au jour où il avait commencé sa mission.

Depuis trois jours elle pleurait.
Depuis trois jours elle errait, elle suivait.
Elle suivait le cortège.
Elle suivait les événements.
Elle suivait comme à un enterrement.
Mais c’était l’enterrement d’un vivant.
D’un vivant encore.
Elle suivait ce qui se passait.
Elle suivait comme si elle avait été du cortège.
De la cérémonie.
Elle suivait comme une suivante.
Comme une servante.
Comme une pleureuse des Romains.
Des enterrements romains.
Comme si ça avait été son métier.
De pleurer.
Elle suivait comme une pauvre femme.
Comme une habituée du cortège.
Comme une suivante du cortège.
Comme une servante.
Déjà comme une habituée.
Elle suivait comme une pauvresse.
Comme une mendiante.
Eux qui n’avaient jamais rien demandé à personne.
À présent elle demandait la charité.
Sans en avoir l’air elle demandait la charité.
Puisque sans en avoir l’air, sans même le savoir elle demandait la charité de la pitié.
D’une piété.
D’une certaine piété.
Pietas.

Voilà ce qu’il avait fait de sa mère.
Depuis qu’il avait commencé sa mission.
Elle suivait, elle pleurait.
Elle pleurait, elle pleurait.
Les femmes ne savent que pleurer.
On la voyait partout.
Dans le cortège mais un peu en dehors du cortège.
Sous les portiques, sous les arcades, dans les courants d’air.
Dans les temples, dans les palais.
Dans les rues.
Dans les cours et dans les arrière-cours.
Et elle était montée aussi sur le Calvaire.
Elle aussi elle avait gravi le Calvaire.
Qui est une montagne escarpée.
Et elle ne sentait seulement pas qu’elle marchait.
Elle ne sentait seulement pas ses pieds qui la portaient.
Elle ne sentait pas ses jambes sous elle.
Elle aussi elle avait gravi son calvaire.
Elle aussi elle avait monté, monté.
Dans la cohue, un peu en arrière.
Monté au Golgotha.
Sur le Golgotha.
Sur le faîte.
Jusqu’au faîte.
Où il était maintenant crucifié.
Cloué des quatre membres.
Comme un oiseau de nuit sur la porte d’une grange.
Lui le Roi de Lumière.
Au lieu appelé Golgotha.
C’est-à-dire la place du Crâne.

Voilà ce qu’il avait fait de sa mère.
Depuis trois jours elle suivait elle suivait.
Accompagnée seulement de trois ou quatre femmes.
De ces saintes femmes.
Escortée, entourée seulement de ces quelques femmes.
De ces quelques saintes femmes.
Des saintes femmes.
Enfin.
Puisqu’éternellement on devait les nommer ainsi.
Qui gagnaient ainsi.
Qui assuraient ainsi leur part de paradis.
Et pour sûr elles auraient une bonne place.
Aussi bonne que celle qu’elles avaient en ce moment.
Puisqu’elles auraient la même place.
Car elles seraient aussi près de lui qu’en ce moment.
Éternellement aussi près qu’en ce moment même.
Éternellement aussi près dans sa gloire.
Que dans sa passion.
Dans la gloire de sa passion.

Voilà ce qu’il avait fait de sa mère.
Elle pleurait comme jamais il ne sera donné ;
Comme jamais il ne sera demandé
À une femme de pleurer sur terre.
Éternellement jamais.
À aucune femme.
Voilà ce qu’il avait fait de sa mère.
D’une mère maternelle.
Ce qu’il y a de curieux c’est que tout le monde la respectait.
Les gens respectent beaucoup les parents des condamnés.
Ils disaient même : la pauvre femme.
Et en même temps ils tapaient sur son fils.
Parce que l’homme est comme ça.
L’homme est ainsi fait.
Le monde est comme ça.
Les hommes sont comme ils sont et on ne pourra jamais les changer.
Elle ne savait pas qu’au contraire il était venu changer l’homme.
Qu’il était venu changer le monde.
Elle suivait, elle pleurait.
Et en même temps ils tapaient sur son garçon.
Elle suivait, elle pleurait.
Tout le monde la respectait.
Tout le monde la plaignait.
On disait la pauvre femme.
C’est que tous ces gens n’étaient peut-être pas méchants.
Ils n’étaient pas méchants au fond.
Ils accomplissaient les Écritures.
Ce qui est curieux, c’est que tout le monde la respectait.
Parce qu’elle était la mère du condamné.
On pensait : c’est la famille du condamné.
On le disait même à voix basse.
On se le disait, entre soi,
Avec une secrète admiration.
Et on avait raison, c’était toute sa famille.
Sa famille charnelle et sa famille élue.
Sa famille sur la terre et sa famille dans le ciel.
Elle suivait, elle pleurait.
Depuis trois jours les gens disaient : Elle a vieilli de dix ans.
Je l’ai encore vue.
Je l’avais encore vue la semaine dernière.
En trois jours elle a vieilli de dix ans.

Elle suivait, elle pleurait, elle ne comprenait pas très bien.
Mais elle comprenait très bien que le gouvernement était contre son garçon.
Ce qui est une mauvaise affaire.
Que le gouvernement était pour le mettre à mort.
Toujours une mauvaise affaire.
Et qui ne pouvait pas bien finir.
Tous les gouvernements s’étaient mis d’accord contre lui.
Le gouvernement des Juifs et le gouvernement des Romains.
Le gouvernement des juges et le gouvernement des prêtres.
Le gouvernement des soldats et le gouvernement des curés.
Il n’en réchapperait sûrement pas.
Certainement pas.
Tout le monde était contre lui.
Tout le monde était pour sa mort.
Pour le mettre à mort.
Voulait sa mort.

Des fois on avait un gouvernement pour soi.
Et l’autre contre soi.
Alors on pouvait en réchapper.
Mais lui tous les gouvernements.
Tous les gouvernements d’abord.
Et le gouvernement et le peuple.
C’est ce qu’il y avait de plus fort.
C’était ça surtout qu’on avait contre soi.
Le gouvernement et le peuple.
Qui d’habitude ne sont jamais d’accord.
Et alors on en profite.
On peut en profiter.
Il est bien rare que le gouvernement et le peuple soient
d’accord.
Et alors celui qui est contre le gouvernement.
Est avec le peuple.
Pour le peuple.
Et celui qui est contre le peuple.
Est avec le gouvernement.
Pour le gouvernement.
Celui qui est appuyé par le gouvernement.
N’est pas appuyé par le peuple.
Celui qui est soutenu par le peuple.
N’est pas soutenu par le gouvernement.
Alors en s’appuyant sur l’un ou sur l’autre.
Sur l’un contre l’autre.
On pouvait quelquefois en réchapper.
On pourrait peut-être s’arranger.
Mais ils n’avaient pas de chance.
Elle voyait bien que tout le monde était contre lui.
Le gouvernement et le peuple.
Ensemble.
Et qu’ils l’auraient.
Qu’ils auraient sa peau.

Elle aussi elle était montée.
Montée avec tout le monde.
Jusqu’au faîte.
Sans même s’en apercevoir.
Ses jambes la portaient sans même s’en apercevoir.
Elle aussi elle avait fait son chemin de croix.
Les quatorze stations.
Au fait était-ce bien quatorze stations.
Y avait-il bien quatorze stations.
Y en avait-il bien quatorze.
Elle ne savait plus au juste.
Elle ne se rappelait plus.
Pourtant elle les avait faites.
Elle en était sûre.
Mais on peut se tromper.
Dans ces moments-là la tête se trouble.
Nous autres qui ne les avons pas faites nous le savons.
Elle qui les avait faites elle ne savait pas.

Tout le monde était contre lui.
Tout le monde voulait sa mort.

Qu’est-ce qu’il avait donc fait à tout le monde.
Je vais vous le dire :
Il avait sauvé le monde.

Elle pleurait, elle pleurait.
Tout le monde était contre lui.
Elle suivait de loin.
De près.
D’assez loin.
D’assez près.
Cette cohue hurlante.
Cette meute qui aboyait.
Et mordait.
Cette cohue hurlante qui hurlait et tapait.
Sans conviction.
Avec conviction.
Car ils accomplissaient les Écritures.
On peut dire qu’ils tapaient religieusement.
Puisqu’ils accomplissaient les Écritures.
Des prophètes.
Tout le monde était contre lui.
Depuis Ponce Pilate.
Ce Ponce Pilate.
Pontius Pilatus.
Sub Pontio Pilato passus.
Et sepultus est.
Un brave homme.
Du moins on le disait un brave homme.
Bon.
Pas méchant.
Un Romain.
Qui comprenait les intérêts du pays.
Et qui avait beaucoup de mal à gouverner ces Juifs.
Qui sont une race indocile.
Seulement, voilà, depuis trois jours une folie les avait pris contre son garçon.
Une folie. Une espèce de rage.
Oui ils étaient enragés.
Après lui.
Qu’est-ce qu’ils avaient.
Il n’avait pourtant pas fait tant de mal que ça.
Tous.
Lui en tête Ponce Pilate.
L’homme qui se lavait les mains.
Le procurateur.
Le procurateur pour les Romains.
Le procurateur de Judée.
Tous. Et Caïphe le grand-prêtre.
Les généraux, les officiers, les soldats.
Les sous-officiers, centeniers, centurions, décurions.
Les prêtres et les princes des prêtres.
Les écrivains.
C’est-à-dire les scribes.
Les pharisiens, les publicains, les péagers.
Les Pharisiens et les Sadducéens.
Les publicains qui sont comme qui dirait les percepteurs.
Et qui ne sont pas pour ça des hommes plus mauvais que les autres.

On lui avait dit aussi qu’il avait des disciples.
Des apôtres.
Mais on n’en voyait point.
Ça n’était peut-être pas vrai.
Il n’en avait peut-être pas.
Il n’en avait peut-être jamais eu.
On se trompe, des fois, dans la vie.
S’il en avait eu on les aurait vus.
Parce que s’il en avait eu, ils se seraient montrés.
Hein, c’étaient des hommes, ils se seraient montrés.

Si elle avait su.
Si elle avait su elle aurait pleuré toujours.
Pleuré toute sa vie.
Pleuré d’avance.
Elle se serait méfiée.
Elle aurait pris les devants.
Comme ça elle n’aurait pas été trompée.
Elle n’aurait pas été trahie.
Elle s’était trahie elle-même en ne pleurant pas.
Elle s’était volée elle-même.
Elle s’était trompée elle-même.
En ne pleurant pas.
En acceptant ces jours de bonheur.
Elle s’était trahie elle-même.
Elle était entrée dans le jeu.
Quand on pense qu’il y a des jours où elle avait ri.
Innocemment.
L’innocente.
Tout allait si bien dans ce temps-là.
Elle pleurait elle pleurait pour effacer ces jours.
Elle pleurait, elle pleurait, elle effaçait ces jours.
Ces jours qu’elle avait volés.
Qu’on lui avait volés.
Ces jours qu’elle avait dérobés à son pauvre fils qui en ce moment expirait sur la croix.
Non seulement il avait contre lui le peuple.
Mais les deux peuples.
Tous les deux peuples.
Le peuple des pauvres.
Qui est sérieux.
Et respectable.
Et le peuple des misérables.
Des miséreux.
Qui n’est pas sérieux.
Ni pas respectable.
Il avait contre lui ceux qui travaillaient et ceux qui ne faisaient rien.
Ceux qui travaillaient et ceux qui ne travaillaient pas.
Ensemble.
Également.
Le peuple des ouvriers.
Qui est sérieux.
Et respectable.
Et le peuple des mendiants.
Qui n’est pas sérieux.
Mais qui est peut-être respectable tout de même.
Parce qu’on ne sait pas.
La tête se trouble.
La tête se dérange.
Les idées se dérangent quand on voit des choses comme ça.

Il n’avait tout de même pas fait du mal à tout ce monde.
À tout ce monde-là.
Enfin on exagère.
On exagère toujours.
Le monde est mauvaise langue.
On exagérait.
Enfin il n’avait pas fait du mal à tout le monde.
Il était trop jeune.
Il n’avait pas eu le temps.
D’abord il n’aurait pas eu le temps.
Quand un homme est tombé, tout le monde est dessus.
Vous savez, chrétiens, ce qu’il avait fait.
Il avait fait ceci.
Qu’il avait sauvé le monde.

Elle pleurait, elle était devenue affreuse. Les cils collés.
Les deux paupières, celle du dessus et celle du dessous,
Gonflées, meurtries, sanguinolentes.
Les joues ravagées.
Les joues ravinées.
Les joues ravaudées.
Ses larmes lui avaient comme labouré les joues.
Les larmes de chaque côté lui avaient creusé un sillon dans les joues.
Les yeux lui cuisaient, lui brûlaient.
Jamais on n’avait autant pleuré.
Et pourtant ce lui était un soulagement de pleurer.
La peau lui cuisait, lui brûlait.
Et lui pendant ce temps-là sur la croix les Cinq Plaies lui brûlaient.
Et il avait la fièvre.
Et elle avait la fièvre.
Et elle était ainsi associée à sa Passion.

Aujourd’hui elle l’abandonnait à cette foule.
Elle laissait aller.
Elle laissait couler.
Qu’est-ce qu’une femme peut faire dans une foule.
Je vous le demande.
Elle ne se reconnaissait plus.
Elle était bien changée.
Elle allait entendre le cri.
Le cri qui ne s’éteindra dans aucune nuit d’aucun temps.
Ce n’était pas étonnant qu’elle ne se reconnaissait plus.
En effet elle n’était plus la même.
Jusqu’à ce jour elle avait été la Reine de Beauté.
Et elle ne serait plus, elle ne redeviendrait plus la Reine de Beauté que dans le ciel.
Le jour de sa mort et de son assomption.
Après le jour de sa mort et de son assomption.
Éternellement.
Mais aujourd’hui elle devenait la Reine de Miséricorde.
Comme elle sera dans les siècles des siècles.

Quel dommage. Une vie qui avait si bien commencé.
C’était dommage. Elle se rappelait bien.
Comme il rayonnait sur la paille dans cette étable de Bethléem.
Une étoile était montée.
Les bergers l’adoraient.
Les mages l’adoraient.
Les anges l’adoraient.
Qu’étaient donc devenus tous ces gens-là.
Qu’est-ce que tout ce monde-là était devenu.
Pourtant c’étaient les mêmes gens.
C’était le même monde.
Les gens étaient toujours les gens.
Le monde était toujours le monde.
On n’avait pas changé le monde.
Les rois étaient toujours les rois.
Et les bergers étaient toujours les bergers.
Les grands étaient toujours les grands.
Et les petits étaient toujours les petits.
Les riches étaient toujours les riches.
Et les pauvres étaient toujours les pauvres.
Le gouvernement était toujours le gouvernement.
Elle ne voyait pas qu’en effet il avait changé le monde.

Voilà quelle était sa récompense.
Voilà comme elle était récompensée.
D’avoir porté.
D’avoir enfanté.
D’avoir allaité.
D’avoir porté.
Dans ses bras.
Celui qui est mort pour les péchés du monde.
D’avoir porté.
D’avoir enfanté.
D’avoir allaité.
D’avoir porté.
Dans ses bras.
Celui qui est mort pour le salut du monde.
D’avoir porté.
D’avoir enfanté.
D’avoir allaité.
D’avoir porté.
Dans ses bras.
Celui par qui les péchés du monde seront remis.
Et de lui avoir fait sa soupe et bordé son lit jusqu’à trente ans.
Car il se laissait volontiers environner de sa tendresse.
Il savait que ça ne durerait pas toujours.

Elle sentait tout ce qui se passait dans son corps.
Surtout la souffrance.
Il avait surtout une crampe.
Une crampe effroyable.
À cause de cette position.
De rester toujours dans la même position.
Elle la sentait.
D’être forcé d’être dans cette affreuse position.
Une crampe de tout le corps.
Et tout le poids de son corps portait sur ses quatre Plaies.
Il avait des crampes.
Elle savait combien il souffrait.
Elle sentait bien combien il avait de mal.
Elle avait mal à sa tête et à son flanc et à ses Quatre Plaies.
Et lui en lui-même il se disait : Voilà ma mère. Qu’est-ce que j’en ai fait.
Voilà ce que j’ai fait de ma mère.
Cette pauvre vieille femme.
Devenue vieille.
Qui nous suit depuis vingt-quatre heures.
De prétoire en prétoire.
Et de prétoire en place publique.

Alors comme tous les mourants il repassait sa vie entière.
Toute la vie à Nazareth.
Il se revoyait tout le long de sa vie entière.
Et il se demandait comment il avait pu se faire tant d’ennemis.
C’était une gageure. Comment il avait réussi à se faire tant d’ennemis.
C’était une gageure. C’était un défi.
Ceux de la ville, ceux des faubourgs, ceux des campagnes.
Tous ceux qui étaient là, qui étaient venus.
Qui s’étaient rassemblés là.
Qui étaient assemblés.
Comme à une fête.
À une fête odieuse.
Chrétiens, vous savez pourquoi :
C’est qu’il était venu annoncer le règne de Dieu.
Et en somme tout ce monde-là avait raison.
Tout ce monde-là ne se trompait pas tant que ça.
C’était la grande fête qui était donnée pour le salut du monde.
Seulement c’était lui qui en faisait les frais.
Les marchands, il comprenait encore.
C’était lui qui avait commencé.
Il s’était mis un jour en colère après eux.
Dans une sainte colère.
Et il les avait chassés du temple.
À grands coups de fouet.

D’ailleurs il n’aimait pas les commerçants.
Ouvrier.
Fils d’ouvriers.
Fils nourricier.
Fils nourri.
De famille ouvrière.
D’instinct il n’aimait pas les commerçants.
Il n’entendait rien au commerce.
Au négoce.
Il ne savait que travailler.
Il était porté à croire que tous les commerçants étaient des voleurs.
Les marchands, les marchands du Temple il comprenait encore.
Mais les autres.

Comme un mourant, comme tous les mourants il repassait sa vie entière.
Au moment de la présenter.
De la rapporter à son père.
Un jour les camarades l’avaient trouvé trop grand.
Simplement.
Un jour les amis, les amis l’avaient trouvé trop grand.
Un jour les citoyens l’avaient trouvé trop grand.
Et il n’avait pas été prophète en son pays.
Chrétiens, vous savez pourquoi :
C’est qu’il était venu annoncer le règne de Dieu.
Tout le monde l’avait trouvé trop grand.
Ça se voyait trop qu’il était le fils de Dieu.
Quand on le fréquentait.
Les Juifs l’avaient trouvé trop grand.
Pour un Juif.
Trop grand Juif.
Ça se voyait trop qu’il était le Messie prédit par les Prophètes.
Annoncé, attendu depuis les siècles des siècles.

Il repassait, il repassait toutes les heures de sa vie.
Toute la vie à Nazareth.
Il avait semé tant d’amour.
Il récoltait tant de haine.
Son cœur lui brûlait.
Son cœur dévoré d’amour.
Et à sa mère il avait apporté ceci.
De voir ainsi traiter
Le fruit de ses entrailles.

Son cœur lui brûlait.
Son cœur lui dévorait.
Son cœur brûlé d’amour.
Son cœur dévoré d’amour.
Son cœur consumé d’amour.
Et jamais homme avait-il soulevé tant de haine.
Jamais homme avait-il soulevé une telle haine.
C’était une gageure.
C’était comme un défi.
Comme il avait semé il n’avait pas récolté.
Son père savait pourquoi.
Ses amis l’aimaient-ils autant que ses ennemis le haïssaient.
Son père le savait.
Ses disciples, ses disciples l’aimaient-ils autant que ses ennemis le haïssaient.
Son père le savait.
Ses apôtres, ses apôtres l’aimaient-ils autant que ses ennemis le haïssaient.
Son père le savait.
Les onze l’aimaient-ils autant que le douzième, que le treizième le haïssait.
Les onze l’aimaient-ils autant que le douzième, que le treizième l’avait trahi.
Son père le savait.
Son père le savait.

Qu’était-ce donc que l’homme.
Cet homme.
Qu’il était venu sauver.
Dont il avait revêtu la nature.
Il ne le savait pas.
Comme homme il ne le savait pas.
Car nul homme ne connaît l’homme.
Car une vie d’homme.
Une vie humaine, comme homme, ne suffit pas à connaître l’homme.
Tant il est grand. Et tant il est petit.
Tant il est haut. Et tant il est bas.
Qu’est-ce que c’était donc que l’homme.
Cet homme.
Dont il avait revêtu la nature.
Son père le savait.

Comme il sentait monter à lui sa mort humaine,
Sans voir sa mère en pleur et douloureuse en bas,
Droite au pied de la croix, ni Jean ni Madeleine,
Jésus mourant pleura sur la mort de Judas.
Mourant de sa mort, de notre mort humaine, seulement, il pleura sur cette mort éternelle.
Car il avait connu que le damné suprême
Jetait l’argent du sang qu’il s’était fait payer,
Ces trente malheureux deniers on aurait mieux fait de ne pas les fabriquer.
De ne jamais les fabriquer.
Malheureux celui qui les frappa.
À l’effigie de César.
Malheureux celui qui les reçut.
À l’effigie de César.
Malheureux tous ceux qui eurent affaire à eux.
À l’effigie de César.
Malheureux tous ceux qui eurent commerce avec eux.
À l’effigie, à l’effigie de César.
Qui se les passèrent de main en main.
Deniers dangereux.
Plus faux.
Infiniment plus dangereux.
Infiniment plus faux que de la fausse monnaie.

Il voyait tout d’avance et tout en même temps.
Il voyait tout après.
Il voyait tout avant.
Il voyait tout pendant, il voyait tout alors.
Tout lui était présent de toute éternité.
Et c’est alors qu’il sut la souffrance infinie,
C’est alors qu’il connut, c’est alors qu’il apprit,
C’est alors qu’il sentit l’infinie agonie,
Et cria comme un fou l’épouvantable angoisse,
Clameur dont chancela Marie encor debout,
Et par pitié du Père il eut sa mort humaine.

La Vierge de douleur au pied de la croix
Champaigne, Philippe deFrance, Musée du Louvre, Département des Peintures, INV 1129 – https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010061791https://collections.louvre.fr/CGU

Charles Péguy

Extraits du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc

DIDIER RIMAUD (1922-2003), JESUS CHRIST, LITURGIE, LITURGIE DES HEURES, LUNDI SAINT, NE DESCEND PAS DANS LE JARDIN, PASSION DE JESUS, SEMAINE SAINTE

Lundi Saint : Hymne Ne descend pas dans le jardin

11 AVRIL 2022

 Lundi Saint —

Agonie-Gethsemani-J-C

HYMNE : NE DESCENDS PAS DANS LE JARDIN

Ne descends pas dans le jardin,
Oh ! Jésus,
Ne descends pas dans le jardin
Avant le jour !
Si je ne descends pas dans le jardin
En pleine nuit,
Qui donc vous mènera vers les soleils
Du Paradis ?
Je descendrai dans le jardin
En pleine nuit.

Ne laisse pas lier tes mains,
Oh ! Jésus,
Ne laisse pas lier tes mains
Sans dire un mot !
Si je ne laisse pas lier mes mains
Comme un voleur,
Qui donc pourra détruire les prisons
Dont vous souffrez ?
Je laisserai lier mes mains
Comme un voleur.

Ne t’étends pas sur cette croix,
Oh ! Jésus,
Ne t’étends pas sur cette croix
Jusqu’à mourir !
Si je ne m’étends pas sur cette croix
Comme un Oiseau,
Qui donc vous gardera contre l’Enfer
Où vous alliez ?
Je m’étendrai sur cette croix
Comme un oiseau.

Ne laisse pas percer ton cœur,
Oh ! Jésus,
Ne laisse pas percer ton cœur
Par tes bourreaux !
Si je ne laisse pas percer mon cœur
Comme un fruit mûr,
Qui donc vous baignera de sang et d’eau
Pour vous guérir ?
Je laisserai percer mon cœur
Comme un fruit mûr.

Ne descends pas dans le tombeau,
Oh ! Jésus,
Ne descends-pas dans le tombeau
Qu’ils ont creusé !
Si je ne descends pas dans le tombeau
Comme un froment,
Qui donc fera lever de vos cercueils
Vos corps sans vie ?
Je descendrai dans le tombeau
Pour y dormir.

  1. Rimaud — CNPL
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Figures bibliques qui annoncent la Pâque de Jésus

Ces figures bibliques qui annoncent la Pâque de Jésus

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Le chant du Serviteur souffrant par le prophète Isaïe, n’est pas la seule annonce du martyre de Jésus dans l’Ancien Testament. Depuis Abel, de nombreux personnages de la Bible prédisent, par leurs paroles et par l’exemple de leurs vies, la Pâque du Seigneur. Leur découverte éclaire notre vision de la Passion et de la Résurrection, selon le dessein de Dieu, de toute éternité.

Aux pèlerins d’Emmaüs, déconcertés par l’échec apparent du prophète galiléen, le Christ répond que le Messie qu’ils attendaient devait souffrir avant d’entrer dans sa gloire (Lc 24, 26). Cette parole de Jésus est une invitation à chercher dans la Bible les personnages qui annoncent sa mort et sa résurrection, comme il le fit lui-même à l’attention de ses compagnons de route le soir de Pâques « en commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes ». Le Carême constitue ainsi le moment privilégié de relire l’Ancien Testament à la lumière de la mort-résurrection de Jésus, de manière à y découvrir toutes les figures bibliques qui l’annoncent, et enrichir de la sorte notre méditation de la Pâque du Fils.

Personnages du livre de la Genèse

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Premier personnage : Abel. Comme le fils cadet d’Adam et Ève, tombé sous les coups de Caïn, Jésus sera la victime innocente de la jalousie de ses frères.

Avec Abraham, nous sommes en présence d’un personnage qui est élu en faveur de tous. Dieu dit en effet au patriarche : « Par toi se béniront tous les clans de la terre » (Gn 12, 3). Jésus sera également élu au bénéfice de tous les hommes. Les chefs du peuple qui le raillent au Calvaire proclament, même si c’est ironiquement, que Jésus, comme le père des croyants, est l’élu : « Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ de Dieu, l’Élu ! » (Lc 23, 35).

La figure de Joseph, le fils de Jacob et de Rachel, est tout aussi parlante que celle de son aïeul sous le rapport de sa dimension prophétique du destin de Jésus. Vendu comme esclave par ses frères, après avoir été lynché, Joseph trouve grâce auprès de Pharaon en Égypte. Devenu Premier ministre, il sauve le pays de la famine. Le clan de Jacob et de ses fils, venu se réfugier et trouver du pain chez son puissant voisin, est sauvé par le frère qui était tenu pour disparu. C’est ainsi que l’histoire de Joseph annonce la Pâque du Christ. Comme Jésus le réalise avec l’Eucharistie et le sacrement de réconciliation qu’il institue le dimanche de Pâques, après être revenu à ses disciples qui l’avaient abandonné le Vendredi saint, le fils de Jacob pourvoit à la nourriture de ses frères après leur avoir pardonné.

  

Moïse et David

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Moïse préfigure le Christ en ce qu’il est le libérateur de son peuple auquel il fait traverser la mer rouge, comme le Christ sera le Rédempteur du genre humain en traversant la mort. À l’exemple du législateur d’Israël, Jésus sera également en butte à la contradiction et à l’incompréhension.

Jésus est fils de David. Le second roi d’Israël est une figure du Christ parce qu’il fut berger de son peuple. Comme son descendant, David prend le chemin du mont des Oliviers quand le temps se gâte pour lui avec la révolte de son fils Absalom (2S 15, 30). Cependant, contrairement à son illustre devancier, Jésus ne fuira pas, et se laissera arrêter à Gethsémani. Jésus fut livré par l’un des Douze. De même David fut trahi par son fils qu’il aimait. Autre similitude entre leurs destins respectifs : Judas, tout comme Ahitophel, ancien conseiller du roi passé à son fils rebelle, finit par se pendre (2S 16, 23). Jésus pourra reprendre les mots du roi-poète dans le psaume : « Même mon ami en qui j’avais confiance, celui qui mange mon pain, a levé contre moi son talon » (PS 41, 10).

  

Le prophète Élie

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Entre le père du prophétisme, Élie, et Jésus, les points communs sont nombreux. Comme Jésus à Gethsémani qui s’éloigne de ses disciples pour prier, le prophète, fuyant Jézabel frémissante de colère contre lui, se sépare de son serviteur pour aller à la rencontre de Dieu sur l’Horeb, (1R 19, 1-2). Élie, désespéré dans le désert, s’abat à terre, puis se relève, comme le Christ le fera au jardin des Oliviers. Autre ressemblance : tous les deux seront réconfortés deux fois par un ange (1R, 19,5). Différence : dans les évangiles, ce sont les disciples qui s’endorment, comme Élie, et non le Christ. Sur la montagne sainte, Élie sera initié à la douceur de Dieu qui, au lieu de se manifester dans la fureur des éléments, se révélera à son serviteur dans « une voix de fin silence » (1R, 19, 12). Pareillement, sur la Croix, le Christ montrera la douceur de l’Agneau qui triomphe du péché et de la mort par la non-violence et la tendresse du pardon.

Toujours sur le Golgotha, Jésus invoque Dieu « à la neuvième heure » (trois heures de l’après-midi) : c’était celle du sacrifice du soir, où on immolait un agneau dans le Temple. C’est aussi le moment que choisit Élie pour prier Dieu sur le mont Carmel dans son combat contre les faux prophètes de Baal (2R, 18, 36). Enfin, à l’instar du Christ après sa résurrection, Élie est enlevé au ciel (2R 2, 11). Mais à la différence du prophète, Jésus sera moins réticent que lui à donner son esprit à ses disciples, alors qu’Élisée devra insister auprès de son maître pour avoir droit à « une double part de son esprit » (2R, 2,9). Jésus, au contraire, prodiguera à profusion l’Esprit promis.

  

Jérémie

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Jérémie constitue également une figure prophétique majeure de Jésus. Seul contre tous dans une ville de Jérusalem qui continue de vivre dans un déni confortable, il annonce la déportation à Babylone. Mais loin de prêcher la résistance, il annonce au contraire que cette dispersion sera l’occasion d’une renaissance. D’où la fureur et la colère des autorités. De même, le Christ sera le seul à croire qu’avec sa mort adviendra le salut. Jésus en effet sera bien esseulé sur le Golgotha ! Lors de la Cène, il institue le sacrement de la nouvelle alliance qu’avait prophétisée Jérémie : « Voici venir des jours dit le Seigneur, où je ferai avec la maison d’Israël et la maison de Juda un alliance nouvelle » (Jr 31,31).

Autres points communs entre les deux : le célibat (qui était une anomalie de leur temps), leur dénonciation sans relâche des infidélités du peuple, des fausses sécurités (la croyance que le Temple préservera du malheur, pour Jérémie, Jr 7,4), le mépris des pauvres. Dénonciations qui seront reprises par le Christ, et qui le conduiront à être condamné par l’élite sacerdotale de Jérusalem.

  

« Selon les Écritures »

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Voilà les principales figures bibliques qui annoncent, par leurs paroles, mais plus encore par leurs existences, la Pâque de Jésus. C’est la raison pour laquelle saint Paul écrira aux Corinthiens que « le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures » (1 Cor 15, 3-4). Ainsi, l’aller-retour entre l’Ancien et le Nouveau Testaments nourrit-elle notre spiritualité et notre attachement à Jésus.

L’Ancien nous fait découvrir des significations auxquelles nous n’aurions pas pensées en lisant la description abrupte du supplice et de la résurrection du Christ. En retour, la lumière que sa Pâque projette sur le passé de l’histoire d’Israël nous permet de deviner le plan providentiel de Dieu sous la trame des événements historiques contingents, comme une invitation à l’espérance pour aujourd’hui. Dieu est le maître du temps : Il ne laissera pas Sa création livrée au non-sens, malgré le mal et le péché des hommes.

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Le Serviteur souffrant, personnage de l’Ancien Testament

Le Serviteur souffrant,

plus grand personnage de l’Ancien Testament

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Isaïe de Michel Ange

 Parmi les grandes figures bibliques qui annoncent la Passion de Jésus, le Serviteur est le plus grand. Le Vendredi saint, l’Église nous invite à méditer, lors de la célébration de la Passion, le poème de ce Serviteur souffrant du livre d’Isaïe.

Quelle figure puissante que celle du Serviteur ! Et mystérieuse de surcroît, car ce Serviteur ne possède pas de nom… Cependant, on peut dire de lui qu’il est le plus grand personnage de l’Ancien Testament pour la raison qu’il opère la guérison d’une multitude, ce qu’aucun prophète biblique n’avait réussi à faire avant lui. Il y avait bien eu des hommes de Dieu guérisseurs, mais leurs miracles étaient ponctuels, ou des libérateurs politiques, mais qui restaient impuissants à toucher le cœur de leurs semblables.

 

Un retournement collectif

Avec le Serviteur, nous sommes en présence d’un homme qui dessille les yeux d’une multitude, en retournant de l’intérieur ceux qui avaient applaudi à sa condamnation : « Les multitudes de nations seront dans la stupéfaction […] pour avoir vu ce qui ne leur avait pas été raconté, pour avoir appris ce qu’ils n’avaient pas entendu dire » (Is 52, 15). Le Serviteur leur donne à voir « ce qu’ils n’avaient pas entendu ». Illuminés de l’intérieur, ceux qui avaient assisté à sa condamnation reconnaissent que « le châtiment qui nous vaut la paix était sur lui » (Is 53,5) et que c’est « nos douleurs dont il était chargé ».

Le mystère de cette action s’accroît de ce que cette révélation suprême est délivrée paradoxalement par un personnage « devant qui on se voile la face » ! Le Serviteur est bien « l’alliance du peuple, la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles » (Is 42,6-7), ainsi que l’annonçait Dieu dans le premier chant. Après les persécutions dont ils ont été victimes, les auteurs des psaumes témoignent que le Seigneur les a arrachés à la mort. La situation est différente avec le Serviteur. Lui ne revient pas se dire sauvé. Ce sont au contraire ses persécuteurs qui reviennent pour témoigner de leur guérison opérée par ses soins ! « C’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris » (Is 53,5).

Qui parle dans les poèmes du Serviteur ?

Stupéfiantes guérison et révélation que celles réalisées par ce mystérieux Serviteur qui n’ouvre pas la bouche, comme un « agneau qui se laisse mener à l’abattoir » (Is 53, 7) ! Qui est-il ? Qui parle dans ce poème ? Au début (Is 42), Dieu annonce le résultat de l’œuvre de son serviteur. Ensuite, c’est lui-même (chap. 49 et 50) qui se définit comme celui qui tend l’oreille pour écouter comme un disciple (50,4). Enfin, au chapitre 53, un « nous » mystérieux prend la parole. Un « nous » qui semble être la foule anonyme de ceux qui ont assisté à l’élimination du Serviteur. À quoi est due leur conversion ? Le poème est peu explicite à ce sujet.

Quoiqu’il en soit, il faut que le témoignage de sa mort ait été bien puissant pour qu’il arrive à retourner les lyncheurs, et à travers eux tous les rois de la terre (49,7). Cette révélation agit comme la nouvelle Alliance prophétisée par Jérémie : « Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur  » (Jr 31,33). Pareillement, l’ouverture des yeux des aveugles au sujet du Serviteur ne vient pas de l’extérieur, mais elle sourd du cœur des témoins et des auditeurs du récit de ses malheurs.

Une œuvre prodigieuse

L’œuvre accomplie par le personnage du livre d’Isaïe est prodigieuse. « Il justifiera les multitudes » (53, 11). Comment le Serviteur arrive-t-il à rendre justes les pécheurs, alors qu’il ne fait rien de grandiose en apparence ? Voilà un mystère que la Passion de Jésus lèvera. D’ailleurs, à l’instar du Serviteur, le Christ ne fera pas lui-même le récit de son action salvifique. Le Serviteur « portait le péché des multitudes » (53,12) : c’est là une action qui n’a pas d’équivalent dans les autres textes de l’Ancien Testament. Le résultat est d’autant plus prodigieux que la tâche est menée par quelqu’un qui n’a plus d’« apparence qui nous eût séduit ».

 

Un mystère que seule la Résurrection est capable d’éclaircir

Ainsi, dans l’histoire du Serviteur, trois mystères concomitants se télescopent : le retournement de la foule, la justification des multitudes et son exaltation finale (52,13). De ces événements inouïs, Dieu nous avait prévenus au début du poème : « Les premières choses, voilà qu’elles sont venues, et je vous en annonce de nouvelles ; avant qu’elles ne paraissent, je vous les fais entendre » (Is 42,9), en nous avertissant qu’elles susciteraient de l’« étonnement » (52,14) et de l’« émerveillement » (52,15). Il faudra attendre la mort-résurrection de Jésus pour que la lumière se fasse sur les multiples implications de l’œuvre du Serviteur. Et encore, n’en épuiserons-nous jamais toutes les richesses.

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Présentation de Jésus au Temple

La Présentation de Jésus au Temple

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La fête de la Présentation de Jésus au Temple, ou Sainte Rencontre, associée à la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie est une fête chrétienne, catholique et orthodoxe (où l’on dira plutôt Hypappante). Elle est célébrée le 2 février, quarante jours après Noël.

Cette fête correspond à la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem par ses parents Marie et Joseph (cf. Lc 2,22-38) : « Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur ».

Historique

Célébrée à Jérusalem dès le ive siècle apr. J.-C. — la pèlerine Egérie la décrit dans son livre Peregrinatio Aetheriae — la fête s’étend à l’ensemble de l’Orient chrétien. Après avoir été célébrée 40 jours après l’Épiphanie orthodoxe (6 janvier), elle est ramenée au 2 février par l’empereur Justinien en 542 qui l’introduit à Constantinople. En orthodoxie, elle fait toujours partie du nombre des douze grandes fêtes de l’année liturgique.

Cette fête exprime les thèmes de la purification de la mère, de la présentation de l’enfant au Temple de Jérusalem et de l’offrande due au garçon premier-né. Elle se célèbre 40 jours après Noël, donc le 2 février, parce que, en vertu de Lévitique 12, les mères juives devaient venir se purifier 40 jours après l’accouchement d’un garçon, soit 33 jours après sa circoncision. Et il leur était demandé également de sacrifier un animal (un agneau, deux pigeons ou deux tourterelles). Voulue sainte, pure et pleine de grâce dès le début des temps, Marie n’avait pas besoin de purification, mais par sa profonde humilité et son dévouement au service, elle obéissait au commandement de la Loi.

La présentation de l’enfant s’accompagne de la présence de deux personnes âgées, Anne et Syméon. Veuve de 84 ans, Anne est une prophétesse, dévouée au service et assidue au Temple. Le vieillard Syméon est un homme juste et pieux à l’image de Joseph. Averti par l’Esprit Saint de la présence du Messie au Temple, il le prend dans ses bras et se met à proclamer que Jésus est la lumière du monde (« Nunc dimittis », cantique de Syméon) et qu’en même temps, il sera un signe de contradiction. Il annonce même à Marie sa mère : « une épée te transpercera l’âme » (Lc 2,35). Quant à Anne, elle va annoncer qu’elle a rencontré le Messie tant attendu de la délivrance d’Israël.

Joseph et Marie « rachètent » leur fils Jésus premier-né. Ce rite rappelle que Dieu a épargné les premiers nés des Hébreux lorsqu’il a infligé les dix plaies aux Égyptiens. L’enfant est soit consacré au service du Temple sans rachat (nazir), soit il est échangé contre une somme d’argent symbolique.

En 542, la peste dite de Justinien sévit à Constantinople et tue quelques milliers de personnes par jour. Selon la tradition, un chrétien reçoit alors l’inspiration qu’il faut rendre la fête de la Rencontre du Seigneur plus importante. Lorsqu’une veillée nocturne et une procession avec la croix sont décidées et célébrées, le chiffre des victimes diminue nettement. En remerciement, l’Église a institué en 544 une célébration plus solennelle.

En Occident, à la fin du ve siècle, le pape Gélase Ier abolit les Lupercales à Rome pour y instaurer la fête chrétienne. Le pape Serge Ier au viie siècle institue une procession de pénitence qui commence à l’aurore et qui se fait à la lueur de cierges, d’où le nom de Chandeleur (festa Candelarum). Cette procession représentait, entre autres, le voyage de Joseph, de Marie et de leur bébé pour aller de Nazareth au Temple de Jérusalem. C’est au VIIIè siècle que la fête devient également « mariale » sous l’appellation Purification de la Vierge Marie. C’est l’une des plus anciennes fêtes concernant la Mère de Dieu.

À partir du Xè siècle, c’est en particulier à l’occasion de cette fête qu’on procède à la bénédiction des cierges.

Depuis 1997, la fête coïncide avec la Journée mondiale de la Vie consacrée décidée par le pape Jean-Paul II.

ADORATION DES BERGERS, CLAUDE TRICOIRE (1951-...), ENFANCE DE JESUS, EVANGILE SELON SAINT LUC, JESUS CHRIST, LES BERGERS... PRMIERS CROYANTS... PREMIERS MISSIONNAIRES !, MEDITATIONS, MESSIE, NOËL

Les bergers… Premiers croyants… Premiers missionnaires !

 

Les bergers…. Premiers croyants… premiers missionnaires !

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L’Adoration des bergers. Georges de La Tour (1645)

Méditation 

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » (Lc 10, 21 ; Mtt 11, 25)

 Dans la crèche la figure du berger est incontournable depuis des siècles puisqu’elle figure déjà dans l’épisode situé juste après la naissance de Jésus de Luc (2, 7-20). Il est familier de les voir debout ou à genoux près de la mangeoire où repose l’enfant Jésus. Cette image immortalisée par la tradition et dans l’art nous semble normale et presque banale. La force de l’habitude ! Mais n’ont-ils fait que venir voir ce que les anges leur avaient annoncé ? N’ont-ils pas faire autre chose ?

 Les bergers n’ont pas été choisi pour leurs richesses ou leur savoir.ils faisaient partie du petit peuple d’Israël ; leur métier ne les destinaient ni à devenir riche ou savant ; d’ailleurs peut-être qu’ils ont peu fréquenté les synagogues et encore moins les scribes. Ils étaient simplement bergers d’un troupeau, d’en prendre soin. Et pour se faire ils passaient souvent leur nuit à la belle étoile avec le firmament pour toit, la nature comme école de vie.

 Et c’est pour eux que Dieu va déchirer les cieux, c’est à eux que Dieu va envoyer ses anges pour leur annoncer la nouvelle : « Voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur ! »

Que savaient les bergers de l’attente d’un Messie pour Israël ? Est-ce qu’eux-mêmes étaient dans cette attente ? On peut seulement supposer qu’ils avaient entendu parler de cette promesse d’un Messie que Dieu enverrait pour sauver son peuple ;  on peut également penser qu’ils partageaient comme tous les juifs cet espoir.

Et sans se poser de questions ils partent voir ce que les anges leur ont annoncé …. Mais comme ils sont de bons bergers ils emmènent avec eux le troupeau.  Ils trouveront Marie, Joseph et l’Enfant Jésus couché dans la mangeoire. Ils s’agenouillent devant l’enfant sans autre cérémonie. Peut-être que, comme le veut la tradition, ils aient offert quelques moutons ou brebis au Fils de Dieu. Ils n’ont pas eu besoin de discours pour croire : ils ont ce que Dieu leur avait annoncé et ils ont cru.

On aurait pu penser que les bergers s’en seraient retournés tranquillement à leur occupation de berger et veiller sur leur troupeau. Après avoir vu ils s’empressent d’aller raconter ce qu’ils ont vu à ceux qu’ils rencontrent sur leur chemin sans doute.

 Et puis les bergers s’en retournent à leurs occupations en chantant les louanges de Dieu qui a tenu la Promesse d’envoyer un Sauveur. Comme les anges ils peuvent entonner : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime »

 Ces premiers croyants, ces premiers missionnaires que sont-ils devenus ? Nul ne le sait ! Mais qu’importe au fond ! L’important est ailleurs  : ils ont vu, ils ont cru en la Parole de Dieu, ils en ont témoigné !

 

 Evangile selon saint Luc

[En ce temps-là Marie] mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.

L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.

Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »

Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.

Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.

Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.

Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.

(Luc 2, 7-20)

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©Claude Tricoire

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Ascension de Notre Seigneur : lectures et commentaires

jeudi de l’Ascension 21 mai 2020

Ascension de Notre Seigneur

Garofalo-Ascension-1510-

 

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

 

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Actes des apôtres 1,1-11

Cher Théophile,
dans mon premier livre
j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné
depuis le moment où il commença,
jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel,
après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions
aux Apôtres qu’il avait choisis.
C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ;
il leur en a donné bien des preuves,
puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu
et leur a parlé du royaume de Dieu.
Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux,
il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem,
mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père.
Il déclara :
« Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche :
alors que Jean a baptisé avec l’eau,
vous, c’est dans l’Esprit Saint
que vous serez baptisés d’ici peu de jours. »
Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient :
« Seigneur, est-ce maintenant le temps
où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? »
Jésus leur répondit :
« Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments
que le Père a fixés de sa propre autorité.
Mais vous allez recevoir une force
quand le Saint-Esprit viendra sur vous ;
vous serez alors mes témoins
à Jérusalem,
dans toute la Judée et la Samarie,
et jusqu’aux extrémités de la terre. »
Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient,
il s’éleva,
et une nuée vint le soustraire à leurs yeux.
Et comme ils fixaient encore le ciel
où Jésus s’en allait,
voici que, devant eux,
se tenaient deux hommes en vêtements blancs,
qui leur dirent :
« Galiléens,
pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?
Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous,
viendra de la même manière
que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Nous sommes au tout début des Actes des Apôtres : les premiers versets font bien le lien avec l’évangile de Luc, lui aussi adressé à un certain Théophile ; car il ne fait de doute pour personne que les Actes des Apôtres et l’évangile de Luc sont du même auteur ; l’un commence où l’autre finit, c’est-à-dire par le récit de l’Ascension de Jésus, même si ces deux récits ne concordent pas exactement. Le premier livre, l’évangile, rapporte la mission et la prédication de Jésus, le second se consacre à la mission et à la prédication des Apôtres, d’où son nom « d’Actes des Apôtres ».
On peut pousser le parallèle un peu plus loin : l’évangile commence et finit à Jérusalem, le centre du monde juif et de la Première Alliance ; les Actes commencent à Jérusalem, car la Nouvelle Alliance prend bien la suite de la Première, mais ils se terminent à Rome, carrefour de toutes les routes du monde connu à l’époque : car la Nouvelle Alliance déborde désormais les frontières d’Israël. Pour Luc, il est clair que cette expansion est le fruit de l’Esprit-Saint ; il est l’Esprit même de Jésus, et il sera l’inspirateur des Apôtres, à partir de la Pentecôte, à tel point qu’on appelle souvent les Actes « l’évangile de l’Esprit ».
Et comme Jésus s’était préparé à sa mission par les quarante jours au désert après son Baptême, de même à son tour, il prépare son Eglise pendant quarante jours : « Pendant quarante jours, il leur est apparu, et leur a parlé du royaume de Dieu. » Au cours d’un dernier repas, il leur donne ses consignes : un ordre, une promesse, un envoi en mission.
L’ordre est presque surprenant : attendre et ne pas bouger ; « Il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. » Que les promesses du Père se réalisent à Jérusalem n’étonnait certainement pas les onze qui étaient tous Juifs : toute la prédication des prophètes donnait à Jérusalem une part prépondérante dans l’accomplissement du projet de Dieu : il suffit de se rappeler Isaïe : « Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue ta lumière, et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi. Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le SEIGNEUR, et sa gloire brille sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. » (Is 60,1-3). Ou encore : « Pour la cause de Jérusalem je ne me tairai pas, pour Sion je ne prendrai pas de repos, avant que sa justice ne se lève comme l’aurore et que son salut ne flamboie comme une torche. Les nations verront ta justice, tous les rois verront ta gloire. On t’appellera d’un nom nouveau, donné par le SEIGNEUR lui-même. » (Is 62,1-2).
Luc précise le contenu de la promesse : « Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Cela aussi était familier aux apôtres ; ils avaient en tête la phrase du prophète Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair » (Jl 3,1) et aussi celle de Zacharie : « Ce jour-là, une source jaillira pour la maison de David et les habitants de Jérusalem en remède au péché et à la souillure… Je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem un esprit de bonne volonté et de supplication… » (Za 13,1 ; 12,10) ; ou encore : « Je ferai sur vous une aspersion d’eau pure et vous serez purs… Je mettrai en vous un esprit neuf… Je mettrai en vous mon propre Esprit. » (Ez 36,25… 27).
La question des apôtres « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » n’est donc pas incongrue ; elle manifeste qu’ils ont bien compris que le fameux Jour de Dieu s’est levé. La réponse de Jésus ne devrait pas nous étonner non plus ; car Dieu sollicite la collaboration des hommes pour réaliser son projet ; le salut de Dieu est arrivé grâce à Jésus-Christ, il reste aux hommes la liberté d’y entrer ; pour cela encore faut-il qu’ils le sachent ; d’où la mission et la responsabilité des Apôtres ; l’Esprit leur est donné pour cela : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins . » Cela veut dire qu’entre le don de l’Esprit et l’avènement définitif du Royaume, il y a un délai qui est le temps du témoignage : un délai d’autant plus long qu’il s’agit d’aller porter la nouvelle à l’humanité tout entière. « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Le livre des Actes suit exactement ce plan.
Comme au matin de Pâques, « deux hommes avec un vêtement éblouissant » avaient arraché les femmes à leur contemplation en leur disant « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité », au jour de l’Ascension, deux hommes en vêtements blancs jouent le même rôle auprès des Apôtres : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » Il reviendra, nous en sommes certains, c’est pourquoi nous disons à chaque Eucharistie : « Nous attendons le bonheur que tu promets, (qui est) l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur. »
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Complément
– La nuée est dans la Bible le signe visible de la présence de Dieu (par exemple lors du passage de la Mer Rouge (Ex 13, 21), ou lors de la Transfiguration du Christ (Lc 9, 34). La nuée dérobe Jésus au regard des hommes : c’est dire qu’il est entré dans le monde de Dieu. Il cesse avec nous un certain mode de présence charnelle, visible, pour en inaugurer une autre, spirituelle.

– Il nous faut accepter l’idée qu’il est impossible de reconstituer exactement ce qui s’est passé entre la Résurrection de Jésus, la nuit de Pâques et le jour où il a quitté définitivement ses apôtres pour retourner auprès du Père. Commençons par les récits de Luc : entre l’évangile de Luc et les Actes des Apôtres du même Luc, les deux récits sont tout-à-fait semblables : le départ de Jésus se situe près de Jérusalem puisque l’évangile parle de Béthanie, et que les Actes parlent du Mont des Oliviers ; et dans les deux textes Luc précise que Jésus a donné comme recommandation à ses disciples de ne pas quitter Jérusalem avant d’avoir reçu l’Esprit Saint. La seule divergence entre les deux récits de Luc concerne le délai : dans l’évangile, il semble bien que le départ de Jésus ait eu lieu le soir même de Pâques ; après l’apparition aux disciples d’Emmaüs, ceux-ci sont retournés à Jérusalem pour tout raconter aux Onze apôtres ; et c’est pendant qu’ils parlaient tous ensemble que Jésus est apparu, a passé un moment avec eux, leur expliquant les Ecritures ; puis il les a emmenés à Béthanie et c’est là qu’il a disparu définitivement à leurs yeux.
Tandis que dans les Actes des Apôtres, Luc précise qu’il y a eu entre Pâques et l’Ascension un délai de quarante jours ; et c’est d’ailleurs pour cela que nous avons pris l’habitude de célébrer la fête de l’Ascension, juste quarante jours après Pâques.
Dans les autres évangiles, on ne trouve presque rien sur ce sujet : chez Matthieu, par exemple, il n’y a pas du tout de récit d’Ascension ; il raconte seulement une apparition de Jésus à deux femmes (Marie de Magdala et l’autre Marie) qui s’étaient rendues au tombeau et une apparition aux disciples en Galilée au cours de laquelle il leur dit cette phrase que nous connaissons bien : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps ».
Jean, lui, rapporte plus longuement plusieurs apparitions de Jésus ressuscité, l’une à Marie de Magdala, et trois autres à ses disciples, dont la dernière au bord du lac de Tibériade ; mais il ne raconte pas non plus l’Ascension. Quant à Marc, il raconte l’apparition de Jésus à Marie de Magdala, puis à deux disciples qui se rendaient à la campagne et enfin aux Onze apôtres. Les Onze, Jésus les envoie prêcher l’évangile au monde entier et Marc termine son évangile en disant : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu « .
Ces différences entre les Evangiles prouvent que les précisions qu’ils nous donnent ne visent pas la réalité historique ou géographique : Matthieu a ses raisons pour parler de la Galilée, comme Luc a les siennes pour insister sur Jérusalem.
Car c’est bien là que Jésus leur a dit d’attendre le don de l’Esprit : l’évangile de Luc se termine sur cette dernière consigne de Jésus : « Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Pour vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez, d’en-haut, revêtus de puissance. »

 

PSAUME – 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9

2 Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
3 Car le SEIGNEUR est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre.

6 Dieu s’élève parmi les ovations,
le SEIGNEUR, aux éclats du cor.
7 Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
Sonnez pour notre roi, sonnez !

8 Car Dieu est le roi de la terre :
que vos musiques l’annoncent !
9 Il règne, Dieu, sur les païens,
Dieu est assis sur son trône sacré.

« Dieu s’élève parmi les ovations » : on devine que c’est à cause de ce verset précis que ce psaume a été choisi pour la célébration de l’Ascension de Jésus-Christ. Mais commençons par le replacer dans son contexte historique.
Le vocabulaire de ce psaume est typique, à commencer par le mot « redoutable », qui ne doit surtout pas nous faire peur. On y reviendra. Qui parle ici ? Ce sont des courtisans massés dans le palais de Jérusalem, autour du trône du roi, peut-être à la fin de la cérémonie du sacre.
On connaît assez bien le déroulement de cette cérémonie en Israël et on l’imagine d’autant mieux qu’elle ressemblait aux cérémonies analogues dans les royaumes voisins. Mais une différence colossale toutefois s’est instaurée dès le début de la royauté et a toujours subsisté en Israël par rapport aux peuples voisins. Car, si les rites se ressemblaient d’une capitale à l’autre, la conception de la monarchie au sein du peuple élu était particulière : là, en effet, aucun roi ne pouvait jamais prétendre être le plus haut personnage du pays. Même assis sur son trône, il n’était (en principe) qu’un exécutant des ordres transmis par les prophètes de la part de Dieu. Dans les Livres des Rois, par exemple, on voit fréquemment l’un ou l’autre roi demander l’accord du prophète du moment avant de partir en campagne ou même, dans le cas de David, avant d’entreprendre la construction d’un Temple. Et l’on voit à de multiples reprises les prophètes intervenir librement dans la vie des rois et critiquer violemment parfois leurs agissements.
Car le véritable roi en Israël n’était autre que Dieu lui-même ; et, en réalité, c’est en son honneur que notre psaume déploie tout le vocabulaire adressé ailleurs aux rois de la terre. Nous pouvons imaginer la scène : sonneries de trompes, applaudissements, ovations, le roi assis sur son trône est porté en triomphe et, à gorges déployées, tous les assistants crient « Vive le roi ! » Le mot « redoutable » lui-même est un compliment : aucun sujet ne saurait redouter son roi, évidemment, mais les ennemis sont prévenus, notre roi sera invincible.
A chaque ligne, c’est une évidence, il s’agit bien de Dieu ici, notre Dieu, celui du Sinaï, le SEIGNEUR. En même temps, étrangement, il semble être le Dieu de tout l’univers. Pas question de le garder pour nous tout seuls : il est « le grand roi sur toute la terre » et tous les peuples sont associés à la fête : « Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu par vos cris de joie ! » Cette dimension universelle très présente dans ce psaume suggère qu’il a certainement été composé tardivement dans l’histoire d’Israël : les premiers rois d’Israël n’ont jamais imaginé que Dieu soit le Maître de l’Univers entier.
La découverte du monothéisme date seulement de l’Exil à Babylone, au moment justement où la monarchie s’est éteinte. Ce psaume a donc été probablement composé après le retour de l’Exil et ce n’est pas dans la salle du trône que ces acclamations ont retenti, c’est dans le Temple de Jérusalem reconstruit. A l’occasion d’une célébration liturgique, nos frères juifs évoquent le grand projet de Dieu sur l’humanité et ils anticipent. Ils imaginent déjà le Jour où enfin Dieu sera reconnu pour ce qu’il est, le Père de toute bonté.
Nous, Chrétiens, reprenons ce psaume à notre tour. La royauté du Christ est encore bien discrète : les évangélistes n’ont pas de cérémonie de couronnement à raconter : raison de plus pour lui décerner déjà ce superbe hommage qui ne fait qu’anticiper le chant qu’entonneront au dernier jour les fils de Dieu enfin rassemblés : « Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu par vos cris de joie ! »

 

DEUXIEME LECTURE – saint Paul aux Ephésiens 1,17-23

Frères,
17 que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ,
le Père dans sa gloire,
vous donne un esprit de sagesse
qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître.
18 Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre coeur,
pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel,
la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles,
19 et quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants :
c’est l’énergie, la force, la vigueur
20 qu’il a mise en œuvre dans le Christ
quand il l’a ressuscité d’entre les morts
et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux.
21 Il l’a établi au-dessus de tout être céleste :
Principauté, Souveraineté, Puissance et Domination,
au-dessus de tout nom que l’on puisse nommer,
non seulement dans le monde présent
mais aussi dans le monde à venir.
22 Il a tout mis sous ses pieds
et, le plaçant plus haut que tout,
23 il a fait de lui la tête de l’Eglise qui est son corps,
et l’Eglise, c’est l’accomplissement total du Christ,
lui que Dieu comble totalement de sa plénitude.

La lettre aux Ephésiens se divise facilement en deux parties : une longue contemplation du dessein de Dieu (chapitres 1 à 3) et une exhortation aux baptisés pour conformer leur vie à ce mystère (chapitres 4 à 6) ; pour la fête de l’Ascension, la liturgie nous propose un extrait de la première partie pour l’année A, et de la deuxième partie pour l’année B.
La première partie débute par une longue formule de bénédiction à la manière juive que, dans notre liturgie chrétienne, on appellerait volontiers une Préface. C’est le fameux texte sur le « dessein bienveillant de Dieu » : « Béni soit Dieu… Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, réunir l’univers entier sous un seul chef le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. » (Traduction TOB). Les baptisés sont déjà participants de ce mystère du projet de Dieu qui, un jour, sera étendu à l’humanité tout entière. Et Paul s’émerveille du privilège qui est donc le leur : « Nous avons reçu notre part… En Christ, vous avez entendu la parole de vérité… en lui encore, vous avez cru et vous avez été marqués du sceau de l’Esprit promis, l’Esprit Saint, acompte de notre héritage, jusqu’à la délivrance finale où nous en prendrons possession, à la louange de sa gloire. » (1,3… 14).
Nous retrouvons tous ces termes dans le passage qui est notre lecture d’aujourd’hui, mais cette fois sous la forme d’une prière, qu’on appelle généralement « prière d’illumination ». Car il nous faut bien la lumière de Dieu pour pénétrer un tant soit peu dans ce mystère : « Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre coeur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles… » Et on sait bien que la compréhension dont il parle ici n’est pas affaire de raisonnement mais de coeur, une disponibilité profonde à se laisser instruire, illuminer. Et Paul, le Juif, sait bien que la sagesse de Dieu est inaccessible pour l’homme si Dieu lui-même ne se révèle pas à lui : « Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître. » Et qu’y a-t-il au bout de cette connaissance vers laquelle nous cheminons ? Un « héritage sans prix » nous dit Paul.
Le mot « héritage » (ici au verset 18, et déjà au verset 14) revient souvent dans la Bible : dans l’Ancien Testament, il s’agit de la terre promise par Dieu aux croyants. Le même mot est souvent repris par le Nouveau Testament, en particulier dans les lettres de Paul, pour désigner le Royaume et la vie éternelle. Par exemple : « L’Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Enfants, et donc héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ. » (Rm 8,16-17). « Rendez grâce au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. » (Col 1,12). « Les païens sont admis au même héritage, membres du même corps, associés à la même promesse, en Jésus-Christ, par le moyen de l’Evangile. » (Ep 3,6). Jacques aussi développe ce thème : « N’est-ce pas Dieu qui a choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour les rendre riches en foi et héritiers du Royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment ? » (Jc 2,5). Et la lettre aux Hébreux, pour sa part, reprend souvent le mot : « Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé autrefois aux pères dans les prophètes, Dieu, en la période finale où nous sommes, nous a parlé à nous en un Fils qu’il a établi héritier de tout… » (He 1,1-2) ; et un peu plus loin : « Ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel déjà promis. » (He 6,12).
Car, et c’est le motif profond de l’émerveillement de Paul, les disciples du Seigneur sont déjà associés au triomphe de leur Maître ressuscité. Rien ne doit plus leur faire peur en ce monde ou dans l’autre puisque la mort est vaincue et que les portes sont ouvertes sur la vie éternelle. Bien souvent, on a l’impression que Paul lui-même est pris de vertige devant les perspectives inouïes qu’il ouvre devant ses lecteurs ; ici, par exemple, il s’émerveille devant « la puissance incomparable qu’il (le Père) déploie pour nous, les croyants. C’est l’énergie, la force, la vigueur, qu’il a mise en oeuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. » Autrement dit, l’oeuvre que Dieu accomplit dans le coeur des croyants est une véritable résurrection intérieure. On comprend que, dans le verset qui précède, Paul introduise cette prière d’illumination par cette déclaration : « Je ne cesse de rendre grâce à votre sujet, lorsque je fais mention de vous dans mes prières. »

 

EVANGILE – selon Saint Matthieu 28,16-20

En ce temps-là,
16 Les onze disciples s’en allèrent en Galilée,
à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
17 Quand ils le virent, ils se prosternèrent,
mais certains eurent des doutes.
18 Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles :
« Tout pouvoir m’a été donné
au ciel et sur la terre.
19 Allez !
De toutes les nations faites des disciples,
baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ;
20 et apprenez-leur
à observer tout ce que je vous ai commandé.
Et moi, je suis avec vous
tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Aussitôt après la Résurrection, voici le très bref discours d’adieu de Jésus. Cela se passe en Galilée qu’on appelait couramment le « carrefour des païens », la « Galilée des nations » ; car désormais la mission des Apôtres concerne « toutes les nations ». L’Evangile de Matthieu semble tourner court : mais, en fait, l’aventure commence ; tout se passe comme dans un film où le mot « FIN » s’inscrit sur une route qui ouvre vers l’infini. Car c’est bien vers l’infini que Jésus les envoie : l’immensité du monde et l’infini des siècles. « Allez… De toutes les nations faites des disciples… Jusqu’à la fin du monde. »
Curieusement, ils n’ont l’air qu’à moitié préparés à cette mission ! Si Jésus était un chef d’entreprise, il ne pourrait pas prendre le risque de confier la suite de son affaire à des collaborateurs comme ceux-là : des collaborateurs qui semblent bien ne pas avoir assimilé toute la formation qu’il leur a assurée pendant des mois. Ils font erreur sur l’objectif, sur les délais, sur la nature de l’entreprise. Ils vont même jusqu’à douter de la réalité qu’ils sont en train de vivre ; puisque Matthieu dit clairement « Certains eurent des doutes ». La mission qui leur est confiée et qui est pleine de risques est de promouvoir un message qui les surprend encore. Folie, diront les gens sages, Sagesse de Dieu répondrait Saint Paul. C’est que l’entreprise dont il s’agit n’est pas banale : elle dépasse tout ce que l’esprit humain peut imaginer ou concevoir. Il s’agit de la communication entre Dieu et les hommes. Celui qui est venu en allumer l’étincelle confie à ses disciples le soin d’en répandre le feu. « Allez ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. »
« Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » : nous n’avons pas souvent l’occasion de nous arrêter sur cette formule extraordinaire de notre foi. Première formulation du mystère de la Trinité : l’expression « Au nom de », très habituelle dans la Bible, signifie qu’il s’agit bien d’un seul Dieu ; en même temps les trois Personnes sont nommées et bien distinctes : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Si l’on se souvient que le NOM, dans la Bible, c’est la personne, et que baptiser veut dire étymologiquement « plonger », cela veut dire que le Baptême nous plonge littéralement dans la Trinité. On comprend l’ordre express de Jésus à ses disciples « Allez », il y a urgence. Comment ne pas être pressés de voir toute l’humanité profiter de cette proposition ?
En même temps, il faut bien dire que cette formule si habituelle pour nous était pour la génération du Christ une véritable révolution ! A preuve, quand les apôtres, Pierre et Jean ont guéri le boiteux de la Belle Porte (Ac 3 et 4), les autorités leur ont aussitôt demandé « Au nom de qui avez-vous fait une chose pareille ? » : parce qu’il n’était pas permis d’invoquer un autre nom que celui de Dieu ; Jésus parle bien de Dieu, mais sa phrase cite trois personnes, or Dieu était unique, les prophètes l’avaient assez dit. L’incompréhension des Juifs pour les fidèles du Christ est inscrite ici, la persécution était inévitable. Jésus le sait, qui les a prévenus le dernier soir : « On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où celui qui vous fera périr croira présenter un sacrifice à Dieu, (c’est-à-dire croira défendre l’honneur de Dieu)… Et Jésus ajoutait : « Ils agiront ainsi pour n’avoir connu ni le Père ni moi. » (Jn 16,2-3).
La mission confiée aux apôtres s’apparente bien à une folie ; mais ils ne sont pas seuls, et cela, il ne faut jamais l’oublier : dans la mesure où notre engagement n’est pas le nôtre, mais le sien, nous n’avons pas de raison de nous inquiéter des résultats : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! »… En d’autres termes, c’est nous qui allons, mais c’est lui qui a tout pouvoir…
Voici ce que l’on raconte de Jean XXIII : il paraît que peu de jours après son élection il reçoit la visite d’un ami qui lui dit « Très Saint Père, comme la charge doit être lourde ! » Jean XXIII répond « C’est vrai, le soir, quand je me couche, je pense Angelo, tu es le Pape et j’ai bien du mal à m’endormir ; mais, au bout de quelques minutes je me dis Angelo, que tu es bête, le responsable de l’Eglise, ce n’est pas toi, c’est le Saint-Esprit… Alors je me tourne de l’autre côté et je m’endors…! » Nous aussi, semble-t-il, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles : l’évangélisation doit être notre passion, mais pas notre angoisse ! Jésus a bien précisé « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. »
A elle toute seule, cette petite phrase est un résumé extraordinaire de la vie du Christ : ceci se passe sur une montagne, a dit Matthieu ; laquelle on ne sait pas, mais elle évoque, bien sûr, celle de la tentation et celle de la Transfiguration ; sur la montagne de la tentation, Jésus a refusé de recevoir d’un autre que son Père le pouvoir sur la Création : « Le diable l’emmène sur une très haute montagne ; il lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit : Tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes et m’adores. Alors Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c’est à lui seul que tu rendras un culte. » (Mt 4, 8). Ce pouvoir que Jésus n’a pas revendiqué, n’a pas acheté, lui est donné par son Père.
Et, désormais, ce pouvoir est entre nos mains ! A nous d’y croire… « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! Et moi, ajoute Jésus, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Le Dieu de la Présence révélé à Moïse au buisson ardent, l’Emmanuel (ce qui signifie « Dieu avec nous ») promis par Isaïe ne font qu’un dans l’Esprit d’amour qui les unit. A nous désormais de révéler au monde cette présence aimante du Dieu-Trinité.
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Complément
– « Emmanuel » : un prénom qui en dit long… En disant à ses apôtres « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde », le Christ s’applique à lui-même ce prénom. Comme s’il voulait donner raison à Matthieu qui avait dit au début de son Evangile : « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit Dieu avec nous » .

JESUS CHRIST, LA RESURRECTION, MATTHIAS GRÜNEWALD (v. 1475-1528), PÂQUES, PEINTRE ALLEMAND, PEINTRES, PEINTURE

La Résurrection de Matthias Grünewald

Les clés d’une œuvre :

« La Résurrection » de Matthias Grünewald

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© Wikipedia Grunewald, Retable d’Issenheim, La Résurrection du Christ

Alleluia ! Il est vivant ! Plus de 500 ans après sa réalisation, le retable ouvert d’Issenheim propose toujours à nos regards le Christ ressuscité, image d’espérance et de lumière après la désolation du Vendredi saint.

Jésus est ressuscité. Il n’est que lumière et n’a plus son corps d’homme crucifié, pesant, que retenaient les disciples lors de la descente de croix. Cette lumière donne une image d’espérance à ceux qui venaient le vénérer. Son linceul blanc, hier encore ensanglanté du sang coulant des blessures ouvertes, a pris ici les couleurs vives d’un arc-en-ciel d’étoffes au drapé travaillé.

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© Grunewald | Wikipedia | Public DomainGrunewald, Retable d’Issenheim, La Résurrection du Christ

 

Un corps presque transparent

L’image nous surprend. Jésus, dans son corps glorieux, est représenté au-dessus de son cercueil, ouvert et vide. Comme si la Résurrection et l’Ascension étaient résumées en une seule image. Ce Christ aux cheveux blonds, rayonnant, est pour le moins inhabituel à nos yeux. Son corps est presque transparent, montrant ses cinq plaies à l’univers entier. Aux mains, ouvertes, les paumes face à nous, aux pieds et au côté. En une explosion de lumière, Il semble jaillir d’une nébuleuse ronde aux couleurs aussi vives que celles du linceul. L’image est presque irréelle.

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© WikipediaGrunewald, Retable d’Issenheim, La Résurrection du Christ

Ce nimbe coloré, rare représentation, donne une dimension cosmologique à la résurrection, en ce qu’il met le Christ au cœur de toute la création, ciel et terre. Le visage semble se fondre dans cet environnement. « Les ténèbres ne sont point ténèbres devant toi ; la nuit comme le jour illumine » (Ps 138,12). Pourtant, le jour ne s’est pas encore levé, les étoiles illuminent un ciel sans nuage.

 

Croire en l’incroyable

En arrière-plan, un énorme rocher rappelle celui qui ne ferme plus le sépulcre dans lequel Jésus avait été enseveli, car « elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau », comme le rapporte saint Luc (Lc 24, 2). On l’imagine rond, c’est un bloc massif qu’a voulu le peintre.

« Les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts » (Mt 28,4). C’est à la vue de l’ange du Seigneur que les gardes ne sont plus en mesure de garder le tombeau. Ils s’effondrent, comme terrassé par la fulgurance de l’instant. À terre ou sur le point de tomber, ils lui tournent le dos et ne peuvent voir le Ressuscité. Ainsi, seuls restent et voient ceux qui acceptent de croire en l’incroyable.

Le saviez-vous ?

Le retable d’Issenheim avait été commandé pour un hôpital qui accueillait des malades souvent mourants. Il se compose de plusieurs niveaux : l’image la plus fréquemment présentée était la Passion, retable fermé. Les panneaux n’étaient ouverts qu’en de rares occasions, aux grandes fêtes. Cette première ouverture révèle, outre la Résurrection, l’Annonciation et l’Incarnation. Une seconde ouverture permet d’accéder à un panneau comportant des sculptures dues à un autre artiste, Nicolas de Haguenau.

https://fr.aleteia.org/2019/04/21/les-cles-dune-oeuvre-la-resurrection-de-matthias-grunewald/

 

Matthias Grünewald  :

Peintre allemand (Würzburg ? vers 1475/1480 ?-Halle ? 1528 ?).

Ses débuts restent obscurs ; une de ses premières œuvres connues, la Dérision du Christ (Pinacothèque de Munich), date de 1503, et l’on sait qu’il exerça la charge de peintre de la cour de l’archevêque de Mayence, à Aschaffenburg, d’environ 1508 à 1526. Ses tableaux religieux, ses retables, et d’abord le monumental polyptyque de l’église des antonins d’Issenheim (vers 1511-1516, aujourd’hui au musée d’Unterlinden à Colmar), manifestent un réalisme mêlé de fantastique, soutenu par une riche palette et poussé dans la violence pathétique jusqu’à l’horreur et au monstrueux. Il a souvent traité le thème de la Crucifixion (National Gallery de Washington, etc.).

Matthias Grünewald